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Cultures jeunes et représentations territoriales; l'exemple de la ville de Royan


par Samuel-Jehan TARAIN
Université de Poitiers - UFR Sciences Humaines et Arts - Maîtrise
Traductions: Original: fr Source:

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3) Prospective territoriale et aménagement d'un espace de glisse urbaine

Le premier enjeu territorial inhérent à l'aménagement d'un espace de skateboard, fut sans aucun doute l'intérêt démonstratif de la discipline, suggérant un lieu de passage, ouvert à la vue du public. Deux endroits furent d'abord étudiés au niveau du front de mer, un point de passage très fréquenté. La promenade Mohamédia ( en plein centre du front de mer, entre la plage de la grande conche et le Port) et l'espace devant l'auditorium (délaissé depuis de nombreuses années) correspondaient tout à fait aux attentes des jeunes pratiquants, mais la sécurité des promeneurs (souvent âgés) a primé, ainsi qu'un refus de la part des forains concernant l'auditorium.

Après une nouvelle réflexion non porteuse concernant un espace plan au-dessus de la plage de Foncillon, l'étude s'arrêta sur la Tâche verte, une place située en plein centre, près de l'ancienne gare routière, principalement investie depuis des années par les joueurs de pétanque.

L'association des jeunes skaters (Roulettes N' Musette), principale consultante et initiatrice du projet a approuvé l'emplacement, situé non loin du front de mer et lieu de passage ouvert sur la ville. Pour le directeur du service des sports, l'aménagement sur ce site a été approuvé principalement pour trois raisons :

- Le respect de l'intérêt démonstratif de la discipline préférant le centre ville

- La distance raisonnable des habitations car ces sports à roulettes occasionnent des

nuisances sonores notables (même si généralement couvertes par la circulation

automobile)

- L'aspect dégagé de cette place rendant possible une surveillance policière

efforts, les jeunes admettent volontiers une certaine reconnaissance de leur culture mais évoquent encore un sentiment d'appartenance au territoire royannais réduit et un besoin d'espace, d'expression non satisfaite.

En effet, nous allons voir à présent que cet espace ne fait pas l'unanimité, et ce en particulier à cause de la surface restreinte dont disposent les « skaters », surface minimum que l'association consultante accepta en dernier recours, en précisant bien qu'il aurait mieux valu une aire plus conséquente.

4) Représentations et comportements spatiaux des « skaters » royannais

En juin 2000 fut inaugurée officiellement la nouvelle aire de skateboard de Royan incluant une rampe et quatre modules imitant le mobilier urbain (marches, tremplins...). Cet espace très fréquenté par les intéressés, qui en ont fait « leur » territoire, est un réel succès, intégrant cette discipline à la ville de Royan. Cependant nous allons voir que les pratiquants ont certaines exigences qui ont des conséquences en terme de satisfaction et en terme de comportements spatiaux.

Si la figure qui va suivre recense 29% de pratiquants, ce qui est déjà considérable, la surprise résida surtout dans le fait de découvrir 22% de personnes intéressées par l'aspect démonstratif de la discipline dont 70% de filles ( notons que tous les pratiquants recensés sont de sexe masculin ). Cette remarque est importante dans la mesure où elle crédibilise l'aspect spectaculaire du skateboard qui génère un public de non pratiquants lors de compétitions ou de simples démonstrations.

Au sujet de la satisfaction quant à la qualité de l'aire dédiée aux sports à roulettes, on peut constater une tendance généralisée à l'insatisfaction. La principale critique concerne la surface de l'espace, car l'exécution de certaines figures sur les modules nécessite une prise d'élan importante. L'appréciation des modules est en général plutôt positive, mais les néophytes leurs trouvent parfois une difficile accessibilité due à leur hauteur.

FIG 8 : Jeunes pratiquants ou non un sport de glisse urbaine

à Royan

NON
49%

mobilité de non
pratiquants vers
ce type de
manifestation
22%

Dont 70% de filles

OUI
29%

67

(%)

25

20

35

30

15

10

5

0

Pleinement
satisfait

FIG 9 : Appréciation de l'aire de skate de Royan par les
pratiquants

Plutot satisfait Plutot insatisfait Totalement

insatisfait

Sources : données personnelles issues du questionnaire

Les pratiquants, et surtout ceux confirmés, sont en général mobiles et savent se renseigner mutuellement sur l'intérêt qu'il peut y avoir à se déplacer vers tel ou tel site. Cependant, on peut penser que la relative insatisfaction par rapport à l'offre royannaise, accentue très certainement la mobilité des pratiquants, qui trouvent ainsi sur d'autres territoires, des sensations « impossibles » à Royan ou dans la communauté d'agglomération. En effet, depuis la création d'une aire spécifique à Royan en 2000, plusieurs communes du Pays ont suivi ; on a vu alors fleurir quelques petites structures de surface moindre avec 3 à 4 modules sur les communes de la Tremblade, Saujon, Saint-Palais, Breuillet et Saint-Georges de Didonne. Mais la satisfaction par rapport à ces lieux de glisse semble correspondre à celle découverte à Royan, c'est-à-dire plutôt mauvaise de la part des « riders » confirmés qui aspirent à plus d'espace en général. Peut-être un aménagement plus conséquent par la Communauté d'Agglomération aurait été plus judicieux, en tout cas les pratiquants n'hésitent pas à sortir du Pays ou même de la région, pour découvrir de nouveaux espaces de glisses.

Fig. 10 : Répartition des lieux de glisses urbaines pratiqués par les jeunes royannais

Royan et pays royannais

3.5% Nantes

Au sein du département de la Charente-Maritime Hors département

40%

17.5%

Rochefort

Saintes

Bordeaux

3.5%

3.5%

3.5%

17.5%

3.5%

3.5%

3.5%

Montpellier

0 30km

Sources : données personnelles issues du questionnaire

69

(%)

60

50

40

30

20

10

0

jusqu'à 20 km jusqu'à 50 km jusqu'à 100 km > à 100 km

FIG 11 : Distances envisageables par les jeunes allant vers une manifestation de
skateboard

Sources : données personnelles issues du questionnaire

Effectivement, si la moitié des jeunes intéressés ne vont que jusqu'à 20 km, on peut constater que 27% sont prêts à dépasser la centaine de kilomètres. Ainsi, rares n'étaient pas les réponses mentionnant Niort, Poitiers, Angoulême et Bordeaux, ces jeunes affichant de la sorte une territorialité multi-scalaire. Cette appréhension de l'espace semble plus liée cependant à la discipline même, qu'à une mauvaise qualité des structures proposées en Pays royannais, mais cette dernière accentue certainement les phénomènes de délocalisation.

Finalement, la méfiance des populations âgées face à cette discipline et une offre de structures limitée contribuent à alimenter une représentation négative du territoire royannais chez les pratiquants, même si ces derniers sont en général avides de nouveaux espaces à appréhender. Il faut en outre préciser que l'impulsion qui a conduit à l'aménagement d'un espace adapté était d'origine privée, essentiellement par des jeunes passionnés qui dénoncent une mauvaise compréhension de ces pratiques par les élus, perçue lors de leurs démarches.

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