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Y a-t-il un inconscient collectif ? la controverse le bon, Jung et l'apport des neurosciences.

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par Marion Jacquet
Ircom - Albert le Grand - Licence de lettres et sciences politiques 2012
  

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2 . 2 . Le cerveau : organe social

< La mise en résonance des systèmes nerveux vaut pour tous les humains qui entrent en relation, qu'ils soient deux ou au-delà : au travail, entre amisÉUne foule baignant dans la même

96

émotion représente une myriade de cerveaux se mettant au diapason . « On pourrait croire entendre parler Gustave Le Bon quand on lit cette phrase. Pourtant, il s'agit d'une théorie neuroscientifique, qui se base sur une découverte toute récente : les neurones miroirs.

Depuis les années 1920, on nomme empathie, cette capacité humaine qui nous fait ressentir la douleur, la peine, mais aussi la joie d'autrui. On sait également que cette capacité est quelque chose d'innée, qui ne s'apprend pas plus qu'elle ne s'oublie: ainsi les enfants, les bébés font eux aussi preuve d'empathie. Daniel Goleman décrit d'ailleurs ce phénomène, y consacrant un chapitre entier dans son ouvrage sur l'intelligence émotionnelle. Il écrit:

En voyant un autre bébé tomber par terre, Hope, tout juste neuf mois, se mit à pleurer et rampa à quatre pattes jusqu'à sa mère pour se faire consoler, comme si c'était elle qui s'était fait mal. Michael, quinze mois, alla chercher son ours en peluche pour le donner à son ami Paul en pleurs; comme celui-ci continuait à pleurer, il lui apporta la couverture qui lui servait de <doudou «. (É) Les psychologues de l'enfance ont découvert que les bébés souffrent par empathie avant même d'être pleinement conscient du fait qu'ils existent indépendamment des autres97.

L'empathie est donc un phénomène naturel, inné. Mais comment expliquer que l'on puisse ressentir les émotions d'autrui? Comment expliquer que voir quelqu'un tomber nous fasse mal? Comment <attrapons-nous les émotions des autres98 «, pour reprendre l'expression de Van Eersel?

En 1996, Giacomo Rizzolati a fait une découverte qui a ouvert une piste de réponse. Plus qu'une piste, la découverte des neurones miroirs a révolutionné nos connaissances sur le cerveau, mais aussi notre compréhension des interactions entre individus, les phénomènes de contagion, etcÉ Alors qu'ils font une pause-déjeuner, interrompant une expérience sur des singes, le professeur Rizzolati et son équipe vont observer un phénomène étonnant: dès qu'un humain tend la main vers un sandwich, le cerveau du singe réagit. Intrigués les chercheurs vont s'intéresser à l'électro-encéphalogramme: ce n'est pas la zone de la faim qui `s'allume' dans le cerveau du macaque, mais celle gérant les mouvements de la main droite: c'est <comme si le geste de l'humain faisait fonctionner le cerveau du macaque99 « conclut le neuropsychiatre fran»ais Boris Cyrulnik. En fait, quand on voit quelqu'un réaliser un geste qui, pour nous, a du sens, on se prépare biologiquement et neurologiquement à faire la même action. L'imitation existe donc dans les faits,

96 VAN EERSEL PATRICE, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner, Paris, Albin Michel, collection < Entretiens / Clés «, 2012, p. 70.

97 GOLEMAN DANIEL, l'intelligence émotionnelle, Paris, J'ai lu, coll. <Bien être «, 2010, p. 153.

98 VAN EERSEL PATRICE, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner, Paris, Albin Michel, collection < Entretiens / Clés «, 2012, p. 69.

99 CYRULNIK BORIS, in : ibid., p. 53.

mais aussi dans notre esprit: notre cerveau mime les actions qu'il voit accomplir par les autres comme si il agissait lui même. Daniel Goleman en parle comme d'un « réseau wifi neuronal «. Pendant une forte 100

interaction les cerveaux de ceux qui communiquent se mettent eux

aussi au diapason, partageant une activité neuronale similaire. Transposons cela à la foule : une myriade de cerveaux unis, par la douleur, par la peur, par la joie,Éallumerons en même temps les mêmes circuits neuronaux, renfor»ant leur cohésion. Leurs cerveaux se concentreront sur cette émotion, ils seront littéralement envahi par elles (chimiquement par les hormones, électriquement par l'allumage des réseaux) et se laisseront guider. Si il s'agit d'une foule dont les membres ne sont pas ensemble, pour les raisons que nous expliquions précédemment, cela se produira également: soumis à la même émotion, qui est écrite, ancrée dans leur cerveau, ils traverseront les mêmes états émotionnels, agiront en symbiose. Bref, ces neurones miroirs, ou neurones echos, permettent de comprendre les phénomènes de contagion, d'imitation autant qu'ils nous permettent d'avoir une compréhension de l'empathie. Les théorie s de Le Bon sur la foule , sur l'inconscient collectif semblent grandement confirmées par cette réalité neurologique.

Surtout que l'interaction entre êtres humains est absolument fondamentale pour notre cerveau, qui est fait pour vivre dans un milieu social et plein d'interactions, comme le prouvent l'existence des neurones miroirs et celle des neurones en fuseau. Ces derniers vont également jouer un rTMle fondamental, dans cette transmission de l'information entre individus: « ils mettent en branle des processus archa
·ques, qui se déroulent hors de toute conscience, à la vitesse éclair d'un réflexe
101 «. Ces gros neurones que sont les neurones en fuseau sont ceux qui nous permettent en moins de vingt milli èmes de seconde d'analyser un sourire, de décrypter une émotion sur un visage, de reconna»tre le ton d'une voix et de lui associer une émotionÉpour adapter notre comportement. Dans certains cas c'est une question de survie, de soi-même voire d'autrui: il est donc possible en forêt que je sursaute parce qu'une branche ressemblait à un serpent... , inconsciemment mon cerveau à analyser le danger, provoqué une réaction de peur-réflexe, alors que la menace était inexistante. Avant même d'avoir conscience de ce qui m'a fait peur, avant de ressentir cette émotion, j'ai déjà eu une réaction. Daniel Goleman raconte ainsi « Un de mes amis se promenait le long d'un canal. Il vie une fille qui regardait vers l'eau, le visage paralysé par la peur. Sans trop savoir pourquoi, mon ami plongea tout habillé. Alors seulement, il comprit qu'un enfant venait de tomber dans le canal102 « Grâce à ces neurones en fuseau, l'analyse de l'expression faciale de la petite fille lui a permis d'analyser son visage et inconsciemment de déterminer la cause de cette angoisse, sauvant la vie d'un enfant. Cela pousse certains neuroscientifiques à dire que «sans nos neurones en fuseau, nous ne serions pas humains . «. C'est un peu caricatural mais très révélateur de la place (là encore !) des émotions et de l'empathie dans les relations humaines: quelqu'un qui ne ressent rien, qui ne compatis jamais, n'a pas conscience de la douleur des autres, plus que de leur joie, est souvent considéré inhumain.

100 Un partage d'émotions intense entre deux ou plusieurs individus, que l'émotion impliquée soit positive ou négative.

101 VAN EERSEL PATRICE, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner, Paris, Albin Michel, collection» Entretiens / Clés «, 2012, p. 72.

102 GOLEMAN DANIEL, l'intelligence émotionnelle, Paris, J'ai lu, coll. «Bien être «, 2010, p. 37.

Tous les neuroscientifiques semblent s'accorder sur un point : notre cerveau ne peut fonctionner seul. Les tests fait d'isolation ont toujours des effets catastrophiques. On constate que même chez les enfants qui sont délaissés par leur parent, la carence affective va provoquer rapidement des atrophies de parties du système neuronal. Du fait de la plasticité, si on remet cet enfant en relation avec un référent affectif, il se redéveloppera néanmoins. Bref, la presence d'autrui dans notre vie, la presence d'une personne à imiter, d'un cerveau avec lequel fonctionner est essentiel au bon développement de l'être humain. Boris Cyrulnik conclue ainsi cette demonstration « il est certain qu'un cerveau seul ne fonctionne pas. Il lui faut au moins un autre cerveau pour se développer103. «

Que retenir de ce penchant social de notre cerveau ? Qu'il fonctionne en interaction, souvent même en mimétisme ou symbiose, qu'il a besoin d'autrui, d'interactions, qu'il est profondément empathique. La plupart des processus que nous venons de décrire se produisent toute la journée sans que nous en ayons conscience. Il suffit d'une intonation de voix, d'un froncement de sourcil et notre inconscient nous enverra un message imperceptible : « Attention, votre interlocuteur se met en colere ! « Cette part inconsciente profondément sociale semble prouver que nous partageons quelque chose qui nous relie tous.

1 03 CYRULNIK BORIS, in : VAN EERSEL PATRICE, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner, Paris, Albin Michel, collection « Entretiens / Cles «, 2012, p. 52.

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