WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

Etudes de la pierre de taille à  travers les temples commémoratifs d'Antananarivo: essai d'ethnologie des techniques


par Haja Mampionona Hillarion RAJERISON
Université d'Antananarivo- FLSH- Etudes Culturelles- Madagascar - Maitrise 2011
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Art et Culture
   
Télécharger le fichier original

Disponible en mode multipage

Etudes de la pierre de taille a travers les

Temples Commemoratifs d'Antananarivo : Essai

d'Ethnologie des Techniques

(Mémoire de maitrise Es Lettres et Sciences Humaines)

Université d'Antananarivo

Faculté des Lettres et Sciences Humaines
Département d'Etudes Culturelles
U.F.R Cultures-Sociétés-Individu

 

Présenté par : Haja Mampionona Hillarion RAJERISON

Membres du jury :

President : Monsieur Lala RARIVOMANANTSOA,
Professeur titulaire

Juge : Madame Lolona Nathalie RAZAFINDRALAMBO, Maitre de
conférences

Rapporteur : Monsieur RAFOLO ANDRIANAIVOARIVONY,
Professeur

Université d'Antananarivo

Faculté des Lettres et Sciences Humaines
Département d'Etudes Culturelles
U.F.R Cultures-Sociétés-Individu

 

Etudes de la pierre de taille a travers les

Temples Commemoratifs d'Antananarivo : Essai

d'Ethnologie des Techniques

(Mémoire de maitrise Es Lettres et Sciences Humaines)

Présenté par : Haja Mampionona Hillarion RAJERISON

Membres du jury :

President : Monsieur Lala RARIVOMANANTSOA,
Professeur titulaire

Juge : Madame Lolona Nathalie RAZAFINDRALAMBO, Maitre de
conférences

Rapporteur : Monsieur RAFOLO ANDRIANAIVOARIVONY,
Professeur

REMERCIEMENTS

Je tiens à exprimer mes reconnaissances à Monsieur RAFOLO ANDRIANAIVOARIVONY en acceptant de diriger ce travail ; d'avoir donné de son précieux temps pour les corrections et les importants conseils.

J'adresse également mes vifs remerciements :

- Aux membres du jury,

- A tous les responsables des centres de documentation et bibliothèques consultés, - A ma famille et amis

A tous ceux qui ne sont pas cités, qui ont contribué de près ou de loin à l'élaboration de ce mémoire, qu'ils trouvent ici l'expression de ma profonde gratitude.

SOMMAIRE

INTRODUCTION 6

I-LA PIERRE ET LES MALGACHES DE L'IMERINA AVANT LES TRANOVATO

CHAP I LES DIVERSES UTILISATIONS DE LA PIERRE EN IMERINA 9

CHAP II L'INTERDIT DE LA PIERRE EN IMERINA DEPUIS ANDRIANAMPOINIMERINA

A RANAVALONA II .19

CHAP III LA LEVEE DE L'INTERDICTION SOUS RANAVALONA II 26

II LE MATERIAU PIERRE DANS LES QUATRE EGLISES COMMEMORATIVES

CHAP IV LES ORIGINES DES CONSTRUCTIONS RELIGIEUSES 32

CHAP V LA CONSTRUCTION DES TRANOVATO 36

CHAP VI BREVES COMPARAISONS DES MONUMENTS EN PIERRE 55

III LES EGLISES DE PIERRE : NOUVEAUX SYMBOLES, NOUVEAUX REPERES VISIBLES

CHAP VII VALEURS DES QUATRE MONUMENTS 61

CHAP VIII LE CONCEPT DE « TRA N~~~~o ,, 70

CHAP IX LES EGLISES COMMEMORATIVES DES NOUVEAUX REPERES ET SYMBOLES. 76

CONCLUSION 83

BIBLIOGRAPHIE 85

TABLE DES ILLUSTRATIONS 89

TABLE DES MATIERES 90

FINTINA 93

RESUME 94

SUMMARY 95

INTRODUCTION

L'usage de la pierre date d'environ deux millions d'années. Les Hommes des cavernes s'en servaient comme outils de défense et de chasse1. Depuis, les techniques et les usages de ce matériau n'ont cessé d'évoluer. Du matériau de survie, la pierre devenait des objets témoignant les croyances ancestrales2. Elle revête de ce fait des caractères sacrés. Une matière associée aux cultes des ancêtres, la pierre occupait, comme ailleurs, une place considérable à Madagascar3, surtout sur les Hautes-Terres4.La présence des Vatolahy dans différents endroits en sont les preuves. L'aménagement de l'habitat y était aussi soumis à des règles strictes au souci du respect des ancêtres. L'art de bâtir, très caractéristique et propre, y était en fonction du climat, du matériau et a été repris de génération en génération. L'arrivée des Européens dans la grande île marquait le début d'une nouvelle ère dans divers domaines.

CHOIX ET INTERETS DU SUJET

L'architecture traditionnelle malagasy se caractérise par l'emploi intégral de matière végétale d'où sa qualification de civilisation du végétal5. Ce style s'imposait du fait du bois, principal matériau à proximité et abondant. La cité était également liée à un édit royal interdisant l'emploi d'autres matériaux que ceux « vivants ». Une nouvelle ère commençait avec les missionnaires dès Cameron (J.) en 1826. Des influences architecturales européennes s'observaient. Les maisons en briques, à vérandas, gagnaient de la place. L'usage de la pierre faisait son apparition avec la construction successive des Temples commémoratifs de la Capitale, des bâtiments à formes et styles importés d'Europe. La levée de l'interdiction des Sampy par Ranavalona II libérait l'ancienne cité pour l'usage de la pierre ; ajoutés à cela, la raréfaction du bois, les incendies fréquents sur la haute ville. Voulant créer des foyers de cultes durables en mémoire des martyrs malagasy, les missionnaires-architectes apportaient de nouveaux styles, de nouvelles techniques étrangères à la population de l'Imerina. Ceci va influencer le domaine de la construction et l'art de bâtir malagasy. L'édification des Temples commémoratifs

1 Période de la pierre taillée- de la pierre polie : Préhistoire, une période que Madagascar n'a connu, jusqu'à la découverte de preuve (exemple : restes humains de 10.000 ans ou des pierres travaillées : polies ou taillées).

2 Les grands monuments sont cependant parmi les plus anciens. Les grands alignements bretons ont été construits entre 4000 et 3000 ans av. J.-C. La construction de Stonehenge en Angleterre a débuté en 2750 ans av. J.-C. et s'est poursuivi jusqu'en 1500 ans av. J.-C. Les grands dolmens de Newgrange et de Knowth sont datés de 2000 ans av. J.-C. Les menhirs de Corse quant à eux datent de 1000 ans av. J.-C. (source : Les mégalithes in Wikipedia)

3 Madagascar est parmi les pays où se localisent les mégalithes, cités par des archéologues.

4 Une recherche concernant les pierres levées a été déjà entreprise (Les Vatolahy dans le Fisakana par RANDRIANANDRASANA, mémoire de maitrise 2005)

5 DOMENICHINI-RAMIARAMANANA (B.) Architecture dans la tradition des hautes terres centrales in Bulletin de l'Académie Nationale des Arts, Lettres et Sciences Tome 71/1-2 1993, pp 13-14

montrait également l'adoption du christianisme, devenu religion de l'Etat, à la place de l'idolâtrie. Toutes ces raisons que nous avons jugées importantes ont déterminé notre choix.

PROBLEMATIQUE

Quelles techniques ont été déployées pour la construction des Temples Commémoratifs d'Antananarivo ? Les connaissances sur les techniques et méthodes de construction, les concepteurs de ces travaux, les ouvriers des chantiers demeurent encore vague voire même inexplorées. Aussi les connaître nous est-il d'un intérêt important. Mais tout d'abord il faudrait essayer d'étudier les diverses utilisations de la pierre en Imerina, ensuite le matériau pierre dans les temples commémoratifs. Enfin que constituent ces monuments par rapport au temps et à l'espace ?

Etant donné que toute technique est une production sociale1, nous posons l'hypothèse que l'adoption des nouvelles techniques contribue à la création de nouvelles identités en Imerina.

METHODOLOGIE DE RECHERCHE

Il est important de cadrer l'étude car les Tranovato témoignent de grandes révolutions dans l'Histoire et la culture de l'Imerina. De ce fait, le recours à une démarche historique est nécessaire. Le fait que ces monuments appartiennent au passé et à l'Histoire, les collectes de données et d'informations se faisaient par consultation de documents, d'ouvrages et d'archives... Il faudrait analyser et interpréter toutes ces informations recueillies d'où l'utilité d'une approche analytique. On ne peut cependant écarter une démarche descriptive ni moins une approche déductive. La conjugaison de ces approches nous permettrait d'étudier au mieux notre sujet.

PLAN DU TRAVAIL

Notre travail se divisera en trois grandes parties. Etant donné que la pierre jouait un rôle crucial bien avant l'édification des « Tranovato », il est nécessaire tout d'abord, dans une première partie de voir les liens entre les Malagasy de l'Imerina et la pierre. Ensuite, on traitera dans la deuxième partie l'utilisation du matériau pierre dans les quatre églises. Enfin, dans la troisième partie, on parlera de la place qu'occupent ces monuments dans la société merina. Nous allons donc entamer avec la première partie de notre travail.

1 Cf. Dictionnaire de l'Ethnologie et de l'Anthropologie P.U.F, Paris 1992

PREMIERE PARTIE

LA PIERRE ET LES

MALAGASY DE L'IMERINA AVANT LES

TRANOVATO

CHAPITRE I LES DIVERSES UTILISATIONS DE LA PIERRE EN IMERINA

La pierre occupait déjà une place considérable dans la vie des Malagasy d'hier. Ce fait s'explique probablement par la présence en abondance de cette matière presque partout. D'ailleurs, les notices géologiques du Docteur Catat (L.)1 ainsi que les descriptions de Copalle2 les confirment. L'Homme Malagasy a autour de lui des matériaux inépuisables. Cette importance était également, du fait de son usage, observable dans le quotidien de nos ancêtres. En effet, la pierre était utilisée dans plusieurs domaines de leur vie. Nos ancêtres ont exprimé leurs capacités et leur savoir faire par l'intermédiaire de cette matière. La pierre était intimement liée à la vie des Malagasy d'autrefois. Nous allons donc par la suite, expliciter étape par étape ce lien qui attachait la matière pierre et le Malagasy de l'Imerina dans sa civilisation bien avant l'édification des Tranovato.

I-1 LA PIERRE DANS LES FORTIFICATIONS- PROTECTION DE LA CITE

Conquérir des terres afin d'agrandir le territoire et le royaume était toujours dans l'objectif des souverains qui se sont succédés à Madagascar. La plupart des anciennes cités de la grande ile, surtout en Imerina, étaient pourvues de Hadivory (littéralement : fossés). Ces sortes de grands canaux étaient aménagées dans l'ultime but de protéger, un village et son peuple contre toutes sortes d'invasions extérieures. En plus de ces fossés qui entouraient la cité, il y avait également le kodiavato (portail en disque de pierre). La pierre a été grossièrement façonnée pour obtenir une forme circulaire. Cette forme a été prise de façon à ce qu'on pouvait facilement la manier quand vient le matin pour sortir ou la fermer le soir ou en cas de guerres ou présence d'envahisseurs. La présence de telle construction montre déjà les savoir faire et les capacités créatrices des anciens. En effet, même s'ils n'avaient en leur possession que des techniques et outils rudimentaires, nos ancêtres, avec les matériaux existant, créaient des objets monumentaux. Des questions sur les moyens de transports de ces matières méritent également d'être élucidées. En effet, vu que nos techniciens avaient à faire à des mégalithes, on se demande comment ils étaient transportés ? Qui se sont chargés de cette lourde tâche ?... Il est également à noter que le disque de pierre, pour éviter qu'il ne tombe facilement, était toujours accompagné de deux autres pierres qui ont des formes (grossièrement) allongées, appelées poternes. Ces dernières qui se trouvent à l'intérieur du mur de protection servaient de cale pour le disque de

1 « Antananarivo est située sur un massif rocheux de gneiss et de granite. Le gneiss à feld- spath et à quartz grisâtre émergent du sol, en gros blocs dans les quartiers de Faravohitra ; Fiadanana ; Ambohipotsy ... » in Etude du patrimoine architectural urbain de Tananarive

2 Madagascar d'autrefois in Revue de Madagascar 3é- 4é trimestre 1969 pp 5- 61

pierre. Il y a également la grosse dalle de pierre qui sert de traverse au portail, appelée linteau en haut des deux poteaux de pierre.

Photo1 : un portail d'entrée d'un village d'Ambatomanga avec disque de pierre à droite (Le portail a été déjà modifié pour que les véhicules puissent entrer au village)

Photo. 2 Photo. 3

Photos 2 et 3 : Un portail sis à Andohalo (cliché de l'auteur) et une ancienne porte

(Ambatofisaorana) in Histoire de Madagascar (G. BASTIAN et H. GROISON) p71

Ces techniques de protection s'observaient également ailleurs mais pas seulement en Imerina. Dans le pays Betsileo par exemple, on observait d'autres formes de protection du village. A une certaine époque, l'agglomération était établie sur la pointe extrême des montagnes. Les parties basses, marécageuses étaient malsaines, inhabitables1 .Cet aménagement était bien protégé du coté des pentes

1 Histoire de Madagascar p54 par G. BASTIAN et H. GROISON, Paris 1967

douces par des remparts de pierres surmontés d'épines fixés par des blocs mobiles. Les portes des multiples enceintes se fermaient par d'énormes pierres que l'on poussait de l'intérieur1.

I-2 LA PIERRE DANS LES NOMS DES LIEUX : TOPONYMIE

La matière pierre, comme nous l'avons évoqué précédemment abonde dans l'environnement depuis toujours. Le Malagasy d'hier aimait observer et étudier le lieu où il se trouvait. Il était en liaison très étroite avec sa nature. Ce caractère curieux et intelligent le permettait de donner des noms au milieu qui a été observé ou qui lui servait de territoire. Les composantes biologiques et écologiques du milieu permettaient d'en céder un nom. Beaucoup de lieux à travers la grande île portent le nom avec la mention pierre en préfixe. Que se soit un quartier, un village, une ville, il en existe presque partout. Des chercheurs ont même affirmé que le nom de notre pays « Madagascar » veut dire, si on le décompose, la « pierre des Malagasy » (Malagasy ; Hara=vato : vaton'ny Malagasy)2.

Les noms de ces endroits, mentionnant la pierre, varient selon les caractères, les qualités, les couleurs de cette dernière. On peut prendre l'exemple de : Ambatofotsy (littéralement pierre blanche) ou Ambatomena (pierre rouge), Ambatomanga (pierre bleue), Ambatomainty (pierre noire)...Des noms de quartiers et villages qui se rapportent sur les couleurs des rochers ou pierres qui s'y trouvent. Des noms peuvent également être donnés en fonction d'une personne, d'un individu qui avait de l'influence ou occupait une place importante dans les anciennes sociétés ou autres raisons... Nous pouvons prendre l'exemple d'Ambatondralambo (de la Route Nationale 3).Ralambo était un des souverains merina de l'ancienne époque. Il y a aussi Ambatondrafandrana là où se trouve le tribunal sous la reine Ranavalona II, près du palais de la reine (pierre de Rafandrana). Un autre quartier porte le nom de ce personnage : Ampandrana.

D'autres types de noms de village et/ou quartier ont été également donnés par rapport à la stature de la pierre. Il y a par exemple Ambatomitsangana (le quartier de la ville d'Antananarivo et village se situant sur la route nationale 3) qui veut dire littéralement pierre levée (ou dressée).Des noms en rapport avec les caractères de la matière pierre. On a tout d'abord Ambatomitokana (litt. : à la pierre qui est seule ou isolée) (un village de la route nationale 3), après, il y a Ambatomiranty (route vers Sadabe) qui veut dire la pierre exposée, bien visible ; ensuite ; viens Ambatomirahavavy (route nationale 1) les pierres soeurs ; enfin, il y a Ambatobevohoka (litt. : à la pierre enceinte) (qui demeure jusqu'à présent dans un de nos proverbes) qui veut dire littéralement la pierre enceinte.

1 D'après DUBOIS in Histoire de Madagascar p 40 G. BASTIAN et H. GROISON

2 Rakibolana Rakipahalalana, d'après RAFOLO A.-Akademia MALAGASY Antananarivo 2005, pp 837-838

La liste des toponymes malagasy mentionnant la pierre est vraiment innombrable. On ne peut pas les citer, tous, dans notre recherche, mais quelques uns seulement. En tout cas, on peut affirmer, partant de ce qui a été dit que la pierre occupe une place importante dans la vie des Malagasy d'hier. D'autres faits montrent également l'importance de la pierre dans le quotidien des Malagasy.

I-3 LA PIERRE DANS LES DICTONS ET PROVERBES

Les Malagasy des anciennes époques se distinguaient par leur sagesse. En effet, même si nos ancêtres n'avaient aucune idée sur ce qu'étaient l'école et l'écriture (qui n'ont fait leur apparition qu'au XIXe siècle sous Radama I), ils avaient des connaissances. Ces connaissances mélangées de sagesse se manifestaient en partie par des formes oratoires. Le Kabary tenait depuis des siècles et des siècles une place importante dans tous les faits et événements qui se passaient dans leur vie. En fait, le Kabary consiste à savoir jouer des mots en employant des Sarin-teny et Fanoharana, des Haiteny ou des Tsilalaon-teny. Ce sont des figures de styles utilisées durant une prise de parole, une discussion.... Le choix des mots utilisés se faisait avec le plus grand soin. Un de nos dictons dit clairement « Avadibadiho im-pito ny lela vao miteny » (litt. : il faut bien modérer ou peser ses paroles). Nos ancêtres font toujours références à leur environnement et entourage pour s'exprimer. En se référant à leur monde (avec les repères comme l'espace et le temps), ils ont pu, avec l'habileté de « jouer » avec les mots, créer, inventer, imaginer des situations ou des constats.

Chaque objet ou matière dans les quotidiens des Malagasy d'hier avait sa place. En ce qui concerne la pierre en particulier, beaucoup de proverbes en parlent. Celle ci, comme dans la sous partie que nous avons traitée précédemment ; car elle tenait une place importante pour eux. Les gens d'hier comparaient leur vie avec tout ce qui les entourait en utilisant des proverbes et des figures de style. Dans une société on peut toujours rencontrer des problèmes et une petite déstructuration mais cela, après discussion et éclaircissement, finit par s'arranger. «Vato ambany riana: tsy mikorontana fa mifanam-boatra toerana» ou «Vato an-dava-drano: tsy miady fa mifanajary toerana» (litt. Des rochers sous une cascade: ils ne sont pas en confusion mais s'aménagent entre eux). La vérité est une des valeurs qui était importante dans la vie des Malagasy. Beaucoup de dictons en parlent également comme « Ny marina tsy mba maty ».Les anciens croyaient que nous récolterons les résultats de toutes les choses durant notre vie « Ny atao no miverina ». Tout acte venant d'un individu se retournera, tôt ou tard, que se soit une bonne ou mauvaise action, contre lui. On ne peut tout cacher. Tout se dévoilera au grand jour «Vato an-tanimbary : na tsy voan'ny antsy fararano aza, ho tratry ny angady

lohataona » 1(litt. Un rocher d'une rizière : si la faucille de la moisson ne le touche ; la bêche s'en chargera en automne). La présence dominante de la jeune génération fait forte pression sur la précédente et dont les jours sont comptés « Ny tanora vato mandondona, ny antitra hazo amorontevana » (litt. Les jeunes sont des gros rochers pressants ; les âgés des arbres au bord d'une falaise).

Il y avait autrefois des situations où même une chose que l'on estime sans importance l'était pour les anciens. Il y a un dicton qui dit « Tain'omby mivadika aza misy tompony » (litt. Une bouse de boeuf retournée a déjà un propriétaire). Ceci, afin de préserver le « Fihavanana » et de garder une certaine harmonie de la société. On respectait ne serait-ce qu'une minime des règles de cette société. La confiance régnait entre les personnes de peur du « tody ».Si on demandait du service ou de l'aide à quelqu'un on pouvait espérer une réponse satisfaisante : « Mandry ivohon'ny vato » (litt. dormir sur de la pierre), une matière stable sans changements importants.

Nous pouvons donc affirmer que les Malagasy savaient parfaitement tirer et comparer leurs vies quotidiennes à d'autres formes de vies de leur entourage. Le sens de l'observation qu'ils avaient montre leur intelligence et leur sagesse incroyable sans même fréquenter l'école. Il y également d'autres situations qui montraient l'importance et les liens entre le Malagasy d'hier et la matière pierre.

I-4 LA PIERRE DANS LES COMMEMORATIONS

La terre des ancêtres « Tanindrazana » (litt. Terre des ancêtres) occupe une place fondamentale dans la vie des Malagasy. L'importance de cette dernière demeure dans le fait qu'elle est le patrimoine le plus sacré. En outre, cette terre va être le lieu où se reposera, dans le caveau familial le corps d'un défunt. En outre, le commerce est une des activités qui fait vivre beaucoup de Malagasy, en l'occurrence, ceux de la région de Manjakandriana et ceux du sud (faire du « varo-mandeha » ou « mila ravinahitra » : faire du commerce). Cette nécessité « filàna ravinahitra » pousse le Malagasy à quitter son Tanindrazana pour voyager afin de trouver, de chercher l'utile (Mitady ny mahasoa), ce qu'il y a de meilleur. Ceci est justifié même par le proverbe : « Ny fitadiavana (filàna) mahazaka maniraka » (litt. La nécessité pousse à partir).Chacun se déplace, parfois tout le temps, afin d'essayer de vivre au mieux et de satisfaire les besoins nécessaires. Presque partout dans la grande île, dans chaque région, on observe un cosmopolitisme. Quitter son Tanindrazana ne pose pas de problème. Cependant, il y a souvent des cas où le voyageur, très loin de ses terres ancestrales ou faute de moyens ou pour d'autres raisons(attaquer par les dahalo et corps introuvable) ne parvient plus à rentrer, et même mort le corps

1 Ny Ohabolan'ny Ntaolo nangonina sy nalahatr'i COUSINS (W.) sy PARRETT (J.), p 148 Imprimerie Imarivolanitra Tananarive, 1912

n'a pas été rapatrié. Le concept de « very faty »ou « tsy hita faty » (litt. corps du défunt non rapatrié ou disparu) n'est pas acceptable pour les Malagasy. Croyant qu'il existe une autre vie après la mort et que les Razana bénissent, les vivants en prenaient soin. Ceci également dans le but de les honorer parce que leur souvenir est cher à leur entourage. Les Malagasy essayaient toujours de rapatrier le corps d'un défunt au caveau familial. Quelques fois, seuls les membres du disparu parviennent à la famille. Cette situation serait à l'origine du terme Taolam-balo (ou littéralement huit os).En effet, pour éviter des difficultés de transport, on enlevait -dit-on- les chairs des os des bras et des pieds et on amenait seulement ces huit os afin de les inhumer dans le tombeau familial. Dans certains cas, la situation de « very faty » (litt. : corps du défunt introuvable) se réalise vraiment. Le Malagasy est doté d'un sens de respect envers le défunt (qui va devenir Razana), d'une part et d'une créativité étonnante et imaginative, d'autre part. Cette créativité se matérialise par l'utilisation de la pierre. Cette matière, ornée et sculptée symbolise la perte d'un être et pour en garder des souvenirs. Lebras (J.F.)1 évoque un exemple de pierres levées qui commémorent la disparition de personnes. Ces pierres, au nombre de quatre à cinq, sises à Ambohimanarivo (RN3 vers Anjozorobe) sont dédiées, dit-il, à quelques personnes. Une de ces pierres porte une inscription « Fahatsiarovana an'i Razafinatoandro mianaka very faty tamin'ny tany malagasy ».Ces pierres ont été érigées tout simplement pour qu'on ne les oublie jamais. Selon le Tantara2 les pierres débout ont quelques raisons d'être érigées. Premièrement, parce qu'un tel est mort et le corps n'arrive pas au tombeau familial car on ignore l'endroit où il était décédé. Les membres de la famille du défunt, pour se souvenir de leur bien aimé, érigeaient une pierre en sa mémoire. Deuxièmement, ces pierres sont également des monuments funéraires édifiés sur des lieux où ont été déposés des restes mortels. Enfin, ces constructions qui parsèment les collines de l'Imerina sont mémorielles.

Photo 4 : une Pierre commémorative sise à Talatan'ny volonondry en souvenir des défunts

(RN3) à coté d'une tombe (cliché de l'auteur)

1 In Transformation de l'architecture funéraire en Imerina LEBRAS (J.F.), 1971- p116

2 Ibidem p 116

Partout dans la grande île, il existe beaucoup de formes et types de pierres levées. Selon Lebras1, on distingue deux types de pierres levées (en Imerina).Il y a d'un coté l'Orimbato. Il y a de l'autre coté les Tsangambato. Ces types de pierres débout avaient leurs justifications et raisons d'érection distinctives. Si la première est érigée afin de commémorer des événements guerriers ou publics ; des adoptions ; des procès ; des achats..., la deuxième par contre, entrait dans le cadre de souvenir d'un défunt. L'exemple que nous avons cité auparavant, illustre cette dernière. Pour la première catégorie, nous pouvons prendre comme exemple la stèle de l'Independence sise à Antaninarenina. Ce monument était érigé afin de commémorer notre Indépendance proclamée le 26 juin 19602. Le deuxième exemple, c'est la stèle à l'Université d' Antananarivo, à l'entrée de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. Ce monument marque la 180e année (1823-2003) de l'introduction de l'écriture à Madagascar sous le règne de Radama I. Il existe encore d'autres usages de la pierre.

I-5 AUTRES UTILISATIONS DE LA PIERRE

I-5-1 Marque du pouvoir, du territoire et de la collectivité

Le Vatomasina (pierre sacrée) jouait un rôle crucial dans les anciennes sociétés Malagasy, du point de vue de la gouvernance. En effet, à chaque fois qu'un souverain meurt il y avait toujours quelqu'un qui la succédait. Celle ou celui qui accédait au trône devait se montrer au peuple lors du « Fisehoana ». Il (ou elle) devait monter sur le vatomasina et prononcer le discours royal. Cette action était vraiment nécessaire car elle montrait au peuple que le nouveau roi (ou reine) prenait les pleins pouvoirs. Le peuple tout entier lui devait obéissance et toutes les terres lui appartenaient ainsi que certains animaux domestiques (Omby mazava loha-Volavita).En Imerina et ailleurs, selon Rasoarifetra3, interviewée par une des presses locales, la pierre sacrée (vatomasina) jouait un rôle crucial dans la construction d'une société. En effet, ce chercheur affirmait que : « c'était une coutume en Imerina et partout dans la grande île ; quand on construisait un village, que le roi déposait une pierre montrant que la terre et le pouvoir lui appartenaient ».Cette coutume héritée des Indonésiens était, selon elle, transmise depuis bien avant le règne d'Andrianjaka (1610-1630).Certaines informations affirment que c'était au XIVe siècle que cette tradition était instaurée à Madagascar.

1 In Transformation de l'architecture funéraire en Imerina

2 In Histoire de Madagascar

3 Journal Ao raha paru le 16 février 2010 numéro 1352 Article écrit par ANDRIANTSIFERANARIVO (B.) p 4 rubrique Société- Recherches récentes que RASOARIFETRA (B.) avait faites à propos du palais de la reine à Manjakamiadana pour l'obtention du Doctorat.

Cette manifestation du pouvoir par la pierre était également visible ailleurs. Dans le pays Betsileo, le roi Andriamanalina du Lalangina (1750-1780) fonda le royaume d'Isandra et groupait, par la force, par la diplomatie ou par ruse les fiefs indépendants du Betsileo sous son autorité. Ce roi marquait tous ses territoires et son autorité par des Vatolahy1. Les pierres levées symbolisent également d'autres situations. En effet, d'après Randrianandrasana2, les Vatolahy commémorent la fondation d'un village. Tout en l'érigeant, on se souvient de la date de la création mais aussi l'événement qui se sont déroulés durant cette fondation. Les pierres débout peuvent être également des témoins de la solidarité de la population. En effet, ériger une pierre d'une taille monumentale qu'étaient certaines pierres levées n'était en aucune manière chose facile. De telles érections avaient forcement besoin de beaucoup de mains d'oeuvres que ce soit dans le transport ou bien dans l'érection proprement dite. Il y a même un village appelé Ambatonaorina (Fandriana) dans le Betsileo du nord dédié aux 150 hommes de Sahamadio pour leurs collectivités. La solidarité de ceux qui avaient érigé les pierres levées était donc prouvée par les pierres elles-mêmes. Tous ces monuments sont des preuves concrètes de notre passé et font partie de ce qui forme notre Histoire. L'érection de pierres levées ne se limitait pas seulement dans la commémoration d'événements ou de personnes. Il y a aussi, par exemple, le Vatolahy érigé sur le lieu de passage de Ranavalona II à Amoron'i Mania. D'autres formes d'utilité de la pierre existent également. Berthier3, évoque que les Tatao, des amas de pierre dressée en des points levés ou des croisements de routes, seraient élevés à la demande d'une personne, lorsque cette dernière était encore envie. Ceci permettait à ceux qui l'honoreraient après sa mort de voir leurs voeux exaucés.

Les ancêtres ne meurent pas, pour les Malagasy, ils continuent à vivre dans l'au-delà. C'est seulement après l'exhumation que le défunt deviendra Razana. Mais il passe à de différents stades avant d'en arriver là. Après la mort, il y a le stade où on l'appelle revenant (angatra), l'esprit est encore errant. En attendant son exhumation, le revenant se transforme en Avelo ou Ambiroa. Dans l'Ankay (Bezanozano), beaucoup de personnes croyaient et continuent à croire que les vivants ont le devoir d'ériger des pierres levées pour les morts. Ceci pour que ces derniers aient leurs « Zara tokontany 4» afin qu'ils n'errent partout. Les Tsangambato dans cette localité, pour certaines familles sont groupés en un seul endroit. Ceux dont le corps n'a pu être rapatrié à leur Tanindrazana ont également des pierres levées avec celles de la famille. Dans d'autres régions, il y avait également d'autres types d'utilisation de la pierre.

1 In Histoire de Madagascar - les pierres levées de ces époques ressemblent donc aux bornes posées par le service des domaines actuelles marquants la propriété d'une personne ou d'un groupe de personne. Pp 38-39.

2 In Les Vatolahy dans le Fisakana pp 20-29(mémoire de maitrise ès Lettres 2008).

3 In Transformation de l'architecture funéraire en Imerina LEBRAS p116.

4 Tantaran'i Madagasikara isam-paritra RANDRIAMAMONJY (F.)

I-5-2 Lieu du « Dina » ou du « Velirano »

Il existe beaucoup de pierres débout dans l'Ankay. Ces monuments présentent les différents aspects de l'Histoire de cette localité et également les formes de la vie de sa population. L'alliance avait pour les anciens une importance cruciale. Même s'il n'existait aucun lien de parenté entre deux individus, ils avaient quelque chose de commun et se comportaient comme de vrais consanguins. Ils avaient consolidé leur lien par le Fatidrà. Afin de préserver ce Fihavanana, ils construisaient un Orimbato qui témoignaient les pactes à respecter (« Velirano natao am-pasambazimba ka izay mivadika kely ila »).Ces pierres se groupaient également et s'alignaient. On appelait ces gens des Mpiray Saotra .Il y a également le Vato Filahoana. Ce type, avec association de grosses et de petites pierres, a la même fonction que le Tatao que nous avons évoqué pour le cas du Betsileo. En effet, c'est là qu'une personne se met débout pour prier et demander les bénédictions de ses ancêtres et ses dieux. On a enfin le Vato natsangana qui est dédié à des personnes célèbres. Beaucoup d'entre eux portent de noms dans l'Ankay.

Beaucoup de Malagasy croient que les pierres au dessus des tombeaux de Vazimba sont sacrées et ont des pouvoirs d'exaucer des voeux. Certaines personnes viennent même offrir des sacrifices tels un coq rouge ou un mouton. On éparpillait le sang des offrandes sur les pierres1. Des fois, on les enduisait d'huile lorsque les prières ont été exaucées : « Vato nahitàna soa aza hosora-menaka » (litt. On oint une pierre bienfaisante)

Photo 5

Un autre exemple de Vatolahy qui était dit-on à l'origine du nom du village
Ambatomitsangana à Talatavolonondry (RN3)

1DELAHAIGUE-PEUX affirmait, dans son livre intitulé Manjakamiadana 1996, p84 que par la « pierre les souverains affirmaient leurs droits : parce qu'ils ne savaient par écrire, les rois d'autrefois firent des pierres leurs titres d'héritage, un titre durable et qui ne serait jamais détruit .Cette pierre sainte était une pierre polie, taillée et enfoncée profondément sur laquelle on rependait le sang d'un boeuf [..j et devant laquelle le roi invoquait les Dieux, le créateur et les ancêtres ».

I-5-3 La pierre dans les jeux

Les enfants Malagasy d'autrefois avaient des jeux qui leur servaient de passe-temps quand ils gardaient les animaux ou quand venait le soir (diavolana) .En effet, la société ancienne avait différents jeux qui leur étaient propres. A l'aide de l'argile par exemple, les garçons façonnaient des petits zébus : kiombiomby. Avec de la bouse de zébu sèche et du fandrotrarana (herbe) on creuse un trou sous terre et on obtenait l'amponga tany.

Concernant la matière pierre, elle occupait également une autre place dans les jeux et divertissements. En effet, des jeux malgaches anciens montraient l'utilisation de la pierre. Le Tanisa, un jeu qui consiste à jongler au moins deux pierres, par exemple, était l'un qui figurait parmi les jeux de l'Imerina1.Il y a aussi le Tsobato, exclusivement pour les filles, avec cinq petites pierres au moins, il consiste à savoir les jongler afin d'accumuler des points. Les Fanorona et les Katro employaient également des pierres comme pions. Les fillettes quand à elles, utilisaient (certaines encore l'utilise actuellement) des morceaux de pierres personnifiées pour des Tantara pour imiter ou reproduire des scènes de la vie quotidienne.

La pierre était vraiment liée à la civilisation malagasy. Ceci est visible dans beaucoup de situations dans le quotidien de nos ancêtres. Les Malagasy d'autrefois accordaient une place importante aux différents éléments de leur nature et de leur environnement. Cette importance est prouvée par l'idée de Manan-jina ou de Misy tsininy (qui sont sacrés). Beaucoup d'endroits à travers la grande île par exemple, ont leurs tabous, des interdits qui ne devaient et ne doivent en aucun cas être profanés ou transgressés. Les Malagasy savaient parfaitement associer les « matériaux » de leur entourage avec les cultes et les besoins nécessaires aux quotidiens. Prévenant les attaques et agressions venant de l'extérieur et pour protéger le peuple, on construisait des fossés et des murs pourvus de portails avec des disques de pierres ; on érigeait des pierres dans les fondations de village, marquages de territoire ou bien dans les jeux des enfants. On peut donc en conclure que la pierre était utilisée presque dans toutes les facettes de la vie quotidienne des anciens. Certes, la pierre était vraiment liée à notre civilisation par sa présence dans le quotidien des Malagasy d'hier. Cependant, il existait quand même des limites du fait qu'elle était liée à un interdit. Nous allons par la suite essayer de donner des explications sur cet interdit.

1 « Tanisa, tanisa, lalaon'Imerina... » Extrait de la parole de la chanson de NALY (J.)

CHAPITRE II L `INTERDIT DE LA PIERRE EN IMERINA DEPUIS ANDRIANAMPOINIMERINA A RANAVALONA II

Les Malagasy d'autrefois, bien avant l'entrée du christianisme, avaient leurs croyances1.En effet, ils croyaient à des « forces surnaturelles »supérieures à eux et qui peuvent être bénéfiques ou maléfiques par rapport aux actes et comportements de chacun. Nos ancêtres respectaient l'espace qu'ils considéraient comme sacré2.Beaucoup de lieux, du fait de cette force invisible ont été spécialement choisit pour les objets divinisés. Nous pouvons citer comme exemple la construction et l'orientation d'une maison, son emplacement par rapport au caveau...Il y a également les animaux interdits tels le porc (fady ho an'ny andriana, sy ny vazimba), le chien (tabous à Vohipeno)3 et bien d'autres. Considéré comme sacré, un objet, un endroit ou une place, afin de conserver sa sacralité, avait et certains continuent d'avoir des interdits. Ces tabous ne peuvent en aucun cas être profanés. Les anciens croyaient qu'il arriverait malheurs à ceux qui osaient enfreindre ces interdits. Les souverains Malagasy avaient également leurs « dieux », les sampy royales qui assuraient des rôles importants dans le royaume tout entier et vénérés par le peuple (ambanilanitra).

II-1 LES PALLADIUMS ROYAUX

A l'origine les sampy étaient des talismans ody en forme de chapelet. Ils se portaient soient au cou soient aux membres ou en bandoulière 4.Cette dernière forme est faite exclusivement pour les guerriers qui partaient en expédition. Les sampy étaient donc aux débuts individuels. Chaque personne avait « quelque chose »qui la protégeait. Au fil du temps, surtout en Imerina, des amulettes considérées comme les plus importantes furent misent à part. La puissance de ces derniers n'était plus individuelle mais collective. En effet, cette puissance s'appliquait à un clan tout entier ou même à un peuple entier. Les fétiches devenaient des objets de véritable culte avec la montée au pouvoir d'Andrianampoinimerina au début du XIXe siècle et conservèrent leurs pouvoirs jusqu'au règne de Ranavalona II. Ces talismans se caractérisaient par des pouvoirs étendus et des efficacités multiples,

1 C'est visible dans un de nos proverbes « Aza ny lohasaha mangina no jerena fa Andriamanitra antampon'ny loha »

2 Madagascar et le christianisme HUBSCH (B.) éd. p 29

3 « Taboo » RUUD (J.), pp 77-110 « les animaux tabous », Imprimerie luthérienne 1970

4 Les sampy, idoles royales in Revue de Madagascar 2é trim. VALMY(R.)1956 p 56

« Ary izany Anakandriana izany tsy olona tsy biby fa zavatra tsy fantatra...ary lava-bato no itoerany ery Fandàna atsinanan'Ambohimanambola no itoerany...nandehanan'ny olona betsaka ka hataka sy vavaka ary hasim-bola no anaovana eo... » A l'origine du sampy, un être légendaire Ranakandriana in Tantara ny Andriana p 82.

Les sampy avaient les mêmes statuts que les dieux, des dieux visibles (tapakazo, fonosam-pasika, landihazo voadidina vakana atao anaty vata ...) Madagascar et la Christianisme HUBSCH (B.) éd, 1993 édition

Karthala/Ambozontany p 83.

des talismans polyvalents. Le roi et peuple entier accordaient à ces sampy des statuts de véritables dieux, on les abritait dans des cases spéciales. Leurs gardiens dit-on avaient des castes spéciales (qu'Andrianampoinimerina les avait conférés un statut).La transmission de cette tâche se fait de père en fils ainé et le gardien devait avoir les parents vivants. On les attribuait le nom de mpiandry sampy ou Mpanazary, et ils sont considérés comme des personnes que l'on ne peut condamner (tsy maty manota) quelque soit les fautes qu'ils avaient commises. Selon Valmy1, avant de partir en guerre ou en expédition, il y avait des invocations des sampy. Ce sont des rituels et cérémonies préliminaires qui consistaient à se « doper », à demander des forces pour être plus fort que l'adversaire. Pour que les pouvoirs de ces sampy aient les effets sur quelqu'un, des fady étaient strictement à respecter. Il y avait par exemple l'interdit du hena ratsy, viande de boeuf immolé lors des funérailles, pour tout les sampy.

Depuis les temps d'Andriamasinavalona, on attribuait des places fixes aux palladiums. Ces derniers étaient au nombre de douze2, comme les collines sacrées de l'Imerina (avec les douze femmes).Le chiffre « 12 » était symbolique et sacré, un chiffre royal. Ikelimalaza se trouvait à Ambohimanambola ; Ifaroratra à Alasora ; Ifantaka à Ambohitrandriananahary ; Ramahavaly à Andrarakasina ; Itsimanompolahy, Rahambana et Rafiringa à Alasora ; Izanaharitsimandry et Imanjaibola étaient également prisent par Andrianjaka comme royales. Andriatsitakatrandriana introduit Imaroakany ; Ratsimahalahy et Rabeaza par Andriatsimitoviaminandriana et Imanjakatsiroa par Andrianampoinimerina.3

Les sampy sont les protecteurs du royaume en Imerina. Ils avaient certains pouvoirs et occupèrent des places importantes dans la vie aussi bien de la royauté que du peuple. Ils sont tellement importants qu'avant chaque action à entreprendre, il fallait les invoquer et demander leur protection. Chaque sampy, avec ses pouvoirs étendus et efficaces avait leurs spécialités. On invoquait celui ci pour une telle raison, on invoquait tel autre pour telle autre...Les sampy royaux avaient également des hiérarchies selon leurs pouvoirs. Le souverain confiait aux sampy son royaume pour sa bonne marche. Les rois qui se succédèrent en Imerina avaient chacun leurs talismans depuis Ralambo jusqu'à Andrianampoinimerina. Ces sampy intervenaient dans tous les aspects de la vie. Ils avaient des

1 Les sampy, idoles royales in Revue de Madagascar 2é trim 1956 p 56

2 Tantara ny Andriana eto Madagascar 2é edition tome I 1981 RP CALLET

Tantaran'i Madagasikara isam-paritra » RANDRIAMAMONJY (F.) p 424

Une autre version dans le livre revue de Madagascar 1956, dans l'article de VALMY (R.) intitulé Les sampy, sampy royales pp 56-64 affirme qu'il y avait 12 sampy royales. Parmi eux, 06 seulement avaient autrefois acquis une grande Célébrité. Rakelimalaza à Ambohimanambola ; Manjakatsiroa à Ambohimanga ; Ramahavaly à Amboantany ; Rabezaha à Manankasina ; Rafantaka à Ambohimanga et Ratsimalahady à Ambohitrolomahitsy.

interventions dans la politique, sur le plan militaire (« avia sampy manatona ahy ; hamoriako tany sy fanjakana »hoy Andrianampoinimerina)1.

Chaque sampy avait certes de pouvoirs. Le peuple et le roi accordaient leurs confiances. Pour que les demandes aient une réponse favorable et que la société en bonne marche, il fallait respecter les interdits fady de chaque talisman.

II-2 LES Fady D'IKELIMALAZA

Les palladiums étaient d'origine populaire. Rakoto (I.)2 précise même qu'ils les étaient durant la période d'extension et d'unification du royaume en Imerina du XVIII et XIXe siècle. Ils furent confisqués par la royauté sous la forme de sampimasina, pour devenir un élément important de l'appareil de l'Etat et dans son fonctionnement.

D'après ce que nous avons parlé précédemment, parmi les sampy, il y avait ceux qui acquéraient des célébrités et des renommés très importants. Ikelimalaza(ou Rakelimalaza), « le petit célèbre » était parmi eux. Ce sampy, considéré comme le dieu des sampy, venait du Betsileo3.Il appartenait à Ikalabe et au début il n'était qu'un simple talisman protecteur des rizières. Ikelimalaza est considéré comme le plus ancien des sampy. En effet, on dit qu'il remontait au roi Ralambo4 et qu'il avait occupé la première place et avait le droit au parasol rouge et au Hoby, une acclamation particulière. Il résidait à Ambohimanambola ensuite, au rova avec une case spéciale construite à droite du portique d'entrée donnant accès à la cours. Il avait une grande importance parce que c'était grâce à lui qui Ralambo, Andrianjaka et d'autres rois avaient pu régner5.

Les sampy étaient des objets de cultes et de cérémonies pendant les royautés. Le roi ainsi que tout le peuple entier s'adressaient à eux pour des demandes des bénédictions. Aux temps d'Andriambelomasina, les offrandes étaient des Malaza6 et des vola tsy vaky (monnaie de ces époques). Pour que ces demandes aient un résultat satisfaisant et que les sampy agissaient vraiment des fady

1 Tantara ny andriana eto Madagascar, p227 cité par RAKOTO (I.), RAMIANDRASOA (F.), RAZOHARINORO in Corpus d'histoire du droit et des institutions fiche 12 : NY SAMPY, E.S.S DEGS juin 1975 Université de Madagascar

2 In Corpus du droit et des institutions fiche 12

3 Les sampy, idoles royales in revue de Madagascar 2é trim 1956

DOMENICHINI (J.P) affirme dans Les dieux aux services des rois « Ny Sampin'andriana » pp 62-126 que c'était au sud de l'Ikongo que ce sampy a été ramené

4 « [...] fiarovana amin'ny aretina sy fitondra-manafika Ikelimalaza.ka izy no sampy nitokisan-dRalambo sy Andrianjaka ka hatramin'ny Ranavalona [...] » in Tantaran'ny Malagasy manontolo RAINITOVO

5 Tantara ny Andriana Tome I 2é edition 1981

6 Les Malaza était des boeufs appelés Omby Jaka destinés à la royauté in Les dieux au service des rois (Histoire des sampin'andriana) DOMENICHINI (J.P.) pp 62-126

étaient à respecter. Ikelimalaza interdisait des animaux tels que le cochon, le cheval, le chat, l'escargot... ; des objets européens. Les européens ne pouvaient entrer dans le village où il se trouvait1.Il y avait également des jours autorisés « andro velona »2 pour les offrandes et demander les bénédictions.

Ikelimaza interdisait également certaines constructions. Considérées comme une matière sans vie et inerte, la pierre était formellement prohibée pour la construction de maisons. Jusqu'en 1869, personne n'avait l'autorisation la pierre3 dans la construction car elle figurait parmi les fady (tabou ou interdits) d'Ikelimalaza. Cette matière était destinée exclusivement pour la construction de tombeaux et de sépultures et pour autres monuments funéraires. L'interdiction s'applique dans toute la cité. Même le transport des matériaux avaient des hiérarchies selon le type de construction. Pour une habitation, il faut tout d'abord transporter les bois, les briques et les autres matériaux. La pierre était la dernière matière à transporter sur le sentier (certaines personnes conservent cette coutume jusqu'au nous jours). Contrairement à cette première construction, la matière pierre était transportée avant les autres sur le lieu à bâtir pour la construction de tombeau. Les sampy royales d'un autre coté n'aimaient pas des matières mortes comme la pierre. A l'intérieur de la vieille ville, on ne pouvait mettre ensemble des constructions en pierre et le sampy, protecteurs de la cité.

La pierre était donc jusqu'alors considérée comme une matière morte, froide et inerte ne pouvait être la matière première pour la construction des habitations des vivants. En effet, étant donné que la société traditionnelle malgache était fondée sur le culte des ancêtres, la pierre était réservée exclusivement pour les demeures et commémorations des morts, de ceux qui ne bougeaient plus c'est à dire des caveaux. « Mivoaka amin'ny varavaran-kazo, miditra amin'ny varavaram-bato » (litt. Sortir du porte en bois ; entrer par la porte en pierre), un proverbe qui montre vraiment que les deux états d'un être sont séparés. Encore en vie, celui ci demeure dans une maison faite de matière vivante (le bois pour la porte).Mort, il doit le quitter pour se reposer dans un git sans vie (porte en pierre).Il est à noter que c'était sous le règne du grand roi Andrianampoinimerina que la loi interdisant toutes constructions avec le matériau pierre était vraiment en vigueur. Dans ses travaux de recherche, Delahaigue-Peux4 affirme que « [...] les obligations de la ville à construire uniquement en bois date d'Andrianampoinimerina [...] ». Liée à une interdiction aux temps des rois de l'Imerina, la pierre était surtout utilisée pour les cultes des morts. Celle-ci a été utilisée essentiellement et uniquement pour la

1 Les sampy, sampy royales in revue de Madagascar 1956 VALMY(R.) pp56-64

2 Les jours autorisés étaient le lundi-mercredi-jeudi-dimanche (andro fanetsehana azy) in Tantara ny andriana eto Madagascar Tome I 2é édition 1981 R P CALLET

3 Transformation de l'architecture funéraire en Imerina 1971 LEBRAS (J.F.)-Histoire de Madagascar BASTIAN (G.) et GROISON (H.), Paris 1967

4 « Manjakamiadana ou le palais de la reine » 1996 p 14

construction des tombeaux. Comment était donc l'aspect de la cité des mille à ces époques ?, quels étaient les matériaux de construction ? Telles sont les questions que nous tenterons d'élucider dans les prochains paragraphes.

II-3 LES MATERIAUX AUTORISES

Tenant compte des tabous d'Ikelimalaza, d'après ce que nous avons évoqué précédemment, on ne pouvait jamais ériger des maisons qu'avec des matériaux vivants. En effet, même dans les jours favorables pour évoquer ce sampy, il fallut choisir les « andro velona » (littéralement jours vivants) pour que les demandes soient exaucées. Dans toutes ses constructions, nos ancêtres avaient toujours et uniquement utilisés des matériaux vivants. Puisque la pierre était interdite par des lois royales, ils utilisaient des matières végétales pour toutes constructions. La plus fréquente des ces dernières était le bois, ensuite, il y a le jonc...Cette utilisation de matière exclusive nous positionne dans ce qu'appelle Domenichini-Ramiaramanana (B.) « Civilisation du végétal »1 ; qui, en fait, dessine l'identité culturelle des Malagasy d'hier. On observait fréquemment des trano kotona, faites avec des madriers, type commun de l'habitation merina au XIXe siècle ou également des trano sarendry. On peut citer par exemple la case du roi Andrianampoinimerina, les besakana des palais d'Ambohimanga et de Manjakamiadana ou celui de Radama II sis à Ilafy. Notons que c'était aux temps d'Andrianampoinimerina que l'architecture en bois s'était développée. La construction de maison en bois a commencé, selon Belrose Huygues2avec ce roi qui forma des charpentiers et désigna des chefs pour les commander. Il y avait également des cases du peuple dont l'intérieur était couvert d'un enduit ; une mixture de chaux et de bouse de vache, parfois tapissé de nattes de jonc3.Ces maisons avaient tous à peu près les mêmes formes. Les toits de ces maisons étaient soient des chaumes soient des planches minces en forme de tuile qui sont appelés des bardeaux4.Tout cela montraient déjà une très grande capacité créatrice de nos ancêtre qui montre leurs savoir faire avec les matériaux de la nature et des inventions techniques étonnantes. L'auteur de l'article « architecture dans les traditions des hautes terres centrales » affirme même que le sens étymologique du terme « architecte » veut dire patronmaître des ouvriers du bois. On peut dire alors que les Malagasy d'hier étaient de véritables architectes. Bien avant l'arrivée des étrangers, ils avaient déjà certaines connaissances sur ce qu'était construire,

1 Architecture dans la tradition des hautes terres centrales in Bulletin de l'Académie Nationale des Arts, Lettres et Sciences Tome 71/1-2 1993

2 « Un exemple de syncrétisme esthétique du XIXe siècle » in Omaly sy Anio 1975(1-2)

3 Histoire de Madagascar BASTIAN (G.)-GROISON (H.), p 69, Paris 1967

4 « Architecture traditionnelle à Madagascar : reflet de l'identité d'un peuple », article de RAFOLO A. in Madagascar fenêtre décembre 2002 pp100-116

l'art de bâtir, d'aménager leur terres d'occupations. Certes, ils étaient de vrais architectes doués de multiples talents. Cependant toutes ces constructions, puisqu'elles avaient tous comme matières première des végétaux, n'avaient que de courte durée d'existence. En effet, ces constructions qui devraient être des témoins visibles de notre passée sont dans la plupart des cas incapables de traverser des siècles. Attaquées par des insectes (termites par exemple), et par les pourritures et souvent aussi par des incendies, ces constructions succombent et réduites à néant. C'est seulement à partir de récits et histoires écrites qu'on peut connaître que tels ou tels types de constructions, de tels bâtiments ont existé auparavant. Seules quelques constructions ont réussi à voyager dans le temps en Imerina, ils ont quand même reçus quelques touches de réhabilitations en gardant toujours les formes originelles. A l'exemple, ce que nous avons prit auparavant, le Besakana et le Mahitsielafanjaka d'Andrianampoinimerina et le Lapa de Radama II .Ces types de constructions et l'utilisation des végétaux étaient rencontrées presque partout dans l'île. D'après Decary1, à Madagascar, il existe des habitations tribales dont les aspects et les modes de constructions varient tout en respectant certaines règles générales d'ordre technique ou rituel avec les conditions physiques extérieures et la nature des matériaux. Ce sont en général des végétaux surtout dans les régions côtières. L'habitation humaine est conditionnée par les caractères naturels du pays. Le sol ; le climat et autres facteurs jouent des rôles cruciales. Les maisons doivent s'adaptées au pays comme s'y adaptent les habitants.

A part le fait que certaines matériaux de construction n'étaient pas autorisés à savoir la pierre et quelques végétaux (vintanina ; amontana : attirant la foudre, valimpangady ; lambinana qui sont réservés aux morts...)2, il y avait également eu une autre raison majeure dans le choix de matériaux de construction. Nous savons tous que le nom de la capitale était autrefois (retenu jusqu'à aujourd'hui) Analamanga (la forêt bleu).Ce nom nous donne une impression qu'à une époque, cette ville était couverte d'arbre. La population locale de ces temps avait donc une matière vraiment à proximité. Parce que la matière qui domine et qui existe le plus était le bois, ceci devait être plus utiles par tous pour construire. Il ne fallait pas aller loin pour chercher de quoi construire.

Nos ancêtres savaient parfaitement utilisés cette matière bois dans la construction de leurs habitations. Ils n'avaient pas seulement fiés à leurs capacités créatrices pour les érections. Pour eux et pas moins pour nous, toutes constructions sont toujours liées, selon Ratsimiebo3 aux destins zodiacaux (vintana).Il ajoute également que nulle ne construisaient qu'avec leurs sampy protecteurs. Toutes constructions avaient un sens et une signification bien définie et représente des fonctions symboliques.

1 In « Contribution à l'étude de l'habitat à Madagascar », imprimerie Marri poney Jeune, 2 place de la libération 1958 p3

2 In « Tantara ny andriana eto Madagascar » RP CALLET cité par DECARY dans « Contribution à l'étude de l'habitat à Madagascar » p 10

3 La cité des mille, CITE- TSIPIKA, ISBN 1998, p33.

Si on parle techniques de construction, on peut dire que les Malagasy en avaient. En effet, voyant les cases qui ont pu résistées et réussies à traverser des siècles et des siècles, on peu dire que les créativités et l'imagination étaient présentes. Nous pourrons nous demander comment les ouvriers de ces époques avaient fait pour transporter le mat grandiose qui se trouve au centre de la case besakana d'Andrianampoinimerina... ou pour le dresser ? Il a fallu certes beaucoup de monde pour cela et avec une technique bien définie .Cet art de bâtir, d'aménager l'espace ;nous pouvons affirmer que nos ancêtres les avaient déjà puisqu'il savaient en ces temps qu'il fallait construire sur les hauteurs (collines et sommets ).Ce choix pour pouvoir guetter l'ennemie mais surtout pour éviter les inondations et les montées des eaux et que les bas fonds étaient faites pour les cultures. Ils avaient comme matière vraiment à proximité le bois et ils en pouvaient user bon leur semblent de cette matière. Cette usage du bois comme matière première fait que toutes les cases même celui des souverains1 étaient en bois et avaient toutes à peu près les mêmes formes et orientations. Ces formes et architectures représentaient en fait l'identité de ce peuple.

De même dans les architectures funéraires, nos ancêtres savaient utiliser le matériau pierre qui était attribuée exclusivement pour ce domaine bien avant l'arrivée des Européens. D'après Lebras2, il y avait des styles prélabordiens tels les rochers aménagés, les types à gradins, les sépultures indéterminées, la sépulture royale...Autant de savoir faire liés à la matière.

Des influences venues de l'étranger s'observaient quand Radama I ouvrait la porte aux Français et les Britannique. La coopération apportait des fruits au bénéfice des Malagasy. On peut prendre pour exemple les jeunes Malagasy envoyés en Angleterre pour y apprendre l'artisanat et d'autres la musique3 à l'île Maurice. Nombreux développements étaient apportés par ces étrangers. Premièrement la mise en place d'une armée. Deuxièmement des progrès spirituels et intellectuel par l'entrée de l'écriture et la première école et aussi la traduction de la bible en langue malagasy. Enfin, troisièmement, des progrès de l'artisanat, de la forge et de la bijouterie, de la charpenterie et maçonnerie(le commencement du remplacement de la toiture en herana en bois).Sous le règne de Ranavalona I, cette coopération s'était affaiblie. Vu que c'était une reine conservatrice, elle considérait les vazaha comme des « diables ».Ils étaient même chassés du territoire4. Radama II, quant à lui essayait de réouvrir à nouveau les portes de Madagascar aux étrangers. Ce souverain accordait

1 En différence avec celles du peuple, les maisons des souverains étaient en planche et pourvues de cornes « tandro-trano »

2 LEBRAS op. Cit

3 Neuf jeunes garçons pour les artisanats et huit pour la musique in « Tantaran'i Madagasikara isam-paritra » RANDRIAMAMONJY (F.) 2006 p 505

4 Départ de tous les étrangers au mois de juin 1836. A partir de la, le christianisme était interdit et il y avait des terribles persécutions à l'encontre de ceux qui s'opposaient aux dires de la reine. RANDRIAMAMONJY (F.) op. Cit p517

beaucoup de faveur aux Français1. La coopération avec les britannique n'était pas vraiment visible durant le court règne de ce roi mais les sites (quatre) pour les futures églises commémoratives étaient obtenues sous son règne.

Rasoherina quant à elle renouvelait les coopérations avec les étrangers et commençait également à travaillait avec les Américains. Deux figures sont à retenir dans l'Histoire des innovations des constructions et de l'architecture en Imerina et même dans d'autres régions de l'île. Cameron (J.) (Ingahikama) était parmi les missionnaires les plus importants. Il arrivait dans la capitale le 6 septembre 18262. Il y avait aussi le Français Laborde (J.) (Sous Ranavalona I).C'était cet homme qui concevait le palais royal en bois. Il avait pour la première fois construit des fonderies pour la fabrication de fusils à Ilafy. Il construisait également le haut-fourneau à Mantasoa pour le fer et l'acier transformés en fusils, en canons et épées... Celui ci apportait des innovations dans la construction de tombeaux3 avec des pierres équarries des arcades et balustrades et divers décorations (de plusieurs hauts personnages Malagasy comme celui de Rainiharo...)

Ce qui marquait le plus l'Histoire du royaume malagasy c'était l'arrivée au pouvoir de Ranavalona II. Nous allons par la suite voir les changements culturels apportés par cette reine.

CHAPITRE III LA LEVEE DE L'INTERDICTION SOUS RANAVALONA II

III-1 RANAVALONA II AU POUVOIR

Rainilaiarivony, le premier ministre de cette époque avec quelques officiers avaient déjà tout préparé en ce qui concernait la personne qui succèderait à Rasoherina, la reine qui venait de rendre son âme. Ils décidèrent que ce serait Ramoma4, cousine de la défunte reine, qui devrait être la nouvelle souveraine. Le lendemain, on annonçait et la mort de la reine et le nom de celle qui la succèderait. Selon les hommes forts de cette époque, la nomination de celle-ci était conforme à tous ce qu'Andrianampoinimerina disait étant donné qu'elle était la fille de Ramasindrazana soeur de Ranavalona I.

1 BASTIAN (G.)- GROISON (H.) op.cit. p 85 Beaucoup de cadeaux ont été offert par la France lors du couronnement de ce roi, la couronne du roi était un présent de l'empereur Napoléon III et de l'impératrice Eugénie. Un des plus grands accords avec la France était la charte Lambert.

2 « Ingahikama » COUSINS traduit par RANDZAVOLA Imprimerie Imarivolanitra. Ce grand homme avait également revêtu en pierre le palais construit par Laborde.

3 LEBRAS (J.F.) op.cit. 1971

4 RANDRIAMAMONJY (F.) op.cit. p 535Elle était également une des épouses de Radama II

La première apparition de la reine qui avait prit le nom de Ranavalona II au peuple était la date du 03 septembre 1868 à Andohalo. Cette fête avait été assistée par les officiers et les familles des nobles. En plus de cela, un peuple d'environ 150.000 venait acclamer la nouvelle reine. Elle décrivait dans son Kabary les grandes lignes de ses projets pour diriger son royaume. Dans son discours la reine affirma selon Randriamamonjy1 que chacun était libre de suivre la religion qu'il voulait. Donc la reine officialisait une bonne fois pour toutes la liberté religieuse en Imerina.

Ainsi instaurée, cette liberté de choisir sa religion se cristallise par la déclaration de la reine, lors de son discours de suivre le christianisme et d'en faire la religion de l'Etat.

III-2 LA CONVERSION DES DIRIGEANTS AU CHRISTIANISME

Lors de son apparition à Andohalo, la reine avait à ses cotés une Bible. Le trône avait également un versé de la Bible (« Voninahitra any Andriamanitra amy ny avo indrindra-fiadanana amy ny avo indrindra-fiadanana amy ny tany-fankasitrahana amy ny olona-Andriamanitra no antsika »).Contrairement à celle-ci, tous les souverains qui se sont succédés avaient lors des intronisations les sampy royales2.Ranavalona II quand à elle, lors de son intronisation, affirme Delahaigue-Peux3, avait exclu les gardiens des sampy le jour de la fête du Fandroana. Les représentants des sampy furent écartés du protocole et à leurs places tenaient des chapelains et des pasteurs.

A partir de la date du 25 octobre 1868, des cultes protestants avaient eu lieu dans le palais. Pour confirmer l'appartenance au protestantisme, la reine Ranavalona II et le premier ministre Rainilaiarivony avaient été baptisés le 21 février 18694. La reine ordonna à tous ses sujets que désormais il faudra cesser de travailler le dimanche, car c'est un jour consacré aux prières.

Pour pouvoir prêcher librement et être plus proche, la reine avait fait construire un temple dans l'enceinte même du palais royal. Avec l'avènement de Ranavalona II au pouvoir affirme DelahaiguePeux5 : « une très importante décision royale de libérer la ville de son obligation datant d'Andrianampoinimerina de construire uniquement en bois. Cette reine, en même temps qu'elle devenait chrétienne, décida de faire construire un temple dans l'enceinte du rova ; mais pour cela, il faut lever l'interdit sur l'habitat ». En effet, pour affirmer sa conversion au christianisme la reine

1 « Tantaran'i Madagasikara isam-paritra » p536

2 «Tamin'ny zoma 12 jona 1829 nisehoan'i Ranavalona I tao Andohalo.Notazoniny teny an-tanany ny fanevan'ny sampimpanjakana anankiroa dia Rafantaka sy Imanjakatsiroa» in Tantaran'i Madagasikara isam-paritra p 508

3 « Manjakamiadana ou le palais de la reine » édition l'Harmattan, Paris 1996 p 80

4 « Tantaran'i Madagasikara isam-paritra » p 536

5 « Manjakamiadana ou le palais de la reine »

mettait fin aux interdits de la pierre en l'utilisant comme matière première dans la construction de ce temple. La levée de ce tabou a permit également plus tard, le revêtement en pierre de Manjakamiadana. Le passage du bois vers la pierre confirme le passage du royaume malgache de l'idolâtrie au christianisme. D'autres raisons de la levée de l'interdit sont également évoquées. Dans le livre « Manjakamiadana »1, l'auteur ajoute que l'Imerina avait connu une désertification progressive due probablement aux emplois incalculés du bois. Il y avait aussi d'autres part, des séries d'incendies qui faisaient ravage du fait que le bois est une matière très combustible surtout quand il est sec. Toutes ces raisons favorisaient l'avènement de la pierre (matière robuste résistante) et incitaient la souveraine à lever le tabou de la construction. Pour affirmer au monde entier et au peuple cette tournure vraiment importante dans la vie de la société, la reine avait prit des décisions qui va marquer l'Histoire de la foi et de la croyance en Imerina.

III-3 L'AUTODAFE : LA DESTRUCTION DES SAMPY ROYALES

La vie et la bonne marche de la société étaient confiées pendant des années aux sampy. Chacun en avait chez lui et devait également respecter ceux du royaume. Le peuple aussi bien que les souverains depuis Andrianjaka jusqu'à Ranavalona I faisaient confiance à ces sampy. Ils leur accordaient même des statuts de dieux visibles2. La montée de Ranavalona II au pouvoir était un tournant qui marquait l'Histoire. Se déclarant chrétienne et recevant le baptême, cette souveraine modifiât complètement la tradition qui s'était succédée au cours du temps. Pour marquer la noblesse et la continuité du règne, celle ou celui qui était au trône devait construire un édifice3.Andrianampoinimerina édifia Mahitsielafanjaka ; Radama I Tranovola...Ranavalona II, quant à elle, érigea à son tour un temple totalement en pierre. Ce temple symbolise la relation entre le christianisme, l'Etat et sa conversion. Cette construction annonçait également la rupture avec la tradition. En effet, aucun souverain n'avait jamais osé construire avec d'autres matériaux que le bois à cause des interdits des sampim-panjakana. Ce bouleversement de la tradition était également matérialisé par le revêtement en pierre du palais en bois construit par Laborde pour Ranavalona I. Trente ans plus tard, Cameron le missionnaire-architecte britannique utilisa la pierre pour le rendre plus solide et plus durable. Cette décision était prise pour vaincre une bonne fois pour toute les sampy du

1 DELAHAIGUE-PEUX p88

2 «Madagascar et le christianisme» HUBSCH (B.) éd, p84

Ny sampy dia nalamin'Andrianampoinimerina, nomena lanja teo amin'ny Fanjakana-Radama tsy dia nino ny sampyRanavalona nanandratra an'Ikelimalaza...

3 « Tantaran'ny Tranovato anatirova »

royaume. « Le temple du palais signait la conversion d'une reine au protestantisme et rompait avec les règles établies. Cette mutation était le prix à payer à la nouvelle religion [...] »1

La reine, dès son accession au trône, se déclara chrétienne et démontra ce changement d'une façon révolutionnaire. En plus de la pose de la première pierre2 du temple au palais, une marque de la volonté de remplacement d'un culte par un autre, Ranavalona II ordonna la destruction de toutes les sampy royales.

Le 8 septembre 1869, le gardien d'Ikelimalaza, Ratohatra avec des nobles et officiers se rendaient chez la reine afin de lui faire savoir qu'elle avait encore des devoirs envers ce sampy de l'Etat. La tradition voulait que celui ou celle qui vient d'accéder au trône devait honorer le fétiche Ikelimalaza qui lui appartenait. La reine en retour donna l'ordre de les détruire tous car ils ne servaient à rien3.En plus de cela, ces sampy était, pour les missionnaires, des faux dieux et des obstacles à la conversion du peuple.4

Ranavalona II envoyait donc des officiers à Ambohimanambola pour détruire Ikelimalaza lahy et à Amparafaravato pour Ikelimalaza vavy. Ifantàka à Ambohimanga ; Ramahavaly à Amboatany ... Les destructions se succédaient de jour en jour (du 8 au 10 septembre 1869 selon Randriamamonjy).Des sampy des périphéries de la capitale étaient également touchés. Il y avait Itsimahalahy à Ambohitrolomahitsy ; Rahodibato de Vakinisisaony.

En un mois, presque tous les sampy populaires de l'Imerina étaient détruits. Depuis, chaque village avait la conviction de construire un temple ou une église.

La pierre occupait donc une place vraiment importante dans la civilisation malgache. On la rencontrait souvent dans le quotidien du peuple. La culture matérielle malgache ne peut se passer de cette matière. Présente dans les proverbes, la pierre se personnifie et donne une idée de la structure que pourrait avoir la société malagasy et son fonctionnement. Elle caractérise également un lieu ; un endroit ou un village par sa forme ou par d'autres critères. Des systèmes de fortifications, conçus par nos ancêtres étaient également faits avec des pierres (kodiavato), des portes d'accès : disque de pierre de

1 DELAHAIGUE-PEUX (M.) op.cit.

2 RANDRIAMAMONJY. Op.cit p 536 Le mardi 20 juillet 1869

«[...] nanomboka tamin'ny 25 oktobra 1868 dia nisy fotoam-pivavahana protestanta tao Anatirova.Natao batisa ny mpanjaka sy ny praiminisitra ny 21 febroary 1869[...] tamin'ny 4 jolay 1869 dia noraisina ho mpandray ny fanasan'ny Tompo ny mpanjaka sy ny praiminisitra [...] »

3 « ... Ary satria izaho no tompo'Ikelimalaza, dia hodorako ny ahy fa mandrebireby ny vahoakako, mihambo ho andriamanitra nefa tsy mahefa na inona na inona. Ka hodorako ny ahy hahitanareo ambanilanitra ny laingany fa ho lasanko setroka sy hanjary ho lavenona... » In Tantaran'i Madagasikara isam-paritra p537 RANDRIAMAMONJY- « [...] tamin'ny taona 1877 no nodoran'i Ranavalona II Ikelimalaza [...] » In Tantaran'ny Malagasy manontolo RAINITOVO

4 « Bible et pouvoir à Madagascar, invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat » RAISON-JOURDE (F.) pp 314- 320

deux mètres en moyenne de hauteur en plus des tamboho ou des fossés aménagés. Cet usage de la pierre se situe dans le contexte profane. Mais dans une société fondée sur le culte des ancêtres comme la notre, affirme Delahaigue-Peux1, la pierre était réservée à la demeure et à la commémoration des morts. Elle devenait également un moyen de laisser des souvenirs et des héritages pour les descendances.2Bien avant l'introduction des innovations apportées par Laborde, les Malagasy avaient déjà honoré les défunts. Ils plaçaient le corps à plat, protégé par une dalle et recouvert ensuite par un amas de pierre grossièrement cubique ou parallélépipédique3.Il existe d'autres types de sépultures (à part celui-ci) construits par nos ancêtres. Malgré toutes ces attributions pour cette matière, son utilisation se limita dans la construction de caveau du fait qu'une loi datant d'Andrianampoinimerina interdisait son usage dans la construction d'habitation surtout à l'intérieur de la cité. Cette matière, considérée comme sans vie, était également tabous pour les sampy royales. Les souverains qui se succédaient, respectaient cet interdit jusqu'à Ranavalona II. Arrivée au pouvoir, la souveraine, se déclarant chrétienne, prenait une décision cruciale puisqu'elle va libérer la ville de son obligation de construire uniquement par le bois. Elle décida en même temps de faire construire un temple en pierre dans l'enceinte même du palais. Ce Tranovato représentait une rupture audacieuse avec la tradition par l'utilisation de la pierre comme matière. Dès 1863, les églises commémoratives s'élevaient à Antananarivo alors que le bois demeurait le seul autorisé à l'intérieur de la cité. La levée du tabou en 1868 permettra un an plus tard le revêtement en pierre de Manjakamiadana. Le passage du bois à la pierre était né de la volonté d'affirmer l'appartenance à une nouvelle religion. La fin du tabou correspond également à une période de développement technique qui favorisait la pierre dans la construction de ces édifices religieux. Le matériau pierre sera le centre d'intérêt de notre deuxième partie. Nous allons y démontrer les techniques de construction, les savoir faire et créativités du génie humain, dirigés par les missionnaires-architectes Cameron, Sibree ; Pool. Nos sites d'études seront les quatre temples (protestants) commémoratifs d'Ambatonakanga ; Ambohipotsy ; Faravohitra et Ambonin'Ampamarinana.

1 DELAHAIGUE-PEUX p84

2 Ibidem p84 « [...] parce qu'ils ne savaient pas écrire, les rois d'autrefois firent des pierres leur titre d'héritage, un titre durable et qui ne serait jamais détruit. Cette pierre sainte était une pierre polie, taillée et enfoncée profondément sur laquelle on rependait le sang d'un boeuf ou d'un coq [...] et devant laquelle le roi évoque les Dieux, le Créateur et les ancêtres... »

3 LEBRAS op. Cit.

DEUXIEME PARTIE :

LE MATERIAU PIERRE DANS

LES QUATRE EGLISES

COMMEMORATIVES

Chaque souverain du royaume merina avait chacun des points qui le différencient de ses prédécesseurs. Ces différences étaient constatées par les exploits ou les travaux que d'autres, auparavant, ne pouvaient, n'imaginaient ou même n'osaient entreprendre. Chaque règne se caractérisait par des innovations, d'autres apportaient des changements car comme disaient les ancêtres « Miova andriana, miova sata ». Roi ou reine essayait d'apporter développement et prospérité pour la cité. Andriamanelo, seul descendant de Rangita faisait abondamment forger le fer à ses sujets1. Ralambo, son fils quant à lui avait amené l'arme à feu en Imerina... Le grand Andrianampoinimerina, petit fils d'Andriambelomasina essaya d'organiser l'Imerina en obligeant son peuple (Fokonolona) à travailler. Radama I, créait la première armée pour le royaume. Avec les Européens (Français et Britannique) qui étaient encouragés par le roi à s'installer en Imerina, l'école voyait le jour2par l'entrée de l'écriture. Il y avait également, en son temps la traduction de la bible en langue malagasy. On assistait à des progrès politiques, intellectuels, spirituels et techniques. Après ces règnes de prospérité et de développement, Ranavalona I sera à l'origine des persécutions des chrétiens et de xénophobies qui seront les points de départ des constructions sur lesquelles cette étude se basera. Un long règne de persécution de Ranavalona I marquera le XIXe siècle. A sa fin, la « liberté » revenait de nouveau. Les étrangers apportaient leur soutien, des innovations du point de vue technique s'affirmant par les différentes constructions dans la capitale et ailleurs en guise de souvenirs d'événements ou de personnes.

CHAPITRE IV : LES ORIGINES DES CONSTRUCTIONS RELIGIEUSES

IV-1 RADAMA II AU POUVOIR ET LA LIBERTE DE RELIGION ET DE CULTE

Le terrible règne de Ranavalona I prit fin le 15 aout 1861. Son fils Rakotondradama montait au pouvoir. Ce nouveau roi était adoré et respecté par le peuple. Une nouvelle ère commençait. En effet, Radama II proclamait la liberté religieuse. On parlait souvent du passage du Tany maizina au Tany mazava. Une fois cette liberté déclarée, le royaume n'était plus concentré sur un seul pôle de la notion du sacré. Il y avait d'un coté, le vieux Malagasy attaché aux coutumes et traditions et d'un autre, les catholiques et les protestants3. Dès son arrivée au trône, Radama II ordonna la libération de tous les

1 Ce roi peut ainsi disposer d'armes supérieures à celles des voisins (sagaies à pointe de fer). Il était aidé par les Taimorona ; forgeait également des angady pour assécher les marécages in « Histoire de Madagascar » p52

2 ROBIN, un Français apprenait à lire et écrire au roi, fonde la première école puis les missionnaires britanniques en créaient une trentaine en Imerina.

3 Annales de l'université de Madagascar, série Sciences Humaines n°11, 1970 RAISON-JOURDE (F.)

détenus sous Ranavalona I1. Quand la liberté religieuse était proclamée, les chrétiens dans chaque village essayaient de construire une église. Il y avait eu par exemple, le Trano zozoro, premier temple à Amparibe, à Ambondrona puis à Ambatonakanga. Ces temples ont été tous fondés en 1861. Le roi, voulant changer le cours de l'Histoire avait fait une proclamation à Tamatave2 qui autorisait tous les étrangers à résider à Madagascar s'ils le voulaient.

Coté coopération, contrairement à son père Radama I qui favorisait les Britannique durant son règne, Radama II, quant à lui optait pour une nouvelle direction. En effet, ce souverain était en proche contact avec plusieurs vazaha. Laborde jouait un grand rôle dans son éducation. Il a été même dit que c'était lui qui avait poussé Radama II à aimer le christianisme et les Français. On peut dire donc que les Français avaient l'Avara-patana : le privilège et les traitements de faveur du roi. Beaucoup de conventions et de contrats furent signés durant son règne. Les Français savaient bien « parler » aux jeunes nobles qu'ils réussissaient à les faire signer des papiers d'accaparation de terre.3Néanmoins, face à ce privilège, Radama II avait quand même autorisé les Britannique à continuer leurs oeuvres après 30 années d'absence. Les missionnaires britannique par l'intermédiaire d'Ellis, un des délégués de la mission avaient des grands projets pour honorer les martyrs de la foi de Madagascar.

La grande île n'était plus isolée du reste du monde. Les coopérations se multiplièrent en nombre. Aussi bien que les Britannique, les Français recevaient une grande part. Signé le 10 septembre 1862, la charte Lambert était la plus importante. Plusieurs dirigeants et la grande partie du peuple éprouvaient du mécontentement envers cette charte et envers le roi. D'autres comportements4 du roi également avaient incité des nobles dirigés par Rainivoninahitriniony à l'assassiner le 11 mai 1863.

IV-2 LE PROJET D'ELLIS (W.)

Aussitôt que la liberté de culte et de religion fut proclamée, les diverses coopérations avec les étrangers réouvraient de nouveau. Cette réouverture était surtout marquée par le retour des missionnaires aussi bien français qu'britannique. Les missionnaires français explique Randriamamonjy

1 « [..j raha vao nanomboka nanjaka Radama II, dia nanome teny mba handefasana ireo mpifatotra saiky novonoina.Nisy 17 izy ka ny 9 dia efa maty tam-patorana ka ny 8 sisa tra-pamonjena [..j namoaka didy Radama II nanome famotsorankeloka ho an'ny voaheloky ny fitsaram-panjakana rehetra tamin'ny alahady 1 septambra 1861. »

RANDRIAMAMONJY op. Cit. pp 523-524

2 RANDRIAMAMONJY (F.) ibidem p 524

3 RANDRIAMAMONJY donne des exemples comme celle de BETIA à Sainte-Marie et TSIMIEKO à Nosy Be. Mais la plus importante des conventions était le Charte Lambert qui autorisait ce Français à exploiter le sol et le sous-sol malgache.

4 Le roi était dépendant de l'alcool-avait comme conseillers les Menamaso que personne n'aimaient

(F.) arrivèrent dans la capitale le 11 novembre 18611. Les Britannique, eux aussi débarquèrent au pays peu de temps après.

Ces derniers marquaient vraiment notre Histoire. En effet, les Britannique ont énormément contribué au développement de la capitale et ses habitants au cours du XIXe siècle. Ils avaient sur le plan intellectuel apporté l'écriture durant le règne de Radama le père. En son temps également, les connaissances techniques des jeunes Malagasy se développèrent avec la création d'atelier (Cameron). Avec la volonté d'étendre d'avantage l'évangélisation sur la terre païenne, les Britannique érigeaient des édifices religieux.

Ainsi, arrivé dans la capitale le 16 juin 18622, Ellis (W.) avait un projet qui va bouleverser le domaine de la construction. Ce délégué de la London Missionary Society avait comme idée d'ériger des temples sur les lieux où les chrétiens étaient exécutés sous les persécutions de Ranavalona I. Son but était d'associer à ces endroits des lieux de culte la mémoire de ces confesseurs de la foi, mais également de créer des foyers de culte durables. Les sites ciblés par Ellis étaient Ambatonakanga, Ambohipotsy, Faravohitra et Ampamarinana. Le premier, sur lequel se trouvait un temple provisoire était le lieu où Rasalama fut emprisonnée. Il y a ensuite Ambohipotsy, situé à l'extrême sud de la colline royale. Cet endroit servait d'exécution des condamnés. Rasalama en faisait partie. Sous les ordres de Ranavalona I elle était exécutée le 14 aout 18373 à coup de sagaie. A Tsimihatsaka ou Ampamarinana, on précipitait les condamnés à mort enroulés dans des nattes. Sa célébrité, selon Valette (J.)4date du 28 mars 1849. A cette date, Rainimiadana et 13 autres chrétiens trouvèrent la mort. Ramanandalana et ses trois amis, tous descendants d'Andriamasinavalona, ont été brulés vifs à Faravohitra le 28 mars 18495. D'autres endroits et d'autres évènements marquaient également les exécutions6mais c'étaient ces quatre sites qui attiraient vraiment Ellis, du fait qu'ils ont des vues panoramiques et visibles de loin. Le roi Radama II accorda les sites aux Britannique. Le 23 aout 1862, Ellis écrivait aux directeurs londoniens pour la récolte de fonds afin de construire les temples. En une semaine, 14OOO livres sterling ont été rassemblées7.

Ainsi, la construction vont débuter sous divers problèmes tels de langue ; de techniques encore nouvelles pour les Malagasy... Des obstacles se présentaient : le monopole de l'Etat des matières

1 « Tantaran'i Madagasikara isam-paritra » p524

2 « Madagascar et le christianisme » HUBSCH éd, 1993 Ambozontany

3 RANDRIAMAMONJY op. Cit. p517. Rafaralahy ANDRIAMAZOTO y était aussi exécuté le 19 février 1838.

4 « Le temple d'Ampamarinana » article in Le courrier de Madagascar du lundi 22-04 -1963

5 « Eglise protestante Faravohitra 1870-1960 » septembre 1960 -certains auteurs à l'exemple de VALETTE (J.) donnent comme date d'exécution des martyrs le 29 mars 1849 au lieu de 28 mars.

6 Il y avait des chrétiens dont on avait coupés la tête à Ambohipotsy et à Anjoma et il y avait ceux qui ont été lapidés à mort à Fiadanana le 18 juillet 1857 et bien d'autres.

7 RAISON-JOURDE, « La fondation des temples protestants de Tananarive » in Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11, 1970

premières, des ouvriers1 mais également sous l'oeil vigilant des Malagasy. La méfiance envers les étrangers n'était pas encore effacée.

Aussi difficile que cela était, les missionnaires avec les Malagasy d'hier ont pu quand même ériger les édifices qui commémoraient les martyrs de la foi. Ellis avait même invité Cameron pour la construction des Temples commémoratifs. Ce dernier avait des connaissances sur la langue2 et la population locale du fait qu'il résidait dans la capitale depuis 1826. De plus, celui ci avait déjà initié les jeunes Malagasy aux travaux de bois et la pierre comme fondation de maison. C'était lui qui avait découvert la pierre à chaux.

La volonté de la population à changer les cours des choses se montrait dans la construction de divers édifices religieux. Après la mort de Ranavalona I, la construction d'églises se multipliaient et gagnaient de plus en plus du terrain. Entre les années 1861 et 1868, quelques temples appelés « reny fiangonana » voyaient le jour. D'après Clark (H. E.)3, ces églises mères étaient au nombre de neuf dont : Amparibe ; Ambatonakanga ; Analakely ; Ambohipotsy ; Ambavahadimitafo ; Ambohitantely ; Ambonin'Ampamarinana ; Avaratr'Andohalo et enfin Faravohitra4. La présence de ces édifices marquait le glissement petit à petit d'un royaume païen vers un autre, christianisé. Le peuple également ne cachait pas sa volonté d'adopter une nouvelle religion. L'édification de ces temples, avec la montée de Ranavalona II au pouvoir et la levée de l'interdiction, marquèrent également le basculement d'une « civilisation du végétal » à une autre, la pierre qui était jusqu'alors attribuée aux domaines des sans vie. Imaginatif, le projet de construction des temples commémoratifs en pierres demeurait l'un des plus grands au cours du XIXe siècle. Au regard des édifices « simples » de la population locale, c'était très cher et très dur de construire avec les pierres de taille. Un nouveau style de construction voyait le jour et va influencer aussi bien l'architecture civile que religieuse. Cet art de bâtir et ces nouvelles techniques de construction à travers les quatre temples commémoratifs seront les vrais centres de notre recherche.

1 Daty malaza Pasteur RABARY « On dit qu'il sera interdit de continuer la construction d'Ambatonakanga et de travailler au service des vazaha » communication de COUSINS le 29 juin 1866.

2 « Madagascar revisited » Rev ELLIS p364.

3 « Tantaran'ny fiangonana eto Madagasikara hatramin'ny niandohany ka hatramin'ny taona 1907 » 3è édition 1918

4 Dans le livre dirigé par HUBSCH : « Madagascar et le christianisme » édition Karthala et Ambozontany 1993, les églises mères étaient au nombre de 03 à savoir Analakely ; Amparibe ; Ambatonakanga qui étaient tous en dehors des murs de la ville.

CHAPITRE V : LA CONSTRUCTION DES TRANOVATO

A partir de 1861, la construction d'édifices religieux se multiplia. Chacun montrait une volonté de prendre part dans l'extension de la nouvelle religion, connotée auparavant « Fivavahambazaha ».Les Renifiangonana (ou églises mères) voyaient le jour. Quelques Malagasy commençaient également à s'intéresser à l'évangélisation. Aussi, ils suivirent des cours dirigés par les missionnaires britanniques afin de devenir pasteurs. La construction commençait par des temples provisoires. En attendant la construction en dur, la population locale érigeait des maisons en bois en guise de Trano fivavahana. Comme exemple, il y avait celle à Faravohitra érigée par les décisions de quelques personnes1.Celle d'Ampamarina était une Trano kotona au tout début. Ensuite en Zozoro à Antsahatsiroa2. Ces édifices en bois étaient souvent victimes d'incendie3. La construction à vive allure des édifices cultuels affirmaient le développement du christianisme et de l'architecture en Imerina. Ainsi, avec la loi interdisant toutes constructions avec des matériaux autres que le bois, levée par la reine Ranavalona II, de nouveaux types et styles de bâtis apparaissaient en Imerina. La construction montrait les influences européennes. Aussi bien françaises qu'britanniques, elles stupéfiaient les Malagasy. En effet, du point de vue matériaux, c'étaient nouveaux du fait que le bois était l'unique matière première. Concernant les techniques, les ouvriers-artisans Malagasy n'en avaient aucune connaissance. Ce qui marquait également ces constructions c'était leur taille et leur volume. Déjà sous Ranavalona I4, les bâtiments en bois prenaient de plus en plus d'ampleur, de gigantisme. Ils avaient continué à évoluer avec l'avènement de la pierre et de la brique comme matériaux de construction. Tandis que pour les bâtiments civils, les briques dominaient ; les pierres étaient destinées non seulement pour les tombeaux mais également pour les édifices religieux.

Les édifices cultuels gagnaient de la place un peu partout après 1861.Les missionnaires catholiques aussi bien que les protestants songeaient à construire des édifices durables. Les oeuvres de la London Missionary Society (LMS) étaient parmi les plus remarquables. Par l'instauration de la liberté religieuse sous Radama II, ces missionnaires obtenaient des terrains de construction. Devenus chrétiens, Ranavalona II et les dirigeants politiques de 1868 en accordaient une place cruciale puisque le protestantisme était devenu la religion de l'Etat. A Antananarivo, pour preuve, les temples

1 « [...] Fiangonana vonjimaika naorina araka ny fanampahan-kevitr'i RAINIJESY ; RAINILAIJEMISA ; RANDRIANAIVO tao Ambatomiangara [...] » in Eglise protestante Faravohitra

2 Antananarivo d'autrefois in Revue de Madagascar 3e-4e Trimestre, MANTAUX « [...] à Ampamarinana était édifié en zozoro comme lieu de culte.Quelques jours après son achèvement, un incendie le ravagea le 2 mai 1864. Tout le quartier fut détruit et le palais royal lui même fut un moment menacé [.] ». pp 5-61

3 « Fiangonana Tranovato Ambonin'Ampamarinana 1874-20quatre »

4 LABORDE construisait un palais en bois pour la reine, CAMERON 30 ans plus tard l'avait revêtu en pierre

protestants dominent surtout sur la haute ville et ses alentours. Ellis (W.), chef de file de la London Missionary Society avec l'aide d'Ingahikama (Cameron) décidait de construire des édifices en pierres. Il choisit en premier les lieux où les Malagasy avaient perdu leur vie pour leur foi. Les maitres d'oeuvre de ces édifices étaient Cameron-Sibree-Pool1.Ce dernier remplaçait Aitken2 obligé de quitter Madagascar pour des raisons de santé. Les tâches étaient réparties entre ces architectes. Sibree dessinait les plans d'Ambatonakanga, d'Ambohipotsy et de Faravohitra3et se chargeait également de leurs réalisations. Cameron quand à lui supervisait la construction de Faravohitra ; Pool se chargeait de surveiller les travaux d'Ambohipotsy-d'Abonin'Ampamarinana. Pour de telle construction il fallait une somme d'argent considérable. En effet, c'étai très chère d'ériger des bâtiments intégralement en pierre.14000 livre sterling étaient récoltée en une semaine destinée pour Faravohitra. Certain missionnaires s'opposaient même croyant que c'était un gaspillage d'argent4. En tout, la mission avait disposé de 320.0005 francs pour les quatre temples mémoriels. Sous divers problèmes, tels les mains d'oeuvres ; les matériaux de constructions, la construction avançaient quand même. La construction commençaient par le temple d'Ambatonakanga ensuite celui d'Ambohipotsy après Faravohitra et enfin Ambonin'Ampamarinana. Comment se déroulaient la construction ?- D'où les matériaux provenaientil ?- Quelles techniques ont été utilisées ?- Qui étaient les ouvriers des chantiers ? Telles sont les questions qui méritent d'être soulever.

V-1 LES ORIGINES DU MATERIAU PIERRE

V-1-1 Ambatonakanga

Le nom de ce quartier, dit-on, vient du fait qu'autrefois des pintades sauvages s'y trouvaient6.Il est à noter que ce quartier se trouve à l'extérieur des murs de la vieille ville. La première

1 Certain livres évoquent d'autres noms d'architectes britannique qui avaient contribués massivement aussi bien dans l'élaboration du plan mais également dans les constructions. Il y avait ROBIN et TOY.

2 AITKEN, artisan fut remplacé par POOL arrivé le 7 juillet 1865

3 « Tananarive d'autrefois » MANTAUX p51-D'autres livres affirment que le plan de Faravohitra étaient dessinés par ROBIN en Angleterre (in le Temple de Faravohitra). Ampamarinana quant au temple, il était érigé par ROBIN-SIBREEPOOL selon le livre Le Temple d'Ampamarinana

4 Faravohitra a été rejeté par HARTLEY : « l'argent prévu pour Faravohitra pourrait être employé à meilleur escient que dans la construction d'un temple en pierre [...] » in La fondation des temples protestants à Tananarive entre 1861-1869 RAISON-JOURDE (F.)

5 Tandis que le frais évalué par ELLIS pour les quatre temples commémoratifs en 1864 était de 2500 livre sterling in « Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11, 1970

6 In « Ambatonakanga : église protestante 1867-1977 »

résidence de Cameron s'y trouvait. Lorsque ce missionnaire arriva dans la capitale1, Radama I lui donna comme lieu de travail Ambatonakanga là où le temple en pierre est érigé. Mais bien avant la construction du temple, ce lieu avait une autre utilité. Pendant le règne d'Andrianampoinimerina et celui de son fils, c'était un terrain de culture de patates et manioc2. Avant la construction du temple, selon Mantaux3, il y avait une vieille chapelle indigène, de construction sombre et basse qui se trouvait à l'Est du temple en pierre. Ce temple servit de prison des chrétiens Malagasy durant les persécutions sous Ranavalona I. Le lieu où se trouve le temple d'Antsampanimahazo ou également des quatre chemins4 se caractérisait par la présence en abondance de pierres. En effet, si on se réfère tout simplement par la toponymie de ce quartier, on constate très rapidement le préfixe « Ambato- ».On peut donc en conclure que des pierres s'y trouvaient. Partant des constatations du docteur Fontoynont5, on peut également affirmer qu'il y avait justement des pierres en cet endroit. Il affirme même dans son livre que « le temple a été construit sur un vaste rocher dont les fragments ont servi à la construction ». Ainsi, on peut en déduire que la matière première pour la construction du temple se trouvait sur place même. Il reste donc à savoir les techniques de déplacement des pierres, leur taille mais également tout ce qui concerne la construction. Ambatonakanga (littéralement aux-rochers-des pintades) se caractérise donc par la proximité du matériau pierre. Il se caractérise également par son ancienneté. C'est une des premières églises construites dans la capitale puisque dès 1831, elle existait déjà6.Le temple d'Ambatonakanga était également le premier temple construit entièrement en pierre. Mais qu'en est-il d'Ambohipotsy. D'où provenait le matériau pierre pour sa construction ?

V-1-2 Ambohipotsy

Ce quartier se trouve à l'extrême Sud de la colline de la ville ; à la base du pied de l'« Y » car la haute ville se pose sur une colline qui a cette forme. Il tient son nom diverses raisons. Premièrement c'était en ce lieu, durant le règne de quelques souverains, le lieu d'exécution des condamnés. Là où on laissait son corps aux chiens et aux oiseaux. La population se méfiait de cet

1 D'après COUSINS (livre traduit par RANDZAVOLA) in « Ingahikama ou James CAMERON », CAMERON débarquait à Antananarivo le 06 septembre 1826

2 MANTAUX op.cit. 1969

3 « Tananarive d'autrefois » p 54

4 On appelait autrefois le temple d'Ambatonakanga par ce nom- quatre chemins était donné par les colons français. In Fiangonana Tranovato Ambatonakanga : Ny tantarany nandritra ny 110 taona

5 « Toponymie de Tananarive » p3

6 Il est à noter que cette date correspond à l'édification du temple en bois et chaume par la volonté des chrétiens Malagasy. Mais c'était en 1864 que commençait la construction du temple en pierre par SIBREE.

endroit croyant que c'était un lieu maudit et malfamé. C'était également sur ces lieux d'après Ravel1 qu'on jetait les impuretés vu que c'est le Sud. Les objets d'un défunt tels les oreillers ou les nattes y étaient laissés d'où le nom Ampanarianondana. La colline blanche était soupçonnée d'être un lieu hanté2.Mais avant qu'Ambohipotsy eût toutes ces mauvaises réputations, il y avait quelqu'un qui y habitait. Mantaux affirme dans son article Tananarive d'autrefois 3 que : « quoique ce quartier soit en dehors des fortifications de la ville, il n'en est pas moins ancien. C'est déjà avant qu'Andrianjaka n'habitait le Rova, Andrianentoarivo y avait sa demeure. Ce quartier servit ensuite de lieu d'exécution de malfaiteurs »

Une des caractéristiques d'Ambohipotsy c'est que ce quartier se trouve sur une plaque de pierre. Ravel affirme dans son journal4 qu'Ambohipotsy était riche en roche. Les blocs de pierre y étaient abondants. abondants.

Le nom du quartier vient du fait que sur place, il y avait abondamment de pierre blanche5-du granite. Vu que le quartier d'Ambohipotsy était sur une grosse plaque de pierre, il servait de carrière pour diverses constructions. Andohamandry était le principal lieu où l'on extrayait les blocs de pierres dont on a besoin. Puisque la carrière était à proximité et que Sibree affirme que le temple commémoratif d'Ambohipotsy avait comme matière première principale la pierre blanche- le vieux granite, on peut affirmer que c'était sur place même que provenaient les pierres de construction. Qu'en est-il du matériau pierre pour Faravohitra ?

V-1-3 Faravohitra

Faravohitra se trouve au versant nord-est de la colline d'Antananarivo. Comme son nom l'indique c'était là que se terminait le village de la ville haute. Au tout début du XIXe siècle, selon

Razoharinoro6, c'était surtout dans la partie sud de la colline d'Antananarivo que les maisons se construisaient (partant du Rova jusqu'au sud).Le village commençait à se développer vers le versant nord et couvrait le « tampom-bohitra ». Cette extension ne s'arrêtait que jusqu'à ce que les maisons ne couvraient la colline entière, du sud jusqu' au sommet nord.

1 Ambohipotsy 1968

2 Le FIRAKETANA affirme qu'Ambohipotsy tient son nom de la présence des ossements humains condamnés à mort qui s'éparpillaient partout

3 MANTAUX op.cit.

4 « Ambohipotsy » 1968

5 « White stone » d'après SIBREE

6 Cet auteur du livre « Le développement d'Antananarivo » est ici cité dans l'ouvrage Ny Fiangonana Tranovato Faravohitra sy ny mpitandrina Razafotrimo mivady 1968-2006

Faravohitra se trouve sur un sommet1 ; ce village est entouré : à l'Est d'Antsakaviro lieu où il y avait du poudre à canon, Ampandrana à l'Est, Andravoahangy « ambany avaratra » là où habitait Ravoahangy, un vazimba, Ambondrona « ambany andrefana avaratra » où il y avait un puits public, Analakely « ambany andrefana » là où l'on manufacturait du savon et de la poudre à canon, Ambohijatovo au sud. Concernant ses caractéristiques, Faravohitra était un endroit couvert de buisson et d'arbrisseaux. L'Anjavidy (bruyère), les fougères et les herbes y étaient abondantes. Mais ce qui nous intéresse est que Faravohitra regorgeait de tas de pierre, des « korontam-bato » affirme le pasteur Ravelojaona. On peut donc tirer une idée que les pierres nécessaires pour la construction du temple commémoratif étaient locales. Faravohitra était difficile d'accès vu qu'il était relié par de fort mauvais chantiers et coupés d'amoncellements de rochers. Le projet de construction était contesté par Hartley considérant comme étant très loin de la population et hors de tous les secteurs d'activités. Mais que pouvons-nous dire concernant les origines du matériau pierre pour l'église commémorative sise à Ambonin'Ampamarinana ?

V-1-4 Ambonin'Ampamarinana

Situé sur le versant ouest de la colline, Tsimihatsaka2 se caractérise par la présence d'un grand rocher sur lequel se trouve le temple actuel. Mais même si ce quartier est riche en pierre, le matériau pierre pour la construction du temple était extrait ailleurs. En effet, vu qu'il y avait déjà une carrière située à Ambohipotsy qui servait pour la construction du temple commémoratif en ce lieu, c'était là bas que provenaient les pierres pour Ampamarinana. Valette (J.) affirmait dans son article3 que toutes les pierres nécessaires pour la construction du temple d'Ampamarinana fussent extraites de la carrière d'Ambohipotsy. Un autre livre sur la jubilée du 130è année du temple d'Ampamarinana4 confirme également l'extraction des pierres pour les constructions. Il a été dit que « tao ambany atsimo atsinanan'Ambohipotsy no nangalana ny vato ». Les pierres de construction venaient donc d'Ambohipotsy.

La matière pierre abonde à Antananarivo et ses environs. Cette abondance est en partie justifiée par la présence de plusieurs villages et quartiers qui portent des noms avec préfixe Ambato-.

1 RAVELOJAONA « Firaketana »

2 C'est le nom que l'on avait attribué à ce quartier autrefois-là où on précipitait les condamnés à mort tels les 14 chrétiens aux temps de Ranavalona I.

3 Le temple d'Ampamarinana ; article in Le courrier de Madagascar du lundi 22 avril 1963

4 Fiangonana Tranovato Ambonin'Ampamarinana 1874-20quatre

Muthuon1, justifiant ce qui a été dit affirme même qu' « à priori, on a quelque droit de s'attendre à trouver des affleurements de granite dans l'Imerina... ».Il employait même, pour qualifier cette abondance, le nom d'un village : Ambatomiranty (Littéralement aux roches qui saillies) ou bien Ambatomaro. Sa procuration ne posait donc pas de problèmes majeurs pour les architectes missionnaires vues sa proximité et son abondance. Le matériau fondamental pour la construction des quatre églises commémoratives était facile à trouver. La colline de la cité des mille est riche en pierre. Pour preuve, des voyageurs-chercheurs ou missionnaires décrivaient même cet aspect de la capitale. Copalle2, en 1825, donnait son point de vue sur l'aspect géographique3 et géologique de la capitale. « Tananarive est bâti sur un rocher situé au milieu d'une plaine environnée de petites montagnes ». Cette plaque de pierre sur laquelle Tananarive se trouvait était une excellente matière pour les constructions. D'après Sibree4, la matière pierre est inépuisable dans la capitale. Le gneiss serait admirable pour les constructions. Facile d'accès et gratuite, la pierre comme matière première ne posait aucun problème pour les constructions. Vue cette abondance, d'autres endroits avaient également servi de carrière d'extraction de la pierre de construction. Il y avait la carrière de Malakialina ou bien celle d'Ambatomaro5 qui est toujours en service jusqu'à maintenant. Les questions qui méritent une vive attention seraient maintenant de savoir les techniques qui ont été utilisées dans tous les travaux nécessaires pour façonner la matière pierre.

V-2 LES TECHNIQUES UTILISEES

La technique selon Creswell (R.)6, est « une action de l'Homme sur la matière en vue d'un résultat précis lié à la satisfaction de ses besoins ».Cette technique doit d'une façon ou d'une autre produire quelque chose qui sera le résultat de la conjugaison d'éléments. Il y a quatre 7éléments fondamentaux qui vont ensemble lorsqu'on parle de technique. Il y a premièrement, la matière qui sera la base même du travail ; ensuite viennent les objets ou les outils de travail ; après, on a les gestes ou les sources d'énergie qui mettent en mouvement les objets ; enfin, il y a les représentations particulières qui sou tendent les gestes techniques. En fait, la technique, qui est une production sociale peut être

1 Les alignements granitiques de la région de Tananarive in Bulletin de l'Académie Malgache Tome I 1914 p 73

2 MANTAUX op.cit.

3 Contrairement pour d'autres matériaux utilisés pour la construction tant locaux (bois-ardoise...) qu'étrangers (vitrauxcloches ...)

4 SIBREE

5 Ces carrières étaient surtout utilisées pour extraire les pierres nécessaires pour le revêtement du palais de la reine : Tantaran'ny Malagasy manontolo RAINITOVO p52- la carrière d'Ambohipotsy également

6 Elément d'ethnologie (2) : Problèmes et Concepts chapitre 12 pp 44-79 éditions Armand Colin Paris 1975

7 Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie P.U.F 1992

résumée comme un ensemble de savoir faire en coordinant, selon Ducasse (P) 1le cerveau et la main. Nous sommes donc confrontés à dire que toutes techniques viennent de l'Homme et ses inventions sont les preuves concrètes de son imagination et de sa capacité créatrice. Cette aptitude à créer pour se manifester a besoin d'une matière afin de donner un « objet » qui sera propre avec des techniques uniques et sans égales.

Notons que bien avant l'arrivée des étrangers, les Malagasy d'hier avaient déjà leur propre technique concernant les constructions. Ils se caractérisaient essentiellement par l'utilisation des végétaux comme matériaux de construction principale. Toutes les habitations de l'Imerina se caractérisaient par ses formes qui étaient toutes à peu près les mêmes. La construction était selon Decary2, des oeuvres collectives. Ce type de matériau caractérise vraiment les Malagasy. Ramiaramanana-Domenichini (B.)3qualifie même cette forme d'architecture d'une « Civilisation du végétal ». Elle affirme également également que « architecte » veut dire patron-maitre des ouvriers du bois. Ce type d'architecture (technique-matériau de construction-orientation...) reflétait l'identité des anciens Malagasy. Dans l'enceinte de la cité, jusqu'en 1867, le seul matériau de construction autorisé était le bois. Ceux en briques ou autres matériaux étaient Fady comme étant contraires aux Sampy ou talismans des souverains. La rareté du bois et les influences des européens, selon Decary, avaient entrainé la levée de l'interdit. Ainsi on assistait jusqu'alors à un basculement du monde de la construction avec l'entrée des nouveaux matériaux ainsi que des techniques de construction. Les missionnaires apportaient et apprenaient de nouvelles techniques. Il nous est utile de savoir comment ces techniques se manifestaient chez les groupes de personnes qu'avaient enseignés les architectes missionnaires britanniques tels Cameron ou bien d'autres étrangers.

V-2-1 L'extraction de la pierre

Le travail de la pierre, très dur, nécessite plusieurs étapes avant son utilisation dans les constructions. Après avoir localisé la carrière, on passe à l'étape de l'extraction des blocs de pierres. Concernant cette dernière, la technique existait depuis des générations et des générations à Madagascar et surtout en Imerina. Le sens de l'observation et de l'application avaient montré le savoir faire des anciens. Le feu ne s'était pas seulement limité aux simples utilisations dans la cuisson ou bien de réchaud. Les anciens occupants de l'Imerina l'employaient pour extraire des blocs de pierre. Selon

1 Histoire des techniques QSJ P.U.F 1961

2 Contribution à l'étude de l'habitat à Madagascar imprimerie Marri porrey 2, place de la libération 1958

3 Architecture dans la tradition des hautes terres centrales tome 72(1-2) B.A.M section ARTS-LETTRES-SCIENCES.

Paillet1, d'après les recherches qu'il avait entreprit à Arivonimamo, à 50 Km au sud d'Antananarivo vers les années 80, c'était par observation des phénomènes naturels2 que leurs ancêtres, racontaient ceux qui ont été enquêtés, que l'extraction de la pierre a été apprise. Depuis, cette technique a été transmise de père en fils. Traditionnelle qu'elle est, cette technique est extrêmement simple et nécessite aucun matériel complexe. Il suffit de rassembler des troncs d'eucalyptus ou des bouses de boeufs pour la « cuisson » avec le feu et on brûle selon la forme voulue. Cette technique s'appelle le choc thermique3. Cette technique traditionnelle était surtout utilisée pour extraire des dalles pour la construction des tombeaux. Selon Jully4, la technique d'extraction par le feu5 serait contemporaine du roi Andrianampoinimerina. La présence d'une telle technique prouvait la capacité et le génie créatif de nos ancêtres en usant les matériaux de son entourage. Ce savoir faire transmit de génération en génération, en fait, est un des constituants de l'identité des anciens Malagasy de l'Imerina. Les étrangers, de leur coté, avaient apporté leur part dans la création d'une nouvelle identité, d'une nouvelle vision des « choses » en tant que matière pouvant être transformée en d'autres objets. Avec l'arrivée des missionnaires que ce soient des Français ou d'Britannique, d'autres techniques ont été apportées concernant l'extraction de la pierre.

Des techniques totalement nouvelles pour les Malagasy étaient apportées par ces missionnaires pour extraire la pierre. La poudre à canon pour les armes à feu n'était pas probablement méconnue par les anciens depuis la création de l'armée malagasy. Cependant, au lieu d'être employé dans les armes à feu, ce produit était utilisé pour extraire de la pierre dans les carrières. Sous la forme de dynamite, il était employé pour faire exploser les pierres. Cette technique était utilisée par les missionnaires dès la construction d'Ambatonakanga, le premier temple commémoratif.6Cette technique a été probablement employée par ces ingénieurs-architectes car l'extraction était rapide. Elle serait sans doute utilisée pour l'extraction des pierres nécessaires pour toutes les constructions d'autant plus que le résultat avec ce moyen est vraiment rapide.

1« L'extraction et la taille des vastes dalles de granit à Arivonimamo » in Recherche pour le développement série S.H.S n°2 1986 p207-220

2 Selon PAILLET : « Les anciens disent que leurs ancêtres avaient découvert cette technique d'extraction en constatant les effets d'un grand feu de brousse allumé par la foudre[...] Après le passage de l'incendie ils se rendirent compte que toute la surface était détachée de la roche mère en une grande dalle[...] ».

3 Le choc thermique a 02 effets : il étonne d'abord la surface de la pierre et produit de la pierraille ensuite il affecte la masse même du granit et crée une fissure profonde dans un plan parallèle à celui de la surface. PAILLET

4 Cité par DELAHAIGUE-PEUX in « Manjakamiadana » édition l'Harmattan Paris

5 Cette technique était utilisée, selon RANDRIANANDRASANA dans son mémoire intitulé « Les Vatolahy dans le Fisakana », avant la connaissance du fer ou bien dans les sociétés où le fer était interdit : VATO TSY NANDIA VY

6 British introduction of new uses of stones in Antananarivo 1826-1889 mémoire de maitrise

Après avoir été extraites à la roche mère, les pierres de construction devaient être transportées sur les chantiers. Différentes techniques ont été mises en oeuvre pour le transport du matériau pierre. Nous allons essayer de voir quelles étaient ces techniques de transport.

V-2-2 Les transports du matériau pierre

Comme nous l'avons expliqué dans le paragraphe ci-dessus, les anciens Malagasy avaient leurs techniques pour l'extraction de grosses dalles de granites à l'aide du feu. De plusieurs milliers de kilos voire même des tonnes, c'était quasi-impossible de transporter ces blocs de pierre, étant donné qu'en ces temps, il n'existait pas encore de moyens de transport pour ces lourds matériaux. Puisque la collectivité était une des caractéristiques de la société traditionnelle malgache1, le transport des blocs de pierres se faisait en groupe. Ce moyen de transport était surtout employé lorsqu'un groupe de personne fondait un village ou érigeait une pierre commémorative ou construisait une tombe. Dans cette technique de transport à laquelle chaque individu du groupe y participait, surtout les hommes, on faisait usage de troncs d'eucalyptus pour faire avancer la dalle de pierre. Cette technique est la technique par glissement ou par roulement. En même temps que des personnes tiraient la pierre, d'autres se chargeaient de déplacer les troncs qui ont été libérés d'arrière vers l'avant. La population concernée utilisait également des lianes ou des écorces de bois en guise de corde pour tirer le bloc. Lars Vig2 parle également de cette technique. Le bloc de pierre était tiré par une centaine d'hommes dirigés par le Komandora. Si la technique de roulement utilise des troncs d'arbres pour avancer la pierre, cette seconde quant à elle pour que le trajet soit lisse, on employait de la bouse de vache frais. Si les pierres étaient de petites tailles, on les transportait à dos d'hommes.

Figure. 6 : Schéma illustrant le transport d'un bloc de pierre sur des troncs d'arbres ou rondin

1 «Izay mitambatra vato; izay misaraka fasika»- «Ny firaisankina no hery»- «Tao-trano tsy efan'irery»...

2 Conception religieuse des anciens Malagasy, 2001 France- edition Ambozontany Analamahitsy: « Fomba fitanterana vato nofatorana tamin'ny tady bozaka norandranina- nolafihana rambaramba- mba hampalama ny lalana dia norarahana tain'omby vao ». Concernant encore le moyen de transport des grosses dalles, les vieux païens se servaient d'un charme particulier appelé BETSIMAVESATRA pour assurer avec succès le transport. Un sacrifice de coq rouge avant de tirer la pierre de ses lieux d'extraction.

Concernant les transports des pierres nécessaires pour la construction des quatre temples commémoratifs d'Antananarivo, les techniques de transport ont été différentes. En effet, les transports des dalles posaient quelques problèmes. Vus les caractéristiques accidentés de la colline d'Antananarivo, pour alléger et faciliter, probablement, le transport des pierres, les missionnairesarchitectes adoptaient une autre technique. Afin d'éviter que le portage soit lourd et difficile, les pierres étaient, sans doute taillées sur place, c'est à dire sur la carrière d'extraction même. Cette technique était déjà utilisée depuis le moyen Age en Europe1.Pour les pierres de construction des temples commémoratifs, les pierres ont été transportées dans des paniers depuis la carrière d'extraction jusqu'au chantier de construction. Ellis (W.)2écrivait dans son livre que « Femmes et enfants transportaient de la terre ; des pierres [...] dans des paniers sur leur tête »

Il est à noter que seules les pierres de constructions du temple d'Ambonin'Ampamarinana n'étaient pas locales mais provenaient d'Ambohipotsy. Depuis cette carrière, les chrétiens, avec leurs convictions personnelles avaient transporté, une par une les pierres et les autres matériaux servant à la construction3.Pour les trois autres sites, le transport des pierres ne posait pas de problèmes majeurs. Puisque les pierres étaient locales, il restait leur acheminement sur la construction elle même. Avec des paniers, les femmes et les enfants se chargeaient de transporter les pierres, une technique de transport était déjà utilisée en Europe au XIIe siècle de notre ère. Le portage humain par civière était également pratique pour amener les matériaux jusqu'au chantier4. Les anciens Malagasy avaient déjà leurs techniques concernant le transport du matériau pierre pour les constructions. Cependant, l'utilisation de la pierre se limitait seulement sur quelques domaines. Etant donné que cette matière était attachée à un tabou, et que la société traditionnelle malgache était fondée sur le culte des ancêtres ; la pierre y était prioritaire. Par collectivité, ils ont pu créer des monuments gigantesques telles les pierres levées honorant leurs ancêtres ou les défunts, ou des tombes. Depuis lors, nos aïeux montraient déjà leurs techniques et savoir faire avec la pierre. Lebras5 nous montre d'ailleurs cela dans son ouvrage. Dans le contexte profane, la pierre était utilisée dans la fortification de la cité. Les anciens villages de l'Imerina comportaient des fossés avec des disques de pierres comme portail. Voyant ces portails, l'on ne peut nier que les Malagasy d'hier savaient extraire la pierre. Puisqu'avec cette extraction avec le feu, ils

1 Les transports terrestres in Les origines de la civilisation technique Tome I 1962 pp 439-456 DE LA CALLE ; CASTAGNOL ; CONTENAU

2 The Martyr church of Madagascar , 1870

3 « fiangonana Tranovato Ambonin'Ampamarinana 1874-20quatre » - Firaketana ny teny sy ny zavatra Malagasy : « Ny fitaonana ny vato hatrany antsinanan'Ambohipotsy vitan'ireo olona niorina ho fiangonana tao »

4 Les origines de la civilisation technique Tome I 1962 cette technique était par exemple utilisée pour l'abbaye de LINDSFARE en Angleterre

5 LEBRAS op. Cit.

dessinaient grossièrement la forme de pierre voulue sans les tailler .Avec les Européens, les techniques de taille de la pierre ont été apportées. Quelles était ces techniques de taille ?

V-2-3 La taille de la pierre

Beaucoup de techniques ont été apportées depuis l'arrivée des Britannique et Français en Imerina en ce qui concerne la construction. Les Malagasy savaient utiliser la pierre mais son exploitation se limitait à l'extraction avec une forme grossière. Dès son arrivée dans la capitale en 1826, Cameron enseignait des techniques de construction. C'était lui qui initiait pour la première fois en Imerina la taille de la pierre1 pour les fondations d'une maison. Avec l'arrivée de Laborde, d'autres techniques faisaient également leur apparition. Cette innovation se manifestait par l'architecture funéraire merina. Lebras2, explique que ces modifications se matérialisaient par le fait que les tombeaux étaient bâtis en pierres équarries. Mais c'étaient les missionnaires britanniques qui initiaient la population locale au travail de la pierre pour la construction des temples. Pour ces édifices, il fallait apprendre, s'exprimait Sibree3, aux ouvriers-artisans à se servir des outils pour la taille et comment rendre carré les pierres. Les outillages pour le débitage de la pierre les plus utilisés sont le laie et le boucharde4.D'autres outils étaient également nécessaires à savoir les ciseaux ; l'aiguille droite et gauche ; la coudée et la massette. Les Britannique avaient apporté beaucoup de technique pour les travailleurs Malagasy. L'on assistait à l'initiation dans le travail esthétique de la pierre avec la présence des colonnes et sculptures. La stéréotomie figurait également dans les nouvelles techniques apportées pour le débitage de la pierre. Au sens premier du terme, la stéréotomie est l'art de découper différents volumes en vue de leur assemblage ; en architecture, elle désigne plus spécifiquement l'art de la coupe des pierres en vue de la construction des voûtes, trompes, coupoles ou volées d'escaliers. Avec cette technique, le tailleur de pierre travaille directement la masse du matériau auquel n'importe quelle forme peut être donnée. Cette technique était selon Mantaux, apprise par les bâtisseurs britannique, alors que d'autres auteurs affirment que c'était Laborde qui l'avait enseignée5.Cependant, ces ouvriers avaient été déjà formés à la taille de pierre par les premiers missionnaires protestants.

1 Certain auteurs comme MANTAUX (in Tananarive d'autrefois p 35) affirmait que CAMERON était spécialiste en bois et en brique qu'en pierre

2 LEBRAS op. Cit. Les tombeaux styles Laborde comportaient des arcades, des balustrades et des décorations.

3 SIBREE : Fifty years in Madagascar personal experiences of mission life and work

4 Ces outils étaient utilisés par les tailleurs au XIIe siècle d'après Histoire générale des techniques p 554

5 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. : Les ouvriers [...] étaient les chrétiens condamnés sous Ranavalona I [...] apprirent la stéréotomie avec LABORDE.

L'initiation à la taille1 de la pierre aux apprentis locaux posait des difficultés pour les missionnaires. Il a fallu les suivre de près pour les détails et avoir des résultats impeccables. A l'exemple, les pierres de constructions du temple de Faravohitra devaient avoir tous les mêmes dimensions2. Sibree avait lui même pris en charge de mesurer et de marquer une par une les pierres de construction3 pour Ambatonakanga. De lourds travaux attendaient tous les ouvriers puisque seulement pour le temple d'Ambatonakanga, il a fallu 35000 pierres. Chaque site avait ses problèmes concernant sa construction. Cependant, Ampamarinana, même si sa réalisation prenait du temps du fait qu'il était touché par l'interdit, sa construction se faisait en regardant les moindres détails et surtout les savoir faire et techniques des ouvriers étaient déjà à un point supérieur. L'initiation au travail esthétique de la pierre commençait pour les ouvriers. Puisque ils savaient débiter la pierre, il était alors d'ores question du comment élever ces lourds matériaux. Quelles techniques les missionnaires mobilisaient pour ériger un tel monument ? C'est ce qui nous intéresse à présent

V-2-4 L'élévation du matériau pierre sur les édifices

L'érection de monuments n'était pas étrangère aux Malagasy d'hier. En effet, la présence des mégalithes dressés presque partout en était des preuves concrètes de ce savoir faire. En creusant un trou profond selon la taille du vatolahy, ils arrivaient à l'ériger tel un poteau. Ceci n'avait pas besoin de matériaux autres que des cordes pour la tirer et la maintenir droit jusqu'à ce que les calles fussent posées. En ce qui concerne les maisons, vue leur taille minime, on n'avait pas recours aux matériaux de grimpes. C'était seulement sous Ranavalona I, selon Mantaux4 que les bâtiments en bois prenaient une taille considérable. De là, on peut s'imaginer que les architectes européens devaient employer des échafaudages afin de faire monter les matériaux de construction. Le bois connaissait une autre utilité avec les missionnaires britannique. En effet, ce matériau d'origine végétal était employé pour en faire un matériel de grimpe afin d'atteindre un niveau supérieur pour la construction. Ces échafaudages en bois étaient érigés sur les façades en construction. C'était le cas, par exemple pour le temple commémoratif d'Ambatonakanga.

1 Il est à noter que d'après l'ouvrage Histoire générale des techniques Tome II, la technique de la taille de la pierre était d'origine grecque et la taille géométrique de la pierre est une conservation des connaissances de la science et technique hellène

2 Les pierres de taille avaient : 30 cm de Hauteur ; 30 cm d'épaisseur ; 30cm de long

3 SIBREE op.cit.

4 MANTAUX op. Cit.

Figure 7 : Erection d'une pierre mâle (Vatolahy)

Nous nous posons la question sur la manière dont les ouvriers faisaient usage pour faire monter les pierres de taille en niveau supérieur. Un ouvrage sur les techniques1 donne des exemples sur les moyens utilisés pour transporter les matériaux en hauteur, en Europe. Il y avait l'usage de plan incliné au XVe siècle, les matériaux ont été transportés dans de sortes de cuves en bois ou dans des paniers. Cette dernière technique était probablement celle qui a été employée pour les temples commémoratifs. On arrivait donc à accéder à tous les niveaux grâce à l'échafaudage, il était question d'ores d'assembler les pierres. En effet, pour que la structure tienne, il fallait songer à utiliser des liants pour assembler les pierres entre elles. Nous allons donc maintenant nous intéresser aux techniques d'assemblage des pierres pour les quatre monuments commémoratifs.

Figure. 8 : Echafaudage du Memorial Church d'Ambatonakanga

1 Les origines des civilisations techniques Tome I 1962 DE LA CALLE ; CASTAGNOL ; CONTENAU

V-2-5 L'assemblage des pierres

L'Imerina n'a jamais probablement connu avant l'avènement des missionnaires, autres matériaux d'attache que les lianes et d'autres écorces d'arbres. Ces matériaux ont été utilisés pour attacher et assembler le bois pour la construction des maisons. Construit totalement en bois, l'intérieur des logements était couvert d'un enduit1 de bouse de vache qui servait en quelque sorte de liant pour fortifier la structure et pour retenir la chaleur à l'intérieur. L'arrivée de Cameron à Antananarivo était un des points marquant dans le domaine des constructions en Imerina. En effet, cet architecte-pasteurenseignant, avec ses recherches avait pour la première fois découvert la pierre à chaux2. Il enseignait à ses apprentis-ouvriers à la transformer en chaux. Cette découverte va, selon Delahaigue-Peux3, contribuer à l'amélioration des liants. On utilisait, d'après elle, pour les appareillages de la terre rouge. Aussi, le nouveau liant découvert était employé dans les constructions. Les missionnaires-architectes utilisaient pour assembler les pierres de taille entre elles, la chaux. Avant son usage comme liant, la chaux devait passer à des étapes de cuisson. Pour que la structure tienne, il fallut cuire la chaux avant son utilisation. Le mortier tenait surtout à la bonne ou mauvaise cuisson de la chaux. La technique d'utilisation de la chaux, mélangée avec du sable comme matériau d'assemblage, était une des caractéristiques de la maçonnerie médiévale4.La chaux pour les églises commémoratives était cuite. Ellis (W.)5affirmait des propos sur le problème concernant la chaux. Il constatait l'absence de personne sachant cuire la chaux (« no lime burners »). Il est à noter que pour les églises commémoratives, la chaux provenait du Betsileo6. Ce matériau existait en petite quantité et monopolisé par le gouvernement. Ce n'était pas seulement ce matériau qui fut l'objet d'accaparation de l'Etat. Les ouvriers faisaient également l'objet de ce monopole par ce dernier pour des occupations personnelles7. Ces ouvriers attirent tout principalement notre attention. Ils étaient, après les missionnaires, des « personnages » clé de ces constructions. Nous nous posons des questions sur leurs identités et leur devenir mais également sur leurs initiateurs.

1 BASTIAN (G.) - GROISON (H.) op. Cit.

2 « Ingahikama » COUSINS traduit par RANDZAVOLA imprimerie Imarivolanitra Antananarivo 1920

3 DELAHAIGUE-PEUX op. cit.1996

4 Les origines de la civilisation technique Toment I 1962 DE LA CALLE - CATAGNOL - LEROI GOURHAN

5 Madagascar revisited

La fondation des temples protestantes à Tananarive entre 1861-1869 » RAISON-JOURDE (F.) in Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11- 1970

7« Maçons-tailleurs-charpentiers [...] recherchés par les grands officiers qui, sous prétexte du service de l'Etat, les utilisaient sous forme de corvée à la construction de vaste demeures particulières » in Fondation des temples protestants à Tananarive entre 1861-1869, RAISON-JOURDE (F.) Annale de l'Université de Madagascar n°11 1970

V-3 LES OUVRIERS DES CHANTIERS

Les Malagasy de la société ancienne savaient coopérer et travailler ensemble : « asa vadidrano ; tsy vita raha tsy hifanakonana ». Le Valintanana montrait cette collectivité entre la population. Il y avait de l'autre coté le devoir envers le souverain. Aux temps de la royauté, la société se divisait en classes. Selon Boiteau1 , il y avait les nobles ou andriana ; les Hommes libres ou hova ; les esclaves affranchis ou hova vao ; les hova réduit à l'esclavage ou zaza hova ; les esclaves royaux ou tsiarondahy et enfin les esclaves ou andevo. Ces derniers avaient des obligations de travaux qui leurs étaient imposés. En effet, les esclaves avaient comme fonction la corvée ou Fanompoana. Depuis Andrianampoinimerina, chaque peuple devait « travailler » pour le roi. Les femmes esclaves s'occupaient des travaux domestiques tandis que les esclaves mâles des constructions de bâtiments civils et de l'entretien de la digue de Betsimitatatra2. Il est à signaler l'existence d'esclaves originaires d'autres pays à

Madagascar. En effet, des « corvéables » locaux étaient des esclaves mozambicains et des Africains3.Est-ce que ces esclaves étrangers avaient-ils contribué dans l'érection des temples commémoratifs ? Telle est la question qui se pose et mérite d'être étudiée, de par ces sources.

V-3-1 Qui étaient ces ouvriers ?

Bien avant l'arrivée des missionnaires, les Malagasy avaient des techniques qui leur étaient propres concernant la construction que ce soit habitation ou autres. Cameron, quant à lui, avait ouvert des ateliers pour former les jeunes Malagasy4. Partant de cette information, nous ne pouvons pas encore encore affirmer que ces ouvriers étaient des Malagasy. Ceci, puisqu'on n'a pas de données montrant qu'ils avaient participé aux constructions des temples commémoratifs. L'industrie du bâtiment avait connu une prospérité à un moment donné. Avec Radama II au pouvoir, la capitale, selon Mantaux5 , commençait à voir les premiers édifices cultuels, la pierre et la brique se faisaient de plus en plus nombreuses ... Devenant une source considérable de revenu, selon Boiteau6, l'extraction et la taille de la pierre, la préparation de la brique et de tuile se développaient. Les apprentis ont été guidés par les

1 « Contribution à l'Histoire de la nation malgache » édition sociale Ministère de la culture et de l'art révolutionnaire 1982

2 Sources de l'Histoire de l'esclavage : affranchissement et transaction diverses RAINIZAFINIARY mémoire de maitrise en Histoire 2005

3 RAINIZAFINIARY ibidem

4 INGAHIKAMA : misionera mpanao taozavatra teto Madagasikara, COUSINS traduit par RANDZAVOLA (H.) : « Tsy latsaky ny 600 ny mpianany (rafitra) »

5 « Madagascar d'autrefois » in Revue de Madagascar 3è et 4è trim. 1969

6 « Contribution à l'Histoire de la nation malgache » édition sociale Ministère de la culture et de l'art révolutionnaire 1982

artisans britanniques, Cameron et Pool. Notons bien que la technique de façonnage de la pierre de taille fut transmise par Cameron, dans les années 1827.On utilisait ces pierres pour les fondations des maisons.

Partant de l'information donnée par Sibree1, nous pouvons identifier les ouvriers qui avaient contribué aux constructions. Ce missionnaire britannique remarquait que « les Malagasy (malagasy workmen) travaillaient irrégulièrement pendant la semaine. Ils surveillaient leurs rizières et les repiquages du riz ». Il y avait également les habitudes et coutumes locaux. Sibree affirmait que : « les affaires familiales interrompent constamment le travail tels les naissances, circoncisions, mariage, et principalement les funérailles ». Ces informations ont été observées et données par Sibree durant la construction d'Ambatonakanga, le premier temple commémoratif. Nous pouvons déjà à partir de là, en déduire que ces ouvriers étaient Malagasy. Cette affirmation peut être justifiée par le fait que Sibree citait des coutumes et traditions typiquement malagasy. La langue parlée était aussi, à un certain moment évoquée comme problème. Sibree ne comprenait pas la langue locale. Cameron, qui résidait assez longtemps en Imerina en avait des notions.

D'autres ouvrages parlent également de ces ouvriers. Dans l'ancienne société, le roi et les nobles avaient droit à des esclaves qui se chargeaient de toutes les tâches, le Fanompoana. Ces esclaves, selon Ravel2 ont été prêtés par quelques « grands » de l'époque. Vu l'avancement des travaux, les hommes d'Etat à cette époque, en inventant le prétexte de corvée avaient retiré les ouvriers pour des constructions personnelles3. Donc, nous pouvons affirmer que les ouvriers qui travaillaient sur les quatre chantiers étaient des Malagasy. Ces ouvriers, cités à plusieurs reprises dans des ouvrages que les travaux étaient des corvées, avaient le statut d'esclaves. A aucun moment, dans les ouvrages lus, il n'était cité autres ouvriers venant d'autres pays. Certes, il y avait des esclaves mozambicains à Madagascar, cependant on ne saurait dire s'ils avaient ou non contribué à la construction des temples. Ce que nous pouvons dire c'est que les Malagasy y avaient contribué. Pour preuve, Andriambelosoa (H.)4 en parlait également dans ses recherches. Elle affirmait que « [...] les travailleurs Malagasy ont été formés par le L.M.S. Ils avaient déjà 35 années d'expérience depuis la construction d'Ambatonakanga [...] »5. Dans ses travaux de recherche, elle citait le nom de Rainibao, un des tailleurs de pierre en ces temps. Cet ouvrier travaillait sur les sites mais il participait également à la fondation de la cathédrale d'Ambohimanoro.

1 SIBREE : Fifty years in Madagascar personal experiences of mission life and work

2 AMBOHIPOTSY 1968 - il y avait même des contre maîtres Malagasy sur le sentier d'Ambohipotsy

3 « La fondation des temples protestants à Tananarive entre 1861-1869 » RAISON-JOURDE (F.)

4 British introduction of new uses of stones in Antananarivo 1826- 1889 Memoires de maitrise 2001

5 Les mêmes ouvriers avaient contribués à la construction de la cathédrale ST Laurent Ambohimanoro

Les ouvriers étaient donc des Malagasy. Le recrutement de ces ouvriers posait des problèmes pour les missionnaires. En effet, de telles constructions avaient besoin de personnes qualifiées (tailleurs- couvreurs- maçons- charpentiers). Comme nous l'avons dit, les Malagasy avaient comme matériaux de construction habituelle du bois ; jonc ; de la boue. Les techniques étaient traditionnelles. L'apprentissage de ces ouvriers au nombre fort restreint était de lourdes tâches pour les missionnaires. Aussi, les esclaves qui avaient auparavant travaillé gratuitement sous forme de corvée (puisqu'ils étaient des esclaves) devenaient des ouvriers qui percevaient des salaires en fonction de leurs travaux sur les sites des memorial churches. Mais que devenaient ces ouvriers après la construction des temples ?

V-3-2 Que devenaient les ouvriers après la construction ?

Après la construction des temples commémoratifs, les ouvriers avaient été appelés pour d'autres constructions. L'interdiction de construire en dure était levée par Ranavalona II, en 1868. Depuis, les bâtiments en pierre ou brique se multipliaient sur la haute ville et même dans l'enceinte de la vieille cité. Selon Delahaigue-Peux1, les ouvriers qui ont été formés par les missionnaires britanniques dans la taille de la pierre avaient participé au revêtement en pierre du palais de la reine. Cette construction (1869-1875) se déroulait en même temps que celle de Faravohitra et Ampamarinana. Le temple du palais était également construit en cette année. Ceci peut expliquer l'accaparation des ouvriers corvéables par l'Etat. Après ces constructions, de nouveaux édifices religieux et d'autres communautés s'implantaient dans la ville. Les Anglicans s'installaient aussi dans la capitale. En 1883, la première pierre était posée. Les mêmes ouvriers que ceux des temples commémoratifs y travaillait. Un passage dans les travaux de recherche d'Andriambelosoa affirmait que « évidemment, les travailleurs Malagasy ont été formés par les missionnaires de la L.M.S. Ils avaient déjà 35 année d'expériences depuis la construction d'Ambatonakanga ».

Ainsi, les corvéables Malagasy, après la construction des temples commémoratifs, oeuvraient dans des travaux de constructions que ce soit des bâtiments civils ou religieux. Concernant les Masombika, un traité sous Ranavalona II les avait libérés de l'esclavage. L'apprentissage de ces ouvriers au nombre fort restreint était de lourdes tâches pour les missionnaires. Qui étaient-ils ? Les identités des initiateurs de nouvelles techniques de construction méritent amplement d'être connues.

1 DELAHAIGUE-PEUX op.cit. 1996

V-3-3 Qui étaient les initiateurs des techniques ?

Puisque l'idée de construction des « Memorial Churches » était conçue par Ellis, un missionnaire Britannique, ceux qui vont construire les temples les étaient également. Nous allons en savoir d'avantage sur ces missionnaires à la fois révérends, architectes et ingénieurs.

V-3-3-1 Cameron (J.)

Il figure parmi les principaux noms de missionnaires qui avaient appris aux Malagasy les nouvelles techniques de construction. Il remplaçait Brooks (T.), un autre missionnaire mort du paludisme, une maladie tropicale. Dès son arrivée dans la capitale en 1826, Ingahikama avait ouvert des ateliers pour y enseigner les techniques de constructions. Il apprenait aux Malagasy la charpenterie (ouvrage bois) ; la taille de la pierre et le façonnage de la brique1 en terre battue. Dès 1827, Cameron initiait aux apprentis-ouvriers à utiliser la pierre dans les fondations des maisons, en dehors de la cité. Il découvrait pour la première fois la pierre à chaux et apprenait son extraction. Cameron construisait le toit et la tête du temple d'Ambatonakanga, avec Sibree. C'était lui qui avait surveillé la construction du temple de Faravohitra avec le plan dessiné par Robin en Angleterre. Toujours avec Sibree, il surveillait la construction d'Ampamarinana. Le revêtement en pierre du palais de la reine figure aussi parmi ses travaux.

V-3-3-2 Sibree (J.)

Ingénieur civil de formation, Sibree se chargeait de dessiner et de fonder le premier temple commémoratif, à savoir Ambatonakanga, lui-même et Cameron étaient les patrons des chantiers. Avec Pool, il contribuait à la construction d'Ambohipotsy. Il participait également à la fondation du quatrième temple d'Ampamarinana, avec Robin et Pool. Le révérend Sibree contribuait également à l'apprentissage des ouvriers des quatre sites. Constatant que personne ne savait encore travailler la pierre, Sibree2 avait appris aux travailleurs comment rendre carré la pierre. Mais la taille des pierres nécessitait l'utilisation de nouveaux outils de constructions, les mesures... Pool figurait également parmi ceux qui avaient enseigné les nouvelles techniques de construction. Travaillant avec Cameron,

1 Ingahikama RANDZAVOLA imprimerie Imarivolanitra 1920

2 SIBREE : Fifty years in Madagascar personal experiences of mission life and work

tous deux guidaient les travaux d'extraction et la taille de la pierre. Sibree imposait son propre style de construction en créant le Cottage ou le « style Sibree ».

D'autres missionnaires Britannique y contribuaient également, on va en parler plus loin. Laborde, un missionnaire Français apportait également de nouvelles techniques de travail de la pierre. Il enseignait la stéréotomie aux chrétiens condamnés sous Ranavalona I qui devenaient ensuite les ouvriers du palais de Manjakamiadana1 . Il bouleversait l'architecture funéraire surtout en Imerina.

Ainsi les missionnaires apprenaient les nouvelles techniques aux ouvriers Malagasy. Ils vont travailler sur les sites. D'autres ingénieurs-architectes qui ont contribué aux constructions méritent également d'être connus.

V- 4 AUTRES INGENIEURS ET ARCHITECTES

D'autres ingénieurs et architectes britannique qui apportaient leurs savoir faire et contribuaient au changement de la face de l'Imerina méritent également d'être présentés en quelques mots.

V-4-1 Robin

Le nom de cet architecte figure sur la stèle de commémoration, dans le temple de Faravohitra et celui d'Ampamarinana. Ce missionnaire avait dessiné le plan du temple de Faravohitra. Robin n'avait jamais vu Madagascar.

V-4-2 Parret (J.)

On a peu d'information sur ce missionnaire. C'était lui qui avait dessiné le tribunal d'Ambatondrafandrana. Parret (J.) (Paritra, son nom malgache) était l'imprimeur de la LMS à Imarivolanitra, mais il savait dessiner à ces moments perdus ; il n'était pas architecte comme les autres.

V-4-3 Pool (W.)

Ce missionnaire-architecte était l'un des plus célèbres du XIXe siècle. Pool arrivait à Antananarivo le
15 juillet 1865. Il était aussi bien architecte que charpentier. Lui et Cameron travaillaient souvent

1 « MANJAKAMIADANA » DELAHAIGUE-PEUX 1996

ensemble. Le plan du temple commémoratif d'Ambohipotsy était son oeuvre1. Le pasteur Rabary2 affirme qu'il avait participé également dans la conception du plan du Tranovato Faravohitra. Pool avait également dessiné le plan du temple Tranovato Anatirova. Cet architecte-missionnaire, selon Mantaux3, révolutionnait le style de construction qui va être réservé aux dignitaires et nobles. Comme exemple, le plan du palais du premier ministre ainsi que sa construction étaient parmi ses oeuvres.

V-4-4 Toy

Cet homme figure également dans certains ouvrages. Faute de sources de documentations, on ne peut donner autant d'information sur lui. Toy avait peut être contribué dans la fondation du temple commémoratif d'Ambohipotsy. Son nom figure d'ailleurs sur la stèle de commémoration à l'intérieur du temple même. Raison-Jourde (F.)4 en parle aussi.

Ainsi la mission protestante, avec les missionnaires architectes britannique apportaient aussi bien une nouvelle religion que de nouvelles techniques de constructions. C'était difficile de trouver les ouvriers, de les former. Ceci puisque de nouveaux styles d'architectures vont apparaitre à Antananarivo, aussi bien de bâtiments civils que religieux, avec l'utilisation de nouveaux matériaux de constructions. Le temple d'Ambatonakanga et Ambohipotsy ont été dessinés dans style Normand avec des colonnes doriques et des arcades tandis que le style classique a été adopté pour Faravohitra et Ampamarinana. Il se caractérise par la présence d'une grande salle, pas de colonnes ni arcades. Cette architecture est simple avec des lignes droites et des symétries (proportions mathématiques d'après Encyclopédie Universalis volume 4). D'autres missions apportaient également leurs techniques de constructions. Nous allons entamer une brève comparaison des temples commémoratifs avec la cathédrale immaculée conception d'Andohalo de la confession catholique puis avec la cathédrale Saint Laurent Ambohimanoro.

CHAPITRE VI : BREVES COMPARAISONS DES MONUMENTS EN PIERRE

Après l'instauration de la liberté religieuse depuis Radama II, les confessions essayaient tous, de bâtir des édifices cultuels durables en pierre ou en brique. A part le protestantisme, la mission

1 ELLIS affirme dans la livre « The martyr Church of Madagascar » que le plan d'Ambohipotsy a été fait par SIBREE

2 « Daty Malaza » Boky faharoa tonga i Pool mpita-marika nahavitana ny Tranovato 02 (Ambohipotsy- Fravohitra)

3 MANTAUX op.cit.1969 p 14

4 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11, 1970

catholique se développait aussi dans la capitale en érigeant des églises comme la cathédrale Immaculée Conception d'Andohalo. L'anglicanisme apparaissait également. Cette confession s'installait en érigeant dans la capitale des édifices religieux comme celui d'Ambohimanoro. Quelles sont les caractéristiques de ces édifices comparables avec les temples commémoratifs ?

VI-1 LA CATHEDRALE CATHOLIQUE IMMACULEE CONCEPTION D'ANDOHALO

L'église d'Andohalo (étymologiquement : là où coule la source d'eau) est faite entièrement en pierre de taille. Avant la construction en dure, il y existait, sur cette place selon Mantaux1 , un édifice de culte, en bois et comme toit, du chaume. Le terrain et la case en bois appartenaient à un certain Ramboasalama, un dignitaire royal qui les avait attribués à la mission catholique2. Laborde donnait aussi une partie de son terrain à la mission pour que celle-ci mène à bien les constructions.

VI-1-1 Les techniques de construction

Les informations sur les techniques de construction de cet édifice restent encore fragmentaires et minimes. On sait seulement que des ouvriers Malagasy y avaient travaillé (probablement ceux qui ont été formés par Laborde). On note également la présence d'ouvriers étrangers3 de la mission catholique participant à la construction. Ils avaient également recours à des échafaudages lors des travaux. Concernant le matériau de construction, on n'a pas de source sur la carrière d'extraction- le transport des matériaux. On peut néanmoins poser l'hypothèse que la taille se faisait par stéréotomie comme l'avait enseigné Laborde (J.).

VI-1-2 L'année de construction

La pose de la pierre de fondation était effectuée par monseigneur Cazet, préfet apostolique de Madagascar en présence de Ravoninahitrarivo, 15 honneurs et ministre de Ranavalona II, le 8 mai 1873. La construction fut achevée le 17 décembre 1890. Cette Cathédrale de style gothique, décrétée

1 « Tananarive d'autrefois » in Revue de Madagascar 3e- 4e trimestre 1969

2Cathédrale de l'Immaculée Conception Andohalo- Antananarivo : centenaire du bâtiment en pierre, de l'orgue et de l'horloge 1890-1990-(brochure de guide)

3 Le Frère Laborde, un des ouvriers de la mission catholique, travaillant seul, trouva la mort au cours de l'exécution des travaux de la cathédrale de l'Immaculée Conception.

« monument historique classé » en janvier 1964, en un témoin de l'histoire religieuse et politique de Madagascar.

VI-1-3 Les formes, les styles

Le plan de cette cathédrale fut dessiné par un prêtre jésuite1. Père Gonsalvien dessinait une église, avec un style gothique dotée de plusieurs ornements, avec une toiture qui était en tuiles écailles. C'était un plan ingénieux et flamboyant mais qui coutait énormément. Taix (A.), un autre père jésuite, non moins un peintre-architecte, réarrangeait ce plan. Il dessinait un style simple et sévère de façon à construire un monument moins couteux et de meilleur goût. La cathédrale a un style ogival. Elle comporte deux tours carrées de 30 mètres de hauteur. La cathédrale d'Andohalo est un monument d'une taille considérable. L'église s'étend à une longueur de 37,60 mètres contre 18 de largeur. L'hauteur du toit s'élève à 21 mètres ; les murs à 11 mètres. La façade, quant à elle, fait 19 mètres ; dotée de sobres décorations, à savoir une rosace à dix pétales formant en leur milieu une croix tréflée. Il y a également une croix potencée, sculptée au dessus du portail central. La cathédrale montre également d'autres caractéristiques telles la façade montrant l'ogive (remplacée après les grandes pluies de 1982), les tours, la nef, le choeur, les tribunes, les paliers ...

Les français avaient, par l'intermédiaire des architectes tels que : Gonsalvien ou bien Taix, su montrer leur savoir faire et leur technicité à travers la cathédrale d'Andohalo. La construction coûta 17 années d'effort et de labeur. Cependant, d'autres Européens montraient également leur faculté dans le domaine des bâtis. Plus proche de la confession protestante, les anglicans décidaient également de fonder des foyers de culte dans la capitale. Quels styles et quelles techniques apportaient-ils ? Telles questions nous intéressent maintenant.

VI-2 LA CATHEDRALE SAINT LAURENT AMBOHIMANORO

Cet édifice cultuel appartient à la confession anglicane. Cette mission était en étroite relation avec la mission protestante. On a peu d'informations lui concernant.

1 MANTAUX affirme dans Tananarive d'autrefois que : « 03 plans furent réalisés ; c'est celui du père TAIX (A.) Qui a étéretenu ».

VI-2-1 Les techniques de constructions

La mission anglicane, norvégienne d'origine, déployait également, pour la construction de la cathédrale des moyens avancés. Les pierres nécessaires pour la construction du temple étaient extraites de la carrière sur place même, c'est-à-dire à Ambohimanoro. Pour l'extraction, on utilisait de la dynamite. Les fragments de roches, après l'explosion, ont été taillés afin d'être les principaux matériaux de construction du temple. Les ouvriers qui travaillaient sur le chantier étaient ceux qui avaient fondé les temples commémoratifs. Andriambelosoa en parle dans ses travaux de recherche1. Un passage affirme que « évidemment, les travailleurs Malagasy ont été formés par les missionnaires de la L.M.S. Ils avaient déjà 35 années d'expérience depuis la construction d'Ambatonakanga ». Les mêmes ouvriers contribuaient donc à d'autres fondations que les Mémorial Churches.

VI-2-2 L'année de construction

Rainilaiarivony, le premier ministre à cette époque se chargeait de poser la pierre de fondation. La date marquante de cet événement était le 13 septembre 1883.

VI-2-3 Les formes, les styles

Les Norvégiens, avaient eux aussi, leurs styles d'architecture et leurs architectes. Etant donné que ces derniers et la mission protestante britannique étaient proches, on voit des similitudes et des ressemblances, voire même des influences sur les styles de construction. En effet, la cathédrale d'Ambohimanoro a été construite avec un style normand (gothique sobre). Le temple se caractérise par la présence de tours octogonaux comme les châteaux médiévaux d'Europe. Construite sur une petite élévation, la cathédrale se distingue ainsi par son plan qui prend la forme d'une croix. La toiture est en tuiles écailles. Saint Laurent Ambohimanoro a été dessiné par l'architecte norvégien White (W.). Ce plan de style normand a été mis sur pied par Anker (A.).

Ainsi, une nouvelle ère dans le domaine de la construction commençait. Les Européens, par l'intermédiaire des pasteurs et prêtres architectes, bouleversaient le domaine du bâti en introduisant diverses techniques. Les missionnaires britanniques joueront un rôle vraiment crucial dans ce basculement. Cameron (J.) va être l'un des initiateurs en introduisant diverses techniques de

1 ANDRIAMBELOSOA (H.) Op. Cit Mémoires de maitrise 2001

construction. Ellis (W.) eut comme idée de fonder des foyers de cultes entièrement en pierre, en la mémoire des Martyrs de la foi, qui était, jusqu'alors interdit. Après la mort de Ranavalona I et la montée de son fils, Radama II au pouvoir, le christianisme va connaître un grand essor. Dès leur retour, les missionnaires avaient chacune décidé de s'installer définitivement en créant des foyers de cultes durables presque partout en Imerina. Les édifices religieux gagnèrent en nombres. Les bâtiments civils connaissaient également de grand développement. Une vague de construction va marquer le XIXe siècle en Imerina. La décision de Ranavalona II de lever l'interdiction de bâtir en dur, jouait également un rôle important dans le domaine de la construction.

Ces changements affecteront divers domaines de la vie des Malagasy, aussi bien dans son Histoire que dans sa culture. L'introduction des ces techniques d'une façon ou d'une autre, vont contribuer à de grandes réformes que l'Imerina n'avait connu jusqu'alors. Dans la troisième partie de notre recherche, nous parlerons des apports et valeurs véhiculés ces monuments en pierre.

TROISIEME PARTIE

LES EGLISES DE PIERRE,

NOUVEAUX SYMBOLES ET

NOUVEAUX REPERES VISIBLES

L'identité des anciens Malagasy se reflète, en partie par le style de construction et son architecture. Les anciens savaient parfaitement organiser leur habitat et aménager leur espace. L'architecture traditionnelle malagasy se caractérisait particulièrement par le fait que le principal matériau était du végétal, en l'occurrence, du bois. Des chercheurs1 qualifient même notre civilisation comme civilisation végétale. Ceci du fait qu'un des interdits d'Ikelimalaza, un des sampy royaux, n'autorisait en aucun cas, la construction de maisons avec d'autres matériaux comme la brique ou la pierre. Seule la matière « vivante » a été autorisée par le sampy, tant vénéré aussi bien par le roi que par le peuple. La matière « morte » quant à elle, a été destinée uniquement pour les morts. La pierre était également utilisée dans d'autres contextes de la vie des anciens dont nous avons auparavant parlé. Aussi bien dans la construction avec les matières vivantes comme le bois qu'avec les mortes telle la pierre, les Malagasy avaient leur technique et savoir faire et en accordaient une certaine valeur. Avec l'arrivée des Européens au début du XIXe siècle, de nouvelles techniques dans le domaine du bâti influenceront celles locales. Les édifices cultuels en brique ou en pierre se multiplièrent. L'extraction et la taille de la pierre sous la direction de Cameron et Pool, devenaient source de revenu considérable. Ainsi, une nouvelle ère commençait dans le domaine de la construction. L'arrivée des missionnaires-architectes européens et l'avènement de Ranavalona II au pouvoir contribuaient à des changements et offraient une nouvelle mode de vision. De nouvelles valeurs apparaissaient avec ces influences étrangères sur divers plans : sur l'Histoire ; la Culture et autres domaines. Quelles sont les nouvelles valeurs véhiculées par ces monuments ? Telle question est à soulever.

CHAPITRE VII : VALEURS DES QUATRE MONUMENTS

Totalement différentes aux Soatoavina, valeurs locales, ces monuments cultuels en pierre contribuaient à des grands changements dans l'Histoire, la Culture et dans d'autres domaines et apportaient de nouvelles valeurs que l'Imerina prenait très vite comme siennes. Quelles sont ces valeurs historiques ?

VII-1 VALEURS HISTORIQUES

Les valeurs Historiques de ces édifices commençaient par la foi chrétienne sous Ranavalona I. Les
chrétiens étaient, pendant une longue période, victimes de persécution, d'emprisonnement et même de

1 RAMIARAMANANA DOMENICHINI (B.) : Architecture dans la tradition des hautes terres centrales in Bulletin de l'Académie Nationale des Arts, Lettres et Sciences Tome 71/1-2 1993

condamnation. Radama II va réinstaurer la liberté de la religion et de culte ainsi que l'idée d'Ellis (W.) de construire des temples en souvenir des persécutions à l'encontre de ces martyrs de la foi succédant ces longues années de persécution. Ensuite, on assistait à la montée au pouvoir de Ranavalona II au pouvoir, se proclamant chrétienne. En 1868, elle levait la loi interdisant la construction en pierre ou en brique dans l'enceinte de la vieille ville. Tous ces événements changeaient l'Histoire de l'Imerina. Les temples commémoratifs étaient et continuent d'être les témoins de l'enracinement d'une nouvelle religion en Imerina. Ce sont, d'après un ouvrage1 « les témoins vivants de l'évangélisation de la religion protestante à Madagascar ». En outre la libération du tabou interdisant tout autre matériau que le bois favorisait d'autres styles de construction avec la pierre que jamais quiconque n'avait utilisé pour les vivants. Une ère nouvelle, marquée par la liberté religieuse commençait. Aussi, on assistait également à la réouverture à l'occident. Ainsi, le cours de l'Histoire merina changeait complètement. Le XIXe siècle était surtout marqué par l'avènement des missionnaires européens qui avaient pour but de propager leur religion sur les terres païennes, en l'occurrence, le christianisme. En plus de l'évangélisation, les missionnaires britanniques non moins des architectes et ingénieurs apportaient de nouvelles techniques de constructions avec des matériaux jamais utilisés pour une maison et autres bâtiments. Les temples commémoratifs représentent les phases qui se succédaient dans l'Histoire religieuse de l'Imerina. Il y avait premièrement, sous Radama I, le règne qui laissait libre champ aux pratiques religieuses et aux diverses coopérations avec les étrangers. On assistait ensuite, avec Ranavalona I, à des interdictions voire même, des condamnations à mort de ceux qui pratiquaient le christianisme ou « fivavaham-bazaha » avec une rupture totale de toutes coopérations. Enfin, on assistait à une période nouvelle marquée par le retour de la liberté de religion et de culte et également, par le retour des missionnaires après 30 longues années d'absence.

La construction des divers édifices religieux tels les temples commémoratifs affirmait une volonté de s'installer définitivement. L'un des buts poussant Ellis (W.) à construire les temples commémoratifs selon Raison-Jourde (F.)2 était de créer des foyers de culte durable. Elle ajoutait également que l'inauguration des ces temples devenait l'un des grands moments de la vie de la capitale. En effet, avec les Mémorial Churches, les martyrs de la foi étaient introduits dans l'Histoire malagasy. Les flèches de ces temples étaient comme les Vatolahy commémorant la persécution des chrétiens. Cette dernière était devenue également à son tour une partie qui formait l'Histoire merina. La volonté d'adopter le christianisme se montrait également du coté des dirigeants Malagasy. Les décisions prises par l'Etat depuis Radama II et surtout sous Ranavalona II modifiaient complètement le cours de l'Histoire

1 AMBATONAKANGA, Eglise protestante 1867- 1977

2 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11 1970

merina. Les sampy royales ont été remplacés par une bible lors du Fisehoana (intronisation) de la reine ; elles ont été ensuite brulées suivi du baptême des dirigeants ; la levée de l'interdiction... Cette dernière va faire apparaître des constructions qui montraient les changements. En plus des temples commémoratifs, d'autres édifices en pierre apparaissaient également sur la haute ville. Le palais de la reine a été recouvert en pierre par Cameron en même temps, un temple entièrement en pierre se dressait dans l'enceinte même du rova.

Toutes ces étapes mettaient en place un nouvel visage à l'Histoire de l'Imerina. Toutes les décisions prises par l'Etat malagasy depuis Radama II à Ranavalona II montraient une volonté de changer, de tourner une page. Le fivavaham-bazaha devenait la religion de l'Etat. Le revêtement du palais de la reine en pierre et la construction d'un temple dans l'enceinte même de la cité, montraient qu'une nouvelle religion s'installait définitivement. A ces périodes correspondait également un développement de la technique. Les missionnaires-architectes britannique l'avaient montré avec la construction des temples commémoratifs totalement en pierre. A travers ces bâtis, les architectes tels que CameronPool-Sibree, selon Delahaigue-Peux1 ont pu développer les capacités des ouvriers. Avec des styles et savoir faire totalement nouveaux, ces Européens changeaient le mode d'usage de la pierre. En effet, depuis longtemps, si les vivants n'avaient droit qu'aux bois ; et cela depuis toujours, les morts eux, à la pierre. La diffusion de la religion chrétienne était en expansion. Les édifices cultuels en pierre en étaient les témoins. Ces monuments en pierre possèdent donc des valeurs historiques incontestables. En effet, en plus du fait que ces temples sont des Vatolahy commémorant l'avènement du christianisme en Imerina mais également les souvenirs de ceux qui étaient martyrs, ils marquaient aussi la révolution au niveau de la technique de construction. Les édifices civils et religieux garnissaient la colline de la cité. La réouverture à l'occident permettra le développement galopant d'un nouveau style d'architecture. La « fièvre de bâtir s'emparait d'Antananarivo »2. Les quatre temples commémoratifs font partie des points marquant de l'Histoire de l'Imerina. Ils nous aident à nous souvenir des phases qu'avait traversées l'Imerina. Ils nous aident également à nous situer par rapport à ces évènements. Ces monuments témoignent également la volonté et le savoir faire de ceux qui participaient dans leur conception. Par leur intervention, le visage de la ville changeait. Les grandes valeurs Historiques des quatre monuments religieux dont les formes et les aspects font, selon Raison-Jourde3 rappelé leur origine britannique. Des mémoires de lieux et lieux de mémoires, ces temples en pierre ou

1 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996 p 88

2 « Etude du patrimoine architectural urbain de Tananarive »

3 Bible et Pouvoir à Madagascar au XIX e siècle : Invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat

« Tranovato » possèdent également des valeurs culturelles qui ne sont pas à négliger. Nous allons en parler dans les paragraphes qui vont suivre.

VII-2 VALEURS CULTURELLES

Si l'on parle du matériau pierre, les Malagasy en avaient leurs propres styles et usages. Nous en avons déjà parlé auparavant. La pierre était utilisée dans divers contextes de la vie de nos ancêtres. Dans le contexte profane, tels les portails (disques de pierre) des villages comme dans le contexte sacré (à l'exemple du vatomasina), lors d'un sacre d'un souverain ou bien les vatolahy, afin de commémorer un défunt ou un évènement, la pierre jouait de grands rôles. Etant donnée que cette matière est sans vie ; inerte et glacée, on évitait son utilisation dans la construction de maison. La pierre était réservée pour construire la demeure des morts. Les vivants n'avaient pas le droit de fonder une maison qu'avec des matières vivantes tel le bois. L'avènement des missionnaires apportait de nouvelles visions concernant l'utilisation de la pierre. Ces européens faisaient appel à des matériaux jamais utilisés pour les maisons ou autres bâtiments dans ce pays, à civilisation du végétal. Aussi, un style totalement nouveau et étranger apparaissait en Imerina. Cette nouvelle architecture et l'usage d'un nouveau matériau constituaient le nouveau reflet de l'identité de l'Imerina dont l'ancienne était celle du bois. L'utilisation de la pierre ne se limitait donc plus aux domaines de la mort. Les missionnairesarchitectes apprenaient aux ouvriers locaux de nouvelles techniques, les façonnages et le travail esthétique de cette matière. Une matière à laquelle on n'imaginait jusqu'alors, construire la demeure des vivants. Un nouvel art de bâtir apparaissait donc en Imerina. L'apparition de nouvelles techniques de construction ainsi que la fondation des églises, avec comme matériau la pierre, contribuaient à changer le visage et les formes architecturales de la colline de l'Imerina.

Nous savons bien que toutes les monarchies de l'Imerina, depuis leur début avaient une confiance totale aux « dieux » qui leur fournissaient une protection et bénédictions assurant la prospérité de la cité. Ces Sampy jouaient des rôles vraiment importants dans la bonne marche de la société ancienne. Mais afin que les sampy aussi bien royales que populaires aient des effets bénéfiques sur la société que sur un individu ; elles exigeaient des règlements à ne pas enfreindre. Ikelimalaza, l'une des sampy royales la plus célèbre, était à l'origine de l'interdit empêchant toute construction en dure, aussi bien en brique qu'en pierre. Tous les souverains qui se succédaient en Imerina suivaient à la lettre ces tabous. L'avènement de Ranavalona II au pouvoir entrainait un bouleversement de la tradition. En effet, lors de son intronisation, la reine avait à ses cotés une bible alors que tous ses prédécesseurs tenaient en main

les sampy. La reine ordonnait ensuite la destruction de toutes les sampy. Dès son accession au trône, la reine se déclarait chrétienne1, comme le confirme Delahaigue-Peux2 dans son ouvrage. En 1868, une importante décision a été prise par Ranavalona II. En plus de sa déclaration comme étant chrétienne, la reine promulguait une loi levant l'interdiction de construire en pierre à l'intérieur de l'ancienne cité. La reine voulait montrer sa volonté à changer complètement le cours de l'histoire ainsi que les traditions locales. Le protestantisme était devenu la religion de l'Etat. Un an après la levée du tabou, le palais de la reine était revêtu en pierre par l'architecte-missionnaire britannique Cameron. Pour montrer sa conversion, la reine et quelques membres de son gouvernement se faisaient même baptiser. Un temple était également en cours de construction dans l'enceinte du palais. Avec la libération des tabous ainsi que l'implantation des églises commémoratives, un nouveau cadre culturel a été mis en place. Depuis, le royaume n'était plus concentré sur un seul pôle de croyance3. Puisque la croyance traditionnelle a été renversée par le christianisme, une nouvelle conception de la notion du « sacré » faisait son apparition. Aux temps des fétiches, les souverains et le peuple se rendaient à l'emplacement du sampy afin de demander des bénédictions avec des offrandes, exemple à Ambohimanambola, chez Ikelimalaza. De leur coté, les temples mémoriels devenaient des nouveaux lieux où se déroulaient des cultes à un dieu totalement nouveau pour la population locale de la capitale. A la place des tabous sous l'emprise des sampy, de nouvelles lois d'interdiction faisaient apparition dans la société merina. Avec la conversion des dirigeants au christianisme et l'adoption de cette religion comme religion de l'Etat. De nouveaux interdits apparaissaient4. Le marché était, par exemple, interdit le dimanche, les corvées et tous manoeuvres militaires également. Ainsi, toutes les décisions prises par la reine montraient sa volonté d'adopter une nouvelle coutume et d'en laisser une partie de la sienne à laquelle ses ancêtres étaient rudement attachés. Les questions religieuses prenaient d'ampleur dans la capitale. Une rupture avec la tradition s'annonçait. En effet, suivant la coutume, la reine manifestait un désir de construire un nouveau palais, un projet qu'elle abandonna au profit de la réfection en pierre des façades de Manjakamiadana5. Les Tranovato en étaient également des preuves concrètes de changements d'un lieu de culte, mais aussi une nouvelle perception de ce qui était sacré. Les temples commémoratifs,

1 « Mon royaume se repose sur dieu. Mes ancêtres par ignorance mettaient confiance aux sampy, mais moi en dieu » ; Ranavalona II in Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat RAISON-JOURDE (F.)

2 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

3 La fondation des Temples protestante à Tananarive entre 1861- 1869 in Annales de l'Université de Madagascar série Sciences Humaines n°11, 1970 RAISON-JOURDE (F.)

4 Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat RAISON-JOURDE (F.)

5 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

devenaient des lieux de mémoire important pour la population de l'Imerina. Avec leurs flèches grise ; les Mémorial Churches s'érigeaient telles les pierres levées en mémoire des martyrs de la foi.

Les Eglises Mémorielles montrent, d'une façon ou d'une autre, les liens entre la culture malagasy et celle des Britannique. « La forme et les aspects des bâtiments devaient rappeler aux générations futures l'origine britannique de ces structures ». A traves ces monuments se matérialisent une acculturation. Ceci puisque d'une partie, certaines des traditions ancestrales ont été mises à l'écart voire même supprimées. De l'autre partie, il y avait l'adoption de certaines des habitudes et croyances des Européens, véhiculées principalement par les Britannique. Ces derniers apportaient de nouvelles techniques de construction qui, pour la première fois étaient utilisées en Imerina. La pierre n'était plus seulement utilisée pour la construction d'un tombeau. La civilisation du végétal se transformait en civilisation de la pierre. On voyait cette matière d'un angle différent, sa conception changeait. Ces édifices, étrangers à la ville et au pays, étaient des morceaux d'Angleterre implantés dans la capitale (voir : Raison-Jourde : Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle). La pierre devenait un objet ordinaire comme un autre après la levée du tabou lié aux sampy qui, pendant longtemps emprisonnait l'ancienne cité.

On ne peut donc nier les valeurs culturelles que véhiculent les quatre temples commémoratifs. Si on parle d'habitation : son organisation ainsi que les matériaux et les techniques de construction, les Malagasy avaient leur savoir-faire et des caractéristiques qui leur étaient propres. Certes, la pierre était utilisée comme matière première. Cependant, les Malagasy, surtout les anciens, voués aux cultes des ancêtres, utilisaient la pierre pour commémorer les défunts ; pour demander leur bénédiction mais également pour invoquer les esprits. Les Européens, avec l'aide de Ranavalona II changeaient totalement la façon dont on usait la pierre. Les influences architecturales européennes commençaient dès le début du XIXe siècle. Seul le bois était encore admis. Le gigantisme avec ce matériau prenait de l'ampleur1 avec divers styles de construction. Ravagé à plusieurs fois par des incendies, le bois devenant de plus en plus rare favorisait l'avènement de la pierre. « Le passage du bois à la pierre, par la levée de l'interdit sous le règne de Ranavalona II, était né de la volonté politique d'affirmer la nouvelle religion - Mais la fin de ce tabou correspondait également à une période de développement des techniques qui a favorisé la pierre dans la construction des édifices religieux2 »

L'arrivée des Européens entrainait beaucoup de changements. Influencées par celles de ces étrangers,
certaines des coutumes ancestrales ont été mises à part, voire même, supprimées et oubliées. Par le

1 Etude du patrimoine architectural urbain de Tananarive .Cet ouvrage rapporte même que sous Radama I, il existait déjà un palais en pierre à Ambohipotsy.

2 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

contact avec ce groupe, de nouvelles habitudes et traditions faisaient leur apparition. Les temples commémoratifs matérialisent de nouvelles valeurs culturelles du XIXe siècle à nos jours. Ils montrent non seulement une révolution dans le domaine de la technique de construction mais également l'utilisation et la nouvelle conception du matériau pierre. Les temples de pierre véhiculent aussi des valeurs religieuses. Quelles sont ces valeurs ?

VII- 3 VALEURS RELIGIEUSES

La société malagasy ancienne était fondée sur le culte des ancêtres. Ils croyaient à des forces surnaturelles ; honoraient leurs ancêtres. En ce qui concerne la pierre, elle occupait une place vraiment cruciale dans cette société d'antan. En effet, ce matériau était réservé exclusivement à la demeure et à la commémoration des morts. En outre, la pierre était également le lieu sur laquelle le nouveau roi (ou reine) se plaçait lors de son intronisation. Parmi les pierres sacrées la plus connue à Antananarivo était celle d'Andohalo. La montée du nouveau souverain sur le vatomasina symbolisait le fait que ce roi (ou reine) prenait le plein pouvoir. Aussi, le peuple lui devait obéissance, tout lui appartenait (terres et quelques animaux comme l'Omby volavita). Des rituels se déroulaient également sur cette pierre. Le roi y invoquait les dieux créateurs et les ancêtres pour avoir leur bénédiction. Des sacrifices accompagnaient ces événements. Ainsi, la pierre tenait des fonctions symboliques importantes dans la société traditionnelle malagasy. On voit par tous ces faits cités la conception religieuse des anciens Malagasy. Rendre hommage aux dieux et aux ancêtres leur était vraiment essentiel.

Mais même si la pierre avait de telles importances pour nos aïeux, il existait des contraintes et des limites pour son utilisation. Les sampy, considérés comme des dieux protecteurs interdisaient toute construction d'habitation en pierre dans l'enceinte de la cité. Les Fady devaient être respectés pour la bonne marche de la société. Les sampy avaient droit également à des offrandes puisqu'ils étaient les « dieux ». Aussi, la pierre était interdite pour les sampy étant donné leurs caractéristiques inertes, froide et sans vie. Les sampy et la pierre n'allaient jamais ensemble. Le souverain ainsi que son peuple avaient une autre conception du matériau pierre, ici. Il était, comme tels autres aliments et animaux, interdit. Son usage entrainait des conséquences maléfiques car les sampy détenaient des pouvoirs ; des caractères divins leur étaient attribués.

Avec les Britannique et les constructions, la pierre prenait de nouvelles valeurs. En effet, dès 1831, début de la construction du temple d'Ambatonakanga, l'utilisation de ce matériau changeait complètement. Un nouveau culte orienté vers un nouveau dieu faisait son apparition. La présence des temples commémoratifs était une preuve du fait que la croyance n'était plus concentrée sur un seul

pôle. En effet, on sait bien que Ranavalona I, pendant son règne interdisait la pratique du christianisme1. Avec Radama II, la liberté religieuse s'instaurait de nouveau. Mais ce qui va marquer la royauté merina ce sera l'avènement de Ranavalona II. Se déclarant chrétienne, cette reine prenait des décisions bouleversant le cours de l'Histoire. Le passage du bois à la pierre par la levée de l'interdit, la pose de la première pierre du temple du palais étaient nés de la volonté politique d'affirmer une nouvelle religion2 A cette volonté s'ajoutait la décision sur le sort réservé aux sampy. La reine ordonnait la destruction de ces derniers étant donné que son royaume était sous la protection du dieu des chrétiens. Edifiés sur les sites des martyrs de la foi chrétienne, les temples commémoratifs constituent les fondements du nouvel enracinement religieux. A la place des anciens lieux sacrés des païens, ces endroits devenaient importants aussi bien pour le souverain que pour le peuple. En ces lieux se déroulaient des cultes totalement différents de ce qui existaient auparavant, dans des maisons totalement en pierre (Tranovato).

Les Malagasy d'autrefois avaient déjà une croyance en dieu. Pour preuve, l'existence des endroits sacrés dans tout Madagascar. Des lieux qui mettent les vivants en relation avec Zanahary, le créateur et les ancêtres. L'arrivée des Européens favorisait une nouvelle conception de la notion du sacré et de dieu. Les quatre temples commémoratifs possèdent incontestablement des valeurs religieuses. La pierre qui ne pouvait être mise ensemble avec les sampy devenait les murs d'édifices dans lesquels avaient lieu des cérémonies et des cultes rendant hommage à un nouveau dieu. Il existait en Imerina, selon Raison-Jourde3 deux tendances. D'un coté, il y avait les « vieux Malagasy » ; attachés aux coutumes et traditions- De l'autre, les protestants et les catholiques prenaient place. Outre ces valeurs citées, les quatre monuments religieux en pierre possèdent également des valeurs patrimoniales incontestables.

Ces valeurs patrimoniales méritent d'être parlées dans les prochains paragraphes.

VII- 4 VALEURS PATRIMONIALES

Durant plusieurs siècles, les souverains qui se succédaient en Imerina, bien avant l'arrivée de l'écriture utilisaient la pierre à titre de patrimoine. « Parce qu'ils ne savaient pas écrire, les rois d'autrefois firent des pierres leur titre d'héritage, un titre durable et qui ne serait jamais détruit »4. Comme héritage, donc, les rois et reines léguaient à leurs descendants des patrimoines traversant des générations. Aussi, la pierre jouait déjà le rôle d'héritage par son caractère.

1 Tantaran'ny Tranovato anatirova : « Ranavalona I nandrara izany- fampirafesana fivavahana ary koa fivavahana amin'ny razam-bazaha »

2 DELAHAIGUE-PEUX op.cit.

3 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines, n° 11, 1970

4 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

Les habitations en bois quant à elles, représentent incontestablement des patrimoines à valeurs inestimables même si il n'existe plus que peu (du fait que ces dernières se construisaient avec des matériaux biodégradables. Avec le temps et le climat, ces matériaux s'usent et pourrissent. Besakana d'Andrianampoinimerina par exemple en est une qui reste encore débout en ce moment). En effet, ces bâtis reflètent en un coté, l'identité du peuple malagasy du passé. Considérée comme une « civilisation du végétal », nos ancêtres montraient avec leurs constructions des techniques propres à eux, un savoir faire sans égal.

La construction européenne, face à ce qui existait auparavant, forment également une nouvelle identité orientée vers une construction faisant appel à un matériau qui n'avait jamais été utilisé que pour édifier la demeure des morts. Avec les temples commémoratifs, de nouveaux styles de construction apparaissaient dans la capitale. Par l'idée d'Ellis et avec la participation active des ingénieursarchitectes non moins révérends Britannique tels que Cameron- Sibree-Pool ; des ouvriers Malagasy, le visage de la capitale, surtout la colline changeait complètement. Des églises avec leur lourde silhouette garnissaient la ville haute. Une nouvelle forme d'architecture voyait le jour en Imerina.

Les Britannique, pour que la construction aille au mieux, formaient des artisans Malagasy pour pouvoir bien travailler la pierre. Puisque les anciens Malagasy n'avaient jamais osé utiliser ce matériau pour les habitations, même s'ils possédaient un peu de notion sur l'extraction de la pierre, on leur a appris de nouvelles techniques. Des techniques sur l'extraction (utilisation de la dynamite) ; le transport ; l'élévation ; la taille (en l'occurrence la stéréotomie) ; l'assemblage ; la sculpture et autres décorations de cette matière étaient soigneusement assimilés. Ainsi, les connaissances et le savoir-faire des artisans locaux se développaient. L'introduction de nouveau style de construction avec une matière jamais utilisée, influençaient le domaine du bâti en Imerina. D'autre part, ces édifices religieux occupent également des places non négligeables dans l'Histoire merina. Les persécutions, à l'origine des fondations, étaient « Un des chapitres les mieux fixés dans la tradition merina 1». Témoins de la foi chrétienne, les temples commémoratifs favorisaient l'intégration des martyrs dans le centre même de l'Histoire de l'Imerina, mais également des Malagasy. Leur implantation manifestait aussi l'implantation définitive de la religion chrétienne dans la capitale. L'unité architecturale de la ville haute annonçait l'approche de la conversion royale.

Ces monuments en pierre montraient également la volonté aussi bien de la souveraine que du peuple d'adopter un nouveau culte et de supprimer ce qui existait auparavant.

Edifiés sur les sites de condamnation des Martyrs, les temples commémoratifs rappellent et témoignent la ténacité et l'enracinement de la foi chrétienne en Imerina. D'autre part, les nouvelles techniques et

1 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines, n° 11, 1970 RAISON-JOURDE (F.)

savoir-faire ont été apportés par les Britannique avec comme matériau de construction principale la pierre. Ces édifices religieux montraient également la conversion massive du royaume au christianisme et le passage de la secte à l'église1. Aussi, ces Memorial Churches constituent des lieux de mémoire et des mémoires de lieux. Les églises commémoratives constituent de nouvelles références Historiquesreligieuses et culturelles. Le fait de leur présence montrait la nouvelle tournure de l'Histoire merina. Ces monuments de pierre sont des héritages matériels et culturels pour les générations futures. Ils constituent une nouvelle identité et une partie intégrante non effaçable du passé de l'Imerina.

Vues toutes ces valeurs aussi bien Historiques, culturelles que religieuses, les quatre temples commémoratifs avaient déjà bénéficié, avec les autorités nationales de la première république un classement de l'ordre des « Monuments du Patrimoine National » en 19622, suivant l'arrêté N° 203 du 22 janvier promulgué par le Ministère chargé de la protection et de la Préservation du Patrimoine National.

Témoins de la foi chrétienne et des nouveaux savoir faire techniques, les quatre temples commémoratifs constituent de véritables trésors du patrimoine architectural en pierre d'Antananarivo. Par ces monuments, une nouvelle identité et de nouvelles valeurs apparaissaient. La population locale avait une nouvelle perception de la matière pierre. Dans le prochain chapitre nous allons parler de la perception qu'avait le peuple et leurs concepteurs vis-à-vis de ces monuments de pierre.

CHAPITRE VIII : LE CONCEPT DE « TRA N~~~~O »

Pendant longtemps, comme nous l'avions déjà dit auparavant, l'architecture traditionnelle malagasy se caractérisait par l'utilisation du bois3 comme matière première principale de construction. Etant donné que les autres matériaux étaient prohibés, surtout à l'intérieur de la cité et que la nature donnait faveur à la végétation (d'où le nom d'Analamanga) autant de matériaux « verts » étaient disponibles. D'autre part, considérée comme une matière froide, sans vie, la pierre s'utilisait exclusivement pour la demeure des morts. Avec l'arrivée des Britannique, son emploi changeait. Les maisons traditionnelles en bois (Trano hazo ; trano kotona- sarendry) laissaient place aux maisons en pierre ou Tranovato. La pierre devenait une matière première pour la fabrication de la demeure des vivants. Quelles sont particularités et caractéristiques des quatre Memorials Churches ?

1 Construction nationale de l'identité chrétienne et modernité RAISON-JOURDE (F.) Thèse de Doctorat

2 Cf. Journal Officiel de la République de Madagascar (année 1962)

3 L'Habitat à Madagascar DECARY (R.) Imprimerie Mari porrey, 2 places de la libération 1958

VIII- 1 L'IDEE DE DURABILITE- DE SOLIDITE

L'architecture traditionnelle malagasy représente incontestablement un des aspects de l'identité de son peuple. Par contre, des problèmes à ne pas du tout négliger survenaient toujours. En effet, puisque les habitations de l'ancienne cité étaient toutes sans exception en bois, des matériaux combustibles, de terribles incendies en faisaient souvent ravage. A l'exemple, l'édifice cultuel d'Ampamarinana, en bois : Trano kotona ; en zozoro, celui qui remplaçait le premier à Antsahatsiroa furent tous les deux détruits par les flammes1. D'autres problèmes sont également cités par des chercheurs2. Puisque les végétaux, en l'occurrence le bois, était le seul matériau autorisé, des problèmes de raréfaction de matériaux étaient inévitables. La désertification progressive de l'Imerina ainsi que les incendies fréquents favorisaient l'avènement d'un autre matériau avec des caractéristiques particulières. Ellis (W.) saisissait l'occasion qui s'était présentée afin de matérialiser son projet d'ériger des édifices pour les martyrs de la foi chrétienne de Madagascar. Les buts de la construction des quatre temples commémoratifs étaient pour les Britannique, d'abord une extension du christianisme sur les terres païennes. Ensuite et surtout, ils créaient des foyers de culte durables pour les fidèles. Nous savons bien que l'une des caractéristiques des végétaux, sous l'action de l'eau, de la chaleur et autres facteurs de dégradations est la pourriture. Le bois, principal matériau de construction dans l'ancienne cité ne peut en aucun cas traverser plusieurs siècles. Sous les diverses actions que nous avons citées tout à l'heure, le bois et autres matériaux végétaux viennent à la pourriture. Sibree3 avait même, dans la conception du plan du temple d'Ambatonakanga dessiné un édifice de style Normand avec une toiture basse. Ceci dans le but de prévoir la pluie qui abonde en saison sèche. Un pays à climat tropical et humide, la pluie est favorable à Madagascar. Ce climat favorise la dégradation rapide du matériau bois. Aussi, le matériau pierre était idéal pour les constructions. Avec ses caractéristiques solides et robustes et définie par Leroi-Gourhan (A.)4comme «solide stable » ; une matière première dont les constitutions et les propriétés physiques ne varient pas avant ; pendant et après les traitements, la pierre qui abonde en Imerina était utilisée par les architectes britannique pour la construction des temples mémoriaux. Ces monuments de pierre ont réussi à traverser le temps et restent intacts malgré les changements climatiques du pays. Pour preuve, ils sont toujours là avec leurs formes authentiques et originelles, sans modification majeure. Un récent ouvrage5 affirme même que de 1874 à nos jours, l'architecture intérieure et extérieure d'origine du temple d'Ampamarinana a été soigneusement préservée pour

1 « Fiangonana Tranovato Ambonin'Ampamarinana 1874- 2004»

2 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996 p 88

3 SIBREE : «low pitched-roof»

4 L'Homme et la matière

5 Fiangonana Tranovato Ambonin'Ampamarinana 1874- 20quatre

conserver le cachet historique de l'édifice. Aussi vrais que ces édifices, même s'ils ont la parure simple et modeste, ils sont solides et résistants. A preuve, depuis tout ce temps, ils ne présentent aucun dommage ni fissure même si Ampamarinana est exposé aux vents de l'Ouest ; au bord d'une falaise1. Ils représentent des faits historiques et reflètent une image à laquelle on peut faire référence. Ces quatre temples représentent et renferment également d'autres valeurs inestimables pour les générations futures. Le fait que ces temples étaient intégralement en pierre, symbolisait probablement la ténacité de la foi chrétienne qui s'installait définitivement en Imerina.

VIII-2 L'IDEE DE MEMOIRE

Chaque évènement qui se déroulait dans la société traditionnelle malagasy était marqué par l'érection d'un vatolahy ou pierre levée2. L'usage de la pierre dans la commémoration n'était pas étranger à nos ancêtres. Dans son projet, Ellis avait les perspectives de créer les premiers foyers de culte durables dans la cité des mille. Il était également question d'associer à ces lieux les mémoires de ceux qui y ont perdu la vie. Aussi, les édifices cultuels avaient suivi la même ligne que les pierres commémoratives de nos ancêtres. Ils portent même le nom de Memorial Churches. Les temples commémoratifs sont des témoins de grands évènements marquant le XIXe siècle de l'Imerina. En les voyants, on arrive à se souvenir de l'une des phases cruciales de l'Histoire malagasy. Ambatonakanga ; Ambohipotsy ; Faravohitra et Ampamarinana sont les témoins de la foi des chrétiens Malagasy. Associées à cette ténacité de la foi, il y avait les interdictions de Ranavalona I de ne pratiquer autre religion que celle des ancêtres. Des persécutions avaient été lancées à l'encontre de ceux qui persistaient à suivre le « Fivavaham-bazaha ». Aussi, les temples commémoratifs sont les pierres levées des Martyrs de la foi incluant la persécution et la condamnation à mort des chrétiens. Les flèches et cloches des temples se dressaient tels des Tsangambato3. Les quatre monuments, aussi bien l'un que l'autre, constituent des mémoires de lieux mais également des lieux de mémoire. Ambatonakanga, premier édifice cultuel durable (en pierre) de la capitale, était le lieu de l'emplacement de la prison de Rasalama, la première martyre Malagasy. Cette martyre de la foi a été exécutée à coup de sagaie à Ambohipotsy en 1837 ; le deuxième site de construction. Faravohitra, quant à lui, était l'endroit où les quatre chrétiens de caste noble (Andriamasinavalona) périrent. Ils furent brulés vifs sur des buchers.

1 Firaketana ny Fiteny sy ny Zavatra Malagasy Tome I Imprimerie Industrielle de Tananarive, janvier 1937

2 « Pierres levées » in Les transformations de l'Architecture funéraire en Imerina LEBRAS (J.F.) 1971 - Les vatolahy dans le Fisakana mémoire de maitrise RANDRIANANDRASANA

3 DELAHAIGUE-PEUX

Ampamarinana, le dernier des temples commémoratifs fut bâti en la mémoire des 14 chrétiens enroulés dans des nattes puis précipités du haut de la falaise de Tsimihatsaka.

Edifiés sur les sites des martyrs, les temples commémoratifs constituaient les nouvelles bases d'un enracinement religieux. Ils témoignaient l'adoption du christianisme mais également la conversion massive du royaume merina. Les dirigeants de ces époques se faisaient, de ce fait, baptiser le 29-02- 1868. Une nouvelle orientation du régime1 s'annonçait puisque des croyances ancestrales ont été remplacées, voire même, supprimées, laissant place aux us et coutumes étrangers. Ajouté à tous ces évènements, Ranavalona II faisait construire un temple à l'intérieur de l'enceinte même du palais.

Photo.9 Photo.10

Photo. 7 : Ambatonakanga : lieu d'emprisonnement de Rasalama (dans un temple en bois devenu un étable plus tard), première Martyre Malagasy (1837). Conçu avec un style normand, il était également le premier édifice cultuel en pierre de la capitale. Il était ouvert au culte le 22 janvier 1867.

Photo. 8 : Ambohipotsy : lieu d'exécution à coup de sagaie de Rasalama et d'autres chrétiens, martyrs de la foi (1837). Au devant, (à gauche de la plaque, au premier plan) une stèle commémorant cette condamnation à mort. Son inauguration datait du 17 novembre 1868. C'est un temple avec une flècheclocher : « Norman style »

1 Madagascar et le christianisme HUBSCH (B.) éd, 1993

Photo. 11 Photo. 12

Photo 11 : Faravohitra : A cet endroit avaient péri les quatre Martyrs de caste « Andriamasinavalona » brulés vifs sur des buchers le 28 mars 1849. L'inauguration de ce temple à un style classique s'effectuait le 15 septembre 1870.

Photo 12 : Ampamarinana : Du haut de cette falaise granitique ; nommée en ces temps Tsimihatsaka (emplacement actuel en relief du nom de la capitale), 14 chrétiens y furent précipités. Les cadavres furent ensuite acheminés vers Faravohitra pour y être brulés. Le temple, également de style classique a été inauguré le 28 mars 1874.

Les temples commémoratifs se dressaient tels des monuments qui rendaient honneur aux chrétiens Malagasy ayant souffert et perdant leur vie durant le long règne de Ranavalona I. Ces édifices marquaient également la réouverture des coopérations malgacho-britannique. Ils montraient les liens inséparables entre l'Histoire des deux nations. La forme et l'aspect des bâtiments devaient rappeler aux générations futures, l'origine britannique de ces structures1. Vues les grandes contributions des Britannique dans ces constructions mais aussi dans beaucoup d'autres domaines, ces bâtiments sont des morceaux d'Angleterre implantés dans la capitale.

Ces temples commémoratifs occupent incontestablement des places vraiment importantes dans l'Histoire de l'Imerina mais également pour toute Madagascar. Ils témoignaient les différents

1 Propos d'ELLIS (W) cité par RAISON-JOURDE (F.) in Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle : invention d'une identité chrétienne et construction de l'Etat

changements apportés par les Européens. Souvenirs matériels d'évènements de notre Histoire, les quatre temples commémoratifs, contribuent, selon Raison-Jourde (F.)1 à faire des persécutions, l'un des chapitres le mieux fixé de la tradition merina. En plus de la commémoration des Martyrs de la foi, les Memorial Churches nous aident également à nous souvenir des grands initiateurs de ces travaux mais aussi des ouvriers Malagasy qui y avaient participé. Leur savoir faire et génie créative se matérialisaient par ces monuments.

Les Tranovato constituent sans le moindre doute, des témoins visibles des phases de l'Histoire de l'Imerina. Avec leurs unités architecturales et la matière première de construction, ces monuments sont des héritages matériels et culturels des générations futures. Ces monuments changeaient définitivement l'utilisation de la pierre. Cette matière, étant donné qu'elle était prohibée pour la construction d'habitation des vivants ; s'usait pour la demeure des morts et aussi pour la commémoration d'évènements ou de personnes. Les Memorial Churches jouent les mêmes titres et rôles que ces derniers. Dans ces recherches, Delahaigue-Peux affirme que parce qu'ils ne savaient pas écrire, les rois d'autrefois firent des pierres leur titre d'héritage ; un titre durable et qui ne serait jamais détruit2. Les temples protestants ; oeuvres d'Ellis (W.) et de ses collègues du London Missionary Society, des foyers de culte durables3 selon le but de leur construction, font partie des trésors du patrimoine architectural de la capitale. Ils sont des héritages pour les générations futures. Etant donné que ces temples constituent à la fois des lieux de mémoire et des mémoires de lieux, et que la matière principale de leur construction est la pierre, ce sont des monuments qui participent à la conservation de notre Histoire. Ces temples ont pu traverser le temps du fait qu'ils ont été construits avec la pierre. Un matériau robuste, résistant à toutes agressions extérieures. Les quatre Temples commémoratifs ; solides et durables, oeuvres et dons des Britannique étaient ; selon Sibree4, des témoins dans les temps à venir de la fermeté et le courage des chrétiens Malagasy qui avaient sacrifié leur vie plutôt que de renier leur foi envers le christianisme. Ces édifices religieux donnent une image et une nouvelle conception du matériau pierre ; considérées longtemps comme le droit exclusif des morts. Elle devenait des matériaux

1 Annales de l'Université de Madagascar série Sciences Humaines n° 11 1970

2 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

3 Fondation des temples protestants à Tananarive entre 1861- 1869 in Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11 1970 RAISON-JOURDE (F.)

4 « We thus gave the Malagasy Christian O4 substantial and durable house prayers which will testify in all time to come to the steadfastness and courage of those to whose fidelity to conscience and to truth their country owe (...) Great building have always been a power and have given a certain fixed and enduring character to all systems with which they have been connected » in SIBREE 1924.

idéals et admirables pour construire des habitations. Les Memorial Churches sont des pierres levées1 dédiées aux Martyrs de la foi. Considérés comme tels, ils devenaient l'un des évènements marquant de l'Histoire merina. « Ils attirent la haute société et contribuent à faire des persécutions, l'un des chapitres les mieux fixés dans la tradition merina. Leurs inaugurations devenaient l'un des grands moments de la vie de la capitale2 ». Un nouveau cadre culturel était mis en place. On accordait une importance capitale à ces endroits.

CHAPITRE IX : LES EGLISES COMMEMORATIVES : DES NOUVEAUX REPERES ET SYMBOLES

Certains lieux, dans la tradition ancienne des Malagasy étaient sacrés. A ces endroits se liaient toujours des interdits3. Ces lieux, étant donné leur sacralité ; étaient toujours associés aux divinités. Des endroits où, en Imerina, les Malagasy entraient en relation avec les numineux4. Les sanctuaires ou Doany étaient et continuent de nos jours à exister ; en sont les preuves concrètes. Même à l'intérieur d'une maison malagasy, le coin Nord-est, est réservé exclusivement aux Dieux de la maison5. Aussi, des rites se déroulaient sur ces lieux sacrés afin de les honorer et demander leur bénédiction. Il y avait par exemple, des festivités spéciales lors de la période des semailles mais également de la moisson6. Les tombeaux ; les pierres et colonnes, Tsangambato et d'autres endroits figuraient également dans les lieux sacrés respectés des Malagasy.

Les douze collines7 représentaient également des lieux sacrés aussi bien pour le souverain que pour le peuple, durant les différentes monarchies de l'Imerina. Instaurées depuis le début de la royauté,

1 Fiangonana Tranovato Ambatonakanga ; ny Tantarany nandritra ny 110 taona 1977

2 Annale de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11 1970 RAISON-JOURDE (F.)

3 Taboo, RUUD (J.), Etudes des coutumes et croyances Malagasy Imprimerie Luthérienne 1970 : Il faudrait bien choisir l'emplacement idéal, le moment propice (consultation d'astrologues et devins) avant de construire une maison. D'après RATSIMIEBO (H.), dans l'ouvrage La cité des Mille, toutes constructions d'habitations étaient ; dans les temps anciens toujours liées aux destins zodiacaux.

4 La conception malgache du monde du surnaturel et de l'Homme en Imerina, MOLET (L.) Tome I, édition l'HarmattanParis

5 Fireham-pinoan'ny Ntaolo Malagasy traduction de Les conceptions religieuses des anciens Malagasy VIG (L.). Edition Ambozontany- Analamahitsy ; Karthala, 22-24 boulevard Arago 75013 Paris

6 VIG (L.) : cf. chapitre sur Toerana Masin'ny Malagasy (lieux sacrés des Malagasy)

7 D'Andrimasinavalona (1675-1710) au règne de Ranavalona III, les douze (12) collines sacrées furent Analamanga (Antananarivo), Ambohidrabiby, Alasora, Imerimanjaka, Antongona, Antsahadinta, Ambohimanga, Ilafy, NamehanaAmbohidratrimo, Amboantany, Ambohijoky et Ikaloy. Après avoir restauré l'unité merina, Andrianampoinimerina (1787- 1810) décida de consacrer les collines où résidaient ses douze épouses : Ambohimanga, Analamanga (Antananarivo), Ambohidratrimo, Ilafy, Ikaloy, Ivohilena, Merimandroso, Alasora, Miadamanjaka, Ampandrana, Ambohidratrimo et Ambohitrontsy. D'autres ouvrages affirment l'existence d'autres collines consacrées par les souverains qui se succédaient à la tête du royaume merina. Par la suite, Rasoherinamanjaka consacra Iharanandriana, Ranavalona II, Isoavinimerina et Arivonimamo, et Ranavalona III, Fenoarivo.

sur chacune d'elles se déroulaient des cultes en l'honneur des sampy, les dieux en ces temps. Sur ces sommets se trouvent des tombeaux de Vazimba ; des palais mais aussi les caveaux des rois et reines : les Trano Masina. Les sampy, dieux visibles et protecteurs de la cité s'y trouvaient également1. Les collines dites sacrées étaient des références pour tous. Mais avec l'arrivée des missionnaires européens, dans l'intention d'une évangélisation, de grands changements faisaient ses apparitions. Avec la conversion massive et l'implantation des foyers de culte, surtout les temples commémoratifs des Britannique, de nouveaux repères et références apparaissaient dans la capitale.

IX-1 DES REFERENCES TEMPORELLES ET SPATIALES FACE AUX DOUZE COLLINES DITES SACREES

Edifiés sur des sites dont Ellis, initiateur des projets de construction, n'avait pas choisi au hasard. Les quatre temples commémoratifs constituaient de nouveaux repères et références aussi bien dans l'espace que dans le temps. Par les faits Historiques importants qui s'y étaient produits, ces lieux ont gagné le rang d'endroits sacrés aux yeux des chrétiens Malagasy, face aux douze collines dites sacrées et vénérées par les païens. A coté des collines sacrées de l'Imerina, les temples commémoratifs constituaient également des lieux sacrés pour les chrétiens2. Ces sites gagnaient de nouveaux statuts. En effet, certains étaient considérés depuis toujours tels des lieux maudits et malfamés3. Faravohitra et Ambohipotsy en étaient. On y abandonna aux chiens et aux oiseaux le corps d'un condamné. Ambohipotsy était le lieu où l'on jetait toute impureté car c'est le côté Sud (les objets d'un mort : oreillers-nattes...)4. La colline blanche était également soupçonnée d'être un lieu hanté. Les quatre sites, monuments en pierre, devenaient des endroits sacrés sur lesquels des cultes se déroulaient en l'honneur du « dieu de l'occident » adopté par la population locale devenue pour la plupart des chrétiens. Aussi, les sites désolés et malfamés abritaient depuis, des temples commémoratifs, d'immenses lieux de cultes totalement étrangers à la population5. Face aux collines sacrées de la capitale, les quatre temples commémoratifs contribuaient à faire de l'Imerina le lieu de l'enracinement chrétien6. Ces temples, édifiés sur les sites de martyrs constituaient, en ces temps, la base du nouvel

1 I Madagasikara sy ny Fivavahana kristianina, édition Karthala- Ambozontany 1993 : Nalamin'Andrianampoinimerina ny sampy. Nomena lanja teo amin'ny Fanjakana. Miisa 12 ny sampy masina ho an'ny tany sy ny Fanjakana

2 La fondation des Temples protestante à Tananarive entre 1861- 1869 in Annale de l'université de Madagascar, série Sciences Humaines n° 11- 1970 RAISON-JOURDE (F.)

3 RAISON-JOURDE (F.) op. Cité

4 AMBOHIPOTSY, RAVEL (H.) 1968-, RAISON-JOURDE (F.)

5 Bible et pouvoir à Madagascar : Construction Nationale de l'identité chrétienne et modernité, le premier XIXe siècle RAISON-JOURDE (F.) Thèse de Doctorat 1988-1989

6 Madagascar et le christianisme HUBSCH éd. Édition Karthala- Ambozontany 1993

enracinement religieux du royaume devenu chrétien, depuis la montée au pouvoir de Ranavalona II. Ils constituaient alors les nouveaux lieux sacrés de culte du royaume. De ce fait, les endroits sacrés, en l'occurrence le palais (rova) où l'on gardait les sampy de l'ancienne société perdaient leur valeur. Aussi, les temples commémoratifs devenaient des références temporelles incontournables pour la capitale. Ils contribuaient à faire de ces lieux des emplacements sacrés où se déroulaient des cultes de vénération d'un nouveau dieu et sont en perpétuelle continuation de nos jours. Ils commémorent le sacrifice des martyrs de la foi. En outre, ils témoignent à travers le temps, la triomphe du christianisme face à une religion traditionnelle. Ces monuments cultuels avaient pu rester intacts malgré les années et les intempéries qui avaient traversé le pays. Ils constituent donc ainsi de nouvelles références identitaires pour les chrétiens de l'Imerina. Les Memorial Churches sont des orientations pour la génération future. Ils font partie des séquences les plus importantes de notre passé, notre Histoire. Se référant aux évènements marquant qui se sont déroulés sur ces sites, les emplacements des temples commémoratifs constituaient également des lieux sacrés. En effet, face aux endroits vénérés et adorés des païens (tels les collines dites sacrées de l'Imerina et autres sites), ces lieux devenaient sacrés pour ceux qui adoptaient le christianisme. Ces endroits ont été vénérés depuis, en tant que lieux sacrés. Ceci du fait des sacrifices des martyrs de la foi. Des cultes et cérémonies en l'honneur du « dieu » s'y déroulaient hebdomadairement1.

Construits sur les hauteurs de la capitale, les temples commémoratifs couvraient bien le panorama de la ville d'Antananarivo. D'ailleurs, Ellis (W.)2avait remarqué, lorsqu'il les parcourait que : « combien ces sites étaient des points bien en vue par rapport à la topographie générale du site de la ville ». Ces sites se préparaient donc à accueillir des églises. A l'extrême Sud de la colline, le temple d'Ambohipotsy, est érigé en mémoire de l'évènement du 28 mars 1849. Elle donne une grande ouverture sur tout le coté ouest de la capitale. Faravohitra, le temple des petits enfants de la Grande Bretagne, quant à lui, occupe le coté nord de la colline. Ces temples attirent l'intérêt de tous, chrétiens ou non3. Ces temples commémoratifs et d'autres édifices cultuels ; au même titre que le palais avec une carapace en pierre, constituaient de nouveaux repères et références identitaires dans l'espace. Les temples commémoratifs constituent de nouvelles références spatiales pour la capitale. Ces monuments en pierre aussi bien que

1 Ranavalona II, lors de son Kabary le 29 octobre 1868, avait sorti une loi. Elle ordonnait qu'en Imerina, les marchés hebdomadaires qui se tenaient jusqu'alors les dimanches fussent transférés le lundi ou le samedi. Cf. La conception malgache du monde surnaturel et de l'Homme en Imerina Tome I, édition l'Harmattan.

2 Fiangonana Tranovato ambonin'Ampamarinana 1874- 20quatre. Ambohipotsy- Faravohitra et Ampamarinana, selon RAISON-JOURDE (F.) in Construction Nationale de l'identité chrétienne et modernité, le premier XIXe siècle, sont effectivement biens situés pour s'imposer à la vue et pour donner l'ensemble de l'espace par la vue deux points étroitement liés à la symbolique merina du pouvoir. L'argument de la vue ne s'imposait nullement à Ambatonakanga.

3 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines n°11, 1970 RAISON-JOURDE (F.)

d'autres édifices qui garnissent la haute ville forment des repères visibles de loin. Ces édifices monumentaux en pierre, avec des modèles européens font partie des marques distinctives de la capitale. A travers le temps, ils vont constituer, pour les générations futures des références et repères montrant l'enracinement religieux ainsi que la présence pour les chrétiens de nouveaux lieux sacrés face aux douze collines sacrées des païens. Ils étaient également, suivant le projet d'Ellis (W.) érigés en mémoire des chrétiens qui sacrifiaient leur vie pour la foi.

IX-2 SOUVENIRS DES MARTYRS DE LA FOI DU XIXe SIECLE

Le but ultime de la mission britannique par les idées fructueuses d'Ellis (W.) avant tout, c'était de rendre hommage aux personnes qui avaient été condamnées durant les persécutions sous Ranavalona I1. L'édification des quatre églises commémoratives avait pour but d'associer à des lieux de culte la mémoire de ces confesseurs de la foi2. Aussi, ces édifices cultuels, implantés sur les hauteurs de la capitale rappellent les évènements et faits marquant de l'Histoire du christianisme en Imerina mais également pour Madagascar. L'ardeur et la ténacité de la foi qu'avaient ces chrétiens se reflètent par ces édifices cultuels en pierre. Aussi, dans les temps à venir, ces monuments, robustes et durables vont continuer à témoigner la grandeur de la foi des Malagasy à un dieu qu'ils n'avaient jamais jusqu'alors, connu. Les Memorial Churches servaient également à montrer à tous, le changement ainsi que l'adoption du christianisme comme la religion de l'Etat.

Une des coutumes malagasy était ici, prise et utilisée par les missionnaires britanniques. On sait bien les usages de la pierre dans la civilisation malagasy. Celle-ci a été utilisée pour marquer des évènements ou bien de personnes. Avec la même matière, la pierre, les Britannique et les ouvriers locaux érigeaient des maisons entièrement en pierre (Tranovato) pour honorer dieu et pour la mémoire des martyrs

Malagasy. Les flèches grises et les cloches de ces Temples commémoratifs, selon Delahaigue-Peux3 se dressaient tels des Tsangambato. Visibles de loin, ces monuments permettront aux générations futures de se situer par rapport au passé qu'avaient vécu la capitale et ses habitants. Les temples commémoratifs, le temple du palais et autres édifices de la haute ville, témoignaient la volonté de changer un culte par un autre4. Leur construction annonçait l'installation définitive du christianisme à

1 Sous le règne de Ranavalona I, ELLIS (W.) a été autorisé à venir à Antananarivo et a pu parcourir les sites de persécution. Il avait alors remarqué combien ces points se prêtaient à la construction d'églises.

2 Madagascar et le Christianisme HUBSCH (B.), éd. édition Ambozontany/Karthala 1993

3 DELAHAIGUE-PEUX op. Cit. 1996

4 HUBSCH (B.) édition Ambozontany/Karthala 1993 op. Cit. Cette volonté d'adopter la religion des étrangers, comme l'affirme RAISON-JOURDE (F.) in Bible et pouvoir à Madagascar, invention d'une identité chrétienne et construction de

Madagascar, d'un coté et de l'autre, l'abandon des cultes traditionnels. Mais ces Memorial Churches contribuaient également à faire de ces sites des lieux sacrés, commémorant dans tous les temps à venir, les martyrs Malagasy. Ces lieux de mémoire et mémoires de lieux témoignaient le courage des chrétiens Malagasy qui sacrifiaient leur vie plutôt qu'abandonner leur foi. On peut alors parcourir de l'extrême Sud de la colline de l'Imerina jusqu'à l'autre bout, au Nord, trois sites où s'érigent des édifices cultuels importants pour les Malagasy. Ambatonakanga, même sur un endroit à faible hauteur, n'est pas du tout de moindre importance que les autres. Étant donné que c'est l'implantation du premier temple1 en pierre en Imerina mais aussi dans le pays. Ces sites devraient faire rappeler aux générations futures le supplice des chrétiens Malagasy mais aussi leur sacrifice. Ambatonakanga est dédié à Rasalama, première martyre malagasy (lieu où elle était emprisonnée). Celle-ci a été exécutée à Ambohipotsy, deuxième site de monuments de souvenir. Quatre chrétiens ont été brulés vifs en 1849, à Faravohitra, et 14 autres furent précipités à Ampamarinana la même année. Ce sont respectivement le troisième et quatrième temple, souvenirs monumentaux en pierre de taille, rendant hommage aux confesseurs de la foi chrétienne en Imerina.

Souvenirs matériels et esthétiques d'évènements très importants de l'Histoire de Madagascar, les temples commémoratifs constituaient les témoins de la foi des chrétiens malagasy. Les temples commémoratifs attirent la haute société. Ils intègrent les martyrs au coeur de l'Histoire malagasy et contribuent à faire des persécutions l'un des chapitres les mieux fixés dans la tradition merina2. Leurs lieux d'implantation devenaient depuis, des lieux vénérés (car lieux de sacrifice des Martyrs) en tant qu'endroits sacrés. En souvenir de ces sacrifices et du courage que ces personnages importants du christianisme de l'Imerina faisaient preuve, la Société des Missions de Londres (L.M.S) par les idées d'Ellis érigeait des édifices cultuels en mémoire de ces confesseurs de la foi. Ces monuments de pierre, trésors du patrimoine architectural se dressaient sur la colline de l'Imerina, avec leurs flèches telles des Tsangambato, commémorant pour des années, ces personnes. Les liens aux martyrs étaient rappelés par les chrétiens pour définir leur identité de chrétien malagasy. En effet, les temples commémoratifs étaient les témoins visibles de la nouvelle appartenance religieuse des Malagasy. Ces monuments commémorent également la massive contribution des Britannique dans l'évangélisation, en créant des

l'Etat étaient justifiée par la conversion des dirigeants de ces temps au protestantisme. Ils se faisaient baptiser le 21 février 1869. Lors du FISEHOANA, Ranavalona II avait à ses cotés une bible à la place des sampy royales qui peu de temps après avaient été brulés sous les ordres de la reine. Des nouvelles interdictions apparaissaient également. Le dimanche par exemple, le marché était interdit - arrêt de toutes les corvées et tous manoeuvres militaires.

1 Ambatonakanga, église protestante 1867- 1977. Les quatre temples figurent également parmi les neuf églises mères de la capitale.

2 Annales de l'Université de Madagascar, série Sciences Humaines, n° 11 1970

foyers de culte durable, en associant la mémoire des martyrs. Ces monuments de souvenir annonçaient également le début d'une révolution dans le domaine du bâti en Imerina. On assistait à l'apparition de nouvelles techniques de construction avec l'utilisation d'un matériau qui, auparavant, était réservé exclusivement à la demeure des morts. Donnons un dernier mot de synthèse à notre travail.

CONCLUSION

Les matières végétales caractérisaient l'architecture traditionnelle malagasy. Nos ancêtres développaient un art de construire adapté au climat, aux matériaux et aux styles de vie. Le quotidien des Malagasy est régi par le culte des ancêtres. L'aménagement de l'habitat était donc soumis à des règles strictes en respect des ancêtres ainsi que des sampy, dieux visibles de ces époques. L'usage de la pierre dans la construction d'habitation y était prohibé du fait de son caractère. Cependant, ce matériau occupait une place considérable dans divers domaines de la vie des Malagasy. Nos ancêtres avaient des connaissances rudimentaires concernant le travail de la pierre. La montée au pouvoir de Ranavalona II révolutionnait la société merina. Se déclarant chrétienne, elle rejeta les croyances de ses ancêtres en brulant tous les charmes royaux, tout en autorisant les vazaha à instaurer leur religion et à édifier des foyers de culte. Ces édifices cultuels, en l'occurrence Tranovato, témoignent la foi des chrétiens malagasy. Les temples commémoratifs attiraient la haute société. Ils intègrent les martyrs au coeur de l'Histoire malagasy et contribuent à faire des persécutions l'un des chapitres les mieux fixés dans la tradition merina. Ils sont également des preuves concrètes de savoir faire technique apporté par les missionnaires-architectes britannique, assimilé par les ouvriers malagasy. De nouvelles techniques et arts de bâtir étaient enseignés à un autre groupe bien déterminé1. En effet, à un certain moment, cet art de bâtir était un privilège exclusif de ceux qui avaient été choisis. Le bois était une certaine marque d'appartenance à un groupe social élevé2. Cette pratique mettant en relief le rang social était consacrée par le roi3. Nous pouvons affirmer l'assimilation de gré de certaines cultures européennes, une acculturation4. Ce travail nous a permis de recueillir des informations sur les faces cachées des Memorial Churches. Cette initiation à la recherche nous a aidés à mieux comprendre les relations de l'Homme à la matière. Les quatre édifices cultuels sont les expressions des techniques et savoir faire des ouvriers Malagasy, initiés par les missionnaires-architectes britannique. On ne saurait citer les bienfaits apportés par les Européens tels les Français Laborde (J.) ou bien Gros (L.) et les Jésuites ou bien les Britannique comme Cameron (J.), Sibree (J.) et tant d'autres en Imerina. Le domaine de la technique et de l'architecture avaient connu des révolutions phénoménales. Ces dernières caractérisaient le XIXe siècle en Imerina. Cette influence avait malheureusement aboutie à l'abandon à petit feu, voire même, au rejet total de l'art de bâtir et de certaines cultures locales. Les Temples

1 Depuis des temps mémoriaux et jusqu'à RADAMA I, l'art de bâtir était l'apanage d'un groupe assez restreint. Cette élite Malgache, proche parenté du roi, bâtissant selon des critères qui empruntaient surtout l'art divinatoire sans aucune fantaisie. Les habitats étaient alors fidèles répliques de son voisin. In Antananarivo Renivohitra : Etude du patrimoine architectural urbain.

2 In La cité des mille p66

3 En l'occurrence ANDRIANAMPOINIMERINA qui réglementait également toutes la construction sur la haute ville ; la division des quartiers et l'interdiction d'employer la terre et la pierre pour les cases des nobles

4 Processus par lequel un groupe humain ou un individu en contact direct et continu avec un autre groupe, assimile de gré ou de force, totalement ou non la culture de ce dernier

commémoratifs se dressaient désormais tels des Tsangambato en souvenirs matériels et esthétiques marquant les événements de la foi chrétienne malagasy. Ils devenaient les nouveaux lieux sacrés des Malagasy. Ces édifices cultuels prouvent également les échanges et la participation des Européens dans le développement de l'art de bâtir malagasy. Ils témoignent alors les techniques et savoir faire des

ouvriers Malagasy enseignés par les Européens. Déjà inscrits dans la liste des patrimoines nationaux, iifaudrait prendre des mesures très strictes afin de mieux préserver ces monuments qui témoignent notre

Histoire, donc l'une des bases fondamentales de l'implantation définitive du christianisme en Imerina. Des bâtis qui sont devenus une des composantes citées par Collet (H.) qui façonnent notre nouvelle identité culturelle. Face au développement de l'architecture et des techniques de construction actuelles, quelle place ces monuments en pierre occupent t-ils de nos jours ? Quelles mesures devra t-on donc prendre pour la valorisation et la protection de ces sites témoins de notre Histoire et de la révolution architecturale malagasy du XIXe siècle ?

BIBLIOGRAPHIE

DICTIONNAIRES-ENCYCLOPEDIES-ATLAS

- AKADEMIA MALAGASY, Raki-bolana raki-pahalalàna, 2005 [article sur Paibato pp 837- 838]

- Dictionnaire de l'Ethnologie et de l'Anthropologie, P.U.F 1992

- Dictionnaire Universel, HACHETTE

- ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS (Volume 4)

- Firaketana ny fiteny sy ny zavatra Malagasy, imprimerie industrielle de Tananarive, janvier 1937, tome I

OUVRAGES GENERAUX

- CAZANEUVE (J.), L'Ethnologie, encyclopédie Larousse de poche 1967

- CRESWELL (R.), Eléments d'Ethnologie, édition Armand Colin collection U., tome I-II 1975

- DE LA CALLE, CASTAGNOL, CONTENAU, Histoire générale des techniques : les premières étapes du machinisme, tome II, 1962

- DE LA CALLE, CASTAGNOL, CONTENAU, Les origines de la civilisation technique, tome I, 1962

- DUCASSE (P.), Histoire des techniques QSJ, P.U.F 1961

- LEROI-GOURHAN (A.), L'Homme et la matière, édition Albin Michel, Paris, 1943

OUVRAGES SPECIALISES

Croyances et Religions

- DOMENICHINI (J. P.), Les dieux aux services des rois : histoire des Sampin'andriana, édition Centre National de la Recherche Scientifique Paris, 1985

- Ed. HUBSCH (B.), Madagascar et le christianisme, édition Karthala- Ambozontany 1993

- MOLET (L.), Conception malgache du monde du surnaturel et de l'Homme en Imerina, édition l'Harmattan Paris, tome I

- RUUD (J.), Taboo, Imprimerie Luthérienne, Tananarive 1970

- VIG (L.), Conception religieuse ancienne des Malgaches, édition Ambozontany- France 2001

Architectures et Techniques

- Antananarivo Renivohitra : étude du patrimoine architectural urbain de Tananarive - BOIRIEL (R.), L'invention P.U.F, Paris 1961

- BOURDIER (F.), FOURASTIER (J.), DUCASSE (P.), L'invention humaine

- CITE/TSIPIKA, La cité des mille, ISBN 1998

- DE SON NEVILLE, BORDES, L'âge de la pierre

- DECARY (R.), L'habitat à Madagascar, imprimerie Marri porrey 2, 1958

- DELAHAIGUE-PEUX (M.), Manjakamiadana ou le palais de la reine, édition l'Harmattan Paris 1996

- DOMENICHINI (B.), Architecture dans la tradition des hautes terres centrales B.A.N des Arts et Sciences

- LEBRAS (J.F.), Les transformations de l'architecture funéraire en Imerina, 1971

- NEBOUT (E.), L'architecture de Madagascar, une architecture d'un milieu et d'un peuple

- PAILLET (J.L.), L'extraction et la taille des vastes dalles de granit à Arivonimamo

(Madagascar) in Recherche pour le développement série S.H.S n°2 1986, pp 207-220 - PARREAUX (A.), L'architecture en Grande Bretagne, édition Armand Colin, 1969 - RAFOLO ANDRIANAIVOARIVONY, Architecture traditionnelle à Madagascar : reflet de

l'identité d'un peuple in Madagascar fenêtre pp 100-115

Histoire

- Ambatonakanga 1867-1977, tantarany nandritra ny 110 taona

- BOITEAU (P.), Contribution à l'Histoire de la nation malgache, édition sociale Ministère de la Culture et de l'Art Révolutionnaire, 1982

- CLARCK (H. E.), Tantaran'ny fiangonana eto Madagasikara hatramin'ny niandohany ka hatramin'ny taona 1907, 3è édition 1918

- Eglise protestante Faravohitra 1870-1960, septembre 1960

- ELLIS (W.), Madagascar revisited

- ELLIS (W.), The Martyrs church of Madagascar, 1870

- Fiangonana Tranovato Ambonin'Ampamarinana 1874-2004

- Fiangonana Tranovato Faravohitra 1874-2004

- GROISON (H.)-BASTIAN (G.), Histoire de Madagascar, Paris 1967

- RABARY(Pasteur), Ny daty Malaza, boky II (1861-1869)

- RAISON-JOURDE (F.), La fondation des temples protestants à Tananarive entre 1861-1869

- RAKOTO (I.), RAMIANDRASOA (F.), RAZOHARINORO Corpus d'Histoire de droit et des institutions E.S.S DEGS juin 1975 Université de Madagascar

- RANDRIAMAMONJY (F.), Tantaran'i Madagasikara isam-paritra, Antananarivo 2006 - Tantaran'ny Tranovato Anatirova

- Tranovato Faravohitra sy ny mpitandrina RAZAFITRIMO mivady 1968-2006

BROCHURES E- REVUES ET JORNAUX

- Ao raha paru le 16 février 2010 numéro 1352 Article écrit par ANDRIANTSIFERANARIVO (B.) p 4 rubrique Société

- Cathédrale de l'Immaculée Conception Andohalo- Antananarivo, guide de visite

- EKAR ANDOHALO KATEDRALY IMMACULEE CONCEPTION : Jobily faha 115 taona 1890-2005

- Katedraly Andohalo, daty malaza mendrika hotadidiana

- Le Rotarien, mensuel n° 676, décembre 2009

- MANTAUX (G.), Tananarive d'autrefois, in revue de Madagascar 3è- 4è trimestre 1969 pp 5-61 - RAVEL (H.), Ambohipotsy, 1968

- Revue de l'Océan Indien n° 233, octobre 2002

- VALETTE (J.), Le temple d'Ampamarinana in Le Courrier de Madagascar du 22-04-1963

- VALMY (R.), Les Sampy, sampy royales in Revue de Madagascar 2è trimestre 1956 pp 56-64 - Annales de l'Université de Madagascar Série Sciences Humaines n° 11, 1970

MEMOIRES

- ANDRIAMBELOSOA (H.), British Introduction of new uses of stones in Antananarivo (1826- 1889), mémoire de maitrise 2000-2001

- RAINIZAFINIARY (E.), Sources de l'Histoire de l'esclavage : affranchissement et transaction diverses, mémoire de maitrise 2005

- RANDRIANANDRASANA, Les vatolahy dans le Fisakana, mémoire de maitrise décembre 2008

AUTRES REFERENCES

- COUSINS (W.), traduit par RANDZAVOLA INGAHIKAMA (CAMERON (J.)), édition Fianarantsoa- imprimerie Imarivolanitra 1920

- FONTOYNONT, Toponymie de Tananarive extrait du B.A.M 1942-1943, imprimerie moderne de l'emyrne 1947

- L.M.S report 1861- 1870

- MUTHUON, Les alignements granitiques de la région de Tananarive, B.A.M 1914, tome I p73 - OBERLE, Tananarive et l'Imerina, Société Malgache d'édition novembre 1976

- Ohabolan'ny Ntaolo nangonina sy nalahatr'i COUSINS (W.) sy PARETT, 2è édition

Imprimerie Imarivolanitra Tananarive, 1912

- RAISON-JOURDE (F.), Bible et pouvoir à Madagascar au XIX e siècle

- SIBREE, 1924

- SIBREE (J.), Fifty years in Madagascar: personal experiences of mission life and work, London: George Allen & Unwin LTD.

WEBOGRAPHIE

Wikipedia, l'encyclopédie libre

LISTE DES ILLUSTRATIONS

Légende des illustrations

Page

1

Portail d'un village à Ambatomanga

10

2

Portail sis à Andohalo

10

3

Portail d'Ambatofisaorana (illustration dans l'ouvrage Histoire de
Madagascar
, Bastian-Groison p 71)

10

4

Pierre commémorative, souvenir de défunts à Talatan'ny Volonondry

14

5

Pierre mâle, vatolahy d'Ambatomitsangana Talatan'ny volonondry

17

6

Technique de transport d'un bloc de pierre sur des rondins

44

7

Technique d'érection d'une pierre mâle, vatolahy

48

8

Memorial Churh d'Ambatonakanga avec l'échafaudage

48

9

Memorial Churh d'Ambatonakanga

73

10

Memorial Churh d'Ambohipotsy

73

11

Memorial Churh de Faravohitra

74

12

Memorial Churh d'Ambonin'Ampamarinana

74

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION 6

I-LA PIERRE ET LES MALGACHES DE L'IMERINA AVANT LES TRANOVATO

CHAP I LES DIVERSES UTILISATIONS DE LA PIERRE EN IMERINA 9

I-1 La pierre dans les fortifications et protections de la cité 9

I-2 La pierre dans les noms des lieux : toponymie 11

I-3 La pierre dans les proverbes et dictons 12

I-4 La pierre comme commémoration 13

I-5 Autres utilisations de la pierre 15

I-5-1 Marque de pouvoir, de territoires et de collectivité 15

I-5-2 Lieu du « Dina » ou du « Velirano » 17

I-5-3 La pierre dans les jeux 18

CHAP II L'INTERDIT DE LA PIERRE EN IMERINA DEPUIS ANDRIANAMPOINIMERINA

A RANAVALONA II 19

II-1 Les Palladiums royaux 19

II-2 Les fady d'IKELIMALAZA 21

II-3 Les matériaux de construction autorisés 23

CHAP III LA LEVEE DE L'INTERDICTION SOUS RANAVALONA II 26

III-1 RANAVALONA II au pouvoir 26

III-2 La conversion des dirigeants au christianisme 27

III-3 L'autodafé ou la destruction des sampy royales 28

II LE MATERIAU PIERRE DANS LES QUATRE EGLISES COMMEMORATIVES

CHAP IV LES ORIGINES DES CONSTRUCTIONS RELIGIEUSES 32

IV-1 Radama II au pouvoir et la liberté de religion et de culte 32

IV-2 Le projet d'ELLIS (W.) 33

CHAP V LA CONSTRUCTION DES TRANOVATO 36

V-1 Les origines du matériau pierre 37

V-1-1 Ambatonakanga 37

V-1-2 Ambohipotsy 38

V-1-3 Faravohitra 39

V-1-4 Ambonin'Ampamarinana 40

V-2 Les techniques utilisées 41

V-2-1 Extractions 42

V-2-2 Transports 44

V-2-3 Taille 46

V-2-4 Elévation 47

V-2-5 Assemblage 49

V-3 Les ouvriers 50

V-3-1 Qui étaient-ils ? 50

V-3-2 Que devenaient-ils après la construction ? 52

V-3-3 Les initiateurs des techniques ? 53

V-3-3-1 Cameron 53

V-3-3-2 Sibree 53

V-4 Autres ingénieurs et architectes 54

V-4-1Robins 54

V-4-2Parret 54

V-4-3Pool 54

V-4-4Toy 55

CHAP VI BREVES COMPARAISONS DES MONUMENTS EN PIERRE 55

VI-1 Comparaison avec la cathédrale catholique Immaculée Conception Andohalo 56

VI-1-1 Les techniques de construction 56

VI-1-2 L'année de construction 56

VI-1-3 Les formes, les styles 57

VI-2 Comparaison avec la cathédrale anglicane ST Laurent Ambohimanoro 57

VI-2-1 Les techniques de constructions 58

VI-2-2 L'année de construction 58

VI-2-3 Les formes, les styles 58

III LES EGLISES DE PIERRE NOUVEAUX SYMBOLES, NOUVEAUX REPERES VISIBLES

CHAP VI I VALEURS DES QUATRES MONUMENTS 61

VII-1 Valeurs Historiques 61

VII-2 Valeurs Culturelles 64

VII-3 Valeurs Religieuses 67

VII-4 Valeurs patrimoniales 68

CHAP VIII LE CONCEPT DE `' TRAN~~~~O~~ 70

VIII-1 L'idée de durabilité, de solidité 71

VIII-2 L'idée de mémoire 72

CHAP IX LES EGLISES COMMEMORATIVES DES NOUVEAUX SYMBOLES ET REPERES

VISIBLES 76

IX-1 Des références temporelles et spatiales face aux douze collines dites sacrées 77

IX-2 Souvenirs des Martyrs de la foi du XIXe Siècle 79

CONCLUSION 83

BIBLIOGRAPHIE 85

TABLE DES ILLUSTRATIONS 89

TABLE DES MATIERES 90

FINTINA 93

RESUME 94

SUMMARY 95

FINTINA

Nanana anjara toerana lehibe ny vato teto Imerina. Hita taratra izany tamin'ny fiarovana ny tanäna (Hadivory; kodiavato); maro ny anaran-tanäna mifantoka aminy; ny ohabolana sy fomba fiteny koa ahitäna azy. Nampiasaina ihany koa izy teo amin'ny fahatsiarovana sy amin'ny tranga samihafa. Nofadiana anefa ny fampiasana azy tamin'ny fanorenan-trano noho izy akora tsy misy aina.Tsy nety nampiarahana tamin'ny sampim-panjakana, nila akora velona. Nasiaka tamin'ny fampiharana io didy io Andrinampoinimerina.Radama I indray, somary nisokatra, nampiditra zavatra maro niaraka tamin'ny vazaha. Ranavalona I kosa namerina ny nentin-drazana; nandroaka ireo vazaha, nanenjika ireo kristianina teratany hatramin'ny 1861. Naverin-dRadama II ny fahalalahana ara-pinoana sy fivavahana, fifandraisana tamin'ny vahiny; nandritra ny fitondrany. Nanomboka teo ihany koa ny fanorenan-trano samihafa.

Ranavalona II no nitondra fanoväna lehibe teto Imerina. Nanadra-tena ho kristianina izy; nampandoro ny sampy; namaha ilay fady namatotra ny tanäna. Niroborobo ny asa fanorenan' ireo misionera. Nanankevitra i Ellis hanorina fiangonana mafy sy maharitra tamin'ireo toerana namonoana ny Martiora. Niova ho akora fototra tamin'ny fanorenan-trano ny vato. Natao ho rindrin'ny fiangonana: Ambatonakanga-Ambohipotsy-Faravohitra-Ambonin'Ampamarinana ity farany. Fiangonana nomena anarana hoe: Tranovato. Tsy nanana traikefa momba ny paibato anefa ny mpiasa Malagasy (nanana ny sata andevo) na dia teo aza ny fampiasana ny afo ho famakiana vato efa nampiasain'ireo razana. Ingahikama, efa nampianatra nanomboka ny taona 1826 sy i Sibree, no nampianatra ireo fahaizamanao tamin'ny fampiasana ireo fitaovana fipaihana vato, sy ny fampiasana ny vato tsara paika ary ny fampiasana sokay. Nampitombo ny traikefan'ireo mpipaika ny fandraisany anjara tamin'ny fanorenana ny Tranovato efatra sy trano maro samihafa teto Imerina, taty aoriana. Harem-bakoka manana ny maha izy azy ny Tranovato efatra. Tsangambato anisan'ny singa lehibe amin'ny Tantaran'ny Malagasy nandritra ny taonjato faha XIX ny Tranovato. Porofon'ny famakän'ny fivavahana kristianina teto Imerina izy ireo.Teraka ny fiovam-pirehana sy ny fomba fijery vaovao mikasika ny vato. Nanana toerana masina vaovao Imerina. Toerana miteronterona nanolo ireo tendrombohitra roambinifolo. Noraisina ho sotoavina vaovao izy ireo. Toerana mitahiry ny fahaiza-manaon'ny mpiasa Malagasy nampianarin'ireo misionera. Fahatsiarovana niampita taona maro ireo Martioran'ny finoana kristianina teto Madagasikara.

Teny iditra: Imerina- Vato- Tranovato- Paibato- Taonjato faha XIX - LMS- Martiora

RESUME

La pierre occupait une place importante en Imerina. On l'employait comme protection et fortification de la cité. Des noms de village portent le préfixe « Ambato-». Certains dictons et proverbes en comportent aussi. Les anciens dressaient des Vatolahy pour commémorer un défunt ou des circonstances de la vie. Sans vie, il était cependant prohibé de l'utiliser dans la construction de maison par des interdits prescrits par les Sampy. Andrianampoinimerina était strict dans l'application de ces prescriptions. Radama I, quant à lui, s'orientait plutôt vers l'ouverture et apportait des progrès en travaillant avec les Européens. Ranavalona I, conservatrice, arrivait au pouvoir. Elle expulsait les étrangers tout en persécutant les chrétiens locaux jusqu'en 1861.Radama II, son fils optait pour le retour de la liberté de culte, de religion et des coopérations avec les missionnaires. Le changement radical s'observait avec Ranavalona II. Elle se déclarait chrétienne ; faisait bruler les sampy et promulguait une loi annulant le fady de la cité. Les travaux des missionnaires progressaient. Ellis songea à édifier des temples solides et durables sur les sites où les martyrs périrent. Les missionnaires édifièrent les Tranovato avec des murs intégralement en pierre. Les ouvriers Malagasy, des esclaves, cependant n'avaient aucune connaissance des techniques de façonnage de la pierre de taille. Les anciens avaient, quand même, déjà su l'extraction de la pierre avec le feu. Cameron (J.) qui enseignait déjà depuis 1826 en Imerina et Sibree (J.) se chargeaient d'apprendre à ces derniers les diverses techniques concernant la taille de la pierre, l'emploi de cette dernière et de la chaux et divers autres outils de construction. Les ouvriers Malagasy acquièrent des expériences en participant à l'édification des quatre temples commémoratifs et d'autres bâtiments plus tard. Les Tranovato constituent des patrimoines incontestables. Ils sont une des périodes les plus importantes du XIX e siècle et de notre Histoire. Montrant l'enracinement du christianisme, ils prouvent l'orientation de l'Imerina vers une nouvelle croyance. Devenant de nouveaux lieux sacrés, ils remplaçaient les douze collines. Ils conservent, de ce fait, les nouvelles valeurs et les nouvelles identités de la cité et de sa population. Par ces monuments reflètent les techniques et savoir faire des artisans Malagasy enseignés par les missionnaires-architectes Britanniques. Ils constituent également des Tsangambato à travers le temps et l'espace commémorant dans le passé, le présent et dans les temps à venir les Martyrs de la foi chrétienne.

Mots clés : Imerina- pierre-temples commémoratifs-pierre de taille- XIXe siècle- LMS-Martyrs.

SUMMARY

Stone occupied a crucial place in Imerina's people life. They used it to protect city. More places have a name with this material. We note as well his presence in idioms. Stone is also use to commemorate died person. However, stone, material without life was forbidden in house construction. State idol needed living material. Andrianampoinimerina was very strict about taboo purpose. Radama I, go in for collaboration with European and brought more progress. Ranavalona I's rein marked the back to the traditional values. The queen was suspect foreign mission. European missions were expelling by merina sovereign and Malagasy Christian was persecuted until 1861. Liberty of religion and belief were restoring by Radama II. Different building started. Ranavalona II brought the great revolution in Imerina. She declared herself Christian. The queen ordered to burn all idols and got rid of the stone taboo. The London Missionary Society with Ellis (W.) was idea to built four robust and durable Memorial Churches to honor Malagasy Martyrs. Stone conception changed at this moment. Stone was becoming the wall of the Memorial Churches of Ambatonakanga, Ambohipotsy, Faravohitra and Ambonin'Ampamarinana. Four church which has Tranovato like name. Yet, Malagasy (slaves) worker haven't any knowledge about stone quarry even ancient previously had technical to extract stone by fire. Cameron (J.), who was already teaching young Malagasy (1826) and Sibree (J.), were training her about quarrying stone; using freestone and lime and another material to build. Malagasy workmen's skill developed with their participation in building Memorial Churches and another construction in Imerina. The four Memorial churches constitute some heritage monuments. These monuments were one the more important part of the 19th century and our History. Their existences prove the definite putting in place of Christianity in Imerina. A new conception of the stone was installed. Imerina have from now on some new sacral places. They were some high and panoramic places which substituted through the time and the spaces the twelve's sacral hills. These places compose a new value and identity for Imerina and its population. Memorial Churches are keeping skill and knowledge of Malagasy workmen training by the British missionary. The Four Tranovato constitute for the past, the present and the future some Tsangambato memory of those sacrificed their life for the Christian faith.

Key words: Imerina- stone- Memorial church- stone quarrying-19thcentury- LMS- Martyr.

Etudes de la pierre de taille a travers les

Temples Commemoratifs d'Antananarivo :

Essai d'Ethnologie des Techniques

RAJERISON Haja Mampionona Hillarion

Etudiant a la Faculte des Lettres et Sciences Humaine bepartement d'Etudes Culturelles

U.F.R Cultures-Societes-Individu

Adresse : Lot IIP 91 Avaradoha 101 Antananarivo Tel : 0330705128-0325431458

E-mail : rpounkel@ yahoo.com

birecteur de Memoire : Professeur RAFOLO A.