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Les moyens de communication traditionnels en zone rurale dans l'espace culturel koongo: cas du département du Pool


par Jean-Claude MOUSSOKI
Université Marien-N'gouabi de Brazzaville - Diplôme d'Etudes Approfondies
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Université Marien N'gouabi de Brazzaville
FACULTE DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES
FORMATION DOCTORALE
ESPACES LINGUISTIQUES LITTERAIRES ET CULTURELS
(E.L.LI.C.)
OPTION : Identités Culturelles Africaines (I.C.A.)

LES MOYENS DE COMMUNICATION

TRADITIONNELS EN ZONE RURALE

DANS L'ESPACE CULTUREL KOONGO :

CAS DU DEPARTEMENT DU POOL

Mémoire en vue de l'obtention du Diplôme d'Etudes Approfondies
(D.E.A.)
Présenté et soutenu publiquement le 23/02/2005 par
Jean-Claude MOUSSOKI
Composition du Jury :

Président : Mukala Kadima NZUJI, Professeur
Examinateur : André-Patient BOKIBA, Professeur
Rapporteur et Directeur de recherche: François LUMWAMU,
Professeur

Année universitaire : 2 003-2004

Le peu que je sache, je veux néanmoins le faire connaître afin qu 'un autre, meilleur que je suis découvre la vérité et que l 'oeuvre qu 'il poursuit sanctionne mon erreur. Je m 'en réjouirai un jour avoir été malgré tout, cause que cette vérité

se fasse jour.

Karl Popper , Des sources de la connaissance et de l'ignorance, Paris, Ed. Unesco, Payot et Rivages, 1998, p.5., Coll. Petite bibliothèque ; n° 241.

DEDICACE

A la mémoire collective de mes parents: Alphonse MOUANDA,

Joseph MOUANDA,

Benjamin M'PONGUI, Jules MOUANDA, Nestor DINZEBI et Francine KIBINDA

A

Adolphine KIDILOU , ma mère pour son amour infaillible

Claude-Dominique-Raïs MOUSSOKI, Merveille-Maureen MOUSSOKISITA et Daniel-Exaucé MOUSSOKI-MOUANDA, mes enfants Mes frères, soeurs, neveux et nièces.

REMERCIEMENTS

Si nous avons pu mener à terme cette étude sur « Les moyens de communication traditionnels, bizonzolo, dans l'espace culturel koongo: cas du département du Pool », c'est pour une large part grâce au Professeur François LUMWAMU qui a su comprendre, orienter et préciser les objectifs de notre ambition.

Notre gratitude va à l'endroit du Professeur Ludovic-Robert MIYOUNA-N'TETANI pour ses sages conseils et sa disponibilité à codiriger cette étude.

Nous tenons aussi à remercier les parents, amis et connaissances qui nous ont apporté toutes sortes d'aides : MM Georges N'TABA, Léopold PINDY-MAMONSONO, Jean-Ferdinand TOUMBOULA, Paul BALEMBOGATA, Pascal MOUHOUELO, Auguste OKESSI et ArmandGénil MAVOUNIA-NDOKO, Mesdames Marie-Paule KABORE, SylviePatricia-Tylline BAZONGUELA-MALONGA, Sylvie-Carine SOUNGA et Madeleine YILA-BOUMPOUTOU, sans l'aide matérielle et financière et le soutien moral desquels nous n'aurions, certainement, pas pu réaliser ce travail.

Aux enseignants du département des sciences et techniques de la communication (stc), et à tous ceux dont les noms n'ont pu être consignés sur cette page, toute notre reconnaissance.

INTRODUCTION JUSTIFIANT L'INTERET DU SUJET 1.1. Présentation du sujet

La communication est au coeur de toute sociabilité. Tout au long de son histoire, l'homme cherche à communiquer ses sentiments, ses idées, ses émotions, ses messages. Il élabore, ainsi, à partir des codes gestuels, une série de moyens non verbaux de transmission de messages : tambours, cornes, sifflets, hochets, cloches, dessins et autres formes de symboles graphiques donnant naissance au pictogramme, puis à l'idéogramme. C'est le développement du langage qui explique la position prééminente de l'homme dans le monde animal et donne à la communication humaine son étendue et sa précision. Ce langage est, selon Montesquieu:

Cet élément constitutif de la personnalité culturelle et partant de l 'identité culturelle (...). Il est l 'unique dénominateur commun, le trait d 'identité

1

culturelle par excellence.

Dans toute société, le processus de communication repose sur le langage qui sert de lien entre les hommes et B.Voyenne le définit en ces termes:

Vivre en société, c 'est communiquer. Un groupe peut, à la rigueur, se passer d 'échanger des biens matériels. Mais s 'il n 'échange pas de renseignements, des idées, des émotions, c 'est le lien social lui-même qui disparaît : il n 'y a

1 Monstesquieu cité par C.A.Diop, Civilisation ou barbarie : anthropologie sans complaisance, Paris, Présence africaine, 1981, p.275.

plus rien de commun entre les membres de ce groupe et, par conséquent, plus

2

de communauté (...). Elle conditionne son existence, sa survie et son action.

Dans cette optique, la nécessité de communiquer est manifeste chez les populations de l'espace culturel koongo, en général et, singulièrement, chez les Koongo, Laadi, Suundi, Haangala du département du Pool.

Mais que sous-tendent les concepts information et communication ?

L'Information : Terme polysémique, il dérive du latin informare, qui veut dire informer, communiquer ; c'est transmettre un message, une nouvelle, communiquer un savoir. Elle signifie tout élément ou système qui peut être transmis par un signal ou une combinaison de signaux. L'information est la communication de connaissances ; c'est aussi la connaissance communiquée. Elle représente donc un accroissement des connaissances ou une réduction de l'incertitude pour celui à qui elle est communiquée.

La liste des définitions du concept « information » est loin d'être close. L'information est la matière sur laquelle travaillent beaucoup de corps des métiers : journalistes, informaticiens, documentalistes, politiciens etc.

Par contre, le terme communication, du latin communicare, veut dire communiquer ; c'est aussi établir une relation avec quelque chose, une

2 B. Voyenne, La Presse dans la société contemporaine, Paris, A.Colin, 1962, p.11., Coll.U; série société politique.

relation dynamique qui intervient dans le fonctionnement, l'échange de signes, de messages entre un émetteur et un récepteur. D'après le dictionnaire Larousse, communiquer signifie faire connaître quelque chose, faire passer une information d'une personne à une autre, être en relation avec, l'ensemble des processus d'échanges signifiants entre le sujet émetteur et le sujet récepteur des messages (verbaux ou non verbaux, gestuels etc...). Ainsi, la communication est inséparable de l'information comme l'atteste cette définition :

Informer, c 'est communiquer. Elle est à la fois un moyen d 'informer et de réduire l 'incertitude. Toute communication a un contenu cognitif, plus ou moins important, qui est l 'information. Cela implique qu 'il n 'y a pas

d 'information sans communication. La communication est un processus dont

l 'information est le contenu; l 'une ne peut être comprise sans l 'autre, l 'étude

de l 'une et de l 'autre ne fait qu 'un3.

Mais, à côté de bien d'autres définitions proposées, ici et là, la communication, écrit Y.R. Baticle:

Est la mise en commun d'idées, des informations ou des connaissances entre deux ou plusieurs personnes, entre deux ou plusieurs groupes humains »4.

3 Larousse cité par E. Sutter, Marketing des systèmes d'information documentaires, Paris, éd. ESF, 1994, p.35., Coll. S.J.

4 Y-R. Baticle, Message, média, communication : de Lescaux à l'ordinateur, Paris, Ed. Magnard, 1973, p. 25., Coll. Information-Communication.

Toute fois l'information peut exister indépendamment du processus de communication d'autant plus que le «message c'est le médium » affirment les sociologues de la communication. Elle peut s'exercer d'un individu à un autre, d'un individu à un groupe et d'un groupe d'individus à un autre. Mais, il s'avère difficile voire impossible de donner une définition qui recouvrirait, d'un seul tenant, tous les domaines de la communication.

Cependant, Massa Makan Diabaté propose une définition sur laquelle nous sommes appuyés pour démontrer le caractère social de la communication. Elle est, écrit-il:

Le vaste champ des échanges, des faits, d 'opinions entre les êtres humains. Ainsi, la communication va de l 'individu au groupe et réciproquement, et comprendrait toutes les acquisitions de l 'homme. Sa fonction est de transmettre ce qui appartient au groupe depuis l 'éducation et la culture

jusqu 'aux outils qui permettent de s 'adapter dans et par le groupe (...)5.

1.2.- Intérêt du sujet.

Le choix de ce thème a été guidé par la diversité culturelle qu'offre l'espace culturel koongo qui comprend les départements de la Bouenza, de la Lékoumou, du Niari et du Pool, cadre de notre étude, d'une part, et d'autre part, par les spécificités linguistiques des langues à classes de la

5 Massa Makan Diakité, « La corrélation entre communication moderne et traditionnelle », La Fonction culturelle de l'information en Afrique, Dakar, NEA, 1985, p.17.

zone H koongo6 des groupes bantu du Congo, que nous aimerions mettre à la disposition de la postérité. Par ailleurs, la planche présentée en 1692 par Girolamo Morella7 et l'étude de Joseph Goga-Messakop8 ont davantage retenu notre attention.

Ainsi, l'homme qui a éprouvé le besoin de communiquer ou de télécommuniquer avec ses semblables, mais aussi avec les forces surnaturelles, a cherché à s'affranchir de la distance le séparant de l'interlocuteur. Il était nécessaire de réduire les distances tout en préservant la confidentialité de l'information. Pour ce faire, il a fabriqué d'innombrables moyens de communication, bizonzolo, préludes aux télécommunications modernes.

L'espace culturel koongo, singulièrement la zone rurale du Pool, est l'un des plus anciens foyers de l'espace culturel négro-africain qui il renferme une panoplie d'objets de communication. Intimement liés aux rites et aux manifestations populaires, ces moyens sont sources de plaisir, de divertissement, de transmission de connaissances, de conservation des valeurs culturelles, voire d'échange (communication) des informations. Ces systèmes de communication traditionnels s'intègrent dans un grand ensemble qui est le savoir traditionnel. Ce savoir génère des formes

6 D'après les travaux de Daniel Barreteau et Yvonne Bastin, la zone H koongo comprend les sous ensembles Beembe 11, Yoombe 12, Vili 12A, Kuunyi 13, Suundi 13B, Nianga 13C, Koongo 16, Laadi 16F, Suundi 16A, Hangala16, Kaamba 17B, Doondo 17A, cités par D. N'Goie-N'Galla, Le retour des ethnies : quel Etat pour l'Afrique ?, Paris, Ed. Bajag-Meri, 2003, p.35.

7 La planche présentée par G.Morella peut-être considérée comme l'ancêtre des moyens de communication traditionnels en usage au royaume kongo citée par H. Moniot, Les civilisations de l'Afrique, Paris, Casterman, 1987, p.49., Coll. Histoire de l'Homme.

8 J.Goga-Messakop, La communication dans les sociétés traditionnelles : cas des Bakouélé, Travail d'Etudes et de Recherches, option Journalisme, Brazzaville, Université Marien-N'gouabi, 1990, 64 p.

d'expression que les générations s'approprient au fur et à mesure. Il s'agit, bel et bien, des pratiques sociales valorisées et valorisantes, liées au territoire spécifique (département du Pool), à une culture spécifique (culture koongo), et cela apparaît déterminant dans la connaissance de l'autre en tant qu'individu, mais aussi en tant qu'élément d'une communauté. Une communauté où l'essentiel de la communication repose sur l' oralité.

Pour se parler à distance, les hommes n'étaient pas à court d'idées. Aussi, avaient-ils inventé les tambours, les cornes, les sifflets, les cloches et les autres moyens tels que les vecteurs artificiels : les signes (bidimbu) et les marques (masuku) pour palier leurs insuffisances.

Suffit-il de disposer d'un émetteur et d'un récepteur pour que la communication s'établisse ou s'instaure ?

L'effet de communication ne peut se comprendre que dans une optique de confiance et de réciprocité. C'est au cours des relations dites «primaires » 9 qu'une personne (émetteur) entre en contact avec une autre personne (récepteur) ou, éventuellement, avec un petit nombre d'entre elles, par l'intermédiaire d'un lien physique et au moyen d'un système symbolique (langage), dont ils possèdent l'un et l'autre la clef. Ce langage a, ainsi, pour première condition l'existence des sociétés dont il est l'instrument indispensable et constamment employé. La communication est immédiate et, si le processus fonctionne normalement, réciproque. En

9 B.Voyenne, op.cité, p.14.

effet, le retour sur la source ou réponse (que les théoriciens de la communication appellent feed-back) est lui-même immédiat, puisque le système peut, dans l'instant, s'inverser, l'émetteur devenant récepteur et vice-versa de telle sorte qu'il s'établit un échange continu et sans intermédiaire : un dialogue ou une conversation.

Ainsi, la recherche sur les moyens de communication traditionnels dans l'espace culturel koongo s'est traduite dans le paradigme de Lasswell selon

lequel << On peut décrire une action de communication en répondant aux questions suivantes :

qui dit quoi, à qui, par quel canal, avec quel effet ? »10

Dans le département du Pool, après que les marins portugais aient observé au XVè siècle, ce que l'on peut considérer comme << le plus vieil instrument de musique : la sanza11 », on a cherché à perfectionner les moyens de communication. De nombreux dispositifs ont été mis en oeuvre soit pour accroître la rapidité de transmission des messages, soit pour diminuer leur nombre à l'aide de moyens rudimentaires sonores ou visuels (tambours, cornes, sifflets, cloches, etc), et surtout d'améliorer la fidélité.

Aussi, limiterons-nous notre enquête à la typologie analytique, aux contextes d'utilisation et aux fonctions de ces moyens de communication ; aux éléments et caractéristiques de la communication traditionnelle en zone rurale dans l'espace culturel koongo, à la corrélation entre les moyens

10 ibid., p.14.

11 La sanza : le nom sous lequel cet instrument est plus connu ; il vient d'une langue de Malawi (sansi)

écrit A. Pandi, La place et le rôle du palmier dans la civilisation de l'ancien royaume kongo du XVè au XIXè siècle,

Mém. de DES d'Histoire, Brazzaville, Université Marien-N'gouabi, 1984, p.58.

de communication traditionnels et modernes dans le paysage rural d'aujourd'hui et à leur impact sur les acteurs et les espaces sociaux dans lesquels s'élaborent ces communications.

2.-PROBLEMATIQUE ET INTERET DE LA PROBLEMATIQUE

2.1. Problématique

La problématique des moyens de communication traditionnels dans l'espace culturel koongo : cas du département du Pool, c'est-à-dire la relation entre la communication appuyée et rythmée par les instruments et les acteurs sociaux, est complexe. Les connaissances se transmettent oralement, d'une personne à une autre et d'une génération à une autre.

Aussi, le processus de communication basé, ici, sur l'oralité prime t-il sur les galaxies <<Gutenberg ,>12 et << Marconi ,>13 dont l'avènement s'est fait peu avant l'accession à la souveraineté internationale de la République du Congo. Cette période consacre t-elle la plénitude et l'utilisation optimale des moyens de communication traditionnels en zone rurale.

La communication est, en fin de compte, un mécanisme permettant aux relations entre les personnes d'exister et de se développer. Elle recouvre

12 Gutenberg (Johnnes de Gensfleich dit): est celui à qui la tradition attribue l'invention, à partir de 1438, de l'imprimerie, Dictionnaire des biographies t.2, Paris, PUF, 1958, p.658.

13 Marconi : Célèbre technicien italien a été le premier à réaliser des liaisons par radio sur de grandes distances et à démontrer ainsi l'intérêt de ce moyen de communication, Dictionnaire des biographies t.1, Paris, PUF, 1958, p.968.

différents types (unilatéral ou avec retour), différents niveaux (à deux, en groupe ou dans la société), différentes profondeurs (discussions, échanges, dialogues). Il s'agit donc de participer à une multitude d'échanges quotidiens au sein d'une même communauté culturelle. Elle inclut les symboles de l'esprit (oral, visuel, audio, sonore ...) avec les moyens nécessaires pour les transmettre dans l'espace et dans le temps et selon les circonstances déterminées.

Par conséquent, notre raisonnement s'est construit autour de la question centrale suivante : A l'heure de la mondialisation14 des grands ensembles, les contextes voire les occasions d'utilisation des moyens de communication, demeurent-ils constants ? D'autres questions ont, également, été récurrentes, comme celles de savoir quels sont les moyens de communication ou instruments de musique qui appuient et rythment la communication en zone rurale dans l'espace culturel koongo? Comment s'effectue cette communication? Quelles influences ces moyens exercentils sur les acteurs et les espaces sociaux de la communication ? Quels instruments remplissent la fonction de communication? Quels types de contenus ces moyens de communication traditionnels véhiculent-ils? Quelle est leur place dans le nouvel espace culturel d'aujourd'hui ?

2.2. Intérêt de la problématique

14 Y.Brunsvick et A.Danzin, Naissance d'une civilisation : le choc de la mondialisation, Paris, Ed. Unesco, 1998, Coll. Défis, p.15.

Les moyens de communication traditionnels dans l'espace culturel koongo, singulièrement dans le département du Pool, n'ont jamais fait l'objet d'une quelconque étude. Or, les télécommunications actuelles sont le prolongement des moyens de communication traditionnels. On a souvent tendance à oublier que l'Afrique, en général, et le Pool, en particulier, ont un riche patrimoine médiatique. Les systèmes de communication traditionnels ont touj ours existé pour dialoguer, informer, éduquer, résoudre les conflits sociaux. C'est ce qu'explique Emmanuel Ngwainbi quand il écrit:

Les populations rurales qui constituent la majorité de la population du continent, utilisent des moyens traditionnels de diffusion de l 'information : un crieur marche dans le village durant la nuit, faisant sonner son gong pour appeler les habitants à se joindre aux activités du village, un tambour communique la mort, une invasion imminente, ou une épidémie qui se répand. Et les paroles de chansons chantées en public sont là pour apaiser et encourager les travailleurs. Sans aucun doute, les systèmes de communication

traditionnels sont riches en idées et en compétences15.

C'est autant dire que dans la zone rurale les percussions sont des outils de communication qui interviennent dans tous les événements importants (deuil, funérailles, mariage, activités productives...). Elles prennent parfois la place de la parole du fait de la virtuosité des acteurs sociaux de la communication.

15 E. Ngwainbi cité par Akin Fatoyinbo « Les médias en Afrique », Lettre d'information, vol.11, n°2, [ http://www.adeanet.org./newsletter/vol11N°2,fr_6.html], (27/07/2004), p.3.

Mais, notre ambition, pour l'heure, est d'étudier la manière dont s'effectue cette communication qui suppose une série :

Des relations entre les hommes qui sont de trois sortes ou si on préfère se déroulent sur trois plans. A deux dans un lit, à 10 autour d 'une table, à 100 dans une salle de réunion ou à 1.000 sur une place publique, c 'est pareil : il y a les choses qu 'ils vendent, qu 'ils cherchent à avoir; il y a qui décide qui peut

vouloir quoi ; et il y a les signes, les messages qu 'ils envoient (...)16 , écrit

Robert Georges.

Les situations de communication mettent en présence un émetteur et un récepteur qui s'échangent des informations au moyen d'un canal et, la communication n'est possible que lorsqu'il y a réaction (retroaction ou feed-back) du récepteur qui devient à son tour émetteur. Pour cette raison, il est opportun de mener la présente étude afin d'apporter des éléments de réponse aux questions ci-après: Comment s'effectue la communication en zone rurale ? Quel est son impact sur les acteurs et les espaces sociaux ? Quelles sont les évolutions présentes de ces moyens à l'ère du téléphone portable et des stations de radios numériques ? Ces moyens (les tambours, les cornes, les sifflets, les symboliques etc.) n'ont-ils pas engendré ceux que nous connaissons aujourd'hui ?

2.3.-Choix du corpus

16 R.Georges, Hétérogénéité culturelle et communication : visages nouveaux de l'aliénation, Paris, Anthropos, 1978, p.275.

Pour cette recherche, nous nous sommes basés sur une importante collecte de vingt trois (23) moyens de communication traditionnels. Il s'est agi d'un inventaire de divers instruments qui rythment et appuient la communication dans l'espace culturel koongo. N'avons-nous pas été en présence de la « préhistoire des télécommunications ? »17

Les populations du département du Pool ont touj ours communiqué, soit directement, soit indirectement à l'aide des instruments que sont les tambours, les cloches et les cornes qui se sont, cumulativement, révélés être d'excellents moyens de communication et instruments de musique18.

Avant d'aborder cette étude, précisions que ces instruments constituent un mode privilégié de communication dans ce département. Ils jouent des rôles similaires allant de la musique à la communication : berceurs, musique de divertissement, chants de guerres, musique religieuse, transmission des messages.

Sur la base des études qualitatives (entretiens semi directifs) et quantitatives (un échantillon de 200 Kongo), nous avons, d'une part, répertorié, quatre (04) membranophones (tambours...), sept (07) idiophones ou instruments à lames (sanza), quatre (04) aérophones ou instruments à vent et à air (sifflets, cornes) et un (01) cordophone ou instrument à cordes (nsambi) et d'autre part, sept (07) autres moyens de

17 P.Kersale, « Préhistoire des télécommunications », [ http://www.abm.fr/abm/récit//récitkersal.html], (24/04/2004), 5 p.

18 F.Bebey, Musique de l'Afrique : expressions, Paris, Ed. Horizons de France, 1969, p.14.

communication traditionnels (vecteurs artificiels) relevant des symbolismes animaliers, végétaux et minéraux.

On ne prétend pas faire l'exhaustivité des moyens de communication traditionnels utilisés dans le Pool, mais d'inventorier, d'abord, ceux utilisés pour la communication et la transmission des messages chez les populations de langue koongo, et de dégager, ensuite, les contextes d'utilisation et les fonctions que remplissent ces moyens de communication.

Ce qui nous permettra de jauger les éléments et les caractéristiques de la communication dans les autres départements de l'espace culturel koongo : Bouenza, Lékoumou et Niari, la corrélation entre les moyens de communication traditionnels et modernes et l'impact de ces moyens sur les acteurs et les espaces sociaux : fêtes ou malaki, , et d'analyser, en dernier ressort,.

3.- METHODOLOGIE D'ENQUETE ET D'ANALYSE

Dans une communication à l'occasion du cinquantième anniversaire de la commission française pour l'Unesco, Yves Quéré déclarait :

Dans le jardin d 'Eden, Yahvé ordonne à Adam de nommer tous les oiseaux du ciel et toutes les bêtes de la Terre ce qui désigne en Adam, symboliquement ou poétiquement, comme vous voudrez, le premier homme de science. En effet, nommer est l 'acte élémentaire par lequel nous inaugurons ce grand dialogue avec la nature que nous appelons maintenant la science, car notre façon de mettre l 'ordre dans l 'apparent chaos qui nous entoure. Nommer la terre et

parler avec elle dans sa propre langue qui est, selon le mot de Galilée la géométrie, c 'est instaurer cette science-dialogue, ou cette science discours que nous appelons maintenant science fondamentale. Dans le même temps, Yahvé ordonne à Adam de dominer la Terre, désignant là symboliquement ou poétiquement, Adam comme le premier ingénieur. Nous voyons ici apparaître le second volet de la science, cette science appliquée. Et nous voici donc installés dès les premières pages de la Genèse, ces deux pôles entre lesquels tout homme de science évolue et, peu ou prou, oscille19.

Pour mener, cette étude nous avons réalisé qu'il n'existe pas, dans le domaine des sciences sociales, de méthode qui fasse l'unanimité. C'est dans ce contexte que W.I. Thomas avait formulé un théorème essentiel selon lequel:

Quand les hommes considèrent certaines situations comme réelles, elles sont réelles dans leurs conséquences. Les hommes réagissent non seulement aux caractères objectifs d'une situation, mais aussi et parfois surtout, à la signification qu 'ils donnent à cette situation. Et cette signification, une fois donnée, détermine le comportement qui en résulte avec ses conséquences20.

A cet effet, pour analyser les moyens de communication traditionnels, la recherche a été menée sur la base d'une méthode qui nous a permis de catégoriser les différents moyens de communication et de comprendre les interactions de ces moyens sur les acteurs, d'une part, et les espaces sociaux de la communication traditionnelle, d'autre part.

19 Y.Quéré, « La responsabilité des nouvelles technologies de l'information et de la communication » cité par Y. Brunsvick et A. Danzin, Naissance d'une civilisation : le choc de la mondialisation, Paris, Ed. Unesco, 1998, pp.25-26.

20 W.I.Thomas cité par Robert King Merton, Eléments de méthode sociologique, Paris, Plon, 1953, p.167, Coll. Recherche en sciences humaines

C'est la méthode inductive21. Disons avec P.Watzlawick que:

Un phénomène demeure incompréhensible tant que le champ de l 'observation n 'est pas suffisamment large pour qu 'y soit inclus le contexte dans lequel ledit phénomène se produit. Ne pas pouvoir saisir la complexité des relations entre un fait et le cadre dans lequel il s 'insère, entre un organisme et son milieu, fait que

l 'observateur bute sur quelque chose de ''mystérieux'' et se trouve conduit à attribuer à l 'objet de son étude des propriétés que peut-être il ne possède pas22.

Faute de sources écrites, pouvions-nous mener à terme cette étude ?

L 'ethnologue, dit Claude Levi-Strauss, s 'intéresse surtout à ce qui n 'est

pas écrit, non pas parce que les peuples qu 'il étudie sont incapables d 'écrire, que parce que ce à quoi il s 'intéresse est différent de tout ce que les hommes songent habituellement à fixer sur la pierre ou sur le papier23.

Cette pensée de Claude Levis-Strauss révèle le type de démarche que nous avons adoptée. Une démarche axée sur des interviews orales et sur des entretiens et questionnaires oraux que nous esquissions avant de nous rendre sur le terrain. Mais, de quelles particularités disposent ces moyens de communication ? En parlant de ces moyens ou des systèmes de communication traditionnels, le sociologue de la communication André Akoun souligne que:

21 L'induction est une généralisation, opération par laquelle on étend à une classe d'objets ce que l'on a observé sur un individu ou quelques cas particuliers. La philosophie classique distingue l'induction rigoureuse, dite aristotélicienne, qui reconnaît certaines caractéristiques aux phénomènes observés (en principes la totalité des cas), les généralise ou les résume dans une loi, M. Grawith, Méthode des sciences sociales, 9è éd., Paris, Dalloz, 1993, p.15., Coll. Précis Dalloz.

22 P.Watzlawick cité par L.Quéré, Des miroirs équivoques : aux origines de la communication, Paris, Aubier Montaigne, 1982, p.15.

23 C.Lévi-Strauss, Anthropologie structurelle, Paris, Plon, 1958, p.33. cité par A.Tine, « Tradition orale comme modèle de communication », Annales de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Dakar, n°14, 1984, p.175.

Tout système de communication, pour être compris, doit être référé à la symbolique sociale dans laquelle il se déploie. Ainsi, le système actuel des moyens de communication traditionnels exige, pour être compris, qu 'il soit

rapporté aux structures (...)24.

La méthode inductive que nous avons utilisée nous a permis de comprendre les particularités et les spécificités des moyens de communication utilisés dans le département du Pool.

L'étude sur les moyens de communication traditionnels, bizonzolo, que nous nous sommes proposée de mener exige que celle-ci repose sur un certain nombre d'axes de travail à savoir :

1.- Typologie analytique, contextes d'utilisation et fonctions des moyens de communication traditionnels en zone rurale dans l'espace culturel koongo : cas du département du Pool.

2.- Eléments et caractéristiques de la communication traditionnelle en zone rurale.

3.-Interaction ou corrélation entre les moyens traditionnels et modernes de la communication.

4.- Impact des moyens de communication traditionnels sur les acteurs et les espaces sociaux de la communication : fêtes, période de communication participative.

24A.Akoun cité par P.Ansart, « Les utopies de la communication », Cahiers internationaux de sociologie, janvier-juin 2002, vol.CXII, p.43.

4.-PRINCIPAUX AXES DE TRAVAIL ET REDACTION D'UN AXE

Les vingt trois (23) instruments de musique ou moyens de communication traditionnels recensés ont beaucoup de fonctions et de significations. Ils interviennent au cours de diverses circonstances de la vie communautaire. Certains d'entre eux servent à la musique et d'autres, à la communication. Il y a un lien étroit entre les instruments et l'art y compris la communication. L'auteur Bertil Soderber, remarquant ce lien, écrit :

J'explorerai la nature de cette association (...). La musique elle-même était et est pensée pour permettre la communication avec les morts, induisant souvent la possession d 'esprit entraînant l 'esprit à descendre. La présence de l 'esprit est identifiée quand tout le monde est emporté (...). Le seul instrument qui, autant que je puisse dire, n 'a aucune connotation rituelle celui qui soit dit, le piano de puces25.

La musique fait étroitement partie de la vie des Kongo et intervient dans leurs manifestations populaires et rituelles. Dans ce département, c'est le musicien lui-même qui fabrique son instrument ; il le personnalise. Aussi, les Kongo ont-ils fabriqué des instruments de musique à base des éléments d'origine animale (cornes, os, coquillages...) et végétale (la sanza) à partir du palmier26. N'ont-ils pas fabriqué les moyens de communication traditionnels? Pour André Pandi, l'auteur Cavazzi, en 1637, serait le plus précis en ce qui concerne la typologie des instruments

25 B. Soderberg, Les instruments de musique du Bas-Congo et dans les régions avoisinantes, 1958, cité par Wyatt Mac Gaffey (2000), « Notes d'ethnographie sur les instruments musicaux de kongo : arts africains », [ http://www.findarticles.com/cf_dls/m0438/....], (24/04/2004), p .1.

26 A. Pandi, op., cit. p.57.

de musique au koongo. Il les regroupa en quatre grandes familles : les membranophones, les idiophones, les aérophones et les cordophones. Cette typologie s'apparente à celle présentée par M. Auguste Miabéto27.

En nous inspirant de la typologie de Cavazzi que nous voudrions analytique, les moyens de communication traditionnels sont inséparables de la musique et de la danse. Ceux-ci animent les activités essentielles de l'homme. De la naissance à la mort, toute la vie de l'africain, en général et, en particulier, de celle des habitants du Pool, est animée par la musique, le chant et la danse. On peut dire, selon l'expression familière, que :

Les trois éléments lui collent à la peau (...). Soustraire le chant des activités de société, c 'est freiner et même arrêter l 'élan vital qui régénère continuellement les hommes28.

La musique, d'une part, et la danse, de l'autre, adressent le même message au représentant du monde extra-humain qu'il s'agit de toucher et que le langage ordinaire ne pourrait atteindre. Le message est identique. Pour l'exprimer, la musique et la danse utilisent chacune un langage qui lui est propre. Le rythme est le domaine privilégié, commun aux deux modes d'expression, au sein duquel leur rencontre est possible. Le même type de musique peut donc jouer deux rôles identiques par rapport aux génies : les chasser ou les évoquer29. Ne peut-on pas assimiler cette pensée à celle de Stanley qui, en parlant des fonctions de la danse, de la musique et du chant,

27 A.Miabéto (65 ans), Entretiens sur la typologie des instruments de musique et moyens de communication traditionnels au Congo, Brazzaville, 2/04/2004. (sources orales n°1).

28 O.Kaboré, Les Oiseaux s'ébattent : chansons enfantines au Burkina-Faso, Paris, L'harmattan, 1993, p.99.

29 M.I.Pareira De Queiro, « L'Amérique Latine : unité ou diversité », Le musique dans la vie t.1 : l'Afrique, ses prolongements, ses voisins, Paris, Office de Coopération Radiophonique, 1967, p.51.

écrit : <<la nuit, toute l'Afrique danse >30. Il convient de relever que dans l'espace culturel koongo:

On accorde une place de choix à la danse, au chant et à la musique réunis par intrication pour rythmer la vie quotidienne en s 'imbriquant dans l 'ensemble des actes sociaux multiformes. Les grandes occasions d 'extériorisation festive

permettent de forger «le moi » collectif comme le montre Marcel Mauss31.

Dans ces conditions, les instruments de musique sont susceptibles de remplir plus d'une fonction surtout lorsqu'ils sont << habités >32, chargés et associés aux fétiches. La musique est censée faire descendre ou rendre présente la force spirituelle. Les fétiches ont pour rôle de permettre au musicien de réaliser des exploits inédits.

Ainsi, quels sont, en tout état de cause, les moyens ou instruments de musique qui jouent le rôle de communication dans l'espace culturel koongo et particulièrement département du Pool ?

Quelles sont les contextes ou les occasions d'utilisation et les fonctions de ces moyens de communication ?

I.-TYPOLOGIE ANALYTIQUE, CONTEXTES D'UTILISATION ET FONCTIONS DES MOYENS DE COMMUNICATION TRADITIONNELS

30 Stanley cité par S.Bemba, « Variations sur l'éducation sentimentale de deux peuples ou la naissance du discours amoureux dans la vie quotidienne chanté au Congo-Zaïre », Itinéraires et contacts des cultures, vol.8, Paris, L'harmattan, 1988, p.41.

31 M.Mauss cité par Sylvain Bemba ibid., p.42.

32 R. Bouesso-Samba (37 ans), Entretiens sur les fonctions des instruments de musique et de communication dans le département du Pool, village Mababa, 5/06/2004 (sources orales n°3).

L'essentiel des moyens de communication ou instruments de musique recensés sont regroupés en quatre familles (les membranophones, les idiophones, les aérophones et les cordophones). A celles-ci, nous avons ajouté une cinquième, basée sur les symbolismes << spécifiques > à l'espace culturel koongo et sur les organes biologiques des acteurs Kongo.

A°).-TYPOLOGIE ANALYTIQUE DES MOYENS DE COMMUNICATION TRADITIONNELS

1.- Les membranophones ou tambours ou lithophones

Dans son célèbre roman intitulé << Batouala > René Maran, écrivait :

Parmi tous les modes ancestraux de la communication, le tam-tam est celui

qui préfigure le mieux la presse, parce que les messages qu 'il transmet se propagent directement dans plusieurs directions. Il informe sur tous les événements, petits ou grands, dans la communauté, exprime ses joies et ses peines, rompt la monotonie de la vie quotidienne 33.

Les membranophones ou tambours sont probablement les outils de télécommunication les plus célèbres dans le Pool, mais moins connus quant à la contextualité de leur langage et aux fonctions de communication qu'ils remplissent. Nous avons remarqué qu'il existe deux types de tambours : les tambours à membranes et les tambours à fentes ou tambours de bois. Ils sont, soit portatifs, soit fixes. Et, en fonction de la puissance sonore de ces membranophones, nous les classons en cinq catégories: le

33 R. Maran, Batouala, 1921, cité par B . Voyenne, ibid., p.38.

grand tambour (nguri ngoma), le tambour mâle, le tambour femelle et les deux petits tambours (bala ba ngoma). Ce département dispose d'une variété de tambours aux formes et dimensions variables. Il existe plusieurs types de tambours qui sont fabriqués, pour la plupart, à base du ricinodendron africanum, chlorophora exelsa34 ou mungo ngoma troué:

1.1.- Le tambour à membranes, ngoma35:

Le tambour, ngoma, est fabriqué à partir d'un tronc d'arbre évidé. Il a l'une des deux extrémités qui est recouverte d'une peau tendue qui sert à la communication, à la transmission des messages et, l'autre, de support. Il peut-être sculpté ou non. Cet instrument est joué pour

diverses raisons : annoncer un événement heureux ou malheureux (naissances, mariages, décès, arrivée d'une autorité politique, administrative ou militaire, etc). Ces tambours sont des instruments sacrés et leur fabrication doit se conclure par une bénédiction36 pour en assurer la qualité sonore. Dans les localités de Kimbédi, M. Jacques Mouhouelo notre informateur, nous avait confié ce que:

34 Ricinodendron africanum ou chlorophora exelsa de la famille des Euphorbiacée= Mungo ngoma : arbre qui sert à la fabrication des tambours à membrane ou à fentes, A.Mouandza, Civilisation traditionnelle des Minkéngé de Mouyondzi : essai d'ethno-histoire, Mémoire de Maîtrise d'Histoire, Brazzaville, Université Marien-N'gouabi, 1975, p.181.

35Le ngoma kongo est l'équivalent du baandi suundi

36J.Mouhouelo (71 ans), Entretiens sur les moyens de communication traditionnels dans le département du Pool, village Kimbédi, 9/05/2004. (sources orales n°2).

Le fabricant, après avoir invo qué l 'esprit protecteur de la forêt, arrose le sol de vin de palme, nsamba, ainsi que les membranes des tambours. Il trace sur ceuxci des signes avec un cierge allumé et récite les paroles de bénédiction suivantes :

1./Marie/ngoma /nge /wedi /muti /wamunene /ku /sangi /.

/Marie/ngoma /toi /être /arbre /de grand/dans /forêt /.

2. /M'lemvo /nitakuloma /bu /nakutabudi /. /Pardon/moi/toi/demander/quand /moi /couper /toi /.

3. l ka l nasidibo l nabuzitu l buansoni l.

lMais lmoi lfaire lcela lavec lrespect ltout l.

4. lNakuneti lku lnzo /ya /meno /ku /nakuwubudi /

/Moi /toi /amener /maison /pour/moi //toi /trouer /toi /.

5. l Na lbunkete lmpe l na l luzabu l bia lnabeki l.

lAvec lhabileté l et l expérience l moi lacquérir l.

6. l Mu l sala l nge l ngoma l.

lPour l faire ltoi l goma l.

7. lNge l nita llomba lwa wakisa l kiwono l kia m 'bote l. /Toi/moi/demander/toi /parler /avec /voix /de bien /.

8. /Mu /ntagu /zansoni /zibasika /tukabuawubu /.

/Soleil ltout lbattre ltoi lmaintenant l.

Nous avons opté pour une traduction littéraire:

1. Marie-ngoma, tu étais un grand arbre dans la forêt.

2. Je te demande pardon de t 'avoir coupé.

3. Mais je l 'ai fait avec respect.

4. Je t 'ai apporté près de ma case où je t 'ai troué.

5. Avec l 'habileté et l 'expérience que j 'ai acquises.

6. Pour faire de toi un tambour.

7. Je te demande de résonner d 'un bon son.

8. Chaque fois que l 'on te battra à partir de maintenant.

La fabrication et le creusage des tambours sont des opérations minutieuses et ingénieuses. Certains tambours, légers, sont transportables sous les bras (tambours d'aisselles) grâce aux lanières que le joueur utilise pour les porter. Ils ont les deux faces recouvertes d'une peau d'antilope, de chèvre, ou de mouton. D'autres membranophones, longs et plus lourds, n'ont par contre, qu'une face couverte. Celle qui ne l'est pas sert de support.

Ainsi, pour mieux communiquer ou émettre les messages, le batteur est tenu de se placer soit sur une colline, soit sur un plateau afin de leur donner plus d'effet.

Dans le folklore koongo, on assemble souvent plus d'un tambour de sorte que le gros tam-tam (nguri-ngoma) soit accompagné de quatre tambours (mâle et femmelle) et de deux petits tambours (bala ba ngoma). Faute de spécialistes, cet instrument, comme bien d'autres, est en train de disparaître. Aujourd'hui, il est fabriqué à l'aide des tonnelets métalliques, de forme cylindrique, auxquels on applique, sur l'une des faces, une peau d'animal.

1.2. Le tambour sur pieds ou tambour sur cadre, petenge:

C'est un tambour de forme rectangulaire qui repose sur deux pieds. Pourvu d'une peau de chèvre, de mouton ou d'antilope, le petenge, se joue à l'aide des mains. Il est mis à contribution au cours de diverses

manifestations pour accompagner les chansons récréatives, les chansons solennelles (sacrées ou profanes) et les chansons idéologiques37.

1.3. Le tambour à friction, nkwiti ou mukuiti38

A la différence des deux premiers tambours (le ngoma et le petenge), le nkwiti ou mukuiti est un tambour à friction. Il comprend un cylindre dont l'une des faces est recouverte d'une

peau tendue et clouée. A l'intérieur, on dissimule une tige de bois ou une chaire de bambou. Elle est solidement attachée au ventre de la membrane. Sur cette tige, on imprime des mouvements. En vibrant, elle émet des sons. Le musicien avant de prendre la tige, mouille d'abord sa main avec de l'eau, l'une des deux mains presse plus ou moins fort la peau du tambour, pendant l'exécution pour en modifier la tension et produire ainsi les sons désirés. Cet instrument est davantage utilisé lors des danses et des cérémonies religieuses.

Avant de jouer ces membranophones (le ngoma, le mukwiti, et le petenge), dans le but d'émettre de meilleurs sons, il est judicieux de les réchauffer, soit aux rayons solaires, soit au feu. Aussi, le petenge, fut-il le

37 A.Bogniaho, « A la découverte de la chanson populaire au Bénin », Itinéraires et contacts des cultures, vol.8, Paris, L'harmattan, 1988, pp.84-88

38 Le mukwiti ou nkwiti Lari, Kongo et Suundi du Pool est l'équivalent au kingulu ngulu chez les Suundi des départements de la Bouenza et du Niari.

premier instrument de musique à avoir été introduit dans la musique religieuse39.

1.4. Le tambour à fentes, mukonzi40 :

Il a la particularité d'être à la fois un membranophone à fentes et un idiophone par percussion ou tambour de bois. Il s'agit d'un tambour à fentes, une variété de balafon, fabriqué à base d'un tronc d'arbre évidé avec l'herminette, lukwetu. On pratique une fente sur presque toute la longueur et sur quelques centimètres de large. Les parois ou lèvres sont d'épaisseurs variables.

Le mukonzi est un idiophone par percussion qui, tenant compte de son poids et de sa taille, est soit sur élevé, soit fixe ou cloué au sol : le munkunku41. Il est frappé à l'aide des verges ou baguettes de bois, mikomoto, par un ou plusieurs batteurs, bisiki. Certains modèles de tambours à membranes sont en revanche portatifs, c'est le cas du lokolé plus présent en République démocratique du Congo, mais que les évangélistes du Pool utilisent lors des messes. C'est ainsi qu'en 1910, le

39 J. Mouhouélo, op.cit. (sources orales n°2).

40 Le mukonzi chez les Kongo est l'équivalent du nkonkô chez les Suundi de Boko-Songho et du kul chez les Bakouélé dans le département de la Sangha

41 Bileko-Mayoukou (né vers 1937), Entretiens sur les bizonzolo dans le département du Pool avant et après l'indépendance du Congo, Village Matsoula, district de Mbanza-Ndounga, 21/06/2004. (sources orales n°6).

missionnaire suédois le Révérend Pasteur Hamar42, arrivé au canton de Madzia (village Manga), avait souhaité voir cet instrument véhiculer des messages de joie du genre:

1. /Tuende / no /ku /nzambi /.
/Aller /nous /chez /Dieu /.

Ce qui, littéralement, veut dire: Allons à la rencontre de Dieu. C'est une invite faite à l'endroit des fidèles pour se rendre à l'église et rencontrer l'Etre suprême, le Nzambi a mpûngu, plutôt que de continuer à véhiculer et à répandre des messages de tristesse tel que:

1. /Nzambi /bongele /nzambi /bongele /nzambi /bongele /. /Dieu/prendre /Dieu/prendre /Dieu/prendre /.

Ce message veut dire qu'une autorité, un homme, une femme ou un enfant de la communauté est mort (e).

Il y a trente ans encore, au même titre que les cloches et le ngongi, le mukonzi était utilisé les dimanches pour demander aux fidèles d'aller à l'église. On le jouait deux fois avec des rythmiques que seuls les initiés étaient capables de décrypter : le premier coup signifiait que l'heure du culte était proche, et le second, annonçait le début du culte. Aujourd'hui, les magnétophones et mégaphones l'ont, partiellement, supplanté. Il est l'instrument qui ne puisse émettre que deux sons, difficilement trois : la fente d'en haut, l'aigu ; et celle d'en bas, le grave et, sert à la communication ou à la transmission des messages sur de longues distances.

42 Le Révérend Pasteur Hamar, cité par Bileko-Mayoukou (sources orales n°6).

Mais, la fabrication des membranophones, dans le département du Pool, ne serait-elle pas liée à tout un « symbolisme cosmique »43 fondé sur l'opposition des deux sexes ?

La symbolique des tambours à fentes nous confiait, M. Jacques Mouhouelo, s'apparente dans tous les cas à celle décrite par Francis Bebey lorsqu'il écrit:

Le tambour peut-être l 'équivalent de l 'homme (d 'un homme supérieur, en fait, puisqu 'il est lui, capable de parler haut et loin, pour envoyer des messages), il reçoit de la part de la femme un respect similaire à celui que la femme porte à

l 'homme lui-même. Et, de même que celle-ci n 'irait pas à battre son homme en public, même si elle peut le faire dans l 'intimité, de même elle évitera de battre un tambour sur la place du village. Il faut du reste signaler que l 'évolution des églises chrétiennes d 'Afrique Noire, l '«Africanisation » de la messe catholique, ou de la chorale chez les protestants font assister à des spectacles tels que celui de la femme jouant un tambour dans les églises. Ce qui ne laisse pas de choquer certains africains qui tolèrent difficilement l 'introduction au sein de

l 'église de ces instruments considérés pendant des générations comme indigènes dans les lieux saints.44

2.- Les idiophones

Cette famille rassemble les instruments ou les moyens qui ne sont ni à corde (s), ni à membrane (s), ni à vent. Ils sont faits de matières rigides (végétales, animales ou minérales : bois, métal, pierre, corne,...) par opposition aux matières dites simples et élastiques que représentent les

43 J.Goga-Messakop, op., cit. p.35.

44 F.Bebey, op., cit., p. 27.

cordes, les membranes et l'air. Les idiophones45 sont des instruments qui produisent des sons par eux-mêmes : les « self sounders ». Lors de l'utilisation, la matière de l'objet vibre et produit des sons qui lui sont propres. Les idiophones que nous avons recensés se présentent sous deux formes: en métal et en bois. Ils sont regroupés en idiophones par percussion, en idiophones par secouement, en idiophones par raclement et en idiophones par pincement.

2.1.- Les idiophones par percussion

Ces idiophones impliquent l'usage de deux éléments : l'un frappant et l'autre frappé, en général, immobiles ou fixes qui se déclinent selon les cas en entrechocs, pilonnements, etc. Une ou deux baguettes de bois servent à frapper en cadence sur les côtés ou sur les abords de l'instrument. Dans cette catégorie, le ngongi et le mukonzi, sont des idiophones par percussion qui remplissent la fonction de communication:

2.1.1.- La cloche, ngongi46 :

Cet idiophone, aux variantes et multiples applications selon les dialectes Téké, Bakouélé et kongo, est une cloche unique ou double qui, en frappant dessus, produit deux gammes : l'aiguë et la grave. Il est susceptible de véhiculer, au loin, des messages codifiés ou non.

45 Idiophone : du latin Idio, qui veut dire soi et, phone, signifie son.

46 Le ngongi des Kongo est l'équivalent du bâ chez les Téké, du bouog chez les Bakouélé et du minkula, dzila, tchingonga, tchingonge, tchindi en d'autres dialectes kongo.

2.1.2.- Le tambour à fentes, mukonzi

Ce membranophone à fentes est, aussi, un idiophone par percussion. Généralement il est placé dans un lieu public, le plus souvent au

mbongi47, sa portée peut atteindre plusieurs milliers de kilomètres même dans les conditions acoustiques les plus défavorables. Le tambour à fentes, mukonzi, est soit portatif, soit fixe ou sur élevé. Il est l'instrument de télécommunication le plus puissant. Car, il était, écrit Dominique Remondino, « le moyen de téléphone rupestre le plus puissant (...) »48.

2.2.- Les idiophones par secouement

Les idiophones par secouement sont composés d'un certain nombre de parties rassemblées de telle sorte que secouées les unes contre les autres, elles produisent des sons. Dans cette catégorie trois idiophones ont été recensés.

2.2.1.- Les castagnettes, bisasa :

Les Castagnettes, bisasa au pluriel et kisasa au singulier, sont fabriquées à base des fruits mais aussi des boîtes de conserve qui sont

47 Mbongi kongo est une << case située souvent au centre des villages qui sert de lieu de rencontres des villageois pour partager des repas et pour raconter des contes et des légendes de la brousse. Il est aussi le lieu où siège le tribunal traditionnel, et le hangar qui accueille les étrangers de passage au village >>, R.Nkounkou, << Qu'est ce que le mbongi ?>>, Liaison, n°13, juil.1951, pp.21-22.

48 D.Remondino, << Sifflets tschokwe instruments de message, objets de prestige >>, Art Tribal, n°02, AvrilJuin 2003, p.100.

trouées à l'aide des pointes. A l'intérieur, on place des graines ou de petits cailloux, de sorte à produire des échos par l'effet de secouement. 2.2.2.-Les maracasses, nsakala

A la différence des bisasa, le nsakala est un instrument d'origine végétale. C'est une gousse d'espèce végétale : Oncoba spinosa49 (famille des Flocourtiacée), nsakala. Une fois à maturité, on le fait sécher puis on l'évide. Il a la forme d'une boule et on place à l'intérieur des graines ou des petits cailloux. Le procédé d'utilisation ne diffère pas de celui des bisasa.

2.2.3.- Le hochet, dibu

Il s'agit d'une gousse ou d'un bois sculpté, rempli des graines qui est utilisé au cours de diverses occasions. Cet instrument est indispensable pour la concentration (domaine religieux) et pour la chasse. Le dibu, attaché aux reins d'un chien de chasse permet de communiquer avec le chasseur. En fonction de la cadence des échos émis par la gousse, le chasseur est informé de l'endroit où se trouve l'animal. Le bruit du hochet, dibu, apeure le gibier qui devient une proie facile pour des chasseurs embusqués, habiles à l'arc ou au fusil de chasse, (finkila). Chargé50, il peut ainsi servir à la communication avec le monde extrahumain. Nous avons

49 Oncoba spinosa = munsakala : arbre produisant les gousses de nsakala.

50 Dibu chargé : veut dire hochet dans lequel on implante des fétiches ou des gris-gris d'après A.Fouani (67 ans) du village Bissindza-Linzolo, A.Sangou (55 ans) du village Yangi-Kinkala, Mankou-Kibembe (62 ans) du village Kolo-Mouyondzi, Entretiens sur les fonctions des moyens de communication traditionnels au Congo, Brazzaville, 19/06/2004. (Sources orales n°4).

découvert que son usage est manifeste, spécialement, dans les sociétés secrètes, les sorciers.

2.3.- Les idiophones par raclement

Ils comprennent une série d'instruments selon le principe du raclement. Ce sont des instruments que les occidentaux désignent par grattoires51. Les idiophones par raclement sont faits à base de corps massif de bambou, de palmier, d'os, de carapace, de coquillage, de calebasse ou de métal. Sur les côtés, on fait des encoches52 transversales. C'est le cas de :

2.3.1. Mukwaka

Sur un morceau de bambou ou de palmier, on fait des encoches sur lesquelles on fait passer, par intervalles réguliers et saccadés, un pétiole afin de produire un meilleur écho. Il est plus un instrument de musique qui, accessoirement, sert à la communication.

2.4.- Les idiophones par pincement

Dans sa facture la plus courante, l'instrument est une boîte parallélépipède en bois de dimensions variables avec ou sans caisse de résonance. Dans cette catégorie d'idiophones par pincement le département du Pool renferme : le kisansi et la sanza.

51 R.Bouesso-Samba, (sources orales n°3).

52 Les encoches : sont des petites entailles formant un arrêt sur une flèche ou un pétiole.

2.4.1.- Le kisansi

Des lamelles de métal de longueur et d'épaisseurs variables, pour constituer les fréquences souhaitées, sont posées côte à côte et maintenues en contact étroit avec la caisse de résonance. Des grelots de métal entourent parfois les lamelles, donnant ainsi un son grésillant

lorsqu'on en joue. Le joueur (solitaire dans la majeure partie du temps) pince les lamelles, et l'instrument offre deux gammes: une gamme diatonique et une gamme pentatonique.

La gamme diatonique du kisansi kongo dispose de sept (07) sons ; réglé à la gamme do, il donne: do, ré, mi, fa, so, la, si. Les mêmes notes peuvent être produites par la gamme supérieure dite octave. Par ailleurs, la gamme pentatonique offre cinq sons: do, re, mi, sol, la. Cet instrument pourvu de cinq lames en acier ou en chaire de bambou, sert plus à la musique car il permet au joueur (en mouvement ou immobile) de s'égayer.

2.4.2. La sanza53

53 La nomenclature de la sanza dans les dialects kongo est riche. Elle est désignée sous le nom de diti, biti, nsansi, sanzi, isanzi, geliti, nzanga, nzangwa, mbodila, dimba, nsambi, lusinga, kokolo, njembo, kinditi.

Comme le kisansi, la sanza peut-être en métal ou en chair de bambou. Il est un instrument diatonique lorsqu'on ajoute la note sensible si. On obtient, par la suite, la gamme: do, ré, mi, sol, la, si. A la différence du kisansi, la sansa ne comporte pas de caisse de résonance. Ce piano à pouces, n'est pas, à la différence des tambours à membranes: «

Un instrument magique, mystique, le médium entre les vivants et les

morts, la pirogue de concentration du guérisseur (...)54, écrit

Mampouya Mam'si .

La sanza est un instrument, à la fois, de poésie et de chant qui accompagne le marcheur solitaire, grâce à sa taille non encombrante, à parcourir des kilomètres sans éprouver la moindre lassitude.

En somme les idiophones recensés dans le département du Pool servent à transmettre des messages sur de petites distances.

3.- Les aérophones ou instruments à vent et à air

Est désigné sous le nom d'aérophone, tout instrument fonctionnant avec de l'air, non pas parce qu'on souffle comme c'est le cas la plupart du temps, mais parce que la matière sonore vibrante c'est l'air. A la différence des membranophones, les aérophones sont à l'image des idiophones des

54 Mampuya Mam'si, J'apprends seul la sansa, Brazzaville, Ed. Bakoub, 1991, p.6.

instruments qui servent à transmettre des messages sur de petites distances. Dans le Pool, on utilise une gamme variée d'aérophones parmi lesquels : les trompes traversières en ivoire ou cornes (mpûngi), les sifflets (nsiba, kiluelue) et le fusil de chasse (finkila) ou (buta).

3.1.- La trompe traversière en ivoire, mpûngi55:

Hier, ce cor, de défense d'éléphant, et aujourd'hui, d'antilope ou encore de certains mammifères, est utilisé comme moyen de communication pour les petites distances. Quand on le sonne, c'est signe que la paix, que la tranquillité publique sont perturbées et que l'on convoque un rassemblement, une conférence en vue de les

rétablir. Le mpûngi a aussi la vertu d'accorder le droit d'asile, voire la naturalisation aux hommes et aux femmes non originaires de la région. Il suffit, au demandeur d'asile, de :

Toucher, conformément à la réglementation, le mpûngi appartenant à la famille de la personne sous la garde de laquelle il veut désormais vivre pour devenir membre presque à part entière.56

Le mpûngi comporte un orifice vers l'extérieur effilé dans ce trou, on souffle fort pour dégager un son à la base béante de l'instrument.

55 Mpûngi dérive du verbe koongo vûnga, hunga, ghûnga, wunga qui veut dire souffler. Mais il signifie aussi paître, garder, surveiller les animaux ; il est l'emblème qui symbolise la Paix, la Liberté, écrit Batsikama Ba Mampuya ma Ndawla Raphael, L'Ancien royaume du Congo et les Bakongo : Ndona Béatrice et voici les jagas : séquences d'histoires populaires, Paris, L'harmattan, 1999, p.233.

56 ibid., p.234.

3.2.- Les sifflets:

D'après M. Bileko-Mayoukou :

Il a existé dans le département du Pool des individus capables de transmettre de longs messages assez précis à l 'aide des sifflets, principalement de nuit,

d 'une rivière à une autre, d 'un grand fleuve à un autre, en imitant le chant

d'oiseaux nocturnes (...).57

Ainsi, le sifflet, par rapport au tambour à fentes, joue une fonction modeste de communication. Dans le même ordre d'idées, Dominique Remondino écrit :

Le moyen de téléphone rupestre le plus puissant est le tambour à fentes, avant le sifflet, la trompe et même le langage crié.58

Mais, en parlant du sifflet, Marie-Louise Bastin le caractérise en ces termes:

Il sert à appeler les gens. A les rappeler de la brousse pour qu 'ils reviennent

au village, pour demander de l 'aide aux compagnons lors de la chasse (...). Mais les sifflets sont aussi utilisés en temps de guerre, pour marcher au combat en faisant le plus de bruit possible pour intimider l 'ennemi.59

Il y a, dans le département du Pool, divers types de sifflets : en corne d'animaux, en noix évidées, en pointes de crabes ou en cornes de vache. Ceux-ci sont utilisés pour transmettre des messages et véhiculer des signaux codés connus de la communication linguistique, préalablement,

57 Bileko-Mayoukou, op. cit. (sources orales n°6).

58 D. Remondino, « Sifflets tschokwe instruments de message, objets de prestige », Art Tribal, n°02, AvrilJuin 2003, p.100.

59 M.L.Bastin cité par D. Remondino, ibid, p .100.

définis au sein d'un groupe d'individus. Ils constituent un véritable langage calqué sur le langage articulé. Deux types de sifflements ont été recensés:

3.2.1.- Le kiluelue

C'est un sifflement émis par la bouche. Il l'est, directement, par le jeu d'un positionnement dento-lingual ou par l'utilisation des doigts. Cette forme de sifflement a généralement une richesse communicative restreinte, à signaler une présence, héler ou initier une action selon un code commun préétabli par le groupe.

3.2.2.- Le nsiba

Il est un sifflement utilisant les objets sonores, c'est un véritable langage. Dans le Pool, des sifflets à base d'Hyperrhenia60, nianga, à base des flûtes à embouchures terminales possédant plusieurs trous ont été utilisé pour transmettre les messages. Aujourd'hui, on peut considérer ces sifflets comme une sorte d'attribution de classes sociales en voie de raréfaction, puis de disparition avec le déclin des cours de chefferies traditionnelles dès la fin du XIXè siècle et de l'urbanisation des campagnes.

Aussi, la situation des moyens de communication dans l'espace culturel koongo nécessite t-elle une adaptation à la nouvelle donne, en dépit du fait, écrit Marshall Mc Luhan :

Qu'aucun média n'a jamais remplacé un autre, mais il les a beaucoup changé61

60 Hyperrhenia= Paille ou nianga

61 Marshall Mc Luhan cité par G. Cheneviève, « Tribune de Genève : sommet mondial de la société de l'information », [ http://www.tdg.ch/acceuil/imprimer_envoyer/index.php? Page...], (14/07/2004), p.1.

Dans cette optique, M. Bileko-Mayoukou nous tenait une confidence que lui avait faite, en 1948, Tata62 Nkunku, son maître à pensée :

1. IMbo I lumona I ngitukulu I mu I bizonzolo I biawubi I.

IVous I voir I surprise I cause I moyens de parler I ceux-ci I.

2./ Mu / madizi/ babakala / nabakento / kabavutua / tanga ko63/ IDans/ veillées / les hommes/ et/ les femmes/ ne pas chanter/ encore/ 3./ Ni I bima I biawubi Ibibayingasa I.

IChoses ceux-ci Ieux Iremplacer I.

Traduction littéraire:

1. Avec ces moyens de communications, attendez-vous à des surprises

2. Lors des veillées, les hommes et les femmes ne chanteront plus 3. Ils seront remplacés par ces moyens de communication ci.

3.3.- Le fusil de chasse, finkila

Le fusil de chasse, est un symbole de richesse et d'opulence pour tout homme qui en détient. Il aurait été introduit dans le Pool par les missionnaires et colonisateurs portugais vers les années 1492.

Le fusil de chasse sert non seulement à chasser le gibier, mais aussi à transmettre ou à répandre les messages sur de moyennes distances. Le port du fusil est réservé aux hommes qui y mettent la poudre de chasse, mfula, les barrettes de fer, de cuivre, de zinc, nkumbula, afin de produire un ou des grondement (s), kingundu, synonyme d'alerte.

62 Tâta ou Tâ=Terme caractérisant le respect dû à une personne âgée et qui signifie Père, Papa, cité par Bileko-Mayoukou, opt., (sources orales n°6).

63 Ka...ako= Est une morphène qui marque la négation.

Aujourd'hui, pour annoncer un événement heureux ou malheureux, cet instrument est encore utilisé. On tire des coups de feu, nzongo. Cette succession de coups de feu ou de sons hauts et bas, que les récepteurs parviennent à traduire, à décrypter, à décoder, constituent les formes stéréotypées de communication connues du groupe.

4.- Les cordophones

Tout instrument dont le son est produit par la mise en vibration d'une ou de plusieurs cordes, appartient, à cette catégorie. Il y a:

4.1.- Le nsambi

Cette guitare traditionnelle kongo comprend une caisse de résonance ouverte qui amplifie la sonorité de la corde pincée. Le nsambi est comme le kisansi : soit monocorde, soit pluricorde. Des fils ou des cordes de longueur et d'épaisseur variables, pour constituer les fréquences souhaitées, sont

posées côte à côte et maintenues en contact étroit avec la caisse de résonance. Le joueur (solitaire, dans la majeur partie du temps) appuie sur les cordes et l'instrument offre deux gammes ou deux sons : diatonique et pentatonique. Cet instrument est pourvu de cinq lames en acier ou en

chaire de bambou. Le nsambi sert plus à la musique qu'à la communication.

En définitive, les membranophones, idiophones, aérophones et cordophones sont, cumulativement, d'excellents instruments de musique et moyens de communication. Ainsi, un nombre important d'entre eux ont joué les fonctions de communication, de transmission des messages sur de petites, moyennes et longues distances que la voix humaine ne peut atteindre. Ils sont apparus comme le prolongement de la technologie de l'homme.

5.- Les autres moyens de communication traditionnels

Les prolongements de la technologie de l'homme, les moyens de communication traditionnels, les Kongo, les Suundi, les Haangala et les Laadi ont, pour communiquer, plusieurs formes non-verbales et symboliques. Nous avons réalisé qu'il existe des vecteurs artificiels et humains sur lesquels s'appuie cette communication à savoir:

5.1.- Les vecteurs artificiels de la communication 5.1.1.- Les signes, bidimbu

L'univers des signes n'échappe pas à la réalité de communication dans l'espace culturel koongo. Les habitants emploient un nombre important des signes. Ils parlent non seulement avec des mots, mais avec

des objets de la nature : c'est le langage silencieux ou les signes non verbaux de la communication. Parmi ces signes, il y a :

5.1.2.- kibila, bibila

Il s'agit tout d'abord des « symbolismes »64, des objets, d'origine minérale, animale et végétale, qui sont rassemblés puis placés sur les branches, sur les troncs d'arbres fruitiers ou sur les abords des plantations. Il faut noter qu'il existe, souvent, deux cas de figure :

- D'une part ces éléments, noués au moyen d'un fil de couleur rouge ou d'un fil d'une toute autre couleur, font l'objet de deux interprétations :

- Placés aux coins des champs : ils servent à protéger les cultures contre les animaux dévastateurs des cultures comme les antilopes ou autres herbivores ;

- Fixés ou accrochés sur les branches ou sur les troncs d'arbres fruitiers, ils signifient que ces arbres sont frappés d'interdit. Toute personne qui désire toucher ou cueillir les fruits doit avoir reçu l'autorisation ou le mandat du propriétaire au risque de contracter des maladies incurables ou d'être frappé d'anathème.

- Par ailleurs, quand ces mêmes éléments sont noués à l'aide d'un fil ou d'un ruban noir, l'explication la plus plausible est celle qui consiste à dire que le territoire ou l'espace, ainsi délimité, est lui aussi frappé

64 C.Faïk-Nzuji, La puissance du sacré : l'homme, la nature et l'art en Afrique Noire, Paris, Maisonneuve Larose, 1993, p.99., Coll. Voyages intérieurs.

d'interdit. C'est généralement des cas de genre qui surgissent ou qui interviennent à la mort d'un chez de famille (m'fumu kanda). A cette occasion, toutes les activités économiques (cueillette, pêche et chasse) sont prohibées jusqu'au retrait de deuil. Cette interdiction peut s'étendre jusqu'à deux (02) ans.

5.1.3.- Les noeuds, makolo

La symbolique des noeuds, makolo, diffère en fonction de la nature, de l'espace et du contexte de leur utilisation. Ils sont à l'image des marques, de puissants moyens et canaux de transmission de messages en zone rurale. La spécificité de communiquer à l'aide des noeuds est qu'il faille tenir compte du nombre, de la nature, de la forme pour comprendre et connaître la portée de message. Les noeuds interviennent et sont utilisés dans le processus de datation, dans l'inscription spatio-temporelle, sorte de calendrier, des évènements importants de la vie communautaire koongo.

5.1.4.- Les marques sur les troncs d'arbre, masuku

Elles aident toute personne qui s'aventure, pour la première fois dans une forêt, à mieux s'orienter. Ainsi, l'infortuné «explorateur» peut soit repérer les gros arbres, soit faire des marques, masuku, sur les troncs d'arbre, soit placer des branches de Caloncoba welwitschii, ntela, ou de Hymenocardia acida, gête, le long de la piste qu'il emprunte. Ces branches peuvent être placées aux carrefours afin d'orienter le destinataire

auquel le message s'adresse. Dans le cas de la circulation routière, ces branches sont d'une importance telle qu'elles signalent un véhicule en détresse. Afin de mieux décoder ou décrypter le message, le destinataire reçoit au préalable, des instructions sur la forme des marques.

En somme, les signes et les marques sont de puissants moyens de communication en zone rurale. Ils confèrent à l'objet auquel ils s'appliquent le signe d'appartenance ou de propriété, les limites de l'exercice du droit de propriété et même la signalisation dans le cadre de la communication routière, permettent d'inscrire, dans le temps et dans l'espace, les moments les importants de la vie des Kongo. De ce fait, ne remplissent-ils pas les mêmes fonctions que le carbone 14 (C14) utilisé dans le processus de datation des faits historiques, culturels voire anthropologiques ?

5.1.5.- Le roseau, diadia

Utilisé lors des parties de chasse au clair de lune, le nkonda, tout chasseur emporte avec soi un bout de roseau qu'il cassera à deux reprises dès que l'animal s'avancera dans sa direction. Ce geste suppose deux interprétations :

- La première interprétation se révèle double : D'une part, elle veut dire que le chasseur alerte son compère de la direction prise par l'animal et, d'autre part, se signaler. En tout état de cause, les chasseurs se passent des

consignes qu'ils sont tenus de respecter pour éviter toutes déconvenues comme les homicides involontaires.

- La deuxième explication tient au fait que l'animal, en cassant ce roseau, ne doute de rien. Il s'expose, ainsi, à l'adresse des chasseurs.

Mais, il convient de signaler qu'en tant que moyen de communication, le roseau, diadia, a fait ses prouesses dans la majeure partie des villages du Pool, singulièrement, auprès des adeptes des idées mystico religieuses de André Grenard Matsoua. Ceux-ci l'utilisèrent comme moyen de communication nocturne : c'est le « bukonzo bwa

lami »65.

5.1.6.- Les palmes, mandala

Si la place et le rôle du palmier ont été largement évoqués par A. Pandi dans son étude66 , il convient, à présent, de relever l'intérêt des palmes dans l'espace culturel koongo. L'utilisation des palmes à des fins de communication revêt trois significations :

- A l'entrée d'un village, rencontrer des palmes signifie que celui-ci est frappé d'un deuil. Un être humain (un homme, une femme ou tout autre membre de la communauté) est mort.

65 Bukonzo bwa lami : Moyen de communication diurne utilisé par les populations des villages Kubola et Kibosi de 1945 à 1960, cité par R.Niakounou (59 ans), Entretiens sur les fonctions des moyens de communication traditionnels dans le département du Pool, 19/06/2004, Brazzaville (sources orales n°5).

66 A. Pandi, La place et le rôle du palmier dans la civilisation de l'ancien royaume koongo : du XVè au XXè siècle, Mémoire de DES d'histoire, Brazzaville, Université Marien-N'gouabi, 1984, 142 p.

- Dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, ces palmes associées aux fleurs renseignent qu'il y a une cérémonie de réjouissance (retrait de deuil, fête).

- La célébration de la venue dans la famille des jumeaux se fait à l'aide des palmes qu'on place à l'entrée principale de la case.

5.2.- Les vecteurs humains

5.2.1.- La communication gestuelle

Le langage gestuel est utilisé dans le département du Pool au cours des conversations de proximité. La signification assignée à cette communication non-verbale comme l' apparence physique, les mouvements, les attitudes, l'intensité de la voix, les gestes, le maquillage du visage, les mimiques, l'expression émotionnelle, forme le contexte dans lequel le message prend un sens. Si un individu peut s'arrêter de parler, il ne peut s'empêcher de communiquer par le langage du corps. Ainsi, les battements de mains (nsaki), les applaudissements (milolo), les mouvements des yeux, de la bouche qui sont en corrélation avec nos façons de penser, fonctionnent comme des indicateurs précédant l'expression verbale. Qu'on parle ou qu'on se taise, tout comportement, toute attitude a une valeur de message. On peut pas ne pas communiquer et ce que nous émettons au niveau verbal et non verbal exerce une influence sur les interlocuteurs.

5.2.2.- Le sifflet, ntsiba, kiluelue

C'est le sifflement émis par la bouche. Il est le plus répandu dans l'espace culturel koongo car il est directement émis par le jeu d'un positionnement dento-lingual ou par l'utilisation des doigts.

Au regard de cette typologie analytique que nous venons d'esquisser, il a existé et existe une panoplie de moyens ou instruments, utilisés par les populations de l'espace culturel koongo, qui jouent plus les fonctions de musique que de communication. Enfin de compte, quels sont les contextes d'utilisation et les fonctions des moyens de communication traditionnels ? Quels sont ceux qui remplissent les fonctions de communication?

Fig.1.-Typologie des moyens de communication ou instruments de musique du Pool

Typologie analytique

Français - Kongo

Membranophones, tambours ou lithophones :

Tambour à membranes- ngoma

Tambour sur pieds- petenge Tambour à friction - mkwiti Tambour à fentes - mukonzi

Idiophones :

Idiophones à percussion

Cloche - ngongi

Idiophones par secouement

Castagnette - kitsatsa Maracasse - nsakala Hochet - dibu

Idiophones par raclement

mukwaka

Idiophones par pincement

Piano à pouces - sanza, Guitare koongo - nsambi,

Aérophones ou instruments à vent et à air :

Trompe traversière en ivoire ou en corne - mpûngi

Sifflet - Kiluelue, nsiba

Fusil de chasse -Finkila

Cordophone

Nsambi-nsambi

Autres moyens :

Vecteurs artificiels

Signes- bidimbu (bibila, kibila)

Marques - masuku

Noeuds - makolo

Roseau - diadia

Palmes - mandala

Vecteurs humains

Voix-zû

Battements des mains - nsaki

Appaludissements - milolo Sifflets - kiluelue

B°).- CONTEXTES D'UTILISATION DES MOYENS DE COMMUNICATION TRADITIONNELS

On a souvent souligné, dans la littérature ethnologique et ethnomusicologique, qu'en Afrique :

L 'emploi de chaque instrument de musique est généralement déterminé par la société. Les occasions dans lesquelles un instrument est utilisé, aussi bien que les catégories des musiciens qui en jouent, sont fixées avec précision. Tel instrument est utilisé pour telle circonstance et non pas pour telle autre, et ne peut-être joué que par tel musicien qui remplit les conditions nécessaires et non pas un autre.67

De ce point de vue, que peut-on dire des contextes d'utilisation des moyens de communication dans l'espace culturel koongo ?

67 H.Zemp, « Comment devient-on musicien : quatre exemples de l'ouest Africain » La musique dans la vie t.1 : l'Afrique, ses prolongements, ses voisins, Paris, Office de Coopération Radiophonique, 1967, p.79.

En parlant des instruments de musique dans la société Kongo, le sociologue français Georges Balandier écrit :

Les chefs de guerre stimulent l 'ardeur des soldats et transmettent leurs ordres à l 'aide des signaux sonores. Ce code requiert l 'emploi de trois sortes

d 'instruments, d 'émetteurs : le tambour (ngoma), taillé dans le tronc d 'un ricinodendron africanun, à peau unique battue au moyen des petits maillets

d 'ivoire, la cloche sans battants nommée ngongé, frappée à l 'aide des verges de bois; enfin la trompe en ivoire (mpûngi) qui, d 'après Pigafetta, donne une musique martiale, pleine d'harmonie, allègre.68

L'ensemble des moyens de communication traditionnels est utilisé au cours de circonstances et des contextes les plus diverses de la vie individuelle ou collective.

Ainsi, les circonstances qui nécessitent l'utilisation des moyens de communication sont multiples. Il s'agit des occasions comme:

1. -Louanges et exaltations

Suite à une naissance, à une réussite à un diplôme69 ou à une toute autre prouesse, les membres de la famille manifestent leur joie en battant ou en faisant battre le tambour d'exaltation et de louange. Les paroles sont simples et montrent la grandeur de l'Etre suprême (nzambi a m'pungu). La preuve du contexte d'utilisation de ce moyen est, sans nul doute,

68 G. Balandier, La Vie quotidienne au royaume de kongo : du XVIè au XVIIIè siècle, Paris, Hachette, 1965, p.118.

69 Le succès au Certificat d'Etudes Indigènes, par exemple considéré, jusqu'en 1950, comme étant le diplôme le plus élevé de l'enseignement colonial, conférait au lauréat une ascension, une réussite sociale et un respect parmi les autres membres de la famille. Il représentait une fierté pour la communauté toute entière et servait d'émule voire de référence aux benjamins.

l'introduction de tambour à friction (nkuiti) dans la célébration des messes chez les protestants et les catholiques.

2.- Joies, rencontres, adieux

Les mêmes moyens de communication sont utilisés pour inviter les membres d'une même famille, habitant dans des lieux éloignés les uns des autres, à participer aux cérémonies de réjouissance marquant un événement heureux (mariage, naissance,...). Après une rencontre, les familles rassemblées, qui désirent rentrer chez elles, se servent d'un de ces moyens de communication. De même, les gens qui habitent le même village arrivent en groupe lors des manifestations religieuses, nkutakanu, ou s'ils veulent aussi rentrer en groupe, on convoque tout le monde au rassemblement de départ en jouant soit le tambour à fentes soit la cloche ou la corne.

3.- Réunions, visites officielles

Chez les Haangala, avant tout départ à une partie de chasse (mbingu), des chasseurs, le rassemblement est précédé par un ou des sons de cornes. Les visites officielles ne sont pas non plus à négliger. L'histoire sociopolitique du royaume koongo révèle que cette entité socioculturelle fut l'une des plus mouvementée de la République du Congo. En effet, de nombreux habitants de certains villages qui n'ont jamais payé l'impôt : c'est la célèbre et fraîche histoire des « trois francs », (m'falanga tatu), des

habitants qui n'ont jamais été recensé: cas des Matsouanistes70 ou des hommes valides hostiles à se faire enrôler dans les travaux de construction du chemin fer Congo-Océan (C.F.C.O.).

De ce fait, par relais de ces moyens de communication, ils suivaient, de près, le mouvement des recenseurs ou des percepteurs, et sachant ainsi à peu près le jour oü ceux arriveraient, ils prenaient la fuite et se cachaient dans la brousse jusqu'à ce que les envoyés de l'Etat, découragés, retournent en ville.

L'arrivée d'un étranger (nzenza) était annoncée de loin. L'étranger qu'on savait pacifique était attendu avec honneur et allégresse ; tandis que le << méchant » trouvait le village vide, désert, abandonné par ses habitants. Aussi, quand un chef de clan ou de village décide t-il, pour une raison ou une autre, d'aller rendre visite à un collègue, chef de clan voisin, ce dernier est averti par le visiteur en usant un des moyens de communication cidessus mentionné.

4.- Révoltes, revendications et affirmation identitaire

En Afrique noire, les évènements politiques et militaires à travers le monde (la Deuxième guerre Mondiale, la défaite de l'armée française en Indochine à Dien Bien Phu en 1954, la conférence de Bandoeng en avril 1955, etc.) constituent les occasions propices à la prise de conscience des peuples opprimés sur << l'infaillibilité » de l'occupant colonial. Aussi, vont-

70 Matsouanistes : Adeptes et fidèles aux croyances de A.G. Matsoua.

ils vouloir, de l'oppresseur, plus de liberté et d'autonomie qu'autre fois. Ainsi, les moyens de communications traditionnels sont utilisés pour préparer, coordonner et organiser les résistances. C'est au moyen de la corne, du tambour à fentes ou de la cloche que les manifestants sont invités au rassemblement. Sans ces instruments, certainement que les mouvements de résistance de Tchimpa-Vita, de André G. Matsoua ou de Mabiala Ma Nganga, dans le Pool, n'auraient pas connu de succès éclatants.

5.- Secours à une personne égarée

Dès qu'une absence anormale est constatée dans un des villages de l'espace koongo ou dans le département du Pool, qu'il s'agisse d'une femme, partit au champ, d'un enfant ou de n'importe quel membre de la communauté, les appels sont lancés pour une double raison : d'une part tout le monde doit savoir qu'il y a disparition et qu'on est invité à participer aux recherches ; d'autre part, si la personne recherchée est tout simplement égarée dans la brousse. Elle peut s'orienter en suivant les sons émis par les moyens de communication traditionnels utilisés.

6.- Appels à la bravoure

Lorsqu'un village est attaqué ou assiégé par une autre tribu, une épidémie ou une pandémie le décime, le chef du village (mfumu gâta) invite à la vigilance ses guerriers, invite les habitants à la bravoure face au fléau. Il peut aussi inviter les habitants à apporter leur secours à tout

infortuné terrassé par une maladie ou qui voit sa maison ravagée par un incendie. Etant donné que la localité de Kingoyi au Bas-Zaïre a été, est et demeure, dans l'espace koongo, le centre de soins de santé primaires de référence, les malades se faisaient transporter en tipoyes. Ce voyage était précédé par des sons de gong ou des roulements de tambours à fentes qui servaient à inviter les hommes à apporter leur force physique au malade.

7.- Décès, veillées funèbres

Les tambours à membrane, les cloches sont les principaux moyens de communication utilisés pour annoncer les évènements malheureux : la mort. Lors des veillées funèbres ou des funérailles, ces outils servent à animer les soirées de deuil et à accompagner le mort au cimetière.

Les contextes ou les circonstances d'utilisation des moyens de communication traditionnels sont multiples et variées. Elles dépendent de l'espace, du temps, de la nature ou du type de message à transmette, d'une part et, de la virtuosité ou des aptitudes des émetteurs << consacrés > à répandre les messages, d'autre part.

Aussi, la communauté koongo disposerait-elle des acteurs << investis > et << dotés > de certains pouvoirs qui leur confèrent un rôle hors de commun dans la transmission et la mise en commun des messages ?

Détiendraient-ils la << magie > de ces moyens de communication traditionnels ? Connaîtraient-ils les rythmiques et les circonstances

d'utilisation ? Mais au regard de ces contextes ou circonstances, quelles fonctions ces moyens de communication remplissent-ils ?

C°).-FONCTIONS DES MOYENS DE COMMUNICATION TRAIDTIONNELS EN ZONE RURALE DANS L'ESPACE CULTUREL KOONGO

1.-Fonctions politiques, administratives et militaires

Dans la majeure partie des villages du département du Pool, l'arrivée d'une autorité politique, administrative ou militaire (chef de canton, chef de terre, chef de la gendarmerie) s'effectue au moyen d'un tambour à fentes, mukondzi, d'une cloche, ngongi, ou d'une corne traversière, mpûngi. Ils sont les principaux moyens de communication usités pour répandre et amplifier, plus que la voix humaine, les messages. Ainsi, en quelques heures, les populations convoquées se retrouvent à la place publique : au mbongi, où ils prennent connaissance du mobile du rassemblement.

2.- Fonctions juridiques

La justice est rendue sous l'arbre à palabres, la case communautaire que les Kongo désignent sous le nom de << mbongi >. Le procès s'y déroule, généralement, les jours de repos : le dimanche71.

Mais en tenant compte de la gravité ou de l'urgence du différend, la justice peut, exceptionnellement, être rendue les jours ordinaires. L'assistance est y conviée au moyen du tambour à fentes, mukondzi, que l'on joue à intervalles réguliers. Ainsi, ce tambour représente << le téléphone chez les indigènes de l'Afrique centrale >, dont:

Le code de transmission (...) comporte des sentences conventionnelles. Ces sentences prennent souvent la forme d 'un proverbe, expression de l 'esprit et de

l 'expérience populaire72, écrit Verbreken.

Les appels font l'objet d'une rythmique particulière que seuls les initiés sont capables de décrypter. Au moment du jugement, le chef du village ou le président du tribunal traditionnel, disposant d'un signe distinctif, se fait assister de conseillers : il est muni soit d'un balai qu'il agite lors des débats, soit d'un gong.

3.- Fonctions socioculturelles

En Afrique, comme dans l'espace culturel koongo, on ne saurait dissocier l'homme de son instrument de musique. Cet instrument lui permet de manifester sa joie. Suite à une naissance ou à une réussite

71 Le dimanche en dialectes kongo veut dire lumingu ou mpika et ontsara ou nkwue mbali en téké.

72 Verbreken A, « Le tambour téléphone chez les indigènes de l'Afrique centrale », Congo, fasc.1, 1920, pp.253-284. cité par V.Görög, Littérature orale d'Afrique Noire : bibliographie analytique, Paris, Maisonneuve Larose, 1981, p.321.

considérée comme bienfait pour la communauté, les membres manifestent en jouant au tam-tam. Il est davantage utilisé lors des soirées récréatives: le jeu koongo, est un exemple typique de la contextualité de ces instruments de musique ou de ces moyens de communication. Tout au long de ce jeu, les roulements de tambours se font entendre, et les habitants des villages avoisinants, peuvent venir se mêler à la fête. Le sage, voire le griot, ne peut s'empêcher d'utiliser les battements des mains lors qu'il raconte ses histoires à son auditoire. Par intermèdes, ces battements ne seraient-ils pas à la littérature orale ce que la ponctuation est à la littérature écrite ?

Qu'il s'agisse des moments de rencontres ou des moments de séparations, ces instruments rythment les conversations. La berceuse, la mère, de son côté, tout en chantant, calme les pleurs de son enfant.

4.- Fonctions mystiques et religieuses

Lors des séances de divination, certains instruments de musique ou de communication sont utilisés. C'est le cas du hochet, dibu, des castagnettes qui, une fois chargés, aident le magicien à faire ses incantations, à invoquer les esprits. Dans certains villages du Pool, le passage des esprits ou des génies est signalé par un initié qui demande aux néophytes de ne pas s'aventurer, la nuit, hors de leurs cases. Le passage de ces êtres étranges à souvent lieu pendant la nuit. Deux signaux sont, alors, émis : l'un avant le passage, et l'autre, après.

Ainsi, tout récalcitrant qui ne respecterait cette disposition court le risque d'être emporté par ceux-ci voire d'en mourir. Après leur passage, les non-initiés peuvent contempler les empreintes laissées sur le sol. Le bruit qu'ils émettent, à leur passage, rappelle celui produit par les hochets, les clochettes ou les castagnettes. Par ailleurs, on peut retarder la tombée d'une pluie ou faire qu'elle ne tombe pas du tout en implantant dans le sol une corne chargée des fétiches et prononcer des paroles consacrées au rite.

5.- Les autres fonctions

5.1.- Fonctions de renseignement, de documentation et de musée

Les moyens de communications jouent le rôle de renseignement, de musée et de documentation dans l'espace culturel koongo. En effet, un certain nombre d'instruments de musique ou de moyens de communication : les peaux d'animaux, les cornes, les fusils de chasse, servent de preuve. Recyclés, ces objets symbolisent les trophées de chasse qui sont présents sur les murs des maisons. Ils rappellent non seulement d'innombrables souvenirs aux chasseurs, mais surtout renseignent l'individu, le curieux sur la réputation, la notoriété de ces derniers. Enfin de compte, ils peuvent aussi servir d'appui aux communications d'ordre ou de protée anthropologique et sociologique.

5.2.- Fonctions de transmission de l'information

Alerter, mettre à la disposition des diverses populations des nouvelles et des informations est l'une des fonctions de ces moyens traditionnels de communication. Quand il s'agit d'informer les habitants des villages environnants sur les cas de décès, de naissance, sur de longues, moyennes et courtes distances, ces moyens sont utilisés.

Pour ce faire, le tambour à fentes (mukondzi), est l'instrument par excellence servant à la transmission des messages sur de longues distances. Certains habitants s'en sont servis pour alerter les populations, se trouvant dans la brousse, de l'arrivée du percepteur d'impôts ou du recruteur de l'armée coloniale pour y demeurer jusqu'au retour du trouble fête ou du casse-pieds en ville. N'a t-il pas l'objet d'interdiction d'usage dans certaines localités ?

Par ce moyen les Kongo du Pool, à l'image des Luba-Shaba, avaient certainement réussi à dérouter les Français arrivés au Congo parce qu'ils ne comprenaient pas le langage tambouriné et, lorsqu'ils comprirent enfin le rôle du tambour, ils en interdirent l'utilisation. Parlant de ce moyen de communication chez les Luba-Shaba, Charles Mahauden, écrit :

Avant l 'indépendance, l 'emploi de cet instrument avait été défendu par ce qu 'il permettait aux habitants d'être avertis de l 'arrivée de l 'un ou l 'autre indésirable et de prendre la fuite en brousse, avec armes et bagages jusqu 'à ce

5.- CONCLUSION

Au terme de cette étude, il sied de relever l'extrême diversité et variété des outils qui ont permis la mise en commun des messages entre les populations dans le département du Pool. Il s'agit des outils qui sont, à la fois, des vecteurs artificiels et humains, sans lesquels le processus de communication ne saurait avoir droit de cité.

Nous avons recensé plus d'une vingtaine de moyens de communication. En suivant la classification de Cavazzi, nous les avons regroupés en quatre grandes familles (membranophones, idiophones, aérophones et cordophones). A ces familles, nous avons ajouté une cinquième : basée sur une symbolique spécifique à l'espace culturel koongo. Ces moyens ont, au départ, servi à la musique, ensuite, à la communication sur de longues, courtes et moyennes distances. C'est un ensemble de moyens de communication et de télécommunication d'essence animale, minérale ou végétale qui ont permis de transmettre les messages d'un émetteur vers un autre, d'un groupe d'individus à un autre par le jeu d'une complicité sans faille, voire inébranlable.

Ainsi, lors des soirées récréatives, l'usage de ces moyens de
communication est loin de participer à l'éclosion des groupes et ensembles
traditionnels, des groupes folkloriques. Ceux-ci reculent devant la percée
fulgurante de ces instruments «importés», d'Europe et d'ailleurs.
Cependant, engouement des Kongo pour les nouveaux moyens de
communication ne se justifie t-il pas par le fait que les techniques actuelles

réduisent les moyens de communication traditionnels à un niveau de communicabilité relativement plus modeste et par la modification de la structure mentale des acteurs sociaux de la communication ?

Ainsi, les magnétophones, les électrophones, les mégaphones, les radiocassettes, permettant de mieux amplifier la voie humaine, sont à l'origine, à la fois, du recul et de la disparition de la fonction vitale des moyens de communication traditionnels. Mais, depuis le début des années 1970, la fonction vitale de véhicule des messages, des nouvelles entre les communautés, par ce moyen, est en butte aux assauts de l'urbanisation du milieu rural, d'une part, et d'autre part, à l'avènement et à l'utilisation des moyens modernes. En zone rurale, la fonction sociale de la radiodiffusion, ce « tam-tam d'Afrique » est sans commune mesure. Les ruraux se séparent rarement d'elle surtout au moment d'écouter les communiqués nécrologiques ou les communiqués divers diffusés sur les antennes de la radiodiffusion nationale congolaise.

Par ailleurs, la disparition des acteurs sociaux et avec eux les moyens typiques de communication comme les tambours à fentes conduisent au déclin de ces valeurs culturelles. De nos jours, ils ne sont plus fabriqués au moyen des troncs d'arbre, mais plutôt à l'aide des tonnelets. La paresse, le rejet des moyens de communication traditionnels et la facilité ont fini par gagner les fabricants des tambours à telle enseigne que sur les vingt (22) spécialistes que comptait, en 1970, la localité de Kimbédi, il n'en reste plus que deux (02). Ceux-ci s'adonnent encore à

coeur joie à cette activité. Le tambour en bois, mukonzi, des années 1960, est aujourd'hui miniaturisé (lokolé) et portatif. Il est fabriqué à base des quartiers de bambou de Chine que les évangélistes utilisent et manipulent avec aisance lors des différentes messes.

Tous ces facteurs constituent de sérieux obstacles à la survie des moyens de communication traditionnels dans l'espace culturel koongo. Mais, si de 1959 à 1970, Victor Malanda74 qui oeuvrait à « libérer les esprits apeurés par le kindokisme et à assainir les moeurs de la société congolaise» et se proclamant protecteur efficace de ses compatriotes contre les sorciers, fort de cet expérience, ne peut-on pas envisager de sauver ces moyens de communication en perte de vitesse par la mise en place, à court, moyen ou long terme, d'un Centre de Recherches pour la Conservation et la Restauration des Moyens de Communication Traditionnels (C.R.C.R.M.C.T.)?

Ne peut-on pas, dans le même ordre d'idées, procéder à la domestication de ces espèces animales, végétales et aquatiques qui constituent, sans aucun doute, les matières premières de nos moyens de communication traditionnels ?

Ne pouvons-nous pas, non plus, sauver la fonction musicale que remplissent, encore, ces instruments ? Le théâtre, expression de la vie quotidienne, peut-il récupérer à son compte ces moyens pour éviter qu'ils

74 V. Malanda : Est plus connu sous le nom de Croix-Koma, Martial Sinda, Le messianisme congolais et ses incidences politiques, Paris, Payot, 1972, p.361., Coll. Bibliothèque.

ne soient rangés dans le musée de l'histoire anthropologique et socioculturelle ?

A des fins de recherches, les Occidentaux avaient procédé à la synthétisation des sons émis par les instruments de musique et de moyens de communication en voie de disparition, ce cas d'espèce ne peut servir de source d'inspiration?

Mais, tenant compte du fait que l'espace culturel koongo ne se limite pas au seul département du Pool, quelle analyse peut-on faire des moyens de communication traditionnels dans les départements de la Bouenza, de la Lékoumou et du Niari ?

En définitive, la fonction de communication d'antan des moyens de communication traditionnels (mukonzi, ngongi, mpûngi...) est-elle aujourd'hui devenue plus que modeste. Les technologies actuelles des moyens de communication traditionnelles, dans une société en pleine mutation, n'expliquent -elles pas le rejet ?

6. BIBLIOGRAPHIE ANaLYTIQUE 6.1. -SOURCES ORALES

n° 1 .- MIABETO Auguste (65 ans), Entretiens sur la typologie des instruments de musique et des moyens de communication traditionnels au Congo, 2/04/2004 , Brazzaville.

n°2.- MOUHOUELO Jacques (71 ans), Entretiens sur les moyens de communications traditionnels dans le département du Pool, 9/05/2004, village Kimbédi.

n°3.- BOUESSO-SAMBA Romain (37 ans), Entretiens sur les fonctions des instruments de musique et des moyens de communication traditionnels dans le département du Pool, 5/06/2004, Village Mababa.

n°4. - FOUANI Antoine (67 ans) du village Bissinza-Linzolo, NSANGOU Albert-Sédard (55 ans) du village Yangi-Kinkala et MANKOU KIBAMBA (62 ans) du village Kolo-Mouyondzi, Entretiens sur les fonctions des moyens de communication traditionnels au Congo, 19/06/2004, Brazzaville.

n°5.- NIAKOUNOU Raymond (57 ans), Entretiens sur les fonctions des moyens de communication traditionnels dans le département du Pool., 19/06/2004, Brazzaville.

n°6.- BILEKO-MAYOUKOU (né vers 1937), Les bizonzolo dans le département du Pool avant et après l'indépendance du Congo, 2 1/06/2004, Village Matsoula, district de Mbanza-Ndounga.

6.2. -PERIODIQUES

1.- ANSART Pierre, << Les utopies de la communication >, Cahiers internationaux de