pubAchetez de l'or en Suisse en ligne avec Bullion Vault


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

Rôle infirmier dans le développement de l'autosoin chez la personne colostomisée ( cas de l'Institut National d'Oncologie de RABAT)


par Hicham HILALI
2émé Cycle des EPM /IFCS/RABAT/MAROC - surveillant des services de santé 2008
Dans la categorie: Biologie et Médecine
   
Télécharger le fichier original

précédent sommaire suivant

Chapitre V : Discussion

I. Discussion des résultats

Ce chapitre présente la discussion des résultats afin de répondre à la question de recherche de cette étude, tout en intégrant les résultats obtenus par le biais du questionnaire auprès des infirmiers et ceux récoltés par l'entretien avec les patients colostomisés.

1. Les habiletés en soins de stomie. L'exploration de ce thème en tant que plate forme pour l'accompagnement des patients vivant avec une colostomie par le personnel infirmier a fait ressortir les éléments suivants :

1.1. La formation de base. Les réponses du personnel infirmier ont dévoilé une insuffisance évidente dans la formation initiale en ce qui concerne ces soins. Seuls 39% des infirmiers ont bénéficié de cette formation, cependant, ces infirmiers ont qualifié cette formation d'insuffisante.

1.2. La formation continue. Concernant ce volet, il apparait d'après des

réponses recueillies que la formation continue est quasi absente, alors que la formation initiale comporte des lacunes concernant les soins à ces patients.

2. Le soin relationnel. L'exploitation des résultats a révélé également que le soin relationnel est négligé au détriment du soin technique.

Pour assurer les soins et favoriser lautosoin, l'infirmier est appelé à faciliter le développement du savoir, du savoir-faire et du savoir-être et promouvoir leur intégration par le patient en vue de lui permettre de mieux gérer son état de santé. Cependant, les réponses des infirmiers interrogés, confirmées par celles des patients interviewés montrent nettement que l'éducation thérapeutique porte essentiellement sur la technique du soin de la stomie. Elle ne traite pas du volet complications et incidents de la colostomie (démarche de résolution de problèmes) ni de celui des mesures diététiques et de l'hygiène de vie.

3 La conception des soins infirmiers. Les principales constatations faites à la lumière des résultats concernant la conception des soins sont (a) les soins infirmiers sont dispensés sans planification préalable et (b) la plupart des infirmiers ne procèdent pas à l'identification des besoins des patients, ni à leur analyse. Cependant la collecte des informations doit comprendre en plus des besoins identifiés auprès de chaque patient, l'information concernant la réceptivité de celui-ci face à l'apprentissage ainsi que ses caractéristiques physiques, psychologiques et socioéconomiques. Cela figure parmi les principales attentes des patients interviewés.

La conception de Virginia Henderson reste la seule adoptée par quelques infirmiers, alors qu'il est indispensable de prendre connaissance d'autres conceptions en l'occurrence celles de Roy, d'Orem et de Watson, et ce, pour orienter le rôle infirmier par une conception adaptée au contexte marocain, axée sur des soins humains, centrés sur l'autosoin et l'adaptation de la personne qui est en interaction continue avec son environnement et qui vit une expérience de colostomie.

4. L'adaptation. Face aux difficultés de la personne stomisée à intégrer son nouveau corps, l'infirmier est le mieux placé pour favoriser l'adaptation du patient à cette nouvelle situation de vie. Toutefois, la totalité des patients interviewés ont vécu la colostomie avec un sentiment de refus et de non adaptation. Le choc psychologique, la solitude, le rejet, la sensation de gêne et l'anxiété sont les principaux sentiments évoqués par la majorité des enquêtés, surtout au moment de la découverte de la stomie pour la première fois. Cela pourrait signifier que leur préparation avant l'intervention n'était pas efficace. L'INO ne dispose pas de stomathérapeute, mais d'un psychologue, d'une diététicienne et d'une assistante sociale, cependant, leurs prestations restent insuffisantes, voire inexistantes d'après les patients interviewés. Une bonne cohésion entre les membres de l'équipe soignante et le soutien

psychologique sont donc essentiels pour ces patients, ceci les aide à supporter la charge émotionnelle vécue lors de cette expérience de santé.

En période postopératoire, les principaux problèmes soulevés par les patients sont la non-acceptation du nouveau corps, de l'incontinence et des contraintes liées à la stomie (les fuites, le choix de l'appareillage adapté etc.). 80% des participants n'acceptent pas leur état de santé, le but est donc de redonner confiance à la personne pour lui permettre l'acceptation de sa nouvelle situation, afin que cela ne constitue pas pour elle un grave problème mais juste un changement dans ses habitudes de vie auquel elle s'adaptera.

Cependant, se centrer sur les projets de vie, aider le patient à accepter sa nouvelle image corporelle, amener le patient à exprimer ses besoins et organiser une rencontre entre le patient et une autre personne ayant subi une colostomie, ne semble pas préoccuper les infirmiers questionnés, ce qui explique les difficultés d'adaptation que vivent ces personnes. Roy (1997) conçoit la personne comme un système adaptatif en interaction constante avec un environnement changeant et donc exposé à de nombreux stimuli. L'intervention de l'infirmier vise à maintenir les réponses d'adaptation efficaces et à modifier celles qui sont inefficaces en manipulant le stimulus focal et les stimuli contextuels. Le but est de favoriser l'adaptation de la personne pour qu'elle soit réceptive. La réussite d'une acceptation active apparaît donc comme un élément fondamental de la santé du corps-âme-esprit de la personne stomisée. Toutefois, il parait que certains facteurs identifiés lors de l'exploitation des résultats du questionnaire, entravent l'accompagnement de ce patient, tels que (a) la non compétence de l'infirmier en matière de soutien psychologique, (b) manque de connaissances dans ce domaine (accompagnement) et (c) la non disponibilité à entretenir une relation d'aide.

5. L'information. Ce volet reste peu développé, la plupart des infirmiers conçoivent que l'information de la personne sur les suites opératoires relève des fonctions du médecin. Dans ce sens, Lewis, Heitkemper et Dirksen (2003) affirment que deux

interventions visent à améliorer la capacité d'adaptation du patient. La première consiste à lui fournir des informations d'ordre sensoriel et la deuxième à lui prodiguer l'enseignement nécessaire pour lui permettre d'affronter la situation prévue.

L'entretien avec les patients colostomisés participant à l'étude a confirmé les résultats du questionnaire dans la mesure où 8 sur 10 de ces patients ont déclaré que cette information est insuffisante et qu'ils souhaitent bénéficier de l'information la plus compréhensible possible. L'infirmier est appelé donc à faire preuve d'empathie, à créer un environnement de soutien et de confort et à répondre tout en respectant les principes éthiques aux questions du patient. Il lui explique le déroulement de l'intervention en fonction de son niveau de compréhension, et au besoin, il demanderait au médecin de lui préciser certaines informations. Il importe donc de déterminer l'information dont le patient a besoin et de lui expliquer ce qu'il désire savoir. L'absence d'un code de déontologie des infirmiers aux Maroc favorise un désordre dans la relation soignant/soigné.

6. l'enseignement/apprentissage de l'autosoin. Les soins infirmiers sont de natures technique, relationnelle et éducative. Ils recouvrent à la fois les soins donnés sur prescription médicale et ceux qui sont en application du rôle propre (Collière, 1982 et Montesinos, 1991). Cependant, cette étude a montré que le volet éducatif reste peu développé. Le questionnaire ainsi que les entretiens ont révélé que les séances d'enseignement/apprentissage de l'autosoin organisées par les infirmiers sont défectueuses quantitativement et qualitativement et ne répondent pas toujours aux besoins des patients, la totalité des participants ont dénoncé une indisponibilité de protocoles de soins destinés aux patients colostomisés au niveau de leurs unités et ont souligné la grande importance d'en disposer. Les volets éducatifs portant sur les conseils diététiques (le régime à suivre) et sur la résolution de problèmes ne sont pas abordés lors de cet enseignement/apprentissage. En absence d'outils didactiques et d'instruments de mesure, 93% des participants qui procèdent à

l'évaluation des activités d'enseignement/apprentissage de l'autosoin, 64% se basent sur le constat que la personne enseignée ne demande plus de l'aide pour réaliser ses soins et 29% se basent sur les résultats d'une démonstration réussie faite par le patient. Ceci démontre que la plupart des infirmiers n'adoptent pas une démarche scientifique dans l'enseignement /apprentissages. Les résultats de l'entretien avec les patients colostomisés participant à cette étude corroborent ce constat. Leurs réponses montrent nettement que l'éducation thérapeutique porte essentiellement sur la technique du soin et sur le traitement à suivre sans aborder le volet complications et incidents de la colostomie, les mesures diététiques et d'hygiène de vie. Presque la totalité des interrogés ont confirmé qu'ils ont bénéficié seulement de deux séances d'enseignement/apprentissage de l'autosoin au cours de leurs hospitalisation. Aussi 6 patients sur 10 ont déclaré que l'assistance infirmière est absente lors de la première réalisation de leurs soins, d'où le manque de la rétroaction. Or, l'enseignement à la clientèle est une démarche planifiée recourant à divers moyens comme l'exposé, la consultation, la recommandation, la démonstration et la discussion. En plus de déterminer les besoins, l'infirmier dresse un plan d'enseignement, enseigne et vérifie l'efficacité de son enseignement et ce, en partenariat avec le patient.

7. L'accompagnement. Pour procurer du bien être et du soutien au patient, il est

primordial que l'infirmier soit empathique et sensible au niveau de son chagrin. La relation d'aide est toujours réussie lorsque l'infirmier montre clairement au patient qu'il croit à sa souffrance. Il faudra savoir être disponible pour écouter et créer le climat de confiance indispensable à un accompagnement holistique au patient colostomisé.

Cette étude souligne l'importance du rôle de l'infirmier auprès des patients colostomisés. L'infirmier est toujours sollicité par ces patients pour leur fournir un soutien et répondre à leurs besoins (71% des infirmiers participant à l'étude sont toujours sollicités et 18% le sont souvent). Toutefois, seulement 39% de ces infirmiers participant à l'étude ont

répondu être toujours disponibles, 25% le sont souvent et 36% sont parfois disponibles. Donc la disponibilité auprès du patient colostomisé n'est pas toujours assurée. L'entretien avec les patients confirme ce constat, ce qui explique l'insatisfaction de ces patients et leurs difficultés de s'adapter et d'assurer leur autosoin.

Les infirmiers ayant participé à cette étude sont conscients de l'importance du rôle de l'infirmier devant un patient colostomisé. L'analyse de leurs réponses sur la signification de l'accompagnement infirmier a révélé une divergence sur son acception (a) 9 infirmiers conçoivent l'accompagnement en tant que soin technique, (b) 71% des interrogés ont qualifié l'accompagnement comme étant une relation d'aide et (c) seulement 11 infirmiers le conçoivent comme un soin holistique.

8. Les attentes des patients des soins infirmiers. 8 patients sur 10 ont affirmé que l'éducation thérapeutique dont ils ont bénéficié ne permet pas de développer leur autosoin. Leurs principales attentes des professionnels portent sur (a) enseignement/apprentissage régulier et adapté à l'état du patient et à ses capacités intellectuelles, (b) plus de disponibilité des infirmiers, (c) une bonne préparation avant l'intervention, (d) un soutien psychologique pour accepter la colostomie, (e) une explication large sur le choix de l'appareillage adapté pour éviter les fuites et (f) un enseignement des différents incidents et complications et comment les éviter.

En France, Le recours à un infirmier stomathérapeute est primordial afin de personnaliser l'appareillage, de prévenir les complications et d'initier l'autonomisation en éduquant le patient. Ce professionnel lui explique en détail les différents appareillages possibles, lui donne des conseils d'hygiène et de diététique et le prépare aussi à ses activités futures (Toulouse, 2002). Le repérage est effectué par l'infirmier stomathérapeute. Il consiste à rechercher l'emplacement idéal de la stomie en fonction de la dérivation digestive qui sera effectuée. Ceci permettra un appareillage facile et procure le moins de gêne possible. Il prend

en compte les habitudes de la personne (vêtements, activité professionnelle, loisirs, handicap éventuel etc.), des possibles fluctuations de poids, etc.

Pour réaliser donc l'enseignement/apprentissage de l'autosoin de la personne stomisée, l'infirmier, est appelé, entres autres, à être habile en psychologie des patients colostomisés. Ainsi, il pourrait être compétent pour donner des conseils vestimentaires ou concernant les différents appareillages mis à la disposition du patient pour l'aider à faire le bon choix , afin de prévenir les fuites et garantir ainsi une qualité de vie.

Une enquête publiée dans la revue « Soins » (1999) a révélé que 80% des chirurgiens digestifs font toujours appel à une entéro-stomathérapeute, 96% des médecins notent la nécessité d'un recours à un infirmier spécialisé pour l'appareillage postopératoire, 99% des chirurgiens digestifs leur confient les soins cutanés et 90% du corps médical juge important d'avoir recours à une entéro-stomathérapeute pour une mise en relation avec les réseaux extrahospitaliers. Ceci montre l'utilité de la fonction d'infirmier stomathérapeute.

9. Problèmes entravant le rôle de l'infirmier dans le développement de l'autosoin chez les patients colostomisés. Les facteurs à l'origine des défaillances sus citées et qui sont énoncés par les participants à l'étude sont (a) l'insuffisance des ressources matérielles telles que le manque de supports de planification, d'organisation de soins et des outils didactiques pour assurer l'enseignement/apprentissage de l'autosoin, (b) l'insuffisance des ressources humaines telles que la pénurie en personnel infirmier et la charge excessive du travail, (c) le manque de la formation continue en matière de soins à la personne colostomisée et de l'encadrement du personnel infirmier, (d) la non implication du psychologue, de l'assistante sociale et du diététicien pour l'accompagnement des patients, (e) l'absence de collaboration de la famille surtout que 80% des patients résident hors de Rabat donc loin de l'INO et (f) le niveau d'instruction de la personne et sa capacité d'apprentissage : 60% des patients sont analphabètes et 50% sont situés dans la tranche d'âge de 50 ans et plus.

Plusieurs contraintes entravent la réalisation d'un accompagnement infirmier holistique et adéquat des patients colostomisés au niveau de l'INO. Néanmoins, une ambition notable a été manifestée par la majorité du personnel pour contribuer à toute initiative de changement. Celle-ci mérite un engagement et des concours de la part de tous les acteurs impliqués au sein de cet établissement pour parvenir à dépasser les contraintes sus-citées.

II. Forces et limites de l'étude

1. Les forces de l'étude. Cette étude est considérée comme la première de son genre au niveau de l'INO qui s'est intéressée au rôle infirmier dans le développement de l'autosoin chez la personne colostomisée. Elle a donné un éclairage sur la problématique de l'autosoin et de l'adaptation de ces patients. La collaboration des participants et l'accessibilité à l'information ont permis de mettre en lumière les insuffisances en ressources dans le lieu de cette étude et les difficultés et « l'oubli » que vivent les patients colostomisés.

2. Les limites de l'étude. Les principales limites de cette recherche sont (a) le niveau descriptif de cette recherche ne permet pas la généralisation de ses résultats, puisque l'étude concerne un contexte particulier qui est l'Institut National d'Oncologie de Rabat et (b) la carence en matière des écrits empiriques et des études menées à l'échelon National en rapport avec le sujet de cette recherche.

III. les implications personnelles

Projet personnel pour explorer un sujet préoccupant ;

Élaboration d'un cadre conceptuel de l'étude sur la base de conceptions et théories en soins infirmiers en l'occurrence celles d'Orem (1991, 1995), de Roy (1987) et de Watson (2000);

Façonnement personnel des instruments de collecte des données (questionnaire et entretien);

 

Élaboration d'un plan de soins à la personne vivant une expérience de colostomie.

IV. Recommandations

Suite aux lacunes qui ont émergé lors de la discussion des résultats de cette étude, il est judicieux de formuler quelques recommandations, tout en s'inspirant des suggestions formulées par les participants à l'étude et qui peuvent être à l'origine d'une éventuelle amélioration de l'accompagnement de la personne colostomisée à l'INO.

Ces recommandations seront présentées selon quatre axes, en relation avec (a) la formation, (b) la pratique, (c) la gestion et (d) la recherche.

1. Recommandations pour la formation.

1.1. La formation de base.

Le module de l'enseignement à la clientèle dispensé aux étudiants de 2éme cycle, doit être intégré également dans le cursus de la formation de base des infirmiers du 1er cycle, section « infirmier polyvalent ». Et ce pour que l'étudiant futur infirmier puisse s'approprier une démarche scientifique dans l'enseignement/apprentissage des personnes vivant une expérience de santé telle que la colostomie. Cette formation doit permettre aux professionnels le développement d'une compétence en l'élaboration de projets éducatifs personnalisés en partenariat avec le patient;

La formation de base doit permettre aux étudiants du 1er cycle, par l'intégration du module « Les écoles de la pensée infirmières », de prendre connaissance des principales conceptions et théories en soins infirmiers, et d'intégrer des démarches de soin;

Les soins infirmiers aux patients colostomisés doivent être intégrés dans le cursus de formation de base, tant sur le plan technique que relationnel mais aussi dans le domaine de la psychologie du patient colostomisé permettant l'accompagnement de ce dernier d'une manière professionnelle.

1.2. La formation continue

Pour les infirmiers exerçant au niveau de l'INO, il est suggéré de :

Organiser des séances de formation continue en matière de soins au patient colostomisé (développement des habiletés en soins de stomie en éducation thérapeutique etc.);

Promouvoir une culture d'élaboration et d'utilisation de protocoles de soins infirmiers en stomathérapie et leur diffusion au niveau des unités de soins où séjourne ces patients;

Etant donné que le cursus de formation des infirmiers à l'IFCS ne prévoit pas la formation en stomathérapie, il est suggéré d'appuyer la formation des infirmiers référents en matière du soin holistique à la personne stomisée (colostomie, jéjunostomie, trachéostomie, etc. ) à l'INO qui vont assurer la formation, l'information et l'encadrement des équipes infirmières et la participation à la réalisation des protocoles de soins. Dans ce cadre, il faut saisir l'opportunité de l'avènement de l'association Lalla Salma de lutte contre le cancer et le partenariat que tisse le CHU Ibn Sina avec d'autres CHU à l'étranger, pour organiser des stages optionnels à l'étranger au profit des infirmiers dans les hôpitaux où la spécialité de stomathérapie est développée (France, Belgique, Canada etc.);

Aider la recherche en soins infirmiers pour conduire la pratique infirmière vers l'amélioration des compétences infirmières dans ce domaine.

2. Recommandation pour la pratique des soins

En se référant au module de l'enseignement à la clientèle dispensé au 2éme cycle des EPM et au cadre de référence de cette étude, le présent plan de soin est proposé comme exemple d'une démarche de soin holiste à la personne vivant une expérience de santé telle que la colostomie.

Tableau n°19 : Plan de soin infirmier à la personne vivant une expérience de colostomie

Interventions infirmières

Justifications

Résultats escomptés

 

1er objectif : Préparation de la personne avant la confection de la colostomie.

- Demander à la personne si elle a déjà vécu une intervention chirurgicale et noter ses impressions négatives et positives.

-Les craintes engendrées par de mauvaises

expériences augmentent l'anxiété ;

- L'infirmier peut corriger les idées fausses et permettre à la personne d'exprimer ses émotions en mettant l'accent sur les expériences positives.

- La personne exprime son anxiété et ses craintes face à la chirurgie ;

- Elle adopte une attitude positive à l'égard de la chirurgie.

-Reprendre l'information donnée par le chirurgien

- Les explications neutralisent les idées fausses

- Le patient comprend les modifications

et s'assurer qu'elle a été bien comprise. Apporter

et soulagent l'anxiété ;

que la chirurgie va entraîner sur son

au besoin des éclaircissements et des explications ;

-Si la colostomie est permanente, il sera plus

corps ;

-Déterminer si la colostomie est temporaire ou

difficile de garantir une attitude professionnelle

- La personne pourra être suffisamment

permanente, pour la dernière éventualité proposer

positive.

préparée pour indiquer la place prévue

une consultation du psychologue ;

 

pour la stomie et toucher cet endroit.

-Utiliser le modeling ou des illustrations pour

indiquer l'emplacement de la stomie.

 
 

2éme objectif : Favoriser l'adaptation après l'intervention.

- Inciter la personne à exprimer ses sentiments à propos de la colostomie (concept de soi) ;

- Être empathique ; manifester de l'aide,

- Permettre à la personne de verbaliser et de
préciser ses craintes et au psychologue et à l'équipe
soignante de prendre les mesures nécessaires pour

- La personne exprime librement ses craintes ;

- Elle demande de l'aide au besoin.

l'écoute active et la disponibilité à répondre

les réduire.

-Elle indique qu'elle est prête à

aux besoins de la personne.

 

rencontrer une personne colostomisée.

- Offrir à la personne d'être à son côté quand

-Le conjoint ou la famille pourra répondre

- Le patient se montre motivé à parler

elle touchera la stomie pour la première fois ;

immédiatement aux questions du patient, ce qui

de sa stomie et réceptif à apprendre

- Proposer que le conjoint du patient ou la

soulagera son anxiété ;

l'autosoin ;

personne significative voie la stomie ;

-Une personne déjà colostomisée est

- Il commence à accepter le nouveau soi.

- Organiser la visite d'une personne ayant subi

particulièrement en mesure de réconforter le

 

une colostomie.

patient, car elle sait par expérience ce qu'il ressent.

 

3éme objectif : enseignement/apprentissage de l 'autosoin.

- Elaborer un projet éducatif en tenant compte (a) des caractéristiques de la personne ; (b) de l'environnement d'apprentissage, (c) des facteurs physiques du patient , (d) des facteurs émotifs et intellectuels, (e) des facteurs socioculturels, (f) des facteurs économiques et

- Le projet éducatif permet de collecter les données nécessaires pour réussir l'enseignement/ apprentissage, d'adapter l'enseignement à chaque patient et à ses besoins, de respecter ses capacités physiques et intellectuelles et d'évaluer l'apprentissage du patient ;

- La personne est capable de faire ses autosoins avant la sortie de l'hôpital : elle manipule correctement l'appareil de stomie, elle peut nettoyer et changer son sac sans aide, il est capable d'irriguer sa

- Ces informations données en fonction du niveau de compréhension du patient favorisent une meilleure autonomie à exécuter l'autosoin et une adaptation à une nouvelle situation de vie.

Le soin holiste des patients colostomisés demande de la part de l'équipe soignante l'adoption d'une conception de soins pour guider leur pratique. La démarche de soin est fondée sur un plan d'enseignement/apprentissage de l'autosoin spécifique pour chaque patient, en tenant compte de sa capacité physique après l'opération, du degré de son adaptation, de son niveau de réceptivité pour apprendre à s'autosoigner, de sa capacité intellectuelle pour adapter le message éducatif et de son niveau socio économique ;

Renforcer la multidisciplinarité entre les professionnels impliqués dans le soin à ces patients soit les infirmiers, le réanimateur, le chirurgien, le psychologue et l'assistante sociale au niveau de l'INO, pour garantir un meilleur accompagnement de la personne colostomisée sur tous les niveaux ;

Adopter et adapter à travers un benchmarking, l'expérience de CHU de Toulouse, qui trace les étapes du processus de soin au patient colostomisé. Ce processus est suffisamment étayé dans la recension des écrits ;

Rendre disponible les moyens matériels (salles et supports d'éducation, etc.) et humains (personnel soignant suffisant, infirmier référent en stomathérapie) pour organiser concrètement des séances d'enseignement/apprentissage de l'autosoin afin d'assurer l'évaluation de l'adaptation et de l'autonomie du patient avant sa sortie de l'hôpital ;

Eclairer davantage les dimensions éthiques et humaines pour les professionnels infirmiers surtout face à ces patients qui vivent un bouleversement de leur vie.

3. Recommandations pour la gestion

oeuvrer à ce que l'humanisation de l'hôpital soit pérenne par l'amélioration continue des soins aux patients vivant une expérience de santé telle que la colostomie ;

Intégrer le projet social et d'humanisation dans le projet d'établissement hospitalier dont

profiteront ces patients ;

Créer une unité chargée d'organiser des séances d'enseignement/apprentissage de ces patients et leurs familles ;

Élaboration d'une fiche de liaison détaillée aidant les patients colostomisés à recevoir les soins dans les structures de santé où ils résident ;

Soutenir la création d'une association des personnes vivant une expérience de stomie dans le but de :

o Favoriser au mieux la réinsertion psychologique, familiale, sociale et professionnelle de ces personnes ;

o Porter une assistance aux personnes qui le désirent ;

o Favoriser la diffusion de l'information sur les thérapies et sur les appareillages en vue d'un meilleur confort ;

o Alléger les charges des patients indigents en les dotant par le nécessaire pour faire les soins (appareillage, sacs, pommades collants et antiallergique) en quantité suffisante et périodique ;

o Sensibiliser l'opinion publique par les moyens d'information sur les problèmes de ces personnes.

La création de cette association serait également :

o un lieu d'échange et de prise de confiance en soi, seul une personne stomisée peut apporter du crédible à une nouvelle personne stomisée ;

o Un lieu unique de partage de connaissances des appareillages.

4. Recommandations pour la recherche

Faire une étude au niveau d'autres contextes hospitaliers où se soignent des patients colostomisés ;

Faire une recherche pour explorer les facteurs qui influencent l'apprentissage de l'autosoin chez la personne colostomisée ;

Faire une recherche pour comparer le niveau de la qualité de l'enseignement/apprentissage
de l'autosoin et le degré d'adaptation de la personne vivant une expérience de colostomie.

précédent sommaire suivant