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Y a-t-il un inconscient collectif ? la controverse le bon, Jung et l'apport des neurosciences.

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par Marion Jacquet
Ircom - Albert le Grand - Licence de lettres et sciences politiques 2012
  

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INTRODUCTION

L'inconscient collectif, la mémoire collectiveÉaujourd'hui plus un jour ne se passe sans qu'on ne mentionne ces termes, souvent en ignorant tant leur provenance que les réalités qu'ils recouvrent. Ils apparaissent comme des acquis, qu'on ne prend plus la peine de remettre en question. En réalité, l'usage du terme est devenu courant, on ne prend plus la peine d'en rechercher l'origine. Alors que ces termes appartenaient autrefois à un vocabulaire spécialisé, dédié à la psychanalyse, à la psychologie ou à la sociologie, ils sont maintenant utilisés à toute occasion, comme le mot `archétype'. Pour preuve, il suffit de lire les journaux : Le Monde n'hésite pas à parler d'un film « troublant, farfouillant habilement l'inconscient collectif. «ÉAujourd'hui l'inconscient collectif semble se résumer à un agrégat de choses qui, bien que jamais mentionnés comme telles, font parti de la culture d'un groupe. Soit.

Mais qu'est-ce réellement que l'inconscient collectif? Qui sont les penseurs qui l'ont théorisé? Sur quels concepts se basaient-ils ? D'oü leur est venue l'idée ? Mais surtout: existe-t-il réellement ? Voilà autant de questions qui vont mener cette étude.

L'origine de l'inconscient est rarement l'objet de questions : Freud, tel un Christophe Colomb de la psychologie, semble avoir découvert l'inconscient, le prouvant tant et si bien qu'il n'est plus qu'un axiome de la psychologie et de la psychanalyse. Peu importe pour le Viennois que certains philosophes (Nietzsche, Schopenhauer pour ne citer qu'eux) en aient parlé avant lui, que leurs théories le rejoignent sur de nombreux points : leur démarche intuitive n'a pas influencé sa démarche scientifique, dit-il. Peu importe également, le fait que d'autres scientifiques se soient concentrés sur le rôle de l'hypnose et du rêve (Charcot par exemple, en France, dont Freud était venu suivre les cours en 1885).

Comme le fera remarquer Michel Onfray dans son ouvrage dédié au chercheur autrichien, Freud a

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une « volonté forcenée de se vouloir sans dieux ni ma»tres». Il récuse toute influence, de Schopenhauer, qu'il a pourtant lu, comme de Nietzsche qu'il s'est refusé à lire. Il est le seul et unique découvreur de l'inconscient. Qu'il l'ait réellement découvert ou non, qu'il en soit l'inventeur ou l'instigateur, Freud en sera au moins le promoteur. Guidé par sa quête de reconnaissance voire de notoriété, celui qui n'hésite pas à se faire Darwin 2

l'égal de Copernic et , a

en effet tout fait pour faire conna»tre ses idées, pour se faire conna»tre, comme le montre Onfray dans le reste de cet ouvrage.

Pourtant, même à l'époque de Freud, la psychanalyse n'était pas que freudienne. Et si l'histoire de celui qu'on appelle le « Père fondateur de la psychanalyse « est mondialement connue, celle de son dauphin, Carl Gustav Jung, est, elle, bien moins réputée . Né en 1875, Carl Gustav Jung obtient en 1900 son diplôme de médecine. L'étudiant qui voulait se spécialiser en chirurgie a dii, faute d'argent, se tourner vers la psychiatrie. Il travaillera en tant que psychiatre au sein de l'hôpital de Zurich pendant une dizaine d'années. Entré en contact avec Binet et Janet à Paris, il étudie grâce à eux l'hypnose et pratique fréquemment les tests d'association de mots de Wilhelm Maximilian Wundt, autant de disciplines plébiscitées par Freud. La rencontre avec Freud se fait à l'occasion de

1 ONFRAY MICHEL, Le crépuscule d'une idole, Paris, Grasset, 2011, p. 54.

2 Dans son article» Une difficulté de la psychanalyse» (in : Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1933), Freud explique en effet qu'à « l'humiliation cosmologique «, opposée par Copernic au narcissisme de l'humanité, à « l'humiliation biologique « infligée par Darwin, lui ajoute « l'humiliation psychologique «, se mettant ainsi au niveau de ces deux scientifiques de renom.

la publication de Études sur les associations des mots (1906), ouvrage de synthèse, dans lequel Jung ne cache pas son intérêt pour son a»né. Une collaboration s'engage entre les deux hommes, mêlée d'amitié et d'estime mutuelle. Freud découvre en Jung un héritier digne de sa pensée et de ses recherches allant jusqu'à lui confier : « Vous serez celui qui comme Josue, si je suis Mo
·se, prendrez de psychiatrie
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possession de la terre promise la ».

Malheureusement cet état de grâce intellectuel ne dura pas : après que Jung ait tenté, comme le dit Viviane Thibaudier, de « convaincre Freud de mettre quelques bémols à ses assertions pansexualistes4 », le fossé se creusa entre les deux chercheurs, jusqu'à se résoudre par une rupture définitive en 1913. C'est alors que na»t le nouveau Jung (il se voit lui-même entrant dans la « deuxième moitié de la vie5 »), se positionnant clairement par rapport à Freud et à ses théories, parlant de « l'étroitesse etouffante de freudienne 6

la psychologie ». Débarrassé de ce

carcan, Jung va peu à peu revendiquer ses particularités, en créant la psychologie analytiq ue, basée
en particulier sur la notion d'inconscient collectif et sur les archétypes. Mais certains voient
également dans cette création de l'inconscient collectif, l'influence d'un climat propice : Yvon

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Brès, souligne par exemple que « l'idée d'un inconsc ient collectif est à la mode autour de 1900 », rendue célèbre par des penseurs commeÉGustave Le Bon.

L'histoire de la psychanalyse a eu vite fait d'évincer Jung pour ne garder que Freud à l'esprit. Gustave Le Bon a lui aussi connu ces affres du succès : un succès fulgurant, de nombreux ouvrages plébiscités par la critique, avant de tomber dans l'oubli durant près d'un demi-siècle. Docteur en médecine à 25 ans, Le Bon se consacre rapidement à la recherche. C'est d'ailleurs la recherche qui semble rythmer sa vie : dans un premier temps intéressé par la médecine, la biologie, la physiologie ou encore la physique, Le Bon se tournera progressivement vers les sciences sociales (1878-1890), poursuivant ses recherches dans des domaines comme l'anthropologie, la sociologie, l'histoire, jusqu'à la psychologie, discipline qui est pour lui nécessaire à l'analyse historique. En réalité, au cours de ces nombreux voyages, Le Bon se passionne pour le phénomène de civilisation, glissant de l'anthropologie biologique à l'anthropologie sociale et de là vers la sociologie. Il se passionnera également pour les disciplines fondant la sociologie, telles que les statistiques. C'est au point de convergence de cette multitude de disciplines que va émerger la théorie majeure de Le Bon, celle qui nous intéresse à présent, celle de la « psychologie des foules », basée sur les concepts de « race historique » et de « constitution mentale des peuples ». Via cette psychologie des foules, qui ne se concentre plus ou criminelles 8

uniquement sur les foules ré volutionnaires , Le

Bon va théoriser une nouvelle approche de l'inconscient collectif. Les ma»tres mots de cette théorie : suggestion, affirmation et prestige, qui suffisent à eux seuls à expliquer la propagation d'une idée et son entrée dans l'inconscient collectif d'un peuple. L'homme en foule est dénué de toute conscience individuelle : tout entier asservi, uniquement orienté par la foute, il va jusqu'à agir contre sa conscience propre. Le Bon, qui utilise le terme d'inconscient pour la première fois en 1898 (soit trois ans après la publication des Etudes sur l'hysterie de Freud) a probablement été entra»né à la recherche de l'inconscient par les conclusions du psychanalyste autrichien. Il aura d'ailleurs quelques échanges avec Freud, au cours desquels ils s'opposeront : pour Freud la théorie

3 FREUD, JUNG, Correspondances, vol. 1, p. 271.

4 THIBAUDIER VIVIANE, 100% Jung, Paris, Eyrolles, collection « Concentré de psy », 2011, p. 17.

5 JUNG, Métamorphoses de l'âme et ses symboles , Georg, 1972, préface.

6 Ibid.

7 BRéS YVON, L'inconscient, Paris, Ellipses, collection « Philo », 2002, p. 120.

8 A contrario des études de Taine ou encore de Tarde et Sieghele, Le Bon va en effet voir dans la foule un groupe également capable d'héroïsme.

de Le Bon n'ajoute rien à la sienne; tout ce que le savant fran»ais décrit est expliqué par son approcheÉIl le dit d'ailleurs très clairement dans son analyse de l'Ïuvre lebonienne L'âme collective (d'après Gustave Le Bon): « Dans cette description il n'est pas un trait dont le psychanalyste ne soit à même d'indiquer l'origine et qu'il ne puisse classer9. «

Voilà donc deux savants, Jung et Le Bon, qui influencés par la soudaine notoriété de l'inconscient sur la scène psychologique et médicale, vont en tirer dans des domaines très différents des conséquences sur l'existence possible d'un inconscient collectif.

Le développement des neurosciences, dont ne disposaient ni Jung ni Le Bon au moment oü ils ont théorisé leur conception de l'inconscient collectif apporte un éclairage nouveau sur leurs pensées. Freud disait lui-même: « Nous devons nous souvenir que nos idées provisoires en psychologie seront probablement basées un jour sur une infrastructure organique10 «. Grâce aux techniques actuelles d'investigation, nous disposons d'une bien meilleure connaissance du cerveau, de sa constitution et de ses réactions. Les neurones miroirs, les neurones fuseaux, la plasticité du cerveau sont autant de piste s d'investigation qui permettent de décrypter l'action humaine sous un angle novateur. Comme l'explique Bernard Mazoyer, spécialiste en neuro-imagerie cognitive, « [Seul] 1% de l'activité [cérébrale] est `cognitive', c'est-à-dire accessible à la conscience: tout ce qui nous sert à penser, parler, inventer, décider ou bouger. Les 99% restants sont inconscients11 «. Ë quoi servent ces 99% restants ? Vu l'étendu des capacités humaines cognitives, on ne peut douter de la puissance de ces 99% inconscients, pourtant leur rTMle demeure difficile à déterminer. Voilà la question qu'il s'agit à présent d'élucider pour ses chercheurs.

En ce qui concerne cette étude, il semble qu'il faille se concentrer sur une question quelque peu différente, quoique liée: comment est-ce que les neurosciences peuvent nous permettre d'éclairer la notion d'inconscient collectif, telle qu'elle a été élaborée dans l'Ïuvre de Karl Gustav Jung et dans celle de Gustave Le Bon?

Pour répondre à cette question nous commencerons par expliquer en détails la notion d'inconscient collectif, chez Jung d'une part et chez Le Bon d'autre part, tout en s'attardant sur les raisons pour lesquelles elles ont été largement critiquées ; puis nous verrons que les neurosciences apportent un éclairage certain sur ces notions, qui nous permettront de conclure sur l'existence ou non de l'inconscient collectif.

9 FREUD, «L'âme collective (d'après Gustave Le Bon) «, Les cahiers psychologie politique, numéro 14, Janvier 2009. Disponible sur : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=395

10 FREUD, «Pour introduire le narcissisme « in : La vie sexuelle, PUF, 1969.

11 MAZOYER BERNARD in : VAN EERSEL PATRICE, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner, Paris, Albin Michel, collection « Entretiens / Clés «, 2012, p. 130.

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