Rechercher sur le site:
 
Web Memoire Online
Consulter les autres mémoires    Publier un mémoire    Une page au hasard

La problématique des fermes laitières de la ville de Kigali en perspective de la vision 2020


par Félicien SEBUHINJA
Université Ouverte, Campus de Goma (RDC)
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

INTRODUCTION GENERALE

0.1. CHOIX ET INTERET DU SUJET

Notre choix a été motivé par des intérêts personnel, social et scientifique.

0.1.1. Intérêt personnel

Le fait d'avoir travaillé dans les fermes laitières de la ville de Kigali pendant plus de treize ans et de travailler encore avec elles suffit pour justifier l'intérêt à porter sur ces fermes.

0.1.2. Intérêt social

Les fermes de la ville de Kigali donnent des emplois à beaucoup de personnes (techniciens vétérinaires, agronomes, ouvriers, vendeurs de lait,...), produisent du lait et de la viande dont les habitants de la ville ont tant besoin,...

De la sorte, elles constituent une marque de solidarité avec la campagne qui n'arrive pas à s'autosuffire et donner le surplus aux citadins. Contribuer à leur développement dans un contexte qui ne gêne pas la vie des habitants de la ville-capitale, c'est joindre l'utile à l'agréable.

0.1.3. Intérêt scientifique

Dans les universités et instituts d'enseignements supérieurs, il est prévu que les étudiants finalistes en licence écrivent un mémoire de fin d'études pour témoigner de leurs aptitudes à la recherche scientifique à laquelle ils ont été initiés dès leur entrée dans l'enseignement supérieur. C'est dans ce cadre que ce mémoire est rédigé.

0.2. Délimitation du sujet

0.2.1. Délimitation dans le domaine

La vision 2020 est un plan prospective du Rwanda et Kigali une ville, capitale du Rwanda. Le sujet voudrait étudier les implications des fermes en ville de Kigali par rapport à la mise en oeuvre du plan incarné par la vision 2020. Ce sont les fermes laitières bovines seulement qui seront prises en compte. En particulier, la recherche va s'orienter dans le domaine de l'économie de développement mais plus spécifiquement dans le domaine des questions spéciales de zootechnie.

0.2.2. Délimitation dans le temps

L'étude se veut plutôt prospective mais sur base des données du présent. Etudier le présent pour influencer l'avenir qui est inscrit dans le cadre de la vision 2020.

0.2.3. Délimitation dans l'espace

L'étude va concerner les 3 districts de la ville de Kigali mais principalement les zones qui faisaient partie de la ville d'avant la dernière restructuration de 2005.

0.3. Objectifs

L'étude voudrait prouver si les fermes laitières de la ville de Kigali qu'on qualifie à tort ou à raison de modernes sont vraiment modernes et si dans le cadre de la vision 2020, elles sont modernisables et quels sont les effets de cette modernisation et de leur intensification.

De la sorte, cette étude pourra :

1. Contribuer à la préparation de tous les intervenants en l'occurrence les propriétaires des fermes laitières et les investisseurs aux transformations durables qui seront induites par la vision 2020;

2. Contribuer à la mise en place de politique et des investissement qui permettront de :

a) satisfaire la demande de consommation urbaine et le développement rural,

b) d'améliorer l'alimentation des populations tant en qualité qu'en quantité,

c) de canaliser les opportunités de croissance vers ceux qui en ont le plus besoin et

d) d'alléger les problèmes environnementaux et de santé publique

3. Proposer les meilleures méthodes de maximisation de la production laitière en élevage intensif en milieu peri-urbain.

0.4. Problématique

La problématique est l'ensemble des questions que l'on se pose sur un sujet. Dans les travaux de recherche, il s'agit d'établir et de poser clairement le problème. C'est dans cet ordre d'idée que nous nous sommes retrouvé devant plusieurs préoccupations qui hantaient notre esprit et que nous résumons de la manière suivante :

- Les fermes laitières de la ville de Kigali qui se sont développées rapidement dans une absence totale de planification jouissent-elles d'atouts particuliers pour s'adapter au nouveau plan incarné par la vision 2020 ?

- Ces fermes sont-elles vraiment modernes ? Sont-elles modernisables et intensifiables davantage dans le cadre de la vision 2020 dans le contexte de la ville de Kigali?

- Si ces fermes pouvaient s'adapter au nouveau plan incarné par la vision 2020 en s'intensifiant et en se modernisant davantage, est-il possible de colmater les effets néfastes de l'intensification et de la modernisation dans le contexte de la ville de Kigali ? Y-a-t-il certains de ces effets qui sont actuellement ressentis? Peut-on les éviter dans le contexte de la vision 2020?

Tel que nous le remarquons, ce triple questionnement constitue la pierre angulaire de notre débat et nous sommes très confiant qu'à partir de lui, nous pourrons contribuer à la résolution du problème suscité par la transition au cas où il s'avérerait que les fermes installées en ville doivent plier bagage et que celles qui auront la chance de ne pas bouger de leur place se voient imposées des changements pour s'adapter à la nouvelle donne.

Très convaincu, nous faisons remarquer que des fermes se sont installées principalement dans les vallées et les bas-fonds impropres aux constructions dans la ville de Kigali. La première ferme laitière (Ferme laitière de Rubilizi) fut installée dans une vallée, à 12 km du centre ville en 1952 par le Service de l'Elevage du Ruanda - Urundi avec pour but principal de fournir du lait et de la viande à la ville de Kigali mais aussi avec des objectifs de propagande en milieu rural et d'amélioration de la race bovine locale par croisement avec des taureaux d'origine européenne1(*).

Les pâturages de cette ferme furent loués pour 20 ans par l'Etat à la coopérative INYAMIBWA en 1999 et la laiterie attenante à ladite ferme vendue à un particulier (Monsieur GATETE Polycarpe)2(*).

En plus de ces éleveurs qui ont occupé des pâturages appartenant jadis à l'Etat, d'autres fermes ont été installées apparemment en grand nombre dans une sorte d'agrobusiness dans la zone urbaine et périurbaine.

En 2003, la ville de Kigali a à son tour initié sous l'assistance de la ville de Rome (Italie) via la FAO, un projet d'agriculture urbaine et périurbaine (PAPUK).

Par extension périphérique, la ville s'est agrandie et a incorporé d'autres fermes appartenant jadis à la zone rurale.

S'étant développée rapidement sans planification, la ville s'est maintenant engagée dans un processus de développement socio-économique qui s'inspire des stratégies nationales de développement contenu dans la vision 2020 du pays3(*). L'objectif principal décrit dans le panorama de ce document est de moderniser le Rwanda et en faire à l'horizon 2020, un pays à revenu moyen.

Outre que le revenu des habitants va augmenter, le processus d'urbanisation implique une transformation de la structure du peuplement, laquelle transformation va avoir des répercussions profondes sur tous les secteurs de la société y compris le secteur de l'agriculture mais en particulier les fermes laitières dont l'opportunité en ville n'est pas universellement partagée.

Selon la stratégie de développement économique de la ville de Kigali d'Août 2002, il n'y aura pas d'obstacles légaux à moyen terme sur les activités agricoles, jusqu'au moment où la demande de terres industrielles devienne suffisamment grande4(*). Même si la légalité des activités agricoles n'est pas encore déterminée, le secteur de l'élevage doit suivre la mouvance de la vision 2020 et se moderniser davantage. Or, l'intensification des systèmes traditionnels et modernes d'élevage engendre de nouveaux risques (environnementaux, de santé publique,...).

Ainsi, les fermes laitières de la ville de Kigali sont soumises à deux dynamiques : une dynamique du dedans et une dynamique du dehors. Du dedans, les fermes devraient s'intensifier et se moderniser pour pouvoir s'adapter à la nouvelle donne. Du dehors, ces fermes sont soumises à deux facteurs : le facteur urbanisation qui va s'étendre sur les espaces occupés par ces fermes et les facteurs démographiques et augmentation de revenu lesquels facteurs sont exacerbés par les effets sur l'environnement propres aux fermes laitières.

0.5. Etat de la question à traiter

Il est exigé aux chercheurs de s'efforcer à recenser les travaux de leurs prédécesseurs sur le sujet qu'ils abordent. Pour notre part, nous nous sommes senti dans l'obligation d'évoquer les études antérieures sur le thème que nous décortiquons.

De toutes les façons, nous avons rencontré plusieurs textes touchant soit la reproduction, la production laitière, le contrôle laitier, la santé animale, l'élevage dans d'autres endroits et son impact sur le développement,etc. Citons entre autre, le mémoire de Patrice MUSABIMANA sur l' « Etude comparative de la production laitière des vaches laitières importées en Allemagne et de l'Afrique du Sud dans les fermes autour de Kigali»5(*).

Nous ne récusons pas leur importance mais nous reconnaissons en eux une valeur non négligeable.

Etant des développeurs, nous aborderons nos analyses non seulement en fonction des textes de zootechnie mais aussi de planification tels que la vision 2020, la stratégie nationale de réduction de la pauvreté et le programme spécial pour la sécurité alimentaire, le document de politique agricole et les stratégies du sous secteur des productions animales, le tout placé dans le processus de décentralisation administrative et dans la vision prospective du développement du pays à l'horizon 2020.

Cela dit, la Mairie de la ville de Kigali jouit d'une autonomie de gestion administrative et financière, y compris dans le secteur agricole6(*).

Le document de la vision 2020 décrit un panorama dans lequel les changements suivants sont attendus par rapport à la situation actuelle7(*):

1. le renforcement des capacités des populations ;

2. la modernisation de l'agriculture et son intégration aux autres secteurs de l'économie ;

3. le développement du secteur des services ;

4. le développement des ressources humaines au profit des secteurs public, privé et de la société civile ;

5. le développement d'une classe moyenne d'entrepreneurs ; et

6. l'intégration de l'économie rwandaise dans le commerce régional et mondial.

Selon la stratégie nationale de réduction de la pauvreté, la croissance économique est essentielle pour la réduction de la pauvreté, et l'ensemble agriculture-élevage constitue le moteur principal de la croissance8(*).Le développement rural et la transformation agricole ont été placés parmi les grands domaines prioritaires de la stratégie de réduction de la pauvreté.

L'intensification de l'agriculture et de l'élevage (accompagnées d'actions environnementales) à petite échelle, y compris la vulgarisation, le crédit et l'appui à la commercialisation ont été identifiés comme étant des programmes fondamentaux particulièrement prioritaires.

Dans le cadre du programme spécial pour la sécurité alimentaire (PSSA), le Ministère de l'Agriculture et des Ressources animales (MINAGRI) a élaboré en février 2003, un vaste programme s'étalant sur cinq ans et touchant la majeure partie des activités du secteur agricole. L'agriculture périurbaine y est identifiée comme l'une des activités devant concourir à la production de légumes et au développement des élevages à cycle court9(*) .

Le document de politique agricole oriente le développement agricole vers la réduction de la pauvreté en particulier du monde rural grâce à1(*)0:

- une agriculture familiale modernisée, innovatrice, professionnelle et spécialisée, génératrice d'emplois et de revenus et orientée d'une manière volontaire vers le marché (domestique, sous régional, régional et international) ;

- une agriculture intégrée et régionalement spécialisée qui assure la sécurité alimentaire de la population et une distribution équitable des ressources et des revenus ;

- une agriculture soucieuse de la préservation de l'environnement et des ressources nationales.

Ce document prône la professionnalisation et la spécialisation de l'agriculture par l'approche filière. Dans cette approche, la filière laitière a été placée parmi les filières prioritaires. La filière bovine laitière sera intensifiée autour des laiteries et en zone peri-urbaine avec l'objectif quantitatif de produire 108 000 000 litres de lait en l'an 20101(*)1.

Le but est de créer un secteur laitier avec des bovins hautement productifs principalement en stabulation permanente dans un système de production intégrée agriculture/élevage.

De son côté, la Direction des Productions animales trace des stratégies d'ordre technique, organisationnelles et institutionnelles dont l'essentiel de l'effort à entreprendre pour développer la productivité du sous secteur devra porter sur les exploitations agricoles familiales (EAF) qui constituent 47% du territoire national1(*)2.

0.6. Hypothèses

Les questions étant présentées, il est aussi demandé aux auteurs des travaux scientifiques de rallier des «réponses anticipées» aux problèmes posés ou hypothèses afin d'orienter l'étude en cours.

Notre recherche et nos analyses seront entre autres faites par rapport à un plan national. Un plan qui trace les grandes orientations à suivre lesquelles orientations incarnent souvent les voeux de l'autorité. Quand les détenteurs du pouvoir donnent le feu vert, il devient un programme c'est-à-dire un ensemble d'activités (projets) organisées.

Sa réussite dépend entre autre de la mobilisation des intervenants. Les réactions du milieu aux actions programmées doivent être appréhendées à la suite d'une investigation fine sur le fonctionnement des systèmes de production et d'échange1(*)3.

Les systèmes de production ou plutôt pour notre cas, de développement laitier, l'émergence d'une filière laitière basée sur la production locale peut suivre l'un ou l'autre des schémas ci-après1(*)4 :

- production urbaine et surtout péri-urbaine formant une «ceinture laitière» autour des villes ;

- mise en place des fermes laitières performantes à partir d'animaux exotiques avec utilisation optimale d'intrants alimentaires et vétérinaires ;

- opter pour le développement rural et asseoir la production laitière sur le plus grand nombre d'éleveurs bien encadrés.

Ces schémas ne sont pas a priori antinomiques et peuvent être menés simultanément. Ainsi, la stratégie du Ministère de l'Agriculture et des Ressources Animales (MINAGRI) privilégie une intensification autour des laiteries et en zone peri-urbaine et les exploitations agricoles familiales (EAF). Or, deux sur les trois laiteries qui existent actuellement au Rwanda se trouvent en ville de Kigali.

Dès lors, les hypothèses suivantes peuvent être formulées pour notre recherche :

1. «Si les fermes laitières de la ville de Kigali devenaient des entreprises à part entière leur viabilité serait rassurante à l'horizon 2020».

2. Si des sites particuliers et bien choisis étaient réservés aux fermes laitières à une distance prédéterminée par rapport aux agglomérations humaines, aux marais et aux rivières, elles généreraient moins de risques aux humains et à l'environnement».

Ces réponses seront confirmées ou infirmées selon leur validité après qu'elles aient été confrontées aux données récoltées sur terrain.

Chacune d'elle serait maintenue ou écartée selon l'éventualité.

0.7. Subdivision du travail

Ainsi conçu, ce travail va comprendre 4 chapitres précédés par l'introduction générale et terminés par une conclusion et des suggestions :

- Chapitre I  : Etude du milieu

- Chapitre II : Etude théorique et conceptuelle

- Chapitre III  : enquête

- Chapitre IV  : Présentation, analyse et discussion des résultats de notre enquête

0.8. Méthodes et techniques utilisées

Pour aboutir à un résultat, le chercheur doit faire une analyse des opérations intellectuelles et des règles de façon ordonnées. Dès lors, une méthode est une opération mentale appliquée sur les données recueillies grâce aux techniques utilisées pour atteindre les résultats1(*)5. La technique est un procédé particulier que le chercheur va utiliser pour réussir une opération.

Au cours de notre recherche centrée sur la problématique des fermes laitières en ville de Kigali en perspective de la vision 2020, nous avons utilisé les méthodes suivantes :

- la méthode analytique en analysant les informations reçues ainsi que les données récoltées,

- la méthode comparative en comparant les éléments collectés qui ont des points communs et ceux qui ont des points différents et les résultats obtenus aux autres résultats obtenus ailleurs et aux objectifs fixés ;

- la méthode statistique en donnant les résultats en quantité et chiffres et en les présentant sous forme de tableaux ;

Quant aux techniques, il a été utilisé les techniques suivantes :

- la technique documentaire en consultant tout ce qui a été écrit en rapport avec le sujet de recherche ;

- la technique de questionnaire en posant des questions formulées et écrites sur un questionnaire à un échantillon choisi ;

- la technique d'interview auprès des personnes choisies et

- la technique d'observation en constatant certains faits là où ils se produisent.

0.9. Difficultés rencontrées

La réalisation de ce travail n'a pas été sans difficultés. Il ne nous a pas été aisé d'obtenir facilement les données. D'emblée, on a assisté à un écueil statistique tant au niveau des districts et la ville de Kigali que chez les éleveurs eux-mêmes.

Les données de base concernant les fermes laitières sont le plus souvent le fruit d'estimations ou d'extrapolations effectuées à partir d'éléments partiellement recueillis par les éleveurs eux-mêmes.

Cet écueil statistique auquel s'est heurté notre étude se fonde également sur la réticence des éleveurs à fournir des renseignements précis pouvant être utilisés selon eux, à des fins autres que statistiques (fiscalité par exemple).

CHAPITRE I : PRESENTATION DU MILIEU D'ETUDE

Après un bref aperçu sur le Rwanda, le présent chapitre se propose de présenter brièvement la ville de Kigali.

I.1. Bref aperçu sur le Rwanda et ses orientations agricoles générales

Le Rwanda est situé dans la partie centrale de l'Afrique de l'Est et a une superficie de

2, 6 millions d'hectares. La superficie cultivable est estimée à 1 385 000 hectares, soit 52% de la superficie totale du pays. La superficie cultivée est de 852 000 hectares. La terre disponible par exploitation familiale est de 0,6 hectare avec des disparités régionales variant de moins de 0,25 à 2 hectares. A cette superficie s'ajoute celle occupée par les marais qui est de 165 000 ha1(*)6.

Le pays est caractérisé par un terrain accidenté, des montagnes élevées à une hauteur de 1500m ; Il s'étend entre la première et la troisième latitude et la 29è et la 31è longitude et ainsi jouit d'un climat tropical. Le climat est de type tropical tempéré avec une température moyenne de 19°C et une pluviosité annuelle qui varie entre 900 et 1 600 mm. Le pays connaît une petite saison des pluies de septembre à novembre et une grande saison des pluies de février à mai. La petite saison sèche va de décembre à janvier et la grande saison sèche de juin à mi septembre. Certaines régions peuvent souffrir de sécheresse prolongée qui affecte leur production agricole et fragilise la sécurité alimentaire des populations qui les habitent.

Le Rwanda se subdivise en trois zones d'altitude :

- la zone de basse altitude inférieure à 1 500 m qui couvre tout l'Est du Rwanda, elle s'étend depuis le parc national de l'Akagera, de l'Umutara jusqu'au Bugesera en passant par le Gisaka ;

- la zone de moyenne altitude (1 500-1990 m) qui se situe de part et d'autre des terres de la crête Congo-Nil ;

- la zone de haute altitude supérieure à 1990 m et comprenant les hautes terres de la crête Congo-Nil et les hautes terres volcaniques.

La population rwandaise chiffrée à 8 162 715 habitants passerait à 15 millions en 2020 et à 20 millions en 2030 au taux de croissance estimé à 2,9% par an.

La densité de population est de 310 habitants au km², certaines régions atteignant 1 000habitants/km²1(*)7.

La densité de la population par unité de terre cultivable atteint 9 habitants par hectare dans certaines régions du pays.

Son économie est à prédominance agricole et plus de 94% de sa population vivent de l'agriculture paysanne. L'agriculture contribue à 40% du Produit Intérieur Brut (PIB) et à presque 90% des recettes d'exportation1(*)8. Le secteur industriel est encore à ses débuts et consiste en des usines qui transforment de produits importés semi-manufacturés.

La nouvelle vision du Rwanda décrite dans le document de la vision 2020 porte principalement sur1(*)9 :

· le renforcement des capacités des populations ;

· la modernisation de l'agriculture et son intégration aux autres secteurs de l'économie ;

· le développement du secteur des services ;

· le développement des ressources humaines au profit des secteurs public, privé et de la société civile

· le développement d'une classe moyenne d'entrepreneurs ; et

· l'intégration de l'économie rwandaise dans le commerce régional et mondial

La vision 2020 considère qu'à l'horizon 2020, le secteur agricole modernisé n'occuperait que 50% de la population du pays. En conformité avec la vision 2020, un document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) a été finalisé en 2001.

L'objectif premier de la stratégie est de réduire le seuil de pauvreté de 60% en 2001 à 25% en 2020 et d'accroître le revenu par habitant de 210$ EU à 600$EU (en termes constants de 2000) au cours de la même période2(*)0. La stratégie de réduction de la pauvreté et la vision 2020 sont soutenues par la stratégie Nationale d'investissement à l'horizon 2010.

Cette dernière a prévu deux phases : la phase de croissance primaire de 2002 à 2006 et la phase de consolidation de 2007 à 2010. Le document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) qui s'inscrit dans le cadre de la vision de développement à long terme du Rwanda appuie les objectifs de la vision 2020 et s'attache à d'autres défis dont la mise en oeuvre s'inscrit dans la réalisation des défis de nature immédiate.

I.2. La ville de Kigali

La ville de Kigali se trouve au centre du Rwanda entre 1° 52'43'' et 2° 04'19'' de latitude sud et entre 29°58'55'' et 30°11'02'' de longitude est.

Le site de la ville est constitué de plateaux et de collines avec des flancs à pentes souvent raides rendant certaines zones impropres à un habitat moderne. Certaines zones comme dans l'ancien Butamwa et Gisozi et les entités nouvellement annexées à la ville, de configuration rurale, possèdent de véritables montagnes avec une altitude supérieure à 1850 m (Mont Kigali et Gisozi).

Construite à l'origine sur le flanc de la colline Nyarugenge dès 1907 selon le choix du Docteur Kandt, premier Gouverneur résident allemand, la ville de Kigali, s'est progressivement agrandie pour occuper 200 hectares à l'époque de l'indépendance (1962), 112 km² avec la création de la ville de Kigali en 1990, 349 km² avec le lancement officiel du processus de décentralisation qui en a fait un gouvernement local et aujourd'hui 730km². La ville est bâtie sur des collines massives faites de gros versants convexes où les pentes très fortes dans les bas-fonds (40-60%) s'affaiblissent progressivement en convergeant vers des sommets aplanis. Ces collines, séparées les unes des autres par de larges vallées à fond plat, marécageuses dans leur partie aval, jalonnent toute la ville.

En 1996, la population urbaine fut évaluée à 358.200 habitants et au 31/12/1999, elle était estimée à 600.000 habitants compte tenu de l'accroissement annuel de la population de 7% et des mouvements migratoires intenses vers la capitale.

La superficie actuelle de la Ville de Kigali (VK) est de 730 km².

La ville compte actuellement trois districts : Nyarugenge, Kicukiro et Gasabo. Chaque district est divisé à son tour en secteurs dirigés par un secrétaire exécutif. Chaque secteur est divisé en cellules dirigées à leur tour par un Coordinateur de cellules assisté d'un secrétaire exécutif de cellule. Les cellules sont aussi divisées en village (imidugudu).

Chaque district est dirigé par un maire élu au suffrage universel. Les trois maires sont coiffés par le maire de la ville de Kigali ayant rang de Gouverneur de province.

Ø Occupation du sol

L'habitat de la ville de Kigali s'est développé par bonds d'un sommet de colline à l'autre. Cette discontinuité est liée à diverses contraintes à savoir l'existence des zones inondables, les marais et les sites à forte pente. L'habitat s'est surtout développé sur les versants à faible pente et les sommets des collines aplatis.

Les activités artisanales sont implantées en majorité, de manière diffuse dans différents quartiers de la ville. La ville compte un certain nombre de petites et moyennes industries implantées surtout à Kicukiro mais aussi à Gasabo. Le commerce s'effectue dans le centre commercial de Nyarugenge, siège de grands équipements commerciaux mais aussi dans les marchés de quartiers et les boutiques. Le commerce informel se rencontre le long des voies du centre commercial, autour du marché et dans différents quartiers. Des espaces verts ont été aménagés dans les vallées de Nyarutarama, de Ruganwa ainsi que dans des ronds points.

En fonction de plusieurs paramètres, les zones d'activités ont été choisies par le Schéma Directeur d'Aménagement Urbain (SDAU) de 1981 et l'affectation correspondante est la suivante 2(*)1:

Ø Les activités agricoles étaient prévues dans les zones maraîchères et le milieu rural résiduel ;

Ø Les emplois informels étaient réservés dans tous les quartiers en fonction des concentrations humaines mais la grande zone prévue par le schéma directeur était celle de Nyarugenge/Nyamirambo ;

Ø Les emplois tertiaires modernes étaient orientés respectivement sur le plateau de Nyarugenge, à Kimihurura, à Kacyiru, dans les zones industrielles et d'activités ainsi que dans les pôles secondaires et tertiaires ;

Les activités secondaires étaient prévues par le SDAU de 1981 sur quatre zones en fonction des vocations spécifiques, à savoir :

Ø Kanombe le long de la sortie Est de la ville pour les grandes entreprises modernes

Ø Gikondo/Kicukiro pour les entreprises moyennes non polluantes mais aussi pour des activités de commerce de gros, entrepôts, etc 

Ø Nyabugogo pour les industries non polluantes ayant les besoins importants en eaux brutes ;

Ø Gisozi Sud et Nord pour les petites entreprises semi-artisanales et du secteur construction, mécanique générale, etc.

Certaines affectations de ce schéma n'ont pas cependant été respectées.

Un nouveau schéma d'aménagement de la ville de Kigali est encours d'élaboration et devrait sortir bientôt.

Ø Activités économiques

En 1977, les activités économiques de la ville de Kigali étaient réparties comme suit2(*)2:

- Agriculture : 30%

- Entreprise de transformation : 16%

- Secteur tertiaire : 54%

Selon le recensement de 2002, 17% de la population de la ville de Kigali sont employés dans les secteurs de l'agriculture et activités connexes tandis que plus de 54% se consacrent aux activités liées au commerce et entretien, à la construction et aux services alors que 11.2% sont occupés dans diverses administrations2(*)4.

CHAPITRE II : CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL

INTRODUCTION

Dans le domaine spécifique de l'agriculture, la nouvelle vision du Rwanda à l'horizon 2020, aspire à la modernisation de l'agriculture et son intégration aux autres activités économiques. La production agricole du Rwanda se sera suffisamment accrue en quantité, en qualité et en valeur ajoutée pour contribuer de manière importante à la sécurité alimentaire et aux revenus du monde rural. Elle couvrira l'essentiel des besoins alimentaires. La vision 2020 veut rompre avec le passé et faire l'agriculture rwandaise plus performante de manière qu'elle va contribuer au décollage économique. C'est dans ce contexte que les nombreuses fermes situées dans et autour de Kigali sont nées.

Ce chapitre, après avoir donné un aperçu sur les concepts fondamentaux en rapport avec le développement des fermes laitières (modernisation, intensification, élevage,...), va passer en revue l'élevage laitier, les fermes laitières et l'exploitation des fermes laitières en ville.

II.1. Aperçu sur les concepts fondamentaux

II.1.1. Modernisation

Selon le petit LAROUSSE, la modernisation est l'action de moderniser c.à.d rajeunir, donner une forme plus moderne, adaptée aux techniques présentes2(*)5. Marquées par la guerre froide, les théories de la modernisation, d'origine américaine, étaient un modèle et un instrument de changement global. Elles sont devenues aussi un cadre général dans lequel les américains ont pu définir leurs objectifs2(*)6. D'après la théorie de la modernisation, une société moderne est caractérisée par 2(*)7:

- la différenciation des rôles et des statuts (les rôles y sont plus spécifiques c'est-à-dire bien définis et les statuts y sont plus acquis et moins prescrits).

- La valorisation de la mobilité individuelle ascensionnelle, donc aussi de l'individualisme, de la compétition et de l'instruction.

La modernisation passe par un processus d'autonomisation des institutions, de différenciation sociale, de spécialisation des rôles et fonction et de division du travail.

Les acteurs de la modernisation sont ceux qui cherchent à mettre en oeuvre les solutions rationnelles (conformes à la raison) et à affronter les résistances des conservateurs. Ils comprennent : l'élite modernisatrice étatique (les technocrates) c.à.d l'ensemble de ceux qui, par leur instruction se sont imprégnés de la modernité grâce au contact qu'ils entretiennent avec d'autres sociétés.

L'instrument de l'action modernisatrice de cette élite sera principalement l'Etat. Il investit pour orienter le processus de modernisation sur base de son plan de développement2(*)8.

II.1.2. La modernisation de l'agriculture

Selon le Petit Larousse, l'agriculture est une activité économique ayant pour objet la transformation et la mise en valeur du milieu naturel afin d'obtenir les produits végétaux et animaux utiles à l'homme en particulier ceux qui sont destinés à son alimentation2(*)9.

En un sens l'agriculture ne constitue qu'un secteur spécifique3(*)0. Tout d'abord, dans un pays se trouvant dans la première phase de son développement, elle emploie beaucoup plus de gens que toutes les autres branches d'activité.

En second lieu, les activités agricoles remontent à plusieurs milliers d'années, depuis l'abandon par l'humanité de la chasse et de la cueillette, dont elle tirait l'essentiel de sa subsistance. Ce long passé vaut à l'économie rurale le qualificatif de traditionnelle. Les sociétés rurales qui font appel à des techniques traditionnelles acquièrent fréquemment des habitudes et des attitudes qui renforcent les anciennes méthodes et font de la sorte obstacle au changement.

La troisième caractéristique de l'agriculture est l'importance majeure du sol en tant que facteur de production. La terre sert aux autres secteurs auxquels elle est indispensable mais dans aucun de ceux-ci, elle ne joue un rôle aussi central. L'existence de terres cultivables définit fondamentalement le type de techniques agricoles utilisable.

L'influence du temps est étroitement liée au rôle central du sol. Le sol change comme les conditions climatiques avec l'endroit, si bien que les techniques appropriées ici ne sont souvent guère utiles là.

Enfin, l'agriculture est le seul secteur à produire de l'alimentation dont l'humanité a besoin pour survivre.

a) La modernisation des techniques agricoles

La modernisation de l'agriculture traditionnelle peut s'effectuer de deux manières3(*)1. La première voie est technique :

- on peut combiner des intrants et des méthodes spécifiques pour augmenter la production agricole.

La modernisation technique porte sur des questions comme le rôle de l'engrais chimique et les rapports entre l'incidence de l'engrais et la disponibilité de variétés de plantes améliorées et de réserves d'eau appropriées ;

- La seconde stratégie de modernisation porte sur la mobilisation des intrants et des techniques agricoles dans les pays en développement.

Aucune technique agricole ne présente une optimalisation universelle. Il faut l'adapter aux conditions locales de facteurs.

En agriculture, les conditions sont fondamentales. L'essor technique passera avant tout par des augmentations rapides de la productivité du sol ou des animaux et/ou du travail.

On emploiera des technologies fondées sur le programme mécanique et/ou biologique.

Le programme mécanique se rapporte à l'utilisation de machines afin de remplacer la main d'oeuvre qui a quitté la ferme pour les villes. Le programme biologique concerne l'élévation des rendements au moyen de variétés de plantes et/ou de races d'animaux améliorées.

L'abondance croissante de la main d'oeuvre et la raréfaction des terres diminuent l'importance du programme mécanique par rapport au programme biologique mais la mécanisation continue à jouer un rôle même dans les systèmes agricoles pauvres et à fort coefficient de travail. Même avec une main d'oeuvre extrêmement bon marché, le remplacement du travail par les machines dans certaines opérations peut être rentable.

Le programme biologique a pour effet d'élever les rendements par l'utilisation de variétés ou races améliorées, en combinaison avec des intrants (engrais chimiques, pesticides, aliments du bétail...) et des laboratoires scientifiques modernes.

L'eau constitue un élément stratégique du programme biologique. Si l'on peut bien maîtriser les techniques d'accroissement de la production agricole, force est de constater que les méthodes applicables à la mobilisation des intrants sont à la fois complexes et beaucoup moins connues3(*)2.

II.1.3. L'intensification de l'agriculture

L'intensification est l'action d'intensifier c'est à dire élever les rendements à l'hectare d'une culture, d'un système de production agricole ; augmenter les rendements zootechniques d'un élevage3(*)3.

Uma Lele cité par Jacquemot et Raffinot (1993) rappelle qu'il convient de distinguer entre deux types d'intensification agricole3(*)4. Le premier type identifié dès 1965 par les travaux d'E. Boserup se produit de façon autonome (intensification autonome) en situation de pression démographique ; il se reconnaît d'abord à l'augmentation des superficies cultivées, ensuite à une augmentation de la fréquence d'utilisation des sols, pouvant aller jusqu'à la suppression de la jachère. Le second type d'intensification dépend de l'intervention de l'Etat et des stimulants donnés à des cultures (ou animaux) de meilleur rapport ou de rendements supérieurs, ainsi qu'à la mise en valeur de terres plus productives associées à l'utilisation d'engrais et à la petite mécanisation agricole (intensification interventionniste).

En Afrique, la dégradation de l'environnement liée au déboisement, à la diminution des précipitations, à la baisse de la fertilité des sols et à diverses formes de surexploitation des ressources naturelles a annulé les effets bénéfiques de l'intensification autonome. L'intensification interventionniste stimulée de l'extérieur est devenue une nécessité absolue.

II.1.4. Modernisation de l'agriculture d'après la vision 2020

La vision 2020 veut rompre avec le passé et faire l'agriculture rwandaise plus performante de manière qu'elle va contribuer au décollage économique.

Le Rwanda voudrait qu'à l'horizon 2020 :

- au moins 50% des superficies cultivables soient occupées par des fermes modernes,

- la production végétale globale se soit triplée et la production laitière quintuplée en volume et

- les produits agricoles destinés à l'exportation représenteront une valeur de 5 à 10 fois supérieur aux exportations agricoles de l'an 2000.

L'Etat oeuvrera à la modernisation de l'agriculture en créant un environnement propice à l'activité du secteur privé (cadre macro-économique, réglementation, incitation, recherche, vulgarisation, coordination, éducation et formation, etc ;). Le secteur privé y contribuera par l'investissement et la mobilisation des ressources, les ONG par l'investissement, l'encadrement et la vulgarisation, les bailleurs de fonds par le financement et les communautés de base par le financement et le travail.

Métier de tous les rwandais, l'agriculture subira des transformations et des améliorations qualitatives et quantitatives telles que modernisée, elle puisse déjà avant l'an 2010, servir non seulement à réduire la pauvreté et à améliorer les revenus des rwandais mais aussi à servir de base de décollage de l'économie rwandaise ;

D'énormes efforts sont à consentir pour assurer une croissance agricole annuelle d'au moins 4 à 5% en moyenne sur la période de la vision 2020, pour que l'agriculture change de nature et que les agriculteurs rwandais de métiers changent de vision, de mode travail et de mode de vie.

En amont de la production, la protection des terres, la gestion de l'eau et la maîtrise de l'irrigation, la problématique foncière et l'aménagement de l'espace seront maîtrisés et feront l'objet d'une attention particulière. L'accès au crédit et aux intrants agricoles sera amélioré et les acteurs professionnalisés pour accroître la rentabilité du travail agricole.

La modernisation de l'agriculture sera en cohérence avec les efforts de protection des ressources naturelles, de protection de l'environnement et le développement de l'éco-tourisme. Le développement urbain et des pôles ruraux y joueront un rôle important.

L'agriculture se développera pour avoir des effets d'entraînement sur d'autres secteurs, à commencer par l'émergence d'unités agro-industrielles qui s'intégreront progressivement dans d'autres secteurs de l'économie.

II.1.5. La professionnalisation de l'agriculture

II.1.5.1. Aperçu général

Selon le Petit Larousse, la professionnalisation est le caractère d'une activité dont l'exercice tend à devenir professionnel, à ne plus être confié qu'à des spécialistes, des gens de métier3(*)5.

Si l'exploitation paysanne représentait une agriculture pour vivre, l'exploitation agricole moderne représente une entreprise agricole qui travaille pour vendre. Le savoir paysan empirique et intégrateur d'autrefois se voit succédé par la large utilisation des connaissances scientifiques et la gestion.

Il faudra :

- utiliser des méthodes scientifiques de travail qui diminuent les coûts de production ;

- utiliser les méthodes expérimentales qui reposent sur l'observation et qui exigent des

Mesures.

La gestion de l'exploitation s'appliquera sur des normes c'est-à-dire des grandeurs optimales de référence physique et économiques. Ces normes permettent de faire des choix.

L'organisation scientifique de la production entraînera aussi l'organisation scientifique du travail. Cela nécessitera un agronome, un vétérinaire, un zootechnicien et toute autre personne dotée de connaissances scientifiques dont l'exploitation a besoin ainsi qu'un laboratoire efficace. Cela est d'autant plus nécessaire que l'exploitation assure l'approvisionnement des populations urbaines de plus en plus exigeantes en qualité.

Plus l'exploitation est petite, plus l'organisation scientifique de la production est délicate et plus le prix de revient est élevé3(*)6.

La gestion va donc consister à chercher l'augmentation des échelles de grandeurs de production. Ceci ne condamne pas la petite exploitation, mais nécessitera pour l'exploitant 3(*)7:

- soit une augmentation de surface (impossible au Rwanda)

- soit une intensification (possible au Rwanda )

- soit pratiquer des cultures ou des élevages «  hors sols » c'est-à-dire des productions qui ne demandent pas de grandes surfaces (légumes, porcs, volailles,...)

Avec les techniques et le capital se diffuse un mode de gestion et, à travers la recherche de la productivité, du rendement, l'esprit d'innovation, les objectifs se transforment. On aboutit à l'industrialisation. On passe à ce que Raymond Aaron cité par Tshinema Kabongo J.M.V a développé en 1966 comme société industrielle qu'il a définie par 5 critères 3(*)8 :

- l'entreprise séparée de la famille ;

- la division technologique du travail ;

- l'emploi du calcul économique ;

- l'accumulation et le renouvellement du capital ;

- la concentration ouvrière sur le milieu du travail

II.1.5.2. Le métier d'éleveur

Etre éleveur laitier, c'est exercer un métier qui nécessite l'amour de la nature et des animaux ainsi qu'une solide formation professionnelle.

Ce travail implique la maîtrise de compétences multiples et complémentaires : savoir constituer et gérer son troupeau, bien le nourrir, veiller à sa santé et à son bien être, mais aussi connaître les réglementations qui s'appliquent au métier. L'éleveur doit parvenir à tirer de son activité, un revenu suffisant pour faire vivre son exploitation et en vivre lui même.

Ø Pour l'amour des vaches

Impossible d'être éleveur laitier, sans être passionné par les animaux. Constituer un troupeau de bonnes vaches laitières adaptées à sa ferme prend des années. L'éleveur choisit les taureaux reproducteurs, fait naître les veaux, garde les génisses et les élève. Le lien affectif entre lui et les vaches qu'il a vu naître en est renforcé.

Ø Du temps pour ses laitières

Le métier suppose de passer beaucoup de temps avec les animaux. Il faut donc aimer leur compagnie. Pour l'éleveur, la traite, deux fois par jour et 365 jours par an est un moment de contact privilégié avec ses vaches. Le temps passé en surveillance et suivi est le plus difficile à comptabiliser : lors des visites dans les pâturages ou à l'étable pour s'assurer que tout va bien, mais aussi au moment des vêlages, lorsque les petits veaux demandent une attention constante.

La première des récompenses, c'est le contact direct avec l'animal. La seconde, c'est d'avoir un troupeau qui se porte bien3(*)9.

Ø Elever et cultiver

Etre éleveur laitier, c'est forcément aussi être agriculteur. Pour nourrir son troupeau, rien de plus sûr que de cultiver soi - même les fourrages. Sur la ferme labours, semailles, récolte des fourrages et de la paille, stockage dans les hangars, fenaison, ensilage se succèdent.

Ø Diriger sa "ferme-entreprise"

Une ferme laitière est une véritable petite entreprise. Pour en tirer un revenu suffisant, l'éleveur doit aussi consacrer une bonne part de son temps à des tâches de gestion administrative, comptable et financière.

Ø Des compétences multiples

· génétique, reproduction : gestion des cycles de fécondations, inséminations, tarissements, vêlages

· agriculture : organisation de la répartition annuelle des cultures et des outils de travail du sol, organisation des chantiers (semis, récoltes)

· gestion des stocks de fourrages et rotation des parcelles de pâturages

· nutrition animale : calcul de la ration alimentaire des vaches en fonction de la saison et de leur production de lait,

· santé animale : prévention des maladies, prophylaxie, détection des animaux souffrants, les soins à leur apporter et leur isolement durant le traitement

· comptabilité, fiscalité et gestion d'entreprise : enregistrement technique et administratif pour les cultures et l'élevage, gestion de la trésorerie, des achats, des investissements...

Ø Obtenir un diplôme

La complexité des connaissances de plus en plus exigées entraîne une professionnalisation croissante du métier d'éleveur, par ailleurs très encadré en Europe, par la législation nationale et européenne (quotas, normes hygiéniques et sanitaires, normes agro-environnementales...)4(*)0.

Aujourd'hui, en Europe, un jeune ne peut emprunter pour s'installer sans formation professionnelle agricole de niveau baccalauréat4(*)1. Et parce qu'il faut s'adapter en permanence à l'évolution des techniques et de la réglementation, une formation continue est indispensable. Pour cela, l'éleveur s'appuie sur les conseils de différents spécialistes et se forme à l'utilisation d'outils de gestion et d'auto évaluation. Sa formation professionnelle se poursuit donc tout au long de sa vie.

II.1.6. Elevage

L'élevage est l`activité visant, par l'entretien, la reproduction et l'utilisation d'animaux domestiques, à la satisfaction de besoins d'ordre matériel, alimentaire notamment, mais également d'ordre symbolique, psychologique ou religieux4(*)2.Il tient un rôle de premier plan dans l'économie rurale moderne. Les produits qu'il fournit sont nécessaires à l'alimentation humaine. Les rations ne sont équilibrées que si elles comportent une certaine quantité de protides, dont le corps humain ne peut réaliser la synthèse.

Au fur et à mesure que le niveau de vie augmente, la demande de produits alimentaires dérivés de l'élevage s'élève: l'élasticité de la demande de viande, d'oeufs et de certains produits laitiers par rapport aux revenus est positive et généralement élevée, à la différence de l'élasticité de la demande des produits d'origine végétale, qui est faible, et pour certains d'entre eux, négative4(*)3.

Les animaux domestiques représentent, environ 28% de la valeur mondiale totale des produits agricoles et constituent une part de l'alimentation humaine, bien supérieure dans les pays développés que dans les pays en développement4(*)4.

L'élevage dans le monde pré-industriel, était souvent une activité spécialisée à très faible productivité. Il était l'objet de pasteurs dont le genre de vie était tout entier commandé par le rythme et les besoins du troupeau.

Dans le nouveau monde, où l'élevage était pratiquement inconnu, la mise en valeur des espaces peu peuplés s'est faite souvent à l'origine par la création d'une économie d'élevage très extensive.

La révolution agricole a créé en Europe occidentale un type d'élevage savant qui a été ensuite transposé dans une partie des mondes neufs alors ouverts à la colonisation européenne4(*)5. Cet élevage était intimement associé à la culture au sein des exploitations familiales. Les raisons étaient multiples: chaque exploitation devait garder des bêtes. D'autres étaient liés au poids des aliments consommés par le bétail, il était plus économique de les utiliser sur place que de les concentrer.

L'élevage moderne est une activité sans terre, ou une activité qui ne consomme directement que peu de terre. Il a tendance à s'installer à proximité des marchés. L'élevage se concentre là où une main d'oeuvre rurale abondante subsiste ou bien encore à proximité des zones de forte consommation4(*)6.

II.2. Elevage laitier

II.2.1. Géographie de l'élevage laitier

Les principaux pays producteurs laitiers, d'où sont originaires les races spécialisées, sont tous des pays de la zone tempérée, au climat océanique doux et pluvieux (Pays-Bas, Danemark, îles britanniques et anglo-normandes, Normandie, Nouvelle-Angleterre, Nouvelle-Zélande) et parfois des pays aux hivers rudes (Suisse, Ecosse, France-Comté). Les races bovines spécialisées les plus répandues et qui progressent le plus sont originaires de ces régions : Holstein-Frisonne, Jersey, Guersney, Brune des Alpes, Montbéliarde4(*)7. Dans la zone intertropicale, des populations bovines constituées à partir de géniteurs importés de ces régions ont pu être établies et se développer chaque fois que l'altitude venait limiter les effets du climat : Afrique orientale, Amérique Centrale et du Sud, Madagascar.

En Afrique subsaharienne, l'élevage bovin se développe depuis toujours dans de vastes zones comprenant essentiellement la large bande Sahelo-soudanienne et soudano-guinéenne s'étendant de l'Atlantique à l'Ouest à la corne de l'Afrique à l'Est ainsi que tout au long de la zone du Rift située de part et d'autre de la haute vallée du Nil et de la région des grands lacs africains.

Au Nord, dans la partie Sahélo-soudanienne, c'est la hauteur des pluies qui détermine la limite septentrionale des zones d'élevage (+ de 300mm/an) alors qu'au Sud, dans la zone soudano-guinéenne, ce sont les conditions sanitaires (trypanosomiase, peste bovine essentiellement) qui constituent une barrière au développement de l'élevage bovin.

Par contre, à l'Est, le long du Rift, l'altitude va modifier les données climatiques et autoriser un large développement de l'élevage bovin (Ethiopie mais aussi Tanzanie, Kenya, Rwanda, et Burundi)4(*)8.

Il existe donc, a priori, un certain antagonisme entre le concept de races laitières hautement productives et celui de climat tropicaux. Ces races hautement spécialisées dans la production laitière ne s'acclimatent sous les tropiques qu'au prix de précautions que seuls les stations d'élevage ou les éleveurs ayant reçu une formation technique adéquate sont en mesure de prendre actuellement.

Après avoir été conditionnée par des considérations éthno-sociologiques traduites le plus souvent en terme de possession (patrimoine) ce n'est que récemment avec l'intensification des échanges marchands et la très forte croissance démographique et son corollaire l'explosion urbaine générale dans toute l'Afrique que les éleveurs d'un côté et de l'autre les responsables économiques privés ou publics ont ressenti le besoin d'organiser, d'améliorer et d'encourager la production laitière dans un double souci d'approvisionner les populations urbaines et de développement rural.

Mais les filières laitières qui se sont mises en place spontanément pour répondre à la demande n'ont pas toujours entraîné les effets escomptés, particulièrement en amont où la productivité reste médiocre. Pour pallier cette insuffisance, il a été fait largement appel aux importations qui aujourd'hui couvrent une bonne partie d'une demande encore trop modeste au regard du minimum souhaitable4(*)9.

Au Rwanda, les effectifs bovins sont concentrés à 57% dans les 3 anciennes préfecture d'Umutara, Gitarama et Kigali. Au Mutara, 41% des ménages possèdent des bovins avec une moyenne de 21 têtes /ménage. A Gitarama, c'est la stabulation permanente. Tout aussi remarquables sont les élevages modernes utilisant des races pures qui se développent dans les zones péri-urbaines de Kigali, dans les milieux ruraux des anciennes préfecture de Byumba et Ruhengeri. Des pâturages modernes pouvant supporter une charge de 10.000 têtes ont été aménagés à Gishwati (dans l'ancienne préfecture de Gisenyi)5(*)0.

Les races exploitées sont les suivantes : races locales dont les niveaux de productivité sont très bas, la Jersey, la frisonne, le Brun suisse et le sahiwal.

II.2.2. Les systèmes de production laitière

Qu'on considère l'animal ou le troupeau comme unités élémentaires de production, on ne peut les isoler des facteurs qui conditionnent leur entretien et leur production à savoir :

- les ressources hydrauliques et fourragères, qui dépendent surtout de la pluviosité,

- le disponible de main d'oeuvre

Il doit y avoir un rapport harmonieux entre ces facteurs et les effectifs animaux.

Si sur le territoire considéré, les ressources fourragères sont abondantes, l'eau facilement accessible tout au long de l'année, les animaux pourront être entretenus sur de faibles surfaces. L'élevage y sera sédentaire.

Si pour quelque raison que ce soit, l'eau ou les ressources fourragères viennent à diminuer au cours de l'année au-dessous de l'indispensable, l'élevage ne pourra rester sédentaire que si l'éleveur constitue des stocks à la période d'abondance, ou bien intensifie par des techniques agricoles la production fourragère du territoire dont il dispose, ou enfin, il importe sur son territoire des fourrages ou de l'eau disponibles ailleurs, ce qui en fait revient à étendre son territoire. Dans les cas contraires, ce sont les animaux qui devront être déplacés pour exploiter à des époques favorables, eaux et fourrages ; cette errance n'étant pas propre à l'élevage.

Selon METZGER et alii., on retrouve actuellement 5 systèmes d'élevage en Afrique, dans des proportions variables et avec des modalités locales différenciées5(*)1 :

- le système pastoral traditionnel,

- le système agro-pastoral traditionnel,

- le système pastoral semi-intensif,

- les fermes de production laitière en système intensif,

- les élevages urbains et péri-urbains

1) Le système pastoral traditionnel

La transhumance est pratiquée largement pendant la saison sèche et concerne la partie des troupeaux pour laquelle aucun objectif commercial n'est envisagé à moyen terme.

Les vaches laitières restent au campement, le lait sert essentiellement à la nourriture du veau et la traite récupérée souvent une seule fois par jour est destinée à l'auto consommation rarement à la vente. Les vaches sont de races locales à faible productivité (0.4 à 1.5 litres par jour) : Zebra peuls et Gobra, taurin N'dama, Ankolle, ....

Les animaux sont choisis en fonctions de critères morphologiques (robes, corne),

pour la rusticité, leur résistance à la chaleur, aux maladies endémiques (trypano-

résistance des taurins baoulé et N'dama) et la perte de poids en saison sèche.

Les intrants utilisés dans ce système d'élevage exclusif se limitent souvent

aux produits vétérinaires.

Les contraintes rencontrées concernent l'approvisionnement en nourriture et en eau, et de

plus en plus, la diminution des parcours et leur dégradation (surpâturage, envahissement par des épineux et herbe indésirable).

La commercialisation du lait issu de ce système pastoral est nulle ou très limitée. Seule l'autoconsommation est satisfaite à des niveaux parfois élevés. Les investissements en bâtiments sont faibles voire inexistants.

2) Le système agro-pastoral traditionnel

Les pasteurs développent une activité de cultures essentiellement vivriers en couplement de l'activité d'élevage ou ce sont les agriculteurs traditionnels qui ont trouvé dans l'élevage une activité complémentaire peu coûteuse (car consommant les sous produits de l'agriculture) ainsi qu'une source d'amendement organique pour leurs cultures.

En associant cultures et élevage, les agriculteurs reproduisent en Afrique le système de

polyculture/élevage qui fut largement à la base du développement agricole en Europe.

Les cultures vivrières et le lait sont avant tout destinés à l'autoconsommation. La conduite du troupeau reste traditionnelle c'est-à-dire que la sélection, la complémentation, les infrastructures sont encore à développer.

3) Le système pastoral semi-intensif

Il est né le plus souvent d'initiatives d'origine urbaine. Les bouviers utilisent au mieux les possibilités de pâturage et de complémentation obtenues de leurs activités agricoles. Une partie du lait sera commercialisée, les bouviers ou collecteurs acheminent le lait vers la ville, soit à pied si la distance reste faible, soit en mobylette ou en taxi pour les plus éloignés. Ce type de troupeau se rencontre autour de la plupart des villes.

4) Les fermes de production laitière en système intensif

Les éleveurs propriétaires confient leur troupeau de taille importante à des bouviers qui approvisionnent régulièrement les centres urbains en lait et produits laitiers.

D'une façon générale, les rendements de ces fermes à système intensif peuvent apparaître

satisfaisants : 6 à 8 litres par vache laitière par jour avec parfois des résultats de 15 à 20l par jour.

Les intrants alimentaires et vétérinaires sont importants, les investissements en bâtiment et matériels sont élevés, le but étant de fournir du lait en quantité et en qualité pour les populations urbaines.

Le plus souvent, cette production laitière approvisionne ou devrait approvisionner une unité de traitement et/ou de transformation du lait (pasteurisation, fabrication de lait caillé, yaourt, beurre, fromage).

Pouvant regrouper plusieurs centaines de têtes et de vaches lactantes, ces fermes laitières enregistrent souvent des rendements économiques décevants : mauvaise gestion, prix de revient du lait trop élevé, fourniture insuffisante à l'unité de traitement incompatibles avec l'étroitesse du marché solvable susceptible de payer le coût industriel et commercial qui grève le prix final des produits.

5) Les élevages urbains et péri-urbains

Même avec un faible niveau de consommation par habitant, la présence d'une forte population engendre toujours une demande solvable non négligeable. Avec des coûts d'approche minimes, les élevages urbains et péri-urbains prennent position sur ces marchés assurant parfois plus de 50% de besoins pour les seuls élevages urbains.

2.3. Consommation de lait en zone urbaine

Le lait est consommé par 4 à 5% des ménages rwandais et les consommations moyennes suivantes donnent une idée d'où le Rwanda peut se situer5(*)2:

· moyenne nationale : 13 litres

· Mairie de la ville de Kigali : 20 litres

· Sénégal : 25 litres

Afrique : 17,5kg soit 20 à 25 fois moins que ce que consomme l'Européen type5(*)3

La ville est devenue le lieu de nouveaux comportements acquis au contact des Européens. Elle est le lieu privilégié des extraversions dans la consommation alimentaire.

Une enquête menée dans et autour de la ville de Kigali a permis de faire la classification quant aux préférences des consommateurs en terme de produits laitiers (par ordre décroissant)5(*)4:

Lait cru :+ + + + + +

Lait caillé : + + + + +

Lait U H T : + + + +

Lait pasteurisé : + + +

Fromage : + + +

Beurre : + +

Crème : + +

Yaourt : +

Ainsi , dans la ville de Kigali, le lait cru est le plus demandé, suivi par le lait caillé, lui-même suivi par le lait UHT .

II.3.5.4. Typologie des consommateurs de lait en milieu urbain5(*)5

On distingue :

- les non consommateurs absolus de lait et produits laitiers : beaucoup plus nombreux suite au niveau de vie très bas, bon nombre d'adultes ne consomme jamais ce type de produit ; 20 à 30% des ménages selon les villes

- les consommateurs occasionnels : fêtes, malades ou enfants en bas âge (cas très général pour le lait frais et lait caillé)

- les consommateurs réguliers mais à un faible niveau (quelque fois par mois) :

- les consommateurs réguliers à un fort niveau (plusieurs fois par an ) : faible part de la population inférieure à 10%. Ce sont des classes les plus aisées qui tendent à se rapprocher à des standards européens de consommation.

10% de la consommation est hors domicile .

A la typologie socio-économique du consommateur urbain, il est utile d'ajouter une typologie géographique càd une observation des tendances dégagées dans les différents quartiers des villes. Le niveau de consommation est fortement corrélé au niveau de vie.

Dans les quartiers résidentiels, les achats (lait liquide frais ou UHT et lai caillé,...) se font dans les boutiques de proximité mais plus fréquemment dans les superettes situées en centre ville. Le passage d'un colporteur à domicile du lait frais et du lait caillé est très largement répandu.

Dans les quartiers populaires, les achats se font au coup par coup dans les boutiques de quartier et portent sur des produits non périssables.

Les laits frais et caillé par abonnement assurent un approvisionnement régulier.

II.4. Fermes laitières

II.4.1. Définition et aperçu général

La ferme laitière est un « lieu où sont gardés des animaux laitiers servant à la production du lait»5(*)6. De la bonne marche des fermes laitières dépend l'approvisionnement de l'industrie du lait. Par  leur présence et les activités qu'elles induisent, les fermes participent au maintien de l'économie, de l'emploi, de la vie et aussi des paysages en milieu rural.

Dans les pays développés, les fermes laitières sont le plus souvent gérées en famille, ou en groupement entre un ou deux agriculteurs voisins. Baptisé GAEC (Groupement Agricole d'Exploitation en Commun), ce mode de gestion permet notamment de mieux organiser et de mieux répartir le travail et les investissements.

Individuelle ou gérée en société (essentiellement des GAEC), chaque ferme laitière est différente. Certains exploitants choisissent de consacrer 100% de leur activité à l'élevage laitier. D'autres se diversifient en élevant d'autres animaux (autres bovins, porcs, volailles, moutons,...) ou en variant les cultures (légumes, fruits...). Ils peuvent aussi vendre des produits fermiers, ou encore pratiquer l'accueil à la ferme (gîte rural, chambre d'hôtes, auberge, accueil de scolaires)5(*)7.

II.4.2. Historique

Les débuts de l'élevage remontent à 30 000 ans avant notre ère avec la gazelle (utilisée pour sa viande, dans le Sinaï). Les premières traces d'élevage laitier remontent à 10 000 ans avant J.-C., au Moyen-Orient. Entre 7 000 et 6 000 ans avant J.-C., l'aurochs livrait déjà son lait aux Turcs et aux Macédoniens5(*)8.

La véritable révolution en matière d'élevage viendra de l'Angleterre qui popularise au XVIIe siècle une meilleure association entre l'élevage et l'agriculture. L'extension des cultures fourragères et les semis de prairies favorisent le développement des troupeaux. Pour la première fois, le paysan peut être agriculteur et éleveur.

C'est au fourrage et à l'amélioration des jachères que le lait doit sa réussite. Au début du XIXe siècle, la rotation des cultures et l'introduction de plantes comme le trèfle et la luzerne ont permis de fournir une alimentation plus riche au bétail. En contrepartie, le bétail fournissait de l'engrais sous forme de fumier.

On commença alors à regarder la vache d'un autre oeil, et à se dire qu'elle pourrait bien être plus utile comme productrice de lait, que comme laboureuse de champs !

Dans le même temps, l'urbanisation croissante entraînait une demande de plus en plus importante de lait, de beurre et de fromage.

L'élevage laitier ne prend réellement son essor que dans la seconde moitié du XIXe siècle en bénéficiant d'avancées scientifiques décisives :

· Les chimistes vont identifier les différents composants du lait et ouvrir la voie à des méthodes de contrôle de la qualité. 

· L'apparition de la zootechnie va permettre d'améliorer les races bovines et lancer la mode des concours de bétail.

· La microbiologie et la découverte de l'existence de petits organismes invisibles à l'oeil nu susceptibles de rendre les aliments impropres à la consommation, va conduire à l'invention de la pasteurisation.

· Les machines à vapeur vont fournir énergie et chaleur pour centrifuger, baratter, malaxer, pasteuriser, homogénéiser, stériliser, réfrigérer, déshydrater...

 Après les avancées décisives du XIXe siècle, le XXe siècle sera celui de la maîtrise de la qualité, de la mise en place des normes de sécurité alimentaire et de l'innovation dans les produits laitiers frais et les fromages.

Au Rwanda, c'est semble-t-il entre le 12è et le 16è siècle, que l'élevage bovin se développe réellement5(*)9. Grâce à l'abondance des herbes, la production laitière dégage de surplus mobilisables. Avec l'avènement de la colonisation tout au début du 20è siècle, il y eu rétrécissement des terres et de vastes étendues de pâturages furent retirés aux éleveurs pour les remettre aux agriculteurs ou au nom de ce qu'on appela alors « l'intérêt général » public ou privé. L'élevage des vaches fut ainsi découragé.

II.4.3. Les troupeaux laitiers et leurs rendements

La production laitière et le rendement des bovins laitiers atteignent des niveaux élevés grâce à des investissements dans les programmes d'amélioration génétique.

Un élevage équilibré allie une production élevée avec une conformation souhaitable, ce qui contribue à un accroissement de la longévité et de la rentabilité.

Les troupeaux laitiers ne sont pas gigantesques : ils comprennent en moyenne 40 vaches, auxquelles s'ajoutent les veaux et les génisses élevées pour assurer la relève. Soit un total d'environ 70 têtes de bétail en France . Le chiffre de 35 est une moyenne : près de 60% des troupeaux français de 20 à 50 vaches, et à peine plus d'un sur cent compte plus de 100 vaches laitières6(*)0.

Au Canada, la ferme laitière typique compte 60 vaches et utilise une technologie de pointe. Elle est plus petite qu'une ferme laitière dans d'autres pays comme les États-Unis ou la Nouvelle-Zélande ou il n'est pas rare de rencontrer des troupeaux de 500 têtes ; toutefois, la taille de chaque ferme varie d'une province à l'autre.

Tableau no 1 : Production moyenne de quelques pays développés

Pays

Rendement moyen d'une vache
Kg/an

Production moyenne d'une ferme
Kg/an

Suède

7 087

209 775

Danemark

6 785

344 678

Pays-Bas

6 717

295 548

Allemagne

5 756

160 592

Royaume-Uni

5 880

404 544

France

5 513

169 249

Espagne

4 724

56 216

Source : chiffres 2000, source CNIEL cité par www. Cidilait.com

Dans les pays développés et notamment dans l'Union Européenne l'objectif n'est pas de produire plus, car le producteur ne doit pas dépasser son quota laitier, mais de produire mieux, le lait  étant payé «  à la qualité » en fonction de critères stricts (composition nutritionnelle et qualité sanitaire). Le revenu de l'éleveur  dépend donc de la qualité de son lait : il perçoit un  « bonus » quand sa production est classée en qualité supérieure.

Dans un élevage laitier bien conduit, la production de lait est en moyenne de 18 à 25 litres de lait par vache et par jour, obtenus en deux traites quotidiennes. Selon les races, une vache peut produire jusqu'à 30 litres de lait par jour. Sa production moyenne par lactation va de 4000 à 7000 litres mais on observe dans certains troupeaux des performances qui dépassent parfois les 10 000 litres !6(*)1

La jeune vache ( génisse)  est déclarée apte à être saillie lorsqu'elle arrive à maturité sexuelle (entre neuf et douze mois selon les races). Mais, on attend généralement deux ans pour la première gestation. Après le vêlage , la lactation dure dix mois, entretenue par la traite.

L'activité économique des fermes laitières découle directement de la production et la vente du lait de la ferme et de sa transformation en produits laitiers, et indirectement des emplois créés chez les fournisseurs d'intrants aux producteurs et transformateurs.

Peu importe le type d'étable choisi, les producteurs performants veulent fournir des aliments de qualité et appliquer des pratiques d'alimentation optimales, utiliser de l'équipement efficace, s'occuper du soin et du confort des animaux, et obtenir de bons soins vétérinaires pour préserver la santé des vaches et des veaux. Ces priorités sont transposées dans les recherches menées dans les grandes universités.

Tout éleveur laitier doit savoir adapter son exploitation :

· au climat de sa région,

· au relief,

· aux caractéristiques des sols,

· à l'éloignement des différentes parcelles,

· à ses capacités d'investissement,

· au nombre de personnes travaillant sur la ferme, 

· à ses goûts et à sa façon de travailler (agriculture raisonnée, biologique ou conventionnelle)...

Cette multitude de facteurs explique la grande diversité des fermes laitières, gérées seul ou en GAEC, spécialisées ou diversifiées. Les races de vaches aussi varient d'une exploitation à l'autre. Les éleveurs n'ont pas tous les mêmes goûts, ni les mêmes affinités.

II.4.4. Qualité et salubrité du lait

Dans les pays développés, le lait est produit conformément à des normes de sécurité et de qualité strictes. Tout le lait produit dans des fermes est soumis à des tests de détection des résidus d'antibiotiques. De sévères pénalités financières assurent l'absence de résidus dans le lait que boivent les individus et dans les produits laitiers qu'ils consomment. Un programme de salubrité des aliments à la ferme doit être respecté. Ce programme prévient et réduit les risques en matière de salubrité des aliments, afin de garantir aux consommateurs que le lait est produit d'une façon sécuritaire. Il assure le suivi des mesures prises pour minimiser les risques à la salubrité des aliments en :

· refroidissant et entreposant efficacement le lait;

· expédiant les animaux laitiers en toute sécurité;

· contrôlant l'utilisation de médicaments et de produits chimiques pour prévenir les résidus dans le lait;

· nettoyant le matériel de traite et veillant à la propreté de l'eau de lavage.

Les producteurs laitiers sont fiers de souligner que les gains d'efficacité sont aussi avantageux pour l'environnement grâce à la réduction des émissions de méthane. Cette diminution tient à ce que l'on dépend de moins de vaches pour produire suffisamment de lait pour répondre à la demande. La possibilité de faire plus existe toujours, car la production de lait par vache s'accroît, et les recherches sur la nutrition des vaches et les nouvelles technologies permettent aux agriculteurs de nourrir les vaches de façon plus efficace.

II.4.6. La Charte des bonnes pratiques des fermes laitières

Basée sur une adhésion volontaire, cette démarche donne la possibilité à chacun d'améliorer ses pratiques d'élevage, grâce à une méthode d'analyse détaillée de ses tâches quotidiennes, c'est une sorte de bilan de compétence.

L'évaluation porte sur sept domaines :

· L'identification des animaux doit être systématique et pérenne: pose de boucles aux oreilles, notification des mouvements des animaux (naissance, entrée, sortie), vérification et classement de tous les documents d'identification.

· Le suivi sanitaire implique le respect des prophylaxies, la surveillance de l'état de santé des bovins, des tests de dépistage et des moyens pour isoler les animaux malades.

· Les traitements des bovins doivent respecter les prescriptions vétérinaires, les ordonnances être conservées et les médicaments stockés dans des lieux appropriés.

· L'alimentation doit être saine et équilibrée. L'éleveur doit maîtriser les techniques de conservation des fourrages, effectuer ses achats auprès de fournisseurs répertoriés, disposer d'eau de qualité.

· La production du lait, les normes d'hygiène et les techniques de traite et de conservation du lait doivent être appliquées. Les installations de traite et de stockage doivent être maintenues en bon état et soumises à des contrôles annuels. 

· L'hygiène et le bien être des animaux : ils doivent bénéficier des meilleures conditions d'hygiène et de bien-être, être logés dans des étables aérées.

· Les accès à l'étable doivent être propres.

Concrètement, l'éleveur utilise pour son évaluation un document-type. Puis un technicien vient vérifier sur place la conformité des pratiques aux différents critères et définit, avec l'éleveur, les éventuelles corrections que celui-ci s'engage à mettre en oeuvre.

II.4.7. Les fermes laitières face à la modernisation agricole

L'extrapolation des accroissements de production nécessaires et les évolutions récentes montrent que le déficit en protéines à tendance à s'accroître. Ce n'est plus à un déficit de 10% auquel le Rwanda est confronté mais plutôt à un déficit de 20% et tout porte à croire que la tendance ne pourra pas être facilement renversée. Par rapport à la production nationale de l'année 1988, les accroissements de production nécessaires pour satisfaire les besoins théoriques ainsi calculés pour l'an 2000 étaient de 390% pour le lait6(*)2.

Quand un tel fossé existe, la première réflexion venant à l'esprit est de moderniser et d'intensifier la production, notamment par injection massive d'investissement. Une telle affirmation mérite d'être examinée dans un contexte environnemental, de santé publique et économique plus global.

Très schématiquement, les économies des pays en développement sont dominées par 3 grands problèmes : le chômage, l'inflation et le déficit de la balance des paiements6(*)3.

Avec l'intensification, les producteurs adoptent des technologies qui réduisent les coûts visibles directs associés à la terre et au travail et profitent au maximum du libre accès aux biens publics environnementaux et aux subventions du capital.

Des concentrations d'animaux deviennent incompatibles avec la capacité d'absorption de déchets et la capacité de production d'aliments du bétail des terres disponibles. Des fortes densités animales à proximité des agglomérations humaines entraînent souvent de sérieux problèmes de pollution6(*)4.

L'intensification des systèmes traditionnels et modernes d'élevage engendre de nouveaux risques pour la santé humaine en l'occurrence lorsqu'il y a de fortes concentrations d'animaux à proximité ou autour des villes en raison de la médiocrité des moyens de transport et des infrastructures. Risques qui sont exacerbés par l'inadéquation ou l'absence d'infrastructures sanitaires, de réglementation et de mesures de suivi et la non application de la loi.

Ces problèmes économiques (chômage, inflation et déficit de la balance des paiements), environnementaux et de santé publique formeront des contraintes majeures pour la planification du développement des productions animales.

Les vagues de chômages qui submergent les villes des PVD proviennent de la surnatalité  mais surtout de la paupérisation du monde rural.

Si l'augmentation de production est assurée par une modernisation et une intensification de l'élevage et techniquement, elle pourrait l'être, celle-ci se fera sous forme capitalistique, c'est-à-dire en substituant du capital au travail par des techniques relativement élaborées qui ne permettront pas d'utiliser les jeunes paysans et chômeurs.

D'ailleurs, souvent ces techniques provoquent un transfert de la classe paysanne vers les classes aisées de la population, classes plus ouvertes aux technologies modernisées. Plus ouvertes aux technologies modernisées. Si l'on veut, par ex. améliorer la production laitière péri-urbaine , il faut faire un bond technologique, celui-ci n'est consenti que par les agents ayant certains moyens et ayant reçu une certaine éducation, et on les trouve dans les couches déjà favorisées de la population.

Ainsi, la modernisation permettrait d'accroître la production mais n'aiderait en rien la résolution du problème crucial du chômage et, même, risquerait de l'accentuer.

L'industrialisation va certes créer de nombreux emplois, mais suffiront-ils à absorber l'excédent de main d'oeuvre rurale générée par la modernisation de l'agriculture ? On ne peut en être certain ».

D'autre part, la modernisation fait appel, pour son installation, soit à des capitaux étrangers, soit, ce qui revient au même, à des devises pour achat à l'étranger d'équipement, d'intrants divers, voire de techniques.

Devant la faiblesse de la demande intérieure solvable, il arrivera souvent qu'une partie de ces élevages modernes soient agro-exportateurs. Ceci peut alors paraître très intéressent, il se dégagera un certain bénéfice entre la sortie et la rentrée de devises.

Enfin, ce type de projet ne peut guère être financé que par des appels importants au crédit. Or, en période que l'on pourrait qualifier de normale, la tendance des prêteurs est de s'orienter vers des projets rentables dont le retour à l'investissement et la production rapide possible. Les projets d'élevage sont alors pénalisés car les techniques d'actualisation privilégient les projets à court terme par rapport aux projets à long terme.

II.4.8. Les problèmes environnementaux liés à la modernisation et l'intensification

des fermes laitières

Les fermes laitières peuvent dégrader sérieusement l'environnement mais elles peuvent aussi être en harmonie avec celui-ci ou même lui être utile lorsque les modes et les niveaux de production sont appropriés.

Historiquement les animaux d'élevage ont joué un rôle essentiel dans le processus d'intensification agricole. Ils recyclent les éléments nutritifs, permettent de produire à partir des terres incapables de supporter une production végétale durable et fournissent l'énergie et les capitaux nécessaires à la bonne marche des activités agricoles. Le bétail aide à maintenir la fertilité des sols pauvres en matière organique ou en éléments nutritifs6(*)5. L'addition de fumier au sol augmente sa capacité de rétention d'éléments nutritifs et améliore non seulement ses propriétés physiques et élève sa capacité de rétention mais également sa structure. Le fumier contribue en outre à maintenir ou à créer un meilleur environnement pour la microflore et la microfaune du sol.

Selon Delgado 1999, de fortes densités animales à proximité des agglomérations humaines entraînent souvent de sérieux problèmes de pollution :

L'excédent d'azote et de phosphore s'infiltrent dans le sol par lessivage, par ruissellement et polluent les eaux souterraines, les écosystèmes aquatiques et les sols humides. Les excédents d'éléments nutritifs des sols saturés s'infiltrent par lessivage dans les eaux de surface et polluent l'environnement6(*)6. Les nitrates peuvent infliger des dégâts considérables aux systèmes aquatiques.

Des concentrations excessives d'animaux et de déchets d'origine animale produisent aussi des gaz. Certains d'entre eux comme l'ammoniac, reste sur place. D'autres en revanche, comme le dioxyde de carbone, le méthane et l'oxyde nitreux influencent l'atmosphère en piégeant l'énergie solaire et en contribuant au réchauffement de l'atmosphère.

Il existe trois sources principales d'émission de dioxyde de carbone associées à l'élevage :

1. le CO2 émis par les animaux domestiques dans le cadre de leur métabolisme de base ou de la respiration, estimé à quelque 2,8 millions de tonne par an ;

2. le CO2 provenant du brûlage de la biomasse et dont une partie peut être attribuée au défrichement et feux de brousse servant à améliorer la pousse de l'herbe des prairies ;

3. le CO2 libéré lorsque des combustibles fossiles sont consommés pour des activités manufacturières et de transport associés à l'élevage.

Les animaux d'élevage et leur fumier sont responsables d'environ 16% des 550 millions de tonne de méthane produits chaque année dans le monde. Les ruminants produisent essentiellement du méthane comme sous produit de la digestion de grandes quantités d'herbes et d'autres aliments fibreux. Ces émissions de CH4 par unité de produit sont d'autant plus élevées que l'aliment est plus pauvre. 20% du CH4 produit par l'élevage provient du fumier stocké en conditions anaérobies par exemple dans des étangs de rétention6(*)7. La forte production de CH4 enregistrée dans ces conditions est généralement associée à des niveaux élevés de productivité et d'intensification et aux grandes exploitations.

Le fumier produit aussi de l'oxyde nitreux, le plus nuisible des gaz à effet de serre (320 fois plus que le CO2). Les déjections animales produisent environ 0,4 mille de tonne d'azote par an soit environ 7% des émissions totales de la planète6(*)8.

Les plantes cultivées pour l'alimentation du bétail ont des besoins en pesticides particuliers et des exigences spécifiques en matière d'humidité, d'eau et d'éléments nutritifs du sol. D'une manière générale, les céréales (et notamment le maïs) peuvent dégrader plus l'environnement que les autres cultures. Elles sont très exigeantes en matière d'engrais, de pesticides et d'eau et couvrent mal le sol au début de leur cycle de développement. Les légumineuses sont potentiellement nuisibles. Le maïs et le blé exportent plus de nitrates et de phosphore alors que le manioc et la patate douce sont friands d'éléments nutritifs du sol6(*)9.

II.4.9. Les problèmes de santé publique liés à la modernisation et l'intensification

des fermes laitières

La production animale comporte des risques pour la santé humaine dans les systèmes de production aussi bien intensifs qu'extensifs. Au nombre de ces risques, on peut citer, non seulement les maladies endémiques non contrôlées dans les pays en voie de développement mais également celles qui apparaissent dans les systèmes de production extrêmement développées lorsque les concentrations animales sont élevées, que les aliments du bétail contiennent des contaminants ou que la manutention de la viande et du lait laisse à désirer.

L'homme y est exposé de différentes manières. Les zoonoses (tuberculose, brucellose,...), maladies communes à la fois à l'homme et à l'animal, peuvent subir des mutations et se propager chez les hôtes animaux avant de passer à l'homme. Les déchets d'origine animale peuvent aussi introduire des maladies ou des toxines contenues dans l'organisme de l'animal ou nées d'une manutention et d'une transformation inappropriées.

L'intensification des systèmes traditionnels et modernes d'élevage a engendré de nouveaux risques. De fortes concentrations d'animaux perpétuellement en mouvement à différents stades de production peuvent devenir des sites de prolifération de germes pathogènes et leur proximité des populations humaines peut amplifier les dégâts potentiels d'éventuelles poussés morbides.

Avec l'accroissement de la production du secteur de l'élevage, les gens ont de plus en plus de mal à apprécier la qualité des produits alimentaires animaux qu'ils achètent sur les marchés. Les bacilles ou les bactéries comme salmonella, E .coli, clostridium botulinum et staphyloccocus sont les causes les plus fréquentes de maladies transmises par les aliments. Ils sont généralement associés à des méthodes inappropriées de préparation ou à une réfrigération inadéquate.

D'autres risques encourus par les populations humaines à proximité d'une ferme laitière sont principalement dus7(*)0 :

- aux bruits,

- odeurs,

- aux pollutions générées par les effluents d'élevage et produits dérivés.

Ces risques consistent en des risques sanitaires, des nuisances olfactives, des nuisances induites par les déchets, les insectes et rongeurs, des gênes, des pollutions et même l'incendie;

La dissémination des germes microbiens contenus dans les effluents animaux représente un risque sanitaire.

La pollution par les nitrates est la conséquence de l'industrialisation de l'élevage et résulte comme l'usage de pesticides, de pratiques agricoles qui doivent être révisées. Enfin le risque biotechnologique est celui dû à la dissémination potentielle des germes manipulés génétiquement.

Ø Bruits

En élevage industriel, le niveau sonore d'un bâtiment d'élevage intègre le bruit occasionné par les ventilateurs, les chaînes d'extraction, la distribution des aliments et les animaux. L'oreille est sensible à des pressions allant du seuil minimal de perception au seuil de douleur. C'est pourquoi certaines précautions doivent être prises pour alléger ou éviter les gênes : réserver les activités les plus bruyantes aux périodes diurnes et prévenir certains bruits par la mise en place de matériaux peu vibratiles,, en particulier dans les ateliers abritant des matériels bruyants (pompes ou broyeurs,...).

Ø Odeurs

Dans le domaine de l'agriculture et des industries agro-alimentaires, la production d'odeur est souvent liée à des décompositions biologiques de la matière organique. Ces phénomènes mettent en jeu des micro-organismes, essentiellement des bactéries aérobies ou anaérobies et conduisent à l'émission de produits volatils dans l'atmosphère.

Les odeurs émanant d'un bâtiment d'élevage proviennent de plusieurs sources 7(*)1:

- odeur spécifique des animaux dit sui generis,

- odeur de l'aliment (ensilage,...),

- odeur des déjections animales.

L'odeur de l'aliment peut être incommodante surtout lorsque des sous-produits sont incorporés à la ration : sang, déchets de restauration, lait ou lactosérum ou lors du désilage. Les odeurs liées aux animaux ou à leurs déjections sont inévitables.

Les émissions de produits odorants sont souvent très variables dans le temps et les bouffées sont beaucoup plus mal ressenties par la population qu'une odeur permanente.

Les raisons de cette variabilité peuvent être très diverses7(*)2:

- modification des conditions de contact avec l'atmosphère (dispersion dans le cas des épandages)

- plus ou moins grande fraîcheur des matières,

- procédé de fabrication discontinue

- systèmes d'épuration partiellement déficients.

Ce qui rend très délicat l'approche " odeur" en agriculture mais dans tous les cas, elles sont ressenties comme une source de gêne dans l'environnement qu'il faut réduire sinon supprimer.

Les règles de bonne conduite suppriment dans une grande mesure les nuisances olfactives liées au bâtiment d'élevage:

- situation judicieuse de l'élevage,

- entretien correct du bâtiment,

-évacuation régulière des déjections,

- ventilation adéquate des locaux en accord avec les normes conseillées pour les animaux, assurant la dilution des composés malodorants dans l'air extrait.

Lorsque la situation devient critique certains équipements peuvent être installés pour diminuer les seuils de perception. Il s'agit entre autre:

- de la mise en place de filtres (résine ou carbone activé) sur les sorties d'air;

- de la collecte en une seule cheminée d'extraction de l'air vicié pour soit un lavage d'eau , soit une filtration sur tourbe;

- de la filtration électrostatique des poussières.

Cette bonne conduite-ventilation et propreté conditionnent l'absence ou le faible niveau de nuisances.

II.4.10. La ferme laitière en tant qu'entreprise

Selon Lobstein J. cité par A.R. FRANCOIS (1985), l'entreprise est un " groupe d'hommes dont l'activité a pour objet la fourniture à la collectivité, contre règlement direct, de produits ou de services par la mise en oeuvre de moyens techniques et financiers". L'acception même du mot "entreprise" (entreprendre=tenter, commencer, engager) contient une idée d'innovation, voire d'aventure7(*)3.

Dans l'Egypte ancienne, dans l'orient sumérien, dans la Grèce antique, existaient déjà des entreprises agricoles, commerciales et minières, mais leur existence était quand même précaire.

La vraie entreprise est née le jour où les hommes purent abandonner l'économie de subsistance ( on produit ce dont on a besoin et l'échange est accessoire) pour la remplacer par une économie marchande (l'échange devient le but de l'activité). Certains hommes entendront se servir des biens, non plus seulement pour garantir leur propre survie, mais aussi pour accroître leurs moyens, leurs richesses, leurs pouvoirs. Jusqu'au 17è siècle, les entreprises resteront modestes, limitées le plus souvent à la dimension de la famille.

Avec l'ère des découvertes scientifiques, apparaît l'économie industrielle dont le rôle essentiel sera de produire pour vendre en régularisant l'abondance. Cette économie industrielle s'intéresse au comportement de l'entreprise en relation avec la structure du marché sur lequel elle vend ses produits.

Cependant, le domaine de l'entreprise agricole est mal connu. Ses problèmes sont particuliers mais, ce qui est important c'est de se rendre compte qu'il s'agit bien d'une entreprise à part entière: par son travail, par l'usage de ses prairies, par les compléments de nourriture qu'il apporte à son bétail, l'exploitant agricole valorise le produit initial et parvient à en faire de la viande ou du lait de qualité qu'il livre au marché de la consommation7(*)4.

L'on ne serait terminer ce point sans passer en revue les particularités de l'activité de l'entreprise agricole:

- elle est largement tributaire des conditions de sol, de climat et de saisons; ce qui entraîne de nombreuses servitudes ;

- elle est tributaire de l'espace;

- l'entreprise agricole, tout en se modernisant au maximum, ne peut et ne pourra dépasser un certain stade de technicité: on peut introduire la trayeuse mécanique en lieu et place de la traite à la main mais il est plus difficile d'augmenter le débit du lait produit par la machine; la machine n'apporte finalement qu'une aide à la production mais, contrairement aux autres secteurs, elle ne produit pas elle-même;

- l'exploitation agricole ne sait calculer que difficilement le prix de revient de sa production puisque le volume est essentiellement variable et lié à tellement d'impondérables;

- l'exploitation agricole n'est pas maître de ses prix sur le marché;

- la notion de propriété est plus complexe qu'ailleurs: l'exploitant agricole peut évidemment être propriétaire de la totalité ou d'une partie du sol qu'il exploite. On parlera alors de trois techniques d'exploitation7(*)5:

a) le faire valoir direct, où l'exploitation est mise en valeur directement par son propriétaire qui y apporte son travail et son capital. Dans ce type d'exploitation, il n'est pas possible de séparer le patrimoine de l'exploitant de celui de son entreprise.

b) le fermage, où le propriétaire d'un terrain ou des bâtiments, en cède l'usage à un exploitant, appelé fermier, moyennant une redevance ou loyer.

c) le métayage, qui est une forme d'exploitation basée sur un contrat par lequel propriétaire du sol et exploitant se partagent les résultats (profits et pertes) selon les règles précises.

Ces problèmes rencontrés par l'exploitant d'une entreprise agricole sont très spécifiques, très contraignants et présentent des difficultés sérieuses au niveau de la gestion de l'entreprise. Un facteur très lourd à supporter mais pourtant indispensable pour les fermes laitières, est la présence permanente de l'exploitant à la ferme pour les soins au bétail.

2.5. La ville et les activités agricoles

2.5.1. A