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Paix et Education chez Kant. Esquisse d'une pédagogie de la paix

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - DEA 2007
  

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Introduction générale : L'éducation à la paix ou le triomphe de l'universel

par-delà paix et guerre.

Nous vivons dans une époque de discipline, de culture et de civilisation, mais nous ne vivons pas encore dans une époque de moralisation. En l'état présent de l'homme, on peut dire que le bonheur des États croit en même temps que la misère des hommes. Et la question se pose encore de savoir si dans un état barbare, alors que toute notre culture n'existait pas, nous n'aurions pas été plus heureux que dans notre état présent.

Kant, Réflexions sur l'éducation, p.113.

Quel est le rôle et la place du philosophe épris des valeurs morales, politiques et éducatives dans un monde en passe à des considérations déshumanisantes ou désacralisantes des valeurs sociales ? Doit-il se taire sur les difficultés d'un monde embarrassé par la violence, la guerre et son cortège de malheurs ? Ou encore doit -il rester ce rêveur des nuées, en marge des réalités alarmantes d'une humanité endeuillée par l'ignorance, le mensonge et la mauvaise foi de ses fils1(*) ?

Non. L'entreprise philosophique est plus sérieuse que cela ; et le philosophe trahirait sa vocation ou démissionnerait de son métier s'il tombait dans une telle bassesse caractéristique de la misère et d'un avenir sombre des peuples et des nations. Le philosophe doit rester l'éclaireur, le guide ou le berger des brebis de l'Auteur des choses qui errent partout à la recherche et au maintien de la paix au péril même de leur vie. Le philosophe kantien doit donc initier ses semblables à la pratique des choses de l'Esprit pour le consensus ou pour la paix.

Sans être vaine, la présente réflexion n'est pas non plus orpheline, elle se ressource dans une longue tradition philosophique et littéraire qui constitue tous ses fondements. Elle est conduite à la suite d'une première, comptable pour l'obtention du diplôme de Maîtrise en philosophie, qui s'intitulait comme suit : ? Kant et la problématique de la promotion de la paix : le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable?.

Avec ce thème, la réflexion s'était retrouvée inscrite dans une importante partie de la pensée philosophique kantienne, la pensée de la paix perpétuelle qui s'est vue de nouveau re-actualisée avec ses fondements juridiques et ses influences sur l'action actuelle des Nations Unies pour la culture de la paix dans le monde. Nous venions de toucher du bout du doigt la question du paradoxe des aspirations de l'homme à la paix, celle de l'enracinement du mal dans la subjectivité de l'homme et de l'ambiguïté2(*) de son caractère vis-à-vis de la paix et de la guerre. Nous nous sommes donc intéressés aux conditions (négatives et positives) de possibilité de la paix durable à partir des idées pacifiques kantiennes.

En effet, ?De la nécessité d'une éducation à la paix? à l'aube du XXIè siècle aura été le dernier sous point traité dans la rubrique des conditions kantiennes de la paix perpétuelle et qui méritait d'être davantage développé, détaillé de manière à lui donner tout son sens, toute sa saveur intellectuelle philosophique. Il le fallait aussi pour pouvoir mieux s'inscrire dans la belle logique des objectifs ou des ambitions du millénaire annoncés par l'Organisation des Nations Unies et poursuivis par sa branche éducative, scientifique et de la communication à savoir l'Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science, la Culture et la Communication (UNESCO) qui fait de l'éducation une condition infaillible de la paix mondiale.

La paix est bel et bien devenue dans ce millénaire de culture de la paix une affaire d'éducation. Il s'est avéré que c'est avec son concours, grâce à elle que nous pouvons dignement et hautement élever les défenses de la paix dans l'Esprit des hommes dans lequel les guerres prennent naissance. À partir de ce constat émerveillant ce qui reste c'est de savoir comment il faut éduquer vraiment à la paix, quel contenu il faille donner à ce concept ?qui pourrait faire frissonner de peur ou d'étonnement (joyeux) quiconque l'aurait entendu et lu pour la première fois de sa vie. Certains pourraient dire qu'il s'agit d'une pure et simple spéculation de philosophe rêveur qui manque de quoi amuser la galerie ou les siens qui ont surtout de l'estime pour lui. Mais loin s'en faut, car le projet d'une culture de la paix à travers l'éducation est beaucoup plus noble et plus sérieux pour cela.

En vérité, ?Paix et Éducation chez Kant. Esquisse d'une pédagogie de la paix? est l'aboutissement ou la continuation de cette réflexion amorcée d'il y a plus de deux ans et qui se tourne vers l'avenir des hommes : si elle doit s'imprégner du passé de ceux-ci, de la manière dont ils ont été éduqués et dont ils éduquent à leur tour leurs enfants, leur histoire, elle est aussi la marque du présent, d'un temps, d'une époque si corrompue et si pourrie qu'il faille la peine de mettre les bouchés doubles pour assurer sa propre survie et celle de ses concitoyens. À qui la faute ? C'est ce que nous verrons bien dans nombre de lignes qui suivront.

Ce thème regroupe d'emblée deux notions essentielles à savoir les concepts de ? Paix? et d'? Éducation? dont l'emploi est tout à fait récent. Leur relation n'a toujours pas été établie de sorte à faire de la seconde une condition de la première. La paix est un état de stabilité alors que l'éducation est une action qui, conduite rationnellement, permet d'atteindre un but, par exemple la coexistence pacifique et chaleureuse des peuples et des nations. Pour atteindre ce but, il faut inévitablement franchir un obstacle pour lequel on se donne des forces et des moyens. Cette fois la relation s'étend au concept de ? guerre? avec lequel elle devient plus complexe. L'éducation se trouve ainsi prise en sandwich entre les deux concepts qui s'opposent pour s'imposer l'une à l'autre : la paix va donc utiliser l'éducation pour s'établir, ou la paix sert de moyen à l'humanité pour combattre le fléau de la guerre. On est raisonnablement tenté de se demander si l'éducation n'a pas alors une connotation particulière pour la paix, ou si la paix en tant qu'idéal ne propose pas d'autres exigences à l'éducation afin de pouvoir vaincre la guerre.

Dans le langage politique contemporain, il devient de plus en plus monnaie courante qu'on fasse mention de la paix en faisant en même temps référence à l'éducation. Nous accorderons plus tard un sens à cette association consacrée. Cela peut ne pas paraître difficile à envisager surtout pour ceux qui sont un peu au courant des objectifs de l'Année Internationale de la culture de la paix.

Cependant, il ne faudrait pas s'attendre à ce que la réflexion qui se développe ainsi soit la panacée de tous les problèmes liés à l'éducation en général et à celle de la paix en singulier, même si elle se veut une modeste contribution à l'effort commun de promotion de la paix. Elle poserait peut-être plus de questions qu'elle n'en résolve. Une façon d'ouvrir les échanges autour de la question de l'articulation entre la paix et la guerre et vice-versa. Cette série de réflexions, de débats, de discussions et de critiques qui pourraient contrarier cette démarche personnelle tendant pourtant à l'universalité, et qui pourraient à leur tour se voir opposer d'autres thèses et points de vue bien fondés à l'image de ceux de Kant (1724-1804) et de Jean Laurain qui nous servent de supports ou de fondements philosophiques considérables pour esquisser la pédagogie de la paix ou la Philosophie de l'éducation à la paix.

Nos préoccupations se veulent plus réflexives que descriptives au nombre des conceptions et travaux consacrés à la définition de la philosophie de l'éducation au coeur de laquelle nous plaçons la problématique de la culture de la paix et de non-violence.

L'éducation à la paix à travers ses différentes démarches n'est-elle pas vouée d'avance à l'échec ? Parlons-nous tous d'une seule et même chose quand nous faisons allusion aux termes clés du thème qui nous unit en ce moment? Disposons-nous de cadres, de moyens à la fois moraux, politiques, financiers ou matériels, et des ressources humaines de qualifiées pour accomplir cette noble mission ? Si oui, quelles suggestions et recommandations pouvons-nous faire pour un meilleur devenir de l'espèce humaine par le biais de l'éducation ?

Telles sont les préoccupations essentielles que la réunion des trois notions suggère à la présente réflexion.

* 1 Selon Kant, nul ne naît exempt de faute, et le mal dont souffre l'humanité n'est d'ailleurs pas un péché originel dont on hérite à sa naissance. Nous devons toujours avoir l'impure conviction que nous ne pouvons jamais échapper à l'entière responsabilité du mal. C'est ce qui caractérise l'état de minorité dans lequel l'humanité est toute plongée : tout est ? par sa propre faute? (Selbsverschuldet).

* 2 « Eduquer est un labeur ambigu, parce que l'être humain est lui aussi ambigu. Cet être humain- L'être à éduquer- est l'objet d'une discussion qui n'a pas de fin ; autrement dit, il est lui-même ambiguïté pure ». Lire à cet effet, Education et Philosophie. Approches contemporaines. Sous la direction de Jean Houssaye, ESF Editeur, Paris, 1999, p.201.

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