B - LA RECONSTRUCTION : « UN LABORATOIRE EN SCIENCES
HUMAINES »
1) Une organisation nationale arbitraire
En 1939, la guerre déclarée, Picasso se
réfugie à Royan et y peint le célèbre «
Café des bains ». Mais en septembre 1944, la poche de la ville
entreprise par les Allemands, Royan n'est plus un refuge. Le 5 janvier 1945,
« l'opération Indépendance » débute, et
l'alliance britannique met fin à cette forteresse allemande par une
attaque aérienne. « En une heure et dix minutes, le
bombardement allié, jugé avec le recul comme militairement sans
objet, a détruit Royan que sa renommée internationale acquise par
la présence assidue et l'oeuvre d'ambassadeurs aussi prestigieux que
Sacha Guitry, Jacques Henri Lartigue ou Pablo Picasso n'aura pas suffit
à protéger. » (Royan, années 50, juin 2000) Le
centre est détruit à 95%, faisant alors 1000 morts. Sur 6000
immeubles tombés en Charente-Maritime, il y en aura 4000 à
Royan.
A la différence de l'Allemagne, la reconstruction de la
France fut organisée de manière centrale. Le Ministère de
la reconstruction, fondé en 1945 à Paris, décida la
reconstruction à l'identique des centres villes historiques comme
Saint-Malo, Blois ou Gien. Certaines villes gravement détruites furent
déclarées « laboratoires en sciences humaines ». En
dehors de Royan, se trouvait sur la liste : Saint-Dié, Dunkerque,
Calais, Toulon et le Havre. Claude Ferret, architecte bordelais, fut
nommé architecte en chef de la zone de Royan par le Ministre Raoul
Dautry. En 1946 il créa le plan directeur pour la reconstruction de la
ville balnéaire de Royan, ce dernier fut réalisé dans sa
quasi-totalité.
« Il apparaît que la composition d'ensemble de
cette création n'aura la chance de voir le jour que soumise aux
conditions de l'autorité centrale française. Malgré toute
l'admiration pour ces efforts considérables il ne faut pas ignorer
l'envers de la médaille : jusqu'à aujourd'hui ni la commune, ni
la population, ni les touristes ne peuvent s'identifier aux changements
radicaux décidés sans leur consentement.
Ce sont donc toujours les villas pittoresques de la Belle
Epoque, comme par exemple dans le quartier le Parc qui continuent, il semble,
à perpétuer l'identité de la ville de Royan. »
(Colloque, juin 2000)
Pierrette Fleuriaux, écrivain contemporain, dans une
nouvelle Le collier de la reine, nous rend bien compte de cet ancrage du
passé : « Royan fut la perle de cette côte, la reine des
villes balnéaires. Puis elle fut blessée. Pour continuer à
vivre, elle a dû se refaire autre. La nouvelle ville a perdu nombre de
ses splendeurs, elle n'attire plus les mêmes soupirants riches et
célèbres. La grande dame d'autrefois a dû se plier à
la pauvreté de l'après-guerre, se vêtir de béton,
porter des parures plus sobres et plus fonctionnelles. A l'intérieur
d'ellemême, elle reste blessée. Cette blessure, on la
perçoit lors des grandes fêtes, celle du 15 août par
exemple, qui si souvent ici font revivre la Belle Epoque. J'ai
essayé de faire comprendre aux enfants cette histoire
particulière de la ville dans une histoire destinée aux 10-13 ans
: Trini fait des vagues. L'un des personnages, Bertrand-Duffard y incarne, de
façon exacerbée et jusqu'au crime, le regret du passé. La
fillette qui débrouille l'énigme incarne, elle, l'attachement
simple et sans histoire à la ville d'aujourd'hui où elle passe de
bonnes vacances. » (Colloque, juin 2000)
Il est important de mettre en évidence ce «
prestige perdu » dans la mesure où l'Adjointe au Maire
chargée de la culture, semble encore actuellement très
attachée à en retrouver la marque, bien décidée
à faire reconnaître et apprécier le patrimoine
d'après-guerre.
|