B - LA NOTION DE TERRITOIRE
1) De l'espace au territoire
« Espaces produits, perçus,
représentés, vécus, sociaux sont des catégories qui
concernent l'espace géographique. Il s'agit simplement de
modalités différentes de sa prise en compte : modalité de
l'action pour l'espace produit par les sociétés, modalité
de la connaissance ou de la cognition pour l'espace perçu et
représenté, modalité de l'existence humaine pour l'espace
vécu. » (Di Méo, 1998)
Cette dernière approche, par l'intérêt
qu'elle porte au sens donné aux espaces va être à l'origine
de la naissance des territoires. En effet, dans les années 70, les
géographes, s'ouvrant à d'autres disciplines des sciences
humaines telles que la psychologie, la sociologie ou encore l'anthropologie,
vont s'intéresser aux « liens subjectifs que tissent les hommes
et l'espace. » (Frémont, 1976)
Ainsi, selon Guy Di Méo, l'espace vécu recouperait
trois dimensions :
- « l'ensemble des lieux fréquentés par
l'individu, c'est-à-dire l'espace de vie , ·
- les interactions sociales qui s'y nouent (l'espace social)
, ·
- les valeurs psychologiques qui y sont projetées et
perçues. »
C'est cette dernière dimension qui charge de sens
l'espace de vie pratiqué par les hommes. Et, « dans la mesure
où toute pratique humaine comporte sa dimension imaginaire, l'espace de
vie, en tant qu'étendue où se déplacent les hommes,
n'échappent pas aux représentations qu'ils s 'en font.
Déformé de la sorte, il devient un espace vécu.
» (Di Méo, 1998)
Il évoque aussi l'espace vécu comme étant
une « métastructure spatiale », c'est-à-dire «
l'ensemble des structures, souples et labiles, tant sociales que spatiales, qui
rattachent l'individu à son milieu territorial. » De cette
manière, « l'espace vécu ou la métastructure
spatiale individuelle nous mettent directement sur le chemin la
territorialité. »
Néanmoins, avant d'aller plus loin en matière de
territoire et d'approfondir sur la portée identitaire de ce dernier,
attachons-nous tout d'abord à lui conférer une
définition.
2) Le territoire : espace approprié
« Espace approprié,
avec sentiment ou conscience de son appropriation, (...) quelque chose que l'on
intègre comme partie de soi et que l'on est donc prêt à
défendre. (...)
La notion de territoire est à la fois juridique,
sociale, culturelle, et même affective. Le territoire implique toujours
une appropriation de l'espace : il est autre chose que l'espace Le territoire
ne se réduit pas à une entité juridique ; (...) il ne peut
pas être non plus assimilé à une série d'espaces
vécus. (...) Il ne se réduit pas davantage à
l'enracinement paysan dans un lieu, ni aux attachements des citadins à
un quartier, ni aux lieux fréquentés :il y faut quelque chose de
plus, et d'abord les sentiments d'appartenance (je suis de là) et
d'appropriation (c'est à moi, c'est ma terre ou mon domaine).(...) Il
tient à la projection sur un espace donné, des structures
spécifiques d'un groupe humain, qui incluent le découpage et la
gestion de l'espace, l'aménagement de cet espace. Il contribue en retour
à fonder cette spécificité, à conforter le
sentiment d'appartenance, il aide à la cristallisation de
représentations collectives. (...)
Cette définition qu'a su tirer C.Fradin (2001) du
dictionnaire conçu par R.Brunet, R. Ferras et H.Théry, Les
mots de la géographie, dictionnaire critique, fait très bien
ressortir l'importance que confère le territoire au sentiment
d'appartenance à l'espace..
De son côté, G.Di Méo, réunissant au
sein du concept de territoire les deux notions
d'espace vécu et d'espace social, insiste sur quatre
significations à leur adjoindre :
- « Il décrit en se fondant sur les
données (spatiales) de la géographie, l'insertion de chaque sujet
dans un groupe, voire dans plusieurs groupes sociaux de
référence. Au terme de ces itinéraires personnels, se
construit l'appartenance, l'identité collective. (...)
- Dans sa dimension politique, par le caractère
volontaire de sa création, le
territoire traduit un mode de découpage et de
contrôle de l'espace garantissant la spécificité et la
permanence, la reproduction des groupes humains qui l'occupent. (...)
- (..) il constitue un remarquable champ symbolique. Certains
de ses éléments,
instaurés en valeurs patrimoniales, contribuent
à fonder ou à raffermir le sentiment d'identité collective
(...).
- L'importance du temps long, de l'histoire en matière
de construction
symbolique des territoires (...). »
Et nous pourrons d'ailleurs constater que l'histoire de Royan est
très fortement ancrée dans la politique de la ville, notamment
dans la politique culturelle.
Enfin, G Di.Méo fait état de l'aspect
multidimensionnel du territoire qui participe de trois ordres distincts. «
Il s'inscrit, en premier lieu, dans l'ordre de la
matérialité, de la réalité concrète de cette
terre d'où le terme tire son origine. (...)Il participe de l'ordre des
représentations collectives, sociales et culturelles. (...) Et
relève de la psyché individuelle. Sur ce plan, la
territorialité s'identifie pour partie à un rapport à
priori, émotionnel et présocial de l'homme à la terre.
(...) »
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