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Y a-t-il un inconscient collectif ? la controverse le bon, Jung et l'apport des neurosciences.

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par Marion Jacquet
Ircom - Albert le Grand - Licence de lettres et sciences politiques 2012
  

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2. 1 .3. Et la mémoire dans tout ca ?

Sans ce lien privilégié avec la mémoire, les émotions n'auraient rien d'exceptionnel. Mais en binôme, nous sentons bien l'importance que cela peut prendre au niveau de l'inconscient collectif, des comportements des foules. Comment cela fonctionne-t-il ? Comment le voit-on ?

En faisant appel à la mémoire, en se remémorant un souvenir, on va accéder à l'état émotionnel dans lequel on se trouvait à ce moment là : « Tous les souvenirs sont liés à des

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émotions réactivées aussi par évocation

leur » décrypte Pierre Bustany, neuropharmacologue et

spécialiste de neuroimagerie. Se rappeler de quelque chose sera d'autant plus facile que le contexte était émotionnellement chargé, positivement ou négativement : une première rencontre, une chute violente, les premiers pas de son enfant,Ésont beaucoup plus mémorables qu'une journée normale. Pour reprendre l'exemple que nous prenions dans notre première partie : tout le monde se souvient de l'endroit oil il se trouvait quand les tours du World Trade Center se sont effondrées, du contexte dans lequel il l'a appris, etc. Mais notre inconscient est, là encore, plus fort que nous : en se remémorant précisément ce qui s'est produit, l'inconscient va se replonger dans l'émotion que l'événement a provoqué. Ainsi en demandant à quelqu'un de se souvenir d'une situation, on le replonge quasiment dans l'état émotionnel dans lequel il était. C'est ce que les neuroscientifiques nomment la réactivation mémorielle : on réactive un souvenir et l'état émotionnel qui lui est lié. Plus cet état est émotionnellement marquant, plus il va s'en rappeler vite et avec force et surtout l'individu sera d'autant plus réceptif à l'information. En invoquant la shoah, Nicolas Sarkozy réactive la peur, l'horreur, le dégoat que nous avons tous pour cette période de l'histoire, il s'assure l'attention de son auditoire parce que «a fait partie des grands traumatismes de l'histoire fran»aise ; en invoquant l'attentat du World Trade Center, Bush s'assurait le soutien de la population pour partir en guerre contre l'Afghanistan. C'est une tres grande clé de la manipulation des foules, que certains ont bien saisie et utilisée.

Nous soulignions précédemment que la répétition jouait également un grand rôle dans la création de réseaux neuronaux inconscients, que cela signifie-t-il ? En résumé, de la même fa»on qu'une émotion forte, une information répétée, reprise se fixe plus simplement, plus profondément dans la mémoire. « Aucun réseau neuronal ne pourrait se constituer si le facteur déclencheur ne se

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répétait pas des dizaines, des centaines, des milliers de fois . » décrit Christophe André. Cela aussi, les médias, les politiques l'ont bien compris, tout comme Le Bon et ce, bien avant que nous nous attaquions à l'analyse du cerveau. C'est donc là encore un succés lebonien dans l'analyse de l'inconscient et de l'influence du leader sur les foules.

94 BUSTANY PIERRE, in : VAN EERSEL PATRICE, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner, Paris, Albin Michel, collection « Entretiens / Clés », 2012, p. 70.

95 VAN EERSEL PATRICE, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner, Paris, Albin Michel, collection « Entretie ns / Clés », 2012, p. 134.

Pour résumer sur ce sujet des émotions et de la mémoire, on peut dire que nos émotions fortes conditionnent nos réactions futures et leur force. Il ne faut pas non plus oublier que certains circuits neuronaux existent dès notre naissance et conditionnent, dès lors, nos réactions à certaines émotions. La force des émotions et l'ancrage qui s'en fait dans notre mémoire permettent à tout moment de les rendre vivaces à nouveau, grâce au mécanisme de réactivation. Bref, face aux émotions, nous sommes tous égaux, tous malléables : ces processus inconscient se retrouvent chez chaque individu, ce qui semblent confirmer cette idée d'inconscient collectif. Nos émotions nous agissent parfois plus qu'elles ne nous habitent, unissant l'humanité entière. Si on ajoute à la force des émotions, la puissance de la répétition, qui permet elle aussi de créer de nouveaux circuits neuronaux, on comprend mieux pourquoi une foule peut tomber sous l'influence d'un leader, pour peu que celui-ci soit reconnu comme charismatique, prestigieux dirait Le Bon. Plus impressionnant néanmoins, notre cerveau a une caractéristique supplémentaire : il est profondément social.

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