INTRODUCTION GENERALE
0.1. CHOIX ET INTERET DU SUJET
Notre choix a été motivé par des
intérêts personnel, social et scientifique.
0.1.1. Intérêt personnel
Le fait d'avoir travaillé dans les fermes
laitières de la ville de Kigali pendant plus de treize ans et de
travailler encore avec elles suffit pour justifier l'intérêt
à porter sur ces fermes.
0.1.2. Intérêt social
Les fermes de la ville de Kigali donnent des emplois à
beaucoup de personnes (techniciens vétérinaires, agronomes,
ouvriers, vendeurs de lait,...), produisent du lait et de la viande dont les
habitants de la ville ont tant besoin,...
De la sorte, elles constituent une marque de solidarité
avec la campagne qui n'arrive pas à s'autosuffire et donner le surplus
aux citadins. Contribuer à leur développement dans un contexte
qui ne gêne pas la vie des habitants de la ville-capitale, c'est joindre
l'utile à l'agréable.
0.1.3. Intérêt scientifique
Dans les universités et instituts d'enseignements
supérieurs, il est prévu que les étudiants finalistes en
licence écrivent un mémoire de fin d'études pour
témoigner de leurs aptitudes à la recherche scientifique à
laquelle ils ont été initiés dès leur entrée
dans l'enseignement supérieur. C'est dans ce cadre que ce
mémoire est rédigé.
0.2. Délimitation du sujet
0.2.1. Délimitation dans le domaine
La vision 2020 est un plan prospective du Rwanda et Kigali une
ville, capitale du Rwanda. Le sujet voudrait étudier les implications
des fermes en ville de Kigali par rapport à la mise en oeuvre du plan
incarné par la vision 2020. Ce sont les fermes laitières bovines
seulement qui seront prises en compte. En particulier, la recherche va
s'orienter dans le domaine de l'économie de développement mais
plus spécifiquement dans le domaine des questions spéciales de
zootechnie.
0.2.2. Délimitation dans le
temps
L'étude se veut plutôt prospective mais sur base
des données du présent. Etudier le présent pour influencer
l'avenir qui est inscrit dans le cadre de la vision 2020.
0.2.3. Délimitation dans l'espace
L'étude va concerner les 3 districts de la ville de
Kigali mais principalement les zones qui faisaient partie de la ville d'avant
la dernière restructuration de 2005.
0.3. Objectifs
L'étude voudrait prouver si les fermes
laitières de la ville de Kigali qu'on qualifie à tort ou à
raison de modernes sont vraiment modernes et si dans le cadre de la vision
2020, elles sont modernisables et quels sont les effets de cette modernisation
et de leur intensification.
De la sorte, cette étude pourra :
1. Contribuer à la préparation de tous les
intervenants en l'occurrence les propriétaires des fermes
laitières et les investisseurs aux transformations durables qui seront
induites par la vision 2020;
2. Contribuer à la mise en place de politique et des
investissement qui permettront de :
a) satisfaire la demande de consommation urbaine et le
développement rural,
b) d'améliorer l'alimentation des populations tant
en qualité qu'en quantité,
c) de canaliser les opportunités de croissance
vers ceux qui en ont le plus besoin et
d) d'alléger les problèmes environnementaux
et de santé publique
3. Proposer les meilleures méthodes de maximisation de
la production laitière en élevage intensif en milieu
peri-urbain.
0.4. Problématique
La problématique est l'ensemble des questions que l'on
se pose sur un sujet. Dans les travaux de recherche, il s'agit
d'établir et de poser clairement le problème. C'est dans cet
ordre d'idée que nous nous sommes retrouvé devant plusieurs
préoccupations qui hantaient notre esprit et que nous résumons de
la manière suivante :
- Les fermes laitières de la ville de Kigali qui se
sont développées rapidement dans une absence totale de
planification jouissent-elles d'atouts particuliers pour s'adapter au nouveau
plan incarné par la vision 2020 ?
- Ces fermes sont-elles vraiment modernes ? Sont-elles
modernisables et intensifiables davantage dans le cadre de la vision 2020 dans
le contexte de la ville de Kigali?
- Si ces fermes pouvaient s'adapter au nouveau plan
incarné par la vision 2020 en s'intensifiant et en se modernisant
davantage, est-il possible de colmater les effets néfastes de
l'intensification et de la modernisation dans le contexte de la ville de
Kigali ? Y-a-t-il certains de ces effets qui sont actuellement ressentis?
Peut-on les éviter dans le contexte de la vision 2020?
Tel que nous le remarquons, ce triple questionnement constitue
la pierre angulaire de notre débat et nous sommes très confiant
qu'à partir de lui, nous pourrons contribuer à la
résolution du problème suscité par la transition au cas
où il s'avérerait que les fermes installées en ville
doivent plier bagage et que celles qui auront la chance de ne pas bouger de
leur place se voient imposées des changements pour s'adapter à
la nouvelle donne.
Très convaincu, nous faisons remarquer que des fermes
se sont installées principalement dans les vallées et les
bas-fonds impropres aux constructions dans la ville de Kigali. La
première ferme laitière (Ferme laitière de Rubilizi) fut
installée dans une vallée, à 12 km du centre ville en
1952 par le Service de l'Elevage du Ruanda - Urundi avec pour but principal de
fournir du lait et de la viande à la ville de Kigali mais aussi avec des
objectifs de propagande en milieu rural et d'amélioration de la race
bovine locale par croisement avec des taureaux d'origine
européenne1(*).
Les pâturages de cette ferme furent loués pour 20
ans par l'Etat à la coopérative INYAMIBWA en 1999 et la laiterie
attenante à ladite ferme vendue à un particulier (Monsieur GATETE
Polycarpe)2(*).
En plus de ces éleveurs qui ont occupé des
pâturages appartenant jadis à l'Etat, d'autres fermes ont
été installées apparemment en grand nombre dans une sorte
d'agrobusiness dans la zone urbaine et périurbaine.
En 2003, la ville de Kigali a à son tour initié
sous l'assistance de la ville de Rome (Italie) via la FAO, un projet
d'agriculture urbaine et périurbaine (PAPUK).
Par extension périphérique, la ville s'est
agrandie et a incorporé d'autres fermes appartenant jadis à la
zone rurale.
S'étant développée rapidement sans
planification, la ville s'est maintenant engagée dans un processus de
développement socio-économique qui s'inspire des
stratégies nationales de développement contenu dans la vision
2020 du pays3(*).
L'objectif principal décrit dans le panorama de ce document est de
moderniser le Rwanda et en faire à l'horizon 2020, un pays à
revenu moyen.
Outre que le revenu des habitants va augmenter, le processus
d'urbanisation implique une transformation de la structure du peuplement,
laquelle transformation va avoir des répercussions profondes sur tous
les secteurs de la société y compris le secteur de l'agriculture
mais en particulier les fermes laitières dont l'opportunité en
ville n'est pas universellement partagée.
Selon la stratégie de développement
économique de la ville de Kigali d'Août 2002, il n'y aura pas
d'obstacles légaux à moyen terme sur les activités
agricoles, jusqu'au moment où la demande de terres industrielles
devienne suffisamment grande4(*). Même si la légalité des
activités agricoles n'est pas encore déterminée, le
secteur de l'élevage doit suivre la mouvance de la vision 2020 et se
moderniser davantage. Or, l'intensification des systèmes traditionnels
et modernes d'élevage engendre de nouveaux risques (environnementaux, de
santé publique,...).
Ainsi, les fermes laitières de la ville de Kigali sont
soumises à deux dynamiques : une dynamique du dedans et une dynamique du
dehors. Du dedans, les fermes devraient s'intensifier et se moderniser pour
pouvoir s'adapter à la nouvelle donne. Du dehors, ces fermes sont
soumises à deux facteurs : le facteur urbanisation qui va
s'étendre sur les espaces occupés par ces fermes et les facteurs
démographiques et augmentation de revenu lesquels facteurs sont
exacerbés par les effets sur l'environnement propres aux fermes
laitières.
0.5. Etat de la question à traiter
Il est exigé aux chercheurs de s'efforcer à
recenser les travaux de leurs prédécesseurs sur le sujet qu'ils
abordent. Pour notre part, nous nous sommes senti dans l'obligation
d'évoquer les études antérieures sur le thème que
nous décortiquons.
De toutes les façons, nous avons rencontré
plusieurs textes touchant soit la reproduction, la production laitière,
le contrôle laitier, la santé animale, l'élevage dans
d'autres endroits et son impact sur le développement,etc. Citons entre
autre, le mémoire de Patrice MUSABIMANA sur l' « Etude comparative
de la production laitière des vaches laitières importées
en Allemagne et de l'Afrique du Sud dans les fermes autour de
Kigali»5(*).
Nous ne récusons pas leur importance mais nous
reconnaissons en eux une valeur non négligeable.
Etant des développeurs, nous aborderons nos analyses
non seulement en fonction des textes de zootechnie mais aussi de planification
tels que la vision 2020, la stratégie nationale de réduction de
la pauvreté et le programme spécial pour la
sécurité alimentaire, le document de politique agricole et les
stratégies du sous secteur des productions animales, le tout
placé dans le processus de décentralisation administrative et
dans la vision prospective du développement du pays à l'horizon
2020.
Cela dit, la Mairie de la ville de Kigali jouit d'une
autonomie de gestion administrative et financière, y compris dans le
secteur agricole6(*).
Le document de la vision 2020 décrit un panorama dans
lequel les changements suivants sont attendus par rapport à la situation
actuelle7(*):
1. le renforcement des capacités des
populations ;
2. la modernisation de l'agriculture et son intégration
aux autres secteurs de l'économie ;
3. le développement du secteur des services ;
4. le développement des ressources humaines au profit
des secteurs public, privé et de la société
civile ;
5. le développement d'une classe moyenne
d'entrepreneurs ; et
6. l'intégration de l'économie rwandaise dans le
commerce régional et mondial.
Selon la stratégie nationale de réduction de la
pauvreté, la croissance économique est essentielle pour la
réduction de la pauvreté, et l'ensemble
agriculture-élevage constitue le moteur principal de la
croissance8(*).Le
développement rural et la transformation agricole ont été
placés parmi les grands domaines prioritaires de la stratégie de
réduction de la pauvreté.
L'intensification de l'agriculture et de l'élevage
(accompagnées d'actions environnementales) à petite
échelle, y compris la vulgarisation, le crédit et l'appui
à la commercialisation ont été identifiés comme
étant des programmes fondamentaux particulièrement prioritaires.
Dans le cadre du programme spécial pour la
sécurité alimentaire (PSSA), le Ministère de l'Agriculture
et des Ressources animales (MINAGRI) a élaboré en février
2003, un vaste programme s'étalant sur cinq ans et touchant la majeure
partie des activités du secteur agricole. L'agriculture
périurbaine y est identifiée comme l'une des activités
devant concourir à la production de légumes et au
développement des élevages à cycle court9(*) .
Le document de politique agricole oriente le
développement agricole vers la réduction de la pauvreté en
particulier du monde rural grâce à1(*)0:
- une agriculture familiale modernisée, innovatrice,
professionnelle et spécialisée, génératrice
d'emplois et de revenus et orientée d'une manière volontaire vers
le marché (domestique, sous régional, régional et
international) ;
- une agriculture intégrée et
régionalement spécialisée qui assure la
sécurité alimentaire de la population et une distribution
équitable des ressources et des revenus ;
- une agriculture soucieuse de la préservation de
l'environnement et des ressources nationales.
Ce document prône la professionnalisation et la
spécialisation de l'agriculture par l'approche filière. Dans
cette approche, la filière laitière a été
placée parmi les filières prioritaires. La filière bovine
laitière sera intensifiée autour des laiteries et en zone
peri-urbaine avec l'objectif quantitatif de produire 108 000 000
litres de lait en l'an 20101(*)1.
Le but est de créer un secteur laitier avec des bovins
hautement productifs principalement en stabulation permanente dans un
système de production intégrée agriculture/élevage.
De son côté, la Direction des Productions
animales trace des stratégies d'ordre technique, organisationnelles et
institutionnelles dont l'essentiel de l'effort à entreprendre pour
développer la productivité du sous secteur devra porter sur les
exploitations agricoles familiales (EAF) qui constituent 47% du territoire
national1(*)2.
0.6. Hypothèses
Les questions étant présentées, il est
aussi demandé aux auteurs des travaux scientifiques de rallier des
«réponses anticipées» aux problèmes
posés ou hypothèses afin d'orienter l'étude en cours.
Notre recherche et nos analyses seront entre autres faites
par rapport à un plan national. Un plan qui trace les grandes
orientations à suivre lesquelles orientations incarnent souvent les
voeux de l'autorité. Quand les détenteurs du pouvoir donnent le
feu vert, il devient un programme c'est-à-dire un ensemble
d'activités (projets) organisées.
Sa réussite dépend entre autre de la
mobilisation des intervenants. Les réactions du milieu aux actions
programmées doivent être appréhendées à la
suite d'une investigation fine sur le fonctionnement des systèmes de
production et d'échange1(*)3.
Les systèmes de production ou plutôt pour notre
cas, de développement laitier, l'émergence d'une filière
laitière basée sur la production locale peut suivre l'un ou
l'autre des schémas ci-après1(*)4 :
- production urbaine et surtout péri-urbaine formant
une «ceinture laitière» autour des villes ;
- mise en place des fermes laitières performantes
à partir d'animaux exotiques avec utilisation optimale d'intrants
alimentaires et vétérinaires ;
- opter pour le développement rural et asseoir la
production laitière sur le plus grand nombre d'éleveurs bien
encadrés.
Ces schémas ne sont pas a priori antinomiques et
peuvent être menés simultanément. Ainsi, la
stratégie du Ministère de l'Agriculture et des Ressources
Animales (MINAGRI) privilégie une intensification autour des laiteries
et en zone peri-urbaine et les exploitations agricoles familiales (EAF). Or,
deux sur les trois laiteries qui existent actuellement au Rwanda se trouvent en
ville de Kigali.
Dès lors, les hypothèses suivantes peuvent
être formulées pour notre recherche :
1. «Si les fermes laitières de la ville de Kigali
devenaient des entreprises à part entière leur viabilité
serait rassurante à l'horizon 2020».
2. Si des sites particuliers et bien choisis
étaient réservés aux fermes laitières à une
distance prédéterminée par rapport aux
agglomérations humaines, aux marais et aux rivières, elles
généreraient moins de risques aux humains et à
l'environnement».
Ces réponses seront confirmées ou
infirmées selon leur validité après qu'elles aient
été confrontées aux données récoltées
sur terrain.
Chacune d'elle serait maintenue ou
écartée selon l'éventualité.
0.7. Subdivision du travail
Ainsi conçu, ce travail va comprendre 4
chapitres précédés par l'introduction
générale et terminés par une conclusion et des
suggestions :
- Chapitre I : Etude du milieu
- Chapitre II : Etude théorique et conceptuelle
- Chapitre III : enquête
- Chapitre IV : Présentation, analyse
et discussion des résultats de notre enquête
0.8. Méthodes et techniques
utilisées
Pour aboutir à un résultat, le chercheur doit
faire une analyse des opérations intellectuelles et des règles de
façon ordonnées. Dès lors, une méthode est une
opération mentale appliquée sur les données recueillies
grâce aux techniques utilisées pour atteindre les
résultats1(*)5. La
technique est un procédé particulier que le chercheur va utiliser
pour réussir une opération.
Au cours de notre recherche centrée sur la
problématique des fermes laitières en ville de Kigali en
perspective de la vision 2020, nous avons utilisé les méthodes
suivantes :
- la méthode analytique en analysant les informations
reçues ainsi que les données récoltées,
- la méthode comparative en comparant les
éléments collectés qui ont des points communs et ceux qui
ont des points différents et les résultats obtenus aux autres
résultats obtenus ailleurs et aux objectifs fixés ;
- la méthode statistique en donnant les
résultats en quantité et chiffres et en les présentant
sous forme de tableaux ;
Quant aux techniques, il a été utilisé
les techniques suivantes :
- la technique documentaire en consultant tout ce qui a
été écrit en rapport avec le sujet de recherche ;
- la technique de questionnaire en posant des questions
formulées et écrites sur un questionnaire à un
échantillon choisi ;
- la technique d'interview auprès des personnes
choisies et
- la technique d'observation en constatant certains faits
là où ils se produisent.
0.9. Difficultés rencontrées
La réalisation de ce travail n'a pas été
sans difficultés. Il ne nous a pas été aisé
d'obtenir facilement les données. D'emblée, on a assisté
à un écueil statistique tant au niveau des districts et la ville
de Kigali que chez les éleveurs eux-mêmes.
Les données de base concernant les fermes
laitières sont le plus souvent le fruit d'estimations ou
d'extrapolations effectuées à partir d'éléments
partiellement recueillis par les éleveurs eux-mêmes.
Cet écueil statistique auquel s'est heurté notre
étude se fonde également sur la réticence des
éleveurs à fournir des renseignements précis pouvant
être utilisés selon eux, à des fins autres que statistiques
(fiscalité par exemple).
CHAPITRE I : PRESENTATION DU MILIEU D'ETUDE
Après un bref aperçu sur le Rwanda, le
présent chapitre se propose de présenter brièvement la
ville de Kigali.
I.1. Bref aperçu sur le Rwanda et ses
orientations agricoles générales
Le Rwanda est situé dans la partie centrale de
l'Afrique de l'Est et a une superficie de
2, 6 millions d'hectares. La superficie cultivable est
estimée à 1 385 000 hectares, soit 52% de la superficie
totale du pays. La superficie cultivée est de 852 000 hectares. La
terre disponible par exploitation familiale est de 0,6 hectare avec des
disparités régionales variant de moins de 0,25 à 2
hectares. A cette superficie s'ajoute celle occupée par les marais qui
est de 165 000 ha1(*)6.
Le pays est caractérisé par un terrain
accidenté, des montagnes élevées à une hauteur de
1500m ; Il s'étend entre la première et la troisième
latitude et la 29è et la 31è longitude et
ainsi jouit d'un climat tropical. Le climat est de type tropical
tempéré avec une température moyenne de 19°C et une
pluviosité annuelle qui varie entre 900 et 1 600 mm. Le pays
connaît une petite saison des pluies de septembre à novembre et
une grande saison des pluies de février à mai. La petite saison
sèche va de décembre à janvier et la grande saison
sèche de juin à mi septembre. Certaines régions peuvent
souffrir de sécheresse prolongée qui affecte leur production
agricole et fragilise la sécurité alimentaire des populations qui
les habitent.
Le Rwanda se subdivise en trois zones d'altitude :
- la zone de basse altitude inférieure à
1 500 m qui couvre tout l'Est du Rwanda, elle s'étend depuis le
parc national de l'Akagera, de l'Umutara jusqu'au Bugesera en passant par le
Gisaka ;
- la zone de moyenne altitude (1 500-1990 m) qui se situe
de part et d'autre des terres de la crête Congo-Nil ;
- la zone de haute altitude supérieure à 1990 m
et comprenant les hautes terres de la crête Congo-Nil et les hautes
terres volcaniques.
La population rwandaise chiffrée à
8 162 715 habitants passerait à 15 millions en 2020 et
à 20 millions en 2030 au taux de croissance estimé à 2,9%
par an.
La densité de population est de 310 habitants au
km², certaines régions atteignant
1 000habitants/km²1(*)7.
La densité de la population par unité de terre
cultivable atteint 9 habitants par hectare dans certaines régions du
pays.
Son économie est à prédominance agricole
et plus de 94% de sa population vivent de l'agriculture paysanne. L'agriculture
contribue à 40% du Produit Intérieur Brut (PIB) et à
presque 90% des recettes d'exportation1(*)8. Le secteur industriel est encore à ses
débuts et consiste en des usines qui transforment de produits
importés semi-manufacturés.
La nouvelle vision du Rwanda décrite dans le document
de la vision 2020 porte principalement sur1(*)9 :
· le renforcement des capacités des
populations ;
· la modernisation de l'agriculture et son
intégration aux autres secteurs de l'économie ;
· le développement du secteur des
services ;
· le développement des ressources humaines au
profit des secteurs public, privé et de la société
civile
· le développement d'une classe moyenne
d'entrepreneurs ; et
· l'intégration de l'économie rwandaise
dans le commerce régional et mondial
La vision 2020 considère qu'à l'horizon 2020, le
secteur agricole modernisé n'occuperait que 50% de la population du
pays. En conformité avec la vision 2020, un document stratégique
de réduction de la pauvreté (DSRP) a été
finalisé en 2001.
L'objectif premier de la stratégie est de
réduire le seuil de pauvreté de 60% en 2001 à 25% en 2020
et d'accroître le revenu par habitant de 210$ EU à 600$EU (en
termes constants de 2000) au cours de la même période2(*)0. La stratégie de
réduction de la pauvreté et la vision 2020 sont soutenues par la
stratégie Nationale d'investissement à l'horizon 2010.
Cette dernière a prévu deux phases : la
phase de croissance primaire de 2002 à 2006 et la phase de consolidation
de 2007 à 2010. Le document stratégique de réduction de la
pauvreté (DSRP) qui s'inscrit dans le cadre de la vision de
développement à long terme du Rwanda appuie les objectifs de la
vision 2020 et s'attache à d'autres défis dont la mise en oeuvre
s'inscrit dans la réalisation des défis de nature
immédiate.
I.2. La ville de Kigali
La ville de Kigali se trouve au centre du Rwanda entre 1°
52'43'' et 2° 04'19'' de latitude sud et entre 29°58'55'' et
30°11'02'' de longitude est.
Le site de la ville est constitué de plateaux et de
collines avec des flancs à pentes souvent raides rendant certaines zones
impropres à un habitat moderne. Certaines zones comme dans l'ancien
Butamwa et Gisozi et les entités nouvellement annexées à
la ville, de configuration rurale, possèdent de véritables
montagnes avec une altitude supérieure à 1850 m (Mont Kigali et
Gisozi).
Construite à l'origine sur le flanc de la colline
Nyarugenge dès 1907 selon le choix du Docteur Kandt, premier Gouverneur
résident allemand, la ville de Kigali, s'est progressivement agrandie
pour occuper 200 hectares à l'époque de l'indépendance
(1962), 112 km² avec la création de la ville de Kigali en 1990, 349
km² avec le lancement officiel du processus de décentralisation
qui en a fait un gouvernement local et aujourd'hui 730km². La ville est
bâtie sur des collines massives faites de gros versants convexes
où les pentes très fortes dans les bas-fonds (40-60%)
s'affaiblissent progressivement en convergeant vers des sommets aplanis. Ces
collines, séparées les unes des autres par de larges
vallées à fond plat, marécageuses dans leur partie aval,
jalonnent toute la ville.
En 1996, la population urbaine fut évaluée
à 358.200 habitants et au 31/12/1999, elle était estimée
à 600.000 habitants compte tenu de l'accroissement annuel de la
population de 7% et des mouvements migratoires intenses vers la capitale.
La superficie actuelle de la Ville de Kigali (VK) est de 730
km².
La ville compte actuellement trois districts : Nyarugenge,
Kicukiro et Gasabo. Chaque district est divisé à son tour en
secteurs dirigés par un secrétaire exécutif. Chaque
secteur est divisé en cellules dirigées à leur tour par un
Coordinateur de cellules assisté d'un secrétaire exécutif
de cellule. Les cellules sont aussi divisées en village (imidugudu).
Chaque district est dirigé par un maire élu au
suffrage universel. Les trois maires sont coiffés par le maire de la
ville de Kigali ayant rang de Gouverneur de province.
Ø Occupation du sol
L'habitat de la ville de Kigali s'est développé
par bonds d'un sommet de colline à l'autre. Cette discontinuité
est liée à diverses contraintes à savoir l'existence des
zones inondables, les marais et les sites à forte pente. L'habitat s'est
surtout développé sur les versants à faible pente et les
sommets des collines aplatis.
Les activités artisanales sont implantées en
majorité, de manière diffuse dans différents quartiers de
la ville. La ville compte un certain nombre de petites et moyennes industries
implantées surtout à Kicukiro mais aussi à Gasabo. Le
commerce s'effectue dans le centre commercial de Nyarugenge, siège de
grands équipements commerciaux mais aussi dans les marchés de
quartiers et les boutiques. Le commerce informel se rencontre le long des voies
du centre commercial, autour du marché et dans différents
quartiers. Des espaces verts ont été aménagés dans
les vallées de Nyarutarama, de Ruganwa ainsi que dans des ronds points.
En fonction de plusieurs paramètres, les zones
d'activités ont été choisies par le Schéma
Directeur d'Aménagement Urbain (SDAU) de 1981 et l'affectation
correspondante est la suivante 2(*)1:
Ø Les activités agricoles étaient
prévues dans les zones maraîchères et le milieu rural
résiduel ;
Ø Les emplois informels étaient
réservés dans tous les quartiers en fonction des concentrations
humaines mais la grande zone prévue par le schéma directeur
était celle de Nyarugenge/Nyamirambo ;
Ø Les emplois tertiaires modernes étaient
orientés respectivement sur le plateau de Nyarugenge, à
Kimihurura, à Kacyiru, dans les zones industrielles et
d'activités ainsi que dans les pôles secondaires et
tertiaires ;
Les activités secondaires étaient
prévues par le SDAU de 1981 sur quatre zones en fonction des vocations
spécifiques, à savoir :
Ø Kanombe le long de la sortie Est de la ville pour les
grandes entreprises modernes
Ø Gikondo/Kicukiro pour les entreprises moyennes non
polluantes mais aussi pour des activités de commerce de gros,
entrepôts, etc
Ø Nyabugogo pour les industries non polluantes ayant
les besoins importants en eaux brutes ;
Ø Gisozi Sud et Nord pour les petites entreprises
semi-artisanales et du secteur construction, mécanique
générale, etc.
Certaines affectations de ce schéma n'ont pas cependant
été respectées.
Un nouveau schéma d'aménagement de la ville de
Kigali est encours d'élaboration et devrait sortir bientôt.
Ø Activités
économiques
En 1977, les activités économiques de la ville
de Kigali étaient réparties comme suit2(*)2:
- Agriculture : 30%
- Entreprise de transformation : 16%
- Secteur tertiaire : 54%
Selon le recensement de 2002, 17% de la population de la ville
de Kigali sont employés dans les secteurs de l'agriculture et
activités connexes tandis que plus de 54% se consacrent aux
activités liées au commerce et entretien, à la
construction et aux services alors que 11.2% sont occupés dans diverses
administrations2(*)4.
CHAPITRE II : CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL
INTRODUCTION
Dans le domaine spécifique de l'agriculture, la
nouvelle vision du Rwanda à l'horizon 2020, aspire à la
modernisation de l'agriculture et son intégration aux autres
activités économiques. La production agricole du Rwanda se sera
suffisamment accrue en quantité, en qualité et en valeur
ajoutée pour contribuer de manière importante à la
sécurité alimentaire et aux revenus du monde rural. Elle couvrira
l'essentiel des besoins alimentaires. La vision 2020 veut rompre avec le
passé et faire l'agriculture rwandaise plus performante de
manière qu'elle va contribuer au décollage économique.
C'est dans ce contexte que les nombreuses fermes situées dans et autour
de Kigali sont nées.
Ce chapitre, après avoir donné un aperçu
sur les concepts fondamentaux en rapport avec le développement des
fermes laitières (modernisation, intensification, élevage,...),
va passer en revue l'élevage laitier, les fermes laitières et
l'exploitation des fermes laitières en ville.
II.1. Aperçu sur les concepts fondamentaux
II.1.1. Modernisation
Selon le petit LAROUSSE, la modernisation est l'action de
moderniser c.à.d rajeunir, donner une forme plus moderne, adaptée
aux techniques présentes2(*)5. Marquées par la guerre froide, les
théories de la modernisation, d'origine américaine,
étaient un modèle et un instrument de changement global. Elles
sont devenues aussi un cadre général dans lequel les
américains ont pu définir leurs objectifs2(*)6. D'après la
théorie de la modernisation, une société moderne est
caractérisée par 2(*)7:
- la différenciation des rôles et des statuts
(les rôles y sont plus spécifiques c'est-à-dire bien
définis et les statuts y sont plus acquis et moins prescrits).
- La valorisation de la mobilité individuelle
ascensionnelle, donc aussi de l'individualisme, de la compétition et de
l'instruction.
La modernisation passe par un processus d'autonomisation des
institutions, de différenciation sociale, de spécialisation des
rôles et fonction et de division du travail.
Les acteurs de la modernisation sont ceux qui cherchent
à mettre en oeuvre les solutions rationnelles (conformes à la
raison) et à affronter les résistances des conservateurs. Ils
comprennent : l'élite modernisatrice étatique (les
technocrates) c.à.d l'ensemble de ceux qui, par leur instruction se sont
imprégnés de la modernité grâce au contact qu'ils
entretiennent avec d'autres sociétés.
L'instrument de l'action modernisatrice de cette élite
sera principalement l'Etat. Il investit pour orienter le processus de
modernisation sur base de son plan de développement2(*)8.
II.1.2. La modernisation de l'agriculture
Selon le Petit Larousse, l'agriculture est une activité
économique ayant pour objet la transformation et la mise en valeur du
milieu naturel afin d'obtenir les produits végétaux et animaux
utiles à l'homme en particulier ceux qui sont destinés à
son alimentation2(*)9.
En un sens l'agriculture ne constitue qu'un secteur
spécifique3(*)0.
Tout d'abord, dans un pays se trouvant dans la première phase de son
développement, elle emploie beaucoup plus de gens que toutes les autres
branches d'activité.
En second lieu, les activités agricoles remontent
à plusieurs milliers d'années, depuis l'abandon par
l'humanité de la chasse et de la cueillette, dont elle tirait
l'essentiel de sa subsistance. Ce long passé vaut à
l'économie rurale le qualificatif de traditionnelle. Les
sociétés rurales qui font appel à des techniques
traditionnelles acquièrent fréquemment des habitudes et des
attitudes qui renforcent les anciennes méthodes et font de la sorte
obstacle au changement.
La troisième caractéristique de l'agriculture
est l'importance majeure du sol en tant que facteur de production. La terre
sert aux autres secteurs auxquels elle est indispensable mais dans aucun de
ceux-ci, elle ne joue un rôle aussi central. L'existence de terres
cultivables définit fondamentalement le type de techniques agricoles
utilisable.
L'influence du temps est étroitement liée au
rôle central du sol. Le sol change comme les conditions climatiques avec
l'endroit, si bien que les techniques appropriées ici ne sont souvent
guère utiles là.
Enfin, l'agriculture est le seul secteur à produire de
l'alimentation dont l'humanité a besoin pour survivre.
a) La modernisation des techniques
agricoles
La modernisation de l'agriculture traditionnelle peut
s'effectuer de deux manières3(*)1. La première voie est technique :
- on peut combiner des intrants et des méthodes
spécifiques pour augmenter la production agricole.
La modernisation technique porte sur des questions comme le
rôle de l'engrais chimique et les rapports entre l'incidence de l'engrais
et la disponibilité de variétés de plantes
améliorées et de réserves d'eau
appropriées ;
- La seconde stratégie de modernisation porte sur la
mobilisation des intrants et des techniques agricoles dans les pays en
développement.
Aucune technique agricole ne présente une
optimalisation universelle. Il faut l'adapter aux conditions locales de
facteurs.
En agriculture, les conditions sont fondamentales. L'essor
technique passera avant tout par des augmentations rapides de la
productivité du sol ou des animaux et/ou du travail.
On emploiera des technologies fondées sur le programme
mécanique et/ou biologique.
Le programme mécanique se rapporte à
l'utilisation de machines afin de remplacer la main d'oeuvre qui a
quitté la ferme pour les villes. Le programme biologique concerne
l'élévation des rendements au moyen de variétés de
plantes et/ou de races d'animaux améliorées.
L'abondance croissante de la main d'oeuvre et la
raréfaction des terres diminuent l'importance du programme
mécanique par rapport au programme biologique mais la
mécanisation continue à jouer un rôle même dans les
systèmes agricoles pauvres et à fort coefficient de travail.
Même avec une main d'oeuvre extrêmement bon marché, le
remplacement du travail par les machines dans certaines opérations peut
être rentable.
Le programme biologique a pour effet d'élever les
rendements par l'utilisation de variétés ou races
améliorées, en combinaison avec des intrants (engrais chimiques,
pesticides, aliments du bétail...) et des laboratoires scientifiques
modernes.
L'eau constitue un élément stratégique du
programme biologique. Si l'on peut bien maîtriser les techniques
d'accroissement de la production agricole, force est de constater que les
méthodes applicables à la mobilisation des intrants sont à
la fois complexes et beaucoup moins connues3(*)2.
II.1.3. L'intensification de l'agriculture
L'intensification est l'action d'intensifier c'est à
dire élever les rendements à l'hectare d'une culture, d'un
système de production agricole ; augmenter les rendements
zootechniques d'un élevage3(*)3.
Uma Lele cité par Jacquemot et Raffinot (1993) rappelle
qu'il convient de distinguer entre deux types d'intensification
agricole3(*)4. Le premier
type identifié dès 1965 par les travaux d'E. Boserup se produit
de façon autonome (intensification autonome) en situation de pression
démographique ; il se reconnaît d'abord à
l'augmentation des superficies cultivées, ensuite à une
augmentation de la fréquence d'utilisation des sols, pouvant aller
jusqu'à la suppression de la jachère. Le second type
d'intensification dépend de l'intervention de l'Etat et des stimulants
donnés à des cultures (ou animaux) de meilleur rapport ou de
rendements supérieurs, ainsi qu'à la mise en valeur de terres
plus productives associées à l'utilisation d'engrais et à
la petite mécanisation agricole (intensification interventionniste).
En Afrique, la dégradation de l'environnement
liée au déboisement, à la diminution des
précipitations, à la baisse de la fertilité des sols et
à diverses formes de surexploitation des ressources naturelles a
annulé les effets bénéfiques de l'intensification
autonome. L'intensification interventionniste stimulée de
l'extérieur est devenue une nécessité absolue.
II.1.4. Modernisation de l'agriculture d'après la
vision 2020
La vision 2020 veut rompre avec le passé et faire
l'agriculture rwandaise plus performante de manière qu'elle va
contribuer au décollage économique.
Le Rwanda voudrait qu'à l'horizon 2020 :
- au moins 50% des superficies cultivables soient
occupées par des fermes modernes,
- la production végétale globale se soit
triplée et la production laitière quintuplée en volume
et
- les produits agricoles destinés à
l'exportation représenteront une valeur de 5 à 10 fois
supérieur aux exportations agricoles de l'an 2000.
L'Etat oeuvrera à la modernisation de l'agriculture en
créant un environnement propice à l'activité du secteur
privé (cadre macro-économique, réglementation, incitation,
recherche, vulgarisation, coordination, éducation et formation,
etc ;). Le secteur privé y contribuera par l'investissement et la
mobilisation des ressources, les ONG par l'investissement, l'encadrement et la
vulgarisation, les bailleurs de fonds par le financement et les
communautés de base par le financement et le travail.
Métier de tous les rwandais, l'agriculture subira des
transformations et des améliorations qualitatives et quantitatives
telles que modernisée, elle puisse déjà avant l'an 2010,
servir non seulement à réduire la pauvreté et à
améliorer les revenus des rwandais mais aussi à servir de base de
décollage de l'économie rwandaise ;
D'énormes efforts sont à consentir pour assurer
une croissance agricole annuelle d'au moins 4 à 5% en moyenne sur la
période de la vision 2020, pour que l'agriculture change de nature et
que les agriculteurs rwandais de métiers changent de vision, de mode
travail et de mode de vie.
En amont de la production, la protection des terres, la
gestion de l'eau et la maîtrise de l'irrigation, la problématique
foncière et l'aménagement de l'espace seront
maîtrisés et feront l'objet d'une attention particulière.
L'accès au crédit et aux intrants agricoles sera
amélioré et les acteurs professionnalisés pour
accroître la rentabilité du travail agricole.
La modernisation de l'agriculture sera en cohérence
avec les efforts de protection des ressources naturelles, de protection de
l'environnement et le développement de l'éco-tourisme. Le
développement urbain et des pôles ruraux y joueront un rôle
important.
L'agriculture se développera pour avoir des effets
d'entraînement sur d'autres secteurs, à commencer par
l'émergence d'unités agro-industrielles qui s'intégreront
progressivement dans d'autres secteurs de l'économie.
II.1.5. La professionnalisation de l'agriculture
II.1.5.1. Aperçu général
Selon le Petit Larousse, la professionnalisation est le
caractère d'une activité dont l'exercice tend à devenir
professionnel, à ne plus être confié qu'à des
spécialistes, des gens de métier3(*)5.
Si l'exploitation paysanne représentait une agriculture
pour vivre, l'exploitation agricole moderne représente une entreprise
agricole qui travaille pour vendre. Le savoir paysan empirique et
intégrateur d'autrefois se voit succédé par la large
utilisation des connaissances scientifiques et la gestion.
Il faudra :
- utiliser des méthodes scientifiques de travail qui
diminuent les coûts de production ;
- utiliser les méthodes expérimentales qui
reposent sur l'observation et qui exigent des
Mesures.
La gestion de l'exploitation s'appliquera sur des normes
c'est-à-dire des grandeurs optimales de référence physique
et économiques. Ces normes permettent de faire des choix.
L'organisation scientifique de la production entraînera
aussi l'organisation scientifique du travail. Cela nécessitera un
agronome, un vétérinaire, un zootechnicien et toute autre
personne dotée de connaissances scientifiques dont l'exploitation a
besoin ainsi qu'un laboratoire efficace. Cela est d'autant plus
nécessaire que l'exploitation assure l'approvisionnement des populations
urbaines de plus en plus exigeantes en qualité.
Plus l'exploitation est petite, plus l'organisation
scientifique de la production est délicate et plus le prix de revient
est élevé3(*)6.
La gestion va donc consister à chercher l'augmentation
des échelles de grandeurs de production. Ceci ne condamne pas la petite
exploitation, mais nécessitera pour l'exploitant 3(*)7:
- soit une augmentation de surface (impossible au Rwanda)
- soit une intensification (possible au Rwanda )
- soit pratiquer des cultures ou des élevages
« hors sols » c'est-à-dire des productions qui ne
demandent pas de grandes surfaces (légumes, porcs, volailles,...)
Avec les techniques et le capital se diffuse un mode de
gestion et, à travers la recherche de la productivité, du
rendement, l'esprit d'innovation, les objectifs se transforment. On aboutit
à l'industrialisation. On passe à ce que Raymond Aaron
cité par Tshinema Kabongo J.M.V a développé en 1966 comme
société industrielle qu'il a définie par 5
critères 3(*)8 :
- l'entreprise séparée de la famille ;
- la division technologique du travail ;
- l'emploi du calcul économique ;
- l'accumulation et le renouvellement du capital ;
- la concentration ouvrière sur le milieu du travail
II.1.5.2. Le métier d'éleveur
Etre éleveur laitier, c'est exercer un métier qui
nécessite l'amour de la nature et des animaux ainsi qu'une solide
formation professionnelle.
Ce travail implique la maîtrise de compétences
multiples et complémentaires : savoir constituer et gérer son
troupeau, bien le nourrir, veiller à sa santé et à son
bien être, mais aussi connaître les réglementations qui
s'appliquent au métier. L'éleveur doit parvenir à tirer de
son activité, un revenu suffisant pour faire vivre son exploitation et
en vivre lui même.
Ø Pour l'amour des vaches
Impossible d'être éleveur laitier, sans être
passionné par les animaux. Constituer un troupeau de bonnes vaches
laitières adaptées à sa ferme prend des années.
L'éleveur choisit les taureaux reproducteurs, fait naître les
veaux, garde les génisses et les élève. Le lien affectif
entre lui et les vaches qu'il a vu naître en est renforcé.
Ø Du temps pour ses laitières
Le métier suppose de passer beaucoup de temps avec les
animaux. Il faut donc aimer leur compagnie. Pour l'éleveur, la traite,
deux fois par jour et 365 jours par an est un moment de contact
privilégié avec ses vaches. Le temps passé en surveillance
et suivi est le plus difficile à comptabiliser : lors des visites dans
les pâturages ou à l'étable pour s'assurer que tout va
bien, mais aussi au moment des vêlages, lorsque les petits veaux
demandent une attention constante.
La première des récompenses, c'est le contact
direct avec l'animal. La seconde, c'est d'avoir un troupeau qui se porte
bien3(*)9.
Ø Elever et cultiver
Etre éleveur laitier, c'est forcément aussi
être agriculteur. Pour nourrir son troupeau, rien de plus sûr que
de cultiver soi - même les
fourrages. Sur
la ferme labours, semailles, récolte des fourrages et de la paille,
stockage dans les hangars,
fenaison,
ensilage se succèdent.
Ø Diriger sa "ferme-entreprise"
Une ferme laitière est une véritable petite
entreprise. Pour en tirer un revenu suffisant, l'éleveur doit aussi
consacrer une bonne part de son temps à des tâches de gestion
administrative, comptable et financière.
Ø Des compétences multiples
· génétique, reproduction : gestion des cycles
de fécondations, inséminations, tarissements, vêlages
· agriculture : organisation de la répartition
annuelle des cultures et des outils de travail du sol, organisation des
chantiers (semis, récoltes)
· gestion des stocks de
fourrages et
rotation des parcelles de pâturages
· nutrition animale : calcul de la ration alimentaire des
vaches en fonction de la saison et de leur production de lait,
· santé animale : prévention des maladies,
prophylaxie,
détection des animaux souffrants, les soins à leur apporter et
leur isolement durant le traitement
· comptabilité, fiscalité et gestion
d'entreprise : enregistrement technique et administratif pour les cultures et
l'élevage, gestion de la trésorerie, des achats, des
investissements...
Ø Obtenir un diplôme
La complexité des connaissances de plus en plus
exigées entraîne une professionnalisation croissante du
métier d'éleveur, par ailleurs très encadré en
Europe, par la législation nationale et européenne (quotas,
normes hygiéniques et sanitaires, normes
agro-environnementales...)4(*)0.
Aujourd'hui, en Europe, un jeune ne peut emprunter pour
s'installer sans formation professionnelle agricole de niveau
baccalauréat4(*)1.
Et parce qu'il faut s'adapter en permanence à l'évolution des
techniques et de la réglementation, une formation continue est
indispensable. Pour cela, l'éleveur s'appuie sur les conseils de
différents spécialistes et se forme à l'utilisation
d'outils de gestion et d'auto évaluation. Sa formation professionnelle
se poursuit donc tout au long de sa vie.
II.1.6. Elevage
L'élevage est l`activité visant, par
l'entretien, la reproduction et l'utilisation d'animaux domestiques, à
la satisfaction de besoins d'ordre matériel, alimentaire notamment, mais
également d'ordre symbolique, psychologique ou religieux4(*)2.Il tient un rôle de
premier plan dans l'économie rurale moderne. Les produits qu'il fournit
sont nécessaires à l'alimentation humaine. Les rations ne sont
équilibrées que si elles comportent une certaine quantité
de protides, dont le corps humain ne peut réaliser la
synthèse.
Au fur et à mesure que le niveau de vie augmente, la
demande de produits alimentaires dérivés de l'élevage
s'élève: l'élasticité de la demande de viande,
d'oeufs et de certains produits laitiers par rapport aux revenus est positive
et généralement élevée, à la
différence de l'élasticité de la demande des produits
d'origine végétale, qui est faible, et pour certains d'entre eux,
négative4(*)3.
Les animaux domestiques représentent, environ 28% de la
valeur mondiale totale des produits agricoles et constituent une part de
l'alimentation humaine, bien supérieure dans les pays
développés que dans les pays en développement4(*)4.
L'élevage dans le monde pré-industriel,
était souvent une activité spécialisée à
très faible productivité. Il était l'objet de pasteurs
dont le genre de vie était tout entier commandé par le rythme et
les besoins du troupeau.
Dans le nouveau monde, où l'élevage était
pratiquement inconnu, la mise en valeur des espaces peu peuplés s'est
faite souvent à l'origine par la création d'une économie
d'élevage très extensive.
La révolution agricole a créé en Europe
occidentale un type d'élevage savant qui a été ensuite
transposé dans une partie des mondes neufs alors ouverts à la
colonisation européenne4(*)5. Cet élevage était intimement
associé à la culture au sein des exploitations familiales. Les
raisons étaient multiples: chaque exploitation devait garder des
bêtes. D'autres étaient liés au poids des aliments
consommés par le bétail, il était plus économique
de les utiliser sur place que de les concentrer.
L'élevage moderne est une activité sans terre,
ou une activité qui ne consomme directement que peu de terre. Il a
tendance à s'installer à proximité des marchés.
L'élevage se concentre là où une main d'oeuvre rurale
abondante subsiste ou bien encore à proximité des zones de forte
consommation4(*)6.
II.2. Elevage laitier
II.2.1. Géographie de l'élevage laitier
Les principaux pays producteurs laitiers, d'où sont
originaires les races spécialisées, sont tous des pays de la
zone tempérée, au climat océanique doux et pluvieux
(Pays-Bas, Danemark, îles britanniques et anglo-normandes, Normandie,
Nouvelle-Angleterre, Nouvelle-Zélande) et parfois des pays aux hivers
rudes (Suisse, Ecosse, France-Comté). Les races bovines
spécialisées les plus répandues et qui progressent le
plus sont originaires de ces régions : Holstein-Frisonne, Jersey,
Guersney, Brune des Alpes, Montbéliarde4(*)7. Dans la zone intertropicale, des populations
bovines constituées à partir de géniteurs importés
de ces régions ont pu être établies et se développer
chaque fois que l'altitude venait limiter les effets du climat : Afrique
orientale, Amérique Centrale et du Sud, Madagascar.
En Afrique subsaharienne, l'élevage bovin se
développe depuis toujours dans de vastes zones comprenant
essentiellement la large bande Sahelo-soudanienne et soudano-guinéenne
s'étendant de l'Atlantique à l'Ouest à la corne de
l'Afrique à l'Est ainsi que tout au long de la zone du Rift
située de part et d'autre de la haute vallée du Nil et de la
région des grands lacs africains.
Au Nord, dans la partie Sahélo-soudanienne, c'est la
hauteur des pluies qui détermine la limite septentrionale des zones
d'élevage (+ de 300mm/an) alors qu'au Sud, dans la zone
soudano-guinéenne, ce sont les conditions sanitaires (trypanosomiase,
peste bovine essentiellement) qui constituent une barrière au
développement de l'élevage bovin.
Par contre, à l'Est, le long du Rift, l'altitude va
modifier les données climatiques et autoriser un large
développement de l'élevage bovin (Ethiopie mais aussi Tanzanie,
Kenya, Rwanda, et Burundi)4(*)8.
Il existe donc, a priori, un certain antagonisme entre le
concept de races laitières hautement productives et celui de climat
tropicaux. Ces races hautement spécialisées dans la production
laitière ne s'acclimatent sous les tropiques qu'au prix de
précautions que seuls les stations d'élevage ou les
éleveurs ayant reçu une formation technique adéquate sont
en mesure de prendre actuellement.
Après avoir été conditionnée par
des considérations éthno-sociologiques traduites le plus souvent
en terme de possession (patrimoine) ce n'est que récemment avec
l'intensification des échanges marchands et la très forte
croissance démographique et son corollaire l'explosion urbaine
générale dans toute l'Afrique que les éleveurs d'un
côté et de l'autre les responsables économiques
privés ou publics ont ressenti le besoin d'organiser, d'améliorer
et d'encourager la production laitière dans un double souci
d'approvisionner les populations urbaines et de développement rural.
Mais les filières laitières qui se sont mises
en place spontanément pour répondre à la demande n'ont pas
toujours entraîné les effets escomptés,
particulièrement en amont où la productivité reste
médiocre. Pour pallier cette insuffisance, il a été fait
largement appel aux importations qui aujourd'hui couvrent une bonne partie
d'une demande encore trop modeste au regard du minimum souhaitable4(*)9.
Au Rwanda, les effectifs bovins sont concentrés
à 57% dans les 3 anciennes préfecture d'Umutara, Gitarama et
Kigali. Au Mutara, 41% des ménages possèdent des bovins avec une
moyenne de 21 têtes /ménage. A Gitarama, c'est la stabulation
permanente. Tout aussi remarquables sont les élevages modernes utilisant
des races pures qui se développent dans les zones péri-urbaines
de Kigali, dans les milieux ruraux des anciennes préfecture de Byumba et
Ruhengeri. Des pâturages modernes pouvant supporter une charge de 10.000
têtes ont été aménagés à Gishwati
(dans l'ancienne préfecture de Gisenyi)5(*)0.
Les races exploitées sont les suivantes : races
locales dont les niveaux de productivité sont très bas, la
Jersey, la frisonne, le Brun suisse et le sahiwal.
II.2.2. Les systèmes de production laitière
Qu'on considère l'animal ou le troupeau comme
unités élémentaires de production, on ne peut les isoler
des facteurs qui conditionnent leur entretien et leur production à
savoir :
- les ressources hydrauliques et fourragères, qui
dépendent surtout de la pluviosité,
- le disponible de main d'oeuvre
Il doit y avoir un rapport harmonieux entre ces facteurs et les
effectifs animaux.
Si sur le territoire considéré, les ressources
fourragères sont abondantes, l'eau facilement accessible tout au long de
l'année, les animaux pourront être entretenus sur de faibles
surfaces. L'élevage y sera sédentaire.
Si pour quelque raison que ce soit, l'eau ou les ressources
fourragères viennent à diminuer au cours de l'année
au-dessous de l'indispensable, l'élevage ne pourra rester
sédentaire que si l'éleveur constitue des stocks à la
période d'abondance, ou bien intensifie par des techniques agricoles la
production fourragère du territoire dont il dispose, ou enfin, il
importe sur son territoire des fourrages ou de l'eau disponibles ailleurs, ce
qui en fait revient à étendre son territoire. Dans les cas
contraires, ce sont les animaux qui devront être déplacés
pour exploiter à des époques favorables, eaux et fourrages ;
cette errance n'étant pas propre à l'élevage.
Selon METZGER et alii., on retrouve actuellement 5
systèmes d'élevage en Afrique, dans des proportions variables et
avec des modalités locales différenciées5(*)1 :
- le système pastoral traditionnel,
- le système agro-pastoral traditionnel,
- le système pastoral semi-intensif,
- les fermes de production laitière en système
intensif,
- les élevages urbains et péri-urbains
1) Le système pastoral traditionnel
La transhumance est pratiquée largement pendant la
saison sèche et concerne la partie des troupeaux pour laquelle aucun
objectif commercial n'est envisagé à moyen terme.
Les vaches laitières restent au campement, le lait sert
essentiellement à la nourriture du veau et la traite
récupérée souvent une seule fois par jour est
destinée à l'auto consommation rarement à la vente. Les
vaches sont de races locales à faible productivité (0.4 à
1.5 litres par jour) : Zebra peuls et Gobra, taurin N'dama, Ankolle,
....
Les animaux sont choisis en fonctions de critères
morphologiques (robes, corne),
pour la rusticité, leur résistance à la
chaleur, aux maladies endémiques (trypano-
résistance des taurins baoulé et N'dama) et la
perte de poids en saison sèche.
Les intrants utilisés dans ce système
d'élevage exclusif se limitent souvent
aux produits vétérinaires.
Les contraintes rencontrées concernent
l'approvisionnement en nourriture et en eau, et de
plus en plus, la diminution des parcours et leur
dégradation (surpâturage, envahissement par des épineux et
herbe indésirable).
La commercialisation du lait issu de ce système
pastoral est nulle ou très limitée. Seule l'autoconsommation est
satisfaite à des niveaux parfois élevés. Les
investissements en bâtiments sont faibles voire inexistants.
2) Le système agro-pastoral traditionnel
Les pasteurs développent une activité de
cultures essentiellement vivriers en couplement de l'activité
d'élevage ou ce sont les agriculteurs traditionnels qui ont
trouvé dans l'élevage une activité
complémentaire peu coûteuse (car consommant les sous produits de
l'agriculture) ainsi qu'une source d'amendement organique pour leurs cultures.
En associant cultures et élevage, les agriculteurs
reproduisent en Afrique le système de
polyculture/élevage qui fut largement à la base
du développement agricole en Europe.
Les cultures vivrières et le lait sont avant tout
destinés à l'autoconsommation. La conduite du troupeau reste
traditionnelle c'est-à-dire que la sélection, la
complémentation, les infrastructures sont encore à
développer.
3) Le système pastoral semi-intensif
Il est né le plus souvent d'initiatives d'origine
urbaine. Les bouviers utilisent au mieux les possibilités de
pâturage et de complémentation obtenues de leurs activités
agricoles. Une partie du lait sera commercialisée, les bouviers ou
collecteurs acheminent le lait vers la ville, soit à pied si la distance
reste faible, soit en mobylette ou en taxi pour les plus
éloignés. Ce type de troupeau se rencontre autour de la plupart
des villes.
4) Les fermes de production laitière en
système intensif
Les éleveurs propriétaires confient leur
troupeau de taille importante à des bouviers qui approvisionnent
régulièrement les centres urbains en lait et produits laitiers.
D'une façon générale, les rendements de
ces fermes à système intensif peuvent apparaître
satisfaisants : 6 à 8 litres par vache
laitière par jour avec parfois des résultats de 15 à 20l
par jour.
Les intrants alimentaires et vétérinaires sont
importants, les investissements en bâtiment et matériels sont
élevés, le but étant de fournir du lait en
quantité et en qualité pour les populations urbaines.
Le plus souvent, cette production laitière
approvisionne ou devrait approvisionner une unité de traitement et/ou
de transformation du lait (pasteurisation, fabrication de lait caillé,
yaourt, beurre, fromage).
Pouvant regrouper plusieurs centaines de têtes et de
vaches lactantes, ces fermes laitières enregistrent souvent des
rendements économiques décevants : mauvaise gestion, prix de
revient du lait trop élevé, fourniture insuffisante à
l'unité de traitement incompatibles avec l'étroitesse du
marché solvable susceptible de payer le coût industriel et
commercial qui grève le prix final des produits.
5) Les élevages urbains et péri-urbains
Même avec un faible niveau de consommation par habitant,
la présence d'une forte population engendre toujours une demande
solvable non négligeable. Avec des coûts d'approche minimes, les
élevages urbains et péri-urbains prennent position sur ces
marchés assurant parfois plus de 50% de besoins pour les seuls
élevages urbains.
2.3. Consommation de lait en zone urbaine
Le lait est consommé par 4 à 5% des
ménages rwandais et les consommations moyennes suivantes donnent une
idée d'où le Rwanda peut se situer5(*)2:
· moyenne nationale : 13 litres
· Mairie de la ville de Kigali : 20 litres
· Sénégal : 25 litres
Afrique : 17,5kg soit 20 à 25 fois moins que
ce que consomme l'Européen type5(*)3
La ville est devenue le lieu de nouveaux comportements acquis
au contact des Européens. Elle est le lieu privilégié
des extraversions dans la consommation alimentaire.
Une enquête menée dans et autour de la ville de
Kigali a permis de faire la classification quant aux préférences
des consommateurs en terme de produits laitiers (par ordre
décroissant)5(*)4:
Lait cru :+ + + + + +
Lait caillé : + + + + +
Lait U H T : + + + +
Lait pasteurisé : + + +
Fromage : + + +
Beurre : + +
Crème : + +
Yaourt : +
Ainsi , dans la ville de Kigali, le lait cru est le plus
demandé, suivi par le lait caillé, lui-même suivi par le
lait UHT .
II.3.5.4. Typologie des consommateurs de lait en milieu
urbain5(*)5
On distingue :
- les non consommateurs absolus de lait et produits
laitiers : beaucoup plus nombreux suite au niveau de vie très bas,
bon nombre d'adultes ne consomme jamais ce type de produit ; 20 à
30% des ménages selon les villes
- les consommateurs occasionnels : fêtes, malades
ou enfants en bas âge (cas très général pour le lait
frais et lait caillé)
- les consommateurs réguliers mais à un faible
niveau (quelque fois par mois) :
- les consommateurs réguliers à un fort
niveau (plusieurs fois par an ) : faible part de la population
inférieure à 10%. Ce sont des classes les plus aisées qui
tendent à se rapprocher à des standards européens de
consommation.
10% de la consommation est hors domicile .
A la typologie socio-économique du consommateur urbain,
il est utile d'ajouter une typologie géographique càd une
observation des tendances dégagées dans les différents
quartiers des villes. Le niveau de consommation est fortement
corrélé au niveau de vie.
Dans les quartiers résidentiels, les achats (lait
liquide frais ou UHT et lai caillé,...) se font dans les boutiques de
proximité mais plus fréquemment dans les superettes
situées en centre ville. Le passage d'un colporteur à domicile du
lait frais et du lait caillé est très largement répandu.
Dans les quartiers populaires, les achats se font au coup par
coup dans les boutiques de quartier et portent sur des produits non
périssables.
Les laits frais et caillé par abonnement assurent un
approvisionnement régulier.
II.4. Fermes laitières
II.4.1. Définition et aperçu
général
La ferme laitière est un « lieu où sont
gardés des animaux laitiers servant à la production du
lait»5(*)6. De la
bonne marche des fermes laitières dépend l'approvisionnement de
l'industrie du lait. Par leur présence et les activités
qu'elles induisent, les fermes participent au maintien de l'économie, de
l'emploi, de la vie et aussi des paysages en milieu rural.
Dans les pays développés, les fermes
laitières sont le plus souvent gérées en famille, ou en
groupement entre un ou deux agriculteurs voisins. Baptisé GAEC
(Groupement Agricole d'Exploitation en Commun), ce mode de gestion permet
notamment de mieux organiser et de mieux répartir le travail et les
investissements.
Individuelle ou gérée en société
(essentiellement des GAEC), chaque ferme laitière est différente.
Certains exploitants choisissent de consacrer 100% de leur activité
à l'élevage laitier. D'autres se diversifient en élevant
d'autres animaux (autres bovins, porcs, volailles, moutons,...) ou en variant
les cultures (légumes, fruits...). Ils peuvent aussi vendre des produits
fermiers, ou encore pratiquer l'accueil à la ferme (gîte rural,
chambre d'hôtes, auberge, accueil de scolaires)5(*)7.
II.4.2. Historique
Les débuts de l'élevage remontent à 30 000
ans avant notre ère avec la gazelle (utilisée pour sa viande,
dans le Sinaï). Les premières traces d'élevage laitier
remontent à 10 000 ans avant J.-C., au Moyen-Orient. Entre 7 000 et 6
000 ans avant J.-C., l'aurochs livrait déjà son lait aux Turcs et
aux Macédoniens5(*)8.
La véritable révolution en matière
d'élevage viendra de l'Angleterre qui popularise au XVIIe siècle
une meilleure association entre l'élevage et l'agriculture. L'extension
des cultures fourragères et les semis de prairies favorisent le
développement des troupeaux. Pour la première fois, le paysan
peut être agriculteur et éleveur.
C'est au fourrage et à l'amélioration des
jachères que le lait doit sa réussite. Au début du XIXe
siècle, la rotation des cultures et l'introduction de plantes comme le
trèfle et la luzerne ont permis de fournir une alimentation plus riche
au bétail. En contrepartie, le bétail fournissait de l'engrais
sous forme de fumier.
On commença alors à regarder la vache d'un autre
oeil, et à se dire qu'elle pourrait bien être plus utile comme
productrice de lait, que comme laboureuse de champs !
Dans le même temps, l'urbanisation croissante
entraînait une demande de plus en plus importante de lait, de beurre et
de fromage.
L'élevage laitier ne prend réellement son essor que
dans la seconde moitié du XIXe siècle en
bénéficiant d'avancées scientifiques décisives :
· Les chimistes vont identifier les différents
composants du lait et ouvrir la voie à des méthodes de
contrôle de la qualité.
· L'apparition de la zootechnie va permettre
d'améliorer les races bovines et lancer la mode des concours de
bétail.
· La microbiologie et la découverte de l'existence de
petits organismes invisibles à l'oeil nu susceptibles de rendre les
aliments impropres à la consommation, va conduire à l'invention
de la pasteurisation.
· Les machines à vapeur vont fournir énergie
et chaleur pour
centrifuger,
baratter, malaxer, pasteuriser,
homogénéiser,
stériliser, réfrigérer, déshydrater...
Après les avancées décisives du XIXe
siècle, le XXe siècle sera celui de la maîtrise de la
qualité, de la mise en place des normes de sécurité
alimentaire et de l'innovation dans les produits laitiers frais et les
fromages.
Au Rwanda, c'est semble-t-il entre le 12è et le
16è siècle, que l'élevage bovin se développe
réellement5(*)9.
Grâce à l'abondance des herbes, la production laitière
dégage de surplus mobilisables. Avec l'avènement de la
colonisation tout au début du 20è siècle, il y eu
rétrécissement des terres et de vastes étendues de
pâturages furent retirés aux éleveurs pour les remettre aux
agriculteurs ou au nom de ce qu'on appela alors
« l'intérêt général » public ou
privé. L'élevage des vaches fut ainsi découragé.
II.4.3. Les troupeaux laitiers et leurs rendements
La production laitière et le rendement des bovins laitiers
atteignent des niveaux élevés grâce à des
investissements dans les programmes d'amélioration
génétique.
Un élevage équilibré allie une production
élevée avec une conformation souhaitable, ce qui contribue
à un accroissement de la longévité et de la
rentabilité.
Les troupeaux laitiers ne sont pas gigantesques : ils
comprennent en moyenne 40 vaches, auxquelles s'ajoutent les veaux et les
génisses élevées pour assurer la relève. Soit un
total d'environ 70 têtes de bétail en France . Le chiffre de 35
est une moyenne : près de 60% des troupeaux français
de 20 à 50 vaches, et à peine plus d'un sur cent compte plus de
100 vaches laitières6(*)0.
Au Canada, la ferme laitière typique compte 60 vaches et
utilise une technologie de pointe. Elle est plus petite qu'une ferme
laitière dans d'autres pays comme les États-Unis ou la
Nouvelle-Zélande ou il n'est pas rare de rencontrer des troupeaux de 500
têtes ; toutefois, la taille de chaque ferme varie d'une province
à l'autre.
Tableau no 1 : Production moyenne de
quelques pays développés
|
Pays
|
Rendement moyen d'une vache Kg/an
|
Production moyenne d'une ferme Kg/an
|
|
Suède
|
7 087
|
209 775
|
|
Danemark
|
6 785
|
344 678
|
|
Pays-Bas
|
6 717
|
295 548
|
|
Allemagne
|
5 756
|
160 592
|
|
Royaume-Uni
|
5 880
|
404 544
|
|
France
|
5 513
|
169 249
|
|
Espagne
|
4 724
|
56 216
|
Source : chiffres 2000, source
CNIEL cité par www. Cidilait.com
Dans les pays développés et notamment dans
l'Union Européenne l'objectif n'est pas de produire plus, car le
producteur ne doit pas dépasser son
quota laitier,
mais de produire mieux, le lait étant payé «
à la qualité » en fonction de critères stricts
(composition nutritionnelle et qualité sanitaire). Le revenu de
l'éleveur dépend donc de la qualité de son
lait : il perçoit un « bonus » quand sa production
est classée en qualité supérieure.
Dans un élevage laitier bien conduit, la production de
lait est en moyenne de 18 à 25 litres de lait par vache et par jour,
obtenus en deux traites quotidiennes. Selon les races, une vache peut produire
jusqu'à 30 litres de lait par jour. Sa production moyenne par lactation
va de 4000 à 7000 litres mais on observe dans certains troupeaux des
performances qui dépassent parfois les 10 000 litres !6(*)1
La jeune vache (
génisse)
est déclarée apte à être saillie lorsqu'elle arrive
à maturité sexuelle (entre neuf et douze mois selon les races).
Mais, on attend généralement deux ans pour la première
gestation.
Après le
vêlage ,
la lactation dure dix mois, entretenue par la traite.
L'activité économique des fermes
laitières découle directement de la production et la vente du
lait de la ferme et de sa transformation en produits laitiers, et indirectement
des emplois créés chez les fournisseurs d'intrants aux
producteurs et transformateurs.
Peu importe le type d'étable choisi, les producteurs
performants veulent fournir des aliments de qualité et appliquer des
pratiques d'alimentation optimales, utiliser de l'équipement efficace,
s'occuper du soin et du confort des animaux, et obtenir de bons soins
vétérinaires pour préserver la santé des vaches et
des veaux. Ces priorités sont transposées dans les recherches
menées dans les grandes universités.
Tout éleveur laitier doit savoir adapter son exploitation
:
· au climat de sa région,
· au relief,
· aux caractéristiques des sols,
· à l'éloignement des différentes
parcelles,
· à ses capacités d'investissement,
· au nombre de personnes travaillant sur la ferme,
· à ses goûts et à sa façon de
travailler (agriculture raisonnée, biologique ou conventionnelle)...
Cette multitude de facteurs explique la grande diversité
des fermes laitières, gérées seul ou en GAEC,
spécialisées ou diversifiées. Les races de vaches aussi
varient d'une exploitation à l'autre. Les éleveurs n'ont pas tous
les mêmes goûts, ni les mêmes affinités.
II.4.4. Qualité et salubrité du lait
Dans les pays développés, le lait est produit
conformément à des normes de sécurité et de
qualité strictes. Tout le lait produit dans des fermes est soumis
à des tests de détection des résidus d'antibiotiques. De
sévères pénalités financières assurent
l'absence de résidus dans le lait que boivent les individus et dans les
produits laitiers qu'ils consomment. Un programme de salubrité des
aliments à la ferme doit être respecté. Ce programme
prévient et réduit les risques en matière de
salubrité des aliments, afin de garantir aux consommateurs que le lait
est produit d'une façon sécuritaire. Il assure le suivi des
mesures prises pour minimiser les risques à la salubrité des
aliments en :
· refroidissant et entreposant efficacement le lait;
· expédiant les animaux laitiers en toute
sécurité;
· contrôlant l'utilisation de médicaments et de
produits chimiques pour prévenir les résidus dans le lait;
· nettoyant le matériel de traite et veillant
à la propreté de l'eau de lavage.
Les producteurs laitiers sont fiers de souligner que les gains
d'efficacité sont aussi avantageux pour l'environnement grâce
à la réduction des émissions de méthane. Cette
diminution tient à ce que l'on dépend de moins de vaches pour
produire suffisamment de lait pour répondre à la demande. La
possibilité de faire plus existe toujours, car la production de lait par
vache s'accroît, et les recherches sur la nutrition des vaches et les
nouvelles technologies permettent aux agriculteurs de nourrir les vaches de
façon plus efficace.
II.4.6. La Charte des bonnes pratiques des fermes
laitières
Basée sur une adhésion volontaire, cette
démarche donne la possibilité à chacun d'améliorer
ses pratiques d'élevage, grâce à une méthode
d'analyse détaillée de ses tâches quotidiennes, c'est une
sorte de bilan de compétence.
L'évaluation porte sur sept domaines :
· L'identification des animaux doit être
systématique et pérenne: pose de boucles aux oreilles,
notification des mouvements des animaux (naissance, entrée, sortie),
vérification et classement de tous les documents d'identification.
· Le suivi sanitaire implique le respect des prophylaxies,
la surveillance de l'état de santé des bovins, des tests de
dépistage et des moyens pour isoler les animaux malades.
· Les traitements des bovins doivent respecter les
prescriptions vétérinaires, les ordonnances être
conservées et les médicaments stockés dans des lieux
appropriés.
· L'alimentation doit être saine et
équilibrée. L'éleveur doit maîtriser les techniques
de conservation des
fourrages,
effectuer ses achats auprès de fournisseurs répertoriés,
disposer d'eau de qualité.
· La production du lait, les normes d'hygiène et les
techniques de traite et de conservation du lait doivent être
appliquées. Les installations de traite et de stockage doivent
être maintenues en bon état et soumises à des
contrôles annuels.
· L'hygiène et le bien être des animaux : ils
doivent bénéficier des meilleures conditions d'hygiène et
de bien-être, être logés dans des étables
aérées.
· Les accès à l'étable doivent
être propres.
Concrètement, l'éleveur utilise pour son
évaluation un document-type. Puis un technicien vient vérifier
sur place la conformité des pratiques aux différents
critères et définit, avec l'éleveur, les
éventuelles corrections que celui-ci s'engage à mettre en oeuvre.
II.4.7. Les fermes laitières face à la
modernisation agricole
L'extrapolation des accroissements de production
nécessaires et les évolutions récentes montrent que le
déficit en protéines à tendance à
s'accroître. Ce n'est plus à un déficit de 10% auquel le
Rwanda est confronté mais plutôt à un déficit de 20%
et tout porte à croire que la tendance ne pourra pas être
facilement renversée. Par rapport à la production nationale de
l'année 1988, les accroissements de production nécessaires pour
satisfaire les besoins théoriques ainsi calculés pour l'an 2000
étaient de 390% pour le lait6(*)2.
Quand un tel fossé existe, la première
réflexion venant à l'esprit est de moderniser et d'intensifier la
production, notamment par injection massive d'investissement. Une telle
affirmation mérite d'être examinée dans un contexte
environnemental, de santé publique et économique plus global.
Très schématiquement, les économies des
pays en développement sont dominées par 3 grands
problèmes : le chômage, l'inflation et le déficit de
la balance des paiements6(*)3.
Avec l'intensification, les producteurs adoptent des
technologies qui réduisent les coûts visibles directs
associés à la terre et au travail et profitent au maximum du
libre accès aux biens publics environnementaux et aux subventions du
capital.
Des concentrations d'animaux deviennent incompatibles avec la
capacité d'absorption de déchets et la capacité de
production d'aliments du bétail des terres disponibles. Des fortes
densités animales à proximité des agglomérations
humaines entraînent souvent de sérieux problèmes de
pollution6(*)4.
L'intensification des systèmes traditionnels et
modernes d'élevage engendre de nouveaux risques pour la santé
humaine en l'occurrence lorsqu'il y a de fortes concentrations d'animaux
à proximité ou autour des villes en raison de la
médiocrité des moyens de transport et des infrastructures.
Risques qui sont exacerbés par l'inadéquation ou l'absence
d'infrastructures sanitaires, de réglementation et de mesures de suivi
et la non application de la loi.
Ces problèmes économiques (chômage,
inflation et déficit de la balance des paiements), environnementaux et
de santé publique formeront des contraintes majeures pour la
planification du développement des productions animales.
Les vagues de chômages qui submergent les villes des PVD
proviennent de la surnatalité mais surtout de la
paupérisation du monde rural.
Si l'augmentation de production est assurée par une
modernisation et une intensification de l'élevage et techniquement, elle
pourrait l'être, celle-ci se fera sous forme capitalistique,
c'est-à-dire en substituant du capital au travail par des techniques
relativement élaborées qui ne permettront pas d'utiliser les
jeunes paysans et chômeurs.
D'ailleurs, souvent ces techniques provoquent un transfert de
la classe paysanne vers les classes aisées de la population, classes
plus ouvertes aux technologies modernisées. Plus ouvertes aux
technologies modernisées. Si l'on veut, par ex. améliorer la
production laitière péri-urbaine , il faut faire un bond
technologique, celui-ci n'est consenti que par les agents ayant certains
moyens et ayant reçu une certaine éducation, et on les trouve
dans les couches déjà favorisées de la population.
Ainsi, la modernisation permettrait d'accroître la
production mais n'aiderait en rien la résolution du problème
crucial du chômage et, même, risquerait de l'accentuer.
L'industrialisation va certes créer de nombreux
emplois, mais suffiront-ils à absorber l'excédent de main
d'oeuvre rurale générée par la modernisation de
l'agriculture ? On ne peut en être certain ».
D'autre part, la modernisation fait appel, pour son
installation, soit à des capitaux étrangers, soit, ce qui revient
au même, à des devises pour achat à l'étranger
d'équipement, d'intrants divers, voire de techniques.
Devant la faiblesse de la demande intérieure solvable,
il arrivera souvent qu'une partie de ces élevages modernes soient
agro-exportateurs. Ceci peut alors paraître très
intéressent, il se dégagera un certain bénéfice
entre la sortie et la rentrée de devises.
Enfin, ce type de projet ne peut guère être
financé que par des appels importants au crédit. Or, en
période que l'on pourrait qualifier de normale, la tendance des
prêteurs est de s'orienter vers des projets rentables dont le retour
à l'investissement et la production rapide possible. Les projets
d'élevage sont alors pénalisés car les techniques
d'actualisation privilégient les projets à court terme par
rapport aux projets à long terme.
II.4.8. Les problèmes environnementaux liés
à la modernisation et l'intensification
des fermes laitières
Les fermes laitières peuvent dégrader
sérieusement l'environnement mais elles peuvent aussi être en
harmonie avec celui-ci ou même lui être utile lorsque les modes et
les niveaux de production sont appropriés.
Historiquement les animaux d'élevage ont joué
un rôle essentiel dans le processus d'intensification agricole. Ils
recyclent les éléments nutritifs, permettent de produire à
partir des terres incapables de supporter une production
végétale durable et fournissent l'énergie et les capitaux
nécessaires à la bonne marche des activités agricoles. Le
bétail aide à maintenir la fertilité des sols pauvres en
matière organique ou en éléments nutritifs6(*)5. L'addition de fumier au sol
augmente sa capacité de rétention d'éléments
nutritifs et améliore non seulement ses propriétés
physiques et élève sa capacité de rétention mais
également sa structure. Le fumier contribue en outre à maintenir
ou à créer un meilleur environnement pour la microflore et la
microfaune du sol.
Selon Delgado 1999, de fortes densités animales
à proximité des agglomérations humaines entraînent
souvent de sérieux problèmes de pollution :
L'excédent d'azote et de phosphore s'infiltrent dans le
sol par lessivage, par ruissellement et polluent les eaux souterraines, les
écosystèmes aquatiques et les sols humides. Les excédents
d'éléments nutritifs des sols saturés s'infiltrent par
lessivage dans les eaux de surface et polluent l'environnement6(*)6. Les nitrates peuvent
infliger des dégâts considérables aux systèmes
aquatiques.
Des concentrations excessives d'animaux et de déchets
d'origine animale produisent aussi des gaz. Certains d'entre eux comme
l'ammoniac, reste sur place. D'autres en revanche, comme le dioxyde de carbone,
le méthane et l'oxyde nitreux influencent l'atmosphère en
piégeant l'énergie solaire et en contribuant au
réchauffement de l'atmosphère.
Il existe trois sources principales d'émission de
dioxyde de carbone associées à l'élevage :
1. le CO2 émis par les animaux domestiques
dans le cadre de leur métabolisme de base ou de la respiration,
estimé à quelque 2,8 millions de tonne par an ;
2. le CO2 provenant du brûlage de la biomasse
et dont une partie peut être attribuée au défrichement et
feux de brousse servant à améliorer la pousse de l'herbe des
prairies ;
3. le CO2 libéré lorsque des
combustibles fossiles sont consommés pour des activités
manufacturières et de transport associés à
l'élevage.
Les animaux d'élevage et leur fumier sont responsables
d'environ 16% des 550 millions de tonne de méthane produits chaque
année dans le monde. Les ruminants produisent essentiellement du
méthane comme sous produit de la digestion de grandes quantités
d'herbes et d'autres aliments fibreux. Ces émissions de CH4 par
unité de produit sont d'autant plus élevées que l'aliment
est plus pauvre. 20% du CH4 produit par l'élevage provient du fumier
stocké en conditions anaérobies par exemple dans des
étangs de rétention6(*)7. La forte production de CH4 enregistrée dans
ces conditions est généralement associée à des
niveaux élevés de productivité et d'intensification et aux
grandes exploitations.
Le fumier produit aussi de l'oxyde nitreux, le plus nuisible
des gaz à effet de serre (320 fois plus que le CO2). Les
déjections animales produisent environ 0,4 mille de tonne d'azote par an
soit environ 7% des émissions totales de la planète6(*)8.
Les plantes cultivées pour l'alimentation du
bétail ont des besoins en pesticides particuliers et des exigences
spécifiques en matière d'humidité, d'eau et
d'éléments nutritifs du sol. D'une manière
générale, les céréales (et notamment le maïs)
peuvent dégrader plus l'environnement que les autres cultures. Elles
sont très exigeantes en matière d'engrais, de pesticides et d'eau
et couvrent mal le sol au début de leur cycle de développement.
Les légumineuses sont potentiellement nuisibles. Le maïs et le
blé exportent plus de nitrates et de phosphore alors que le manioc et la
patate douce sont friands d'éléments nutritifs du sol6(*)9.
II.4.9. Les problèmes de santé publique
liés à la modernisation et l'intensification
des fermes laitières
La production animale comporte des risques pour la
santé humaine dans les systèmes de production aussi bien
intensifs qu'extensifs. Au nombre de ces risques, on peut citer, non seulement
les maladies endémiques non contrôlées dans les pays en
voie de développement mais également celles qui apparaissent dans
les systèmes de production extrêmement développées
lorsque les concentrations animales sont élevées, que les
aliments du bétail contiennent des contaminants ou que la manutention de
la viande et du lait laisse à désirer.
L'homme y est exposé de différentes
manières. Les zoonoses (tuberculose, brucellose,...), maladies communes
à la fois à l'homme et à l'animal, peuvent subir des
mutations et se propager chez les hôtes animaux avant de passer à
l'homme. Les déchets d'origine animale peuvent aussi introduire des
maladies ou des toxines contenues dans l'organisme de l'animal ou nées
d'une manutention et d'une transformation inappropriées.
L'intensification des systèmes traditionnels et
modernes d'élevage a engendré de nouveaux risques. De fortes
concentrations d'animaux perpétuellement en mouvement à
différents stades de production peuvent devenir des sites de
prolifération de germes pathogènes et leur proximité des
populations humaines peut amplifier les dégâts potentiels
d'éventuelles poussés morbides.
Avec l'accroissement de la production du secteur de
l'élevage, les gens ont de plus en plus de mal à apprécier
la qualité des produits alimentaires animaux qu'ils achètent sur
les marchés. Les bacilles ou les bactéries comme salmonella,
E .coli, clostridium botulinum et staphyloccocus sont les causes les plus
fréquentes de maladies transmises par les aliments. Ils sont
généralement associés à des méthodes
inappropriées de préparation ou à une
réfrigération inadéquate.
D'autres risques encourus par les populations humaines
à proximité d'une ferme laitière sont principalement
dus7(*)0 :
- aux bruits,
- odeurs,
- aux pollutions générées par les
effluents d'élevage et produits dérivés.
Ces risques consistent en des risques sanitaires, des
nuisances olfactives, des nuisances induites par les déchets, les
insectes et rongeurs, des gênes, des pollutions et même
l'incendie;
La dissémination des germes microbiens contenus dans
les effluents animaux représente un risque sanitaire.
La pollution par les nitrates est la conséquence de
l'industrialisation de l'élevage et résulte comme l'usage de
pesticides, de pratiques agricoles qui doivent être
révisées. Enfin le risque biotechnologique est celui dû
à la dissémination potentielle des germes manipulés
génétiquement.
Ø Bruits
En élevage industriel, le niveau sonore d'un
bâtiment d'élevage intègre le bruit occasionné par
les ventilateurs, les chaînes d'extraction, la distribution des aliments
et les animaux. L'oreille est sensible à des pressions allant du seuil
minimal de perception au seuil de douleur. C'est pourquoi certaines
précautions doivent être prises pour alléger ou
éviter les gênes : réserver les activités les
plus bruyantes aux périodes diurnes et prévenir certains bruits
par la mise en place de matériaux peu vibratiles,, en particulier dans
les ateliers abritant des matériels bruyants (pompes ou broyeurs,...).
Ø Odeurs
Dans le domaine de l'agriculture et des industries
agro-alimentaires, la production d'odeur est souvent liée à des
décompositions biologiques de la matière organique. Ces
phénomènes mettent en jeu des micro-organismes, essentiellement
des bactéries aérobies ou anaérobies et conduisent
à l'émission de produits volatils dans l'atmosphère.
Les odeurs émanant d'un bâtiment d'élevage
proviennent de plusieurs sources 7(*)1:
- odeur spécifique des animaux dit sui generis,
- odeur de l'aliment (ensilage,...),
- odeur des déjections animales.
L'odeur de l'aliment peut être incommodante surtout
lorsque des sous-produits sont incorporés à la ration :
sang, déchets de restauration, lait ou lactosérum ou lors du
désilage. Les odeurs liées aux animaux ou à leurs
déjections sont inévitables.
Les émissions de produits odorants sont souvent
très variables dans le temps et les bouffées sont beaucoup plus
mal ressenties par la population qu'une odeur permanente.
Les raisons de cette variabilité peuvent être
très diverses7(*)2:
- modification des conditions de contact avec
l'atmosphère (dispersion dans le cas des épandages)
- plus ou moins grande fraîcheur des matières,
- procédé de fabrication discontinue
- systèmes d'épuration partiellement
déficients.
Ce qui rend très délicat l'approche " odeur" en
agriculture mais dans tous les cas, elles sont ressenties comme une source de
gêne dans l'environnement qu'il faut réduire sinon supprimer.
Les règles de bonne conduite suppriment dans une grande
mesure les nuisances olfactives liées au bâtiment
d'élevage:
- situation judicieuse de l'élevage,
- entretien correct du bâtiment,
-évacuation régulière des
déjections,
- ventilation adéquate des locaux en accord avec les
normes conseillées pour les animaux, assurant la dilution des
composés malodorants dans l'air extrait.
Lorsque la situation devient critique certains
équipements peuvent être installés pour diminuer les seuils
de perception. Il s'agit entre autre:
- de la mise en place de filtres (résine ou carbone
activé) sur les sorties d'air;
- de la collecte en une seule cheminée d'extraction de
l'air vicié pour soit un lavage d'eau , soit une filtration sur
tourbe;
- de la filtration électrostatique des
poussières.
Cette bonne conduite-ventilation et propreté
conditionnent l'absence ou le faible niveau de nuisances.
II.4.10. La ferme laitière en tant
qu'entreprise
Selon Lobstein J. cité par A.R. FRANCOIS (1985),
l'entreprise est un " groupe d'hommes dont l'activité a pour objet la
fourniture à la collectivité, contre règlement direct, de
produits ou de services par la mise en oeuvre de moyens techniques et
financiers". L'acception même du mot "entreprise"
(entreprendre=tenter, commencer, engager) contient une
idée d'innovation, voire d'aventure7(*)3.
Dans l'Egypte ancienne, dans l'orient sumérien, dans la
Grèce antique, existaient déjà des entreprises agricoles,
commerciales et minières, mais leur existence était quand
même précaire.
La vraie entreprise est née le jour où les
hommes purent abandonner l'économie de subsistance ( on produit ce dont
on a besoin et l'échange est accessoire) pour la remplacer par une
économie marchande (l'échange devient le but de
l'activité). Certains hommes entendront se servir des biens, non plus
seulement pour garantir leur propre survie, mais aussi pour accroître
leurs moyens, leurs richesses, leurs pouvoirs. Jusqu'au 17è
siècle, les entreprises resteront modestes, limitées le plus
souvent à la dimension de la famille.
Avec l'ère des découvertes scientifiques,
apparaît l'économie industrielle dont le rôle essentiel sera
de produire pour vendre en régularisant l'abondance. Cette
économie industrielle s'intéresse au comportement de l'entreprise
en relation avec la structure du marché sur lequel elle vend ses
produits.
Cependant, le domaine de l'entreprise agricole est mal connu.
Ses problèmes sont particuliers mais, ce qui est important c'est de se
rendre compte qu'il s'agit bien d'une entreprise à part entière:
par son travail, par l'usage de ses prairies, par les compléments de
nourriture qu'il apporte à son bétail, l'exploitant agricole
valorise le produit initial et parvient à en faire de la viande ou du
lait de qualité qu'il livre au marché de la consommation7(*)4.
L'on ne serait terminer ce point sans passer en revue les
particularités de l'activité de l'entreprise agricole:
- elle est largement tributaire des conditions de sol, de climat
et de saisons; ce qui entraîne de nombreuses servitudes ;
- elle est tributaire de l'espace;
- l'entreprise agricole, tout en se modernisant au maximum, ne
peut et ne pourra dépasser un certain stade de technicité: on
peut introduire la trayeuse mécanique en lieu et place de la traite
à la main mais il est plus difficile d'augmenter le débit du lait
produit par la machine; la machine n'apporte finalement qu'une aide à la
production mais, contrairement aux autres secteurs, elle ne produit pas
elle-même;
- l'exploitation agricole ne sait calculer que difficilement le
prix de revient de sa production puisque le volume est essentiellement variable
et lié à tellement d'impondérables;
- l'exploitation agricole n'est pas maître de ses prix sur
le marché;
- la notion de propriété est plus complexe
qu'ailleurs: l'exploitant agricole peut évidemment être
propriétaire de la totalité ou d'une partie du sol qu'il
exploite. On parlera alors de trois techniques d'exploitation7(*)5:
a) le faire valoir direct, où l'exploitation est mise en
valeur directement par son propriétaire qui y apporte son travail et son
capital. Dans ce type d'exploitation, il n'est pas possible de séparer
le patrimoine de l'exploitant de celui de son entreprise.
b) le fermage, où le propriétaire d'un terrain ou
des bâtiments, en cède l'usage à un exploitant,
appelé fermier, moyennant une redevance ou loyer.
c) le métayage, qui est une forme d'exploitation
basée sur un contrat par lequel propriétaire du sol et exploitant
se partagent les résultats (profits et pertes) selon les règles
précises.
Ces problèmes rencontrés par l'exploitant d'une
entreprise agricole sont très spécifiques, très
contraignants et présentent des difficultés sérieuses au
niveau de la gestion de l'entreprise. Un facteur très lourd à
supporter mais pourtant indispensable pour les fermes laitières, est la
présence permanente de l'exploitant à la ferme pour les soins au
bétail.
2.5. La ville et les activités agricoles
2.5.1. A |