3) Les pouvoirs publics déconcertés
Entre enjeux liés au vieillissement, une croissance
économique qui tarde encore et toujours à redémarrer, une
jeunesse qui doit « s'estimer heureuse » d'obtenir des contrats
souvent précaires, alors que la sécurité se voit renforcer
face à la grogne des cités et que le
taux de chômage ne diminue pas, les jeunes
générations restent en « quête de politiques
publiques ». L'âge, en tant que critère ultime de
l'élaboration des politiques publiques est remis en question et les
jeunes sont ainsi de plus en plus difficilement appréhendables.
« Cette invalidation potentielle du modèle de régulation
lié à l'âge est liée aux transformations sociales.
» (Jean-Charles Lagrée, mars 2003). A l'appui de cette
thèse on peut mentionner plusieurs évolutions ou tendances :
- « la déconnexion des critères
d'âge au regard du fonctionnement des
institutions ou la déchronologisation des parcours de
vie , ·
- la flexibilisation des parcours et leur
réversibilité, les parcours perdant
leur caractère linéaire et unidirectionnel
, ·
- la remise en cause de l'organisation ternaire de la vie et
le brouillage des
étapes du cycle de vie , ·
- l'individualisation des parcours de l'existence liée
à un certain degré de
désinstitutionalisation des âges. »
Il faut donc relativiser le critère d'âge, qui
n'est pas un outil de gestion suffisant pour les pouvoirs publics. Ainsi, les
« 16/25 ans » demeurent difficiles à identifier, et un
processus croissant d'individuation semble en être une des principales
causes. « La modernité, l'ultra ou la post-modernité,
jette un nouveau défi à notre approche de la perpétuation
de nos sociétés. C'est le changement de contexte de socialisation
qui fait une génération. Mais dans sa formation, la
génération devient productrice de différences. Une
génération sociale se construit dans sa différence par
rapport à une autre. » (Dossier : au croisement des
générations, mars 2003) Ainsi, si on a pu observer un tel
fossé dans le milieu des années 1970, ce changement semble
être de nouveau là.
« L'individualisme de la nouvelle
génération, vecteur de fragmentation du social et de dissolution
des collectifs » laisse donc perplexes les pouvoirs politiques.
« Mais à l'heure où les classes sociales, les
églises, les communautés ethniques et les institutions
s'étiolent et où montent les revendications qui font de
l'individu le centre de l'univers, quelle vertu, quelle caractérisation
pourrait habiter la génération montante sinon d'être la
génération de l'individu retrouvé ? » ( Au
croisement des générations, mars 2003) Cet individu, en
l'occurrence jeune, en mal d'identification, en mal de liberté, semble
paradoxalement s'attacher de nouveau à d'anciennes valeurs comme par
exemple la fidélité. En effet, « en 1981, 50 % des 18-26
ans estimaient que la fidélité était importante pour le
bonheur du couple , · en 1999, 85 % d'entre eux partagent cette
opinion. » (Au croisement des générations, mars 2003)
L'importance que lui accorde les jeunes serait en partie liée à
l'attachement à
d'autres valeurs telles que « l'authenticité
et le respect ». Si les jeunes ne retrouvent pas ces dernières
dans la représentation politique, il semblerait que bon nombre de
cultures qui leur sont propres s'y consacrent fortement. En toute
hypothèse, une meilleure prise en considération de cette
multitude culturelle serait peut-être une des clefs de la
réconciliation entre les « jeunes » et les pouvoirs
publics.
|