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Impact de la déforestation de la bande lacustre sur la population: Cas du lac Aheme

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par Coffi René MEWATIN
INJEPS (Abomey Calavi) - Maà®trise en Développement Communautaire 2008
  
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REPUBLIQUE DU BENIN

MINISTERE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA

Université d'Abomey-Calavi
(UAC)

Institut National de la Jeunesse, de
l'Education Physique et du Sport
(INJEPS)

SECTEUR : JEUNESSE ET ANIMATION

OPTION : DEVELOPPEMENT COMMUNAUTAIRE

THEME

IMPACT DE LA DEFORESTATION DE LA

BANDE LACUSTRE SUR LA POPULATION :

CAS DU LAC AHEME

 
 

Soutenu par :

MEWATIN Coffi René
renemewa@yahoo.fr

Mention : Très bien

Sous la direction de :

Professeur Dr Léon Baní BIO BIGOU & Dr Folly MESSAN

Maître Assistant des universités Enseignant chercheur à l'INJEPS
Enseignant chercheur à la FLASH

10ème Promotion

Année académique 2007-2008

DEDICACE

· Mon père Lokossou Akinton MEWATIN et ma mère Djiwahouè ASSOU, vous avez toujours contribué de votre mieux malgré l'insuffisance de vos moyens à l'atteinte de cet objectif depuis que vous m'avez mis à l'école. Ceci n'est que partiellement le fruit de ce que vous avez semé. Recevez- le en signe de votre propre satisfaction.

Mon frère Martin et mes soeurs Joséphine et Elise, mes neveux et nièces Moïse, Elysée, Abel, Nina, Espérant, Rolland, Evaria, Jaurès, Bénédicte, Ferdinand, Rodrigue et Gloria.Trouvez ici la source du goût d'un travail bien fait.

Ma bien aimée Nadine Aimée ASSOGBA ; avec toi j 'ai connu des moments de joie et de difficultés. Plusieurs fois, ton soutien m'a fait oublier mes soucis et mes peines. Reçois donc ceci en guise de ma reconnaissance.

o Je dédie ce mémoire

REMERCIEMENTS

J'adresse mes sincères remerciements à :

- Dieu Tout Puissant qui m'a permis d'être à ce niveau.

- Monsieur Léon Bani BIO BIGOU qui a accepté sans conditions m'encadrer dans mes recherches pour la réussite de ce mémoire ;

- Monsieur Aboubacar KISSIRA, l'assistant du professeur BIO BIGOU pour avoir été plus proche de moi dans l'orientation de mes idées ;

- Monsieur Folly MESSAN, pour avoir accepté co-diriger ce mémoire dans la fraternité et sans ménagement d'efforts ;

- Messieurs Richard TOSSOU, Pierrot EDOH et Richard ASSAH pour votre soutien fraternel ;

- Mes frères et soeurs Thomas, Bertin, Pierre, Bertin MEWATN, Clémentine et Armand VIOSSI pour votre soutien permanent ;

- Monsieur Jérôme Koffi AMOU, tu m'as donné très tôt le pli et le goût d'étudier, ceci est le fruit inespéré de ton coup de main ;

- Mesdames et Messieurs AZIGOE Paula, André, Joachin, Monique et Véronique, vous m'avez accepté et soutenu dans mes études, que ce travail soit pour vous mon éternelle reconnaissance ;

- Antoine AMOUSSOU, Louis AHOULOU, Sylvain KPANOU, François HOUNKPE, VIOSSI Bernard, Firmin, Eugène et Franck, nous avons vécu ensemble pendant des années pour étudier. Je ne saurais oublier l'entraide qui a régné entre nous ;

- Nicolas et Bienvenu ainsi que toute la famille LOKO. Vous n'avez jamais cessé de contribuer à mon devenir. Je vous en suis reconnaissant ;

- Au père Hermel TONATO et sa famille pour m'avoir pris en charge lors de mon cursus scolaire. Soyez fiers de ce travail. A vous tous mes profondes reconnaissances ;

- Madame Séraphine HOUNKPONOU et ses enfants pour m'avoir soutenu ;

- Monsieur Houézé AMLONGBE pour son attention fraternelle qu'il m'accorde toujours. Merci ;

- François KPOKA, Justin DOSSA, Charles AMEKE. Avec vous j'ai partagé beaucoup de situations qui ont favorisé mon développement. Vous m'avez fait vivre des réalités de cette vie. Je vous en suis reconnaissant ;

- Bernard GAÏTO, tu t'es rendu disponible toutes les fois que je me rendais sur le

terrain pour mes enquêtes sans oublier Théophile NOUDEMESSI et Paul SENAGBE ; - Messieurs Blaise KPANOU et Macaire KPANOU pour votre contribution

- Messieurs Delphin AGBOESSI et Didace, pour avoir contribué à la réalisation

de ce document ;

- Monsieur Adolphe AHONNON, Mesdames Alice AMOUSSOU et Séverine KOUSSAHOUE. Vous avez considéré ce travail comme le vôtre. Votre soutien ne m'a jamais manqué toutes les fois que j'ai senti le besoin. Je vous en suis reconnaissant ;

- Séraphin KOULEDOU, Firmin ANAGONOU et Hubert KPONDJO. Nous avons partagé tant de choses ensemble. Votre amitié m'a marqué énormément. Ceci est le signe de ma gratitude ;

- Monsieur Giovanni MIASSI pour son aide et amitié fraternelles ;

- Daniel AHODEGNON, Moukaîla AMADOU, Rogatien DOSSOU et Euloge FACOUNDE. Avec vous, j'ai fondé une cellule depuis mon entrée à l'institut. Nous avons été pour chacun des secours immédiats et confidents dans une solidarité qui nous lie pour toujours. Je n'oublie pas Xavier SEHO, Clément DAGNINOU, Simon DINGNIGBEDE, Jérémie ANATO. Grâce à vous ce travail a connu un aboutissement, je ne saurais vous remercier ;

- A tous mes camarades de la 1 0è promotion de J A, merci pour notre vie de famille que nous avons entretenue ensemble pendant notre séjour à l'INJEPS ;

- A tous ceux dont les noms ne sont pas cités. Veuillez m'excuser.

A vous mes bienfaiteurs, sachez que le bienfait n'a pas de couleur, mais il porte la marque de celui qui le fait. Ce travail porte votre marque !

MERCI !

SOMMAIRE

DEDICACES

REMERCIEMENTS

SIGLES, ACRONYMES ET ABREVIATIONS INTRODUCTION ..1

PREMIERE PARTIE : DONNEES THEORIQUES ET CONCEPTUELLES

1-1-Problématique 3

1-2 Analyse théorique .8

1-3- Quelques définitions et clarifications conceptuelles 10

DEUXIEME PARTIE : CADRE GENERAL DE L'ETUDE

2-1- Justification du choix du thème 14

2-2- Présentation du cadre de recherche ..14

2-3- Présentation des communes de Kpomassè, de Comé et de Bopa 17

TROISIEME PARTIE : METHODOLOGIE

3-1- Echantillonnage 19

3-2- Techniques et outils de collecte des données 22

3-3- Difficultés rencontrées 23

QUATRIEME PARTIE : RESULTATS, DISCUSSIONS ET SUGGESTIONS

4-1- Présentation des résultats .25

4-2- Discussions ..30

4-3- Suggestions ..39

CONCLUSION ..44

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES .45

ANNEXES

SIGLES, ACRONYMES ET

ABREVIATIONS

ABE : Agence Béninoise pour l'Environnement

BM : Banque Mondiale

CA : Chef d'Arrondissement

CODESRIA : Comité pour le Développement des Recherches en Sciences Sociales en Afrique

DGAT : Direction Générale de l'Administration Territoriale

DFRN : Direction des Forêts et des Ressources Naturelles

ENS : Ecole Normale Supérieure

FAO : Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture

FLASH : Facultés des Lettres, Arts et Sciences Humaines.

IEC : Information - Education - Communication

INJEPS : Institut National de la Jeunesse, de l'Education Physique et du Sport

INSAE : Institut National de la Statistique et de l'Analyse Economique

JA : Jeunesse et Animation

LARES : Laboratoire d'Analyse Régionale et de l'Expertise Sociale

MAB : Programme de l'UNESCO pour l'Homme et la Biosphère

MEHU : Ministère de l'Environnement, de l'Habitat et de l'Urbanisme

MEPN : Ministère de l'Environnement et de la Protection de la Nature

MSCL : Ministère de la Sécurité Publique et des Collectivités Locales

OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement

ONUPE : Organisation des Nations Unies pour la Protection de l'Environnement

PADPPA : Programme d'Appui au Développement Participatif de la Pêche Artisanale

PAM : Programme Alimentaire Mondial

PDC : Plan de Développement Communal

UAC : Université d'Abomey - Calavi

UNB : Université Nationale du Bénin

UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture SCRP : Stratégies de Croissance pour la Réduction de la Pauvreté

INTRODUCTION

Face à la dégradation de plus en plus flagrante de l'environnement, des mesures de corrections qui sont trouvés et apportés ne semblent pas suffire pour réduire le déséquilibre et la rupture qu'il y a entre l'Homme et l'espace qu'il occupe. Partant des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en passant par les Stratégies de Croissance pour la Réduction de la Pauvreté (SCRP) pour aboutir aux différents programmes et projets, notre pays, le Bénin continue de s'efforcer dans la mise en oeuvre des mécanismes et stratégies pour alléger les impacts de cette dégradation sur la vie socio économique des Hommes. L'aboutissement de ces mesures reste non atteint dans la plupart des cas et n'est pas toujours en étroite adéquation avec les réalités quotidiennes des communautés. « La misère, la faim, la maladie et l'analphabétisme ne cessent de s'aggraver et les écosystèmes dont dépend notre bien être ne cessent de se dégrader. L' augmentation de la population, combinée à des modes de consommation qui ne peuvent être soutenus à terme, met à rude épreuve la capacité de charge de notre planète à répondre aux besoins de survie et de développement sain des Hommes », (HOUNGNIHIN R.,2005)1

En effet, la problématique de l'environnement se pose en terme de dégradation du couvert végétal, de l'exploitation inadéquate des plants d'eaux, de fortes pressions exercées sur les aires protégées, d'appauvrissement des sols qui font émerger de nombreux problèmes. Spécifiquement les ressources forestières de la zone inter lacustre du lac Ahémé sont confrontées à de multiples risques dont la source émane de leur gestion et de leur exploitation irrationnelle. La contribution des forêts de la bande lacustre à la survie des populations ne fait plus de doute quelconque. Leur rôle en matière de régulation écologique et de biodiversité justifie la nécessité de leur conservation. Mais ces ressources sont utilisées par une large masse de riverains du lac à faible revenu soit pour usage propre (piquets, palissades, toitures,...), soit comme source de produits pour la vente à petite échelle. La satisfaction des besoins pressants à court terme associée à des crises climatiques, démographiques et

1 HOUNGNIHIN R. A, (2005), les mécanismes endogènes dans la problématique de l'environnement à Covè (Bénin), UAC, CODESRIA, 16p

économiques imprévues débouchent sur des pratiques néfastes qui accélèrent le processus de déforestation. De plus, le système de gestion de ces forêts est centralisé parce que faisant partie du patrimoine de l'Etat. Le contrôle de la déforestation est ainsi géré par des structures déconcentrées chargées de faire respecter les interdits et les restrictions sur l'usage de ces ressources naturelles renouvelables. Il se fait également par la diffusion des communiqués sur des chaînes de télévisions et radios pour le respect des lois en matière de gestion des forêts, en particulier la loi n° 93- 009 du 02 juillet 1993 portant régime de forêts en République du Bénin. Mais il existe une inadéquation entre les mesures prises au niveau central, les pratiques et réalités des communautés dans leurs milieux. Les crises socio-économiques dues à la rareté des ressources en eau, source de revenu des activités de pêche exercées par ces populations, ajoutées aux souffrances suscitées constituent autant de défis qui nécessitent bien des intrants humains, matériels et financiers pour être relevés. Assurer la durabilité des ressources environnementales suppose qu'il faut à la fois remédier à la rareté des ressources naturelles pour les populations pauvres et inverser la tendance à la dégradation de l'environnement dû à un accès de consommation des populations.

A cette ère de la décentralisation, les modes de gestion de ces biens doivent connaître de modification significatives parce que pendant longtemps, les populations n'ont pas véritablement bénéficié des efforts consentis jusque là puisqu'elles ne sont pas entièrement impliquées dans ces différents projets. Cela s'explique par l'insuffisance de moyens alloués à leur réalisation car selon la Banque Mondiale (BM), « la conservation centralisée n'est efficace que lorsqu'elle est effectuée de façon autocratique ou en dépensant beaucoup d'argent »2. Il s'agira de prendre en compte les influences de ces changements sur la conservation des réserves de la biosphère et de redéfinir la place de chacun des acteurs (Etat, collectivités territoriales et communautés riveraines) dans l'organisation de conservation de ces réserves.

2 Jennie LITVACK, la gestion des ressources naturelles et l'environnement, www.worldbank.org

Cette étude se place dans le contexte de l'analyse des impacts environnementaux et socio- économiques de la déforestation des rives du lac Ahémé sur la vie des populations ainsi que les conditions de gestion de ces ressources forestières. Le document se repartit en quatre parties essentielles : la première partie est consacrée aux données théoriques et conceptuelles, la deuxième partie au cadre général de l'étude. La troisième partie troisième partie traite de la démarche méthodologique et la quatrième partie est faite de la présentation des résultats auxquels nous avons abouti de même que les discussions et les suggestions.

1-1- PROBLEMATIQUE

La lutte contre la pauvreté n'a jamais cessé d'être une préoccupation majeure des gouvernants. A cet effet, des projets, programmes et stratégies sont élaborés et mis en oeuvre pour sortir les communautés de cet état. Mais il se fait que ces actions ne couvrent pas toutes les attentes des populations qui sont obligées de se prendre en charge en se lançant dans des activités connexes qui vont leur procurer des bénéfices immédiats, ceci pour répondre aux besoins quotidiens. Parmi ces activités, nous pouvons citer la coupe de bois pour le chauffage au ménage et pour la fabrication de charbon. La communauté du lac Ahémé n'est pas en marge de cette réalité. En effet, depuis plusieurs décennies, le lac ne répond plus aux besoins de la population qui ne cesse de s'accroître. Malgré la concentration de cette population autour de cette ressource naturelle, le lac ne bénéficie d'aucune politique d'amélioration de production et donne ainsi moins de chances aux riverains de subvenir à leurs besoins. C'est alors que les autres ressources naturelles, en particulier les forêts sont devenues des champs d'activités pour ces communautés. Le déboisement sans reboisement de ces forêts présente beaucoup d'inconvénients qui agissent aussi bien sur la nature que sur les hommes qui la composent. Selon la FAO, les pays africains sont affectés par la croissance démographique dont les effets sur l'environnement se traduisent par une exploitation accélérée des ressources en sols, en eau et en végétation, (Génie et al, 1992)3. Par ailleurs, la zone humide du lac Ahémé fait face à de nombreux dégâts dus à la déforestation. Cela s'explique par l'utilisation des bois pour former les « acadja » servant d'outil de pêche aux riverains surtout répandus dans les années 90, les feux de végétation permanents, l'aménagement des rives pour la détente, le creusage des étangs au bord du lac ou même dans la forêt pour la pisciculture. Tout cela engendre des conséquences telles que l'érosion du sol, l'insécurité foncière, la modification des conditions physiques, chimiques et biologiques du milieu, l'érosion éolienne, l'avancée de l'eau et surtout l'ensablement du lac. Dans l'ensemble, les forêts du lac ont souffert davantage que les autres ressources car leur valeur a été la plus méconnue, leur destruction étant perçue comme un inconvénient mineur au regard des avantages attendus de leur conversion. En définitive, malgré le coût important des actions menées pour corriger l'état de la bande lacustre, celles-ci n'ont permis ni d'inverser ni de stopper le processus de dégradation des ressources forestières. Aussi à cette ère de la décentralisation, les communes de Kpomassè, de Comé et de Bopa, conscientes de l'état des ressources naturelles, ont-elles

3 Génie P. et al, (1992), Environnement et développement rural, guide de gestion des ressources naturelles, Frison- Roche, Saint Etienne, 418 p

inscrit dans leurs plans de développement respectifs des mesures correctives à apporter aux écosystèmes particulièrement à celui de la forêt du lac Ahémé en vue de réduire un temps soit peu la dégradation croissante des ces ressources naturelles. Mais ces projets sont restés sans réalisation pour des raisons diverses. Et «c'est là un lourd fardeau que notre génération passe aux générations suivantes », (Kabala et al, 1 993,)4

Ces graves dommages infligés aux ressources naturelles, en particulier les forêts et l'ampleur des impacts occasionnés par l'homme sur le milieu naturel du lac Ahémé, nous amènent à poser les questions suivantes :

- La déforestation massive, irrationnelle et sans contrôle de la rive lacustre n'est - elle pas due au fait que les populations riveraines n'ont pas encore pris conscience de l'importance de la conservation de la forêt dans la protection de la nature ?

- La déforestation de la rive lacustre n'est-elle pas à la base des dégâts tels que l'avancée de la crue, érosion éolienne (dégâts matériels) dont sont victimes les populations ?

1-1-1 OBJECTIFS

Généralement, il s'agira d'étudier les causes de l'exploitation irrationnelle des ressources naturelles, notamment la forêt- galerie pour la promotion d'une exploitation durable dans la zone inter lacustre du lac Ahémé.

Spécifiquement,

- montrer que la forêt de la zone inter lacustre est exploitée de façon irrationnelle ;

- faire ressortir les conséquences d'un tel déboisement sans reboisement de la bande lacustre sur la vie socio - économique des populations ;

1-1-2 HYPOTHESES

- Les populations du lac Ahémé exploitent les forêts de la rive lacustre de façon irrationnelle;

- Les populations riveraines ne se sont pas encore rendues compte que la déforestation de la rive lacustre est à la base des dégâts tels que l'avancée de l'eau, érosion éolienne (dégâts matériels), l'érosion du sol, l'ensablement du lac dont elles sont victimes.

4 Kabala et al (1993), la forêt tropicale, un patrimoine à préserver d'urgence, UNESCO, Paris, 362 p

1-1-2 REVUE DE LITTERATURE

Les forestiers ont reconnu que la durée de la vie de la culture des forêts dépasse celle de l'homme. Toute forêt, même purement commerciale, remplit trois fonctions principales : productive, protectrice et sociale (Roger MERCIER, 1991 )5 . Les arbres abritent les cultures contre l'évapotranspiration, les animaux contre les excès climatiques, les hommes contre diverses agressions. Les arbres régulent le régime de l'eau, et évitent les brusques lâchures. La présence d'une forêt sur un sol empêche la formation de torrents, et sa destruction livre le sol en proie aux torrents. (www.fao.org/ forestry)6. De nos jours deux nouveaux facteurs sont venus infléchir les orientations choisies par les aménagistes ; ce sont la croissance exponentielle de nombreuses populations humaines et le rythme accéléré des changements technologiques affectant non seulement le domaine de l'exploitation et de la transformation du bois mais aussi d'une façon générale n'importe quel secteur d'activité depuis l'industrie agro-alimentaire jusqu'au transport et aux communications. L'explosion de la population urbanisée, principalement en Afrique occidentale après la deuxième guerre mondiale, s'est traduite par une augmentation de la demande de denrées alimentaires qui induisit une révolution dans le monde agricole bien que les techniques de production demeurent inchangées (FAO 1 991)7. Pour leur plus grande part, les premières forêts ont déjà été exploitées, épuisées ou défrichées. Les personnes soucieuses des changements planétaires de climat notent que les forêts sont des pièges à Carbone et que la déforestation entraîne automatiquement une émission nette de Carbone dans l'atmosphère, émission qui contribue directement à augmenter la pollution atmosphérique, (Génie et al, 1992)8. En Afrique où la pauvreté sévit, les valeurs des forêts sont peu connues autant des pouvoirs publics que des communautés riveraines. Les communautés locales considèrent les forêts, non pas comme un réservoir de produits ligneux pour les générations futures, mais comme une réserve de terres pour y produire des vivres ou y pratiquer des cultures de rente. Face aux besoins locaux les plus importants, les populations d'hommes ne disposent d'aucune autre alternative au défrichement de nouvelles terres. Ceci mettant les hommes eux- mêmes à la base de la disparition de leur patrimoine forestier, (Hamed SOW, 1 990)9 . Et David Kabala de nous faire

5. Mercier J.R (1991), la déforestation en Afrique, situation et perspectives. EDISUD, 178 p

6 www.fao.org/ forestry1354.fr, Gestion des ressources durable, 4 p

7FAO (1990), l'Aménagement des forêts tropicales humides en Afrique, Rome, 180 p

8 Génie P. et al, (1992), Environnement et développement rural, guide de gestion des ressources naturelles, Frison- Roche, Saint Etienne, 418 p

9 SOW H., (1990), Le bois - énergie au Sahel, environnement et développement, ACCT, CTA, Karthala 176 p

savoir que le déboisement, l'extinction d'espèces et la dégradation des sols ont déjà conduit à de fortes réductions de productivité et de la diversité de la planète, (Kabala et al, 1993)10

Selon SKINNER J. et al, les zones humides tropicales sont des écosystèmes complexes et dynamiques et remplissent toute une gamme de valeurs et de fonctions dans les domaines de l'hydrologie, de l'écologie, de diversité biologique, de la récréation et fournissent un certain nombre de produits surtout dans le domaine de la pêche et de l'élevage aux riverains en particulier (SKINNER J. et al 1994)11. Mais elles connaissent de régressions tant en surface qu'en qualité par le drainage et assèchement, rectification et bétonnage des berges, pollution, acidification ou eutrophisation, pêche excessive et destruction des frayères, introduction d'espèces végétales ou animales (J.J.SYMOENS, 1995)12. Outre le fait qu'elles protègent le littoral contre l'érosion due au vent, aux vagues et aux courants, et les récits de corail, les prairies marines et les routes de navigation contre l'ensablement, les mangroves abritent une faune très diversifiée, y compris des mammifères, des reptiles, des amphibiens et des oiseaux menacés d'extinction ;de plus, elles alimentent les réseaux trophiques marins et servent de frayères à toute une série de poissons et de crustacés, dont diverses espèces commerciales (FAO 2003)13. Et la collecte excessive de bois et le surpâturage entraînent la désertification qui aboutit à son tour à la désintégration sociale et économique. En perdant les arbres, les habitants d'une région frappée par la déforestation perdent l'ensemble de leurs produits et de leurs services.

Parlant de la déforestation en Afrique, Jean Roger MERCIER établit le lien entre cette déforestation et les grandes évolutions socio-économiques, les politiques nationales et démographiques. Ainsi les impacts de la déforestation en Afrique sont écologiques, mais aussi et surtout économiques et sociologiques, par la dégradation des sols et toutes ces conséquences nocives, ainsi que par la perte des produits et services secondaires des forêts. Dans sa projection, il dit si rien de sérieux n'est fait dans les années à venir, la fin des forêts pourrait se produire entre 2040 et 2060 (Jean Roger MERCIER 199 1)14 . MONTCHO et SEGBEDJI (1998)15 étudiant les différents facteurs de dégradation du lac Ahémé ont mis l'accent sur la contribution de la déforestation à cette dégradation et A. B. SALAMI et

10 Kabala et al (1993), la forêt tropicale, un patrimoine à prévenir d'urgence, UNESCO, Paris, 362 p

11 Skinner J. et al (1994), Manuel de formation à la gestion des zones humides, UICN, 272 p 12.SYMOENS J.J (1995), l'aménagement durable des zones humides : respect de la forêt et de diversité biologique, Académie royale des sciences d'Outre-mer, Bruxelles, 22 p

13 FAO (2003), la situation et faits nouveaux dans le secteur forestier, Rome, 83 p

14 . Mercier J.R (1991), la déforestation en Afrique, situation et perspectives. EDISUD, 178 p

15 MONTCHO A. B. & SEGBEDJI F. X. (1991), les facteurs de dégradation du lac Ahémé, mémoire de maîtrise, ENS/ UNB, Porto- Novo, 100 p

TCHAWLASSOU (1998)16 de souligner que « la nécessité de couper les espèces végétales périlagunaires ou même lointaines pour la construction des acadjas, xha, habitations, la fabrication des embarcations ou du sel traduit l'ampleur de la dégradation intervenue dans la végétation naturelle ». Depuis la période coloniale, l'aspect le plus négligé fut la recherche de l'assentiment des populations concernées en vue de la conservation des forêts. Ce qui traduisit une opposition grandissante des populations riveraines des forêts qui n'avaient aucune conscience de la gravité des problèmes D'après l'étude de la FAO (1991)17, sur l'Aménagement des forêts tropicales humides en Afrique, les usages multiples, en particulier les utilisations locales, sensibles à la problématique hommes-femmes, ont été auparavant sous-estimées dans les évaluations forestières. Leur seule participation des populations se limitait à la main d'oeuvre nécessaire aux travaux de plantation, qui se moyennait en nature (vivres PAM) ou en espèces. (FAO 1995)18. Alors que le fait de les inclure contribuera à déterminer l'utilité des activités futures. FAO (2003)19.

A cet effet, il faut que les groupes sociaux, gestionnaires des ressources naturelles soient impliqués désormais dans la définition des stratégies locales de projet de l'aménagement du terroir et autres. La participation des décideurs et des populations locales aux projets de recherche, à la formation, et à la démonstration sur le terrain et la coopération entre les spécialistes des sciences sociales, biologiques et physiques pour rechercher les solutions aux problèmes complexes de l'environnement. Selon l'étude réalisée par la FAO sur la Gestion des ressources durables (en particulier sur les outils d'intégration de la gestion durable publiée par la FAO, Il est souvent impossible de compenser les impacts négatifs de l'exploitation forestière dans des massifs primaires ou secondaires riches en biodiversité. L'un des grands enjeux de la gestion durable des forêts est la conservation de leur rôle écosystémique en particulier en tant qu'habitat de flore et faune (www.fao.org/ forestry)20. Aujourd'hui, le secteur agricole et le secteur forestier sont plus que jamais interdépendants, puisqu'ils doivent relever des défis similaires pour tenter de faire face à la pauvreté et à l'insécurité alimentaire. Si ces problèmes favorisent la destruction et la dégradation des forêts, la solution pour les résoudre et réduire au minimum les incidences négatives de l'agriculture sur l'environnement comporte un ensemble complexe de facteurs, ainsi que l'utilisation des

16 SALAMI A. B. et TCHAWLASSOU (1998), La morphodynamique du lac Ahémé : contribution à l'étude du comblement du lac et ses impacts, mémoire de maîtrise, DGAT/ FLASH/ UNB, Abomey- Calvi, 61p

17 FAO (1991), l'Aménagement des forêts tropicales humides en Afrique, Rome, 180 p

18 FAO (1995), Approche participative, communication et gestion des ressources forestières en Afrique Sahélienne, Bilan et perspectives, Rome ; 107 p

19 FAO (2003), la situation et faits nouveaux dans le secteur forestier, Rome, 83 p.

20 www.fao.org/ forestry1354/fr., Gestion des ressources durable, 4 p.

meilleures techniques nouvelles et anciennes, d'idées novatrices et d'arrangements institutionnels modernes, (FAO 2003)21. Il convient donc que l'aménagement forestier, même si en modifiant l'écosystème, l'oriente pour rester toujours dans certaines limites afin de le préserver non seulement pour des raisons écologiques mais aussi à cause de la valeur nutritive qu'il représente pour les populations locales. (FAO 1991)22. Aussi à cette ère de la décentralisation, il serait important de responsabiliser les riverains dans la gestion de la foresterie communautaire. Selon Patrice Bigombé LOGO (2002)23, la foresterie communautaire s'affirme à la fois comme une opportunité efficace de gestion alternative des conflits liés aux ressources naturelles, un moyen approprié de gestion durable des ressources naturelles, un outil de gestion décentralisée des ressources naturelles et de construction du développement local. Selon Pierre Génie et al, (1992), afin de mettre fin à ces dégradations, les populations doivent être éduquées et sensibilisées à la gestion de l'environnement et à une gestion raisonnée des ressources naturelles, compte tenu des contraintes nouvelles apparues depuis quelques décennies. De plus, Claude BARBIER propose qu'il soit fait la promotion des foyers améliorés, l'utilisation du pétrole, du gaz ou la valorisation de l'énergie solaire qui constituent des techniques appropriées pouvant se substituer à la demande de bois et réduire la pression exercée sur les arbres et forêts en milieu naturel par leur exploitation à des fins énergiques (C.BARBIER, 2004) 24

1-2 ANALYSE THEORIQUE

Les ressources naturelles existent en quantité souvent limitée et constituent cependant des richesses à l'état latent des populations qui les détiennent. Elles ont un rôle potentiel de développement à jouer tant au niveau local que national voire continental mais leur exploitation incontrôlée génère des contraintes qu'il convient de juguler par des politiques efficaces et efficientes. Leur mise en valeur après étude approfondie d'impact reste une option indiquée, (Adolphe AHONNON, 2005)25. Les problèmes d'environnement sont socialement construits, en ce sens qu'il y a plusieurs manières plausibles de les aborder, (Oriane YOUNG, 2000)26

21 FAO (2003), la situation et faits nouveaux dans le secteur forestier, Rome, 83 p

22 FAO (1991), l'Aménagement des forêts tropicales humides en Afrique, Rome, 180 p

23 P. B. LOGO (2002), la construction des forêts en Afrique subsaharienne, analyses et perspectives, Harmattan, 162p

24 BARBIER C. (2004), Désertification et foret, Silva et Riat, Laballery, clamercy (58), 159 p

25 AHONNON A. (2005), Impact socio environnemental de l'exploitation du sable marin sur le développement humain durable de la commune de Grand-Popo, mémoire de fin de 4è année en J.A à l'INJEPS, 77 p

26 YOUNG O. (2000), Gérer les biens communs planétaires : réflexions sur un changement climatique d'échelle, 13 p

Selon Mathieu YELKOUNI (200 1)27, la gestion des ressources naturelles renouvelables comme les forêts est très complexe. Elle nécessite la mobilisation de différents outils théoriques pour prendre en compte des spécificités propres à chaque contexte. L'analyse théorique que nous abordons dans le cadre de notre travail traite du statut des ressources naturelles.

Depuis Samuelson (1954), un bien est qualifié de public, s'il répond à deux critères de

base:

- la non rivalité, c'est-à-dire que la consommation ou l'usage de ce bien par un agent n'entraîne aucune réduction de la consommation des autres agents ;

- la non exclusion, qui est impossibilité d'exclure quiconque de l'usage ou de la consommation de ce bien. Elle est liée à l'absence d'un dispositif technique ou Juridique qui limite l'accès à l'utilisation du bien (Lévêque, 1998) ;

Lorsque l'un des deux critères n'est pas respecté, on peut définir plusieurs autres caractéristiques d'un bien, comme le montre le tableau suivant :

Tableau n°I : Classification des biens

 

Non exclusion

Exclusion

Non - rivalité

Biens publics purs

Biens de club

Rivalité

Biens en commun

Biens privés

Source : Lévêque (1998), p. 87.

Non-exclusion et rivalité donnent un type particulier de ressources, les biens en commun ou «common pool resources» (Ostrom, 1990). On ne peut pas exclure les agents économiques de l'usage d'une telle ressource mais il existe une rivalité dans la consommation de ses biens et services (ressources halieutiques, forêts et autres ressources naturelles renouvelables). Les biens de club sont ceux dont l'exclusion est possible avec une non-rivalité dans la consommation (par exemple les chaînes télévisons ou les autoroutes payantes). Les biens privés sont ceux qui respectent les critères de rivalité et d'exclusion, par opposition aux biens publics purs.

Le critère d'exclusion renvoie à la notion du contrôle pour l'accès aux biens et aux services d'une ressource. Celui de rivalité porte sur la consommation (ou l'usage) des biens et services et met donc en relief la notion d'extraction et d'utilisation de biens ou de services.

27 YELKOUNI M. (2001), Décentralisation et dynamique des institutions dans la gestion des ressources naturelles en Afrique de l'ouest, rapport du régional UNESCO/MAB-UNEP/GEF213RAF2001.52 p

Pour ce qui est des biens non exclusifs, il est difficile ou même impossible d'empêcher une certaine catégorie d'acteurs d'en jouir, mais ils impliquent une relation de rivalité puisque la consommation d'une unité de ces biens par un membre du groupe supprimera ou réduira la disponibilité de ce bien pour les autres. Ainsi se note une différence entre les biens publics purs (ni rivalité, ni exclusion), des biens privés (rivalité et exclusion), et des biens de club (exclusion mais non rivalité à l'intérieur du club), (Young, 2000)28.

Un des problèmes lié à cette théorie est celui de la « tragédie des biens communs ». Des usagers se fondant sur des calculs individuels épuisent une ressource ou l'exploite de manière excessive parce que rien ne les incite à adopter une attitude de conservation dont d'autres pourraient bénéficier. L'exemple de l'exploitation des palétuviers et mangroves qui se situent au bord du lac Ahémé en est illustrateur.

1-3 QUELQUES DEFINITIONS ET CLARIFICATIONS
CONCEPTUELLES

Dans le cadre de notre étude, les termes suivants nous paraissent importants à clarifier :

- Environnement

- Déforestation - désertification - dégradation forestière

- Population

1-3-1- ENVIRONNEMENT

Selon le dictionnaire des termes géographiques29, l'environnement peut être défini comme l' « ensemble des conditions géographiques qui règnent immédiatement autour d'un lieu donné et en commande l'activité ». C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels qui influent sur les êtres vivants et que ceux-ci peuvent modifier. C'est aussi un ensemble perçu comme une entité dans un espace et en un temps donné, des facteurs biophysiques, technologique, et socio-économiques susceptibles d'avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à terme sur l'homme et son cadre de vie. L'environnement peut être perçu sous trois angles essentiels à savoir :

28 YOUNG. O, (2000), Gérer les biens communs planétaires : réflexions sur un changement climatique d'échelle, 13 p.

29 MERENNE E , (1981), Dictionnaire des termes géographiques, 103 p.

- le niveau d'organisation de la matière qui comporte essentiellement les ressources naturelles comme l'eau, la forêt, le sol, l'air, etc.

- le niveau d'organisation de la vie composé des animaux, de l'homme et surtout du rapport que ce dernier entretient avec le premier niveau ;

- le niveau d'organisation sociale qui rassemble tous mécanismes créés par l'homme pour animer sa vie.

Aussi, la zone inter lacustre Ahémé se regorge t-elle des ressources naturelles qui, ralliées au lac lui confère une identité purement naturelle du point de vue réserves. Mais de nos jours, ces ressources naturelles sont menacées. La présence de l'Homme et son action dans la dynamique de l'environnement revêtent des indices qui attestent de l'importance des problèmes environnementaux autour du lac Ahémé.

- des prélèvements importants sont effectués sur le capital forestier pour faire face à la demande des populations en combustibles ligneux. Ceci a entraîné la destruction des aires protégées et terroirs riverains portant ainsi atteinte à l'équilibre des écosystèmes ;

- la demande en constante augmentation des populations grandissantes se traduit par des pressions accrues sur les sols et leurs ressources, entraînant des conflits entre groupes socioculturels, entre collectivités familiales, et entre communautés ;

- la diversité biologique est de plus en plus menacée par la surconsommation des ressources halieutiques et fauniques, entraînant du coup la rareté ou la destruction de certaines espèces. La multiplication d'autres techniques de pêche a eu un impact sur la qualité et la quantité du lac.

Ces problèmes environnementaux sont la conséquence directe de la rupture brusque de l'équilibre entre les hommes et l'espace. Ainsi la crise de l'environnement est le produit d'une dynamique socio- historique et économique. Elle est un phénomène cumulatif qui ne peut être réduit à sa seule dimension physique, (2005, R. A. HOUNGNIHIN)30. Il s'agit au-delà d'un problème écologique et environnemental, d'une remise en cause sociale et économique. C'est alors au coeur d'une dynamique physique, historique, socioculturelle et économique que doivent être recherchés les mécanismes qui perpétuent la crise. La pression démographique, la pauvreté des populations et les faibles performances de l'agriculture en sont les causes immédiates.

30 . HOUNGNIHIN R. A, (2005), les mécanismes endogènes dans la problématique de l'environnement à Covè (Bénin), UAC, CODESRIA, 16 p

1-3-2 DEFORESTATION- DESERTIFICATION-DEGRADATION

FORESTIERE

La définition du terme déforestation cause d'énormes difficultés. D'abord, très rares sont les documents qui traitent de ce sujet quand bien même cela constitue une forte réalité que nous vivons au quotidien depuis des décennies. Que cela soit au niveau national qu'international, l'on préfère parler de la désertification qui, d'après la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la Désertification ratifiée le 26 décembre 1996 à Paris, peut se définir comme « la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et sub- humides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines ». Par ailleurs, le texte sur la convention insiste sur le fait que « la désertification est causée par des interactions complexes entre facteurs physiques, biologiques, politiques, sociaux, culturels et économiques »

Notons en effet qu'il ne faut pas confondre « avancée du désert » et désertification car à l'échelle humaine, le désert n'évolue guère ; seules ses limites fluctuent selon la pluviométrie des années. Le phénomène de désertification n'affecte pas des déserts, qui en représentent le stade ultime, mais bien les zones arides et semi-arides, zones où les équilibres naturels sont précaires et où tout excès dans l'exploitation des ressources conduit à la dégradation de l'environnement. Toutefois, il se justifie que la désertification est un processus continu de la déforestation. C'est pourquoi Claude BARBIER (2004)31 affirme qu' « en zone tropicale humide, la réduction de la déforestation nécessaire pour atténuer les changements climatiques peut limiter l'érosion de la diversité biologique (...) ».

L'explication du terme «Déforestation » ne paraît pas facile puisque les indicateurs par rapport auxquels la déforestation peut être définie continuent de faire l'objet des discussions intenses entre spécialistes et aucune définition universelle, sans doute très difficile à mettre au point compte tenu de la diversité des situations concrètes, n'a été retenue jusqu'à ce jour. Le terme «Déforestation» évoque des images de paysages dévastés, des sols érodés, de désertification et de misère humaines. Cependant, les visiteurs qui se rendent dans des zones très déboisés comme le Sahel s'étonnent de trouver tant d'arbres encore sur pieds, d'où l'emploi du terme « Dégradation forestière ». La confusion naît alors des divers sens que l'on attribue au terme de « Déforestation » (FAO, 1 994)32 . Les spécialistes ont défini la déforestation comme étant l'élimination d'au moins 90% de la couverture forestière. Quant à

31 BARBIER C. (2004), Désertification et forêt, Silva et Riat, Liballery, Clamercy (58), 159 p

32 FAO (1994), le défi de l'aménagement durable des forêts, quel avenir pour les forêts mondiales ?, Rome, 122p

Jean Roger MERCIER (1991)33, la déforestation sera également définie sur un territoire et à une échelle de temps donnés comme le recul net des surfaces arborées et forestières. Selon la FAO, elle s'est nettement accélérée entre 1976 et 1990, et donc les pertes de surfaces forestières sont encore plus fortes. Et cette dégradation touche en particulier les forêts tropicales, éléments uniques de notre patrimoine qui remplissent des fonctions irremplaçables. Le Bénin ayant vite compris, a déjà depuis les années 1940 et 1950 procédé au classement 58 massifs forestiers pour une superficie 27000 km2 soit 19% du territoire national (2000, DFRN)34 . Malgré les multiples actions élaborées et exécutées dans le seul but de conserver les écosystèmes, ils ont encore du mal à jouer leur partition dans la gestion des ressources naturelles et de l'environnement. De même, on a attribué à tort la majorité des pertes en forêts à des fins d'exploitation agricole. Cependant, de nos jours, les causes de l'exploitation forestière sont multiples et diverses et prennent leur source dans la pauvreté, l'insuffisance alimentaire, la démographie croissante.

1-3-3 POPULATION

La population est définie comme étant un ensemble des personnes qui habitent un espace, une terre. Les individus des communes de Comé, de Bopa et de Kpomassè constituent une population sur laquelle porte notre étude. En effet, les populations riveraines de la zone inter lacustre sont en majorité dépendantes des activités de pêche. Le lac Ahémé constitue la principale source pourvoyeuse de poissons et crustacés. De nos jours où se constate la rareté de ces produits, les populations sont confrontées à de multiples difficultés. Nous pouvons citer l'érosion côtière, la segmentation de l'eau, le comblement du lac, la faim, la pauvreté, les maladies, l'exode rural, le vieillissement de la population. Toutes ces situations s'expliquent par le fait que l'Homme, dans la recherche de sa survie quotidienne a causé des dommages et continue d'en causer à la nature. Dans le cas général, le lac Ahémé continue de recevoir des coups que les populations subissent elles- mêmes. Et les conséquences sont énormes et favorisent l'ampleur grandissante de la pauvreté, avec la disparition de certaines espèces de poissons donnant même moins de chance aux générations montantes de connaître certaines variétés.

33. MERCIER J. R (1991), la déforestation en Afrique, situation et perspectives, EDISUD, 178 p 34Direction des Forêts et des Ressources Naturelles, (2000), Programme de Gestion des Forêts et Terroirs Riverains (version provisoire) 26 p

2-1 JUSTIFICATION DU CHOIX DU THEME

Le lac Ahémé a pendant des centaines d'années nourri des générations. Il a été pour elles la garantie d'un avenir meilleur. Mais depuis que ce lac ne pourvoit plus aux besoins des populations, il est devenu potentiel de développement que de nom. En effet, face à l'insuffisance de rendement de la production halieutique du lac Ahémé et des conséquences de la crise économique survenue au Bénin en 1989 surtout la faim, les populations riveraines s'étaient lancées dans une politique de diversification d'activités dont la vente du bois de chauffage qui était souvent prélevé dans la forêt humide. De même, cette forêt a été fortement exploitée dans les années 90 où les «acadjas» étaient répandus comme outils de pêche compte tenu de sa position de proximité avec le lac. Aussi la pauvreté et la démographie sont-elles des facteurs de l'incapacité des parents à couvrir les demandes de leur famille, ce qui pousse encore des enfants en particulier à la recherche de fagots dans cette forêt qu'ils vendent ensuite pour subvenir aux besoins de subsistance immédiats. Les mesures correctives apportées à travers différents projets n'ont pas porté les fruits escomptés. Nous pouvons énumérer le projet de production et réhabilitation des mangroves au profit des riverains du lac Ahémé en 1998, le projet d'appui à la réhabilitation et la protection des forêts reliques, le projet d'étude d'aménagement des plans d'eau du Sud en 1999, initiés par le Ministère de l'environnement. De nos jours, avec l'aménagement des rives en espaces de détente « plages » qui se fait par la déforestation sans aucune étude préalable dans presque tous les villages, expose le sol à la dégradation et favorise ainsi le comblement et l'ensablement du lac. La politique de reboisement des rives en mangroves en cours sous l'initiative du Programme d'Appui au Développement Participatif de la Pêche Artisanale (PADPPA) se confronte comparativement aux mêmes difficultés que celles du projet de 1998.Tout cela nous amène à nous inquiéter du présent et devenir social, économique et environnemental de la communauté sur laquelle porte notre étude.

2-2 PRESENTATION DU CADRE DE LA RECHERCHE
2-2-1 CADRE PHYSIQUE

Le lac Ahémé est un écosystème situé en zone tropicale humide à deux saisons alternées de deus saisons pluvieuses. De latitude nord 6°20 et 6°40, puis de longitude est 1°55 et 2°, le lac se situe dans un fossé d'effondrement d'orientation subméridienne nord-est, sud- ouest. Ce fossé s'étend de Tokpa-Domè à Guézin. Le lac a une superficie moyenne de 85km2, avec une profondeur maximale de 2,35m. Il a une longueur de 24km, une largeur de 3,4km et communique avec le fleuve Couffo en amont et en aval avec la mer, le fleuve Mono et la

lagune côtière par le chenal Ahô. Cependant ces bonnes dispositions ne manquent pas de subir les influences qu'exercent les sols, le couvert végétal et les activités anthropiques.

Le lac Ahémé assure au bénéfice de l'humanité des fonctions diverses. Il a une fonction économique directe puisque constituant une réserve d'eau et l'eau, de par sa nécessité pour l'homme et ses atouts doit être reconnue comme un bien économique. Il assure de plus des productions végétales et des productions animales (principalement poissons, également crustacés, mollusques, etc.). Le lac constitue également, depuis toujours, des voies de communication pour le transport des personnes et des marchandises.

Du point de vue écologique, le lac Ahémé régularise le débit des cours d'eau, se gonflent comme des éponges en périodes de pluie pour restituer plus tard les eaux accumulées en empêchant ainsi tant les crues que les étiages excessifs. En plus, le lac arrose la mangrove et de ce fait, favorise la reproduction des ressources génétiques forestières, ces forêts destinées à assurer la protection des biens et des peuples contre les aléas climatiques, et aussi contribuer à la réduction de l'ensablement du lac, source d'approvisionnement surtout en poissons.

Sur le plan social, le lac Ahémé offre aux populations des sites de récréation : pêche, baignade, et sports nautiques, mais aussi tourisme vert et randonnées grâce à l'île fétiche 'MITOGBODJI» située non loin de Guézin à la pointe sud du lac.

Le lac Ahémé, à l'image des zones humides constitue une source de connaissances : son peuplement floristique et faunistique et les processus divers et complexes qui s'y déroulent offrent un champ aux recherches scientifiques pures et appliquées. Il est important de noter que les fonctions écologiques et sociales du lac Ahémé lui donnent une valeur économique qui s'ajoute à celle que lui confère sa fonction de production. Le non respect de ces fonctions entraîne en effet des dommages à l'environnement ou des pertes des biens sociaux dont la réparation et la compensation coûtent très chers aux collectivités. L'estimation de la valeur économique totale du lac Ahémé doit tenir compte aussi bien de l'usage qui en est fait que de celui que l'on prévoit de se réserver et du patrimoine qu'il recèle et qui constitue pour lui des potentialités.

2-2-2 CADRE SOCIO- CULTUREL

La zone inter lacustre regroupe les communes de Kpomassè (département de l'Atlantique), de Bopa, de Comé et de Grand Popo (département du Mono). Contrairement à d'autres régions du pays, la zone inter-lacustre d'une homogénéité ethnique et culturelle. On

rencontre dans les communes de ces régions plusieurs groupes socioculturels que sont les Waci, Sazoé, Xwla, Xweda, Bopa, Aïzo, Mina, Nago, Fon et apparentés. Si toutes ces populations ne font pas partie d'une même aire culturelle, elles appartiennent à quatre principaux groupes linguistiques et culturels : les originaires de l'actuel Ghana, le groupe Adja, le groupe Fon et apparenté, les Nago et le groupe minoritaire dit Bopa venu du Nigeria. Malgré cet émiettement du peuplement, les populations sont polyglottes pour la plupart et se comprennent mutuellement. (2001, la problématique de l'intercommunalité dans le fonctionnement des communes béninoises)

2-2-3 CADRE SOCIO-ECONOMIQUE

Le milieu géographique façonné par l'eau offre d'énormes potentialités. Elles sont liées à la pêche, à la diversification agricole sans bien sûr oublier des potentialités touristiques à valoriser. La pêche, activité essentielle des principaux groupes ethniques est pratiquée sous diverses formes. A cela s'ajoute la pisciculture réalisée dans les trous à poissons depuis le déclin des autres formes de pêche (exemple : acadja, xha, hameçon en ligne).

L'économie de la zone inter-lacustre repose essentiellement sur la pêche. La sécurité économique de la majorité des habitants en grande partie des ressources halieutiques ; la pêche étant l'activité principale des hommes et la commercialisation de ces produits, celle des femmes dans les marchés locaux et internationaux de Comé et de Lobogo.

Mis à part les Xweda, Bopa, Fon, les autres groupes socioculturels complètent la pêche avec l'agriculture de subsistance à base de manioc, de maïs, de production maraîchère qui n'arrive toujours à suppléer à la crise de la pêche. La forte pression qui s'exerce sur le lac provoque la chute drastique de sa productivité, d'où l'ampleur de la crise économique que connaît la zone. Celle-ci se traduit par la dépendance alimentaire. En effet, toutes les activités agricoles y compris les productions maraîchères sont réalisées en période de décrue. Il en résulte alors une forte irrégularité de la production. Cette irrégularité de la production agricole le déficit de la région en denrées vivrières, obligeant les femmes à se replier sur le Togo et les régions septentrionales du Bénin pour acheter de quoi nourrir les populations, malgré les énormes potentialités du milieu en culture de contre saison. Aussi faut-il souligner que l'ensablement du lac Ahémé par suite de l'accélération de l'érosion consécutive au défrichement des mangroves, limite la productivité de celui-ci. A tout cela vient s'ajouter la perturbation des ondées entre la mer, les cours d'eau et le lac depuis la régulation du cours du fleuve Mono par la construction du barrage de Nagbéto. Tous ces facteurs ont bouleversé

l'écologie du milieu et contribuent à réduire la diversité biologique et la quantité des ressources halieutiques. (LARES, 2001)35.

2-3 PRESENTATION DES COMMUNES
2-3-1 La commune de Kpomassè

Située au sud-ouest du département de l'Atlantique, la commune de Kpomassè partage ses frontières avec les communes d'Allada au Nord, de Ouidah au Sud, de Torri- Bossito et de Ouidah à l'Est et par le lac Ahémé qui la sépare des communes de Comé et de Bopa (département du Mono) à l'Ouest. D'une superficie de 305 km2, elle occupe environ les 2.26% du territoire national. La commune compte neuf arrondissements et soixante- huit villages avec une population estimée d'après le recensement de 2002 à 57639 hbts.

L'économie locale repose sur le secteur primaire surtout la production végétale et halieutique. Le niveau actuel de la production végétale n'est pas à la hauteur des potentialités agricoles de la commune. Cette faible production est justifiée par des problèmes dont le déboisement qui constitue le principal facteur de déstabilisation des écosystèmes, les incendies qui empêchent la régénération de la plupart des essences forestières. Le lac Ahémé, une ressource naturelle, fait de la pêche, une des principales activités économiques dans la commune.

Cette activité qui autrefois, faisait la fierté des populations, est aujourd'hui menacée de disparition par les faits de l'homme comme l'utilisation des engins et pratiques prohibés de pêche , la destruction de l'écosystème du lac (mangroves) qui constitue le berceau de reproduction des poissons. La conséquence immédiate est le comblement du lac qui s'est appauvri avec la disparition complète de certaines espèces de poissons. Dans la commune de Kpomassè, l'exploitation du sable et du gravier se fait de façon traditionnelle par les populations (par plongeon dans le lac) qui en tirent des revenus substantiels. Cette activité favorise lavancée du lac en causant des dégâts sur le sol, les habitations et les hommes qui les occupent. Les ressources forestières subissent une forte pression de la part des populations. Le bois étant la principale source d'énergie dans environ 93% des ménages, sa demande pousse à un déboisement croissant qui malheureusement n'est accompagné d'une politique conséquente de reboisement.36

35 LARES, 2001, la problématique de l'intercommunalité dans le fonctionnement des communes béninoises, 236p

36 Plan de Développement Communal de Kpomassè (2006-2010),

2-3-2 La commune de Comé

La commune de Comé est située au sud-est du département du Mono. Limitée au Nord par la commune de Bopa, au Nord- oust par la commune de Houéyogbé, la commune de Kpomassè à l'Est, les deux séparées par le lac Ahémé et à l'Ouest par les communes de Grand-Popo et d'Athiémé. Elle s'étend sur une superficie de 210 km2 avec une population totale de 58396hbts en 2002. Elle compte trente trois villages et cinq quartiers de ville répartis dans cinq arrondissements. La pêche et l'agriculture de subsistance constituent des activités principales des populations. La commune de Comé dispose des potentialités comme les forêts et zones sacrées, des cours d'eau, des bas-fonds, des marécages.

Selon le Plan de Développement de la commune, les problèmes majeurs de l'environnement sont ceux relatifs à la gestion de l'écosystème du lac Ahémé, les inondations saisonnières, la non collecte ou évacuation des eaux de pluies surtout dans l'arrondissement central, l'érosion hydrique des sols, la mauvaise gestion des ordures ménagères, la dégradation des voies de circulation, la dégradation continue de la végétation naturelle, la dégradation des sols. La destruction des espèces forestières par les hommes à la recherche de bois, de certaines espèces arboricoles pour la fabrication de charbon de bois et la recherche de gibiers sont les principaux facteurs de la déforestation.37

2-3-3 La commune de Bopa

Située dans le département du Mono, la commune de Bopa est limitée au Nord par les communes de Dogbo et de Lalo, au sud par la commune de Comé, à l'est par les communes d'Allada et de Kpomassè et à l'Ouest par les communes de Lokossa et de Houéyogbé. Avec une population estimée en 2002 à 44342hbts, elle occupe une superficie de 365km2, soit 0.32% du territoire national. La commune de Bopa compte sept arrondissements dont quarante et sept villages et treize quartiers de ville. Elle partage le lac Ahémé avec les communes de Bopa et de Kpomassè. Les activités principales de la population sont l'agriculture, l'élevage, la pêche, le commerce, l'artisanat, le transport, l'exploitation de bois de feu, la transformation des produits. Les activités humaines dans cette commune ont, à certains niveaux, des impacts négatifs sur l'environnement. On peut cite entre autres la déforestation, la fabrication anarchique du charbon de bois, l'insalubrité, le comblement du lac, la dégradation des sols et des voies, les incendies de brousse, la pollution sonre et atmosphérique, l'inondation des terres. Pour avoir longtemps pratiqué le système « Acadja »,

37. Plan de Développement Communal de Comé 2005-2009

la population riveraine a amené dans le lac Ahémé une quantité importante de décharges de bois de toutes sortes qui, ajoutées à la masse importante de sable drainé par l'érosion des versants dans le lit du lac ont conduit à son comblement. La surexploitation et l'utilisation des méthodes engins prohibés ont aussi entraîné l'appauvrissement du lac et la disparition de certaines espèces halieutiques.38

3- METHODOLOGIE

Une démarche méthodologique est une manière de progresser vers un but. Exposer la démarche scientifique consiste à décrire les principes fondamentaux à mettre en oeuvre dans tout travail de recherche. Ainsi dans le but d'étudier les conditions d'utilisation des biens en communs, que sont les ressources naturelles, en vue d'une politique du développement durable orienté dans un contexte d'intercommunalité autour du lac Ahémé, nous avons choisi de suivre la méthodologie qui s'énonce comme suit.

3-1 ECHANTILLONNAGE
3-1-1 Type d'étude et Population d'enquête
3-1-1-1 Type d'étude

De type descriptif et analytique, notre étude aborde les domaines social, économique politique dans une vision de développement. Spécifiquement, elle permet d'avoir une description de la manière dont la forêt est exploitée dans la zone inter-lacustre du lac Ahémé, en particulier dans les communes de Kpomassè, de Comé et de Bopa. A travers cette étude, nous avons apprécié la situation de la déforestation dans cette zone afin de proposer des solutions durablement acceptables pour l'amélioration des conditions de vie des populations.

3-1-1-2 Population d'enquête

Compte tenu de la diversité des informations à recueillir d'une part sur les conditions d'exploitation des ressources naturelles par les populations, et d'autre part sur les impacts qu'a cette exploitation sur leur vie, nous avons considéré comme population d'enquête les acteurs directs qui sont les populations riveraines (pêcheurs, exploitants et les ménages) vivant au bord du lac Ahémé et les acteurs indirects qui sont les autorités politico - administratives et locales qui interviennent dans l'exploitation forestière autour du lac Ahémé

38 Plan de Développement Communal de Bopa 2005-2009, p.158

et qui oeuvrent pour la conservation desdites forêts. C'est à partir de ces groupes cibles que nous avons réalisé notre échantillonnage.

3-1-2 Echantillonnage

Dans le cadre de la présente étude, nous avons utilisé deux types de méthodes à savoir la méthode à choix raisonné et la méthode du choix aléatoire

3-1-2-1 Méthode d'échantillonnage Choix raisonné

Le choix raisonné a été utilisé pour l'identification de la zone de déroulement de l'enquête, des structures administratives, politiques et locales à contacter. Compte tenu de l'étendue de notre champ d'étude et devant l'impossibilité de considérer toutes les trois communes, nous avons choisi un arrondissement dans chaque commune à savoir l'arrondissement de Tokpa-Domé dans Kpomassè, Akodéha dans Comé et Possotomé dans la commune de Bopa. Les raisons qui ont motivé ce choix sont les suivantes :

- Tokpa-Domé constitue une localité qui reçoit dans la commune de Kpomassè plus d'affluence humaine et économique à cause de sa position par rapport au lac et surtout de son grand marché qui s'anime tous les cinq jours et qui reçoit la participation des hommes et femmes des communes environnantes ;

- L'arrondissement d'Akodéha est celui dans la commune de Comé qui dispose plus de forêt humide considérable et connaît un aménagement des rives en espaces boisés en « plages », ceci qui se fait sans aucune étude technique préalable exposant les populations à de risques dont ils n'ont pas encore sû la portée ;

- Quant à l'arrondissement de Possotomé dans la commune de Bopa, il constitue une localité à caractère touristique à cause des hôtels qui s'y trouvent surtout le village Club Ahémé qui reçoit plus de touristes. Ies rives ont été aussi aménagées pour les rendre plus attrayantes, ceci pour attirer de plus en plus les visiteurs. En plus une forêt sacrée détruite est en reconstruction.

Choix aléatoire

Nous avons eu recours à la méthode probabiliste ou au hasard pour les différents groupes cibles parce qu'ils ne pouvaient être connus avant l'enquête. Nous sommes passés de maisons en maisons pour interroger les sujets.

3-1-2-2 Technique d'échantillonnage

En fonction de notre population d'étude, nous avons procédé d'une part à échantillonnage aléatoire simple des exploitants et des ménages. Nous avons opté pour ce choix parce qu'il nous faut parcourir de localités en localités pour interroger les gens et d'autre part à un entretien avec des élus locaux, des responsables ou cadres politico administratifs dans l'aménagement du territoire et de la gestion du lac Ahémé.

3-1-2-3 Taille de l'échantillon

Le nombre de chacun des acteurs diffère. Les exploitants et les ménages (acteurs directs) sont plus nombreux que les cadres administratifs et locaux (acteurs indirects). C'est ce qui justifie la variation de la taille de l'échantillon d'un groupe cible à un autre comme le retrace le tableau II suivant :

Tableau n°II : Taille de l'échantillon

Population
d'étude

Nombre de
femmes

Nombre
d'hommes

Nombre total

Exploitants et pêcheurs et autres

00

87

87

Ménagères, vendeuses de bois et autres

38

00

38

Forêt et PADPPA

00

02

02

Elu local

00

01

01

Total

38

90

128

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Au total, nous avons interrogé cent vingt et huit (128) sujets dont trente-huit femmes et quatre-vingt et dix hommes. Ceci est dû au fait que les hommes sont plus actifs dans les activités de pêche et en matière d'exploitation des forêts. Le rôle des femmes se remarque souvent dans l'utilisation de ces produits.

3-2- Techniques et outils de collecte des données
3-2-1 Les techniques

Pour collecter les informations, nous avons utilisé quatre techniques : l'observation, l'enquête par questionnaire, l'entretien et l'exploitation documentaire. L'enquête par questionnaire a concerné les exploitants de bois, les pêcheurs, les ménagères, les vendeuses de bois de fagots, soit au total de 125 sujets. Ce sont eux que nous avons considéré comme étant des acteurs directs parce que vivant de l'exploitation des ressources naturelles. Cette technique nous a permis de recueillir auprès d'eux des informations précises.

Trois (3) responsables des structures locales et politiques ont été eux soumis à l'entretien, ce qui leur a offert une plus large liberté d'expression et nous a permis de recueillir toutes sortes d'informations.

L'exploitation documentaire nous a beaucoup aidé dans notre travail. Elle nous a permis de recueillir assez d'informations sur la gestion des ressources naturelles et les conditions de leur exploitation par les Hommes à travers des ouvrages de référence.

3- 2- 2 La collecte des données

Pour administrer les questionnaires, nous avons parcouru les trois communes, en passant dans les villages qui se situent au bord du lac, où nous avons interrogé les acteurs directs. Nous avons surpris certains sur les rives ou sur les places publiques. D'autres ont été interrogés dans leurs maisons. En général, nous avons procédé au remplissage des questionnaires en transcrivant fidèlement les idées des interrogés. Cela nous a permis d'avoir plus de facilité dans l'exploitation des données.

Quant aux entretiens, ils ont été obtenus sur rendez- vous.

3-2-2 Les outils de collecte des données

Un questionnaire destiné aux acteurs directs

Trois guides d'entretien dont un pour un élu local, un autre pour un responsable forestier et un troisième pour un responsable d'un groupe chargé du reboisement des rives initié par le PADPPA.

L'observation

3-3- Difficultés rencontrées

Les difficultés auxquelles nous avons été confrontées sont nombreuses dont il nous importe d'évoquer quelques unes :

- le non développement des informations sur le thème « Déforestation » tant sur le plan national qu'international ;

- la menace subie de la part des populations qui nous ont considéré comme un politicien ou un envoyé de gouvernement qui n'honore pas les promesses ;

- la réticence avérée des femmes à répondre à nos questions sur la gestion des ressources naturelles et du lac Ahémé compte tenu du complexe de supériorité de l'homme sur la femme ;

- la réticence de la part des enquêtés à nous dire des vérités de peur d'être mis à l'index comme responsables étant à la base de ce qu'ils vivent ;

- le rejet a plusieurs reprises de rencontre avec les autorités

Les difficultés d'ordre financier et matériel surtout par rapport notre champ d'étude

étendu.

Toutefois, ces contraintes ne nous ont pas empêché d'aller au bout de nos investigations grâces aux facilités que nous avons eues par endroits en nous faisant aider par des frères enseignants, étudiants et élèves.

Le tableau III suivant retrace le domaine d'investigation et des perspectives d'action.

Tableau n°III : Domaine d'investigation et perspectives d'action

Qualitatives

Des responsables des structures déconcentrés et

décentralisés de l'Etat (PADPPA, Eaux et Forêts et élus locaux) :

? Informations sur les causes de déforestation, la mise en application et le respect des dispositions et le respect des dispositions légales.

? Option pour une gestion rationnelle des ressources naturelles, en particulier les forêts

? Recueil des politiques mises en oeuvre des politiques pour l'amélioration des

impacts.

Exploitation

Des documents relatifs à l'exploitation des ressources naturelles et des forêts en particulier de même que les conséquences liées à leur exploitation (ouvrages, rapports et publications scientifiques).

PERSPECTIVES

1-

Amener les populations riveraines du lac Ahémé à opter pour une gestion rationnelle des ressources naturelles

Contribuer à la réduction des impacts liés à l'exploitation irrationnelle de ces ressources

Source : MEWATIN R., juillet 2008

4-1- PRESENTATION DES RESULTATS

En fonction de ce que nous cherchons, notamment la réduction des impacts de la déforestation de la bande lacustre du lac Ahémé par une exploitation rationnelle des ressources naturelles existantes en général et de la forêt en particulier, nous avons choisi de présenter les résultats dans des tableaux et par graphiques, les éléments qui nous paraissent importants et plus parlants.

Tableau n°IV : Répartition de la population selon le sexe

Sexe

Nombre

Pourcentage

Masculin

88

70,40%

Féminin

37

29,6%

Total

125

100%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Tableau n°V : Répartition de la population selon l'âge et le sexe

Age

Masculin

Féminin

Total

Pourcentage

Entre 12 et 24

55

06

61

48,8%

Entre 25 et 39

13

15

28

22,4%

40 et plus

20

16

36

28,8%

Total

88

37

125

100%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Tableau n°VI: Répartition de la population selon le niveau d'étude

Niveau
d'étude

Masculin

Féminin

Total

Pourcentage

Aucun

14

25

39

31,2%

Primaire

26

07

33

26,4%

Secondaire

48

05

53

42,4%

Total

88

37

125

100%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Tableau n° VII : Répartition de la population selon l'âge et le niveau d'étude

Age

Niveau d'étude

Nombre concerné

Pourcentage

Entre 12 et

24 ans

Aucun

O2

01,6%

Primaire

13

10,4%

Secondaire

46

3 6,8%

Total

61

48,8%

25 ans et plus

Aucun

37

29,6 %

Primaire

20

16%

Secondaire

07

05,6 %

Total

64

5 1,2%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Tableau n° VIII : Raisons qui poussent à la déforestation de la bande lacustre

Lettres

Raisons
d'exploitation

Nombre de
personnes
concernées

pourcentages

A

Aucune

24

19,2%

B

La forêt n'est pas
contrôlée

26

20,8%

C

La forêt n'est pas
contrôlée, c'est
pour tout le monde
et tout le monde
exploite

27

21,6%

D

C'est pour tout le
monde

10

8%

E

La forêt n'est pas
contrôlée et c'est
pour tout le monde

29

23,2%

F

C'est pour tout le
monde et tout le
monde exploite

3

2,4%

G

Tout te monde
exploite

3

2,4%

H

La forêt n'est pas
contrôlée et tout le
monde exploite

3

2,4%

 

TOTAL

125

100%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Tableau n° IX : Reconnaissance des populations sur l'existence des lois et règlements en matière de la gestion des forêts

Réponses

Nombre
de
personnes

Pourcentages

Il existe des lois
(oui)

98

78,4%

Il n'existe pas
des lois (non)

27

21,6%

Total

125

100%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Tableau n°X : Données sur le respect des lois et règlements en matière d'exploitation de forêt

Réponses

Nombre de
personnes

Pourcentages

Les lois sont
respectées

26

20,80%

Les lois ne sont
pas respectées

72

57,60%

RAS

27

21,60%

Total

125

100%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Tableau n° XI : Impacts de la dégradation de la déforestation sur l'environnement

Lettres

IMPACTS

NOMBRE DE
PERSONNES

POURCENTAGE

A

Avancée de l'eau

2

1,6%

B

Dégâts causés par le vent

7

8%

C

Faible rendement

3

2,4%

D

Avancée de l'eau et dégâts causés
par le vent

10

8%

E

Avancée de l'eau et changement
de climat

8

6,4%

F

Avancée de l'eau et faible
rendement

1

0,8%

G

Changement de climat et dégâts
causés par le vent

2

1,6%

H

Changement de climat et faible
rendement

1

0,8%

I

Faible rendement et dégâts par le
vent

20

16%

J

Avancée de l'eau, faible
rendement et dégâts causés par le
vent

59

47,2%

K

Avancée de l'eau, changement de
climat, dégâts causés par le vent
et faible rendement

12

9,6%

 

TOTAL

125

100%

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Figure n° I : Reconnaissance des populations sur l'existence des lois et règlements en matière de gestion de forêt

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Figure n°II : Données relatives au respect des lois et règlements en matière d'exploitation de forêt

Source : MEWATIN R., juillet 2008

Figure n°III : Impacts de la déforestation sur l'environnement

70 60 50 40 30 20 10 0

 
 

A B CD E F G H I J K

Source : MEWATIN R., juillet 2008

4-2 DISCUSSIONS

4-2-1 La gestion des rives boisées et non boisées

L'importance de la forêt n'est plus à démontrer dans cette partie compte tenu du développement que nous avons fait dans les parties précédentes. Il faut dire que quelque part, les populations ont une connaissance partielle sur l'importance du rôle des forêts humides, spécifiquement les palétuviers dans leur vie socio-économique. De leur côté, il s'est agi du rôle producteur de poissons et d'offre d'abri à ces espèces. C'est pour cela sans une organisation sociale, chacun et surtout les parents défendent la coupe de ces bois. Pour ce qui est des zones exclusivement bas-fonds, qui ne sont pas encore habitées , elles sont destinées à des incendies activés par des hommes en quête d'espaces pour creuser des barrages à nasse et aussi drainer l'eau vers les trous de pisciculture. Ce qui met en exergue le droit de propriété des premiers occupants de ces parcelles, et entraîne par la suite des conflits fonciers. Ces conflits ont été pendant longtemps gérés entre les populations sans trouver d'issues satisfaisantes, ayant même conduit certains pêcheurs à la mort. Il n'est pas à ignorer que ces forêts et barrages à nasses portent le nom de ces premiers occupants. Nous pouvons retenir les noms tels que ZOUNON à Ghézin, DINLA, DEGUENON, SIANTE et autres dans l'arrondissement d'Akodéha.

La problématique de l'aménagement des rives, en dehors du désherbage, du balayage qui se font par les populations sur ces rives, constitue une révolution concourant à la conquête de plus d'espaces par la destruction des arbres pour organiser des réunions et les fêtes annuelles. Cet aménagement se fait sans la mesure des conséquences qui vont y découler. Ce qui fait qu'en période de crue, ces espaces sont facilement occupés par l'eau.

Photo n°1 : Espace aménagé pour les rencontres quo- tiennes dans l'eau, cliché MEWATIN R., août 2008

Photo n°2 : Espace déboisé et aménagé pour les grandes fêtes dans l'eau, cliché MEWATIN R., août 2008

Par contre dans certaines régions du lac Ahémé, il se constate une absence totale des forêts sur les rives. Et l'explication que nous pouvons donner à cet état de chose est que les populations se sont mal installées de par le passé parce que se situant entre le lac Ahémé et la forêt qui se trouve derrière leurs concessions. Les inconvénients sont énormes pétrissant les communautés dans la misère et la pauvreté qui prend de plus en plus d'ampleur.

Photo n°3: Destruction d'habitation par le vent Photo n°4 : Barrage contre l'avancée de l'eau

due à l'absence de forêt sur la rive, cliché en vue de protéger les maisons, cliché

R., août 2008

MEWATINNLLD MEWATIN R., août 2008

4-2-2 Le processus de reboisement des rives encore confronté aux mêmes
entraves

Les palétuviers sont naturellement des ressources génétiques dont les graines poussent pour donner des plants qui peuvent être utilisés pour le reboisement des rives. Mais il faut reconnaître que cet aspect de la chose n'a pas intéressé les autorités en charge de ces projets. En effet, si nous nous référons au projet de reproduction et de réhabilitation des mangroves au profit des riverains du lac Ahémé initiés par le Ministère de l'Environnement, de l'Habitat et de l'Urbanisme ( MEHU) en 1998 dont les objectifs consistaient à améliorer le rendement de la pêche et le revenu des pêcheurs en procédant à la formation des pêcheurs, à définir des atouts et les contrats et appuyer les populations à l'acquisition des matériels techniques par le suivi de la récolte et la mise en place des plants surtout les palétuviers, on se demande sans pour autant trouver de réponse ce qui serait à la base de cet échec. Parce que ce projet est resté sans suite escomptée. Après notre analyse, nous nous sommes rendu compte que ces plants ont été laissés sans un suivi à la charge des populations qui n'ont pas été impliquées de façon

participative dès le début dans le processus. Nous donnant raison, la FAO écrivait : «le pus souvent, les périmètres étaient installés sans l'implication réelle des populations ( travaux en régie) et sous le contrôle exclusif des services techniques et des projets. La seule participation des populations se limitait à la main d'oeuvre nécessaire aux travaux de plantation , qui se moyennait en nature (vivres de PAM) ou en espèces »( FAO, 1995)39 . Les conséquences négatives les plus graves de cette stratégie d'intervention sont notamment l'absence de prise en charge par les populations du suivi et de la gestion des réalisations. En définitive, malgré leur coût, celles-ci n'ont permis de ni d'inverser, ni de stopper le processus de dégradation des ressources forestières. Cela traduit d'une part qu'il y a un manque de cadres de décisions appropriées, le manque de sensibilisation des populations locales et des décideurs sur l'importance des zones humides, le manque de connaissances pratiques en matière de gestion de ces zones,40 et d'autre part une méconnaissance de l'écosystème, l'irresponsabilité des utilisateurs de bois, le manque de gestion ou la gestion déséquilibrée des ressources naturelles et l'inexistence de rapport entre l'administration et les administrés, (1992, ;Génie P.et al)41. Cette dégradation qui devient de plus en plus inquiétante a amené le PADPPA, qui dans son programme d'action à réinscrire ce projet dont la réalisation est en cours. Dores et déjà, il se constate les mêmes effets sur ces plants quand bien même cette fois-ci, les populations ont été plus ou moins associées dans le processus. Dans les trois communes sur lesquelles porte notre étude, les plants n'arrivent pas à résister aux facteurs naturels tels que la crue, les pressions du vent, l'eau de ruissellement. Selon Monsieur Pierre GBEDEME, responsable du groupe chargé de reboiser l'une des rives du village de Sèhomi, dans l'arrondissement de Possotomé, les arbres devraient être plantés en période d'harmattan, moment où il n' y a ni crue, ni de vent violent, ce qui n'a jamais été le cas. Aussi faudrait-il mettre l'accent sur la qualité des plants. Si le projet échoue, la qualité des plants ne serait pas des moindres causes. Il ressort que la qualité des plants soit accompagnée de la maîtrise des facteurs naturels pour la bonne réalisation du projet.

39 FAO (1995), Approche participative, communication et gestion des ressources forestières en Afrique sahélienne. Bilan et perspectives, Rome, Fao, 107 p

40 www.aménagement-afrique.com

41 Génie P. et al, (1992), Environnement et développement rural, guide de gestion des ressources naturelles, Frison- Roche, Saint Etienne, 418 p

4-2-3 Le non respect des lois et règlementations sur la forêt est à la base de

la déforestation.

La gestion de l'environnement n'a jamais cessé de constituer une préoccupation des différents gouvernements béninois depuis les années 1960 jusqu'à nos jours. Elle se manifeste par la création de nombreuses institutions chargées de la gestion de la nature, l'adoption de nombreux textes législatifs, la conception et l'exécution de projets. Comme textes, nous pouvons citer entre autres :

- La loi n° 60-20 du 13 juillet 1960 et le décret n° 64-6276/PC/MAEP-EDT du 2 décembre 1964 portant permis d'habiter en République du Dahomey ;

- La loi n°65-25 du 14 août 1965 portant organisation de la propriété foncière en République du Dahomey ;

- Le décret n°74-60 du 8 mars 1974 portant création de la Commission Nationale chargée de la lutte contre la pollution de la nature et pour l'amélioration de l'environnement ;

- La convention des Nations Unies de 02 février 1971 sur les zones humides, dite Convention de Ramsar ratifiée par le Bénin en décembre 1975 ;

- Le décret n° 78-180 du 14 juillet 1978 portant sur l'Homme et la Biosphère (MAB), UNESCO ;

- Le décret n° 82- 435 du 30 décembre 1982 portant interdiction des feux de brousse et incendies de plantation ;

- Le décret n° 85-291 du 23 juillet 1985 instituant une journée mondiale de l'arbre ;

- La loi n° 87-12 du21 septembre 1987 portant code forestier de la République Populaire du Bénin ;

- La loi n° 87-13 du 21 septembre 1987 portant réglementation de la protection de la nature et de l'exercice de la chasse ;

- La loi n° 87-16 du 21 septembre 1987 portant code de l'eau ;

- La loi n° 90-032 du 11 décembre 1990 portant constitution de la République du Bénin ;

- La loi n°93-009 du 2 juillet 1993 portant régime des forêts en République du Bénin ;

- La loi n° 97-029 du 15 janvier 1995 portant organisation des communes en République du Bénin.

- La loi n° 98-030 du 12 février 1999 portant loi cadre de l'environnement en République du Bénin.

A tout cela s'ajoutent plusieurs autres conventions, décrets et arrêtés en la matière.

A l'issue de notre enquête, nous nous sommes rendu compte que même si les populations ne maîtrisent pas de fond en comble ces lois existant en matière de gestion de l'environnement, elles savent au moins qu'il est interdit d'exploiter les forêts sans l'autorisation du forestier. Car comme nous le montrent les résultats du tableau n°9 et de la figure n°1, sur 125 personnes interrogées, 98 personnes savent qu'il existe des lois et réglementations en matière d'exploitation des forêts. Et pourtant ces lois ne sont pas respectées. Selon le forestier en poste à Akodéha et Ouèdèmey- Pédah, Monsieur Gabriel VLAVONOU, les populations ne respectent pas ces lois parce qu'« elles disent que c'est leur propriété, qu'elles ont toujours planté et exploité des arbres depuis avant le temps de leurs ancêtres et bien avant ma naissance sans avoir eu recours à qui que ce soit. Donc il n'est pas question de payer des taxes et redevances avant de couper les bois. Et en plus, ils me menacent de mort. Egalement, il est à souligner d'après notre enquête, qu'il y a 57,6% de personnes qui ont affirmé que les dispositions légales ne sont pas respectées contre 20,8% qui ont dit qu'elles sont respectées au côté de 21,6% qui ne savent pas si ces réglementations sont suivies ou non, (tableau n°10 et figure 2). Autrement, ces dispositions ne sont pas respectées et par conséquent il nous revient de chercher la raison d'une telle situation. Selon le forestier, c'est la famine et l'exercice des activités à buts lucratifs qui poussent les populations à la déforestation, et le CA de Possotomé d'ajouter que le surpeuplement qui se constate par un nombre important de membres dans des familles et le régime de chaque ménage demande l'utilisation des bois.

Photo n°5 : Zone déforestée pour prélever du Photo n°6 : bois coupés favorisant l'avancée

sable entraînant l'avancée de l'eau, cliché de l'eau, cliché MEWATIN R., août 2008
MEWATIN R., août 2008

La précarité des conditions de vie des populations qui ne cessent de s'accroître dans une pauvreté qui ne s'arrête de prendre de l'ampleur constitue la cause réelle de la déforestation de la zone inter lacustre. La population est laissée pour son compte sans aucune

politique d'amélioration des conditions de vie même de la part des autorités locales. Bref, notre idée se justifie par la pensée de P. Génie qui a affirmé que « les pays africains sont affectés par une croissance démographique dont les effets sur l'environnement se traduisent par une exploitation accélérée des ressources en sols, en eaux et en végétation », (1992, P. Génie).42

Les impacts de la déforestation sur la vie socio-économique et environnementale des populations sont énormes. En effet, la dépendance de l'Homme de son environnement et des ressources naturelles fait de lui une espèce très fragile car toute sa survie dépend du prélèvement qu'il fait dans la nature et de la modification qu'il fait de cette nature. C'est cette dépendance qui rend difficile de nos jours, l'existence des populations du lac Ahémé. Les bois coupés sur un espace exposent le sol à la dégradation et leur absence ne favorise ni l'interception des précipitations, ni leur percolation dans le sol, et par conséquent, au lieu de s'opposer au ruissellement, lui trace des voies qui le conduit dans le lac et ce, en contribuant à son comblement et son ensablement.

Photos n°7 et 8 : Sols dégradés causés par l'avancée de l'eau due à la déforestation, cliché
MEWATIN R., août 2008

De même, le déboisement porte une grande atteinte au maintien du climat dont la régression défavorise la production animale et végétale. Et lorsque la production animale et végétale diminue de jour en jour, c'est la satisfaction des besoins humains qui se voit menacée

42 Génie P. et al, (1992), Environnement et développement rural, guide de gestion des ressources naturelles, Frison- Roche, Saint Etienne, 418 p

Photo n° 9 : Ordures jetées sur la piste de l'eau de ruissellement vers le lac contribuant ainsi au comblement du lac, cliché MEWATIN R., août 2008

Photo n°10 : Produits d'une pêche exercée

entre 6h40mn et 8h20, cliché MEWATIN R., août 2008

Aussi, le déboisement ou l'absence de bois sur une rive cause-t-elle facilement la destruction des toits, des logements sous la pression des vents sans oublier l'avancée de l'eau dont les dégâts sont grands et irréparables photos (n°3 et 4). Dépassées, les communautés n'ont jamais cessé de se plaindre de ' l'érosion côtière» qu'elles vivent particulièrement dans la commune de Kpomassè. Des habitations disparaissent seulement d'année en année par l'avancée du lac comparée à certains instants à la mer. Selon les populations, il y a de cela environ quinze ans, la rive se situait à presque cinq cents mètres d'où elle est de nos jours. Des individus occupant cet espace ont malgré eux abandonné leur propriété au détriment de l'avancée de l'eau. Plusieurs concessions ont été détruites et le secours à ces sinistrés n'a pas été senti malgré les démarches qu'ils ont eu à mener à l'endroit des autorités publiques. Tout cela est dû à une grande absence des forêts sur les rives laissant les demeures en contacts directs avec le lac comme nous le montrent les photos n°3 et 4. Nous référant aux résultats sur les impacts de la déforestation sur l'environnement inscrits dans le tableau n°10, nous déduisons que les dégâts causés par le vent constituent le dénominateur commun des difficultés auxquelles sont confrontées les populations. Il est urgent donc de trouver de façon adéquate des solutions de qualité pour arrêter cette avancée de l'eau qui est de plus en plus provoquée par l'activité de prélèvement du sable et de gravillons, laquelle les populations continuent d'exercer afin de joindre difficilement les deux bouts..

4-2-4 La population de la zone inter lacustre de jour en jour éprouvée
dans un environnement en pleine dégradation
.

La pauvreté des populations de cette zone est une réalité que seul celui qui la vit pourrait la décrire avec aisance. Les exploitants du lac Ahémé n'arrivent plus à satisfaire leurs besoins essentiels avec les revenus de la pêche et des autres activités connexes (photo n°10). Selon ABALOT S. (2005), « jusque là, le lac n'est resté potentiel de développement que de nom, car les ressources générées par son exploitation n'ont aucune incidence positive sur les caisses des communes, ni sur les populations, que si elles ne permettent de vivoter »43.Cela ne peut être autrement car le lac a déjà offert des jours meilleurs aux populations de par le passé. Et parlant de la pauvreté monétaire, le même auteur estime que « les populations du lac Ahémé, au lieu de s'éloigner des frontières de la pauvreté y gravitent encore, mais dangereusement », faisant ainsi allusion aux différents indicateurs qui caractérisent les catégories socio-économiques des ménages au Bénin formulés par l'INSAE44. Ces indicateurs sont entre autres l'approvisionnement en eau potable, le mode de cuisson le plus utilisé, le mode d'éclairage, l'évacuation des eaux usées, l'évacuation des ordures, type de construction, concession (oui ou non), type d'usage de l'habitat, statut d'occupation de l'habitation, nombre de personnes par pièce, nature du toit, nature du sol, nature des mûrs, mode d'aisance, niveau d'instruction du chef de ménage. Nous dirons que la plupart des ménages sont plus pauvres. En général, dans la zone inter lacustre où par endroits, il n'y a ni eau potable ni électricité, les habitations sont en majorité en terres de barres, et sont occupées par un grand nombre personnes avec à sa tête un chef non instruit ou dont le niveau d'instruction se limite au cours primaire. C'est ce que nous montre le tableau n° 7 où nous avons parmi les 64 personnes âgées de 25 ans et plus, seuls sept ont le niveau du secondaire sachant bien que déjà la plupart des jeunes se marient à 25 ans. Ainsi, la pauvreté monétaire a cédé sa place à l'animation des petits marchés sur le système de troc qui connaissent la participation des femmes productrices de céréales et fruits qui les échangent contre de poissons et crustacés apportés par les femmes des pêcheurs.

43 ABALOT S. P.( 2005), Gestion intégrée de l'environnement pour un développement durable : cas d'un territoire singulier, le lac Ahémé, mémoire de maîtrise en Développement Communautaire, JA/INJEPS/UAC, 114 p

44 INSAE (2003), Ménages, conditions d'habitations et pauvreté au Bénin, INSAE, 147 p

4-2-5 La coopération entre l'Etat central et les collectivités locales dans la
problématique de la gouvernance locale environnementale inexistante

Dans le processus amorcé depuis 2003 au Bénin, les communes éprouvent de grandes difficultés pour mettre en exécution leurs propres programmes de développement en l'absence de décisions concernant les transferts des compétences et par voie de conséquence, de moyens financiers. Or selon l'article 94 de la loi 97-0029 du 15 janvier 1999 portant Organisation des communes en République du Bénin45, il est stipulé que « la commune a la charge de la création, de l'entretien des plantations des espaces verts et de tout aménagement public visant à l'amélioration du cadre de vie. Elle veille à la protection des ressources naturelles, notamment des forêts, des sols, de la faune, des ressources hydrauliques, des nappes phréatiques et contribue à leur meilleure utilisation. Elle est consultée sur tout aménagement relatif aux sites mêmes se trouvant son territoire ». Et la question que l'on se pose est de savoir comment serait-il possible d'harmoniser dans ce processus de décentralisation, les problématiques socio- économiques et les enjeux de développement durable? Selon Eric Belvaux (2005)46, la mise en place d'une gestion décentralisée des ressources naturelles dans un pays en développement repose sur trois éléments fondamentaux à savoir :

- l'appropriation par toutes les parties prenantes du principe selon lequel une intégration systématique de la dimension environnementale dans tous projets et programmes sectoriels et à tous les niveaux d'intervention ( central, déconcentré et décentralisé ) constitue un préalable à toute politique de développement ;

- l'élaboration de dispositifs techniques et juridiques proposant des solutions adaptées aux différents contextes et encourageant une bonne gouvernance locale permettant une gestion durable des ressources naturelles par l'ensemble des acteurs concernés (communautés de base, collectivités territoriales décentralisées, secteur privé...) ;

- la conception au niveau national d'une stratégie conjointe d'intervention en matière de fiscalité locale entre les ministères en charge de l'environnement, de la décentralisation et de l'aménagement du territoire, des finances et du budget.

Après cinq ans de décentralisation au Bénin, il a été remarqué que la préoccupation environnementale ne fait pas encore le souci des élus locaux et cela est dû aux priorités accordées aux actions socio-économiques dans les différents PDC. S'ajoutent la faiblesse de la fiscalité endogène et la difficulté de recouvrement de l'impôt. Il était facile de croire que

45 MSCL (2006), Recueil des lois sur la décentralisation, 172 p

46 Belvaux E. (2005), Décentralisation et gestion des ressources naturelles dans un pays en développement : l'exemple de Madagascar, 13 p

malgré l'absence d'une planification à long terme de gestion des ressources naturelles au niveau national, il était possible de concilier déconcentration et décentralisation, développement économique et conservation du milieu, bonne gouvernance et gestion raisonnée de l'espace. Au lieu d'instaurer un dialogue territorial par la négociation, la concertation et la médiation pour engager les populations dans un débat constructif sur l'organisation de l'espace dans lequel elles évoluent, ce principe de subsidiarité a été rompu par l'Etat central. Très tôt, le gouvernement béninois a signifié aux communes son intention de la gestion continue des forêts qui sont sur leur territoire en leur proposant la création des forêts artificielles communautaires. C'est ce conflit qui est à la base des difficultés que rencontrent les forestiers dans les villages dans l'exercice de leurs fonctions parce que les autorités locales ne sont pas impliquées dans la sensibilisation des populations. Selon le forestier en poste à Akodéha, « nous sensibilisons les populations mais elles ne comprennent car elles ne veulent pas s'exécuter. Pour les séances, elles ne sortent pas et disent souvent qu'elles n'ont pas de temps à consacrer au forestier ». Et le CA de Possotomé d'ajouter que si les lois ne sont pas respectées, c'est la faute à l'Etat. Parce que la meilleure manière n'est pas de passer des communiqués à travers les radios et télévisions pour interdire l'utilisation des branchages lors des mouvements de protestation comme le dit la loi n° 93-009 du 2 juillet 1993 mais c'est de nous envoyer des correspondances pour que nous nous chargions de sensibiliser nos populations. Car ceux qui n'ont ni télé ni radio, vont toujours tomber sous le coup de la loi et dans l'ignorance. Ce qui veut dire qu'il y a manque total de partenariat entre le niveau central et celui décentralisé alors que la mise en place de processus démocratiques s'appuyant sur la décentralisation des pouvoirs et la bonne gouvernance locale permet aux collectivités territoriales de contribuer de façon légitime et représentative à la réduction des principaux facteurs de dégradation et d'intervenir selon le principe de subsidiarité au niveau territorial le plus approprié.

4-3 SUGGESTIONS

4-3-1 Renforcement de l'éducation relative à la protection de
l'environnement
.

La connaissance qu'ont les populations sur l'importance de conserver les forêts est très limitée et relative aux réalités et difficultés auxquelles elles sont confrontées chaque jour. Or chaque citoyen doit être en mesure de distinguer et d'attacher de la valeur aux multiples paramètres qui contribuent à rehausser la qualité de son environnement. Et sans

l'information, l'éducation et la communication, il ne pourra pas pleinement percevoir les ruptures d'équilibre, les dégradations et les pollutions qui affectent son environnement. C'est pourquoi nous suggérons qu'il soit organisé des séances de sensibilisation à l'endroit de ces communautés des séances d'IEC sur les rôles et fonctions des forêts de même que l'importance de les conserver. Et à ce titre, les radios communautaires doivent être utile pour la diffusion des émissions en langues nationales pour atteindre la plus grande population.

- Au niveau de l'Enseignement Primaire, que l'Etat tâche d'insérer dans les programmes d'apprentissage, la mise en oeuvre des « fiches pédagogiques sur l'environnement » conçues par l'ABE ;

- Au niveau secondaire, cette éducation doit renforcer la capacité des élèves la façon de penser qui respecte l'environnement dans lequel sont ainsi que sa défense ;

- A l'université, l'Etat doit veiller et encourager la formation des cadres compétents pour animer les grandes instances de décisions sur la relation d'interaction complexe qu'existe entre l'Homme et son environnement. Il doit aussi encourager les recherches qui vont aboutir aux actions susceptibles de réduire les impacts de la dégradation de l'environnement.

4-3-2 La politique de reboisement doit être révisée

Si depuis 1998, les différents projets de reboisement des rives du lac Ahémé n'ont pas abouti, il faille revoir les causes de cet état de chose. Et ce sont le non résistibilité des plants à la crue, à la pression du vent et les actions des hommes. Même si de nos jours, on constate une organisation de la part des groupes en charge du reboisement, il faut que les responsables impliqués dans lesdits projets agissent de façon suivante :

- revoir la qualité des palétuviers en sélectionnant les espèces qui vont résister aux facteurs naturels qui sont la crue et la pression des vents ;

- maîtriser ces facteurs en calculant la période juste où les plants vont s'en raciner sans perturbation comme le temps de l'harmattan ;

- convaincre les populations pour avoir leur adhésion au projet en vue de leur participation aux différentes étapes de la réalisation et mettre en oeuvre un système de suivi qui les amènera à s'auto évaluer ;

- les aider à s'organiser en leur fournissant des moyens nécessaires permettant à ceux qui se sont adonnés d'y trouver leur intérêt.

Par ailleurs, cette stratégie doit accorder une attention particulière au suivi et à l'évaluation. En dehors du suivi financier régulier et les visites sur le terrain, pour contrôler la performance du processus de reboisement, les systèmes de contrôle doivent évaluer les processus participatifs du point de vue de la transparence, de la responsabilisation, de l'équité, de l'efficacité des liens institutionnels et opérationnels et des aspects techniques des régimes locaux de gestion.

4-3-3 Agir pour dynamiser le secteur économique dans la zone inter
lacustre

Même si tout le monde juge que c'est la rareté des ressources halieutiques dans le lac qui est à la base de la pauvreté dans cette zone, nous pouvons dire de nos jours que la situation actuelle dépend de l'organisation des hommes car elle continue de perdurer. Seulement un nombre insignifiant qui s'est restructuré en se lançant dans des activités connexes telles que la pisciculture s'en sort au quotidien. Mais tout part de la non existence des structures d'appui conseil et assistance et de micro finance aux populations. De plus, la couche la plus marginalisée est celle des femmes. Si elles ne sont pas en train de prélever du sable dans le lac, on les voit en train de trier les gravillons extraits du même lac (photos n°9 et 10) ou d'autres oisives et sans indépendance financière attendant l'intervention de leurs maris avant de se nourrir, se vêtir et participer à des contributions d'ordre familial et social.

Photo n°11 : Gravillons prélevés dans le Photo n°12 : Sable prélevé dans le

lac. MEWATIN R., août 2008 lac, MEWATIN R., août 2008

De ce fait, il faut que des initiatives soient prises aussi bien à l'égard des pêcheurs pour leur permettre de s'adonner aux activités connexes afin de laisser le lac se refournir de ressources et aux femmes pour redynamiser et rentabiliser leurs revenus. Ainsi lorsque les

besoins de la famille seront couverts, la famine ne poussera plus les enfants à la coupe de bois parce qu'étant les plus fréquents dans la forêt d'où un processus de réduction de la déforestation sur les rives du lac Ahémé.

4-3-4 Le recours inhérent aux divinités ancestrales est sine qua non pour la
conservation et la protection des forêts

Les coutumes et pratiques traditionnelles et cultuelles sont encore de nos jours plus respectées dans nos villages que les prescriptions juridiques législatives. Elles constituent ce qui maintient jusqu'à présent certaines forêts sacrées dans leur identité naturelle parce que le non respect est assorti de sanctions systématiques à l'endroit de toute personne récidiviste. En vue de réussir la protection la conservation et la protection des forêts existantes, l'introduction des vodoun s'impose à tous les acteurs à partir de l'Etat et des partenaires en synchronisation avec les communautés à qui le rôle régulateur revient. La consécration des forêts aux divinités ancestrales est l'une des techniques endogènes de conservation des ressources naturelles et de protection de la nature. On ne pourra donc ni brûler les arbres, ni y couper du bois. L'implantation des sanctuaires et les rites qui se déroulent dans les forêts attesteront de la prise en charge de ces entités naturelles par les communautés. En plus, les sanctions doivent être suivies des interdits sous l'autorité et la vigilance des chefs religieux. C'est à cette seule condition que l'on puisse réussir à préserver ce qui existe déjà et mettre de l'ordre dans la société. Cette formule fondée sur la valorisation des savoirs endogènes doit être prise en compte pour inverser les tendances actuelles.

4-3-5 L'Etat et la commune doivent désormais s'associer comme des

partenaires

La protection de l'environnement ne se limite pas au respect de la loi n° 93-009 du 02 juillet 1993 portant régime des forêts en République du Bénin. Jusqu'à nos jours, les autorités publiques ne maîtrisent pas les véritables dégâts causés à l'environnement. Rapprocher le pouvoir de la base en matière de la gestion de l'environnement est l'un des moyens de s'imprégner des réalités que vivent les administrés. Et pour le faire, ce ne serait que par le processus de décentralisation en cours dans notre pays le Bénin. C'est pourquoi, le Ministère de l'Environnement et de la Protection de la Nature (MEPN) doit conférer une partie de ses prérogatives aux collectivités territoriales à la base. Les dispositions légales et les moyens nécessaires doivent être suivis pour rendre opérationnelle cette décentralisation. Car à la

différence de penser que la commune se substitue à l'Etat, la décentralisation de la gestion des ressources naturelles devra s'inscrire à la croisée d'un ensemble de politiques que le pays doit rénover puisqu'il ne s'agit pas de désadminister la politique environnementale mais de réduire l'ingérence sans succès de l'administration tout en visant l'amélioration de sa participation. Cela voudra dire qu'il faut redéfinir le rôle de chaque acteur à divers niveaux de même que les relations qui doivent désormais exister entre eux dans la mise en oeuvre des actions environnementales.

CONCLUSION

Il est difficile de faire la part des aboutissants entre les dégâts causés par la déforestation de la bande lacustre et les difficultés éprouvées par le lac Ahémé. La disponibilité régressive des ressources naturelles en eaux, sols et végétations devant les demandes des populations de plus en plus croissantes fait appel à de grandes mobilisations de moyens et réflexions multisectorielles. Les souffrances des populations riveraines du lac Ahémé prennent de l'ampleur chaque jour. Elles se caractérisent par la perte des habitations sous le coup du vent et l'occupation des sols par l'avancée du lac causée par l'absence totale d'arbres sur les rives et le prélèvement du sable et de gravillons dans l'eau dans une pauvreté où il y a manque d'eau potable, manque d'électricité, la jeunesse désoeuvrée à faible niveau d'instruction et laissée à son compte, les femmes en majorité sans activités génératrices de revenus, tout cela accompagné de l'inexistence des mesures d'accompagnement pour alléger les peines de ces communautés. A cet effet, la réduction de la déforestation ne peut se faire avec succès sans avoir résolu le problème de la faim, de la misère, de l'emploi des jeunes, de la scolarisation des enfants, des activités des hommes et des femmes, bref de la pauvreté en général. Si non, l'imposition du respect des lois et règlements en matière de gestion des forêts aux populations va plutôt aggraver les phénomènes de passagers clandestins dans l'exploitation des biosphères. La question de l'efficacité de la gestion des ressources naturelles renouvelables telles que les forêts doit forcément passer par l'implication des populations locales. C'est une grande opportunité pour mettre fin aux dégâts. La participation des communautés est jugée importante à plusieurs égards : elle constitue un moyen de construction sur la base des connaissances endogènes et donne la garantie que les programmes et interventions correspondent au contexte local. En outre, elle offre une chance supplémentaire au maintien de l'intérêt et de la viabilité à longue échéance. Ceci permettra d'accroître et de diversifier les ressources en vue de favoriser une élévation du niveau de vie des populations et aussi stabiliser les équilibres entre ressources et exploitants.

REFERENCE S

BIBLIOGRAPHIQUES

OUVRAGES GENERAUX

- BARBIER C. (2004), Désertification et foret, Silva et Riat, Laballery,clamercy (58), 159p. - LOGO P. B (2002), la construction des forêts en Afrique subsaharienne, analyses et

perspectives, Harmattan, 162 p

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- Génie P. et al, (1992), Environnement et développement rural, guide de gestion des ressources naturelles, Frison- Roche, Saint Etienne, 418 p.

- Mercier J.R (1991), la déforestation en Afrique, situation et perspectives. EDISUD, 178 p.

- SOW H., (1990), Le bois - énergie au Sahel, environnement et développement, ACCT, CTA, Karthala 176p.

DOCUMENTS SPECIFIQUES

- MSCL (2006), Recueil des lois sur la décentralisation, 172 p

- Plan de Développement Communal de Kpomassè (2006-2010), 110 p.

- Plan de Développement Communal de Comé 2005-2009, 130 p.

- Plan de Développement Communal de Bopa 2005-2009, 158 p

- - FAO (2003), La situation et faits nouveaux dans le secteur forestier, Rome, 83 p

- INSAE (2003), Ménages, conditions d'habitations et pauvreté au Bénin, INSAE, 147p - LARES, 2001, la problématique de l'intercommunalité dans le fonctionnement des communes béninoises, 236 p.

- Direction des Forêts et des Ressources Naturelles, (2000), Programme de Gestion des Forêts et Terroirs Riverains (version provisoire) 26 p.

- FAO (1995), Approche participative, communication et gestion des ressources forestières en Afrique Sahélienne, Bilan et perspectives, Rome ; 107 p.

- FAO (1994), Le défi de l'aménagement durable des forêts, quel avenir pour les forêts mondiales ?, Rome, 122 p

- FAO (1991), L'aménagement des forêts tropicales humides en Afrique, Rome, 180 p

- FAO (1990), L'aménagement des forêts tropicales humides en Afrique, Rome, 180 p.

MEMOIRES ET ARTICLES

- ABALOT S. P. (2005), Gestion intégrée de l'environnement pour un développement durable : cas d'un territoire singulier, le lac Ahémé, mémoire de maîtrise en Développement Communautaire, JA/INJEPS/UAC, 114 p.

- AHONNON A. (2005), Impact socio-environnemental de l'exploitation du sable marin sur le développement humain durable de la commune de Grand-Popo, mémoire de fin de 4è année en Développement Communautaire, J.A / INJEPS/UAC, 77 p.

- Belvaux E. (2005), Décentralisation et gestion des ressources naturelles dans un pays en développement : l'exemple de Madagascar, 13 p.

- HOUNGNIHIN R. A, (2005), Les mécanismes endogènes dans la problématique de l'environnement à Covè (Bénin), UAC, CODESRIA, 16 p.

- YELKOUNI M. (2001), Décentralisation et dynamique des institutions dans la gestion des ressources naturelles en Afrique de l'ouest, rapport du régional UNESCO/MAB-UNEP/GEF213RAF2001 .52 p.

- YOUNG O.(2000), Gérer les biens communs planétaires : réflexions sur un changement climatique d'échelle, 13 p.

- SALAMI A. B. et TCHAWLASSOU (1998), La morphodynamique du lac Ahémé : contribution à l'étude du comblement du lac et ses impacts, mémoire de maîtrise, DGAT/ FLASH/ UNB, Abomey- Calvi, 61p.

- SYMOENS J.J (1995), L'aménagement durable des zones humides : respect de la forêt et de diversité biologique, Académie royale des sciences d'Outre-mer, Bruxelles, 22 p.

- MONTCHO A. B. & SEGBEDJI F. X. (1991), Les facteurs de dégradation du lac Ahémé, mémoire de maîtrise, ENS/ UNB, Porto- Novo, 100 p.

SITES WEB

- www.worldbank.org/ gestion des ressources naturelles et l'environnement/09/ 11/2007 - www.fao.org/ forestry1354.fr/gestion des ressources durables, 13/02/2008

- www.aménagement-afrique.com, un conseil intercommunal pour la gestion durable de la lagune côtière au sud du Bénin, 22/10/2007

TABLE DES MATIERES

PAGES

DEDICACES ii

REMERCIEMENTS .. iii

SIGLES, ACRONYMES ET ABREVIATIONS . v

INTRODUCTION 1
PREMIERE PARTIE : DONNEES THEORIQUES ET

CONCEPTUELLES

1-1- Problématique 3

1-2 Analyse théorique .. 8

1-3- Quelques définitions et clarifications conceptuelles . 10

1-3-1- Environnement 10

1-3-2- Déforestation-désertification-dégradation forestière . 12

1-3-3- Population .. 13

DEUXIEME PARTIE : CADRE GENERAL DE L'ETUDE

2-1- Justification du choix du thème . 14

2-2- Présentation du cadre de recherche 14

2-2-1- Cadre physique . 14

2-2-2- Cadre socio-culturel 15

2-2-3- Cadre socio- économique .. 16

2-3- Présentation des communes de Kpomassè, de Comé et de Bopa .. 17

2-3-1- Commune de Kpomassè 17

2-3-2- Commune de Comé 18

2-3-3- Commune de Bopa 18

TROISIEME PARTIE : METHODOLOGIE ..

3-1- Echantillonnage .. 19

3-1-1- Type d'étude et population d'enquête 19

3-1-1- Type d'étude .. 19

1-

3-1-1- Population d'enquête . 19

1-

3-1-2- Echantillonnage .. 20

3-1-2- Technique d'échantillonnage . 21

3-2- Techniques et outils de collecte des données . 22

3-2-1- Les techniques 22

3-2-2 La collecte des données . 22

3-2-3 Les outils de collecte des données . 23

3-3- Difficultés rencontrées 23

QUATRIEME PARTIE : RESULTATS, DISCUSSIONS ET SUGGESTIONS

4-1 - Présentation des résultats 25

4-2- Discussions . 30

4-2-1 La gestion des rives boisées et non boisées .. 30

4-2-2- Le processus de reboisement des rives encore confronté aux mêmes entraves.. 31
4-2-3- Le non respect des lois et règlementations sur la forêt est à la base de la

déforestation 33
4-2-4- La population de la zone inter lacustre de jour en jour éprouvée dans un

environnement en pleine dégradation . 37
4-2-5- La coopération entre l'Etat central et les collectivités locales dans la

problématique de la gouvernance locale environnementale inexistante . 38

4-3- Suggestions 39

4-3-1- Renforcement de l'éducation relative à la protection de l'environnement .. 39

4-3-2- La politique de reboisement doit être révisée 40

4-3-3- Agir pour redynamiser le secteur économique dans la zone inter lacustre .. 41

4-3-4- Le recours inhérent aux divinités ancestrales est sine qua non pour la

conservation et la protection des forêts 42

4-3-5- L'Etat et la commune doivent désormais s'associer comme des partenaires 42

CONCLUSION 44

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 45

ANNEXES

ANNEXES

QUESTIONNAIRE

Ce questionnaire élaboré dans le cadre d'un mémoire de maîtrise en «Sciences et Techniques des Activités Socio-Educatives» (STASE) Option : Développement Communautaire, vise à étudier les conditions d'exploitation de la forêt humide du lac Ahémé pour la promotion du développement durable dans la zone inter lacustre (communes de Kpomassè, de Comé et de Bopa)

Nous vous prions de bien vouloir répondre aux questions ci-dessous le plus sincèrement possible. Les données recueillies seront confidentielles et utilisées uniquement à des fins de recherche.

Merci pour votre franche collaboration.

A- Questions relatives à l'exploitation de la forêt

1- Avez- vous utilisé ' Acadja» une fois comme outil de pêche ? Oui Non
Si non, pourquoi ?

2- Pourquoi avez-vous utilisé ' Acadja» ?

Parce que

- il n'existe plus assez de poissons dans le lac

- tout le monde le fait - c'est l'outil le plus facile

4- Pourquoi tirez - vous les branches d'Acadja de la forêt du lac Ahémé ? Parce que

- c'est très proche du lac - c'est pour tout le monde

- ce n'est pas contrôlé

4- D'où tirez-vous les bois de fagots que vous utilisez d'habitude ? - des champs - de la forêt du lac Ahémé

6- Pourquoi tirez-vous les bois de fagots de la forêt du lac Ahémé ? Parce que

- ce n'est pas contrôlé

7- Faites-vous autres choses avec les bois coupés dans la forêt du lac Ahémé ?

Oui Non

Si oui, quoi ?

- toitures - palissades

- Autres (préciser)

B- Questions relatives à la préservation de l'environnement

8- Les procédés de l'exploitation de la forêt dégradent -ils votre environnement ? Faune Sous- sol

Air Cours d'eau

Sol Végétation

Autres (préciser)

9- La dégradation de l'environnement a-t-elle des impacts sur votre vie socio- économique ?

- Changement de climat

- Faible rendement des activités de pêche

Autres (préciser)

10- Que faites vous pour réhabiliter la forêt exploitée ?

a) Vous plantez des arbres

Oui Non

Si non, pourquoi ?

b) vous entretenez les arbres déjà plantés

Oui Non

Si non, pourquoi ?

11- Où creusez- vous les étangs de poissons ?

- Dans la forêt - au bord du lac

- à la place de forêt détruite

11- Que faites vous pour réhabiliter votre environnement ?

Vous plantez des arbres

Vous enlevez du sable dans le lac

Vous créez les réserves pour les poissons

Vous utilisez les filets à mailles larges pour ne pas pêcher les petits poissons

Autres (préciser)

13- Pourquoi aménagez-vous les berges ?

- Pour vous offrir des lieux de détente - Pour empêcher l'érosion

- Parce que les autres villages le font

13- a) Existe-t-il des lois et règlements en matière de l'exploitation forestière ? Oui Non

c) Si oui, ces lois et règlements sont-ils scrupuleusement respectés ?

Oui Non

Si non, pourquoi ?

d) Avez- vous des suggestions à faire sur la forme actuelle de gestion de la forêt ?

Oui Non

Si oui, (préciser)

15- Existe-t-il des lois et règlements en matière de gestion du lac Ahémé ?

Si non, pourquoi ?

c) Avez- vous des suggestions à faire sur la forme actuelle de gestion du lac Ahémé ? Oui Non

Si oui, (préciser)

C- Identification

16- Quel est votre niveau d'étude ?

Primaire Secondaire Universitaire

Alphabétisé Aucun

Ce guide d'entretien est adressé aux autorités locales.

1- Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Selon vous, qu'est ce qui est à la base de la déforestation de la bande lacustre dans vote commune ?

Quels sont les impacts de cette déforestation sur la vie socio- économique et environnementale des populations ?

Selon vous, existe-t-il une réglementation officielle en matière d'exploitation des forêts dans notre pays ?

Ces textes sont-ils appliqués ? Si non, pourquoi ?

Quelles sont les dispositions que votre commune à prises pour réduire l'exploitation irrationnelle des forêts ?

Quelles sont les actions de développement que vous entreprenez pour favoriser le développement durable de votre commune à parti des ressources naturelles, en particulier la forêt ?

Disposez-vous des moyens pour faire face à cette politique de développement ?

Votre dernier mot ?

Ce guide d'entretien est adressé aux agents de forêt sur le terrain

1. Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Selon vous, qu'est-ce qui est à la base de la déforestation de la bande lacustre?

Quels sont les impacts de cette déforestation sur la vie socio-économique et environnementale des populations ?

Selon vous, existe-t-il une réglementation officielle en matière d'exploitation des forêts dans notre pays ?

Ces textes sont-ils respectés ? Si non, pourquoi ?

Que faits vous pour que les textes soient respectés ?

Quelles sont les actions que vous entreprenez pour réduire la déforestation au bord du lac Ahémé ?

Comment comptez- vous vous organiser pour parvenir à cette fin ?

Votre dernier mot ?

Ce guide d'entretien est adressé aux membres des groupes de reboisement des rives du lac Ahémé organisé par le PADPPA

1- Présentez- vous s'il vous plaît

Pourquoi avez-vous accepté planter des arbres ?

Existe-il un suivi de ce processus de reboisement ?

Comment vous organisez-vous pour réussir ce suivi ?

Est- ce que tout le monde connaît l'importance des arbres dans que vous avez plantés ?

N'existe- il pas des comportements déviants qui entravent la réussite du processus ?

En plus, n'y a t- il pas des difficultés causées par l'avancée de l'eau et le vent violent ?

N'éprouvez pas de découragement par moment dans l'exécution de ce projet ?

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés du début jusque là ?

Votre dernier mot

ENTRETIEN AVEC MONSIEUR Félix HOUESSOU, le CA DE

POSSOTOME

Dans le cadre de nos recherches pour notre mémoire de maîtrise, nous avons eu un entretien avec le Chef d'Arrondissement de Possotomé, (Commune de Bopa) sur les conditions de l'exploitation des forêts par les populations.

M.R. : Bonjour Monsieur, pouvez-vous vous présenter ?

H.F. : Bonjour, on m'appelle HOUESSOU Félix, je suis le chef d'arrondissement de Possotomé ; je suis technicien en dactylographie de formation, ancien directeur du « village club Ahémé » et opérateur économique.

M.R. : Selon vous, qu'est ce qui est à la base de la déforestation de la bande lacustre dans vote commune ?

H.F. : Il y a le surpeuplement qui se constate par un nombre important de membres dans les familles. Et étant donné que le régime de chaque ménage demande l'utilisation de bois, donc c'est cela qui pousse les populations au déboisement. Il faut dire que c'est surtout les brindilles que les communautés vont chercher pour leurs besoins quotidiens.

M.R. : Quels sont les impacts de cette déforestation sur la vie socio- économique et environnementale des populations ?

H.F. : Les faunes font la vie des Hommes. La forêt crée la pluie. S'il y a déboisement, donc il y aura manque de pluie et par conséquent nous constaterons le recul de l'agriculture. Quand il y a déboisement, cela entraîne le comblement de l'eau et il y a recul des activités de pêche. M.R. : Selon vous, existe-t-il une réglementation officielle en matière d'exploitation des forêts dans notre pays ?

H.F. : Quelles lois existe- t- il en matière d'exploitation de la forêt ? Il n'y a aucune réglementation. Ce qu'il faut faire, c'est de pouvoir mettre en oeuvre une politique de reboisement, de suivi de ces plants et leur protection, de même que pour les forêts sacrées. Il ne s'agit pas d'interdire l'utilisation des branchages lors des marches et des grèves. Ce n'est pas sérieux.

M.R. : Ces textes sont-ils appliqués ? Si non, pourquoi ?

H.F. : Non, il n'est pas question pour l'Etat de faire passer des communiqués sur les ondes de
radios et télévisions sur la loi 93-009 du 2 juillet 1993 pour interdire l'utilisation des
branchages au cours des marches. Il faut que le gouvernement nous envoie des

correspondances à la base et nous nous chargerons de sensibiliser les populations. Et ceux qui n'ont pas de télé et de radio, comment feront- ils pour être informés ?

M.R. : Quelles sont les dispositions que votre commune à prises pour réduire l'exploitation irrationnelle des forêts ?

H.F. : Pendant tout notre mandat, ce que nous avons pu faire, c'est la protection des arbres circulaires, la plantation des arbres dans la forêt sacrée. Nous avons planté plus de 400 plants dans l'arrondissement de Possotomé ; ils ont été fournis par la Direction Départementale des Eaux et Forêts. Nous avons essayé d'équiper en premier lieu Les couvents. Il y a un autre projet qui allait se réaliser au profit de la population de mon arrondissement. Il s'agissait de la clôture des forêts sacrées et leur dotation en eau potable afin de permettre aux faunes et aux flores d'avoir suffisamment d'eau pour leur développement.

M.R. : Quelles sont les actions de développement que vous entreprenez pour favoriser le développement durable de votre commune à partir des ressources naturelles, en particulier la forêt ?

H.F. : En général, la commune ne fait rien. Elle attend toujours les partenaires pour mettre en exécution le plan de développement communal. Le budget de la commune est taillé à l'indemnisation du maire et ses adjoints. Aucune politique ne se met en oeuvre pour favoriser le développement durable.

M.R. : Disposez-vous des moyens pour faire face à cette politique de développement ?

H.F. : Il n'y a aucun moyen et la mairie ne taille pas d'importance aux problèmes environnementaux. D'habitude, c'est moi-même qui m'évertue pour contacter les structures concernées et j'investis mes propres économies pour avoir des plants. Au lieu que les chefs des villages s'occupent de leur protection, ces arbres sont abandonnés quand bien même ils ont été sensibilisés sur l'importance d'entretenir ces arbres.

M.R. : Votre dernier mot ?

H.F. : Il faut qu'il y ait une volonté de la part du gouvernement d'associer les communes dans cette lutte parce que seul, il ne peut pas y arriver. Les agents du CeRPA doivent aussi penser aux Hommes et aux arbres qui les entourent. C'est très important. Je voue remercie et vous encourage. Bonne chance à vous.

LISTE DES TABLEAUX

Tableau n°1 : Classification des biens 17

Tableau n°2 : Taille de l'échantillon 30

Tableau n°3 : Domaine d'investigation et perspectives d'actions 33

Tableau n°4 : Répartition de la population selon le sexe . 34

Tableau n°5 : Répartition de la population selon l'âge et le sexe 34

Tableau n°6 : Répartition de la population selon le niveau d'étude 34

Tableau n°7 : Répartition de la population selon l'âge et le niveau d'étude 35

Tableau n°8 : Raisons qui poussent à la déforestation de la bande lacustre 35

Tableau n°9 : Reconnaissance des populations sur l'existence des lois et règlements en matière de gestion des forêts 36
Tableau n°10 : Données sur le respect des lois et règlements en matière d'exploitation

de forêt . 36

Tableau n°11 : Impacts de la déforestation sur l'environnement . 37

LISTE DES FIGURES

Figure n°1 : Reconnaissance des populations sur l'existence des lois et règlements en matière de gestion des forêts 38
Figure n°2 : Données sur le respect des lois et règlements en matière d'exploitation de

forêt 38

Figure n°3 : Impacts de la déforestation sur l'environnement . 38

LISTE DES PHOTOS

Photo n°1 : Espace aménagé pour les rencontres quotidiennes se trouvant dans l'eau

en période de crue 39
Photo n°2 : Espace déboisé et aménagé pour les grandes fêtes se trouvant dans l'eau

en période de crue 39

Photo n°3 : Destruction d'habitations par le vent due à l'absence de forêt sur la rive 40

Photo n°4 : Barrage contre l'avancée de l'eau en vue de protéger les maisons 40

Photo n°5 Zone déforestée pour prélever du sable entraînant l'avancée de l'eau .. 43

Photo n°6 : Bois coupés favorisant l'avancée de l'eau 43

Photo n°7 : Sols dégradés causés par l'avancée de l'eau . 44

Photo n°8 : idem 44

Photo n°9 : Ordures jetées sur la piste de l'eau de ruissellement vers le lac contribuant

ainsi au comblement dudit lac .. 45

Photo n°10 : Produits d'une pêche exercée entre 6h40mn et 8h20mn . 45

Photo n°11 : Gravillons prélevés dans l'eau 51

Photo n°12 : Sable prélevé dans l'eau .. 51






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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld