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La définition de la Politique selon Julien Freund. Une lecture de "Qu'est-ce que la politique?" de Julien Freund


par Hermann Banda
Institut de philosophie de Mayidi RDC - Graduat en philosophie 2011
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Philosophie
   
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PREMIER CHAPITRE : LE NIVEAU TELEOLOGIQUE DANS LA FINALITE DU POLITIQUE

I.0. Introduction

L'homme se réalise dans les diverses activités qui jalonnent sa vie quotidienne en société. Certes, toutes ces activités ne concourent pas à la même finalité. C'est le cas de la politique entendue comme l'une des activités de l'homme. Au cours de ce chapitre, en effet, nous aborderons la problématique du bien commun comme but spécifique du politique. Nous analyserons tour à tour la sécurité et la prospérité comme éléments constituants du bien commun. Enfin, interviendra une conclusion. Tout ceci constituera le socle de notre premier chapitre.

I.1. Le niveau téléologique de l'action politique (Le bien commun)

I.1.1.Approche définitionnelle

De prime abord, il est indispensable d'expliciter ce qu'on entend par niveau téléologique pour mieux saisir sa portée dans notre travail. En effet, selon le vocabulaire technique et critique de la philosophie d'André LALANDE, la téléologie désigne l'étude de la finalité en un sens quelconque de ce mot1(*) ; et la finalité renvoie au « fait de tendre à un but ; adaptation de moyens à fins »2(*). Dans ce sens, le niveau téléologique est celui qui détermine le but spécifique du politique.3(*) Qu'en est-il alors de ce but ?

I.1.2. Le bien commun

A ce sujet, notons qu'il est très rare de compter en grand nombre des actions totalement désintéressées. Car, toute action semble s'orienter vers un intérêt quelconque. Cette conception illustre bien le début de l'Ethique à Nicomaque d'Aristote en ces termes : « tout art, toute discipline scientifique, et il en va de même de l'action et de l'intention morale, tendent, de l'aveu de tous, vers quelque bien »4(*). Dans cette même perspective, J. Freund estime que l'homme agit toujours en vue d'un bien, d'un intérêt5(*). Aussi multiples que sont les activités de l'homme, multiples aussi sont leurs fins. La politique, comme activité de l'homme sur les autres hommes, est en droit d'avoir un but spécifique qui la distingue des autres activités de la vie humaine telles que l'économie, la religion, l'art, etc....il s'agit d'un but qui doit rester inchangé quel que soit le lieu, le temps, le moment de son application. Ainsi, le but spécifique du politique se détermine par rapport à la volonté d'une unité politique à assurer et à conserver sa probité et son autonomie dans la concorde intérieure et la sécurité extérieure. C'est ce que Julien Freund appelle « le sens d'une collectivité ».6(*) A ce niveau, une question s'avère indispensable : quel est le but spécifique du politique ?

Selon le professeur NGOMA PHOBA RINGO : « tous les auteurs s'accordent pour dire que le but propre du politique est le bien commun »7(*). De son côté J. Freund paraît très prudent et commence par régler la difficulté due à l'imprécision de la terminologie dans la dénomination du but spécifique du politique. Selon son appréhension, les expressions varient suivant les époques et l'orientation politique des philosophes. Ce fait se remarque à travers une esquisse relevée dans la pensée de certains philosophes :

Dans la tradition scolastique, Saint Thomas d'Aquin, parle du « bien commun »8(*). Dans son ouvrage `'Du contrat social'', J. Jacques Rousseau assigne comme but spécifique au politique « l'intérêt commun »9(*) ; chez T. Hobbes, la notion du « salus populi » (salut publique ou salut du peuple) est présentée comme but spécifique de l'activité politique10(*). Hegel, quant à lui, trouve dans le « bien de l'état », le but spécifique du politique11(*). Jean DABIN, contrairement aux autres, rejette le concept du bien commun et, opte pour celui de « bien public temporel »12(*). En fait, cette panoplie des termes rejoint la position de Julien Freund signalée ci-haut concernant la détermination du bien commun. La diversité de ce dernier semble en effet dépendre de plusieurs paramètres. Toutefois, toutes ces dénominations renvoient à une seule et même réalité : le bien de toute la collectivité. Leurs différences, à en croire J. Freund, ne résident que sur des détails ; car, tous ces termes ne respectent qu'une seule et même intentionnalité propre du politique qui, selon NGOMA PHOBA RINGO, consiste à : « rendre l'homme heureux, libre, lui assurer le bien-vivre »13(*).

C'est dans ce fil d'idées que J. Freund choisit les termes de bien commun et de bien public comme pour désigner le but spécifique du politique. Il ne tient nullement compte des rapports avec tous les autres termes. En clair, sa démarche est comparable à celle de T. Hobbes ou de Machiavel14(*). Celui-ci ne fait intervenir aucun élément extra politique dans la détermination du but spécifique du politique. Notons que T. Hobbes résume le bien commun en deux points, à savoir la sécurité du peuple et toutes les satisfactions de la vie15(*). J. Freund s'inscrit dans cette perspective ; de ce fait, il distingue la sécurité de la prospérité. Ceci nous conduit à l'analyse du premier aspect du bien commun : la sécurité extérieure.

I.1.2.1. La sécurité extérieure

L'un des aspects du bien commun, répétons-le, est pour J. Freund la sécurité extérieure. Celle-ci demeure conditionnée par le présupposé de l'ami et de l'ennemi16(*). Ce qui veut dire qu'on ne peut parler de sécurité extérieure sans connaître au préalable ses amis et ses ennemis. Or, l'histoire nous enseigne que l'aspect négatif a souvent emporté sur le positif par la force des choses. C'est pourquoi, nous commençons notre analyse par le présupposé de l'ennemi.

Par rapport au présupposé de l'ennemi, il sied de noter qu'il ne peut avoir de paix dans une nation ou dans un Etat sans l'existence d'un ennemi quelconque ; il s'agit là de l'aspect négatif de la sécurité. En effet, la notion de paix renvoie ipso facto à celle d'un ennemi. D'ailleurs la sagesse populaire ne déclare-t-elle pas que celui qui veut la paix, prépare la guerre ? Car nier l'ennemi nous conduit à l'irénisme (du grec Eirèné : la paix. D'après Wikipedia, selon le sens politique, l'irénisme est une vision politique d'un enchaînement d'événements lisses, sans accroc et sans conflit. Plus largement, dans un contexte politique, l'irénisme consiste à vouloir concilier des idéologies qui le sont difficilement) 17(*) , qui selon J. Freund est contraire à l'essence du politique ; car ce mot suppose une politique sans inimitié, sans antagonisme d'opinions. Ce qui serait selon l'auteur de Qu'est ce que la politique ? non pas la paix, mais une falsification, un mensonge.18(*) En effet, l'aspect négatif de la sécurité peut se comprendre sous trois différents aspects : l'action militaire, la négociation et l'alliance. Cette dernière réunit en son sein les deux premiers aspects.

* 1 A. LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 1927, p.1107.

* 2 Ib., p.355.

* 3 J.FREUND, Qu'est ce que la politique ? Paris, Sirey, 1965, p.38.

* 4 ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, Louvain-Paris, Centre De Wulf-Mansion, 1970, p.1.

* 5 J.FREUND, o.c., p. 37.

* 6 Ib.

* 7 NGOMA PHOBA RINGO, La politique est- elle immorale ?, dans Philosophie et vie. Actes des premières journées philosophiques de Boma du 26 au 29 Mai 1993, Boma, Grand séminaire `'ABBE NGIDI'', 1994, p.106.

* 8 T. D'AQUIN, Somme théologique. Ia, IIa, quest.96, art.3, cité par J.FREUND, o.c., p.39.

* 9 J. J., ROUSSEAU, Du contrat social, Paris, Flammarion, p.72.

* 10 T. HOBBES, cité par J. FREUND, o.c., p.39.

* 11 G. W. F. HEGEL, Principes de la philosophie du Droit ou droit naturel et science de l'état en abrégé, Paris, Librairie Philosophique J.VRIN, 1982, p.289.

* 12 J.DABIN, L'état ou le politique. Essai de définition, Paris, Dalloz, 1957, p.62.

* 13 NGOMA PHOBA RINGO, o.c., p. 107.

* 14 Dans un autre de ses ouvrages, « l'essence de la politique », son opus magnum, J. FREUND se définit comme un penseur Machiavélien tout en faisant une distinction entre les termes machiavélien et machiavélique.

* 15 T. HOBBES, Léviathan, Paris, Gallimard, Chap. XXX, p.494.

* 16 J.FREUND, o.c., p.41.

* 17 WIKIPEDIA, L' ENCYCLOPEDIE LIBRE, «  Irénisme », (Décembre 2011), http : // fr. Wikipedia.org/. (31 janvier), 2012.

* 18 Cfr. J. FREUND, o.c., p.11.

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