I- PREMIERE PARTIE LE
CONTEXTE
I .1- L'IMPORTANCE DU
SECTEUR AGRICOLE AU SÉNÉGAL
I.1.1- LES MISSIONS
ASSIGNÉES
Les travaux de Pierre Debouvry produits au cours de la
dernière décennie constituent une référence
incontestée au plan international. Partant des missions
généralement assignées au secteur agricole, il se livre
à un travail approfondi de collecte et d'analyse des données
disponibles au niveau d'un Etat, pour mettre en perspective l'évolution
en tendance des performances du secteur agricole, à l'aune des
projections démographiques pour les vingt prochaines années.
Nous nous appuierons donc largement sur ces travaux, d'autant
plus que nous avons eu la chance de l'accompagner durant deux semaines en
octobre 2004, lors de l'étude Sénégal1(*) que le Bureau de la Formation
Professionnelle lui avait demandé de produire sur financement Banque
Mondiale. (étude disponible sur le site d'
Agropolis,
ou sur celui du
BFPA)
Ces missions, parfois contradictoires puisque les
priorités seront différentes selon les acteurs en
présence, peuvent être résumées au nombre de
cinq :
- n Nourrir la population
- n Fournir des ressources en devises
- n Permettre à ses acteurs de vivre de leur travail dans des
conditions décentes
- n Gérer l'exploitation durable des ressources naturelles
- n Générer des emplois (pour les pays dont la capacité
d'absorption de main d'oeuvre du secteur secondaire est
faible).
Nous reviendrons sur chacune de ces missions, en indiquant
dans quelle mesure elle est assumée par le secteur agricole, dans le cas
du Sénégal.
I.1.1.1- Nourrir la
population.
Si l'on regarde l'évolution des principales productions
agricoles de 1990 à nos jours, force est de reconnaître qu'il
s'agit au mieux d'une stagnation générale. En parallèle,
sur la même période, la population est passée de 7.6
à plus de dix millions d'habitants en 2005.
L'analyse des importations de céréales (riz et
blé) est sans équivoque : celles-ci ont doublé au
cours des quinze dernières années, et sur la période 1960
- 2003, elles ont pratiquement décuplé, passant de 90 000 tonnes
à 870 000 tonnes en volume annuel, pendant que la population totale
triplait ; ces importations ne sont donc pas proportionnelles à
l'évolution démographique. Elles sont aujourd'hui du même
ordre de grandeur que celles du Nigéria, pourtant douze fois plus
peuplé.

L'évolution des importations
céréalières per capita confirme cette dégradation
: (toujours pour la même période) elles ont crû de 72
à 93 kg par habitant.
Ainsi, il n'est pas exagéré d'affirmer que dans
un contexte d'urbanisation rapide, le secteur agricole n'est plus capable
d'alimenter correctement les populations des centres urbains, obligeant l'Etat
à mobiliser une part croissante de ses devises pour importer la
nourriture nécessaire à cette partie désormais majoritaire
de la population sénégalaise.
* 1
« Développement du capital humain du secteur agricole -
Programme d'appui aux services agricoles et aux organisations paysannes (PSAOP)
Mission d'appui à la mise en place d'un groupe de nationaux
chargé de l'élaboration d'une
« Stratégie nationale de Formation
agricole »
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