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La communication politique dans les élections au Sénégal: l'exemple du PS(Parti Socialiste) et de l'AFP(Alliance des Forces de Progrès) en l'an 2000


par Hamad Jean Stanislas Ndiaye
Université Gaston Berger de Saint-Louis (Senegal) - Maitrise de Sciences Politiques
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

REPUBLIQUE DU SENEGAL

************

UNIVERSITE GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS UFR DE SCIENCES JURIDIQUE ET POLITIQUE SECTION : SCIENCE POLITIQUE

**********

MEMOIRE DE MAITRISE

THEME

LA COMMUNICATION POLITIQUE DANS LES ELECTIONS AU SENEGAL :

L'EXEMPLE DU P.S. ET DE L'A.F.P. EN L'AN

2000.

Présenté par : Sous la direction de : Hamad Jean Stanislas NDIAYE M. Adolphe DANSOU

Etudiant en 4ème année Enseignant à l'Université

de Science Politique Gaston Berger de Saint-Louis

Année académique 2004-2005

2

ABREVIATIONS

AFP Alliance des Forces de Progrès

AJ/PADS And Jef/ Parti Africain pour la Démocratie et le Socialisme

AOF Afrique Occidentale Française BCG Bloc des Centristes Gaïndé BDS Bloc Démocratique Sénégalais

CA 2000 Coalition pour l'Alternance 2000

CDP Garab gui Convention des Démocrates et des Patriotes Garab gui

CNTS Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal

CODE 2000 COalition De l'Espoir 2000

CONGAD Conseil des ONG du Sénégal

FMI Fonds Monétaire International

FRAP Front de Rupture pour une Alternance Populaire

FRTE Front pour la Régularité et la Transparence dans les Elections

FSD/BJ Front pour le Socialisme et la Démocratie/ Benno Jubel

NPA Nouvelle Politique Agricole

NPI Nouvelle Politique Industrielle

ONEL Observatoire National des ELections

OPNI Objets Politiques Non Identifiés

PAI Parti Africain de l'Indépendance

PAML Programme d'Ajustement économique et financier à Moyen et Long terme

PDS Parti Démocratique Sénégalais

PDS/R Parti Démocratique Sénégalais/ Rénovation

PIT Parti de l'Indépendance et du Travail

PLS Parti Libéral Sénégalais

PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement

PREF Plan de Redressement Economique et Financier

PRS Parti Républicain du Sénégal

PS Parti Socialiste

TIC Technologies de l'Information et de la Communication UNSAS Union Nationale des Syndicats Autonomes du Sénégal UPS Union Progressiste Sénégalaise

URD Union pour le Renouveau Démocratique

URD/FAL Union pour le Renouveau Démocratique/ Front pour l'Alternance

SOMMAIRE

Introduction générale.

Première Partie: La construction du discours politique de L'AFP et du PS.

Chapitre 1: Le discours politique à l'épreuve de la campagne électorale:

un discours sans conteste antagonique.

Section 1 : Le PS face au combat de la réhabilitation.

A Pour une revalidation du `contrat social'.

B Par le Pacte de Solidarité et de Croissance.

Section 2 : L'AFP face au dilemme progressiste.

A Déconstruire le régime socialiste.

B« Pour un Sénégal autrement géré ».

Chapitre 2: L'alchimie des circonstances de temps, de lieu et de personne.

Section 1 : Le changement, une aspiration partagée aux élections de l'an 2000.

A Le PS, pour un « changement dans la continuité ».

B L'AFP pour un « changement sans Diouf ».

Section 2 : Le contexte particulier de l'an 2000.

A La fatigue des sénégalais et la prégnance du changement.

B Relecture et recomposition du paysage politique sénégalais: pour une ouverture du jeu politique.

Deuxième Partie : La perception du discours politique et perspective explicative.

Chapitre 1 : Les effets de la communication politique du PS et de l'AFP.

Section 1 : Un discours aux effets réels.

A De par le jeu des alliances politiques et l'action des médias.

B De par la dimension personnelle des candidats.

Section 2 : Un impact à relativiser.

A Le rejet du discours politique.

B Le 'mal être' et 'le mal vivre' des partis politiques.

Chapitre 2 : Des limites inhérentes à la communication politique : Perspective explicative.

Section 1 : De la dynamique des « objets politiques non identifiés ».

A Le rôle des « valeurs structurantes de la tradition culturelle » et la capacité réactive

de l'individu citoyen.

B L'effritement du « ndiguel ».

Section 2 : De « La politique par le bas ».

A Médias et société civile, les « gardiens du temple » démocratique.

B Les conquêtes de la citoyenneté.

Conclusion générale

Bibliographie

Dédicaces

A toute ma famille ; A mes parents ; A tous mes frères et soeurs : chacun pour ce

qu'il est reste précieux. Fervent souhait de vous voir aller au delà de mes modestes ambitions mais surtout de trouver la voie et de donner le vrai sens à votre vie.

A Feux Estella COLY et Marie Clémence NDIAYE. A Feu Joseph Luc FAYE.

A tous ceux qui, depuis l'Immaculée Conception de Rufisque jusqu'à l'UGB, se sont évertués à faire de moi cet être plein de leur enseignement et qui leur en reste à jamais reconnaissant.

A tous les étudiants de l'UFR, en particulier à mes camarades de promotion.

A toute l'UFR : au Directeur, au PER, au PATS pour toute l'expérience partagée

et les moments vécus.

A tous les amis rencontrés à l'UGB. A tous les amis de Rufisque.

Remerciements

Monsieur Adolphe DANSOU, pour avoir bien voulu guider nos premiers pas dans

la recherche dans un constant élan de rigueur et de culte du travail bien fait. Nous retenons de lui que « le mémoire n'est pas juste une formalité pour clore le second cycle, mais bien le début de la recherche ».

Monsieur Moustapha NIASSE, Secrétaire Général de l'Alliance des Forces de

Progrès (AFP) et Monsieur Abdoulaye WILANE, Membre du Bureau Politique

du Parti Socialiste (PS) pour bien avoir voulu se prêter à nos enquêtes et interviews. Ce travail porte le sceau du réel apport de leur sollicitude.

Messieurs Alioune Badara DIOP, Antoine TINE, Abdoul Fatah NIANE et Ibrahima SILLA, enseignants à la section de science politique pour tous les conseils et échanges fructueux. Au delà de leur statut de formateurs, leur

expérience d'anciens et de pionniers nous auront humblement épargné les maladresses auxquelles nous aurions pu être exposés. En suscitant le débat, nous avons appris à leur voler un peu de leur savoir...le disciple saisit au bond toutes

les occasions d'apprendre de son maître !

A tous ceux dont, par respect pour leur humilité, nous avons été amenés à taire les noms. Ce silence n'enlève en rien leur mérite puisqu'il faut souvent se taire pour mieux être entendu.

Pas de démocratie sans communication politique

Dominique WOLTON

A cause du marketing politique, les idées ne suffisent plus pour être élu

Philippe J. MAAREK

Dans la communication, le plus compliqué n'est ni le message, ni la technique

mais le récepteur

Dominique WOLTON

INTRODUCTION GENERALE

La science politique, en étudiant le politique, n'en s'étend pas moins à la politique. Et la scène

politique nous offre des événements et des phénomènes fort intéressants pour ne pas être appréhendés et étudiés. Dans cette «autopsie» de la scène ou du jeu politique, la communication

ne saurait manquer d'être prise en compte car ce milieu, parce que politique, conserve ses réalités et principes propres qui le différencient de toute autre sphère de la société.

Cette communication propre à la sphère politique communication politique a désigné au départ, l'étude de la communication du gouvernement vers l'électorat, puis l'échange des discours politiques entre la majorité et l'opposition. Le domaine s'est ensuite élargi à l'étude du rôle des médias dans la formation de l'opinion publique, puis à l'influence des sondages sur la

vie politique. 1

Aujourd'hui, elle englobe l'étude du rôle de la communication dans la vie politique au sens large, en intégrant aussi bien les médias que les sondages, le marketing politique et la publicité

1Dominique WOLTON, Glossaire des concepts utilises voir site : www.wolton.cnrs.fr/glossaire/fr_glossaire.htm

avec un intérêt particulier pour les périodes électorales. A la limite, la communication politique désignetelle toute communication qui a pour objet la politique!

Cette définition, trop extensive, a cependant l'avantage de prendre en compte les deux grandes caractéristiques de la politique contemporaine: l'élargissement de la sphère politique et la place croissante accordée à la communication, avec le poids des médias et de l'opinion publique à travers les sondages.

La communication politique moderne ne peut plus se contenter, comme auparavant, de la

qualité littéraire des discours politiques et du brio de la rhétorique de ses énonciateurs. En effet, ainsi que le rappelle Philippe J. MAAREK « à cause du marketing politique, les idées ne suffisent plus pour être élu ». 2

En dehors de l'activité électorale, la communication politique instaure l'existence symbolique des acteurs politiques et des partis. Elle leur donne la visibilité qui leur permet d'exister dans l'espace public, et, en particulier, c'est par les stratégies de la communication politique que les partis et les acteurs collectifs de la sociabilité politique suscitent l'adhésion ou l'intérêt et engagent la permanence d'une relation médiatée aux citoyens et aux autres acteurs singuliers de

la sociabilité politique. La construction de l'identité des partis politiques s'inscrit dans trois types d'activités de communication : l'affichage et la manifestation d'une présence militante dans l'espace public (tracts, présence dans les marchés...) ; l'élaboration et la diffusion d'une presse propre, destinée aussi bien à l'usage interne (informations institutionnelles, calendrier des manifestations prévues) qu'à l'usage externe (diffusion des textes importants et des déclarations des acteurs politiques) ; l'organisation de débats, de réunions publiques et de manifestations assurant une visibilité dans l'espace public.

La communication politique, en ce sens, donne aux partis l'existence symbolique qui leur assure une place dans l'espace public, et qui rend possible la discussion publique de leurs projets et de leurs idées. C'est, enfin, sur la base de cette consistance symbolique que les partis s'engagent dans les confrontations électorales et institutionnelles qui les opposent les uns aux autres.

Or, le pouvoir n'est pas quelque chose que l'on possède, du moins, indéfiniment ; c'est une interaction. Il est généralement considéré par les politologues comme une relation entre deux

2MAAREK, Philippe J., Communication et Marketing de l'homme politique, Collection communication politique et publique, Paris, LITEC, 1992, p.1.

ou plusieurs personnes.3 Et parce qu'étant une relation, le pouvoir demeure l'enjeu majeur sinon le seul dans le combat politique qui nourrit et vivifie le jeu démocratique, un enjeu des stratégies des acteurs. Vu sous cet angle, le pouvoir doit également être légitimé, c'estàdire accepté tacitement par le peuple qui y est soumis. Alors toute stratégie est développée par les partis politiques pour séduire et s'octroyer les faveurs et le suffrage des citoyens.

Un aspect des travaux de Pierre BOURDIEU qui s'intéresse, au premier chef, à la communication politique, porte sur les discours et le champ politiques et concerne le pouvoir symbolique et leurs effets. Selon lui, la communication joue un rôle prépondérant dans le champ politique, qui comme tout autre champ, possède ses règles, épreuves et rites de passage propres, mais ce champ dépend fortement de l'extérieur; la force des agents politiques est fonction de leur capacité à mobiliser l'électorat. " La concurrence pour le pouvoir (...) s'accomplit par l'intermédiaire de la concurrence pour les profanes ou, mieux, pour le monopole du droit de parler et d'agir " au nom de la population. 4

La prééminence de la communication dans le champ politique s'explique en ce que la fonction

de mobilisation prend le pas sur la fonction d'expression des idées et des idéaux et sur la fonction de représentation. On cherche donc à faire voir et faire croire, prédire et prescrire, faire connaître et faire reconnaître.

Pour Bourdieu, si les dynamiques de pouvoir s'exercent dans tous les champs, c'est dans le

champ politique que s'établissent les catégories constitutives des oppositions sociales; " le pouvoir de représentation " qui est le propre du champ politique constitue aussi un " pouvoir de manifestation " qui " contribue à faire exister pleinement " ce qui existe à l'état tacite ou implicite, et donc à faire " surgir de nouvelles oppositions " grâce à leur apparition dans l'espace public. Il se fabrique donc à l'intérieur du champ politique " des formes de perception

et d'exposition politiques agissantes et légitimes ". 5

Aussi pour Ibrahima NDIAYE DIADJI, « parmi les champs normatifs d'action (...), les stratégies de communication auront nécessairement un rôle de plus en plus accru »6 Il ajoute que « ...Il va de soi que le parti politique qui ne sait pas comment diffuser au mieux ses

3 cf. cours de communication politique

4 Pierre Bourdieu et la communication politique : www.lasciencepolitique.com/revue/revue1/article10.htm

5 (Ibid.)

6 NDIAYE I., Etre syndicaliste aujourd'hui...Editions XAMAL, SaintLouis, 2001, p.99

opinions, ses projets, sa vision, éveille l'interrogation de ses propres militants ou sympathisants sur sa visibilité dans le champ politique ...» 7.

La forte médiatisation des campagnes électorales a fait apparaître de nouveaux éléments dans le comportement des acteurs du jeu politique. On note, en effet, une adaptation des acteurs aux nouvelles exigences médiatiques, le marketing politique fait son apparition. L'on fait même appel à de grands spécialistes du marketing politique, à l'image du PS et du candidat Abdou DIOUF, qui a accepté la proposition d'aide du français Jacques SEGUELA.

Il ressort clairement que toutes les formations en compétition se dotent de conseillers en communication et de directoires de campagne qui élaborent de véritables plans médiatiques de conquête électorale.

C'est aussi dans ce cadre du développement des technologies de l'information et de la communication (TIC), de l'essor des médias de masse et de la transformation des modes de communication des hommes politiques que s'inscrit notre étude, étude rétrospective de la campagne électorale des élections présidentielles de l'an 2000 au SENEGAL.

D'ores et déjà, ce regard a posteriori se fera au travers de quotidiens sénégalais; néanmoins, pareille approche ne devra aucunement nous contenter dans cette recherche car l'apport des quotidiens nous sera certes nécessaire et bénéfique mais pas suffisant.

Il nous faudra donc obligatoirement aller vers les partis politiques, en faisant nôtre cette formule qui veut qu' «A tout seigneur, tout honneur!»

Il demeure, cependant, qu'objet classique de la science politique, les partis politiques ont été quelque peu délaissés par la recherche depuis une vingtaine d'années. Ce désintérêt relatif est indissociable d'une recomposition des formes d'engagement et de participation politique, du déclin de la visibilité des idéologies et d'une certaine crise des modes de la représentation collective.

Les formations politiques du Sénégal n'échappent pas à cette perte de vitesse et l'on pourrait

même convenir avec Zaki LAIDI d'une « perte de sens » 8 , vu que l'échiquier politique sénégalais se trouve actuellement sujet à un bouleversement sans précédent et à une

7(Ibid. P.100)

8 LAIDI, Z., Un monde privé de sens, Editions Hachette pluriel référence, mai 2001, 330 p.

recomposition des forces politiques et des idéologies, laissant apparaître des alliances et des allégeances dont nul observateur n'aurait pu avancer le postulat.

Pour autant, les partis politiques ne sont pas morts. Si la vision idéal typique du parti de masse

a été malmenée ces dernières années, les partis, soucieux de leur survie et de leur conservation, inventent et découvrent de nouvelles pratiques et tentent de s'adapter à une société de gouvernance multi niveaux.

Dès lors, comment justifier le choix de notre étude dans le cadre précis de ce sujet ?

L'observation systématique des dispositifs de communication politique et des modèles d'interaction proposés aux populations (ou aux acteurs sociaux) peut justifier le questionnement sur la concordance réelle entre la visibilité médiatique et la lisibilité sociale ou entre le discours politique et l'expérience vécue.

Mais l'on pourrait expliquer ce choix par les particularités qu'a pu revêtir l'élection présidentielle de l'an 2000 dans l'histoire politique du Sénégal. Pour trouver réponse à ce qui aura fait la singularité de ces échéances électorales, trois axes peuvent nous aider, hormis la mémorable et historique alternance politique qui en a découlé :

D'abord, l' « essoufflement du régime socialiste » 9 . Il reste justifié par l'implosion et les querelles fratricides qui vont miner le Parti Socialiste (PS) et déboucher sur un schisme inédit avec les départs de Djibo Leity KA et de Moustapha NIASSE.

De là vont apparaître deux nouvelles formations politiques que sont, respectivement, l'Union pour le Renouveau Démocratique (URD) et l'Alliance des Forces de Progrès (AFP) qui vont, pour beaucoup, contribuer à la débâcle du PS et amener pour la première fois dans l'histoire politique du Sénégal, au ballottage du candidat socialiste et à la convocation du collège électoral en vue d'un second tour aux présidentielles.

Ensuite, le nouveau visage et la recomposition du champ politique sénégalais qui en devient plus ouvert par le jeu des alliances ou coalitions et celui des nouveaux partis qui tentent de percer et de s'imposer.

9 DIOP A. B., Logiques sociales et démocratie électorale au Sénégal. Essai de reconstitution et d'interprétation d'une trajectoire de crise : l'exemple de Fouta Toro (19832001) Thèse de doctorat en science politique, Université MONTESQUIEU, Bordeaux IV, IEP Bordeaux , CEAN, juillet 2002

On peut y lire une « maturité » de l'opposition politique qui fait bloc avec un seul mot d'ordre :

débouter un régime socialiste vieux de quarante ans !

Enfin, la forte aspiration des populations au changement. Ce changement s'entend tant dans un renouvellement des méthodes et pratiques politiques, que dans un renouvellement de la classe politique et plus précisément, de certains barons ou ténors, qui ont fini par lasser les citoyens.

Le « SOPI » (changement, en wolof), slogan du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) dirigé

par le candidat Abdoulaye WADE, n'aura jamais connu autant de regain d'intérêt.

Problématique

Notre étude n'aura pas pour objet le vote en tant que tel, mais sera plutôt centrée sur la communication politique de deux partis (PS et AFP) par le biais des quotidiens que sont, principalement LE SOLEIL,WALFADJRI, SUD QUOTIDIEN et LE MATIN. Ce qui n'empêchera, le cas échéant, le recours à d'autres sources médiatiques qui puissent constituer

un apport réel à notre investigation.

Cette logique adoptée nous amènera à explorer l'impact des campagnes et sorties des leaders politiques, notamment des candidats DIOUF et NIASSE, sur l'électorat sénégalais. Autrement

dit :

Quelles ont été les politiques communicationnelles initiées par les différentes formations politiques ?

Comment le PS et l'AFP ontils fait campagne en l'an 2000, dans la période officielle de campagne électorale qui constitue notre cadre de référence ?

Quel était le but de cette publicité politique ?

Comment a telle été perçue et quels ont pu en être les impacts et incidences sur l'électorat ?

Hypothèses

En se proposant d'étudier la communication politique de l'AFP et du PS dans la campagne électorale de l'an 2000 et s'inscrivant dans une dynamique d'appréciation de cette phase importante de l'évolution politique nationale, l'on pourrait partir de plusieurs schémas. Des hypothèses qui peuvent trouver crédit dans la « singularité » ,admise ou non, de cette élection. Bien singulière élection car ayant abouti à une alternance politique au sommet de l'Etat sénégalais, la première d'ailleurs issue des urnes, quarante ans après l'accession du pays à la souveraineté internationale !

On se rappelle en effet, le départ du Président Léopold Sédar SENGHOR de la tête de la magistrature suprême le 31 décembre 1980 et l'accession au pouvoir de son dauphin Abdou DIOUF qui prêtera serment dès le lendemain, 1er janvier 1981, en vertu de l'article 35 de la

constitution sénégalaise. Le président Senghor faisait modifier la Constitution pour introduire

l'article 35, en 1976, et s'assurer que le Premier ministre en fonction au moment du départ du président terminerait le mandat de ce dernier. Diouf supprimera cet article 35 après son accession au pouvoir. Il rappelle qu'en recevant Abdoulaye WADE dans les premiers mois de

sa présidence, ce dernier lui avait laissé comprendre que cet article gagnerait à être supprimé car étant « un article de fin de règne » et qu'il ne pouvait envisager d'« imposer son successeur ». Et lui de répondre que Wade avait raison.

Il s'y ajoute un fait assez nouveau au Sénégal pour manquer d'être relevé : la sollicitation par le candidat DIOUF de Jacques SEGUELA, le consultant français en marketing politique qui mena François MITTERRAND à l'Elysée en 1981 avec son slogan « LA FORCE TRANQUILLE ! ».

Le PS avait donc compris l'enjeu des cette présidentielle !

Peuton donc avancer, comme premier postulat, que les campagnes de communication de l'AFP et du PS ont eu des effets des incidences sur la cible électorale ;

Ou alors que cellesci n'auront en rien influencé les citoyens et que d'autres logiques peuvent

être invoquées car ayant pu intervenir lors des deux tours de la présidentielle de février et mars

2000.

Cadre théorique de l'analyse

Dans le cadre de cette analyse, nous nous emploierons à étudier le discours des hommes

politiques, à savoir Abdou DIOUF (PS) et Moustapha NIASSE (AFP), la politique communicationnelle de leurs partis et leurs éventuels impacts sur l'électorat sénégalais.

En période de campagne électorale, les relations avec les médias, sont de la plus haute

importance pour la politique de communication : de leur bonne qualité dépend la participation

de la presse en tant que relais d'opinion, plus ou moins volontaire, de l'action des leaders politiques et de leurs partis.

En effet, les médias participent beaucoup à l'éducation du citoyen sur la sensibilisation des

électeurs, sur les programmes d'activités des partis politiques en lice pour les élections et sur le déroulement du scrutin luimême.

Les usages politiques des médias sont une préoccupation des politiques qui recherchent un pouvoir de persuasion. La propagande est l'action exercée sur l'opinion pour l'amener à avoir certaines idées politiques et sociales, à soutenir une politique, un gouvernement, un représentant. En ce sens, la communication politique s'apparente plutôt à de l'influence. Les techniques sont celles du monde commercial, d'où le terme de « marketing politique » consistant à séduire l'électeur.

La stratégie consiste à présenter l'homme politique avec la plus grande attention, que ce soit ses manières, son allure physique, le caractère et bien d'autres images susceptibles d'influencer le vote du citoyen. En effet, rien n'est laissé au hasard, de la couleur du costume au pas à contrôler, à la coiffure et au regard, en passant par le sourire affiché et la manière de saluer les populations susceptibles de voter pour lui...

A la suite des travaux de l'Ecole de Chicago de Paul LAZARSFELD dans le cadre de l'étude

du comportement des électeurs dans le comté d'Erié, sera ton amené à la conclusion que « une personne pense politiquement comme elle est socialement » et que « les caractéristiques sociales déterminent les préférences politiques » ? ;

Ou plutôt que la communication des leaders politiques lors de ces élections aura bien été

perçue par les citoyens ?

Méthodologie de la recherche

Si nous convenons avec Norman NIE, Sydney VERBA et John PETROCIK que « le public

répond aux stimuli politiques qui lui sont offerts, (il) n'est pas déterminé uniquement par des forces psychologiques ou sociologiques, mais aussi par les problèmes du jour et par la façon dont les candidats présentent les problèmes » (NIE et ali.. The changing American Voter, Havard University Press, Cambridge, 1976, p.319), notre méthodologie consistera:

dans un premier temps, en une étape théorique, avec l'approche bibliographique qui nous renseigne sur l'état de recherche sur cette thématique de la communication politique. A cela s'ajoutent les quotidiens, articles de journaux, la documentation et les discours des candidats à des moments précis de la campagne ;

dans une seconde étape, en une phase pratique, par le biais d'entretiens et d'enquêtes sur le terrain. La première cible sera les leaders et acteurs politiques et leurs partis, qui nous intéressent dans notre étude. Nous irons aussi vers les citoyens pour recueillir les appréciations

et la perception des populations afin de juger de l'éventuel impact desdiscours sur leur

expression citoyenne ;

dans un dernier moment, en un exercice d'exploitation des données et de rédaction. Il s'agira de confronter les deux perceptions que sont celle des acteurs directs du jeu politique et celle de l'électeur.

Intérêt de l'étude

L'étude que nous nous proposons de faire s'inscrit dans une dynamique d'investissement d'un

domaine peu ou très mal connu, surtout au plan national. Nul doute que la communication politique n'en sera que mieux connue, eu égard à l'enjeu majeur qu'elle revêt dans le jeu politique. En étudiant ce phénomène par le prisme des médias, au sein du paysage politique sénégalais, notre souci ne sera pas celui du simple citoyen ou du journaliste; la vision du politologue s'inscrit bien au delà!

Investir le domaine de la communication politique, surtout au Sénégal où elle est balbutiante

(du moins dans une conception moderne, à l'image de l'exemple américain où shows et forte

médiatisation rythment les échéances électorales), nous inscrira dans une perspective prospective .Nul doute qu'au regard du fulgurant essor des TIC et de la familiarisation plus ou moins grande des citoyens avec ce qu'il est maintenant convenu d'appeler la cybercitoyenneté,

le spectacle ne fait que commencer. Alors, silence, ça tourne !

PREMIERE PARTIE

LA CONSTRUCTION

DU DISCOURS POLITIQUE DE L'AFP ET DU PS.

La communication électorale, qui regroupe l'ensemble des activités symboliques engagées dans

le cadre de l'organisation du vote, présente deux caractéristiques d'ensemble.

La première, c'est qu'elle est structurée autour de relations à des personnes. Il s'agit, en fin de compte, toujours, de présenter des candidats à des électeurs. Une telle relation, par conséquent,

va mettre en oeuvre une logique d'identification.

La deuxième caractéristique de cette communication, c'est qu'elle structure le temps politique :

la vie politique est scandée par le retour régulier d'échéances électorales, d'abord parce que les assemblées et les pouvoirs se renouvellent régulièrement, ensuite parce que, le chevauchement

de la durée des mandats organisant des cycles qui ne se correspondent pas, l'activité électorale

est une activité pratiquement continue et, de ce fait, la communication électorale occupe l'espace public de façon ininterrompue. La communication électorale joue, par conséquent, un rôle important dans la communication politique. Elle constitue, à la fois par la régularité de son retour et par la personnalisation de ses enjeux, une médiation structurante de la sociabilité politique.

Avec l'élection présidentielle des 21 février et 19 mars 2000, les hommes politiques sénégalais sont, peutêtre sans s'en rendre compte, entrés dans l'ère de la campagne électorale personnalisée. Une campagne où l'idéologie et le programme politicoéconomique sont relégués en arrière plan au profit de la politique spectacle (les temps d'antenne étaient d'ailleurs

de grandes occasions de franche rigolade pour les téléspectateurs). Dans cette formule inventée par les « communicants » Nordaméricains, seule compte l'image, la bonne image du candidat.

Le marketing politique adopte désormais les mêmes outils que la publicité. Il faut de l'argent et surtout des idées originales pour remporter une élection. L'électeur est désormais considéré comme un simple consommateur et la démocratie est devenue un vaste marché fort lucratif. Il

nous faut bien sûr relativiser car aussi bien Diouf que Niasse n'avaient les énormes et impressionnants moyens déployés par les puissants partis américains.

Si l'interprétation du discours politique consiste à faire apparaître le réel dont il se soutient, l'interprétation politique des actes et des stratégies des acteurs sociaux consiste à faire apparaître l'articulation qu'ils proposent entre le réel et le symbolique.

Ainsi, avec l'importance grandissante qu'a prise l'information audiovisuelle dans la communication politique, les gestes les plus insignifiants des hommes politiques ou leurs

"petites phrases" ont fini par prendre une consistance importante, en ce qu'ils sont toujours

articulés à leurs orientations, à leurs pratiques, à leurs choix et, de façon générale, à leur activité institutionnelle. La communication politique articule les discours des acteurs à leurs stratégies, pour construire leur signification et la faire apparaître dans l'information qu'elle diffuse.

Mais élaborer des stratégies politiques, c'est justement donner aux actes et aux décisions eux

mêmes, en dehors de leur effet sur le réel et sur les situations, une dimension symbolique qui

les rend interprétables. L'essor récent de la communication politique est lié au développement

de l'audiovisuel et, par conséquent, à la visibilité du politique par l'image, qui lui donne la consistance d'un spectacle, ce qui, d'ailleurs, ne fait que prolonger une situation ancienne qui, auparavant, n'était pas liée à l'audiovisuel mais à l'image ou, plus simplement à l'existence de foules entières qui venaient assister au spectacle. Mais cette importance de la visibilité du geste dans la communication politique tient, justement, au fait qu'elle met en évidence la relation nécessaire entre l'acte et l'interprétation politique que l'on peut lui donner.

Le combat NIASSE DIOUF étant celui d'un parti d'opposition face à celui au pouvoir, le discours apparaîtra, sans conteste, antagonique et ce, à l'épreuve de la campagne (chapitre premier).

Les réalités et les particularités de ce scrutin présidentiel de l'an 2000 au Sénégal, appartiennent à un contexte bien spécifique. Se pose alors l'alchimie des circonstances, de lieu, de temps et de personnes (chapitre second).

CHAPITRE PREMIER:

LE DISCOURS POLITIQUE A L'EPREUVE DE LA CAMPAGNE:

UN DISCOURS SANS CONTESTE ANTAGONIQUE.

Tenter de voir la construction du discours politique des deux partis que sont l'AFP et le PS, ne peut se concevoir que dans le cadre de la campagne électorale, tant au premier qu'au second tour. La campagne électorale se définit comme les activités que les candidats et leurs partis sont autorisés à entreprendre dans le but de solliciter des votes. En effet, la campagne électorale, c'est la lutte pas seulement pour l'électeur mais aussi la lutte contre l'influence des adversaires

sur l'électeur.

Il demeure aussi que le problème des stratégies de communication des partis politiques est celui

de faire parvenir leurs idées, leurs messages aux électeurs. Ce problème est résolu par la voie

de la publicité extérieure : affiches, grands écrans publicitaires, tracs, plaquettes, moyens d'information de masse. Voilà pourquoi les grandes directions du travail sur les moyens d'information de masse sont devenues la création d'évènements capables d'attirer l'intérêt du public et la recherche de liens accrus avec les journalistes.

Les approches de communication habituellement choisies ont été les discours politiques, les rencontres avec la population, les meetings. Etant donné que ce genre d'actions deviennent rapidement routinières et banales durant la campagne électorale, les partis politiques et leurs consultants ont été amenés à imaginer, en plus de ces approches traditionnelles, des évènements plus inattendus : visites inopinées, déclarations fracassantes ou scandaleuses. Ce sont particulièrement les politiques peu connus qui ont tendance à recourir à des déclarations scandaleuses afin d'acquérir un peu plus de notoriété. Logiquement, les hommes politiques du

gouvernement n'ont pas besoin de mettre en oeuvre de telles stratégies puisqu'ils font l'objet d'une attention permanente de la part des journalistes.

La présidentielle de l'an 2000 aura été, à bien des égards, un scrutin à enjeu majeur, de par ses particularités qui lui conféreront un caractère singulier. Ainsi que nous le notions plus haut, la singularité de cette élection tient à plus ou moins trois facteurs :

l'essoufflement du régime socialiste, au regard de l'implosion et des querelles fratricides qui vont apparaître et diviser le PS. Pour la première fois, l'héritage politique senghorien ne fait plus l'unanimité au sein même de ses propres rangs. Vérité confirmée par le départ de Djibo KA et de Moustapha NIASSE.

le regroupement des forces de l'opposition que l'on va assimiler à un `bloc historique'... rarement dans les annales politiques du pays, pareille coalition n'aura été notée, surtout, avec autant d'idéologies que tout sépare .Ce regroupement des principaux opposants sous la même bannière, qui n'aura pas été facile à mettre sur pied, constitue donc un signal fort et un signe plus ou moins avéré de la maturité politique d'une opposition dont le but avoué reste le même : mettre fin au long règne du PS !

la forte aspiration au changement des populations au point même que le « SOPI », slogan du candidat WADE l'opposant le plus connu pour avoir été de tous les scrutins depuis 1974, contre SENGHOR et son successeur Abdou DIOUF , n'aura jamais suscité autant d'intérêt et d'appropriation totale des citoyens. L'heure n'était plus désormais, au fatalisme et à l'abandon entre les mains d'un régime en crise et en proie à toutes sortes de critiques.

Ces enjeux du scrutin présidentiel de l'an 2000, vont donc créer le cadre d'une communication

électorale sans commune mesure. En effet, tout parti politique aspire naturellement au pouvoir

et à l'exercer. Ce qui va militer en faveur d'une âpre compétition politique 'à qui communique

le mieux !' Mais les logiques ne seront pas les mêmes suivant le camp auquel on appartient.

Pour le PS, parti au pouvoir et candidat à sa propre succession après quarante années au pouvoir (depuis le BDS, en passant par l'UPS et dernièrement le PS), l'objectif est de le conserver ; ce qui est naturel pour tout parti politique !

Pour l'AFP, par contre, le combat est tout autre. L'objectif de la formation de Moustapha

NIASSE, qui vient de quitter le PS, est de faire advenir une alternance au sommet de l'Etat ;

alternance qui implique l'éviction d'Abdou DIOUF d'avec qui le divorce est consommé.

Les objectifs étant fixés pour chaque formation politique; les candidats socialiste et progressiste croisant le fer, les stratégies de campagne vont différer.

Pour le PS et le candidat Abdou DIOUF, s'engage le combat de la réhabilitation (section 1)

au moment où l'AFP et son leader Moustapha NIASSE, pour ce scrutin qui fait office de

'baptême de feu', se trouvent face au dilemme progressiste (section 2).

Cette étude sera principalement campée sur la campagne en vue du premier tour.

SECTION 1

LE PS FACE AU COMBAT DE LA REHABILITATION.

Avancer pareil postulat qui mette le PS face au combat de la réhabilitation, ne saurait prospérer que lorsqu'on établit l'effectivité d'une situation ou d'un contexte qui convainque d'une rupture

du 'contrat social' sénégalais. L'on s'accorde néanmoins à admettre que beaucoup de facteurs y

concourent et tendent à confirmer cette situation de rupture.

En effet, la présidentielle de l'an 2000 va apparaître très délicate pour le régime socialiste et son candidat, Abdou DIOUF, qui sollicite à nouveau le suffrage de ses concitoyens pour la magistrature suprême. Le fait que ce scrutin soit estampillé 'à haut risque' pour le PS, s'explique par une impression généralisée de 'rupture du contrat social' entre le peuple sénégalais et le régime, qui s'accompagne d'une frustration plus ou moins globale et une forte tension sociale. L'Etat en est même perçu comme le « démiurge du développement » 10.

Et « le contrat social » s'est progressivement brisé, surtout après les émeutes postélectorales

de 198811 ; le pays est devenu relativement fermé à l'alternance et bloqué par un « système du parti hégémonique » et par un « corporatisme d'Etat ». L'essor démocratique a été comme paralysé par ce système centralisateur.

10 DIOUF M., Le clientélisme, la technocratie et après ? in DIOP Momar Coumba (dir.), Sénégal Trajectoires d'un Etat, Dakar, CODESRIA, Paris, Karthala, 1992, pp.233278

11 DIOP Momar Coumba (dir.), Sénégal Trajectoires d'un Etat, Dakar, CODESRIA, Paris, Karthala, 1992

En effet, depuis les événements et la tension qui avaient succédé au scrutin présidentiel de 1988

(que l'opposition et plus particulièrement, le leader du PDS estimaient avoir remporté et qui leur aurait été confisqué par le PS), jamais l'atmosphère n'aura été aussi tendu entre un pouvoir socialiste et une opposition résolue à faire advenir l'alternance. Pour ce scrutin de l'an 2000, le pire était à craindre et les médias, à l'instar du Nouvel Horizon, n'hésitent pas à titrer sur ce mois de « Février 2000 et le syndrome ivoirien : APOCALYPSE NOW ».12 .

Cette démocratie sénégalaise suscite, en effet, beaucoup de débats : le régime sénégalais a souvent été présenté comme une « semi démocratie » 13 ou une « quasidémocratie » et une démocratie sans alternance, offrant un mélange de pluralisme et d'autoritarisme.

L'absence d'alternance a été considérée pendant longtemps comme le problème majeur de la

démocratisation au Sénégal.

L'installation de structures pluralistes n'aura pas réduit à néant la persistance de dynamiques hégémoniques. 14 .

Malgré tout, le PS et son candidat n'en demeurent pas moins résolus à briguer, de nouveau, le

suffrage des sénégalais. En se présentant à nouveau devant le collège électoral et en se prêtant

au regard critique des citoyens par l'appréciation qui aurait pu être faite de son bilan, le candidat Abdou DIOUF va impressionner par sa détermination et surtout sa sérénité. Du moins pour le premier tour qui a lieu le 27 février 2000 !

Ce combat pour la réhabilitation que mène le PS aux côtés de son candidat, s'arrime à un impératif majeur pour Abdou DIOUF à savoir regagner la confiance des sénégalais, confiance qui serait matérialisée par sa réélection à la magistrature suprême. Cette invite à une revalidation du 'contrat social' par le biais d'un nouveau mandat (A), va néanmoins être fondée sur un nouveau 'contrat' ; le Pacte de Solidarité et de Croissance (B).

Pour une revalidation du 'contrat social'

12 Nouvel Horizon numéro 205 du 21 janvier 2000

13 COULON, Christian. « Senegal : the development and fragility of semidemocracy », in Diamond, Larry, Linz, Juan José, Lipset, Seymour Martin (eds.), Democracy in developing countries, vol. II : Africa, London, Adamantine Press Limited ; Boulder, Colo. : Lynne Rienner Publishers, 1988, pp. 141171 ; trad. Française par Brigitte Delorme et Bernard Vincent, in Les pays en développement et l'Expérience de la Démocratie, Paris : Nouveaux Horizons, 1993, pp. 603654

14 TINE A., Elites politiques et démocratisation au Sénégal. Pour une lecture néomachiavélienne, AISA African Institute of South Africa, Pretoria, 13

14 décembre 2004

L'élection présidentielle du 27 février 2000 aura constitué sans nul doute pour Abdou DIOUF, l'échéance la plus importante de sa longue carrière politique : les enjeux qui s'y attachent sont nombreux mais aussi, tout laisse présager que, pour le candidat socialiste, rien ne sera plus comme avant. En effet, à bien des égards, les libertés individuelles semblent restreintes pour beaucoup de ses concitoyens, si elles ne sont pas simplement confisquées par un pouvoir jugé autoritaire et très souvent porté à la répression de tout mouvement d'humeur. L'on assiste également à un réquisitoire accablant de l'économie et du social ; il s'y ajoute que l'absence d'alternance s'apprécie comme une souillure tenace.

Il demeure aussi indéniable que la dégradation de la réalité quotidienne des populations a évolué en spirale de 1981 à 2000. Il est intéressant de relever le caractère quasi paternaliste, en tout cas possessif, de la gestion du système politique sénégalais. Et parce que DIOUF aura voulu construire sa propre démocratie jusqu'au bout, selon sa cadence, les travers de ce système

lui sont fatalement imputables en l'an 2000.

Entre les intentions louables de 1981 et les faits accablants et les manquements constatés à la veille du scrutin présidentiel, un mandat de clarification et de réhabilitation est vital pour le régime socialiste et son candidat. Il lui suffit juste d'un « nouveau mandat pour un avenir rose ».15.

Et la seule alternative qui s'offre à Abdou DIOUF, est un ultime mandat, celui du 'quitte ou double', comme pour lancer au peuple sénégalais : « j'ai accompli ma part de labeur, je quitte

la conscience tranquille en espérant que cette oeuvre sera poursuivie ». Ainsi, celui qui, au démarrage de la campagne électorale, disait ne pas connaître « l'usure du pouvoir », demandera

au peuple de lui donner « un nouveau mandat pour un avenir rose ».

Mais le candidat socialiste de l'an 2000, n'a rien à voir avec le Diouf du début des années 80, qui aura su conjuguer boubou et technocratie, et naviguer, tant bien que mal, à la barre du remuant 'sunugal' (notre pirogue), entre les strictes consignes du FMI et les aléas d'une conjoncture économique et sociale de plus en plus difficile. Désigné candidat officiel du Parti socialiste, Abdou Diouf ne semble donc pas réellement avoir pleinement mesuré la lassitude des Sénégalais. En place depuis 1981, mais dans les rouages du pouvoir depuis 1960 il était

15 Quotidien Le Matin du mardi 8 février 2000

alors adjoint au Secrétaire général du gouvernement Abdou Diouf n'est visiblement plus le président dont rêve une bonne partie des électeurs, et cela, toutes classes sociales confondues. Cette situation aura constitué la charge la plus accablante qui pèse sur les épaules du candidat socialiste, en course pour un nouveau mandat, son dernier sans doute.

Que lui reprocheton ?

A titre personnel, peu de choses si ce n'est qu'il « appartient davantage au passé qu'au futur ». Durant vingt années de présidence, les changements importants réalisés dans le pays ne sautent pas aux yeux de beaucoup de sénégalais. Les infrastructures demeurent obsolètes, le pouvoir politique fonctionne selon les bonnes vieilles méthodes de clientélisme et de cooptation, et malgré des indicateurs économiques orientés au vert, rares sont les Sénégalais à véritablement profiter de la soidisant croissance de l'économie.

Face à cette situation délicate et, sans doute, inédite pour le camp socialiste qui voit le 'contrat social' sénégalais à l'épreuve16, la 'revalidation' de ce pacte n'aura pas de prix. Et dans ce combat, qui n'est sans doute pas gagné d'avance, le PS et son candidat affichent une grande sérénité et une parfaite assurance; attitude qui laissera toujours subsister des doutes même dans le camp de l'opposition pour ce qui était d'une éventuelle éviction du régime socialiste, ancré au pouvoir depuis 40 ans.

S'engagent alors une exceptionnelle politique de communication et surtout une minutieuse conquête électorale, orchestrée par un large directoire de campagne auquel s'adjoint le communicateur politique français, Jacques SEGUELA. Celui que l'on appellera le 'gourou français' foule le sol sénégalais, auréolé d'une longue liste de succès électoraux : du socialiste français Mitterrand en 1981 au président camerounais Paul Biya en 1992 en passant par le syndicaliste Lech Walesa et le travailliste israélien Ehud Barak en 1999. On le comprend donc, dès lors : l'enjeu est de taille ! Il s'agit de convaincre le plus grand nombre d'électeurs, à coup d'affiches géantes, de déclarations fracassantes, de méga meetings et de petites phrases assassines, au moment où le désintérêt des Sénégalais envers la chose politique était manifeste. Les stratégies développées de part et d'autre étaient différentes.

En effet, l'équipe du Directoire pour la Campagne d'Abdou Diouf comprend 94 membres dont

le directeur de campagne luimême, Ousmane Tanor Dieng, que le candidat socialiste avait

16 O'BRIEN D. C., Sénégal : la démocratie à l'épreuve in Revue Politique Africaine numéro 45 de Mars 1992, p.9

chargé, le 16 novembre 1999, de lui proposer les structures et les hommes qui l'assisteraient durant la cruciale dernière ligne droite de l'élection présidentielle. La taille du directoire national et sa composition témoignent d'une volonté évidente de large ouverture et de rassemblement qu'explique le souci de créer les conditions optimales d'une mobilisation électorale à la mesure de l'objectif de réélection du président Abdou Diouf, dès le premier tour.

En raison du caractère exceptionnel de l'échéance de février, le directoire national ne peut être

comparé aux précédents.

Dans les rangs du PS, on appréhende donc le réel enjeu du scrutin présidentiel « Nous savons que sur les 2.800.000 inscrits sur les listes électorales, il nous faudra mobiliser la moitié des suffrages exprimés lors du scrutin de février 2000 pour faire gagner notre candidat au premier tour ! »

Les partisans de Diouf misent aussi sur l'apparente sérénité de leur candidat qui se présente comme « ...cet hommelà, trempé aux grandes expériences qui ont fait l'histoire de l'Afrique et

du Sénégal indépendants (...) ayant l'honneur d'en être le porteur sur l'échiquier national »

et qui «...l'offre à la nation comme protocole d'encadrement de ses mutations au XXIième

siècle. »

Chaque camp avait élaboré sa tactique selon le tempérament de son candidat.

De par son expérience que nul ne peut lui contester, Diouf s'est imposé comme un homme du sérail; gouverneur de région dès l'âge de 25 ans, il a toujours été aux premières loges et aux premiers rôles dans le système qu'il a fini par diriger.

C'est cette logique qui, certainement, poussa Jacques Séguéla, à faire confectionner des posters électoraux où le président sortant apparaissait sous le manteau de la sagesse dans un sobre costume, comme pour dire aux électeurs sénégalais : « Cet homme incarne la prudence, ne choisissez pas l'aventure ! ». Et puis, en mettant l'accent sur la notion du changement

Ensemble, changeons le Sénégal», lisaiton sur une des affiches du Parti Socialiste), Diouf et

les siens voulaient sans doute "recycler" la bonne vieille recette de Wade et la présenter aux

électeurs sous des habits neufs.

La tâche sera néanmoins très rude et périlleuse pour Abdou DIOUF qui, au delà de la délicate situation dans laquelle il se trouve face au jugement des électeurs sénégalais, croise le fer avec une opposition à nouveau visage et que les dissidents (Djibo KA et Moustapha NIASSE) sont venus renforcer.

Le PS n'en affiche pas moins sérénité et conviction. Il s'affiche aussi en bon acteur du jeu politique. Pour Khalifa Sall, Chargé des élections au PS, le défi posé aux socialistes se résume

en un objectif et « Dans tous les cas, le PS souhaite des élections sincères, démocratiques et

apaisées car étant le parti le plus fort, le mieux organisé et son candidat le favori indiscutable ». Toutes raisons qui lui font dire que sa formation n'a nullement intérêt à un scrutin perturbé.

Même dans une situation trouble et délicate pour un parti au pouvoir, les socialistes, à l'image

du premier secrétaire du PS, estiment avoir un seul but, celui de la victoire de leur candidat et ce, dès le premier tour du scrutin.17.

Cette grande confiance va même faire estimer le score de la victoire à un taux de 60% des éventuels suffrages, avant de le ramener à 51%. Et déjà, six mois avant la convocation du collège électoral sénégalais, Abdou DIOUF conviait la presse nationale et internationale à une conférence au Palais Présidentiel. Lorsque les premières questions fusent, l'avertissement qui

s'y attache ne semble pas perturber ou inquiéter le Président, futur candidat, qui dit ne pas craindre de perdre la présidentielle de février 2000.

« Je ne suis pas pessimiste pour les élections de l'an 2000. Je vous l'ai déjà dit, mais nous sommes tous des croyants. Ce que Dieu décidera, c'est ce qui se fera par l'intermédiaire des voix du peuple sénégalais. Mais avec ma limitation d'homme, d'humain, et en regardant les données du problème, je n'ai pas les craintes que vous exprimez ».

Le candidat socialiste annonce plutôt, « la chronique de la défaite de l'opposition »18 .

Diouf s'est donc voulu prêt pour la revalidation du 'contrat social sénégalais'.

Tout part, en effet, du congrès d'investiture du samedi 18 décembre 1999. Ce congrès d'investiture du Parti Socialiste, a eu pour thème : "Ensemble changeons le Sénégal !". Le candidat DIOUF avouera solennellement, lors du congrès : « J'ai accepté avec enthousiasme et honneur votre investiture pour l'élection présidentielle du 27 février 2000. Je serai donc le candidat des paysans, des pasteurs, des éleveurs, des pêcheurs, le candidat des jeunes, des moins jeunes, des femmes et des travailleurs de notre pays ». Ce discours bien mûri et qui est,

du reste, graduel, s'inscrit dans un souci de reconquête d'un électorat et d'un peuple désabusé

et fortement incertain quant à son avenir.

17 Quotidien Le Soleil du samedi 12 février 2000

18 Quotidien Le Matin du Mercredi 23 février 2000

Notons aussi que malgré toutes les turbulences que connaît le parti en ce moment précis de son

évolution et comme pour narguer les dissidents et ceux qui ont préféré quitter le PS ( Djibo KA

et Moustapha NIASSE ), le Président Diouf va adresser ses félicitations au Premier secrétaire

et à l'équipe « dynamique » du Bureau politique, avec « une mention particulière » à Ousmane

Tanor Dieng, « homme de courage et de foi, de loyauté, de fidélité et de conviction qui allie à

la perfection, sens des responsabilités et détermination, sûreté du jugement et équilibre, humilité et culte de l'unité ».

Les ombres des dissidents que sont Djibo Leity KA et Moustapha NIASSE, auront plané sur cette rencontre majeure des socialistes. Le premier créera son propre parti, l'URD (Union pour le Renouveau Démocratique) en juillet 1998 ; le second en fera de même, un an après avec l'apparition sur l'échiquier politique sénégalais de l'AFP (Alliance des Forces de Progrès) créée

en juillet 1999.

Les militants du PS ne se privent pas aussi de lancer des propos à l'endroit de toute l'opposition, tant celle nouvelle à l'instar de l'AFP, Alliance des Forces de Progrès de Moustapha NIASSE (« l'Amicale des frustrés prétentieux » Afp) que celle traditionnelle et incarnée par le PDS, Parti Démocratique Sénégalais de Abdoulaye WADE (« Parti au dirigeant sénile Pds »). Ces propos de militants feront comprendre qu' « On apprendra surtout que le Parti socialiste qui a bénéficié de toute la bénédiction de toutes les grandes familles religieuses

de ce pays, dès sa création, est assis sur des bases bétonnées que des marchands d'illusions ne

pourront jamais ébranler ».

Ainsi, au besoin de transparence émis par l'opposition et plus particulièrement par le dissident Moustapha NIASSE, Me Mbaye Jacques DIOP le Députémaire de Rufisque et haut responsable socialiste, déclare que le PS n'a pas besoin de tricher pour gagner19 .

Mais le candidat socialiste invitera ses militants à combattre sur un autre registre, pour la victoire et sa réélection. Pendant sa campagne électorale, il se dit ne jamais parler de ses adversaires ou les attaquer et qu'il ne répond à aucune attaque. Il considère devoir ne parler qu'à son peuple et il ne s'adresse qu'à lui. Abdou Diouf, le candidat du Parti socialiste, affirmera en ce sens : « Si l'on m'attend sur le terrain de l'invective, de l'injure et des attaques personnelles, on ne m'y trouvera jamais ».

19 Quotidien Le Matin du vendredi 14 janvier 2000, p.5

Ces propos sonneront tel un avertissement et un appel à la retenue plus à l'endroit de ses propres militants qu'à l'encontre de l'opposition politique résolue à le détrôner. Et lorsqu'il se rend à SaintLouis, ancienne capitale du pays et de l'AOF, le candidat Diouf donne des consignes aux militants socialistes, leur demandant de ne pas répondre aux provocations de ceux qui veulent « mettre du sable dans le bol de riz »20 .Quelques jours auparavant, dans la banlieue dakaroise, il invitait les populations de Pikine à voter « dans le calme et la discipline, sans répondre à l a provocation »21.

Prospectif à souhait, le discours programme du candidat socialiste aux élections de l'an 2000 a rassuré ceux qui voulaient l'être, réconforté plus d'un militant car Abdou Diouf sera "le candidat du changement dans la préservation de nos acquis" et va proposer au peuple sénégalais "le nouvel élan" lui permettant de franchir encore une fois des étapes importantes pour son développement économique et social.

Face aux sénégalais, Diouf est donc présenté comme 'le candidat du changement'. Cet objectif qu'ils se sont résolument assigné, les militants et sympathisants du PS le fondent sur un jugement sûr, l'opinion excellente qu'ils ont du Président Abdou Diouf.

A leurs yeux, celuici est un homme bien et de bien sur tout rapport. Il a épuisé le catalogue des qualificatifs non pas dithyrambiques mais porteurs de vérité profonde et restituant au mieux le personnage, l'homme d'Etat qu'il est. Il incarne parfaitement, pour eux, les vertus et valeurs cardinales de la société, de leur culture : le don de soi, la tolérance, le sens du partage et de la solidarité, celui de l'équité et de la justice, toute chose qui participe d'une générosité d'esprit et

de coeur et dont sa gouvernance est totalement imprégnée. Cette confiance apparente fera beaucoup penser à « Abdou, l'énergie sereine », le slogan des affiches électorales du chef de file du PS en 1988.

On le voyait alors poser, le costume croisé, strictement boutonné, sur fond de « Sénégal de demain », entre champs irrigués, usines modèles et ponts suspendus. Un slogan qui valait bien cette « force tranquille » de François MITTERRAND aidé en cela par Jacques SEGUELA, et qui permit à Diouf d'être réélu avec 73% des suffrages 22 .

20 Quotidien Le Soleil du mercredi 16 février 2000

21 Quotidien Info 7 du samedi 12 février 2000

22 SAGLIO C., SENEGAL, éditions SEUIL, collection points planète, 1980 et 1990, p.70

Néanmoins, la communication politique du PS ne se limite pas qu'à celle du leader et du candidat Diouf ; le parti communique aussi, de même que certains responsables situés à des sphères de responsabilité qui ne manquent pas de les conduire à la prise de parole. Ainsi, dans certains débats pour lesquels le président candidat ne peut ni ne doit se faire entendre de peur d'éventuels effets pervers, la parole est aux autres, qui ne vont servir que de fusibles pour mettre le chef du parti à l'aise. En effet, loin de se trouver face au seul défi de la réélection d'Abdou DIOUF, son parti doit se méfier de l'opposition qui le défie et lui conteste toute légitimité sur les populations. Le 'vide' interne et le sursaut que créent l'URD de Djibo KA et l'AFP de Moustapha NIASSE, ne sont pas rassurants pour les 'dioufistes'. Une politique du

'diviser pour mieux régner' va ainsi jaillir avec certaines sorties médiatiques bien calculées et

que les organes de presse se feront le devoir de distiller.

Et lorsque la formation de Moustapha NIASSE se retrouve pour son congrès d'investiture à Kaolack le 15 janvier 2000, dans le camp socialiste régional, on minimise ce que Souleynane Thiam, envoyé spécial de l'hebdomadaire Nouvel Horizon appelle la « première démonstration

de force réussie ». Le Maire socialiste de la cité se dit ne pas être inquiet pour un congrès qui le laisse froid, lui qui appartient à un « grand parti » et dit en avoir vu d'autres. 23

Dans une interview qu'il accorde à un quotidien national, Abdourahim AGNE, Porteparole du PS, tente la diversion en déclarant que « Moustapha NIASSE n'a d'autre ambition que de coiffer Djibo KA au poteau. »24.

On peut y lire que le PS a, à un certain moment, craint une forte percée des dissidents issus de ses rangs et celle de l'AFP notamment, à tel point de voir le porte parole du PS en arriver même à envisager que le leader progressiste devance le libéral Abdoulaye WADE à l'élection et

s'impose comme la seconde force politique.

Et contrairement à ce que beaucoup d'observateurs ont pu être amenés à croire ou penser, les promesses du candidat Diouf ne seront pas apparues qu'au second tour. Les exemples le prouvent aisément.

A Louga, dans le département de Linguère, les responsables de son parti lui promettent de le réélire et de reconquérir le terrain perdu aux dernières élections législatives, face au dissident socialiste, Djibo KA.

23 Hebdomadaire Nouvel Horizon numéro 205 du 21 janvier pp. 16 et 17

24 Quotidien Le Matin du mercredi 26 janvier 2000, pp.810

Cet accueil fera dire à Abdou DIOUF que le département de « Linguère sera le bastion imprenable du PS »25. Dans le Fouta, où l'on est habitué à voter socialiste, Diouf promet aux populations de développer l'agriculture, l'élevage ainsi que de relever le taux d'alphabétisme26.

A la Bourse du Travail où il se rend pour rencontrer les travailleurs affiliés à la CNTS

(Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal), le candidat socialiste endossera les revendications des travailleurs notamment par les promesses d'une prochaine création de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM), la réinsertion des diplômés en Arabe et celle des militaires libérés27 . La banlieue dakaroise, qui reste confinée au rôle de dortoir reçoit à son tour le leader socialiste qui promet une enveloppe de 45 milliards pour l'assainissement de Rufisque, le Port minéralier de Bargny et « faire de Pikine une ville aussi belle que Dakar ». Les populations qui perçoivent dans ce message ce qu'elles voulaient entendre, disent à cet effet à Diouf qu'elles l'aiment et l'ont déjà choisi avant le jour `J'28.

Le combat de Diouf pour la réhabilitation va donner naissance à un duel à distance entre les deux chefs de partis qui ne ratent pas le rendezvous des médias. Les déclarations fracassantes

et à forte résonance ou impact ne cesseront de barrer la une de quotidiens sénégalais. Au fur et

à mesure que les étatsmajors approchent du « d » day et de l'heure fatidique du scrutin, le verbe se fait plus virulent et chaque camp, sûr de ses assises, marque son terrain. Rien en effet

ne doit laisser apparaître la cession de quelque parcelle que ce soit dans son rayonnement

politique. Entre Abdou DIOUF et Moustapha NIASSE, le combat ne manque pas d'être empreint d'idéologie et lorsque depuis Touba, capitale du Mouridisme, le successeur de Senghor (grand ami de Serigne Abdoul Ahat MBACKE) avoue ouvertement que le président poète avait prédit qu'il serait son successeur ; le leader de l'AFP lui rappelle depuis Mbour et Joal la ville natale de Senghor que ce dernier « appartient à ceux qui ne l'ont jamais trahi ».

Ces déclarations montrent, à bien des égards, que le divorce était définitivement consommé et que les dès étaient déjà jetés. Puisqu'il sollicite un nouveau mandat, Abdou DIOUF réservera son ardeur et son énergie à la conception et à la matérialisation d'idées fortes et fécondes afin

de conduire les changements nécessaires et indispensables en vue d'un avenir meilleur pour un

25 Quotidiens Le Populaire et Wal Fadjri du jeudi 17 février 2000

26 Quotidien Le Soleil 15 février 2000

27 Quotidien Wal Fadjri du 15 février 2000

28 Quotidien Le Soleil du samedi 12 et dimanche 13 février 2000

Sénégal qu'il veut, réconcilié avec luimême .Abdou Diouf, parce qu'il est condamné, veut rendre l'espérance à la nation, notamment à cette jeunesse sénégalaise, vaillante et imaginative.

Mais surtout le candidat du Ps et du changement aura laissé transparaître cet immense et profond désir qui l'habite de voir « le jeu politique au Sénégal totalement et définitivement pacifié afin que nous accédions tous ensemble à une démocratie adulte ».

Pour revalider le « contrat social » sénégalais, le candidat socialiste fera appel à un nouveau

'pacte' pour la reconquête des faveurs d'une opinion et d'un électorat tourné vers le changement avec le Pacte de Solidarité et de Croissance.

B Par le Pacte de Solidarité et de Croissance.

Quoique investi avec faste et engagement par sa propre famille politique, les Socialistes, Abdou Diouf à dire vrai, veut se révéler tout simplement le candidat de la nation, parce que se considérant celui des jeunes, des femmes et des personnes du 3è âge, celui des pasteurs, paysans et pêcheurs, celui des artisans et chefs d'entreprise, celui des cadres du Privé ou du Public, celui des intellectuels et universitaires, celui des artistes et des sportifs, celui des chefs religieux ou coutumiers. En un mot, celui d'une nation reconnaissante à laquelle il rappelle depuis Vélingara qu' « il ne faut pas désespérer » 29 puisqu'il est parvenu à créer 47.000 emplois par an. Pour reconquérir l'électorat avec lequel le fil semble très fortement rompu, le candidat socialiste ne manque pas de proposer un nouveau pacte, comme pour repartir sur de nouvelles bases et laisser entendre que tout ne sera plus comme avant. Et Diouf déroule ses projets afin

de faire advenir « un avenir en rose ». A l'image du congrès d'investiture qui lui fait confiance

en tant que candidat du parti, le leitmotiv reste le changement. Ainsi, le Pacte de Solidarité et de

Croissance qui peut apparaître comme une nouvelle charte va permettre de renouer le dialogue.

Le Pacte se veut oeuvrer pour « une société plus prospère », « plus solidaire » mais qui soit « plus humaine ». Ce triptyque devait déjà apparaître lors d'une des conférences de presse que le président accorda aux journalistes, dans le cadre des rencontres périodiques initiées par

le régime.

Dans ce faceàface avec les vecteurs de la communication politique, le futur candidat socialiste se dira être devant trois interrogations majeures :

29 Quotidien Le Matin du 8 février 2000

Comment consolider les bases du développement économique et social dans un contexte de mondialisation dominé par des règles et des normes de compétition de plus en plus dures ?

Quels moyens mettre en oeuvre pour satisfaire la demande sociale, combattre avec efficacité et résolution la pauvreté, le chômage, celui des jeunes notamment, le sousemploi et toutes ces formes de précarité qui sont autant de défis lancés à la dignité humaine ?

Comment conforter les fondements d'une démocratie sénégalaise qui intègre harmonieusement la tolérance, le consensus, le respect de l'adversaire et la responsabilité dans

le cadre d'un Etat de droit, garant des institutions républicaines, de l'unité nationale et des

libertés individuelles et collectives ?

Aussi considère til, qu'au regard de ces trois impératifs majeurs auxquels il doit trouver réponses et solutions, « il n'y a aucun sacrifice qui ne puisse être consenti à cette fin ». Lorsqu'il se fixe comme objectif de « réaliser une croissance forte et durable comme levier principal pour vaincre la pauvreté et développer l'emploi », Diouf rappelle qu'il s'agira de ne ménager aucun effort pour que le pays se présente dans les conditions de réussir son entrée dans le 3ème millénaire.

Le discours reste donc résolu et ferme et le premier des sénégalais assume en avouant que

« malgré le poids des contraintes internes et externes, nous avons gardé le cap ! ».

Le nouveau pacte à sceller porte ainsi le sceau du changement en une année phare et très importante dans la mémoire collective sénégalaise. L'an 2000 avait été prédit comme an de prospérité et de développement par un discours imaginé du président Senghor. Même le répertoire culturel et musical sénégalais avait intégré cette vision de l'an 2000 `atum natange'. Pour le PS, l'ambition du changement s'impose à l'orée du 3ème millénaire « parce que le monde lui même s'est substantiellement renouvelé et le sera davantage encore au siècle prochain ».

On le voit néanmoins, la conception du changement diffère suivant le camp dans lequel on se trouve. La conception que l'on s'en fait du côté de l'opposition, s'envisage logiquement « sans Diouf » tandis que du côté du pouvoir socialiste, elle s'entend « dans la continuité ». Cette vision dans la continuité ne pouvait s'envisager que dans une défense, par Diouf, des acquis et

de son bilan ; il se dispose aussi au dialogue et invite le peuple à l'adhésion. Pour lui le changement sera partagé ou ne sera pas, se fera dans l'unité ou ne se fera point ; son ampleur

est telle qu'il faudra plus de solidarité que par le passé et c'est pourquoi, « c'est ensemble que

le changement se fera ». En lançant un appel pour le changement et une société nouvelle, société qui change de mentalité et bannisse les mauvaises habitudes et attitudes, le candidat socialiste reconnaît la hardiesse de cette tâche. Militer pour une société plus prospère, plus solidaire et plus humaine, répond à des priorités qui se justifient, puisqu'elles sont essentiellement politiques. Le 'pacte' juge nécessaire de sauver le projet politique qu'offre le régime socialiste ; au point que, pour le successeur de Senghor, la philosophie et la philosophie sociale que le PS incarne, l'obligent à se dresser contre tout risque de délitement du souffle politique.

En ce sens, la vision du président devait évoluer et épouser les contours de la conception que s'en faisait le peuple. Pour le peuple, le président de la République se doit d'incarner, toujours

et mieux, la conception du président citoyen, proche des préoccupations du peuple, arbitre

impartial du jeu politique.

Et lorsqu'il reconnaît que la « communication du Parlement auprès des populations doit être sensiblement améliorée », le président sortant avoue une faille dans son système ; celle de la crise de la représentation. Les citoyens électeurs ne se retrouvent ni ne se reconnaissent plus dans leurs élus. Pour rectifier le tir, une nouvelle politique de proximité de même qu'une proximité politique s'imposent et il serait bien condamnable de ne pas assez les valoriser dans

le but de faciliter les consensus sociaux dont la société a besoin et de renforcer l'efficacité instrumentale qui découle de la libération des énergies et des initiatives à la base et de leur libre administration.

L'appel est donc lancé à une participation politique et citoyenne et, par delà, une appropriation politique. L'ambition du candidat socialiste, à travers le document qu'il soumet à l'appréciation

de ses concitoyens, demeure la recréation d'une citoyenneté qui produise de la participation en

même temps qu'elle s'en abreuve. En effet, la contribution de la citoyenneté à l'édification

de la cité ne peut être qu'une entreprise permanente. Il y a là néanmoins, une discipline de soi à forger dans la conscience collective et qui doit se décliner sur deux modes : respecter la République en honorant ses symboles et s'imposer de soutenir la Nation de ses propres ressources. En ce sens, la réaffirmation du rôle de l'Etat accompagnera cet ajustement de culture républicaine.

Dans ce nouveau combat pour le renouveau au sein de la société sénégalaise du 21ème siècle,

les principes de bonne gestion et de bonne gouvernance ne seraient pas oubliés afin que, désormais, tous les actes publics portent « cette nouvelle éthique » et donnent « ...en exemples

à voir les bons comportements qui témoigneront de la `renaissance des valeurs' », que le

candidat socialiste dit appeler de tous ses voeux.

Dès lors, le pacte de 'la nouvelle alliance' se fixe trois objectifs principaux :

d'abord, « une société plus prospère » afin de raffermir la croissance économique, d'améliorer

la gestion des affaires publiques et de construire de nouvelles efficacités dans l'économie mondiale.

ensuite, « une société plus solidaire » dans le sens d'améliorer la qualité de la croissance

économique, de lutter contre la pauvreté mais aussi, de lutter contre le chômage, les exclusions

et les discriminations.

enfin, « une société plus humaine » qui puisse donner un nouveau souffle et un nouveau visage à la Justice, bref une justice plus humaine ; garantir la sécurité humaine et libérer l'imagination et la créativité.

En militant pour une « société plus prospère », le PS ne se prive pas de défendre son bilan. Diouf rappelle à cet effet que le but de croissance économique de son mandat précédent consistait à « relancer la production avec l'objectif d'assurer au moins le doublement, en moyenne annuelle, du taux de croissance de la production par rapport au taux de croissance démographique ».

En l'an 2000, pour le PS, cet objectif était atteint avec un taux de croissance de 5,5% et un taux

de croissance démographique de 2,7%. Néanmoins, il se fixe un objectif de croissance de l'économie d'au moins 8% l'an.

Malgré tout, le tribut fut lourd pour les populations par qui « cette croissance de la production

a été retrouvée grâce aux efforts (...) à des moments difficiles » et qui auraient compris en lui faisant confiance, « ...que la seule voie pour retrouver ce sentier de la création de richesses résidait dans l'adoption de politiques de rigueur ». Ce qui, aux yeux du leader socialiste

a « fait que le Sénégal est devenu un pays sécurisant, respecté et qui mérite la confiance de ses partenaires au développement ». C'était aussi pour dire que la voie à laquelle il avait mené ses concitoyens, plusieurs années durant, en sollicitant leur confiance, était pour lui « bel et bien la voie ».

Raffermir la croissance économique implique aussi améliorer la gestion des affaires publiques car « l'idée d'une plus grande transparence, d'une plus grande efficacité dans la gestion de plus en plus participative des affaires publiques sera une notion centrale de la société politique

du troisième millénaire ».

Un tel pari devra intégrer une association des populations et des administrés qui, par le contrôle direct, impulseront une transparence dans la gestion et une bonne gouvernance. Ce sera le nouveau souffle de la décentralisation qui a du mal à s'affirmer et à trouver ses marques dans

un Etat centraliste et où tout ce que l'Etat donne d'une main, le reprend de l'autre.

La corruption ne sera pas oubliée dans la nouvelle lutte et comme au début de ses premières années de Chef d'Etat, le candidat socialiste envisage la création d'un Office de Lutte Contre la Corruption. Regroupant hauts fonctionnaires et représentants de la société civile, cet organe bénéficierait de toutes les protections nécessaires, conduirait ses instructions sur la base d'informations publiques ou privées, et le cas échéant, saisirait la Justice.

Mais comme en 1981, le candidat socialiste a conscience que son pari est à haut risque et fera face à beaucoup de résistance dans un système corrompu et clientéliste, fortement ancré dans la société sénégalaise. Il s'affiche décidé et résolu et veut se donner tous les moyens et garanties

de succès.

Diouf les trouve dans les principes qui devront guider son action :

une volonté politique à faire partager avec toutes les forces de progrès du pays,

un renforcement du rôle et de l'autorité des instances de contrôle et d'inspection dont les capacités d'intervention seront notablement accrues,

des sanctions judiciaires sévères à appliquer chaque fois que des faits délictueux seront établis,

une vaste campagne de sensibilisation morale.

Lorsqu'il s'agit de construire de nouvelles efficacités dans l'économie mondiale, la compétitivité s'impose comme un impératif catégorique. Le candidat socialiste y voit la seule stratégie rationnelle pour non seulement survivre, mais encore tirer partie de la mondialisation.

En sollicitant un nouveau mandat du peuple sénégalais, Abdou DIOUF propose aussi d'oeuvrer à l'avènement d' « une société plus solidaire ». Car au delà de la croissance économique et de l'accumulation des richesses, s'impose une économie équilibrée et

distributive, une économie d'initiatives et des libertés, une économie qui s'appuie sur les compétences et les rétribue en conséquence. C'est donc un pari sur l'avenir et les nouvelles perspectives du nouveau siècle ; pari qui s'envisage en ayant en vue « la correction des éventuels déséquilibres (...) mais surtout la réduction de la pauvreté, la création d'emplois» afin de s'orienter vers une croissance favorable aux catégories sociales les plus démunies. Mais

les objectifs ambitieux de réduction de la pauvreté que se fixe le candidat socialiste, imposent

une stratégie fondée sur trois axes principaux :

imposer à la politique macroéconomique les contraintes du développement social, grâce à la promotion du secteur privé, à la mise en place d'infrastructures structurantes et à une allocation des ressources publiques vers les secteurs sociaux.

orienter les dépenses publiques vers les groupes plus vulnérables et renforcer les organisations

professionnelles.

améliorer le niveau de couverture des services sociaux sans oublier les volets pivots que constituent la santé et l'éducation.

Ainsi, pour l'éducation, « l'Etat s'est assigné l'obligation d'offrir à chaque sénégalaise et à chaque sénégalais la possibilité d'aller à l'école et d'y rester pendant au moins dix ans » dans une société où le taux d'analphabétisme est estimé en 1998 à 51,4%.

S'agissant du secteur de la santé, « l'objectif du programme est de rendre accessibles les services de santé primaire à toutes les sénégalaises et à tous les sénégalais ».

L'accès aux infrastructures de base concerne aussi l'électrification et le transport ruraux sans oublier la possibilité pour chaque citoyen sénégalais de disposer de l'eau potable.

Par ailleurs, un axe important de la politique de lutte contre la pauvreté consiste en

l'encouragement à l'auto prise en charge, notamment à travers la promotion du micro crédit, des mutuelles et caisses d'épargne populaires.

Abdou DIOUF s'engage personnellement et de manière audacieuse à insérer sa politique de lutte contre la pauvreté « (...) dans une problématique du développement humain durable » et

au delà des mesures économiques à prendre, il envisage de mener « une croisade contre les

systèmes de gouvernance désuets et les stratifications sociales rétrogrades qui confinent les pauvres dans des rôles politiques et sociaux inacceptables ».

Mais l'un des problèmes majeurs auquel doit faire face le candidat socialiste reste le chômage qui progresse sans cesse, surtout dans une société essentiellement jeune. Cette jeunesse avoisine 10 millions en l'an 2000 avec 58% de personnes de moins de 20 ans et presque 80% de moins de 30 ans. Il s'y ajoute que tous les ans, près d'une centaine des milliers de personnes, selon certaines statistiques, arrivent sur le marché de l'emploi. Le mal est profond vu que ce chômage des jeunes a la particularité de marginaliser et de fragiliser les forces vives de la nation, d'augmenter les risques de recrudescence de l'insécurité et de la délinquance. En effet, DIOUF reconnaît qu'en tant que « facteur d'exclusion déterminant dans nos sociétés contemporaines, le chômage trace la ligne de démarcation et la frontière de la `fracture sociale' ». Et si son septennat passé a vu ses promesses de 20.000 emplois dépassées par le nombre de créations annuelles effectives dans les secteurs formel et informel réunis, avec plus

de 47.000 emplois par an, il reconnaît toutefois que « cet objectif reste insuffisant par rapport à

une demande annuelle qui concerne près d'une centaine de milliers de demandeurs d'emplois » et que « dans la lutte contre le chômage, l'élargissement de la capacité d'accueil

du système productif constitue la réponse adéquate ».

Cette politique, tendant à améliorer les conditions de vie, concerne d'importantes couches sociales, mais elle sera en priorité orientée vers certaines populations en péril « que l'ordre fondé sur l'économie de marché rejette à la périphérie du système social ». Ce qui conduit au fait que le prochain septennat verra les instruments de lutte affinés, les politiques mieux articulées et mieux coordonnées, par un changement de méthodes et de pratiques d'approches aussi.

La pérennisation de l'emploi et son inscription dans la durabilité ne sont pas perdues de vue

pour autant. La création d'emplois devant relever aussi de l'entreprise individuelle, DIOUF se propose d'encourager « le développement de l'esprit d'entreprise dès l'école » et de veiller, dans ce cadre, « à ce que l'Etat recentre son intervention pour asseoir une politique de développement local qui libère les initiatives individuelles ». Une confiance réaffirmée aux femmes est affichée « compte tenu de leur crédibilité et de leur dynamisme prouvés » qui font

qu'elles « constituent aujourd'hui un levier incontournable et doivent être des partenaires privilégiés pour la promotion de l'emploi des jeunes ».

Mais bien plus que le chômage, ce sont les phénomènes d'exclusion qui exhibent les complexités les plus surprenantes et qui menacent la cohésion sociale. En somme, une nouvelle mentalité s'impose pour créer un nouvel homo senegalensis, agir sur les mentalités afin de changer les stéréotypes et les symboles, par une meilleure communication à support d'image et dans les langues nationales. Pour celui qui sollicite à nouveau le suffrage des sénégalais, l'entrée nécessaire de la société, du pays dans la modernité, est à ce prix.

« Une société plus prospère » et « plus solidaire » a aussi besoin de reposer sur « une société

plus humaine ».

Dans une telle société plus humaine, le premier souci consiste à « rendre la justice plus humaine » ; ce qui se résume à « rapprocher la justice du justiciable, rendre une justice rapide

et crédible » de sorte à faire advenir « l'impulsion d'une politique judiciaire novatrice, efficace

et humaine (...) plus respectueuse de la dignité et des droits de la personne humaine ».

La protection des libertés individuelles reste une préoccupation sans oublier celle de « veiller sur la nécessité d'une application intelligente de la loi ». Et pour lutter contre la délinquance juvénile, le PS se propose de miser sur « une action de prévention et de rééducation pour les jeunes de moins de 25 ans, la finalité étant la réinsertion des jeunes dans le tissu socio

économique ».

Le second volet se résume à « garantir la sécurité humaine ».

Pour DIOUF, il faut donc tirer profit du crédit dont semble jouir le Sénégal, « cité en exemple dans le domaine du pluralisme politique en Afrique, des droits de l'Homme et de l'indépendance de la Justice » mais « ces libertés ne peuvent (...) s'épanouir que dans une société sécurisée ». Et « c'est pourquoi la lutte contre la délinquance, la criminalité et les agressions constituera l'une des tâches les plus urgentes du prochain septennat (...) la sécurité des citoyens devant passer avant toute autre considération ».

Dans un climat apaisé et un cadre sécurisé, l'entreprise humaine ne peut que s'épanouir.

Le dernier volet que propose le PS se veut « libérer l'imagination et la créativité » afin d'émanciper les énergies et la libre entreprise. La volonté du candidat DIOUF est de ce fait, « de persévérer dans la promotion d'un cadre de plus en plus propice à l'éclosion du génie national ».

Cette lecture du discours politique du PS et de son candidat qui militent en l'an 2000 pour le maintien au pouvoir tout en s'engageant dans la signature d'un nouveau 'contrat social', nous fera voir que le régime socialiste, loin de douter, garde une relative sérénité et le cap qu'incarne Abdou DIOUF, pour un « changement dans la continuité ».

Face au régime se dresse un adversaire nouveau, que le monstre socialiste n'a jamais combattu

pour la seule raison qu'il sort de ses rangs. Et même si le PS, amputé de Moustapha NIASSE

ne sait pas trop comment apprécier cette nouvelle venue que constitue l'AFP, les progressistes

ne s'en trouvent pas moins confrontés à un dilemme : le prix du schisme.

SECTION 2

L'AFP FACE AU DILEMNE PROGRESSISTE.

Au soir d'un long règne de 40 ans, le PS est affaibli par les démons de la fragmentation, qui ont longtemps été le lot des partis d'opposition. En effet, à l'instar de son premier combat entrepris

au lendemain du départ de Senghor de la tête du pays et qui va consister en une restructuration

du parti dont il hérite, Abdou DIOUF s'engagera, à nouveau, pour tenter d'impulser une nouvelle dynamique au sein de sa formation. Près de vingt après sa première reprise en main du PS, il tentera encore de l'ouvrir aux jeunes « dioufistes » et de se défaire de l'emprise des vieux barons, trop enfouis dans leurs fiefs et leurs privilèges.

L'histoire politique du Sénégal retiendra néanmoins que le premier combat se soldera par une victoire assez satisfaisante pour Abdou DIOUF ; par contre, celui de la fin des années 90, qui

va apparaître quelque peu comme un 'forcing politique interne', ne manquera pas de laisser des séquelles, celles d'un schisme inédit. Au plan politique, le PS, pour emprunter le langage des astrophysiciens, tel une étoile, « s'est effondré sur luimême après avoir épuisé sa réserve d'énergie nucléaire ». Les parachutages ont provoqué des frustrations et des tendances, dont certaines, en se consolidant, ont abouti en 1998 au départ de Djibo Kâ et de ses partisans et en

1999 à celui de Moustapha Niasse.

En effet, percevant la nomination de Ousmane Tanor DIENG au poste de Premier Secrétaire du

PS comme un simple 'parachutage' orchestré et voulu par le maître des lieux, ces deux grands caciques et barons incontestés du régime, décideront de rompre avec le parti.

L'URD de Djibo Leity KA sera créée en juillet 1998, un an avant la naissance de l'AFP de

Moustapha NIASSE, soit en juillet 1999.

Dans le cadre de l'étude présente, nous ne nous intéresserons qu'à l'action de l'AFP de Moustapha NIASSE. Cette formation politique émerge dans un contexte assez particulier et plus ou moins favorable eu égard au contexte de l'an 2000, dans lequel évoluent les sénégalais.

Ce qui lui fera jouir d'une adhésion spontanée et d'une grande sympathie politique que ne manquent pas d'alimenter la personne même de ce diplomate, ancien Premier Ministre et ancien Ministre des Affaires Etrangères mais qui n'en demeure pas moins, un fidèle de Senghor.

Ce double visage de nouveau 'renégat' du PS qui garde encore sa sympathie au prédécesseur d'Abdou DIOUF, en l'occurrence Léopold Sédar SENGHOR principal idéologue du PS, va le mettre dans une situation des plus délicates et inconfortables pour un homme politique qui milite pour le changement.

Le dilemme auquel l'AFP se trouve confronté se résume à ne pas apparaître comme 'un clone

du PS' ou encore comme un 'PS bis'. Dès lors, les progressistes se devaient de s'apprêter en confirmant le schisme d'avec le PS afin de tenter de s'imposer comme une nouvelle force sur l'échiquier politique sénégalais. La logique progressiste sera donc de tenter une déconstruction

du régime socialiste (A) sans laquelle elle manquerait son épanouissement politique dans « un

Sénégal autrement géré » (B).

Déconstruire le régime socialiste.

« Je suis prêt »...tel était le cri de schisme définitivement consommé entre Moustapha

NIASSE et le pouvoir socialiste. En choisissant cet espoir et en l'affichant au grand jour, il s'exposait au piège d'assumer ce passé politique, qu'il `reniait' pour porter l'AFP sur les fonds baptismaux.

Le leader progressiste dira ne rien regretter, pour avoir « servi avec loyauté (...), fierté » , ne

rien renier de ce passé qu'il a choisi et qu'il assume pleinement. Il se dira même décidé à s'engager « avec la même volonté et la même détermination » et à se mettre à la disposition de son pays.

Dès lors, s'inscrivant dans une dynamique d'opposition 'antidiouf', le discours de l'AFP et des compagnons de Moustapha NIASSE ne sera pas tendre à l'endroit du régime socialiste, qui se retrouve entre le marteau de la traditionnelle opposition et l'enclume de la nouvelle, incarnée par les deux dissidents du PS.

Pour cet ancien membre du système socialiste, l'objectif logique se résume en une déconstruction du PS, idéologiquement, politiquement et structurellement parce qu'étant une formation jugée corruptrice des masses et usée par l'exercice du pouvoir.

Et le ton est vite donné, lorsque le 16 juin 1999 soit deux jours après la reconnaissance

officielle du parti, retentit l'appel du leader de l'AFP, un appel par lequel le leader se dit prêt et avoir choisi l'espoir. NIASSE y dresse un réquisitoire particulièrement virulent contre « la mainmise de groupes d'intérêts mafieux sur le pays, le clientélisme archaïque et étriqué, la manipulation de la Constitution et des institutions, l'absence totale de projet de société... » et pour celui qui se présentera comme le plus redoutable adversaire d'Abdou DIOUF, « changer

le Sénégal est un impératif absolu ». Convaincu que « des ruptures sont parfois nécessaires quand vient le temps du destin », il se dit « prêt ».

Même s'il ne manque pas d'être l'objet de diatribes acerbes et d'une rare violence, en tout cas dans le contexte qui a toujours été celui du Sénégal jusquelà, il campe, dans un réquisitoire empreint d'un grand courage politique, les maux dont souffrent, selon lui, ses compatriotes sénégalais et dit sa décision de se démarquer du régime socialiste. Dans sa déclaration de

rupture, NIASSE constate que « ...les raisons d'espérer qui étaient pour chaque sénégalais une source de confiance, semblent inexorablement se dérober ».

Quelques temps plus tard, devant les Sénégalais de l'étranger, à Paris, il n'hésitera pas à prendre des accents populistes car « Pendant que les bouches pleines mentent, inventent et manipulent,

les ventres creux meurent (...) les vieilles mamans (...) vont acheter des os au marché pour

donner le goût de la viande au riz ».

Evoluant dans une logique de déconstruction du régime socialiste, le diagnostic auquel il se livre est significatif car provenant d'un homme qui fut, de tout temps, un acteur du système et qui a toujours assumé de hautes responsabilités dans les organes du pouvoir de l'Etat comme

du PS.

Au moment où il tourne le dos à la famille socialiste, le leader progressiste s'estime guidé par

« la conviction de ce que le PS, miné de l'intérieur par des luttes intestines, usé par l'exercice

du pouvoir surtout dans les 10 dernières années du magistère de DIOUF, traduisait l'usure du pouvoir lassé, épuisé mais imbu de sa force et du monopole qu'il exerçait presque dans tous les domaines, sans limites et sans contraintes ». Ce que le leader de l'AFP qualifie

d' « immobilisme dévastateur du fait de la conscience de l'esprit impérial » ou encore

de « reflex impérial du pouvoir usé (...) à l'image de cet Empereur qui, tant qu'il vit, reste

Empereur ».

Il demeure néanmoins que combattre le régime socialiste implique sans nul doute le départ de

cet « Empereur » qui dira, dès les débuts de la campagne électorale, ne pas connaître « l'usure

du pouvoir ».

Et même s'il le réclame ardemment parce que souhaitable et préférable pour le peuple sénégalais en cet instant précis de son histoire et dans ce contexte particulier de l'an 2000, Moustapha NIASSE ne considère pas le départ de DIOUF comme une fin en soi. « Parce que cela aurait été vain, irresponsable, personnellement vindicatif et sans signification » aussi

« parce que dans la vie politique, la focalisation sur un individu devient vaine quand on

considère cette focalisation comme une fin en soi ». Pour lui, « le départ de DIOUF n'était qu'un point ou un aspect de la vision globale de l'AFP et de son idéal politique (...) son départ était juste une voie obligée pour provoquer les changements».

Dans cette visée, le leader de l'AFP soutenue par huit autres partis dans le cadre de la CODE

2000 (Coalition De l'Espoir 2000) mettra l'accent sur l'impératif que constitue la reconstruction de l'Etat démocratique à un moment où « le système politique, depuis longtemps, est conçu au travers d'un pouvoir politique personnalisé qui sur concentre autour d'un pouvoir présidentiel aux contours indéfinis, la quasi totalité des pouvoirs y compris Législatif et Judiciaire »30 .

En effet, « jamais dans l'histoire de ce pays, les interrogations n'ont été aussi nombreuses sur tout ce qui touche à l'avenir et aux perspectives d'une nation qui, jusquelà, avait su faire face

à toutes les incertitudes politiques, économiques et sociales, quelles qu'en fussent les causes,

les manifestations et les effets ».

Le tableau que dresse le candidat de la CODE 2000, est donc des plus noirs et accablants pour

le régime socialiste. Mais le discours ne peut prospérer que conjugué et mis en perspective face

à la réalité que vit le peuple. Et « les événements, parfois d