CHAPITRE III LES ENJEUX TERRITORIAUX DU CULTUREL
Alors qu'on assiste à une diversification des pratiques
culturelles et des lieux où elles se déroulent, la culture se
territorialise et prend sa place dans les débats et les pratiques de
l'aménagement du territoire. «Depuis plus de vingt ans se
mettent ainsi en place des territoires de compétence et d'administration
musicale et culturelle, avec l'intervention de l 'Etat et des
collectivités territoriales (région, département, communes
et structures intercommunales). » ( J.M Romagnan, 2000)
A - LES TERRITOIRES : UNE IDENTIFICATION HASARDEUSE
1) Développement culturel et territoires
En matière de dépenses publiques, l'organisation
territoriale des politiques culturelles respecte rigoureusement
l'ordonnancement issu de la décentralisation. La région
s'attachera selon la loi à intervenir sur les événements
artistiques, le conseil général aura lui compétence en
matière d'archive et de lecture publique, chaque institution
privilégie donc les attributions qui lui ont été
dévolues.
Cependant, « on assiste à une dissociation
croissante entre le statut de chaque institution et la fonction qu'elle assure
ne réalité. » Ainsi, si un conseil
général assure effectivement son rôle officiel, «
il jouera son crédit politique, son image d'institution dynamique,
autour de l'enjeu, à la fois marginal et concurrentiel, de la production
de tel ou tel événement artistique. » (Politiques
culturelles et territoire, BBF 2001)
De par ce constat, les pouvoirs publics affichent une
volonté récente de remise en ordre en ce qui concerne l'action
publique territoriale. Cette réorganisation institutionnelle se
caractérise par deux lois, dites Voynet et Chevènement,
elles-mêmes se manifestant sur deux plans :
- « Prendre acte de cette recomposition territoriale en
plaçant l'action
publique aux bons niveaux géographiques. Autrement
dit, on va tenter de réconcilier le pays réel et le pays
institutionnel, de faire coïncider territoire légitime et
territoire pertinent. Processus qui donne tout son sens à la mise en
avant de l'agglomération (la ville dans son extension réelle) et
du pays (le rural dans son interdépendance nouvelle à la petite
ville traditionnelle).
- En outre, en rapport avec un nouveau mode de gestion, les
transformations confirment « la systématisation de la
contractualisation (contrats d'agglomération/contrats de pays) et la
volonté de globalisation des
compétences sectorielles. Selon la loi Voynet (et
d'après la formule . · un territoire/un projet/un contrat), le
projet prime sur la globalité des compétences. »
(Politiques culturelles et territoire, BBF 2001)
Néanmoins, malgré ces efforts de la part des
pouvoirs publics, la distinction territoire politique / territoire pertinent
persiste. Un point positif doit être tout de même
évoqué par la « frénésie
d'énonciation des projets de territoires », qui permettent par
exemple à nombre de conseils généraux «
d'affirmer leurs points de vue territoriaux, parfois forts pertinents
».
Finalement, « ces réformes récentes ont
suscité ou accéléré un processus de
relégitimation politique de toutes les institutions territoriales.
» (D.Béhar, P.Estèbe, BBF 2001) Peu à peu,
s'intégrant à ce processus, les politiques culturelles «
s'engagent sur la voie d'une territorialisation effective. Mais
l'emboîtement des échelles et des compétences sectorielles
les structurent toujours pour une grande part . · aux instances de
proximité, la responsabilité de la gestion de la polyvalence,
à l'agglomération la tâche d'investir dans les
équipements structurants, à la région la mission de
produire les événements significatifs. »
Encore loin de ces logiques territoriales politiques, les
cultures de jeunesse, et en particulier les musiques actuelles qui
nécessitent des implantations structurantes conséquentes, sont en
général insuffisamment considérées. La
Communauté d'Agglomération de la ville de Royan, par exemple, n'a
pas encore pris part à de tels débats. On peut tout au moins
évoquer une « première évocation », mais ce, de
par une impulsion associative d'origine privée, lors d'une commission
culturelle ayant eu lieu en ce début d'année 2003.
Ces cultures, que nous avons caractérisé
précédemment par une difficile identification, évoluent
dans un « complexe territorial » post-moderne que certains
territoires ignorent encore.
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