2) Un prototype du contemporain urbanisé objet de
controverses
« Si dans trois ans, Ferret, la ville n'est pas
reconstruite je vous ferais fusiller. » Cette boutade du Ministre
Dautry était loin de la réalité, il a fallu
déjà 2 ans pour enlever les décombres. Dans un premier
temps, Ferret, et son assistant Simon, deux architectes de formation classique
et sans expérience, commencèrent, inspirés notamment du
Trocadéro à Paris, par dessiner des plans classiques. Mais en
1947, à la lecture de la revue « architecture d'aujourd'hui »,
leurs idées se tournèrent très vite vers l'architecture
brésilienne. Les plans ainsi transformés laissent
apparaître des influences mutuelles entre l'architecture
brésilienne et française. « D'une part, en commun prime
l'expressionnisme qui, plutôt que d'accentuer le côté
fonctionnel du contemporain ainsi qu'une méthodique dans sa
réalisation, se traduit comme une composition artistique.
Ainsi se trouvent des similitudes entre le front de mer de
Royan et les complexes d'habitations étirées tels que les a
conçus Eduardo Reidy à Rio de Janeiro de 1950 à 1952.
D'autre part, des similitudes surprenantes apparaissent entre la structure
initiale de Royan et
l'ébauche urbanistique de base de la ville de
Brasilia de Lucio Costa en 1957 : malgré une échelle
différente, le thème de composition repose dans les deux villes
sur le principe de la colonne vertébrale courbée. »
(Colloque, juin 2000)
D'un autre côté, Royan est aussi un ensemble
représentatif de l'architecture classicocontemporaine, avec des
caractéristiques typiques des années 50. En outre, «
Royan est également un monument pionnier en ce qui concerne la
construction en coque de béton et des fondations
bétonnées. » (Colloque, juin 2000) On peut voir
notamment la coquille du marché couvert par Louis Simon, ou bien
l'église de Guillaume Gillet. Ce béton à Royan
était un commandement de l'économie et un credo de la
modernité. Cependant, le climat corrosif, la fragilité des
constructions due à la salinité du sable utilisé pour le
béton et aux vices de fabrication dus à l'économie
désastreuse d'après-guerre, sont en partie à l'origine
d'une destruction active.
En effet, « cet essai unique dans l'histoire de la
reconstruction européenne ne trouvera dans l'ensemble que peu de
reconnaissance. » La population et ses représentants ont du
mal à accepter et à comprendre la valeur d'une architecture
« qui puise son esthétisme dans la réduction ».
Le bâtiment du casino, pourtant indispensable à l'urbanisme,
a été détruit en 1986 pour cause de dégradation.
Aussi, la pression économique du tourisme de masse réclamant de
plus en plus de logements impose de nombreux changements insidieux.
Depuis quelques années, une prise de conscience a
amené la politique culturelle de la ville à protéger le
bâti issu de la reconstruction en faisant par exemple classer certains
monuments tels que l'église. De nouveaux projets voient le jour dans
cette perspective, et maintenir Royan est une question d'argent. Ainsi, un
concepteur a remarqué que c'est « dans le maintien d'une
architecture d'après-guerre que se trouvera la valeur marchande de Royan
aux différents points de la ville ». Ce dernier investit dans
des nouveaux projets d'habitat grand standing, dans le pur style du
contemporain international. Il est de plus toujours question de la
création d'un musée des années 50. Royan pourrait alors
devenir une ville musée, « démonstration unique de
différents modèles d'urbanisme et d'architecture ».
Néanmoins, « l'héritage moderne est
toujours ressenti comme un poids et non pas reconnu comme une identité.
» (Colloque, juin 2000)
Ce bref historique est très évocateur des
représentations prestigieuses de la Belle époque, encore
très fortement ancrées dans l'inconscient collectif royannais,
qui expliquent en partie la volonté des acteurs actuels, à «
refaire » briller la ville. Nous verrons que les cultures jeunes ont
« du mal » à se faire une place, au sein de cet esprit
conservateur.
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