2) Cultures jeunes et nouvelles formes de
territorialité
Alors que certains parlent volontiers de
déterritorialisation et de reterritorialisation, Debarbieux et Vanier
évoque une « complexité territoriale nouvelle
désignant l'ensemble des processus qui, dans les domaines politiques,
économiques et sociaux, conduisent d'une part, à une
démultiplication et une imbrication des espaces de
référence, d'autre part, à une différenciation des
temporalités et des territorialités en fonction desquelles les
pratiques sociales et spatiales sont vécues et structurées.
» (Ces territorialités qui se dessinent, Debarbieux, 2002)
Cependant, toujours selon ces auteurs, le territoire et la
territorialité restent bien des « outils opératoires
d'analyse du rapport à l'espace des sociétés
contemporaines, à condition de renoncer au caractère uniscalaire
et totalisant que la signification de ces termes avait pu prendre.
»
En effet, la post-modernité, évoquée
précédemment, à laquelle sont inhérentes les
cultures jeunes, confère à la territorialité un
caractère multiscalaire, influençant en même temps les
processus identitaires. En conséquence, « L'identité
chez l'être moderne et postmoderne n'est pas exclusive mais qu'elle
constitue un élément d'une mosaïque identitaire plus vaste.
» (Simard, 2000)
Nous pouvons donc, partant d'une base territoriale locale,
nous confronter à d'autres paliers territoriaux, mais aussi aux
réseaux sociaux propres à la post-modernité, et
présents à toutes les échelles territoriales.
Par exemple, un jeune royannais peut tout à fait
être étudiant à Poitiers, et évoluer en même
temps dans la région ou même en France, à travers le
réseau informel qui caractérise la scène des musiques
actuelles. De la même manière, un lycéen royannais peut
appréhender un double processus identitaire en intégrant ce
réseau pour satisfaire ses loisirs musicaux, d'autant plus lorsque sa
demande n'est pas prise en compte au sein de sa « base territoriale.
» Nous pourrons constater par la suite vers quels territoires mouvants,
non structurés vont ces jeunes, mais y aurait-t-il un risque de «
dérive », d' « errance », lié à une
certaine déterritorialisation ?
3) Les dangers d'une déterritorialisation
excessive... ?
Peut-on véritablement parler de « danger » ?
Ou est-il possible de voir en ces nouvelles constructions identitaires, quelque
chose de positif ? Pour exemple, un jeune désocialisé, voire
déterritorialisé court-il vraiment un risque à ne
s'identifier ou à ne trouver une vie communautaire qu'au sein du
réseau des musiques actuelles, par cette forme de territorialité
? Ou est ce un autre moyen de se découvrir soi-même, dans sa
singularité et pourquoi pas se réintégrer de plus
belle?
Anne-Marie Costalat-Founeau (1997), décrit la notion
d'identité collective, « avec son recours à l'unique
collectivité », comme pouvant « falsifier en quelque
sorte la notion d'identité dans le pur sens du terme, car
l'identité collective fait partie de l'identité sociale. »
Ainsi, évoluer « ailleurs » peut être un moyen
supplémentaire pour se construire et se trouver soi-même, sans
forcément rejeter son territoire d'origine.
Finalement, on peut entrevoir un côté positif
dans le fait d'évoluer hors de son territoire, les dangers
résidant principalement dans les sentiments négatifs de non-
appartenance qui peuvent parfois, mais rarement, conduire à «
l'inconsciente » errance...
Ainsi, travaillant sur les « les territoires de
l'errance chez les jeunes sans domicile fixe », Djemila Zeneidi-Henry
évoque depuis les années 90 « les grands rassemblements
de jeunes gens au look néo-punk ou grunges, tatoués,
percés et accompagnés de chiens. Ils transforment les grands
festivals de musique et de théâtre de rue en lieux de rendez-vous
réguliers. Ainsi, les festivals de Bourges, de la Rochelle, d'Aurillac,
de Belfort, d'Avignon deviennent des lieux centraux de la zone. »
Ceci peut en partie expliquer l'amalgame trop souvent fait,
entre une majorité de jeunes assoiffés de musiques nouvelles et
variées, et une population minoritaire, souvent nomade, parfois
délinquante, régulièrement regroupée autour de la
scène des musiques
actuelles. Cet amalgame, cette « crainte », est
relativement compréhensible, car « si l'errance fait peur, elle
fascine et attire une part de la jeunesse sans problèmes particuliers et
qui font un passage à la rue, le temps d'un été ou d'un
week-end. C'est l'errance récréative » (Zeneidi-Henry,
2002).
Peut-on de cette manière comprendre le
côté réfractaire à ces cultures de la ville de Royan
? Peut-on ainsi expliquer son action très limitée en faveur de
ces cultures ?
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