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ROYAUME DU MAROC
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Institut Supérieur de Commerce
et d'Administration des Entreprises
|
Cycle Supérieur de
Gestion
Dynamique des relations verticales et clustering
:
Quelle stratégie pour une
sous-traitance
aéronautique marocaine compétitive
?
Mémoire présenté pour l'obtention
du diplôme du Cycle Supérieur de Gestion
Par :
M. Zakaria BENHAR M. Soufyane
ETBER
M. Makram KHABBACHE
Jury :
Président : M. Hassan CHAGAR
Professeur associé à l'ISCAE, Directeur de
recherche
Suffragants : M. Abdelhanine BENALLOU
Directeur Général de l'Office National Des
Aéroports (ONDA) M. Hamid BENBRAHIM EL-ANDALOUSSI
Délégué Général du Groupe
SAFRAN
M. Lhassen HANNAOUI
Professeur à l'ISCAE et Directeur Stratégie Conseil
Maroc (STRATCO) M. Khalil AOUAD
Directeur Général Creuzet/Indraéro Maroc et
membre du Groupement des Industriels Marocains Aéronautique et Spatial
(GIMAS)
Mme Salima SAOULA
Directrice du Centre d'Etude et de Recherche Economique à
la Chambre Française de Commerce et d'Industrie du Maroc (CFCIM)
M. Abbes KAILIL
Professeur et Responsable Unité des Etudes à
l'Académie
Internationale Mohammed VI de l'Aviation Civile (AIMAC)

L'investigation documentaire de la présente
recherche a été arrêtée à la date du 30
Novembre 2007.
L'ISCAE n'entend donner ni approbation ni improbation aux
opinions émises dans le cadre de ce mémoire.
Ces opinions doivent être considérées
comme propres à leurs auteurs.
Groupe de Recherche BEK Zakaria
BENHAR, Soufyane ETBER, Makram
KHABBACHE Cycle Supérieur de Gestion-
ISCAE ~ : Av Annakhil, Lot 10, Rés. Riyad Annakhil,
Imm. A, Appt 11, Quart Riad, Rabat - Morocco @ :
mission.aeronautic.iscae@gmail.com
~ : + 212 61 30 23 80

(c) BEK

Remerciements
Nos grands remerciements vont, tout d'abord, à notre
directeur de recherche Monsieur Hassan CHAGAR, professeur associé
à l'ISCAE, pour ses orientations, ses conseils et ses encouragements
tout au long de la réalisation de ce travail.
Nos plus sincères remerciements vont ensuite à
Messieurs Abdelhanine BENALLOU Directeur Général de l'Office
National Des Aéroports et Hamid BENBRAHIM ELANDALOUSSI,
Délégué général du Groupe SAFRAN, pour avoir
accepté de soutenir notre travail de recherche.
Nous voulons remercier également Madame Salima SAOULA,
Directrice du Centre d'Etude et de Recherche Economique à la CFCIM, qui
n'a ménagé aucun effort pour nous appuyer et nous aider à
bien mener cette étude.
Nos remerciements s'adressent aussi aux autres membres du jury
qui ont accepté d'évaluer ce travail de recherche : Messieurs
Lhassen HANNAOUI et Khalil AOUAD, ainsi que Abbes KAILIL ayant eu
l'amabilité d'accepter de rapporter ce travail de thèse.
De surcroît, nous voulons remercier tous les
responsables des entreprises enquêtées qui ont bien voulu nous
recevoir, nous écouter et répondre à nos questions.
Nous sommes reconnaissants à Madame Atifa EL BALI,
Messieurs Chakib KHALIFA et Mohamed CHABAK qui nous ont aidé et
facilité les contacts avec les entreprises ainsi qu'avec les
différents intervenants du secteur aéronautique au Maroc.
Nous remercions également Messieurs Abdellah CHATER,
Frédéric LE HENAFF et Abdellah MENOU pour leur soutien et
encouragement.
Nos remerciements s'adressent enfin aux membres du Groupement
des Industriels Marocains Aéronautique et Spatial, à
l'Académie Internationale Mohammed VI de l'Aviation Civile et à
l'International Exhibitions & Conferences pour leur appui et le
regard critique qu'ils ont bien voulu porter sur cette étude.
Sommaire
Résu mé/Abstract xi
Introduction générale 1
Partie I. Sous-traitance aéronautique : contexte,
concepts et benchmark 11
Introduction première partie 12
Chapitre I. Contexte de la sous-traitance aéronautique
marocaine 14
Introduction 15
Section 1. L'industrie aéronautique mondiale :
caractéristiques, tendances structurantes et stratégies des
acteurs 16 Section 2. Nouvelle politique industrielle volontariste au
service de l'essor de la
filière aéronautique marocaine 37
Conclusion 58
Chapitre II. Dynamique des relations inter-firmes : une analyse
de la filière
aéronautique 59
Introduction 60
Section 1. Modèle des ressources et compétences,
cluster et partenariat vertical 61 Section 2. La chaîne de valeur
globale du secteur aéronautique : Un processus
d'évolution graduelle 82
Conclusion 103
Chapitre III. La sous-traitance aéronautique : quelques
expériences étrangères 104
Introduction 105
Section 1. Le Cluster aéronautique de la Wallonie
«EWA« 106
Section 2. Nouvelles politiques territoriales en France : cas des
filières
aéronautiques en Midi-Pyrénées et en
Ile-de-France 127
Conclusion 148
Conclusion première partie 149
Partie II. La sous-traitance aéronautique au Maroc
: une stratégie cluster au
service de la compétitivité 150
Introduction deuxième partie 151
Chapitre I. Investigation terrain de la sous-traitance
aéronautique marocaine 152
Introduction 153
Section 1. Développement de la démarche
d'investigation terrain 155
Section 2. Déploiement de la démarche
d'investigation terrain 176
Conclusion 197
Chapitre II. Résultats de la recherche 198
Introduction 199
Section 1. Les résultats quantitatifs de la recherche
200
Section 2. Les résultats qualitatifs de la recherche
221
Conclusion 242
Chapitre III. Développement stratégique du secteur
aéronautique 243
Introduction 244
Section 1. Diagnostic stratégique de la filière
245
Section 2. Recommandations générales aux
différents acteurs du secteur 261
Section 3. Plans d'actions, mesures d'accompagnement et
prospective 274
Conclusion 288
Conclusion deuxième partie 289

Conclusion générale 290
Références bibliographiques 297
Table des matières 307
Annexes 314
Glossaire
ADER : Actions pour le Développement des
Entreprises Régionales
(France).
AECMA : European Association of Aerospace
Industries.
Aeroexpo Maroc : Salon international des
industries et services aéronautiques au Maroc.
Aéropôle : Pôle des
industries et services aéronautiques (Maroc).
AIMAC : Académie Internationale Mohammed
VI de l'Aviation Civile.
AIMS : Association Internationale de Management
Stratégique -
ESCP Paris (France).
ALE : Accords de Libre Echange.
ASEL : Association du Secteur de l'Electronique
au Maroc.
BEK : Equipe de la présente recherche
composée de Benhar, Etber
et Khabbache.
BIPE : Société d'études
économiques et de conseil en stratégie.
CA : Chiffre d'Affaires.
CAO : Conception Assistée par
Ordinateur.
CBV : Competence Based View.
CFCIM : Chambre Française de Commerce et
d'Industrie du Maroc.
CIRANO : Centre Interuniversitaire de Recherche
en Analyse des
Organisations (Québec).
CNCE : Conseil National du Commerce
Extérieur (Maroc).
CQD : Le triptyque Coût, Qualité et
Délai.
CRI : Centre Régional d'Investissement
(Maroc).
CVC : Cycle de Vie du Cluster.
CVG : Chaîne de Valeur Globale.
CVM : Chaîne de Valeur Modulaire.
DAS : Domaine d'Activité
Stratégique
DATAR : Délégation à
l'Aménagement du Territoire et à l'Action
Régionale (France).
DEP : Direction des Etudes et de la
Planification du MICMNE
(Maroc).
DO : Donneur d'Ordres.
DPA Division Parcs d'Activités - ONDA
(Maroc).
DPI : Direction de la Production Industrielle -
MICMNE (Maroc).
DRIF : Direction Recherche et Ingénierie
de Formation - OFPPT
(Maroc).
DRIRE : Directions Régionales de
l'Industrie, de Recherche et de
l'Environnement (France).
EADS : European Aeronautic Defence and Space
Company.
EDI : Echanges de Données
Informatisées.
EMI : Ecole Mohammedia des Ingénieurs
(Maroc).
ENAC : Ecole Nationale de l'Aviation Civile
(France).
ENSAM : Ecole Nationale Supérieure d'Arts
et Métiers (Maroc).
ENSEM : Ecole Nationale Supérieure
d'Electricité et Mécanique
(Maroc).
ENSICA : Ecole Nationale Supérieure
d'Ingénieurs en Constructions
Aéronautiques (France).
ERA : Ecole Royale de l'Air (Maroc).
ERP : Enterprise Resource Planning.
EST : Ecole Supérieure de Technologie
(Maroc).
EWA : Entreprises Wallonnes de
l'Aéronautique (Belgique).
FAO : Fabrication Assistée par
Ordinateur.
FEB : Fédération des Entreprises
de Belgique.
FIMME : Fédération des Industries
Métallurgiques, Mécaniques,
Electriques et Electroniques (Maroc).
FRA : Forces Royales Air (Maroc).
GIE : Groupement d'Intérêt
Economique.
GIFAS : Groupement des Industriels
Français Aéronautique et
Spatial.
GIMAS : Groupement des Industriels Marocains
Aéronautique et Spatial.
IAURIF : Institut d'Aménagement et
d'Urbanisme de la Région d'Ile- de-France (France).
IDE : Investissements Directs Etrangers.
IEC : International Exhibitions &
Conferences.
IMA : Institut des Métiers de
l'Aéronautique (Maroc).
INSEE : Institut National de la Statistique et
Des Etudes Economiques
(France).
IS : Impôt sur les
Sociétés.
ISTA : Institut Spécialisé de
Technologie Appliquée (Maroc).
IXEUS : Cabinet de conseil, ingénierie et
formation.
JV : Joint-Venture.
MDEIE : Ministère du Développement
Économique, de l'Innovation et
de l'Exportation (Québec).
MDH : Million de dirhams.
MICMNE : Ministère de l'Industrie, du
Commerce et de la Mise à Niveau
de l'Economie (Maroc).
MMM : Métiers Mondiaux du Maroc.
MO : Main d'oeuvre.
MRC : Modèle des Ressources et des
Compétences.
OCDE : Organisation de Coopération et de
Développement
Eco no m iq u es.
OFPPT : Office de Formation Professionnelle et
de la Promotion du
Travail (Maroc).
OMC : Organisation Mondiale de Commerce.
ONDA : Office National des Aéroports
(Maroc).
ONUDI : Organisation des Nations Unies pour le
Développement
Industriel.
PECO : Pays d'Europe Centrale et Oriental.
PIB : Produit Intérieur Brut.
PME : Petites et Moyennes Entreprises.
PMI : Petites et Moyennes Entreprises
Industriels.
PPC : Politiques Publiques en faveurs des
Clusters.
RAM : Royal Air Maroc.
RAM Academy : Royal Air Maroc Academy.
R&D : Recherche et Développement.
RW : Région Wallonne (Belgique).
SISTEP : Salon International de la
Sous-traitance d'approvisionnement
et de Partenariat (Maroc).
SPSS : Statistical Package of Social Science.
ST : Sous-traitant.
Supaéro : Ecole Nationale
Supérieur de l'Aéronautique et de l'Espace
(France).
SWOT : Strengths, Weaknesses, Opportunities
& Threats.
TFZ : Tanger Free Zone ou Zone Franche
aéroportuaire
d'exportation de Tanger (Maroc).
TIC : Technologies de l'Information et de la
Communication.
TPE : Très Petites Entreprises.
UE : Union Européenne.
UIMM : Union des Industries et Métiers de
la Métallurgie (France).
WAN : Wallonie Aerotraining Network
(Belgique).
WEF : World Economic Forum (Forum
économique mondial).
Liste des tableaux, figures et graphes
Liste des tableaux :
Tableau 1. Effectifs de la filière composite dans les 2
régions en 2006 52
Tableau 2. Classification des clusters 68
Tableau 3. Les différentes approches concernant le
rôle des politiques publiques
dans le développement des clusters 75
Tableau 4. Typologie du partenariat vertical 81
Tableau 5. Processus d'Évolution Incrémentale et
Dimensions d'Apprentissage 88
Tableau 6. Le Modèle «par type
d'activité« de la sous-traitance aéronautique 92
Tableau 7. Les indicateurs du «degré de
clustering« 166
Tableau 8. Dimensions du profil du sous-traitant 174
Tableau 9. L'effet du degré de dépendance sur les
variables indépendantes 203
Tableau 10. L'effet du degré d'influence sur les variables
indépendantes 206
Tableau 11. L'effet du degré d'exigence sur les variables
indépendantes 207
Tableau 12. Les indicateurs du degré de clustering 209
Tableau 13. Différences entre les profils des deux groupes
formés sur la base du niveau de clustering 210 Tableau 14.
Différences entre le profil et la performance des deux groupes
formés
sur la base de la localisation Aéropôle/Hors
Aéropôle 212 Tableau 15. Différences entre les profils
et la performance des deux groupes formés
sur la base de la localisation Aéropôle/TFZ 213
Tableau 16. Pouvoir explicatif des attributs du clustering sur la
performance 215
Tableau 17. Régression multiple exécutée sur
l'échantillon complet 216
Tableau 18. Matrice « SWOT « 260
Tableau 19. Synthèse de la relation actions publiques -
phases de développement du cluster 265 Tableau 20. Esquisse
d'indicateurs de mesure des avantages générés par les
clusters 282
Liste des figures :
Figure 1. Démarche globale de la recherche 8
Figure 2. Le plan de rédaction de la recherche 10
Figure 3. CA et nombre de salariés de l'industrie
aéronautique européenne 19
Figure 4. Evolution du transport aérien entre 1969 et 2019
21
Figure 5. CA mondiaux et effectifs en 2004 du secteur
aéronautique 22
Figure 6. L'outil de développement stratégique :
Articulation de l'analyse interne et
externe 64
Figure 7. Le positionnement du partenariat vertical 78
Figure 8. Pyramide de la sous-traitance aéronautique 84
Figure 9. La Chaîne Hiérarchique Globale de
l'industrie aéronautique civile 86
Figure 10. Trajectoire du développement industriel pour la
construction d'aéronefs 87
Figure 11. Pyramide de la sous-traitance : les acteurs et les
compétences 90
Figure 12. Pyramide de la sous-traitance : les modèles de
réseaux par types
d'activités 96
Figure 13. La structure du cluster aéronautique de la
Wallonie «EWA« 111
Figure 14. Le schéma du cluster «EWA« 118
Figure 15. Evolution du Chiffre d'affaires du cluster
«EWA« en millions d'euros 119
Figure 16. Carte technologique du cluster «EWA« 124
Figure 17. Design de la démarche d'investigation terrain
154
Figure 18. Modèle conceptuel de la recherche 175
Figure 19. Etoile stratégique du secteur
aéronautique au Maroc 178
Figure 20. Résultats après déploiement du
modèle conceptuel de la recherche . . . 220
Figure 21. Positionnement de la sous-traitance
aéronautique marocaine dans la CVG
246
Figure 22. Profil «idéal« du sous-traitant
marocain 247
Figure 23. Positionnement de l'Aéropôle et la TFZ
dans le cycle de vie du cluster 250
Figure 24. Démarche du développement
stratégique 261
Figure 25. Apport de la prospective 284
Liste des graphes :
Graphe 1. Chiffre d'affaires des principaux sous traitants
aéronautiques marocains
en 2006 en MDH 42
Graphe 2. Répartition géographique des
sous-traitants aéronautiques marocains.. 44
Graphe 3. Prédominance des filiales appartenants à
des groupes étrangers dans le
secteur aéronautique marocain 45
Graphe 4. Répartition des effectifs 2006 dans les
différentes filières 51
Graphe 5. Evolution des effectifs du secteur aéronautique
au Maroc 52
Graphe 6. Projection des effectifs 2010 53
Graphe 7. Prévisions de la progression des effectifs entre
2006 et 2010 53
Graphe 8. Répartition géographique de la population
observée : forte concentration
dans la région Casablancaise 179
Graphe 9. Répartition par activité de la population
observée : un tissu diversifié 179
Graphe 10. Répartition de la population observée
selon l'origine : prédominance de la filialisation
étrangère 180 Graphe 11. Structure de l'emploi dans de la
population observée : prédominance des
PME 181 Graphe 12. Une répartition géographique
des entreprises enquêtées représentative
191
Graphe 13. Une répartition par activité des
entreprises enquêtées représentative 192
Graphe 14. Fonction du répondant au sein des entreprises
enquêtées :
prédominance des DG 193
Graphe 15. Une répartition géographique des
entreprises interviewées représentative 194 Graphe 16. Une
répartition par activité des entreprises interviewées
représentative
195 Graphe 17. Fonction du répondant au sein des
entreprises interviewées :
prédominance des DG 196 Graphe 18. Différences
entre les profils des deux groupes formés sur la base de la
localisation Aéropôle/Hors Aéropôle
212 Graphe 19. Différences entre le profil et la performance des deux
groupes formés sur
la base de la localisation TFZ/Aéropôle 214
Résumé/Abstract
Dynamique des relations verticales et clustering
:
Quelle stratégie pour une sous-traitance
aéronautique marocaine compétitive ?
Dans le secteur de la construction aéronautique, les
mutations industrielles, technologiques et financières observées
ces dernières années ont induit une reconfiguration de la
chaîne de valeur globale en faveur de l'avènement de nouveaux
réseaux de sous-traitance dans les Pays Emergents. La
présente recherche se propose d'interroger la nature de la nouvelle
dynamique des relations inter-firmes, dans le contexte particulier du secteur
aéronautique marocain. Elle mobilise l'approche basée sur les
ressources et les compétences à travers une double entrée,
relation verticale et clustering. Une attention particulière
est accordée à la localisation territoriale et à l'attrait
des environnements territoriaux comme indicateurs du «degré de
clustering". Il s'agit d'examiner l'hypothèse selon laquelle ces
nouvelles relations, invitent les sous-traitants à développer des
compétences technologiques et organisationnelles susceptibles
d'améliorer leurs performances. Pour ce faire, une enquête est
réalisée auprès de 38 firmes sous-traitantes.
Mots-clés : Relations verticales -
Clustering - Sous-traitance aéronautique - Compétences -
Performance.
The dynamics of the vertical relations and clustering
:
What is the strategy for competitive subcontractors in
the aeronautics industry in Morocco?
In the aeronautics construction sector, the industrial,
technological and financial changes observed these last years have led to the
reconfiguration of the global value chain, which is propitious to the advent of
new subcontracting networks in the Emerging Countries. This research questions
the nature of the new dynamics of the inter-firms relations, in the specific
context of the Moroccan aeronautics sector. It mobilizes the Competence Based
View through a double entry, vertical relation and clustering. Particular
attention is granted to the territorial localization and the attractiveness of
the territorial environments as "clustering degree« indicators. It refers
to the analysis of the hypothesis according to which these new relations invite
the subcontractors to develop technological and organizational capabilities
that are likely to improve their performance. The results presented are drawn
from a research project carried out among 38 subcontractors.
Keywords: Vertical relations - Clustering -
Aeronautic subcontracting - Capabilities - Performance.
Introduction générale
L'industrie aéronautique mondiale est
caractérisée par un fort recours à la
soustraitance1 industrielle. Ce phénomène s'est
particulièrement accentué vers le début des années
90 avec le mouvement stratégique de recentrage des avionneurs sur leur
coeur de métier2, donnant naissance à une nouvelle
dynamique inter-firmes fondée sur un recours massif à
l'externalisation3. Ainsi, la relation de sous-traitance a
évolué d'une structure initialement pyramidale articulée
autour de l'avionneur, vers de nouveaux réseaux d'entreprises
initiés par les sous-traitants de premier rang, partenaires majeurs des
avionneurs. Ces réseaux tendent à s'inscrire davantage dans une
logique de cluster où coopération et partenariat sont les mots
d'ordre.
De point de vue du sous-traitant, ces mutations induisent
forcément un déplacement d'un profil d'exécutant vers un
profil proactif. En effet, pour répondre aux exigences des donneurs
d'ordres, le sous-traitant est contraint de consentir de multiples efforts
d'ordre technologique qu'organisationnel4.
Par ailleurs, le secteur est soumis à une concurrence
de plus en plus acerbe au niveau mondial, entraînant les avionneurs dans
une quête de réduction drastique des coûts de
production5. Ces derniers tendent à répercuter cette
contrainte sur leurs propres sous-traitants, qui à cet effet, ont
étendu leur politique d'Achats notamment par croissance externe en
direction des pays compétitifs en termes de coûts de
production6.
Fort, entre autres de ses proximités
géographique, culturelle et institutionnelle7 de l'Europe, le
Maroc constitue une destination privilégiée pour les entreprises
opérant dans le domaine de la sous-traitance aéronautique.
1 L'INSEE définit le sous-traitant comme
étant : «Un établissement qui réalise pour le compte
d'un ou plusieurs industriels des secteurs aéronautique et spatial,
selon un cahier des charges préétabli, la fabrication de
pièces, de produits d'éléments d'ensembles ou de
sous-ensembles«.
2 KECHIDI, Med. Dynamique des relations verticales
dans l'industrie aéronautique. Toulouse : LEREPSGRES, 2006.
3 MAZAUD, Frédéric. Mutation de la
fonction de sous traitant de premier rang et firme pivot, le cas de
l'organisation productive d 'Airbus. Toulouse : LEREPS-GRES, 2006.
4 BOURGAULT, Mario. Analyse des rapports entre
donneurs d'ordres et sous-traitants de l'industrie aérospatiale
nord-américaine. Montréal : CIRANO, 1997. Série
Scientifique. N° 97s-27.
5 KECHIDI, Med. Dynamique des relations verticales
dans l'industrie aéronautique. Toulouse : LEREPSGRES, 2006.
6 LARRE, F et DAUTY, F. De la
flexibilité de la sous-traitance à la réactivité
industrielle. Aux sources des transformations du travail. LIRHE - UT1.
Atelier 1 - Stratégies d'entreprises : flexibilité et
diversité des organisations productives. Colloque DARES 26 mars 2003 -
Paris. Ministère des affaires sociales, du travail et de la
solidarité.
7 Propos de Hamid BENBRAHIM EL-ANDALOUSSI,
Délégué Général du Groupe SAFRAN et
expert international en aéronautique ; recueillis le 22 mai 2007,
lors du séminaire organisé par la Chambre Française
Conscient de ces enjeux, le gouvernement marocain, dans le
cadre du programme «Emergence«, a érigé le secteur
aéronautique en un moteur de croissance de l'économie
nationale1.
Force est de constater que le secteur a fait l'objet de
plusieurs études2 qui se sont toutefois penchées
davantage sur l'attractivité de la destination Maroc. Notre recherche
s'inscrit en complément de ces études, et tente d'aborder la
partie compétitivité de la filière.
Hypothèses de la recherche
L'approfondissement graduel des relations de partenariat
vertical3, ainsi que l'inscription évolutive des relations
inter-firmes dans une logique de cluster4, initiés par les
donneurs d'ordres, semblent opérer un changement positif dans le profil
du ST (cf. Partie. II, Chapitre. I, Section. 1).
Ceci permet de formuler les hypothèses de la recherche qui
se déclinent comme suit :
· H1 : Le fort degré de dépendance
vis-à-vis du donneur d'ordres serait positivement lié à
l'acquisition des compétences par le sous-traitant.
· H2 : Le haut degré d'influence du donneur d'ordres
serait positivement lié à l'acquisition des compétences
par le sous-traitant.
· H3 : Le degré élevé d'exigence du
donneur d'ordres serait positivement lié à l'acquisition des
compétences par le sous-traitant.
· H4 : L'amélioration du degré de clustering
du sous-traitant serait positivement liée à l'acquisition des
compétences par ce dernier.
Sur un autre registre, l'approche basée sur les
ressources et compétences «Competence-Based View«
(cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 1, Paragraphe. 1)
d'Industrie et de Commerce au Maroc, au profit des chefs
d'entreprises de la Région Aquitaine membres de la Chambre de Commerce
et d'Industrie de Bordeaux.
1 Une étude du cabinet Mckinsey,
commanditée par le MICMNE, a identifiée sept métiers
clés dits Métiers Mondiaux du Maroc et parmi lesquels
l'aéronautique occupe une place de premier choix.
2 Etude du cabinet IXEUS en 2005, étude du
cabinet Mc Kinsey en 2006 et Rapport de Uplines Securities &
Décision en 2007.
3 Pour caractériser cette relation, nous
empruntons de Bourgault trois dimensions : dépendance, exigence et
influence (voir BOURGAULT, Mario. Analyse des rapports entre donneurs
d'ordres et sous-traitants de l'industrie aérospatiale
nord-américaine. Montréal : CIRANO, 1997. Série
Scientifique. N° 97s-27).
4 Pour caractériser le degré de
clustering des sous-traitants, deux familles de critères
puisées d'une revue de littérature, sont identifiés : la
localisation et l'attrait de l'environnement territorial (cf. Partie. II,
Chapitre. I, Section. 1, Paragraphe. 3).
suggère que la compétitivité du
sous-traitant est intimement liée aux compétences1
détenues en interne.
· H5 : L'acquisition des compétences technologiques
aurait un impact positif sur la performance du sous-traitant.
· H6 : L'acquisition des compétences
organisationnelles aurait un impact positif sur la performance du
sous-traitant.
Questions de la recherche
La présente recherche se propose donc de
répondre aux questions relatives aux déterminants de la
compétitivité de la filière aéronautique marocaine
à même de lui conférer un avantage concurrentiel. Ainsi,
les questions de la recherche peuvent être énumérées
comme suit :
· Quelles sont les dimensions d'apprentissage que le
sous-traitant doit acquérir pour pouvoir progresser de manière
incrémentale dans la chaîne de valeur globale ?
· Dans quel registre relationnel inter-firmes le
sous-traitant doit-il s'inscrire pour pouvoir progresser de manière
incrémentale dans la chaîne de valeur globale ?
· Quel est le profil des entreprises sous-traitantes en
termes de compétences technologiques et organisationnelles ? quel est le
pouvoir explicatif de ce profil sur la performance ?
· Quel est le pouvoir prédicateur de la relation
verticale et du degré de clustering du sous-traitant sur le profil de ce
dernier ?
· Existe-il un effet de cluster sur la
compétitivité des sous-traitants impliqués dans la
filière ?
Problématique de la recherche
La problématique de cette recherche pourrait ainsi
être formulée comme suit :
« A la lumière des nouvelles dynamiques
de clustering et des relations verticales, et leurs contributions au
développement des compétences chez les sous-traitants, quelle
stratégie pour une sous-traitance aéronautique marocaine
compétitive ? «
1 Pour identifier le profil du sous-traitant, 13
compétences critiques ont été identifiées et
réparties dans deux familles : compétences technologiques et
compétences organisationnelles (cf. Partie. II, Chapitre. I, Section. 1,
Paragraphe. 3).
Objectifs de la recherche
Ceci renvoie aux objectifs de la recherche tels qu'ils sont
énoncés ci-après :
· Dresser le profil idéal du sous-traitant marocain
en vue de le généraliser par une approche de benchmark sur
l'ensemble de la filière.
· Positionner la filière aéronautique
marocaine au niveau de la chaîne de valeur globale.
· Situer les phases de développement des
agglomérations d'entreprises opérant dans l'aéronautique
dans le cycle de vie du cluster.
· En guise de développement stratégique,
proposer un scénario-gagnant aux différents acteurs publics et
privés du secteur.
Cible, client et lieu de la recherche
Etant donné que notre recherche porte sur la
sous-traitance aéronautique au Maroc, le choix du client de la recherche
s'est porté sur le Groupement des Industriels Marocains de
l'Aéronautique et de l'Espace (GIMAS). Cette association professionnelle
dont le principal objectif est la promotion du secteur a été
créée en 2004. Le groupement compte actuellement 5000
salariés avec un chiffre d'affaires annuel de 3 Milliards de Dhs en
20061.
La cible de notre recherche est l'ensemble des entreprises
marocaines opérant dans le domaine de la sous-traitance
aéronautique au Maroc. Il y a lieu de constater une forte concentration
des principales entreprises du secteur sur l'axe Casablanca
Tanger2.
Démarche méthodologique de la
recherche
Pour ce qui est de la démarche méthodologique
retenue pour l'élaboration de ce travail de recherche, l'étude a
été menée en cinq phases :
· Une phase préliminaire : Lors d'une
première phase exploratoire, la pertinence du cadre théorique
envisagé (concepts généraux3 et
spécifiques4) a été testée en menant des
entretiens ouverts auprès de certains acteurs publiques et privés
du
1 GIMAS. Le secteur aéronautique au
Maroc, Présentation du Groupement des Industriels Marocains
Aéronautique et Spatial pour dépôt de dossier du 22
février 2007.
2 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
3 Le Modèle des ressources et des
compétences (MRC), la stratégie de cluster et le partenariat
vertical.
4 La relation donneur d'ordres/ sous-traitants,
chaîne de valeur globale et modélisation des réseaux,
spécifiques à la sous-traitance aéronautique.
secteur aéronautique (Séminaire à la
CFCIM1, SISTEP2 ...etc.). Les débats auxquels nous
avons pu assister aussi bien que nos échanges avec plusieurs
opérateurs marocains et français du secteur nous ont permis de
confronter notre revue de littérature à leur perception et
à la réalité du terrain. Ce rapprochement a permis
à la fois de vérifier la pertinence de la problématique et
de dégager un cadre théorique opportun.
· Une phase d'investigation terrain : Le cadre
théorique retenu a débouché d'abord sur la
modélisation des réseaux de sous-traitance dans les pays
émergents et ensuite sur le modèle conceptuel de la recherche.
Enfin, ce modèle conceptuel a été
décliné sur un plan opérationnel à travers deux
outils : un questionnaire administré aux entreprises opérant dans
le secteur et un guide d'entretien semi directif mené auprès
d'acteurs publics et privés.
· Résultats de la recherche : Dans un premier
temps, l'équipe de recherche a procédé à l'examen
des résultats quantitatifs3 qui ont permis de dresser le
profil de la sous-traitance aéronautique marocaine par l'identification
des compétences organisationnelles et technologiques, susceptibles de
lui conférer un avantage concurrentiel. Dans un deuxième temps,
les résultats qualitatifs ont été analysés sur les
deux registres macro et méso.
· Développement stratégique : Finalement,
l'objectif primordial du développement stratégique est de
réaliser un diagnostic stratégique avant d'établir un
scénario gagnant à même de garantir un avantage
concurrentiel. Cette démarche sous- tend une analyse externe de
l'environnement à la lumière d'une analyse interne des
compétences, réalisée par le biais d'une matrice
«SWOT Adaptée«4. Concrètement, afin
de dégager les forces et les faiblesses du secteur aéronautique,
l'analyse interne a permis d'une part de positionner la filière
marocaine dans la chaîne de valeur globale de l'industrie
aéronautique (plus tard
1 Le 22 mai 2007, nous avons assisté
à un séminaire organisé par la Chambre Française
d'Industrie et de Commerce au Maroc, au profit des chefs d'entreprises de la
Région Aquitaine membres de la Chambre de Commerce et d'Industrie de
Bordeaux. Ont pris part au séminaire, des responsables du MICMNE, CRI
Grand Casablanca, AGEF, GIMAS et ASEL.
2 Le 08 décembre 2006, lors du SISTEP
(Salon international de la sous-traitance d'approvisionnement et de
partenariat), l'équipe de recherche a pris part en marge du salon,
à un colloque autour de la thématique suivante : « Les
pôles de compétitivité : clusters, systèmes
productifs locaux et pôles régionaux de développement
industriel «.
3 L'outil utilisé pour l'analyse de ces
résultats est le SPSS Professional Statistics 9.0 (Statistical
Package of Social Science)
4 L'outil de développement
stratégique proposé dans le cadre de la recherche étant
une matrice SWOT adaptée. C'est ainsi que dans la lignée des
prescriptions de la Competence-Based View, l'environnement externe a
été revisité à la lumière des
compétences détenues par la filière aéronautique en
interne (voir Figure 6).
CVG) ; d'autre part, de situer les agglomérations
industrielles, présumées correspondre à des
clusters1, dans le «cycle de vie du cluster« (plus tard
CVC).
En arrière plan, l'analyse externe via l'outil
«PESTEL«2 s'avère être d'un grand apport, du
moment qu'elle permet d'identifier les opportunités et les menaces de
l'environnement par le biais d'une confrontation d'une revue documentaire avec
les résultats qualitatifs.
· Rédaction et Communication : Les
résultats préliminaires seront présentés dans un
premier temps à l'Académie Internationale Mohamed VI de
l'Aviation Civile devant des acteurs intéressés par
l'évolution du secteur : professionnels, chercheurs et
représentants des institutionnels. Cette conférence débats
nous permettra de recueillir un feedback par rapport à la recherche dans
son ensemble, et par rapport aux recommandations et aux plans d'action plus
particulièrement. Ceci réconforte notre souci d'associer les
principaux acteurs de la filière tout au long de la progression de la
recherche.
En outre, l'équipe de recherche prévoit de
communiquer sur les résultats de cette thèse aux professionnels
lors d'une conférence débats prévue en marge de l'Aeroexpo
Maroc3, le 25 Janvier 2008 à Marrakech.
Sur un autre registre, la rédaction du présent
rapport obéit à la fois au plan assurance qualité pour la
rédaction du mémoire de recherche4 (Cf. Annexe. V)
proposé par Hassan CHAGAR, Professeur associé à l'ISCAE et
Directeur de recherche, et au «Guide de présentation et de
soutenance de thèses«5 réalisé par l'Ecole
Polytechnique de Montréal. Quant aux normes bibliographiques, elles
respectent les règles suggérées par le «Guide de
rédaction et présentation : Références
bibliographiques«6 réalisé par la Haute Ecole de
Gestion de Genève.
1 C'est le cas de l'Aéropôle et de la
TFZ, puisque ces agglomérations industrielles montrent des signes de
concentration et de prédominance exceptionnelle des sous-traitants
spécialisés en industrie aéronautique, au- dessus de la
moyenne nationale.
2 L'analyse PESTEL consiste à identifier les
facteurs politiques, économiques, socioculturels, technologiques,
écologiques et légaux qui influent sur l'organisation.
3 Premier Salon International Des Industrie et
Services Aéronautiques au Maroc, qui se déroulera à
Marrakech du 23 au 26 Janvier 2008.
4 CHAGAR, Hassan. Rédaction du
mémoire de recherche : Plan assurance qualité. Rabat :
ISCAE. 2006. 3p.
5 ECOLE POLYTECHNIQUE DE MONTREAL. Guide de
présentation et de soutenance de thèses [en ligne],
http://www.polymtl.ca/etudes
/cs/guidethe.php (consulté le 10.10.2007)
6 HAUTE ECOLE DE GESTION DE GENEVE.
Références bibliographiques : guide de rédaction et
présentation. Genève : Infothèque de la HEG, 2006.
16p.
Il y a lieu de souligner que cette démarche
méthodologique répond à notre préoccupation
d'arrimer cette recherche à la réalité du
terrain1. La Figure 1 illustre la démarche globale de la
recherche.
1 En effet, l'ancrage de la recherche sur la
réalité du terrain est un impératif dicté par la
méthodologie de recherche adoptée par L'Institut Supérieur
de Commerce et d'administration des Entreprises (ISCAE).

Revue de littérature:
· Métier : Sous-traitance aéronautique
· Concept général : MRC, Cluster (CVC) et
partenariat vertical
· Concept spécifique : relation DO/ST, CVG et
modélisation des réseaux ST
Déploiement Démarche
Investigation
· Outil d'investigation qualitatif : guide d'entretien
· Outil d'investigation quantitatif : questionnaire
Analyse interne de la filière:
· Analyse des résultats quantitatifs (SPSS)
Rédaction :
· Plan Assurance Qualité (CHAGAR, Hassan. Professeur
associé à l'ISCAE, Directeur de recherche)
· Guide de présentation et de soutenance de
thèses (Ecole Polytechnique de Montréal - Canada)
· Références bibliographiques (Haute Ecole de
Gestion de Genève - Suisse)
Communication :
· Académie Internationale Mohamed VI de l'Aviation
Civile, ONDA
· CFCIM, CRI du Grand Casablanca, MICMNE, GIMAS, OFPPT
· Aeroexpo Maroc
Développement Démarche
Investigation
· Modélisation des réseaux ST dans les pays
émergents
· Modèle conceptuel : opérationnalisation du
cadre théorique
Cadre théorique retenu
Recommandations générales:
· Aux pouvoirs publics
· Aux entreprises
· Au GIMAS
Plans d'action:
· Aux pouvoirs publics
· Aux entreprises
· Au GIMAS
Diagnostic stratégique:
· Forces et Faiblesse (MRC, CVG et CVC)
· Opportunités et Menaces (PESTEL)
Cadre théorique retenu
Analyse externe de la filière:
· Analyse des résultats qualitatifs
Phase exploratoire :
· Client : GIMAS
· Acteurs : Industriels, CFCIM, MICMNE, ONDA, OFPPT, CRI,
IEC
· Conférences-débats : séminaire
à la CFCIM, SISTEP 2006
Benchmarking
(c) BEK Figure 1. Démarche
globale de la recherche1
1 Inspirée des travaux de Hassan CHAGAR.
CHAGAR, Hassan. Séminaire : Groupe de recherche. Rabat :
CSGISCAE, 2007.
Plan de la recherche
Dans une première partie, il sera d'abord question de
présenter le contexte de la sous-traitance aéronautique afin de
faire dégager les tendances structurantes sur le plan international
ainsi que l'état des lieux et les perspectives du développement
de la filière aéronautique nationale (Chapitre. I). Ensuite, une
synthèse des concepts managériaux inhérents à la
problématique de recherche sera présentée. Dans un premier
temps, il s'agit en particulier de proposer une grille de lecture
renouvelée des stratégies de cluster et de
partenariat vertical à la lumière de l'approche
basée sur les compétences (CBV). Dans un deuxième
temps, ce cadre théorique général est
décliné en concepts spécifiques ; ce qui permettra de
cerner la chaîne de valeur globale du secteur aéronautique
à travers un processus dit d'évolution graduelle
(Chapitre. II). Enfin, dans un dernier chapitre et afin d'éclairer
notre problématique, un benchmark axé sur les meilleures
pratiques des politiques de clusters, dans le domaine aéronautique en
Europe, sera étudié (Chapitre. III).
Dans une seconde partie, et après avoir
opérationnalisé le cadre théorique décrit
précédemment en un modèle conceptuel, le
déploiement de la démarche d'investigation terrain (Chapitre. I)
permettra de dégager les résultats quantitatifs et qualitatifs de
la recherche (Chapitre. II). Enfin, dans le cadre du développement
stratégique du secteur aéronautique marocain, le diagnostic
stratégique permettra de suggérer des recommandations aux
différents acteurs, déclinées par la suite en plans
d'action (Chapitre. III). La Figure 2 illustre le plan de la recherche.

Chapitre I. Investigation terrain sur la sous-traitance
aéronautique marocaine (46p)
Deuxième Partie. La sous-traitance
aéronautique au Maroc : une stratégie cluster au service de la
compétitivité (137p)
Chapitre II. Dynamique des relations inter-firmes : une
analyse de la filière aéronautique (45p)
Première Partie. Sous-traitance
aéronautique : contexte, concepts et benchmark (135p)
Chapitre I. Contexte de la sous-traitance
aéronautique marocaine (45p)
Chapitre III. Développement stratégique du
secteur aéronautique (46p)
Chapitre III. La sous-traitance aéronautique :
quelques expériences étrangères (45p)
Diagnostic stratégique de la filière (15p)
Modèle des ressources et compétences, cluster et
partenariat vertical (21 p)
Le cluster aéronautique de la Wallonie « EWA «
(21p)
Développement de la démarche d'investigation
terrain (21 p)
Les résultats quantitatifs de la recherche (21p)
L'industrie aéronautique mondiale :
caractéristiques, tendances et stratégies des acteurs (21p)
Chapitre II. Résultats de la recherche
(45p)
Recommandations générales aux différents
acteurs du secteur (14p)
La chaîne de valeur globale du secteur aéronautique
: un processus d'évolution graduel (21p)
Déploiement de la démarche d'investigation terrain
(21 p)
Les résultats qualitatifs de la recherche (21p)
Nouvelle politique industrielle volontariste au service de
l'essor de la filière aéronautique marocaine (21 p)
Nouvelle politiques territoriales en France : cas des
filières aéronautiques en Midi-Pyrénées et en
Ile-de-France (21 p)
Plans d'actions, mesures d'accompagnement et prospective (14p)
(c) BEK
Figure 2. Le plan de rédaction de la
recherche
Partie I. Sous-traitance aéronautique :
contexte, concepts et benchmark
Introduction première partie
Les mutations profondes qui ont marqué le secteur au
niveau mondial ces dernières décennies, et plus
particulièrement le désengagement progressif des États du
secteur aéronautique, ainsi que la pression de plus en plus grandissante
sur les coûts (Cf. Partie. I, Chapitre. I, Section. 1), ont amené
les DOs majeurs à réexaminer leurs politiques de sous-traitance
dans le sens d'une accélération des mouvements d'internalisation
et d'externalisation des activités vers les pays émergents (Cf.
Partie. I, Chapitre. II, Section. 2, Paragraphe. 3).
C'est ainsi que le Maroc, de par ses multiples atouts, a pu
drainer un flux non négligeable d'investissements en provenance de
l'étranger. Conscient de ces nouveaux enjeux, le gouvernement marocain a
accompagné cet essor en optant pour une nouvelle stratégie
industrielle volontariste. Dès lors, le secteur aéronautique a
été érigé en un des moteurs de croissance et de
développement économique dans le cadre du «Programme
Emergence« (Partie. I, Chapitre. I, Section. 2).
Dans cette perspective, un premier chapitre s'attellera
initialement à décrire les caractéristiques du secteur au
niveau mondial. Ensuite, il sera question de mettre en lumière les
nouvelles stratégies adoptées par les différents acteurs
de la filière face aux diverses tendances structurantes. Enfin, ce
chapitre fera état du contexte de la sous-traitance aéronautique
au Maroc. Ainsi, seront traités successivement la composante
aéronautique du «Programme Emergence«, la structure de la
filière marocaine, ainsi que les perspectives de son
développement.
Quant au deuxième chapitre, il sera
réservé aux différents concepts managériaux,
généraux et spécifiques, et ce afin de mieux cerner la
problématique de la recherche. Ainsi, dans le cadre des dynamiques des
relations inter-firmes, il sera question d'abord, d'élucider la
Competence-Based view (MRC) en tant que soubassement théorique
et d'étayer le cluster et le partenariat vertical en
tant que réponses stratégiques aux défis de la
compétitivité. Ensuite, ce chapitre traitera du processus
d'évolution graduelle dans la chaîne de valeur globale du secteur
aéronautique. La question étant dans quelle mesure ces concepts
sont au service de l'amélioration de la compétitivité de
la sous-traitance aéronautique ? Quel est le rôle du
développement des compétences organisationnelles
et technologiques du ST dans l'édification d'un avantage concurrentiel
?
Enfin, dans un troisième et dernier chapitre, un
benchmark sera l'occasion d'étudier quelques expériences
internationales de filières aéronautiques insérées
dans des espaces clustérisés. Ainsi, dans un premier temps, il
sera fait appel à l'étude de l'expérience du cluster
aéronautique de la Wallonie en Belgique. L'accent sera mis
principalement sur ses facteurs clés de succès relatifs au climat
de confiance et aux liens de coopération et de collaboration entre ses
membres. Dans un deuxième temps, seront étudiées les
nouvelles politiques territoriales en France. Ceci permettra de mettre en
exergue la nécessité d'une politique concertée entre les
pouvoirs publics et les professionnels dans l'objectif d'améliorer la
compétitivité de firmes sous-traitantes dans le cadre des
clusters et pôles de compétitivité. Dans ce cadre, deux
études de cas des filières aéronautiques des
régions Midi-Pyrénées et Ile-de-France, permettront
d'illustrer l'aspect pratique de ces nouvelles formes organisationnelles.
Chapitre I. Contexte de la sous-traitance
aéronautique marocaine
Introduction
La reconfiguration de la chaîne de valeur globale du
secteur de la construction aéronautique, les pressions exercées
sur les coûts de production, le désengagement progressif des
États et l'externalisation de plus en plus des activités non
stratégiques, ont amené les sous-traitants majeurs
européens à réexaminer leurs politiques d'Achats en faveur
d'une croissance externe notamment dans la direction de pays
émergents.
Profitant de ces orientations, la sous-traitance
aéronautique au Maroc, connaît un rapide
développement1, que ce soit par le biais de l'installation de
filiales de groupes mondiaux ou par des acteurs locaux. Dans ce cadre, elle a
pu «répondre donc à une demande nouvelle de sous-traitance
fortement technologique, largement mondialisée, associée à
des facteurs géographiques, culturels et
géopolitiques«2.
En outre, conscient de ces nouveaux enjeux, le Maroc a
érigé ce secteur en un des moteurs de croissance et de
développement dans le cadre de sa nouvelle stratégie
industrielle, baptisée «Programme Emergence« qui renvoie
à une forte volonté des pouvoirs publics à accompagner
l'essor de la filière.
Pour développer ces idées, une première
section mettra en lumière les caractéristiques de l'industrie
aéronautique au niveau mondial, avant d'aborder les stratégies
menées par les acteurs majeurs en réponse aux différentes
tendances structurantes du secteur et qui dressent les contours d'un secteur en
pleines mutations. Enfin une seconde section se penchera sur l'étude de
la nouvelle stratégie industrielle gouvernementale en faveur de la
filière aéronautique, ayant pour objectif d'accompagner le
développement d'un secteur porteur.
1 Alors qu'en 1999, seules deux entreprises, en
l'occurrence EADS Maroc Aviation et le Centre de Maintenance de la RAM,
opéraient dans le secteur, en 2007, il en compte une quarantaine
déjà installée et adressant majoritairement le secteur et
une dizaine en cours (Cf. Partie. I, Chapitre. I, Section. 2).
2 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
Section 1. L'industrie aéronautique mondiale :
caractéristiques, tendances structurantes et stratégies des
acteurs
L'industrie aéronautique peut se définir comme
l'ensemble des activités qui visent à fabriquer et à
maintenir en condition opérationnelle des produits qui se
déplacent dans la troisième dimension1. Elle englobe
les produits connexes, les équipements et les systèmes de
simulation, de navigation, de guidage, de contrôle, de communication, de
surveillance et de défense pour les aéronefs.
Au sens de la nomenclature française, à son
niveau détaillé en 700 postes, l'industrie aéronautique se
compose selon l'AFNOR en deux grands sous ensembles2 :
· Les constructeurs de moteurs pour aéronefs (NAF
35.3 A) : ce sont les entreprises de construction de moteurs destinés
à l'aéronautique, qu'ils soient civils ou militaires.
· Les constructeurs de cellules d'aéronefs (NAF
35.3 B) : Cette catégorie comprend les constructeurs d'avions et de tous
types d'hélicoptères, la construction et l'assemblage de parties
telles que cellule, fuselage, aile, train, gouverne...
Par ailleurs, d'après l'INSEE3, la
construction aéronautique comprend tous les établissements
fabriquant à titre principal des cellules d'avions, des moteurs et des
équipements spécifiques pour avions.
Les sous-traitants sont les
établissements réalisant pour le compte d'un ou plusieurs
industriels du secteur aéronautique, selon un cahier des charges
préétabli, la fabrication de pièces, de produits
d'éléments d'ensembles ou de sous-ensembles. Cette sous-traitance
revêt souvent deux formes : (1) une sous-traitance de capacité :
l'établissement offre une capacité de travail
supplémentaire au donneur d'ordres, et (2) une sous-traitance de
spécialité : l'établissement offre une technique qui fait
défaut au donneur d'ordres.
Enfin, le secteur aéronautique est régi par la
norme EN 9100. C'est la version aéronautique de la norme ISO
9001v2000. La certification EN 9100 peut englober
1 BELIS, Marie Claude et FRIGANT, Vincent. Le
potentiel scientifique et technologique aéronautique & espace des
régions SUDOE. Rapport final 2005, 2006.
2 OUTRAU, Maurice et HAAS, Joachim. Contrat
d'étude prospective : construction aéronautique et spatial,
rapport final. CREQ, GESTE. 2003.
3 HELFENSTEIN, Xavier et CHARPENTIER,
Michèle. Aéronautique et espace : résultats de
l'enquête 2005. Le dossier INSEE Aquitaine. Bordeaux : INSEE, 2005.
34 p. Résultats de l'enquête 2005 N°56. ISSN : 1253- 805
1.
différents domaines d'activité : conception,
fabrication, montage, essai, commercialisation, maintenance et les prestations
associées1.
Globalement, les nomenclatures internationales recouvrent les
mêmes réalités, même si aux Etats-Unis, la
nomenclature définit un secteur d'activité «connexe«
qui permet d'intégrer une partie de la sous-traitance2.
1.1. Les caractéristiques de l'industrie
aéronautique
1.1.1 Une industrie de pointe
D'abord, elle fait partie des industries de pointe en ce sens
qu'elle met en oeuvre les hautes technologies et en favorise la diffusion dans
les autres branches d'activité. En fait, l'exigence d'une
sécurité infaillible pour les passagers est stimulatrice d'une
recherche scientifique très poussée. La compétition
acharnée dans le domaine militaire est également un levier
incontournable dans le développement de cette industrie. Ainsi, la
recherche et développement (R&D) y occupe-t-elle une place de
premier choix. Aux Etats-Unis, en 2000 la R&D dans l'industrie
aérospatiale représentait 7,3% du CA des entreprises du secteur,
contre 3,6% pour l'ensemble de l'industrie3. En Europe, elle
représentait en 2004, 14,4% du CA du secteur
aérospatial4. Conséquemment, les autres branches de
l'industrie profitent amplement de l'industrie aéronautique. Plusieurs
technologies d'origine aéronautique ont trouvé leur application
par exemple dans le textile (habillements spéciaux isothermes),
l'automobile (positionnement par satellites) ...

1.1.2 Une industrie de petites et moyennes
séries
En plus, c'est une industrie de petites et moyennes
séries, c'est-à-dire qu'elle ne peut bénéficier des
économies d'échelle à l'instar des autres industries. Par
exemple les avions commerciaux sont livrés à quelques centaines
d'exemplaires par an. Ainsi, l'amortissement des investissements dans le
secteur aéronautique sur des durées courtes est difficile,
surtout que les coûts de développement sont de plus en plus
1 GROUPE SAFRAN. Turbomeca reçoit la
certification EN9100 [en ligne],
http://www.safrangroup.com/article.php
(consulté le 26.06.2007).
2 Ce concept sera explicité
ultérieurement dans la partie. I, chapitre. II, section. 2.
3 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
4 BELIS, Marie Claude et FRIGANT, Vincent. Le
potentiel scientifique et technologique aéronautique & espace des
régions SUDOE. Rapport final 2005, 2006.
élevés et représentent parfois
jusqu'à 25% du coût total estimé du produit sur l'ensemble
de sa durée de vie (cas de l'avion de chasse français Rafale).
La complexité de la fabrication, couplée
à la faiblesse des volumes de production font que cette industrie est
faiblement automatisée1 avec une part importante de la main
d'oeuvre liée à la production (38% en Europe en 2002). En
général, un appareil commercial devient rentable au bout de dix
ans de production, pour certains types d'appareil, ce point d'équilibre
a été atteint au bout de dix huit ans.
La rentabilité reste également sensible aux
effets de variations des changes. En effet, les calculs économiques de
rentabilité d'un modèle se font sur la période du cycle de
vie d'un produit, soit une durée de vingt à trente
ans2. Or, dans un environnement hautement concurrentiel où la
plupart des transactions se font encore en Dollars américains et
où le marché américain constitue encore la principale
débouchée pour cette industrie, nombreux sont les industriels du
secteur, surtout les européens d'entre eux, qui voient leurs marges
sérieusement amoindries du fait de la fluctuation du Dollar
américain et de la forte appréciation de l'Euro face à
cette monnaie3.
Cet allongement de la période nécessaire pour
le retour sur investissement handicape énormément les efforts des
industriels en matière de recherche et développement, facteur
clé de succès dans ce secteur. Par exemple, les coûts
développement de l'A340 ont été chiffrés à
3,6 milliards de Dollars selon les estimations de 1986, ceux de l'A380 à
11 milliards d'Euros en 2004.
1.1.3 Une industrie à caractère fortement
cyclique
Insérée dans le marché mondial,
l'industrie aéronautique est sensible à la conjoncture
générale et au climat des affaires. Par de voie de
conséquence, le secteur est connue par son caractère fortement
cyclique (voir Figure 3). La demande des produits obéit à une
fonction périodique par rapport au temps et subit l'influence de
l'environnement international4.
1 BELIS, Marie Claude et FRIGANT, Vincent. Le
potentiel scientifique et technologique aéronautique & espace des
régions SUDOE. Rapport final 2005, 2006.
2 MICHOT, Yves. Rapport sur l'industrie
aéronautique et spatiale française, 2004.
3 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
4 La fin de la guerre froide a engendré une
baisse de la production aéronautique à usage militaire. Par
exemple, entre 1989 et 1998, les dépenses militaires des trois grands
(France, GB et Allemagne) ont diminué de 12%, 24%
En effet, le contexte économique
général, mais aussi le cours du dollar et celui du
pétrole, la situation financière et la rentabilité des
clients principaux pour les activités civiles et commerciales, et les
politiques budgétaires, de défense et de recherche pour les
activités militaires et les grands projets, pèsent lourdement sur
le niveau d'activité1.
En outre, le caractère cyclique de l'activité,
est essentiellement dû pour le secteur aéronautique au
renouvellement des parcs d'avions - à l'ouverture de nouveaux
marchés de transports aériens - dépendant des utilisateurs
du transport aérien.

Source : AECMA (2003)2
Figure 3. CA et nombre de salariés de l'industrie
aéronautique européenne
1.1.4 Une forte présence des États dans la
composante militaire
En fait, cette industrie est dite duale car le levier
militaire est largement profitable au segment civil et a été
souvent à l'origine de la promotion des technologies
aéronautique. Certes, en 2005, la part du civil domine avec 60% du CA
aux Etats- Unis et 68% du CA en Europe3, cependant à partir
de 2001 une forte remontée de la
et 28% (Cf. Etude «De la coopération à
l'intégration : les industries aéronautiques et de
défense« réalisé par Burckard Shmitt et
publiée par l'Institut d'étude et de sécurité). De
même pour l'aéronautique civile, les événements du
11 septembre et le SRAS ont engendré un recul important du nombre de
passager acculant ainsi les compagnies aériennes à réduire
leur nombre de vol, ce qui s'est traduit par une diminution des commandes
d'appareils de transport et par voie de conséquence de la production
(Cf. Conférence mondiale sur l'industrie aérospatiale
organisée par la FIOM, Toulouse, 16-19 Juin 2002).
1 IGALENS, Jacques. La flexibilité dans le
secteur aérospatial. Toulouse : LIRHE documentation, 2002. 237
p.
2 AECMA. European Aerospace industry: Facts &
Figures 2002, 2003.
3 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
part du militaire est observée et pourrait à
nouveau se rapprocher de 50%. Cette présence de la dimension militaire
explique la main mise relative des Etats sur ce secteur qui se manifeste selon
plusieurs formes en fonction des Etats, avec deux éléments
récurrents :
· «La préférence
nationale«1, ce qui signifie que les Etats privilégient
les entreprises nationales pour l'armement de leurs forces militaires.
· Le poids de financement étatiques dans la R&D
de l'aéronautique militaire. Aux
Etats-Unis, l'Etat a financé 62,5% des dépenses en
matière de R&D en
aéronautique militaire en 20002. En Europe, la
part des Etats en 2002
représentait 62% du total des dépenses en R&D
alors que le poids de
financement de l'Etat des activités R&D en
aéronautique était de 44%.
A ce titre, les dépenses militaires constituent un
puissant moteur des industries aéronautiques. Dans ce cadre, les
industries américaines apparaissent plus avantagées que leurs
homologues européennes tant en niveau qu'en part du PIB. En fait, le
budget américain se chiffrait à 417 milliards de Dollars (2,7% du
PIB) en 2003 contre 171 milliards de Dollars (1,8% du PIB) pour l'Europe des
vingt cinq.

1.1.5 Une industrie fortement exportatrice
En outre, l'industrie aérospatiale est fortement
exportatrice, et ce en dépit des restrictions qui la sous-tendent,
particulièrement dans le domaine militaire pour éviter la
diffusion de certaines technologies sensibles. En fait, les exportations,
représentent en Europe et aux Etats-Unis plus de la moitié du
chiffre d'affaires des industriels du secteur afin de compenser
l'étroitesse du marché national. Elles s'évaluent à
52% en 2001 pour les Etats-Unis et 53% en 2002 pour l'Europe3.
Tous les acteurs du secteur estiment que la croissance de ce
marché est assurée sur le long terme. En fait, sur les vingt
prochaines années, le taux de croissance du trafic aérien serait
supérieur de deux points à celui du PIB. Certes des
événements ponctuels pourraient interrompre la tendance
haussière du trafic, néanmoins, le
1 Cette tendance est surtout de mise aux Etats-Unis
connue sous le vocable «Buy american «. En Europe, plusieurs
voies réclament l'homogénéisation des besoins et une
politique d'Achats commune entre européens pour arriver au «Buy
european «. RACCAUD, Pierre & MALVACHE, Jean-Luc. The Future
of Europe 's Aerospace Industry. Syndex & PCG-Project Consult GmbH,
2003.
2 Aux États-Unis et en Europe, la participation
financière de l'État aux marchés de la défense est
généralement non remboursable.
3 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
secteur arrivera à s'en sortir pour renouer avec son taux
de croissance tendanciel (voir Figure 4).

Source: Global Market Forcast, Airbus
(1999)1
Figure 4. Evolution du transport aérien entre
1969 et 2019

1.1.6 Une industrie fortement dominée l'Europe et les
Etats-Unis
Au final, l'industrie aéronautique reste fortement
dominée par l'Europe et les Etats- Unis au regard des chiffres
d'affaires réalisés par leurs industriels (voir Figure 5). Cette
domination est confortée grâce notamment à une
maîtrise très avancée des technologies de pointe et
à une forte implication des Etats dans ce secteur.
En effet, si le chiffre d'affaire mondial consolidé du
secteur aéronautique et spatial était de 288 milliards de Dollars
en 2004, alors 56% de ce chiffre est réalisé par des
sociétés originaires des Etats-Unis et 35% par des
sociétés européennes, il en va de même sur le plan
de l'emploi2. Cette industrie génère 1,13 millions
d'emplois directs dont 53,6% aux Etats-Unis et 34% dans l'Union
Européenne3.
1 AIRBUS. Global Market Forecast 2000-2019
[en ligne], July 2000
http://www.airbus.com
(consulté le 26.02.2007).
2 MINISTERE DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE, DE
L'INNOVATION ET DE L'EXPORTATION. Stratégie de développement
de l'industrie aéronautique québécoise, 2006.
3 Op. cit.

Source: MDEIE (2006)1
Figure 5. CA mondiaux et effectifs en 2004 du secteur
aéronautique
Historiquement, les Etats-Unis dominent largement ce secteur
grâce à leur maîtrise des technologies avancées,
liée à l'existence d'un marché intérieur
conséquent. La forte demande des forces aériennes
américaines, outils incontournables dans la politique extérieure
du gouvernement, profite largement à la composante civile des
industriels américains qui ont misé sur un positionnement dual.
En effet, le marché militaire intérieur, fermé aux
constructeurs étrangers2, constitue une base pour les firmes
nationales, d'autant plus que le budget fédéral soutient
énormément leurs efforts en matière de R&D3
et représente ainsi un moteur puissant de la promotion de l'industrie
aérospatiale.
Les autres grandes nations de ce secteur sont aussi le Canada,
le Japon, le Brésil, la Chine et la Russie. Leur poids est loin
d'être négligeable, leur présence est appelée
à progresser au sein des grandes nations de l'industrie
aéronautique mondiale.
Ainsi, l'industrie aéronautique présente
plusieurs caractéristiques et reste, de ce fait, fortement
convoitée par la plupart des Etats ambitionnant de se hisser au rang des
grandes nations de l'industrie aéronautique. Toutefois, le secteur de
l'aéronautique
1 MINISTERE DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE, DE
L'INNOVATION ET DE L'EXPORTATION. Stratégie de développement
de l'industrie aéronautique québécoise, 2006.
2 C'est la tendance «Buy american«
évoquée précédemment.
3 Les Etats-Unis consacrent aujourd'hui un budget
trois fois plus important à la R&D que l'ensemble des membres
européens de l'OTAN et la Suède. BURCKARD, Schmitt. De la
coopération à l'intégration : les industries
aéronautiques et de défense en Europe, 2000.
est marqué par un certain nombre de tendances qui ont un
impact majeur sur les stratégies des acteurs.
1.2. Les grandes tendances à l'oeuvre dans le
secteur
Dès les années quatre-vingt, tout en se
désengageant progressivement de la sphère privée, les
États ont initié un large mouvement de recentrage sur leurs
métiers de régulation et de réglementation, pour
n'intervenir plus directement dans la gestion des activités
privées et s'orienter plutôt vers un rôle d'animateur.
Parallèlement au désengagement progressif des
États du secteur aéronautique, les concentrations et les
internationalisations des acteurs industriels, les stratégies
opérées par les compagnies aériennes et le renforcement de
la réglementation liée à l'environnement et à la
sécurité tracent les contours de développement du secteur
aéronautique.
1.2.1 Le désengagement des États : D'une
logique d'arsenal à une logique de marché
i) La logique d'arsenal1 : l'Etat
actionnaire-financeur-client
Aux Etats-Unis durant la guerre froide, la présence de
l'État était surtout visible dans le domaine militaire avec la
politique de «Defense buildup«, qui permettait au
département d'État américain de stimuler le secteur
aéronautique grâce à de grands programmes à fort
contenu technologique.
En Europe, l'exemple de l'État français est
très significatif. En effet, vers les années 60, l'État
est l`acteur central de l'industrie aéronautique. À cet
égard, il fixe les caractéristiques de l'avion, désigne
les partenaires industriels et les incite à promouvoir le tissu
industriel local. Ce qui compte pour l'État, c'est la suprématie
et l'indépendance technologique, industrielle et militaire ; le
critère économique étant relégué au second
rang2. Dans cette optique deux éléments fondamentaux
sous- tendent ce mode de développement : d'abord le prix de la
pièce n'est pas un critère décisif de sélection des
sous-traitants, ensuite la localisation est un critère central pour
remporter la décision de l'avionneur. La relation DO/ST est
caractérisée par
1 MULLER, P. Airbus l'ambition européenne,
logique d'État, logique de marché. Collection «Logiques
Sociales«, L'Harmattan, Paris, 1998.
2 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001, pp. 153-165.
l'absence des modes de coordinations spécifiques. La
sous-traitance étant réduite à sa forme
élémentaire et confinée dans une relation
transactionnelle1. Ce cadre cognitif ne permet pas un transfert de
savoir et de savoir-faire ni d'interaction entre le DO et le ST. C'est ce
qu'illustre le programme Concorde.
ii) Les limites de la logique d'arsenal : Le cas du programme
CONCORDE2 Pour asseoir leur notoriété et leur
prestige, la France et la Grande-Bretagne s'engagent dans un programme de
construction d'un avion de ligne supersonique. La logique d'arsenal qui
sous-tend ce programme aboutit à un avion à la pointe de la
technologie et dont l'échec commercial est flagrant. Le protectionnisme
de l'État dont jouissent les avionneurs civils, les empêchent
à être réactifs, à anticiper les mutations de
l'environnement et à rechercher une quelconque efficience du coté
organisationnel. Cet échec annonce le désengagement progressif de
l'État du secteur aéronautique civil.
iii) Cas du désengagement de l'État
français de l'industrie aéronautique civile Le milieu des
années quatre-vingts marque le passage de l'État français
d'une logique d'arsenal à une logique de marché. Dans une logique
d'arsenal, l'État concentrait trois rôles : il est à la
fois client (en précisant les caractéristiques du programme
Concorde), actionnaire principal du groupe AEROSPATIALE avant 1999 et
financeur. Dans une logique de marché, où la notion de coût
occupe désormais une place prépondérante, l'État ne
conserve que son rôle de financeur, vu le risque, les coûts et les
enjeux stratégiques qu'une telle industrie implique. En somme, il
apparaît que les intérêts des États ont
progressivement cédé la place aux intérêts des
actionnaires et des industriels.
1.2.2 Concentration et internationalisation des acteurs
industriels3

Face au désengagement des États, les industriels du
secteur se sont regroupés aussi bien à l'échelon national
que continental.
1 Pour plus de détail concernant la notion de
sous-traitance classique voir la Partie 1 .Chapitre 1. Section 1.
Paragraphe 3.
2 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001, pp. 153-165.
3 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
En effet, en se retirant de l'industrie aéronautique,
les États ont eux-mêmes encouragé la concentration
des entreprises du secteur autour des grands DOs dans le but de conserver une
industrie puissante sans qu'elle devienne dépendante de capitaux
étrangers qui pourraient avoir des intérêts antinomiques
aux intérêts nationaux. Les mouvements de concentration ont
affecté l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur globale
(avionneurs, moduliers et STs des rangs supérieurs). Les fusions et les
acquisitions se sont alors succédées tant en Europe qu'aux
Etats-Unis, touchant des entreprises à métiers similaires ou aux
activités complémentaires. À titre d'exemple, le groupe
électronique britannique BAE a racheté son compatriote GEC
Marconi qui intervient dans le même domaine. De même, en France, le
groupe SNECMA, pour compléter ses activités de construction de
moteurs, a successivement racheté les sociétés
d'équipement (Hurel-Dubois, Labinal, Hispano, Messier-Bugatti...) qu'il
a consolidées dans un pôle équipement, avant de fusionner
avec le groupe électronique SAGEM en 2005 au sein du groupe SAFRAN.
Aux Etats-Unis les industriels ont suivi le même
itinéraire. Comme nous l'avons déjà signalé, le
secteur a connu beaucoup de fusions et acquisitions. En 1996 par exemple,
Boeing a acquis Rockwell et a fusionné peu de temps après avec Mc
Donell Douglas. Il en est de même pour Lookheed qui, une année
plus tard, a acquis la division des chasseurs militaires de General Dynamics
avant de fusionner avec Martin Marietta, ayant déjà pris le
contrôle de la division spatiale de General Dynamics, pour créer
le groupe de Lookheed-Martin.
Par ailleurs, ces mouvements de concentration ne suffisaient
pas à eux seuls pour affronter la concurrence mondiale.
L'internationalisation est devenue donc une nécessité.
Ainsi, l'union européenne a encouragé l'internationalisation de
groupes appartenants à différents États du continent.
L'exemple le plus parlant est la naissance du groupe
franco-germano-hispano-britannique EADS en 2000, issu d'une volonté
forte des États membres.
Avec en moyenne une réduction de la moitié en 10
ans du nombre des grands DOs, l'Europe ne compte que 12 groupes en 2002, aux
Etats-Unis, le phénomène est beaucoup plus marqué avec 5
groupes nationaux. Cette relative non concentration en Europe s'explique par la
réticence des Etats qui ne souhaitent pas complètement perdre le
contrôle de leur industrie aéronautique nationale, notamment dans
le domaine militaire.
Enfin, ces groupements et concentrations ne sont pas
limités aux seules frontières de l'Europe et du continent
nord-américain. En fait, plusieurs rachats et prises de participations
se sont opérés dans les deux sens de l'atlantique. Par exemple,
le groupe SNECMA s'est implanté aux Etats-Unis en rachetant des
entreprises locales, tandis que l'allemand MTU Aero-Engines ou l'Italien Fiat
AVIO passaient sous pavillon américain.
1.2.3 Stratégies des compagnies
aériennes1

Face au retrait de l'État du secteur du transport
aérien, les compagnies ont trouvé dans les alliances et les
concentrations un moyen efficace pour améliorer leur
compétitivité. Elles ont en outre procédé à
la rationalisation de leur flotte tout en améliorant le confort et la
qualité du service.
En effet, le désengagement de l'État a
également touché le transport aérien. La
libéralisation des espaces aériens, la
déréglementation des prix ainsi que la dérégulation
du nombre des compagnies sont autant de facteurs qui ont
précipité ce retrait et avivé la concurrence. En fait, la
conjoncture s'annonce difficile pour la plupart des compagnies
aériennes2 en raison, certes, de la montée de la
menace terroriste, mais en raison également de la pression
exercée sur les prix notamment après l'arrivée sur le
marché du transport aérien des compagnies à bas
coûts (Low cost). Dans cet environnement difficile, les
compagnies aériennes se sont acheminées vers les alliances (Star
alliance, Skyteam, Oneworld....) et la coopération comme étant
des moyens efficaces pour mutualiser les efforts et affronter une concurrence
de plus en plus rude. Encore plus, certaines compagnies, surtout en Europe, ont
profité de la dérégulation du nombre de compagnies et ont
fusionné entre elles, à l'instar d'Air France et la KLM en
20043.
1 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
2 Par exemple, en l'an 2001 les 10 premières
compagnies américaines, qui représentent 95 % du chiffre
d'affaires de cette industrie, ont fait des pertes opératives d'un
montant de 7,3 milliards de S, malgré des subventions étatiques
de 5 milliards. Bien qu'une grosse partie de ces pertes soit à attribuer
aux conséquences du 11 septembre, il faut constater que les compagnies
aériennes américaines faisaient déjà des pertes aux
premiers trimestres 2001. Ceci en raison du recul des voyages d'affaires
à la suite de la récession économique américaine,
du prix élevé du carburant et de la forte concurrence sur ce
marché. MALENTACCHI, Marcello. L'industrie spatiale et
aéronautique: Moteur de croissance et technologie-clé au 21e
siècle. Conférence mondiale sur l'industrie
aérospatiale Toulouse, France, 16-19 juin 2002, ou [en ligne],
www.imfmetal.org (consulté
le 26.04.2007).
3 Ces fusions et ses alliances permettent aux
compagnies aériennes d'étendre leurs réseaux, de
réaliser des économies d'échelle sur la maintenance
(représente 25% du coût de possession d'un appareil) et la
distribution qu'elles massifient et standardisent.
Par ailleurs, les grandes compagnies aériennes
épousent des stratégies de différenciation pour se
démarquer des compagnies à bas coûts. En fait, elles misent
sur l'amélioration de la qualité du service, l'enrichissement de
son contenu à travers des dispositifs vidéos embarqués de
plus en plus sophistiqués, le tout dans une optique d'individualisation
de l'offre. Pour autant, la réduction tendancielle des prix de vente des
billets aux clients reste leur souci majeur, et elles exercent de ce fait, une
pression acerbe sur les grands constructeurs pour diminuer les prix de vente
des appareils. Elles essaient également de rationaliser leur flotte en
optant de plus en plus pour la location d'appareils auprès de
sociétés spécialisées tout en réduisant le
nombre de versions en service1 (Air France passe de 53 versions
commerciales en 1995 à un objectif de 10 en 2008).
Ainsi, les stratégies menées par les compagnies
aériennes structurent et orientent les industriels. D'une part, elles
renforcent les tendances modératrices sur la croissance de la demande
finale et tendent à rééquilibrer le rapport de force avec
les industriels en faveur des compagnies aériennes. D'autre part, elles
consolident la dynamique de certains segments du secteur, en particulier
l'électronique embarquée et la maintenance et orientent la
recherche des industriels sur cette question pour définir leurs besoins
futurs. Cependant, les compagnies aériennes ne sont pas les seules
à intervenir dans le processus de fabrication des appareils, d'autres
organismes spécialisés dans les domaines de la
sécurité aérienne et de l'environnement imposent des
normes à respecter par les constructeurs sous peine de voir leurs
appareils interdits de voler.

1.2.4 Tendances réglementaires liées à
l'environnement et à la sécurité
L'aéronautique civile est fortement génératrice de
nuisances (pollution, bruit). L'acceptation sociale est primordiale pour le
maintien du développement du secteur. Ceci passe en partie par une
réduction des nuisances à la source. Déjà, les
aéroports favorisent les aéronefs les moins bruyants en
réduisant les plages horaires du vol de ceux qui dépassent un
certain seuil de bruit. Il est certain que les normes vont aller en se
durcissant. Raison pour laquelle, les motoristes, les premiers
1 Par cette réduction du nombre de versions
commerciales en service, les compagnies réalisent des économies
sur la formation aussi bien du personnel de la maintenance que celui
navigant.
concernés, agissent de manière à
intégrer en amant ces contraintes. Les traités internationaux
obligent désormais, les constructeurs à réduire de 18
décibels le niveau de bruit de leur appareil entre 2000 et 2015 et de
diviser par six la quantité de polluants émis1.
De même, l'intensification du trafic, sa concentration
avec les stratégies de «hub« ont pour conséquence la
saturation du ciel aérien, ce qui augmente la probabilité de
survenance d'accidents aériens. Afin de parer à cette carence et
conserver au transport aérien sa fiabilité, plusieurs structures
spécialisées dans le domaine de la sécurité ont vu
le jour, à l'image de l'European Aviation Safety Authority (EASA) qui
travaille en commun avec l'ensemble des intervenants dans le secteur
(États, constructeurs, aéroports...) et qui tente de
définir des pistes de recherches et d'actions. Les pistes de recherches
actuelles portent sur des systèmes de sécurité dits
«actifs« qui donnent l'alarme face au danger, notamment par exemple
les systèmes anti-collision et les avertisseurs de proximité au
sol.
Ces tendances orientent en partie les recherches en cours chez
les industriels à l'image de SNECMA, General Electric, Pratt &
Whitney et Rolls-Royce qui ont érigé la lutte antibruit et
antipollution en tête de leurs priorités et de leurs arguments de
vente. Dans le futur, le poids des performances
environnementales2 des moteurs ne peut que
s'accroître.
1.3. Les stratégies développées par
les acteurs face aux tendances structurantes
Ces grandes tendances ont poussé les grands DOs
à développer des stratégies nouvelles qui ont un impact
direct sur l'ensemble de la filière. Ainsi, insistent-ils
désormais sur (1) la modularisation, (2) l'externalisation et la
responsabilisation accrue des fournisseurs et enfin (3) l'internationalisation
de la sous-traitance accélérée par les mesures de
compensation industrielle et facilité par (4) la
généralisation des principes organisationnels de
l'ingénierie concourante. L'ensemble des ces stratégies vient
corroborer une logique de report des risques
1 Il s'agit de limiter les rejets à la fois aux
oxydes d'azotes (NOx), aux hydrocarbures imbrûlés (HC) et au
monoxyde de carbone (CO).
2 DUBOIS, Thierry. Vers des moteurs plus propres
et moins bruyants. Science & Vie. Hors Série : Aviation 2001.
N°215, 2001.
sur les niveaux supérieurs de la sous-traitance, telle
qu'elle est initiée par les DOs majeurs et relayée par les
acteurs majeurs de la sous-traitance.

1.3.1 La montée en puissance de la
modularisation
Avant d'élucider le rôle et la portée de
la production modularisation qui s'est introduite dans la filière ces
dernières décennies en tant que stratégie majeure, il
convient tout d'abord de définir le cadre théorique qui sous-tend
ce processus technico-organisationnel1.
Il s'agit dans un premier temps, de concevoir et de fabriquer
un produit en le décomposant en plusieurs systèmes et
sous-systèmes autonomes, qui sont reliés les uns aux autres par
des interfaces standardisées ; ce qui renvoie à une dimension
technologique, et dans un deuxième temps à orchestrer la
coordination entre plusieurs entités organisationnelles ; ce qui renvoie
à une dimension organisationnelle.
La modularité puise son fondement théorique dans
la notion d'architecture produit2. Cette notion représente la
manière dont sont agencés les composants physiques formant le
système global (l'appareil) et leurs
fonctionnalités3.
Une architecture-produit est qualifiée
d'intégrale lorsqu' (1) il n'est pas possible d'associer un
composant physique à une fonction et/ou (2) que les interfaces entre les
composants sont couplées. À l'inverse, une architecture est
modulaire lorsqu'il existe, d'une part, (1) une identité entre composant
physique et fonction, et d'autre part, (2) un découplage des interfaces
reliant les composants.
Sur la base de cette architecture modulaire, Airbus et Boeing
ont développé une gamme d'avions de plus de 100 places dans
laquelle chaque modèle partage avec d'autres certains modules, alors que
Dassault fait de même pour ses avions d'affaires Falcon, également
décomposés en gamme. Il s'agit de concevoir, de produire,
d'assembler et de faire fonctionner des appareils de façon
relativement
1 FRIGANT, Vincent et TALBOT, Damien. Convergence
et diversité du passage à la production modulaire dans
l'aéronautique et l'automobile en Europe. Document de travail GRES
n° 2002-6. 2002.
2 ULRICH, K. The role of product architecture in
the manufacturing firm, Research Policy, vol. 24, pp.419-440, 1995.
3 Caractériser l'architecture d'un produit
conduit alors à s'interroger sur : (1) La manière dont s'effectue
la transposition des éléments fonctionnels en composants
physiques. Les questions essentielles ici sont de savoir si une fonction
doit/peut être remplie par un seul ou plusieurs composants ; et (2) la
manière dont sont assemblés les composants physiques entre eux et
avec le système global. L'interrogation est portée alors sur les
interfaces qui régissent les interactions physiques entre les
composants. Ces interfaces sont dites couplées si une
modification d'un composant entraîne une modification subséquente
chez le composant relié. Elles sont dites
découplées si un changement dans un composant
n'occasionne pas de changement dans l'autre.
similaire tout en respectant la nécessaire
diversité des produits1. Ainsi, les modèles
A318/A319/A320/A321 et A330/A340 possèdent le même tableau de
bord, les mêmes procédures de pilotage, la même avionique et
les mêmes systèmes. Au sein des A318/A319/A320/A321, la voilure
est identique, seule la longueur du fuselage (et par la suite le nombre de
place) varie. Enfin, sur chaque type d'appareil de dernière
génération, deux ou trois motorisations sont proposées
suivant les offres des motoristes afin de répondre aux exigences
opérationnelles des compagnies, ce qui suppose une standardisation des
interfaces entre les modules moteur et nacelle afin d'accueillir l'ensemble des
capacités opérationnelles des différents moteurs.
Il apparaît que la modularisation permet de rallonger la
durée de vie du produit global et d'évoluer sans modifier
l'ensemble des éléments grâce à des interfaces
standardisées. Un produit d'une durée de vie de 30 ans peut ainsi
rester à la pointe de la technique avec des améliorations
incrémentales des modules, sans avoir à modifier l'ensemble du
produit en une seule fois2, en fonction du marché et de
l'évolution des contraintes réglementaires environnementales et
sécuritaires3.
La modularisation a facilité le recours des avionneurs
au concept de familles puisqu'il permet de doter les appareils de plusieurs
modules communs. Ceci réduit le nombre de lignes de production et y
intègre une plus forte automatisation. Cette production par famille
permet également d'abaisser les coûts globaux de R&D,
d'outillage ainsi que les risques d'échec commercial.
La modularisation associée au concept de famille permet
enfin de mieux répondre aux attentes des clients de l'industrie
aéronautique qui pensent désormais leurs investissements en
termes de coût global. Ainsi, les constructeurs et les motoristes qui ont
mis l'accent sur la réduction des coûts d'exploitation et de
maintenance de leurs modèles soulignent l'avantage de disposer
d'environnements similaires d'un
1 SALVADOR, F et al. Modularity, product variety,
production volume and component sourcing: theorizing beyond generic
prescriptions, Journal of Operations Management, vol. 20, n° 5, pp.
549-575, 2002.
2 «... The nature of what consumers believe is
the essence of a given product often changes. Consumers may add certain
attributes and drop others, or they may combine the product with another
product that had been generally regarded as distinct. Alternatively, a product
that consumers had treated as an entity may be divided into a group of
sub-products that consumers can arrange into various combinations according to
their personal references. We call this kind of network of sub-products a
modular system». LANGLOIS, R.N et ROBERTSON, P.L. Networks and
Innovation in a Modular System: Lessons from the Microcomputer and Stereo
Component Industries», Research Policy, Vol. 21, n° 4, 297-313,
1992.
3 Pour plus de détail, voir dans la
présente section, le paragraphe 1.2.4 sur la tendance au renforcement de
la réglementation environnementale et sécuritaire.
appareil à l'autre. Ceci permet de réduire les
frais de formation du personnel qu'il soit navigant ou maintenancier.

1.3.2 Externalisation et responsabilisation accrue des
fournisseurs
Les années 80, ont marqué la fin du
modèle de la firme intégrée et le recentrage des
avionneurs sur leur coeur de métier, et plus précisément
la conception, l'intégration des systèmes et des
sous-systèmes et la commercialisation. Ce mouvement de
refocusing profite aux équipementiers et fournisseurs qui se
voient confier plus d'activités de la part des grands DOs1.
Ceci se traduira par une externalisation poussée et une réduction
drastique du nombre de fournisseurs et une plus grande
sélectivité. À titre d'exemple2,
l'Aérospatiale a réduit la part des achats dans le chiffre
d'affaires de 40 à 70% la entre 1980 et 1990 et elle est passée
de 700 à environ 120 sous-traitants de premier niveau.
Apparaissent alors, parallèlement aux formes classiques
de sous-traitance, des relations plus étroites dans le cadre d'une
sous-traitance dite globale3. La répartition
industrielle des charges de travail a évolué dans le sens
où la part industrielle de la cellule de l'avion diminue de plus en plus
au profit de la part des systèmes, dès lors un avionneur ne peut
maîtriser l'ensemble des systèmes, et se transforme de plus en
plus en un intégrateur4. Autrement, les
systémiers5 se voient confier une charge plus
importante6 voire quelquefois l'exclusivité sur un programme
donné et plus d'autonomie technique et industrielle. En contrepartie, le
sous-traitant prend en charge un risque financier, commercial et industriel. En
insufflant cette stratégie de sous-traitance globale,
l'avionneur cherche à réaliser en aval de la filière deux
objectifs : d'abord, en collaborant avec des groupes de sous-traitants de rang
mondial, l'avionneur améliore sa performance globale, ensuite eu
égard au caractère cyclique du secteur, le sous-traitant joue le
rôle d'amortisseur et de zone tampon et absorbe à ce titre les
fluctuations liées notamment à la gestion de la main d'oeuvre.
1 KECHIDI, Med. Dynamique des relations verticales
dans l'industrie aéronautique. LEREPS, GRES, 2006.
2 IGALENS, J et VICENS, C. Changes in the
aeronautics sector: the case of Airbus in the Midi Pyrénées,
2006.
3 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001, pp. 153-165.
4 Op. cit.
5 Pour une définition des différents
niveaux de la pyramide de sous-traitance voir Partie. I, Chapitre. II, Section.
2, Paragraphe. 1.
6 Par exemple 40 % de la charge de travail du
programme A380 est sous-traitée.
La nature même des activités sous-traitées
a évolué d'une sous-traitance de capacité à une
sous-traitance de spécialité. Les normes de sélection
évoluent vers des aspects plus organisationnels (certification
qualité, disponibilités financières) et les cahiers des
charges deviennent fonctionnels. Par ailleurs, les STs majeurs se voient
confier la charge complète de la conception et de la production des
modules dont ils assument la responsabilité. Pour le
développement, par exemple, du nouvel A380 d'Airbus ou du Falcon 7X de
Dassault, les deux avionneurs en question ont accru les responsabilités
des équipementiers1. Dans le cas d'Airbus, les composants de
l'A380 ne seraient fournis que par une cinquantaine
d'équipementiers2, ces derniers prenant en charge 30% des 10
milliards d'euros de dépense de R&D. Figurer au premier rang des
fournisseurs exige désormais de participer au financement des
investissements de R&D et d'assumer ses responsabilités
jusqu'à la certification de l'appareil. Cela signifie que
l'équipementier jouit d'une certaine autonomie technique et industrielle
afin d'atteindre un résultat imposé. En outre, les
investissements immatériels et matériels seront amortis sur un
nombre précis d'avions et ce n'est qu'au-delà de ce chiffre qu'il
peut espérer réaliser un profit.
En somme, il apparaît que les nouveaux modes de
coordination laissent présager (1) une structuration des réseaux
de sous-traitance en un modèle pyramidale3 dont
l'architecture s'organise autour du noyau avionneur et (2) une réduction
drastique du nombre de STs, afin de construire des relations plus stables et
plus engagées4.

1.3.3 Internationalisation de la sous-traitance et mesures
de compensation industrielle
La recherche d'une production à bas coût, ainsi
que les pratiques commerciales dites de compensation industrielle sont autant
de facteurs qui favorisent l'internationalisation de la production dans
l'industrie aéronautique.
Parfois impulsée par les États, comme c'est le
cas pour Airbus, ou sur initiative propre des entreprises du secteur,
l'internationalisation s'affirme de plus en plus chez
1 FRIGANT, Vincent et TALBOT, Damien.
Convergence et diversité du passage à la production modulaire
dans l'aéronautique et l'automobile en Europe. Communication
présentée aux journées de travail du GERPISA, 2003.
2 Usine nouvelle. n°2783. 2001.
3 Néanmoins, l'avènement de nouveaux
modes d'organisation dits Racines et Rameaux a marqué
l'éclatement du modèle pyramidal qui a prévalu
initialement dans le secteur aéronautique. Cf. Partie. I, Chapitre. II,
Section. 2. Paragraphe. 3.
4 Les stades d'évolution des registres de
relations DO/ST seront détaillés dans la Partie. I, Chapitre. II.
Section. 1. Paragraphe. 3.
les industriels de l'aéronautique1. Certes,
elle reste confrontée à certaines limites dont la principale est
liée au désir des États de limiter le transfert de
technologies sensibles, néanmoins, la pression accrue qui s'exerce sur
les coûts à l'échelon mondial, notamment, avec l'apparition
de certains nouveaux constructeurs milite en faveur d'une intensification des
mouvements de délocalisation de la production vers des pays
émergents.
En outre, ce mouvement d'internationalisation a
été particulièrement accéléré par
l'avènement de nouvelles pratiques commerciales dites de
compensation industrielles ou Off-Set et auxquelles les
nouveaux clients ont de plus en plus recours. En effet, dans un climat fort
concurrentiel, les avionneurs sont amenés, pour pouvoir décrocher
des marchés, à concéder de plus en plus de mesures de
compensation en faveur des pays clients2. Pour le civil comme pour
le militaire, la plupart des gouvernements veillent à ce que
l'acquisition d'équipements étrangers soit accompagnée
d'une endogénéisation3 graduelle des
compétences dans des firmes nationales. C'est ainsi que les contrats de
vente sont assortis de clauses qui stipulent qu'une partie de la production
doit se faire sur le sol de l'État acheteur (ou de la compagnie
aérienne acheteuse)4. Les pays émergents voient en ce
mécanisme un moyen de soutenir l'emploi, de transfert et d'appropriation
des technologies mises en oeuvre.
En plus d'être justifiée sur les plans
économique et technologique, cette internationalisation est
généralement justifiée politiquement pour faciliter
l'accès aux nouveaux marchés.
Les grands constructeurs ont dû se plier à ces
règles pour pénétrer certains marchés à
l'image de Boeing qui a confié la production de 35% du Boeing 787 au
Japon5. Tel est le cas également pour Airbus qui compte
parmi ses fournisseurs des sociétés
1 Concernant le programme A380 par exemple, la part
relative des équipements provenant de l'extérieur est proche de
la moitié de la valeur du programme tout entier, alors que cette part ne
dépasse pas le 1/4 pour le reste de la gamme.
2 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
3 BOURGAULT, Mario. Analyse des rapports entre
donneurs d'ordres et sous-traitants de l'industrie aérospatiale
nord-américaine. Montréal : CIRANO, 1997. Série
Scientifique. N° 97s-27.
4 HAAS, Joachim et OURTAU, Maurice. La
sous-traitance : organisation industrielle et gestion de l'emploi et des
qualifications. LIRHE, Université des sciences sociales de
Toulouse. Rapports du Céreq. L'évolution de l'emploi et des
qualifications dans la construction aéronautique et spatiale,
2006.
5 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
américaines, ce qui lui facilite l'accès au
marché local. Airbus a aussi confié à la Chine une partie
du développement du programme A380 dans le but de se voir ouvrir ce
marché à très fort potentiel. De même en 2003, la
fabrication d'Eurocopter a été délocalisée en Chine
dans le but de pénétrer ce marché1.
1.3.4 Généralisation des principes
organisationnels de l'ingénierie concourante Les
programmes2 actuellement développés par Airbus sont
marqués par la généralisation des principes
organisationnels de l'ingénierie concourante, déjà
appliqués dans l'automobile (Toyota, Renault, PSA...) et dans
l'aéronautique (Boeing pour le 777)3.
Ces principes, largement inspirés du modèle
japonais de l'industrie automobile, sont repris explicitement par
Aérospatiale dès les années 19904. Ils
impliquent, dès la phase de conception, une approche systématique
appliquée au développement de nouveaux produits, prenant en
considération l'ensemble du cycle de vie du produit : de la conception
jusqu'au recyclage des composants et matériaux, en passant par sa
production, sa commercialisation, son utilisation en conditions
opérationnelles et sa maintenance5. Le concepteur prend ainsi
le soin d'intégrer, dès la phase de conception, les contraintes
de fabrication des produits (amélioration de la
«manufacturabilité« des produits) et les contraintes
d'après-vente et d'entretien en conditions opérationnelles
(amélioration de la «maintenabilité« des
produits)6. Concrètement, l'ingénierie concourante
rassemble des équipes pluri-fonctionnelles qui travaillent en
parallèle sur le développement du produit. Elle permet de
réduire
1 Source rapport annuel 2004 d'EADS.
2 Airbus mène depuis plusieurs
années, un projet européen (ENHANCE) associant une cinquantaine
de sociétés partenaires dans un programme de développement
des principes d'ingénierie simultanée concourante. Ce projet a
pour mission le développement d'une plateforme informatique qui servira
à la fois à une nouvelle norme européenne du secteur et en
même temps à la réduction d'un certain nombre de
coûts et de délais associés à la RDT : ainsi pour
les A340-500 et 600, les objectifs étaient une réduction de 30 %
pour la durée du cycle de développement et de 20 % pour les
coûts de ce cycle (par comparaison avec le développement de
l'A340).
3 HAAS, Joachim et OURTAU, Maurice. La
sous-traitance : organisation industrielle et gestion de l'emploi et des
qualifications. LIRHE, Université des sciences sociales de
Toulouse. Rapports du Céreq. L'évolution de l'emploi et des
qualifications dans la construction aéronautique et spatiale,
2006.
3 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
4 Chez Aérospatiale, cette approche dite ACE
"Airbus Concurrent Engineering" a commencé en 1995 dans le but
de raccourcir le cycle du développement de 30% et de réduire les
coûts de la production pendant le cycle de vie de l'avion. Il a
été suivi en 1999 par le programme «Enhanced
Aeronautical Concurrent Engineering« pour définir des
nouvelles méthodes de travail dans le secteur afin d'améliorer sa
compétitivité à travers le développement de
standards méthodologiques applicable le long de la chaîne
d'approvisionnement.
5 IGALENS, J et VICENS, C. Changes in the
aeronautics sector: the case of Airbus in the Midi Pyrénées,
2006
6 BRUEL, Olivier et FAVALETTO, Bruno. Achat et
logistique d'approvisionnement. In : Management Stratégique et
Compétitivité. INGHAM, Marc (Ed.): 1995, p236.
considérablement le temps de conception par rapport
à une approche séquentielle des tâches1. Cela a
conduit à l'association dans le processus de la conception de tous les
acteurs ayant compétence pour intervenir aux différents moments
et sur les différents aspects du cycle de vie et à faire de sorte
qu'ils travaillent aussi simultanément que possible2.
Désormais, les constructeurs ont abandonné
l'ancienne organisation séquentielle, pour développement de
nouveaux produits, au profit d'un mode de développement
«concourant«. Ce dernier comporte des dimensions aussi
diversifiées que la convergence, la simultanéité et la
mobilisation qui animent les différents acteurs en phase de
développement3.
Ce nouveau mode d'organisation permet de capitaliser sur les
connaissances cumulées le long de la chaîne de valeur et de les
injecter en amont afin d'anticiper les difficultés en aval. Faire bien
dès le départ permet de finir plus vite et à moindre
coût.
Même si la phase de conception représentent en
moyenne 5% du coût total d'un produit, elle en détermine toutefois
environ 75% du coût total. C'est donc durant cette phase qu'il est
possible de réduire le coût total du produit et que les
coûts d'étude des solutions alternatives et des modifications sont
les plus faibles.
1.3.5 Le partage des risques4 : Une exigence des DOs
La stratégie de partage des risques avec les principaux
fournisseurs est devenue un élément stratégique de la
politique d'Airbus dans une logique d'amélioration des performances et
de compétitivité.
Les risques majeurs sont au nombre de quatre5. Il
s'agit d'abord d'un risque de change particulièrement important pour
Airbus qui réalise environ les deux tiers de son chiffre d'affaires en
dollars et qui de fait cherche à accroître le niveau des achats en
dollars - situé aux alentours de 40% aujourd'hui-. Il s'agit ensuite
d'un risque de fabrication en ce sens qu'il faut réaliser le produit
selon des engagements techniques
1 KOTLER, Philip & DUBOIS, Bernard. Marketing
Management. 11ème édition. France : Pearson
Education, 2004.
2 ALCOUFFE, C. Formes de coopération
interentreprises : l'organisation de la R&D dans l'aéronautique et
le spatial. Note LIRHE n°3 56, 2001.
3 ALCOUFFE, C et CORREGE, N. Structure de
gouvernance dans l'entreprise étendue : l'exemple d 'Airbus. Note
LIRHE n°393, 2004.
4 IGALENS, J et VICENS, C. Changes in the
aeronautics sector: the case of Airbus in the Midi Pyrénées,
2006.
5 FRIGANT, V et al. Les territoires de
l'aéronautique, EADS, entre mondialisation et ancrage, L'Harmattan,
2006.
et dans délais précis. Il s'agit de
surcroît d'un risque commercial avec une éventualité
toujours possible d'un retournement momentané ou durable sur le
marché. Il s'agit enfin d'un risque clientèle lié à
la solvabilité du client lors de la livraison.
Le partage des risques avec les partenaires majeurs emprunte
des modalités diverses qui présentent toutes des implications
majeures pour ces derniers.
Les sous-traitants de rang 1 participent d'abord au
financement des dépenses de développement en assumant la charge
des " coûts non récurrents" qui s'amortissent sur le nombre
d'avions vendus. Ces "coûts non récurrents" représentent le
coût des investissements matériels ou immatériels
liés à la conception et au développement des produits.
Ainsi la couverture de la totalité des coûts non récurrents
correspond forfaitairement à 600 appareils du programme Airbus A330 et
A340. Si Airbus vend moins de 600 appareils, le sous-traitant ne
récupère qu'une partie de son investissement. Le point mort
serait aujourd'hui selon les analystes, de l'ordre de 300 avions pour
l'A380.
Ensuite, les contrats qui lient les donneurs d'ordre et leurs
partenaires sont des contrats forfaitaires. Les parties s'engagent sur un prix
contractuellement négocié qui vaut pour toute la durée de
vie de l'équipement. Si le prix du système s'avère plus
élevé que convenu, c'est le fournisseur qui en assume les
conséquences financières.
Section 2. Nouvelle politique industrielle volontariste au
service de l'essor de la filière aéronautique marocaine
Dans l'industrie aéronautique, «la recherche
constante de niches de compétitivité est devenue une condition de
survie«1. Cette quête a initié un mouvement de
d'internationalisation des entreprises2 opérant dans le
secteur vers des pays à bas coûts de main d'oeuvre. «Le Maroc
est en phase de devenir précurseur dans ce sens pour se positionner dans
cette nouvelle reconfiguration et attirer les investissements de cette
relocalisation en cours«3. Le choix du Maroc est
favorisé par la proximité géographique et culturelle, mais
aussi, par une main-d'oeuvre qualifiée et moins
chère4. Cette attractivité a incité le
gouvernement a retenir la sous-traitance aéronautique parmi les secteurs
stratégiques5 que les pouvoirs publics envisagent de
développer dans le cadre du programme
«Emergence«6.
2.1. La sous-traitance aéronautique dans le
programme «Emergence«
2.1.1 Un ciblage clair des activités
aéronautiques à intégrer

Parmi les opportunités en faveur du Maroc et non des
moindres : un mouvement de reconfiguration de la chaîne de valeur globale
du secteur de l'Aéronautique, une spécialisation et une
accélération du développement de la filière
porté à la fois par les grands donneurs d'ordre du secteur
(Safran, EADS, Boeing) et un noyau de base d'activités de maintenance
avions et moteurs (SNECMA et Royal Air Maroc). Le secteur connaît aussi
une focalisation sur les activités de sous-traitance de niveaux
supérieurs (2 et 3) qui portent un fort potentiel de
développement.
1 UIMM-GIMAS. Secteur de la construction
aéronautique au Maroc : étude de faisabilité d 'un centre
de formation aéronautique. Casablanca : UIMM, 2007. 71 p. Rapport
d'étude UIMM-GIMAS.
2 Qui subissent de pleine fouée une
conjoncture difficile caractérisée par une forte pression
concurrentielle exercée par les géants du secteur, une inflation
des matières premières et une facturation des prestations en
dollar.
3 VALLEE, Samuel et al. Délocalisations :
le malheur des uns fait le bonheur des autres, Dossier conjoncture de la
CFCIM, 2005, no 856, p. 19.
4 LANGEVIN, Corinne. Délocalisations : le
Maroc peut-il en tirer profit ? Dossier conjoncture de la CFCIM, 2005, no
856, p. 20-22.
5 Les autres métiers sont l'offshoring,
l'automobile, l'électronique, l'agroalimentaire, la transformation des
produits de la mer et le textile.
6 C'est le fruit d'une étude
commanditée auprès du cabinet Mc Kinsey par le MICMNE sur la
réalité du tissu économique marocain et de sa place dans
une économie d'échange globalisée. La mise en oeuvre de
cette politique de développement produirait des retombées
économiques considérables sur l'ensemble de l'économie
nationale se traduisant par la génération de 91Mds DH de PIB
additionnel et la création d'environ 440.000 emplois à l'horizon
2013. Par ailleurs, cette politique volontariste devrait permettre de
réduire de plus de 50% le déficit de la BCE (Balance Commerciale
Elargie).
Ce mouvement devrait connaître une
accélération dans le cadre du programme «Emergence«
articulé autour de deux piliers. D'une part l'Aéropôle qui
se veut une zone de développement spécialisée en
aéronautique autour de l'aéroport de Casablanca offrant
l'infrastructure, la connectivité et les services critiques clés,
à proximité des pôles de compétitivité
aéronautique français. D'autre part, l'existence dans la
région de Casablanca d'un bassin d'emploi important avec une bonne
formation de base dans les métiers de l'aéronautique et un plan
et des aides à la formation1.
A terme, l'objectif est d'élargir les filières avec
une montée en gamme qui visent essentiellement2 :
· la sous-traitance et l'industrialisation par une
migration vers les niveaux 2 et 3 ;
· les services pour avions, moteurs et équipements
axés essentiellement sur la maintenance aéronautique ;
· les modifications et transformation avions par la
customisation de cabines avions privés haut de gamme ;
· la logistique aérienne à travers les
centres de tri courrier rapide (DHL, FedeEx). Le Maroc possède tous les
atouts nécessaires pour s'imposer dans ces activités très
internationales. «Le savoir-faire de ses ingénieurs et techniciens
est reconnu. Avec des salaires inférieurs à l'Europe et une
législation du travail plus flexible, les prestations peuvent être
offertes à un prix plus compétitif, dans des délais plus
courts, un argument très important dans l'aviation
civile«3. A l'horizon 2015, le secteur aéronautique
marocain devrait créer 12000 emplois pour un chiffre d'affaire
additionnel de 4 Mds DH4.
2.1.2 Des mesures gouvernementales pour accompagner le
secteur
i) L'Aéropôle et la TFZ : des zones
dédiées
Pour créer un environnement favorable au
développement du secteur aéronautique au Maroc, l'ONDA a
consacré dès 1996, une superficie de 85 ha pour la
création d'un pôle d'industrie aéronautique dans la
province de Nouaceur, autour de
1 MEZOUAR, Salah Eddine (Ex Ministre du
l'Industrie, de Commerce et de la Mise à Niveau de l'Economie et actuel
Ministre des Finances et de la Privatisation). Programme «
Emergence« : une politique volontariste et ciblée au service de
l'essor de l'économie nationale. Casablanca : MICMNE, 2006, 63
p.
2 Op. cit.
3 VALLEE, Samuel. Casablanca, Pôle reconnu
de maintenance aéronautique. Dossier conjoncture de la CFCIM, 2005,
no 865, p. 22.
4 ONDA. L 'ONDA dans l 'Emergence.
Présentation du 05 Mai 2006.
l'aéroport international Mohamed V. Des projets
d'extension de ce pôle sont dors et déjà prévus par
l'ONDA1.
L'ONDA est l'acteur principal dans la mise en oeuvre de la
composante aéronautique du programme «Emergence«.
L'Aéropôle en tant que site choisi par le programme
«Emergence«2, héberge déjà 17
sociétés parmi lesquelles figurent des références
mondiales.
Par ailleurs, la TFZ de part sa proximité
géographique et ses avantages fiscaux, a su elle aussi drainer des
investissements dans le domaine aéronautique. Elle accueille
actuellement 09 entreprises de renommée internationale opérant
dans le secteur. Par conséquent, l'Aéropôle et la TFZ
représentent les principales zones d'implantations des firmes
exerçant dans le domaine aéronautique. Néanmoins,
l'Aéropôle présente l'avantage d'être à
proximité d'un bassin d'emploi important avec des structures de
formation, déjà implantées ou d'autres en projet,
dédiées aux métiers de l'aéronautique.
ii) La formation en tant que levier stratégique
La formation compte parmi les mesures favorisant le
développement du secteur3. Ainsi l'Académie
Internationale Mohammed VI de l'Aviation Civile (AIMAC), inaugurée le 26
octobre 2000 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, sera chargée
d'assurer l'accompagnement du programme4 en termes de formation des
ressources humaines qualifiées.
En effet, les nouvelles options et modules pédagogiques
qui devront être lancées à l'AIMAC et la réalisation
de l'IMA prévue pour 2008, qui serait domicilié au sein de
l'Aéropôle, illustrent les efforts consentis par tous les acteurs
pour répondre aux besoins urgents en main d'oeuvre (MO)
qualifiée.
En outre, des négociations sont aussi en cours de
finalisation5 pour la création
d'un «Aérocampus«1 dédié aux
métiers de l'aéronautique en partenariat avec la fondation
1 ONDA. Brochure Aéropôle Mohamed V :
L'avenir se construit aujourd'hui. Casablanca : DIVISION PARCS
D'ACTIVITES, 2006, 11 p ; ou [en ligne],
http://www.onda.ma (consulté le
26.06.2007).
2 ONDA. L 'ONDA dans l 'Emergence.
Présentation du 05 Mai 2006.
3 ZAAM, Bouchra. La sous-traitance
aéronautique au Maroc. Note sectorielle de la Direction des Etudes
Economiques et Sectorielles. Département Etudes Economiques et
bancaires, Ministère des Finances et des Privatisations, 2006, no 36.
4 Le besoin identifié par le plan
«Emergence« selon l'ONDA étant : la sous-traitance
aéronautique et spatiale (structure, avionique et moteurs), la
délocalisation de la maintenance et de la fabrication des
équipements, l'ingénierie aéronautique
(aérodynamique, systèmes embarqués, propulsion),
l'électronique et les télécommunications
aérospatiales.
5 L'ECONOMISTE. Archives du 12.09.2007 [en
ligne],
http://www.leconomiste.com
(consulté le 14.09.2007).
allemande Steinbeis2. Le site sera implanté
à l'Aéropôle. En attendant la concrétisation de ces
projets, l'OFPPT dispense quelques formations de base susceptibles
d'intéresser les entreprises du secteur.
iii) Des mesures incitatives pour la promotion du secteur
Dans l'attente du lancement éminent de l'«offre
aéronautique Maroc« par le MICMNE3, le secteur
bénéficie lui aussi des mêmes mécanismes de
subventions et d'incitations à l'investissement que les autres secteurs
industriels, à savoir le fonds Hassan II4, l'article 7.1 de
la loi de finances 98/995, le fonds de promotion à
l'investissement6 ainsi que des avantages aux exportations sous
forme de réduction de l'impôt sur les sociétés
(IS).
En plus, l'ouverture du Maroc sur le marché mondial
via des accords de libre échange signés avec les Etats-Unis et
l'Union Européenne, présente un atout majeur pour un secteur
aéronautique marocain orienté à l'exportation.
Par ailleurs, le CRI et la CFCIM s'avèrent être
aussi parmi les acteurs incontournables pour la promotion industrielle du
secteur auprès des investisseurs étrangers notamment
français, considérés comme étant les plus
dynamiques au Maroc.
iv) Un bémol : les lenteurs administratives
Une étude7 commanditée par le CRI du
Grand Casablanca a révélé que concernant les mesures
d'accompagnement et la relation avec l'administration, les professionnels se
plaignent des lenteurs en termes d'ouverture des comptes en devises à
l'office des changes et de remboursement des subventions dues à l'OFPPT.
Ils déplorent aussi des problèmes d'efficacité des
mécanismes de
1 Selon les responsables du projet, il s'agit d'un
centre académique spécialisé dans la formation de cadres
techniques aux compétences de pointe pour accompagner le
développement de la filière aéronautique au Maroc.
2 D'après le site
www.aeronautique.com,
C'est le plus grand réseau européen de transfert de savoir et de
technologie. L'Aérocampus devra fonctionner en tant que centre de
transfert de technologie pour l'Afrique, au même titre que les deux
autres centres en cours de création à Dubaï (pour le
Moyent-Orient) et à New Delhi (pour l'Asie du Sud-Est).
3 Dans le cadre du plan «Emergence«.
4 Pour l'acquisition de terrain et/ou construction.
5 Pour les investissements> à 20 Millions
d'Euros, le projet bénéficie d'une exonération du droit
d'importation et de la taxe sur la valeur ajoutée pour les biens
d'équipement importés.
6 Pour les investissements> à 20 Millions
d'Euros, la création d'emplois stables supérieur à 250 et
le transfert de technologie, un financement est octroyé à
l'acquisition de terrain, l'infrastructure et les frais de formation avec une
participation de l'état à l'investissement.
7 COULON, Dédier et al. Mission
Aéronautique. Casablanca : UPLINE SECURITIES-DECISION Etudes &
Conseil, 2007. 41 p. Rapport UPLINE SECURITIES DECISION-CRI Grand
Casablanca.
subvention. Enfin, les professionnels ont mal
apprécié la suppression de l'exonération de la TVA pour
les sociétés de leasing, engendrant une hausse des
coûts.
Par ailleurs, la même étude1 a
montré que malgré une offre attractive du foncier à
l'Aéropôle avec des tarifs de location bas et des subventions via
le fonds Hassan II, les garanties immobilières pour le financement
bancaire sont difficiles à produire en cas de location.
L'Aéropôle souffre également d'un manque au niveau du
transport public pour le personnel, de la restauration collective et
d'infrastructure complémentaire2, mais aussi de coupure
sporadique d`électricité. De surcroît, l'étude a mis
en garde contre le risque d'essoufflement de l'offre foncière
industrielle à Casablanca qui entraînerait ipso facto une hausse
des prix.
Finalement, les professionnels souhaiteraient que
l'Aéropôle bénéficie des avantages3 d'une
zone franche à l'instar de la TFZ.
2.2. Structure du secteur aéronautique marocain
2.2.1 Généralités sur le secteur
i) Une filière aéronautique en plein essor
La filière aéronautique Marocaine est
récente. En 1999, seules deux entreprises opéraient dans ce
secteur, EADS Maroc Aviation et le centre de maintenance de la RAM. Depuis,
plusieurs entreprises travaillant de façon directe ou indirecte se sont
implantées au Maroc, profitant des avantages offerts par cette
destination4. En effet, les derniers chiffres disponibles à
la fin 2006 confirment «la croissance à deux chiffres du
secteur« 5. Le secteur emploie 5000 salariés,
génère 3 Milliards de Dhs de chiffre d'affaires pour un
investissement de 1,5 Milliards Dhs.
1 COULON, Dédier et al. Mission
Aéronautique. Casablanca : UPLINE SECURITIES-DECISION Etudes &
Conseil, 2007. 41 p. Rapport UPLINE SECURITIES DECISION-CRI Grand
Casablanca.
2 Poste, banques, busines center, centre de copie et
centre médical d'urgence.
3 Procédures administratives
simplifiées, avantages fiscaux attractifs et rapatriement libre des
bénéfices et capitaux, subventions de l'état marocain,
accords de Libre échange.
4 Proximité de l'Europe, bas coûts et
pratique de la langue française.
5 GIMAS. Le secteur aéronautique au Maroc.
Casablanca : GIMAS, 2007, 10 p.
Selon une étude du cabinet IXEUS1, en 2004
les donneurs d'ordre ou clients des entreprises marocaines du secteur
aéronautique sont essentiellement localisés au Maroc, en France,
aux Etats-Unis et dans les pays de l'Afrique de l'ouest2.
Il y a lieu de signaler qu'en 2004, deux entreprises en
l'occurrence Maroc Aviation et SMES (Snecma Morocco Engine Services)
généraient à elles seules 70% du chiffre d'affaire de la
sous-traitance aéronautique3. En 2006, ce sont principalement
Matis Aerospace, SMES, DL Aérotechnologie, Maroc Aviation et Labinal qui
réalisent les meilleurs CA (voir Graphe 1).

400
200
600
500
300
100
0
Chiffre d'affaires en Million de dhs
Source : GIMAS (2007)4
Graphe 1. Chiffre d'affaires des principaux sous
traitants aéronautiques marocains en 2006 en MDH
ii) Le GIMAS un acteur fédérateur
Les entreprises du secteur se sont regroupées au sein du
GIMAS. Cette association professionnelle a été
créée en 2004 pour partager les expériences, conduire
des actions en commun et favoriser l'émergence de partenariats
industriels dans le
1 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
2 Selon l'étude du cabinet IXEUS, en 2004,
les FRA et la RAM qui ont dopées l'activité avec 56% du chiffre
d'affaires. La France a généré à elle seule 39% par
de grands groupes européens comme EADS et Safran. La dernière
rubrique (5% du CA) est majoritairement générée par les
Etats-Unis avec Boeing, les pays d'Afrique de l'Ouest (Formation et maintenance
pour les compagnies aériennes du Sénégal, du Gabon et de
la Mauritanie) à travers leurs compagnies aériennes pour la
maintenance de leurs appareils.
3 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
4 GIMAS. Groupement des Industriels Marocains
Aéronautique et Spatial [en ligne],
http://www.gimas.org.ma
(consulté le 26.06.2007).
secteur aéronautique1. Lancé
officiellement le 27 mai 2005, le GIMAS regroupait 16 acteurs du domaine et
revendiquait un chiffre d'affaires global voisin de 2 Milliards de DH, un
effectif d'environ 4.000 salariés et un investissement dépassant
les 900 MDH. En 2007, il compte déjà plus d'une quarantaine de
membres affiliés, emploie plus de 5.000 personnes et totalise un chiffre
d'affaires de 3 Milliard de Dhs pour un investissement de l'ordre de 1,5
Milliard de Dhs.
Actuellement, «Le GIMAS joue un rôle
fédérateur des entreprises opérant dans un nouveau
secteur«2. Il a pour principales missions d'accueillir et
conseiller les nouveaux investisseurs, promouvoir la création et le
développement des entreprises du secteur et entretenir la communication
et les synergies entre les entreprises membres3. Le GIMAS joue aussi
un rôle important vis-à-vis des pouvoirs publics en
représentant le secteur auprès des instances publiques. Il
participe à l'élaboration d'une politique industrielle en
collaboration avec la puissance publique dans le cadre du plan
«Emergence«. Il oeuvre aussi à la mise en place de formations
adaptées aux besoins des industriels et soutient toute initiative visant
à développer la filière.
Dans cette perspective, Le GIMAS mène actuellement
plusieurs actions en faveur du secteur. En plus des activités de
«Lobbying«, il a signé un accord avec le gouvernement marocain
et un protocole de partenariat avec l'UIMM française afin de
créer un «Institut des Métiers Aéronautiques«.
Il a coordonné le pavillon marocain au salon du Bourget à Paris
qui s'est tenu du 18 au 24 juin 2007. Il est également coorganisateur de
«Aeroexpo Maroc«4 à Marrakech du 23 au 26 janvier
2008.
Les entreprises affiliées au GIMAS opèrent dans
différents métiers aéronautiques à savoir : les
études, les ensembles mécaniques, les matériaux
composites, l'assemblage, la distribution de produits chimiques, le traitement
de surface, le câblage et le connectique, la tôlerie et la
chaudronnerie, l'électricité et l'électronique et enfin la
maintenance (avions, moteurs et hélicoptères).
1 GIMAS. Présentation Groupement des
Industriels Marocains Aéronautique et Spatial [en ligne],
http://www.gimas.org.ma
/présentation (consulté le 26.05.2006).
2 GIMAS. Missions Groupement des Industriels
Marocains Aéronautique et Spatial [en ligne],
http://www.gimas.org.ma/missions
(consulté le 26.06.2007).
3 Moyens industriels, achats, RH, logistique,
qualification GIMAS...
4 C'est le 1er salon international en Afrique du Nord,
dédié aux industries et services aéronautiques à la
fois civiles et militaires et visant à créer un espace
d'échange entre les opérateurs locaux et internationaux.
iii) Une répartition géographique concentrée
sur l'axe Casa-Tanger
La quasi majorité des entreprises du secteur est
située sur l'axe Casablanca-Tanger. Les principaux opérateurs y
sont présents et sont regroupés principalement dans les zones
industrielles de Casablanca avec 72% et de Tanger avec 20% (voir Graphe 2). En
2005, la région de Casablanca, spécialement
l'Aéropôle, s'est accaparée 92% du Chiffre d'affaire et 76%
des emplois1. L'Aéropôle et la TFZ sont en
développement rapide, avec l'arrivée de nouvelles entreprises et
l'extension de celles déjà implantées2.

8%
20%
42%
30%
Aéropôle Casablanca Tanger Rabat
Source : GIMAS (2007)3
Graphe 2. Répartition géographique des
sous-traitants aéronautiques marocains
2.2.2 Caractéristiques de la sous-traitance
aéronautique marocaine
i) Un secteur dominé par les filiales
Les entreprises opérant dans le secteur sont pour la
majorité à capitaux étrangers : 69% sont des filiales de
groupes étrangers, souvent européens4 et 5% sont des
joint- ventures entre la RAM et des références
mondiales5 (voir Graphe 3). Les entreprises mères6
s'inscrivent dans une logique de croissance externe, basée sur une
stratégie d'investissement direct et de contrôle financier. Leurs
filiales, souvent fortement
1 UIMM-GIMAS. Secteur de la construction
aéronautique au Maroc : étude de faisabilité d 'un centre
de formation aéronautique. Casablanca : UIMM, 2006. 71 p. Rapport
d'étude UIMM-GIMAS.
2 MINCO, ARM, Auvergne Aéronautique et Segula
Technologies à l'Aéropôle, Dion et Souriau à la
TFZ.
3 GIMAS. Groupement des Industriels Marocains
Aéronautique et Spatial [en ligne],
http://www.gimas.org.ma
(consulté le 26.06.2007).
4 Tels que EADS, SAFRAN, DAHER, etc.
5 Boeing, SAFRAN.
6 DAUTY, François et LARRE, Françoise.
Proximité et coordination des réseaux. Toulouse : LIRHE,
2004. 15p.
dépendantes1 en termes de production de la
société mère, permettent à l'entreprise pôle
de maîtriser à la fois les coûts et les différents
maillons de la chaîne de valeur. Ce coût est
l'élément déterminant qui a conduit ces entreprises
mères, qui optent pour une politique de délocalisation selon le
modèle Rameaux2, à implanter leurs filiales au Maroc.
Le faible coût de sa MO associée à sa bonne capacité
logistique permet de répondre aux exigences de baisse de coût des
clients.

23%
5%
3%
69%
Filiale de groupe étranger Filiale de groupe marocain
Joint venture
Entreprise ne faisant partie d'aucun groupe

Source : GIMAS (2007)3
Graphe 3. Prédominance des filiales appartenants
à des groupes étrangers dans le secteur aéronautique
marocain
Ainsi, lorsque le sous-traitant est filiale d'un groupe
étranger ce qui est souvent le cas au Maroc, elle fonctionne d'une
manière captive. Elle a comme unique client sa société
mère, elle n'a pas d'activité commerciale ou marketing et son
plan de production est piloté depuis la maison mère4.
Le schéma généralement retenu pour le fonctionnement de la
sous-traitance est l'envoi des matières et composant par le donneur
d'ordre aux sous-traitants. Le délai logistique dû à ce
mode de fonctionnement est de deux semaines qui s'ajoutent au temps
nécessaire à la production5.
1 Certaines s'apparentent à de
véritables ateliers de production externalisés.
2 Voir Partie. I, Chapitre. II, Section. 2
3 GIMAS. Groupement des Industriels Marocains
Aéronautique et Spatial [en ligne],
http://www.gimas.org.ma
(consulté le 26.06.2007).
4 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
5 Op. cit.
ii) Une forte intensité concurrentielle
Le marché aéronautique adressé
étant un marché de proximité ou la francophonie
représente un avantage concurrentiel, l'intensité concurrentielle
vient plus des pays de l'Europe de l'Est et de la Tunisie que ceux de l'Asie.
Pour les sous-traitants marocains, il s'agit non seulement d'attirer de
nouveaux investissements et de diversifier les débouchés, mais
surtout de défendre leur position face à la Tunisie et aux autres
pays de l'Europe de l'Est1, en particulier la Roumanie qui
«dispose d'une main d'oeuvre et d'un encadrement qualifiés et
francophones, en plus d'un passé industriel, notamment dans le domaine
de la mécanique«2.
En ce qui concerne la Tunisie, c'est un concurrent de taille
similaire au Maroc par rapport au marché de la sous-traitance
aéronautique. D'après une étude3
diligentée par la FIMME, l'installation d'une unité de production
importante d'un grand donneur d'ordre dans l'un de ces deux pays pèsera
lourd dans ses perspectives de développement au détriment de
l'autre4. L'offre tunisienne repose elle aussi sur les
proximités géographique et culturelle, une MO bas coûts et
un tissu industriel en mécanique d'assemblage et électronique en
plein développement.
Cependant, «la Tunisie se distingue par la
rapidité de l'octroi des aides fiscales«5. Elle se
démarque aussi par sa forte compétitivité. En effet, selon
un rapport6 publié le 31 octobre 2007 par le Forum
économique mondial (WEF) sur le classement mondial de la
compétitivité des nations, sur 131 pays, la Tunisie arrive en
tête des pays africains en termes de compétitivité au
32ème rang, loin devant l'Afrique du Sud à la
44ème position. Le Maroc se classe à la
64ème place.
Ainsi, au Maroc, et selon le CNCE, «les PME-PMI du secteur
devront surmonter de nombreux obstacles«7 , les
failles1 sont identifiées dans les ressources humaines, la
1 Selon le rapport de la WEF sur la
compétitivité la Tchéquie est classé
33ème, la Hongrie 47ème , la Pologne
51ème et la Roumanie 74ème .
Stabilité politique, taille du marché, innovation,
éducation et santé mais aussi formation, infrastructures et
marché du travail, sont les différents piliers choisis par la
WEF. The Global Competitiveness Report 2007-2008. Site de WEF [en
ligne],
http://www.gcr.weforum.org
(consulté le 31.10.2007).
2 KABLY, Mouna. Sous-traitance aéronautique
: le Maroc bousculé par la Tunisie et la Roumanie.
L'Économiste, 04 Août 2006.
3 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
4 Signalons que LATelec filiale du Groupe
Latécoère a choisi d'ouvrir son deuxième site de
production en Tunisie depuis le début de l'année 2006. Site de
LATelec [en ligne],
http://www.latelec.com/présentation.htm
(consulté le 18.06.2007).
5 Ibid.
6 WEF. The Global Competitiveness Report
2007-2008. [en ligne],
http://www.gcr.weforum.org
(consulté le 31.10.2007).
7 FLANDRIN, Antoine. L'aéronautique : un
pôle en développement, Dossier conjoncture de la CFCIM, 2005,
no 856, p. 25.
productivité, la logistique, la pression fiscale et
enfin la politique de change. Selon le MICMNE, l'«offre
aéronautique« serait la réponse idoine à tous ces
dysfonctionnements et conférerait plus d'attractivité à la
destination «Maroc« et plus de compétitivité au secteur
aéronautique.
iii) Avènement des activités de conception et de
services aéronautiques L'évolution vers la conception et
l'ingénierie est un facteur nouveau de développement au Maroc.
L'offre des ingénieurs et techniciens de haut niveau (EMI, AIMAC, ERA,
ENSAM, RAM Academy...), qui ont parfois complété leur cursus
marocain par une spécialisation à l'étranger
(Supaéro, ENSICA, ENAC,...), associé à la
disponibilité d'infrastructure TIC, permet d'établir des
pôles de conception capables de s'intégrer dans l'organisation de
groupes européens en particulier français2.
En outre, l'évolution des filiales de groupes
étrangers, en plus de l'amélioration de la productivité,
est orientée vers plus d'intégration de capacités
méthodes et conception. Les filiales implantées au Maroc qui sont
actuellement au stade de la sous-traitance de pièces ou
d'opérations élémentaires, prévoient dans leur plan
de développement le transfert par les maisons mères des
activités de conception. Cette tendance est facilitée par
l'utilisation des TIC permettant les transferts d'informations via
l'EDI3, par exemple.
Il est intéressant de noter aussi une tendance vers de
nouvelles installations de filiales d'entreprises de services
aéronautiques et de fournisseurs, clients de maisons mères. Cette
orientation est voulue et initiée par celles-ci, la dernière en
date est l'installation d'Interface France4.
1 Parmi lesquelles et non des moindres : un cumul
de retard dans la mise à niveau la restructuration de l'offre et
l'accompagnement des entreprises et enfin un environnement administratif mal
sain.
2 C'est également le cas du secteur des
composants électroniques où ST Microelectronics a implanté
un centre de design à Rabat à l'instar des centres de Grenoble
(France), de Catane (Italie), de New Delhi et Bangalore (Inde) et
également dans le secteur automobile où Valeo a installé
un centre de R&D à Casablanca.
3 L'EDI permet une communication rapide et fiable,
ainsi qu'une gestion simultanée des modifications dans tout le
réseau. Ceci permettra une meilleure coordination et donc un meilleur
pilotage du projet.
4 Depuis Mars 2007, Interface France a ouvert sa
filiale "INTERFACE CHERIF" à Casablanca. Elle accompagne son client
AIRCELLE pour l'externalisation de ses projets industriels. Interface a
notamment en charge le traitement documentaire lié à la
maintenance des nacelles pour les moteurs des avions AIRBUS.
iv) Un secteur à vocation exportatrice
Le rapport final du cabinet IXEUS1 a
révélé que toutes les entreprises marocaines intervenant
dans la sous-traitance aéronautique, hors opérations de
maintenance, ont une vocation exportatrice, soit directement, soit au travers
d'une sous-traitance de rang supérieur pour des sociétés
elles-mêmes exportatrices.
Selon la même étude, les exportations en 2004
représentent 44% du Chiffre d'affaire de la sous-traitance
aéronautique. La croissance des exportations sur les rangs 2 et 3
traduit bien le transfert de travaux auparavant réalisés par les
donneurs d'ordres eux-mêmes vers des sous-traitants ayant une meilleure
productivité.
v) Un tissu de sous-traitants locaux embryonnaire
En 2006, le secteur a généré 3 Milliards
de Dhs soit 4% du PIB industriel et a employé 5000 personnes soit 0.5%
des emplois industriels ; c'est dire que «le secteur est encore au stade
embryonnaire mais avec un fort potentiel de croissance«2.
Quant au tissu des sous-traitants locaux, il n'est pas encore
assez développé pour parler de concurrence sur le territoire
national et pouvoir maintenir à la fois la pression sur la
productivité et réduire les risques en cas de défaillance
d'un sous- traitant.
Par ailleurs, les relations commerciales entre entreprises
marocaines sont peu développées, elles se limitent à des
demandes de sous-traitance de capacité en mécanique de
précision et de sous-traitance de spécialité en traitement
de surface. Il n'existe pas réellement d'activité
organisée pour répondre à des demandes étendues sur
plusieurs métiers3.
Le nombre de clients par entreprise est limité
notamment en raison des contraintes de qualification, d'agrément client
et de certification, mais également parce que des groupes internationaux
ont installé des filiales qui fonctionnent uniquement de manière
captive, sans autonomie commerciale.
En somme, la sous-traitance aéronautique au Maroc est un
secteur considéré par la plupart des acteurs de taille encore
modeste et d'existence récente, mais recèle un fort potentiel
de croissance. Le tissu industriel local lié à l'activité
aéronautique est
1 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
2 Op. cit.
3 Op. cit.
encore jugé insuffisant par les grands donneurs
d'ordres et la concurrence dans ce secteur est encore embryonnaire. Des efforts
au niveau de la formation et la communication institutionnelle sont à
déployer pour accompagner et faire connaître les
possibilités de sous-traitance offertes par le secteur.
2.2.3 Etat des lieux des ressources humaines
i) Des mécanismes de recrutement
D'après une étude1
commanditée par la FIMME en 2005, en général, durant la
période d'installation de la filiale, le groupe d'origine maintient une
présence forte au moyen d'expatriés, ensuite un management se met
en place avec des cadres marocains. Après 24 mois, seule la direction
générale demeure occupée par un ou plusieurs cadres
étrangers.
Les ingénieurs et les cadres sont essentiellement
issus des écoles d'ingénieurs marocaines, ayant parfois
complété leur formation par une spécialisation ou des
stages en Europe. Mais, le recrutement des ingénieurs ayant
simultanément un background scientifique et technique et une bonne
connaissance des exigences en matière de qualité relatives
à la norme EN 9100 est difficile. C'est également le cas pour les
techniciens et les opérateurs, même s'ils ont une assez bonne
formation de base.
Cependant, selon une étude2
diligentée par le CRI du Grand Casablanca, les industriels du secteur
recrutent principalement des ouvriers qualifiés et au mieux des
techniciens. La demande en ingénieurs est très limitée
avec un taux d'encadrement de 5% au plus, sauf dans les métiers de
l'ingénierie et de la conception qui peut atteindre 60%
d'ingénieurs pour 40% de techniciens3.
ii) Des difficultés constatées au niveau de la
Formation
Les entreprises du secteur n'ont pas recours à des
modules de l'OFPPT puisque les programmes ne sont pas adaptés
à leurs besoins4.La formation des techniciens et
1 DE CACHARD, Jean. Etude sectorielle de la
sous-traitance aéronautique au Maroc. Casablanca : IXEUS, 2005. 90
p. Rapport final FIMME-PAAP-03.
2 COULON, Dédier et al. Mission
Aéronautique. Casablanca : UPLINE SECURITIES-DECISION Etudes &
Conseil, 2007. 41 p. Rapport UPLINE SECURITIES DECISION-CRI Grand
Casablanca.
3 Par exemple Theuchos.
4 VALLEE, Samuel. La maintenance en pleine
Mutation. Dossier conjoncture de la CFCIM, 2005, no 865, p. 16- 19.
des opérateurs sur les métiers
spécifiques1 est alors réalisée par les
entreprises elles-mêmes2, parfois avec le support des
sociétés mères. La majorité des entreprises ont des
plans de formation et de mise à niveau de leurs opérateurs en
interne. Cependant, sur des processus complexes, le client est souvent
amené à assurer la formation du personnel de son sous-traitant,
soit lors de sessions organisées au Maroc par des intervenants
étrangers, soit par l'envoi de groupes d'opérateurs et
techniciens en Europe, sur les sites clients3.
Ainsi, la formation des compétences est un des
principaux obstacles que devront surmonter les PME-PMI opérant dans le
secteur. Les ressources humaines expérimentées font aussi
défaut, d'où le recours systématique aux expatriés
pour la catégorie des techniciens.
iii) Une adéquation offre/besoin souvent pointée du
doigt
Pour la disponibilité et la qualité de l'offre
par rapport aux différents métiers l'étude du CRI de
Casablanca4 a mis l'accent sur ce qui suit :
· pour la fabrication, la formation de base est
disponible 5 sauf pour la commande numérique, mais sans
culture aéronautique (normes, qualité, délai) avec des
lacunes au niveau de la langue. La formation interne est systématique
;
· pour l'ingénierie, il y a une existence d'une
formation de base mais sans compétences sur les logiciels de CAO et sans
culture métier avec de longues sessions de formation interne ;
· pour la maintenance, la formation est
généralement assurée par les constructeurs via la RAM
Academy mais, elle est en premier lieu destinée à la RAM et les
lauréats demandent des salaires élevés.
Afin de répondre au besoin en ressources humaines
qualifiées, une action prioritaire est menée au niveau de la
formation. La nouvelle formation dispensée à l'AIMAC6
au
1 Chaudronnerie fine, traitements de surface,
mécanique de précision, maintenance aéronautique.
2 A titre d'exemple, la formation d'un technicien de
maintenance de moteurs d'avions issu de l'ISTA pour SMES dure 8 mois à
la «RAM Academy« suivi d'un stage d'application de 12 autres mois.
3 Une solution différente a été
employée par EADS Maroc Aviation qui a recruté des techniciens
spécialisés déjà formés au Maroc, puis les a
envoyé suivre une longue formation de six mois à Bordeaux.
4 COULON, Dédier et al. Mission
Aéronautique. Casablanca : UPLINE SECURITIES-DECISION Etudes &
Conseil, 2007. 41 p. Rapport UPLINE SECURITIES DECISION-CRI Grand
Casablanca.
5 OFPPT, facultés, écoles
privées.
6 Ce pôle de formation sera retenu comme
support pour la mise en place d'autres formations plus spécifiques
(soudage, tôlerie fine, traitement de surface, etc.) pour répondre
à ce besoin fondamental de la branche aéronautique et qui se
positionne en tant que rubrique déterminante dans le coût de
l'investissement initial et d'exploitation.
profit des techniciens et des ingénieurs
aéronautiques, ainsi que la création de l'IMA1,
devront combler le déficit. Les programmes de formation affinés
par l'OFPPT ou par l'ONDA, intégreront dans leurs cursus des options et
modules pédagogiques à même de répondre aux besoins
des professionnels.
En somme, la disponibilité de ressources humaines
qualifiées et ayant le sens de l'engagement et une culture
aéronautique est un souci majeur de la profession2.
iv) Une répartition hétérogène des
effectifs par activité et par région
D'après un rapport d'étude3
mené conjointement entre l'UIMM et le GIMAS réalisé en
2006, la synthèse des informations collectées a permis de
recenser 3300 personnes (emplois directes) réparties dans 14
filières métiers distinctes. La part relative de ces
métiers en termes d'effectif est donnée dans le Graphe 4 :

400
900
800
600
500
300
200
700
100
0
Source : UIMM-GIMAS (2006)4
Graphe 4. Répartition des effectifs 2006 dans les
différentes filières
Dans cette cartographie, 7 filières majoritaires se
dégagent et représentent à elles seules près de 75
% des effectifs actuels du secteur aéronautique Marocain à savoir
: câblage, Middle Management5, composite (Drapage et
assemblage composite), mécatronique, chaudronnerie, ajustage et
usinage.
1 BELOUAS, Aziza. Emergence : automobile et
aéronautique bougent, la vie économique, 2007, no 4400.
2 COULON, Dédier et al. Mission
Aéronautique. Casablanca : UPLINE SECURITIES-DECISION Etudes &
Conseil, 2007. 41 p. Rapport UPLINE SECURITIES DECISION-CRI Grand
Casablanca.
3 UIMM-GIMAS. Secteur de la construction
aéronautique au Maroc : étude de faisabilité d 'un centre
de formation aéronautique. Casablanca : UIMM, 2006. 71 p. Rapport
d'étude UIMM-GIMAS.
4 Op.cit.
5 Le Middle Management regroupe les fonctions
d'encadrement de production et les fonctions supports (Logistique,
Qualité, Méthodes).
Si la répartition des effectifs est inégale
dans les deux pôles industriels de Casablanca et de Tanger, il faut
cependant souligner que, dans les deux régions, la filière
Composite est présente à part égale en termes d'effectif
(voir le Tableau 1).
Tableau 1. Effectifs de la filière composite
dans les 2 régions en 2006
|
Tanger
|
Casablanca
|
Assembleur composite
|
83
|
31,00%
|
185
|
69,00%
|
Drapeur
|
145
|
74,40%
|
50
|
25,60%
|
Total Composite
|
228
|
49,20%
|
235
|
50,80%
|
|
Source : UIMM-GIMAS (2006)1.
2.3. Des perspectives prometteuses de
développement
2.3.1 Des projections d'évolution des effectifs en
exponentielle
Selon le rapport2 de l'UIMM et le GIMAS
finalisé en 2006, à quelques réserves près
exprimées par certains industriels sur leur lisibilité à
l'horizon 2010, le secteur aéronautique devrait accroître ses
effectifs de 65%, soit de 2200 personnes, pour passer de 3300 personnes
à 5500 personnes en 4 ans. Les données n'intègrent pas les
prévisions d'arrivée de nouveaux opérateurs. Par ailleurs,
le GIMAS prévoie que les ressources humaines qui s'élèvent
à 5.000 personnes3 (emplois directes et indirectes) en 2006
passeraient à 10.000 en 2012 (voir le Graphe 5).
Source : GIMAS (2007)4

12000
10000
4000
8000
6000
2000
0
2000 2003 2006 Prévu en 2012
1 2 3 4
1500
Effectif du secteur aéronautique au Maroc
2500
5000
10000
Graphe 5. Evolution des effectifs du secteur
aéronautique au Maroc
1 UIMM-GIMAS. Secteur de la construction
aéronautique au Maroc : étude de faisabilité d 'un centre
de formation aéronautique. Casablanca : UIMM, 2006. 71 p. Rapport
d'étude UIMM-GIMAS.
2 Op. cit.
3 Estimation GIMAS incluant les emplois directs et
indirects.
4 GIMAS. Le secteur aéronautique au
Maroc, Présentation du Groupement des Industriels Marocains
Aéronautique et Spatial pour dépôt de dossier du 22
février 2007.
Globalement toutes les filières sont concernées
par cette croissance avec cependant une plus forte progression dans les
filières : composite, chaudronnerie, ajustage, usinage, qui vont plus
que doubler leurs effectifs (voir les Graphe 6 et Graphe 7).

1200
1000
400
800
600
200
0
Source : UIMM-GIMAS (2006)1.
Graphe 6. Projection des effectifs 2010

350,0%
300,0%
250,0%
200,0%
150,0%
100,0%
50,0%
0,0%
Source : UIMM-GIMAS (2006)2
Graphe 7. Prévisions de la progression des
effectifs entre 2006 et 2010
La région de Casablanca contribuera à 90% de cette
croissance avec une perspective de recrutement de 2100 personnes contre 200
personnes pour Tanger. Les perspectives de développement de la branche
composite sont importantes compte tenu de l'intégration de plus en plus
forte d'éléments composites dans les nouveaux programmes et
projets Airbus (A380, A400M et A350).
1 UIMM-GIMAS. Secteur de la construction
aéronautique au Maroc : étude de faisabilité d 'un centre
de formation aéronautique. Casablanca : UIMM, 2006. 71 p. Rapport
d'étude UIMM-GIMAS.
2 Op. cit.
Concernant le chiffre d'affaires, selon
l'étude1 commanditée par le CRI de Grand Casablanca,
de 3 Milliards de Dhs en 2006, il est prévu d'atteindre 12 Milliards de
Dhs en 2015.

2.3.2 Des opportunités prometteuses
i) La crise d'Airbus et la vigueur de l'euro accentuent-t-elles
la production hors zone euro ?
L'industrie aéronautique européenne est
confrontée à une perte de compétitivité due
à la fois à la parité monétaire et au coût de
la main d'oeuvre qui ont pour conséquence le renchérissement de
ses exportations d'avions2. Dans ce contexte difficile et suite aux
problèmes de production de l'A380, la direction d'Airbus a
dévoilé un nouveau plan de restructuration en huit points
étalé sur quatre à cinq ans baptisé «Power
8«3.
Selon l'étude4 du CRI du Grand Casablanca,
les solutions retenues dans le cadre de ce plan de restructuration5
se résument à couvrir le risque de change, d'acheter plus hors
zone euro et de faire des gains de compétitivité via les
sous-traitants. Ce plan de réduction des coûts devrait aussi
permettre d'accélérer les délais moyens de
développement des programmes et d'engendrer de profonds changements
organisationnels menant vers une entreprise
étendue6.
En principe, la crise d'Airbus n'affecterait pas
négativement les sous-traitants aéronautiques
marocains7. Plus encore, «selon les experts c'est une
opportunité très
1 COULON, Dédier et al. Mission
Aéronautique. Casablanca : UPLINE SECURITIES-DECISION Etudes &
Conseil, 2007. 41 p. Rapport UPLINE SECURITIES DECISION-CRI Grand
Casablanca.
2 Avec un dollar continûment faible et face
à des coûts de production majoritairement en euros, les marges
perçues sur la vente d'appareils facturés en billets verts se
réduisent et pénalisent les futurs investissements
nécessaires au développement de la future famille de
long-courriers (A350XWB , le successeur de l'A320).
3 Ce dispositif a pour but de compenser l'ensemble
des 4,8 milliards d'euros de perte cumulée par le programme du
«Super Jumbo« lié aux dépassement des coûts, au
glissement des livraisons et aux compensations financières
destinées aux compagnies clientes, mais aussi, et surtout, pour
améliorer la compétitivité de l'avionneur européen
face à son concurrent direct. «Power 8« devrait permettre des
économies annuelles durables d'au moins 2 milliards d'euros à
partir de 2010.
4 COULON, Dédier et al. Mission
Aéronautique. Casablanca : UPLINE SECURITIES-DECISION Etudes &
Conseil, 2007. 41 p. Rapport UPLINE SECURITIES DECISION-CRI Grand
Casablanca.
5 Le plan prévoit la suppression de 10.000
emplois sur quatre ans, dont 4.300 en France et 3.700 en Allemagne, ainsi que
des projets de cessions ou des partenariats industriels pour six de ses sites
de production notamment avec Latécoère, Segula Technologies.
6 Louis Gallois a précisé «Le
concept d'entreprise étendue signifie que nous aurons des accords de
long terme avec les nouveaux partenaires en matière de design et de
production. Nous discuterons avec eux de la localisation de la production, nous
échangerons des technologies«.
7 Selon Jocelyne Terrien, responsable service de
presse du Groupe Safran «les plans d'Airbus sont sans effet sur les
développements du Groupe Safran et de sa filiale Aircelle au Maroc. En
effet, il s'agit de réorganisations internes à Airbus, et le
programme de production n'est pas changé«.
favorable au Maroc à condition de savoir la saisir en
se positionnant«1. Selon ce raisonnement, le secteur
aéronautique vit actuellement une mutation profonde. Les constructeurs
se désengagent de la production pour se concentrer sur la marque, le
produit et le marketing. La production est ainsi laissée à des
partenaires lourds pour les accompagner. Cette tendance est confirmée
par Hamid Benbrahim ElAndaloussi2, consultant mondialement reconnu
en matière d'aéronautique et à l'origine de
l'intérêt manifeste du Groupe Safran3, au Maroc.
ii) La maintenance : Un créneau porteur
Sur un autre registre, la stratégie de
développement du secteur touristique au Maroc dans le cadre de la
«vision 2010« porte sur l'acheminement de 10 millions de touristes
à l'horizon 2010. Dans ce dessein, le Maroc s'est orienté dans
une politique de libéralisation de son espace aérien. Cette
stratégie d'ouverture se confirme par l'entrée en vigueur de
l'accord d'Open Sky entre le Maroc et l'UE, donnant lieu à de nouvelles
perspectives notamment avec l'arrivée dans le ciel marocain des
compagnies low cost européennes telles que Ryanair ou Easy
Jet4.
Ceci doit engendrer de facto un fort besoin en maintenance
des compagnies nationales et internationales en sus d'une demande de plus en
plus importante de celles de l'Afrique subsaharienne.
Dans ce secteur éminemment technique et sensible qu'est
l'aéronautique, le Maroc a su développer une tradition dans la
maintenance. Elle fait figure d'exemple pour le continent. «Le centre
industriel de la RAM est un pôle d'excellence de très haut
1 FENNASSI, Bensalem. Crise d'AIRBUS :
Opportunité très favorable au Maroc, Le Matin
Supplément économie, 2007, no 13 180, p. 8
2 Selon cet expert, les problèmes que vit
Airbus sont plutôt des problèmes de redéfinition
stratégique. Les produits d'Airbus sont appréciés par le
marché. L'avionneur reste en substance, une référence
mondiale. En général un avion a besoin de 10 ans pour être
conçu, puis une durée de vie de 30 à 40 ans. «Donc,
nous sommes en présence d'une industrie de long terme. Pour pouvoir
durer, il est indispensable d'avoir une efficacité économique et
industrielle«, précise M. Benbrahim. L'avionneur américain
Boeing n'est plus qu'à 25% de taux de fabrication, le reste est
désormais fait à l'extérieur. Airbus, non sans retard,
suit aussi la tendance. De 75% actuellement, la société a pour
objectif de le ramener à 50%. «Le reste se ferait chez les
partenaires à des prix les plus bas possibles mais aussi avec un
transfert d'une partie de ses risques«, estime M. Benbrahim. FENNASSI,
Bensalem. Crise d'AIRBUS : Opportunité très favorable au
Maroc, Le Matin Supplément économie, 2007, no 13 180, p.
8.
3 Aircelle, Labinal, Teuchos, SMES sont des filiales
de ce groupe implantées au Maroc.
4 MINISTERE DU TOURISME MAROCAIN. Vision
2010 [en ligne],
http://www.tourisme.gov.ma
(consulté le 18.02.2007).
niveau«. Quant au deuxième centre de maintenance
de la place SMES1, il verrait sans doute son activité
accroître avec l'arrivée de ces nouvelles
compagnies2.
Ainsi, les centres de maintenance du Maroc se tournent
clairement vers le Sud et les pays africains, dépourvus de telles
infrastructures. Ils comptent également sur des commandes de leur maison
mère en sous-traitance mais aussi sur la venue de nouvelles compagnies
notamment les low cost3.

2.3.3 Vers une communication institutionnelle efficace
i) Le salon du Bourget
Dans une logique de marketing B to B, la
47ème édition du Salon International de
l'Aéronautique et de l'Espace du Bourget4, a
été une occasion pour promouvoir le produit «Maroc«. Le
Maroc a été représenté cette année au
Bourget par un pavillon animé par le GIMAS, la TFZ, l'ONDA et RAM.
L'édition 2007 a accueilli plus de 2000 exposants et 200.000
professionnels.
En marge de ce salon, l'ONDA a procédé le 18
juin 2007 à la signature de trois conventions avec des opérateurs
aéronautiques français5 en l'occurrence Segula
Technologies, Auvergne Aéronautique et le Groupe ARM, qui vont
externaliser une partie de leur production dans les usines prochainement
construites à l'Aéropôle. L'Aéropôle s'affirme
aujourd'hui comme une zone industrielle de référence au Maroc. Il
vient apporter à une industrie en pleine expansion un environnement
propice au déploiement des entreprises dans des conditions optimales.
1 SNECMA Morocco Engine Services s'occupe de la
révision des moteurs qui équipent le Boeing 737, le CFM 56 mis au
point conjointement par General Electric et Snecma.
2 VALLEE, Samuel. Pôle reconnu de
maintenance aéronautique. Casablanca : Dossier conjoncture de la
CFCIM, 2005, no 865, p. 22.
3 DAOUD, Amale. Low-cost aérien: Faut-il
avoir peur de l'ouverture? L'Économiste, 23 Juin 2006
4 Le salon du Bourget est un des plus grand
rendez-vous aéronautiques mondiaux. Il s'est tenu du 18 au 24 juin 2007
à Paris.
5 Une convention a été signée
avec Groupe ARM, pour l'installation d'unité d'assemblage de
pièces de plus de 10.000 m2. L'investissement
s'élève à 33 MDH. Il permettra la création d'une
centaine d'emplois directs.
Deux conventions ont été paraphées avec
Casablanca Aéronautique filiale marocaine du groupe Auvergne
Aéronautique. Ces conventions portent sur la construction,
l'aménagement et l'exploitation de deux sites industriels d'une
superficie totale de 20.000 m2 pour la production de pièces
d'aéronefs, de chaudronneries aéronautiques et de traitement de
surface. Cet investissement de 150 MDH va permettre au groupe Auvergne
Aéronautique France de développer son propre site et de
créer 350 emplois directs.
Enfin, une autre convention a été signée
avec le groupe français Segula Technologies qui porte sur la
construction, l'aménagement et l'exploitation d'une usine dont les
activités sont complémentaires à celle
d'Aéronautique Sefcam rachetée récemment par Segula
Technologies. Ces investissements permettront la création d'une centaine
d'emplois directs. Cette convention porte également sur la mise en place
d'un bureau d'études qui constituera une plate forme d'ingénierie
et de R&D. L'ONDA est aussi en négociations avancées avec un
groupe spécialisé dans le démantèlement et la
recomposition d'avions en fin de cycle de vie, dans l'objectif d'installer une
unité industrielle au Maroc.
La TFZ a aussi réussi à décrocher deux
grands investissements dans le domaine de la sous-traitance
aéronautique. Des contrats ont été signés avec les
entreprises Souriau et Dion1.
Enfin, il est important de souligner que le pavillon marocain
présent au salon de l'aéronautique du Bourget, à Paris, a
connu un vif succès. Il a enregistré de nombreuses visites par
les industriels du secteur. L'événement phare est la visite du
ministre français de la Défense, Hervé Morin.
ii) Le salon «Aeroexpo Maroc«
Autre événement phare pour le secteur
aéronautique au Maroc, le premier Salon International des Industries et
Services Aéronautiques «Aeroexpo Maroc« qui aura lieu du 23 au
26 janvier 2008 à Marrakech. En effet, Sous le Haut patronage de S.M le
Roi Mohammed VI, le salon «Aeroexpo Maroc« sera organisé, avec
périodicité biennale, par l'International exhibitions &
con ferences (IEC) en partenariat avec l'ONDA, la RAM, le GIMAS et les
FRA. L'«Aeroexpo Maroc«2 est le 1er salon international en
Afrique du Nord, dédié aux industries et services
aéronautiques à la fois civiles et militaires et visant à
créer un espace d'échange entre les opérateurs locaux et
internationaux. Il regroupe les secteurs de l'aéronautique et du spatial
et fédère constructeurs, équipementiers, bureaux
d'études et sous traitants.
D'après les organisateurs, «Aeroexpo Maroc«
connaîtra la participation de plus de 200 exposants opérant dans
le domaine aérospatial et représentant une quinzaine de pays. Le
salon prévoit d'accueillir plus de 10 000 visiteurs et sera aussi
caractérisé par l'organisation d'autres événements,
entre autres des conférences, des expositions statiques et un Air
Show.
1 La première, présente à
Tanger depuis 2002, envisage l'expansion de ses activités. A la
clé, un investissement de 40 MDH est prévu pour aménager
7.000 m2 au coeur de TFZ. Le sous-traitant d'Airbus et de Boeing
annonce ainsi la création de plus de 500 emplois stables à moyen
terme. TFZ se chargera de la construction des locaux et offrira l'ensemble en
location à l'équipementier français pour 15 ans. Quant
à Dion aéronautique, spécialiste français de la
mécanique de précision, annonce l'investissement de 30 MDH dans
un site de 2.000 m2. Il devra assurer la création de 50
emplois stables avec des possibilités d'extensions futures.
2 AEROEXPO MAROC. Découvrir le salon
[en ligne],
http://www.aeroexpo-morocco.com
(consulté le 14.09.2007).
Conclusion
En conclusion, face aux grandes tendances à l'oeuvre
dans le secteur aéronautique, les grands DOs ont développé
des stratégies nouvelles qui ont un impact direct sur l'ensemble de la
filière. Ainsi, insistent-ils désormais sur la modularisation,
l'externalisation et la responsabilisation accrue des fournisseurs. Enfin,
l'internationalisation de la sous-traitance accélérée par
les mesures de compensation industrielle et facilitée par la
généralisation des principes organisationnels de
l'ingénierie concourante se trouve au coeur de leurs stratégies.
L'ensemble de ses stratégies vient corroborer une logique de report des
risques sur les niveaux supérieurs de la sous-traitance, telle qu'elle
est initiée par les DOs majeurs et relayée par les acteurs
majeurs de la sous-traitance. Ce développement a engendré un
déplacement massif des activités de sous-traitance vers certains
pays émergents.
Dans le sillage des nouveaux pays aspirant à se forger
une position dans la sous- traitance aéronautique, le Maroc a su
répondre à une nouvelle demande de plus en plus exigeante en
termes de maîtrise de coûts et de qualité. Sa
stabilité politique et économique, la présence de filiales
de grands groupes et sa proximité géographique et culturelle de
l'Europe, sont autant de facteurs qui contribuent à améliorer la
compétitivité du Royaume. Dans cette perspective, le secteur de
l'aéronautique a été érigé par les pouvoirs
publics comme un des moteurs de croissance économique.
L'Aéropôle et la TFZ sont les zones d'implantation
privilégiées des investisseurs.
Néanmoins, en dépit des multiples mesures
d'encouragement, des difficultés de mise en oeuvre persistent encore. La
structure, est encore largement soumise aux décisions d'investissement
et aux orientations d'Achats des grands donneurs d'ordres. Des efforts dans ce
sens sont à consentir à la fois au niveau de la formation afin
d'accompagner le développement de ce secteur prometteur, et
également sur le plan de la réactivité pour saisir les
opportunités offertes.
Chapitre II. Dynamique des relations
inter-firmes : une analyse de la filière
aéronautique
Introduction
D'un mode traditionnel caractérisé par une
forte domination de la part des DOs, la sous-traitance aéronautique est
passée à un mode plus équitable que la littérature
en gestion décrit par le vocable «partenariat«. Ainsi, de plus
en plus de grandes firmes cherchent aujourd'hui des relations
privilégiées avec des STs partenaires1. Se pose alors
la question suivante : à quel point cette nouvelle relation DO/ST de
plus en plus étroite, opère un développement positif du
profil du ST ?
La structure de la sous-traitance aéronautique repose
sur l'éclatement du modèle pyramidal au sommet duquel se trouvait
l'avionneur, pour donner naissance à de nouveaux modèles autour
des STs majeurs. Ces derniers tendent à répercuter sur leurs
propres STs la relation qui les lie aux avionneurs selon une logique de
«Flow Down«. Dans cette optique, deux
modèles types d'organisation ont été identifiés :
Racines et Rameaux (Cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 2, Paragraphe. 3).
Ils se caractérisent par une certaine centralisation en ce sens que les
relations sont organisées autour d'un ST de premier niveau, dit
entreprise pôle ou pivot, qui assure ou supporte l'essentiel de la
coordination inter-entreprises dans des espaces clustérisés. Ces
derniers offrent aux STs qui y sont implantés, la possibilité de
tirer profit des externalités positives et développer par voie de
conséquence leurs profils afin d'accéder aux stades
supérieurs (Cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 2, Paragraphe. 2). Se
pose alors la question suivante : quels sont les compétences
technologiques et organisationnelles que l'entreprise retardataire
doit acquérir, et dans quel registre de relation doit-elle s'inscrire,
pour pouvoir progresser, de manière incrémentale, dans la
pyramide de la chaîne de valeur globale?
Dans ce chapitre, il sera d'abord question de traiter, dans
une première section l'approche basée sur les compétences
qui constitue le soubassement théorique des concepts cluster et
partenariat vertical (Cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 1).
Ensuite, dans une seconde section, seront abordés les concepts relatifs
au processus incrémental au sein de la chaîne de valeur
globale du secteur aéronautique et les modèles de réseaux
qui régissent cette sous-traitance.
1 BOURGAULT, Mario. Analyse des rapports entre
donneurs d'ordres et sous-traitants de l'industrie aérospatiale
nord-américaine. Montréal : CIRANO, 1997. Série
Scientifique. N° 97s-27.
Section 1. Modèle des ressources et
compétences, cluster et partenariat vertical
1.1. Modèle des ressources et compétences
1.1.1 Les ressources et les compétences de la
firme
Si l'approche classique aborde l'entreprise comme un
portefeuille d'activité1 ou une série de couples
produits-marchés2, le modèle des ressources et
compétences (MRC) se focalise plutôt sur ce qu'elle sait le mieux
faire et met par conséquent en relief ses ressources internes qui sont
à la base de sa performance et sa rente. Nombreux sont les auteurs du
MRC qui se sont attelés sur cette notion. Selon Moingeon et
Métais3, une ressource représente une entité
élémentaire dont l'entreprise dispose pour organiser au mieux
l'ensemble de son processus de production. Ainsi, un homme, une machine, un
savoir, une image de marque, un brevet... etc, constituent des ressources. Or,
l'activité productive de l'entreprise «requiert la
coopération et la coordination des groupes de
ressources«4. D'où la notion de compétence qui
est définie comme étant «la capacité d'un ensemble de
ressources à réaliser une tâche ou une
activité«5.
Par ailleurs, ces compétences sont appelées
à se développer avec le temps en vue de permettre à
l'entreprise de faire face à l'évolution de son environnement. A
ce titre, les auteurs du MRC considèrent la firme comme un foyer
d'apprentissage et de production de connaissances mises au service de la
performance6.
L'apprentissage est donc au coeur du MRC. Il permet «le
renouvellement constant du patrimoine des ressources de l'entreprise, notamment
pour ce qui concerne les actifs immatériels (savoir organisationnel). En
second lieu, il détermine la configuration des différentes
combinaisons de ressources adoptées en vue d'élaborer les
1 PORTER, M.E. Competitive Advantage: creating
and sustaining superior performance, Free Press, 1985
2 ANSOFF, I. Corporate Strategy,
McGraw-Hill, 1965.
3 ARREGLE, Jean-Luc et QUELIN, Bertrand. Le
management stratégique des compétences, p 22, 2000.
4 Op. cit.
5 TYWONIAK, Stéphane. Le modèle
ressource et compétence : un nouveau paradigme pour le management
stratégique. Groupe HEC, 1998.
6 ARREGLE, Jean-Luc et QUELIN, Bertrand. Le
management stratégique des compétences, p 22, 2000.
compétences«1. Enfin, il permet la
valorisation et la matérialisation des compétences à
travers des biens et services.
Cet apprentissage peut être intra-organisationnel comme il
peut être inter-
organisationnel. Sur ce registre, l'affiliation de
l'entreprise dans un réseau d'entreprises peut être d'un grand
intérêt. En fait, certains auteurs2 parlent du concept
des compétences partagées par les entreprises organisées
en réseau. D'autres3 évoquent un concept similaire,
c'est celui des compétences partagées. Camisòn
définit ces dernières comme étant des actifs intangibles
possédant un caractère tacite4. Selon cet auteur,
elles incluent les actifs de connaissance et d'information mis en oeuvre dans
une zone géographique (district industriel) où sont
localisées des entreprises qui, à travers les relations qu'elles
tissent entre elles, produisent un savoir riche. Les compétences
partagées sont une combinaison de connaissance et de skills
qui, sur le plan légal ne sont la propriété d'aucune firme
du cluster (voir sous section suivante), renchérit le même auteur.
Il ajoute que c'est pour cette raison qu'elles sont indépendantes des
firmes du cluster et sont emmagasinées pour un usage collectif. De ce
fait, le cluster peut être appréhendé comme une source
extérieure de ressources et de capacités ou un incubateur de
grandes capacités5. Ainsi, Vu leur caractère tacite et
intangible et vu que les autres firmes hors cluster ne peuvent y
accéder, les compétences partagées peuvent
constituées une source sûre de l'avantage concurrentiel.

1.1.2 Le développement stratégique dans le
MRC
La principale conclusion du MRC est que l'avantage
concurrentiel de la firme repose sur ses ressources et ses compétences.
L'analyse stratégique doit donc commencer par l'analyse interne, avant
de se pencher sur l'analyse externe (voir Figure 6).
i) Analyse interne
L'objectif principal de l'analyse interne est l'identification
des actifs stratégiques de la firme, c'est-à-dire des
ressources et des compétences «hétérogènes
et
1 ARREGLE, Jean-Luc et QUELIN, Bertrand. Le
management stratégique des compétences, p 22, 2000.
2 Voir Camisòn (2001) et Camisòn and
Molina (1996, 1998).
3 Voir Dyer and Singh (1998) et Douglas and Ryman
(2003).
4 CAMISÒN, César. Shared,
competitive and comparative advantages: A competence based view of the
competitiveness of industrial districts. Modena, Italy, 2003.
5 Op. cit.
imparfaitement mobiles« susceptibles de conférer
un avantage concurrentiel à la firme. Pour ce faire, il suffit de
confronter les ressources et les compétences dont dispose l'entreprise
aux quatre conditions de l'avantage concurrentiel : valeur, rareté,
imitation et substitution1. Toutefois, si cette méthodologie
semble être facile pour les actifs tangibles qui sont aisément
identifiables2, il n'en est pas de même pour les actifs
intangibles qui résistent à l'observation directe, mais qui
occupent une place de premier choix dans le MRC.
Ainsi, l'analyse interne vient en premier lieu dans l'analyse
stratégique et se focalise sur les ressources et les compétences
internes de l'entreprise. Cependant, elle ne peut prendre toute sa pertinence
qu'après l'analyse externe de l'environnement étant donné
que les changements qui y surviennent peuvent modifier la valeur
économique des actifs de l'entreprise.
ii) Analyse externe
Dans le MRC, l'examen de l'environnement externe doit se
faire d'une manière subjective, c'est-à-dire en prenant en
considération les ressources internes de l'entreprise. Le raisonnement
est alors inversé : alors que les théories de l'économie
industrielle partent de l'environnement pour déterminer les ressources
nécessaires à la stratégie, le MRC part des ressources
disponibles à la stratégie, et cherche dans quelles conditions
celles-ci permettent d'obtenir un avantage concurrentiel.
Dans ce sens, l'analyse PESTEL3 s'avère
être d'un grand apport, du moment qu'elle permet d'identifier les
influences environnementales qui ont été particulièrement
importantes dans le passé et de savoir dans quelle mesure elles peuvent
gagner ou perdre de l'impact dans le futur aussi bien pour l'organisation que
pour les concurrents4. Nous pouvons également, en vue de
finaliser l'analyse se poser deux questions déterminantes : Quels sont
les facteurs clés d'évolution ? Quel est l'impact des influences
environnementales déterminantes ?
1 COLLIS, D.J et MONTGOMERY, C.A. Competing on
Resources: Strategy in the 1990s, Harvard Business Review, pp. 118-128,
1995.
2 BARNEY, J.B. Looking inside for competitive
advantage, Academy of Management Executive, pp. 49-61, 1995.
3 L'analyse PESTEL consiste à identifier les
facteurs Politiques, Economiques, Socioculturels, Technologiques, Ecologiques
et Légaux qui influent sur la filière.
4 JOHNSON, Gerry et SCHOLES, Hevan.
Stratégique, Public Union, Paris, 2000.
Au final, l'analyse stratégique se décline
d'abord en analyse interne des ressources et compétences suivie d'une
analyse externe de l'environnement. L'objectif primordial étant
d'établir une stratégie par l'établissement de
scénarii gagnants.
(c) BEK

Compétences
· Compétences technologiques
· Compétences organisationnelles
· Apprentissage intra et inter-organisationnel
· Processus d'évolution incrémental par
compétences et par registre relationnel
Actifs stratégiques
· Positionnement dans la chaîne de valeur globale de
l'industrie
· Intersection avec les facteurs stratégiques de
l'industrie
· Positionnement des agglomérations dans le cycle de
vie du cluster
· déterminent les rentes organisationnelles
· Fondation de la stratégie concurrentielle de la
filière
Caractéristiques critiques : Spécifiques
à l'industrie
Filière nationale
Facteurs stratégiques
de l'industrie
· Spécifiques à l'industrie
· Marchés de R&C imparfaits
· Affectent la rentabilité de l'industrie
· Évolution et influence d'incertitudes exante
Politiques
Légaux
Facteurs environnementaux «PESTEL«
Industrie
Economiques
Ecologiques
Technologiques
Socioculturels
Figure 6. L'outil de développement
stratégique : Articulation de l'analyse interne et
externe1
1.2. Le cluster
1.2.1 Le Cluster : Un concept managérial en
vogue

i) Généralités sur le concept du cluster
Un cluster peut être défini comme «un
regroupement sur un même site d'entreprises du même secteur ; ce
qui est source d'externalités positives, dites de
réseau«2. L'appartenance à un cluster est donc en
premier lieu, le fruit d'une localisation et non le résultat d'une
adhésion à une association ou un organisme.
1 Inspiré des travaux d'Amit &
Schoemaker. AMIT, R et SHOEMAKER, P.J.H. Strategic assets and
organizational rent, Strategic Management Journal, pp. 33-46, 1993.
L'adaptation est faite de manière à généraliser le
MRC à la filière au lieu de la firme. Les concepts cluster,
processus d'évolution dans la CVG seront explicités
ultérieurement dans le présent chapitre.
2 WIKIPEDIA. Cluster [en ligne],
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cluster
(consulté le 17.08.2007).
Dans ce sens, plusieurs vocables tels que clusters,
systèmes productifs locaux, réseaux d'entreprises
territorialisées1 ou plates-formes cognitives et
organisationnelles2, sont souvent utilisés pour
désigner les agglomérations industrielles où des formes de
coopérations inter-entreprises prennent naissance.
Historiquement, la conceptualisation du cluster remonte
à l'héritage marshallien3 du début du
vingtième siècle. Ce dernier nous permet d'identifier les
fondements du regroupement spatial de firmes. Pour bénéficier
d'une atmosphère industrielle4, les firmes
s'agglomèrent pour coopérer, ou bien pour échanger et pour
bénéficier d'un bassin de main-d'oeuvre flexible et
compétent. Même si elles sont le plus souvent des concurrents sur
des marchés externes, les bénéfices qu'elles retirent de
leur localisation s'avèrent être supérieurs aux coûts
supportés5.
Par ailleurs, le développement du concept de cluster
est intimement lié à M. Porter, dont la notoriété a
contribué à la diffusion du concept auprès des
responsables politiques de nombreux pays.
Dès les années 80, M. Porter a mis en exergue,
l'existence de concentrations géographiques et économiques
naturelles disposant d'une croissance importante, soutenue par les interactions
entre les acteurs privés et publics en liaison avec un type
d'activité spécifique6. Plus tard, en 1990, Porter
insiste sur le fait que la concentration géographique
dans une région, de rivaux, clients et fournisseurs, promeut encore plus
l'innovation et la compétitivité du cluster7.
L'économiste américain a mis en évidence la
présence, au sein de différentes régions du globe, de
pôles d'activités performants au niveau international,
dénommés clusters et reposant sur quatre déterminants
stratégiques sous forme de «diamant« qui se renforcent
1 Les terminologies suivantes : district
industriel, réseaux d'entreprises territorialisés, organisation
ou système productif local, grappes d'entreprises, pôles de
compétitivité ont autant de principes explicatifs communs, qu'on
peut dire qu'elles ont la même acceptation que le cluster.
2 AMESSE, Fernand et al. Ressources,
compétences et stratégie de la firme : Une discussion de
l'opposition entre la vision Porterienne et la vision fondée sur les
compétences. Strasbourg : BETA, 2006. 37p. Document de
travail n° 2006-05.
3 MARSHALL, Alfred. Principles of Economics,
(traduction française de la 4édition, 1971, Paris, Librairie de
Droit et de Jurisprudence et Gordon & Breach), 1890.
4 MARSHALL, Alfred. Industry and Trade,
(traduction française, 1934, Paris, Editions Marcel Giard), 1919.
5 SUIRE, Raphaël. Cluster
«créatif« et proximité relationnelle : Performance des
territoires dans une économie de la connaissance. Rennes : Centre
de Recherche en Economie et en Management, (CREM), 2006.
6 PORTER, Michael. Choix stratégique et
concurrence : techniques d'analyse des secteurs et de la concurrence dans
l'industrie. Economica, 1985.
7 PORTER, Michael. The Competitive Advantage of
Nations. Macmillan, Londres and Basingstoke, 1990.
mutuellement1. Selon Porter, en règle
générale l'avantage concurrentiel des nations est la
résultante de la conjugaison de ces quatre facteurs. Ces quatre
déterminants interdépendants de l'avantage
compétitif national2, au niveau sectoriel ; et qui ont un
effet sur la capacité des firmes à innover et à
réaliser des performances supérieures au plan
international3 sont : (1) les conditions de l'offre, (2) les
conditions de la demande, (3) les industries reliées et de support et
(4) la stratégie structure et rivalité des firmes.
En outre, les gouvernements peuvent influencer les conditions
favorables à la compétitivité au travers des politiques
industrielles, de concurrence et des commandes publiques.
Ainsi, que ce soit sur le plan théorique ou pratique,
Porter a été le porte-drapeau de ce concept. Plus
précisément, il préconise une approche plus
instrumentale4, s'inspirant des «success story«
notamment des districts industriels italiens ou de la Silicon
Valley5.
Cependant, l'intensité des relations entretenues entre
les différents acteurs des clusters est décisive quant à
leur développement. C'est pourquoi, les clusters doivent avoir des
canaux actifs pour les transactions commerciales, et pour le
dialogue et la communication6.
À ce titre, l'éclosion d'un cluster est
tributaire de la volonté d'un ensemble de décideurs même
concurrents, de créer et entretenir un système relationnel
permettant à l'ensemble des sociétés d'être plus
efficaces, plus performantes et plus compétitives.
1 PORTER, Michael. The Competitive Advantage of
Nations. Macmillan, Londres and Basingstoke, 1990.
2 (1) l'existence de facteurs de production
spécialisés répondant aux besoins industriels
déterminés ; (2) les caractéristiques de la demande
domestique non seulement en termes de taille mais surtout en termes qualitatifs
qui stimulent la concurrence et l'innovation ; (3) La présence de
fournisseurs nationaux spécialisés et d'industries reliées
qui offrent des produits favorisant l'innovation de processus dans l'industrie
; (4) le contexte concurrentiel direct au plan régional ou national
influence le taux de progrès et d'innovation et finalement le
succès de l'industrie.
3 INGHAM, Marc. Management stratégique et
compétitivité. De Boeck Université. Bruxelles : De
BoeckWesmael, 1995. 559 p. ISBN 2 8041 2032 5.
4 PORTER, Michael. Clusters and Competition: New
Agendas for Companies, Governments, and Institutions, On Competition.
Boston: Harvard Business Review Book. 1998.
5 Silicon Valley regroupe au sein d'un espace
géographique limité des petites entreprises de haute technologie,
spécialisées dans l'électronique et liées par des
relations clients fournisseurs et de confiance telles qu'elles permettent le
fonctionnement d'un réseau local extrêmement performant de
producteurs. Création de technologie, innovation et forts taux de
profits sont présents au sein de ce système, qui se
caractérise par une attention forte des autorités publiques
locales et des organismes financiers tels que les capital-risqueurs et les
business angels.
6 ROSENFELD, S.A. Bringing business clusters into
the Mainstream of Economic Development. European Planning Studies,
1997.
ii) Le cluster : succès d'un concept à
élucider
Si l'approche en termes de clusters fait l'objet de quelques
critiques concernant à la fois son caractère vague et peu
défini, il n'en demeure pas moins qu'elle a connu ces dernières
années un grand succès1 dans le cadre des politiques
territoriales.
Les raisons d'un tel succès reposent sur le
caractère flexible du concept de départ et de ses
déclinaisons2. Cette flexibilité lui permet de
correspondre à différents types de localisation et de s'adapter
aisément aux multiples formes de développement local aussi bien
dans les pays développés que dans ceux en développement.
Effectivement, du point de vue des politiques de
développement3, la mise en réseau des entreprises
locales s'avère toujours bénéfique en termes de
circulation des connaissances nécessaires à la
compétitivité de n'importe quel système
organisé.
Dans un souci de précision, il devient
intéressant de ramener la définition des clusters à des
éléments de base simples4 pour pouvoir situer toute
agglomération d'entreprises. Nous en retiendrons ici deux, qui
paraissent inaliénables : (1) la localisation des relations inter-firmes
et (2) l'organisation de ces relations.
À partir de ce postulat, un tableau croisé peut
être construit (voir Tableau 2) en cherchant à classer les
différentes formes de clusters et leurs déclinaisons
postportériennes5 :
1 Selon l'ONUDI, le dynamisme et le succès
économique de bon nombre de SPL italiens ne font plus de doute dans des
secteurs aussi divers que le textile, le cuir, la joaillerie et les montures
optiques. Des pays de l'OCDE tels que l'Allemagne, la France, le Japon et les
États-Unis offrent d'autres exemples de clusters compétitifs. Ces
clusters sont également répandus dans les pays en
développement. C'est ainsi que Tirupur, dans l'État indien du
Tamil Nadu, abrite plus de 7 000 PME qui, rien qu'en 1999, ont exporté
vers l'Union européenne, les États-Unis et le Japon pour 650
millions de dollars de bonneterie en coton, ce qui représente plus de 80
% de l'ensemble des exportations indiennes de ces marchandises. D'autres
exemples au Pakistan voisin, au Brésil, au Chili et au Mexique, peuvent
être cités.
2 Voir Martin et Sunley (2003).
3 ONUDI. Développement des
systèmes productifs locaux et des réseaux de PME, programme
de l'ONUDI, Organisation des Nations Unies pour le développement
industriel. Vienne, 2002.
4 Ce raisonnement est largement inspiré de
l'étude réalisée par Sofiène Lourimi (ADIS,
Université de Paris Sud), André Torre (UMR SAD APT, INRA, INA PG)
en 2006 sous le titre «Clusters et relations inter-firmes :
étude sur le cluster francilien de l'optique«.
5 FESER, Edward J. Old and new theories of
industry cluster. In STEINER, M. Clusters and Regional
Specialisation, London: Pion. 1998, pp. 18-40.
Tableau 2. Classification des clusters
|
Organisation des relations inter-firmes
|
|
Forte
|
Faible
|
|
Localisation des
relations inter-firmes
|
Forte
|
1. Cluster à la Porter
|
3. Cluster lié à une ressource ou à une base
locale
|
|
Faible
|
2. Cluster sans base locale avérée
|
4. Activité dispersée
|
Source : Sofiène Lourimi (2006)
· Cluster portérien : représente le cas
d'école initialement identifié par Porter, puisqu'il combine
à la fois des degrés importants de localisation et
d'organisation, avec cohabitation de ce que l'on peut nommer les
proximités géographique et organisée2 ;
· Cluster sans base locale avérée : se
distingue par un fort niveau de relations inter-firmes mais une faible
concentration locale. Il peut concorder avec la définition d'un cluster
au niveau national ou régional au sens large ;
· Cluster liée à une ressource ou à
une base locale : réunit à la fois une faiblesse des liens
internes locaux et un fort regroupement spatiale des entreprises. Il
caractérise de nombreux systèmes productifs. C'est le cas de
certains pôles de compétitivité et des "clusters"
identifiés dans différents pays émergents. Ce type de
cluster constitue aujourd'hui la cible des politiques d'innovation cherchant
à provoquer des synergies au niveau local ;
· Activité dispersée : ne présente
certainement aucun intérêt, du moment que ce
cas n'incorpore aucun des deux éléments
fondamentaux de la notion de cluster. De nouveau, apparaît ici toute la
difficulté d'analyse des clusters. En principe d'après leur
définition canonique, ils ne devraient correspondre qu'à la case
1, mais il est clair qu'aujourd'hui, ils s'étendent fortement vers les
cases 2 et 3. Pour autant, le cluster est avant tout une concentration
d'entreprises dans une zone géographique dont l'intensité des
relations inter-firmes de localisation mais également d'organisation
permet de le situer par rapport à des stades de croissance et des
modalités d'évolution.
1 LOURIMI, Sofiène et TORRE, André.
Clusters et relations inter-firmes : étude sur le cluster francilien
de l'optique. ADIS, Université de Paris Sud, 2006.
2 Voir Torre & Rallet, 2005.
En somme, vu sous un angle économique, les clusters
comme tout système vivant vont connaître un cycle de vie les
menant de la formation à la maturité à travers des
étapes successives synonymes de transformations en matière
d'organisation interne de la production et de l'innovation.
1.2.2 Les clusters : des écosystèmes en
évolution

i) Le Cycle de vie du cluster1
Plusieurs auteurs ont réfuté l'approche
classique des clusters, jugée beaucoup trop figée et incapable de
refléter leur dynamique d'évolution et de structuration. Les
clusters ne sont pas des phénomènes statiques mais
évoluent constamment par le biais de mécanismes internes de
renforcement et de dynamiques internes de changement2. Malgré
des trajectoires de développement divers, les clusters paraient suivre
un cycle de développement commun. Ils ont des logiques de
développement inhérentes et identiques et passent
généralement par les mêmes phases
d'évolution3. Le développement des clusters semble
essentiellement dépendre d'un certain nombre d'indicateurs et de
déterminants4. Un certain nombre d'auteurs5
discernent ainsi quatre phases de développement en fonction des
processus d'émergence, de diffusion, de commercialisation et de
déclin d'une technologie et du cycle de développement de
l'industrie :
Phase embryonnaire
C'est la phase où l'agglomération et la
concentration physique d'activités similaires conduisent à la
formation d'un sous-groupe au sein de l'industrie locale6.
Cependant, dans ces clusters considérés comme potentiels ou
latents7, une absence de liens et d'interactions ainsi qu'une taille
insuffisante caractérisent cette phase. La création d'une
technologie sur laquelle va pouvoir s'appuyer le développement futur du
cluster représente généralement un élément
déclencheur. A ce stade, le futur cluster
1 FAVOREU, Christophe. Légitimité,
rôles et nature des politiques publiques en faveur des clusters.
Groupe ESC Toulouse, 2007. 34 p.
2 BROW, R. Cluster Dynamics in Theory and
Practice with Application to Scotland, Regional and Industrial Policy
Research Paper, 38, European Policy Research Center, University of Strathclyde.
2000.
3 ANDERSSON, T et al. The Cluster Policies
Whitebook, IKED, The Competitiveness Institute. 2004.
4 Tels que les cycles d'innovation, l'essor
technologiques4 et des marchés, l'évolution de la
structure relationnelle interne, le nombre d'entreprises
spécialisées présentes sur le territoire. Ces
éléments apparaissent comme des facteurs clés du processus
d'évolution des clusters.
5 ROSENFELD, S. A. Expanding Opportunities:
Cluster Strategies that Reach More People and More Places, European
Planning Studies, 2003.
6 POUNDER, R. et ST. JOHN, CH. Hot Spots and Blind
Spots: Geographical Clusters of Firms and Innovation, Academy of
Management Review, 1996.
7 ROSENFELD, S.A. Bringing business clusters into
the Mainstream of Economic Development. European Planning Studies,
1997.
ne détient que deux des caractéristiques
clés des clusters établis à savoir la concentration et la
spécialisation. Au sein de ces clusters, les opportunités et les
synergies existent et sont importantes mais ne sont pas encore
exploitées.
Phase d'émergence du cluster
Elle est généralement synonyme à la
commercialisation de la technologie via des contrats externes. Le cluster prend
réellement forme lors de cette phase1. Un certain nombre de
firmes commencent à se développer autour d'une technologie
clé malgré un niveau d'emplois liés faible2. Le
manque de ressources, d'infrastructures et de compétences3 va
expliquer l'instauration progressive de liens horizontaux et verticaux,
endogènes et exogènes par un renforcement des relations de
coopération4 inter-firmes et avec les
institutions5 selon des logiques de partage de risques6.
Ce sont surtout des éléments externes - et notamment
l'entrée massive de nouvelles firmes - qui sont à l'origine de
l'enclenchement de la dynamique du réseau7.
Phase de développement et de
croissance
Elle est associée d'une part à
l'émergence et à l'implantation croissante de nouveaux acteurs
qui tissent entre eux un réseau de liens et d'interactions
denses8 et, d'autre part, à l'accroissement du taux de
productivité et d'innovation locales. Le cluster se caractérise
par l'apparition d'organismes de concertation et de gestion des interfaces
ainsi que l'émergence d'un label qui lui est propre. L'affirmation des
technologies et des marchés et le développement des
externalités expliquent l'afflux de nouvelles
1 SWANN, P. Clusters in the US Computing Indus
try. In P. SWANN, N (dir.). The dynamics of industrial clustering:
International Comparison in Computing and biotechnology, Oxford: Oxford
University Press, 1998.
2 ANDERSSON, T et al. The Cluster Policies
Whitebook, IKED, The Competitiveness Institute. 2004.
3 Création d'un ensemble de fournisseurs
spécialisés et d'entreprises de service, et d'un marché de
travail spécialisé et de nouvelles organisations au service des
entreprises du cluster (les centres de compétences, les
établissements de formation spécialisés et les
organisations professionnelles).
4 D'après Sébastien BRUERE en
général, une coopération est réussie lorsque les
objectifs sont atteints. Etant donné le caractère
multidimensionnel des objectifs de beaucoup d'alliances, la performance est
difficile à évaluer à l'aide de résultats
financiers. Aussi, il paraît plus judicieux d'utiliser la notion de
satisfaction de chaque partie en s'appuyant sur une approche interactive qui
dépend des rôles inhérents à quatre facteurs : la
confiance, l'engagement, la communication et l'équité entre les
partenaires. [En ligne]
http://www.sebastienbruere.name/IMG/pdf/note
de synthèse.pdf (consulté le 02.07.2007).
5 Pouvoirs publics, écoles
d'ingénieurs, universités, centres de formation, centres de
R&D.
6 En effet, au niveau des ressources humaines par
exemple, il est question d'une mutualisation par la mise en commun à la
fois des compétences mais également des efforts en termes de
formation et de qualification. Cette mutualisation est accompagnée d'une
forte coopération avec les institutions de formation d'enseignement et
de recherche dans le souci de répondre aux besoins du cluster.
7 BRENNER, T. Local Industrial Clusters :
Existence, Emergence and Evolution, London and New York: Routledge,
2004.
8 Attraction d'entreprises de l'extérieur,
d'ouvriers qualifiés, et un terrain fertile pour de nouvelles
entreprises locales (développement des économies externes) et
création d'atouts relationnels non marchands qui favorisent la
circulation locale de l'information et des connaissances (coordination des
activités économiques à travers des collaborations
informelles, relations de confiance et de coopération entre personnes et
organisations coordonnées par des routines et des conventions et
favorisées par le contexte de proximité).
entreprises et le développement de comportements
entrepreneuriaux. L'intensification du phénomène de
spécialisation pousse les entreprises à développer des
liens verticaux1. A ce stade, les facteurs de croissance
endogènes prennent le dessus sur les facteurs exogènes et
enclenchent des processus d'autorenforcement et d'auto-développement du
cluster. Lors de cette phase, la définition d'objectifs collectifs et
d'activité coordonnées au sein du réseau peut contribuer
à faire passer celui-ci du statut de réseau régional
à celui de réseau stratégique2. L'existence
d'une image, d'une identité et d'une vision communes, ainsi que la
capacité à transformer celles-ci en actions et stratégies
collectives, caractérisent les clusters les plus
dynamiques3.
Phase de maturité et de
déclin
Cette étape est caractérisée par
l'atteinte d'une taille critique, aussi bien au niveau du nombre d'entreprises
qu'en termes de densité des relations et des interactions
sociales4. Cette situation apparemment confortable peut
dégénérer vu le caractère dynamique et incertain de
l'environnement. Certains facteurs explicatifs5, lorsqu'ils se
cumulent, entraînent le déclin rapide d'un cluster. La
régénération du cluster peut passer par une
spécialisation ou une différenciation et par la création
de nouveaux liens externes6. Cette ouverture et cette
spécialisation peuvent être sources de renouvellement des
ressources locales et d'enclenchement de nouvelles dynamiques
endogènes7. Lors d'une dernière phase traduite par une
transformation du cluster, ce dernier peut évoluer selon trois
scénarios différents : le fractionnement en plusieurs
sous-clusters spécialisés, le changement
d'activité ou la disparition.
1 GEMSER, G et al. The Dynamics of Inter-firms
Networks in the Course of the Indus try Life Cycle: The Role of
Appropriability, Technology Analysis & Strategic Management, 1996.
2 LAZERZON, M et LORENZONI, G. The Firms that
Feed Industrial Districts: a Return to Italian Source, Journal of
Industrial and Corporate Change, 1999.
3 COOKE, P. Knowledge Economies: Clusters,
Learning and Cooperative Advantage, London and New York: Routledge,
2002.
4 ANDERSSON, T et al. The Cluster Policies
Whitebook, IKED, The Competitiveness Institute, 2004.
5 Le déclin de l'industrie ou de la
technologie dominante, une banalisation des «process« de production,
une concurrence de plus en plus axée sur le prix, la surexploitation et
la non régénération des ressources, collectives, des
problèmes de coordination et de congestion liés à la
taille, des compétences et des actifs trop spécialisés et
obsolètes, un fonctionnement trop endogène et un repli sur soi.
Des situations de blocage peuvent survenir si le cluster ne peut pas renouveler
son succès. Le déclin d'un cluster reflète souvent une
situation d'«enfermement« technologique, institutionnel,
socioculturel dans la vie des affaires. La force initial du cluster peut se
transformer en un obstacle définitif à l'innovation (main
d'oeuvre qualifiée, centre de compétences, coopération
interentreprises, soutien des institutions régionales) en tombant dans
le piège de la «spécialisation rigide«.
6 Avec d'autres régions, industries, autres
clusters.
7 ANDERSSON, T et al. The Cluster Policies
Whitebook, IKED, The Competitiveness Institute, 2004.
À travers les études empiriques1,
les exigences et les facteurs nécessaires au développement du
cluster varient avec son degré de maturité. Ainsi lors des
premières étapes, les besoins matériels2
paraissent l'emporter. Lors des stades avancés notamment de
développement et de consolidation, les besoins sociaux et
relationnels3 semblent prévaloir. Certaines
réponses4 aux risques de stagnation et de déclin d'un
cluster arrivé à maturité, peuvent être salutaires
et permettent sa renaissance. Ainsi, il ne faut pas perdre de vue le rôle
des pouvoirs publics dont l'intervention en faveur des clusters s'avère
souvent décisif dans leur essor.
ii) Les différents courants des Politiques Publiques en
Faveur des Clusters (PPC) 5
Les PPC ont nourri une polémique que reflète
des travaux et des théories portant sur la dynamique des
clusters6. En effet, cette notion suscite des interrogations quant
à son efficacité, voire sa légitimité pour
certains. Ceci interpelle de facto un questionnement sur la dynamique des
réseaux et les déterminants du développement et de
l'évolution des clusters. Deux courants théoriques antagonistes
en prime d'un courant intermédiaire peuvent être
identifiés. La perspective évolutionniste, la perspective
constructiviste ou interventionniste, le troisième courant a lui
tendance à justifier une forme d'intervention publique dont
l'intensité dépend du stade d'évolution du cluster.
Les évolutionnistes
Les auteurs qui s'inscrivent dans le courant
évolutionniste estiment que toute ingérence publique est
à la fois inopportune et préjudiciable au développement
des clusters. Selon eux, les clusters doivent être conçus
davantage comme des
1 Etudes basées sur les «succes
stories« des districts italiens et de la Silicon Valley.
2 Infrastructures physiques, ressources humaines
qualifiées et moyens de financement.
3 Coopération inter-entreprises, R&D et
transfert des connaissances.
4 La création d'un réseau
d'interactions entre les différents partenaires, l'émergence
d'une identité et d'une vision collectives, l'ouverture
extérieure, l'innovation technologique et la différenciation,
apparaissent comme les éléments clés de la dynamique du
cluster lors de cette phase.
5 Cette sous section s'est largement
inspirée de l'étude réalisée en 2007 par FAVOREU
Christophe professeur au Groupe ESC Toulouse, sous le titre
«Légitimité, rôles et nature des politiques publiques
en faveur des clusters«.
6 BRENNER, T. Local Industrial Clusters.
Existence, Emergence and Evolution, London and New York: Routledge,
2004.
processus1. Le mécanisme qui conduit
à leur formation2 paraît difficile voir impossible
à reproduire de manière planifiée.
S'appuyant sur des résultats d'études
empiriques, les tenants de ce courant soutiennent que les clusters se
créent et se structurent sur la base de décisions
privées3 «bottom-up« de localisation et de
création de liens de partenariats et ne peuvent donc être la
résultante d'interventions publiques. L'expérience italienne des
districts industriels montre que pratiquement aucun cluster n'a
été créé à la suite d'un programme d'action
spécifique.
Selon certains auteurs4, tout cluster, et plus
généralement toute agglomération d'activités,
s'appuie sur la présence préalable d'un socle de ressources
clés5 sur lesquelles les autorités publiques n'ont que
peu de prise. L'activité entrepreneuriale, la création
d'entreprises, l'essaimage et l'effet d'entraînement des entrepreneurs
les plus dynamiques6 constituent les principaux facteurs de
développement des clusters. Seule des imperfections graves de
marché, ou leur incapacité à fournir les
éléments vitaux pour le développement des clusters,
pourraient justifier un début d'intervention publique. Cependant, cette
aide publique ne peut être que temporaire et limitée, au risque de
limiter la capacité du cluster à s'ajuster aux chocs
exogènes ou de se tromper de cluster d'autant plus que les clusters
potentiels ou en phase d'émergence s'avèrent
particulièrement difficiles à identifier7.
Les interventionnistes
À l'opposé, les partisans de l'approche
interventionniste avancent des exemples concrets et des expériences
pratiques8 pour attester d'une part, qu'il est possible de
1 ROSENFELD, S. A. Backing into Clusters:
Retrofitting Public Policies, Integration Pressures: Lessons from Around the
World, John F. Kennedy Symposium, Harvard University, Organization for
Economic Cooperation and Development, 2001.
2 Notamment au niveau de la création de
relations partenariales, d'interactions et de liens de confiance entre les
acteurs privés mais aussi au niveau des flux de transfert de
savoir-faire et de connaissances.
3 La maximisation de leurs intérêts et
de leur logique de performance conduirait naturellement les entreprises
privées à se regrouper et à nouer des liens entre
elles.
4 ROSENFELD, S. A. Backing into Clusters:
Retrofitting Public Policies, Integration Pressures: Lessons from Around the
World, John F. Kennedy Symposium, Harvard University, Organization for
Economic Cooperation and Development, 2001.
5 Une main d'oeuvre spécialisée, des
opportunités locales de marché, une base technologique et
scientifique significative, une université ou un grand groupe
structurant (Cooke, 2002).
6 FELDMAN, M. P. The Entrepreneurial Event
Revisited : Firm Formation in a Regional Context, Industrial and corporate
Change, 2001.
7 Cette difficulté opérationnelle est
d'autant plus grande qu'un certain nombre d'auteurs soulignent la
difficulté persistante à définir et cerner
conceptuellement la notion de cluster (Martin et Sunley, 2003).
8 Ainsi certains auteurs citent l'exemple de la
Suède et les cas de la Medicon Valley (Oresund), du site d'IDEA
(Sormland) et du «Biotech Cluster« d'Umea comme des exemples d'une
démarche publique ascendante de création de cluster qui a
été couronnée de succès ; les institutions
publiques ayant joué un rôle déterminant dans la
constitution d'une image, d'une identité collective et d'une vision
commune. Ils soulignent l'influence
créer et dans des délais raisonnables un
cluster et d'autre part que les institutions publiques peuvent jouer un
rôle déterminant lors des phases de création et
d'institutionnalisation du cluster. Les théories constructivistes ou
interventionnistes se fondent largement sur la conception
«Porterienne« des réseaux. Les politiques publiques se
structurent autour de deux caractéristiques principales des
réseaux : (1) la proximité géographique et la
concentration d'une diversité d'organisations (firmes, centres de
recherche, universités, ...), et (2) les liens de coopération et
les interactions récurrentes entre ces acteurs.
Les interventions publiques visent dans un premier temps
à favoriser les rapprochements, les liens et les interactions entre les
différentes composantes locales. Et dans un deuxième temps, elles
ont pour objet de regrouper des activités et des organisations
similaires et/ou complémentaires1. Des investissements
publics de grande envergure ont enfin pour dessein d'imiter les
caractéristiques et les ressources clés2 des clusters
les plus performants et les plus dynamiques. Trois justifications sont
généralement suggérées pour légitimer
l'ingérence des institutions publiques dans le développement des
clusters : (1) les imperfections du marché3, (2) les
dysfonctionnements et imperfections en matière de fourniture de biens et
de services publics et (3) les dysfonctionnements systémiques qui
résultent d'une inadéquation entre les attentes et les
intérêts des institutions et acteurs locaux.
Le reengineering
Un troisième mouvement intermédiaire
qualifié de «reengineering«4, reconnaît qu'en
dépit du fait que le marché et les acteurs privés
constituent les principaux vecteurs d'émergence, de croissance et
d'organisation des clusters, les politiques publiques peuvent jouer un
rôle significatif d'appui, d'accompagnement et de soutien5.
Par
fortement positive des programmes publics de soutien à
la recherche sur le développement du cluster de biotechnologie de
Munich. La création de parcs scientifiques, des incitations fiscales et
financières, l'implantation de sites universitaires, l'aide au
financement de Start-up sont citées comme des exemples de politiques
publiques qui en Finlande, à Taiwan, en Allemagne en Inde et en Chine
auraient directement contribué à l'émergence de
clusters.
1 Par le biais du financement, d'aides à la
création de services spécialisés, de mise à
disposition d'infrastructures spécifiques.
2 Les infrastructures de R&D, les parcs
industriels, les infrastructures sociales, un bassin de main d'oeuvre
spécialisée, des services spécialisés de
support.
3 Le manque d'innovation des entreprises
privées, un bénéfice social issu de la R&D largement
supérieur au gain privé, la faiblesse du capital risque
liée à une forte aversion des entrepreneurs et des investisseurs
locaux, l'incapacité du marché à générer des
interactions entre les acteurs locaux.
4 ANDERSSON, T et al. The Cluster Policies
Whitebook, IKED, The Competitiveness Institute, 2004.
5 ROSENFELD, S. A. Backing into Clusters:
Retrofitting Public Policies, Integration Pressures: Lessons from
Around the World, John F. Kennedy Symposium, Harvard University,
Organization for Economic Cooperation and Development, 2001.
conséquent, le rôle des acteurs publics devient
plus indirect et périphérique et consiste principalement à
: (1) animer des activités d'innovation au sein d'une industrie, (2)
organiser le dialogue entre les acteurs et plus généralement (3)
créer le cadre et les conditions nécessaires à
l'émergence d'un système d'action collectif et partenarial au
sein duquel les initiatives et le leadership privés restent dominants.
Pour ce faire, les différents intervenants publics ont pour principale
mission de créer une reconnaissance externe et de développer au
sein du milieu local une identité1 et un sentiment
d'appartenance devant se traduire par l'articulation d'une vision et d'une
stratégie collectives. Ces éléments apparaissent
aujourd'hui comme les principaux facteurs clés de succès des
clusters2.
Tableau 3. Les différentes approches concernant
le rôle des politiques publiques dans le développement des
clusters
|
L'approche évolutionniste
ou émergente
|
L'approche planificatrice
|
L'approche intermédiaire ou
le reengineering
|
Influence des politiques publiques sur la dynamique des
clusters
|
· Négligeable voire négative
(comportements attentistes, repli, apathie)
|
· Déterminante dans les phases d'émergence
et de déclin
|
· Variable selon les stades de développement
|
Rôle des autorités publiques
|
· Corriger les imperfections de marchés les plus
graves.
· Interventions limitées et ponctuelles.
|
· Enclencher la
dynamique d'émergence, de développement et de
réorientations des
clusters par la mise à disposition de ressources et
d'actifs clés.
· Capacité à contrôler et modifier les
trajectoires de développement.
|
· Rôle d'accompagnement et de soutien aux
initiatives privées.
· Favoriser la mise en place d'un système
d'action
collectif et de relations de partenariats.
· Aider à la construction d'une identité
commune et d'une vision stratégique partagée.
|
Principales sources de dynamisme du cluster
|
· Les initiatives privées
· Les phénomènes d'entrepreneuriat et
d'essaimage
· Le réseau d'interaction et de liens.
· Les perceptions
d'opportunité de marché.
|
· L'investissement et l'initiative publics lors de phase de
démarrage ou de réoriention du cluster.
|
· Le partenariat public privé
· Les leaders catalytiques.
|
|
Source : Christophe FAVOREU (2007)
La différence entre cette approche et celle
interventionniste (voir tableau ci-dessus) réside dans le fait que
les institutions publiques ne sont considérées que comme une
1 Par des actions de promotion, de marketing et de
création d'une image de marque.
2 COOKE, P. Knowledge Economies: Clusters,
Learning and Cooperative Advantage, London and New York: Routledge,
2002.
3 FAVOREU, Christophe. Légitimité,
rôles et nature des politiques publiques en faveur des clusters.
Groupe ESC Toulouse, 2007. 34 p.
partie prenante parmi les autres dans le processus
d'organisation, de développement et de gouvernance des clusters. En
plus, L'efficacité de l'intervention publique repose plutôt sur
son appui aux phénomènes d'agglomération et de
«clusterisation« déjà engagés, ainsi qu'aux
trajectoires technologiques déjà établies1 que
sur l'action de favoriser l'émergence de nouveaux clusters.
1.3. Le partenariat vertical
1.3.1 Sous-traitance aéronautique : vers un nouveau
mode partenarial
i) La sous-traitance traditionnelle : Un mode de relation DO/ST
en déclin
Dans une relation de sous-traitance de type traditionnel, la
logique qui prévaut est celle d'un simple rapport de forces conflictuel
entre donneur d'ordre (DO) et sous- traitant (ST). Cette sous-traitance
classique s'inscrit dans une optique transactionnelle2,
selon laquelle un DO cherche uniquement à obtenir les prix les plus bas
pour une qualité et une disponibilité données.
L'idée sous-jacente est que la négociation entre les deux
antagonistes est un jeu à somme nulle.
En ce qui concerne le secteur aéronautique,
traditionnellement, les grands DOs concentraient en interne l'ensemble des
activités liées à la conception et à la production
d'un avion, y compris la conception détaillée des sous-ensembles
qui le composent. Autour de ces avionneurs gravitait un réseau captif de
sous-traitance, géré selon une logique d'Arsenal3. La
nature des activités externalisées portait souvent sur la
production de pièces élémentaires selon un cahier des
charges précisant et les spécifications des produits et les
moyens à utiliser. Le DO ne partageait ni technologie ni savoir-faire ;
de même, il n'était pas nécessaire de mettre en place des
interactions susceptibles d'améliorer le profil du ST4.
Toutefois, dans un souci d'amélioration de la
compétitivité du réseau, ce mode de gestion de la relation
DO/ST a progressivement cédé la place à des
coopérations plus étroites. Historiquement, les origines de ce
nouveau schéma organisationnel remontent aux années quatre-vingt,
où il est souligné que l'avantage concurrentiel
1 ANDERS SON, T et al. The Cluster Policies
Whitebook, IKED, The Competitiveness Institute, 2004
2 ANDERSON, James et NARUS, James. Business Market
Management : Understanding, Creating and Delivering Value. Upper Saddle
River. NJ : Prentice Hall, 1998.
3 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
4 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001.
des constructeurs automobiles japonais réside dans leur
mode d'organisation des relations verticales1. Les DOs majeurs
préfèrent alors nouer avec leurs STs directs, des relations
durables, fondées sur la confiance, plutôt que de leur passer des
commandes ponctuelles dans le cadre de contrats d'achats classiques. Face aux
mutations spécifiques du secteur2, les constructeurs
européens des industries d'assemblage de produits complexes, se lancent
dans un processus d'adoption par hybridation des pratiques
japonaises3, initialement dans le secteur automobile, puis à
partir de la décennie quatre-vingt dix, dans le secteur de la
construction aéronautique. Ceci s'est traduit par une externalisation
poussée, une réduction drastique du nombre des fournisseurs et
une plus grande sélectivité. Parallèlement, les
constructeurs ont accru les pratiques de délégation de conception
même si, à cette époque, les pratiques sont plus
orientées vers le co-design que vers une externalisation
complète4.
ii) L'avènement du partenariat vertical
Le partenariat vertical apparaît comme étant la
forme d'alliance stratégique, qui a connu le plus d'intérêt
ces deux dernières décennies5. Ce mode de
développement organisationnel se situe à mi-chemin entre d'une
part, une relation contractuelle classique et d'autre part, une
intégration verticale6 (voir Figure 7). Du point de vue du
DO, le partenariat vertical permet de disposer de compétences et
ressources externes, sans avoir à investir financièrement.
L'idée est de reporter les risques sur les STs partenaires, selon une
logique de sharing risks7, tout en créant des
obligations de part et d`autre. La Figure 7 illustre le positionnement du
partenariat vertical. À l'opposé des relations de sous-traitance
traditionnelles, le partenariat vertical apparaît comme étant un
mode de coopération durable entre un client et son fournisseur ayant
pour objectif de délivrer une valeur accrue au client final
(conjointement à)/ (et par) une meilleure compétitivité du
réseau ainsi formé par les
1 LECLER, Y. La référence japonaise.
L'Interdisciplinaire, Limonest : 1993.
2 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
3 BOYER, R et al. Between Imitation and
Innovation. The Transfer and Hybridization of Productive Models in the
International Automobile Industry.Oxford University Press, Oxford : 1998.
4 LUNG, Y et VOLPATO, G. Redesigning the
automakers-suppliers relationships in the automotive industry,
International Journal of Automotive Technology and Management, vol. 2, 2002.
5 DUSSAGE, P et GARETTE, B. Industrial Alliances
in Aerospace and Defence : An Empirical Study of Strategic and Organizational
Patterns. Defence Economics, vol.4, 1993.
6 GARRETTE, Bernard. Coopérations,
alliances et compétitivité. In : Management
Stratégique et Compétitivité. INGHAM, Marc (Ed.) :
1995. p 251.
7 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
deux entreprises partenaires. Comme le souligne Anderson :
«Aujourd'hui, la concurrence n'est plus entre entreprise, mais entre
réseaux. Il importe donc de construire un réseau efficace avec
les partenaires-clés«1. Ceci l'est d'autant plus
prégnant que l'industrie est
globalisée2, c'est notamment le cas du secteur
aéronautique.
|
Court terme
Autonomie
Mise en concurrence Rapports de force
|
|
|
|
Long-terme Investissements Risques
|
|
|
ABSORPTION
INDEPENDENCE TOTALE
Moyen et long -terme Convergence
stratégique
Formes variées Indépendance
Equilibre des pouvoirs

Partenariat Niveaux d'intégration
Source : adapté de O.E Williamson
(1985)3
Figure 7. Le positionnement du partenariat
vertical
Ainsi, du moins dans sa conception4, le partenariat
vertical s'organise sur un mode d'égalité et de
complémentarité entre deux entités qui gardent leur
autonomie, mais ont un intérêt stratégique majeur à
collaborer5.
Ce nouveau mode de relation puise ses fondements dans un
concept assez récent qui est celui du marketing
relationnel1. Ce dernier a pour finalité la construction
de
1 ANDERSON, James et al. Dynamic Business
Relationships Within a Business Network Context, Journal of Marketing, 1
5oct. 1994, pp. 1-15.
2 Une industrie globale est une industrie dans
laquelle les positions stratégiques des concurrents se
déterminent en fonction d'enjeux mondiaux. Une firme globale cherche
donc à tirer parti des opportunités de recherche, de production,
de logistique et de commercialisation à l'échelle
planétaire. KOTLER, Philip & DUBOIS, Bernard. Marketing
Management. 11ème édition. France : Pearson
Education, 2004. p41 8, 419.
3 WILLIAMSON, O.E. The Economic Institutions of
Capitalism, New York, The Free Press, 1985.
4 Pour autant, certains STs tendent à
relativiser l'aspect égalitaire de ces relations partenariales, surtout
pour les modes les moins avancés (Conventionnel et Association). Ils
considèrent que la relation reste le plus souvent du fort au faible
notamment lors de retournement de conjoncture. Le rapport de force, dans ce
cas, tend naturellement à se réinstaller par une pression
supplémentaire sur les coûts ou une demande d'augmentation
intempestive de volume avec des délais plus contraignants. IGALENS J.,
VICENS C. (2006), «Changes in the aeronautics sector : the case of Airbus
in the Midi Pyrénées«, LIRHE - UMR 5066 - Toulouse.
5 BRUEL, Olivier et FAVALETTO, Bruno. Achat et
logistique d'approvisionnement. In : Management Stratégique et
Compétitivité. INGHAM, Marc (Ed.) : 1995, p227.
relations pérennes avec les autres acteurs du
marché -clients, fournisseurs, distributeurs - en gagnant leur
préférence et leur confiance à long terme. Dans cette
perspective, des gains substantiels en coût et délais, peuvent
être réalisés, du moment que les transactions ne sont plus
négociées au coup par coup mais traitées en continu.

1.3.2 Typologie des nouvelles relations
client-fournisseurs
Dans le même ordre d'idées, il convient de
souligner que le partenariat vertical sous- tend plusieurs modes de gestion de
la relation DO/ST, à différents stades d'évolution. Les
travaux de G. Merli2 suggèrent trois nouvelles formes
principales de collaboration verticale, comme l'illustre le Tableau 4.
i) Le mode Conventionnel : Une organisation traditionnelle
planifiée
Le mode Conventionnel est le stade embryonnaire du
partenariat au sens large du terme. Dans un souci de profit, l'entreprise
donneuse d'ordres cherche une meilleure maîtrise de ses coûts
d'approvisionnement par le biais de sa politique d'Achats. Ce modèle
s'est développé principalement, d'une part dans le sens d'un
marketingachat3 généralisé (justifiant
éventuellement une expertise pour les segments d'achats
réputés critiques), et une internationalisation des Achats ; et
d'autre part dans le sens d'une politique de sous-traitance qui met
systématiquement en concurrence les différents fournisseurs
articulée autour de systèmes formels d'évaluation,
homologation et certification.
Il est évident qu'à ce stade, le partenariat
reste encore limité. Les STs sont cantonnés dans un rôle de
sous-traitance de production et seule une minorité obtient un contrat
pluriannuel. Ces STs sont caractérisés par des effectifs
limités, une surface financière faible et une démarche de
certification peu répandue4.
1 KOTLER, Philip & DUBOIS, Bernard. Marketing
Management. 11ème édition. France : Pearson
Education, 2004. p18,19.
2 MERLI, G. The New Supply Strategy for
Manufacters, Productivity Press, Cambridge Mass, 1991.
3 Démarche volontariste
véhiculée par un processus de conception de stratégies
d'achat selon une approche s'appuyant sur une segmentation stratégique.
BRUEL, Olivier et FAVALETTO, Bruno. Achat et logistique
d'approvisionnement. In : INGHAM, Marc (Ed.). Management
Stratégique et Compétitivité, 1995, p 227.
4 INSEE. Aéronautique, espace et
sous-traitance : Résultats de l'enquête 2005, 2006. Dossier
n°132.
ii) Le mode Association : Une optimisation
opérationnelle
Ce deuxième mode se présente comme un stade
successif au précédent, auquel un ST peut accéder
moyennant l'acquisition de compétences spécifiques susceptibles
de lui permettre de répondre aux exigences du DO. À ce stade, le
DO étend, auprès de son ST, ses exigences au-delà du
coût, pour ainsi inclure d'autres aspects relatifs à la
qualité, au respect des délais de livraison et à la
flexibilité de la production. Dans ce sens, les politiques d'Achats,
dans le cadre du mode opérationnel, ont évolué
dans les directions suivantes : (1) une mise en place d'une interface
logistique extrêmement développée ; (2) un
développement d'une approche d'assurancequalité, que ce soit par
un accord particulier entre le DO et le ST dite norme-client ou par
référence à des normes internationales et enfin (3) un
accompagnement des STs dans leur démarche d'amélioration continue
sur le long terme (Kaizen).
À ce stade, la conception du produit étant
encore du ressort du DO et le rapport de force qui caractérisait
jusque-là le stade précédant s'estompe progressivement,
pour céder la place à plus d'égalité entre les deux
partenaires.
iii) Le mode Partenariat : Une collaboration de conception
Dans cette dernière modalité, les entreprises
recherchent les mêmes objectifs opérationnels que ci-dessus
(coût, qualité, service, délai, flexibilité).
Toutefois, de nouveaux impératifs stratégiques, commerciaux ou
techniques s'imposent avec acuité. Ces impératifs sont relatifs
à la nécessité (1) de personnaliser et (2) réduire
le cycle de développement des produits, (3) de s'adapter rapidement ne
serait-ce qu'en termes de capacité de réponse aux fluctuations du
marché et enfin (4) de recourir aux pratiques de sharing
risks1.
Du coût, les politiques d'Achats se sont
orientées autour des éléments suivants : (1)
établissement de relations pérennes avec une base réduite
de fournisseurs partenaires, (2) fonctionnement sur un plan
d'égalité et de respect mutuel supporté par la mise en
place d' un système d'information transparent entre les membres du
réseau, (3) intensification des interactions entre le DO et ses STs,
plus particulièrement durant les phases de conception
générale du produit, pendant lesquelles des équipes
d'ingénieurs et de techniciens sont déléguées
auprès du DO
1 En guise d'exemple, en quelques années,
Airbus a tissé un véritable réseau de sous-traitants
partenaires qui partagent le risque avec l'avionneur sur le
développement des nouveaux programmes. Ce partenariat est
particulièrement fort entre l'avionneur et ses sous-traitants de premier
niveau.
(travail sur plateau)1 et enfin (4) une
"marchéisation" des relations2 qui se traduit par une
contractualisation et une formalisation accrue des appels d'offre.
En somme, à travers les accords de
développements passés avec le DO, le partenariat vertical invite
le ST à s'inscrire dans une démarche d'amélioration
continue visant (1) la réduction des coûts, (2)
l'amélioration de la qualité, (3) le respect des délais de
livraison et enfin (4) une meilleure flexibilité de la production.
Tableau 4. Typologie du partenariat
vertical
|
Niveaux de relation
|
logistique
|
qualité
|
Développement produ it-process
|
Mesure de performance
|
|
Conventionnel (court terme)
|
· délais
spécifiques
· stocks de sécurité
|
· fourniture sur spécifications
· contrôle de réception
|
· spécif.par le client seul
· agrément sur avant-série
|
· prix
· qualité réception
· respect délais
· assurance qualité
|
Association (Moyen terme)
|
· maîtrise des niveaux de
stocks
· approvisionneme nt en JAT
|
· assurance-qualité
· certification produit
· homologation fournisseur
· programmes d'amélioration
· livraisons directes
|
· spécif.par le client
· adaptation au savoir-faire des fournisseurs
(processus)
|
· coût total d'approvisionnem ent
· audits qualité
· audits logistiques
· audits techniques
· services
|
Partenariat (Long terme)
|
· intégration des processus logistiques du client et
de ses fournisseurs
· partage des flux d'information et des systèmes
de planification
|
· partenaire
entièrement responsable d'une fonction et de façon
transparente
· amélioration progressive
· co-définition des standards de qualité
|
· fournisseur impliqué pour la fonction co-
traitée
· fournisseur impliqué dans la planification et
réactif
|
· toutes évaluations globales (coût,
qualité, services, process, management...
· audits de cohérence stratégique entre les
partenaires
|
|
Source : Olivier Bruel et Bruno Favaletto (1995)
1 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
2 Au stade Partenariat, dans le secteur
aéronautique, un appel d'offres comporte quelques 1 000 pages et la
rédaction d'une réponse mobilise une équipe de 5 à
30 personnes pendant de nombreuses semaines. L'évaluation des
réponses est faite par deux comités indépendants- l'un
technique, l'autre commercial- qui cèdent ensuite la place à des
négociations finales qui peuvent durer plusieurs mois voire des
années. KECHIDI, Med. (2006). Dynamique des relations verticales
dans l'industrie aéronautique : une analyse de la sous-traitance
d'airbus. Cahier du GRES, 2006, n°2006-10.
3 BRUEL, Olivier et FAVALETTO, Bruno. Achat et
logistique d'approvisionnement. In : Management Stratégique et
Compétitivité. INGHAM, Marc (Ed.) : 1995, p 227.
Section 2. La chaîne de valeur globale du secteur
aéronautique : Un processus d'évolution graduelle
2.1. Le processus d'évolution graduelle
2.1.1 Une typologie des statuts de la sous-traitance
aéronautique
Les tendances du secteur évoquées dans les
développements précédents1 se sont traduites
principalement par une hiérarchisation pyramidale des réseaux de
sous- traitance avec un plus grand transfert de risques et des charges.
Plus particulièrement, le processus de
rationalisation systémique2 - des transformations
techniques et organisationnelles - qui s'est introduit dans le secteur
dès la fin des années 80, s'est traduit par la
décomposition de l'avion en sous- ensemble ou ensembles techniquement
homogènes, dans un souci d'une maîtrise accrue de la
complexité particulière des produits aéronautiques. Une
telle décomposition technique en entités homogènes invite
à une catégorisation des produits en fonction de
l'activité qui leur donne naissance. Dès lors le DO majeur est en
mesure de confier à une même entreprise, en sous-traitance
globale - étude, développement, industrialisation et
réalisation - une composante importante de l'avion. Ce processus de
rationalisation systémique a induit une hiérarchisation
pyramidale des réseaux de sous-traitance, articulée sur trois
niveaux. Ces derniers correspondent à trois stades d'évolution
distincts. La Figure 8 illustre cette pyramide de sous-traitance où les
STs sont placés au préalable dans l'un des trois niveaux
hiérarchiques de la pyramide selon l'étendue et la
complexité technologique de leurs produits et activités.
i) Les sous-traitants des pièces
élémentaires
À la base de la pyramide, le ST de pièces
élémentaires (piece-part Subcontractor) réalise
uniquement la production de pièces élémentaires pour le
compte du DO principal. Ce statut embryonnaire de sous-traitance
aéronautique correspond à des STs drawing-supplied (DS),
en faisant référence au vocable utilisé par
Asanuma3,
1 Pour plus de détail voir Partie. I, Chapitre.
I, Section. 1
2 KECHIDI, Med. Dynamique des relations verticales
dans l'industrie aéronautique : une analyse de la sous- traitance
d'airbus, cahier du GRES n°2006-10, 2006.
3 ASANUMA, B. The Organization of Parts Purchases
in the Japanese Automotive Industry. Japanese Economic Studies, pp. 32-53,
1985.
dans le sens où les plans de définition des
pièces à réaliser sont fournis par le DO. Ce Statut inclut
également des entreprises de mécanique ou de prestations de
services informatiques, possédant des ressources et des actifs
spécifiques à une activité particulière. Ces
acteurs n'interagissent pas directement avec les DOs majeurs, ils sont
généralement des STs de rang 2 et/ou 3.
ii) Les Eq ui pementiers (Sub-system Supplier)
Le second niveau concerne les Équipementiers
(Sub-system supplier), qualifiés aussi par des fournisseurs
d'équipements pour systèmes complets1. Ils sont en
général des PME/PMI dont le nombre de salariés ne
dépasse guère 100. Ces acteurs prennent en charge et la
conception et l'assemblage des sous-systèmes. Ils
fournissent soit un module technique autonome, directement
livré aux chaînes de montage (rang 1), soit un module devant
intégrer un ensemble technique plus complexe (rang 2), notamment en
passant par un systémier. Dans l'aéronautique civile par exemple,
les sous-systèmes réalisés par les Équipementiers,
incluent la voilure d'aile et des tronçons majeurs du fuselage. Leurs
activités relèvent d'une sous-traitance globale de
production2 dans sens où ils possèdent une
compétence reconnue dans la production contrairement à leurs
capacités limitées en études et R&D (souvent
onéreuses). Le mouvement de hiérarchisation
déclenché par les avionneurs, c'est notamment le cas d'Airbus,
veut qu'à terme, ces acteurs interagissent uniquement avec les STs de
1er niveau.
Contrairement aux sous-traitants DS (DS pour
drawing-supplied), Asanuma3 a baptisés les
équipementiers, STs DA par référence au
design-approval. Ce vocable sous-tend que ces intervenants de la
chaîne de valeur globale (CVG) prennent en charge eux même la
conception des composants dans un premier temps avant de la soumettre dans un
deuxième temps à l'approbation des DOs. Néanmoins,
à ce stade, c'est encore le donneur d'ordres majeur qui définit
le modèle de base, telles que la forme et les spécifications des
composants à fournir.
1 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001.
2 Op. cit.
3 ASANUMA, B. The Organization of Parts Purchases
in the Japanese Automotive Industry .Japanese Economic Studies, pp. 32-53.
1985.


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iii) Les systémiers ou intégrateurs de modules
Le ST de 1er niveau est un
systémier1 (Module System Maker ou Sub-system
integrator) qui réalise un module complet. Pour Sturgeon, il s'agit
bien de turn-key suppliers, dans le sens où ils offrent une
prestation globale de services relatifs aux produits2. Ces STs font
partie de ce qu'EADS Airbus consent d'appeler la sous- traitance
globale3. En fait, les moduliers4 prennent part
à la conception, la réalisation voire la commercialisation, du
sous-ensemble technique (ou module) dont ils ont la responsabilité. Ils
sont des groupes de rang mondial. Ils possèdent un savoir et un
savoir-faire spécifiques ne relevant pas de l'avionneur et/ou non
détenu par lui.
Par ailleurs, la tendance actuelle à la
modularité5 dans le secteur aéronautique pousse le
systémier à ne plus se confiner dans son rôle de ST de
1er niveau dans la CVG, mais à devenir à son tour un
DO majeur dans une chaîne de valeur dite Modulaire (CVM).
L'architecture-produit modulaire procure au modulier une certaine
indépendance de l'avionneur, surtout si cet intégrateur de module
a un accès direct au client6. Dans ce cas de figure, la CVM
constitue une ramification indépendante de la CVG. C'est Ainsi que de
nouveaux contours du secteur industriel se sont dessinés autour d'un
nombre réduit d'intégrateurs de systèmes : Les
systémiers se trouvent dans beaucoup de cas dans des situations
d'oligopoles bilatéraux avec les constructeurs (nacelles, moteurs,
systèmes embarqués... )7 . La Figure 9 illustre
l'imbrication de la chaîne hiérarchique globale de l'industrie
aéronautique civile et la CVM.
1 Qualifiés aussi de
concepteurs-assembleurs de systèmes complets ou équipementiers
multimétiers. TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001.
2 STURGEON, T. J. Modular production networks: A
new American model of industrial orgnization. Industrial and Corporate
Change, pp. 451-496, 2002.
3 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001.
4 Vocable utilisé par FRIGANT pour
désigner les acteurs de cette catégorie. Cahiers du GRES. Les
proximités dans la production modulaire : une analyse de
l'internationalisation des équipementiers automobiles. FRIGANT
Vincent. E3i, IFReDE-GRES. Cahier n° 2005 - 11, 2005.
5 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
6 L'aéronautique civile a connu une forte
modularisation au niveau de la motorisation. Les motoristes, tel que Rolls
Royce, General Electronics, et Pratt & Whitney, ont souvent un accès
direct aux clients. Les compagnies aériennes ont souvent la
possibilité de choisir les types de motorisation et avioniques qui
doivent équiper leurs appareils.
7 KECHIDI, Med. Dynamique des relations
verticales dans l'industrie aéronautique : Une analyse de la sous-
traitance d'Airbus. LEREPS-GRES. Cahier n° 2006 - 10, 2006.
Avion complet
Hiérarchisation des Fournisseurs dans la chaîne
de
valeur globale Chaîne de Valeur Modulaire
Chaîne de valeur

(Modularisation)
Sommet : Avionneur
Donneur d'ordres majeur
Moyen/Long courrier : Airbus et Boeing
Avion régional : Bombardier, Embraer
1er niveau : Les systémiers ou intégrateurs
de modules
Intégrateurs de modules
Sous-traitants
|
|
Sous-traitants
|
|
Motoristes: GE, Rolls-Royce, United Technologies,
Honeywell, etc.
Avioniques : Honeywell, Rockwell Collins, etc.
2ème niveau : Les équipementiers (Sub-system
Supplier)
Cockpit System: Smiths, Thales, etc.
Structures: JADC,Vought, Grumman, Airbus members.
Motoristes : JAEC, Fiat, MTU, etc.
3ème niveau : sous-traitant de pièces
élémentaire/de production
(Piece-Part Subcontractor)
Indraero, Matis Aerospace, Aéronautqiue Sefcam, CP Aero,
etc.
Source : Adapté de Seishi KIMURA
(2006)1
Figure 9. La Chaîne Hiérarchique Globale de
l'industrie aéronautique civile
2.1.2 Le Processus d'évolution graduelle : Un
processus insufflé par les avionneurs
Le processus d'évolution graduelle
(incrémentale) renvoie au processus selon lequel les STs
intègrent davantage de valeur ajoutée à leurs
activités ; ceci étant d'une manière progressive et
incrémentale2.
L'idée centrale qui sous-tend l'évolution d'un
ST dans la CVG est incontestablement l'apprentissage organisationnel. Ce
mécanisme permet à l'entreprise receveuse d'ordres d'une part (1)
d'acquérir et d'adapter pendant un certain temps, des ressources et
compétences afin d'incorporer plus de valeur ajoutée dans ses
1 KIMURA, Seishi. Learning for upgrading: The
Controlled Growth of the Japanese Aircraft Firms. Fukushima University.
Faculty of Economic and Business Administration, 2006.
2 «Les nations traditionnellement dominantes
dans le secteur de l'aérospatiale subissent donc des pressions
importantes provenant de pays qui acquièrent graduellement le
savoir-faire technologique. Bien que la capacité des nations à
assumer l'ensemble des activités de fabrication et d'intégration
soit encore limitée à quelques pays, l'évolution est
réelle et constitue un défi pour les entreprises
dominantes«. BOURGAULT, Mario. Analyse des rapports entre donneurs
d'ordres et sous-traitants de l'industrie aérospatiale
nord-américaine. Montréal. 1997. CIRANO. Série
Scientifique. N° 97s-27.
activités1, et d'autre part (2) de
s'inscrire dans un registre2 de relation DO/ST spécifique
à un chaque stade donné. Dans ce dessein, les STs doivent, au fur
et à mesure, élargir et enrichir la gamme de leurs
activités, exécuter des tâches de plus en plus complexes et
sophistiquées et renforcer les liens partenariaux qui les lient à
leurs DOs. C'est ainsi qu'une entreprise retardataire (des stades les
moins développés) peut incrémenter son statut de
fournisseur en empruntant la trajectoire3 de développement
industriel, comme illustré dans la Figure 10.
Se pose alors la question suivante, quels
sont les compétences technologiques et organisationnelles que
l'entreprise retardataire doit acquérir, et dans quel registre
de relation doit-elle s'inscrire, pour pouvoir progresser, de manière
incrémentale, dans la pyramide ?
Etats-Unis Russie

Conception et fabrication de
sous-systèmes
Production de sous-systèmes
Fabrication de composants
Production de pièces auxiliaires
Conception et fabrication de
systèmes
Coproduction de systèmes
Réparation et Révision
Source : Adapté Mario BOURGAULT
(1997)4
France Royaume-Uni Canada Allemagne
Italie Suède
Pays -bas
Espagne Brésil Israël Japon
Suisse
Chine Indonésie Indes Taiwan Corée du
sud
Singapour Belgique Danemark
Thaïlande Hong Kong
Figure 10. Trajectoire du développement
industriel pour la construction d'aéronefs
1 DO SI, G et al. The Nature and Dynamics of
Organizational Capabilities. Oxford, Oxford University Press, pp. 1-22,
2000.
2 Voir Partie. I, Chapitre. II, Section. 1.
3 KECHIDI, Med. Dynamique des relations
verticales dans l'industrie aéronautique : Une analyse de la sous-
traitance d'Airbus. LEREPS-GRES. Cahier n° 2006 - 10, 2006.
4 BOURGAULT, Mario. Analyse des rapports entre
donneurs d'ordres et sous-traitants de l'industrie aérospatiale
nord-américaine. Montréal. CIRANO, 1997. Série
Scientifique. N° 97s-27.
2.2. La chaîne de valeur globale du secteur
aéronautique : quelles sont les compétences à
acquérir ?

2.2.1 Les compétences à acquérir par
stade
Pour renforcer leur compétitivité dans une
industrie globale, les DOs majeurs doivent s'assurer que leurs
fournisseurs sont assez compétents pour satisfaire leur besoin de
manière efficace et efficiente. Le processus de sélection qu'ils
mettent en place trace implicitement les contours des ressources et
compétences requises au niveau de chaque statut de sous-traitant. Du
point de vue du ST, ces exigences au niveau de chaque stade constituent les
compétences à acquérir pour accéder au statut
supérieur de la CVG1. Par conséquent, les DOs majeurs
contrôlent le taux de progression et la trajectoire de
développement des entreprises retardataires en fixant les
dimensions d'apprentissage au niveau de chaque phase du processus
d'évolution progressif. Le tableau ci-dessous résume le processus
d'évolution incrémentale et les dimensions d'apprentissage
afférentes à chaque Statut. De même la Figure 11 illustre
l'évolution des compétences au sein de la pyramide de
sous-traitance.
Tableau 5. Processus d'Évolution
Incrémentale et Dimensions d'Apprentissage
Niveau visé de sous-traitance
|
Dimensions d'Apprentissage
|
Sous-traitant des pièces élémentaires.
|
CQD pour la production selon les Drawingsupplied
Ingénierie de la valeur / Analyse de la Valeur
|
Équipementier (Sub-system Supplier)
|
CQD pour la conception détaillée, production et
assemblage des sous-systèmes. Compétences
relationnelles-spécifiques avec les DOs majeurs.
|
Systémier (Intégrateur de module). Sub-system
integrator
|
Toutes les compétences relatives au produit au stade
modulaire.
Gestion du réseau de sous-traitance de la chaîne de
valeur modulaire.
|
|
Source : Adapté de Seishi Kimura
(2006)2.
i) Le premier Stade : producteur pièces
élémentaires
Au stade embryonnaire, les dimensions d'apprentissage pour
accéder au statut de sous-traitant de pièces
élémentaires concernent principalement, d'une part les
1 RADOSEVIC, S. International Technology Transfer
and Catch-up in Economic Development. Cheltenham, Edward Elgar, 1999.
2 KIMURA, Seishi. Learning for upgrading: The
Controlled Growth of the Japanese Aircraft Firms. Fukushima University.
Faculty of Economic and Business Administration, 2006.
compétences de base relatives au produit,
nécessaires à la production de ces pièces
élémentaires conformément aux plans fournis ; et d'autre
par le respect des niveaux de la trilogie
coût-qualité-délai (plus tard CQD) exigés par le
donneur d'ordres.
Les activités et les produits de ces acteurs de la
filière relèvent d'une sous-traitance de type classique,
conjoncturelle, concernant des activités banalisées1.
Ces entreprises liées (sous-traitants) fournissent des pièces de
production ou des services génériques largement
standardisés et relevant de marchés très concurrentiels,
surtout plus depuis la montée en puissance de l'utilisation dans le
secteur de pièces reproduites par copies (PMA pour Parts
manufacturer Approval) et approuvées par la FAA2. La
tendance est à l'émergence de fournisseurs de pièces,
non-constructeurs ou alternatifs issus de pays tiers, offrant des prix
réduits et bénéficiant de la certification des
autorités aériennes3. Cette compétition acerbe
invite les sous-traitants de pièces élémentaires à
actualiser leurs niveaux de compétences en introduisant de nouveaux
mécanismes liés à l'ingénierie de la valeur (IV) et
à l'analyse de la valeur4 (AV), afin de réduire les
coûts avant et pendant le processus de production de masse, en
améliorant les plans de composants5. Ainsi, moyennant la IV
et la AV, un producteur de pièces élémentaires peut
remporter la décision du DO, en lui montrant par exemple comment une
meilleure technique de production permet d'abaisser le prix de revient de son
composant6.
ii) Deuxième Stade : Equipementier
Concernant le deuxième niveau, les dimensions
d'apprentissage pour accéder au stade d'Équipementier incluent
des compétences techniques et organisationnelles assez
développées afin d'exécuter les plans
détaillés des composants et leur assemblage conformément
aux spécifications-produit élaborées par le DO majeur.
1 Activités banalisées au sens
où elle concerne la réalisation des pièces et
opérations élémentaires, maîtrisée par un
grand nombre d'entreprises.
2 KECHIDI, Med. Dynamique des relations
verticales dans l'industrie aéronautique : Une analyse de la sous-
traitance d'Airbus. LEREPS-GRES. Cahier n° 2006 - 10, 2006.
3 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF. DRIRE, 2005.
4 «L'analyse de la valeur est une technique
de réduction des coûts qui consiste à examiner en
détail tous les composants susceptibles d'être modifiés,
standardisés, ou fabriqués à moindres frais«. KOTLER,
Philip & DUBOIS, Bernard. Marketing Management. 1
1ème édition. France : Pearson Education, 2004.
5 ASANUMA, B. Manufacturer-Supplier Relationships
in Japan and the Concept of Relation-Specific Skill. The Japanese and
International Economies, pp. 1-30, 1989.
6 MAHIEUX, Francis. Analyse de la valeur et
marketing. Revue Française de Gestion, 1984, pp. 92-94.
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La réussite d'un Équipementier dépend au
moins de sa compétitivité aux niveaux CQD et flexibilité
de la production. En plus, il doit être en mesure d'appréhender
les besoins spécifiques du DO majeur et s'y adapter
efficacement1. Asanuma parle de compétences
relationnelles-spécifiques avec le DO majeur, qui permettent à un
ST de répondre de manière flexible aux besoins spécifiques
du DO majeur2. Ces compétences relationnelles se construisent
dans la durée, par le biais d'interactions itératives avec
l'avionneur au sein d'une relation client-fournisseur étroite et
collaborative3.
Sur un autre registre, ces compétences relationnelles
spécifiques pourraient constituer des barrières à
l'entrée difficilement franchissables par les STs retardataires
parce qu'il s'agit de compétences très coûteuses en termes
de temps et d'investissement. Les avionneurs doivent également subir les
coûts afférents au changement de fournisseurs ayant
déjà acquis les compétences relationnelles
spécifiques requises et qui permettent de répondre aux mieux
à leurs besoins4.
À terme, les Équipementiers interagiront
uniquement avec les moduliers ; ces derniers étant des DOs majeurs dans
une Chaîne de Valeur modulaire (CVM).
iii) Troisième stade : systémier
Finalement, les dimensions d'apprentissage inhérentes
au stade de systémier (ou modulier) consistent en des compétences
relatives au produit «product-related competences« au niveau
du module, tel que la conception de base et l'intégration du module, et
occasionnellement la participation à la conceptualisation du produit. Le
module est normalement interchangeable parce que son interface avec les autres
composants est largement standardisée5. Il en découle
que les intégrateurs de modules ne sont pas contraints d'acquérir
un haut niveau de compétences relationnelles-spécifiques
avec les avionneurs. Par contre, parallèlement aux compétences
précitées, les moduliers doivent acquérir des
compétences marketing, relatives à l'évaluation du risque
marché et au service après-vente ; Ceci est d'autant
1 KIMURA, Seishi. Learning for upgrading: The
Controlled Growth of the Japanese Aircraft Firms. Fukushima University.
Faculty of Economic and Business Administration, 2006.
2 ASANUMA, B. Manufacturer-Supplier Relationships
in Japan and the Concept of Relation-Specific Skill. The Japanese and
International Economies, pp. 1-30, 1989.
3 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
4 MONTEVERDE, K et TEECE, D. J. Appropriable Rents
and Quasi-Vertical Integration. Journal of Law and Economics, 1982.
5 Pour plus de détail voir la Partie. I,
Chapitre. I, Section. 1.
plus prégnant que les utilisateurs finaux (compagnies
aériennes, armées de l'air) ont à choisir parmi plusieurs
intégrateurs de modules1.
En somme, de nouveaux contours du secteur industriel se
dessinent autour d'un nombre réduit d'intégrateurs de
systèmes : Les systémiers se trouvent dans beaucoup de cas dans
des situations d'oligopoles bilatéraux avec les constructeurs (nacelles,
moteurs, systèmes embarqués... )2 . À cet
égard, ils sont appelés à jouer un rôle central dans
la chaîne de valeur modulaire.
2.2.2 Cadre d'évolution de la filière
aéronautique : Relations par types d'activité
L'analyse des relations inter-entreprises dans le secteur
aéronautique faite sous la direction de Joël Thomas
Ravix3, met en lumière un modèle de relation DO/ST par
type d'activité comme illustré dans le Tableau 6. De même
la Figure 12 nous renseigne sur le positionnement de ces modèles dans la
pyramide de sous-traitance. La modélisation des réseaux de
sous-traitance aéronautique renvoie au processus d'évolution
incrémentale de la gestion de la relation DO/ST décrit
précédemment. Autrement dit, en plus des compétences
précitées, le ST doit s'inscrire dans un registre de relation
spécifique à chaque stade de la CVG.
Tableau 6. Le Modèle «par type
d'activité« de la sous-traitance aéronautique
|
Modalités d'organisation de la production
|
Activités partagées
|
Activités
non maîtrisées
|
Activités confiées
|
Activités périphériques
|
|
Coproduction
|
Coopération
|
Sous-traitance de spécialité
|
Sous-traitance de capacité
|
|
partenaires impliqués
|
Grands constructeurs
|
Systémiers (ou Intégrateurs de modules)
et prestataires de Services
|
Équipementiers
|
Entreprises «frontières«
|
Source : Adapté de J.T RAVIX (2000)4.
Au sommet de la CVG de l'industrie aéronautique, les
activités partagées concernent les compétences
stratégiques qui relèvent de l'assemblage et
intégration
1 C'est notamment le cas des moteurs des avions
moyens et longs courriers. En guise d'exemple, les motoristes tels que Pratt
& Whitney et Rolls Royce prennent en charge une large gamme de services
relatifs au produit et disposent de compétences marketing pointues.
2 KECHIDI, Med. Dynamique des relations verticales
dans l'industrie aéronautique : Une analyse de la sous- traitance
d'Airbus. LEREPS-GRES. Cahier n° 2006 - 10, 2006.
3 RAVIX, J.T (dir). Les relations interentreprises
dans l'industrie aéronautique et spatiale. Les rapports de
l'observatoire économique de la Défense. La
Documentation française, 2000.
4 Ibid.
finale du produit. Elles sont réalisées en
coproduction entre les grands constructeurs qui sont les maîtres
d'oeuvre.
i) Les activités «non
maîtrisées«
Les activités non maîtrisées ou
déléguées recouvrent des compétences que le DO ne
possède pas en interne. Elles sont confiées aux
Systémiers, qui sont en mesure de partager le risque financier avec
l'avionneur en finançant la R&D et les coûts
d'industrialisation. Concrètement, ces acteurs sont soit un industriel
ou un prestataire de services. Dans le premier cas, les activités sont
entièrement externalisées et font l'objet de relations de
coopération stables dans le temps, les sous-ensembles concernés
étant indispensables à la cohérence du produit. La
relation avec le donneur d'ordres est une relation ancienne fondée sur
la coopération autour des précédents programmes. Dans le
deuxième cas, les relations avec les prestataires de services, souvent
des entreprises de petite taille positionnées sur un créneau
scientifique et technologique pointu non maîtrisé par le donneur
d'ordres, s'établissent plutôt dans les phases de conception et de
développement des produits (deux ans environ). Durant la phase de
conception et de définition des profils techniques, des équipes
d'ingénieurs et de techniciens sont déléguées
auprès de l'avionneur (travail sur plateau)1.
À ce stade de CVG, le systémier a besoin de
maîtriser au mieux son propre réseau de sous-traitance le long de
la CVM. En effet, la gestion du réseau2, qui lui a
été déléguée par le DO (et qui sous-tend un
plus grand transfert de risques et des charges), le pousse à
répercuter à son tour cette optique de partage de risques et de
charges sur ses propres STs. En contre partie sa relation avec le DO s'inscrit
dans la durée, ce qui lui permet d'amortir les investissements
consentis3.
ii) Les activités dites «confiées«
Les activités dites "confiées" correspondent
soient à des modules techniques "autonomes" ou des modules devant faire
partie d'un ensemble technique plus complexe. Le constructeur, maître
d'oeuvre, conserve jalousement la compétence relative à ces
activités. En plus, une partie de la production est toujours
localisée
1 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
2 Voir Partie. I, Chapitre. II, Section. 2.
3 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001.
chez l'avionneur pour permettre à la fois (1)
d'évaluer la démarche d'amélioration continue
déployée par le sous-traitant en matière de respect des
spécifications, de Total Quality Management, des délais
et des coûts de production, et (2) d'améliorer en interne la
permanence des éléments du produit considérés comme
stratégiques.
La réalisation de ces sous-ensembles se fait sur la
base d'un cahier des charges précis. Elle peut être
également étendue à l'étude et à la
conception dans le cadre d'une sous-traitance globale. Ces acteurs,
sous contrainte d'un cahier des charges défini par le contrat de
sous-traitance globale, prennent ensuite l'initiative des moyens
à mettre en oeuvre pour atteindre les objectifs fixés. Cette
forme de relation est fondée sur le partage des risques1
Sharing risks associés aux programmes
aéronautiques2. Les avionneurs recherchent des
fournisseurs/partenaires ayant une solidité financière et voulant
partager avec eux les mêmes risques, dans une activité où
le poids du développement est très important au regard des
activités récurrentes. À terme ces acteurs interagiront
uniquement avec les STs de 1er niveau3.
Dans cette typologie, ces trois catégories
d'activités/relations constituent le noyau dur du conglomérat
coopératif de l'industrie aéronautique.
iii) Les activités
«périphériques«
Reste une dernière catégorie constitutive du
conglomérat coopératif, les activités dites
périphériques. Elles concernent l'intervention d'un
ensemble d'entreprises dites "frontières" ne relevant pas exclusivement
du secteur aéronautique et opérant dans d'autres secteurs
industriels. Elles réalisent soit des pièces
élémentaires selon les plans fournis (DA) par le
client4, principalement en sous-traitance de capacité ou de
production, ou des services génériques largement
standardisés et relevant de marchés très concurrentiels.
Concernant la nature de ces activités
périphériques, il convient de souligner qu'elles sont
à moyenne valeur ajoutée et moyenne difficulté
technologique, et pour lesquelles le poids salarial par rapport au coût
de production reste assez important.
1 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
2 En Europe les aides pour financer le
développement sont limitées par les accords internationaux :
elles ne peuvent excéder le tiers des dépenses de R&D.
3 TALBOT, Damien. Mondialisation et dynamiques des
coordination inter-firmes : le cas dans la sous-traitance
aéronautique. Revue Sciences de la Société,
N°54, 2001.
4 KIMURA, Seishi. Learning for upgrading: The
Controlled Growth of the Japanese Aircraft Firms. Fukushima University.
Faculty of Economic and Business Administration, 2006. Voir également la
Partie I. Chapitre II. Section 2.
La nature de ses activités encourage les mouvements
d'externalisation vers des pays dits low-cost, à coûts de
production moins élevés (le coût du travail notamment).
2.3. Modélisation des réseaux de
sous-traitance
2.3.1 Les Modèles Racines et Rameaux des
réseaux de sous-traitance

Aujourd'hui, les sous-traitants de premier niveau, partenaires
majeurs, répercutent, à leur tour, le mode de relation qui les
lie aux avionneurs, sur leurs propres STs selon le principe du Flow
Down1. Plus particulièrement, les ST majeurs visent
à (1) stabiliser les relations interentreprises dans une organisation en
réseau, (2) transférer vers l'aval les exigences du principal DO
relatives à la rationalisation de la politique de sous-traitance et la
réduction du nombre des STs directs, (3) rechercher des STs ayant une
forte solidité financière en mesure de s'engager dans des
logiques de sha ring risks en contrepartie de contrat
durable2 et enfin (4) interconnecter l'ensemble du réseau via
des systèmes EDI.
Néanmoins, cette diffusion de la même logique
à l'ensemble des entreprises liées aboutit à des formes et
à des modalités organisationnelles différentes. Dauty et
Larré3 ont identifié deux modèles-types
d'organisation en réseau. Ces deux modèles sont
centralisés, au sens où les relations sont organisées
autour d'un ST de 1er niveau, dit entreprise pôle (ou
pivot) qui supporte et assure l'essentiel de la coordination
inter-entreprises.
1 KECHIDI, Med. Dynamique des relations verticales
dans l'industrie aéronautique : une analyse de la sous- traitance
d'airbus, cahier du GRES n°2006-10, 2006.
2 IGALENS, J et VICENS, C. Changes in the
aeronautics sector : the case of Airbus in the Midi
Pyrénées, LIRHE - UMR 5066 - Toulouse, 2006.
3 DAUTY, Françoise et LARRE, Françoise.
Proximité et coordination des réseaux de sous-traitance.
LIRHE, 2004.



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Ces deux "modèles" reposent sur
l'éclatement1 d'un modèle pyramidal en
réseau dont l'architecture s'organise autour du noyau avionneur. Nous
sommes davantage en présence de plusieurs noyaux autour des quels
gravitent des entreprises liées. Ceci constitue une réponse aux
différentes évolutions et mutations qui ont marqué le
secteur aéronautique ces deux dernières décennies
(prestations globales, réduction des coûts, mondialisation,
internationalisation etc. )2.
2.3.2 Le modèle «Racines«
Le pivot3 du réseau de type
Racines est un Systémier. De ce fait il est partenaire d'un ou
de plusieurs DOs principaux, dont il est géographiquement
éloigné.
La stratégie de l'entreprise pivot vise
à tisser dans un premier temps, puis à piloter dans un
deuxième temps, un véritable réseau de sous-traitance
à proximité, soit directement par essaimage soit plus
indirectement en irriguant le développement local. À cet effet,
le pivot, s'implique pleinement dans la construction du réseau
local. Ainsi, elle recourt à divers mécanismes d'accompagnement
et de conseil en proposant des moyens humains et industriels aux entreprises
partenaires. Une fois le réseau monté, l'entreprise
pôle en assure le pilotage et le suivi que ce soit dans un cadre
formel (associations professionnelles) ou informelle (parrainage des
entités essaimées). Ainsi, dans le modèle
Racines, la proximité géographique apparaît comme
un élément fondamental pour la structuration d'un réseau
autour d'une entreprise pivot. Le réseau ainsi construit, est
piloté et entretenu par le ST majeur dans le cadre de relations
pérennes et durables basées sur la confiance voire la
dépendance.
Si les entreprises pivots initient ce développement
local, il n'en reste pas moins que l'action des pouvoirs publics vient
généralement renforcer, voire relayer cette stratégie de
regroupement des entreprises sous-traitantes dans un espace géographique
restreint.
Les entreprises pivots représentatives du
modèle Racines entretiennent des relations denses et
étoffées avec l'ensemble des acteurs institutionnels publics pour
mener
1 DAUTY, Françoise et LARRE, Françoise.
Proximité et coordination des réseaux de sous-traitance.
LIRHE, 2004.
2 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
3 Nous empruntons le vocable pivot,
suggéré par Frigant pour désigner les entreprises
pôles représentatives des modèles Racines et Rameaux.
Les proximités dans la production modulaire : une analyse de
l'internationalisation des équipementiers automobiles. FRIGANT,
Vincent. Cahiers du GRES. E3i, IFReDEGRES. Cahier n° 2005 - 11, 2005.
conjointement des actions de mise à niveau, de
développement et de qualifications des ressources humaines1,
de mises en oeuvre de partenariats inter-firmes, et d'aides et/ou de
subventions au financement de la R&D en liaison avec les laboratoires et
centres de recherche. Apparaît alors, le rôle central que peut
jouer le partenariat public-privé dans ce secteur, en faveur du
développement du tissu local. Dans ce sens, il apparaît que la
performance industrielle de ce modèle renvoie au concept de
cluster2. L'entreprise pivot vise à bâtir un
Système Productif Local, dans une ou plusieurs branches
d'activités complémentaires, en mesure d'élaborer une
offre territoriale compétitive. Concrètement,
l'entreprise pivot type Racines, agit sur deux leviers
majeurs : élévation du niveau technologique et
développement de l'intelligence système du réseau de
sous-traitance. Ces outils technologiques et organisationnels vont permettre de
consolider les liens entre les entreprises et de rehausser le niveau de
compétences de l'ensemble du réseau.
Les facteurs clés de succès de ce cluster type
Racines résident dans (1) l'existence d'une main-d'oeuvre
locale qualifiée, (2) l'interdépendance forte entre les
entreprises, (3) le fort sentiment d'appartenance à une
communauté locale, (4) les coopérations et partenariats
étroits et enfin (5) la présence de schémas mentaux, des
modes de conduites (souvent tacites) et une culture
partagée3, permettant de gérer au mieux les relations
concurrence-collaboration. Cette politique de développement local est
souvent relayée par les institutions locales communautaires et publiques
engagées dans deux fronts : le développement du système,
la promotion de l'innovation, la recherche et la formation d'une part et
l'amélioration de l'attractivité4 d'autre part
(actions en faveur des nouvelles installations).
En réponse aux exigences drastiques de réduction
des coûts5 insufflées par les DOs et face à
une certaine saturation du tissu industriel et aux difficultés à
mobiliser les compétences nécessaires à
proximité, certaines entreprises pivots,
représentatives
1 Dauty et Larré soulignent que certaines
entreprises pôles représentatives du modèle Racines sont
impliquées directement dans l'offre de formation. Avec l'aide des
pouvoirs publics, elles sont à l'origine de la création de
filières de formation qui permettent de répondre au mieux
à leurs besoins en ressources humaines. Françoise Dauty et
Françoise Larré.2004. «Proximité et coordination
des réseaux de sous-traitance «.LIRHE.
2 Voir Partie. I, Chapitre. II, Section. 2.
3 Le réseau n'est pas uniquement un
système spatial, mais c'est aussi un système historique, social
et culturel. (Paniccia, 1998; Sforzi, 1989). Paniccia, I. (1998),
«One, a Hundred, Thousands of Industrial Districts. Organizational
Variety of Local Networks in Small and Medium-sized Enterprises ».
Organization Studies, 19 (4). Sforzi, F. (1989), «The Geography of
Industrial Districts in Italy». In Goodman, E. and Bamford, J. (eds.,
1989), Small Firms and Industrial Districts in Italy. Routledge,
London.
4 L'attractivité est en dehors de notre champ
d'étude.
5 Notamment Airbus, avec son programme CAP 2001 qui se
proposait de compresser de 25% les coûts puis le programme "Route
06" de réduction de 15% des coûts à l'horizon 2006 et
enfin le plan «Power 8«.
du modèle Racines ont étendu leur
politique de sous-traitance en direction de l'étranger. Cette extension
est souvent portée soit par une relation DO/ST de type partenarial avec
des acteurs locaux (notamment au Maroc, en Tunisie, en Pologne, en
Corée, en Turquie ou au Mexique), soit par une croissance externe
à travers l'essaimage. Dans un réseau ayant un fort ancrage
local, cette décision stratégique représente dans une
certaine mesure «une révolution culturelle«1. Par
ailleurs, cette tendance imprègne également les stratégies
des entreprises liées selon le principe du Flow Down2. Ainsi,
les sous-traitants des niveaux supérieurs (2,3), sous l'influence de
l'entreprise pôle, ne tardent pas à se lancer dans la croissance
externe pour être tout près des nouvelles installations
délocalisées de l'entreprise pivot.
Désormais, que ce soit en matière de recherche
et développement technologique ou en production, la proximité
géographique restreinte est un argument de localisation qui a
perdu du terrain. Elle ne constitue plus un facteur de performance comme
auparavant. Il semble qu'avec la montée de la mondialisation, seuls
comptent, la performance, l'apport technologique et innovateur des
équipes et des réseaux globaux. Et si, dans un premier temps, les
activités sous-traitées concernent un certain nombre de fonctions
qui ne sont pas «au coeur du métier», il n'en demeure pas que
dans un deuxième temps, d'autres activités à plus fortes
seront externalisées.
Il apparaît alors que la proximité
géographique restreinte n'est plus de mise comme auparavant du
moment qu'elle peut être recréée ailleurs dans des pays
émergents.
En somme, le premier modèle dit Racines, regroupe des
entreprises qui puisent une part importante de leurs performances dans le
développement et le (re)déploiement d'un pool de ressources et de
compétences locales partagées3. Ce modèle est
bâti autour d'une entreprise Pivot, qui cherche à tisser
un réseau de sous-traitance de proximité, à l'entretenir
et à le piloter. Une stratégie qui est accompagnée voire
relayée par les acteurs publics. L'objectif final étant
d'améliorer le profil (ressources et compétences) des entreprises
partenaires et in fine la compétitivité de tout le
1 DAUTY, Françoise et LARRE, Françoise.
Proximité et coordination des réseaux de sous-traitance.
LIRHE, 2004.
2 Voir Partie. II, Chapitre. I, Section. 1.
3 CAMISÒN, César. Shared,
competitive and comparative advantages: A competence based view of the
competitiveness of industrial districts. Modena, Italy, 2003.
réseau. Parallèlement, les acteurs du
cluster1 développent des relations pérennes et
durables basées sur la confiance, des compétences
partagées, un apprentissage collectif, et une optimisation des
ressources.
2.3.3 Le modèle «Rameaux«
Le second modèle se différencie par sa
proximité des grandes agglomérations urbaines. Les acteurs de ce
réseau bénéficient alors d'un large bassin d'emploi et de
formation, et de la présence d'un éventail d'activités
complémentaires.
La source de l'efficacité de ce modèle repose
sur un ensemble d'externalités ou d'économies
d'agglomération selon le vocable Marshallien2. Parmi les
externalités positives des clusters3, nous pouvons citer
l'abondance d'une main-d'oeuvre qualifiée et spécialisée,
la présence d'un tissu de sous-traitance dense et
spécialisé et d'entreprises de support compétitives,
combinés à une logistique performante et enfin une infrastructure
de formation et de R&D portée par les universités, les
centres et les laboratoires de recherche. Les services offerts par ces
institutions, en particulier la R&D, permet au cluster d'être
identifié comme un environnement munificent.
Les entreprises pivots représentatifs du
modèle "Rameaux " constituent les noyaux durs autour desquels
gravitent les entreprises liées. Cette densité industrielle dans
un espace restreint renforce la compétitivité de l'ensemble. Dans
cet environnement, la survie ou le développement des entreprises
liées n'est pas intimement lié à l'entreprise pôle,
et la disparition de l'une d'entre elles ne risque pas de compromettre la
performance globale du réseau.
En revanche, cette configuration permet à l'entreprise
pôle d'évaluer les efforts des entreprises liées en
matière de qualité, respect de délais, maîtrise des
coûts et flexibilité, et ce afin de les mettre en concurrence les
unes avec les autres d'une part, et de se prémunir contre le risque de
défaillance d'un ST isolé4 d'autre part.
1 Voir Partie. I, Chapitre. II, Section. 1.
2 Voir Partie. I, Chapitre. I, Section. 1.
3 DECAROLIS, D.M et DEEDS, D.L. The Impact of
Stocks and Flows of Organizational Knowledge on Firm Performance: An Empirical
Investigation of the Biotechnology Industry. Strategic Management Journal,
1999.
4 En cas de défaillance d'un sous-traitant
isolé, le donneur d'ordres trouvera difficilement une alternative.
Par ailleurs, en réponse aux exigences drastiques de
réduction des coûts1 insufflées par les donneurs
d'ordres, les entreprises pôles représentatives du modèle
Rameaux ont souvent recours à la filialisation (création
d'entreprises sous contrôle financier) pour étendre leur
activité dans le cadre d'une stratégie par croissance externe,
notamment dans des pays compétitifs sur les coûts de production
(Letov en République Tchèque pour Latécoère et au
Maroc ou au Mexique pour Labinal). L'enjeu que constituent la rationalisation
productive et la maîtrise des coûts l'emportent sur une
proximité géographique restreinte2. Ceci est
particulièrement vrai pour les activités banalisées qui
couvrent un large spectre de réalisation de pièces et/ou
opérations élémentaires, maîtrisées par un
grand nombre d'acteurs.
Le contrôle financier et l'investissement direct
à l'étranger, apparaissent alors comme des leviers
privilégiés pour maintenir la réactivité du
réseau3. C'est ainsi que ce modèle a été
baptisé Rameaux pour signifier une croissance externe à
travers la filialisation, sous forme de branches collatérales à
l'entreprise principale.
Ces filiales, souvent dépendantes de la
société-mère à des degrés divers, en termes
de production et de recherche et développement, permettent à
l'entreprise pôle de maîtriser à la fois les coûts et
les différents maillons de la chaîne de valeurs.
En revanche, pour les activités plus conceptuelles, la
proximité du DO est prise en considération dans le processus de
sélection des STs4, même si les TIC tendent à
réduire les distances et atténuer le rôle de la
proximité. Pour autant, la proximité géographique des
grands DOs ne garantit plus la pérennité des relations, une fois
achevée la phase de développement d'un avion (deux ans
environ)5.
Conjointement à leur stratégie de croissance
externe à travers la filialisation d'entreprises
étrangères, ces pivots ont mené une politique de
sous-traitance, à
1 Notamment Airbus, avec son programme CAP 2001 qui
se proposait de compresser de 25% les coûts puis le programme "Route
06" qui visait une réduction des coûts de 15% à
l'horizon 2006 (après un programme identique) et enfin le plan
«Power 8 «.
2 Cette configuration est baptisé restreinte
dans la mesure ou elle peut être crée ailleurs, dans des pays
émergents.
3 LARRE, F et DAUTY, F. De la
flexibilité de la sous-traitance à la réactivité
industrielle. LIRHE - UT1. Aux sources des transformations du travail.
Atelier 1 - Stratégies d'entreprises : flexibilité et
diversité des organisations productives. Colloque DARES 26 mars 2003 -
Paris. Ministère des affaires sociales, du travail et de la
solidarité.
4 Dans les phases de conception, les interactions
entre les différents acteurs sont multiples et variées et
nécessitent quelquefois un travail en plateau (pour plus de
détail voir l'ingénierie concourante). Lorsque les études
et la conception sont externalisées, la proximité offre une
meilleure coordination et facilite le pilotage du projet.
5 RAVIX, J.T et al. Les relations interentreprises
dans l'industrie aéronautique et spatiale. Les rapports de
l'observatoire économique de la Défense. La Documentation
française, 2000.
l'image de celle qui est impulsait par les avionneurs. Ces
rapports ne relèvent d'aucune logique de contrôle financier de la
part de sa maison mère. Dans ce cas, les activités
confiées en sous-traitance balayent un large spectre allant de la sous-
traitance de capacité à la sous-traitance d'ensembles
complets.
Il convient de souligner que même si la localisation
n'est pas exigée par l'entreprise pivot, les entreprises liées
s'implantent (au moins partiellement) à côté des DOs
majeurs ou de leurs filiales, pour bénéficier des avantages
qu'offre cette proximité (flux d'information, une meilleure
communication et identification des opportunités... etc.). Dans ce sens,
la proximité est davantage le fruit d'une stratégie des
sous-traitants qu'une exigence de l'entreprise pôle.
Toutefois, le critère de sélection des STs sur
la base de la proximité géographique restreinte
cède de plus en plus le terrain à des préoccupations
de maîtrise des coûts et de complémentarité des
processus entre des STs spécialisés. Ainsi, pour pouvoir
renforcer la coordination au sein du réseau, l'entreprise pivot du
modèle Rameaux recourt aux TIC, à la normalisation et
à la certification.
Il apparaît alors que, dans les pays émergents,
notamment le Maroc, cet effet d'entraînement constitue un levier
important pour la consolidation de leurs industries aéronautiques.
Autrement, une installation d'une entreprise pivot (ou filiale) pèse
lourdement sur l'avenir des industries de l'aéronautique dans ces
pays.
Conclusion
En réponse aux différentes mutations qui ont
marqué le secteur aéronautique ces deux dernières
décennies, les STs de premier niveau répercutent à leur
tour le mode de relation qui les lie aux avionneurs, sur leurs propres STs
selon le principe du Flow Down.
Dans ce sens, les ST majeurs visent à (1) stabiliser
les relations inter-entreprises, (2) à transférer vers l'aval les
exigences du principal DO et enfin (3) à rechercher des STs ayant une
forte solidité financière en mesure de s'engager dans des
logiques de sharing risks (Cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 2,
Paragraphe. 3). Néanmoins, cette diffusion d'une même logique
à l'ensemble des entreprises liées aboutit à des
modalités organisationnelles différentes. Deux modèles
(Cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 2, Paragraphe. 3), reposant sur
l'éclatement d'un modèle pyramidal autour du noyau
avionneur, régissent désormais cette sous-traitance.
Dans le premier modèle Racines, l'entreprise
pôle cherche à tisser un réseau de sous-traitance à
proximité, à l'entretenir et à le piloter. Ce
réseau regroupe des entreprises qui puisent une part importante de leurs
performances dans le développement d'un pool de ressources et de
compétences locales partagées.
Quant au second modèle dit Rameaux, il se
différencie par sa proximité des grandes agglomérations
urbaines. Les acteurs de ce réseau bénéficient alors d'un
large bassin d'emploi et de formation, et de la présence d'un
éventail d'activités complémentaires. Ces espaces
clustérisés, en tant que sources d'externalités positives
et vu les possibilités d'apprentissage organisationnel qu'ils offrent,
constituent un champ propice pour le développement du profil du ST (Cf.
Partie. I, Chapitre. II, Section. 1).
Du point de vue du ST, il apparaît alors que par le
biais de l'apprentissage inter et intra-organisationnel, ce dernier peut
améliorer son statut dans la hiérarchie de la sous-traitance et
passer par voie de conséquence à un stade supérieur dans
la CVG. A cet effet, le ST cherche à (1) acquérir et
développer des compétences et des ressources afin d'incorporer
plus de valeur ajoutée dans ses activités, et d'autre part (2)
à s'inscrire dans un registre de relation DO/ST spécifique
à un stade donné (Cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 2,
Paragraphe. 2).
Chapitre III. La sous-traitance
aéronautique : quelques expériences
étrangères
Introduction
Les développements théoriques
précédents ont souligné l'intérêt à
recourir à une stratégie cluster en tant que source
d'externalités positives, militant à la fois en faveur d'un
profil du sous-traitant aéronautique plus proactif et d'une meilleure
compétitivité de la filière aéronautique d'une
manière générale. Dans cette optique, le présent
chapitre tentera en deux temps d'élucider les rôles
assignés aux différents acteurs dans la construction puis
l'animation des clusters par une approche benchmarking.
Dans une première section, sera étudiée
l'expérience du cluster aéronautique de la Wallonie en Belgique.
L'accent sera mis principalement sur l'objectif poursuivi à travers ce
réseau, son esprit et enfin les liens de solidarité et de
collaboration professionnelle entre ses membres.
Dans une seconde section, seront examinées les
nouvelles politiques territoriales en France. Ceci permettra de mettre en
exergue la nécessité d'une politique concertée entre les
pouvoirs publics et les professionnels dans l'objectif d'améliorer la
compétitivité des firmes sous-traitantes appartenant à un
cluster ou un pôle de compétitivité. Enfin, les
études de cas des filières aéronautiques de la
région Midi- Pyrénées et de l'Ile-de-France, permettront
d'illustrer l'aspect pratique de ces nouvelles formes organisationnelles.
Section 1. Le Cluster aéronautique de la Wallonie
«EWA«
Le cluster aéronautique de la Wallonie baptisé
EWA (Entreprises Wallonnes de l'Aéronautique), considère le
clustering comme «un mode d'organisation du système productif qui
se caractérise par l'établissement, à l'initiative des
entreprises, avec la participation éventuelle d'institutions
universitaires ou de centres de la recherche, d'un cadre de coopération
portant sur des activités liées, et par le développement
volontaire entre entreprises de relations de complémentarité,
verticales ou horizontales, marchandes ou non marchandes, ainsi que par la
promotion d'une vision commune de développement«1.
En 2006, l'EWA regroupe 57 entreprises du secteur
aéronautique implantées en Wallonie. Celles-ci sont actives dans
la recherche, le développement et la production d'éléments
de fuselage, de moteurs, de systèmes électroniques et de
logiciels ainsi que dans la réparation, la maintenance et la
modernisation d'avions, d'hélicoptères et de moteurs. Il a pour
objet d'entretenir et de renforcer l'esprit et les liens de solidarité
et de collaboration professionnelle entre ses membres. Avec un taux de
représentation important, en 2006 l'EWA pèse quelque 5.000
emplois directs (7.000 si l'on compte l'emploi indirect) et près d'un
milliard d'euros de chiffre d'affaires cumulé, dont une part proche de
90% à l'exportation2.
Dans un premier temps nous évoquerons un aperçu
historique sur le cluster EWA et le rôle des politiques publiques en sa
faveur, nous appréhenderons dans un deuxième temps son mode de
fonctionnement, et finalement nous aborderons les progrès
enregistrés par ce cluster et les actions entreprises pour son essor.
1.1. Historique du
cluster «EWA« et rôle des PPC3
1.1.1 De l'association au cluster
A la fin des années 80, les principales entreprises
wallonnes actives dans le domaine de l'aéronautique ressentent le
besoin de se grouper pour exercer un lobby sur les pouvoirs publics.
L'objectif de cette première association, «le forum de
1 CLUSTERS DE LA WALLONIE. Mission du cluster
[en ligne],
http://clusters.wallonie.be/xml/index
fr.html (consulté le 03.09.2007).
2 CLUSTER AERONAUTIQUE DE LA WALLONIE. Qu'est ce
que l'EWA ? [en ligne], http://www.ewa.be/ (consulté le
09.09.2007).
3 Cette sous section s'inspire largement de
l'étude de cas de la grappe industrielle constituée par les
«Entreprises Wallonne Aéronautiques« [en ligne],
http://www.relier.org/fr/publications.php
(consulté le 03.09.2007).
l'aéronautique«, était essentiellement de
faire reconnaître l'importance du secteur dans l'économie wallonne
et d'en défendre les intérêts. Il s'agit donc d'une
démarche bottom-up, initiée par quelques
sociétés de taille moyenne (Sonaca, Sabca, Techspace Aero), vite
rejointes par leurs sous-traitants. Rapidement, cette association a
été amenée à élargir son objet et à
traiter des sujets plus spécifiques que la défense des
intérêts du secteur, notamment toutes les questions relatives
à la normalisation, la certification et l'assurance qualité.
Vers la fin des années 90, le forum de
l'aéronautique a reçu le soutien des fédérations
d'entreprises1, lors de la mise en place de la politique
industrielle de la Région Wallonne. Cette politique rejoint les
aspirations des entreprises et prévoit la constitution de clusters
(grappes industrielles), notamment dans le domaine de l'aéronautique. Le
forum, qui, à ce moment, comprenait 29 membres, a reçu le soutien
officiel et financier de la Région Wallonne (RW). Il a été
rebaptisé «EWA« pour Entreprises Wallonnes
Aéronautiques en 1993. Les entreprises du cluster sont toutes actives
dans le domaine de l'aéronautique : conception et construction de
composantes d'avions civils et militaires.
En somme, ce cluster est destiné à prolonger et
à amplifier les actions menées par l'EWA (Entreprises wallonnes
de l'Aéronautique), groupement créé en vue d'entretenir et
de consolider des liens de solidarité et de coopération
professionnelle entre les sociétés travaillant dans le domaine de
l'aéronautique2.

1.1.2 Les politiques publiques wallonnes en faveur des
clusters
Au niveau wallon, la structure du tissu productif (poids de
l'industrie traditionnelle, faible dynamisme entrepreneurial) n'a pas
favorisé l'éclosion naturelle de clusters ou de réseaux
d'entreprises.
En janvier 2000, le Gouvernement wallon a soutenu
l'émergence et le développement de clusters ou de
réseaux d'entreprises, action comptant parmi les
1 Agoria (fédération de l'industrie
technologique) et FEB (fédération des entreprises de
Belgique).
2 BOVEROUX, Philippe et GRAITSON, Dominique. Le
clustering, outil de politique régionale. Liège : CESRW,
2003. 52 p.
mesures prioritaires de son Contrat d'Avenir pour la Wallonie
dans un cadre plus global d'une politique publique en faveur des clusters
(PPC).
En parallèle, des actions de sensibilisation des
entreprises à la dynamique de réseau et de soutien au clustering
étaient reprises au sein des programmes 2000-2006, avec l'appui et
l'accompagnement de projets de clusters et un processus de révision
à mi-parcours de ces différents programmes.
En juillet 2000, l'université de Maastricht MERIT et le
cabinet Ernst & Young France ont déposé un rapport
commandité par le Ministre de l'Économie et la Division de la
Politique économique sur l'opportunité de la mise en place d'un
cluster dans la région Wallonne. Ce dernier a permis, à la fois
:
· de confirmer l'intérêt du concept cluster
auprès d'un large panel d'industriels wallons issus de différents
secteurs d'activité ;
· d'adapter le concept à la réalité
wallonne ;
· d'identifier comment la Région pouvait soutenir
les clusters : l'initiative privée doit constituer le principal moteur
de l'émergence et de développement de ces clusters, la
Région intervenant comme un catalyseur, soutenant les premières
étapes de mise en place et de consolidation.
Au sujet de l'intervention des pouvoirs publics, elle se
résume au financement par la Région de l'animation de ces
clusters par un expert chevronné issu du secteur concerné et
choisi par le cluster. Pour être soutenu, il est fondamental que le
projet soit porté par les entreprises elles-mêmes, avec dès
le départ des pistes précises et concrètes de
collaborations inter-firmes.
En droite ligne de ce rapport, quatre projets pilotes ont
été lancés entre juillet 2001 et mars 2002 dans les
secteurs de l'aéronautique, de l'automobile, du bois et des
biotechnologies dans l'agroalimentaire. Contrairement aux trois autres projets
pilotes, le cluster "Aéronautique" s'appuie sur une démarche
initiée par les entreprises ellesmêmes1.
1 BOVEROUX, Philippe et GRAITSON, Dominique. Le
clustering, outil de politique régionale. Liège : CESRW,
2003. 52 p.
Le 2 mai 2003, sur la base d'un premier bilan positif de
cette phase expérimentale, le gouvernement wallon a confirmé son
soutien aux quatre projets pilotes et décidait de soutenir trois
nouveaux clusters dans les domaines suivants : espace, recherche clinique et
céramiques.
Ainsi, une convention a été signée entre
la RW et l'EWA en 2002 et qui fixe les objectifs et définit un plan
d'action pour deux ans. Un animateur du cluster a été
engagé (ancien directeur d'une filiale belge de Thomson CSF), son
salaire est pris en charge par la RW. L'objectif à terme est que l'EWA
devienne autonome. Le cluster EWA qui regroupait 45 entreprises sur un
potentiel total de 60, s'est fixé comme objectif1 :
· d'augmenter la valeur ajoutée créée
en Wallonie grâce à un renforcement de la sous-traitance
auprès de PME wallonnes;
· de développer des projets innovants en
coopération.
Très rapidement, la notoriété du cluster
Aéronautique wallon a augmenté son effectif de 28 membres (juin
2001) à 47 membres en 2003.
1.2. Modes de
fonctionnement du cluster «EWA«2
1.2.1 Structure du cluster «EWA«
Le cluster était composé de PME dont la
majorité employait de 15 à 20 salariés. Les membres du
cluster se répartissent en 4 sous-groupes :
· le groupe des donneurs d'ordres au niveau belge,
eux-mêmes sous-traitants pour les maîtres d'oeuvre des programmes
aéronautiques européens (Airbus Industrie par exemple) ;
· le groupe des sous-traitants fournisseurs de services
(ingénierie, maintenance, formation, etc.) ;
· le groupe des sous-traitants fabricants de
«composants et sous-ensembles« (fonderies, pièces
métalliques, outillage, traitement de surface, etc.) ;
1 BOVEROUX, Philippe et GRAITSON, Dominique. Le
clustering, outil de politique régionale. Liège : CESRW,
2003. 52 p.
2 Cette sous section s'inspire largement de
l'étude de cas de la grappe industrielle constituée par les
«Entreprises Wallonnes Aéronautiques« [en ligne],
http://www.relier.org/fr/publications.php
(consulté le 03.09.2007).
· le groupe des sous-traitants fabricant des produits
finis spécifiques (morceau d'aile, de moteur, etc.).
Concernant, la structure du cluster (voir Figure 13), les points
suivants méritent d'être soulignés :
· le groupe le plus nombreux est celui des
sous-traitants «composants et sous- ensembles«. Ce groupe
connaît des évolutions importantes notamment en raison d'une
volonté des donneurs d'ordres d'obtenir de plus en plus de produits
spécifiques finis. Il y a donc un glissement progressif de ce groupe
vers celui des produits finis. Des partenariats entre PME sont
nécessaires, voire indispensables pour opérer ce glissement, une
PME ayant rarement -voire jamais- la capacité de répondre seule
à cette demande ;
· les membres de ce cluster sont également
membres d'autres grappes ou impliqués dans des relations de partenariat
dans d'autres secteurs d'activité. Cela permet d'éviter un trop
gros déséquilibre dans le rapport de force entre donneurs
d'ordres et sous-traitants, mais cela pose aussi des problèmes quand il
s'agit d'adapter une organisation interne aux exigences de plusieurs donneurs
d'ordres ou partenaires (notamment en termes de système d'information)
;
· les phénomènes d'interdépendance
sont de plus en plus présents dans ce type de cluster. Le modèle
classique où le DO tout puissant et du ST en état de
dépendance économique totale, s'effrite devant un nouveau
modèle où le DO devient de plus en plus dépendant des
compétences spécifiques, de la qualité et de la
maîtrise des process de son ST ;
· les relations dans le cluster sont verticales (DOs vers
STs) mais aussi horizontales (groupes de STs entre eux).


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1.2.2 Un marché aéronautique incertain pour
les entreprises wallonnes
Le marché de l'aéronautique s'appuie sur deux
piliers intimement liés : l'aviation civile et la défense. C'est
un marché globalement en difficulté. Même si ces
difficultés sont antérieures aux attentats du 11 septembre, elles
ont été amplifiées et révélées par
ces événements. Ces difficultés sont dues à
différents phénomènes.
Dans le secteur civil, la dérégulation du
transport aérien a modifié considérablement les
règles du jeu et entraîné une pression importante sur les
prix. Les compagnies aériennes font face à de nouveaux entrants
et à de nouvelles logiques de marché, elles prennent plus
difficilement le risque d'investir à long terme. Les tendances servant
de base pour la planification des investissements ne se sont pas
confirmées, la montée du nomadisme dans le travail ne se traduit
pas nécessairement par une augmentation des transports en avion et les
taux de croissance prévus ne se réalisent pas,
particulièrement aux USA. Le «mini boom« qu'a connu le secteur
à la fin des années 90 semble bel et bien être
terminé, et les événements du 11 septembre freinent la
reprise.
Dans le secteur de la défense, les années 90 ont
été marquées par des désinvestissements importants
et des baisses de budget de la plupart des pays développés. Dans
ce secteur, le 11 septembre aura plutôt un effet de reprise.
Dans ce contexte difficile, les entreprises sont soumises
à des pressions importantes et sont obligées de repenser leur
mode de fonctionnement pour rester à la pointe des avancées
technologiques et continuer à améliorer leur productivité.
A ces deux niveaux, l'industrie aéronautique européenne accuse un
retard par rapport à son principal concurrent américain. Le
rapport STAR 211 fait état d'un décalage de 10% dans
les résultats en termes de productivité et d'un décalage
plus important encore au niveau de l'innovation technologique.
1 C'est un rapport «STAR 21«
présenté par un groupe d'experts à la commission
européenne sur l'état et les perspectives du secteur
aéronautique européen.
1.2.3 La montée des Nouvelles Formes d'Organisation
dans le secteur
Afin de parer à la double contrainte d'augmentation de
la productivité et d'amélioration de la capacité
d'innovation, les grands avionneurs européens favorisent un mode de
conception et de production baptisé «avion
virtuel«1. Il s'agit d'associer, dès la phase de
R&D, les acteurs impliqués dans les principales phases de la
chaîne de valeur à savoir la conception, la production et la
distribution.
L'idée est de mettre fin à des processus
jusqu'ici séquentiels pour aller vers des processus
intégrés et donc de raccourcir les cycles de
conception-production, et ce en s'appuyant sur une gigantesque base de
données commune et d'une plate-forme de travail collaboratif. En
impliquant dès le début les principaux interlocuteurs (marketing,
production, ingénieurs, etc.), les allers-retours entre les
étapes du processus sont évités et les contraintes et
spécificités de chaque étape sont prises en compte
dès le démarrage du projet. Cette nouvelle façon de faire
va demander un changement profond dans l'organisation interne des entreprises
impliquées dans le cycle de conception-production, mais également
dans les rapports que ces entreprises entretiennent entre elles. Au niveau
technologique, une telle démarche appelle une grande
interopérabilité des systèmes d'information des
différentes entreprises concernées et une interdépendance
de plus en plus grande des systèmes productifs.
Il faut savoir que, ces dix dernières années, le
concept unificateur du secteur était principalement le respect des
normes de qualité par l'ensemble des intervenants. Il va progressivement
se déplacer vers l'aspect technologique, le recours à des outils
TIC puissants pour raccourcir et améliorer les cycles de
conception-production.
Par ailleurs, des mouvements de circulation du personnel
à l'intérieur de la filière aéronautique sont
constatés. Le DO peut être amené à
«détacher« du personnel qualifié (ingénieur
commercial, R&D, qualité, etc.) chez son ou ses sous-traitants pour
répondre à des besoins ponctuels de compétences. Le
mouvement inverse existe aussi : le sous-traitant détache du personnel
qui va travailler dans les installations du donneur d'ordres. Les
problèmes soulevés par cette mise à disposition semblent
se situer davantage dans le chef du personnel détaché. Ce
1 Également appelée Ingénierie
Concourante. Voir Partie. I, Chapitre. 1, Section. 1.
personnel, dont une des missions est le transfert de
compétences vers le personnel du sous-traitant ou du donneur d'ordres,
pourrait craindre à terme de perdre son métier, si le personnel
de l'entreprise hôte développe des compétences
spécifiques.
1.2.4 Partenariat et Coopération inter-entreprises
de l'«EWA« i) Les partenariats
Le secteur de l'aéronautique est marqué par de
nombreuses relations interentreprises. C'est un marché que les PME ne
peuvent aborder seules et dans lequel les partenariats sont nombreux.
Auparavant, ces partenariats se situaient surtout au niveau de la vente et de
la distribution des produits, ou du développement de nouveaux
marchés. Avec les évolutions en cours dans ce secteur, les
partenariats vont de plus en plus se déplacer vers l'amont de la
chaîne de valeur et concerner les étapes de conception et de
production.
Par ailleurs, les responsables RH des entreprises membres du
cluster se rencontrent régulièrement pour échanger sur
leurs pratiques et défis en matière de GRH. Une règle
explicite sous-tend ces échanges : l'engagement à ne pas
débaucher le personnel d'une entreprise de la grappe.
En Région Wallonne, en 2002 les partenariats prenaient
souvent la forme d'associations momentanées à des fins
commerciales. Deux partenariats ont été formalisés dans le
cluster EWA. Le premier regroupe quatre PME actives dans le secteur du
métalformage. Ces dernières se sont associées dans une
société momentanée pour offrir sur le marché, un
catalogue de produits qu'aucune ne peut offrir seule. Le second a pris la forme
d'un GIE dans lequel intervient l'EWA avec un rôle de coordonnateur de
partenariat.
Un des objectifs de l'EWA est de favoriser la création
de partenariats et de promouvoir ce type de collaboration. Dans ce sens, les
facteurs de succès suivants ont été identifiés par
l'animateur de la grappe :
· Une réelle complémentarité qui,
comprend une partie de superposition, une forme d'interface «intime«
entre les parties.
· Une importante dose de confiance, car la zone de
superposition implique une zone de concurrence et requiert beaucoup
d'honnêteté de la part des entreprises partenaires.
· Un objectif clair et concret mais non figé.
· Un moteur qui peut être :
o interne : un des partenaires s'impose comme leader naturel
car il a la capacité de le faire (notamment des compétences en
«pro gram management«)
o externe : il faut alors un coordonnateur
«désintéressé« qui va animer plutôt que
gérer le partenariat (ce type d'interlocuteur reste difficile à
trouver et les sociétés de conseil qui proposent ce service sont
regardées avec méfiance par les PME).
ii) Un exemple de partenariat : le détachement de
personnel
PROTO-Engineering est un bureau d'ingénierie
spécialisé dans la conception numérique de pièces
destinées à un usage industriel. Filiale d'un groupe
international, la société est présente en Belgique, en
France et en Allemagne. En Belgique, PROTO-Engineering emploie
approximativement 45 personnes.
Dans un premier temps, l'entreprise travaillait presque
essentiellement pour les grands donneurs d'ordres wallons de l'industrie
aéronautique.
Par la suite, l'entreprise approchait d'autres secteurs
d'activité, tels que l'industrie automobile. Son objectif est de
réduire sa dépendance d'un secteur dont l'activité est
cyclique.
PROTO-Engineering a développé avec l'entreprise
TECH-ENG I NES (motoriste aéronautique et spatial) une collaboration
approfondie et de longue durée. Au départ, celle-ci n'est pas due
à l'appartenance à une même grappe industrielle, mais bien
à la relation personnelle privilégiée unissant la
Direction de PROTO-Engineering à certains membres de l'encadrement de
TECH-ENGINES. Par la suite, l'intégration des deux entreprises au sein
de l'EWA a cimenté une collaboration déjà fructueuse.
Concrètement, cette collaboration se manifeste par la
participation commune des deux entreprises à des projets internationaux,
mais surtout par le «détachement« de personnels de
PROTO-Engineering chez le donneur d'ordres.
iii) Mode d'organisation du travail du personnel
détaché
PROTO-Engineering engage essentiellement des ingénieurs
et industriels qui se consacrent à un ou plusieurs projets
spécifiques. En ce qui concerne les ingénieurs
détachés chez TECH-ENGINES, ceux-ci s'investissent uniquement
dans le projet qui les concerne. Certains ont été engagés
spécialement par PROTO-Engineering pour mener à bien des projets
en collaboration avec TECH-ENGINES. Les ingénieurs PROTO-Engineering qui
travaillent sur des projets TECH-ENGINES ont pour lieu de travail l'entreprise
donneuse d'ordres.
La collaboration de PROTO-Engineering avec TECH-ENGINES n'a
pas pour objectif de transférer aux employés du donneur d'ordres
les compétences possédées par les ingénieurs sur
site. Toutefois, PROTO-Engineering reconnaît qu'un transfert implicite de
certaines compétences n'est pas exclu, ce qui ne semble pas poser de
problème. Les ingénieurs PROTO-Engineering participent à
l'ensemble du processus de conception de la pièce, du dessin jusqu'au
prototypage. PROTO-Engineering a elle- même des partenariats avec
d'autres entreprises pour la réalisation de certains travaux, tels que
les essais et mesures.
Sur site, la cohabitation entre les ingénieurs
«détachés« et le personnel de l'entreprise se
déroule harmonieusement. L'absence de concurrence est rendue possible
par une délimitation préalable des tâches de chacun, et
l'estime mutuelle est due à la durée de la collaboration qui
permet à tous les acteurs en présence de bien se
connaître.
Les ingénieurs PROTO-Engineering travaillant sur le
site de TECH-ENGINES ont leur bureau dans les locaux de cette dernière
et se conforment au règlement qui y est en vigueur. Ils sont peu
présents dans les locaux de leur employeur. Ils assistent cependant aux
réunions de suivi bimensuelles organisées par PROTO-Engineering.
Ces réunions sont toujours suivies d'une réception pour
l'ensemble du personnel afin de maintenir le contact entre les personnes
détachées et les sédentaires.
De plus, des journées d'activités sociales sont
régulièrement organisées et connaissent beaucoup de
succès, bien que la présence du personnel à ces
journées ne constitue pas une obligation. Aux dires de la responsable
administrative, en charge de la GRH, le «détachement sur site»
plaît beaucoup aux employés PROTOEngineering. Cela leur permet en
effet de nouer des contacts privilégiés avec l'entreprise
cliente, et de connaître des milieux de travail diversifiés.
Néanmoins, il semble que les ingénieurs
PROTO-Engineering sur site aient noués peu de liens avec le personnel de
l'entreprise donneuse d'ordre, et se sentent un peu isolés de leurs
collègues PROTO-Engineering. Cela explique sans doute le succès
rencontré par les activités sociales organisées par
l'employeur.
En matière de développement des
compétences, les ingénieurs engagés chez PROTO-Engineering
reçoivent tous une formation aux logiciels spécifiques
utilisés - voire conçus - par leur employeur. Actuellement, un
membre du personnel reçoit une formation à la gestion de projet,
qui lui sera utile dans la collaboration qui l'unit à l'un des clients
de PROTO-Engineering.
1.3.
Développement du cluster «EWA«1

1.3.1 Le cluster aéronautique développe le
business par la mise en réseau des entreprises
Peu connu en dehors de la Wallonie, le secteur
aéronautique occupe désormais une place fondamentale dans
l'économie de la région et constitue l'un des grands atouts pour
l'avenir. Le développement du secteur a pris appui sur l'existence d'une
industrie métallurgique, et en particulier d'un réseau de
sous-traitants spécialisés (mécanique de précision
ou armement par exemple). Située sur deux bassins (Charleroi et
Liège), l'aéronautique belge est aux deux tiers une industrie
située en Wallonie. Elle emploie directement 5.000 personnes (7.000 si
l'on compte l'emploi indirect).
Donneurs d'ordres, sous-traitants, constructeurs,
sociétés de maintenance, entreprises de services,
etc. au total, l'association Entreprises
wallonnes de
1 CLUSTER AERONAUTIQUE DE LA WALLONIE. Le cluster
aéronautique développe le business par la mise en réseau
des entreprises [en ligne], http://www.clusteraero.be/
(consulté le 03.09.2007).
l'aéronautique (EWA) couvre l'ensemble des
activités de ce secteur1 et comprend 52 entreprises avec un
chiffre d'affaires qui devrait friser le milliard d'euros en 2005. L'essentiel
du chiffre d'affaires (90%) est destiné à l'export (voir Figure
14 ).

Source : Publi-supplément (2005)2
Figure 14. Le schéma du cluster
«EWA«
De plus, pour maintenir et développer le savoir-faire
en Wallonie, les responsables des grandes entreprises wallonnes, en
collaboration avec les universités, ont développé Cenaero,
un centre de recherche basé à Gosselies. Un outil de formation a
également été mis en place : le WAN (Wallonie Aerotraining
Network), destiné à former aux différents métiers
de l'aéronautique.
Le secteur accumule de belles références. Pendant
les années '80, les entreprises belges ont décroché le
premier contrat de fabrication des avions F-16 sous licence de Lockheed
Martin (222 unités produites par Sonaca et SABCA et les moteurs F100
1 Moteurs; structures et systèmes;
équipements embarqués, y compris équipements de
défense.
2 CLUSTER AERONAUTIQUE DE LA WALLONIE.
Publi-supplément au MOCI n°1701-1702 [en ligne],
http://www.ewa.be/docs/shemacluster.pdf/
(consulté le 03.09.2007).
P&W par Techspace Aero). Tout récemment, plusieurs
entreprises wallonnes ont contribué à la fabrication du premier
Airbus 380 : bords d'attaque et volets des ailes (consortium Belairbus), partie
supérieure du nez de l'avion «nose upper shell«
(Sonaca), partie des planchers (SABCA), éléments de structure
semi-finis en matériaux composites «nid d'abeille« (Hexcel),
sous-ensembles basse pression du moteur GP7200 équipant l'A380
(Techspace Aero), etc.
L'association professionnelle, l'EWA (Entreprises wallonnes de
l'aéronautique), fondée en 1993, qui a migré vers le
concept de cluster en 2001. "Notre objectif principal est de contribuer de
façon active au développement économique du secteur en
générant notamment de nouveaux courants d'affaires par la mise en
réseau des entreprises membres du cluster, qui sont principalement des
sous-traitants d'avionneurs tels que Airbus ou Boeing"1, explique
Pierre-Manuel Jacob, responsable du Cluster Aéronautique Wallon.
Le cluster accumule les succès avec un chiffre d'affaires
en nette progression et de bonnes perspectives pour l'avenir (voir Figure
15).

Source : Wallon Aeronautic Cluster (2005)2
Figure 15. Evolution du Chiffre d'affaires du cluster
«EWA« en millions d'euros
1 JACOB, Pierre-Manuel. Walloon Aeronautical
Cluster. Entreprises Wallonnes de l'Aéronautique, 2005. p 16.
2 Op. cit.
Pour ce faire, l'EWA développe une série de
projets, avec en particulier le projet e- PME, qui vise à créer
une interface informatique permettant aux PME de s'insérer dans les
systèmes de gestions des donneurs d'ordres. "C'est demandé par
les donneurs d'ordres", précise Pierre-Manuel Jacob.
Le cluster favorise la participation de ses membres dans les
programmes de recherche européens, notamment au travers du projet ECARE
visant à intégrer les PME dans ces programmes
européens.
Dans ce cadre, l'EWA réalise la cartographie des
entreprises à potentiel R&D en aéronautique pour la Wallonie.
Des groupes de travail spécialisés ont été mis en
place (développement de la maintenance sur les aéroports,
qualité, etc.). Le cluster aide aussi à mettre en place des
partenariats :
· entre entreprises du cluster afin de répondre aux
besoins des donneurs d'ordres qui ont tendance à demander des
sous-ensembles plutôt que des pièces;
· avec l'université;
· entre clusters (avec le cluster Espace par exemple);
· avec des clusters d'autres pays (Québec ou
Région Rhônes-Alpes par exemple).

1.3.2 Le cluster aéronautique wallon en action
Cette organisation en cluster a permis de créer une
véritable dynamique industrielle au sein du secteur. La connaissance
mutuelle des acteurs a été le premier travail d'envergure
réalisé au sein du cluster.
Très rapidement, la notoriété du cluster
Aéronautique wallon a poussé son effectif de 28 membres (juin
2001) à 47 membres.
Depuis 2002 et jusqu'à 2007, l'action pour le
développement du cluster aéronautique s'articulait autour de neuf
(09) axes1 :
1. Se connaître : le premier travail du cluster
consiste à faire en sorte que chaque entreprise connaisse l'autre sur le
plan des services, des produits, des technologies et des hommes.
2. Connaître l'environnement du secteur en
répertoriant de manière précise et actualisée les
différents acteurs du secteur et des secteurs connexes et en
établissant une liste de leurs spécialités et
spécificités.
3. Accroître les retombées économiques en
faveur des entreprises wallonnes et plus particulièrement des PME
sous-traitantes.
4. Encourager et faciliter les partenariats et les synergies
entre les entreprises du secteur à travers des accords de
spécialisation, des projets communs de recherche, d'utilisation
partagée de personnel et d'investissements communs.
5. Organisation d'actions de benchmarking.
6. Amplifier et encourager le développement
technologique.
7. Développer une approche commerciale permanente.
8. Assurer la promotion du secteur grâce à des
programmes de foires et salons, des programmes internationaux et des actions
auprès des institutions régionales, fédérales et
européennes.
9. Favoriser la création et le développement
d'activités nouvelles ou de produits nouveaux dans des créneaux
où les entreprises sont peu ou pas présentes.
1 CLUSTERS DE LA WALLONIE. Le cluster
aéronautique en action ? [en ligne],
http://clusters.wallonie.be/aeronautique/fr/
(consulté le 03.09.2007).
Mais depuis, janvier 20071 les neuf orientations
suivies jusque-là par les clusters wallons sont simplifiées pour
ne concerner que 6 actions :
1. Actions destinées à se connaître entre
membres d'un réseau d'entreprises ou d'un cluster et à
connaître l'environnement du domaine d'activité
concerné.
2. Actions visant à renforcer les liens commerciaux
entre les membres du réseau d'entreprises ou du cluster et leur
permettant d'accéder à une capacité innovatrice et
à un seuil de compétitivité accru.
3. Actions de développement de partenariats impliquant
des membres du réseau d'entreprises ou du cluster dans les
domaines de la production de biens et de services, de la
recherche-développement ou de l'approche commerciale avec, le cas
échéant, la création d'activités nouvelles.
4. Actions de promotion locale et internationale du
réseau d'entreprises ou du cluster, en vue
éventuellement de renforcer l'attractivité de la Région
wallonne à l'égard des investisseurs étrangers et de
favoriser la participation de celui-ci à des salons
spécialisés.
5. Actions de partage de connaissances et d'échange de
bonnes pratiques entre réseaux d'entreprises ou clusters, y compris au
niveau international.
6. Actions visant à renforcer la synergie entre les
activités du réseau d'entreprises ou cluster et celles
d'autres formes d'organisation d'entreprises, notamment les pôles de
compétitivité.
Cette organisation en cluster a permis de créer une
véritable dynamique industrielle au sein du secteur. La connaissance
mutuelle des acteurs a été le premier travail d'envergure
réalisé au sein du cluster. A ce sujet, différentes
initiatives ont été développées2 :
1 CLUSTERS DE LA WALLONIE. Le cluster
aéronautique en action ? [en ligne],
http://clusters.wallonie.be/aeronautique/fr/
(consulté le 03.09.2007).
2 BOVEROUX, Philippe et GRAITSON, Dominique. Le
clustering, outil de politique régionale. Liège : CESRW,
2003. 52 p.
· représentation conceptuelle du cluster
aéronautique wallon (schéma de l'Atomium voir Figure 14) ;
· carte localisant l'implantation des entreprises
aéronautiques en région wallonne ;
· création d'une base de données
déclinant les spécialités de chaque entreprise (voir
Figure 16). Ce document s'est rapidement révélé être
un outil efficace d'évaluation et de prospection.

Source : Wallon Aeronautic Cluster (2005)1
Figure 16. Carte technologique du cluster
«EWA«
1 JACOB, Pierre-Manuel. Walloon Aeronautical
Cluster. Entreprises Wallonnes de l'Aéronautique.23rd of September
2005 - p. 16
Depuis sa création, toute une série d'actions et
de réalisations peuvent être citées dans les domaines
suivants1 :
· information générale : mise au point d'une
"petite gazette électronique" reprenant des annonces et autres
informations utiles aux membres2 ;
· promotion du secteur grâce à des
participations groupées et systématiques aux salons importants
(Farnborough, le Bourget,...);
· démarches volontaristes du cluster
auprès des donneurs d'ordres et/ou de partenaires étrangers
intéressés par des collaborations avec des entreprises
wallonnes;
· présence active du cluster dans les groupes de
discussion et de travail se mettant en place entre organisations
régionales au niveau européen.
· renforcement des partenariats au sein du cluster.
Il y a lieu de souligner l'importance des divers
projets3 qui sont réalisés ou en cours de
réalisation et sont susceptibles d'aboutir à la création
d'activités nouvelles et de valeur ajoutée4.
En définitive, dans un secteur industriel de pointe,
promis à de nouveaux développements très porteurs,
l'aéronautique est aujourd'hui l'un des axes de développement de
la Wallonie, de quelques-uns de ses plus grands acteurs et de tout un tissu de
PME technologiques, innovantes et proactives. «Pour ces PME,
aspirées dans la foulée des grands donneurs d'ordres, le ciel n'a
jamais été aussi accessible, même si les efforts pour y
parvenir se mesurent en investissements importants, en contacts incessants, en
formation permanente, entre autres«5.
1 BOVEROUX, Philippe et GRAITSON, Dominique. Le
clustering, outil de politique régionale. Liège : CESRW,
2003. 52 p.
2 La fonction de veille du coordinateur est
importante. Ce dernier participe systématiquement, éventuellement
accompagné d'une délégation du cluster, à des
symposiums ou colloques dans les domaines de l'aéronautique.
3 Un projet relatif à la maintenance
aéronautique au profit de tiers, le projet "Seating Safe" qui
intéressait AIRBUS Industrie, le projet FIRST "dirigeable grande
capacité" qui était porté par un grand groupe
français, avec la participation d'un membre du cluster.
4 BOVEROUX, Philippe et GRAITSON, Dominique. Le
clustering, outil de politique régionale. Liège : CESRW,
2003. 52 p.
5 CLUSTER AERONAUTIQUE DE LA WALLONIE. Bienvenue
sur le site de l'aéronautique Wallonne ! [en ligne],
http://www.ewa.be/ (consulté le 09.09.2007).
Aujourd'hui, l'EWA regroupe 57 entreprises wallonnes du
secteur aéronautique, actives dans la recherche, le développement
et la production d'éléments de fuselage, de moteurs, de
systèmes électroniques et de logiciels ainsi que dans la
réparation, la maintenance et la modernisation d'avions,
d'hélicoptères et de moteurs.
Depuis 2001, l'EWA joue également le rôle du
Cluster aéronautique de la Région wallonne et, depuis 2006,
gère, avec le cluster spatial, le pôle de
compétitivité SkyWin Wallonie.
Section 2. Nouvelles politiques territoriales en France :
cas des filières aéronautiques en Midi-Pyrénées et
en Ile-de-France
L'élargissement de l'Europe, l'internationalisation de
l'économie ainsi que la décentralisation ont conduit le
gouvernement français à repenser sa politique
d'aménagement du territoire. Les nouvelles orientations,
arrêtées lors du Ciadt (Comité interministériel
d'aménagement et de développement du territoire) du 13
décembre 2002, visent ainsi à favoriser l'attractivité de
la France et la compétitivité de ses territoires afin de
contribuer à la création de nouvelles richesses.
Bien que la France soit la cinquième puissance
industrielle mondiale, son potentiel est encore aujourd'hui concentré
sur un trop petit nombre de pôles de rayonnement international. La
politique d'aménagement du territoire doit y remédier en
impulsant et en accompagnant une stratégie territoriale qui favorise la
création et le renforcement de pôles de
compétitivité regroupant les entreprises, les réseaux
technologiques conjuguant la recherche publique et privée, ainsi que les
établissements d'enseignement et de recherche. Cette nouvelle politique
industrielle par les territoires sera traitée dans un premier
paragraphe.
Dans un second paragraphe, les politiques industrielles en
faveur des pôles, des vallées technologiques et des réseaux
d'entreprises en France seront illustrées à travers deux
expériences : la filière aéronautique en
Midi-Pyrénées à travers les plans ADER 1 &2 (Actions
pour le Développement des Entreprises Régionales) et celle en
Ile-de-France. Ces deux expériences, apportent un éclairage
particulier à la problématique de recherche, quant aux actions
à entreprendre par les entreprises et les politiques à mener par
les pouvoirs publics en faveur des clusters.
2.1. Des principes d'action visant à promouvoir une
politique des pôles de compétitivité en France1
Afin de promouvoir une politique des pôles de
compétitivité2, des vallées technologiques et
des réseaux d'entreprises, la DATAR (Délégation à
l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale) a
formulé huit principes d'action. Il convient de souligner que cette
stratégie renvoie à un débat impliquant plusieurs
intervenants à savoir les services ministériels concernés,
les élus, les entrepreneurs et les partenaires. Dans ce qui suit, sont
exprimés des huit principes d'action de cette politique :

2.1.1 Comment repérer et valoriser au mieux les
pôles de compétitivité ?
i) Repérer les pôles potentiels
Une part très significative de l'appareil industriel
français est déjà "agglomérée",
c'est-à-dire concentrée par spécialisation sur des
territoires. Les entreprises faisant partie de ces agglomérations,
pourraient être mises en réseaux et dégager entre elles des
synergies. Dès lors l'industrie française est amener à
«poursuivre vigoureusement l'effort engagé dans l'identification
des lieux où se concentrent activités et
compétences«, que ce soient celles tirées par la production
ou celles plus liées à la recherche. Pour mener à bien
le repérage des sites à forte spécialisation et
concentration d'activités et compétences, la DATAR recommande
alors de «conjuguer l'approche statistique et l'expertise des institutions
publiques ou parapubliques«.
ii) Des appels à projets : une voie pour favoriser
l'émergence et sélection de pôles compétitifs
Afin de favoriser l'émergence de pôles
compétitifs, il convient d'envisager des politiques volontaristes qui
concilient démarche initiée par les professionnels eux
1 Cette sous-section s'inspire largement d'une
étude prospective réalisée par la DATAR. DARMON, Daniel
(dir). La France, puissance industrielle, une nouvelle politique
industrielle par les territoires : Réseaux d'entreprises, Vallées
technologiques, Pôles de compétitivité. DATAR,
2004.
2 Un pôle de compétitivité
réunit, au sein d'un même territoire, entreprises, centres de
formation et unités de recherche, engagés dans des projets
communs au caractère innovant, et disposant de la taille
nécessaire à une visibilité internationale. Il peut
prendre plusieurs formes : des pôles à dominante technologique
où la R&D est prééminente, et des pôles à
dominante industrielle davantage structurés par la densité du
tissu productif et du réseau de commercialisation. MINISTERE DE
L'INDUSTRIE. Pôle de compétitivité [en ligne],
http://www.
Industrie.gouv.fr
(consulté le 09.09.2007).
même et impulsion de l'État. «Le lancement
d'appels à projets peut faciliter cette émergence et la
sélection des pôles de compétitivité«. Cette
concertation entre les acteurs de terrain et les pouvoirs publics a
donné ses fruits : inciter les acteurs majeurs des clusters (entreprises
leaders, interfaces industrie-recherche, institutions de formation et de
recherche, développeurs...) à réaliser un diagnostic et
à définir leur propre plan d'action sur la base d'objectifs
concertés. Parallèlement, l'intervention publique pourrait
participer au renforcement de la compétitivité en faisant
converger sur ces pôles des investissements productifs, des services, des
moyens financiers et des flux d'information.
iii) La labellisation ne peut-elle contribuer à la
visibilité des pôles de compétitivité ?
Les investisseurs comme les offreurs de marché sont
particulièrement captés par les externalités
positives qu'offrent les pôles de compétitivité. Ces
lieux présentent l'avantage de disposer de ressources humaines hautement
qualifiées, et d'une meilleure capacité de production et de
réactivité. Néanmoins cette attractivité ne peut
jouer pleinement que si les couples pôle de
compétitivité/savoir-faire technologique soient visibles.
La visibilité se conçoit à travers des
actions qui cherchent donc à «faire connaître aux donneurs
d'ordres et aux investisseurs où se trouvent localisées les
entreprises productrices et les compétences«. C'est aussi
extérioriser les règles et les codes formels et informels
régissant ces SPL, auxquels les DOs sont particulièrement
attentifs dans la mesure où ils espèrent trouver des
réponses plausibles à leurs exigences de qualité,
coûts, rapidité et flexibilité.
Dans cette perspective, le processus de labellisation des
pôles de compétitivité, se veut comme un moyen efficient
pour informer les partenaires potentiels et susciter leur adhésion. Ce
mécanisme, tout en tenant compte des objectifs poursuivis, repose sur
des critères comme le positionnement stratégique dans la
chaîne de valeur globale de l'industrie aéronautique, la
spécificité des collaborations en place (ou à mettre en
place), les relations avec le milieu local et le degré de
maturité et de professionnalisme de la structure d'animation.
Afin d'accompagner au mieux le processus de labellisation, la
nouvelle politique industrielle française recommande de
privilégier des outils tels que : (1) la définition d'un nom
de marque pour chaque pôle, (2) la réalisation d'une plate-forme
Internet
de communication et (3) l'organisation d'évènements
(convention d'affaires, colloque) de dimension internationale.

2.1.2 Favoriser les collaborations interentreprises et les
mutualisations de
ressources
i) Aménagement des politiques publiques de manière
à favoriser la mutualisation des ressources entre entreprises ?
L'efficacité d'une organisation en réseaux puise
son fondement de la qualité et l'intensité des
coopérations entre acteurs qui permettent d'optimiser les coûts de
production et de commercialisation. Les nouvelles politiques territoriales en
France visent alors à privilégier, moyennant des aides et des
subventions, les projets qui associeraient plusieurs entreprises et
s'intégreraient dans des projets stratégiques du pôle.
En réalisant des gains au niveau de la
productivité, la commercialisation et l'innovation, la
coopération interentreprises et la mutualisation des fonctions
contribuent indéniablement à l'amélioration de la
compétitivité du pôle.
Pour obtenir de tels effets plusieurs mécanismes
pourraient être déployés à savoir :
· Des groupements d'achats qui permettent de réduire
les prix des consommations intermédiaires jusqu'à 40 %.
· Des actions commerciales partagées, que ce soit
en matière de prospection des clients à l'international, de
participation à des salons professionnels et de promotion en
général.
· Des locaux communs à l'image des centres de
services dont sont dotés actuellement la majorité des districts
industriels. Ces derniers offrent aux entreprises la possibilité de
consulter des bases de données, de bénéficier des appuis
techniques et juridiques dans des délais très raisonnables.
· Des investissements productifs communs : laboratoires,
machines, plates- formes communes de contrôle, plates-formes communes de
montage...
ii) Des régimes d'exception en matière fiscale
et/ou sociale pour les pôles de compétitivité
labellisés
La prise en compte de la compétitivité de
l'organisation en réseaux et sa forte contribution aux exportations
et à l'émergence d'activités nouvelles et sa forte
résistance aux aléas conjoncturels et
différentes mutations du secteur... etc, sont autant de facteurs qui
invitent la puissance publique à adopter des régimes d'exception
et à accorder des avantages spécifiques en faveur du
développement des investissements sur ces plates-formes cognitives et
organisationnelles1. Néanmoins, des difficultés
pourraient surgir vu la délimitation stricte du périmètre
des territoires bénéficiaires. Un tel découpage rigide est
incompatible avec la nature même du pôle qui se veut dynamique et
évolutive.

2.1.3 Favoriser le développement des ressources
humaines et leurs qualifications de manière collective
i) Anticiper les besoins en ressources humaines
La croissance rapide d'une organisation en réseau,
engendre à terme un besoin accru en ressources humaines
qualifiées qui ne peut être satisfait par le marché local.
Par conséquent, la mobilisation de l'Education nationale est
impérative pour combler les besoins actuels et anticiper sur ceux
à venir. Et ce par la mise en place de formation ad hoc. Dans cette
perspective, la nouvelle politique industrielle par les territoires recommande
au Service public de l'Education nationale et au service public de l'emploi de
se fixer un rendez-vous, avec les animateurs du pôle et les
professionnels afin d'examiner ces éventuels déséquilibres
du marché de l'emploi et rechercher les solutions convenables.
ii) Formations collectives : de bonnes pratiques à
généraliser
Les efforts consentis par le ministère du travail
français pour encourager la mutualisation des formations au sein des
systèmes productifs locaux ont porté leurs fruits. Dès
lors, il convient de continuer à soutenir vigoureusement ces pratiques
et à les généraliser aux pôles qui vont
émerger, en coopération avec le Service public de l'emploi.
iii) Gérer les ressources humaines de manière
collective au sein du réseau Les organisations en réseaux
reposent sur la présentation de réponses communes à des
appels d'offres. Ceci sous-tend une recherche et une réalisation de
marchés de
1 AMESSE, Fernand et al. Ressources,
compétences et stratégie de la firme : Une discussion de
l'opposition entre la vision Porterienne et la vision fondée sur les
compétences. Strasbourg : BETA, 2006. 37p. Document de
travail n° 2006-05.
manière collective. Par conséquent, la mise en
place de mécanismes encourageant la mobilité des salariés
au sein des entreprises du réseau, est d'un grand apport. Toutefois, la
législation actuelle du travail freine ce genre d'initiative. Ce
thème devrait faire l'objet de discussions entre différents
partenaires sociaux afin d'aménager le cadre juridique actuel.
iv) Encourager les structures communes : Groupements
d'employeurs, groupements d'intérêt économique (GIE),
sociétés communes
D'autres types de réponses pourraient être
encouragés. Celles des groupements d'employeurs notamment dont il
conviendrait de systématiser une vocation formation et d'orienter vers
des recrutements de salariés en temps partagé, ayant, par
exemple, des compétences pointues en matière technologique ou
d'environnement, jugées trop coûteuses pour faire l'objet d'un
recrutement par une seule entreprise. Ces groupements seraient aidés
financièrement dans leurs premières années.
Les sociétés communes de production ou de
service, constituées par des apports en capital provenant de plusieurs
entreprises locales, sont une autre manière d'être réactif
face aux exigences du marché.
2.1.4 Renforcer les liens industrie/recherche/enseignement
et stimuler l'innovation
i) Encourager les coopérations interentreprises
L'effet de taille généré par les
coopérations interentreprises incite les acteurs à trouver des
solutions communes, à lancer des programmes de R&D et à
accélérer la diffusion de la connaissance et de l'innovation au
sein du réseau.
Dans cette perspective la nouvelle politique industrielle
française incite les pouvoirs publics à réexaminer tous
les dispositifs d'appui à l'innovation ou à l'investissement afin
de soutenir les coopérations interentreprises et la mutualisation des
fonctions.
ii) Renforcer les liens entre l'économie et les
systèmes de recherche et de formation
Il est primordial de faire converger recherche et industrie.
Ceci invite à une organisation nouvelle des universités ainsi que
de la recherche publique tout en associant la recherche privée et la
recherche publique. Dans ce sens , il convient de signaler que la force des
grands clusters scientifiques américains, anglais,
allemands..., réside dans la cohabitation, sur de
grands parcs scientifiques, d'entreprises, d'universités, de moyens de
recherche, de laboratoires d'expérimentation, de couveuses
d'entreprises, de fonds de capital-risque.

2.1.5 Encourager la création de nouvelles
entreprises en répondant à leurs besoins en capital
Les ressources en capital, grâce auxquelles les PME/PMI
vont pouvoir mener à bien leurs étapes de développement,
sont globalement jugées insuffisantes. Ainsi, en matière de
capital-création, capital-risque notamment, les réponses
demeurent insuffisantes dans les pôles de compétitivité
à dominante scientifique. Dès lors, les fonds d'amorçage,
les parcs scientifiques et les incubateurs, figurent parmi les mesures
d'accompagnement qu'il convient d'intensifier à proximité, pour
favoriser le démarrage d'entreprises innovantes (start-up).
Egalement, face à des besoins de plus en plus
grandissant en capital- développement il conviendrait de
développer la formule d'apports en quasi-fonds propres, sous forme
d'avances remboursables. Grâce à des décisions de
financement prises rapidement, conjuguées à des conseils
personnalisés, de nombreuses projets de création d'entreprise en
vu le jour. De même, il conviendrait de faciliter l'accès à
l'assurance des entreprises nouvellement créées.
2.1.6 Accompagner les pôles de
compétitivité pour qu'ils disposent d'infrastructures de
transport et d'infrastructures numériques adaptées
i) Liaisons ferroviaires (fret), liaisons aériennes,
liaisons routières : Répondre aux besoins toujours en
évolution
Le rôle de la politique des transports dans le
développement économique est sans cesse réaffirmé.
La puissance publique gagne à rester attentive aux évolutions de
la géographie de la production. Les besoins en infrastructure physique
des bassins d'emploi représentant de fortes concentrations
d'activités économiques évoluent au rythme de leur
attractivité. Par conséquent, il sera nécessaire de
répondre au mieux aux besoins en accessibilité routière,
ferroviaire, aérienne et de transport combiné.
En raison de dématérialisation
progressive de la valeur ajoutée des productions, les autres moyens de
communication, les liaisons aériennes notamment, prennent une importance
croissante.
ii) Des territoires prioritaires pour le déploiement
des réseaux de télécommunication
Les technologies de l'information et la communication (TIC)
ont favorisé l'avènement de l'entreprise
étendue1. Aussi les besoins des industriels en liaisons haut
débit (1Mb/s) et très haut débit (1Gb/s) ne cessent-ils de
croître. Les actions associant l'État et les collectivités
territoriales pour déployer le haut débit ont donné leurs
fruits, mais tout reste à faire sur le très haut débit qui
nécessite le raccordement des entreprises en fibres optiques. Il
conviendrait de donner la priorité pour l'accès au très
haut débit aux pôles de compétitivité. Les besoins
de leurs entreprises, qui ne se situent d'ailleurs pas seulement sur le
territoire national mais aussi sur le territoire européen voire sur ses
marges (Sud de la Méditerranée, Russie...), doivent faire l'objet
d'une attention particulière en vue d'encourager les investissements
à effets rapides. Il conviendrait de focaliser l'investissement public
sur les clusters producteurs de forte valeur ajoutée, en raison de leurs
effets d'entraînement sur l'ensemble de l'économie.

2.1.7 Promouvoir une politique de réseau au niveau
européen
i) Une politique régionale européenne de
l'industrie et des territoires
Dans cette perspective, la France et les partenaires ayant
montré leur intérêt pour ce projet pourraient être
moteurs dans la mise en place de coopérations entre réseaux de
compétence et d'innovation en Europe. Dans tous les clusters
scientifiques, ces rapprochements sont nécessaires. Une augmentation de
leur masse critique, qui fait la différence avec les grands pôles
nord-américains, peut être espérée en amenant
à de véritables partenariats industriels entre entreprises des
réseaux européens. L'Europe, à travers les fonds
structurels et les réflexions actuelles sur leur avenir après
2006, doit accompagner de façon prioritaire cette nouvelle
stratégie
1 Travail collaboratif sous toutes ses formes, prises
de commande en ligne, promotion des produits, réalisation sur plusieurs
sites de pièces ou ensembles industriels.
industrielle. L'appui de l'Union européenne à la
recherche et à l'innovation conforte la stratégie des pôles
de compétitivité.
ii) Stimuler les économies européennes à
travers de grands projets structurants
La coopération entre ces réseaux
européens pourrait être stimulée par quelques grands
projets industriels structurants, comme il y en a eu avec la fusée
Ariane. La coopération industrielle, source de
compétitivité et d'accélération des apprentissages
inter-firmes s'en verrait fortement encouragée, avec en perspective une
augmentation des commandes, de l'activité, des exportations pour les
tissus productifs européens.
iii) Veiller à ce que les aides européennes ne
soient pas antinomiques à la constitution des pôles de
compétitivité
L'Europe élargie ne peut s'édifier sur
l'idée que l'industrie de l'Europe de l'Est sera bâtie à
partir de délocalisations et transferts d'activités de l'Europe
de l'Ouest. L'industrialisation souhaitable et attendue, eu égard
à l'augmentation du pouvoir d'achat des populations des pays
nouvellement accédants, doit reposer sur de nouveaux investissements,
sur des partenariats qui permettront de conjuguer des compétences ou sur
des "joint-ventures" entre entreprises européennes. Les
délocalisations et transferts d'activité ne devraient être
encouragés par les aides publiques, notamment européennes.
2.1.8 Conduire le projet en partenariat étroit avec
les acteurs publics et privés
i) Une ambition collective associant les Régions
Probablement davantage recentrés sur les grands
objectifs d'aménagement du territoire, les contrats de plan
Etat-Région (CPER) de la prochaine génération ont vocation
à accueillir des politiques en faveur des partenariats
public-privé. Eu égard à une compétition de plus en
plus rude au niveau mondial dans ces domaines, il est impératif que le
partenariat régional n'engendre pas une dispersion des moyens
alloués à la recherche, comme c'est le cas en partie dans les
actuels CPER.
À l'inverse, la procédure de contractualisation
qui doit conduire à des choix stratégiques en termes de
positionnement de la France et de l'Europe, impose une
concentration très forte des moyens sur des projets
d'envergure nationale, voire européenne à l'instar du projet de
réacteur thermonucléaire ITER.
ii) Un management concerté
La réussite du développement des pôles de
compétitivité est tributaire principalement, d'une gestion
efficace des liens et interfaces entre les acteurs : interface entre la
recherche et les entreprises ; interface entre les entreprises elles-
mêmes ; interface avec les responsables des territoires
concernés.
Dans cette perspective il souhaitable d'organiser un pilotage
concerté, associant des personnalités représentatives des
industriels, des institutionnel,... dont le rôle de veille,
d'évaluation des pratiques en France et à ailleurs,
d'étude et de proposition serait de nature à accroître
l'efficacité du système de gouvernance des pôles de
compétitivité.
2.2. Les expériences des filières
aéronautiques des régions Midi-Pyrénées et
Ile-de-France

2.2.1 L'expérience de la filière
aéronautique de la région Midi-Pyrénées : Plans
ADER 1 & 2
i) Présentation de la filière
En 2005, la région Midi-Pyrénées est la
première région spécialisée dans
l'aéronautique civile en France, avec un réseau
étoffé de sous-traitants composé de plus de 500 PME/PMI et
employant directement 14000 salariés. Ces PME/PMI aéronautiques
opèrent dans les métiers de travail des métaux, traitement
de surface, plasturgie, électronique, réalisation
d'équipements et de pièces de série et aussi dans la
prestation de services. Plusieurs entreprises leaders notamment Airbus-AIC,
Airbus France, Airbus Germany, Airbus UK, EADS SOCATA, Latécoère
et Labinal, implantées dans la région, participent activement
à la structuration et à l'amélioration de la
compétitivité globale de la région.
La région concentre à elle seule, le quart du
potentiel de recherche aéronautique français. Plusieurs
centres de recherche publics de niveau international tels que l'ONERA, le
CNES, le CNRS... etc, ainsi que des laboratoires communs industries-
recherche comme le RIS (Réseau d'Ingénierie de
la Sûreté de fonctionnement) et le TéSA (laboratoire de
Télécommunications Spatiales et Aéronautique), sont
installés dans la région en complément de la recherche
industrielle.
En ce qui concerne la formation, la région
présente aussi de nombreux avantages avec la présence de trois
grandes écoles d'ingénieurs dédiées à
l'aéronautique à savoir Supaéro (Ecole Nationale
Supérieure de L'Aéronautique et de l'Espace) , ENSICA (Ecole
Nationale Supérieure d'Ingénieurs en Constructions
Aéronautiques), ENAC (Ecole Nationale de l'Aviation Civile). D'autres
écoles de formation initiale proposent des options ou des
spécialisations dans les différents métiers de
l'aéronautique. De surcroît, les constructeurs eux mêmes
s'engagent directement dans la qualification et le développement des
ressources humaines à travers leurs propres centres de formations ;
à titre d'illustration citons l'EACAT (European Consortium for Advanced
Training in Aerospace), le SEFA (Service d'Exploitation de la formation
Aéronautique) et enfin, l'AIR BUSINESS ACADEMY.
Dans la région Midi Pyrénées, l'Etat et
les partenaires régionaux (Conseil Régional) travaillent ensemble
pour définir une politique économique locale en faveur de
l'industrie aérospatiale. L'ensemble des acteurs et notamment la DRIRE,
service déconcentré de l'Etat et l'Agence de Développement
de la région Midi-Pyrénées collaborent à la mise en
oeuvre de nombreux dispositifs de soutien de la filière de
manière à intégrer les nouvelles mutations du secteur
aéronautique1. Cette politique régionale se manifeste
de façon privilégiée dans deux domaines2.
Le premier a trait à la définition d'une
politique de recherche et d'innovation technologique orientée vers le
secteur aérospatial et qui s'inscrit dans le cadre des contrats de plan
Etat-Région. Cette action se manifeste par des programmes de soutien aux
laboratoires de recherche et aux centres régionaux d'innovation et de
transfert de technologie afin d'encourager et favoriser le transfert des
technologies des laboratoires vers les entreprises et notamment les PME.
Quant au deuxième, il concerne la volonté de
remédier à la fragilité structurelle et conjoncturelle
des sous-traitants face aux mutations industrielles du secteur et au
1 Pour plus de détail concernant les mutations
du secteur aéronautique voir Partie. I, Chapitre. 1, Section. 1.
2 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF. DRIRE, 2005.
caractère cyclique de l'activité
aéronautique, qui aiguille l'action de la puissance publique depuis le
début des années 2000.
Ces objectifs ont notamment conduit à la mise en place
d'une démarche de collaboration voir de coopération dans la
région Midi Pyrénées qu'il est intéressant d'en
analyser à la fois les outils et les actions et d'évaluer dans la
mesure du possible les résultats en termes de structuration de la
filière.
ii) Des outils d'accompagnement de la filière
C'est ainsi que dès décembre 2000, les pouvoirs
publics ont définis un plan d'actions pour le développement des
entreprises régionales de sous-traitance baptisé plan «ADER
1«. Ce premier plan a été lancé sous l'impulsion de
la DRIRE et en concertation étroite avec les industriels et les
différents acteurs de développement de la région
Midi-Pyrénées. En complément, un second plan lui a
succédé en 2005 dénommé plan «ADER 2«
dans le cadre du pôle de compétitivité (ou cluster)
«Aéronautique, Espace et Systèmes Embarqués«
(AESE).
En sus de l'amélioration de la productivité et
de la compétitivité de la filière aéronautique,
l'objectif escompté par les plans ADER 1 & 2 étant plus
particulièrement de permettre aux industriels de prendre en
considération les nouvelles exigences de l'organisation en
entreprise étendue et d'appréhender le concept de
l'ingénierie concourante1.
Le plan ADER 1
Ce plan d'actions avait pour objectifs de renforcer le tissu
régional des PME sous- traitantes du secteur aéronautique et
d'accompagner les PME/PMI dans leur stratégie de mutation
industrielle2 et spécialement celui de l'entreprise
étendue. A ce titre, le plan ADER 1 est le fruit d'une
démarche plurielle qui a mobilisée l'ensemble des acteurs du
développement économique régional3.
1 Pour plus de détail concernant
l'ingénierie concourante voir Partie. I, Chapitre. 1, Section. 1,
Sous-section. 2.
2 Dans un contexte fin 2000 de nouveau cycle bas de
production, d'exigences renforcées de la part des donneurs d'ordres en
termes de qualité et de délai et de compétition accrue
entre tous les acteurs pour maintenir leurs parts de marché. Les
défis à relever par les entreprises sont d'autant plus importants
qu'elles tentent d'accéder à de nouveaux programmes et doivent se
tenir prêtes pour le redémarrage d'un nouveau cycle de
production.
3 Les services de l'Etat (DRIRE, DRTEFP, DDTEPF,
Rectorat, DRRT, DRCE, ...), du conseil régional, les chambres
régionale et départementales de Commerce et d'Industrie, les
agences de développement économique régionales et
départementales, les systèmes productifs locaux (Mécanic
Vallée, Métal Adour), ou encore les entreprises et les
organisations professionnelles (UIMM, ...).
Les axes d'actions et d'intervention du plan ADER 1
s'articulaient autour des priorités suivantes 1 :
· appropriation par les PMI/PME sous-traitantes des
outils d'ingénierie concourante, en particulier via l'adoption des
technologies de l'information et de la communication (TIC), afin
d'accélérer leur mutation industrielle ;
· facilitation et incitation à la mise en
réseaux des entreprises et à la coopération inter-firmes,
et ce en favorisant le regroupement des PME sous-traitantes afin qu'elles
proposent des offres de services et technologique élargies ainsi que des
capacités financières plus conséquentes ;
· amélioration de la compétitivité
des PME sous-traitantes en les incitant à investir dans l'outil de
production afin d'améliorer leur flexibilité et à recourir
au conseil externe ;
· facilitation de l'implantation d'entreprises nouvelles
pour élargir le potentiel industriel régional en matière
de compétences nouvelles tout en veillant au respect d'un
équilibre régional ;
· actions en faveur de la qualification et du
développement des ressources humaines et de l'aide au recrutement de
compétences nouvelles notamment par la formation et la mise en commun
des compétences en mobilisant et fédérant les
différents acteurs ;
· accompagnement des entreprises dans des démarches
d'ouverture sur l'international (recherche de nouveaux marchés à
l'export) ;
· promotion de la recherche et l'innovation.
Ce premier plan ADER a permis de financer plus de 1000
actions au profit de 429 entreprises du tissu régional des PME
sous-traitantes pour un montant de plus de 23M€ sur la période
2001-20042. Au terme de cette période, un premier bilan a
permis d'identifier les pistes d'actions à approfondir dans le cadre
d'un prolongement du programme d'accompagnement des entreprises.
1 - IGALENS, Jacques et VICENS, Christine. Les
mutations dans le secteur aéronautique Le cas d'Airbus en
Midi-Pyrénées. Toulouse : UET. LIRHE - UMR 5066, 2006.
22p.
- PETIT, Thierry (Coord.). La filière industrielle
aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et enjeux.
IAURIF. DRIRE, 2005.
2 IGALENS, Jacques et VICENS, Christine. Les
mutations dans le secteur aéronautique Le cas d'Airbus en
Midi-Pyrénées. Toulouse : UET. LIRHE - UMR 5066, 2006.
22p.
Le plan ADER 2 et le pôle compétitive
«Aéronautique, Espace et Systèmes
Embarquées«
Capitalisant sur les réalisations du premier plan, les
partenaires d'«ADER 1« ont poursuivi leur soutien sectoriel aux PME
avec le lancement en 2005 du plan ADER 2. Les contours de ce plan ont
été définis entre les différents acteurs
économiques (institutionnels, donneurs d'ordres et sous-traitants de la
filière aéronautique). Celui- ci s'insère dans le
pôle de compétitivité (ou cluster) "Aéronautique,
espace et systèmes embarqués". Un système de gouvernance
unique est instaurée avec la constitution de l'association Aerospace
Valley portée par l'ensemble des industriels (grands groupes et PMI) en
partenariat avec les laboratoires et organismes de recherche et les centres de
formation et soutenue par les pouvoirs publics et les partenaires
socioéconomiques.
Les orientations prioritaires retenues pour le plan ADER 2
s'articulent autour de nouveaux objectifs dont les axes retenus sont les
suivants1 :
· travailler sur l'accès à de nouveaux
marchés en accompagnant les entreprises sur les nouveaux programmes
internationaux ;
· faciliter et conforter l'émergence d'entreprises
intermédiaires de rang 1 en créant les conditions du renforcement
de leurs moyens financiers ;
· développer des réseaux de sous-traitance de
niveau 2 autour des entreprises de rang 1 ;
· disposer d'une cartographie dynamique du tissu
aéronautique et spatial ;
· valoriser les métiers de l'aéronautique
notamment auprès des jeunes et anticiper sur les besoins court et moyen
terme des entreprises en ressources humaines et compétences nouvelles,
en soutenant la mise en place d'une véritable GPEC (gestion
prévisionnelle des emplois et des compétences) ;
· travailler sur la formation et la recherche avec la
création d'un Groupe de Recherche et d'Enseignement Supérieur
(GRES), thématique fédérant les établissements de
l'enseignement supérieur et leur laboratoires en aéronautique,
espace et systèmes embarqués et la création d'une
école doctorale aéronautique astronautique.
1 - IGALENS, Jacques et VICENS, Christine. Les
mutations dans le secteur aéronautique Le cas d'Airbus en
Midi-Pyrénées. Toulouse : UET. LIRHE - UMR 5066, 2006.
22p.
- PETIT, Thierry (Coord.). La filière industrielle
aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et enjeux.
IAURIF. DRIRE, 2005.
A la fin de l'année 2005, première année
de mise en oeuvre du plan «ADER 2«, l'Etat et la Région
Midi-Pyrénées ont engagé 6 M€ répartis
à hauteur d'un tiers pour les actions collectives et de deux tiers pour
les aides individuelles.
iii) Evaluation des plans ADER : des actions structurantes pour
la filière1
Les plans ADER 1 & 2, engagés pour accompagner le
réseau des sous-traitants aéronautiques, se traduisent par des
actions qui devraient être structurantes pour la filière.
Des dispositifs innovants de soutien financier
Pour aider les entreprises régionales à
financer les coûts non récurrents qu'elles doivent supporter pour
le développement des nouveaux programmes
aéronautiques2, des dispositifs ont été mis en
place. Ces dispositifs sont des mécanismes de cofinancement et de
limitation du risque industriel et commercial supporté par les
entreprises régionales qui participent au co-développement dans
le cadre de contrats de partage du risque.
Des actions d'anticipation des besoins des entreprises en
ressources humaines et en compétences
Pour faire face aux nouveaux besoins des entreprises du
secteur dans la perspective d'un nouveau cycle de hausse de production à
partir 2004, diverses actions ont été mises en place :
· élaboration d'un guide «Formation /
Recrutement« au profit des TPE-PME du secteur aéronautique qui
répertorie les problèmes les plus couramment rencontrés
par les entreprises en termes de ressources humaines et propose des solutions
(à travers des sites Internet de partenaires) ;
1 Ce paragraphe s'inspire largement d'une
étude commanditée par le MIRE. IGALENS, Jacques et VICENS,
Christine. Les mutations dans le secteur aéronautique Le cas
d'Airbus en Midi-Pyrénées. Toulouse : UET. LIRHE - UMR 5066,
2006. 22p.
2 Ainsi, il est institué un programme
innovant d'avances remboursables destiné à couvrir 33% des
coûts non récurrents. Par ailleurs, un fonds de garantie
géré par la BDPME et abondé par des fonds européens
FEDER permet de porter à 70% la garantie des prêts bancaires
couverts par la BDPME pour le financement de 33% des coûts non
récurrents supportés par les PMI. Une action enfin est
engagée auprès des banques pour les inciter à couvrir le
dernier tiers de coûts non récurrents avec des garanties minimales
sollicitées compte tenu de l'effort des pouvoirs publics sur les deux
autres tiers de ces coûts.
· financement de formation de demandeurs d'emploi
aux métiers spécifiques de la métallurgie et de
l'aéronautique (125 stagiaires), développement des
compétences de salariés (161 dans 10 entreprises) ;
· Constitution d'un outil de GPEC en collaboration
avec l'UIMM pour aider les PME/PMI à anticiper leurs besoins en
compétences (74 entreprises impliquées).
Un outil de veille économique et technologique
sectorielle
Une plate-forme dénommée "AEROMIP" est
créée dans le dessein de fournir aux entreprises
aéronautiques locales des informations utiles à leur
réflexion stratégique et à la prise de décision, en
mettant à leur disposition une base de données et en leur
proposant des services de travail coopératif au sein du réseau
des sous- traitants. Mise en service en 2004, cette plate-forme recense fin
2005 plus de 120 utilisateurs industriels accrédités et
intéressants une centaine de PME régionales.
Un soutien à l'appropriation des technologies
clés du secteur aéronautique
Etant donné que les matériaux composites se
substituent aux alliages légers métalliques et entrent de plus en
plus dans la conception et la fabrication de pièces
aéronautiques, l'objectif est de favoriser l'intégration des
technologies composites auprès des entreprises sous-traitantes de Midi
Pyrénées. Ainsi, une action collective portée par l'UIMM
devait aider 30 PME à monter de tels programmes.
Des aides à l'amélioration des performances
industrielles et technologiques des sous- traitants
Pour accentuer l'appropriation par les PME sous-traitantes
des pratiques d'ingénierie concourante« et des exigences de
l'organisation en «entreprise étendue«, des actions sont
conduites à travers (1) l'élaboration d'un
référentiel ISEE aéronautique «Ingénierie
Simultanée Entreprise Etendue« (178 entreprises en
bénéficient), (2) un diagnostic individualisé pour aider
les PME à se positionner face à ces référentiels
(50 entreprises), enfin (3) une aide individuelle pour faciliter
l'intégration et le déploiement de cette technologie (10
bénéficiaires).
D'autres actions ciblant plus particulièrement
l'amélioration de la compétitivité
ont bénéficié, sous la forme d'une aide individuelle,
à 52 entreprises. Dans cet optique, un diagnostic permettant au
dirigeant d'analyser ses forces et faiblesses et d'en
déduire des axes d'orientation puis une aide à
la mise en oeuvre de plans de progrès, ont été
entrepris.
Enfin, des aides au regroupement d'entreprises sont en
marche. Et ce d'autant plus que l'émergence de ces regroupements offre
une opportunité pour les entreprises de proposer une offre de
prestations globales réduisant ainsi les risques mais assurant
également la pérennité du tissu régional de
sous-traitance. L'aide de la région repose sur une sensibilisation des
dirigeants (53 dirigeants) et un accompagnement à la création de
regroupements. Cinq groupements ont été finalisés. A ce
titre, le groupement "Eole 381", composé de 17 entreprises
tarnaises1 spécialisées dans l'outillage pour
l'aéronautique, a obtenu la référence de
«sous-traitant de premier rang« auprès d'Airbus.
Au total, quelques 400 entreprises ont
bénéficié des actions des plans ADER 1 et 2
évaluées à 30M€2. Même s'il est
difficile de déterminer leur efficacité, d'autant plus que
certaines sont très récentes, leur mise en oeuvre atteste de
l'enjeu majeur que constitue le développement du secteur
aéronautique dans la région Midi Pyrénées et de la
prise de conscience de la part des pouvoirs publics quant à la
nécessité d'accompagner les PME-PMI régionales
sous-traitantes. Ces plans viennent répondre à d'importantes
attentes visant à assurer la pérennité et le
développement du tissu local et à conforter la place de Midi
Pyrénées en tant que leader sur le secteur de
l'aéronautique civile en France.
2.2.2 Pistes de réflexions pour une action
concernant la filière industrielle aérospatiale en
Ile-de-France3
i) L'Ile-de-France : principal pôle aéronautique en
France
L'Ile-de-France est la première région
aéronautique et spatiale française au regard du nombre
d'établissements (26%), des effectifs salariés (34,5%), des
dépenses de R&D (42,9%) et du nombre de chercheurs (38,5%). Par
ailleurs, elle représente 10% des emplois aérospatiaux
européens et réalise près de 20% des dépenses de
recherche et développement privées du secteur en Europe.
1 Originaire d'une région française
dénommée la Tarn
2 IGALENS, Jacques et VICENS, Christine. Les
mutations dans le secteur aéronautique Le cas d'Airbus en
Midi-Pyrénées. Toulouse : UET. LIRHE - UMR 5066, 2006.
22p.
3 Ce paragraphe s'inspire largement d'une
étude commanditée par la DRIRE. PETIT, Thierry (Coord.). La
filière industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état
des lieux et enjeux. IAURIF, 2005.
Plusieurs entreprises leaders de la construction
aéronautique notamment Dassault, EADS, le brésilien Embraer et
Boeing disposent d'une représentation commerciale dans la région,
participent activement à la structuration et à
l'amélioration de la compétitivité globale de la
filière. Celle-ci s'appuie également sur une forte
présence d'équipementiers et de fournisseurs de services
notamment Thales, Safran, Alcatel, Schlumberger et Zodiac. Par ailleurs, la
région est connue par une forte activité de maintenance,
supportée par Air-France, Dassault Falcon Services, SNECMA Services,
Embraer...
Enfin, vu sa forte orientation technologique, la
filière aéronautique s'appuie sur un réseau dense de
bureaux d'études spécialisés dans un large spectre
d'activités (conception, modélisation, ingénierie, essai,
certification... etc.) comme Assystembrime, AAA, Teuchos du groupe SAFRAN,
Bertin technologies et Eurodoc spécialisé dans
l'ingénierie documentaire. Egalement, le réseau
étoffé des sociétés de réalisation de
logiciels et de conseil en systèmes informatiques, intervient fortement
dans la filière même s'il adresse en parallèle d'autres
secteurs.
Plus particulièrement, les PME/PMI franciliennes
opèrent sur une gamme très élargie d'activités qui
sont, soit orientées filière : travail des métaux,
réalisation de pièces de série, d'équipements
mécaniques, de la fabrication d'équipements d'aide à la
navigation électronique, de la plasturgie... etc, soit plus transverses
assimilées à l'étude, la conception, l'informatique...
etc.
Afin d'accompagner l'essor de la filière, une
étude a été commanditée par la DRIRE en
20051. Celle-ci préconise une politique en faveur de la
filière dont les maîtres mots sont coopération,
mutualisation et communication, déclinée en actions
générales, en actions concernant particulièrement le
domaine de la R&D et enfin celles relatives aux PME du secteur.
1 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
ii) Actions générales concernant l'ensemble de la
filière
· Il semble nécessaire que les
collectivités territoriales se dotent d'une politique volontariste et
visible en association avec les acteurs de la filière avec pour
éléments clefs :
o la spécialisation dans certaines activités ;
o la nécessité d'accentuer la visibilité de
la région par la communication ;
o la mise en place d'un plan d'action présageant une
évaluation des actions avec une mesure de leur efficacité
à travers des critères d'évaluation1. Un
état régulier de la filière pourrait être tenu et
par exemple présenté et débattu tous les deux ans au cours
d'assises régionales, avec une périodicité calée
sur celle du salon du Bourget ;
· Permettre l'émergence ou le renforcement d'un
pôle de formation-recherche animé par la région qui
mettrait notamment en avant la formation en alternance avec l'apprentissage par
la mutualisation de moyens existants.
· Les programmes de type e-PME à destination des
PMI de la filière et visant à accroître leur
compétitivité sont importants et doivent être poursuivis
car ils sont des outils nécessaires à la pérennisation des
PME régionales au sein de la filière.
· Promouvoir les rencontres et les échanges entre
les différents intervenant de la CVG (constructeurs,
équipementiers et sous-traitants). Ceci permettrait plus
particulièrement aux STs de s'engager dans des démarches de
certification des méthodes et des produits et d'améliorer la
performance globale.
iii) Actions concernant particulièrement le domaine de la
R&D
· Les acteurs régionaux pourraient
désigner ou mettre en place une structure chargée d'organiser la
R&D aéronautique au niveau régional et en lien avec une
vision nationale voire européenne. Ceci faciliterait la
visibilité de la R&D aérospatiale en Ile-de-France,
favoriserait encore plus la mise en place de partenariats, renforcerait les
synergies et permettrait de faciliter les liens avec le monde de l'enseignement
et des entreprises.
1 La rentabilité financière, la
valeur ajoutée, les dépenses en R&D, les coopérations,
l'implication dans des programmes internationaux, les rentrées fiscales,
la contribution au commerce extérieur, l'emploi, l'ouverture à
des catégories d'emploi, la formation continue.....
· Au niveau du financement de la recherche, il est
suggéré de recourir à un dispositif régional
complémentaire au CIR1, doté d'un financement par
projets permettant à la région de favoriser des
thématiques de recherche et certaines zones géographiques
à dynamiser en cohérence avec une vision d'ensemble. Ce
dispositif pourrait s'appuyer sur un fonds qui mêlerait financements
publics et privés, banques...
· Agir sur le potentiel humain en cherchant à
attirer ou maintenir les chercheurs de renom (nationaux et étrangers).
Pour cela, il faut des structures d'accueil adaptées, avec des
plates-formes pour favoriser leur venue et leur mobilité.
iv) Actions concernant les PME du secteur
· Aide à l'acquisition d'une meilleure
connaissance des attentes des donneurs d'ordres (pré requis en
matière de regroupement, meilleure visibilité des
marchés). L'association des donneurs d'ordres à cette
démarche est indispensable.
· Accompagnement dans des démarches de
réflexion stratégique.
· Travail sur la formation et les compétences avec
des réflexions autour des axes suivants :
o constitution de pool d'experts régionaux, dont les
compétences seraient utilisées ponctuellement par les PME
locales. Ce pool pourrait intégrer des universitaires qui consacreraient
une partie de leur temps à visiter les PME ;
o mise à disposition de cadre à temps
partagé sur des fonctions transverses ou commerciales. Des bureaux de
portages seraient chargés de gérer ce système au niveau
régional ;
o accompagner les entreprises dans la mise en oeuvre d'une
GPEC qui leur permettraient d'anticiper sur les besoins de formation et de
recrutement à moyen terme.
· Faciliter le financement des PME du secteur notamment
par le biais d'un fonds de garantie régional dédié et dont
les priorités pourraient être données au financement des
activités de R&D et innovation qu'à l'acquisition de
technologies de production performantes.
· Développement commercial :
1 Le Crédit d'Impôt Recherche est un
outil fiscal mis en place au niveau national qui semble bien adapté
à la cible des PME, mais il reste insuffisant.
o Aider les PME du secteur à gagner de nouveaux
marchés auprès des constructeurs étrangers, notamment
auprès des marchés émergents comme ceux des avions
régionaux en Chine et en Russie ;
o Les aider à diversifier leurs activités pour
investir d'autres d'industries faisant appel à des compétences
similaires (automobile, instrumentation médicale...) et ce, afin de
croiser les savoir-faire et les process.
v) Actions concernant la main d'oeuvre et la formation
· Les organismes de formation devraient travailler plus
étroitement avec les entreprises en bâtissant des partenariats qui
vont permettre aux jeunes d'effectuer des stages diversifiées tout au
long de leur cursus de formation et d'apprentissage. Les entreprises devraient
se rapprocher davantage des universités pour faire connaître leurs
besoins. Ce travail pourrait se faire en partenariat avec les futurs
observatoires de l'emploi qui devront être mis en place dans chaque
branche professionnelle.
· Favoriser les coopérations entre les
écoles d'ingénieurs, universités et pôles de
recherche pour mutualiser leurs moyens, créer de grands laboratoires
communs qui travailleront avec les industriels et seront visibles de
l'étranger. Les universités devraient aussi développer
leur offre de formation continue en concertation avec les industriels, ce qui
leur permettrait de dégager des moyens financiers
supplémentaires.
· La mutualisation de la formation entre entreprises est
une piste à étudier. Ainsi des équipements lourds seraient
amortis plus aisément.
· Il faut aussi attirer les jeunes vers ces métiers
et donc communiquer davantage (les constructeurs et associations
professionnelles).
· Organiser la charge de travail entre les entreprises
d'un même bassin pour lisser l'activité et éviter les
sureffectifs en cas de creux d'activité et les sous-effectifs en cas de
forte reprise.
· Enfin, l'apprentissage de l'anglais devient
nécessaire, même pour des métiers opérationnels, en
particulier dans le domaine de la maintenance (les documents techniques sont en
anglais). Il est donc important de l'inclure dans les cursus de formation
initiale et continue.
Conclusion
L'insertion dans un espace clustérisé, eu
égard aux externalités positives qu'il offre, est susceptible
d'enrichir le profil du sous-traitant aéronautique et de procurer
à la filière une meilleure compétitivité. Le
concept du cluster, de plus en plus en vogue, nécessite un
accompagnement spécifique de la part des pouvoirs publics et une
implication particulière de la part des professionnels (Cf. Partie. I,
Chapitre. II, Section. 1, Paragraphe. 2).
Le cluster de la Wallonie en Belgique illustre parfaitement
cette articulation public- privé. Une fois initié par les
entreprises selon une logique de Bottom-up, l'EWA a reçu
soutien et accompagnement des pouvoirs publics. En 2006, ce cluster compte
quelques 57 entreprises qui opèrent toutes dans l'industrie
aéronautique et sont actives dans la recherche, le développement
et la production d'éléments de fuselage, de moteurs, de
systèmes électroniques et de logiciels ainsi que dans la
réparation, la maintenance et la modernisation d'avions,
d'hélicoptères et de moteurs (Cf. Partie. I, Chapitre. III,
Section. 1).
Conscient également de ces enjeux, le gouvernement
français a institué une nouvelle politique industrielle par les
territoires à travers les réseaux d'entreprises et les
pôles de compétitivité. Dans ce cadre, l'action publique
vise essentiellement à promouvoir les pôles de
compétitivité. Concrètement, tant à travers
l'expérience de la filière aéronautique de la
région du Midi-Pyrénées ou celle de la sous-traitance
aéronautique Francilienne, il ressort que (1) l'appropriation des TIC
par les STs, (2) la formation et le développement des compétences
des ressources humaines, (3) la mutualisation des efforts et coopération
inter-firmes et (4) enfin la promotion de la R&D, sont les maîtres
mots de cette nouvelle politique industrielle (Cf. Partie. I, Chapitre. III,
Section. 2).
Ces constats réconfortent la pertinence du cadre
conceptuel retenu (Cf. Partie. I, Chapitre. II).
Conclusion première partie
L'industrie aéronautique est constituée de
quelques avionneurs mondiaux (duopole Boeing et EADS), d'un nombre relativement
limité de systémiers, motoristes et équipementiers majeurs
; et de nombreux fournisseurs de composants et sous- équipements. Elle
se distingue par un caractère hautement stratégique et un
marché en pleine expansion (Cf. Partie. I, Chapitre. I, Section. 1,
Paragraphe. 1). Néanmoins, le caractère cyclique de
l'activité dans un environnement concurrentiel ouvert, ainsi que les
contraintes liées à l'organisation productive ont introduit un
certain nombre de tendances, à savoir le désengagement progressif
des Etats, la concentration et l'internationalisation des acteurs industriels,
ainsi que de profondes mutations dans les stratégies des compagnies
aériennes. Ces tendances ont naturellement orienté les
stratégies des grands donneurs d'ordres mondiaux dans le sens d'une
hiérarchisation et une réduction drastique du nombre de
fournisseurs directs, et une externalisation accrue notamment vers des pays
émergents (Cf. Partie. I, Chapitre. I, Section. 1, Paragraphes. 2 et
3).
Dans cette optique, le Maroc, de par ses nombreux atouts, a
drainé des investisseurs internationaux. Conscient de ces nouveaux
enjeux, le Maroc a érigé ce secteur en un des moteurs de
croissance et de développement dans le cadre des nouvelles orientations
du programme «Emergence« (Cf. Partie. I, Chapitre. I, Section. 2).
Par ailleurs, le secteur de l'aéronautique se
caractérise par une CVG structurée d'une manière
pyramidale, avec différents niveaux de sous-traitance (Cf. Partie. I,
Chapitre. II, Section. 2, Paragraphe. 1). Chaque niveau renvoie à un
profil et un registre de relation partenariale, dont le passage d'un stade
à un autre se fait selon un processus d'évolution graduelle,
nécessitant des compétences d'apprentissage organisationnel
spécifiques (Cf. Partie. I, Chapitre. II, Section. 2, Paragraphe. 2).
Enfin, cette partie est conclue par une approche de
benchmarking, à travers l'expérience belge de l'EWA et la
nouvelle politique industrielle par les territoires en France. Ces deux
expériences soulignent l'intérêt de mettre en place un
cadre de partenariat pubilc-privé à même de promouvoir les
clusters aéronautiques (Cf. Partie. I, Chapitre. III).
Partie II. La sous-traitance aéronautique
au Maroc : une stratégie cluster au
service de la compétitivité
Introduction deuxième partie
Dans la deuxième partie, il sera question d'effectuer
une analyse des résultats de la recherche sur la base d'une
enquête sur le terrain touchant aussi bien les entreprises
sous-traitantes marocaines que les différents acteurs intervenants dans
le secteur de l'aéronautique. Afin d'identifier plus tard, dans le cadre
d'un diagnostic, les forces et les faiblesses inhérentes aux entreprises
ainsi que les menaces et les opportunités sous-tendant le secteur.
Ensuite, il sera question de proposer un certain nombre de recommandations
destinées aux différents intervenants susceptibles de garantir au
secteur l'essor qu'il mérite.
La méthodologie adoptée se base sur deux
instruments majeurs : le questionnaire et le guide d'entretien. Ces outils
permettront de recueillir les données primaires dont le traitement
aboutira à des résultats quantitatifs et qualitatifs.
Quant au développement stratégique, il sera
réalisé par le biais d'un outil adapté (voir Figure 6)
dans la lignée des prescriptions de la Competence-Based View,
de manière à revisiter l'environnement externe à la
lumière des compétences détenues par la filière
aéronautique en interne. En effet, l'analyse interne exploitera les
résultats quantitatifs de l'investigation empirique, alors que l'analyse
externe à travers la «PESTEL« sera accomplie en puisant tant
dans la recherche documentaire que dans les résultats qualitatifs de
l'investigation terrain. Ce diagnostic stratégique,
synthétisé dans une matrice SWOT, permettra de dégager
à la fois des recommandations et des plans d'action, segmentés en
fonction de la nature des acteurs.
Ainsi, le premier chapitre sera consacré à
l'investigation terrain en termes de développement et de
déploiement de la démarche. Quant au second chapitre, il sera
dédié à la discussion des résultats quantitatifs et
qualitatifs. Enfin, dans un dernier chapitre, le déploiement de l'outil
de développement stratégique débouchera sur des
recommandations et des plans d'action (Figure 6).
Chapitre I. Investigation terrain de la sous-
traitance aéronautique marocaine
Introduction
Pour mener cette recherche, l'équipe s'est
appuyée sur la confrontation d'une revue de littérature (Cf.
Partie. I, Chapitre. II) avec une phase exploratoire préliminaire, dans
la perspective de construire le modèle conceptuel de la recherche. Le
dessein étant d'arrimer, autant que faire se peut, la présente
recherche à la réalité du terrain.
Lors de cette phase exploratoire, la pertinence du cadre
théorique envisagé a été testée en menant
des entretiens ouverts auprès de certains acteurs publics et
privés du secteur aéronautique. En effet, dés le SISTEP
20061, l'équipe de recherche a eu l'opportunité de
prendre conscience de l'importance des politiques des clusters. Les
conférences-débats organisées dans le cadre de ce salon,
ont mis en exergue le rôle décisif des stratégies clusters
dans l'amélioration de la compétitivité des entreprises.
Par ailleurs, le 22 mai 2007 l'équipe a assisté à un
séminaire2 portant sur le secteur aéronautique
marocain, organisé par la CFCIM au profit des chefs d'entreprises de la
Région Aquitaine. Les débats et les échanges avec les
opérateurs marocains et français ont permis de confronter le
cadre théorique initial à la réalité du terrain.
Ainsi, cette phase exploratoire nous a invité à
intégrer deux aspects importants :
· La nécessité de mettre l'accent sur les
compétences détenues par les sous- traitants, et voir dans quelle
mesure elles permettent de saisir les opportunités offertes par les
récentes mutations du secteur et plus précisément la
tendance à l'externalisation et l'internationalisation des politiques
d'Achats.
· Le rôle des politiques des clusters dans
l'acquisition des compétences par les sous-traitants, et son impact sur
la performance globale.
Cette confrontation a conduit à suggérer une
nouvelle modélisation des réseaux de sous-traitance dans les
pays émergents, qui a débouché in fine sur le
modèle
1 Salon international de la sous-traitance
d'approvisionnement et de partenariat organisé le 08 décembre
2006. En marge du salon, un colloque autour de la thématique suivante :
«Les pôles de compétitivité : clusters,
systèmes productifs locaux et pôles régionaux de
développement industriel« a été organisé.
2 Ont pris part au séminaire, des
responsables du MICMNE, CRI Grand Casablanca, AGEF, GIMAS et ASEL. Au menu par
ordre de passage : Présentation du Plan Emergence et des Conditions
d'accueil des investisseurs dans la région du Grand Casablanca par M.
Hamid BEN ELAFDIL (DG du CRI du Grand Casablanca). Interventions sur les
problématiques liées au foncier et au recrutement par M. William
SIMONCELLI (Carré Immobilier) et M. Mohamed BELHRACH (DG Manpower
Maroc). Présentation de la filière aéronautique et de ses
opportunités par le GIMAS par M. Bruno IGOUNENC (DG de EADS Maroc
Aviation, Vice Président du GIMAS). Intervention de M. Hamid BENBRAHIM
EL-ANDALOUSSI (Délégué Général du Groupe
Safran). Présentation de la filière électronique et de ses
opportunités par M. Mohamed LASRY (DG de ST Microelectronics,
Président de L'ASEL).
conceptuel de la recherche (voir Figure 18). Ce dernier fait
figure de réceptacle de toutes les dimensions relatives à la fois
aux relations inter-firmes verticales (relation DO/ST) et/ou horizontale
(degré de clustering), mais également aux compétences
technologiques et organisationnelles du ST. L'objectif final étant
d'évaluer l'impact de toutes ces dimensions sur la performance du ST
marocain.
Puis, ce modèle a été
opérationnalisé à travers deux outils d'investigation :
(1) un questionnaire administré aux entreprises opérant dans le
secteur et (2) des entretiens semi directifs menés auprès de
l'ensemble des acteurs du secteur et d'un échantillon d'entreprises. La
Figure 17 illustre le processus de construction de la démarche
d'investigation terrain.
Nouveau modèle des réseaux de sous-traitance dans
les pays émergents

Modèle conceptuel
Plan Opérationnel
Questionnaire
38 entreprises aéronautiques marocaines objet de
l'enquête.
Entretien semi directif
CFCIM, MICMNE, CRI du Grand Casablanca, ONDA, OFPPT.
08 entreprises membres du GIMAS.

Revue de littérature
Phase exploratoire
(c) BEK
Figure 17. Design de la démarche
d'investigation terrain
Après une section consacrée au
développement de la démarche d'investigation empirique, une
seconde section détaillera le déploiement de cette
démarche sur le terrain.
Section 1. Développement de la démarche
d'investigation terrain
1.1. Vers un nouveau modèle : réseaux de
sous-traitance dans les pays émergents
En réponse aux exigences drastiques de
réduction des coûts1 insufflées par les DOs, les
pivots des modèles Racines ou Rameaux (Cf.
Partie. I, Chapitre. II, Section. 2, Paragraphe. 3), ont initié un large
mouvement d'extension de leurs politiques d'Achats, notamment en direction des
pays émergents. Ces politiques de sous- traitance marquées par
une démarche de réduction, de rationalisation et
d'hiérarchisation des relations de sous-traitance sont à l'image
de celles qui prévalent chez les avionneurs (Cf. Partie. I, Chapitre. I,
Section. 1).
Le mouvement en question risque de s'accentuer avec le
déplacement des marchés civils vers ces nouvelles zones
géographiques et l'apparition de nouvelles mesures dites de
compensations industrielles2 (Cf. Partie. I, Chapitre. I, Section.
1, Paragraphe. 3). En effet, les pays émergents lient souvent l'achat
d'appareil à une présence sur leurs sols, de constructeurs et/ou
de sous-traitants majeurs, notamment par la création de
joint-venture pour des sous-composants.
Parallèlement, cette extension des politiques de
sous-traitance est souvent portée soit par une relation
client-fournisseur de type partenarial avec des acteurs locaux au sein des pays
émergents (notamment au Maroc, en Tunisie, en Pologne, en Corée,
en Turquie ou au Mexique), soit par une croissance externe par essaimage.
Simultanément, les pivots ont souvent recours
à la filialisation pour étendre leur activité dans le
cadre d'une stratégie par croissance externe, notamment dans des pays
à bas salaires (Letov en République Tchèque pour
Latécoère et au Maroc ou
1 Notamment Airbus, avec son programme CAP 2001
qui se proposait de compresser de 25% les coûts puis le programme
"Route 06" de réduction de 15% des coûts à
l'horizon 2006 (après un programme identique) et enfin le plan
«Power 8 «.
2 PETIT, Thierry (Coord.). La filière
industrielle aérospatiale en Ile-de-France, état des lieux et
enjeux. IAURIF, 2005.
au Mexique pour Labinal). L'enjeu que constitue la
rationalisation productive et la maîtrise des coûts l'emportent sur
une proximité géographique restreinte1.
Dans cette perspective, il convient de signaler que le
recours de plus en plus massif des différents intervenants de la CVG de
l'aéronautique aux leviers des TIC, arrive à
rétrécir les frontières planétaires et
à optimiser davantage leur réseau de production.
Également, l'usage de la normalisation et de la certification, a
particulièrement renforcé la coordination au sein du
réseau et a accéléré par ricochet ce mouvement
d'extension des politiques d'achats vers des pays en développement.
Le but ultime étant de mobiliser les ressources et les
compétences humaines, financières ou technologiques,
nécessaires à la production tout en jouant sur les
disparités inter et intra-nationales de toutes natures2.
En somme, il apparaît que ces mouvements d'extension
des politiques d'achats, tout en empruntant des trajectoires diverses
(essaimage, joint-venture, filialisation, partenariat) conduisent au même
postulat : des réseaux de sous-traitance aéronautique sont en
cours de construction dans les pays émergents.
Que ce soit une proximité géographique
exigée par le pivot dans le cas du modèle Racines ou à
l'initiative du receveur d'ordres dans le cas du modèle Rameaux, les
entreprises liées s'implantent - au moins partiellement - à
côté des donneurs d'ordres majeurs ou de leurs filiales (le cas de
l'effet d'entraînement engendré par le groupe Safran au Maroc est
significatif |