CHAPITRE II METHODES ET CONCEPTS GEOGRAPHIQUES
« Les loisirs constituent aujourd'hui, à
l'évidence, une donnée sociétales fondamentale. Ils
interviennent, en effet, comme un facteur structurant moteur dans ce champ de
forces qu'est le paysage ; ils jouent un rôle essentiel dans la mise en
place des formes d'organisation et des processus spatiaux... Avec le
développement des activités de détente, et avec la
montée en nombre de ce qui, dans toutes les couches sociales, y
participent, un discours sur l'organisation qui ne tiendrait pas compte de
cette dimension essentielle de l'existence que sont les loisirs serait
tronqué. » (Karl Ruppert, L'espace géographique,
1978)
Si le géographe peut analyser le
phénomène « sous l'angle des temps, des distances, des
pratiques sociales et des implantations », (G.Cazes, 1992) il doit
pour ce faire, utiliser en partie des moyens subjectifs mettant en scène
les acteurs, leurs sentiments et les territoires, tels que les
représentations et la territorialité.
A - LE CONCEPT DE REPRESENTATION
Analyser les comportements et représentations des
acteurs culturels, des élus et des jeunes concernant les « cultures
de jeunesse » au sein d'une petite ville littorale telle que Royan
relève d'une certaine dificulté. Une telle problématique
se situe donc dans une logique d'observation comportementale, celle qui
« privilégie l'étude des représentations et de
l'imagination pour expliquer l'influence des processus cognitifs sur la
connaissance et les pratiques sociales. » (A.Bailly et H.Beguin,
1995) Avant d'entrer pleinement dans le débat, notre étude
demande à priori quelques éclaircissements.
1) Les notions de temps et d'espace
Du temps cosmique, où prévalait l'organisation
quotidienne dans les sociétés anciennes, au temps social, visible
sur le long terme, rythmant notre vie sur une année voire plus, les
mentalités ont donc beaucoup évolué. Le temps et l'espace
sont intimement liés, et l'histoire marque et continue de marquer les
espaces. Ainsi, « le géographe cherche la manière dont
les temps historiques inscrits dans l'espace, s'affrontent, se bousculent,
s'excluent ou fusionnent pour donner naissance aux territoires d'aujourd'hui.
» (G. Di Meo, géographie sociale et territoires, 1998) De nos
jours, le temps est donc un paramètre fondamental en terme
d'organisation de l'espace et de comportements spatiaux. Entre «
distance standard (longueur géométrique séparant deux
points), distance temps (intervalle de durée entre deux points) et
distance affective (charge affective rapprochant ou séparant
deux point » (A.Bailly, 1985), nos
représentations des distances influencent considérablement notre
manière d'appréhender l'espace et le temps.
En terme d'espace, nous allons particulièrement nous
intéresser à l'espace relatif. « Après vingt
années de recherche, la géographie des représentations
nous éloigne bien de l'espace absolu de Newton, composé de points
ayant une existence indépendante des individus qui l'occupent ; elle
nous ouvre à cet espace relatif, si riche, anthropocentré, mis en
lumière par Leibniz et nous montre comment représentations,
environnement, pratiques sociales et spatiales interagissent dans le cadre d'un
système ouvert où les causalités simples n'existent pas.
» Ainsi appréhendé, l'espace devient «
résonance individuelle et sociale, faisant appel aux sens, à
l'apprentissage, aux structures d'organisation, aux systèmes de
vécu, mais aussi à l'imaginaire. » (A.Bailly, 1985).
Par cette dernière évocation, A.Bailly nous fait entrer
pleinement dans le champ des représentations et approche de cette
manière deux notions fondamentales : l'espace perçu et l'espace
vécu.
Le premier, qui consiste par des travaux fonctionnalistes
(témoignages, cartes mentales...), à saisir les observations et
représentations de l'espace géographique par des personnes ou des
groupes de personnes, articule réel et imaginaire. Il a pour objectif de
« comprendre les aspects spatiaux du comportement de l'homme et
notamment de mesurer et d'interpréter les dimensions subjectives de ses
valorisations spatiales. » (Y.André, Enseigner les
représentations spatiales, 1998). Il peut être
complété par des sondages, des enquêtes ou des
observations, mais connaît cependant des limites dans la mesure où
ces données ainsi recueillies font intervenir de nombreuses valeurs
inconscientes liées à la personnalité des personnes.
En second lieu, l'espace vécu,
caractérisé par la pratique, l'expérience d'un espace,
nous rend aussi compte des représentations d'un lieu, mais fait
intervenir la notion de sens donné aux espaces. « Or l'espace
devient territoire lorsque lui est affecté du sens. »
(Y.André, 1998) « Comprendre les territoires, c'est en
retrouver le sens, ou plutôt les différents sens qui peuvent se
superposer ou s'affronter. » Abordant ici une géographie de la
territorialité, entre sentiment d'appartenance et sens
donné aux espaces, une telle subjectivité nous invite à
explorer quelque peu les profondeurs de la conscience.
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