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Impact des fluctuations pluviométriques sur la production agricole dans la région de Thionck- Essyl en Basse Casamance


par Idrissa DIATTA
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Certificat d'aptitude à l'enseignement moyen (CAEM)
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Impact des fluctuations pluviométriques sur la production agricole dans la région de Thionck- Essyl en Basse Casamance

Présenté par : Sous la direction de :

Idrissa DIATTA Amadou CAMARA

Juin 2008

DEDICACES

Après avoir rendu grâce à Dieu et à son prophète Mohamed (PSL) pour m'avoir donné la santé et le courage de mener à terme ce dossier pédagogique, il importe pour moi de dédier ce travail

- A mon père Mamadou DIATTA et ma mère Sarata DJIBA pour les efforts sans égale qu'ils n'ont cessé de faire en vue de ma réussite. Ce travail est le résultat de leur sollicitude et de leur générosité.

- A ma tante Awa BARRY, elle qui m'a toujours soutenu pendant les moments de bonheur comme de malheur.

Que Dieu leur donne une longue vie.

- Je dédie également ce dossier pédagogique à ma mère Dieynaba Badji, à tous mes frères et soeurs Ansoumana, Bacary, Aïssatou, Maïmouna, Oumy, Néma, Malick DIATTA.

- A mes grands et conseillers :

Abdoulaye DJIBA, Alphousseyni BADJI, Ibrahima BADJI, Bassirou DJIBA Ansou MANE.

- A mes Pape Mamadou DIEME, Kélountan dit Coly DJIBA, Ibrahima MBALLO

- A l'ensemble de mes voisins de maison et de quartier et à tous ceux qui de près ou de loin m'ont longtemps exprimé leur affection.

- A tous ceux qui m'ont soutenu tout au long de mes études

SOMMAIRE

BIBLIOGRAPHIE COMMENTEE

INTRODUCTION GENERALE

Chapitre l- Présentation de la zone d'étude

I- 1- Les caractères édaphiques

I- 1- 1- Le relief et les ressources pédologiques

I- 1- 2- Les ressources hydriques

I- 1- 3- Les formations végétales

I- 2- Population et occupation de l'espace

I- 2- 1- Mise en place du peuplement

I- 2- 2- Les données démographiques

I- 3- Les activités et les formes de production

Chapitre II : Les fluctuations pluviométriques

II- 1- Le climat

II- 2- La pluviométrie

II- 2- 1- Variations interannuelles de la pluviométrie

II- 2- 2- Variation mensuelle de la pluviométrie

Chapitre III : L'impact des fluctuations pluviométriques sur la production agricole

III- 1- Impact sur les productions céréalières

III- 1- 1- Evolution de la production des cultures sèches (mil, sorgho, maïs)

III- 1- 2- Evolution de la production des cultures inondées (riz)

III- 2- Impact sur la production des cultures de rente (arachide)

CONCLUSION GENERALE

TABLES DES SIGLES

ORSTOM : Office de Recherche Scientifique pour les Territoires d'Outre Mer

IRD : Institut de Recherche pour le Développement

ENEA : Ecole Nationale d'Economie Appliquée

UCAD : Université Cheikh Anta Diop de Dakar

FLSH : Faculté des Lettres et Sciences Humaines

FASTEF : Faculté des Sciences et Technologies de l'Education de la Formation

DMN : Direction de la Météorologie Nationale

DAPS : Direction d'Analyse, de la Prévision et de la Statistique

DAT : Direction de l'Aménagement du Territoire

DPS : Direction de la Prévision et de la Statistique

DRDR : Direction Régional de Développement Rural

SDDR : Service Départemental de Développement Rural

EDS : Enquête Démographique et Santé

CR : Communauté Rurale

RGPH : Recensement Général de la Population et de l'Habitat

AVANT- PROPOS

La persistance de la période sèche actuelle dans tous les pays du sahel et même de la zone soudanaise et son impact sur la production agricole fait du titre de ce présent document : « Impact des fluctuations pluviométriques sur la production agricole dans la région de Thionck- Essyl en Basse Casamance ». Il s'agit d'un thème d'actualité qui préoccupe chercheurs, décideurs et populations locales.

La Basse Casamance, une des régions les plus pluvieuses du Sénégal (1000mm de pluies en moyenne par an), n'est pas épargnée de la tendance générale de la baisse de la pluviométrie, observée à l'échelle ouest africaine, voire même internationale. Or l'économie de la région est étroitement liée à l'agriculture pluviale qui demeure une activité vitale, pratiquée par la majeure partie des populations.

Les fluctuations de la production agricole étant étroitement dépendante des aléas climatiques, une meilleure connaissance des mécanismes et l'évolution de la pluviométrie s'impose.

C'est ainsi que de nombreuses recherches ont mis en évidence la situation socioéconomique précaire du monde rural. La réduction de la pauvreté, notamment en milieu rural par la relance du secteur agricole, est devenue l'objectif de la politique de l'Etat.

Ce présent document est ma modeste contribution qui vise à mettre à la disposition des décideurs et populations locales quelques informations leur permettant de prendre des décisions en matière de développement. Il comporte deux grandes parties : une partie documentaire qui est la présentation des informations que nous avons obtenues à travers la lecture de divers documents traitant la question et lors des enquêtes que nous avons effectuées en août 2007août  à Thionck- Essyl ; une partie pédagogique dans laquelle nous avons réalisé une fiche pédagogique.

Au terme de ce travail, j'adresse mes plus vifs remerciements et ma profonde reconnaissance au Professeur Amadou Camara qui, par ses suggestions, sa disponibilité et ses conseils, a dirigé de bout en bout ce travail.

Que soient remerciées toutes les personnes qui m'ont aidées dans l'avancement de ce travail. Nous pensons notamment à Monsieur Joseph Sarr responsable de la Formation Continuée et à tous ses collaborateurs qui nous ont aidés en mettant à notre disposition du matériel informatique pour l'élaboration de notre travail ainsi que l'encadrement qu'ils n'ont cessés de nous apporter.

Nos remerciements iront ensuite à l'endroit de mes collègues Ansou Mané, Ibrahima Khaliloulay Ndiaye tous deux stagiaires à la Fastef, Hamath Ndiaye étudiant en DEA au département de géographie à l'UCAD, à Messieurs Victor Diatta, employé à la Direction du Quotidien le Soleil, Ibrahima Badji expert agronome, Babacar Diagne, formateur à la Fastef pour leur conseil et leur soutient moral permanent.

Ma reconnaissance va également à Messieurs Augustin Diémé, Aliou Badara Ly tous deux Cartographes à l'Institut de Recherche et de Développement et à la Direction de l'urbanisme qui nous ont aidé trouvé des informations relatives à notre thème de recherche ; Aly Diédhiou qui nous a aidé à imprimer ce travail ; Bourama Diatta, employé à la DRDR de Ziguinchor, Ababacar Diouf ingénieur agronome et Abdou Sagna, Sommet Baldé agents à la DAPS qui nous ont aidé obtenir les données des productions agricoles du département de Bignona ; Amadou Sadio, Maire de la commune de Thionck- Essyl qui nous a mis à notre disposition des documents sur la commune de Thionck- Essyl ; Minkayrou Djiba, Abdoulaye Diatta, Abdoulaye Diallo, Kéba Maria qui nous ont aidé à obtenir les données pluviométriques au niveau du Service départemental de développement rural de Bignona.

Enfin que tous ceux qui de près ou de loin ont contribué à la réalisation de ce dossier pédagogique trouvent en ces lignes, l'expression de la profonde gratitude.

Bibliographie commentée

Cormier- Salem M. C., De la pêche paysanne à la pêche maritime : les Diola de la Basse Casamance (Sénégal), in La pêche maritime, n° 1288- 1289, Ed. ORSTOM, Dakar mars 1991, pp. 448 - 456.

Dans cet article, l'auteur fait une description des formes traditionnelles diola d'exploitation du milieu amphibie ; ensuite, il a abordé les facteurs qui ont amené les diola à pratiquer la pêche maritime ; enfin les aspects actuels de la pêche diola. Notons que la pêche traditionnelle diola se limite aux eaux intérieures plus calmes des bolongs et des bas- fonds.

D'Almeida André, Évolution de la pluviométrie dans la région de Saint- Louis et ses conséquences sur la production agricole, in Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, n° 26, pp. 159- 173, 1996.

Cet article tente, grâce aux chroniques des pluies relevées dans diverses stations du nord du Sénégal et dont la plus ancienne remonte à 1854, d'analyser les fluctuations des précipitations à l'échelle annuelle. Les conséquences de ces fluctuations sont analysées à travers d'une part la diminution des pluies et d'autre part l'évolution des productions agricoles de la région.

Diatta William, L'impact de la dégradation de la mangrove sur les activités des communautés paysannes de la région de Ziguinchor : le cas des villages de Kagnobon et de Thionck- Essyl, département de Bignona, arrondissement de Tendouck, mémoire de fin de formation, ENEA, Dakar, 2001, 70 pages.

Dans ce mémoire, l'auteur note que la dégradation de la mangrove est liée à des facteurs naturels (déficit pluviométrique, salinisation...) et anthropiques (exploitation anarchique de la mangrove à des fins domestiques...). Il note que la dégradation de la mangrove a pour conséquence la perte de la biodiversité qui à son tour, aura des effets sur les activités humaines (cueillette des fruits de mer : huîtres, crevettes, poissons...)

Grouzis M. et Albergel J., Environnement et productions agricoles : cas du Burkina Faso, in La crise de l'agriculture africaine, Édition Société- Espace- Temps (SET), Dakar (Sénégal), 1992, pp. 74- 89.

Cet article tente à l'aide d'une étude de la pluviométrie annuelle, de mettre en évidence les variations climatiques récentes au Burkina Faso. Il montre l'impact de l'évolution de la pluviométrie sur les productions végétales (céréales, pâturage, coton) et mesure ses conséquences sur le milieu compte tenu des pratiques d'exploitation et de la croissance démographique.

Pélissier Paul, Les paysans du Sénégal : les civilisations agraires du Cayor à la Casamance, Saint- Yriex, Haute- Vienne : Imprimerie Faubrègue, 1966, 941 pages.

Le Sénégal offre un domaine trop vaste au chercheur pour qu'il soit question d'étudier ses paysanneries dans leur ensemble. C'est ainsi que l'auteur de cet ouvrage a senti l'intérêt d'étudier les civilisations agraires de ce pays. Cependant, il a laissé la vallée du fleuve Sénégal en dehors de son champ d'investigation, s'attachant aux 2/3 de la population installée du Cayor à la Casamance. Là, le milieu naturel en se modifiant avec la latitude révèle trois grands ensembles : le domaine sahélo- soudanienne qui va des lisières méridionales du delta du Sénégal aux abords de la vallée du Saloum : c'est le bassin de l'arachide ; ensuite le domaine soudanien, entre le fleuve Saloum et le Fleuve Gambie ; et le domaine subguinéen en Casamance où l'unité naturelle contraste avec la diversité ethnique.

République du Sénégal, Ministère de l'intérieur, Ministère chargé de la décentralisation et la Direction de l'aménagement du territoire : Rapport d'avant projet du schéma régional d'aménagement du territoire de Ziguinchor, Décembre 1993, 160 pages.

Dans ce rapport, plusieurs points importants ont été développé : les caractéristiques physiques, humaines, socio-économiques et les contraintes de développement de la région de Ziguinchor. Il est en quelque sorte une présentation générale de la région naturelle de la Basse Casamance.

Sagna P. et Touré C., Variabilité de la mousson et des précipitations au Sénégal de 1961 à 1996, in mélanges offerts au Professeur Cheikh BA Dakar, UCAD, 1997, pp. 147- 164.

Dans cet article, les deux auteurs tentent, à l'aide d'une étude de la pluviométrie annuelle, de montrer les caractéristiques et l'évolution de la mousson d'une part et d'autre part les relations entre ce flux et les précipitations au Sénégal.

Sané Tidiane, Variabilité climatique et ses conséquences sur l'environnement et les activités humaines en Haute Casamance, Thèse de Doctorat de Troisième, UCAD, FLSH, Département de géographie, Dakar, 2003, 367 pages.

Cette thèse soulève un aspect important du développement rural et pose la problématique de la dégradation des ressources naturelles et des systèmes d'exploitation agricole au travers d'un des points sensibles de l'évolution des paysages en milieu tropical. L'auteur évalue aussi les contraintes d'ordre climatique qui pèsent non seulement sur le fonctionnement des écosystèmes naturels mais également sur les activités humaines, notamment sur l'agriculture et l'élevage dans la mesure où les productions agricoles et la productivité des activités pastorales dépendent largement des conditions climatiques. Il note que la péjoration pluviométrique de ces trente dernières années a profondément bouleversée ces activités dont l'évolution chaotique s'est répercutée sur le fonctionnement des sociétés qui pour des questions de survie, ont développé des stratégies, qui pour la plupart, menacent l'équilibre environnemental.

Wébographie

www.memoireonline.com

Dans ce site, nous avons pu consulter le mémoire de maîtrise de Insa Manga, étudiant à l'université de Rouen (France). Ce mémoire, soutenu en décembre 2003, fait une analyse de la crise agricole dans la zone de Goudomp en Moyenne Casamance, plus particulièrement dans le département de Sédhiou. Selon, l'auteur, les problèmes de développement agricole en Casamance, notamment dans la localité de Goudomp, sont de nature diverse. Certains ont trait aux facteurs écologiques (pluviométrie aléatoire, sols pauvres, salinisation des terres...) tandis que d'autres sont directement liés aux facteurs socio- économiques (poids démographique, taille relativement faible des exploitations, faible niveau de vie de la population, manque de crédit, etc.)

www.documentation-ird.fr

Ce site de l'Institut de Recherche pour le Développement rassemble des publications des scientifiques de l'institut, sous forme de papier ou numérique. Ainsi, nous avons pu consulter diverses publications qui traitent des questions relatives à notre thème de recherche. Parmi ces quelques publications que nous avons consultées, nous pouvons noter :

- Birie- Habas Jean, Note sur la riziculture casamançaise, République du Sénégal, ministère du développement rural, Institut de recherche agronomique tropicale, Dakar, avril 1968, pp. 95- 109.

Dans cet article, l'auteur a fait l'état des lieux de la situation de la riziculture casamançaise depuis 1968. Il note que cette riziculture est complexe dans la mesure où on rencontre plusieurs types de rizières : les rizières basses, moyennes, et hautes. Il ajoute que les résultats acquis en matière de recherche rizicole en Basse Casamance présentent un tableau très sombre parce que la riziculture casamançaise est confrontée à des problèmes relatifs à l'absence d'une intégration dans un système agricole évolué. Il signale enfin qu'on peut augmenter la production rizicole de la Casamance par deux procédés qui peuvent être employés concurremment : intensification de la riziculture existante et récupération des terres neuves.

- Bonnefond Ph., Développement agricole et blocages techniques en Basse Casamance, Bulletin de liaison (Économie en transition, secteur informel, développement agricole et macroéconomique, anthropologie du développement), ORSTOM, Paris, Mai 1987.

Dans cet article, l'auteur tente de faire l'état des lieux des actions de développement rural en Basse et moyenne Casamance. Il note que plusieurs organismes, notamment la Société de Mise en Valeur Agricole de la Casamance (SOMIVAC), le Projet Intégré de Développement Agricole de Basse Casamance (PIDAC), le Deuxième Projet Rural de Sédhiou (PRS II) et la Mission agricole chinoise (MAC) sont chargés de la mise en oeuvre de ce développement. Il signale, par ailleurs que l'ensemble de ces organismes, qui s'intéressent surtout à la riziculture (principale activité agricole), souffre de la lenteur des procédures administratives, ce qui retarde considérablement l'exécution des programmes d'investissement et les approvisionnements en intrants.

Lahuc J.- P. et al., La saison des pluies en Afrique de l'ouest soudano- sahélien, Norois, Poitiers, tome 39, n° 155, 1992, pp. 255- 267.

Dans cet article, les auteurs ont effectué un suivi qualificatif de l'hivernage 1991 en Afrique de l'ouest soudano- sahélienne à partir de catalogues d'images. Celles-ci représentent deux paramètres dérivés d'une image infrarouge Météosat. Ils notent qu'à partir de ce suivi de la saison des pluies de l'année 1991, il est possible de déterminer, à l'échelle régionale, quelques paramètres clés du déroulement de la saison des pluies (date de début et de fin, durée des séquences intermédiaires sèches, intensité relative des précipitations...). Ils soutiennent enfin que la détermination des paramètres clés du déroulement de la saison des pluies est nécessaire pour la délimitation des zones dans lesquelles des problèmes vivriers sont à prévoir, victimes d'une arrivée des pluies trop tardives, de précipitations trop irrégulièrement espacées, ou d'une installation trop précoce de la saison sèche.

- Montoroi Jean- Pierre, Mise en valeur des bas- fonds en Basse Casamance (Sénégal), in Agriculture et développement : les bas- fonds au Sénégal, n° 10, juin 1996, pp. 61-73.

Les bas- fonds situés en zone soudano- guinéenne africaine présentent des potentialités rizicoles élevées. Les contraintes accrues au cours de la récente période de sècheresse incitent les populations locales et la recherche à imaginer des stratégies nouvelles, notamment la réalisation de barrages anti- sel pour lutter contre la salinité élevée des eaux de surface. Cet article fait le point sur la politique d'aménagement hydro- agricole en Basse Casamance et sur les apports de la recherche pour sécuriser la production rizicole dans un contexte climatique contraignant. 

Montoroi Jean- Pierre, Les sols et l'agriculture dans le domaine estuarien de Basse Casamance, in Crepin et al., Conservation et utilisation durable des ressources naturelles du bassin hydrographique de la Casamance, Gland : UIGN, 1992, pp. 52- 59.

Cet article se propose de faire le bilan de l'état actuel de la ressource sol du domaine estuarien de la Basse Casamance. L'auteur de l'article a fait une analyse de l'évolution historique de la mise en valeur des terres agricoles en Basse et une présentation succincte des diverses réalisations ou projets en matière d'aménagement hydro- agricole.

- Thiéba Daniel, Agriculture et accumulation au Sénégal : le cas de la Basse Casamance, Thèse de Doctorat de Troisième cycle, Université de Paris I Panthéon- Sorbonne, sciences économiques - sciences politiques - sciences juridiques, 1985.

Dans cette Thèse, l'auteur fait une analyse et une évaluation critique de la politique d'auto suffisance alimentaire en Basse Casamance. Il soutient que le discours sur l'auto suffisance alimentaire fait jusqu'ici en Basse Casamance n'a pas pris en compte le facteur climat dans l'explication des contraintes de l'agriculture. Il ajoute que la crise de l'agriculture en Basse Casamance ne peut être comprise sans que l'on tient compte de l'accumulation du capital et la division international du travail, l'état de crise économique que traverse le sénégal dès 1974 et aussi le facteur climat.

- Vieillefon J., Sur l'existence de Bourrelets éoliens ou « Lunettes » dans les mangroves de casamance, communication au VIième congrès panafricain de préhistoire et d'études du Quaternaire, Dakar, 1961, 13 pages.

Les bourrelets ou lunette ont longtemps été considéré comme des caractéristiques des zones à climat semi- aride. Or les prospections menées par l'auteur en Casamance où règne un climat tropical humide, l'ont amené à reconnaître à ce phénomène une plus large répartition. Dans cet article, l'auteur tente de mettre en évidence les facteurs du milieu naturel qui ont conduit à la manifestation du phénomène, la morphologie de la lunette ou bourrelet, son processus de formation et ainsi que son évolution.

- Vieillefon J., Notice explicative de la carte pédologique de la Basse Casamance (domaine fluvio- marin) à 1/100000, n°57, ORSTOM, 1975.

Dans cette notice, l'auteur a précisé les raisons qui lui ont poussé à réaliser cette carte. En effet, signale- t- il, « les sols des zones alluviales représentent un potentiel économiques indéniable, en particulier pour l'obtention de rendements vivriers, notamment grâce à la riziculture, déjà largement développée en Basse Casamance, mais qui pourraient être encore intensifiée par l'emploi de technique d'aménagement adéquates. C'est pourquoi une étude fondamentale et détaillée des sols du domaine fluvio- marin était nécessaire. » Ainsi, l'auteur a choisie l'échelle du 1/100000 pour la présentation de la carte afin de prendre en compte le degré d'évolution et de différenciation des sols de la Basse Casamance.

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Les pays soudano- sahéliens d'Afrique de l'ouest souffrent depuis plus de 30 ans de la sècheresse dont les conséquences se traduisent, entre autres, par l'amenuisement des cumuls pluviométriques et de l'écoulement des grands cours d'eau. Dans cette sous- région ouest- africaine, comme dans beaucoup d'autres de la zone intertropicale, le régime pluviométrique est lié au mouvement saisonnier de l'équateur météorologique. On observe dans ces pays une seule saison des pluies appelées hivernage, où est concentré l'essentiel des activités économiques. Leur population vit essentiellement de l'agriculture qui est très dépendante de la pluie, soit directement (culture pluviale), soit indirectement (culture de décrue ou culture maraîchère) et de l'élevage. Les précipitations expliquent à plus de 60% la production agricole. Ainsi, elles constituent un des éléments climatiques les plus importants de ces pays où l'équilibre environnemental est très fragile.

Le Sénégal fait partie de ces pays soudano- sahéliens d'Afrique de l'ouest. Il est à cheval sur les domaines climatiques sahéliens au nord avec une pluviométrie moyenne de 300 à 600mm par an; soudanien au centre où celle- ci varie entre 600 et 1000mm suivant le secteur nord soudanien ou sud soudanien; et subguinéen au sud où on enregistre plus de 1000mm de pluie en moyenne par an. En d'autres termes, le volume des précipitations augmente suivant un gradient nord- sud, ainsi que la longueur des saisons des pluies. Cette dernière varie de deux à trois mois au nord dans la région de Saint- Louis à quatre ou cinq mois en Basse Casamance (région de Ziguinchor) à l'extrême sud-ouest.

Au plan géopolitique, le Sénégal est rattaché au sahel, bien que d'après la définition géographique du terme, seuls environ 60% du territoire seraient couverts par cette zone qui s'étend de l'atlantique à l'Éthiopie entre les isohyètes 100 et 600mm.

Le sahel appartient à la zone tropicale sèche et se caractérise, depuis plus de deux décennies, par une pluviométrie aléatoire, marquée par une variabilité spatio- temporelle entraînant des épisodes de sécheresse. Les saisons des pluies sont devenues plus courtes et moins humides, les saisons sèches plus prononcées. Un glissement vers le sud des isohyètes et des régions climatiques s'en est suivi : la zone d'influence du climat sahélien s'est élargie tandis que la région sud- soudanienne s'est rétrécie. De nombreux travaux ont tenté d'expliquer les causes de cette variabilité du climat au sahel. De nombreux auteurs s'accordent à dire que la variation de la pluviométrie au sahel est une manifestation de l'interaction océan - atmosphère- terre de la large échelle. Il existe de fortes corrélations entre la température de surface de l'Atlantique tropical et la pluviométrie au sahel. On montre que lorsque l'eau de surface de l'Atlantique équatorial est plus chaude, les précipitations au sahel sont déficitaires. D'autre part, la variation naturelle et / ou anthropique de la couverture du sol (couvert végétal et humidité du sol) a un impact sur la circulation atmosphérique de grande échelle. Zheng et Eltahis (1998) conclure que la désertification serait responsable de la déficience persistance de la pluviométrie tandis que la déforestation tropicale devrait engendrer plutôt la variabilité à long terme de la pluviométrie.

Les modifications du climat sahélien peuvent être mieux appréhendées en analysant l'évolution de la pluviométrie qui en est une des principales données en milieu tropical pour ne pas dire la plus importante.

En d'autres termes, l'état de l'environnement (physique et même humain) dépend dans une large mesure de la pluviométrie dont les fluctuations actuelles ont eu des effets néfastes sur les ressources et ont favorisé la déstabilisation des systèmes de production.

L'intérêt que suscite ce thème aussi important a largement contribué à notre choix.

En choisissant un thème de recherche sur l'étude des fluctuations pluviométriques et de leur impact sur la production agricole, nous avons voulu traduire une double préoccupation :

- permettre aux populations locales et aux décideurs politiques d'avoir un aperçu plus large de l'impact récent des fluctuations pluviométriques sur la production agricole;

- s analyser les contraintes physiques et socio-économiques qui en découlent, et suggérer au besoin des solutions en vue d'une gestion des ressources plus adaptée à la dynamique écologique actuelle.

Pour traiter le thème, nous avons retenu un terrain de recherche digne d'intérêt du fait de ses riches potentialités naturelles. Il s'agit de la région de Thionck- Essyl. Cette localité se trouve dans le département de Bignona en Basse Casamance. Elle se caractérise par ses importantes réserves de terres aptes à la production céréalière (mil, maïs et surtout riz), d'oléagineux (arachide) et d'agrumes. Elle figure parmi les zones les plus forestières du pays, où vivent encore quelques éléments de la grande faune terrestre caractéristiques des régions de savane (antilopes, panthères, hyènes etc.). Par conséquent, une étude des fluctuations pluviométriques et leur impact sur la production agricole de cette zone présente un intérêt certain pour la mise en valeur judicieuse des ressources locales.

En outre, la Basse Casamance se particularise au plan humain par le fait qu'elle abrite une population (composé de Diola, Manding, Balante, Manjack, Mankagne, etc.) qui a fondé sa civilisation sur les activités agricoles. Cette population pratique l'agriculture sous pluie (la riziculture surtout) en association avec l'élevage. Cela veut dire que la performance des systèmes de production locaux est fortement dépendante des fluctuations de la pluviométrie.

Le travail s'articule autour de trois parties :

- La première est consacrée à la présentation de la zone d'étude, pour permettre au lecteur de la localiser et d'en saisir les spécificités ;

- La deuxième partie porte sur l'analyse des fluctuations pluviométriques, en utilisant les données des stations implantées dans l'aire d'étude ;

- Enfin, la troisième partie est axée sur l'étude de l'impact des fluctuations pluviométriques sur la production agricole de la zone d'étude.

Méthodologie

Pour atteindre les objectifs que nous sommes fixés, nous avons adopté une méthodologie qui comporte trois axes : la recherche documentaire et la collecte de données; le travail de terrain; et le traitement des données suivi de la rédaction.

- La recherche documentaire et la collecte des données

Pour réaliser une étude judicieuse de l'impact des fluctuations pluviométrie sur la production agricole dans la région de Thionck- Essyl, le recueil d'un certain nombre de données a été nécessaire. Cela nous a permis de cerner les contours de notre espace d'étude, tout en dégageant la structure des caractéristiques des milieux physique et humain.

La documentation s'est déroulée tout au long de l'étude à travers les différents sources de documentation de l'UCAD (bibliothèque centrale, bibliothèque de la FASTEF, du département de Géographie, de l'IFAN) et au niveau d'organismes d'études et de recherche du Sénégal (IRD, DMN, DAPS, CRAES, DAT, DPS, ENDA- TIERS MONDE, DRDR de Ziguinchor, SDDR de Bignona). En plus de ces sources de documentation, nous avons tiré des informations sur l'Internet. Des moteurs de recherche comme Google, Yahoo, ont été utilisé.

Il s'agit d'une analyse globale de la zone à partir du dépouillement de divers documents réalisés par des étudiants ou chercheurs (rapports d'activités, études du milieu, documents thématiques, rapports d'évaluation et de programme) ou dans le cadre du plan d'aménagement du territoire (carte des sols, du couvert végétal, recensement de la population).

- Le travail de terrain

Il s'est déroulé dans l'ensemble de la région de Thionck- Essyl et a consisté en des observations, visites, des enquêtes et des entretiens avec les personnes ressources.

Les objectifs assignés étaient entre autres de :

· déterminer les caractéristiques socio- économiques de la région;

· cerner l'organisation sociale de la production agricole;

· apprécier et quantifier les impacts des variations pluviométriques sur la production agricole ;

Les enquêtes ont eu pour base un échantillon de 100 ménages répartis dans les quatre quartiers de Thionck- Essyl : Daga (30), Niaganane (30), Batine (20) et Kamanar (20). Chaque ménage est enquêté une seule fois.

À ce propos est considéré comme ménage, tout couple marié ou adulte (marié ou célibataire) indépendant du point de vue revenue que logement. Tout individu hébergé gratuitement et/ ou assisté financièrement est en revanche compté dépendant du ménage d'accueil (définition du ménage par les enquêtes EDS 1 et EDS 2, 1992).

La méthode d'échantillonnage probabiliste ou sondage aléatoire a l'avantage de donner à tous les individus la même chance de faire partie de l'échantillon. Ainsi, nous avons opté pour cette technique d'enquête où le hasard va jouer dans la désignation des ménages à enquêter.

Auprès des ménages enquêtés des informations relatives à l'âge, le sexe et la qualification professionnelle ont été recueillis.

Dans l'ensemble, 95% des chefs de ménage enquêtés sont des hommes, mais on a rencontré des femmes (veuves ou divorcées) qui ont ce statut. L'âge des personnes enquêtées se situe entre 30 et 50 ans.

Les principales difficultés auxquelles nous nous sommes confrontés sont diverses. Sur les questions relatives à la production agricole ou au revenu agricole, nombre d'enquêtés n'a pas pu ou su apporter une réponse satisfaisante. Par ailleurs, certains chefs de ménage craignaient que l'enquête ne soit exploitée par les services des impôts.

La mise en valeurs du terroir étant avant tout l'affaire des paysans principaux bénéficiaires, nous avons réalisé des enquêtes complémentaires auprès de personnalités qui, du fait de leur âge ou de leur position sociale ont pu voir évoluer la pluviométrie et les pratiques paysannes. Cette enquête menée auprès des témoins bien informés (notables, agents de la mairie, vieux paysans, vulgarisateurs agricoles...) se fit sous forme d'entretiens très ouverts.

- Le traitement des données

Il se résume au dépouillement des résultats de la recherche documentaire, des enquêtes, des entretiens et leur traitement informatique.

Chapitre I : Présentation de la zone d'étude

La région de Thionck- Essyl est située à l'ouest du département de Bignona, par 12° 47 de latitude Nord et 16° 30 de longitude ouest. Elle se trouve dans le l'arrondissement de Tendouck appelé aussi « Blouf » et est limité au nord par les C.R. de Mlomp et Kartiack, au sud par le département d'Oussouye, à l'est par la C.R. de Balingore, au nord- est par la C.R. de Diégoune, au sud- est par la C.R. de Mangangoulack et à l'ouest par la C.R. de Kafountine. (Voir figure 2)

Le village de Thionck- Essyl, devenu une commune depuis 1990 par le décret n° 90 1135 du 08 octobre 1990, est distant à 42 km de Bignona, chef lieu de département et à 72 km de Ziguinchor, capitale régionale.

Il est constitué de quatre grands quartiers divisés eux- mêmes en sous- quartiers :

- le quartier de Daga situé au Nord- Est, le plus vaste comporte quatre sous- quartiers : Bougotir, Kabalane, Gandong et Tangam;

- le quartier de Niaganane situé au Sud est divisé en quatre sous- quartiers : Dialine, Bouteum, Djiweut et Kaffanta;

- le quartier de Kamanar au nord- ouest de Thionck- Essyl compte trois sous- quartiers : Kamanar Yamaak, Baroncol, et Boulou;

- le quartier de Batine situé à l'ouest entre Kamanar et Niaganane est composé de trois sous- quartiers : Batine Bah, Balankine et Élogogne.

Il s'agira de donner dans cette étude une vision globale des spécificités du domaine, tant au point de vue physique, humain qu'économique.

Océan Atlantique

Figure 1 : Carte administrative du Sénégal

Gambie

Guinée Bissau

Guinée

Mali

Mauritanie

Océan Atlantique

Dakar

Thiès

Diourbel

Fatick

Kaolack

Thionck-essyl

Ziguinchor

Kolda

Tambacounda

Matam

Louga

Saint- Louis

Légende

limite d'État

limite de région

limite de département

limite d'arrondissement

Chef- lieu de région

Source : www.au-senegal.com

Figure 2 : Carte administrative de la région de Ziguinchor (Basse Casamance)

Thionck- Essyl

Tendouck

Niamone

Tenghory

Balinghore

Bignona

Diégoune

Mlomp

Suelle

Kartiack

Sindian

Kafountine

Oulampane

Djiniaki

Djibidione

Diouloulou

0 10 20 30 40km

Mangagoulack

Loudia Ouolof

Tendouck

Mlomp

Oussouye

Cabrousse

Thionck- Essyl

République de Gambie

Kolda

République de Guinée Bissau

de

Atlantique

Région

Océan

0 10 20 30 40km

Santhiaba Manjaque

Niaguis

Oussouye

Niassia

Loudia ouolof

Énampor

Diembering

Cabrousse

Mlomp

Ziguinchor

Adéane

Boutoupa Camaracounda

Coubalan

Mangagoulack

Ouonck

Niassia

Énampor

Niaguis

Coubalan

Tenghori

Ouonck

Niamone

Mangagoulack

Bignona

Tendouck

Thionck-Essyl

Mlomp

Balinghore

Diégoune

Kartiack

Kafountine

Oulampane

Sidian

Suelle

Djiniaki

Djibidione

Diouloulou

Balinghore

Diembering

Santhiaba Manjaque

Tenghory

Niamone

Boutoupa camaracounda

Adéane

Ziguinchor

Énampor

Niassia

Coubalan

Ouonck

Bignona

Mlomp

Diégoune

Kartiack

Suelle

Kafountine

Djiniaki

Oulampane

Sindian

Djibidione

Diouloulou

Santhiaba manjaque

Cabrousse

Diembering

Légende

Chef- lieu de région limite d'État

Chef- lieu de département limite de région

Chef- lieu d'arrondissement limite de département

Commune limite d'arrondissement

Chef- lieu de C R limite de C R

Source : DAT Projet PNUD- ONUDDES- SEN 87/ 011 PNAT, Mars 1988

I- 1- Les Caractères édaphiques

Le cadre physique de la région naturelle de la Casamance, est de nos jours l'objet de plusieurs travaux de recherches, de synthèses réalisés par différents bureaux d'étude et universitaires. Les résultats de ces études dans les domaines aussi variés que sont la géologie et la géomorphologie, les sols, la végétation, l'hydrologie, etc., ont pour une bonne part, contribué à une meilleure connaissance de cette région à haute vocation agricole.

I- 1- 2 Le relief et les ressources pédologiques

Le relief de la région de Thionck- Essyl, à l'instar du reste de la Basse Casamance, se caractérise par sa monotonie. L'altitude varie entre 0m dans les bas- fonds et 20m au niveau du plateau. Le niveau le plus bas dans le plateau par rapport aux bas- fonds est à 4m. On note une pente faible le long du quartier de Daga au nord- est, plus accusée en avant du quartier de Niaganane au sud et plus nette au niveau des quartiers de Batine à l'ouest et Kamanar au nord- ouest. La courbe de niveau de 15m passe au nord- est du quartier de Daga et celle de 20m se situe au centre de la forêt classée (forêt de Tendouck). Cette faible pente ralentit l'écoulement des eaux pluviales et favorise son évaporation, mais il y a des risques d'inondation en période de fortes pluies.

En fonction des différentes composantes du relief, on distingue plusieurs types de sol dans la région de Thionck- Essyl (typologie fait par J. Vieillefon, 1975) :

- les sols ferrallitiques ou sols rouges développés sur des formations gréso- argileuses kaolinisées profondes sur le plateau;

- les sols peu évolués hydromorphes sur terrasses sableuses et colluvions;

- les sols peu évolués hydromorphes sur vases argileuses peu organiques et peu pyriteuses;

- les sols halomorphes salins, acidifiés sur argiles qui sont les caractéristiques des tannes;

- les sols hydromorphes organiques tourbeux eutrophes sur vases argileuses très humifères et pyriteuses;

- les sols hydromorphes humiques à gley, salés, faciès légèrement acidifiés sur vases argileuses;

- les sols hydromorphes, minéraux à gley d'ensemble sur terrasses argileuses;

- Les sols hydromorphes, minéraux à gley salés sur sables;

- les sols hydromorphes, minéraux à pseudo gley;

Ces différents types de sol sont diversement utilisés. Les sols hydromorphes organiques tourbeux sur lesquels occupent la mangrove et une partie des sols halomorphes salins (tanne nu) sont non utilisés et n'offre pas de possibilités d'aménagement du fait de leur forte acidité.

Les sols peu évolués hydromorphes sur terrasses sableuses et colluvions, et les sols hydromorphes à gley et à pseudo- gley sont assez intensément utilisés pour la riziculture soit en riz pluvial, soit en riz inondé. Ils présentent, cependant, un risque sérieux de salure ou d'acidification.

Les sols peu évolués hydromorphes sur vases argileuses, une partie des sols hydromorphes salins (tannes herbus) et les sols hydromorphes humiques à gley salés sont en général peu utilisés. Ces sols sont naturellement ou potentiellement acides et présentent, cependant, des risques d'acidification et de salure.

Les sols ferrallitiques, quant eux, ont une valeur agricole élevée. Dans ces sols se développent les cultures sèches : mil, « riz de montagne », mais, sorgho, arachide, etc.

I-1- 4- Les ressources hydriques

La région de Thionck-Essyl est très bien arrosée par des marigots ou Bolong. Le bolong de Diouloulou, en plus de ses ramifications traverse la région. Celle- ci est arrosée par certains marigots affluents de la Casamance. Il s'agit des marigots Badiapour et Elandianboul et leurs ramifications (Patabou, Kourigeum...).

Le régime de submersion par les marées est biquotidien toute l'année en bordure des marigots, dans la mangrove à Rhizophora (« gamak »). Il devient moins fréquent se produisant principalement en marées de vives eaux dans la mangrove intermédiaire à Avicennia (« gabedj »). Dans la zone interne des tannes, l'alternance de la submersion et du dessèchement est annuelle, à l'exception de l'incursion de quelques marées d'équinoxe. Là, le sol est submergée d'une manière continue pendant l'hivernage et une partie de la saison sèche et assèche ensuite progressivement; la baisse de la nappe atteint au maximum un mètre au centre de la dépression (J. Vieillefon, 1961)

La région de Thionck- Essyl possède également d'importantes ressources en eaux souterraines, au niveau de trois types de nappes aquifères : la nappe phréatique entre 10 et 15m, la nappe semi- profonde (40 - 100m) et profonde (100 et 200m) et enfin la nappe mæstrichtienne (400 et 600m).

I-1-3- Les formation végétales

L'influence édaphique dans la région de Thionck- Essyl est primordiale pour la répartition des formations végétales. En fonction de la nature du sol, du régime hydrique et de la qualité des eaux, divers groupements de végétaux peuvent être distingués.

Ainsi, vers l'est se succèdent deux formations végétales sur les plateaux et surfaces pénéplanées :

- une savane arborée (zone cultivée) où dominent les espèces Elaeis guineensis (palmier à huile), Parkia biglobosa (néré ou bu gilay), Icacina senegalensis (fu raban), Andraopogon gayanus (é buk), Cymbopogon giganteus (éput), Guiera senegalensis (ngère ou bu fatikay), Combretum micranthum (kinkéliba ou butik), etc.

- une forêt secondaire de type soudano- guinéen caractérisée par une taille des arbres variant entre 10 et 20m de hauteur. Dans cette forêt dominent les espèces Danniellia oliveri (santan ou bu baline), Ceiba pentandra (fromager ou bu saana), Erythropheum guineense (bu rem), etc.

Vers l'ouest sur les dépôts marins récents, c'est le domaine de la mangrove (Rhizophora racemosa et Avicennia africana ou palétuvier) et d'un cortège d'espèces sur les vasières et tannes herbeux : Philoxerus vermicularis (amarante bord de mer ou é nal), Heleocharis mutata (fu pepe), Sesuvium portula castrum (pourpier de mer), etc.

I- 2- Populations et occupation de l'espace

I- 2- 1- La mise en place du peuplement

Le village de Thionck- Essyl existe d'après la tradition depuis une dizaine de siècles. Sa population est diola (ethnie majoritaire de la Basse Casamance) à 99%. On y retrouve, cependant aujourd'hui une minorité de peul qui représentent 1% de la population totale.

D'après la tradition, les ancêtres des actuels habitants de Thionck- Essyl seraient venus de « Bandial » dans le département de Ziguinchor, plus particulièrement dans l'arrondissement de Niassia, du village de Essyl. Mais certaines traditions poussent plus loin l'origine du peuple essyliens. Pour eux, les essyliens sont originaire de « Bourofaye », localité qui se trouve au sud de la commune de Ziguinchor. Elles soutiennent que c'est de ce village que des populations ont migré dans le « Bandial » où elles fondèrent le village de « Essyl ». De cette localité, d'autres populations migrent vers la rive gauche du fleuve Casamance, au nord de « Bandial » où elles fondèrent le village d'Affiniam. Une partie des migrants continue l'aventure vers le nord où ils créèrent un autre village appelé Thionck- Essyl qui signifie pour certains « s'accroupir pour cuisinier » ou « ou thiong nou sil » : thiong = s'accroupir et essyl = cuisinier. Pour d'autres, le nom de ce village signifie « A Thiong d'origine d'Essyl » ou « A Thiong hara Essyl » car pour eux le premier habitant s'appelle A Thiong.

L'objectif de toutes ces migrations est, d'après la tradition, la recherche de terre rizicoles et la pêche. Cependant, la tradition orale n'est pas précise sur l'identité des fondateurs du village. Ce qui est confirmée en revanche, par toutes nos sources, c'est que les deux lignages fondateurs du village de Thionck sont les Badji et les Diatta.

I- 2- 2- Les données démographiques

Du point démographique, Thionck-Essyl fut l'un des plus gros villages du Sénégal, ce qui lui a valu d'être hissé à l'échelle de commune en 1990.

En effet, le RGPH de 1976 et celui de 1988 estiment sa population respectivement à 5296 habitants et 6467 habitants. À l'issue du dernier RGPH (2002), la région comptait 9001 habitants. Le taux de croissance annuel est de 1,7%. Il est très faible comparé à la moyenne nationale qui est de 2,7%. Ainsi, la région arrive à peine à garder sa population additionnelle issue de l'accroissement naturel. Thionck-Essyl, comme toutes les autres régions de la Basse Casamance est touchée par le phénomène d'exode rural qui touche plus les jeunes et surtout les jeunes filles.

En tenant compte des migrations saisonnières, les enquêtes de ménage menées par la municipalité de Thionck- Essyl, estiment la population de la région à plus de 13000 habitants en 2005.

La structure par âge de la population se présente comme suit : les moins de 20 ans représentent 40%, 20- 40 ans 45% et plus de 40 ans 15%. Les femmes représentent 65% de la population et les hommes 35%. La population active est estimée entre 75 et 80%. Les musulmans représentent 98% et les chrétiens 2%.

I- 3- Les activités et les formes de mise en valeur

Elles concernent principalement l'agriculture, l'arboriculture, l'élevage, la pêche, le commerce et l'artisanat.

I- 3- 1- L'agriculture

Elle occupe la quasi totalité de la population (98% des actifs). La riziculture est l'activité dominante. Elle constitue une pratique ancestrale à laquelle toutes les forces vives participent. Les paysans essyliens disposent de trois types de rizières en fonction de leur profondeur, de leur inondation et la nature de leur sol. Ainsi, nous avons : les rizières hautes non salées, éloignées des cours d'eau et situées au nord- est autour du quartier de Daga, les rizières profondes ou basses ou de bas- fonds dans la zone à mangrove ou le lit majeur des marigots, les rizières moyennes qui se situent entre les types de rizières précitées.

À côté de la riziculture, des cultures de rente ont été introduites du fait, à la fois, d'influences endogènes. L'une des principales cultures de rente est l'arachide.

En plus du riz et de l'arachide, les paysans essyliens s'adonnent aussi, quoique dans une moindre mesure, à la culture du mil, maïs, sorgho, niébé, bissap, etc. Ils s'adonnent aussi, surtout les femmes, au maraîchage avec, notamment, la culture de la tomate, du gombo, du « diakhato » ou Aubergine, piment, etc.

L'instrument de culture utilisé par les paysans essyliens est le « Kadiandou », un outil agricole typiquement diola. De forme rectiligne, il se compose d'une longue manche, d'un versoir et d'un soc de fer, adapté aux terres lourdes. La traction animale y est absente du fait des considérations socio- culturelles.

Les hommes labourent les champs d'arachides, de mil et de maïs et s'occupent des pépinières du riz, du labour, du suivi des rizières, de la gestion de l'eau et de l'érection des digues. Les femmes, quant à elles, s'occupent de l'épandage, du repiquage et la récolte du riz.

I- 3- 3- L'élevage

L'élevage, surtout le bétail, est aussi une vieille activité pratiquée par les paysans essyliens. C'est un élevage de type extensif. Il constitue une activité complémentaire à l'agriculture.

L'élevage dans la région de Thionck- Essyl présente les carctéristiques suivantes :

- les bovins : le taurin de la race « Ndama » très trypanotolérante, prolifique et riche en viande peuple cette région ;

- les petits ruminants : c'est la race Djalonké qui y est élevé. Elle est de petit format, très prolifique, trypanotolérante ;

- L'élevage porcin conserve en grande partie son aspect traditionnel avec une faible amélioration sur le plan génétique, des problèmes sanitaires (peste porcine africaine) et une alimentation défectueuse qui entavent son réel développement. Il est pratiqué par la population chrétienne ;

- L'aviculture est de type traditionnel. Celle moderne se trouve sérieusement entravé par des difficultés d'approvisionnement en poussins d'un jour et la cherté des aliments ;

- L'apiculture : la qualité et la quantité de flore mellifère existante, font Thionck- Essyl, une zone à vocation apicole ;

- Les équidés (ânes et chevaux) sont en nombre très réduit et concernent seulement les ânes. Les chevaux n'étant pas élevé à Thionck- Essyl. Les ânes sont essentiellement utilisées pour le transport.

Du fait du mode d'élevage extensif, la principale source d'alimentation des animaux est constituée par le pâturage naturel. L'abreuvement du cheptel ne pose aucun problème pendant l'hivernage du fait que durant cette saison on note une régénération de plusieurs points d'eau naturels. Mais en saison sèche l'abreuvement s'opère au niveau des puits.

L'intégration agriculture- élevage est jusqu'à présent resté au stade des bonnes intentions. En effet, les conflits entre éleveurs et agriculteurs sont assez fréquents et leurs causes sont diverses. Celles- ci se rapprochent à l'intolérance, le défaut d'application d'une politique rigoureuse en matière de parcours du bétail et de pâturage, la négligence de la part de certains éleveurs, la mauvaise application du système de mise en fourrière des animaux en divagation, etc.

I- 3- 4- La pêche

Bien que traditionnelle riziculteurs, les habitants de Thionck-Essyl pratiquent aussi la pêche. Activité de contre- saison agricole, limité aux eaux intérieurs plus calmes des nombreux marigots ou bolong et des bas- fonds, la pêche et la cueillette des mollusques en particulier les huîtres ont, de tout temps, été une source essentielle de protéines animales et localement, un produit de troc de première importance. Elle se fait par le moyen du harpon, et plus récemment à l'épervier introduit au début du XIX° siècle par les pêcheurs Nyominka. Les embarcations des pêcheurs sont des pirogues monoxyles creusées dans le bois du fromager, de 5 à 10m long et 50 à 80cm de profondeur (M.C. Cormier, 1985). Elles sont propulsées à la rame ou à la voile. Les pirogues à moteurs sont intruites vers les années 70.

D'autres formes de pêches sont aussi pratiquées par les femmes. Il s'agit de la pêche appelée « jasax » qui consiste à barrer une partie du cours d'eau pendant la marée haute et lorsque survient la marée basse, les poissons sont prisonniers et la pêche appelée « jasef », ici les femmes traînent des nasses en fibres de rônier (ganama) ou de petits filets avec lesquels, elles capturent des carpes et de petits mulets. Cette pêche se pratique dans les chenaux à marée haute.

La pêche maritime, sur le modèle des pêcheurs étrangers (Nyominka, les Nguet- Ndariens) est aussi pratiquée.

I- 3 -5- Les autres activités

Il s'agit d'activités de moins importance telles que l'arboriculture, l'artisanat, le commerce, la chasse et la cueillette.

L'arboriculture est une activité qui prend de plus en plus d'ampleur dans la région de Thionck-Essyl. Elle concerne surtout les plante suivantes : manguiers, orangers et tout récemment l'anacardier. L'arboriculture constitue à ce jour l'une des premières sources de revenus pour les populations. La production de mangues et d'oranges est estimée par la municipalité de Thionck- Essyl à 800 tonnes par an.

Les artisans locaux (forgerons, cordonniers, vanniers, menuisiers, tailleurs, etc.) produisent plus pour satisfaire un besoin immédiat que pour mener une activité typiquement économique génératrice de revenus monétaires.

Le commerce est une activité menée surtout par les peul et maures qui ne se livrent qu'au commerce des produits manufacturés. Les populations autochtones ne l'exercent qu'en période de fruits mûrs (oranges, mangues, etc.). Le commerce de mangue et d'oranges constitue une source de revenus très importante.

La chasse et la cueillette sont longtemps demeurées des activités économiques de subsistances. C'est toujours d'ailleurs le cas pour la chasse. Quant à la cueillette, elle est entrain d'évoluer, au fil de ces dernières années, vers un secteur économique hautement générateur de revenus monétaires. Elle est essentiellement pratiquée par les jeunes et surtout les femmes et concerne des produits tels que le « solom » (Dialium guineense), « guy » (Andansonia digitata), le « ditah » ( Detarium senegalense), les palmistes (Elaeis guineensis), le « néré » ou « « égilay » (Parkia biglobosa), etc. Certains de ces produits sont cueillis et vendus sur place à des revendeurs, d'autres sont transformés avant d'être acheminés vers centre urbains du pays : Bignona, Ziguinchor, Kaolack, et surtout Dakar.

En somme, cette première partie a permis de dégager les principales caractéristiques du milieu géographique de la région de Thionck- Essyl. Ce milieu présente connaît une certaine diversité du point de vue physique. Les facteurs du milieu physique, succinctement analysés n'agissent pas séparément, mais se conjuguent pour favoriser ou inhiber telle ou telle activité biologique. Ils présentent des caractéristiques propices à l'implantation des hommes. C'est ce qui justifie l'occupation lointaine de cette région par des populations venues du sud de la Basse- Casamance, dont la civilisation reposait sur les activités agricoles et autres activités économiques.

Ces paysages qui forment l'espace géographique de la région de Thionck- Essyl sont, d'une manière ou d'une autre sous l'influence ou influencent le climat dont il convient à présent d'étudier les manifestations et les principales caractéristiques.

Chapitre II : Les fluctuations pluviométriques

Après avoir décrit les aspects physiques, humains et économiques de la zone d'étude, cette deuxième partie a pour objectif de montrer les fluctuations pluviométriques. Ainsi, nous traiterons dans un premier lieu le climat de la région de Thionck- Essyl et ensuite nous procéderons à une analyse des données pluviométriques de la station de notre zone d'étude (poste pluviométrique de Tendouck) recueillies au niveau de la Direction de la Météorologie Nationale et au Service Départemental de Développement Rural de Bignona.

II- 1- Le climat

Le climat de la région de Thionck- Essyl, comme celui de la Basse en générale, est caractérisé par des saisons très contrastées. On note une alternance d'une saison sèche de novembre à mai et une saison humide ou hivernage de juin à octobre. C'est un climat tropical de type subguinéen qui se définit par des précipitations supérieures à 1000mm.

La température moyenne est de 26° 7 à Ziguinchor. Le minimum a lieu en janvier, mais on observe souvent un minimum en août, au milieu de la saison des pluies. La température moyenne maximale a lieu en mars, juste avant le début de la saison des pluies et en octobre en fin de saison des pluies.

L'humidité relative est élevée. Sa valeur moyenne mensuelle ne descend jamais au- dessous de 60%.

La circulation générale de l'atmosphère au- dessus de la région de Thionck- Essyl est régie par les Hautes Pressions Tropicales (anticyclones des Açores, de Saint- Hélène et la cellule maghrébine), dont les influences alternatives entraînent les migrations saisonnières de l'équateur météorologique qui déterminent des flux et les types de temps qui en résultent (figure 3).

En hiver boréal, l'équateur météorologique migre vers le sud, sous l'influence de l'anticyclone des Açores et de la cellule maghrébine. Se mettent alors en place deux circulations d'alizé (maritime et continental), aux caractères différents et qui vont déterminer des types de temps différents dans la zone soudanaise dont la région de Thionck- Essyl fait partie intégrante.

Dans cette région, l'alizé maritime, de direction ouest à nord- ouest, est issu de l'anticyclone des Açores. Il y déverse fraîcheur et humidité entraînant une baisse des températures et une diminution du déficit hygrométrique et dépose brouillards et rosées qui empêchent parfois l'alizé continental de se faire sentir. Ce flux prédomine dans la région de Thionck- Essyl de décembre à mars. Malgré son humidité, il est inapte à engendrer des précipitations du fait de sa stabilité.

À partir du mois de mars, prédomine l'harmattan ou alizé continental. Issu de la cellule maghrébine, ce flux se caractérise par une grande siccité avec des amplitudes thermiques accusées : frais la nuit, chaud le jour. Il est parfois accompagné de brumes sèches (lithométéores qui correspondent à la phase de chute des particules de poussières qui étaient en suspension dans l'air). L'alizé continental a un grand pouvoir évaporant.

En été, le réchauffement de l'hémisphère nord consécutif au mouvement zénithal du soleil, entraîne l'affaiblissement de l'anticyclone des Açores qui migre vers le nord et la disparition de la cellule maghrébine, remplacée par une dépression thermique centrée sur le sud- ouest algérien et qui aspire le Front intertropical. La circulation aérienne s'inverse alors durant cette période. La région de Thionck- Essyl passe progressivement du régime d'alizé au régime de mousson. Issu de l'anticyclone de Saint- Hélène ce vent est chaud et humide. De direction sud- ouest, il est surmonté des vents d'est, le Jet d'Est Africain (JEA), dans les couches moyennes de la troposphère et le Jet d'Est Tropical (JET), qui a son origine dans le sud- est de l'Asie (d'Almeida, 1996 d'après Leborgne, 1988), dans la haute troposphère.

Tableau 1 : Vents dont la proportion excède 10% (D'après Jacques VIELLEFON, 1961)

Direction

Saison sèche

Saison des pluies

Nord- Est

39,6

10,3

Nord

13,3

 

Nord- Ouest

19,0

19,3

Ouest

21,3

38,2

Sud- Ouest

 

16,0

II- 2- Les précipitations

Les données pluviométriques, dont nous disposons pour notre analyse, couvrent la période 1980- 2006. Une seule station a été répertoriée : il s'agit du poste pluviométrique de Tendouck. Celui- ci a été choisie du fait de sa proximité de notre zone d'étude (Tendouck se situe à 3 à 4 km de Thionck- Essyl) et du fait de l'absence de données anciennes pour le poste pluviométrique de Thionck-Essyl.)

Pour ne retenir que les pluies de mousson, les hydrométéores recueillis en hiver boréal et liés aux incursions polaires ne sont pas comptabilisés dans les totaux annuels.

La pluviométrie de la région de Thionck-Essyl, comme tout le reste de la Basse Casamance et les zones soudanaise et sahélienne en général, est caractérisée par une variabilité intra et interannuelle.

II-2- 1- Variations interannuelles des précipitations

La pluviométrie d'une année est définie par la somme de la hauteur des précipitations mensuelles. La mesure de la variabilité de la pluviométrie sur une période donnée peut être réalisée grâce à la moyenne interannuelle. Celle- ci est une donnée évolutive dans le temps, car elle est fonction des nouvelles observations. Elle schématise l'instabilité des hauteurs annuelles des précipitations. Sans traduire la réalité climatique, elle retient les aspects essentiels des paramètres climatiques. Sa formule est la suivante :

P = x1

n : nombre d'années de la série

Xi : pluviométrie de la série

La pluviométrie annuelle est inférieure à la moyenne interannuelle dans le cas des précipitations déficitaires et supérieure à cette moyenne pour des pluies annuelles excédentaires.

En dehors de la moyenne interannuelle, il existe aussi d'autres méthodes qui permettent de montrer la variabilité interannuelle des précipitations. C'est le cas des écarts à la moyenne interannuelle. Cette méthode permet d'évaluer les excédents ou les déficits d'une année quelconque par rapport à la moyenne de la série. Sa formule est la suivante :

E M (valeurs absolues) = P1 - P ou

E M (valeurs relatives) = x 100

E.M. : écart à la moyenne

Pi : pluviométrie annuelle

P : moyenne pluviométrique interannuelle de la période

Cette étude des précipitations annuelles présente l'avantage de décrire et de caractériser leur distribution dans le temps et dans l'espace. Elle permet également d'apprécier l'ampleur des déficits et des excédents.

Tableau 2 : Pluviométrie à la station de Tendouck (1980 - 2006)

Années

Cumul pluviométrie annuelle

Écart à la Moyenne

Valeurs absolues

Écart à la Moyenne

Valeurs relatives

1980

716,1

- 343

- 33,3%

1981

1025,8

- 33,3

- 3,1%

1982

942,2

- 116,9

- 11,1%

1983

692,8

- 366,3

- 34,6%

1984

864,9

- 194,2

- 18,3%

1985

1144,2

85,1

8,1%

1986

1060,4

1,3

0,1%

1987

1303,3

244,2

23,1%

1988

1166,0

106,9

10,1%

1989

1359,9

300,8

28,4%

1990

1071,6

12,5

1,2%

1991

996,1

- 63

- 5,6%

1992

809,7

- 249,4

- 23,5%

1993

1104,0

44,9

4,2%

1994

1445,2

386,1

36,4%

1995

1237,6

178,5

16,7%

1996

889,3

- 169,4

- 16,7%

1997

1002,4

- 56,7

- 5,3%

1998

1080,5

21,4

2,1%

1999

1379,4

320,3

30,2%

2000

1206,3

147,2

13,9%

2001

1153,3

94,2

8,9%

2002

819,0

- 240,1

- 22,7%

2003

1165,3

106,2

10,1%

2004

749,0

- 310,1

- 29,2%

2005

1079,2

20,1

1,9%

2006

1130,0

70,9

6,7%

Source : Service départemental de développement rural de Bignona, 2007

Moyenne

 

1059,1

 
 

Figure : 4

Le tableau ci- dessus présente respectivement la variation interannuelle et les écarts à la moyenne (valeurs absolues et valeurs relatives) de la pluviométrie à la station de Tendouck sur la période 1980 - 2006. Les données des écarts à la moyenne sont illustrées par la figure 4. Celle- ci montre que la variation de la pluviométrie d'une année à l'autre est presque une règle.

Sur les 27 années d'analyses de la pluviométrie, 11 sont inférieures à la moyenne interannuelle (soit 40,8%) et 16 lui sont supérieures (soit 59,2%). Cette moyenne interannuelle s'élève à 1059,1mm. Le minimum pluviométrique est intervenu en 1983 (692,8mm) et en cette là, le déficit était de - 366,3mm, soit - 34,6%. Le maximum, pour sa part est survenu en 1994 avec un excédent de 386,1mm (soit 36,4%) par rapport à la moyenne interannuelle.

De 1980 à 2006, sept séquences peuvent être retenues :

- une période sèche de 1980 à 1984 dont la moyenne pluviométrique est de 848,3mm et représentant un déficit moyen de - 210,8, soit - 19,9% par rapport à la moyenne interannuelle. Cependant, le déficit pluviométrique est très creusé en 1983 (- 366,3mm, soit - 34,6%). Cette période coïncide à la deuxième grande sècheresse qui a lourdement frappé les zones soudanaise et sahélienne au cours des quatre dernières décennies. La première étant intervenue au début des années 1970 ;

- une période moyennement pluvieuse de 1985 à l990. La moyenne des précipitations reçues pendant cette période est de 1184,2mm, représentant un excédent de 125,1mm, soit 11,8% par rapport à la moyenne interannuelle. Cependant, à l'intérieur de cette séquence, on note des années moins pluvieuses : 1986 avec un excédent de 1,3mm et 1990 (12,5mm) ;

- une période sèche de 1991 à 1992, représentant un déficit moyen de - 156,2mm (soit - 14,7%) par rapport à la moyenne interannuelle.

- une période très pluvieuse de 1993 à 1995, qui représente un excédent moyen de 203,2mm (soit 19,2%). C'est dans cette séquence, où l'on retrouve le maximum pluviométrique de ces 27 dernières années : 1994 avec un excédent de 386,1mm, soit 36,4% ;

- une autre période sèche de 1996 à 1997. Le déficit pluviométrique moyen est de - 113,2mm (soit - 10,7%).

- une période pluvieuse de 1998 à 2001. La moyenne pluviométrique est de 1204,9mm, représentant un excédent moyen de 145,8mm, soit 13,8%.

- à partir de 2002, on note une alternance d'années sèches et d'années pluvieuses.

II-2- 2- Variations mensuelles des précipitations

L'analyse des précipitations mensuelles revêt une importance capitale dans la mesure où elle permet de saisir l'évolution de la pluviométrie au cours de l'année. En effet, la connaissance du début et de la fin de la saison des pluies constitue un fait majeur dans la planification du calendrier cultural. Cette opération consiste à aider les agriculteurs à mieux faire face aux caprices du climat notamment la déficience pluviométrique qui rend le plus souvent aléatoire les productions agricoles.

Tableau 3 : Variations de la pluviométrie mensuelle à la station de Tendouck (1980 - 2006)

 

J

F

M

A

M

J

J

A

S

O

N

D

Total

1980

 
 
 
 

15,6

46,6

165,5

97,7

397,3

9,0

 
 

716,1

1981

 
 
 
 

22,0

20,4

529,6

242,1

158,8

59,3

 
 

1025,8

1982

 
 
 
 
 

63,7

252,8

351,5

135,9

116,3

 
 

942,2

1983

 
 
 
 
 

104,5

202,6

200,2

176,6

8,9

 
 

692,8

1984

 
 
 
 
 

170,9

260,9

152,3

213,0

67,8

 
 

864,9

1985

 
 
 
 
 

91,8

327,0

347,3

312,5

65,6

 
 

1144,2

1986

 
 
 
 
 

26,7

203,8

382,9

353,9

93,1

 
 

1060,4

1987

 
 
 
 
 

161,8

224,2

545,6

228,4

143,3

 
 

1303,3

1988

 
 
 
 

16,0

98,9

214,8

499,6

275,2

61,5

 
 

1166,0

1989

 
 
 
 

0,5

169,2

283,5

444,7

313,0

149,0

 
 

1359,9

1990

 
 
 
 
 

123,4

298,6

311,9

266,8

70,9

 
 

1071,6

1991

 
 
 
 
 

12,8

218,6

384,1

233,4

147,2

 
 

996,1

1992

 
 
 
 

2,0

18,5

280,1

262,2

217,7

29,2

 
 

809,7

1993

 
 
 
 
 

69,7

301,9

394,1

262,8

75,5

 
 

1104,0

1994

 
 
 
 

5,6

123,2

341,6

256,2

533,6

173,1

11,9

 

1445,2

1995

 
 
 
 

7,3

48,2

330,6

382,2

339,0

130,3

 
 

1237,6

1996

 
 
 
 

5,4

45,0

335,9

240,8

231,2

31,0

 
 

889,3

1997

 
 
 
 

3,3

144,0

171,0

289,8

384,1

10,2

 
 

1002,4

1998

 
 
 
 
 

25,5

259,1

434,9

308,1

52,9

 
 

1080,5

1999

 
 
 
 
 

116,0

282,4

611,1

281,4

88,5

 
 

1379,4

2000

 
 
 
 
 

92,8

343,5

360,5

247,4

162,1

 
 

1206,3

2001

 
 
 
 
 

144,7

346,8

367,0

247,1

47,7

 
 

1153,3

2002

 
 
 
 
 

48,4

61,7

299,3

373,5

36,1

 
 

819,0

2003

 
 
 
 
 

114,5

371,2

360,1

230,9

88,6

 
 

1165,3

2004

 
 
 
 
 

58,7

216,5

212,5

223,6

37,7

 
 

749,0

2005

 
 
 
 

1,7

62,5

230,1

339,7

330,1

115,1

 
 

1079,2

2006

 
 
 
 
 

166,8

195,7

341,2

317,9

108,4

 
 

1130,0

moyenne

 
 
 
 

7,3

85,7

266,4

330,1

279,1

78,6

11,9

 

1059,1

Source : Service Départemental de Développement Rural de Bignona, 2007

Les variations des précipitations mensuelles sont illustrées par le tableau ci- dessus. Celui- ci montre que les précipitations sont enregistrées dans la région de Thionck- Essyl, comme partout ailleurs au Sénégal, pour l'essentiel durant la période estivale boréale. Le reste de l'année subit une indigence pluviométrique parfois interrompue par des pluies hors saison. C'est ainsi que l'année climatique est divisée en deux saisons principales selon le critère pluviométrique : une saison sèche et une saison pluvieuse ou hivernage.

- La saison sèche :

Durant cette saison, la Basse Casamance est sous la prédominance du souffle des alizés maritime et continental, flux inaptes à engendrer des précipitations. Toutefois, des pluies dans une proportion faible sont souvent enregistrées. Ce sont les pluies hors saison ou « heug ». Leur mécanisme de formation est tout à fait différent des pluies enregistrées en été dites « pluies de mousson » ou d'hivernage. Selon le Professeur Pascal Sagna, « pendant l'hiver de l'hémisphère nord, l'air polaire est advecté le long de thalwegs d'altitude jusque dans nos régions tropicales. Quand cet air froid entre en conflit avec de l'air tropical ou équatorial chaud et humide véhiculé par le Jet Subtropical généralement orienté sud- ouest / nord- est, il se forme des systèmes nuageux denses (à l'étage moyen et supérieur) qui précipitent : ce sont des pluies hors saison ». (Pascal Sagna, Cours de climatologie tropicale, 2006 non publié). Ces pluies n'interviennent pas sur le calendrier agricole, mais elles participent à l'atténuation des températures et limitent ainsi l'évaporation excessive; ce qui est une chose importante pour les organismes végétaux.

La durée de la saison sèche varie entre 6 et 7 mois selon les années (novembre à avril, 37,1% des observations ou mai, 62,9% des observations).

Le mois de novembre, début de la saison sèche, se comporte comme un mois de transition.

Les mois de décembre, janvier, février constituent des mois sec et frais. Les températures sont moins élevées du fait de l'influence de l'air polaire ou hiver boréal.

Le mois de mars est le plus sec parce que durant cette période, l'harmattan souffle sur toute la région.

Avril annonce le début de la saison des pluies suite à la remontée de la trace au sol de l'équateur météorologique qui couvre déjà une partie du Sénégal oriental.

- La saison des pluies

C'est la période pendant laquelle se déroule l'essentiel des activités agricoles puisque celles- ci dépendent presque exclusivement de ce paramètre climatique.

La saison des pluies débute en Basse Casamance au mois de mai avec l'arrivée de la mousson qui envahit progressivement le pays (voir figure 3). C'est ainsi que du mois de mai à novembre, la Basse Casamance passe progressivement du régime d'alizé au régime de mousson.

La région de Thionck-Essyl reçoit ses premières pluies dans le courant des mois de mai (37,1% des observations) ou juin (62,9% des observations) selon les années.

La saison des pluies prend fin en octobre (96,2% des observations) ou Novembre (3,8% des observations).

À partir de mai ou de juin, les pluies reçues dans la région de Thionck-Essyl augmentent progressivement jusqu'au mois d'août qui enregistre parfois la plus importante quantité de pluies (59,2% des observations, voir tableau). À partir de septembre, les précipitations amorcent une diminution progressive jusqu'à la fin des pluies en octobre ou novembre selon les années.

L'analyse des moyennes pluviométriques mensuelles de la période 1980 - 2006 montre un maximum pluviométrique intervenant en août.

Tableau 4 : Pluviométrie moyenne mensuelle à la station de Tendouk (1980 - 2006)

 

J

F

M

A

M

J

J

A

S

O

N

D

Total

1980-2006

 
 
 
 

7,3

85,7

266,4

330,1

279,1

78,6

11,9

 

1059,1

%

 
 
 
 

0,7

8,1

25,2

31,2

26,3

7,4

1,1

 

100

Figure 5 : Pluviométrie moyenne mensuelle à la station de Tendouck (1980- 2006)

À travers cette figure, on constate que les plus importantes quantités pluviométriques moyennes mensuelles sont réparties entre les mois de Juillet, Août et Septembre. Ces trois mois concentrent l'essentiel du cumul saisonnier. Ils représentent 82,7% du cumul pluviométrique.

Toutefois, l'évolution interannuelle de la pluviométrie montre que la position du maximum pluviométrique n'est pas toujours survenue au mois d'août (voir tableau annexe). A travers cette même figure, on constate que le maximum de la pluviométrie mensuelle est fonction de la durée de la saison des pluies quelle que soit la période de son intervention entre ces trois mois. La variation mensuelle des pluies étant plus quantitative que temporelle. En effet, le mois du maximum pluviométrique qui est généralement Août, garde une certaine stabilité.

Tableau 5 : Répartition mensuelle des occurrences du maximum pluviométrique saisonnier à la station de Tendouck (1980- 2006)

 

Juillet

Août

Septembre

Nombre de fois

6

16

5

% des occurrences

22,3

59,2