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Cultures jeunes et représentations territoriales; l'exemple de la ville de Royan


par Samuel-Jehan TARAIN
Université de Poitiers - UFR Sciences Humaines et Arts - Maîtrise
Traductions: Original: fr Source:

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2) Un prototype du contemporain urbanisé objet de controverses

« Si dans trois ans, Ferret, la ville n'est pas reconstruite je vous ferais fusiller. » Cette boutade du Ministre Dautry était loin de la réalité, il a fallu déjà 2 ans pour enlever les décombres. Dans un premier temps, Ferret, et son assistant Simon, deux architectes de formation classique et sans expérience, commencèrent, inspirés notamment du Trocadéro à Paris, par dessiner des plans classiques. Mais en 1947, à la lecture de la revue « architecture d'aujourd'hui », leurs idées se tournèrent très vite vers l'architecture brésilienne. Les plans ainsi transformés laissent apparaître des influences mutuelles entre l'architecture brésilienne et française. « D'une part, en commun prime l'expressionnisme qui, plutôt que d'accentuer le côté fonctionnel du contemporain ainsi qu'une méthodique dans sa réalisation, se traduit comme une composition artistique.

Ainsi se trouvent des similitudes entre le front de mer de Royan et les complexes d'habitations étirées tels que les a conçus Eduardo Reidy à Rio de Janeiro de 1950 à 1952. D'autre part, des similitudes surprenantes apparaissent entre la structure initiale de Royan et

l'ébauche urbanistique de base de la ville de Brasilia de Lucio Costa en 1957 : malgré une échelle différente, le thème de composition repose dans les deux villes sur le principe de la colonne vertébrale courbée. » (Colloque, juin 2000)

D'un autre côté, Royan est aussi un ensemble représentatif de l'architecture classicocontemporaine, avec des caractéristiques typiques des années 50. En outre, « Royan est également un monument pionnier en ce qui concerne la construction en coque de béton et des fondations bétonnées. » (Colloque, juin 2000) On peut voir notamment la coquille du marché couvert par Louis Simon, ou bien l'église de Guillaume Gillet. Ce béton à Royan était un commandement de l'économie et un credo de la modernité. Cependant, le climat corrosif, la fragilité des constructions due à la salinité du sable utilisé pour le béton et aux vices de fabrication dus à l'économie désastreuse d'après-guerre, sont en partie à l'origine d'une destruction active.

En effet, « cet essai unique dans l'histoire de la reconstruction européenne ne trouvera dans l'ensemble que peu de reconnaissance. » La population et ses représentants ont du mal à accepter et à comprendre la valeur d'une architecture « qui puise son esthétisme dans la réduction ». Le bâtiment du casino, pourtant indispensable à l'urbanisme, a été détruit en 1986 pour cause de dégradation. Aussi, la pression économique du tourisme de masse réclamant de plus en plus de logements impose de nombreux changements insidieux.

Depuis quelques années, une prise de conscience a amené la politique culturelle de la ville à protéger le bâti issu de la reconstruction en faisant par exemple classer certains monuments tels que l'église. De nouveaux projets voient le jour dans cette perspective, et maintenir Royan est une question d'argent. Ainsi, un concepteur a remarqué que c'est « dans le maintien d'une architecture d'après-guerre que se trouvera la valeur marchande de Royan aux différents points de la ville ». Ce dernier investit dans des nouveaux projets d'habitat grand standing, dans le pur style du contemporain international. Il est de plus toujours question de la création d'un musée des années 50. Royan pourrait alors devenir une ville musée, « démonstration unique de différents modèles d'urbanisme et d'architecture ».

Néanmoins, « l'héritage moderne est toujours ressenti comme un poids et non pas reconnu comme une identité. » (Colloque, juin 2000)

Ce bref historique est très évocateur des représentations prestigieuses de la Belle époque, encore très fortement ancrées dans l'inconscient collectif royannais, qui expliquent en partie la volonté des acteurs actuels, à « refaire » briller la ville. Nous verrons que les cultures jeunes ont « du mal » à se faire une place, au sein de cet esprit conservateur.

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