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TIC et développement local au cameroun


par Carine Laure Koudjou Talla
Université Paris X Nanterre
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Département des Sciences de l'Information et de la Communication
UFR LL Phi

KOUDJOU TALLA Carine Laure

talla~ carine@hotmail.com, claro8leyahoo.fr No étudiant : 26009812

Master 2 CGPNT

THEME MEMOIRE :

TIC, SOCIETE CIVILE ET DEVELOPPEMENT LOCAL :

Évaluation des activités de l'ONG ASSOAL en matière de
vulgarisation des TIC et proposition de pistes d'actions pour

un développement local durable.

Master professionnel mention Sciences de l'Information et de la Communication,
spécialité « Conception et Gestion de Projets Numériques Territoriaux » (M2CGPNT)

Date de soutenance :
18 Juin 2007

Directeur du mémoire :
ELIE Michel

DEDICACE

Vivre dans le respect de ton saint nom, se fixer des principes conformes è tes lois et les respecter a été mon maître mot. Je te dédie ce travail qui sans toi n'aura pas été. Merci mon DIE

pour tous les bienfaits que tu m'a accordés

REMERCIEMENTS

Mes remerciements vont en premier lieu à l'Agence Universitaire de la Francophonie qui, grâce à ses allocations d'étude à distance m'a donné l'opportunité d'effectuer cette formation ;

Je remercie également, et très sincèrement Mr Michel Arnaud, responsable du master CGPNT à l'Université de Paris X Nanterre qui a été un véritable guide pour nous. Vos enseignements nous ont énormément passionnés et grâce à vous, je me suis prise de passion pour les études, la recherche et espère pouvoir arriver au bout un jour ;

Je dis également un grand merci à mon Directeur de mémoire pour avoir suivi avec intérêt mon travail et pour m'avoir suffisamment conseillé et guidé. Vos recommandations m'ont été d'un grand secours ;

Un grand merci également à ASSOAL et à toute son équipe pour l'accueil chaleureux et surtout pour avoir mis à ma disposition toutes les informations nécessaires à la réalisation de ce mémoire ;

A tous les professeurs du master CGPNT, à tous mes camarades (Etudiants de la promotion 2006/2007 du master CGPNT) pour la bonne atmosphère et la bonne entente entre nous ;

A ma famille, mes amis pour le soutien et la confiance ;

A tous je vous dis MERCI de tout mon coeur

SOMMAIRE

Dédicace..................................................................................................................................... 2
Remerciements........................................................................................................................... 3
Sommaire................................................................................................................................... 4

Liste des tableaux, figures et graphes......................................................................................... 7

Sigles.......................................................................................................................................... 8

Résume 10

INTRODUCTION GENERALE 11

Objectifglobal 13

Objectifsspécifiques 14

Hypothèsesde travail 14

Méthodologie 14

Difficultés rencontrées : 16

CHAP I : SITUATION GENERALE DU CAMEROUN 17

I- Situation géographique 17

II- Histoire et politique 18

III - Principales caractéristiques structurelles de l'économie 18

IV -- Situation de la pauvreté au Cameroun et stratégies mises en place (extrait du DSRP

2003) 19

IV.1 - La pauvreté au Cameroun 20

IV.2 - Les principaux axes stratégiques du DSRP 21

V- Rôle de la société civile dans le développement local 25

V.1 - Définition de la notion de société civile 25

V.2 - la société civile au Cameroun 25

V.3 - Rôle de la société civile dans le développement local 26

Conclusionpartielle 29

CHAP II : ETAT DES LIEUX DES TIC AU CAMEROUN 30

I - Rappel historique des politiques nationales 30

I.1 - Période de 1960 à 1988 30

I.2 - Période de 1988 à 1998 30

I.3 - Période de 1998 à nos jours 31

II - Le cadre politique et réglementaire 33

II.1 - Le MINPOSTEL 34

II.2 - L'Agence de Régulation des Télécommunications (ART) 35

II.3 - L'Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication

(ANTIC) 35

III- Diagnostic du secteur 36

III.1 - Les acteurs de l'offre en TIC 38

III.1.1 - Les opérateurs d'accès aux télécommunications et à Internet 38

III.1.2 - Les cybercafés 41

III.1.3 - Les collectivités locales ............................... 42

III.1.4 - Les partenaires au développement ................... 42

III.1.5 - La société civile 44

Conclusionpartielle 51

CHAP III : ASSOAL ET LA VULGARISATION DES TIC 53

I-- Présentation d'assoal 53

I.1 - Historique 53

I.2 - Objectifs et stratégies d'intervention 53

I.3 - Organisation et fonctionnement 54

I.3.1 - L'organisation 54

1.3.2 -- Fonctionnement 55

1.3.3 - Zones d'intervention 57

1.3.4 -- Partenaires 57

11 -- Evaluation d'ASSOAL sur le point « vulgarisation des T1C » 57

11.1 -- Le contexte 57

11.1.1 - Finalités de l'évaluation ................................ 57

11.1.2 - Le projet de création d'un centre multimédia associatif en collaboration avec

l'AFVP 58

11.1.3 - Le projet BAODL 58

11.1.4 - Rappel du contexte (Problématique) .................. 58

11.2 -- La reconstitution de la définition initiale du projet 60

11.2.1 -- Le cadre logique 60

11.2.2 - Ressources matérielles et humaines prévues ........ 61

11.2.3 - Besoins en formation identifiés ....................... 62

11.3 - Etat des lieux actuel 63

11.3.1 - Le matériel informatique ............................... 63

11.3.2 - Programme de formations proposées ................. 64

11.3.3 - Réalisations effectives du BAODL en matière de T1C 64

11.3.4 - Equipe effective actuel du projet ...................... 65

11.3.5 - Difficultés rencontrés 65

11.3.6 -- Perspectives 65

111 -- La démarche évaluative : questions évaluatives et analyse du projet 65

111.1 - Analyse de la problématique 66

111.2 - Analyse des objectifs et des activités initialement définis 66

111.3 - Analyse des activités réalisées 72

111.4 - Les ressources humaines misent en oeuvre 75

1V -- Résultats des enquêtes auprès des populations cibles 76

1V.1 -- Déroulement de l'enquête 76

1V.2 - Caractéristiques des populations enquêtées 77

1V.3 - Accès et Niveau d'intégration aux T1C 79

1V.4 - Les usages faits des T1C 82

V - Propositions d'améliorations de la gestion du projet BOADL 88

Conclusionpartielle 96

CHAP IV : TIC ET DEVELOPPEMENT LOCAL, SCENARIOS DE PROJETS A

DEVELOPPER 97

1 - Les T1C au service du développement local 97

1.1 - Les axes de développement par les T1C 97

1.2 -- Les retombées 98

1.3 - Les facteurs de succès............................................................................................. 100
1.4 - Les obstacles........................................................................................................... 100
1.5 -- Les acteurs ............................................................................................................. 100
11 - Comment la société civile peut contribuer au développement par les T1C.................. 100
111 -- Des projets exemplaires ............................................................................................. 101
111.1 -- L'exemple du projet webtrotteurs ....................................................................... 101
111.1 -- L'exemple du projet Lugano.ch, un site pour les citoyens et les visiteurs.......... 105
1V - Scénarios de projets à développer au Cameroun ........................................................ 107
Scénario 1 : Projet Qu@t sur le Net............................................................................... 109
Scénario 2 : Projet Collectivité Numérique.................................................................... 115
Scénario 3 : Formation en ligne sur les T1C pour le développement local .................... 121

CONCLUSION GENERALE 128

BIBLIOGRAPHIE 130

ANNEXES 132

Annexes 1 : Questionnaire bénéficiaires 133

Annexes 2 : Questionnaire non bénéficiaires 136

Annexes 3 : Zone d'intervention d'ASSOAL 139

Annexes 4 : Programme de formations proposées 140

LISTE DES TABLEAUX, FIGURES ET GRAPHES

Tableau 1 : Synthèse de l'Etat de pauvreté du Cameroun........................................................ 24
Tableau 2 : Etat de l'industrie des services de télécommunications........................................ 40
Tableau 3 : Cadre logique initial du projet BAODL................................................................ 60

Tableau 4 : synoptique des premiers besoins en formation ..................................................... 63

Tableau 5 : Indicateurs de l'objectif 1......................................................................................67 Tableau 6 : Indicateurs objectif 2.............................................................................................69 Tableau 7 : Indicateurs de l'objectif 3......................................................................................70 Tableau 8 : Indicateurs des objectifs 4 et 5 .............................................................................. 70 Tableau 9 : Indicateurs de l'objectif 6......................................................................................71 Tableau 10 : Indicateurs de l'objectif 7....................................................................................72

Tableau11: FFOM................................................................................................................... 89

Tableau 12 : Cadre logique projet Qu@t sur le net................................................................ 110

Figure1 : Carte du Cameroun.................................................................................................. 17
Figure 2 : Infrastructures, le réseau de transmission................................................................ 39

Tableau et graphe 1 : Répartition par genre ............................................................................. 77

Tableau et graphe 2 : Répartition par tranche d'âge ................................................................ 77
Graphe 3 : Répartition par profession ...................................................................................... 78

Tableau et graphe 4 : Répartition par Niveau d'étude ............................................................. 79
Tableau et graphe 5 : Appartenance à une association............................................................. 79
Tableau et graphe 6: Possession d'un ordinateur..................................................................... 80

Tableau et graphe 7 : Possession d'une connexion Internet à la maison ................................. 80

Tableau et graphe 8 : Divers lieux d'accès à Internet .............................................................. 81

Tableau et graphe 9 : Fréquence d'accès à Internet ................................................................. 81

Tableau et graphe 10 : Pourcentage de personne ayant des difficultés d'accès à Internet....... 82
Tableau et graphe 11 : Raisons des difficultés d'accès à Internet............................................ 82
Graphe 12 : Les différents usages de l'ordinateur.................................................................... 83

Graphe 13 : Les différents usages d'Internet ........................................................................... 84

SIGLES

A

ANTIC : Agence Nationale des TIC

ART : Agence de régularisation des télécommunications

ADEN : Appui au désenclavement numérique

ASSOAL: Association d'appui aux initiatives locales

ACSIS: African Civil Society for the Information Society

ANAIS: Advisory Network for African Information Society- Afrique central ASAFE : Association pour le Soutien à l'Appui à la Femme Entrepreneur AISI : Africaine sur la société de l'information

AFVP : Association Française des volontaires du progrès

B

BAODL: Bureau d'appui aux organisations de développement local

C

CAMTEL : Cameroun télécommunication

CTPL : Commission Technique de Privatisation et de Liquidation CEA : Commission Economique pour l'Afrique

CIPCRE : Cercle International pour la Promotion de la Création

D

DSRP : Document de stratégie de réduction de la pauvreté

E

ECAM : Enquêtes Camerounaises Auprès des Ménages

ENSPT : Ecole Nationale Supérieure des Postes et Télécommunications

F

FAI : Fournisseur d'accès à Internet FMI : Fond Monétaire Internationale FASR : Facilité d'Ajustement Structurel Renforcée

FRPC : Facilité pour le Réduction de la Pauvreté et la Croissance

FEMEC : Fédération des Eglises et Missions Evangéliques du Cameroun

FSN : Fond de Solidarité Numérique

G

GIE : Groupement d'Intérêt Economique

H

HIMO : Haute Intensité de Main d'Oeuvre

I

IAI : Institut Africain d'Informatique

M

MINPLAPDAT : Ministère de la Programmation, du Plan et de l'Aménagement du Territoire MINPOSTEL : Ministère des Postes et Télécommunications

N

NICI (plan) : Plan National de l'information et de la communication NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique

0

OSC : Organisation de la société civile

ONG : Organisation non gouvernementale

ONUDI : Organisation des Nations Unies pour le Développement International OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement

OHADA : Organisation Humanitaire Africaine pour le Droit des Affaires

P

PIB : Produit Intérieur Brut

PPTE : Pays Pauvres Très Endettés

PNUD : Programme des nations unies pour le développement

PNG : Programme national de gouvernance

PME/PMI : Petites et moyennes entreprises/Petites et moyennes industries

R

RESCATIC : Réseau de la société civile camerounaise pour la promotion des TIC RNHC : Réseau national des habitants du Cameroun

RED : Réseau Ecole et Développement

S

SMSI : Sommet Mondial sur la société de l'information

SELIPE : Salon électronique Interactif Permanent des Entreprises

SIGEFI : Système de gestion des finances

SIGIPES : Système informatique de gestion intégrée du personnel de l'Etat et de la solde

TIC: Technologie de l'Information et de la Communication

TICAD II: Tokyo International conference for African Developpement II

U

UNESCO: United Nations Educational, Scientific, and Cultural Organization UIT : Union International des Télécommunications

RESUME

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) révolutionnent le monde. Ses effets positifs s'étendent à tous les secteurs de la vie et plus aucun pays ne veut s'en passer. Les pays industrialisés ont suffisamment démontré qu'il est possible de se développer grâce à ces nouvelles technologies. Certains pays pourtant - les moins avancés à l'instar des pays Africains - ont du mal à s'approprier ces technologies. Ces pays connaissent depuis toujours un état de pauvreté grandissant et n'arrivent pas à sortir de ce gouffre.

C'est également le cas du Cameroun qui compte un taux important de sous emploi (75,8%) avec un revenu moyen mensuel global de 26 800 francs CFA (environ 41 €). Les stratégies misent en place en 2003 dans le document de stratégies de réduction de la pauvreté (DSRP) sont en cours et donnent une place de choix aux TIC pour la lutte contre la pauvreté. Malheureusement, les décisions ou actions entreprisent par les organisations étatiques ne sont pas toujours ressentis par les populations des quartiers, d'où le rôle des organisations de la société civile (OSC) pour la mise en place d'actions ayant un impact direct sur la population.

Le Cameroun compte un nombre encore faible d'OSC qui oeuvrent pour la vulgarisation des TIC. L'évaluation d'une d'entre elles, ASSOAL, a permis de dégager les points suivants :

Points forts :

· Grande capacité de mobilisation des populations

· Proximité avec les populations

· Actions sociales

Points faibles :

· La mauvaise organisation autour de la gestion du projet

· Des ressources humaines toujours pas suffisantes et compétentes pour gérer le projet

· Des services toujours pas en conformité avec les besoins des populations

Cette évaluation a également permis de rendre compte du besoin des populations en matière d'accès à Internet. Le besoin est fort et les populations sont conscientes des avantages des TIC pour leur développement. Mais elles ne savent pas toujours comment s'en servir et comment s'y prendre pour en profiter au maximum. La société civile camerounaise devra donc se pencher sur ces aspects là

Mots clés : TIC, société civile, développement local, lutte contre la pauvreté

INTRODUCTION GENERALE

Les pays en développement connaissent depuis des lustres un état de pauvreté croissant qui préoccupe de plus en plus certaines instances mondiales. Malgré le boom économique que connaît notre siècle, la globalisation de l'économie, marqué par un bondissement économique des pays industrialisés de même que de nouveaux riches comme la Chine, les pays pauvres n'arrivent pas toujours à émerger et continuent de sombrer dans le trou noir de la pauvreté. Et malgré les différentes mesures prises par les organisations internationales pour sortir ceux-ci de la crise économique qui sévit de plus en plus, rien n'y fait.

Notre ère est surtout marquée par une nouvelle révolution que sont les technologies de l'information et de la communication (TIC). En effet, ces nouvelles technologies modifient considérablement la vie de tous les jours par de nouvelles façons de communiquer, de payer et de vendre, d'étudier, de s'informer, etc. Ces nouvelles technologies bouleversent effectivement nos façons de vivre et de travailler en apportant des améliorations considérables qui permettent d'évoluer dans n'importe quel domaine que ce soit. Ces nombreux changements positifs - et parfois négatifs malheureusement (piraterie, escroquerie, pédophilie, etc..) - qu'apportent les TIC amènent la communauté mondiale à s'y intéresser et à promouvoir son utilisation.

Les TIC peuvent être un catalyseur pour le développement des pays pauvres tel que l'Afrique. Vu les retombées de son utilisation dans les pays riches, il est certain que l'Afrique peut s'en sortir grâce à ces technologies. Le problème actuel est qu'ils sont très peu intégrés dans les habitudes des Africains : les différents usages des TIC et ce qu'ils peuvent apporter comme avantages sont méconnus de ceux-ci. En Afrique, on en est encore à résoudre les problèmes de famine, d'eau potable, d'électricité, etc. Est-ce que les TIC sont vraiment ce dont les Africains ont réellement besoins ? Les TIC qui seraient trop luxueux pour un continent qui a encore des problèmes de bases, essentiels à résoudre, ne l'est vraisemblablement pas car plusieurs travaux montrent les impacts qu'ils peuvent avoir sur tous ces domaines de développement. Ces travaux ne prétendent pas que les TIC peuvent résoudre les problèmes des Africains mais qu'ils peuvent être un canal, un moyen à exploiter pour améliorer les techniques utilisées pour résoudre ces problèmes. Il est donc plus qu'essentiel que l'Afrique puisse tirer profit de ces nouvelles technologies et en imprégner les habitudes des populations comme un pas vers le développement.

Le Cameroun est un cas typique des pays Africains. C'est en 1997 que les premières connexions à Internet apparaissent au Cameroun. Il a connu depuis lors une fulgurante montée, d'abord lentement puis plus rapidement. Une des toutes premières études1 sur l'appropriation sociale de l'Internet au Cameroun menée en 1998 avait permis de recenser trois fournisseurs d'accès à Internet (Camtel, Cenadi et Iccnet) et quatre cybercafés à Yaoundé. Près de 2 000 personnes et institutions utilisaient Internet de façon permanente ou occasionnelle. Le taux de fréquentation des points Internet était d'environ 100 personnes par jour. Les jeunes filles étaient les plus nombreuses à utiliser cet outil de communication. Elles représentaient près de 70% de la clientèle des cybercafés et recherchaient surtout des conjoints européens sur le Web2. En 2005, le paysage cybernétique camerounais a beaucoup évolué. Le Cameroun compte déjà près de 40 000 utilisateurs de l'Internet avec une

1 Etude menée par les étudiants de la division III de l'Esstic, Université de Yaoundé I, 1998

2 Jean Lucien Ewangue, Le phénomène Internet dans la ville de Yaoundé, Séminaire NTIC, ESSTIC, Yaoundé, juillet 1998.

connexion directe et 60 000 utilisateurs reliés à un point d'accès public, notamment le millier de cybercafés du pays. Toutefois, ces chiffres restent en deçà de ceux du Maroc (120 000 internautes pour 2 500 cybercafés) ou du Sénégal (130 000 internautes et 1 800 cybercafés). La ville de Yaoundé à elle seule compte près de 400 cybercafés3. Il s'agit, dans la majorité des cas de petites unités commerciales créées la plupart du temps par des étudiants de retour au pays après un séjour à l'étranger. Le nombre de fournisseurs d'accès à Internet (FAI) a été multiplié par seize en cinq ans, passant de 3 en 1998 à plus d'une cinquantaine en avril 2005. Le taux de fréquentation de ces lieux est de 200 personnes par jour.

La législation en matière de TIC au Cameroun est encore invisible ou inexistante. Les seuls textes en vigueur datent de 1998. Les textes de lois et règlements dans le secteur des TIC au Cameroun font la part belle au sous secteur des télécommunications. Il n'existe pas encore de cadre juridique réglementant les TIC, défini comme informatique et internet. Ces textes, une vingtaine, démontrent la volonté du Gouvernement de faire des TIC un outil de promotion du développement socio-économique du pays, de réduction de la pauvreté et de la bonne gouvernance. Dans son contenu, les textes de loi ne font pas de distinction de genre, mais dans les principes les sous-tendant, l'égalité des sexes constitue le fondement des textes. En fait, la constitution camerounaise prône le respect des droits humains, l'égalité des sexes devant la loi... La loi régissant les télécommunications consacre la séparation des trois principales fonctions de gestion des télécommunications à savoir la politique sectorielle, la réglementation et l'exploitation. La politique sectorielle et l'élaboration des textes de loi et règlements relèvent du Ministère des Postes et Télécommunications. Le Cameroun a opté pour une séparation de la réglementation des contenants et des contenus. L'ANTIC, agence nationale des TIC a été crée depuis 2002 dans le but de vulgariser les TIC auprès des populations et surtout d'élaborer les politiques TIC. Sa gestation n'est pas encore arrivée à terme car à l'heure actuelle, rien n'est encore fait.

Bien que les statistiques montrent une nette évolution de l'utilisation des TIC par les populations, les taux restent encore très faibles par rapport à la plupart des autres pays Africain, à fortiori les pays industrialisés. Les actions gouvernementales pour élever ce taux sont embryonnaires et peu visibles. L'alternative, pour toucher au mieux les populations et créer ainsi une société de l'information digne de ce nom, participant au développement local, reste la société civile. Ces dernières années et ce partout dans le monde, les organisations de la société civile ont pris de l'importance grâce à leur implication dans la lutte contre le déséquilibre de pouvoir entre l'Etat et ses structures d'une part et la société civile d'autre part. La présence de la société civile a également augmenté en réaction à l'impression d'affaiblissement de l'autorité des Etats nations sous l'effet de la mondialisation et du pouvoir de plus en plus grand des entreprises transnationales. Des réseaux d'OSC (Organisations de la société civile) se sont formés dans les pays et entre les pays afin de promouvoir une défense plus large et plus « transnationale » des intérêts publics sur des problèmes politiques mondiaux tels que les droits de l'homme, l'environnement, la dette, le développement, la santé et les TIC. En effet, dans le domaine des TIC au Cameroun, l'on constate également une montée en force des associations et ONG (Organisation non gouvernementale) qui s'engagent de plus en plus dans la vulgarisation des TIC auprès des populations.

C'est le cas d'ASSOAL (Organisation sociale d'appui aux acteurs et aux processus de développement local), ONG de développement local qui oeuvre depuis 1998 à l'amélioration du cadre de vie des populations et la participation des habitants des quartiers pauvres et populaires dans la gestion des affaires de leurs communautés. Ses activités en matière de vulgarisation

3 CEA-PNUD, Plan NICI, mai 2004.

des TIC ont débuté en 2004 par la mise en place du projet BAODL (bureau d'appui aux organisations de développement local) visant à renforcer les capacités des acteurs urbains et ruraux par le biais des formations diverses, d'appui, d'accompagnement variés (séminaires, réunions, ateliers, locations, etc....). Au cours des douze derniers mois, le Bureau d'appui s'est illustré au sein de la société civile camerounaise par l'offre d'un certain nombre de services d'information, de renforcement des capacités, d'accompagnement et de mise en réseau. Les principales activités de vulgarisation des TIC sont centrées sur l'offre de l'accès à Internet, des formations et la mise en réseau des acteurs de développement local.

Le but de cette étude est d'évaluer les activités de cette ONG afin d'identifier l'offre et la demande, la qualité de l'offre et le niveau de réponse à la demande, la concordance entre les services offerts et les besoins des bénéficiaires. Les organisations de la société civile peuvent en effet participer efficacement à la réduction de la fracture numérique dans une optique de développement local. Cette étude permettra également de montrer comment les OSC peuvent effectivement contribuer à cela et dans quelles mesures -- les besoins à satisfaire, les usages à proposer, la méthodologie à suivre, les partenaires à contacter -- aller plus loin.

Dans le premier chapitre, il sera question de présenter le Cameroun dans sa situation géographique, son histoire et sa politique, les principales caractéristiques de l'économie, la situation de la pauvreté et les stratégies misent en place et le rôle de la société civile dans le développement local. Ce chapitre sera une base pour la suite du document dans ce sens qu'il présente de façon clair la situation de la pauvreté au Cameroun qui est la problématique même et la raison de ce travail.

Le deuxième chapitre quant à lui présente l'état des lieux des TIC au Cameroun en commençant par un rappel historique des politiques nationales déjà misent en place, en décrivant le cadre politique et réglementaire actuel et également le diagnostic du secteur (situations des TIC, les acteurs publics, privés et les associations, etc.)

Le troisième chapitre est consacré à l'évaluation des activités d'ASSOAL en matière de TIC. Il présente ASSOAL en général, son fonctionnement, le projet BOADL qui est celui qui consacre une part belle à la vulgarisation des TIC, le déroulement du projet, les moyens mis en oeuvre, les difficultés rencontrées et surtout les besoins des bénéficiaires et publics cibles. Il se termine par l'ébauche de solutions pour aider ASSOAL à améliorer la gestion de son projet et surtout à contribuer plus à la réduction de la fracture numérique.

Le quatrième et dernier chapitre se consacrera à la résolution du problème qui nous préoccupe, celui de lutter contre la pauvreté par les TIC et grâce à la société civile. Il essayera de montrer comment les TIC peuvent contribuer au développement local et également comment la société civile peut s'activer pour impulser ce développement par les TIC. Il présente également quelques exemples de projets exemplaires d'usages des TIC pour le développement. Des scénarios de projets seront ensuite ébauchés, projets qui pourront être développés plus tard.

Objectif global

Montrer comment les TIC peuvent contribuer au développement local et dans quelles mesures la société civile peut s'en servir pour mieux impulser le développement.

Objectifs spécifiques

- Montrer le rôle des TIC dans la réduction de la pauvreté

- Montrer le rôle que de la société civile peut jouer dans cet ensemble

- Evaluer les actions de ASSOAL en ce qui concerne la vulgarisation des TIC

- Mesurer l'impact de ces actions sur les populations cibles et identifier si les besoins des populations sont satisfaites

- Relever les points faibles et points forts de ces actions

- Proposer des pistes de solutions pour une action plus efficace

- Proposer des scénarios de projets utilisant les TIC qui peuvent contribuer au développement

Hypothèses de travail

- Vulgariser les TIC auprès de la population des quartiers défavorisé est un gage de réduction de la fracture numérique

- L'intégration des populations, même les exclus à la société de l'information est la condition sine qua non pour une intégration effective du pays entier dans la société de l'information

- Les OSC sont plus proches de la population que les organismes étatiques. Leur participation à la réalisation de projets destinés à la population est un gage de réussite et de développement local.

- Les projets de vulgarisation des TIC méritent d'être considérés comme projets à part entière et nécessitent le même suivi accordé à la plupart des projets.

Méthodologie

La méthodologie utilisée pour mener à bien cette étude a été conforme à celle adopté habituellement dans des travaux de recherches.

1. Veille - Recherche documentaire

Cette phase préliminaire a été essentielle pour le recueil d'informations et la recherche de document en relation avec mon projet.

o Types de veille mis en place

Plusieurs types de veille ont été effectués. Une veille concurrentielle, technologique et juridique.

La veille concurrentielle : Cette veille a permis d'identifier les différentes associations et ONG qui travaillent dans la vulgarisation des TIC autant au niveau du Cameroun que des autres pays africains. D'identifier leurs offres de services, leurs partenaires, les publics cible. Il a été également question d'identifier les différentes actions gouvernementales et des organisations internationales sur les TIC au Cameroun.

La veille technologique : Le but de ce projet est de mettre en place des outils susceptibles de répondre aux besoins qui seront identifiés. La veille technologique permettra d'avoir des connaissances sur les différents usages des TIC qui peuvent exister et répondre aux besoins des populations.

La veille juridique : Cette veille aura pour but de connaître le cadre juridique des TIC au Cameroun. Les politiques ou stratégies existantes et en vue.

Une veille sur les usages et pratiques des TIC a également été effectuée. o Types d'informations recherchées

- L'état des lieux des TIC au Cameroun

- Les politiques et stratégies existantes et en vue en matière de TIC

- Les ONG et associations du Cameroun qui oeuvrent dans la vulgarisation des TIC - Le rôle des TIC dans le développement local

- Le rôle de la société civile dans la réduction de la fracture numérique et la réduction de la pauvreté

- Les usages et services à offrir aux populations pour répondre à leurs besoins et participer ainsi au développement local

- Les activités d'ASSOAL en matière de vulgarisation des TIC

o Où les informations ont été obtenues

Internet est sans aucun doute une source illimitée d'informations. La veille s'est donc principalement articulée sur Internet. Elle a permis d'avoir une foule d'informations sur les TIC au Cameroun et également sur le Cameroun en générale. Internet est devenu même au Cameroun, un canal incontournable pour se faire connaître, alors la plupart des informations qu'on aurait été obligé d'obtenir en effectuant plusieurs descentes dans les ministères et autres institutions, descentes qui généralement ne sont pas très fructueuses. Alors grâce aux sites Internet des différents ministères et institutions, l'accès aux informations a été facilité.

Ces informations ont été obtenues grâce au moteur de recherche Google qui a permis de rechercher facilement les sites Internet des institutions et également de retrouver rapidement des documents comme le DSRP (Document de stratégie de réduction de la pauvreté.

Hormis Internet, on a pu également se documenter auprès des ONG et associations nationales (rapports d'activités, de recherches, etc....) et également auprès des institutions nationales (Ministère des Postes et Télécommunication)

2. Elaboration des outils de collecte de données

Pour recueillir les besoins des publics cibles et évaluer les activités d'ASSOAL, des questionnaires ont été élaborés et diffusés. Ces questionnaires ont permis d'identifier le cadre de vie des publics, leurs besoins en matière de TIC, leur niveau de connaissances des outils, l'appréciation qu'ils ont des activités d'ASSOAL. Trois (3) questionnaires ont été élaborés en direction des bénéficiaires réels d'ASSOAL (un pour les associations et un autre pour les personnes individuelles) et des non bénéficiaires potentiels publics cibles.

3. Collecte et analyse des données

La collecte des données s'est faite de deux manières :

o L'enquête en direction des non bénéficiaires a été faite par une descente de terrain, au contact des populations. Le déroulement de l'enquête s'est faite à l'aide du questionnaire qui a également servi de guide d'entretien.

o L'enquête en direction des bénéficiaires : grâce à une liste de diffusion des bénéficiaires, le questionnaire a été premièrement diffusé par mail. N'ayant reçu aucune réponse après deux semaines, il a été relancé une deuxième fois et nous avons obtenus le même résultat. Grâce a un séminaire qui s'est tenu a ASSOAL que nous avons réussi a entrer en contact avec eux et rempli les questionnaires.

Ces informations ont ensuite été saisies via un formulaire construit sur ACCESS et les données ont par la suite été transférées sur une table EXCEL afin de procéder à des analyses par tableaux croisés. Deux types d'analyses ont été effectués :

o Une analyse quantitative par analyse des questions fermées du questionnaire

o Et une analyse qualitative par analyse des questions ouvertes du questionnaire

4. Elaboration du rapport de recherche

Les résultats obtenus de la recherche documentaire et des enquêtes ont permis de rédiger le présent rapport. Ces informations ont permis de rédiger l'état des lieux des TIC au Cameroun, le rôle de la société civile dans la vulgarisation des TIC et le développement local, les activités d'ASSOAL, ses forces et ses faiblesses, les activités à développer pour aller plus loin dans la lutte contre la fracture numérique et le développement local.

Difficultés rencontrées :

La principale difficulté rencontrée lors de ce travail a été de collecter les réponses des enquêtes. En effet, une partie des questionnaires, ceux destinés aux bénéficiaires effectifs d'ASSOAL, a été diffusé par mail. Mais après un mois d'attente, seulement une réponse a été envoyée. Ces bénéficiaires étant assez dispersés dans le pays, il a fallu profiter d'un séminaire organisé à ASSOAL pour entrer en contact avec eux et collecter les données.

CHAP I : SITUATION GENERALE DU CAMEROUN

I - Situation géographique

Situé en Afrique Centrale, le Cameroun est au croisement de l'Afrique Équatoriale du Sud et de l'Afrique Tropicale du Nord. Il partage une frontière commune avec le Nigeria à l'Ouest, le Tchad au Nord-est, la République CentrAfricaine à l'Est, le Congo, le Gabon et la Guinée Équatoriale au Sud. Il a une côte de 402 Km en bordure du Golfe de Guinée, une superficie de 475 650 km2 dont 466 464 km2 de terre et le reste constitué d'eau (y compris les affluents, les fleuves et les lacs). Ces limites et cette superficie ont été confirmées en octobre 2002, par le verdict de la Cour Internationale de Justice de la Haye, dans le conflit qui opposait la République du Cameroun à la République Fédérale du Nigeria, à propos de la Presqu'île de B akas si.

fleure 1: Carte du Cameroun

Source : http://www.izf.net/IZF/Documentation/Cartes/Pays/supercartes/Cameroun.htm

II - Histoire et politique

Découvert par les Portugais, le Cameroun a connu trois Administrations Coloniales : celle de l'Allemagne, de la France et de la Grande Bretagne. Après une longue période de régime de parti unique au lendemain de l'indépendance, le multipartisme est réintroduit au Cameroun par la loi N° 90/053 du 19 décembre 1990. Après la révision de la Constitution en 1996, le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans renouvelable une fois. Le Président Paul Biya, au pouvoir depuis le 6 novembre 1982, a été élu en 1997 pour un mandat de 07 ans dans le cadre de la nouvelle Constitution; son parti politique le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais est largement majoritaire à l'Assemblée Nationale depuis le mois de septembre 2002 avec 149 sièges sur 180.

III - Principales caractéristiques structurelles de l'économie

Le Cameroun jouit d'une grande diversité de climats, de reliefs et de végétations favorables à l'agriculture. Les productions agricoles vivrières (maïs, manioc, banane plantain, macabo, riz, mil et sorgho, etc.) et de rente (cacao, café, coton, caoutchouc, banane, ananas, etc.) font de l'agriculture camerounaise la plus riche d'Afrique Centrale. Les ressources pétrolières et forestières s'ajoutent à celles d'origine pastorale et agricole pour constituer des arguments de poids en faveur d'une base industrielle sur laquelle le pays pourrait miser pour accélérer son développement.

L'économie camerounaise repose de manière relativement équilibrée sur les trois secteurs institutionnels traditionnels que sont l'agriculture, l'industrie et les services. Depuis la reprise économique amorcée au cours de l'exercice 1994/1995, ces secteurs ont constamment représenté 23 à 25% du PIB en francs courants pour le secteur primaire, 26 à 30% pour l'industrie et 40 à 45% pour les services.

Après une période de croissance soutenue que le Cameroun a connu jusqu'au milieu de la décennie 80, la situation s'est dégradée à partir de 1986 et le pays a sombré dans une profonde crise économique. Cette crise économique s'est principalement manifestée par la chute des revenus, la dégradation des infrastructures économiques et sociales, la dépravation de l'offre des services sociaux et la perte des emplois. La restructuration des entreprises des secteurs public et parapublic d'une part, le gel des recrutements à la fonction publique et les mesures d'allègement des effectifs d'autre part, ont engendré une forte montée du chômage qui a affecté principalement les jeunes et les femmes. Par conséquent, le revenu par tête a diminué de moitié et la situation est restée préoccupante jusqu'à la dévaluation du franc CFA intervenue en janvier 1994.

À partir de 1994, l'ajustement monétaire conjugué avec les mesures de politiques économiques internes a permis d'infléchir la tendance. Depuis 1997, année de la signature du Premier Programme Triennal avec le FMI, appuyé par une

Facilité d'Ajustement Structurel Renforcée (FASR), le pays a accompli de réels efforts d'ajustement et le chemin de la croissance est perceptible. Les performances économiques encourageantes se manifestent aussi bien sur le plan macroéconomique que sur le plan des reformes structurelles et sectorielles; le Produit Intérieur Brut (PIB) a cru à un taux moyen annuel de 4,5% en termes réels sur les quatre dernières années; l'inflation a été maîtrisée à moins de 3% de 1997 à 2000; l'accroissement des dépenses publiques, accompagné d'une mobilisation accrue des recettes fiscales s'est traduit par l'amélioration du solde budgétaire.

Devant une situation où le Cameroun faisait face à une dette extérieure insoutenable, ces progrès ont permis que le pays soit déclaré éligible à l'initiative PPTE en octobre 2000 ; suite à cette admission, un Second Programme, allant du 1er octobre 2000 au 30 septembre 2003, appuyé par les ressources de la Facilité pour le Réduction de la Pauvreté et la Croissance (FRPC), a été signé avec le FMI et devrait permettre au Cameroun d'amorcer la mise en oeuvre de sa stratégie de lutte contre la pauvreté avant de franchir le point d'achèvement projeté à la fin dudit programme. Au point d'achèvement le Cameroun s'attend à une réduction du stock de sa dette extérieure de l'ordre de 1400 milliards de francs CFA soit environ 2 milliards de dollars. En perspective, le taux de croissance restera positif, il est estimé déjà à 4,6% pour l'exercice budgétaire 2001/2002, l'activité économique étant soutenue par les politiques économiques internes et les retombées de l'oléoduc TCHAD-CAMEROUN. Mais il est à craindre que le déficit dans la production de l'énergie électrique ne compromette la poursuite de la politique de diversification industrielle, qui vise à améliorer la compétitivité de l'économie et son insertion réussie dans le marché mondial. Aujourd'hui, le point d'achèvement étant atteint, aucune donnée ne permet encore d'apprécier son impact sur la situation économique du pays.

IV -- Situation de la pauvreté au Cameroun et stratégies mises en place (extrait du DSRP 2003)

Le Cameroun est entré dans le troisième millénaire avec des atouts importants mais aussi des défis majeurs à relever pour diversifier son économie, approfondir la croissance et améliorer les conditions de vie de ses populations. Au nombre des atouts, on compte un cadre macroéconomique stable après des efforts soutenus d'ajustement, des conditions plus incitatives pour le développement du secteur privé, une position de pôle de développement dans un cadre sous-régional de plus en plus ouvert, une population relativement jeune et éduquée, capable d'absorber les nouvelles technologies et d'améliorer la productivité, et une grande stabilité politique et institutionnelle. Ces atouts constituent un « capital social » qui pourra permettre au Cameroun d'attirer l'investissement étranger, de diversifier l'économie et de relever le rythme de croissance à la mesure des besoins et des attentes des populations.

Le Cameroun aura bien besoin de tout ce capital pour faire face à un défi majeur, celui de combler un « déficit social » important qui, en l'absence d'attention adéquate et soutenue, fragiliserait à la fois les fondements de la croissance à moyen terme et la cohésion sociale. En effet, malgré des gains importants enregistrés lors de la deuxième moitié des années 1990, encore 4 Camerounais sur 10 en 2001 vivent en dessous du seuil de revenu annuel de 232.547 FCFA (soit environ 1 dollar par personne et par jour ou 19.000 francs FCFA par mois) jugé nécessaire pour permettre à un individu à Yaoundé de s'offrir un « panier minimal » de dépenses essentielles alimentaires et non alimentaires, notamment les dépenses de santé, d'éducation et de logement. D'une manière générale, les indicateurs de développement humain se sont considérablement dégradés au cours des années de crise notamment dans le secteur de l'éducation et de la santé. Les bonnes performances économiques des dernières années ne suffisent pas encore à redresser cette situation, même si l'incidence de la pauvreté a commencé à reculer.

Dans l'éducation, le taux d'accès à l'enseignement primaire des enfants en âge scolaire s'est amélioré pour atteindre 95% en 2001 suite entre autre à la suppression des frais d'écolage dans le primaire public. Toutefois, seulement un enfant sur deux (56%) finit le cycle primaire à cause d'un taux de redoublement élevé de 25% en moyenne sur le cycle et 60% de ceux qui achèvent le primaire réussissent la « transition » vers le secondaire. Ces faibles « taux de survie » et de « transition » révèlent des problèmes structurels préoccupants et entraînent un coût économique et social considérable qui croît avec la pression démographique. De même,

l'état de santé des populations s'est dégradé par rapport aux débuts des années 1990. Le taux de mortalité infantile a augmenté de 12 points entre 1991 et 1998, le taux de malnutrition chronique pour les enfants de 12 à 23 mois a progressé de 23% à 29%, le taux d'accouchements assistés par un personnel qualifié a régressé de 5 points au cours de la même période. Le taux de prévalence du VITI/SIDA a progressé de façon alarmante, de 2% à 11,8% de la population de 15 à 49 ans entre 1991 et 2002. Dans le même temps, les infrastructures de base se sont aussi dégradées avec la crise, et l'accès des populations à la route, à l'électricité et à l'eau potable demeure encore bien en deçà des attentes des populations et des exigences de la croissance économique.

Ces problèmes sont accentués par la croissance particulièrement rapide de la population urbaine (5% environ). Par ailleurs, la population camerounaise est relativement jeune (42% de la population a moins de 14 ans et 72% a moins de 30 ans) et fortement concentrée en milieu urbain. Ceci constitue à la fois un atout pour l'économie, mais aussi une pression additionnelle sur les services sociaux, les infrastructures et le marché de l'emploi. Sans une attention collective adéquate et soutenue, ces développements risquent de transformer les grands centres urbains en zones de pauvreté et d'insécurité ; ce qui fragiliserait le capital social et compromettrait les atouts compétitifs du Cameroun face au défi de la mondialisation.

Le Gouvernement est bien conscient de l'enjeu et est déterminé à mobiliser toutes les forces vives du pays autour d'une stratégie viable pour un développement humain durable au Cameroun. Aussi, l'objectif de la nouvelle génération de politiques économiques et sociales envisagées par le Gouvernement est-il d'une part de consolider les acquis des programmes passés afin de relever le rythme de croissance, et d'autre part de renforcer la sphère sociale afin que les bonnes performances économiques se traduisent par une nette amélioration des conditions de vie des populations. A cet effet, le gouvernement a élaboré un Document intérimaire de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP-I) en août 2000. La mise en oeuvre du DSRP-I a été accompagnée de la production d'une série de documents de stratégies sectorielles, notamment pour l'éducation, la santé, le secteur rural et les infrastructures de base (routes, eau), etc.

W.1 - La pauvreté au Cameroun

Afin de formuler une stratégie efficace de réduction de la pauvreté, les autorités camerounaises ont mené deux séries importantes de travaux complémentaires, qui ont permis d'évaluer l'ampleur de la pauvreté et d'en identifier les caractéristiques ainsi que les déterminants. En premier lieu, des analyses quantitatives fouillées ont été faites à partir des résultats des deux grandes Enquêtes Camerounaises Auprès des Ménages (ECAM I, 1996, et ECAM II, 2001). Cette approche quantitative a été complétée par une évaluation qualitative de la pauvreté et de ses déterminants, qui repose sur une série de consultations participatives auprès des populations menées sur l'ensemble du territoire national.

L'analyse quantitative révèle notamment que : (i) le taux de pauvreté monétaire au Cameroun demeure encore élevé à 40,2% de la population en 2001, bien qu'en régression significative de 13,1 points par rapport au niveau de 1996, (ii) la pauvreté au Cameroun varie considérablement selon les régions, passant du simple au double entre des zones urbaines où l'incidence est de 22% en moyenne et des zones rurales où elle atteint 50% ; (iii) la pauvreté touche particulièrement les « exploitants agricoles » (57%), les « dépendants agricoles informels » (54%) et ceux du secteur informel et les sans-emplois en zones urbaines (40%). Les résultats mettent aussi en exergue l'importance de l'éducation et des services d'infrastructure. Un pauvre sur deux vit dans un ménage où le chef est sans instruction

primaire et l'accès aux services sociaux de base (éducation, santé, eau, routes) est plus difficile pour les pauvres comparativement aux non pauvres.

L'analyse de la dynamique de la pauvreté indique que les gains en terme de réduction de l'incidence de la pauvreté entre 1996 et 2001 (13,1 points) sont plus le fait de la croissance (11,8 points) que celui de la redistribution (1,8 points). Enfin, l'analyse quantitative des déterminants confirme l'importance de la zone agro-économique, de l'occupation professionnelle, de l'éducation, de la disponibilité et de l'accès aux services d'infrastructure dans la dynamique de la pauvreté.

Les principaux résultats de l'analyse quantitative sont confortés par les informations tirées des consultations participatives que les autorités ont mené auprès des populations. En particulier, les populations camerounaises perçoivent bien la pauvreté d'abord comme un état de dénuement matériel caractérisé notamment par : (i) l'insuffisance de ressources pour satisfaire des besoins essentiels ; (ii) l'indisponibilité des services d'infrastructure ou une grande difficulté d'accès à ceux-ci, principalement l'eau, les routes, l'énergie électrique, et aux services sociaux, notamment la santé et l'éducation. Les populations perçoivent aussi la condition de pauvreté comme conséquence d'un « dysfonctionnement social », notamment la dépravation des moeurs, la perte de respect de soi, de solidarité familiale, les préjugés et attitudes discriminatoires à l'encontre de certains groupes ethniques ou sociaux. Enfin, elles associent bien la condition de pauvreté à l'insécurité, au manque de protection contre les abus, à l'absence de droits et à l'inaccessibilité aux services légaux.

Les consultations participatives ont aussi permis de recenser les recommandations des populations concernant les axes stratégiques de lutte contre la pauvreté. Les populations ont mis l'accent sur l'importance d'améliorer leurs capacités à générer des activités économiques afin de se « prendre en charge », d'appuyer les filières agricoles de production et de faciliter l'insertion des jeunes et des pauvres dans le circuit économique par des actions ciblées. Elles ont aussi relevé la nécessité de résoudre les problèmes d'accès à l'eau, en particulier dans la région Nord du pays, de développer les routes pour désenclaver les régions et faciliter la participation des pauvres aux activités marchandes. Les populations ont recommandé que les autorités accordent une plus grande attention et engagent plus de ressources pour améliorer l'éducation et combattre les maladies contagieuses, en particulier la pandémie du VIH/SIDA et le paludisme qui compte pour l'essentiel de la morbidité et de la mortalité au Cameroun.

IV.2 - Les principaux axes stratégiques du DSRP

Les résultats des analyses quantitatives et qualitatives précédentes ont permis au Gouvernement d'identifier les grands axes de la stratégie à moyen terme de réduction de la pauvreté, en cohérence avec les grands objectifs de développement auxquels le Cameroun à souscrit. Les sept axes principaux de la stratégie sont :

Axe 1 : La promotion d'un cadre macro-économique stable

Axe 2 : La diversification de l'économie pour renforcer la croissance

a) Le secteur rural : Appuyer les opérateurs pour favoriser la production' assurer des revenus et la sécurité alimentaire aux populations.

(i) l'appui à la modernisation de l'appareil de production par la facilitation des financements à
moyen et long termes, et le renforcement des ressources humaines dans le secteur grâce à des

rénovations dans la formation professionnelle, (ii) le développement des infrastructures dans le secteur rural (routes, piste, eau, etc.), (iii) la restructuration du cadre institutionnel et la promotion d'un environnement incitatif et (iv) la gestion durable des ressources naturelles.

b) L'industrie manufacturière : Favoriser la compétitivité générale et appuyer l'essor des filières agroalimentaire' textile et transformation du bois pour relever la contribution de l'industrie à la croissance.

c) Les services : Favoriser le développement du tourisme' des technologies de l'information et de la communication' des transports et des finances.

Pour ce qui est des technologies de l'information et de la communication, le Gouvernement poursuit une stratégie à deux volets. Un premier volet concerne la promotion du secteur afin de favoriser son essor. A cet égard, le Gouvernement a créé une Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication (ANTIC, Avril 2002) pour promouvoir le développement des centres d'information (cybercafé) et faciliter leur accès aux populations. Le gouvernement considère aussi des mesures fiscales (réduction de droits et taxes à l'importation de matériel informatique) pour favoriser la croissance du secteur. Un second volet concerne l'accès des populations aux services d'information. A cet effet, les autorités ont élaboré un plan « ambitieux » comprenant l'ouverture de centres communautaires multimédia dans les provinces afin de permettre aux populations enclavées d'avoir accès, via Internet, aux informations utiles dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'agriculture, de l'élevage et de l'environnement. Elles envisagent également l'installation de nouvelles radios rurales qui viendraient s'ajouter aux quinze stations déjà opérationnelles et qui seront financées par le PNUD et l'UNESCO. Les autorités entendent par ailleurs mettre en oeuvre un plan sectoriel de communication pour appuyer la stratégie nationale de lutte contre le VIH/SIDA.

Axe 3 : Le renforcement du secteur privé comme le moteur de la croissance

Le Gouvernement se donne pour priorités : (i) d'améliorer l'environnement physique des entreprises en accélérant le développement des infrastructures de transport, des télécommunications, de fourniture et de distribution d'énergie, (ii) d'améliorer le cadre institutionnel et réglementaire pour accroître l'efficacité des prestations publiques aux entreprises, (iii) de garantir la sécurité juridique des investissements par l'amélioration du fonctionnement du système judiciaire et l'application du cadre juridique des affaires, et en particulier celui de l'OHADA, (iv) de promouvoir la pénétration des produits camerounais sur les marchés extérieurs, (v) de consolider les mécanismes de concertation et de dialogue avec les organisations du secteur privé.

Au-delà de cette stratégie générale, le Gouvernement entend appuyer et utiliser le secteur privé, notamment les PME/PMI (Petites et moyennes entreprises/Petites et moyennes industries) comme un instrument privilégié pour créer des richesses et développer les services sociaux afin de combattre la pauvreté. En cela, la stratégie gouvernementale de développement du secteur privé comporte des axes spécifiques d'appui ciblés sur les PME et les micro-entreprises. Les objectifs sont de :(i) renforcer l'implication du secteur privé dans le développement des capacités, notamment dans l'offre de services sociaux tels l'éducation et la santé ; (ii) renforcer la compétitivité des PME/PMI à fort potentiel de croissance; (iii) mobiliser davantage des ressources financières en faveur des PME/PMI et des micro- entreprises, par la diversification et l'adaptation des instruments financiers, ainsi que le développement de la micro-finance ; (iv) appuyer l'organisation du sous-secteur des

PME/PMI et de l'artisanat afin de faciliter le partenariat, par exemple la promotion d'un programme de développement des réseaux ou groupes (networks/clusters) de PME, de micro- entreprises et de pépinières d'entreprises ; et (v) améliorer l'impact du programme de privatisation sur la sous-traitance des services aux PME/PMI. Le Gouvernement poursuivra par ailleurs sa politique d'appui institutionnel de consolidation du secteur financier traditionnel et de la micro-finance dans le nouveau cadre réglementaire régional.

Axe 4 : Le développement des infrastructures pour appuyer les secteurs productif et social

Les axes prioritaires de la stratégie de développement des infrastructures : (i) le renforcement du réseau routier, en volume comme en qualité, (ii) l'amélioration de l'accès à l'eau potable, (iii) l'extension de la couverture du territoire en réseau électrique et (iv) la résolution rapide des insuffisances actuelles dans la production électrique constituent

Dans le même temps, il s'agit de favoriser la création d'activités économiques et d'emploi pour les groupes défavorisés à travers l'utilisation des techniques à haute intensité de main d'oeuvre (HIMO) dans les programmes d'entretien et de réhabilitation de routes et des pistes rurales. Ces objectifs se déclinent en plusieurs axes stratégiques, notamment : (i) des investissements nouveaux pour l'extension du réseau routier, (ii) la réhabilitation des réseaux en mauvais état, et l'entretien régulier de l'ensemble du réseau routier, (iii) une programmation plus efficace à moyen et long termes accompagnée de mécanismes de financement appropriés, et l'amélioration des capacités d'exécution tant privée que publique.

Axe 5 : L'accélération de l'intégration régionale

Axe 6 : Le renforcement et la valorisation des ressources humaines

(i) la promotion de l'éducation de base pour tous, (ii) l'amélioration de l'état de santé de la population en général et celui des mères et des enfants en particulier, (iii) l'amélioration des conditions de vie en zones urbaines, (iv) la lutte contre le chômage et l'insertion des populations défavorisées dans le circuit économique, (v) la promotion de l'égalité et de l'équité entre les sexes, et (vi) l'amélioration des conditions nécessaires à l'épanouissement et à la sauvegarde de la famille et de l'individu.

Axe 7 : Améliorer la gouvernance, l'efficacité des services administratifs et le cadre institutionnel

La promotion de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption constitueront également des facteurs essentiels de la réussite du programme de réduction de la pauvreté. Les populations ont en effet cité, lors des consultations participatives, la corruption et plus généralement les manquements à la gestion saine des affaires publiques comme déterminants importants de la pauvreté au Cameroun. Dans le cadre de la mise en oeuvre du programme national de gouvernance (PNG) adopté en juin 2000, les autorités mettront un accent particulier sur (i) le renforcement de la transparence et de la responsabilisation (« accountability »), (ii) l'amélioration de l'offre de services sociaux de base, (iii) le renforcement de l'Etat de droit et de la sécurité juridique et judiciaire des investissements, (iv) la poursuite du processus de décentralisation/déconcentration de la gestion des affaires publiques et (v) l'amélioration de l'information du citoyen sur la gestion des affaires publiques.

Tableau 1 : Synthèse de l'Etat de pauvreté du Cameroun

V- Rôle de la société civile dans le développement local

V.1 - Définition de la notion de société civile

Beaucoup d'auteurs ont essayé de définir la notion de société civile. Pour citer, nous pouvons parler de Guimbo4 (1995 :133) qui définit la société civile par opposition à la société politique, les deux s'inscrivant dans un vaste ensemble qui est la société globale. La société globale comprend les gouvernants, les gouvernés, les opérateurs économiques, les forces religieuses, les syndicats, les formations ou les partis politiques et les autres groupes de pression. Par contre, on peut définir la société civile par rapport aux seuls gouvernés, et plus précisément les personnes qui n'appartiennent à aucune obédience politique, mais qui ne reste pas en marge des affaires ou des questions politiques. Séverin Cécile ABEGA5, trouvant la définition de Guimbo organique et ne s'étendant pas sur les contenus, défini la société civile comme une organisation qui rassemble les citoyens, organisant leurs intérêts, formulant leurs demandes et les exprimant devant les décideurs.

Selon lui, la société civile se construit à travers un certain nombre de paramètres et de conditions : le désir de vivre ensemble, le partage de certaines valeurs, la solidarité entre ses membres, l'acceptation d'un certain nombre de règles communes, le rôle régulateur et censeur de l'Etat, un certain degré de convivialité. L'existence d'une société politique suppose des compromis entre le pouvoir et les citoyens parmi lesquels la société civile. Ceci suppose la déconstruction des déséquilibres et des contradictions entre le pouvoir et les citoyens, et une reconstruction attentive à la préservation de la justice et de la paix.

Il en ressort que la société civile est toute organisation rassemblant des acteurs sociaux qui, loin des actions et intérêts politiques, oeuvrent pour la défense des intérêts (sociaux, culturels, économiques) des populations. La société civile est une société de rencontre, de partage et de conflits, qui n'est cependant pas indemne de crises.

V.2 - la société civile au Cameroun6

Le Cameroun accède à l'indépendance en 1960 et adopte le modèle de parti unique en 1966. Ce modèle prévaudra jusqu'en 1990. La politique officielle veille attentivement au respect des équilibres régionaux. A partir de 1982, on assiste à une arrivée massive de technocrates au gouvernement. Les premiers effets de la crise économique apparaîtront en janvier 1987. Les plans d'ajustement adoptés successivement s'avérèrent insuffisants. La situation économique se dégrada tandis que se relâchait le contrôle de l'administration sur ses propres mécanismes et sur certaines couches de population : jeunes travailleurs du secteur informel, populations des régions enclavées ; etc....

C'est dans ce contexte, qu'en Décembre 1990 furent votés à l'Assemblée Nationale des textes autorisant la liberté d'association et donnant une certaine liberté d'expression. Le pays connaît depuis lors une activité politique intense animée par 130 partis ayant une existence légale dont 7 sont présents à l'Assemblée Nationale. Cependant, à la suite des présidentielles de 1996, le paysage politique semble être dominé par 3 grands partis.

Bien qu'il ait vécu quelques moments de vive tension, le Cameroun est entré dans l'ère du
multipartisme sans excès de violence. Le syndicalisme ne connaît pas encore le même

4 Philosophes du XVIII ème siècle

5 Ecrivains Camerounais

6 Extrait de « Société civile et réduction de la pauvreté » de Séverin Cécile Abéga

épanouissement. Les travailleurs des différents corps de profession se sont cependant lancés dans un effort de restructuration. Il existe déjà des organisations ou syndicats regroupant des avocats, des fonctionnaires, des enseignants, des journalistes, des étudiants et deux centrales syndicales. Peut-être s'achemine-t-on vers une nouvelle phase de la transition démocratique en cours, marquée par des revendications et la défense d'intérêts à caractère plus social et professionnel que politique. Ceci est un facteur important pour toute action touchant les populations.

Les textes sus-évoqués ont rendu son dynamisme à la vie associative. De multiples ONG locales sont ainsi nées, dont beaucoup s'adonnent à la promotion, à la protection, à l'éducation et à la formation dans tous les secteurs de la vie sociale et politique. Parallèlement, les populations retrouvent progressivement la parole. Sous le parti unique et avant 1990, il était difficile de communiquer avec elles dans la mesure où elles ne comptaient que comme exécutantes des instructions venues d'en haut. En même temps, il était difficile de connaître leur point de vue, la censure étant partout présente. Aujourd'hui, elles parlent de plus en plus, et veulent participer à la vie publique. Cette impulsion semble aussi avoir amélioré les liens entre femmes citadines et rurales par exemple, apportant ainsi une plus grande unicité dans la problématique de la femme camerounaise.

Cette phase voit donc entrer en scène de nouveaux partenaires telles les ONG, les associations, les organisations professionnelles, les municipalités. Bientôt, auront lieu des élections régionales. La décentralisation implique l'arrivée au pouvoir de nouveaux acteurs qui n'appartiennent pas toujours au sérail gouvernemental, ou ont des choix différents. Cette décentralisation implique aussi l'éclatement de certains centres de décision, ainsi qu'une entrée en scène des responsables élus.

Il s'agit d'une étape cruciale. On peut penser, au vu de la misère dans laquelle vit une partie de la population, à l'implantation de projets en vue d'apporter un changement immédiat. Certaines situations l'exigent. Mais il serait encore plus profitable d'aider les populations à améliorer leurs capacités de choix et leur pouvoir en tant que masse grâce à une nouvelle échelle de valeurs et un nouveau sens du respect de ces valeurs par une éducation et une animation qui viserait aussi bien les couches de la base que les nouveaux acteurs de la vie publique. Ce serait cela renforcer la société civile.

V.3 - Rôle de la société civile dans le développement local

Les définitions données plus haut à la société civile la présente comme un mouvement de défense des populations dans leur combat quotidien avec les instances gouvernementales et dans l'amélioration de leurs conditions de vie. La société civile a toujours joué un rôle majeur dans le développement. Son implication intense auprès des populations et la meilleure maîtrise des problèmes de ceux-ci lui a donné un pouvoir d'action plus important et concret ayant des effets directs sur les populations.

La société civile joue un rôle important dans la lutte contre l'injustice et la pauvreté par des actions concrètes. Dans un pays où la sécurité sociale n'existe pas, ce rôle est tenu par des groupes à la base, les tontines et les associations par exemple, qui collectent l'épargne, la redistribuent, assurent contre la maladie, prennent en charge certains frais lors des événements familiaux importants. Nous connaissons encore l'action des associations de village en coordination avec celles des élites et des ressortissants dans la réalisation des infrastructures de développement comme les routes, les ponts, les écoles, les centres de santé, l'hydraulique

villageoise. Nous voyons aussi se déployer sur le terrain les ONG, les mouvements de jeunesse, les Églises, les associations religieuses, etc.

Les différentes actions concrètes qu'elle a mené jusqu'à lors lui ont donné une certaine crédibilité auprès des organisations internationales qui la considère aujourd'hui comme un intermédiaire privilégié pour la lutte contre la pauvreté. En effet, sa proximité avec la population et surtout sa position inférieure, sous le pouvoir public, hors de la sphère politique, la place au même niveau que les populations des quartiers, c'est-à-dire vivant et connaissant mieux les problèmes et le quotidien de ceux-ci. Naît ainsi des idéaux qui l'engagent à concourir avec la population à l'amélioration de leur cadre de vie.

V.3.1 - Pourquoi le développement local

De plus en plus de théories confèrent au développement local une alternative robuste au développement global. Les actions de développement global ayant démontré depuis toujours leur échec sur le plan de l'impact de ces actions sur le développement des masses critiques du territoire : les populations.

L'idée qui prévalait dans les années 1950, 1960, 1970, idée développée par des économistes, est que le développement économique d'un territoire reposerait sur les grands ensembles industriels, les grands projets d'envergure nationale, les actions à impacts globaux. Cette théorie démontrait que l'essor de ces grands ensembles aurait un effet sur les petits et plus petits ensembles, une sorte de transfert du haut vers le bas. Néanmoins, ces expériences partout dans le monde ont montré l'inexactitude de cette théorie, le développement du haut vers le bas n'ayant pas été constaté.

Aujourd'hui, une autre théorie se développement, une alternative à la précédente qui est en fait une théorie contraire, qui milite pour le développement du bas vers le haut, encore appelé développement par le bas ou développement local.

La théorie du développement local est apparue à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Son apparition coïnciderait avec les premiers symptômes de la crise qui allait affecter les économies industrialisées, ce qui ferait voir « comme une réponse politique contestataire et anti-économiste à une théorisation excessive et totalitaire d'un interventionnisme étatique industriel et productiviste retrouvant les arguments forts du régionalisme »7 Cette apparition coïncide aussi avec l'introduction des aspects socioculturels dans les démarches de développement à l'initiative de l'UNESCO. Aujourd'hui les expériences de développement local essaiment à travers le monde et un début de théorisation est amorcé. Si une théorie achevée du développement local n'est pas encore disponible, un certain nombre de travaux ont été réalisés et permettent d'analyser le phénomène. Dans ces travaux l'espace urbain est privilégié comme cela est de coutume. L'accent est souvent mis sur la proximité, corollaire de la forte densité, source d'économies externes.

Nacer Taleb8 défini le développement local en citant la définition de J.L. Guigou9 qui parle
d'expression de la solidarité locale créatrice de nouvelles relations sociales et manifeste la
volonté des habitants d'une micro-région de valoriser les richesses locales, ce qui est créateur

7Citation de Lacour C. Géographie appliquée et sciences des territoires, reprise par Nacer Taleb, université de Bejaie en Algerie dans « Gouvernance locale et développement territoriale, le cas de pays du Sud, l'Harmattan »

8 Gouvernance locale et développement territorial, le cas des pays du Sud, Page 79

9 Le développement local, espoir et freins, colloque de Poitiers, 1983

de développement. Il cite également X. Greffe qui définit le développement local comme « un processus de diversification et d'enrichissement des activités économiques et sociales sur un territoire donné, à partir de la mobilisation et de la coordination de ses ressources et de ses énergies. Il est donc le produit des efforts de ses populations. Il met en cause l'existence d'un projet de développement intégrant ses composantes économiques, sociales et culturelles. Il fera d'un espace de contiguïté un espace de solidarité active ».

V.3.2 - Société civile et développement local

Le rôle de défense des intérêts des citoyens et de lutte contre la pauvreté assigné à la société civile lui confère une place de choix dans le développement local. Ses actions concrètes, toujours à l'échelle du quartier ou du village la présente donc comme un acteur de choix dans le développement local.

La plupart des auteurs nomment comme acteurs du développement local les PME ou encore les collectivités locales. Il est vrai que leur rôle est plus que crucial pour le développement économique, social et culturel du territoire par l'effet de leurs actions sur le territoire ou leur mission de gestionnaire du territoire. La société civile quant à elle a une dimension autant de défenseur des intérêts des populations que de mobilisateur de tous les acteurs dans une logique d'action pour le développement propre.

La société civile au Cameroun est en effet très mobilisée dans la réalisation d'actions concourant à l'amélioration des conditions de vie des populations. Son organisation devient de plus en plus structurée, fonctionnant souvent comme des entreprises mais à caractère non lucratif. Les plus petites se contentent de rassembler les cotisations des membres (la population du quartier ou du village le plus souvent ayant adhéré aux projets de l'association) pour des réalisations concrètes, validées par tous et ayant un intérêt pour tous. Ses actions vont également à l'assistance de ses membres en cas de maladie ou de deuil, de mariage également. C'est comme une grande famille regroupée pour une vie en communauté et la solidarité entre les membres. Elles sollicitent parfois l'appui financier d'organisations internationales ou de donateurs volontaires pour des dons de matériels en faveurs des populations exclus (malades, orphelin, handicapés, prisonniers,...). Les plus grosses par contre sont généralement composées de membres ayant un profil professionnel (ayant des niveaux d'éducation élevé) et regroupés pour des projets plus structurés visant les populations pour l'amélioration de leurs conditions de vie. Ces grosses organisations travaillent le plus souvent en partenariat avec les organismes publics (Ministères, collectivités locales) et des organismes internationaux.

C'est sur cette dernière catégorie que portera notre attention tout au long de ce document. Le niveau d'éducation et de professionnalisation de ses membres lui confère parfois un statut d'entreprise mais à caractère non lucratif. Ses réalisations concrètes et pérennes, nécessitant de la technicité et du professionnalisme (route, ponceaux, puits, bâtiment, études et recherches, etc....) en direction des populations défavorisées lui ont données de la crédibilité auprès des organismes étatique et internationaux qui ne cessent plus de l'intégrer dans leurs politiques et stratégies. De plus en plus la société civile est interpellée et associée aux projets. Les différents fonds de financements nationaux et internationaux lui réserve une part belle de financement à leurs projets exigeant un niveau de pertinence, d'impact direct sur les populations nécessiteuses et surtout de pérennité.

lo Territoires en France, Paris, Economica, 1984

La société civile a une place de choix dans le développement du territoire. C'est même son objectif premier de lutter contre la pauvreté en concourant à l'amélioration des conditions de vie des populations défavorisées. Elle a depuis longtemps prouvé son engouement et sa capacité à le faire. Elle a de la crédibilité auprès des populations surtout et des pouvoirs publics et mondiaux. C'est un acteur non négligeable dans les stratégies de réduction de la pauvreté. Le développement local, stratégie de développement global, est son slogan.

Conclusion partielle

Le Cameroun, pays faisant partie des PPTE (Pays Pauvres Très Endetté) connaît un état de pauvreté qui freine considérablement son entrée dans la mondialisation. C'est état de pauvreté est marqué par un niveau de vie très bas (revenu moyen estimé à 26 800 FCFA) de ses populations, un taux de sous-emploi élevé (75.8%). L'économie camerounaise n'est pas à son beau fixe et la crise continue de sévir. Des stratégies sont misent en place pour palier à cet état de fait. C'est le cas du DSRP (Document de stratégie de réduction de la pauvreté) élaboré en 2003 et voie d'actualisation qui donne des axes de développement assez pertinente. Dans ce combat contre la pauvreté, des organisations de la société civile ont montré leur motivation et leur investissement pour cette cause. Son rôle devient de plus en plus primordial dans ce processus grâce à sa proximité avec les populations et sa maîtrise des problèmes réels de ceux-ci. Il est clair aujourd'hui que le développement du pays ne passera pas sans elle. Comme axe de stratégie de développement, ce document veut mettre la société civile au coeur du processus par la vulgarisation et l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans une optique de développement local

CHAP II : ETAT DES LIEUX DES TIC AU CAMEROUN

I - Rappel historique des politiques nationales11

L'histoire des politiques menées et des objectifs poursuivis au Cameroun en matière de télécommunications se déclinent en trois grands périodes depuis l'indépendance : de 1960 à 1988, de 1988 à 1998 et de 1998 à nos jours. La caractéristique principale des politiques menées et des objectifs poursuivis d'une période à l'autre est la rupture. Rupture dans la vision stratégique du domaine et dans la politique de gestion stratégique de celui-ci. Nous allons revisiter succinctement cette déclinaison historique des télécommunications au Cameroun :

I.1 - Période de 1960 à 1988

L'accès à l'indépendance du Cameroun avait été consacré par la mise en place d'une organisation gouvernementale appuyée sur des plans quinquennaux comme outils de planification des investissements de l'Administration publique. En somme, c'était la période du monopole d'Etat et des subventions croisées. C'est dans ce cadre que :

- L'Administration en charge des Télécommunications du Ministère des Postes et Télécommunications avait assuré à la fois les fonctions de Réglementation et d'Exploitation ;

- L'Architecture du réseau national des Télécommunications avait été mis en place.

Au cours de cette période, la Direction des Télécommunication du Ministère des Poste et Télécommunications avait assuré jusqu'en 1970 l'essentiel des missions de réglementation et d'exploitation de la télégraphie, du télex, du morse et de la téléphonie.

Pour répondre aux besoins de développement des ressources humaines, l'Etat a crée en 1969 l'Ecole Nationale Supérieure des Postes et Télécommunications (ENSPT). Afin de satisfaire l'augmentation du trafic international et de bénéficier des capacités technologiques nouvelles supérieures à celle installées jusque là au Cameroun, l'Etat a crée en 1972 la société anonyme et consacrera la séparation de l'exploitation des télécommunications domestiques de celles internationales. Des antennes paraboliques de standard A sont ainsi déployées à Zamengoe (1972) et à Bépanda (1986).

Malgré des investissements importants réalisés, l'Etat avait pendant plusieurs années obtenu des résultats mitigés, matérialisés par une demande sociale et politique insatisfaisante, la hausse continue des tarifs, le gaspillage des ressources matérielles et la dégradation persistante des équipements.

I.2 - Période de 1988 à 1998

A l'aube de cette période, le Cameroun marque une rupture dans la gestion stratégique du
domaine des télécommunications. Engagé dans un vaste programme d'ajustement de
l'économie incluant le désengagement de l'Etat des entreprises publiques, le Gouvernement a,

11 Document de stratégies sectorielles du domaine des télécommunications et des technologies de l'information et de la communication

par la loi N° 87/021 du 17 décembre 1987 portant création du budget annexe des Postes et Télécommunications, donné une autonomie financière au MINPOSTEL (Ministère des Postes et Télécommunications). En mettant ainsi en place le budget annexe des Postes et Télécommunications, il répondait concrètement à la préoccupation nationale de promouvoir le développement des télécommunications en améliorant l'efficacité du management face aux besoins sans cesse croissants de financement. Au cours de cette période, le MINPOSTEL a franchi le pas technologique par l'acquisition des centraux numériques du Sud-Ouest. Les artères principales de transmission ont également été numérisées.

Dès 1993, la mise en exploitation du premier réseau de téléphonie mobile GMS d'Afrique est rendue effective sous la forme du projet CAMTEL MOBILE. En juin 1995, le Chef de l'Etat décide d'enclencher la restructuration du domaine avec l'opérateur national, la Direction des télécommunications, maintenue dans l'organigramme de l'Administration en charge des télécommunications.

A partir du 14 juillet 1998, date de la promulgation de la loi n°98/014 régissant les télécommunications au Cameroun, l'on assiste au désengagement de l'Etat par la séparation des activités d'exploitations, de supervision, de réglementation et de régulation. Cette situation permet de:

> Séparer le domaine des télécommunications de celui de la poste ;

> Encourager et favoriser la participation du secteur privé au développement des télécommunications dans un environnement concurrentiel;

> Promouvoir le développement harmonieux des réseaux et services des télécommunications en vue d'assurer la contribution de ce domaine au développement de l'économie nationale et de satisfaire les besoins multiples des populations ;

> Optimiser la contribution du domaine des télécommunications au développement économique et social du Cameroun.

Des textes d'application portant création, organisation et fonctionnement de nouveaux acteurs dans le paysage national des télécommunications voient le jour. Il s'agit de : l'Agence de régularisation des télécommunications (ART), de CAMTEL et CAMTEL Mobile.

1.3 - Période de 1998 à nos jours

Avec la libéralisation, c'est toute la vision stratégique du domaine qui évolue. En 1999, une licence de téléphonie mobile est attribuée à SCM qui deviendra en 2002 ORANGE. Au cours de la même année, l'on assiste au retour du MINPOSTEL dans le budget général de l'Etat.

Le processus de désengagement de l'Etat se matérialise davantage par la privatisation d'un de ses démembrements. En effet, CAMTEL Mobile est cédée à MTN International qui crée MTN Cameroun le 15 février 2000.

Les mutations technologiques qui se sont traduites dans les années 80 et 90 par la numérisation des réseaux téléphoniques et l'explosion des télécommunications par satellite en particulier et des systèmes sans fil en général, ont ouvert de nouvelles perspectives et engendré des services et des besoins nouveaux. Les entreprises et les professionnels désireux de disposer de services modernes voire sur mesure, ne sont plus satisfaits des services offerts par une administration non performante, lente à s'adapter et à innover.

C'est dans ce contexte que la réforme du domaine des télécommunications, décidée le 1er juin 1995 par le Chef de l'Etat, dans une logique globale de restructuration du système national de production, en vue de stimuler la croissance économique et de sortir l'économie camerounaise de l'ornière par le biais des technologies de l'information et de la communication, atteint ses premiers résultats :

- Les plans quinquennaux définissaient les actions à entreprendre par les pouvoirs publics en vue de l'amélioration des conditions de vie des populations. La crise économique aiguë a entraîné l'abandon de la planification quinquennale qui avait le désavantage de ne pas permettre des ajustements en fonction de l'évolution de la conjoncture socio-économique, des contraintes budgétaires et politiques ;

- Le passage du budget classique de l'Etat au budget par fonction et l'impérieuse nécessité d'une bonne mise en oeuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté exigent de disposer des stratégies sectorielles de développement faisant apparaître clairement les objectifs, les programmes et les projets prioritaires ainsi que les mécanismes de suivi de leur mise en oeuvre ;

- La politique de réforme du domaine des télécommunications doit être en phase avec la stratégie de réduction de la pauvreté.

Compte tenu de ce qui précède, il est prescrit au domaine des télécommunications trois objectifs essentiels dans le DSRP, à savoir :

- Offrir des biens et des services de qualité en quantité suffisante aux consommateurs sur toute l'étendue du territoire national ;

- Créer des emplois pour les jeunes diplômés ;

- Améliorer l'efficacité et l'efficience des établissements et entreprises publics du sous- secteur.

La stratégie sectorielle des télécommunications s'inscrit dans la mouvance du DSRP et de la déclaration du millénaire, mais aussi dans la dynamique actuelle de globalisation des échanges. De ce fait, le bilan diagnostic qui suit la déclaration des OMD est un document qui présente le domaine (y compris les institutions) tel qu'il est aujourd'hui, avec ses problèmes, ses atouts, ses handicaps et ses contraintes.

Au total, en décembre 2000, l'on observe plusieurs évolutions institutionnelles dont les plus significatifs sont :

- Le désengagement total de l'Etat de l'exploitation des réseaux de téléphonie mobile ouverts au public : deux licences de téléphonie mobile sont délivrées à deux opérateurs privés, ORANGE et MTN

- L'installation de nombreux fournisseurs de service Internet dont la plupart exercent sans autorisation ;

- Le démarrage des activités de l'Agence de Régulation des Télécommunications (ART) en septembre 1999 ;

- La fourniture du service de téléphonie fixe par CAMTEL pour une période transitoire allant jusqu'à la libéralisation de ce segment de marché.

Mais tous ces changements sont intervenus sans qu'il y ait à la base une politique/stratégie explicitée et appropriée qui sous-tende le développement du sous-secteur. A titre d'illustration, l'administration chargée des télécommunications n'a pas eu et n'a pas une réelle emprise technique sur la privatisation des entreprises publiques du domaine ; elle participe aux réunions techniques de la commission technique de privatisation et de liquidation (CTPL) comme toute autre institution invitée.

La politique sectorielle a pour objet de définir une vision claire du développement à long terme du secteur. Elle définit non seulement les grandes orientations et les objectifs généraux de développement des infrastructures et réseaux de télécommunications ouverts au public, mais également ceux de développement d'une industrie viable de fabrication des équipements et des matériels de télécommunications ainsi que de production d'une main d'oeuvre suffisante et qualifiée nécessaire à la société et à l'économie de l'information et du savoir.

La stratégie sectorielle de développement quant à elle est un instrument d'éclairage des choix prioritaires de développement du secteur en matière d'investissement public dans un contexte où les ressources publiques disponibles doivent être rationnellement utilisées.

La réforme du domaine des télécommunications initiée depuis juin 1995 par le Gouvernement à travers une restructuration de ses démembrements et les réalisations subséquentes laissent penser que celui-ci regorge de potentialités énormes qui sont jusque là sous-exploitées, surtout s'agissant d'un domaine toujours en perpétuelle mutation. Près de cinq années après la mise en oeuvre de la réforme approfondie et détaillée de la situation actuelle en vue d'une part de dégager, à l'horizon 2015, des objectifs et des axes stratégiques de son développement et d'autre part, de définir dans le cadre d'une stratégie sous sectorielle de développement cohérente, ambitieuse et réaliste, des programmes et des projets prioritaires à réaliser à court, moyen et long termes.

II - Le cadre politique et réglementaire

Le cadre politique et réglementaire qui structure le secteur des télécommunications au Cameroun aujourd'hui reflète à la fois, la volonté d'aller de l'avant et les hésitations du gouvernement devant une complète ouverture d'un secteur encore juge comme sensible. Les stratégies subséquentes qui ont présidé au bouleversement du secteur au Cameroun ont obéit beaucoup plus a la pression des événements que résulte d'une réflexion sereinement conduite, bien explicitée et appropriée par les principaux acteurs du secteur. Ainsi, l'Administration chargée des télécommunications par exemple n'a pas de réelle emprise technique sur la privatisation des entreprises publiques du secteur. Elle participe aux réunions techniques de la Commission Technique de Privatisation et de Liquidation (CTPL) comme tout autre membre invité.

Les réformes institutionnelles et les réalisations effectuées après la promulgation en juillet 1998 de la loi régissant les télécommunications au Cameroun permettent néanmoins une esquisse d'évaluation des résultants atteints. En l'absence d'objectifs clairement identifies en 1998, ceci ne peut se faire qu'à travers la comparaison avec les performances de certains pays africains qui se sont lances dans ce processus en même temps que le Cameroun.

Avant la loi 98/014 du 14 juillet 1998 régissant les télécommunications au Cameroun, le Ministère des Postes et Télécommunications était chargé de l'établissement et de l'exploitation des réseaux de télécommunications ouverts au public. Il assure la réglementation et le contrôle de l'établissement des réseaux privés. Étant le seul acteur du secteur, il y a coïncidence entre le sous-secteur des postes et le Ministère, jusqu'en 1998 lorsque intervient la loi régissant les télécommunications au Cameroun. Cette loi a libéralisé le marché des télécommunications en fixant les règles générales de jeu et créant plusieurs catégories d'acteur.

Elle confère par ailleurs des missions spécifiques aux institutions publiques et privées opérant dans le secteur. Ces missions peuvent être regroupées en trois composantes principales suivantes :

- la supervision et la réglementation en matière des télécommunications ;

- la régulation des télécommunications;

- l'établissement et/ou l'exploitation des infrastructures et réseaux de télécommunications ouverts au public.

En plus du MINPOSTEL, on retrouve aujourd'hui plusieurs autres acteurs qui interviennent dans le secteur de la régulation et de la réglementation des TIC au Cameroun, il s'agit de l'ART et de l'ANTIC nouvellement crée.

II.1 - Le MINPOSTEL

Le MINPOSTEL exerce la fonction de réglementation et supervision générale du secteur. Il élabore et met en oeuvre la politique sectorielle des télécommunications. Il assure la tutelle des entreprises de télécommunication et la gestion du spectre des fréquences.

> La supervision générale

> La planification et les études techniques

> Les études et le suivi du développement des TIC

> La coopération internationale

> La formation en matière de télécommunications

> Les affaires juridiques

Etant chargé de la conception, l'élaboration et le suivi de la mise en oeuvre de la politique sectorielle des télécommunications, le MINPOSTEL a en 2005 mis en oeuvre la politique sectorielle des postes et télécommunications, stratégie élaborée pour la période de 2005 à 2015.

Les objectifs ciblés par le Gouvernement dans le domaine des télécommunications et des TIC sont notamment :

> d'augmenter la télé densité fixe de 0.7% en 2005 à 30% en 2015 ;

> d'augmenter la télé densité mobile de 15% en 2005 à 50% en 2015 ;

> de doter 20 000 villages de moyens de télécommunications modernes d'ici 2015 ;

> de mettre à la disposition du public une offre d'accès à 2 Mb/s dans toutes les villes ayant un central numérique avant la fin 2007

> de construire un réseau interuniversitaire d'accès à l'Internet en s'appuyant sur le backbone national en fibre optique et élaborer un plan de développement vers les institutions privées, les établissements secondaires et primaires, au plus tard fin 2008 ;

> de construire un réseau de télémédecine et autres e-services connexes en s'appuyant sur ledit backbone, au plus tard fin 2008 ;

> de doubler la contribution du secteur au PIB d'ici 2010 (estimation 2005: 2,5% du PIB) ;

> de multiplier par 50 le nombre d'emplois directs et indirects dans le domaine des télécommunications et des TIC d'ici 2015.

La mise en oeuvre de cette stratégie globale des télécommunications et des TIC est sous- tendue par trois grands axes, à savoir :

Premier axe : Adapter et actualiser le cadre légal, réglementaire et institutionnel ;

Deuxième axes : Améliorer l'offre de services en quantité, en qualité, et à des prix abordables ;

Troisième axe : Accroître l'utilisation des TIC et densifier le tissu industriel des entreprises TIC

11.2 - L'Agence de Régulation des Télécommunications (ART)

La Loi de 1998 a en outré crée un cadre réglementaire, regroupant l'ensemble des tâches de mise en application des lois et règlements, de suivi de l'entrée et de la sortie du marché, de contrôle du respect des règles établies et acceptées par tous, de protection des consommateurs et de suivi des activités des opérateurs et des exploitants des réseaux de télécommunications ouverts au public ainsi que celles des fournisseurs des services de télécommunications au public.

Les activités de régulation, sont principalement menées par l'Agence de Régulation des Télécommunications. Elles portent sur:

> L'application des textes législatifs et réglementaires et la gestion de l'utilisation des ressources (fréquences, numéros) ;

> L'observation et l'évaluation des marchés ;

> Le contrôle et le suivi des opérateurs et exploitants des réseaux ainsi que des fournisseurs des services ;

> Les affaires juridiques et le règlement des litiges entre opérateurs ;

> La prospective, l'interconnexion des réseaux et la normalisation ;

> La coopération internationale.

11.3 - L'Agence Nationale des Technologies de l'1nformation et de la Communication (ANT1C)

L'ANTIC a été créée par décret présidentiel en 2002. Depuis lors, elle accuse un grand retard dans la mise en application du décret de création pénalisant ainsi le secteur dans la mesure ou les actions restent encore dispersées et la politique et stratégie en matière des TIC ne sont toujours pas élaborées. Bien que le MINPOSTEL a été investi de cette responsabilité de promotion, vulgarisation des TIC, il n'a pas les moyens, surtout en ressources humaines, suffisants pour mener les actions dans le domaine des TIC particulièrement le sous secteur informatique et internet.

Rattachée à la plus haute institution de l'Etat, la Présidence de la République, l'ANTIC jouera un rôle déterminant dans le développement de l'offre des TIC. Elle a pour mission de promouvoir et de suivre l'action gouvernementale dans le domaine des TIC. La mission qui lui est assignée accorde une place à la problématique du genre. En effet, elle sera chargée entre autres de:

- favoriser l'implication de tous les citoyens, sans discrimination, dans la société de l'information;

- mettre les TIC au service des citoyens et des entreprises ainsi que des agents de l'Etat et des organismes publics par la promotion de l'accès facile aux informations publiques essentielles.

III - Diagnostic du secteur

Le train de mesures entraîne un accroissement significatif de l'accès aux services de télécommunication et TIC. A titre d'illustrations :

> Les usagers de la téléphonie en général passent de 100 000 environ en l'an 2000 à
2 000 000 environ en 2005, portant ainsi la télé densité globale de 0.67% à 12.3% ;

> Une dorsale en fibre optique est déployée sur le tracé du pipeline Doba-kribi ;

> Un point d'atterrissement du câble sous-marin SAT-3 est ouvert à Douala avec une capacité de 2.5 Gbit/s ;

> Des investissements d'environ 300 Milliards de francs CFA sont réalisés sur les réseaux fixes et mobiles durant la période allant de 1999 à 2004 ;

> Plus de 20 000 emplois directs et indirects sont crées ;

> Plus de 60 fournisseurs d'accès Internet et de services à valeur ajoutée sont présents sur le marché ;

> Le trafic Internet et le nombre d'usagers sont en croissance soutenue.

Il y a cependant lieu de noter qu'au 31 d