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Efficacité politique chez Machiavel

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par BASUNGA Nzinga Antoine
Université St. Pierre Canisius/Kimwenza (RDC) - MEMOIRE présenté en vue de l'obtention du grade de Bachelier en Philosophie 2006
  

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O. PRELIMINAIRES.

Dans son ouvrage des doctrines politiques, Histoire des doctrines politiques depuis l'antiquité, le politologue Mosca, voulant élaborer une synthèse critique du Prince de Machiavel, écrit :

L'humanité en vieillissant acquiert toujours de nouvelles connaissances (bien que quelquefois dans les époques de décadence intellectuelle, il lui arrive d'oublier ce qu'elle a appris). Aussi ne faut-il pas s'étonner si nous qui vivons au [XXIe] siècle et, par conséquent, dans une époque plus avancée au point de vue intellectuel que le XVIe siècle, puissions voir plus loin et plus juste que ce que voyait le secrétaire de florence .

C'est avec ces considérations que nous voudrions entreprendre nos investigations sur Le Prince de Machiavel. Il nous a paru nécessaire de situer cette oeuvre dans son contexte historique pour enfin comprendre qu'elle est tout d'abord fille de son temps.

En effet, le but qui oriente notre quête à travers l'univers florissant de la pensée machiavélienne n'est pas celui d'y trouver « une panacée politique», une solution aux problèmes récurrents du monde. Une telle approche serait doublement difficile face à la dimension finie de l'ouvrage humain et face à l'évolution vertigineuse que connaît le monde actuel. Quoiqu'il en soit, Le Prince reste un des livres les plus importants de la pensée politique moderne . Les auteurs qui, après Machiavel , ont entrepris de réfléchir sur le pouvoir se sont tournés vers cet ouvrage afin, notamment, d'en critiquer les conclusions. Le Prince énonce (parfois sur la politique) des jugements si moralement inacceptables que le terme de « machiavélisme » a été forgé pour les qualifier et les récuser.

Il est cependant nécessaire de rappeler que la pensée de Machiavel n'est pas ce à quoi on la réduit parfois. Elle n'est pas qu'un pur pragmatisme, à savoir une pensée dont l'intérêt ne réside que dans des considérations d'ordre utilitaire, qui dit comment prendre et conserver le pouvoir. Certes, la dimension stratégique est bien présente dans la pensée de l'auteur comme cela apparaît si clairement dans les trois derniers chapitres et surtout dans le XXVIe (et dernier) chapitre du Prince : Exhortation à prendre l'Italie et la délivrer des barbares.

Au-delà des suggestions et moyens pragmatiques dont certains sont répugnants, la politique telle que Machiavel la présente se développe dans l'histoire mondiale, où, il est plus question de penser les conditions de la prospérité politique des nations et non de susciter un cycle infernal des intrigues au sein des gouvernements. La politique est pour Machiavel l'activité humaine la plus grave sur laquelle repose le destin d'un peuple. C'est ainsi qu'un des enjeux philosophiquement importants du livre est la définition de la virtù.

En effet dans un monde dominé par le hasard que Machiavel nomme fortuna, il convient de repenser les normes du comportement politique valeureux, efficace, afin de fournir un modèle de comportement aux nouveaux responsables politiques. Il faudrait donc prendre garde à la portée morale des arguments machiavéliens sous la double condition du réalisme pragmatique: voir les choses telles qu'elles sont et agir efficacement. Dès lors, on voit surgir une nouvelle norme morale dans les pages les plus sombres de l'ouvrage de Machiavel.

En effet, il peut donc exister une excellente politique au niveau des imaginations: celle qu'on pourrait nommer l'idéal moral de la politique. La leçon de Machiavel, c'est que la défense de la patrie implique que l'attitude politique se pense elle-même comme étant indépendante de la morale traditionnelle. La politique n'est pas pour autant coupée de principe du bien et du mal, mais il lui est nécessaire de se concevoir parfois au-delà du bien et du mal classiques.

C'est d'ailleurs ce dont atteste l'histoire politique la plus glorieuse, comme celle des fondateurs d'empire ou de religion, évoqués au chapitre VI du Prince . C'est aussi l'histoire politique qui régénère le monde actuel. Aussi Le Prince pose-t-il un problème fondamental, que l'on ne saurait résoudre une fois pour toute : il nous avertit que l'efficacité politique consiste à savoir parfois s'écarter des règles morales habituelles, sans pour autant se dégager complètement d'une idée d'excellence qui se confond avec l'idéal patriotique.

1. Problématique.

Discourir sur l'efficacité politique selon Machiavel, c'est tout d'abord porter au fond de soi-même la meilleure connaissance du caractère fluctuant de l'expérience humaine. C'est aussi vouloir opérer un détour par rapport à l'entreprise traditionnelle de la philosophie politique, qui s'est longtemps occupée à déterminer le meilleur régime de la vie commune, le cas échéant, en demandant à l'imagination d'en construire le type idéal.

Si les ouvrages fondamentaux de la philosophie politique traditionnelle se sont attelés à définir la meilleure politique possible en contrepoint de la pratique réelle, c'est parce que tous visaient à énoncer les devoirs du responsable politique en vertu d'une certaine idée du bien. Cela n'est pas le cas pour Machiavel. Désormais, seule l'urgence de la situation impose de tirer des leçons pratiques. La recommandation de l'efficacité en politique ne veut plus tenter de conformer la réalité de la vie politique à un idéal moral. L'efficacité politique ressort de la motivation fondamentale que porte le politique réaliste : sauver l'Etat en retenant de la réalité ce qui n'est pas inanité pour un agir efficace.

Dès lors, le bon responsable politique n'est plus nécessairement celui qui s'accommode aux modèles utopiques d'une certaine idée du bien. Si d'après la tradition, l'agir de l'homme politique devrait se laisser imprégner d'une certaine contemplation du bien alors il est clair que l'ethos ou l'agir d'un tel politique peut ne pas être efficace dans la praxis. Voilà pourquoi, Machiavel procède tout autrement. Par un souci de réalisme, il entreprend de voir l'homme tel qu'il est, passionné et avide lorsqu'il est question de politique, sans le juger.

Toutefois l'efficacité politique exige de nous une conversion dans la manière de voir le monde. Comme sur le modèle phénoménologique, l'efficacité politique invite à la purification du regard. Elle nous réapprend la manière adéquate de répondre aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Cependant, le réalisme politique de Machiavel ne saurait se laisser réduire au simple dépassement de l'idéalisme moral et politique traditionnels. Bien plus, il s'agit d'une pensée (équilibrée) qui enseigne la quête perpétuelle « du juste milieu » comme réponse efficace aux exigences que recommande l'incertitude des conditions existentielles. En cela donc, il n'est pas simplement question de dépasser la visée politique traditionnelle mais aussi de réaliser un détour dont seule la nécessité d'Etat ou la raison d'Etat doit justifier la réponse adéquate du prince aux situations mouvantes.

Par ailleurs, le réalisme machiavélien n'exclut en rien la possibilité d'une politique morale. La conception de la fortuna, cet élément caractéristique de l'histoire politique ressort avec énergie combien il est trop difficile d'atteindre l'idéal en face de l'hyper résistance que nous rencontrons dans la réalisation effective des choses. Il s'agit là d'une vérité qui doit alerter le politique du grand risque qu'il court.

En abordant le problème politique, notre désir ne voudrait pas laisser de côté « ce qui se fait pour ce qui se devrait faire » . L'efficacité politique n'est pas dans la fuite des responsabilités d'Etat mais dans la réponse adéquate qu'il faut y porter hic et nunc. Au travers de trois chapitres, à savoir Le paradoxe de l'efficacité politique dans Le Prince ; Efficacité dans le rapport entre morale et politique ; Fondement de l'efficacité politique, nous montrerons que l'idée de l'efficacité dans Le Prince de Machiavel n'est pas à saisir comme une recette politique. Elle ressort plutôt du paradoxe des exemples de vie des hommes éminents qui ont fait preuve d'une certaine bravoure dans les situations concrètes auxquelles ils ont été confrontés pour conserver à tout prix leurs Etats. C'est en cela que se ramène l'effort consenti au premier chapitre.

Par contre, le deuxième chapitre nous enseigne qu'un prince qui se veut conserver doit orienter toute son entreprise vers la fin qu'il poursuit : conserver et sauver l'Etat. Seule l'idée de conserver le pouvoir en même temps que la société politique doit définir la règle de conduite du prince. L'idéal moral n'a plus de primauté sur le bien suprême qu'est la conservation d'Etat. La nécessité d'Etat devient la réalité sur laquelle se doit jauger le bien et le mal.

Dans le troisième chapitre, le travail saisit l'efficacité politique comme l'exigence apodictique qui contribue à la conservation de l'Etat. L'efficacité, non seulement qu'elle résulte du caractère politique mais aussi elle assigne à la lourde responsabilité d'assurer la prééminence d'Etat. Dès lors, l'efficacité politique apparaît comme la mesure rationnelle, raisonnable, immédiate qui doit modérer les appétits individuels (violences) pour la réalisation d'un objectif (commun). L'efficacité politique trouve donc son fondement dans la nécessité d'Etat .

Pour mener à bien une telle entreprise, nous avons éprouvé la nécessité d'une méthodologie bien appropriée. Pour ce faire, nous nous sommes penchés essentiellement vers l'herméneutique. En effet, la méthode herméneutique a des origines lointaines , comme dans la Doctrina christiana de S. Augustin où « Augustin enseigne [...] comment l'esprit s'élève au-delà du sens littéral et moral jusqu'au sens spirituel » . Cette méthode se fonde sur une pratique, celle de l'interprétation et de la compréhension. L'herméneutique en grec Herméneutikè, se laisse guider surtout par un art, tekhnè d'où la définition de Schleiermacher « l'interprétation est un art » .

L'herméneutique se sert donc d'un instrument linguistique et méthodique (annonce, traduction, explication, interprétation) pour lire et déchiffrer les textes. Elle est particulièrement conçue comme une technique du retour au sens premier qui a été dévié, déplacé ou monopolisé durant des siècles et au cours de conflits implacables idéologiques, religieux et politiques. Aussi, en entreprenant nos investigations sur Le Prince de Machiavel, cette méthode nous a paru commode et elle peut nous aider à « s'originer » dans les textes même de l'auteur.

En effet, rappelons que la pensée de Machiavel, au cours des temps, donna lieu à une diversité d'interprétations au point qu'elle n'a été réduite qu'à la simple annonciation de problèmes politiques accompagnés de leurs solutions. L'herméneutique, au-delà de la technique politique, conduit donc à la compréhension du dessein réel de la pensée machiavélienne.

2. Eclaircissement des concepts clés.

2.1. Le machiavélisme et la pensée machiavélienne.

La pensée machiavélienne n'est pas réductible à une simple vision machiavélique. On appelle machiavélique tout responsable politique ou encore toute pensée capable d'employer n'importe quel moyen pour parvenir à ses fins. Les circonstances de composition du Prince nous éclairent pourtant sur les recommandations données par Machiavel.

S'il est vrai que c'est dans le combat pour la puissance que les qualités humaines, quelles qu'elles soient, peuvent devenir des armes politiques, il est tout aussi vrai que chez Machiavel la puissance ne se confond guère avec ses attributs. « L'ambition démesurée, la cruauté, la violence, la ruse, l'absence totale de scrupules par lesquelles on définit communément le héros « machiavélique » - alors qu'en fait Machiavel cite aussi des exemples de douceur, de vertu et de mansuétude - toutes ces particularités du tempérament ou de la « nature » personnalisent le combat, mais ne constituent en aucune façon une fin en elles-mêmes» .

La pensée machiavélienne n'a pas du tout pour but de souligner la suprématie du pouvoir par rapport à la liberté des individus. Si quelque théorie cynique il y a, elle est uniquement en raison de la nécessité d'Etat. Elle traduit l'idée qu'en situation d'exception se justifie une suspension de la loi et, par conséquent, qu'il faut distinguer ce qui relève de l'éthique de ce qui relève de la politique. A vrai dire, la pensée machiavélienne est d'abord le fruit d'une expérience personnelle, fruit d'une observation politique italienne de son temps. Machiavel n'a fait que traduire parfois dans des énoncés terribles le mode d'agir des hommes politiques de son temps.

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