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Education des enfants et société:relations complémentaires ou conflictuelles. Interroger la conscience de l'éducateur face à la société


par Anne-Carole Boquillon
Université de Tournai - Graduat éducateur spécialisé 2008
Dans la categorie: Enseignement
   
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2.2.3 LA PLACE DES SENTIMENTS QUAND ON SÉPARE ENFANT ET PARENTS

Que fait-on des sentiments quand on sépare les enfants des parents ? N'ont-ils pas le droit de souffrir de cette séparation, ou du moins de ne pouvoir faire que de l'éprouver !

Peut-on penser que la séparation est suffisante pour mettre une « barrière » entre leurs sentiments, faire comme si ceux-ci n'existaient plus ou étaient momentanément « indisponible » tel un site web.

Dans notre société actuelle, tout autour de nous est réglementé, trié, inspecté. On peut se demander jusqu'où peut aller cette surveillance ; peut-elle affecter nos sentiments par la même occasion ?

Dans certaines conditions, les êtres humains doivent ravaler leurs sentiments car ils ne sont pas autorisés ou sont « déplacés ». Quand on retire un enfant de ses parents, pour quelle que raison que ce soit, peut-on penser qu'on leur retire également leur ressenti vis-à-vis de leur désarroi.

Lu et entendu dans certains cas où la maman pleure du départ de son enfant : « elle fait sa comédie ! ». De part le fait que la mère est considérée comme « mauvaise » , elle n'a plus le droit de ressentir de la tristesse de voir son enfant enlevé, car une « mauvaise mère » ne peut avoir de sentiments affectueux vis-à-vis de son enfant et ne peut que feindre d'être touchée, de jouer la comédie pour qu'on s'occupe d'elle et qu'on la plaigne ! La victime, ce n'est pas elle mais l'enfant ; elle n'a pas le droit d'être malheureuse !

La loi ne nous interdit pas d'avoir des sentiments, de les exprimer mais certaines personnes peuvent vous juger par rapports à ceux-ci. La séparation est d'une manière ou d'une autre, toujours douloureuse pour tous les concernés, qu'ils le montrent ou non. Mais prenons le cas d'une maman « courageuse » qui devant son enfant et l'assistante sociale qui lui enlève, garde ses larmes enfouies, ne montre pas sa détresse et attend d'être seule pour s'effondrer. D'elle, on dira qu'elle s'en moque, que pour elle l'enfant n'est pas important et qu'elle n'a pas de coeur !

Montrer votre douleur et on vous accusera de faire du cinéma. Cacher votre douleur et on dira de vous que vous êtes un être sans coeur, inhumain ! Quelle alternative reste-t-il pour « se faire bien voir » de l'assistante sociale, quelle attitude faut-il adopter pour ne pas passer pour une comédienne ou pour une personne barbare ?

Lorsque les problèmes surgissent, il semble y avoir un raz-de-marée sur les sentiments que les gens éprouvent.

« On a pu faire plusieurs fois l'expérience de filmer le petit enfant qui venait d'arriver à l'hôpital et en pouponnière et de projeter ce film au personnel de l'établissement : beaucoup ont été bouleversés de voir l'expression à peine supportable d'intense détresse de l'enfant, qui avait échappée à leur attention.

Cette surdité et cette cécité à la demande d'autrui peuvent aller jusqu'à la négation active : c'est ainsi que je m'enquis un jour auprès du médecin- chef d'une pouponnière de la manière dont l'établissement pouvait répondre à l'angoisse de l'enfant nouvel arrivé qui réclame sa mère (je venais d'amener un enfant de dix-huit mois que sa mère avait expressément abandonné). Il me dit simplement : « Les premiers jours, je leur donne des somnifères » ; lorsqu'on ne peut répondre à la demande, on peut, en effet, toujours la nier en empêchant son expression... »7(*)

Cette réponse du médecin-chef est ahurissante mais tellement plausible ; en effet, pour faire oublier la souffrance de l'enfant dans la perte subie, la majorité pensant qu'il ne s'agit que d'attendre que l'enfant s'habitue, et ne regardant pas la vérité en face (plus facile de nier une souffrance que de la ressentir par procuration), il est plus aisé de « droguer » l'enfant qui sera de ce fait calme et par ailleurs, ne sera pas une surcharge de travail pour les intervenants.

Ironiquement, quelle perte de temps que de consoler un enfant séparé de ses parents, rien ne pourra l'empêcher de se reconstruire et de s'insérer dans la société maintenant qu'il est hors de danger puisque séparé de leur mauvaise influence sur lui !

Peut-on dire qu'un enfant séparé de ses parents sera d'accord avec la décision du juge ? L'enfant reste malheureux qu'il soit maltraité ou placé, ce qui rend son épanouissement difficile.

Les décisions prises par les hautes instances le sont généralement dans l'objectif du bien de l'enfant. Mais ne pourrait-on pas se demander si celles-ci pourraient également avoir un lien avec une certaine tendance à normaliser l'être humain selon certains critères ? Peut-on prétendre que le modernisme de la société facilite l'intégration et la liberté des sentiments ?

* 7 « L'enfant en miettes » de Pierre Verdier, édition Dunod, 2001 

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