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Usages et pratiques d'internet par les étudiants au Cameroun: quels enjeux ?


par Hermann ESSOUKAN EPEE
Université Stendhal-Grenoble 3 - Master 2 2014
  

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Section 3 : Stratégies estudiantines dans les différents usages d'Internet

3-1. L'accès à Internet :

Les étudiants au Cameroun vont généralement dans des cybercafés, où ils doivent acheter des heures de connexion pour avoir accès à Internet. Les prix s'appliquent par endroit, mais communément il est question de près d'un euro pour deux heures et près de deux euros pour cinq heures.

En plus des cybercafés, d'autres étudiants accèdent par défaut à Internet à travers leurs téléphones mobiles et leurs tablettes numériques grâce aux services proposés par les opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun. Les plus nantis s'offrent des clés Internet pour pouvoir se connecter à un ordinateur soit au domicile, soit à l'école ou dans tout autre lieu.

3-2. L'appropriation du Net : du bricolage au détournement :

Pour s'adapter, bricoler et s'approprier Internet, les étudiants au Cameroun organisent leur temps autours des choix spécifiques, et des besoins immédiats avant d'aller sur le Net. Etant donné que les heures de connexion sont payantes et hors de leur portée, les étudiants réservent de l'argent en fonction de ce qu'ils iront faire dans cet espace virtuel.

Généralement, pour des raisons financières ils ouvrent plusieurs comptes clients dans différents cybercafés pour bénéficiers des offres, et cela en fonction des actions à mener sur la Toile. De nombreux cybercafés pour attirer et fidéliser la clientèle, proposent des ouvertures de compte avec pour bonus, dix heures de connexion à raison de près de deux euros ; une offre alléchante qui permet d'obtenir le double des heures de connexion au même prix avec pour inconvénient l'ouverture du compte client dans ce cybercafé.

C'est ainsi que nombre d'étudiants déploient des ruses pour bénéficier des offres et services proposés. Pour des actions jugées moins capitales à l'instar du divertissement, ou aller sur Facebook pour aimer et commenter les publications, ils vont dans des cybercafés moins coûteux avec un faible débit de connexion à Internet. Pour des tâches urgentes comme envoyer un courriel, postuler en ligne pour un emploi, faire de la recherche pour un travail académique ou échanger avec une personne proche vivant hors du pays sur Skype, Viber (...), ils vont dans des cybercafés plus coûteux avec un débit de connexion moins faible.

D'autres stratégies sont également mises sur pied : ainsi, aller régulièrement sur Internet durant un temps très réduit pour consulter uniquement ses mails et les notifications. A travers les formes de braconnage, un ticket acheté par un étudiant pour se connecter à Internet est le plus souvent utilisé plusieurs fois jusqu'à épuisement des heures de connexion, ce même ticket peut également être donné à une autre personne (ami, camarade, proche...). Une stratégie qui permet d'économiser de l'argent, les heures de connexion et « être à la page » avec le reste du monde.

De plus, par solidarité les étudiants ayant des forfaits Internet depuis leurs téléphones mobiles et des clés Internet commercialisés par les opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun149(*), et font souvent bénéficier leur entourage en partageant la connexion avec des camarades de classe, les membres du même groupe de travail voire les amis proches. Des actions qui permettent de renforcer les liens entre amis, camarades et voisins même si ces liens sont bâtis sur des intérêts. A partir de ces forfaits Internet depuis leurs téléphones mobiles ou des clés Internet, ils peuvent se connecter dans d'autres espaces publics et privés que les cybercafés.

Cela étant, l'usage et l'appropriation d'Internet chez les étudiants au Cameroun laissent affleurer de nombreuses pratiques sociales et culturelles. Autrefois, l'élément qui permettait généralement de garder et d'entretenir les relations à distance entre les jeunes au Cameroun était le numéro de téléphone. De nos jours par effet de mode et avec la gente féminine, il est question de Whatsapp, Viber, Skype, Instagram, Facebook, et Messenger pour ne citer que ceux-là. Des applications, logiciels, médias et réseaux sociaux de satisfaction ont poussé cette dernière à se doter, de préférence aux ordinateurs prisés par le sexe masculin, de téléphones portables et de tablettes de dernière génération pour mieux apprécier la convergence numérique et mener des pratiques hybrides.

C'est ainsi que certaines pratiques d'Internet ont évolué. Désormais la recherche de l'âme-soeur sur Internet par certaines étudiantes qui continue d'être d'actualité, ne se fait plus uniquement dans les cybercafés comme l'affirmait Baba Wame dans sa thèse de doctorat150(*) ou seulement par le l'intermédiaire d'un ordinateur. Les dispositifs numériques info-communicationnels tels que les téléphones portables évolués et les tablettes numériques permettent dorénavant à certaines étudiantes à la recherche de l'âme-soeur, de traverser les barrières spatio-temporelles et psychologiques. Car, loin d'aller dans les cybercafés et box pour mener des actions taboues et séductrices, avec la crainte d'être vues et entendues par d'autres internautes partageant la même sphère, elles peuvent faire à partir d'un téléphone portable ou d'une tablette numérique ce qu'elles veulent, où elles veulent en toute intimité.

De nombreux étudiants au Cameroun font également de la recherche informationnelle sur Internet pour des raisons d'immigration, dans l'intérêt de trouver une école plus moderne, afin de bénéficier d'une formation meilleure ou de trouver du travail au-delà des frontières. Si le nomadisme par la mer/océan et par la terre/route s'avère périlleux, le comble ce sont les loteries américaines et canadiennes qui suscitent de nombreuses participations des étudiants(es) au Cameroun, nourris par l'espoir d'obtenir une green card (carte verte) pour les Etats-Unis ou une carte de résident permanent pour le Canada, afin de voyager légalement, se faire une nouvelle vie et de nouveaux projets.

En sus, chez la gente masculine une pratique gagne du terrain dans les usages du Net : se servir d'Internet pour faire des sondages, des pronostics et des cotages des matchs destinés aux paris sur le football communément appelés « parifoot » ; une activité célèbre au Cameroun, qui encourage les jeunes à s'adonner aux jeux de hasard et à penser leur avenir en terme de gains. Pour autant, le chômage et le sous-emploi ont crée du désespoir chez les jeunes moins patients et moins entreprenants, qui préfèrent miser leurs subsides au point de se priver dans l'espoir de gagner gros, remporter « la cagnotte » ou le « jackpot ». Un gain incertain qui permettra non seulement d'obtenir un retour sur investissement mais aussi de tirer quelques bénéfices. C'est ainsi qu'Internet est devenu un partenaire qui leurs permet de faire, par le biais d'un ordinateur des sondages, des pronostics en comparant les matchs précédents afin de choisir les équipes « dites favorites » et de miser en toute espérance.

* 149 Le Cameroun compte actuellement cinq (5) opérateurs de téléphonie mobile dont : Camtel, Orange Cameroun, MTN Cameroon, NEXTELL Cameroon.

* 150 Wame Baba ; Internet au Cameroun : les usages et les usagers. Essai sur l'adoption des technologies de l'information et de la communication dans un pays en voie de développement, Thèse de Doctorat, Université de Paris II (Panthéon- Assas), 2005

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