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REPUBLIQUE DU SENEGAL
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UNIVERSITE GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS UFR DE SCIENCES
JURIDIQUE ET POLITIQUE SECTION : SCIENCE POLITIQUE

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MEMOIRE DE MAITRISE
THEME
LA COMMUNICATION POLITIQUE DANS LES ELECTIONS AU SENEGAL
:
L'EXEMPLE DU P.S. ET DE L'A.F.P. EN L'AN
2000.
Présenté par : Sous la direction
de : Hamad Jean Stanislas NDIAYE M. Adolphe DANSOU
Etudiant en 4ème année
Enseignant à l'Université
de Science Politique Gaston Berger de
Saint-Louis
Année académique 2004-2005
2
ABREVIATIONS
AFP Alliance des Forces de Progrès
AJ/PADS And Jef/ Parti Africain pour la Démocratie et le
Socialisme
AOF Afrique Occidentale Française BCG Bloc des Centristes
Gaïndé BDS Bloc Démocratique Sénégalais
CA 2000 Coalition pour l'Alternance 2000
CDP Garab gui Convention des Démocrates et des Patriotes
Garab gui
CNTS Confédération Nationale des Travailleurs du
Sénégal
CODE 2000 COalition De l'Espoir 2000
CONGAD Conseil des ONG du Sénégal
FMI Fonds Monétaire International
FRAP Front de Rupture pour une Alternance Populaire
FRTE Front pour la Régularité et la Transparence
dans les Elections
FSD/BJ Front pour le Socialisme et la Démocratie/ Benno
Jubel
NPA Nouvelle Politique Agricole
NPI Nouvelle Politique Industrielle
ONEL Observatoire National des ELections
OPNI Objets Politiques Non Identifiés
PAI Parti Africain de l'Indépendance
PAML Programme d'Ajustement économique et financier
à Moyen et Long terme
PDS Parti Démocratique Sénégalais
PDS/R Parti Démocratique Sénégalais/
Rénovation
PIT Parti de l'Indépendance et du Travail
PLS Parti Libéral Sénégalais
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PREF Plan de Redressement Economique et Financier
PRS Parti Républicain du Sénégal
PS Parti Socialiste
TIC Technologies de l'Information et de la Communication UNSAS
Union Nationale des Syndicats Autonomes du Sénégal UPS Union
Progressiste Sénégalaise
URD Union pour le Renouveau Démocratique
URD/FAL Union pour le Renouveau Démocratique/ Front pour
l'Alternance
SOMMAIRE
Introduction générale.
Première Partie: La construction du discours
politique de L'AFP et du PS.
Chapitre 1: Le discours politique à
l'épreuve de la campagne électorale:
un discours sans conteste antagonique.
Section 1 : Le PS face au combat de la
réhabilitation.
A Pour une revalidation du `contrat social'.
B Par le Pacte de Solidarité et de Croissance.
Section 2 : L'AFP face au dilemme progressiste.
A Déconstruire le régime socialiste.
B« Pour un Sénégal autrement
géré ».
Chapitre 2: L'alchimie des circonstances de temps, de lieu
et de personne.
Section 1 : Le changement, une aspiration partagée
aux élections de l'an 2000.
A Le PS, pour un « changement dans la continuité
».
B L'AFP pour un « changement sans Diouf ».
Section 2 : Le contexte particulier de l'an 2000.
A La fatigue des sénégalais et la prégnance
du changement.
B Relecture et recomposition du paysage politique
sénégalais: pour une ouverture du jeu politique.
Deuxième Partie : La perception du discours
politique et perspective explicative.
Chapitre 1 : Les effets de la communication politique du
PS et de l'AFP.
Section 1 : Un discours aux effets réels.
A De par le jeu des alliances politiques et l'action des
médias.
B De par la dimension personnelle des candidats.
Section 2 : Un impact à relativiser.
A Le rejet du discours politique.
B Le 'mal être' et 'le mal vivre' des
partis politiques.
Chapitre 2 : Des limites inhérentes
à la communication politique : Perspective explicative.
Section 1 : De la dynamique des « objets
politiques non identifiés ».
A Le rôle des « valeurs structurantes de la
tradition culturelle » et la capacité réactive
de l'individu citoyen.
B L'effritement du « ndiguel ».
Section 2 : De « La politique par le bas
».
A Médias et société civile, les «
gardiens du temple » démocratique.
B Les conquêtes de la citoyenneté.
Conclusion générale
Bibliographie
Dédicaces
A toute ma famille ; A mes parents ; A tous mes
frères et soeurs : chacun pour ce
qu'il est reste précieux. Fervent souhait de
vous voir aller au delà de mes modestes ambitions mais surtout
de trouver la voie et de donner le vrai sens à votre vie.
A Feux Estella COLY et Marie Clémence NDIAYE. A Feu
Joseph Luc FAYE.
A tous ceux qui, depuis l'Immaculée Conception de
Rufisque jusqu'à l'UGB, se sont évertués à faire
de moi cet être plein de leur enseignement et qui leur en
reste à jamais reconnaissant.
A tous les étudiants de l'UFR, en particulier à mes
camarades de promotion.
A toute l'UFR : au Directeur, au PER, au PATS pour toute
l'expérience partagée
et les moments vécus.
A tous les amis rencontrés à l'UGB. A tous les amis
de Rufisque.
Remerciements
Monsieur Adolphe DANSOU, pour avoir bien voulu guider nos
premiers pas dans
la recherche dans un constant élan de rigueur et de
culte du travail bien fait. Nous retenons de lui que « le
mémoire n'est pas juste une formalité pour clore le
second cycle, mais bien le début de la recherche ».
Monsieur Moustapha NIASSE, Secrétaire
Général de l'Alliance des Forces de
Progrès (AFP) et Monsieur Abdoulaye WILANE, Membre du
Bureau Politique
du Parti Socialiste (PS) pour bien avoir voulu se
prêter à nos enquêtes et interviews. Ce travail porte le
sceau du réel apport de leur sollicitude.
Messieurs Alioune Badara DIOP, Antoine TINE, Abdoul
Fatah NIANE et Ibrahima SILLA, enseignants à la section de
science politique pour tous les conseils et échanges fructueux.
Au delà de leur statut de formateurs, leur
expérience d'anciens et de pionniers nous
auront humblement épargné les maladresses auxquelles nous
aurions pu être exposés. En suscitant le débat, nous avons
appris à leur voler un peu de leur savoir...le disciple saisit au bond
toutes
les occasions d'apprendre de son maître !
A tous ceux dont, par respect pour leur humilité, nous
avons été amenés à taire les noms. Ce silence
n'enlève en rien leur mérite puisqu'il faut souvent se taire pour
mieux être entendu.
Pas de démocratie sans communication politique
Dominique WOLTON
A cause du marketing politique, les idées ne
suffisent plus pour être élu
Philippe J. MAAREK
Dans la communication, le plus compliqué n'est ni le
message, ni la technique
mais le récepteur
Dominique WOLTON
INTRODUCTION GENERALE
La science politique, en étudiant le politique, n'en
s'étend pas moins à la politique. Et la scène
politique nous offre des événements et des
phénomènes fort intéressants pour ne pas être
appréhendés et étudiés. Dans cette
«autopsie» de la scène ou du jeu politique, la
communication
ne saurait manquer d'être prise en compte car ce
milieu, parce que politique, conserve ses réalités et
principes propres qui le différencient de toute autre sphère de
la société.
Cette communication propre à la sphère
politique communication politique a désigné au
départ, l'étude de la communication du gouvernement vers
l'électorat, puis l'échange des discours politiques entre la
majorité et l'opposition. Le domaine s'est ensuite élargi
à l'étude du rôle des médias dans la formation de
l'opinion publique, puis à l'influence des sondages sur la
vie politique. 1
Aujourd'hui, elle englobe l'étude du rôle de
la communication dans la vie politique au sens large, en
intégrant aussi bien les médias que les sondages, le marketing
politique et la publicité
1Dominique WOLTON, Glossaire des concepts utilises voir site :
www.wolton.cnrs.fr/glossaire/fr_glossaire.htm
avec un intérêt particulier pour les périodes
électorales. A la limite, la communication politique désignetelle
toute communication qui a pour objet la politique!
Cette définition, trop extensive, a cependant
l'avantage de prendre en compte les deux grandes caractéristiques de la
politique contemporaine: l'élargissement de la sphère politique
et la place croissante accordée à la communication, avec le poids
des médias et de l'opinion publique à travers les sondages.
La communication politique moderne ne peut plus se
contenter, comme auparavant, de la
qualité littéraire des discours politiques et du
brio de la rhétorique de ses énonciateurs. En effet, ainsi que
le rappelle Philippe J. MAAREK « à cause du marketing
politique, les idées ne suffisent plus pour être élu
». 2
En dehors de l'activité électorale, la
communication politique instaure l'existence symbolique des acteurs politiques
et des partis. Elle leur donne la visibilité qui leur permet d'exister
dans l'espace public, et, en particulier, c'est par les stratégies de la
communication politique que les partis et les acteurs collectifs de la
sociabilité politique suscitent l'adhésion ou
l'intérêt et engagent la permanence d'une relation
médiatée aux citoyens et aux autres acteurs singuliers de
la sociabilité politique. La construction de
l'identité des partis politiques s'inscrit dans trois types
d'activités de communication : l'affichage et la manifestation
d'une présence militante dans l'espace public (tracts, présence
dans les marchés...) ; l'élaboration et la diffusion d'une presse
propre, destinée aussi bien à l'usage interne
(informations institutionnelles, calendrier des manifestations
prévues) qu'à l'usage externe (diffusion des textes
importants et des déclarations des acteurs politiques) ;
l'organisation de débats, de réunions publiques et de
manifestations assurant une visibilité dans l'espace public.
La communication politique, en ce sens, donne aux
partis l'existence symbolique qui leur assure une place dans l'espace
public, et qui rend possible la discussion publique de leurs projets
et de leurs idées. C'est, enfin, sur la base de cette consistance
symbolique que les partis s'engagent dans les confrontations électorales
et institutionnelles qui les opposent les uns aux autres.
Or, le pouvoir n'est pas quelque chose que l'on
possède, du moins, indéfiniment ; c'est une interaction. Il
est généralement considéré par les politologues
comme une relation entre deux
2MAAREK, Philippe J., Communication et Marketing de
l'homme politique, Collection communication politique et publique,
Paris, LITEC, 1992, p.1.
ou plusieurs personnes.3 Et parce
qu'étant une relation, le pouvoir demeure l'enjeu majeur sinon le
seul dans le combat politique qui nourrit et vivifie le jeu
démocratique, un enjeu des stratégies des acteurs. Vu sous cet
angle, le pouvoir doit également être légitimé,
c'estàdire accepté tacitement par le peuple qui y est soumis.
Alors toute stratégie est développée par les partis
politiques pour séduire et s'octroyer les faveurs et le suffrage des
citoyens.
Un aspect des travaux de Pierre BOURDIEU qui
s'intéresse, au premier chef, à la communication
politique, porte sur les discours et le champ politiques et concerne le pouvoir
symbolique et leurs effets. Selon lui, la communication joue un
rôle prépondérant dans le champ politique, qui comme
tout autre champ, possède ses règles, épreuves et rites de
passage propres, mais ce champ dépend fortement de
l'extérieur; la force des agents politiques est fonction de leur
capacité à mobiliser l'électorat. " La
concurrence pour le pouvoir (...) s'accomplit par l'intermédiaire
de la concurrence pour les profanes ou, mieux, pour le monopole du
droit de parler et d'agir " au nom de la population. 4
La prééminence de la communication dans le champ
politique s'explique en ce que la fonction
de mobilisation prend le pas sur la fonction
d'expression des idées et des idéaux et sur la fonction
de représentation. On cherche donc à faire voir et faire croire,
prédire et prescrire, faire connaître et faire
reconnaître.
Pour Bourdieu, si les dynamiques de pouvoir s'exercent
dans tous les champs, c'est dans le
champ politique que s'établissent les
catégories constitutives des oppositions sociales; " le
pouvoir de représentation " qui est le propre du champ politique
constitue aussi un " pouvoir de manifestation " qui "
contribue à faire exister pleinement " ce qui existe
à l'état tacite ou implicite, et donc à faire
" surgir de nouvelles oppositions " grâce à leur
apparition dans l'espace public. Il se fabrique donc à
l'intérieur du champ politique " des formes de perception
et d'exposition politiques agissantes et légitimes
". 5
Aussi pour Ibrahima NDIAYE DIADJI, « parmi les
champs normatifs d'action (...), les stratégies de communication
auront nécessairement un rôle de plus en plus accru
»6 Il ajoute que « ...Il va de soi que le
parti politique qui ne sait pas comment diffuser au mieux ses
3 cf. cours de communication politique
4 Pierre Bourdieu et la communication politique :
www.lasciencepolitique.com/revue/revue1/article10.htm
5 (Ibid.)
6 NDIAYE I., Etre syndicaliste aujourd'hui...Editions
XAMAL, SaintLouis, 2001, p.99
opinions, ses projets, sa vision, éveille
l'interrogation de ses propres militants ou sympathisants sur sa
visibilité dans le champ politique ...»
7.
La forte médiatisation des campagnes électorales
a fait apparaître de nouveaux éléments dans le comportement
des acteurs du jeu politique. On note, en effet, une adaptation des acteurs aux
nouvelles exigences médiatiques, le marketing politique fait son
apparition. L'on fait même appel à de grands
spécialistes du marketing politique, à l'image du PS et du
candidat Abdou DIOUF, qui a accepté la proposition d'aide du
français Jacques SEGUELA.
Il ressort clairement que toutes les formations en
compétition se dotent de conseillers en communication et de
directoires de campagne qui élaborent de véritables plans
médiatiques de conquête électorale.
C'est aussi dans ce cadre du développement des
technologies de l'information et de la communication (TIC), de l'essor
des médias de masse et de la transformation des modes de
communication des hommes politiques que s'inscrit notre étude,
étude rétrospective de la campagne électorale des
élections présidentielles de l'an 2000 au SENEGAL.
D'ores et déjà, ce regard a posteriori
se fera au travers de quotidiens sénégalais;
néanmoins, pareille approche ne devra aucunement nous contenter
dans cette recherche car l'apport des quotidiens nous sera certes
nécessaire et bénéfique mais pas suffisant.
Il nous faudra donc obligatoirement aller vers les partis
politiques, en faisant nôtre cette formule qui veut qu' «A
tout seigneur, tout honneur!»
Il demeure, cependant, qu'objet classique de la science
politique, les partis politiques ont été quelque peu
délaissés par la recherche depuis une vingtaine d'années.
Ce désintérêt relatif est indissociable d'une
recomposition des formes d'engagement et de participation politique, du
déclin de la visibilité des idéologies et d'une
certaine crise des modes de la représentation collective.
Les formations politiques du Sénégal
n'échappent pas à cette perte de vitesse et l'on pourrait
même convenir avec Zaki LAIDI d'une « perte
de sens » 8 , vu que l'échiquier politique
sénégalais se trouve actuellement sujet à un
bouleversement sans précédent et à une
7(Ibid. P.100)
8 LAIDI, Z., Un monde privé de sens, Editions Hachette
pluriel référence, mai 2001, 330 p.
recomposition des forces politiques et des
idéologies, laissant apparaître des alliances et des
allégeances dont nul observateur n'aurait pu avancer le postulat.
Pour autant, les partis politiques ne sont pas morts. Si la
vision idéal typique du parti de masse
a été malmenée ces dernières
années, les partis, soucieux de leur survie et de leur conservation,
inventent et découvrent de nouvelles pratiques et tentent de
s'adapter à une société de gouvernance multi
niveaux.
Dès lors, comment justifier le choix de notre étude
dans le cadre précis de ce sujet ?
L'observation systématique des dispositifs de
communication politique et des modèles d'interaction
proposés aux populations (ou aux acteurs sociaux) peut
justifier le questionnement sur la concordance réelle entre la
visibilité médiatique et la lisibilité sociale ou entre le
discours politique et l'expérience vécue.
Mais l'on pourrait expliquer ce choix par les
particularités qu'a pu revêtir l'élection
présidentielle de l'an 2000 dans l'histoire politique du
Sénégal. Pour trouver réponse à ce qui aura fait
la singularité de ces échéances électorales,
trois axes peuvent nous aider, hormis la mémorable et historique
alternance politique qui en a découlé :
D'abord, l' « essoufflement du régime
socialiste » 9 . Il reste justifié par
l'implosion et les querelles fratricides qui vont miner le Parti Socialiste
(PS) et déboucher sur un schisme inédit avec les départs
de Djibo Leity KA et de Moustapha NIASSE.
De là vont apparaître deux nouvelles formations
politiques que sont, respectivement, l'Union pour le Renouveau
Démocratique (URD) et l'Alliance des Forces de Progrès (AFP) qui
vont, pour beaucoup, contribuer à la débâcle du PS et
amener pour la première fois dans l'histoire politique du
Sénégal, au ballottage du candidat socialiste et à
la convocation du collège électoral en vue d'un second tour
aux présidentielles.
Ensuite, le nouveau visage et la recomposition du champ
politique sénégalais qui en devient plus ouvert par le jeu
des alliances ou coalitions et celui des nouveaux partis qui tentent
de percer et de s'imposer.
9 DIOP A. B., Logiques sociales et démocratie
électorale au Sénégal. Essai de reconstitution et
d'interprétation d'une trajectoire de crise : l'exemple de Fouta Toro
(19832001) Thèse de doctorat en science politique,
Université MONTESQUIEU, Bordeaux IV, IEP Bordeaux , CEAN, juillet
2002
On peut y lire une « maturité » de l'opposition
politique qui fait bloc avec un seul mot d'ordre :
débouter un régime socialiste vieux de quarante ans
!
Enfin, la forte aspiration des populations au changement. Ce
changement s'entend tant dans un renouvellement des méthodes et
pratiques politiques, que dans un renouvellement de la classe politique et plus
précisément, de certains barons ou ténors, qui ont fini
par lasser les citoyens.
Le « SOPI » (changement, en
wolof), slogan du Parti Démocratique Sénégalais (PDS)
dirigé
par le candidat Abdoulaye WADE, n'aura jamais connu autant de
regain d'intérêt.
Problématique
Notre étude n'aura pas pour objet le vote en
tant que tel, mais sera plutôt centrée sur la
communication politique de deux partis (PS et AFP) par le biais des
quotidiens que sont, principalement LE
SOLEIL,WALFADJRI, SUD QUOTIDIEN et LE
MATIN. Ce qui n'empêchera, le cas échéant, le
recours à d'autres sources médiatiques qui puissent constituer
un apport réel à notre investigation.
Cette logique adoptée nous amènera à
explorer l'impact des campagnes et sorties des leaders politiques, notamment
des candidats DIOUF et NIASSE, sur l'électorat sénégalais.
Autrement
dit :
Quelles ont été les politiques
communicationnelles initiées par les différentes formations
politiques ?
Comment le PS et l'AFP ontils fait campagne en l'an
2000, dans la période officielle de campagne électorale qui
constitue notre cadre de référence ?
Quel était le but de cette publicité politique ?
Comment a telle été perçue et quels ont pu
en être les impacts et incidences sur l'électorat ?
Hypothèses
En se proposant d'étudier la communication
politique de l'AFP et du PS dans la campagne électorale de
l'an 2000 et s'inscrivant dans une dynamique d'appréciation de
cette phase importante de l'évolution politique nationale, l'on
pourrait partir de plusieurs schémas. Des hypothèses qui
peuvent trouver crédit dans la « singularité » ,admise
ou non, de cette élection. Bien singulière élection car
ayant abouti à une alternance politique au sommet de l'Etat
sénégalais, la première d'ailleurs issue des urnes,
quarante ans après l'accession du pays à la souveraineté
internationale !
On se rappelle en effet, le départ du
Président Léopold Sédar SENGHOR de la tête de
la magistrature suprême le 31 décembre 1980 et l'accession au
pouvoir de son dauphin Abdou DIOUF qui prêtera serment dès le
lendemain, 1er janvier 1981, en vertu de l'article 35 de la
constitution sénégalaise. Le président
Senghor faisait modifier la Constitution pour introduire
l'article 35, en 1976, et s'assurer que le Premier ministre
en fonction au moment du départ du président terminerait le
mandat de ce dernier. Diouf supprimera cet article 35 après
son accession au pouvoir. Il rappelle qu'en recevant Abdoulaye WADE dans les
premiers mois de
sa présidence, ce dernier lui avait laissé
comprendre que cet article gagnerait à être supprimé car
étant « un article de fin de règne » et
qu'il ne pouvait envisager d'« imposer son successeur ».
Et lui de répondre que Wade avait raison.
Il s'y ajoute un fait assez nouveau au Sénégal
pour manquer d'être relevé : la sollicitation par le candidat
DIOUF de Jacques SEGUELA, le consultant français en marketing politique
qui mena François MITTERRAND à l'Elysée en 1981 avec son
slogan « LA FORCE TRANQUILLE ! ».
Le PS avait donc compris l'enjeu des cette présidentielle
!
Peuton donc avancer, comme premier postulat, que les
campagnes de communication de l'AFP et du PS ont eu des effets des
incidences sur la cible électorale ;
Ou alors que cellesci n'auront en rien influencé les
citoyens et que d'autres logiques peuvent
être invoquées car ayant pu intervenir lors des deux
tours de la présidentielle de février et mars
2000.
Cadre théorique de l'analyse
Dans le cadre de cette analyse, nous nous
emploierons à étudier le discours des hommes
politiques, à savoir Abdou DIOUF (PS) et
Moustapha NIASSE (AFP), la politique communicationnelle de leurs partis
et leurs éventuels impacts sur l'électorat
sénégalais.
En période de campagne électorale, les
relations avec les médias, sont de la plus haute
importance pour la politique de communication : de leur bonne
qualité dépend la participation
de la presse en tant que relais d'opinion, plus ou
moins volontaire, de l'action des leaders politiques et de leurs
partis.
En effet, les médias participent beaucoup à
l'éducation du citoyen sur la sensibilisation des
électeurs, sur les programmes d'activités des
partis politiques en lice pour les élections et sur le
déroulement du scrutin luimême.
Les usages politiques des médias sont une
préoccupation des politiques qui recherchent un pouvoir de
persuasion. La propagande est l'action exercée sur l'opinion pour
l'amener à avoir certaines idées politiques et sociales,
à soutenir une politique, un gouvernement, un
représentant. En ce sens, la communication politique s'apparente
plutôt à de l'influence. Les techniques sont celles du monde
commercial, d'où le terme de « marketing politique »
consistant à séduire l'électeur.
La stratégie consiste à présenter l'homme
politique avec la plus grande attention, que ce soit ses manières, son
allure physique, le caractère et bien d'autres images susceptibles
d'influencer le vote du citoyen. En effet, rien n'est laissé au
hasard, de la couleur du costume au pas à contrôler,
à la coiffure et au regard, en passant par le sourire affiché et
la manière de saluer les populations susceptibles de voter pour
lui...
A la suite des travaux de l'Ecole de Chicago de Paul LAZARSFELD
dans le cadre de l'étude
du comportement des électeurs dans le comté
d'Erié, sera ton amené à la conclusion que « une
personne pense politiquement comme elle est socialement » et
que « les caractéristiques sociales déterminent les
préférences politiques » ? ;
Ou plutôt que la communication des leaders
politiques lors de ces élections aura bien été
perçue par les citoyens ?
Méthodologie de la recherche
Si nous convenons avec Norman NIE, Sydney VERBA et
John PETROCIK que « le public
répond aux stimuli politiques qui lui sont offerts,
(il) n'est pas déterminé uniquement par des forces psychologiques
ou sociologiques, mais aussi par les problèmes du jour et par la
façon dont les candidats présentent les problèmes
» (NIE et ali.. The changing American Voter, Havard University
Press, Cambridge, 1976, p.319), notre méthodologie consistera:
dans un premier temps, en une étape
théorique, avec l'approche bibliographique qui nous renseigne sur
l'état de recherche sur cette thématique de la communication
politique. A cela s'ajoutent les quotidiens, articles de journaux, la
documentation et les discours des candidats à des moments précis
de la campagne ;
dans une seconde étape, en une phase pratique, par
le biais d'entretiens et d'enquêtes sur le terrain. La
première cible sera les leaders et acteurs politiques et leurs
partis, qui nous intéressent dans notre étude. Nous irons aussi
vers les citoyens pour recueillir les appréciations
et la perception des populations afin de juger de
l'éventuel impact desdiscours sur leur
expression citoyenne ;
dans un dernier moment, en un exercice d'exploitation des
données et de rédaction. Il s'agira de confronter les deux
perceptions que sont celle des acteurs directs du jeu politique et celle de
l'électeur.
Intérêt de l'étude
L'étude que nous nous proposons de faire s'inscrit
dans une dynamique d'investissement d'un
domaine peu ou très mal connu, surtout au plan
national. Nul doute que la communication politique n'en sera que mieux
connue, eu égard à l'enjeu majeur qu'elle revêt
dans le jeu politique. En étudiant ce phénomène par
le prisme des médias, au sein du paysage politique
sénégalais, notre souci ne sera pas celui du simple
citoyen ou du journaliste; la vision du politologue s'inscrit bien au
delà!
Investir le domaine de la communication politique, surtout au
Sénégal où elle est balbutiante
(du moins dans une conception moderne, à l'image de
l'exemple américain où shows et forte
médiatisation rythment les
échéances électorales), nous inscrira dans une
perspective prospective .Nul doute qu'au regard du fulgurant essor des TIC et
de la familiarisation plus ou moins grande des citoyens avec ce qu'il est
maintenant convenu d'appeler la cybercitoyenneté,
le spectacle ne fait que commencer. Alors, silence, ça
tourne !
PREMIERE PARTIE
LA CONSTRUCTION
DU DISCOURS POLITIQUE DE L'AFP ET DU PS.
La communication électorale, qui regroupe l'ensemble
des activités symboliques engagées dans
le cadre de l'organisation du vote, présente deux
caractéristiques d'ensemble.
La première, c'est qu'elle est structurée autour de
relations à des personnes. Il s'agit, en fin de compte, toujours, de
présenter des candidats à des électeurs. Une telle
relation, par conséquent,
va mettre en oeuvre une logique d'identification.
La deuxième caractéristique de cette communication,
c'est qu'elle structure le temps politique :
la vie politique est scandée par le retour régulier
d'échéances électorales, d'abord parce que les
assemblées et les pouvoirs se renouvellent régulièrement,
ensuite parce que, le chevauchement
de la durée des mandats organisant des cycles qui ne se
correspondent pas, l'activité électorale
est une activité pratiquement continue et, de ce
fait, la communication électorale occupe l'espace public de
façon ininterrompue. La communication électorale joue, par
conséquent, un rôle important dans la communication politique.
Elle constitue, à la fois par la régularité de son retour
et par la personnalisation de ses enjeux, une médiation
structurante de la sociabilité politique.
Avec l'élection présidentielle des 21
février et 19 mars 2000, les hommes politiques sénégalais
sont, peutêtre sans s'en rendre compte, entrés dans
l'ère de la campagne électorale personnalisée.
Une campagne où l'idéologie et le programme
politicoéconomique sont relégués en arrière plan
au profit de la politique spectacle (les temps d'antenne étaient
d'ailleurs
de grandes occasions de franche rigolade pour les
téléspectateurs). Dans cette formule inventée par les
« communicants » Nordaméricains, seule compte
l'image, la bonne image du candidat.
Le marketing politique adopte désormais les mêmes
outils que la publicité. Il faut de l'argent et surtout des
idées originales pour remporter une élection.
L'électeur est désormais considéré comme un
simple consommateur et la démocratie est devenue un vaste marché
fort lucratif. Il
nous faut bien sûr relativiser car aussi bien Diouf
que Niasse n'avaient les énormes et impressionnants moyens
déployés par les puissants partis américains.
Si l'interprétation du discours politique consiste
à faire apparaître le réel dont il se soutient,
l'interprétation politique des actes et des stratégies des
acteurs sociaux consiste à faire apparaître l'articulation
qu'ils proposent entre le réel et le symbolique.
Ainsi, avec l'importance grandissante qu'a prise
l'information audiovisuelle dans la communication politique, les gestes
les plus insignifiants des hommes politiques ou leurs
"petites phrases" ont fini par prendre une consistance
importante, en ce qu'ils sont toujours
articulés à leurs orientations, à
leurs pratiques, à leurs choix et, de façon
générale, à leur activité institutionnelle. La
communication politique articule les discours des acteurs à
leurs stratégies, pour construire leur signification et la faire
apparaître dans l'information qu'elle diffuse.
Mais élaborer des stratégies politiques, c'est
justement donner aux actes et aux décisions eux
mêmes, en dehors de leur effet sur le réel et sur
les situations, une dimension symbolique qui
les rend interprétables. L'essor récent de la
communication politique est lié au développement
de l'audiovisuel et, par conséquent, à la
visibilité du politique par l'image, qui lui donne la
consistance d'un spectacle, ce qui, d'ailleurs, ne fait que prolonger une
situation ancienne qui, auparavant, n'était pas liée à
l'audiovisuel mais à l'image ou, plus simplement à l'existence de
foules entières qui venaient assister au spectacle. Mais cette
importance de la visibilité du geste dans la communication politique
tient, justement, au fait qu'elle met en évidence la relation
nécessaire entre l'acte et l'interprétation politique que l'on
peut lui donner.
Le combat NIASSE DIOUF étant celui d'un parti
d'opposition face à celui au pouvoir, le discours
apparaîtra, sans conteste, antagonique et ce, à l'épreuve
de la campagne (chapitre premier).
Les réalités et les
particularités de ce scrutin présidentiel de l'an
2000 au Sénégal, appartiennent à un contexte bien
spécifique. Se pose alors l'alchimie des circonstances, de lieu,
de temps et de personnes (chapitre second).
CHAPITRE PREMIER:
LE DISCOURS POLITIQUE A L'EPREUVE DE LA CAMPAGNE:
UN DISCOURS SANS CONTESTE ANTAGONIQUE.
Tenter de voir la construction du discours politique des deux
partis que sont l'AFP et le PS, ne peut se concevoir que dans le cadre de la
campagne électorale, tant au premier qu'au second tour. La campagne
électorale se définit comme les activités que les
candidats et leurs partis sont autorisés à entreprendre dans le
but de solliciter des votes. En effet, la campagne électorale,
c'est la lutte pas seulement pour l'électeur mais aussi la lutte contre
l'influence des adversaires
sur l'électeur.
Il demeure aussi que le problème des stratégies de
communication des partis politiques est celui
de faire parvenir leurs idées, leurs messages aux
électeurs. Ce problème est résolu par la voie
de la publicité extérieure : affiches,
grands écrans publicitaires, tracs, plaquettes, moyens
d'information de masse. Voilà pourquoi les grandes directions du
travail sur les moyens d'information de masse sont devenues la
création d'évènements capables d'attirer
l'intérêt du public et la recherche de liens accrus avec les
journalistes.
Les approches de communication habituellement choisies
ont été les discours politiques, les rencontres avec la
population, les meetings. Etant donné que ce genre d'actions
deviennent rapidement routinières et banales durant la campagne
électorale, les partis politiques et leurs consultants ont
été amenés à imaginer, en plus de ces
approches traditionnelles, des évènements plus inattendus :
visites inopinées, déclarations fracassantes ou scandaleuses. Ce
sont particulièrement les politiques peu connus qui ont tendance
à recourir à des déclarations scandaleuses afin
d'acquérir un peu plus de notoriété. Logiquement, les
hommes politiques du
gouvernement n'ont pas besoin de mettre en oeuvre de telles
stratégies puisqu'ils font l'objet d'une attention permanente de la
part des journalistes.
La présidentielle de l'an 2000 aura été,
à bien des égards, un scrutin à enjeu majeur, de par ses
particularités qui lui conféreront un caractère singulier.
Ainsi que nous le notions plus haut, la singularité de cette
élection tient à plus ou moins trois facteurs :
l'essoufflement du régime socialiste, au regard de
l'implosion et des querelles fratricides qui vont apparaître et diviser
le PS. Pour la première fois, l'héritage politique senghorien ne
fait plus l'unanimité au sein même de ses propres rangs.
Vérité confirmée par le départ de Djibo KA et de
Moustapha NIASSE.
le regroupement des forces de l'opposition que l'on va
assimiler à un `bloc historique'... rarement dans les
annales politiques du pays, pareille coalition n'aura été
notée, surtout, avec autant d'idéologies que tout sépare
.Ce regroupement des principaux opposants sous la même bannière,
qui n'aura pas été facile à mettre sur pied, constitue
donc un signal fort et un signe plus ou moins avéré de la
maturité politique d'une opposition dont le but avoué reste le
même : mettre fin au long règne du PS !
la forte aspiration au changement des populations au point
même que le « SOPI », slogan du candidat WADE
l'opposant le plus connu pour avoir été de tous les
scrutins depuis 1974, contre SENGHOR et son successeur Abdou DIOUF , n'aura
jamais suscité autant d'intérêt et d'appropriation totale
des citoyens. L'heure n'était plus désormais, au fatalisme et
à l'abandon entre les mains d'un régime en crise et en proie
à toutes sortes de critiques.
Ces enjeux du scrutin présidentiel de l'an 2000, vont donc
créer le cadre d'une communication
électorale sans commune mesure. En effet, tout parti
politique aspire naturellement au pouvoir
et à l'exercer. Ce qui va militer en faveur d'une
âpre compétition politique 'à qui communique
le mieux !' Mais les logiques ne seront pas les mêmes
suivant le camp auquel on appartient.
Pour le PS, parti au pouvoir et candidat à sa
propre succession après quarante années au pouvoir (depuis
le BDS, en passant par l'UPS et dernièrement le PS),
l'objectif est de le conserver ; ce qui est naturel pour tout parti
politique !
Pour l'AFP, par contre, le combat est tout autre.
L'objectif de la formation de Moustapha
NIASSE, qui vient de quitter le PS, est de faire advenir une
alternance au sommet de l'Etat ;
alternance qui implique l'éviction d'Abdou DIOUF d'avec
qui le divorce est consommé.
Les objectifs étant fixés pour chaque formation
politique; les candidats socialiste et progressiste croisant le fer, les
stratégies de campagne vont différer.
Pour le PS et le candidat Abdou DIOUF, s'engage le combat de la
réhabilitation (section 1)
au moment où l'AFP et son leader Moustapha NIASSE,
pour ce scrutin qui fait office de
'baptême de feu', se trouvent face au dilemme progressiste
(section 2).
Cette étude sera principalement campée sur la
campagne en vue du premier tour.
SECTION 1
LE PS FACE AU COMBAT DE LA REHABILITATION.
Avancer pareil postulat qui mette le PS face au combat de la
réhabilitation, ne saurait prospérer que lorsqu'on établit
l'effectivité d'une situation ou d'un contexte qui convainque d'une
rupture
du 'contrat social' sénégalais. L'on s'accorde
néanmoins à admettre que beaucoup de facteurs y
concourent et tendent à confirmer cette situation de
rupture.
En effet, la présidentielle de l'an 2000 va
apparaître très délicate pour le régime socialiste
et son candidat, Abdou DIOUF, qui sollicite à nouveau le
suffrage de ses concitoyens pour la magistrature suprême. Le fait
que ce scrutin soit estampillé 'à haut risque'
pour le PS, s'explique par une impression
généralisée de 'rupture du contrat social'
entre le peuple sénégalais et le régime, qui
s'accompagne d'une frustration plus ou moins globale et une forte tension
sociale. L'Etat en est même perçu comme le «
démiurge du développement » 10.
Et « le contrat social » s'est progressivement
brisé, surtout après les émeutes postélectorales
de 198811 ; le pays est devenu relativement
fermé à l'alternance et bloqué par un «
système du parti hégémonique » et par un
« corporatisme d'Etat ». L'essor démocratique a
été comme paralysé par ce système
centralisateur.
10 DIOUF M., Le clientélisme, la technocratie
et après ? in DIOP Momar Coumba (dir.), Sénégal
Trajectoires d'un Etat, Dakar, CODESRIA, Paris, Karthala, 1992,
pp.233278
11 DIOP Momar Coumba (dir.), Sénégal
Trajectoires d'un Etat, Dakar, CODESRIA, Paris, Karthala, 1992
En effet, depuis les événements et la tension qui
avaient succédé au scrutin présidentiel de 1988
(que l'opposition et plus particulièrement, le leader
du PDS estimaient avoir remporté et qui leur aurait été
confisqué par le PS), jamais l'atmosphère n'aura
été aussi tendu entre un pouvoir socialiste et une opposition
résolue à faire advenir l'alternance. Pour ce scrutin de l'an
2000, le pire était à craindre et les médias, à
l'instar du Nouvel Horizon, n'hésitent pas à titrer sur
ce mois de « Février 2000 et le syndrome ivoirien : APOCALYPSE
NOW ».12 .
Cette démocratie sénégalaise suscite,
en effet, beaucoup de débats : le régime
sénégalais a souvent été présenté
comme une « semi démocratie » 13 ou
une « quasidémocratie » et une démocratie
sans alternance, offrant un mélange de pluralisme et d'autoritarisme.
L'absence d'alternance a été
considérée pendant longtemps comme le problème majeur de
la
démocratisation au Sénégal.
L'installation de structures pluralistes n'aura pas réduit
à néant la persistance de dynamiques hégémoniques.
14 .
Malgré tout, le PS et son candidat n'en demeurent pas
moins résolus à briguer, de nouveau, le
suffrage des sénégalais. En se présentant
à nouveau devant le collège électoral et en se
prêtant
au regard critique des citoyens par
l'appréciation qui aurait pu être faite de son bilan, le
candidat Abdou DIOUF va impressionner par sa détermination et surtout sa
sérénité. Du moins pour le premier tour qui a lieu le 27
février 2000 !
Ce combat pour la réhabilitation que mène
le PS aux côtés de son candidat, s'arrime à un
impératif majeur pour Abdou DIOUF à savoir regagner la confiance
des sénégalais, confiance qui serait matérialisée
par sa réélection à la magistrature suprême.
Cette invite à une revalidation du 'contrat social' par le
biais d'un nouveau mandat (A), va néanmoins être
fondée sur un nouveau 'contrat' ; le Pacte de Solidarité et de
Croissance (B).
Pour une revalidation du 'contrat social'
12 Nouvel Horizon numéro 205 du 21 janvier
2000
13 COULON, Christian. « Senegal : the development and
fragility of semidemocracy », in Diamond, Larry, Linz, Juan
José, Lipset, Seymour Martin (eds.), Democracy in developing
countries, vol. II : Africa, London, Adamantine Press Limited ; Boulder,
Colo. : Lynne Rienner Publishers, 1988, pp. 141171 ; trad.
Française par Brigitte Delorme et Bernard Vincent, in Les
pays en développement et l'Expérience de la
Démocratie, Paris : Nouveaux Horizons, 1993, pp. 603654
14 TINE A., Elites politiques et démocratisation au
Sénégal. Pour une lecture néomachiavélienne, AISA
African Institute of South Africa, Pretoria, 13
14 décembre 2004
L'élection présidentielle du 27 février
2000 aura constitué sans nul doute pour Abdou DIOUF,
l'échéance la plus importante de sa longue carrière
politique : les enjeux qui s'y attachent sont nombreux mais aussi, tout
laisse présager que, pour le candidat socialiste, rien ne sera
plus comme avant. En effet, à bien des égards, les
libertés individuelles semblent restreintes pour beaucoup de ses
concitoyens, si elles ne sont pas simplement confisquées par un pouvoir
jugé autoritaire et très souvent porté à la
répression de tout mouvement d'humeur. L'on assiste
également à un réquisitoire accablant de l'économie
et du social ; il s'y ajoute que l'absence d'alternance s'apprécie comme
une souillure tenace.
Il demeure aussi indéniable que la
dégradation de la réalité quotidienne des
populations a évolué en spirale de 1981 à 2000. Il est
intéressant de relever le caractère quasi paternaliste, en tout
cas possessif, de la gestion du système politique
sénégalais. Et parce que DIOUF aura voulu construire sa
propre démocratie jusqu'au bout, selon sa cadence, les travers de ce
système
lui sont fatalement imputables en l'an 2000.
Entre les intentions louables de 1981 et les faits accablants
et les manquements constatés à la veille du scrutin
présidentiel, un mandat de clarification et de réhabilitation
est vital pour le régime socialiste et son candidat. Il lui
suffit juste d'un « nouveau mandat pour un avenir rose
».15.
Et la seule alternative qui s'offre à Abdou DIOUF, est un
ultime mandat, celui du 'quitte ou double', comme pour lancer au
peuple sénégalais : « j'ai accompli ma part de labeur,
je quitte
la conscience tranquille en espérant que cette
oeuvre sera poursuivie ». Ainsi, celui qui, au démarrage
de la campagne électorale, disait ne pas connaître «
l'usure du pouvoir », demandera
au peuple de lui donner « un nouveau mandat pour un
avenir rose ».
Mais le candidat socialiste de l'an 2000, n'a rien à
voir avec le Diouf du début des années 80, qui aura su
conjuguer boubou et technocratie, et naviguer, tant bien que mal,
à la barre du remuant 'sunugal' (notre pirogue),
entre les strictes consignes du FMI et les aléas d'une
conjoncture économique et sociale de plus en plus difficile.
Désigné candidat officiel du Parti socialiste, Abdou Diouf ne
semble donc pas réellement avoir pleinement mesuré la lassitude
des Sénégalais. En place depuis 1981, mais dans les rouages du
pouvoir depuis 1960 il était
15 Quotidien Le Matin du mardi 8 février 2000
alors adjoint au Secrétaire général du
gouvernement Abdou Diouf n'est visiblement plus le président dont
rêve une bonne partie des électeurs, et cela, toutes classes
sociales confondues. Cette situation aura constitué la charge la plus
accablante qui pèse sur les épaules du candidat socialiste, en
course pour un nouveau mandat, son dernier sans doute.
Que lui reprocheton ?
A titre personnel, peu de choses si ce n'est qu'il «
appartient davantage au passé qu'au futur ». Durant vingt
années de présidence, les changements importants
réalisés dans le pays ne sautent pas aux yeux de beaucoup de
sénégalais. Les infrastructures demeurent obsolètes, le
pouvoir politique fonctionne selon les bonnes vieilles méthodes
de clientélisme et de cooptation, et malgré des indicateurs
économiques orientés au vert, rares sont les
Sénégalais à véritablement profiter de la soidisant
croissance de l'économie.
Face à cette situation délicate et, sans doute,
inédite pour le camp socialiste qui voit le 'contrat social'
sénégalais à l'épreuve16, la
'revalidation' de ce pacte n'aura pas de prix. Et dans ce combat, qui
n'est sans doute pas gagné d'avance, le PS et son candidat affichent une
grande sérénité et une parfaite assurance; attitude
qui laissera toujours subsister des doutes même dans le camp de
l'opposition pour ce qui était d'une éventuelle éviction
du régime socialiste, ancré au pouvoir depuis 40 ans.
S'engagent alors une exceptionnelle politique de
communication et surtout une minutieuse conquête électorale,
orchestrée par un large directoire de campagne auquel s'adjoint
le communicateur politique français, Jacques SEGUELA. Celui que
l'on appellera le 'gourou français' foule le sol
sénégalais, auréolé d'une longue liste de
succès électoraux : du socialiste français Mitterrand en
1981 au président camerounais Paul Biya en 1992 en passant
par le syndicaliste Lech Walesa et le travailliste israélien Ehud Barak
en 1999. On le comprend donc, dès lors : l'enjeu est de taille ! Il
s'agit de convaincre le plus grand nombre d'électeurs, à coup
d'affiches géantes, de déclarations fracassantes, de
méga meetings et de petites phrases assassines, au moment où
le désintérêt des Sénégalais envers la chose
politique était manifeste. Les stratégies
développées de part et d'autre étaient
différentes.
En effet, l'équipe du Directoire pour la Campagne d'Abdou
Diouf comprend 94 membres dont
le directeur de campagne luimême, Ousmane Tanor
Dieng, que le candidat socialiste avait
16 O'BRIEN D. C., Sénégal : la
démocratie à l'épreuve in Revue Politique
Africaine numéro 45 de Mars 1992, p.9
chargé, le 16 novembre 1999, de lui proposer
les structures et les hommes qui l'assisteraient durant la cruciale
dernière ligne droite de l'élection présidentielle.
La taille du directoire national et sa composition témoignent
d'une volonté évidente de large ouverture et de
rassemblement qu'explique le souci de créer les conditions
optimales d'une mobilisation électorale à la mesure de
l'objectif de réélection du président Abdou Diouf,
dès le premier tour.
En raison du caractère exceptionnel de
l'échéance de février, le directoire national ne peut
être
comparé aux précédents.
Dans les rangs du PS, on appréhende donc le réel
enjeu du scrutin présidentiel « Nous savons que sur les
2.800.000 inscrits sur les listes électorales, il nous faudra mobiliser
la moitié des suffrages exprimés lors du scrutin de
février 2000 pour faire gagner notre candidat au premier tour !
»
Les partisans de Diouf misent aussi sur l'apparente
sérénité de leur candidat qui se présente comme
« ...cet hommelà, trempé aux grandes expériences
qui ont fait l'histoire de l'Afrique et
du Sénégal indépendants (...) ayant
l'honneur d'en être le porteur sur l'échiquier national
»
et qui «...l'offre à la nation comme
protocole d'encadrement de ses mutations au
XXIième
siècle. »
Chaque camp avait élaboré sa tactique selon le
tempérament de son candidat.
De par son expérience que nul ne peut lui contester,
Diouf s'est imposé comme un homme du sérail; gouverneur de
région dès l'âge de 25 ans, il a toujours été
aux premières loges et aux premiers rôles dans le système
qu'il a fini par diriger.
C'est cette logique qui, certainement, poussa Jacques
Séguéla, à faire confectionner des posters
électoraux où le président sortant apparaissait sous
le manteau de la sagesse dans un sobre costume, comme pour dire aux
électeurs sénégalais : « Cet homme incarne
la prudence, ne choisissez pas l'aventure ! ». Et puis, en
mettant l'accent sur la notion du changement
(«Ensemble, changeons le Sénégal»,
lisaiton sur une des affiches du Parti Socialiste), Diouf et
les siens voulaient sans doute "recycler" la bonne vieille
recette de Wade et la présenter aux
électeurs sous des habits neufs.
La tâche sera néanmoins très rude et
périlleuse pour Abdou DIOUF qui, au delà de la délicate
situation dans laquelle il se trouve face au jugement des électeurs
sénégalais, croise le fer avec une opposition à nouveau
visage et que les dissidents (Djibo KA et Moustapha NIASSE) sont venus
renforcer.
Le PS n'en affiche pas moins sérénité
et conviction. Il s'affiche aussi en bon acteur du jeu politique. Pour
Khalifa Sall, Chargé des élections au PS, le défi
posé aux socialistes se résume
en un objectif et « Dans tous les cas, le PS souhaite
des élections sincères, démocratiques et
apaisées car étant le parti le
plus fort, le mieux organisé et son candidat le favori
indiscutable ». Toutes raisons qui lui font dire que sa
formation n'a nullement intérêt à un scrutin
perturbé.
Même dans une situation trouble et délicate pour un
parti au pouvoir, les socialistes, à l'image
du premier secrétaire du PS, estiment avoir un seul but,
celui de la victoire de leur candidat et ce, dès le premier tour du
scrutin.17.
Cette grande confiance va même faire estimer le
score de la victoire à un taux de 60% des éventuels
suffrages, avant de le ramener à 51%. Et déjà,
six mois avant la convocation du collège électoral
sénégalais, Abdou DIOUF conviait la presse nationale et
internationale à une conférence au Palais Présidentiel.
Lorsque les premières questions fusent, l'avertissement qui
s'y attache ne semble pas perturber ou inquiéter
le Président, futur candidat, qui dit ne pas craindre de perdre
la présidentielle de février 2000.
« Je ne suis pas pessimiste pour les élections
de l'an 2000. Je vous l'ai déjà dit, mais nous sommes tous des
croyants. Ce que Dieu décidera, c'est ce qui se fera par
l'intermédiaire des voix du peuple sénégalais. Mais
avec ma limitation d'homme, d'humain, et en regardant les
données du problème, je n'ai pas les craintes que vous exprimez
».
Le candidat socialiste annonce plutôt, « la
chronique de la défaite de l'opposition »18 .
Diouf s'est donc voulu prêt pour la revalidation du
'contrat social sénégalais'.
Tout part, en effet, du congrès d'investiture du
samedi 18 décembre 1999. Ce congrès d'investiture du
Parti Socialiste, a eu pour thème : "Ensemble changeons le
Sénégal !". Le candidat DIOUF avouera solennellement, lors
du congrès : « J'ai accepté avec enthousiasme et honneur
votre investiture pour l'élection présidentielle du 27
février 2000. Je serai donc le candidat des paysans, des
pasteurs, des éleveurs, des pêcheurs, le candidat des
jeunes, des moins jeunes, des femmes et des travailleurs de notre pays
». Ce discours bien mûri et qui est,
du reste, graduel, s'inscrit dans un souci de reconquête
d'un électorat et d'un peuple désabusé
et fortement incertain quant à son avenir.
17 Quotidien Le Soleil du samedi 12 février
2000
18 Quotidien Le Matin du Mercredi 23 février
2000
Notons aussi que malgré toutes les turbulences que
connaît le parti en ce moment précis de son
évolution et comme pour narguer les dissidents et ceux qui
ont préféré quitter le PS ( Djibo KA
et Moustapha NIASSE ), le Président Diouf va adresser ses
félicitations au Premier secrétaire
et à l'équipe « dynamique » du
Bureau politique, avec « une mention particulière »
à Ousmane
Tanor Dieng, « homme de courage et de foi, de
loyauté, de fidélité et de conviction qui allie
à
la perfection, sens des responsabilités et
détermination, sûreté du jugement et équilibre,
humilité et culte de l'unité ».
Les ombres des dissidents que sont Djibo Leity KA et Moustapha
NIASSE, auront plané sur cette rencontre majeure des socialistes.
Le premier créera son propre parti, l'URD (Union pour le Renouveau
Démocratique) en juillet 1998 ; le second en fera de même, un an
après avec l'apparition sur l'échiquier politique
sénégalais de l'AFP (Alliance des Forces de Progrès)
créée
en juillet 1999.
Les militants du PS ne se privent pas aussi de lancer
des propos à l'endroit de toute l'opposition, tant celle
nouvelle à l'instar de l'AFP, Alliance des Forces de
Progrès de Moustapha NIASSE (« l'Amicale des
frustrés prétentieux » Afp) que celle
traditionnelle et incarnée par le PDS, Parti Démocratique
Sénégalais de Abdoulaye WADE (« Parti au dirigeant
sénile Pds »). Ces propos de militants feront comprendre
qu' « On apprendra surtout que le Parti socialiste qui a
bénéficié de toute la bénédiction de toutes
les grandes familles religieuses
de ce pays, dès sa création, est assis sur des
bases bétonnées que des marchands d'illusions ne
pourront jamais ébranler ».
Ainsi, au besoin de transparence émis par l'opposition
et plus particulièrement par le dissident Moustapha NIASSE, Me
Mbaye Jacques DIOP le Députémaire de Rufisque et
haut responsable socialiste, déclare que le PS n'a pas besoin de tricher
pour gagner19 .
Mais le candidat socialiste invitera ses militants
à combattre sur un autre registre, pour la victoire et sa
réélection. Pendant sa campagne électorale, il se
dit ne jamais parler de ses adversaires ou les attaquer et qu'il ne
répond à aucune attaque. Il considère devoir ne parler
qu'à son peuple et il ne s'adresse qu'à lui. Abdou
Diouf, le candidat du Parti socialiste, affirmera en ce sens : «
Si l'on m'attend sur le terrain de l'invective, de l'injure et des attaques
personnelles, on ne m'y trouvera jamais ».
19 Quotidien Le Matin du vendredi 14 janvier 2000,
p.5
Ces propos sonneront tel un avertissement et un appel
à la retenue plus à l'endroit de ses propres militants
qu'à l'encontre de l'opposition politique résolue à le
détrôner. Et lorsqu'il se rend à SaintLouis, ancienne
capitale du pays et de l'AOF, le candidat Diouf donne des consignes
aux militants socialistes, leur demandant de ne pas répondre
aux provocations de ceux qui veulent « mettre du sable dans le bol
de riz »20 .Quelques jours auparavant, dans la banlieue
dakaroise, il invitait les populations de Pikine à voter « dans
le calme et la discipline, sans répondre à l a provocation
»21.
Prospectif à souhait, le discours programme du candidat
socialiste aux élections de l'an 2000 a rassuré ceux qui
voulaient l'être, réconforté plus d'un militant car
Abdou Diouf sera "le candidat du changement dans la
préservation de nos acquis" et va proposer au peuple
sénégalais "le nouvel élan" lui permettant de
franchir encore une fois des étapes importantes pour son
développement économique et social.
Face aux sénégalais, Diouf est donc
présenté comme 'le candidat du changement'. Cet objectif
qu'ils se sont résolument assigné, les militants et
sympathisants du PS le fondent sur un jugement sûr, l'opinion
excellente qu'ils ont du Président Abdou Diouf.
A leurs yeux, celuici est un homme bien et de bien sur tout
rapport. Il a épuisé le catalogue des qualificatifs non pas
dithyrambiques mais porteurs de vérité profonde et restituant au
mieux le personnage, l'homme d'Etat qu'il est. Il incarne parfaitement,
pour eux, les vertus et valeurs cardinales de la société, de
leur culture : le don de soi, la tolérance, le sens du partage et de la
solidarité, celui de l'équité et de la justice, toute
chose qui participe d'une générosité d'esprit et
de coeur et dont sa gouvernance est totalement
imprégnée. Cette confiance apparente fera beaucoup penser
à « Abdou, l'énergie sereine », le slogan des
affiches électorales du chef de file du PS en 1988.
On le voyait alors poser, le costume croisé,
strictement boutonné, sur fond de « Sénégal
de demain », entre champs irrigués, usines modèles et
ponts suspendus. Un slogan qui valait bien cette « force tranquille
» de François MITTERRAND aidé en cela par Jacques
SEGUELA, et qui permit à Diouf d'être réélu avec 73%
des suffrages 22 .
20 Quotidien Le Soleil du mercredi 16 février
2000
21 Quotidien Info 7 du samedi 12 février 2000
22 SAGLIO C., SENEGAL, éditions SEUIL, collection
points planète, 1980 et 1990, p.70
Néanmoins, la communication politique du PS ne
se limite pas qu'à celle du leader et du candidat Diouf ; le
parti communique aussi, de même que certains responsables
situés à des sphères de responsabilité qui ne
manquent pas de les conduire à la prise de parole. Ainsi, dans certains
débats pour lesquels le président candidat ne peut ni ne doit se
faire entendre de peur d'éventuels effets pervers, la parole est
aux autres, qui ne vont servir que de fusibles pour mettre le chef du
parti à l'aise. En effet, loin de se trouver face au seul défi de
la réélection d'Abdou DIOUF, son parti doit se
méfier de l'opposition qui le défie et lui conteste
toute légitimité sur les populations. Le 'vide' interne et le
sursaut que créent l'URD de Djibo KA et l'AFP de Moustapha NIASSE,
ne sont pas rassurants pour les 'dioufistes'. Une politique
du
'diviser pour mieux régner' va ainsi jaillir avec
certaines sorties médiatiques bien calculées et
que les organes de presse se feront le devoir de distiller.
Et lorsque la formation de Moustapha NIASSE se
retrouve pour son congrès d'investiture à Kaolack le 15
janvier 2000, dans le camp socialiste régional, on minimise ce que
Souleynane Thiam, envoyé spécial de l'hebdomadaire Nouvel
Horizon appelle la « première démonstration
de force réussie ». Le Maire socialiste de
la cité se dit ne pas être inquiet pour un congrès qui le
laisse froid, lui qui appartient à un « grand parti »
et dit en avoir vu d'autres. 23
Dans une interview qu'il accorde à un quotidien
national, Abdourahim AGNE, Porteparole du PS, tente la diversion en
déclarant que « Moustapha NIASSE n'a d'autre ambition que
de coiffer Djibo KA au poteau. »24.
On peut y lire que le PS a, à un certain moment, craint
une forte percée des dissidents issus de ses rangs et celle de l'AFP
notamment, à tel point de voir le porte parole du PS en arriver
même à envisager que le leader progressiste devance le
libéral Abdoulaye WADE à l'élection et
s'impose comme la seconde force politique.
Et contrairement à ce que beaucoup d'observateurs ont
pu être amenés à croire ou penser, les promesses du
candidat Diouf ne seront pas apparues qu'au second tour. Les exemples
le prouvent aisément.
A Louga, dans le département de Linguère, les
responsables de son parti lui promettent de le réélire et de
reconquérir le terrain perdu aux dernières élections
législatives, face au dissident socialiste, Djibo KA.
23 Hebdomadaire Nouvel Horizon numéro 205 du 21
janvier pp. 16 et 17
24 Quotidien Le Matin du mercredi 26 janvier 2000,
pp.810
Cet accueil fera dire à Abdou DIOUF que le
département de « Linguère sera le bastion
imprenable du PS »25. Dans le Fouta, où l'on est
habitué à voter socialiste, Diouf promet aux populations de
développer l'agriculture, l'élevage ainsi que de relever le taux
d'alphabétisme26.
A la Bourse du Travail où il se rend pour
rencontrer les travailleurs affiliés à la CNTS
(Confédération Nationale des Travailleurs du
Sénégal), le candidat socialiste endossera les
revendications des travailleurs notamment par les promesses d'une
prochaine création de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM),
la réinsertion des diplômés en Arabe et celle des
militaires libérés27 . La banlieue dakaroise, qui
reste confinée au rôle de dortoir reçoit à son tour
le leader socialiste qui promet une enveloppe de 45 milliards pour
l'assainissement de Rufisque, le Port minéralier de Bargny et
« faire de Pikine une ville aussi belle que Dakar ». Les
populations qui perçoivent dans ce message ce qu'elles voulaient
entendre, disent à cet effet à Diouf qu'elles l'aiment et
l'ont déjà choisi avant le jour `J'28.
Le combat de Diouf pour la réhabilitation va donner
naissance à un duel à distance entre les deux chefs de partis
qui ne ratent pas le rendezvous des médias. Les déclarations
fracassantes
et à forte résonance ou impact ne cesseront de
barrer la une de quotidiens sénégalais. Au fur et
à mesure que les étatsmajors approchent du
« d » day et de l'heure fatidique du scrutin, le
verbe se fait plus virulent et chaque camp, sûr de ses assises, marque
son terrain. Rien en effet
ne doit laisser apparaître la cession de quelque
parcelle que ce soit dans son rayonnement
politique. Entre Abdou DIOUF et Moustapha NIASSE, le
combat ne manque pas d'être empreint d'idéologie et lorsque
depuis Touba, capitale du Mouridisme, le successeur de Senghor (grand
ami de Serigne Abdoul Ahat MBACKE) avoue ouvertement que le président
poète avait prédit qu'il serait son successeur ; le leader de
l'AFP lui rappelle depuis Mbour et Joal la ville natale de Senghor que ce
dernier « appartient à ceux qui ne l'ont jamais trahi
».
Ces déclarations montrent, à bien des
égards, que le divorce était définitivement
consommé et que les dès étaient déjà
jetés. Puisqu'il sollicite un nouveau mandat, Abdou DIOUF
réservera son ardeur et son énergie à la conception et
à la matérialisation d'idées fortes et fécondes
afin
de conduire les changements nécessaires et indispensables
en vue d'un avenir meilleur pour un
25 Quotidiens Le Populaire et Wal Fadjri du
jeudi 17 février 2000
26 Quotidien Le Soleil 15 février 2000
27 Quotidien Wal Fadjri du 15 février 2000
28 Quotidien Le Soleil du samedi 12 et dimanche 13
février 2000
Sénégal qu'il veut, réconcilié
avec luimême .Abdou Diouf, parce qu'il est condamné, veut
rendre l'espérance à la nation, notamment à cette jeunesse
sénégalaise, vaillante et imaginative.
Mais surtout le candidat du Ps et du changement aura
laissé transparaître cet immense et profond désir qui
l'habite de voir « le jeu politique au Sénégal
totalement et définitivement pacifié afin que nous
accédions tous ensemble à une démocratie adulte
».
Pour revalider le « contrat social »
sénégalais, le candidat socialiste fera appel à un
nouveau
'pacte' pour la reconquête des faveurs d'une
opinion et d'un électorat tourné vers le changement
avec le Pacte de Solidarité et de Croissance.
B Par le Pacte de Solidarité et de Croissance.
Quoique investi avec faste et engagement par sa propre famille
politique, les Socialistes, Abdou Diouf à dire vrai, veut se
révéler tout simplement le candidat de la nation, parce
que se considérant celui des jeunes, des femmes et des personnes
du 3è âge, celui des pasteurs, paysans et pêcheurs,
celui des artisans et chefs d'entreprise, celui des cadres du
Privé ou du Public, celui des intellectuels et universitaires, celui
des artistes et des sportifs, celui des chefs religieux ou coutumiers. En
un mot, celui d'une nation reconnaissante à laquelle il
rappelle depuis Vélingara qu' « il ne faut pas
désespérer » 29 puisqu'il est parvenu
à créer 47.000 emplois par an. Pour reconquérir
l'électorat avec lequel le fil semble très fortement rompu, le
candidat socialiste ne manque pas de proposer un nouveau pacte, comme pour
repartir sur de nouvelles bases et laisser entendre que tout ne sera plus
comme avant. Et Diouf déroule ses projets afin
de faire advenir « un avenir en rose ». A
l'image du congrès d'investiture qui lui fait confiance
en tant que candidat du parti, le leitmotiv reste le
changement. Ainsi, le Pacte de Solidarité et de
Croissance qui peut apparaître comme une nouvelle charte
va permettre de renouer le dialogue.
Le Pacte se veut oeuvrer pour « une
société plus prospère », « plus solidaire
» mais qui soit « plus humaine ». Ce triptyque
devait déjà apparaître lors d'une des conférences de
presse que le président accorda aux journalistes, dans le cadre des
rencontres périodiques initiées par
le régime.
Dans ce faceàface avec les vecteurs de la
communication politique, le futur candidat socialiste se dira être
devant trois interrogations majeures :
29 Quotidien Le Matin du 8 février 2000
Comment consolider les bases du développement
économique et social dans un contexte de mondialisation dominé
par des règles et des normes de compétition de plus en plus dures
?
Quels moyens mettre en oeuvre pour satisfaire la demande
sociale, combattre avec efficacité et résolution la
pauvreté, le chômage, celui des jeunes notamment, le sousemploi et
toutes ces formes de précarité qui sont autant de défis
lancés à la dignité humaine ?
Comment conforter les fondements d'une démocratie
sénégalaise qui intègre harmonieusement la
tolérance, le consensus, le respect de l'adversaire et la
responsabilité dans
le cadre d'un Etat de droit, garant des institutions
républicaines, de l'unité nationale et des
libertés individuelles et collectives ?
Aussi considère til, qu'au regard de ces trois
impératifs majeurs auxquels il doit trouver réponses et
solutions, « il n'y a aucun sacrifice qui ne puisse
être consenti à cette fin ». Lorsqu'il se fixe comme
objectif de « réaliser une croissance forte et durable
comme levier principal pour vaincre la pauvreté et développer
l'emploi », Diouf rappelle qu'il s'agira de ne ménager aucun
effort pour que le pays se présente dans les conditions de
réussir son entrée dans le 3ème millénaire.
Le discours reste donc résolu et ferme et le
premier des sénégalais assume en avouant que
« malgré le poids des contraintes internes et
externes, nous avons gardé le cap ! ».
Le nouveau pacte à sceller porte ainsi le sceau
du changement en une année phare et très importante dans
la mémoire collective sénégalaise. L'an 2000 avait
été prédit comme an de prospérité et
de développement par un discours imaginé du
président Senghor. Même le répertoire culturel et
musical sénégalais avait intégré cette vision de
l'an 2000 `atum natange'. Pour le PS, l'ambition du changement
s'impose à l'orée du 3ème millénaire
« parce que le monde lui même s'est substantiellement
renouvelé et le sera davantage encore au siècle prochain
».
On le voit néanmoins, la conception du changement
diffère suivant le camp dans lequel on se trouve. La conception que l'on
s'en fait du côté de l'opposition, s'envisage logiquement
« sans Diouf » tandis que du côté du
pouvoir socialiste, elle s'entend « dans la continuité
». Cette vision dans la continuité ne pouvait s'envisager que
dans une défense, par Diouf, des acquis et
de son bilan ; il se dispose aussi au dialogue et
invite le peuple à l'adhésion. Pour lui le changement sera
partagé ou ne sera pas, se fera dans l'unité ou ne se fera point
; son ampleur
est telle qu'il faudra plus de solidarité que par le
passé et c'est pourquoi, « c'est ensemble que
le changement se fera ». En lançant
un appel pour le changement et une société nouvelle,
société qui change de mentalité et bannisse les
mauvaises habitudes et attitudes, le candidat socialiste reconnaît
la hardiesse de cette tâche. Militer pour une
société plus prospère, plus solidaire et plus
humaine, répond à des priorités qui se
justifient, puisqu'elles sont essentiellement politiques. Le 'pacte'
juge nécessaire de sauver le projet politique qu'offre le
régime socialiste ; au point que, pour le successeur de Senghor, la
philosophie et la philosophie sociale que le PS incarne, l'obligent à
se dresser contre tout risque de délitement du souffle
politique.
En ce sens, la vision du président devait évoluer
et épouser les contours de la conception que s'en faisait le peuple.
Pour le peuple, le président de la République se doit d'incarner,
toujours
et mieux, la conception du président citoyen,
proche des préoccupations du peuple, arbitre
impartial du jeu politique.
Et lorsqu'il reconnaît que la « communication
du Parlement auprès des populations doit être sensiblement
améliorée », le président sortant avoue une
faille dans son système ; celle de la crise de la représentation.
Les citoyens électeurs ne se retrouvent ni ne se reconnaissent plus
dans leurs élus. Pour rectifier le tir, une nouvelle politique
de proximité de même qu'une proximité politique
s'imposent et il serait bien condamnable de ne pas assez les valoriser dans
le but de faciliter les consensus sociaux dont la
société a besoin et de renforcer l'efficacité
instrumentale qui découle de la libération des énergies et
des initiatives à la base et de leur libre administration.
L'appel est donc lancé à une participation
politique et citoyenne et, par delà, une appropriation politique.
L'ambition du candidat socialiste, à travers le document qu'il soumet
à l'appréciation
de ses concitoyens, demeure la recréation d'une
citoyenneté qui produise de la participation en
même temps qu'elle s'en abreuve. En effet, la
contribution de la citoyenneté à l'édification
de la cité ne peut être qu'une entreprise
permanente. Il y a là néanmoins, une discipline de soi à
forger dans la conscience collective et qui doit se décliner
sur deux modes : respecter la République en honorant ses
symboles et s'imposer de soutenir la Nation de ses propres ressources.
En ce sens, la réaffirmation du rôle de l'Etat
accompagnera cet ajustement de culture républicaine.
Dans ce nouveau combat pour le renouveau au sein de la
société sénégalaise du 21ème
siècle,
les principes de bonne gestion et de bonne gouvernance
ne seraient pas oubliés afin que, désormais, tous les actes
publics portent « cette nouvelle éthique » et donnent
« ...en exemples
à voir les bons comportements qui
témoigneront de la `renaissance des valeurs' », que
le
candidat socialiste dit appeler de tous ses voeux.
Dès lors, le pacte de 'la nouvelle alliance' se
fixe trois objectifs principaux :
d'abord, « une société plus prospère
» afin de raffermir la croissance économique, d'améliorer
la gestion des affaires publiques et de construire de
nouvelles efficacités dans l'économie mondiale.
ensuite, « une société plus solidaire
» dans le sens d'améliorer la qualité de la
croissance
économique, de lutter contre la pauvreté mais
aussi, de lutter contre le chômage, les exclusions
et les discriminations.
enfin, « une société plus humaine »
qui puisse donner un nouveau souffle et un nouveau visage à la Justice,
bref une justice plus humaine ; garantir la sécurité humaine et
libérer l'imagination et la créativité.
En militant pour une « société plus
prospère », le PS ne se prive pas de défendre son
bilan. Diouf rappelle à cet effet que le but de croissance
économique de son mandat précédent consistait
à « relancer la production avec l'objectif d'assurer au
moins le doublement, en moyenne annuelle, du taux de croissance de la
production par rapport au taux de croissance démographique
».
En l'an 2000, pour le PS, cet objectif était atteint avec
un taux de croissance de 5,5% et un taux
de croissance démographique de 2,7%.
Néanmoins, il se fixe un objectif de croissance de
l'économie d'au moins 8% l'an.
Malgré tout, le tribut fut lourd pour les populations par
qui « cette croissance de la production
a été retrouvée grâce aux
efforts (...) à des moments difficiles » et qui auraient
compris en lui faisant confiance, « ...que la seule voie pour
retrouver ce sentier de la création de richesses résidait dans
l'adoption de politiques de rigueur ». Ce qui, aux yeux du
leader socialiste
a « fait que le Sénégal est devenu un
pays sécurisant, respecté et qui mérite la confiance de
ses partenaires au développement ». C'était aussi pour
dire que la voie à laquelle il avait mené ses concitoyens,
plusieurs années durant, en sollicitant leur confiance, était
pour lui « bel et bien la voie ».
Raffermir la croissance économique implique aussi
améliorer la gestion des affaires publiques car « l'idée
d'une plus grande transparence, d'une plus grande efficacité dans la
gestion de plus en plus participative des affaires publiques sera une notion
centrale de la société politique
du troisième millénaire ».
Un tel pari devra intégrer une association des
populations et des administrés qui, par le contrôle direct,
impulseront une transparence dans la gestion et une bonne gouvernance.
Ce sera le nouveau souffle de la décentralisation qui a du mal
à s'affirmer et à trouver ses marques dans
un Etat centraliste et où tout ce que l'Etat donne d'une
main, le reprend de l'autre.
La corruption ne sera pas oubliée dans la nouvelle
lutte et comme au début de ses premières années de Chef
d'Etat, le candidat socialiste envisage la création d'un Office de Lutte
Contre la Corruption. Regroupant hauts fonctionnaires et
représentants de la société civile, cet organe
bénéficierait de toutes les protections nécessaires,
conduirait ses instructions sur la base d'informations publiques ou
privées, et le cas échéant, saisirait la Justice.
Mais comme en 1981, le candidat socialiste a conscience que
son pari est à haut risque et fera face à beaucoup de
résistance dans un système corrompu et clientéliste,
fortement ancré dans la société sénégalaise.
Il s'affiche décidé et résolu et veut se donner tous les
moyens et garanties
de succès.
Diouf les trouve dans les principes qui devront guider son action
:
une volonté politique à faire partager avec toutes
les forces de progrès du pays,
un renforcement du rôle et de l'autorité des
instances de contrôle et d'inspection dont les capacités
d'intervention seront notablement accrues,
des sanctions judiciaires sévères à
appliquer chaque fois que des faits délictueux seront établis,
une vaste campagne de sensibilisation morale.
Lorsqu'il s'agit de construire de nouvelles
efficacités dans l'économie mondiale, la
compétitivité s'impose comme un impératif
catégorique. Le candidat socialiste y voit la seule stratégie
rationnelle pour non seulement survivre, mais encore tirer partie de la
mondialisation.
En sollicitant un nouveau mandat du peuple
sénégalais, Abdou DIOUF propose aussi d'oeuvrer à
l'avènement d' « une société plus solidaire
». Car au delà de la croissance économique et
de l'accumulation des richesses, s'impose une économie
équilibrée et
distributive, une économie d'initiatives et des
libertés, une économie qui s'appuie sur les
compétences et les rétribue en conséquence. C'est
donc un pari sur l'avenir et les nouvelles perspectives du nouveau
siècle ; pari qui s'envisage en ayant en vue « la
correction des éventuels déséquilibres (...) mais
surtout la réduction de la pauvreté, la création
d'emplois» afin de s'orienter vers une croissance favorable aux
catégories sociales les plus démunies. Mais
les objectifs ambitieux de réduction de la pauvreté
que se fixe le candidat socialiste, imposent
une stratégie fondée sur trois axes principaux :
imposer à la politique macroéconomique les
contraintes du développement social, grâce à la promotion
du secteur privé, à la mise en place d'infrastructures
structurantes et à une allocation des ressources publiques vers les
secteurs sociaux.
orienter les dépenses publiques vers les groupes plus
vulnérables et renforcer les organisations
professionnelles.
améliorer le niveau de couverture des services
sociaux sans oublier les volets pivots que constituent la santé et
l'éducation.
Ainsi, pour l'éducation, « l'Etat s'est
assigné l'obligation d'offrir à chaque
sénégalaise et à chaque sénégalais la
possibilité d'aller à l'école et d'y rester pendant au
moins dix ans » dans une société où le taux
d'analphabétisme est estimé en 1998 à 51,4%.
S'agissant du secteur de la santé, «
l'objectif du programme est de rendre accessibles les services de
santé primaire à toutes les sénégalaises et
à tous les sénégalais ».
L'accès aux infrastructures de base concerne aussi
l'électrification et le transport ruraux sans oublier la
possibilité pour chaque citoyen sénégalais de disposer de
l'eau potable.
Par ailleurs, un axe important de la politique de
lutte contre la pauvreté consiste en
l'encouragement à l'auto prise en charge, notamment
à travers la promotion du micro crédit, des mutuelles et caisses
d'épargne populaires.
Abdou DIOUF s'engage personnellement et de manière
audacieuse à insérer sa politique de lutte contre la
pauvreté « (...) dans une problématique du
développement humain durable » et
au delà des mesures économiques à
prendre, il envisage de mener « une croisade contre les
systèmes de gouvernance désuets et les
stratifications sociales rétrogrades qui confinent les pauvres dans
des rôles politiques et sociaux inacceptables ».
Mais l'un des problèmes majeurs auquel doit faire face
le candidat socialiste reste le chômage qui progresse sans cesse,
surtout dans une société essentiellement jeune. Cette
jeunesse avoisine 10 millions en l'an 2000 avec 58% de personnes de moins de 20
ans et presque 80% de moins de 30 ans. Il s'y ajoute que tous les ans,
près d'une centaine des milliers de personnes, selon certaines
statistiques, arrivent sur le marché de l'emploi. Le mal est profond vu
que ce chômage des jeunes a la particularité de
marginaliser et de fragiliser les forces vives de la nation,
d'augmenter les risques de recrudescence de l'insécurité et de la
délinquance. En effet, DIOUF reconnaît qu'en tant que
« facteur d'exclusion déterminant dans nos
sociétés contemporaines, le chômage trace la ligne de
démarcation et la frontière de la `fracture sociale'
». Et si son septennat passé a vu ses promesses de
20.000 emplois dépassées par le nombre de créations
annuelles effectives dans les secteurs formel et informel réunis, avec
plus
de 47.000 emplois par an, il reconnaît toutefois que
« cet objectif reste insuffisant par rapport à
une demande annuelle qui concerne près
d'une centaine de milliers de demandeurs d'emplois » et que
« dans la lutte contre le chômage, l'élargissement de la
capacité d'accueil
du système productif constitue la réponse
adéquate ».
Cette politique, tendant à améliorer les
conditions de vie, concerne d'importantes couches sociales, mais elle
sera en priorité orientée vers certaines populations en
péril « que l'ordre fondé sur l'économie de
marché rejette à la périphérie du système
social ». Ce qui conduit au fait que le prochain septennat verra
les instruments de lutte affinés, les politiques mieux
articulées et mieux coordonnées, par un changement de
méthodes et de pratiques d'approches aussi.
La pérennisation de l'emploi et son inscription dans la
durabilité ne sont pas perdues de vue
pour autant. La création d'emplois devant relever aussi
de l'entreprise individuelle, DIOUF se propose d'encourager « le
développement de l'esprit d'entreprise dès l'école
» et de veiller, dans ce cadre, « à ce que
l'Etat recentre son intervention pour asseoir une politique de
développement local qui libère les initiatives
individuelles ». Une confiance réaffirmée aux
femmes est affichée « compte tenu de leur
crédibilité et de leur dynamisme prouvés » qui
font
qu'elles « constituent aujourd'hui un levier
incontournable et doivent être des partenaires
privilégiés pour la promotion de l'emploi des jeunes
».
Mais bien plus que le chômage, ce sont les
phénomènes d'exclusion qui exhibent les complexités
les plus surprenantes et qui menacent la cohésion sociale. En somme, une
nouvelle mentalité s'impose pour créer un nouvel homo
senegalensis, agir sur les mentalités afin de changer les
stéréotypes et les symboles, par une meilleure communication
à support d'image et dans les langues nationales. Pour celui qui
sollicite à nouveau le suffrage des sénégalais,
l'entrée nécessaire de la société, du pays dans la
modernité, est à ce prix.
« Une société plus prospère » et
« plus solidaire » a aussi besoin de reposer sur « une
société
plus humaine ».
Dans une telle société plus humaine, le
premier souci consiste à « rendre la justice plus humaine
» ; ce qui se résume à « rapprocher la justice du
justiciable, rendre une justice rapide
et crédible » de sorte à faire
advenir « l'impulsion d'une politique judiciaire novatrice,
efficace
et humaine (...) plus respectueuse de la dignité et
des droits de la personne humaine ».
La protection des libertés individuelles reste une
préoccupation sans oublier celle de « veiller sur la
nécessité d'une application intelligente de la loi ».
Et pour lutter contre la délinquance juvénile, le PS se propose
de miser sur « une action de prévention et de
rééducation pour les jeunes de moins de 25 ans, la
finalité étant la réinsertion des jeunes dans le
tissu socio
économique ».
Le second volet se résume à « garantir la
sécurité humaine ».
Pour DIOUF, il faut donc tirer profit du crédit dont
semble jouir le Sénégal, « cité en exemple dans
le domaine du pluralisme politique en Afrique, des droits de
l'Homme et de l'indépendance de la Justice » mais
« ces libertés ne peuvent (...) s'épanouir que
dans une société sécurisée ». Et
« c'est pourquoi la lutte contre la délinquance, la
criminalité et les agressions constituera l'une des tâches les
plus urgentes du prochain septennat (...) la sécurité des
citoyens devant passer avant toute autre considération ».
Dans un climat apaisé et un cadre sécurisé,
l'entreprise humaine ne peut que s'épanouir.
Le dernier volet que propose le PS se veut «
libérer l'imagination et la créativité »
afin d'émanciper les énergies et la libre entreprise.
La volonté du candidat DIOUF est de ce fait, « de
persévérer dans la promotion d'un cadre de plus en plus
propice à l'éclosion du génie national ».
Cette lecture du discours politique du PS et de son candidat
qui militent en l'an 2000 pour le maintien au pouvoir tout en s'engageant dans
la signature d'un nouveau 'contrat social', nous fera voir que le
régime socialiste, loin de douter, garde une relative
sérénité et le cap qu'incarne Abdou DIOUF, pour un «
changement dans la continuité ».
Face au régime se dresse un adversaire nouveau, que le
monstre socialiste n'a jamais combattu
pour la seule raison qu'il sort de ses rangs. Et même si le
PS, amputé de Moustapha NIASSE
ne sait pas trop comment apprécier cette nouvelle venue
que constitue l'AFP, les progressistes
ne s'en trouvent pas moins confrontés à un dilemme
: le prix du schisme.
SECTION 2
L'AFP FACE AU DILEMNE PROGRESSISTE.
Au soir d'un long règne de 40 ans, le PS est affaibli par
les démons de la fragmentation, qui ont longtemps été le
lot des partis d'opposition. En effet, à l'instar de son premier combat
entrepris
au lendemain du départ de Senghor de la tête du pays
et qui va consister en une restructuration
du parti dont il hérite, Abdou DIOUF s'engagera,
à nouveau, pour tenter d'impulser une nouvelle dynamique au sein
de sa formation. Près de vingt après sa première reprise
en main du PS, il tentera encore de l'ouvrir aux jeunes « dioufistes
» et de se défaire de l'emprise des vieux barons, trop enfouis
dans leurs fiefs et leurs privilèges.
L'histoire politique du Sénégal retiendra
néanmoins que le premier combat se soldera par une victoire assez
satisfaisante pour Abdou DIOUF ; par contre, celui de la fin des années
90, qui
va apparaître quelque peu comme un 'forcing
politique interne', ne manquera pas de laisser des séquelles,
celles d'un schisme inédit. Au plan politique, le PS, pour emprunter le
langage des astrophysiciens, tel une étoile, « s'est
effondré sur luimême après avoir épuisé
sa réserve d'énergie nucléaire ». Les
parachutages ont provoqué des frustrations et des tendances,
dont certaines, en se consolidant, ont abouti en 1998 au départ de Djibo
Kâ et de ses partisans et en
1999 à celui de Moustapha Niasse.
En effet, percevant la nomination de Ousmane Tanor DIENG au poste
de Premier Secrétaire du
PS comme un simple 'parachutage' orchestré et
voulu par le maître des lieux, ces deux grands caciques et barons
incontestés du régime, décideront de rompre avec le
parti.
L'URD de Djibo Leity KA sera créée en
juillet 1998, un an avant la naissance de l'AFP de
Moustapha NIASSE, soit en juillet 1999.
Dans le cadre de l'étude présente, nous
ne nous intéresserons qu'à l'action de l'AFP de Moustapha
NIASSE. Cette formation politique émerge dans un contexte assez
particulier et plus ou moins favorable eu égard au contexte de l'an
2000, dans lequel évoluent les sénégalais.
Ce qui lui fera jouir d'une adhésion
spontanée et d'une grande sympathie politique que ne manquent
pas d'alimenter la personne même de ce diplomate, ancien Premier
Ministre et ancien Ministre des Affaires Etrangères mais qui
n'en demeure pas moins, un fidèle de Senghor.
Ce double visage de nouveau 'renégat' du PS
qui garde encore sa sympathie au prédécesseur d'Abdou DIOUF, en
l'occurrence Léopold Sédar SENGHOR principal idéologue du
PS, va le mettre dans une situation des plus délicates et
inconfortables pour un homme politique qui milite pour le changement.
Le dilemme auquel l'AFP se trouve confronté se
résume à ne pas apparaître comme 'un clone
du PS' ou encore comme un 'PS bis'.
Dès lors, les progressistes se devaient de s'apprêter en
confirmant le schisme d'avec le PS afin de tenter de s'imposer comme une
nouvelle force sur l'échiquier politique sénégalais. La
logique progressiste sera donc de tenter une déconstruction
du régime socialiste (A) sans laquelle elle manquerait son
épanouissement politique dans « un
Sénégal autrement géré »
(B).
Déconstruire le régime socialiste.
« Je suis prêt »...tel
était le cri de schisme définitivement consommé
entre Moustapha
NIASSE et le pouvoir socialiste. En choisissant cet
espoir et en l'affichant au grand jour, il s'exposait au piège
d'assumer ce passé politique, qu'il `reniait' pour porter l'AFP sur les
fonds baptismaux.
Le leader progressiste dira ne rien regretter, pour avoir
« servi avec loyauté (...), fierté » , ne
rien renier de ce passé qu'il a choisi et
qu'il assume pleinement. Il se dira même décidé
à s'engager « avec la même volonté et la
même détermination » et à se mettre à la
disposition de son pays.
Dès lors, s'inscrivant dans une dynamique d'opposition
'antidiouf', le discours de l'AFP et des compagnons de Moustapha
NIASSE ne sera pas tendre à l'endroit du régime socialiste, qui
se retrouve entre le marteau de la traditionnelle opposition et l'enclume de la
nouvelle, incarnée par les deux dissidents du PS.
Pour cet ancien membre du système
socialiste, l'objectif logique se résume en une
déconstruction du PS, idéologiquement, politiquement et
structurellement parce qu'étant une formation jugée
corruptrice des masses et usée par l'exercice du pouvoir.
Et le ton est vite donné, lorsque le 16 juin
1999 soit deux jours après la reconnaissance
officielle du parti, retentit l'appel du leader de l'AFP, un
appel par lequel le leader se dit prêt et avoir choisi l'espoir.
NIASSE y dresse un réquisitoire particulièrement virulent
contre « la mainmise de groupes d'intérêts mafieux
sur le pays, le clientélisme archaïque et
étriqué, la manipulation de la Constitution et des institutions,
l'absence totale de projet de société... » et pour
celui qui se présentera comme le plus redoutable adversaire d'Abdou
DIOUF, « changer
le Sénégal est un impératif absolu
». Convaincu que « des ruptures sont parfois
nécessaires quand vient le temps du destin », il se dit
« prêt ».
Même s'il ne manque pas d'être l'objet de
diatribes acerbes et d'une rare violence, en tout cas dans le contexte qui a
toujours été celui du Sénégal jusquelà, il
campe, dans un réquisitoire empreint d'un grand courage politique,
les maux dont souffrent, selon lui, ses compatriotes
sénégalais et dit sa décision de se
démarquer du régime socialiste. Dans sa déclaration
de
rupture, NIASSE constate que « ...les raisons
d'espérer qui étaient pour chaque sénégalais une
source de confiance, semblent inexorablement se dérober ».
Quelques temps plus tard, devant les Sénégalais de
l'étranger, à Paris, il n'hésitera pas à prendre
des accents populistes car « Pendant que les bouches pleines mentent,
inventent et manipulent,
les ventres creux meurent (...) les vieilles mamans
(...) vont acheter des os au marché pour
donner le goût de la viande au riz ».
Evoluant dans une logique de déconstruction du
régime socialiste, le diagnostic auquel il se livre est
significatif car provenant d'un homme qui fut, de tout temps, un acteur du
système et qui a toujours assumé de hautes responsabilités
dans les organes du pouvoir de l'Etat comme
du PS.
Au moment où il tourne le dos à la famille
socialiste, le leader progressiste s'estime guidé par
« la conviction de ce que le PS, miné de
l'intérieur par des luttes intestines, usé par l'exercice
du pouvoir surtout dans les 10 dernières
années du magistère de DIOUF, traduisait l'usure du pouvoir
lassé, épuisé mais imbu de sa force et du monopole qu'il
exerçait presque dans tous les domaines, sans limites et sans
contraintes ». Ce que le leader de l'AFP qualifie
d' « immobilisme dévastateur du fait de la
conscience de l'esprit impérial » ou encore
de « reflex impérial du pouvoir usé
(...) à l'image de cet Empereur qui, tant qu'il vit,
reste
Empereur ».
Il demeure néanmoins que combattre le régime
socialiste implique sans nul doute le départ de
cet « Empereur » qui dira, dès les
débuts de la campagne électorale, ne pas connaître
« l'usure
du pouvoir ».
Et même s'il le réclame ardemment parce
que souhaitable et préférable pour le peuple
sénégalais en cet instant précis de son histoire
et dans ce contexte particulier de l'an 2000, Moustapha NIASSE ne
considère pas le départ de DIOUF comme une fin en soi. «
Parce que cela aurait été vain, irresponsable,
personnellement vindicatif et sans signification » aussi
« parce que dans la vie politique, la
focalisation sur un individu devient vaine quand on
considère cette focalisation comme une fin en
soi ». Pour lui, « le départ de DIOUF
n'était qu'un point ou un aspect de la vision globale de l'AFP et de son
idéal politique (...) son départ était juste une voie
obligée pour provoquer les changements».
Dans cette visée, le leader de l'AFP soutenue par
huit autres partis dans le cadre de la CODE
2000 (Coalition De l'Espoir 2000) mettra l'accent
sur l'impératif que constitue la reconstruction de l'Etat
démocratique à un moment où « le
système politique, depuis longtemps, est conçu au travers
d'un pouvoir politique personnalisé qui sur concentre autour d'un
pouvoir présidentiel aux contours indéfinis, la quasi
totalité des pouvoirs y compris Législatif et Judiciaire
»30 .
En effet, « jamais dans l'histoire de ce pays, les
interrogations n'ont été aussi nombreuses sur tout ce qui touche
à l'avenir et aux perspectives d'une nation qui, jusquelà, avait
su faire face
à toutes les incertitudes politiques,
économiques et sociales, quelles qu'en fussent les causes,
les manifestations et les effets ».
Le tableau que dresse le candidat de la CODE 2000, est donc des
plus noirs et accablants pour
le régime socialiste. Mais le discours ne peut
prospérer que conjugué et mis en perspective face
à la réalité que vit le peuple. Et
« les événements, parfois d |