3) Prospective territoriale et aménagement d'un
espace de glisse urbaine
Le premier enjeu territorial inhérent à
l'aménagement d'un espace de skateboard, fut sans aucun doute
l'intérêt démonstratif de la discipline, suggérant
un lieu de passage, ouvert à la vue du public. Deux endroits furent
d'abord étudiés au niveau du front de mer, un point de passage
très fréquenté. La promenade Mohamédia ( en plein
centre du front de mer, entre la plage de la grande conche et le Port) et
l'espace devant l'auditorium (délaissé depuis de nombreuses
années) correspondaient tout à fait aux attentes des jeunes
pratiquants, mais la sécurité des promeneurs (souvent
âgés) a primé, ainsi qu'un refus de la part des forains
concernant l'auditorium.
Après une nouvelle réflexion non porteuse
concernant un espace plan au-dessus de la plage de Foncillon, l'étude
s'arrêta sur la Tâche verte, une place située en plein
centre, près de l'ancienne gare routière, principalement investie
depuis des années par les joueurs de pétanque.
L'association des jeunes skaters (Roulettes N' Musette),
principale consultante et initiatrice du projet a approuvé
l'emplacement, situé non loin du front de mer et lieu de passage ouvert
sur la ville. Pour le directeur du service des sports, l'aménagement sur
ce site a été approuvé principalement pour trois raisons
:
- Le respect de l'intérêt démonstratif de la
discipline préférant le centre ville
- La distance raisonnable des habitations car ces sports
à roulettes occasionnent des
nuisances sonores notables (même si
généralement couvertes par la circulation
automobile)
- L'aspect dégagé de cette place rendant possible
une surveillance policière
efforts, les jeunes admettent volontiers une certaine
reconnaissance de leur culture mais évoquent encore un sentiment
d'appartenance au territoire royannais réduit et un besoin d'espace,
d'expression non satisfaite.
En effet, nous allons voir à présent que cet
espace ne fait pas l'unanimité, et ce en particulier à cause de
la surface restreinte dont disposent les « skaters », surface minimum
que l'association consultante accepta en dernier recours, en précisant
bien qu'il aurait mieux valu une aire plus conséquente.
4) Représentations et comportements spatiaux des
« skaters » royannais
En juin 2000 fut inaugurée officiellement la nouvelle
aire de skateboard de Royan incluant une rampe et quatre modules imitant le
mobilier urbain (marches, tremplins...). Cet espace très
fréquenté par les intéressés, qui en ont fait
« leur » territoire, est un réel succès,
intégrant cette discipline à la ville de Royan. Cependant nous
allons voir que les pratiquants ont certaines exigences qui ont des
conséquences en terme de satisfaction et en terme de comportements
spatiaux.
Si la figure qui va suivre recense 29% de pratiquants, ce qui
est déjà considérable, la surprise résida surtout
dans le fait de découvrir 22% de personnes intéressées par
l'aspect démonstratif de la discipline dont 70% de filles ( notons que
tous les pratiquants recensés sont de sexe masculin ). Cette remarque
est importante dans la mesure où elle crédibilise l'aspect
spectaculaire du skateboard qui génère un public de non
pratiquants lors de compétitions ou de simples démonstrations.
Au sujet de la satisfaction quant à la qualité
de l'aire dédiée aux sports à roulettes, on peut constater
une tendance généralisée à l'insatisfaction. La
principale critique concerne la surface de l'espace, car l'exécution de
certaines figures sur les modules nécessite une prise d'élan
importante. L'appréciation des modules est en général
plutôt positive, mais les néophytes leurs trouvent parfois une
difficile accessibilité due à leur hauteur.

FIG 8 : Jeunes pratiquants ou non un sport de glisse
urbaine
à Royan
NON 49%
mobilité de non pratiquants vers ce type de
manifestation 22%
Dont 70% de filles
OUI 29%
67

(%)
25
20
35
30
15
10
5
0
Pleinement satisfait
FIG 9 : Appréciation de l'aire de skate de Royan
par les pratiquants
Plutot satisfait Plutot insatisfait Totalement
insatisfait
Sources : données personnelles issues du questionnaire
Les pratiquants, et surtout ceux confirmés, sont en
général mobiles et savent se renseigner mutuellement sur
l'intérêt qu'il peut y avoir à se déplacer vers tel
ou tel site. Cependant, on peut penser que la relative insatisfaction par
rapport à l'offre royannaise, accentue très certainement la
mobilité des pratiquants, qui trouvent ainsi sur d'autres territoires,
des sensations « impossibles » à Royan ou dans la
communauté d'agglomération. En effet, depuis la création
d'une aire spécifique à Royan en 2000, plusieurs communes du Pays
ont suivi ; on a vu alors fleurir quelques petites structures de surface
moindre avec 3 à 4 modules sur les communes de la Tremblade, Saujon,
Saint-Palais, Breuillet et Saint-Georges de Didonne. Mais la satisfaction par
rapport à ces lieux de glisse semble correspondre à celle
découverte à Royan, c'est-à-dire plutôt mauvaise de
la part des « riders » confirmés qui aspirent à plus
d'espace en général. Peut-être un aménagement plus
conséquent par la Communauté d'Agglomération aurait
été plus judicieux, en tout cas les pratiquants n'hésitent
pas à sortir du Pays ou même de la région, pour
découvrir de nouveaux espaces de glisses.

Fig. 10 : Répartition des lieux de glisses
urbaines pratiqués par les jeunes royannais
Royan et pays royannais
3.5% Nantes
Au sein du département de la Charente-Maritime Hors
département
40%
17.5%
Rochefort
Saintes
Bordeaux
3.5%
3.5%
3.5%
17.5%
3.5%
3.5%
3.5%
Montpellier
0 30km
Sources : données personnelles issues du
questionnaire

69
(%)
60
50
40
30
20
10
0
jusqu'à 20 km jusqu'à 50 km jusqu'à 100 km
> à 100 km
FIG 11 : Distances envisageables par les jeunes allant
vers une manifestation de skateboard
Sources : données personnelles issues du
questionnaire
Effectivement, si la moitié des jeunes
intéressés ne vont que jusqu'à 20 km, on peut constater
que 27% sont prêts à dépasser la centaine de
kilomètres. Ainsi, rares n'étaient pas les réponses
mentionnant Niort, Poitiers, Angoulême et Bordeaux, ces jeunes affichant
de la sorte une territorialité multi-scalaire. Cette appréhension
de l'espace semble plus liée cependant à la discipline
même, qu'à une mauvaise qualité des structures
proposées en Pays royannais, mais cette dernière accentue
certainement les phénomènes de délocalisation.
Finalement, la méfiance des populations
âgées face à cette discipline et une offre de structures
limitée contribuent à alimenter une représentation
négative du territoire royannais chez les pratiquants, même si ces
derniers sont en général avides de nouveaux espaces à
appréhender. Il faut en outre préciser que l'impulsion qui a
conduit à l'aménagement d'un espace adapté était
d'origine privée, essentiellement par des jeunes passionnés qui
dénoncent une mauvaise compréhension de ces pratiques par les
élus, perçue lors de leurs démarches.
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