C - L'EXEMPLE DES SPORTS DE GLISSE URBAINE A ROYAN
1) Skateboard : sport, culture et identité
Skateboard, roller et autres sports à roulettes, ces
cultures jeunes intéressent tout particulièrement notre sujet
puisque leur intérêt identitaire est très important, et,
nous verrons qu'en terme d'espace, l'appréhension de ce dernier par les
pratiquants en fait un intérêt géographique certain qui
mériterait assurément une étude spécifique plus
approfondie.
Vêtements amples, musiques actuelles, chaussures
spécifiques, les « skaters » ont un « look », une
attitude, un état d'esprit, autant de codes qui les caractérisent
et les lient entre eux, se fondant ainsi une véritable identité
sociale.
L'épopée skateboard commence dans les
années 70 en Californie, où les premiers « surfeurs du
macadam » dévalaient des pentes sur des planches alors
expérimentales. C'est dans les années 80 que le mouvement prend
réellement forme et se radicalise. Des marques nouvelles donnent
naissance à des planches innovantes rendant possibles certaines figures
acrobatiques. On assiste alors à une explosion du skate de rue, les
jeunes découvrent un formidable potentiel concernant l'approche de
l'espace et en particulier le mobilier urbain.
Depuis, ce loisir sportif à connotation artistique n'a
cessé d'évoluer et de faire de nouveaux adeptes. Mais la glisse
urbaine, se pratiquant essentiellement dans les rues au départ, a
généré parfois des conflits spatiaux entre les promeneurs
et les « skaters. » En effet, les risques de chutes ou de planches
pouvant s'échapper vers les jambes des passants, peuvent parfois
occasionner des accidents. Ainsi sont nées les premières aires de
skateboard, à l'origine d'enjeux territoriaux souvent complexes de part
l'aspect spectaculaire de la discipline.
2) Glisse urbaine et enjeux territoriaux à Royan
En 1989, dans une volonté de se démarquer de
l'ancienne équipe en charge de la jeunesse, un conseiller municipal
parvient à faire installer une rampe de skate en plein front de mer,
devant la base nautique. L'opération est un succès, l'emplacement
est idéal à cette pratique qui, été comme hiver,
attire de nombreux badauds de part son intérêt spectaculaire.
Cependant, en 4 ou 5 ans, la discipline ayant
évolué en même temps que sa quantité de pratiquants,
les jeunes gens (des garçons de manière largement majoritaire),
arborent un style de plus en plus aérien voire « agressif »
dans leur manière d'appréhender l'espace urbain. Effectivement,
ne se suffisant plus de la rampe ( qui est maintenant une pratique parmi
d'autre au sein de la discipline skateboard ), ils se mirent à pratiquer
le « street », évoluant dans la ville en utilisant le mobilier
urbain pour réaliser différentes figures.
Leur territoire de prédilection à Royan
était resté le front de mer, exploitant « leur richesse
» urbaine (trottoirs, divers murets, une surface plane parfaite...) sous
l'oeil admiratif mais parfois dédaigneux des passants. «
Dédaigneux », puisque les promeneurs souvent âgés
craignaient les risques d'accidents à leur encontre, et certaines
figures étaient à terme, à l'origine de
dégradations du mobilier urbain.
Ainsi, en 1995, une nouvelle équipe municipale mets fin
à cette aventure en déplaçant la rampe derrière la
gare, sur le marais de Pousseau et en interdisant la pratique de rue par des
arrêtés municipaux appelant les forces de l'ordre à la
répression du skateboard de rue.
Mais les jeunes pratiquants sont mécontents, puisque
« interdits de séjour » dans la ville, la rampe étant
souvent humide (donc impraticable) et à proximité de camps de
gens du voyage occasionnant certaines dégradations ; certains d'entre
eux décident donc de fonder une association en 1998 pour une meilleure
reconnaissance de leur pratique sur le territoire royannais.
|