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L'accès à  l'eau potable et les risques diarrhéiques dans les zones irrégulières de Ouagadougou: Les cas de Yamtenga

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par Appolinaire KOMBASSERE
Université de Ouagadougou - Maitrise de Géographie 2007
  

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I.2. Les contraintes de l'approvisionnement en eau

Les habitants du quartier sont confrontés à plusieurs contraintes qui sont susceptibles de réduire le volume d'eau consommé par personne et par jour. Environ 95% des ménages enquêtés ont affirmé rencontrer des difficultés dans leur approvisionnement en eau. Les différentes contraintes évoquées ont été regroupées en cinq grandes catégories qui se repartissent selon le graphique 8.

Graphique 8 : Les difficultés d'approvisionnement évoquées par les ménages

Source : Enquêtes de terrain, KOMBASSERE W.A., Juillet 2006

Le graphique révèle que le temps d'attente et le prix de l'eau sont les principales contraintes évoquées par les ménages. Nous analyserons ces contraintes par ordre d'importance. Faute de données, nous n'évoquerons pas celles liées aux coupures et aux baisses de pression.

I.2.1. Les contraintes liées au temps

Le temps mis pour la collecte de l'eau est évoqué par un ménage sur trois (36%). Cette déclaration illustre parfaitement l'insuffisance du nombre de points d'eau dans un quartier où la densité de population est élevée. Les difficultés d'exhaure de l'eau au forage peuvent être considérés comme un facteur aggravant cette insuffisance. A titre d'exemple, le temps moyen de remplissage d'un bidon de 20 litres au forage est estimé à deux minutes contre 20 secondes à la borne fontaine. Les longues files d'attente que l'on observe au niveau des bornes fontaines ou des forages équipés d'une pompe à motricité humaine sont synonymes de perte de temps et de fatigue, particulièrement pour les femmes qui sont le plus souvent chargées de la corvée de l'eau. Outre son corollaire de sous consommation, cette perte de temps empêche les femmes de vaquer à d'autres occupations susceptibles d'améliorer leurs conditions de vie. Les longs temps d'attente et la volonté de s'approvisionner rapidement sont à l'origine des multiples querelles que l'on observe fréquemment au niveau des points d'eau.

A ces contraintes s'ajoutent celles liées au prix de la ressource.

I.2.2. Les contraintes économiques

Elles représentent un facteur important dans l'approvisionnement en eau du quartier. L'accessibilité économique à l'eau potable dépend des capacités économiques des ménages. Dans un quartier où la majorité des chefs de ménage mène des activités informelles et précaires, on imagine à quel point la cherté de l'eau évoquée par un ménage sur quatre (27.2%) représente une forte contrainte.

Selon les entretiens que nous avons pu conduire, le bidon de 20 litres coûte 15 francs en zone non lotie au lieu de 10 francs en zone lotie, tandis que la barrique de 200 litres passe de 60 à 65 ou même 75 francs. Il ressort des entretiens que cette majoration servirait à compenser les pertes liées au déversement de l'eau au cours de la collecte et à payer du pétrole pour éclairer les lieux la nuit.

VENNETIER P. (1988), en évoquant les conditions d'accès à l'eau dans les quartiers irréguliers, affirme que la quête de l'eau se solde généralement par la mise en place d'un système de revente en cascade qui entraîne une hausse sensible de son prix. En effet, le prix de l'eau à la borne fontaine est parfois supérieur à celui pratiqué dans les quartiers lotis. Pour les ménages qui ont recours aux revendeurs, la contrainte du coût de l'eau se pose avec plus d'acuité puisque qu'il varie selon la distance et la saison (Tableau 7).

Tableau 7 : Evolution du prix de la barrique d'eau en francs CFA avec un revendeur

Distance

Saison sèche

Saison pluvieuse

Inférieure à 500 m

210

205

Comprise entre 500 et 1000 m

260

250

Supérieure à 1000 m

290

280

Source : Enquêtes de terrain, KOMBASSERE W.A., juillet 2006

La baisse des prix en saison des pluies peut s'expliquer par le fait que les ménages collectent l'eau de pluie pour les activités domestiques ce qui contribue à faire baisser la demande en eau et donc son prix. Faute de données sur le revenu des ménages enquêtés, il nous est impossible d'évaluer la part que représente le budget de l'eau au sein des dépenses de la famille. On peut cependant imaginer que pauvreté va de pair avec manque d'eau à Yamtenga.

L'évolution du prix de la barrique d'eau de 200 litres est intimement liée à l'activité des revendeurs d'eau. L'activité des revendeurs d'eau est très importante dans le quartier puisque 37,8% des ménages ont recours à leurs services. Ceci n'a d'ailleurs pas échappé à la municipalité qui les taxent de 3 000 francs CFA par an. La revente d'eau s'est développée du fait de l'incapacité financière de certains ménages à se procurer le matériel de collecte de l'eau. Le type d'équipement couramment utilisé est un ensemble composé d'une barrique de 200 litres issue de la récupération, montée sur un châssis muni de deux roues au minimum (Photo 7). La revente de l'eau est une activité qui occupe un grand nombre de femmes et de jeunes. Sur les quatorze revendeurs que nous avons rencontrés, la moitié était des femmes âgées en moyenne de 33 ans.

Photo 7 : Vue d'un pousse-pousse (Cliché Kombasséré, juillet 2006)

 

Les ménages que nous avons enquêtés dépensent en moyenne 2 230 francs CFA par mois pour l'achat de l'eau. Cette moyenne cache de fortes disparités puisque les budgets vont de 210 à 7 500 francs CFA. Environ un ménage sur trois (40%) consacre plus de 2 000 Francs CFA par mois à l'achat d'eau (Graphique 9).

En effet, les budgets alloués à l'achat de l'eau par mois varient selon le mode d'approvisionnement. Les ménages qui s'approvisionnent personnellement dépensent en moyenne moins (2 180 francs CFA) que ceux qui alternent un approvisionnement personnel et un recours aux revendeurs (2 230 francs CFA). Les ménages qui achètent l'eau exclusivement chez les revendeurs dépensent un peu plus que les deux autres catégories (2 290 francs CFA).

Graphique 9 : Répartition des ménages selon le budget mensuel alloué à l'eau

Source : Enquêtes de terrain, KOMBASSERE W.A., juillet 2006

Dans un milieu où la majorité des chefs de ménages mène des activités précaires, on peut imaginer à quel point le coût de l'eau peut représenter une contrainte pouvant contribuer à réduire les volumes moyens d'eau consommés par personne et par jour.

Les données collectées au cours de nos entretiens avec les revendeurs d'eau révèlent en outre que les ménages situés à moins de 200 mètres de leur point d'eau qui recourent à des revendeurs, dépensent en moyenne 3 310 francs CFA par mois tandis que ceux qui sont au delà de cette distance dépensent 3 780 francs CFA. Le prix de l'eau augmentant avec la distance, on peut affirmer que la proximité d'une borne fontaine présente un avantage certain en terme de dépenses liées à l'achat d'eau.

La précarité de la situation économique des ménages explique assez bien le fait que le prix de l'eau soit considéré comme la deuxième principale contrainte en matière d'accès à l'eau.

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams