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Théorie de la Reconstruction Rationnelle. Programmes de Recherche et Continuité en sciences

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par Julien NTENDO BIASALAMBELE SJ
Faculté de Philosophie St Pierre Canisius, KInshasa - Licence en philosophie 2007
  

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CHAP. I : FALSIFIER LE FALSIFICATEUR : LA CRITIQUE LAKATOSIENNE DU FALSIFICATIONNISME DE K.R. POPPER

I.0. Introduction

L'idéal de la connaissance prouvée comme seule connaissance et la méthode inductive qui s'en suit, ont longtemps dirigé le monde scientifique et ont inspiré un bon nombre de traditions de recherches en sciences expérimentales comme dans les sciences dites exactes. La chute du justificationnisme, avec son exigence de preuve et de vérification ouvre la voie à un débat entre Popper et Kuhn sur la nature de l'activité scientifique, sur le critère de démarcation ainsi que sur la définition du progrès scientifique. Qu'est-ce qui détermine la spécificité, et à partir de quels critères distinguer les théories scientifiques des théories pseudo-scientifiques ? Qu'entendre par théorie, fait, expérimentation ? Quelle est la nature de la science qui progresse et en quels termes définir le progrès scientifique ? Ce progrès est-il rationnel ou relève-t-il de simples convictions psychologiques voire religieuses ? Telles sont les questions auxquelles se heurte la lecture kuhno-poppérienne de la science.

Le problème de Lakatos est de défendre le rationalisme de Popper en l'épurant des taches d'huile qui l'exposent à l'irrationalisme et au scepticisme de Thomas Kuhn. Ainsi s'explique la vaste entreprise lakatosienne de relecture critique des thèses de son Maître.

A notre niveau, nous pensons qu'une critique de Popper ne peut laisser de côté celle du justificationnisme, car les problèmes de fond que soulève Lakatos se trouvent, dans une certaine mesure, déjà posés par les tenants du justificationnisme. Ainsi, dans ce chapitre, nous revenons d'abord sur les limites épistémologiques du justificationnisme en tant que théorie de la rationalité. Nous y abordons le problème de la vérification qui est un élément clé du système. Le chapitre examine également le débat Kuhn-Popper, et de ce débat se dégagent les éléments qui motivent la critique lakatosienne du falsificationnisme. Cette critique dégage deux versions du falsificationnisme : une version dogmatique qui s'apparente au justificationnisme et une version méthodologique. Cette dernière comporte une variante naïve, et une variante sophistiquée propre à Lakatos. C'est par cette variante, que d'après notre auteur, Popper ne peut être accusé d'irrationaliste.

I.1. Le justificationnisme et l'idée d'une connaissance prouvée

L'esprit humain est capable de connaître. Il emprunte soit la voie de l'intellect, soit celle des sens. Le justificationnisme est le courant épistémologique qui veut que toute connaissance dite scientifique soit prouvée. Cette identification de la connaissance à la seule connaissance prouvée est une conception fortement ancrée dans l'esprit humain. C'est par cette conviction que s'ouvre l'ouvrage d'Imre Lakatos qui affirme :

« Pendant des siècles, on a considéré comme connaissance la connaissance prouvée, prouvée par l'intellect ou par le témoignage des sens. La sagesse et l'intégrité intellectuelle exigeaient que l'on se refusât à énoncer des assertions non prouvées ou à minimiser, même en pensée, le fossé séparant la spéculation de la connaissance établie22(*) ».

Peu importe que la connaissance soit intellectuelle ou empirique, sa validité dépend de sa prouvabilité ou de la capacité d'en fournir une preuve. Celle-ci est en général ce qui démontre ou établit la vérité de quelque chose ou d'une assertion, ou l'opération par laquelle l'exactitude et la justesse de la solution d'un problème sont contrôlées. La notion de preuve est, à ce titre, étroitement liée avec les concepts de démonstration, de vérification, en vue d'établir une vérité.

Cependant, le problème de la preuve se conçoit différemment selon qu'il s'agit des sciences formelles, des sciences empiriques ou des sciences humaines. Ce problème rejoint celui de la vérification dans les sciences. Il convient alors de s'interroger sur la portée épistémologique de la preuve à travers les rapports que ce concept entretient avec le concept de vérité et celui de vérification.

I.1.1. Le problème de la vérification dans les sciences

I.1.1.a. Le concept de vérification

Les termes « vérifier », « vérification », très présents dans le langage ordinaire, sont porteurs d'une grande diversité sémantique. Cette diversité peut être ramenée à deux orientations principales :

« La première considère la vérification comme la confrontation d'un énoncé avec les faits (...). La deuxième identifie la vérification avec l'examen d'une chose pour savoir si cette chose est telle qu'elle doit être23(*) ».

Dans son premier sens, la vérification se réfère à la question épistémologique qui pose le problème de la vérité comme adéquation de l'intelligence, du langage ou du symbolie à la réalité24(*). L'autre sens de vérifier interroge par contre la nature des relations entre les symbolismes et les objets constitués en un système plus ou moins explicite25(*).

Une des caractéristiques de la science réside dans l'idée d'une connaissance vraie. C'est là une lecture naïve de la science, non seulement eu égard aux changements progressifs des explications scientifiques des phénomènes, mais aussi parce que l'histoire des sciences vacillant toujours entre le dogmatisme, l'irrationalisme, le pragmatisme, l'anarchisme et même le scepticisme, témoigne de la non existence d'un cadre universel de réglementation de méthodes de vérité. Si pour les uns, les vérités scientifiques n'ont de validité que conceptuelle et ne peuvent pour ce faire être généralisées, pour d'autres les mathématiciens par exemple, la science est porteuse d'une vérité définitive, établie et éternelle.26(*)

Cette foi en des vérités établies peut aussi être élargie à d'autres domaines de la connaissance. Les vérités apportent dans leur domaine propre un savoir stable et fondé dans un cadre précis de conditions de vérification. C'est pourquoi on est en droit de dire que la vérité scientifique dépend largement de la vérification des énoncés27(*) et qu'elle exige un système symbolique d'expression. Le problème de la vérité se pose dès lors soit comme le problème d'une langue naturelle, soit comme celui des langues spécialisées. Dans ce sens, la vérité dépendrait des règles mises au point pour le fonctionnement des systèmes symboliques. Il s'en suit que c'est avec l'apport de l'élément formel que se constitue l'objet scientifique et qu'on ne peut, par conséquent, parler de vérités purement empiriques28(*). Mais quel rapport le concept de vérification entretient-il avec celui de vérité ?

* 22 LAKATOS, I., Histoire et Méthodologie de sciences. Programmes de recherche et reconstruction rationnelle, trad. franç. MALAMOUD, C. & SPITZ, J. F., Paris, PUF, 1994, p. 1.

* 23 AKENDA K., J. C., Epistémologie structuraliste et comparée. Les sciences de la culture, tome I, Kinshasa, Facultés Catholiques de Kinshasa, 2004, p. 237.

* 24 Tel est notamment le point de vue défendu par le courant analytique, plus précisément par le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein.

* 25 Cfr. Ibidem.

* 26 L'un des objectifs des mathématiques est, d'après Jean Chrysostome AKENDA , « de reconnaître avec exactitude les conditions sous lesquelles un énoncé peut être démontré. Les vérités arithmétiques sont des vérités éternelles au même titre que les vérités géométriques. Le théorème sur la somme des angles du triangle est éternellement véridique dans l'espace euclidien et les propriétés du triangle riemannien n'en infirment en rien la valeur ». AKENDA, J.C., op. cit., p. 239.

* 27 Ibidem.

* 28 Idem, p. 240.

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams