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Les déplacés allemands après la seconde guerre mondiale

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par Fortis Matthieu Copin Raphaël
Paris-Est Marne-la-Vallée - Licence Histoire 2013
  

Disponible en mode multipage

- Année universitaire 2012-2013 -

Histoire au long cours

Les Allemands déplacés après la seconde guerre mondiale

FORTIS Matthieu

COPIN Raphaël

SOMMAIRE

Introduction 1

I. Le projet 4

II. Typologie 9

III. Des expulsions improvisées avant même les accords de Potsdam 11

IV. Les expulsions sous la tutelle des Alliés 16

V. Le quotidien des expulsés dans les camps 20

VI. Changements et intégration 23

VII. Les expulsés dans les relations internationales 31

VIII. Constat des traces des expulsions dans la mémoire : débats actuels 34

Annexes 42

Bibliographie 45

Introduction

Depuis quelques années, un regain d'intérêt a été constaté concernant le passé de la population allemande. Il ne s'agît plus de faire l'amalgame entre Allemands, nazis et bourreaux comme ce fut longtemps le cas dans l'imaginaire collectif. Au contraire, il est question de s'intéresser à des individus pouvant être considérés comme des victimes de la guerre ou de l'après-guerre. Une partie de la population allemande, environ 13 millions individus, fut déplacée de territoires conquis par le IIIe Reich mais devenus par exemple, polonais ou tchécoslovaque à la suite d'un redécoupage des frontières d'après-guerre. Comment peut-on expliquer un tel mouvement migratoire ? Pour cela, il faut revenir aux conséquences de la politique menée par Hitler à la tête du IIIe Reich. Ce dernier désirait réunir tous les germanophones au sein d'un empire agrandi par le Lebensraum, c'est-à-dire l'espace vital allemand. Cette volonté pangermaniste motiva la politique extérieure de l'Allemagne avec l'Anschluss, qui est l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie le 12 mars 1938 ; la signature des accords de Munich du 30 septembre 1938 lui permettant de rattacher les Sudètes, région de la Tchécoslovaquie ayant un nombre important de germanophones (voir Annexes 1) et l'invasion de la Pologne du 1er septembre 1939.

Avant même la fin de la guerre, le peuple allemand dans sa totalité est haï par la majeure partie de l'Europe et notamment par les pays dont des territoires furent annexés par le Reich. Les gouvernements et les peuples de ces pays sont animés par un sentiment de vengeance et une volonté de mener leur propre justice. Ils décidèrent d'organiser eux-mêmes le déplacement de ces individus puis sous l'encadrement des Alliés. Ces Allemands, dont Hitler mît tout de même les moyens pour les intégrer dans le IIIe Reich, apparaissent dans une situation particulièrement compliquée. D'un côté, ils n'ont jamais vécu en Allemagne mais sont désormais considérés comme des Allemands ethniques, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à une ethnie possédant certaines caractéristiques définissant l'individu comme allemand, par les habitants de leur pays respectif, ce qui ne semble pas être un point positif dans ce contexte. Ainsi, ce mémoire s'intéresse à ces 13 millions d'Allemands éparpillés en Europe et qui donnent naissance à l'un des plus importants mouvements migratoires du XXe siècle.

Mais s'intéresser à un tel sujet entraîne un problème lié aux sources et à la connaissance de ce sujet de nos contemporains. En effet, cet épisode de l'histoire mondial est peu connu du grand public que ce soit les jeunes Allemands ou les jeunes Tchèques. Les plus férus d'histoire ou descendants de ces Allemands déplacés connaissent l'existence de ces migrations. Ainsi, l'historiographie de cet épisode historique concernait majoritairement les historiens allemands et polonais. L'historiographie française n'était pas particulièrement portée sur ce sujet excepté quelques articles comme « Les Allemands déplacés divisent l'Europe », article paru dans le mensuel n°683 de la revue Historia, en 2003. Il faut attendre l'ouvrage Orderly and Humane. The Expulsion of the Germansafter the Second World War de R.M. Douglas pour avoir enfin une source inestimable sur ce sujet. Paru en novembre 2012 en France sous le titre Les Expulsés, cet ouvrage est le résultat d'une enquête sur ces flux migratoires mettant la lumière sur une partie de l'histoire occidentale. Douglas tranche dans le débat sur le statut accordé à ces Allemands en étant le premier à les considérer comme des expulsés. La notion d'expulsé s'opposait aux notions de « réfugié » et de « déplacé ».

En effet, utiliser la bonne terminologie relevait de l'impossible avant la prise de position de Douglas. L'idée de « réfugié » sous-entend qu'un Etat n'est pas en mesure de protéger un groupe ethnique de sa population victime de persécution et que la fuite apparaît comme la seule solution1(*)2(*). La notion de « déplacé » avait été utilisée afin de qualifier des individus se rendant en Allemagne dans le cadre du travail obligatoire et ils étaient appelés des « personnes déplacées ». Ces deux notions se confondirent au lendemain de la guerre3(*).Le terme « expulsé » semble donc le mieux convenir notamment avec l'aspect négatif que suscite l'usage de cette notion. S'il est question d'Allemands expulsés, il reste à savoir d'où. Ils furent expulsés des anciens territoires allemands situés en Europe centrale et de l'est comme la Silésie, la Poméranie orientale, le Brandebourg oriental, la Prusse orientale, le Danzig, des Sudètes mais aussi de Hongrie, de Roumanie, de Yougoslavie et d'Union soviétique pour une petite partie.

Ainsi, ces flux migratoires avaient pour origine l'Europe centrale et de l'est, et plus principalement la Pologne avec 7 millions d'individus et la Tchécoslovaquie avec 3 millions. Ces expulsions étaient donc l'oeuvre des gouvernements ayant une population considérée comme ethniquement allemande puis elles furent orchestrées par les Alliés. Il y avait la volonté de se venger contre ceux qui étaient considérés comme les responsables de la guerre mais aussi de « purifier ethniquement » certaines régions et de contrôler des individus considérés comme menaçant pour la paix européenne et mondiale. Ce sujet est particulièrement intéressant car il permet de revenir sur un épisode de l'histoire occidentale peu, voire non médiatisé et il égratigne l'image lumineuse des Alliés.

Phénomène d'ampleur non négligeable, ce transfert forcé de population a concerné au total - entre 1945 et 1947 - pas moins de 12,6 à 14 millions de personnes, dont 500 000 sont morts dans les camps de transit où ils avaient été rassemblés par les autorités des pays en question. Plusieurs questions méritent alors d'être posées : Comment, après avoir tant critiqué les migrations forcées durant la guerre, les Alliés ont-ils pu à leur tour user de cet outil pour redessiner les contours sociaux et géographiques de l'Europe ? Qui ont été les principales victimes de ces expulsions ? Comment ces dernières ont-elles été organisées, et par qui ? Pourquoi, malgré la présence massive de journalistes ou de diplomates, l'information a-t-elle été si peu relayée à travers le Vieux Continent ?

C'est pour répondre de manière pertinente et organisée à ces multiples questions que nous développerons les différents thèmes liés au sujet à travers ce mémoire. D'abord, nous nous intéresserons au projet, sa genèse, sa mise en place et tout ce que cela a impliqué dans les relations internationales. Nous tenterons ensuite de dessiner un portrait le plus affiné possible des personnes concernées par ces migrations massives, d'où venaient-ils et qui étaient-ils. Après avoir posé les bases de cette étude, nous nous attarderons davantage sur ce qui a permis aux Alliés et aux pays d'Europe centrale et de l'Est de rendre concret ce projet : les expulsions, d'abord sauvages, puis organisées. Il conviendra bien évidemment par la suite de proposer un récit efficace du quotidien de ces déplacés, de la manière dont ils vivaient pendant et après ces migrations. Autre point central du sujet, la place prise par le dossier de ces Allemands dans les pourparlers internationaux (chiffres truqués, contexte d'après-guerre). Il se posera ultérieurement la question des changements perceptibles aux points de départ et d'arrivée des migrations, tout comme celle de l'intégration des Allemands. Pour conclure cette succincte étude, nous essaierons de voir quelles traces a pu laisser ou non cet évènement dans les mémoires collectives européennes et à l'échelle du globe.

I. Le projet

L'expulsion des allemands ethniques reste peut-être le mouvement de population le plus important de l'histoire de l'humanité. Un tel projet, fut-il loué en choeur par ces grandes puissances mondiales, nécessitait une organisation de premier ordre et un effort logistique considérable. En 1945, plusieurs millions d'Allemands vivent dans des régions comme la Silésie, la Poméranie orientale, le Brandebourg oriental, la Prusse orientale, le Danzig, les Sudètes, la Hongrie, la Roumanie, la Yougoslavie ou l'Union soviétique. Après l'épisode traumatisant que fut la Seconde guerre mondiale, les gouvernements desdits pays ainsi que, plus tard, ceux des Trois Grands entreprirent d'expulser les Allemands habitant dans les régions précédemment citées. La cohabitation était devenue, selon ces pays, impossible, alors qu'elle était établie depuis déjà plusieurs années. Ce projet d'expulsion de populations à travers l'Europe suscitait donc un nombre considérable de questions.

Pour se rassurer, les Trois Grands aimaient à se rappeler de récentes « réussites » de grandes migrations. Souvent utilisé comme exemple réussi de transfert massif d'individus, le traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, qui devait mettre fin à plusieurs années de conflits régionaux entre Grecs et Turcs suite au traité de Sèvres (10 août 1920), comprenait plusieurs particularités qui faisaient de ce cas une situation bien particulière et difficile à rétablir à l'échelle continentale. D'abord, sur 1,2 million de Grecs ethniques visés par ledit accord, seuls 190 000 ne s'étaient pas encore réfugiés en Grèce avant la fin des combats. Côté Turcs, pas plus de 350 000 personnes vivaient dans des régions sous administration grecque. Ce transfert de population ne dépassait donc pas un demi-million de personnes et ne pouvait guère servir de support pour le projet envisagé par plusieurs des Alliés après la Seconde Guerre Mondiale. De même, la religion pouvait être utilisée dans cette région du monde comme un trait caractéristique de l'identité personnelle et pouvait donc aider pour ce qui était de la logistique de l'opération. D'ailleurs, sur le plan économique, les conséquences furent nombreuses pour la Turquie :chute de l'économie etdépeuplement de l'Anatolie. En Grèce, le constat est similaire. L'arrivée rapide de populations obligea le gouvernement à s'endetter considérablement pour construire de nouveaux logements - insuffisants d'ailleurs, de nombreux bidonvilles se sont construits autour d'Athènes. Cette nouvelle population, marginalisée et pointée du doigt pour ses habitudes turques et différences des habitants locaux, devenait par ailleurs la cible de mouvements extrémistes comme le Parti communiste grec (PKK).

En février 1942, une première étude britannique esquissée par le Foreign Office d'Oxford mit en avant l'ampleur qu'allait prendre pareille projection. Orchestrée par John Mabbott, métaphysicien au St. John's College, cette étude avait le mérite de mettre en lumière le défi colossal auquel devaient s'attendre les Alliés pour aboutir à leurs fins. Mabbott avait clairement explicité que la mise en place d'un organisme international pour contrôler directement les migrations était indispensable, tant dans les zones évacuées que les pays récepteurs. De même, il fallait selon lui 5 à 10 ans pour organiser comme il se doit l'opération sans précipiter les choses et assombrir les horizons de cette opération.

En 1943, le sous-comité militaire du cabinet avait estimé à environ 4,5 millions le nombre d'Allemands qui seraient potentiellement expulsés de la zone confiée à la Pologne une fois le conflit arrivé à son terme. On estimait qu'environ 5,34 millions d'Allemands finiraient par être déplacés si Dantzig, la Prusse-Orientale et la Haute-Silésie étaient remis à la Pologne après la guerre - comme le prévoyait Staline. Au total, si la frontière polonaise était élargie jusqu'à l'Oder au nord, il faudrait rajouter 3,3 millions d'Allemands ethniques à expulser et on en compterait alors environ 10,14 millions.

Au mois de novembre de la même année, suite logique de ce grand projet d'expulsion des Allemands ethniques d'Europe centrale, une étude détaillée sur les aspects pratiques nécessaires à ce mouvement de masse fut établi par plusieurs membres hauts-placés du Foreign Office, du Cabinet Office, du Trésor, du ministère de la Guerre économique, du Waroffiice et du Dominions Office, le tout dirigé par Jack Troutbeck, responsable ô combien important du département allemand du Foreign Office. Le travail du Comité interdépartement fut d'ailleurs le seul et l'unique dispositif mis en oeuvre par les Alliés pour tenter de mesurer les contraintes que pourraient représenter les migrations dans cette Europe centrale post-Seconde Guerre mondiale.

Au rayon des conséquences probables d'une entreprise de cette envergure, le Comité semblait avoir bien ciblé les problèmes économiques qui émaneraient suite à ces grands déplacements de population : « Les transferts créeraient de très graves problèmes économiques, en Allemagne comme dans les pays expulseurs, mais infiniment plus sévères en Allemagne »4(*). Dans l'estimation la plus faible établie par le Comité, l'Allemagne, qui comptait déjà 4 millions de sans-abri, devrait accueillir pas moins de 6 millions de personnes.

Il fallait de prime abord définir qui était considéré comme « allemand » dans une des régions du continent les plus hétérogènes sur le plan ethnique. Pour ce qui est de la « définition » des Allemands à déplacer, le Comité, voyant bien que chaque pays pouvait détenir sa propre réponse au problème, proposait donc que soit considéré comme déplaçable tout individu que la loi nazie considérait comme allemand. Depuis 1913, la loi de 1913 basait la nationalité allemande sur le jus sanguinis, retenant comme critères d'appartenance au Volk(= peuple) allemand notamment les liens « ethno-culturels » tels l'appartenance linguistique, l'adhésion aux « valeurs culturelles allemandes », etc. Mais avec l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933, cette loi s'est retrouvée durcie, notamment la conception ethnico-nationale, en y ajoutant les deux critères du « sang » et de la « fidélité » (BlutundTreue). Avant, toute personne allemande, quelque soit son moyen d'obtention de la nationalité, pouvait la transmettre. Dès lors que les nazis arrivaient au pouvoir, ce n'était plus totalement le cas, et les deux nouveaux critères (fidélité et sang) pouvaient servir pour exclure ceux à qui le IIIe Reich ne faisait pas confiance ou qu'il considérait tout simplement pas.

La situation n'était d'ailleurs pas connue de tous. L'accord polono-soviétique quant à la délimitation des futures frontières était resté confidentiel (les Polonais devaient récupérer une partie de l'Allemagne orientale, permettant alors à l'URSS de Staline de grappiller du territoire sur la Pologne) et éloignait encore plus les gouvernements britanniques et états-uniens de la réalité géo-sociale du futur terrain de migrations européen. D'ailleurs, cette entente arrangeait à première vue Churchill et son entourage. Concéder des territoires aux Polonais semblait être le seul mode de dédommagement disponible pour les Britanniqueset ainsi de ne pas laisser croire qu'ils délaissaient la seule raison pour laquelle ils étaient entrés en guerre (la défense de l'intégrité territoriale de ce pays d'Europe centrale). L'objectif majeur des États-Unis et de la Grande-Bretagne était en fait de conserver après la guerre l'alliance des Trois Grands, croyant tant bien que mal que l'URSS avait délaissé les méthodes qui lui avaient construit sa sombre réputation auprès des pays alliés.

Lors de la conférence de Yalta, tenue du 4 au 11 février 1945, Roosevelt, prétendument malade, ne pouvait que s'incliner devant les velléités de l'URSS. Désireux de voir l'ONU régir les instances mondiales et régler les différents problèmes à l'échelle internationale, il ne pouvait se permettre de délaisser la nation de Staline et s'était donc vu contraint de lui céder la majorité de ses demandes. L'objectif principal du président du Conseil des commissaires du Peuple soviétique était de faire confirmer les résultats de la conférence interalliée de Moscou du 9 octobre 1944 esquissant un plan de partage de l'Europe du Sud-Est en « zone d'influence » pour l'après-guerre. À la fin de la conférence, aucune décision n'était prise quant aux concessions polonaises sur l'URSS, mais cela laissait alors la porte ouverte aux dirigeants et soldats de l'Armée Rouge pour prendre les devants (voir Annexes 2).

Le 21 juillet 1945, Churchill exprima d'ailleurs publiquement son inquiétude dans un quotidien en voyant le nombre immense d'Allemands ethniques expulsés des Sudentendeutsche vers une Allemagne trop petite et pas prête à un tel accueil en cas de la satisfaction des requêtes polonaises autour de la ligne Oder-Neisse (frontière à l'ouest). Jusqu'à 9 millions d'Allemands seraient alors déplacés afin de trouver un terrain d'accueil aux 4 millions d'arrivants de Pologne orientale. Churchill avait pourtant lutté pour la mise en place de cette politique depuis pas moins de deux ans et avait même rejeté les commentaires prévoyants du Comité interdépartement. Ce volte-face s'expliquerait par une peur d'être directement assimilé aux horreurs perpétrées lors de ces déplacements.

Article 13 des accords de Potsdam, signés le 17 juillet et le 2 août 1945 entre Staline (URSS), Truman (USA) et Churchill (puis Attlee, Royaume-Uni) : « Les trois gouvernements (...) reconnaissent qu'il y aura lieu de procéder au transfert en Allemagne des populations allemandes restant en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Hongrie. Ils sont d'accord pour estimer que ces transferts devront être effectués de façon ordonnée et humaine. [...] Ils estiment que le Conseil de contrôle doit commencer d'étudier le problème en veillant tout particulièrement à ce que la répartition de ces Allemands entre les différentes zones d'occupation soit équitable. [...] Le gouvernement tchécoslovaque, le gouvernement provisoire polonais et le Conseil de contrôle en Hongrie sont invités à surseoir toute expulsion pendant que les gouvernements intéressés examineront les rapports de leurs représentants au comité de contrôle ». La pause demandée n'était pas innocente. Les autorités soviétiques présentes en Allemagne rencontraient des difficultés conséquentes devant l'arrivée massive d'expulsés. La situation humanitaire était de toute manière déjà calamiteuse. Les accords de Potsdam ne mentionnent même pas les populations Volksdeutsche de Yougoslavie alors que leur situation était parfois plus dramatique que chez leurs homologues tchécoslovaques, polonais ou hongrois.

Enfin, c'était la Commission aux transferts qui devait établir les dates et les circonstances des expulsions et non pas les gouvernements polonais ou tchécoslovaques. Le Comité ne pouvait de toute façon plus remettre véritablement en cause ces transferts massifs de population, la décision ayant déjà été entérinée lors de la conférence de Potsdam entre le 17 juillet et le 2 août 1945. Le Comité avait bien tenté de faire ouvrir les yeux aux dirigeants britanniques ou états-uniens. En vain. Les technocrates du Royaume-Uni voulaient se persuader que les problèmes se règleraient seuls avec le temps.

Un tel projet migratoire concernait donc des millions de personnes. Reste à savoir qui composait réellement ces flux de populations et quel statut pouvait leur être accordé.

II. Typologie

Mais il reste à savoir qui était concerné par un tel projet. Aujourd'hui, nous sommes en mesure d'affirmer grâce aux recherches des historiens que cela a touché environ 13 millions d'individus. Déplacer une telle masse humaine semble avoir quelques critères en ce qui concerne sa sélection. Nous savons que les expulsés viennent d'anciens territoires allemands situés en Europe centrale et de l'est comme la Silésie, la Poméranie orientale, le Brandebourg oriental, la Prusse orientale, le Danzig, des Sudètes mais aussi de Hongrie, de Roumanie, de Yougoslavie et d'Union soviétique. Même s'ils venaient principalement de Pologne et de Tchécoslovaquie, revendiquaient-ils une identité culturelle allemande ou d'une autre nation ? Cela, les gouvernements n'y accordaient, a priori, peu d'attention avec les décrets Benes qui considéraient comme Allemand toute personne qui, depuis 1929, avait adopté la nationalité allemande ou était membre d'un parti rassemblant des citoyens de nationalité allemande5(*). A l'image de Benes en Tchécoslovaquie, les pays désirant expulser leur population allemande décidèrent arbitrairement du choix des critères. Les Allemands étant de près ou de loin impliqués dans le régime nazi ou possédant des idées à tendance pangermaniste étaient expulsés jusqu'à preuve du contraire. Les perspectives d'expropriation et de redistribution des biens influençaient parfois le choix des expulsés et élargissaient progressivement les caractéristiques justifiant une expulsion. Mais cela représentait une désorganisation totale et le processus d'identification des Allemands se resserra autour des décrets du IIIe Reich définissant la citoyenneté allemande (Reichsbürgergesetz).

Ainsi était Allemand, selon la loi sur la citoyenneté du Reich en son article 2, §1, qu'« un citoyen du Reich est uniquement une personne de sang allemand ou apparenté et qui, à travers son comportement, montre qu'elle est à la fois désireuse et capable de servir loyalement le peuple allemand et le Reich ». Un individu est donc de nationalité allemande s'il possède du sang allemand, s'il a un lien de parenté avec des Allemands ou s'il a servi le régime de n'importe qu'elle façon. Les Allemands des régions d'Europe centrale et de l'Est n'étaient pas contre un rattachement au Reich même si on ne peut pas affirmer qu'il y avait consensus sur ce point. Les Volksdeutsche, c'est-à-dire les individus vivant en dehors des régions peuplées majoritairement d'Allemands et ne possédant pas la nationalité allemande mais étant germanophone ou en parenté avec des Allemands, étaient donc autant concernés les Sudetendeutsche, les Allemands des Sudètes en Tchécoslovaquie. Ainsi, un nom à consonance germanique suffisait de motif et de justificatif d'expulsion. Cependant, cela pouvait se révéler problématique pour certains individus et le plus souvent pour les Polonais. En effet, un édit polonais du 28 février 1945 visait à la confiscation des possessions immobilières de tous les individus inscrits sur la Deutsche Volklist, c'est-à-dire une liste où on retrouvait les Allemands polonais se revendiquant de nationalité allemande. Il est apparu que sur cette liste, il y avait presque plus de Polonais que d'Allemands. Pour certains, se revendiquer de nationalité allemande était une façon d'échapper aux souffrances causées par le régime nazi. Ainsi, cela compliquait encore plus comment définir qui était Allemand et les pays expulseurs ne pouvaient donc pas simplement prendre les personnes avec des noms à consonance germanique ou étant inscrits sur une liste de ressortissants allemands. Des vérifications furent demandées pour prouver l'appartenance à la nationalité polonaise ou tchécoslovaque. Ainsi, selon le contexte, des individus s'étaient déclarés comme Allemand pour échapper aux persécutions comme les Hongrois en Pologne. Quelques Allemands échappèrent à l'expulsion en falsifiant des papiers prouvant qu'ils étaient de nationalité polonaise.

Mais qui étaient ces Volksdeutsche ? Ils témoignaient d'une certaine mixité sociale et certains vivaient en dehors des frontières de l'Allemagne depuis des décennies voire des siècles avec une présence dès le Haut Moyen-Âge et pour d'autres, cela était plus récent. Il fut constaté que les hommes étaient particulièrement qualifiés pour le travail industriel ce qui influença nettement les expulsions. En effet, il y avait plus de femmes et d'enfants de moins de 16 ans qui étaient expulsés. La première explication est évidemment liée à la guerre qui ravagea la population européenne que ce soit du côté des alliés ou de l'axe. Les pays européens ont peu d'hommes valides au lendemain de la guerre, ce mal leur est tous commun. La limite minimum d'âge pour être réquisitionné étant 16 ans, cela explique la présence de nombreux enfants et la faible présence d'adolescents. Mais la seconde explication vient du fait que les hommes étaient une main d'oeuvre convoitée dont la qualification pour le travail influençait les gouvernements. La reconstruction nationale met en avant des contradictions à gérer : faut-il expulser des individus pouvant servir l'économie ou les garder en choisissant d'expulser leurs familles ?

III. Des expulsions improvisées avant même les accords de Potsdam

Les accords de Potsdam se devaient de régir les expulsions intra-européennes dans cette période post-guerre et fixer le sort des ennemis (voir Annexes 3). Mais alors que les grandes puissances se réunissaient en Allemagne, cela faisait déjà trois mois que les civils allemands ethniques étaient littéralement chassés manu militari des Territoires reconquis (nom donné par le gouvernement polonais). Depuis la mi-mai 1945, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie ou encore la Roumanie débutaient ces opérations désorganisées et brutales. L'opinion anglo-américaine aurait pu exercer une pression importante sur les gouvernements alliés respectifs pour éviter la propagation d'une pareille violence. C'est l'une des raisons pour laquelle les pays expulseurs ont voulu prendre les choses en main pour ne pas laisser les Grandes Puissances décider à leur place, les mettant ainsi devant le fait accompli.

La mise en place de ce projet d'envergure ne fut d'ailleurs pas beaucoup réfléchie par les États expulseurs. Aucun d'entre eux n'avait établi un programme cohérent pour cibler, rassembler et transporter ces dizaines de milliers d'Allemands ethniques. Premier outil utilisé pour réaliser leur ambition : la peur. Armée, police et milices -principaux moteurs de ces expulsions - n'hésitaient pas à faire preuve d'une grande violence pour effrayer les populations concernées et faciliter les déportations.

À l'époque de ces mouvements nationaux indépendants des instances européennes, beaucoup d'observateurs étrangers avaient vu ces expulsions forcées comme l'oeuvre de communautés majoritaires revanchardes qui se ligueraient afin de purger leurs villes et villages des Allemands. Cette idée, complètement erronée d'après Moore, a valu à ce phénomène le nom «  d'expulsions sauvages ». L'un des évènements qui favorisa l'émergence de cette vision des choses fut notamment le bref mais intense soulèvement populaire qui eut lieu en Tchécoslovaquie à Prague après la capitulation allemande (beaucoup d'amertume liée au fait que des Allemands continuaient à tuer des citoyens tchécoslovaques alors que le reste du continent se réjouissait de la fin du conflit). Plusieurs expulsions furent assurément plus « sauvages » que d'autres, à l'image de celles de Brno en mai 1945 menée par les civils locaux. D'autres étaient davantage le fait d'administrateurs locaux qui ne voulaient attendre l'aval des autorités nationales supérieures et voyaient d'un bien mauvais oeil la présence d'Allemands sur leur territoire.

Mais la propagation d'une telle représentation arrangeait les pays expulseurs, ces derniers pouvant alors nier toute responsabilité dans ces violentes opérations. Les plus grands actes de sauvagerie durant les « journées de mai » furent perpétrés par l'armée ou la police qui agissaient au nom des autorités du pays en question. À l'université Kaunitz de Brno par exemple, au moins 300 personnes furent pendues, torturées ou fusillées en mai-juin 1945. Pour des pays comme la Yougoslavie et la Roumanie, les déplacements d'Allemands étaient de toute façon « sauvages » puisque jamais les Alliés n'avaient entrepris d'accepter lesdites minorités en Autriche occupée ou en Allemagne. En Roumanie, jusqu'à 75 000 Volksdeutsche furent expulsés hors des frontières du pays et emmenés dans des camps d'internement pour faciliter la redistribution de leurs biens.

Certains dirigeants tchécoslovaques n'étaient toutefois pas aveugles et inconscients devant de tels actes de barbarie. Frederick Voigt, correspondant diplomatique du Manchester Guardian et longtemps protchécoslovaques, dénonçait des Tchèques qui adoptaient selon lui « une doctrine raciale voisine de celle de Hitler [...] et des méthodes qui ne distingu[ai]ent guère de celles du fascisme. Ils [étaient] en fait devenus des nationaux-socialistes slaves ». 6(*)Pour l'historienne et politologue polonaise BernadettaNitschke, ces procédés n'avaient « rien d'humain et n'étaient souvent guère différentes de celles de Hitler ».

Une force de police paramilitaire, le SNB, fut mise en place pour faciliter les expulsions et satisfaire les volontés communistes d'une participation populaire à ces opérations. Les expulsés Sudetendeutsche étaient rassemblés et on ne leur laissait qu'une heure (au mieux) pour prendre un bagage à main, les fouillait, puis les emmenait à pied vers une frontière ou un camp de détention. On comptait de très nombreux morts durant ces interminables marches, notamment chez les jeunes enfants.

À cette époque, le caractère arbitraire des expulsions était profondément marqué. En Tchécoslovaquie, le président Benes pouvait publier des décrets ayant valeur de loi, comme celui permettant de confisquer les biens des Allemands, des Hongrois des traîtres ou des collaborateurs. Un autre, entrant en vigueur le même jour que la conférence de Potsdam, retirait à tous ceux qui avaient eu le malheur de se déclarer ethniquement allemands ou hongrois lors de recensements postérieurs à 1929 la nationalité tchécoslovaque. Ces hommes pouvaient prétendre à récupérer leurs biens en cas de preuve d'une résistance aux nazis ou d'une persécution par les Allemands eux-mêmes, mais ces démarches étaient souvent longues et très compliquées. On affichait d'ailleurs le nom des demandeurs publiquement pour que chacun puisse formuler une objection (de manière anonyme qui plus est). À la fin du mois de juin 1945, 34 demandes furent acceptées sur un total de 4000 soumises à ÈeskéBudêjovice.

De plus, un pays comme la Pologne devait faire face aux retours de milliers d'Allemands habitant les futurs Territoires reconquis qui avaient fui l'Armée rouge. Cette augmentation exponentielle de la population de la « nouvelle Pologne » fut l'un des facteurs qui poussa l'État à orchestrer ces expulsions. Les Allemands revenus dans l'illégalité étaient d'ailleurs condamnés à plusieurs mois de prison ou directement réexpulsés.

Confrontés à des difficultés importantes dues au manque de postes de frontières adéquats, les Tchécoslovaques pouvaient compter sur l'appui des militaires américains présents en Bohême occidentale pour rassembler la population concernée. Rapidement, les Etats-Unis firent toutefois preuve d'un embarras de plus en plus important et bloquaient à partir de l'automne 1945 les déplacements dans cette région de l'Europe. On nota très peu de mouvements contestataires et résistants de la part des Allemands des pays expulseurs. Le peu qui émergea, à l'instar des Loups-garous7(*)en Tchécoslovaquie, servit aussi beaucoup aux gouvernements pour légitimer « l'épuration » des villes. On peut expliquer cela en partie par le profil démographique des déplacés : des femmes, enfants et personnes âgées en grande majorité. De manière générale, les populations allemandes faisaient preuve d'une obéissance affirmée, en Tchécoslovaquie comme en Pologne.

Lorsque la conférence de Potsdam demande la suspension de toutes ces « expulsions sauvages », Berlin est déjà gangrénée par l'arrivée massive de nombreuses populations venues en partie des Territoires reconquis. En juillet, 550 000 personnes étaient arrivées ; 262 000 durant la première quinzaine d'août et ce malgré l'interdiction - vaine - du maréchal Joukov de fermer la ville aux nouveaux immigrants (décision prise fin juillet). Et quand les expulsions échouaient, les Allemands pouvaient en payer le prix cher en étant emmenés dans la forêt pour être exécutés.

D'ailleurs, malgré lesdits accords, les expulsions sauvages continuaient en Europe. Les Alliés occidentaux semblaient être surpris et indignés par la violence et la désorganisation des stratégies de renvoi utilisées alors qu'ils avaient eux-mêmes, trois années durant, ignoré tous les conseils et avertissements établis par les diverses commissions d'experts. Ce choix de s'immiscer dans cette voie-là était des plus médités et réfléchis. Les Alliés occidentaux n'ont donc vraisemblablement pas été surpris par la recrudescence des violences dans le centre et le sud-est de l'Europe et n'ont pas non plus fait le nécessaire pour éviter pareil scénario.

À la fin de l'année 1945, les comités nationaux régionaux abusaient tellement des « transferts volontaires » (nécessitant un certificat de libération du comité national de district et la confirmation que les autorités d'occupation en Allemagne ne formuleraient aucune opposition) que les autorités d'URSS n'acceptaient plus ces déportations de population mais les renvoyaient. Les « émigrations volontaires » cessaient alors en Tchécoslovaquie, alors que la Yougoslavie se décidait à prendre le relai en la matière. Totalement illicites car en dehors des facilités de transit accordées par les Hongrois, les expulsions yougoslaves étaient confrontées au refus soviétique de voir les populations Volksdeutscheaugmenter dans leur zone d'occupation en Allemagne ou en Pologne. Les Yougoslaves devinrent alors des spécialistes avérés pour trouver les points faibles des frontières qu'ils aspiraient à traverser.

En Pologne, le constat était peu ou prou le même. La conférence de Potsdam n'avait eu quasiment aucun effet et les expulsions continuaient avec l'aide du Parti communiste allemand (KPD). La condition calamiteuse des Allemands ethniques - affamés et maltraités - servit donc de moyen de pression pour les Benes et consorts pour remplacer ces « expulsions sauvages » par des « expulsions organisées », sous la tutelle même des Alliés.

À la fin de l'automne 1945, des pourparlers débutèrent entre les représentants des pays concernés lors des réunions du Comité de coordination alliée, à Berlin, pour déterminer quand, vers où et combien d'expulsés seraient déplacés. Elles débouchèrent alors sur un programme réfléchi par les gouvernements tchécoslovaques et polonais, avec l'aide des Etats-Unis, de l'URSS, de la France et de la Grande-Bretagne. Il fut approuvé le 20 novembre 1945 par le Conseil de contrôle allié, qui gouvernait l'Allemagne de facto pour les pays occupants.

Le document en question - « l'accord du Conseil de Contrôle Allié (CCA) » - indiquait un calendrier des déportations à suivre ainsi que le pourcentage affecté à chaque région. Sur les 6,65 millions d'Allemands ethniques vivant encore en Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie et Autriche, les Soviétiques acceptèrent d'en accueillir 2,75 millions des deux premiers pays cités. Les Etats-Unis 2,25 millions de Tchécoslovaquie et Hongrie, et la Grande-Bretagne 1,5 million provenant des Territoires reconquis polonais. La France accepta 150 000 Sudetendeutscheretenus en Autriche. Les expulsions débuteraient en décembre 1945, mois durant lequel on effectuerait 10% de l'ensemble des expulsions. Paris réussit toutefois à ne pas subir d'arrivée de population en zone d'occupation française avant le 15 avril 1946.

Le nombre de personnes à expulser surprit grandement l'opinion publique internationale, au moins autant que le fait que les expulsions devraient débuter 10 jours après l'accord du CCA, ce en plein hiver. D'ailleurs, cet accord du CCA ne désignait aucun corps exécutif pour diriger le projet de main d'expert et superviser l'opération. Ses objectifs étaient en fait bien plus simples : réduire le nombre d'Allemands déracinés qui arrivaient dans les zones d'occupation respectives des Grandes Puissances et apaiser une opinion publique internationale en lui garantissant que l'on s'attaquait enfin au problème.

Le nombre d'Allemands déplacés par des « expulsions sauvages », avant les accords de Potsdam, reste toujours un mystère. D'après des chiffres de l'Armée rouge, la zone d'occupation soviétique en aurait accueilli pas moins de 775 000 en provenance de Tchécoslovaquie avant le 12 décembre 1945.8(*) Entre 800 000 et 1 million d'individus auraient donc été chassés de Tchécoslovaquie avant la fin de l'année 1945. Pour les Territoires reconquis, trouver des chiffres fiables n'est pas une mince affaire. Toutefois, les historiens polonais estiment entre 200 000 et 1,2 million le nombre d'expulsés sur la seule période de juin-juillet 1945. Après sept mois d'expulsions marquées par d'ignobles violences, les Alliés allaient donc tenter de prendre le relai en tentant d'administrer la déportation massive, cette fois selon des méthodes « ordonnées et humaines » définies par les accords de Potsdam. La réalité, nous le verrons, sera toutefois bien moins fidèle aux objectifs de départ.

IV. Les expulsions sous la tutelle des Alliés

Le 20 novembre 1945, la Commission de contrôle alliée a donc adopté un accord d'expulsion concerté entre les différentes puissances en présence dans le panorama géopolitique européen. Dès lors, il fut créé un appareil administratif et logistique minimal chargé de contrôler l'ensemble des opérations d'expulsions entre les différentes nations européennes : le CRX (CombinedRepatriationExecutive), fondé par le CCA le 1er octobre 1945. Il était chargé d'organiser et réglementer tout déplacement d'au moins dix personnes entrant ou sortant de l'Allemagne ou des quatre zones d'occupation alliée. Il était notamment chargé de reconduire chez eux plus de 2 millions d'Alliés déplacés dans le cadre du travail forcé en Europe centrale par les nazis.

Les négociations ne furent pas toujours simples, à l'image d'un gouvernement polonais très exigeant qui devait coordonner le transfert des Allemands et celui des Polonais qui avaient été déplacés à l'est de la Bug. Les premières questions officiellement régies par le CRX furent celles du calendrier des expulsions et des conditions de transport. Concernant le planning à suivre, des divergences évidentes existaient entre pays expulseurs et accueillants, les premiers voulant débuter le plus rapidement possible tout en conservant au maximum les ex-biens allemands. A priori, les pays récepteurs étaient en position de force vis-à-vis de leurs interlocuteurs, car ils pouvaient se permettre de refuser toute arrivée si les conditions demandées n'étaient pas réunies. Devant la procrastination occidentale, Polonais et consorts n'ont pas tardé à s'impatienter et il aura fallu attendre fin février pour que les Britanniques donnent leur premier accord concret. À partir du 1er mars 1946, ils se disaient prêts à accueillir pas moins de 45 000 expulsés polonais par semaine.

Sur le plan logistique, locomotives et wagons devaient être fournis par les Polonais ou les Soviétiques en dernier recours. Les familles ne devaient pas être divisées et les femmes enceintes ne devaient pas être transportées durant les six semaines précédant ou suivant leur date d'accouchement. Selon les itinéraires suivis, les Polonais devaient même fournir des rations suffisantes pour deux ou trois jours de voyage. Les autorités soviétiques s'étaient elles montrées encore plus dures en affaire avec les Tchécoslovaques. Les 600 000 expulsés de ce pays devaient pouvoir emporter 50 kilos de bagages avec eux ainsi que 500 Reichsmarks en monnaie allemande ou en marks d'occupation, fournis par les Tchécoslovaques eux-mêmes si nécessaire. En plus de cela, deux certificats médicaux (signés par des médecins allemand et tchécoslovaque) étaient demandés pour confirmer le bon état de santé de la personne en voie d'expulsion. Dans la même veine, les Américains s'étaient aussi montrés particulièrement exigeants, demandant que les Sudetendeutsche (de Tchécoslovaquie et de Hongrie pour les USA) soient prévenus de leur déportation au moins quarante-huit heures à l'avance, rassemblés dans un camp de transit, examinés, et transportés au rythme maximal de 50 expulsés par wagon de marchandise. Aussi, les Américains souhaitaient qu'une carte d'identité en tchèque, en allemand et en anglais fût remise à chaque Sudetendeutsche directement lors de l'embarquement.

Les Hongrois, eux, étaient un cas à part. Ancien État ennemi, le gouvernement provisoire de Budapest s'était vu imposé des directives par le CCA [H] (Conseil de contrôle allié pour la Hongrie) sans aucune négociation préalable. Les expulsions de Souabes (nom donné aux Allemands ethniques d'Hongrie) commenceraient alors le 15 décembre 1945 avec un unique train de 40 wagons chauffés, transportant un total de 1000 passagers qui auront subi un examen médical et reçu les papiers nécessaires avant l'embarquement. Les trois pays « de Potsdam » avaient même eu l'intelligence d'inviter journalistes et représentants de gouvernements occidentaux à venir observer les conditions optimales des premières expulsions, les Tchèques étant des maîtres en la matière.

Mais rapidement, la situation s'est nettement aggravée pour ces expulsés. Agressions constantes, viols, et maltraitances en tout genre accablaient des populations essentiellement âgées, féminines ou extrêmement jeunes. Sur les 4100 expulsés des trois premiers trains arrivant au camp de transit de Pöppendorf, en zone britannique, 524 furent emmenés à l'hôpital dès leur arrivée9(*). De même, plusieurs autorités, à l'image des polonaises, profitaient de ces expulsions pour nettoyer leur population en se débarrassant des éléments jugés improductifs de la population allemande et en gardant les plus sains. En zone britannique, seulement 8% de ceux qui arrivaient en Territoires reconquis étaient des hommes sains.

Deux mois après le début des « expulsions organisées », le système européen de déportation avait déjà sombré dans un profond désordre, poussant alors les divers responsables des zones d'accueil à en demander l'arrêt immédiat. Les Britanniques semblaient conscients de l'état déplorable dans lequel arrivaient nombre des expulsés mais les flux étaient tels qu'il était impossible pour les Alliées de refuser les expulsés et de bloquer les trains, ce même si les Polonais ne respectaient pas les critères d'expulsion qu'ils avaient concédé au CRX trois mois auparavant. La surpopulation était devenue un trait caractéristique des camps, des trains, des bateaux et des zones d'accueil. Pour ne pas allonger la durée de l'opération Swallow (nom donné par les Britanniques à leur opération d'expulsions), le CRX accepta à la fin avril 1946 la requête polonaise : on accueillerait désormais 8000 expulsés par jour (5000 avant). Le contrôle des wagons devenait donc impossible et rendait les conditions de transport désastreuses. En Tchécoslovaquie aussi, les Etats-Unis avaient été contraints de réquisitionner des trains de fret de l'UNRRA et de leur but humanitaire au printemps 1946 afin de conduire des expulsés en zone américaine. Aussi, beaucoup d'employeurs, en annonçant à l'avance le nombre de leurs travailleurs qui seraient expulsés, cachaient plusieurs de leurs salariés allemands gratuits ou peu coûteux.

Dans les camps de rassemblement qui abritaient parfois durant des semaines les expulsés, des milliers de gens étaient contraints au travail forcé. Le taux de mortalité y était d'ailleurs énorme. À celui de Gumieñce, à Szczecin, 52 détenus moururent en janvier 1947, vraisemblablement de malnutrition ou de gelure. Le constat était peu ou prou le même du côté des points d'embarquement où famines, maladies et mauvais traitements sévissaient fréquemment. Plusieurs administrateurs locaux n'hésitaient aussi pas à se faire du profit sur le dos des expulsés en vendant à des prix exorbitants rations ou laissez-passer illégaux. Un autre commerce, plus lucratif, consistait à collaborer avec des organisations sionistes cherchant à passer outre les restrictions imposées par les autorités britannique en matière d'intégration de l'Europe vers la Palestine (la Grande-Bretagne possède une influence notable dans la région, notamment depuis la déclaration Balfour de 1917 et l'officialisation du mandat britannique en Palestine par la Ligue des Nations en 1922), limitant à 1500 le nombre d'immigrés pouvant chaque mois rejoindre la Palestine. L'antisémitisme n'avait, malgré la fin du conflit, pas vraiment diminué dans certains pays comme la Pologne (il restait 200 000 Juifs dans le pays) et les populations juives cherchaient tant bien que mal à fuir une Europe persécutrice.

Parfois même, les autorités tchécoslovaques poussaient les membres de familles séparées à mentir aux fonctionnaires présents à la frontière pour ne pas mettre les pays expulseurs dans l'embarras. « À présent, nous avons tendance à regarder l'Allemagne occupée comme une poubelle de capacité illimitée susceptible de recevoir les déchets du monde entier », notait le colonel Thicknesse à la fin de l'année 1946, celle des « expulsions organisées ».

Au total, selon des chiffres de la CRX, la zone soviétique totalisait 1,8 millions d'expulsés de Pologne et de Tchécoslovaquie. La zone américaine comptait elle 1,7 millions de Tchécoslovaques et de Hongrois, alors que la zone britannique avait accueilli 1,3 millions de personnes en provenance des Territoires reconquis. À ce total déjà impressionnant, il faut ajouter un nombre indéterminé de Volksdeutscheayant été contraints de quitter leur pays d'origine mais qui avaient rejoint l'Allemagne de manière « infiltrée » et non répertoriés. Paradoxe de toute cette politique, ces millions de personnes devaient rejoindre un pays dont les Alliés occidentaux avaient tenté durant cinq ans de détruire les centres urbains.

V. Le quotidien des expulsés dans les camps

Que ce soit durant les expulsions « sauvages » ou les expulsions sous la tutelle des Alliés, les conditions de vie dans les camps sont exécrables dans les deux cas. En effet, on aurait pu supposer que les gouvernements expulseurs se montrent plus violents vis-à-vis des expulsés du fait qu'ils estimaient se faire justice alors que les Alliés représentaient l'autorité internationale. Il n'en fut rien et les conditions de vie des expulsés ne s'améliorèrent en aucun cas. Tout d'abord, les camps où résidaient les expulsés étaient des anciens camps de concentration du régime nazi. Plusieurs furent ainsi réutilisés par les autorités locales pour y enfermer des Allemands. À Auschwitz, par exemple, la durée écoulée entre la dernière libération de juifs du camp principal et l'arrivée des premiers Allemands ethniques ne fut que de quinze jours.

Linzervorstadt (au sud-ouest de la Tchécoslovaquie, voir carte) représentait l'un des exemples typiques des camps apparus après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le conflit officiellement fini, il se transformait alors en une sorte de « petit Dachau »10(*). Les autorités en place voulaient faire vivre aux civils allemands présents les mêmes souffrances que celles perpétrées par les nazis quelques mois auparavant. Sur le portail des camps, on retirait même la devise des SS Arbeitmachtfrei(Le travail rend libre) pour la remplacer par la formule biblique Okozaoko, zubzazub(« OEil pour oeil, dent pour dent »).

Cet esprit de vengeance, ayant souvent comme motivation première les représailles personnelles, était donc très présent. D'ailleurs, on dénombrait un nombre important de suicides parmi les détenus qui préféraient choisir la mort plutôt que la souffrance des tortures ou des meurtres initiés par gardes et kapos. Les agressions sexuelles et les humiliations étaient monnaie courante dans les camps et témoignaient du désir de vengeance symbolique d'anciennes populations martyrisées par les nazis. Un observateur étranger eut la possibilité de visiter deux camps tchèques en août 1945 et fit part de sa stupéfaction face à de telles pratiques : les femmes « servent de bêtes. Des militaires russes et tchèques viennent y chercher des femmes pour l'usage dont on se doute. ?...? Les conditions des femmes y sont certes plus lamentables que dans les camps de concentration allemands, où rares étaient les cas de viol.» 11(*) Un détenu de Potulice assista d'ailleurs à une scène où une détenue du camp était contrainte de rester assise sur le pied d'un tabouret renversé, ce durant plusieurs minutes alors que le poids entier de son corps reposait sur son périnée.

Parallèlement à ces violences physiques et morales, les expulsés étaient confrontés à des conditions de vie difficiles. Le travail forcé était très répandu et le système mis en place se rapprochait parfois de l'esclavage. Depuis le décret promulgué en septembre 1945 par le gouvernement tchèque, tous les prisonniers Sudetendeutschedes deux sexes pouvaient être soumis au travail forcé, les hommes étant davantage envoyés sur les chantiers alors que les femmes oeuvraient dans les cuisines et blanchisseries. Le 4 novembre 1944, un décret publié par le Comité polonais de libération nationale ordonnait que les Volksdeutsche de plus de treize ans habitant le Gouvernement général fussent immédiatement placés dans des camps et soumis au travail forcé. À peine 90 jours plus tard, ce système était généralisé à l'ensemble du pays. Face au manque de nourriture, de nombreuses famines voyaient le jour et la plupart des patients étaient atteints de cachexie, état dans lequel le corps puise dans ses dernières ressources, notamment le long des bras et des jambes, pour rester en vie.

Dans le camp d'internement de Krusevlje (nord de la Yougoslavie), le travail n'était pas obligatoire mais la nourriture se limitait donc à deux cuillères de bouillie de maïs par jour. La maltraitance n'était pas la seule cause de mortalité dans les camps. Découlant de conditions atroces de détention, de nombreuses maladies - comme le typhus et la dysenterie en mars 1947 au camp de Koszalin (centre de la Pologne) - se propageaient et faisaient plusieurs victimes. Face aux condamnations de diverses ONG, les responsables de ces camps ou du gouvernement préféraient mettre en avant le fait que la situation était difficile pour tous et pas uniquement pour ces Allemands ethniques.

Si plusieurs instances, à l'image du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) où du gouvernement britannique, commençaient à faire pression sur les gouvernements quant à la situation dans les camps, le Foreign Office préférait convaincre les autorités yougoslaves de limiter les flux de Volksdeutschevers les zones d'occupation occidentale plutôt que de prendre véritablement à bout de bras le problème des conditions de détention. Britanniques et Américains avaient peur de se mettre à dos les puissances d'Europe centrale en donnant l'impression de favoriser le sort des Allemands plutôt que ceux de ces populations autrefois victimes du nazisme. À partir de mars 1945, la CICR était d'ailleurs interdite de visiter les camps d'internement pour civils Volksdeutscheen Roumanie alors que leurs inspections étaient auparavant autorisées durant la guerre.

Ainsi, le poids des violences nazies influençait le comportement des pays expulseurs, qui adoptaient un comportement de vengeance, et celui des Alliés. Il serait toutefois maladroit d'établir un parallélisme sans faille entre les camps nazis et ceux d'après-guerre. Bien qu'il y ait eu un nombre considérable de faits de violences, entraînant parfois la mort, ou d'humiliations, le but initial de ces camps n'a jamais été l'extermination des Allemands ethniques. D'ailleurs, en Yougoslavie, la plupart des détenus survécurent à leur période d'incarcération.

VI. Changements et intégration

Un mouvement migratoire, qu'il soit volontaire ou forcé, suppose toujours un flux partant d'un point géographique pour en rejoindre un autre. Un tel déplacement de population a obligatoirement entraîné des changements au point de départ ainsi qu'au point d'arrivée des migrants. Il reste à savoir de quelle(s) nature(s) peuvent être ces changements.

Comme expliqué plusieurs fois précédemment, ces mouvements migratoires avaient pour point de départ et d'origine certaines régions de l'Europe de l'Est. Pour appréhender ces changements, il faut d'abord se pencher sur la politique menée, vis-à-vis des régions peuplées d'Allemands, par les gouvernements des pays expulseurs. Un projet de redistribution des richesses fut imaginé par le gouvernement tchécoslovaque puis par les gouvernements polonais et hongrois avant la défaite allemande. Afin de mener à bien ce projet, ces gouvernements devaient réquisitionner les propriétés immobilières des Allemands expulsés. Les dirigeants tchécoslovaques proposèrent de confisquer ces biens aux Allemands ayant collaboré ou avec une mentalité pangermaniste mais de fournir une sorte de bon avec une valeur financière similaire à celle de la propriété confisquée. De plus, ce bon serait remboursé par le futur gouvernement allemand. Cette proposition servait uniquement à modérer, en apparence, la volonté de multiplier les expulsions à grande échelle afin de récupérer des richesses.

Cette proposition resta purement théorique contrairement aux expulsions et les gouvernements polonais et hongrois ne se donnèrent même pas la peine d'afficher une modération de façade. On comprend donc que ces expulsions avaient un intérêt économique bien que la « purification ethnique » était avancée comme motivation première et cela augmenta l'adhésion de la population des pays expulseurs. En effet, dans ces régions sous domination allemande les expulsions ont vidé des quartiers et des villes entières. L'accaparement et la redistribution des biens allemands étaient perçus comme et répondait à la motivation première de dynamiser l'économie d'après-guerre. Enfin, ce processus était un moyen pour Benes, dirigeant tchécoslovaque, d'affaiblir les communistes face à une redistribution des richesses parmi les couches sociales empêchant le développement d'un discours de lutte des classes. Ainsi, cela devait entraîner un changement d'ordre économique, notamment par la mise en oeuvre d'un processus de recolonisation des terres.

Pour faire face à ce départ massif d'individus et afin d'occuper ces propriétés immobilières, les dirigeants des pays expulseurs furent les investigateurs de nouveaux flux migratoires mais cette fois-ci, ces derniers furent internes à leur pays respectif. Il y avait évidemment une nécessité de remplacer numériquement ces Allemands mais se posaient pour certains la difficulté de savoir qui était concerné, c'était le cas des polonais. Cela visait toujours les Allemands, les individus se revendiquant d'une mentalité pangermaniste ou ceux ayant porté atteinte à l'intégrité physique ou morale des habitants de ces régions. Le fait que de nombreux polonais avaient demandé la nationalité allemande pendant la guerre, notamment pour échapper aux répressions nazies, compliquait le problème. Les Polonais concernés devaient alors prouver leur origine ou leur lien de parenté polonais et devaient faire preuve de leur amour pour la nation polonaise. Ainsi, ils pouvaient récupérer leurs biens voire récupérer des biens d'Allemands expropriés. Une fois la question de l'expropriation réglée, il y avait donc la phase de repeuplement à mener. Ainsi la migration forcée entraîna un changement de population dans les Territoires Reconquis.

Dans les plans imaginés par les Etats expulseurs et notamment par le gouvernement polonais, une vaste migration interne devait repeupler ces régions. Pourtant la réalité fut différente. Douglas avance les chiffres suivants : 1,7 millions de Polonais venant des Etats d'Europe de l'Est arrivèrent en Pologne afin de remplacer 8 millions d'Allemands. De plus, ils furent une minorité à se diriger vers les terres nouvellement polonaises. Les Polonais se rendant sur ces terres préféraient habiter les villes plutôt que les campagnes ce qui donnait un paysage rural désertique entre les différentes villes vivantes notamment en Poméranie. En Tchécoslovaquie, les chiffres de peuplement des Sudètes sont plutôt faibles mais le gouvernement eut nettement moins de difficultés à y amener des colons. En effet, les expulsés tchécoslovaques suites aux accords de Munich retournèrent dans une région qu'ils connaissaient très bien et furent facilement convaincus d'y retourner. Afin de poursuivre l'effort de repeuplement, le gouvernement tchécoslovaque entreprît de faire venir des migrants étrangers de Roumanie ou de Hongrie en échange de diverses primes et de cours de langue afin de faciliter leur intégration. Cependant, elle ne fut pas une réussite à cause de la vie quotidienne assez difficile dans les régions récupérées par les pays expulseurs.

Douglas utilise une expression résumant parfaitement la vie quotidienne dans ces régions: le « Far West ». Dans l'imaginaire collectif, il s'agit d'une période où la vie était sauvage et dangereuse. Cela était le cas dans les Sudètes ou la Poméranie. L'expropriation des allemands laissa des quartiers, des villages et des villes vides. Par ailleurs, la disparition des services publics et l'administration allemande sans juridiction compliquaient singulièrement la situation. Ainsi, ces régions étaient soumises à une forme de marginalité sans juridiction ou si peu présente qu'elle ne pouvait s'appliquer. Une ruée vers l'Ouest eut alors lieu et des pilleurs investirent les propriétés immobilières, les commerces et volèrent tout ce qui pouvait avoir la moindre valeur financière. Des violences éclataient régulièrement à l'encontre des populations allemandes restées, des populations immigrées comme dans les Sudètes ou tout simplement entre individus ayant des contentieux à propos de vols. Ainsi ces régions étaient dans une bulle où de nombreux éléments extérieurs la perturbaient sans qu'elle puisse faire quoi que ce soit. Par exemple, la police participait aux pillages et avaient bien des difficultés à encadrer les colons et les populations allemandes qui quittaient ces régions. L'Armée rouge était également présente. De plus, ces colons avaient une importante mixité sociale et les couches sociales les plus pauvres étaient souvent stigmatisées et discriminées comme les Tziganes. Ainsi, la colonisation des régions récupérées était l'objet d'une désorganisation totale et d'une incapacité des différents gouvernements de la mener à bien.

Lorsque la colonisation fut finie, on constate que la structure sociale et économique de ces régions anciennement peuplées par des Allemands n'avait guère changé. Certes un changement de population eut lieu mais cela ne changea pas la hiérarchie sociale antérieuremais consista à remplacer une nationalité par une autre. Les discriminations existaient depuis toujours dans ces régions avec, notamment, le rejet des Juifs par les Allemands. Durant les expulsions, les Allemands ethniques furent victimes de discriminations parles habitants de ces régions, au même titre que ceux qui restèrent après leur départ. Les traces laissées par les Allemands et leur culture furent intensivement effacées. En effet, un travail de « dégermanisation » fut entrepris avec des changements de nom pour les Polonais ayant eu la nationalité allemande ou un refus de l'usage de la langue allemande. On a constaté des changements socio-économiques sur le court terme avec un accaparement des biens allemands et aussi un changement de population. Les Territoires Reconquis laissent place à des espaces moins densément peuplés qu'autrefois mais au long terme, le seul changement consista dans le fait qu'une population en remplaça une autre. Douglas résume correctement la situation avec la phrase suivante : « A long terme, les avantages matériels générés par les expulsions ne devaient guère plus profiter à ceux qui étaient venus prendre la place des expulsés qu'à ceux qui avaient été forcés de partir »12(*). Der spiegel, journal d'investigation allemand, révélait qu'en 2005, la majorité des Polonais pensait que les descendants des expulsés tentent de récupérer leurs anciennes terres. Ainsi, des lois limitent l'achat de terres par des étrangers en Pologne. Enfin, il existe toujours des minorités allemandes dans les pays expulseurs, par exemple en République Tchèque et en Hongrie, mais leur nombre diminue progressivement.

Après avoir vu les changements entraînés dans les régions de départ des Allemands expulsés, il est logique de se demander s'il y a eu changement(s) au point d'arrivée de ces migrations etsi l'intégration des allemands fut une réussite ou un échec ?

Il est difficile de constater des changements socio-économiques du fait que l'Allemagne fut le théâtre d'affrontements dévastateurs. Le pays était ruiné, l'économie au plus bas et les Allemands démoralisés et déprimés. Il est certain qu'entre 1939 et 1945, date d'arrivée des premiers expulsés, la situation socio-économique n'est pas la même mais cela est imputable à la guerre et il est difficile d'estimer en quoi ces migrants ont pu peser dans cette nouvelle situation. Par contre, il y a eu clairement un changement démographique. Comme nous avons vu précédemment, une telle masse humaine quitta les pays expulseurs qu'ils n'arrivèrent pas à repeupler les régions quittées par les Allemands. Cette masse se dirigea presque exclusivement vers l'Allemagne et en faible proportion en Autriche. Cette marée humaine était telle que les pertes subies à cause de la guerre furent comblées voire dépassées et le flot humain si important que les dirigeants politiques en venaient à espérer que la nature, c'est-à-dire le froid et les maladies, résolve le problème de la surpopulation. L'Allemagne devait gérer ces flux humains selon les directives des grandes puissances mais n'avait pas les moyens financiers et institutionnels de le faire correctement. Ainsi, ce phénomène aboutit à la mise en placede camps d'accueil surchargés à Berlin où le confort minimum, dans lequel un lit n'était même pas inclus, était proposé afin d'éviter que tous les expulsés s'y rendent et y restent.

L'Allemagne et les millions d'Allemands expulsés devaient faire face à trois grands problèmes. Tout d'abord, ces individus devaient être logés dans un pays ravagé par la guerre et dans lequel la population déjà présente connaît des difficultés pour se loger elle-même. Certaines régions avaient des villes détruites avec peu d'habitations encore susceptibles d'accueillir des personnes en plus. Pourtant, dans un premier temps, les autorités demandèrent aux « indigènes » d'accueillir les expulsés pour quelques jours. Ainsi, certaines maisons avec seulement quatre lits devaient contenir une ou deux dizaines de personnes. Les campagnes furent plus épargnées par les bombardements du fait d'un éparpillement des habitations mais cela sous-entendait donc qu'ils y en avaient peu. Les quatre puissances prirent une décision unanime avec la loi du CCA de mars 1946 permettant la réquisition d'espaces habitables inutilisés afin d'héberger les expulsés et cela concernait principalement les espaces ruraux. La population rurale explosa et doubla voire tripla comparée à celle d'avant 1939. Dans la même logique décrite précédemment, les Alliés encouragèrent l'usage d'éléments utilisés durant la guerre comme les bunkers ou les anciens camps de concentration afin de loger pour des périodes plus longues les expulsés. Ces périodes variaient de quelques mois pour certains jusqu'à des années pour d'autres et elles entraînaient une stigmatisation et un isolement déjà présent sur lesquels nous reviendrons plus tard.

De plus, les conditions de logement étaient désastreuses. Un Allemand expulsé pouvait se retrouver dans une maison, dans un bunker ou dans un camp avec une population supérieure à trois ou quatre fois sa capacité. Cette surpopulation entraînait une prolifération des maladies et des différentes infections possibles. Ainsi, les autorités et les Allemands expulsés se heurtaient à un problème du logement crucial, mais ce n'était pas le seul. La question de l'emploi était tout aussi importante. L'Allemagne possédait une croissance économique inexistante et même la reconstruction du pays ne permettait pas d'offrir des emplois à la population. De nombreuses usines furent fermées par les Alliés de peur qu'une tentative de réarmement soit entamée. Aussi, parmi les Allemands expulséss'inscrivaient des personnes qualifiées dans le domaine de l'industrie. Ils furent utilisés comme main d'oeuvre peu payée avec des tâches ingrates qui seraient actuellement considérées comme de l'exploitation. Les jeunes Allemands étaient préférés aux plus vieux ainsi qu'aux femmes pour effectuer certaines charges de travail. Les Allemands indigènes estimaient qu'ils passaient avant les Allemands expulsés lorsqu'un poste à pourvoir se présentait et les patrons allaient également dans ce sens. Ainsi le logement et l'emploi étaient des problèmes majeurs pour les Allemands expulsés mais aussi pour les autorités qui se retrouvaient avec une importante population inactive, mécontente et confrontée à ce que Douglas qualifie de « patrie froide »13(*). Les expulsés ne furent pas accueillis dans la liesse, bien au contraire. Les grandes puissances estimaient que l'Allemagne avait besoin d'eux afin d'entamer sa reconstruction et qu'ils étaient là définitivement.

Mais la théorie était dépassée par la réalité et les Allemands expulsés furent désignés comme les responsables de la situation de l'Allemagne par une partie des Allemands dans un premier temps. En effet, ils estimaient que la guerre leur était imputable du fait que le Reich avait mené une politique extérieure agressive afin de les rattacher à celui-ci. Le sort de l'Allemagne était de leur responsabilité et ils étaient blâmés pour cela. Le comportement de nombreux Allemands indigènes consistait en un rejet des expulsés accompagné de moqueries quotidiennes. Ils étaient considérés comme étrangers au pays pour certains Allemands et étaient marginalisés et stigmatisés au travers du logement. L'isolement avait quelque chose de rassurant pour les expulsés car ils n'étaient pas confrontés à cette population quasiment haineuse. Face à cette hostilité, les expulsés émettaient le rêve de « rentrer chez soi » 14(*)car ils ne se considéraient pas comme Allemands et mettaient, pour certains, en avant leur nationalité hongroise, tchécoslovaque ou polonaise. Cette volonté témoigne d'un malaise plus qu'évident mais tous les Allemands ne possédaient pas cette attitude envers les expulsés. En effet, certains membres de la bourgeoisie et de l'ancien parti nazi éprouvaient de la sympathie envers les nouveaux Allemands. D'autres indigènes faisaient passer leur rejet des expulsés après le rejet des Polonais déplacés. Face à ces problèmes quotidiens, les autorités réagirent différemment.

L'Allemagne était soumise à deux zones d'influence. Une était occidentale et composée des États-Unis, de l'Angleterre et dans une moindre mesure, de la France. L'autre influence venait de l'URSS. Malgré une influence différente, l'Allemagne de l'Ouest et l'Allemagne de l'Est eurent une politique d'intégration similaire vis-à-vis des expulsés bien que dans la pratique, les moyens déployés furent différents. En Allemagne de l'Ouest, l'intégration des expulsés fut l'oeuvre de manoeuvres politiques. En effet, les camps favorisaient le militantisme et l'entretenaient. Un Bloc des expulsés et spoliés émergea et constitua une force politique non négligeable. Cette mobilisation politique n'était pas radicale que ce soit vers l'extrême-gauche ou l'extrême-droite. Il y avait quelques cas isolés de mobilisation plus radicale et extrémiste mais ils étaient assez peu importants pour faire une quelconque différence. Le mouvement politique des expulsés fut encadré par Konrad Adenauer, premier chancelier de l'après-guerre. Il prônait l'unité notamment au travers de la Charte des expulsés allemands, de 1950, qui interdisaient toutes représailles envers ces derniers et le « partage du fardeau »15(*) entre les Allemands, qu'ils soient indigènes ou des expulsés. A la suite de manoeuvres politiques sur lesquelles nous ne reviendrons pas, Adenauer réussit à attirer les leaders du Bloc des expulsés vers lui ainsi que ses électeurs en les convaincant qu'il était le plus à même d'obtenir gain de cause pour ces derniers. Il fît voter une série de lois favorables aux expulsés lui permettant de les détourner du Bloc. Elles visaient à donner les mêmes droits aux Allemands expulsés ainsi qu'à leur facilité l'intégration grâce certains prêts ou des facilités d'accès au logement.

L'intégration fut donc faite à la suite d'une mobilisation politique des expulsés mais aussi grâce à une nouvelle dynamique économique des années 1950 à laquelle ils participaient en acceptant des postes mal payés et non voulus par les autres Allemands. L'Allemagne de l'Est réussit également son intégration mais avec d'autres méthodes et l'importance de la présence de l'URSS n'y est pas étrangère. Tout d'abord, les expulsés n'étaient pas appelés ainsi car le terme était considéré comme trop péjoratif mais les « colons », dans un premier temps, puis ils furent considérés comme n'importe quel citoyen et les autorités veillaient à ce qu'aucun terme négatif ne soit employé. Les Allemands expulsés étaient confrontés aux mêmes problèmes que ceux vivant à l'Ouest avec une difficulté à se loger et à trouver un emploi. L'URSS fut l'investigatrice d'une politique socialiste. En effet, les Soviétiques leur versèrent des allocations allant jusqu'à 300 Reichmarks par personne et mirent en place une politique de redistribution des terres. Ainsi, les expulsés possédaient un pécule de départ et une petite propriété égale aux autres propriétés distribuées. Mais cette politique se révéla trop coûteuse ainsi qu'un échec. Mais les Soviétiques continuèrent dans une logique sociale en faisant passer la « loi pour l'amélioration de la situation des ex-colons ».16(*)Elle permettait l'obtention de bourses et de prêts sans intérêts pour les expulsés. Les problèmes que pouvaient rencontrer les expulsés étaient passés sous silence mais l'intégration fut considérée comme réussie, malgré des critères de réussite particuliers.

Ainsi, l'arrivée en Allemagne des expulsés n'impliqua pas de changements majeurs si l'on compare avec la société d'avant-guerre avec une population légèrement supérieure et évidemment, avec une mixité des origines géographiques plus importantes. La structure de la population n'est plus la même et on ne saurait dire ce que serait devenue l'Allemagne sans les expulsés. Ils furent intégrés, plus ou moins bien, dans la société allemande que ce soit celle de l'Ouest ou de l'Est. Si l'on compare le point de départ et le point d'arrivée des expulsés Allemands, on constate une recomposition de la population dans les deux cas. Un changement économique a lieu sur le court terme et seulement pour quelques individus dans les Territoires Reconquis contre un changement sur le long terme en Allemagne avec une participation au dynamisme économique des expulsés. L'intégration a été plus ou moins réussie. À l'ouest, les expulsés se sont intégrés tant bien que mal au modèle occidental de la société. À l'est, il y a un mécontentement des allemands expulsés et non expulsés contre l'autoritarisme soviétique malgré certaines prestations sociales accordées.

VII. Les expulsés dans les relations internationales

Comme nous avons pu le constater précédemment, les expulsés allemands sont au centre de débats à travers l'Europe. Dans un premier temps, cela concerne les pays expulseurs puis les Alliés. Leur destin ne dépend pas d'eux-mêmes mais donc de puissances qui leur sont supérieures. Cela se traduit tout d'abord au travers d'une querelle sur les chiffres. En effet, face au nombre d'Allemands à expulser, les Alliés ont fini par s'accorder sur le nombre que chaque pays aurait à accueillir, même si dix millions finiront en Allemagne. Il ne s'agît pas de faire un relevé fastidieux des chiffres des expulsés mais de voir ce qu'il en ressort. Et cela nous amène à constater que l'accueil des expulsés dans les pays Alliés était assimilé à une punition. Des négociations acharnées eurent lieu afin de fixer des quotas à respecter et chacun développa une stratégie orientée pour modifier les chiffres. Par exemple, l'URSS était la proie d'un scepticisme17(*) et des calculs britanniques visaient à montrer la falsification de leurs chiffres. Des prétextes étaient avancés par les États-Unis et l'Angleterre afin de refuser l'arrivée de nouveaux convois comme le non respect de certaines clauses du Traité de Potsdam sur la façon dont était menée les expulsions alors que parallèlement, les expulsés étaient envoyés dans des camps où les conditions de vie étaient particulièrement mauvaises. Enfin, certains pays comptaient les Allemands ayant fui vers leur pays et avançaient des données théoriques qu'ils comptaient parmi les chiffres des expulsés. On constate donc que les pays expulseurs et les Alliés s'accordaient sur une expulsion massive mais étaient loin d'être unanimes concernant le nombre à accueillir. Les expulsés ne pouvaient qu'attendre qu'on leur dise où se rendre. De plus, cet usage du « on » est assez significatif pour montrer la façon dont percevaient les expulsés les entités qui géraient leur avenir.

Il est intéressant de se pencher sur la réaction de la communauté internationale. Les expulsés allemands agitaient les relations internationales. Au lendemain de la guerre, les Allemands jouissaient d'une mauvaise image à cause de la politique nazie. Un amalgame se fit, les habitants des puissances occidentales se mirent à assimiler la population allemande y compris les expulsés à des nazis. C'était cette population qui était considérée comme responsable de la guerre et des maux qui en ont suivi sur le Vieux Continent. Des sondages effectués en Angleterre et aux États-Unis révélèrent que la moitié de la population anglaise faisait l'amalgame entre Allemands et nazis et jugeait la communauté internationale comme trop indulgente à leur égard. Les expulsions semblaient justifiées et les conditions d'expulsion ne la choquaient pas la communauté internationale qui d'ailleurs en était peu informée. De plus, cela était caché aux individus. Cet aveuglement concernant la population allemande allait jusqu'à remettre en question l'objectivité des propos d'individus ayant des origines allemandes. L'exemple de Wenzel Jaksch, journaliste anglais d'origine germano-polonaise, est le plus flagrant18(*). Une vendetta intellectuelle fut lancée à son encontre afin de démontrer qu'il n'était pas objectif lorsqu'il écrivait à propos de la politique étrangère. Cette imagine négative portée à l'encontre des Allemands et donc des expulsés influence le comportement de la communauté internationale vis-à-vis de ces derniers. Il y avait une unanimité sur la responsabilité des Allemands et des pays expulseurs sur les souffrances découlant des expulsions. La guerre était imputée aux Allemands ainsi que les conséquences de cette dernière.

Ainsi, les gouvernements n'accordaient aucune faveur ou aucun droit aux expulsés allemands. Douglas explique qu'ils possédaient un statut inférieur aux membres nazis protégés par la Convention de Genève de 1949. En plus d'avoir un statut juridique quasiment inexistant, les expulsés ne pouvaient pas recevoir d'aides des agences ou organisations humanitaires gouvernementales et non gouvernementales comme La Croix-Rouge, l'Administration des Nations-Unies pour le secours ou l'Organisation Internationale des réfugiés. Les politiciens des différents pays soutenaient cette version officielle selon laquelleles pays expulseurs étaient les victimes et qu'il fallait éloigner les Allemands de leurs terres. Pourtant quelques observateurs de la communauté internationale émirent des critiques mettant en parallèle le comportement des Alliés avec celui du régime nazi. Bertrand Russel19(*)écrivit une lettre au Times dans laquelle il expliquait que la déportation fut une des accusations portées contre les nazis. D'autres revinrent sur la notion de responsabilité collective des Allemands concernant la guerre et expliquèrent qu'en suivant cette logique, les habitants des pays Alliés et expulseurs portaient la même responsabilité que leurs dirigeants. Un mouvement composé de politiciens de gauche et de droite émergea aux États-Unis avec la création du Comité contre les expulsions massives (CAME). Il tenta de faire entendre au peuple américain ce qui se passait réellement en Europe mais la pression politique affaiblit le mouvement. Toutes ces critiques eurent peu d'écho dans la presse et furent, le plus souvent, étouffées par la propagande des Alliés et des pays expulseurs. En effet, la presse servait d'outil de propagande afin de justifier auprès de la population européenne et américaine les expulsions. Dans certains pays comme la Tchécoslovaquie ou la Pologne, cela s'avéra inutile eu égard à leur lourd passif.

Les expulsés allemands furent également pris dans le combat idéologique livré entre le bloc sous influence américaine et le bloc sous influence soviétique. Le bloc occidental changea de discours dans les années 1950 envers les expulsés quand ils constatèrent le rayonnement de l'URSS. Dans l'imaginaire occidental, le régime soviétique avait remplacé le régime nazi et les dirigeants du bloc de l'Ouest en jouaient énormément en alimentant la propagande. Lorsque certains expulsés se plaignaient d'être envoyés en Autriche ou en Angleterre, les autorités leur répondaient qu'ils pouvaient être envoyés vers l'Union soviétique ce qui avait tendance à calmer les velléités de remise en question. Les années 50 furent marquées par l'autorisation d'émigrer des expulsés allemands qu'ils soient dans des pays alliés ou en Allemagne. Les Alliés ne voulaient plus se montrer sévèrescraignant que les expulsés se tournent vers l'URSS. Suivant cette logique, le terme d' « expulsé » se fit plus rare et cela au profit de « réfugié politique », alors qu'en aucun cas ils ne furent traités tels quels durant les expulsions par les Alliés. La conjoncture économique joua également un rôle important dans ces pays.

En effet, la reprise économique et la perspective d'un nouvel élan suite à la reconstruction nationale entraînaient un besoin de main d'oeuvre. Les expulsés devinrent une main d'oeuvre convoitée et notamment par la France et le gouvernement Bidault. D'autres pays se mirent à suivre la France comme la Suède. Face au bloc occidental, les pays expulseurs sous influence soviétique virent, dans les expulsions, la possibilité de faire des Territoires Reconquis une vitrine du socialisme. Ils étaient évidemment pour les expulsions comme nous avons pu l'expliquer précédemment mais pensaient à la possibilité d'être une alternative au communisme soviétique. Ce projet se solda par un échec et ces pays devinrent des Etats satellites de l'URSS. Face aux quelques critiques émises concernant le traitement réservé aux expulsés par l'Angleterre, les journalistes polonais d'obédience marxiste avançaient la théorie suivante :l'Angleterre et les autres pays capitalistes étaient ravis d'avoir une nouvelle clientèle en la personne des Allemands arrivés vers le Bloc occidental. Ainsi, ces critiques seraient plus dues à une peur de perdre des consommateurs potentiels plutôt qu'à une réelle inquiétude pour la santé de ces personnes.

VIII. Constat des traces des expulsions dans la mémoire : débats actuels

Il est légitime de s'interroger sur la place de ces évènements dans la mémoire collective et des traces encore perceptibles à ce jour. A priori, les pays les moins concernés par ces mouvements migratoires ont volontairement masqué une partie de leur histoire. En effet, nous sommes les témoins directs d'un programme d'histoire ignorant ou passant sous silence les actes moins glorieux des Alliés après la Seconde Guerre Mondiale. Avant de connaître le sujet de ce mémoire, nous ignorions totalement cette migration massiveet nous l'avons vérifié auprès de notre entourage. Ainsi tout porte à croire qu'hormis les descendants de ces Allemands, des intellectuels, des historiens ou des passionnés pour le sujet, les Français ne semblent pas avoir connaissance de ce passé. Tout porte à supposer que ces faits sont aussi méconnus des américains et des anglais.

Alors, il semble logique de s'interroger sur les traces laissées par ces évènements dans la mémoire collective des habitants de pays concernés directement par ces derniers.

Tout d'abord, elles sont visibles au travers des lois comme s'applique à le montrer Douglas dans Les Expulsés. Cependant, on constate que l'aspect juridique révèle une volonté peu glorieuse émanant de la classe politique des pays expulseurs. A la suite de l'effondrement de l'URSS, l'idée d'appartenir à une communauté européenne émerge et se consolide dans ces pays qui étaient jusque-là sous domination du bloc de l'Est. Pour appartenir à une communauté européenne, il est nécessaire de ratifier certains documents comme la Convention européenne des droits de l'Homme ce qui semble être quelque chose de positif. Pourtant, cela mit les pays expulseurs dans une situation plutôt désagréable. En effet, la ratification d'un tel documentoffre la possibilité aux expulsés ou à leur descendance de tenter d'obtenir réparation dans des tribunaux civils. Les dossiers déposés n'obtinrent pas gain de cause (République Tchèque et Pologne) mais ont étédéclencheurs d'un désordre politique d'envergure dans les années 1990. En effet, les expulsés et leurs descendants pouvaient réclamer compensation pour les nombreux préjudices subis: conditions de vie dans les camps, expropriation, atteinte psychologique, déchéance de la nationalité très utilisée en République Tchèque.

L'opinion publique tchèque s'oppose de façon très véhémente à une compensation donnée pour des souffrances que le peuple avait lui-même enduré pendant la domination nazie. Ainsi, le gouvernement tchèque fît passer des lois empêchant la restitution des biens confisqués durant la domination communiste afin de bloquer parallèlement les possibles demandes des expulsés. La loi votée par le Parlement tchèque en 1991 autorisait une possibilité de restitution pour les confiscations faites entre 1948 et 1989, ce qui limitait considérablement les demandes des descendants d'expulsés. En effet, les expropriations eurent lieu principalement entre 1945 et 1948. De plus, pour pouvoir porter réclamation, il était nécessaire de détenir la citoyenneté tchèque et de vivre dans le pays de façon permanente. La Pologne suivit l'exemple tchèque et vota des lois évitant la possibilité d'être attaquée par les descendants des expulsés. Suivant cette logique, on retrouve la loi suivante " loi tchécoslovaque n°115, de 1946, qui légalisait rétroactivement "les justes représailles pour les actions des forces d'occupation {allemandes} et de leurs complices (...) même quand ces actes seraient autrement punissables par la loi". Ce texte reste en vigueur aujourd'hui: il bloque toute possibilité d'enquête, de poursuite ou de châtiment concernant les milliers de meurtres, de tortures ou de viols perpétrés contre des Allemands avant le 28 octobre 1945. 

Ces stratégies juridiques continuèrent au niveau européen avec l'incapacité de la Convention européenne des droits de l'Homme d'agir rétrospectivement sur la ratification des pays expulseurs à celles-ci. En 2002, le Parlement tchèque vota une loi empêchant un retour sur les « arrangements juridiques et immobiliers » et elle fut saluée par les gouvernements des pays Alliés. En 2009, Vaclav Klaus exigea qu'une déclaration, reconnaissant l'application des décrets de 1945 sur l'expropriation et la déchéance de nationalité, soit ajoutée au Traité de Lisbonne. Il demanda une dérogation pour des épisodes historiques de son pays car la Charte des droits fondamentaux reconnaissait illégale les expulsions massives. Les 26 autres pays membres acceptèrent sans rechigner. Ainsi on constate que la mémoire des pays concernés garde une trace de cette migration au travers de stratégies juridiques visant à empêcher des réclamations des descendants des expulsés. Ces tractations politiques montrent que les pays expulseursne sont pas en paix avec leur conscience. Cependant, l'opinion majeure des habitants desdits pays montre qu'ils ne s'estiment pas plus coupables que les Allemands ayant servi pour le IIIe Reich, voyant dans leur attitude quelque chose de juste.

Mais l'aspect juridique révèle une autre trace de la mémoire de ces événements. Par exemple, Lionel Jospin a reconnu officiellement en 1999, alors qu'il était 1er ministre du gouvernement français de Jacques Chirac, qu'il y avait eu une « guerre » d'Algérie. Des déclarations venant de gouvernements ou d'individus élus par le peuple permettent d'inscrire juridiquement et officiellement des événements historiques controversés dans la mémoire des individus et dans la mémoire d'un pays. Avant de s'intéresser aux possibles reconnaissances de souffrances infligées par d'anciens gouvernements des pays expulseurs, il faut revenir sur le travail d'oubli qui a été réalisé durant plusieurs décennies.

Après les expulsions, les pays expulseurs, l'Allemagne et les Alliés eurent la volonté de mettre de côté leurs actes. Les pays sous la domination du bloc de l'Est préféraient passer sous silence tous les aspects dérangeants de leur passé alors que les Alliés affichaient un discours concernant une action nécessaire mais évitaient de trop en parler. Les quelques personnalités tentant de combattre ce silence se résignèrent face à la pression ou furent contraints à un silence forcé comme Heiner Müller qui tenta de monter une pièce de théâtre sur la vie d'une expulsée. Ses comédiens et elle-même furent arrêtés après la première et son metteur en scène fut envoyé au travail forcé dans une mine pendant deux ans. Face à une telle pression, il est difficile pour des individus isolés de dénoncer et de préserver la vie mémorielle des expulsions. Pour l'Allemagne de l'Ouest, un mythe fondateur de la République fédéral fut mis en place et il reposait essentiellement sur la mémoire des souffrances allemandes. Cependant, les expulsés restaient un sujet tabou pour les Allemands préférant revenir sur les souffrances causées par Hitler et sa politique. Enfin, il y avait l'idée que les expulsés se confondraient dans la masse allemande et laisseraient de côté leurs souvenirs concernant cet épisode comme un « devoir de silence ».

Il a fallu attendre les années 90 pour avoir un début de reconnaissance. Le Parlement hongrois a reconnu dans une résolution de mars 1990 que l'expulsion était une « action injuste ». Si pour certains individus peu concernés par ces événements cela peut sembler un peu faible, pour les descendants des expulsés il s'agit d'un incroyable pas en avant pour des Etats ayant fait un tel travail de rejet des souvenirs et de la mémoire des expulsions. Vaclav Havel, premier président de la République Tchèque, fit un discours qui se révéla être des excuses officielles : « Au lieu de juger légalement tous ceux qui avaient trahi leur Etat, nous les avons chassés du pays, usant ainsi d'un châtiment que notre code juridique ne connaissait pas. Ce n'était pas un châtiment, mais une vengeance ». Pour les observateurs, il s'agit de tentatives pour se rapprocher de Berlin après la chute du bloc soviétique mais pour les descendants des expulsés, c'est enfin la reconnaissance que leurs ancêtres ont pu être traités injustement. Pourtant, ces déclarations officielles ne reflètent pas la pensée de nombreux tchèques. Douglas met en avant des sondages reflétant que les tchèques n'estimaient pas devoir d'excuse aux Allemands expulsés. Ainsi le discours officiel n'est pas rejoint par une majorité du peuple.

Les pays expulseurs semblent assumer en façade leur passé mais s'activent en coulisse afin de se protéger de possibles réactions des descendants d'expulsés. Mais l'aspect juridique et la législation ne sont pas les seules traces présentes de nos jours, touchant la mémoire collective, de la migration de millions d'Allemands au XXe siècle.

Comme expliqué précédemment, concernant les allemands déplacés, des traces subsistent. Cependant, les questions juridiques semblent bien loin du commun des mortels, limitant l'interaction avec le passé et la mémoire des pays concernés et délaissant la mémoire collective. L'année 1995 fut importante dans la mesure oùelle marqua le cinquantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondialeet que cela alimenta les études sur l'Allemagne avec un intérêt justifié par la réunification des deux Allemagne. Les études de la fin des années des 1990 portaient particulièrement sur les victimes du côté allemand. Mais on a pu constater que depuis les années 2000, et plus précisément 2001, un net regain d'intérêt pour la question avec de grands documentaires sur la fuite de certains Allemands et les expulsions20(*). En effet, un intérêt important s'est développé en Allemagne pour cette question de la migration de millions d'Allemands dans un passé qui ne se situe pas encore trop loin. Daniela Heimerlest revenu sur l'audimat des documentaires et le nombre plutôt conséquent de tirages d'ouvrages portant sur ce sujet avec l'exemple du best-seller Im Krebsgang de Günter Grass paru en 2002. L'opinion allemande s'est montrée de plus en plus intéressée par cet épisode de l'histoire de son pays, comme en témoigne le sondage du Frankfurter Allgemeine Zeitung du 2 janvier 2006. Ce dernier révéla que les moins de trente ans ne connaissaient quasiment rien du sujet en question mais se sentaientnéanmoins concernés par cette partie de leur histoire.

Ce soudain intérêt, en apparence, peut s'expliquer par la présence d'un débat concernant un projet de fondation d'un « Centre contre les expulsions ». Ce projet consisterait en l'ouverture d'un lieu de documentation et de mémoire des expulsions et des expulsés à Berlin. Ainsi entre 2000 et 2005 eurent lieu des tractations et négociations concernant ce projet entre la Fédération des expulsés (Bund der Vertriebenen, BdV), l'Union chrétienne-démocrate (CDU), l'Union sociale-chrétienne (CSU) et le parti social-démocrate (SPD). Les négociations amenèrent à replacer la possibilité de l'ouverture d'un tel centre dans une perspective européenne et non plus nationale ce qui a provoqué de nombreuses réactions négatives notamment en Pologne où l'on estime qu'il s'agit du problème des Allemands.

On constate que la mémoire des expulsés est toujours au centre de débat les dépassant totalement. En effet, après la Seconde Guerre Mondiale, leur sort était décidé par les grandes puissances et 60 ans après, leur mémoire est entre les mains d'entités dépassant leurs descendants. La mémoire des expulsés est instrumentalisée dans des débats les concernant peu voire pas du tout. Les tensions germano-polonaises entourent continuellement la question de la mémoire des expulsés.

Pour le projet du Centre des expulsions, les responsables de la Fédération des expulsés désiraient garder une organisation allemande mais ces derniers étaient bien souvent des députés ayant voté contre des traités germano-polonais ou des déclarations favorables à une réconciliation. La mémoire des expulsés devient alors un autre terrain pour les affrontements entre les responsables politiques allemands et polonais. Cependant, ce n'est pas le seul débat entourant la mémoire des expulsés. Wolfgang Benz, directeur du Centre de la recherche sur l'antisémitisme, estima qu'il y avait une volonté de contrer le Monument à la mémoire des Juifs d'Europe assassinés. Ainsi on entoure de débats négatifs une démarche dont l'idée originale est tout de même de renseigner sur un événement historique majeur et de le préserver au sein de la mémoire collective.

Dans son article, Heimerl montre les enjeux suscités par l'étude de la migration des Allemands. Elle en vient à expliquer que le travail sur la mémoire doit permettre d'éclaircir certains points obscurs et de définir définitivement le statut des Allemands vis-à-vis de cette migration massive : victimes, coupables ou les deux ? Elle estime que les Allemands ont une part de responsabilité dans leur destin en revenant sur la politique d'Hitler sur laquelle nous sommes revenus brièvement durant l'introduction. Si une partie des Allemands soutenait la politique pangermaniste, une autre ne s'y opposait pas réellement. Ainsi, la volonté d'unité ethnique d'Hitler eut des conséquences directes sur les expulsions, toujours selon Heimerl, dans le fait qu'elles concernèrent d'abord les polonais ou tchèques expulsés qui récupérèrent leur place lorsque cela fut le tour des Allemands d'être expulsés. Elle ne tranche pas en définissant de statut définitif pour les Allemands mais cela bouscule encore la mémoire des expulsés. Sa pensée résume un débat concernant la supposée victimisation des Allemands expulsés. Comme expliqué précédemment, les années 2000 ont vu un regain d'intérêt des intellectuels pour cette partie de l'histoire allemande mais pour la majorité d'entre eux, les récits ou les articles visaient à mettre en avant les souffrances subies par les Allemands. Certains n'hésitaient pas à réutiliser un champ lexical embaumé d'un lourd passé avec par exemple des termes comme « crématoire ». Un processus de victimisation se mit en place et le projet de Centre contre les expulsions semble se placer dans cette lignée. Les opinions divergent donc en ce qui concerne ce projet entre ceux défendant le sort des Allemands, ceux estimant qu'ils ne sont pas les plus à plaindre et d'autres pensant que c'était presque une forme de réajustement de la justice avec les expulsions d'individus appartenant à un peuple ayant fait souffrir des millions de personnes.

Le Centre contre les expulsions est toujours à l'état de projet et entouré de débats subversifs pour la mémoire des expulsés. On conserve donc des traces mémorielles des expulsions d'Allemands au travers de débats qui nous sont contemporains mais pas forcément les plus bénéfiques pour la mémoire des expulsés.

CONCLUSION

Comment le monde a-t-il pu passer à côté d'un tel déploiement de violences, juste après avoir tant lutté contre le nazisme et son système autoritaire d'une violence inouïe ? Entre 1945 et 1947, des centaines de milliers d'expulsés ont perdu la vie. Torturés, humiliés, ces Allemands ethniques ont payé le prix cher d'une Seconde guerre mondiale qui aura vu leurs cousins germaniques devenir la bête noire du globe.

La reprise cathartique de la violence nazie à l'égard de ces peuples allemands, vivant parfois depuis plusieurs générations sur ces terres hongroises ou tchécoslovaques, pose évidemment plusieurs problèmes éthiques et moraux. Quelle notion de la justice comprendre derrière toute cette entreprise ? Alors que les Alliés se faisaient les prêcheurs de la bonne parole en 1945, ils n'ont pas eu de mal à fermer les yeux durant plusieurs mois sur ces expulsions menées en Europe de l'est et en Europe centrale. Britanniques et Américains ne semblèrent que peu troublés par la cruauté et la terreur de ces opérations.

Le journalisme anglo-russe Stefan Schimanski, grand opposant aux Allemands et à l'Allemagne durant la guerre, fut l'un des rares à s'être déplacé au printemps 1946 dans la zone britannique pour retranscrire les atrocités qui s'y déroulaient durant l'opération Swallow. « Je savais qu'aucun SS n'aurait pu faire pire », finit-il même pas dire à l'arrivée du premier train Swallow à Pöppendorf21(*). La pensée dominante négligeait les souffrances de ces Allemands, « eux qui avaient tant fait souffrir » aimait-on dire. D'ailleurs, l'argument de la collaboration avec le régime nazi ne tient pas debout. Le cas des Slovaques représente ici un contre-exemple pertinent. Le gouvernement prit part notamment à l'invasion de la Pologne et fut un état client de l'Allemagne. Pourtant, après la guerre, aucun Slovaque ne fut soumis à un traitement identique à celui que l'on infligea aux Allemands ethniques.

Il y eut donc une réappropriation des usages nazis, symbolisée par le déplacement massif d'individus par le biais de trains etde camps de concentration ou de « transition ».La sélection des individus reposait théoriquement sur l'ethnie, elle-même définie par des critères utilisés quelques mois auparavant par les nazis. Ainsi ces pays mirent au même rang de culpabilité tous les Allemands et les expulsés furent le vecteur de cette vengeance.

Parallèlement à ce désir de vengeance qui fut par la suite encadré par les Alliés, les pays expulseurs avaient également d'autres objectifs au travers des expropriations et de la redistribution des biens des Allemands expulsés. Pourtant, cette motivation économique s'avéra enrichissante sur le court terme mais avec une population remplacée seulement partiellement, cela se révéla être un échec sur le long terme. Ce constat est tout autre pour l'Allemagne qui a, plus ou moins, réussi l'intégration d'une dizaine de millions d'individus rejetés à leur arrivée par la majorité de la population qui les considérait comme responsables de leur sort, chose qu'ils avaient en commun avec les populations des pays expulseurs.

Cette partie de l'histoire européenne, occidentale (voire mondiale) ne devrait pas être oubliée. Pourtant, les nouvelles générations ignorent souvent la totalité de ces évènements passés. Cet oubli provoqué par une omertainitiée par les Alliés témoigne du malaise et de l'ambiguïté de leur comportement et notamment celui des États-Unis. Ce pays, qui a affiché une lutte contre les ennemis de la démocratie, a cautionné le procédé des expulsions et ses conséquences. C'est bel et bien là tout le paradoxe de ces deux années. Le passage d'une lutte contre la barbarie àla reprise de cette dernière.

Annexes

Différentes langues parlées en Tchécoslovaquie en 1930 - hu-lala.org

Partage de Yalta : 11 février 1945 - etaletaculture.fr

La répartition de Berlinaprès les accords de Potsdam : 2 août 1945 - countries.wikia.com

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· Autres sources

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* 1Daniel G Cohen, Naissance d'une nation : les personnes déplacées de l'après-guerre, 1945 - 1951

* 2Mario Bettati « Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) », Pouvoirs 1/2013 (n°144), p. 91-111. 

* 3IRO, Le problème des Réfugiés, Genève, 1948

* 4 R. M. Douglas, Les expulsés, Flammarion, 2012, p. 93

* 5Olga Smidova, Dans l'ombre des Sudètes, Mémoire et identité collective des Allemands tchèques, Revue d'études comparatives Est-Ouest, 2010, vol.41, N°1, pp. 141-162

* 6F. A. Voigt, « Orderly and Humane », Nineteenth Century and After, novembre 1945, p. 201.

* 7V. Mastny, The Czechsunder Nazi Rule, op. cit., p. 178

* 8Hrabèik au ministère de la Défense nationale, 21 décembre 1945, MNO 1151/951, 1945, VÚA.

* 9Rapport du docteur Busekirt, conseiller médical du détachement 508, R du gouvernement militaire, Lübeck, 9 mars 1946, FO 1052/323.

* 10R. M. Douglas, Les expulsés, p. 153

* 11R.M. Douglas, Les expulsés, p. 163.

* 12R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 314.

* 13R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 345.

* 14R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 347.

* 15R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 349.

* 16R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 357.

* 17R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 225

* 18R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 324

* 19R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 312

* 20Alice Volkwein, « Analyse du discours mémoriel allemand de la fuite et expulsion », Trajectoires [En ligne], 2 | 2008, mis en ligne le 16 décembre 2009, consulté le 20 avril 2013. URL : http://trajectoires.revues.org/215

* 21 S. Schimanski, Vain Victory, Londres, Gollancz, 1946, p. 115 ou R. M. Douglas, Les expulsés, 2012, p. 115.







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