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ISPEF
Département des Pratiques Educatives et Sociales
L'INSTRUCTION DANS LA FAMILLE COMME ALTERNATIVE
À l'ÉCOLE
SA PLACE ENTRE NORME JURIDIQUE ET NORME SOCIALE
Mémoire présenté en vue de
l'obtention du Diplôme de Hautes Etudes des Pratiques
Sociales DHEPS
Directeur de recherche : Présenté par :
Bernard LAUGIER Nicole TERRILLON
LYON 2002


NOM DU CANDIDAT:
2002
Mme TERRILLON
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Nicole
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DIRECTEUR DE RECHERCHE:
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PRENOM:
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M. LAUGIER
DIPLOME: Mémoire en vue de l'obtention du
Diplôme de Hautes Etudes des Pratiques Sociales
TITRE : L'Instruction dans la famille comme alternative
à l'école
SOUS-TITRE: Sa place entre norme juridique et norme
sociale
RESUME:
L'instruction dans la famille est réglementée
par une loi spécifique qui prévoit le contrôle de
l'obligation scolaire une fois par an, sous la responsabilité des
inspecteurs d'Académie. Dans la mise en application de ce
contrôle, les parents contestent la façon de procéder des
agents de l'administration et parlent d'abus de pouvoir. Face à cette
difficulté, nous avons émis l'hypothèse que les
inspecteurs, fonctionnaires de l'Education Nationale, ne se
réfèrent pas à la loi stricto sensu lors des
contrôles, mais plutôt à une norme sociale,
véhiculée par l'institution scolaire et qu'ils imposent aux
familles, ce qui contraint celles-ci à une obligation de
résultat.
Nous procéderons à un constant va et vient entre
d'un côté, l'analyse des textes officiels et des directives
gouvernementales et de l'autre, les témoignages de ce qui se passe en
réalité au moment de ces contrôles. Nous nous appuierons
essentiellement sur 38 comptes-rendus administratifs, des courriers
échangés entre les familles et l'Education Nationale ainsi que
des témoignages directs de parents concernés.
Nous ferons le constat qu'il y a effectivement abus de
pouvoir, dans la mesure où les inspecteurs s'appuient sur les programmes
de l'école publique et non sur le décret fixant le contenu requis
par l'Etat des connaissances à acquérir par les enfants instruits
à domicile. Par ailleurs, ils ont des exigences de niveau auxquels ces
enfants doivent répondre, contraignant en cela les familles à une
obligation de résultat. Nous repérerons tout au long de notre
analyse, la trace d'une norme sociale constituée par une forme scolaire
et des valeurs économiques et idéologies qui participent de la
vie et du fonctionnement bureaucratique de l'institution scolaire.
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MOTS-CLES: Instruction - Éducation -
Déviance - Norme sociale - Forme scolaire -
Bureaucratie
NOMBRE DE PAGES: 138
VOLUMES ANNEXES :43
CENTRE DE FORMATION: COLLEGE COOPERATIF RHONE-ALPES
(C.C.R.A.)
SOMMAIRE
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AVANT-PROPOS
INTRODUCTION GÉNÉRALE
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p. p.
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1 4
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Première Partie
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:
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LES DIFFÉRENTES FORMES
D'ÉDUCATION
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p.
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12
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CHAPITRE I
|
:
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L'ÉDUCATION AU COURS DES
SIÈCLES
|
p.
|
13
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|
1.1 À PROPOS DE LA NOTION
D'ÉDUCATION
|
p.
|
14
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1.2 LA FAMILLE DANS SON RÔLE
ÉDUCATIF
|
p.
|
17
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|
1.3 LES ORIGINES DE NOTRE SYSTÈME
ÉDUCATIF
|
p.
|
21
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|
1.4 L'ALPHABÉTISATION DES
FRANÇAIS
|
p.
|
23
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|
1.4.1 Le développement de cette aventure collective
|
p.
|
24
|
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|
1.4.2 Comment apprendre ailleurs qu'à l'école
|
p.
|
26
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|
1.4.3 Une véritable mutation de la
société
|
p.
|
28
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|
1.5 L'INSTITUTION SCOLAIRE À PARTIR DE
1882
|
p.
|
30
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1.5.1 L'instauration des lois «Jules FERRY»
|
p.
|
30
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|
1.5.2 Évolution et critique de l'école
|
p.
|
33
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|
1.5.3 L'école d'aujourd'hui
|
p.
|
38
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|
CHAPITRE II
|
:
|
PRATIQUE DE L'INSTRUCTION DANS LA FAMILLE
|
p.
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40
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2.1 VOYAGE À TRAVERS L'HISTOIRE
|
p.
|
42
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|
2.2 À PROPOS DES DISPOSITIONS
LÉGISLATIVES
|
p.
|
44
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|
2.3 DERNIER ETAT DES LIEUX
|
p.
|
45
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|
2.4 REGARD SUR LA PRATIQUE
|
p.
|
47
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|
2.4.1 Genèse de cette pratique familiale
|
p.
|
47
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|
2.4.2 Présentation du lieu et des acteurs
|
p.
|
49
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|
2.4.3 Le fonctionnement au quotidien
|
p.
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50
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|
2.5 UNE EXPÉRIENCE ASSOCIATIVE
|
p.
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58
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Deuxième partie: CHAPITRE III :
|
CONCEPTUALISATION ET ANALYSE
VERS UNE RÉPONSE À NOTRE
QUESTIONNEMENT
|
p. 60
p. 61
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3.1 PREMIERS ÉLÉMENTS
D'ENQUÊTE
|
p. 62
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3.2 COMPLÉMENT À NOTRE
ENQUÊTE
|
p. 66
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|
3.3 UNE QUALIFICATION DE DÉVIANTS
|
p. 68
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3.4 À PROPOS DE LA NORME JURIDIQUE
|
p. 72
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|
3.5 À PROPOS DE LA NORME SOCIALE
|
p. 75
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|
3.6 FONCTIONNEMENT DE L'ÉDUCATION
NATIONALE
|
p. 79
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CHAPITRE IV
|
:
|
VÉRIFICATION DE NOTRE HYPOTHÈSE
|
p. 82
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|
4.1 ÉLÉMENTS DE
MÉTHODOLOGIE
|
p. 83
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4.1.1 Détermination des moyens mis en oeuvre
|
p. 84
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4.1.2 Les instruments d'observation dont nous disposons
|
p. 85
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4.2 LECTURE ET ANALYSE DES TEXTES OFFICIELS
|
p. 86
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4.2.1 Loi du 18/12/1998 et décret du 23/03/1999
|
p. 86
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4.2.2 Circulaire du 14 mai 1999
|
p. 89
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4.2.3 Un questionnement laissé sans réponse
|
p. 92
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4.3 CONTRÔLE DE L'INSTRUCTION DANS LA
FAMILLE
|
p. 96
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4.3.1 Comment se présente la situation
|
p. 96
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4.3.2 Les modalités du déroulement des
contrôles
|
p. 97
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4.3.3 Analyse des comptes-rendus
|
p. 100
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4.3.3.1 Des niveaux et des programmes
|
p. 101
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4.3.3.2 Une obligation de résultat
|
p. 102
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4.3.3.3 Les pédagogies différenciées
|
p. 106
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4.3.3.4 Un choix éducatif malmené
|
p. 109
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4.3.3.5 La situation vue du côté familial
|
p. 111
|
4.3.3.6 Quant à la socialisation p. 114
4.3.3.7 Les rapports positifs p. 118
CONCLUSION p. 120
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES p.
128
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE p. 133
ANNEXES p. 138
AVANT - PROPOS
Un an après la naissance de mon premier enfant, je
décidais de ne plus travailler afin de m'en occuper à plein
temps. Pour une jeune femme de vingt-trois ans, ce choix peut paraître
surprenant à une époque où le Mouvement de
Libération de la Femme, alors à son paroxysme, valorisait le
travail féminin et l'indépendance qui en résultait. Depuis
j'ai consacré, sans jamais de regret, la majeure partie de mon temps
à l'éducation de mes cinq enfants. C'est ainsi que je m'accorde
volontiers le statut social de «mère au foyer», sans me
soucier du bien-fondé de ce terme.
Née dans une famille de petits commerçants, j'ai
reçu une éducation propre à ce milieu et dans la norme du
contexte social de prospérité des années 60. Au terme des
dix premières années de ma vie d'adulte, on peut constater que
celles-ci furent constituées essentiellement de ruptures successives, en
relation avec cette éducation.
Au fil du temps et en rapport avec le vécu scolaire de
nos filles aînées, mon mari et moi- même avons
élaboré un projet pédagogique «original» par le
fait qu'il nous est propre, sans aucune autre prétention que la
recherche du bien-être de nos enfants. Ce projet relativise
l'instruction, en tant que dispensatrice de savoir, au profit d'un type
d'éducation dont nous ne trouvions pas trace au sein de l'école.
Éducation fondée notamment sur des relations d'individu à
individu dans un esprit de coopération plutôt que de
compétition, de respect plutôt que de contrainte. Dans ce
contexte, l'instruction reprend la place que nous pensons être la sienne,
dans le vécu de l'enfant, en tant que simple outil au service de toute
expérience de vie.
L'opportunité de mettre ce projet en pratique s'est
présentée lors de la naissance de notre quatrième enfant.
A cette époque, nous étions riches d'une information qui nous
manquait auparavant. Il s'agit d'un article de la loi régissant
l'obligation scolaire. Cet article dit en substance que
«l'instruction...peut être donnée dans les familles, par
le père de famille lui-même ou par toute personne qu'il aura
choisie».
Nous étions résolus, pour ce nouvel enfant,
à tenter l'expérience de ce que je nomme dans ce document
l'instruction dans la famille. Plus tard, cette aventure s'étendra
à notre dernière enfant ainsi qu'à notre troisième
fille à l'issue de deux années de collège.
Cette pratique familiale nous a conduit à chercher
d'autres familles ayant fait un choix identique au nôtre en ne
scolarisant pas leurs enfants. Nous les avons rencontrées au sein d'une
association régie par la loi de 1901 dénommée «Les
Enfants d'Abord».
Nous avons été confrontés alors à
une diversité de pratiques qui nous a permis de mieux identifier notre
projet. Nous partageons avec un certain nombre de familles une conception de
l'éducation suffisamment proche pour tenter de faire un bout de chemin
ensemble. Aujourd'hui, nous avons choisi personnellement de le faire en dehors
de l'association «Les Enfants d'Abord».
Une réflexion autour de notre pratique quotidienne
m'apparaît comme une nécessité, non pour nous-mêmes
car nous nous sentons cohérents et solides dans ce que nous vivons avec
nos enfants, mais plutôt en raison de l'effet produit par notre
expérience qui, entre tentation ou rejet, ne laisse personne
indifférent que ce soit en dehors de l'Education Nationale ou au sein
même de cette institution.
Voilà ce qui m'amène aujourd'hui à ce sujet
d'étude, en lien si étroit avec ma vie familiale.
Le sujet de notre recherche portera sur une pratique
éducative très peu connue du grand public, il s'agit de
l'instruction dans la famille. Cette forme d'instruction est utilisée
comme alternative à l'école. De quoi s'agit-il ? Quel est son
cadre juridique ? Quelles sont les difficultés rencontrées lors
du contrôle de sa pratique? Nous répondrons à toutes ces
questions au cours de notre investigation qui étudiera la place qui est
la sienne au sein de l'Education Nationale.
Puisque notre étude se situe dans le domaine de
l'éducation, nous allons en premier lieu nous appliquer à
définir cette notion et à voir en quoi elle se différencie
notamment de celle d'instruction. Nous chercherons à comprendre pourquoi
l'éducation s'est déclinée et se décline de
différentes façons à travers le temps et l'espace, puis
nos concentrerons notre regard sur l'éducation parentale qui se
réalise dans cette première institution qu'est la famille et que
l'enfant rencontre dès sa naissance.
Nous parlerons non seulement du rôle éducatif que
jouent les parents auprès de celui-ci, mais du lien qui existe entre la
construction de l'individu au sein de la famille et son passage dans le domaine
public où il sera en contact permanent avec d'autres agents de
socialisation. Nous comparerons rapidement la place de la famille
«nucléaire» dans la société traditionnelle et
celle qui est la nôtre, puis nous regarderons aussi la place que prend
l'institution scolaire non seulement dans la vie de l'enfant, mais plus
largement dans toute la société actuelle. Nous verrons enfin
comment l'école est prise en compte dans la stratégie
économique familiale.
La suite de ce premier chapitre nous permettra de
découvrir l'histoire de ce système éducatif depuis ses
origines, d'abord issues du modèle gréco-romain, jusqu'au
Moyen-Âge. Mais avant de poursuivre notre parcours historique, nous
ferons un détour pour nous intéresser à ce qu'a
été l'alphabétisation des Français.
Nous avons choisi cette orientation afin de découvrir
ce qui pouvait exister en matière d'instruction et d'éducation
à côté de ce qui était proposé par
l'école. Nous apprendrons comment, durant plusieurs siècles,
l'éducation et l'instruction de l'enfant se confondent au sein de la
famille élargie, avec ou sans précepteur, ou relayée par
la famille d'un maître d'apprentissage ; cette instruction restera
strictement à visée professionnelle. Ce crochet nous donnera
aussi l'occasion de voir à quel point l'alphabétisation
correspond en réalité à une
mutation sociale majeure, un long processus intimement lié
à l'évolution des techniques et des idées, et qui fera
passer toute la société d'une culture orale à une culture
de l'écrit.
Puis nous reprendrons la présentation du système
éducatif au moment de la promulgation des «lois Jules FERRY»
en 1882, ce qui nous fera pénétrer dans ce que nous pouvons
considérer comme l'école actuelle, ces lois étant à
la base du cadre juridique dans lequel se situe toujours l'instruction à
l'heure actuelle. Elles instituent la laïcité, la gratuité
et l'obligation d'instruction, nous verrons dans ce premier chapitre les
conséquences de la laïcité et de la gratuité, mais
nous parlerons de son caractère obligatoire dans le chapitre suivant.
Nous comprendrons l'importance de cette école publique dans la
construction identitaire du pays suite à la défaite militaire de
1870 et au moment de l'instauration définitive de la République.
La séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905 contribuera à lui
faire jouer un rôle primordial face aux écoles libres qui
subsisteront jusqu'à nos jours, à ses côtés.
Nous examinerons les critiques portées à
l'encontre de l'institution scolaire, concernant notamment ses pratiques
pédagogiques et son aspect élitiste. Nous discernerons aussi les
différentes mesures qui seront prises successivement pour pouvoir
intégrer de plus en plus d'enfants dans ce système scolaire et
qui conduiront à terme au collège unique que nous connaissons
actuellement. Parallèlement à cela, nous présenterons les
transformations de la société et les orientations que
l'école subira par contre-coup, autant sur le rapport qu'elle entretient
avec l'enfant, que par son souci de répondre aux impératifs du
marché en matière d'emploi. Enfin, et pour clore ce chapitre,
nous parlerons des difficultés que rencontre l'école actuelle,
confrontée à un changement rapide de la société en
terme de comportements et de progrès technologiques.
Le second chapitre nous conduira sur les sentiers peu
fréquentés de l'instruction à domicile. Un «voyage
à travers l'histoire» nous fera d'abord découvrir les
idées révolutionnaires qui imaginaient l'éducation et
l'instruction d'une toute autre manière que nos conceptions
actuelles.
Ce sont les dispositions législatives proposées
par Jules FERRY qui fixeront définitivement le cadre d'un enseignement
traditionnel. Nous en profiterons pour signaler le terme impropre
utilisé, lorsque la loi de 1882 impose pour la première fois une
obligation dite «scolaire» et qui est en réalité une
obligation d'instruction. Ces lois prévoient en effet la
possibilité de
donner une instruction en dehors de l'institution scolaire,
nous présenterons donc les articles de loi autorisant cette pratique, et
les modifications récentes apportées par la loi du 18
décembre 1998, tendant à renforcer le contrôle de
l'obligation scolaire. Puis nous tenterons de faire un état des lieux de
cette instruction dans la famille, grâce aux données que nous
recueillerons dans un rapport sénatorial et dans celui résultant
d'une enquête de la Direction de la Programmation et du
Développement.
Une partie de ce chapitre sera ensuite consacrée
à un récit de vie présentant cette forme d'instruction
familiale, vue de l'intérieur. Cela consistera à présenter
le vécu d'une famille autour de son expérience éducative,
dans l'espoir de dégager l'atmosphère particulière qui
émane de cette pratique. Nous apprendrons les circonstances dans
lesquelles s'est mise en place cette démarche, nous découvrirons
les lieux ainsi que les membres de la famille dans leur fonctionnement
quotidien et les dispositions prises par les parents pour assurer ce type
d'éducation. Ils présenteront enfin leur conception personnelle
sur le sujet.
Nous parlerons, dans la suite du chapitre, de l'association
«les Enfants d'Abord» à laquelle nous avons
adhéré quelques années. Cette association a
récemment rédigé une déclaration philosophique que
nous découvrirons, et nous évoquerons enfin les insatisfactions
des membres de l'association lors des contrôles prévus par la loi,
ce qui nous conduira à poser notre problématique en ces termes
:
Pourquoi les familles engagées dans la pratique
de l'instruction à domicile se confrontent-elles, au moment des
contrôles, aux inspecteurs chargés de vérifier que la loi
sur l'obligation scolaire est bien respectée ?
Cette question clôturera la première partie de notre
document qui était consacrée aux différentes formes
d'éducation.
La seconde partie intitulée «Conceptualisation et
analyse», comprendra également deux chapitres.
Celui qui constituera le troisième chapitre de notre
document, débutera par les résultats d'une enquête
préliminaire que nous avons menée auprès de quatre
familles concernées par l'instruction à domicile, notre but
étant de mieux connaître la conception éducative des
parents et les motivations présentes à l'origine de leur choix.
Nous avons opté pour des entretiens non-directifs afin de laisser une
ouverture maximum à ce qui pourrait nous guider
dans la compréhension de notre problème. Nous
verrons grâce à cette enquête que pour s'engager dans une
forme d'instruction telle que celle-là, il faut déjà
connaître l'existence de cette possibilité législative
très discrète. Par ailleurs tous les parents interviewés
avaient expérimenté l'école, avec au moins un de leurs
enfants, et avaient rencontré à cette occasion diverses
difficultés. Nous avons à faire à des parents très
engagés sur le plan éducatif, avec une sensibilité
marquée pour le bien-être des enfants et ayant fait le choix d'une
grande disponibilité vis à vis de ceux-ci. Ils ont
assurément tous un idéal éducatif, visant
l'épanouissement de chaque enfant selon sa nature propre, et ils tentent
de vivre le plus près possible de cet idéal.
Nous apporterons ensuite un complément à notre
enquête en restituant ce que nous avons pu découvrir des familles
rencontrées dans l'association «Les Enfants d'Abord»,
où nous étions dans une situation de participation observante.
Nous relèverons différentes caractéristiques de
l'instruction en famille, aussi bien dans le rapport au temps, que dans le
rythme et la forme d'apprentissage. Mais nous nous apercevrons qu'une
caractéristique essentielle de ces familles se trouve dans une pratique
hors-norme pour d'autres domaines de la vie privée, que
l'éducation.
Cette remarque nous fera entrer dans une réflexion
théorique concernant la conformité aux normes sociales et la
position de déviants attribuée à ceux qui ne se plient pas
à cette conformité. Nous orienterons ici notre recherche en
fonction de la problématique que nous avons rencontrée. Aussi,
nous ne nous limiterons pas à l'étude de cette déviance en
tant que telle, mais nous adopterons la démarche de Howard Saul BECKER
et sa théorie interactionniste qui prend en compte non seulement la
population déviante, mais au même titre qu'elle, ceux qui donnent
à cette population un tel qualificatif. Dans le cas spécifique
qui nous intéresse, nous constatons que les notions de déviance
ou d'obéissance peuvent s'appliquer aussi bien vis à vis de la
norme juridique que de la norme sociale. Nous constaterons alors que les
parents qui se disent accusés à tort, le sont effectivement vis
à vis de la norme juridique qu'ils prétendent respecter, mais
qu'en contre partie, ils sont pleinement et consciemment déviants quant
à la norme sociale.
Il nous faudra étudier alors ce que représentent
ces normes, juridique et sociale, pour en cerner les limites. Pour la
première, nous verrons comment s'est élaboré le projet de
la nouvelle loi à laquelle nous nous intéressons. Nous
examinerons le rôle de ceux que Becker
nomme les «entrepreneurs de morale», que
sont en l'occurrence deux sénateurs ayant fait chacun une proposition de
loi, mais nous verrons aussi l'influence de Madame ROYAL, ministre
déléguée chargée de l'enseignement scolaire.
Nous tenterons, pour la norme sociale, de dégager les
différents aspects qui la caractérisent, concernant le sujet qui
nous occupe. Nous ferons apparaître ainsi la notion de «forme
scolaire», mise en évidence par Guy VINCENT, et dont nous
étudierons les caractéristiques. Cette forme préside au
fonctionnement de l'institution scolaire, dont nous verrons que la fonction
première est d'éduquer et non pas d'instruire, et elle conduit
à un mode scolaire de socialisation. Nous ferons un aparté pour
nous questionner sur l'impact de ce mode de socialisation, appliqué
très précocement dans notre société, pour la
construction de l'individu en tant que citoyen.
Nous repérerons aussi, comme faisant partie de la norme
sociale, l'influence des valeurs économiques qui se traduit
essentiellement par des attitudes de compétitivité dans un but de
performance et de réussite à travers la sélection. Enfin
cette norme sociale porte en mémoire la forte idéologie avec
laquelle s'est construite l'école française, où se
retrouve notamment la notion d'égalité, et par laquelle l'Etat a
joué un rôle prépondérant au détriment de la
famille. Pour clore le chapitre, nous présenterons les différents
emplois exercés par les inspecteurs de l'Education Nationale, dont ceux
chargés d'effectuer les contrôles sur l'obligation scolaire. Nous
prendrons la mesure du fonctionnement bureaucratique auquel ils participent et
nous verrons que ce fonctionnement a même des répercutions sur la
pédagogie au sein de l'institution scolaire, que Michel LOBROT qualifie
de «pédagogie bureaucratique».
A ce stade de notre travail, nous serons en mesure de formuler
notre hypothèse en ces termes:
Les inspecteurs, fonctionnaires de l'Education
Nationale, ne se réfèrent pas à la loi stricto sensu lors
des contrôles, mais plutôt à une norme sociale,
véhiculée par l'institution scolaire et qu'ils imposent aux
familles, ce qui contraint celles-ci à une obligation de
résultat.
Le quatrième et dernier chapitre sera consacré
à la vérification de notre hypothèse.
Nous expliquerons le choix des moyens que nous avons pris pour
effectuer notre recherche et nous présenterons le corpus avec lequel
nous travaillerons, constitué essentiellement des
comptes-rendus de contrôles, exactement trente-huit, et
qui concernent 23 enfants appartenant à 12 familles. De plus, nous
aurons à notre disposition, entre autre des courriers
échangés entre les familles concernées et
l'administration, ainsi que des commentaires sur le déroulement des
contrôles, faits par certains parents. En raison de notre
problématique, nous nous positionnerons dans le champ juridique pour
l'essentiel de notre propos.
Notre travail d'analyse commencera par l'étude d'une
part, des textes officiels que sont la loi de 1998 et le décret qui
l'accompagne et d'autre part, de la circulaire rédigée par Madame
ROYAL à destination des fonctionnaires concernés par cette
nouvelle loi. Nous repérerons immédiatement où se situe le
lien entre la loi et le décret, puis celui-ci sera entièrement
détaillé afin de mieux l'investir.
Nous préciserons ensuite le rôle de cette
circulaire à caractère interprétatif et nous verrons
à travers elle la position de Madame ROYAL vis à vis de la loi.
Deux points particuliers retiendront notre attention, il s'agit tout d'abord de
l'amendement gouvernemental dans la mesure où celui-ci frôle
l'anticonstitutionnalité. En second lieu, à propos des personnes
à qui le contrôle est destiné, une étude
détaillée et sémantique nous montrera que la ministre
déléguée fait une interprétation qui n'est pas en
accord avec les termes de la loi. Nous noterons cependant qu'il n'appartient
qu'à un juge de se prononcer en la matière. Pour en finir avec la
circulaire, nous signalerons enfin un certain nombre de points
présentés comme impératifs alors qu'ils ne relèvent
pas de la loi.
Nous comprendrons, grâce à cette analyse, que
l'influence de la circulaire n'est pas à négliger sur la
façon dont se déroulent les contrôles. Comme nous venons de
le voir, nous en avons conclu que la norme juridique n'était pas
respectée puisque ce sont les enfants qui sont contrôlés
sur leurs acquis alors que, selon nous, la loi prévoit un contrôle
à destination des parents. Notre analyse ne se limitera pas pour autant
à cette confirmation partielle de notre hypothèse car, tels que
les contrôles se déroulent, nous pensons trouver également
d'autres infractions à la loi.
Nous nous pencherons donc sur l'étude des
comptes-rendus pour la seconde partie de notre analyse. Mais auparavant, nous
chiffrerons le nombre de bilans positifs et négatifs dont nous disposons
et comparerons ce chiffre aux résultats officiels, puis nous examinerons
«les modalités du déroulement des contrôles», ce
qui nous permettra de mesurer l'impact de la circulaire sur le plan
hiérarchique.
L'analyse des comptes-rendus à proprement parler sera
divisée en sept parties traitant chacune d'un point particulier relatif
aux contrôles. Nous constaterons dans un premier temps une exigence de
niveau de connaissances et une référence aux programmes
scolaires. Cette double exigence conduit à une obligation de
résultat pour les familles engagées dans cette pratique
éducative, ce qui fera l'objet du second point. Nous étudierons
ensuite ce qui se passe pour les familles qui pratiquent des pédagogies
différenciées autant avec les petits qu'avec les grands enfants.
Le quatrième point abordera le choix éducatif en lui-même,
confronté au regard des fonctionnaires de l'Education Nationale. Puis ce
sera le tour du regard familial sur l'attitude des agents de cette
administration. Nous observerons aussi, à ce moment là, le
comportement des enfants vis à vis de l'apprentissage. Le sixième
aspect concernera le problème de la socialisation au sein de la famille
et nous conduira plus largement à parler de la place qui est
laissé à l'initiative familiale dans notre société.
Seul le dernier point traitera des résultats positifs.
La conclusion de notre travail reprendra les
différentes étapes qui nous auront conduits jusqu'au terme de
l'analyse. Nous aurons ensuite la confirmation que les fonctionnaires de
l'Education Nationale ne respectent pas la loi, ce que nous avions
avancé dans notre hypothèse. Celle-ci sera requestionnée
également au regard de ce qui aura pu être identifié tout
au long de notre analyse comme relevant de la norme sociale
précédemment définie. La synthèse de cette
opération nous autorisera à penser que notre hypothèse se
vérifie parfaitement, mais avant de clore notre recherche, nous
éprouverons la nécessité d'apporter quelques
précisions qui seront traduites sous forme de tableau et qui montreront
que les résultats des contrôles dépendent surtout du
rapport que chaque inspecteur entretient avec la norme sociale.
Cette introduction donnera au lecteur une vue d'ensemble de
notre travail de recherche. Nous allons maintenant aborder la première
partie qui s'ouvre sur «l'éducation au cours des
siècles» et où nous allons commencer par définir la
notion d'éducation.
PREMIÈRE PARTIE:
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