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Auxiliaires médicaux et médecins africiains au Togo sous domination coloniale: 1884-1960

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par Zinse Emmanuel MAWUNOU
Université de Lomé - Maitrise 2006
  

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CHAPITRE DEUXIEME : L'intrusion coloniale allemande et l'émergence d'un personnel médical autochtone : 1884-1914.

La colonisation allemande sur le Togo débuta le 4 juillet 1884 avec la signature du traité de protectorat entre Nachtigal et le roi Mlapa III de Togoville à Baguida (Alonou 1994 :15) traité qui sanctionna la naissance de la colonie allemande avec la présence effective des Allemands qui entreprirent plusieurs travaux notamment dans le domaine social où un programme d'équipement sanitaire et d'éradication des épidémies a été mis sur pied.

Cette entreprise nécessita sans doute des agents pour concrétiser cette ambition. Alors, comment à partir de quelques médecins allemands y avait-il eu émergence d'un personnel autochtone et quelles furent les activités de ce personnel médical sous les Allemands ?

1- L'implantation de la médecine moderne coloniale au Togo par les

Allemands

L'implantation de la médecine moderne au Togo avait été un processus élaboré par les médecins allemands. En effet, les premiers Allemands en s'installant au Togo avaient introduit la médecine moderne pas pour soigner les indigènes mais les Européens et leurs collaborateurs autochtones (Tolgou 1998 : 32) qui sont les soldats, les cuisiniers, les boys et les employés des commerçants européens. Ce n'était que par après, lorsque l'administration a eu besoin des forces indigènes qu'elle avait étendu les soins aux autres couches sociales seulement dans le but d'accroître la productivité. Quoi qu'on en dise, cette entreprise avait donc besoin de personnel sanitaire dont les pionniers furent les médecins allemands.

1-1- Le personnel de santé allemand

Le premier médecin allemand à s'installer au Togo était le docteur August WICKE qui y arriva le 7 janvier 1888 (Tolgou 1998 ; 32), ce qui laisse entrevoir que l'assistance médicale n'était présente qu'à partir de cette année.

C'est d'ailleurs sous ce médecin que fut ouvert, en 1894, le premier hôpital togolais baptisé hôpital Nachtigal à Aného (Gayibor 2005 : 573t1). Mentionnons ici qu'à part WICKE le Togo utilisa les services d'autres médecins parmi lesquels on peut citer :

* le docteur WOLF plus connu comme explorateur et missionnaire.

* les docteurs SCHILLING et ENGELHARDT qui ont travaillé sur la maladie du sommeil.

* le docteur SCHMIDTS qui était spécialiste de la variole.

Ces docteurs ci-dessus mentionnés avaient passé un temps relativement long au Togo dans l'exercice de leur fonction. D'autres par contre y avaient passé un temps encore plus court. Parmi ces derniers, y figurent les docteurs KRUEGER, ZUPITA, von RAVEN, von der HELLEN et le docteur RODENWALDT (Alonou 1994 : 17).

D'une manière générale, le corps des médecins allemands peut être scindé en différents groupes :

* les médecins civils ou militaires d'origine allemande détachés du service colonial et travaillant sous la seule direction du gouverneur du territoire. Ils étaient tous des médecins généralistes et leur séjour au Togo leur permettait d'acquérir des expériences dans leur domaine de spécialisation.

* les membres de groupements telle que l'association des infirmières allemandes de la Croix-Rouge ou aussi des groupements du « Deutsche Frauen Verein » qui assuraient bénévolement certains services médicaux, surtout l'oeuvre du berceau (Alonou 1994 :17 ; Tolgou 1998 : 32).

Ainsi en 30 ans le Togo a bénéficié du service de 31 médecins. Toutefois, de tout ce que nous venons de parler une ambiguïté subsiste : comment expliquer la présence de médecins allemands déjà à ce début de la période coloniale ?

Après analyse, il ressort que les premiers soucis des médecins colons étaient d'améliorer leur connaissance en médecine et surtout de protéger les leurs contre les maladies. Ils devaient alors s'intéresser à la santé des indigènes, c'est-à-dire s'en servir comme un cobaye pour faire progresser la science.

A côté de cette motivation, il faut ajouter la volonté des colons d'augmenter l'espérance de vie des indigènes afin de bénéficier de leurs taxes civiques et de la main-d'oeuvre qu'ils constituaient. Donc ces médecins colons, dans la logique de ces idées, n'avaient pas introduit la médecine au Togo pour le bien de la population mais pour faire le maximum de profit à la métropole. Ce constat est d'ailleurs bien souligné par Jean Martet (1933 : 20)2(*) « Une bonne colonie qui produira et qui durera est une colonie où le matériel humain est amené à son maximum de rendement physique et intellectuel. Le devoir de la puissance colonisatrice est le même, qu'on le considère du point de vue de l'idéal ou du point de vue de l'intérêt. Il faut que l'indigène de porte bien, qu'il conserve sa santé et ses forces le plus longtemps possible, qu'il fonde une famille, que ses enfants vivent, se développent : voilà ce que nous enseigne l'intérêt ». Voilà alors les idées forces de l'implantation de la médecine moderne dans les colonies ; ce qui n'avait pas épargné le Togo.

Mais ces médecins colons, en nombretres limité et ne comprenant pas la langue des autochtones, devaient faire recours aux indigènes qui manipulaient un peu leur langue : c'est ainsi qu'était née l'idée de la profession infirmière autochtone au To

1-2- L'ébauche d'un personnel autochtone

L'administration coloniale allemande avait eu besoin d'un personnel local non seulement pour résoudre le problème de communication, mais également d'arriver à pénétrer les différentes composantes de la population et aussi d'inspirer auprès de leurs frères noirs la confiance dans cette médecine moderne.

En effet, l'implantation de cette médecine n'à pas été chose aisée dans la mesure où la médecine traditionnelle avait déjà eu la confiance des autochtones avec, avions-nous déjà mentionné, une large connaissance en botanique des charlatans et guérisseurs.

Malgré tout, les colons allemands ont réussi à introduire et imposer la médecine moderne. Notons tout de même que cette action s'est pendant longtemps limitée dans le Sud car dans le Nord le caractère frustre des populations limitait l'action du médecin aux tournées de vaccinations (Cornevin 1987 : 217). Ainsi donc dans le Sud, quelques notions en médecine moderne étaient enseignées aux indigènes ayant un niveau d'instruction peu élevé et une formation rudimentaire. Mais d'abord, voyons comment étaient le recrutement et la condition d'admission des futurs auxiliaires médicaux.

1-2-1- Le recrutement et la condition d'admission

Le recrutement se faisait exclusivement par le gouvernement colonial allemand sur demande du médecin général résidant au Togo. Peuvent être recrutés les élèves ayant le niveau sixième dans les écoles officielles de Zébé et de Lomé3(*).

1-2-2- La formation professionnelle

La formation des indigènes à la médecine moderne était très rudimentaire. D'ailleurs, aucun programme de formation n'existait si bien que la formation se réduisant à la pratique ; une pratique elle aussi très limitée.

En effet, c'était une formation qui, très hâtive, se faisait sur le tas et auprès d'un médecin allemand4(*).Celui-ci devait enseigner aux futurs auxiliaires médicaux certains gestes médicaux tels que les pansements, les frictions, les installations de collyre dans les yeux, les injections et autres soins médicaux.

La formation proprement dite durait de six à neuf mois à l'issue de laquelle le titre de Heilgehilfen (aide chirurgien ou aide médecin) leur était décerné. Ces infirmiers, malgré leurs formations qualitativement insuffisantes, avaient acquis des expériences au fils des années dans l'exercice de leur fonction ; c'est ce qui leur a valu la qualification de médecin auxiliaire (Tolgou 1998 : 33).

En 30 ans les colons allemands ont formé 28 infirmiers dont 21 polyvalents, 5 spécialisés dans la maladie du sommeil et 2 spécialisés en vaccination comme l'indique le tableau suivant :

Tableau N° I : Nombre d'infirmiers en fonction de leur spécialité et de leur année d'engagement

Années

Nombre d'infirmiers polyvalents

Nombre d'infirmiers spécialistes en vaccination

Nombre d'infirmiers spécialistes dans la maladie du sommeil

1894

01

00

00

1899

02

00

00

1906

02

00

00

1907

06

00

00

1908

02

00

00

1909

01

00

00

1910

06

01

01

1911

01

00

01

1912

00

01

00

1914

00

00

03

TOTAL

21

02

05

Source : Tolgou 1998 : 34

D'après les données contenues dans ce tableau, le nombre d'infirmiers polyvalents fait à lui seul 75,00 % des infirmiers formés par les médecins allemands. Il était dit plus haut que les auxiliaires étaient formés auprès d'un médecin allemand ; donc ce pourcentage de polyvalence des infirmiers formés confirme l'idée selon laquelle les médecins allemands étaient tous les médecins généralistes et que c'était leur séjour au Togo qui leur permettait d'acquérir des expériences dans leur domaine de spécialisation. Cette spécialisation n'étant pas poussée, on comprend aisément pourquoi les infirmiers spécialistes en vaccination et dans la maladie du sommeil sont en pourcentages très réduits respectivement 7,41% et 17,85%.

En plus de ces auxiliaires médicaux, les inspecteurs sanitaires aussi étaient recrutés. Leur recrutement se faisait de la même façon que les infirmiers, mais ils ne recevaient aucune formation particulière en matière de santé. Ils étaient seulement chargés de transmettre aux indigènes le message des médecins portant sur les notions élémentaires d'hygiène dans les habitations. Au total 27 inspecteurs sanitaires ont été recrutés par les Allemands.

De tout ce que nous venons de dire sur la formation donnée aux indigènes en matière de santé, une inquiétude subiste : quelle analyse pouvons-nous faire de cette formations donnée aux indigènes ?

La réponse à cette interrogation revêt deux interprétations.

D'abord nous pouvons supposer que si cette formation si rudimentaire est donnée, cela peut être dû au manque de structures pouvant permettre une formation quantitative et qualitative. Le personnel médical allemand fut certes de l'ensemble de qualité (Cornevin 1987 : 217) mais la qualité de la formation relèverait de l'absence d'infrastructures adéquates.

Ensuite, cette mauvaise qualité de la formation pouvait résulter de la volonté des Allemands de former les indigènes à un niveau inférieur, de les réduire à un état de serviteurs. Sinon, comment expliquer que pendant les trente (30) années de leur présence au Togo les Allemands n'aient formé que 55 agents de santé (infirmiers et inspecteurs sanitaires) et parmi eux aucun n'avait accédé au diplôme d'Etat ni bénéficié d'une formation supplémentaire en Allemagne ?

Après analyse de ces deux hypothèses, la seconde nous paraît plus fondée dans la mesure où les Allemands ne manquaient pas de possibilité d'envoyer les Togolais en Allemagne afin de suivre des études en médecine ou compléter celles qu'ils ont reçues au Togo. Un exemple frappant de cette période était le cas de Pedro OLYMPIO. En effet, ce dernier était envoyé en Allemagne (non pas par les colons allemands) suivre des études en médecine.5(*) Les auxiliaires médicaux togolais ainsi formés l'étaient pour travailler aux côtés des médecins allemands. Alors, comment avaient-ils exercé cette profession sous les Allemands ?

* 2 Passage cité par ALONOU et SEBALD en introduction à l'article « l'OEUVRE SANITAIRE DE LA COLONISATION » de L'Histoire desTtogolais de 1884 à 1960, VII, t1, P. 273

* 3 Les écoles officielles de Zébé et de Lomé étaient les seules écoles existant à l'époque

* 4 Les moniteurs du département infirmier EAM-LOME, 2001 : Déontologie de l'infirmier€ et histoire du nursing, p. 42

* 5 ANT-Lomé, 1H. Dossier 45 portant sur la législation de l'exercice de la médecine et de l'art dentaire concernant le Dr Pedro OLYMPIO.

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