B - UNE CRISE DE LA JEUNESSE ?
1° Une « stigmatisation » dangereuse
En ce début d'année 2002, Jack Lang, alors
ministre de l'éducation nationale, dénonçait un «
climat d'hystérie inacceptable » qui donne «
l'impression que tous les jeunes seraient des pré-délinquants en
puissance ». En effet, la présidentielle 2002, par son
discours
sécuritaire, a ni plus ni moins accentué le
« malaise » déjà existant entre les jeunes et le monde
politique, discours renforcé par une médiatisation excessive des
phénomènes de sécurité en France et en particulier
dans les cités. Le fossé est ainsi creusé, et Jack Lang,
se défendant de faire du « jeunisme » déplore que
« les politiques parlent des jeunes comme d'une population exotique,
les rangeant dans une seule et même catégorie. Si
l'incompréhension des politiques face aux jeunes semble être une
évidence, certains auteurs comme Robert Muchembled, évoque la
« stigmatisation du péril jeune » par les politiques
comme un moyen de « rejeter une partie du poids écrasant de
leur culpabilité collective. » (Le monde de
l'éducation, mai 2002)
A mesure que la population française vieillit, un
habitant sur quatre a moins de 20 ans contre un sur trois en 1968, que la
question essentielle demeure celle du financement des retraites, les jeunes,
qui de plus en plus qualifiés se voient offrir des contrats de travail
au rabais, commencent à perdre espoir devant l'incertitude de leur
avenir. En outre, semble se renforcer le clivage entre les personnes
diplômées et celles moins qualifiées pour qui les
difficultés d'insertion sociales sont plus importantes. Alors, la
solidarité familiale s'organise autour des ces « jeunes » qui
ont du mal à s'émanciper du cocon familial et par
conséquent, à trouver une réelle autonomie.
2) Un pacte générationnel rompu
Paradoxalement, si les jeunes sont de plus en plus tard
financièrement dépendants de leurs parents, le fossé
semble se creuser entre « eux » et le reste de la
société.. « Nous savons en effet les efforts
considérables que les familles consacrent à la qualité de
l'éducation et au bien-être de leurs enfants, les aides
matérielles, symboliques et en numéraire qui sont offertes aux
nouvelles générations par leurs parents, grands-parents et
parfois au-delà. Nous mesurons les flux inestimables de ressources que
prodiguent les aînés à leurs proches. » (Dossier
:Au croisement des générations, mars 2003) Cependant, entre
solidarités et conflits, le pacte générationnel semble
avoir été rompu.
Louis Chauvel évoque quant à lui plusieurs marques
de fracture générationnelle :
- Le premier élément est « la
répartition du pouvoir d'achat : en 1975, les
salariés de 50 ans gagnaient en moyenne 15 % de
plus que les salariés de 30 ans, les classes d'âge adultes vivant
alors sur un pied d'égalité. Aujourd'hui, l'écart est de
40 % . »
- « Le deuxième facteur affecte les
progrès des qualifications. (...) Pour
l'essentiel, l'expansion des cadres est portée
aujourd'hui par la dynamique des quinquagénaires. Les
générations nées entre 1945 et 1950 sont restées
tout au long de leur carrière sur la crête d'une vague montante de
cadres qui s'étiole pour les puînés. »
- Il insiste ensuite sur le « revirement des chances
d'ascension sociale. (...)Pour
la génération née vers 1945,
l'ascension sociale a fonctionné à plein régime. Pour
leurs propres enfants, nés vers 1975, ces conditions d'ascension sont
souvent compromises (...).
- Le constat suivant est que, « pour la première
fois en période de paix, la
situation de la jeune génération est plus
difficile que celle des parents, (...) le taux de chômage deux ans
après la sortie des études est supérieur à 20 %.
»
- « Un autre point concerne la transmission de notre
modèle social aux
générations futures. » Louis
Chauvel évoque ici l'allongement des cotisations sur les retraites et
les conditions plus faciles pour les jeunes diplômés, faisant
référence aux « germes d'une nouvelle
société d'inégalité. »
- Enfin, un dernier fait touche le « problème de
la transmission, non pas
patrimoniale mais politique. Le déséquilibre
de la représentation politique se mesure à un indice clair : en
1982, l'âge du représentant syndical ou politique moyen
était de 45 ans, il est de 59 ans en 2000. » (Dossier : au
croisement des générations, mars 2003)
D'ailleurs, « de Karl Marx à Karl zéro
», les jeunes montrent un désintérêt certains
pour la politique « qui ainsi désidéalisée, faite
par des hommes, avec leurs petits travers, et non par des demi-dieux
(Churchill, De Gaulle), » connaît de grandes difficultés
à rester crédible.
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