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Y a-t-il un inconscient collectif ? la controverse le bon, Jung et l'apport des neurosciences.

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par Marion Jacquet
Ircom - Albert le Grand - Licence de lettres et sciences politiques 2012
  

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1.1.3. L'inconscient collectif en marche : la psychologie des foules

On peut saisir la foule comme un inconscient collectif en marche. Une reunion d'individus, dit Le Bon, n'est pas une foule : il faut s'eloigner du sens commun, car la signification au niveau psychologique est « tout autre36 ».

26 ROUVIER CATHERINE, Les idees politiques de Gustave Le Bon, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 70.

27 LE BON GUSTAVE, Lois psychologiques de l'evolution des peuples, Quebec, Presse de l'Universite de Quebec, coll. « Les classiques des sciences sociales », 2006, p. 44. (Edition numerique disponible : http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/lois_psycho_evolution_peuples/le_bon_lois_psycho.pdf).

28 Ibid.

29 Ibid., p. 19.

30 Ibid., p. 21.

31 Ibid., p. 108.

32 Ibid.

33 Ibid., p. 111.

34 LE BON GUSTAVE, Les Opinions et les Croyances, Quebec, Presse de l'Universite de Quebec, coll. « Les classiques des sciences sociales », 2002, p. 16. (Edition numerique disponible : http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/opinions_et_croyances/Opinions_et_croyances.pdf).

35 LE BON GUSTAVE, Lois psychologiques de l'evolution des peuples, Quebec, Presse de l'Universite de Quebec, coll. « Les classiques des sciences sociales », 2006, p. 19. (Edition numerique disponible : http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/lois_psycho_evolution_peuples/le_bon_lois_psycho.pdf).

36 LE BON GUSTAVE, Psychologie des foules, Quebec, Presse de l'Universite de Quebec, coll. « Les classiques des sciences sociales », 2001, p. 17. (Edition numerique disponible : http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psychologie_des_foules_Alcan/Psycho_des_foules_alcan.pdf).

Le Bon définit longuement ce qu'il convient de considérer comme une foule, du moins telle qu'il l'analyse dans le reste de sa Psychologie des foules :

Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d'hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux des individus composant cette agglomération. La personnalité consciente s'évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité est alors devenue ce que, faute d'une expression meilleure, j'appellerai une foule organisée, ou, si l'on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l'unité mentale des foules37.

Peu importe le nombre d'invidus, peu importe s'ils sont physiquement réunis ex plique Le

Bon, ce qui importe c'est la force de l'excitant qui va déclencher l'action de la foule : sous
l'influence de « certaines émotions violentes38 » des individus que rien ne semblent rapprocher

peuvent devenir une foule. Et récemment les exemples sont nombreux : combien de personnes se sont retrouvées hébétés devant leur poste de télévision lors des attentats du 11 septembre ? Un événement traumatisant, au retentissement médiatique hallucinant, qui a parcouru la planète en quelques minutes provoquant une vague planétaire de terreur, a créé une foule. Plus récemment encore, on peut parler de l'affaire Mehra, qui là encore en quelques minutes à immobiliser l'intégralité de la France, autour d'un sentiment : la peur. Tous ces gens hébétés, ahuris, traumatisés par ces évènements ont constitué une foule au sens lebonien.

Ils ont fait parti d' un être collectif, doté d'une véritable unité mentale. Que cela recouvre-t- il réellement ? Bien entendu, l'âme de la race, la constitution mentale, c'est à dire l'inconscient collectif, vont être la base de cette unité mentale soudaine. Comme Le Bon le souligne c'est principalement « par les éléments inconscients composant l'âme d'une race que se ressemblent tous les individus (É) C'est par les éléments conscients (É) qu'ils different. (É) Ces qualités générales du caractère, régies par l'inconscient et possédées à peu pres au même degré par les individus normaux d'une foule, sont précisément celles qui, chez les foules, sont mises en commun 39. » En résumé, l'inconscient collectif, habituellement masqué par la conscience, fruit de

l'éducation, du milieu, etc., semble appara»tre au grand jour quand les hommes sont réunis en foule40.

Quels sont à présent les excitants qui vont motiver la création d'une foule ? Premier excitant, le nombre, qui rend l'individu puissant d'une part et irresponsable car anonyme d'autre part. Deuxième excitant, la contagion. C'est l'idée selon laquelle toute émotion forte ressentie se transmet rapidement d'un individu à l'autre, « toute émotion, tout acte est contagieux à ce point que l'individu sacrifie tres facilement son intérêt personnel à l'intérêt collectit1 . » explique Le Bon, montrant ainsi la puissance de la contagion, qui fait renoncer l'individu à la poursuite de son intérêt propre. Troisième élément, la suggestibilité de la foule : s'inspirant des effets sur un individu de l'hypnose, qui lui faire perdre « sa personnalité consciente42 », Le Bon détermine que

37 Ibid.

38 Ibid., p. 18.

39 Ibid., p. 20.

40 ROUVIER CATHERINE, Les idées politiques de Gustave Le Bon, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 97-98.

41 LE BON GUSTAVE, Psychologie des foules, Québec, Presse de l'Université de Québec, coll. « Les classiques des

sciences sociales », 2001, p. 21. (Edition numérique disponible : http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psychologie_des_foules_Alcan/Psycho_des_foules_alcan.pdf).

42 Ibid.

l ' individu au milieu d'une foule entre un état « fascination 43

dans comparable de ». Comme nous le

discuterons en deuxième partie et comme Le Bon le résume

« [Les actes d'un individu en foule]

sont sous la cerveauÉ 44

beaucoup plus l'influence de moelle épinière que sous celle du «.

Une fois la foule créée, elle va entrer en action grâce à un leader. Le Bon insiste sur le fait qu'il doit utiliser des images simples et fortes, des images qui frappent l'imaginaire de la foule, puisque sa raison est inaccessible. Ces images doivent faire référence à des sentiments forts, excessifs, frappants. Par exemple, comme le souligne Catherine Rouvier dans sa conférence pour liberté politique45, le fait que les enfants assassinés par Mohammed Mehra soient juifs est particulièrement traumatisant, car cela rappelle les déportations d'enfants juifs durant la shoah ; Nicolas Sarkozy n'hésitera pas à jouer sur ce traumatisme pour promouvoir son image, allant jusqu'à dire dans « sa lettre aux Francais [que] si ce n'est pas [lui] , ce sera à nouveau la shoah46 «, dit Catherine Rouvier. Un message simple, fort et faisant appel à un traumatisme passé, qui doit être répété pour s'ancrer dans l'esprit de la foule. Pour peu que ce message soit formulé par une personne qui a du prestige, c'est à dire exer»ant « une sorte de fascination47 », la foule, autoritaire et en tout excessive, l'accueillera et le portera. Affirmation, simple et percutante, répétition, prestige : voilà les trois moyens que peuvent employer les leaders pour agir sur la foule.

Autant de techniques qui seront utilisées par les dictatures totalitaires nationale-socialiste et soviétique, pour imposer leur pouvoir, ce qui vaudra à Le Bon un nouveau lot de critique. On se doit néanmoins de souligner la condamnation que le chercheur avait fait de ses deux idéologies. Il faut également mentionner la critique durkheimienne de Le Bon : Durkheim refuse l'idée d'une psychologie des foules, il ne pense pas que toutes les foules soient influen»ables, suggestibles. Ces allégations, basées sur des réflexions

bien plus que sur des exemples n'ont pas une grande crédibilitéÉmais on comprend qu'elles séduisent politiques et sociologues, qui ne peuvent avouer aux électeurs leur pouvoir sur eux48 !

Pour conclure sur cette théorie lebonienne, on per»oit une division entre une théorie statique et une théorie dynamique. La théorie statique, révèle l'importance de l'inconscient collectif, existant grâce à la race historique, aux accumulations héréditaires, etc. mais restant masquée derrière la conscience, derrière l'éducation. La théorie dynamique montre l'inconscient collectif en mouvement : réunis en foule, les individus laissent l'inconscient collectif prendre le dessus et deviennent des automates aveugles, sensibles à la contagion, se laissant submerger par leurs émotions, répondant docilement aux messages d'un leader. Comme nous le verrons dans notre seconde partie, de nombreux éléments de la théorie lebonienne semblent aujourd'hui vérifiés par les neurosciences.

43 Ibid.

44 Ibid., p. 25.

45 ROUVIER CATHERINE, Conférence du 11 avril 2012, en l'Église Saint Louis d'Antin (espace Bernanos), organisée par Liberté-politique. (Enregistrement disponible : http://vimeo.com/40265162)

46 Ibid., 40mn 45s.

47 LE BON GUSTAVE, Psychologie des foules, Québec, Presse de l'Université de Québec, coll. « Les classiques des sciences sociales », 2001, p. 79. (Edition numérique disponible : http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psychologie_des_foules_Alcan/Psycho_des_foules_alcan.pdf).

48 ROUVIER CATHERINE, Les idées politiques de Gustave Le Bon, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, p. 100- 1 02 .

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