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La planche et la pellicule les surf movies comme construction de la communauté des surfeurs. euses, entre réalisme, idéalisation et stéréotypisation.


par Tony Goupil
Université Jean Monnet - St Etienne - Master 2 études culturelles 2021
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERISITÉ JEAN MONNET

SAINT-ÉTIENNE

La planche et la pellicule
La peinture filmique comme construction de la communauté
des surfeurs. euses, entre réalisme, idéalisation et
stéréotypisation.

MÉMOIRE DE MASTER DE LETTRES MODERNES
Option « Lettres et études culturelles »

Présenté par Tony GOUPIL

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Sous la direction de M. Yves CLAVARON

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Remerciements

Je tiens à remercier Monsieur Clavaron, pour avoir accepté de diriger mes recherches, de
m'avoir prodigués de bons et utiles conseils à la fois pour le présent mémoire et pour
l'ensemble des cours de ce master 2. Je le remercie également d'avoir su faire preuve de
réactivité et de patience malgré mon manque d'organisation et mes retards éventuels.

Je remercie ma cousine, Eloïse, médiathécaire, qui m'a fournit quelques indictions
bibliographiques, sources et articles pour nourrir mon mémoire et ma réflexion sur le lien
entre le surf et les études culturelles.

Illustration 1: Boutique de surf de Savines-le-Lac. Le surf shop : un incontournable des Surf movies.

Enfin je remercie mes amis et mes collègues qui m'ont accompagné et soutenus dans mes
doutes et m'ont communiqué des titres de films, auxquels je n'aurais pas nécessairement
penser pour agrémenter la présente étude.

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Introduction

Les Surf movies ou films de surf offrent un répertoire précieux dans la représentation de la communauté des surfeurs à la fois comme contre-culture et subculture. Le surf movies (ou Surf film) est un genre cinématographique né aux États-Unis. Les surf movies (qu'il s'agisse de teen movies, de films d'action, d'aventure, d'horreur, de comédies romantiques) tendent à nous présenter les surfeurs comme une communauté ayant ses propres codes, ses propres règles. John Engle dans son ouvrage critique Surfing the movies, reconnaît que les surf movies sont un des éléments fondamentaux de l'élaboration de la sous-culture (subculture) des surfeurs :

Alongside a few notions of history, a tangy vocabulary, a certain attitude and style, a small specialist press, and the occasional song, film has played a central role in the emerging surfing subculture.1

La sous-culture des surfeurs, au regard des études culturelle, a beaucoup été étudiée au travers de la sociologie, de l'histoire du sport, de l'histoire en général, ou de l'ethnologie mais elle a peu été étudié par le biais des surf movies. Par ailleurs les ouvrages critiques sur les surf movies abordent bien souvent ce genre de film que d'un point de vue historique. Les autres ouvrages sur les films de surf sont davantage des ouvrages de type encyclopédique, répertoriant les films de surf par ordre alphabétique, par année ou par thématique. L'objet de ce mémoire est donc, de façon modeste, de tenter de pallier ce manque et d'aborder la question de la subculture des surfeurs au travers des surf movies.

Bien que les surfeurs soient présentés dans la plupart des surf movies comme des personnages cherchant à ne pas se conformer aux codes de la société, il n'en demeure pas moins qu'ils se font très souvent rattraper par la réalité (besoin de trouver un emploi, une stabilité de vie...), les

1 John Engle, Surfing in the Movies: A Critical History, 2015, Jefferson, McFarland Publishers, p. 1.

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problématiques sociétales (racisme, ségrégation, discrimination), ou encore les décisions politiques (entrée en guerre...). Les surfs movies permettent de mettre en lumière les paradoxes inhérents à la communauté de surfeurs. En effet s'ils se revendiquent d'être des "outsiders", en marge du monde, dans le microcosme que représente la plage, ils sont néanmoins sujets et acteurs des mêmes "maux" sociétaux que le reste de la société civile, en faisant preuve de masochisme, sexisme, racisme, homophobies...

Il ne faut pas oublier la dimension esthétique du surf et des vagues incitant les réalisateurs à faire des plans séquence de plusieurs secondes, voire minutes sur les surfeurs en pleine pratique dont raffolent les spectateurs. C'est pourquoi dans beaucoup de films de surf, sur le plateau de tournage, les vrais acteurs côtoyaient des surfeurs professionnels qui réalisaient les scènes de glisse pour eux (Darrick Doerner a par exemple doublé les scènes de surf de Patrick Swayze dans Point Break). Parfois même c'est un surfeur professionnel qui incarne l'un des personnages du film (exemple de Laird Hamilton campant le rôle du protagoniste principal du film North Shore). Cela contribue également à rendre ce genre à part, dans ses méthodes de filmages, car les plans longs sur des scènes de surf permettent de montrer, que les surfeurs, outre la recherche de performance, sont dans une véritable quête du dépassement de soi, de l'expérience sensorielle ultime (d'attraper LA vague), et de la recherche de la beauté (beauté dans la pratique mais aussi dans la recherche des plus beaux spots de surf).

Les questions du genre, de l'orientation sexuelle, du nomadisme, du Surf Way of Life, du Surf Lifestyle, seront entre autres certains des aspects qui seront traités dans ce mémoire de recherche.

Brève introduction du genre des Surf movies

Les Surf movies tiennent leur origine des Beach movies ou films à succès ayant pour thème central la plage mais utilisant l'imagerie du surf pour promouvoir le tourisme de plage et les loisirs sportifs littoraux. Hollywood commença à s'intéresser au surf avec la production du film Gidget, le plus emblématique des Beach movies qui initia à partir des années 60 la mode

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et la gloire des Beach movies. Gidget reste aujourd'hui encore la référence et le plus connu de ce type de film. Dans le surf movie intitulé Ride réalisé par Helen Hunt en 2014 racontant comment une mère s'essaye au surf pour se rapprocher de son fils, on peut voir dans la dernière scène la mère réussissant à prendre sa première vague seule devant son fils. Ce dernier propose alors à sa mère, en guise de reconnaissance et d'approbation de porter sa planche tout en la gratifiant d'un « You got it Gidget » [Traduction : tu as réussi Gidget]. Cela montre bien la fortune de ce film dans l'esprit des réalisateurs contemporains.

L'EOL (Encyclopedia Of Surfing) dans son entrée « Technicolor Surf Boom », constate quant à elle, d'une part que les beach movies sont nés dans un contexte d'explosion commerciale des objets et équipements de surf et d'autre part que les beach movies sont devenus, à partir de Gidget, un phénomène culturel d'ampleur, destinés prioritairement à un public adolescent consumériste :

Surfing had generated a lot of momentum by 1959--new boards, wetsuits, competition, surfer-produced films; a magazine on the way--and the sport was at a tipping point. Then the movie version of Gidget was released in April of that year and pushed it over the top. A nine-year surf explosion followed. Wave-riding itself became more popular, yes. But the boom was mostly a cultural phenomenon, one that spread to the near and far reaches of teenage consumerism.2

De nombreux Beach movies vont être tournés dans les années 60 (plus d'une vingtaine entre 1960 et 1967). Dans ces films à petits budgets faisant l'apologie des fêtes de plage, très souvent le surf y est présenté comme une activité de loisir libertaire. Ride the wild surf, réalisé en 1964 et étudié dans notre présent corpus est à la fois un beach movie et un surf movie. Il a été salué non pas pour son scénario ou son intrigue mais par ses très belles séquences filmées de surf comme le rappelle Thomas Lisanti :

Ride the wild surf stands head and shoulders above all the sixties beach party movies [...] It makes an honorable effort to portray surfers and the sport of surfing sincerely and to showcase the big waves of the North Shore of Hawaii [...] The movie is a smorgasboard of

2 « Technicolor Surf Boom », in Encyclopedia of Surfing, https://eos.surf/history/section/a-technicolor-surf-boom/ [dernière consultation le 16/08/2021]

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flesh as the boys are all tanned and muscled and the girls are curvaceous and bikini-clad [...] Ride the Wild surf really excels showing what it takes to be a top-notch surfer and to challenge the big waves of Hawaii [...] Is is by far the most exciting and best surfing sequences in any Hollywood surf movie of the sixties3

Hollywood s'est détourné des films de surf dans les années 70 avec l'exception notable de Big Wedneday (1978). Bien qu'il bénéficie d'un beau budget de production, il fut boudé par la critique, le jugeant mélodramatique et embarrassant. Il trouva cependant une seconde notoriété et réévalué lors de sa sortie en vidéo en faisant aujourd'hui l'un des films phares des surf movies.

Si les surf movies ont fait leur début dans l'histoire du cinéma de façon timide en étant des films peu diffusés et peu populaires, ils ont finit par une entrée plus abrupte dans le cinéma grand public avec notamment des productions à plus gros budget. Les Surf movies représente en définitive un genre relativement conséquent puisqu'environ 250 surf movies ont été répertoriés entre 1953 et 1990. Cependant la majeure partie de ces films ont disparu et ne se trouvent plus en format vidéo.Comme le précise Matt Warshaw dans la notice « Hollywood and surfing » de son The Encyclopedia of Surfing, les surf movies sont des films relativement confidentiels qui sont la plupart du temps connus d'un public déjà initié au surf et qui par ailleurs ont disparu pour la plupart ou sont difficiles d'accès pour le visionnage :

Surf movies are generally defined as niche films made for surfers . About three-quarters of the titles under the Surf movie category, and roughly one third of the video titles, are no longer available in any forms. 4

Les surf movies se distinguent en trois genres. Nous avons tout d'abord les surf movies de fictionsqui se focalisent sur la réalité du surf mais par un biais romancé. Nous avons ensuite les surf movies documentaires qui peuvent être de nature biographique (racontant les exploits de tel ou tel surfeur professionnel) ou bien géographiques (la pratique du surf dans telle ou telle région du monde) ou sociologiques (la pratique du surf chez les

3 Thomas Lisanti, Hollywood Surf and Beach Movies: The First Wave, 1959-1969, 2015, Jefferson, MacFarland and Company Publishers, pp. 139-140.

4 Matt Warshaw, The Encyclopedia of Surfing, 2005, First Harvest Edition, page 271.

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adolescents par exemple). Pour ce qui est du surf movie documentaire, les origines de ce sous-genre ont été initiés par Bud Browne, surfeur et réalisateur pionnier des documentaires sur la « ride community » notamment avec Hawaiian surfing movie en 1953, Concernant les surf movies de fiction, Matt Warshaw montre qu'ils tendent de montrer qu'un aspect du surf. . En effet il regrette que les États-Unis aient produit peu de surf movies calmes et contemplatifs et davantage de surf movies montrant la compétition, la rivalité et l'énergie sportive

Hollywood had occasionally shown surfing to be meditative and calming but far more often the sport is presented only in terms of thrills, challenge and conflict, and almost never is it viewed as simply integrated into a person's life. 5

Présentation du corpus filmique

Le corpus présentement étudié aura pour noyau dur principalement des films réalisés et produits aux États-Unis car il s'agit du lieu de la naissance du genre des Surf movies. Cependant certains films australiens ou asiatiques n'ont pas été écartés, d'une part car l'Australie est un haut lieu de la communauté surf et d'autre part car les films asiatiques ont tendance a montrer des aspects du surf souvent délaissés par le cinéma américain. Des films d'autres nationalités sont également présents dans le corpus car ils témoignaient d'aspects pertinents dans le cadre des études culturelles. Il a volontairement été fait le choix de ne composer ce corpus que de films de fiction, ou bien de biopics romancés (Solo, Chasing Mavericks) car bien que les Surf movies documentaires comportent de nombreux aspects très intéressants au regard de la constitution de la subculture des surfeurs, ce sous-genre représente la quantité la plus importante des Surf movies. Il fallait donc restreindre nous restreindre à l'étude exclusive des Surf movies fictionnels afin d'entrer dans le cadre du mémoire de recherche. L'étude des Surf movies documentaires aurait représenté trop de matière à traiter. La fourchette chronologique des Surf movies étudiés va des années 1960

5 Matt Warshaw, Ibid.

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aux année 2010 (plus précisément de 1964 à 2019). Le choix de cette fourchette se justifie car les années 60 représentent la naissance de ce genre cinématographique tandis que les films les plus récents abordent davantage les questions de professionnalisation et de commercialisation du surf. Le choix des Surf movies fictionnels réalisé n'est bien entendu pas exhaustif. Il en existe d'autres qui ne sont pas abordés ici. L'idée étant de faire une sélection d'un échantillon représentatif et varié de Surf movies de différents genres car chacun apporte son angle de réflexion et de représentation (parfois clichéique) de la communauté des surfeurs. Ainsi nous avons choisi ici à la fois des Beach Surfmovies (Ride the Wild Surf), des Teen movies (Puberty Blues, Surf Academy...), des « Coming of Age » Surf movies (Big Wednesday, Local Boys,...), des Surf movies d'action (Point Break), d'horreur (Instinct de survie), des Feel good movie (Shelter), des comédies romantiques (Blue Crush), des mangas (Ride your Wave). Enfin il faudra différencier dans ce corpus, les films où le surf représente l'objet central de l'intrigue, autour duquel l'existence des personnages et leurs désirs gravitent, ou bien les films où le surf est un faire-valoir, un motif "prétexte", afin de parler d'autres sujets, comme le handicap (A scene at the Sea), le passage à l'âge adulte (Puberty Blues) par exemple.

Liste du corpus :

Ride the wild surf (1964) de Don Taylor Big Wednesday (1978) de John Milius California Dreaming (1979) de John D. Hancock Puberty blues (1981) de Bruce Beresford Surf II (1984) de Randall M. Badat Surf Nazis must die (1987) de Peter George North shore (1987) de William Phelps

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A scene at the sea (1991) de Takeshi Kitano

Point Break (1991) de Kathryn Bigelow

Blue juice (1995) de Carl Prechezer

Ocean Tribe (1997) de Will Geiger

Blackrock (1997) de Steve Vidler

In God's Hands (1998) de Zalman King

The Prince and The Surfer (1999) de Gregory Gieras, et Arye Gross

Blood Surf (2000) de James Hickox

Rip Girls (2000) de Joyce Chopra

Blue crush (2002) de John Stockwell

Local boys (2002) de Ron Moler

Surf academy (2006) de Joel Silverman

Shelter (2007) de Jonah Markowitz

Surfer, dude (2008) de S. R. Bindler

Les dieux de la vague (2008) de Dan Castle

Cutback (2010) de Johnny Remmo et Lance Bachelder

Chasing Mavericks (2012) de Curtis Hanson et Michael Apted

Surf party (2013) de Sam Pillsbury

Drift (2013) de Morgan O' Neill

Ride (2015) de Helen Hunt

Instinct de survie (2016) de Jaume Collet-Serra

Solo (2018) de Hugo Stuven

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Ride your wave (2019) de Masaaki Yuasa

I) Le surfeur : un personnage stéréotypé et ambivalent

Bien souvent dans l'inconscient collectif et dans l'imaginaire populaire, le surfeur est associé à deux représentations. La première est l'image du surfeur jeune, aux cheveux blonds et longs, aux corps d'athlète imberbe, et qui bien souvent, en marge de la société, partage son temps entre surf, fêtes sur la plage et consommation de drogues. Cette image est particulièrement prégnante chez les adolescents. Elle a été véhiculée et renforcée par l'industrie cinématographique américaine : on se souvient notamment du film de 1982 Fast Times at Ridgemont High (Ça chauffe au lycée Ridgemont pour le titre français) réalisé par Amy Heckerling où l'acteur Sean Penn incarne Jeff Spiccoli, un lycéen surfeur aux cheveux blonds, au débit de parole lent mêlé d'une diction peu articulée et fumant des joints avec ses amis dans un van. Jeff Spiccoli, ne se souciant pas d'être à l'heure en cours ne semble vouloir vivre que d'amour et de vagues. Lorsque l'un de ses camarades de collège lui demande pourquoi il ne cherche pas un petit job, il lui répond simplement : « All I need are some tasty waves, a cool buzz, and I'm fine ». [Traduction : Tout ce dont j'ai besoin c'est de bonnes vagues, un bon joint, et tout va bien]. Cette phrase résume à elle seule toute une vision stéréotypée des jeunes surfeurs qui va être reprises dans d'autres Surf movies postérieurs.

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Illustration 2: Jeff Spiccoli

La deuxième image d'Épinal du surfeur, véhiculée à partir de la professionnalisation du surf à partir des années 1970 est celle du surfeur professionnel drapé de sa combinaison sponsorisée, qui voyage à travers le monde pour enchaîner les compétitions.

Nous allons donc voir dans la présente partie de ce mémoire, les différents aspects de ces représentations du surfeur.

A) Un personnage essentialisé 1/ La jeunesse et le jeunisme

Nous venons de le voir, le surfeur est souvent perçu comme étant jeune et marginal. Cette image est parfois revendiquée par les surfeurs en quête de différenciation, et parfois ils en sont les premières victimes lorsque ces stéréotypes sont véhiculés par autrui. Point Break, film à très grand succès commercial racontant l'infiltration en est un bon exemple. L'acteur Keanu Reeves y incarne Johnny Utah un jeune policier devant se faire passer pour un surfeur afin d'infiltrer un groupe de surfeur soupçonné de cambriolages en série. Johnny ne manque pas de témoigner à son collègue sa vision stéréotypée sur cette communauté et propose même un mode d'enquête léger voire fantasque : « On a inventé ça [surf] pour les petits minets qui ne se rasent pas encore. Et si je me baladais avec ma planche sous le bras, avec l'air défoncé et je leur pose des questions ». Johnny au fur et à mesure de son

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infiltration va se rendre compte que certains de ces préjugés ont un fond de vérité (consommation de drogue) tandis que d'autres ne le sont pas (les surfeurs ne sont donc pas tous des personnages légers).

Certains films de surf véhiculent l'idée qu'à partir d'un certain âge, il n'est plus raisonnable de surfer. En somme que le surf est réservé aux adolescents et aux jeunes adultes. Il ne s'agirait donc que d'une passade concernant la pratique loisir et d'une activité temporaire pour la pratique professionnelle. Solo, biopic espagnol réalisé en 2018 par Hugo Stuven raconte, de manière plus ou moins romancée selon les scènes, l'histoire vraie d'Álvaro Vizcaíno, surfeur espagnol de 38 ans qui a vécu 48 heure de calvaire après avoir glissé d'une falaise en allant surfer6. Au début du film, lors d'une fête sur la plage, Álvaro discute avec l'un de ses meilleurs amis surfeurs, Nelo, plus âgé que lui et qui lui fait part de sa volonté de raccrocher : « Je me fais vieux, c'est bientôt fini pour moi tout ça, profites-en encore pendant que tu peux ». Nelo poursuit en énonçant le motif de sa décision. Il a rencontré une canadienne du nom de Denise et va devenir père. Il y a donc cette idée, que le film ne fait que reprendre, que le surf est lié à l'insouciance de la jeunesse, et qu'il est incompatible avec la prise de responsabilité qu'implique un âge trop avancé et notamment la paternité.

Cependant la « dichotomie » qui peut exister entre surfeurs jeunes et surfeurs vieux n'est pas toujours aussi marquée que l'on veut bien le penser. Les surfeurs plus expérimentés apparaissent souvent comme des tuteurs, des mentors, des guides pour les surfeurs plus jeunes, comme nous le verront plus tard. Le personnage de Boone Daniels, détective et surfeur, dans le polar surfique, L'Heure des Gentlemen, lutte contre ce clivage :

L'Heure des gentlemen est une vieille institution de surf. Deuxième session de la journée, elle succède immédiatement à la Patrouille de l'Aube, quand les jeunes excités de la première séance de l'aurore regagnent leur job, abandonnant la plage aux veteranos, tous messieurs

6 « Surf - solo : l'histoire d'un surfeur espagnol et de ses 48 heures d'agonie », https://www.surf-report.com/videos/surf/alvaro-vizcaino-solo-fuerteventura-accident-713185741.html [dernière consultation le 04/08/2021]

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plus âgés, retraités, médecins, avocats et autres heureux entrepreneurs dont le 9h-17h est déjà dans le rétroviseur. Bon les jeunots peuvent sans doute participer à l'Heure des gentlemen, mais ils ont tout intérêt à en connaître et observer les règles tacites : 1 - Ne jamais prendre la vague d'un ancien. 2 - Ne jamais frimer en exigeant de son jeune corps des prouesses dont seraient incapables les anciens. 3 - Ne jamais donner son opinion sur quoique ce soit. 4 - Ne jamais au grand jamais dire : « Celle-là vous me l'avez déjà racontée ». Parce que les messieurs de l'Heure de gentlemen aiment bien causer. Bon sang, la plupart du temps, ils n'entrent même pas dans l'eau et se contentent de rester planter là avec leurs planches de bois classiques pour se raconter des histoires ! Partager les souvenirs de vagues du passé, de vagues qui, avec le temps, deviennent de plusen plus grosses, massives, mauvaises, chouettes et longues. Ce n'est que que trop naturel, il fallait s'y attendre et Boone même lorsqu'il n'était encore qu'un gremmie effronté s'était rendu compte qu'en s'incrustant dans les parages et en fermant son stupide clapet, on pouvait beaucoup apprendre de ces types et réellement découvrir des pépites dans toute cette bouse. Tout ce qu'on croit voir pour la première fois, ces messieurs en ont déjà été témoins. Il reste encore, parmi les participants de l'Heure des gentlemen, quelques uns des anciens qui ont inventé le sport, peuvent vous parler de vagues qui n'avaient jamais été chevauchées avant eux, et vous transmettre, par procuration, un ultime chatoiement de l'Âge d'or.7

En somme Don Winslow fait une distinction entre le gremmie, à savoir le jeune surfeur expérimenté et le vieux surfeur quasiment hippie, de la première génération, qui a connu le surf avant que les fédérations n'existent. Bref ces surfeurs hippies qui ont connu le golden age du surf où le surf était vécu comme une philosophie et un art de vivre et non pas comme une compétition comme les jeunes surfeurs peuvent le voir. Il oppose les surfeurs cool aux surfeurs baba cool en précisant qu'ils peuvent toutefois se nourrir les uns les autres.

2/ La mode vestimentaire

Le surfeur est souvent perçu, en plus d'être jeune et d'avoir un corps bronzé et de passer le plus clair de son temps torse nu ou bien vêtu d'une chemise hawaïenne. Le film américain Surfer, Dude, réalisé en 2008 par S. R. Bindler est à ce titre saisissant. En effet le personnage principal du film, Steve Addington (incarné par Matthew McConaughey), un surfeur forcé contre gré de participer à une émission de télé-réalité sur le surf, est torse

nu dans toutes les scènes du films. Il n'en ai pas une où il ne porte ne
serait ce qu'une chemise. Cela fait écho au film Fast Times at Ridgemont High où Brad, doit jongler entre sa dernière année au lycée et un petit job

7 Don Winslow, L'Heure des gentlemen, éditions du masque, 2012, pp. 17-18.

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de serveur dans un dinner, doit demander à Jeff Spiccoli et ses amis de mettre une chemise à l'intérieur du restaurant : « Come on Spiccoli, just put the shirt back on » [Allez Spiccoli remet ta chemise]tout en lui montrant l'avertissement sur la vitrine de l'établissement qui indique tel un motto « No Shirt, no Shoes, no Dice » (illustration 3).

Illustration 3 : Ça chauffe au lycée Ridgemont

Le film Ride (Le Grand saut pour le titre français) réalisé en 2014

véhicule l'un de ces clichés. Dans ce film, Helen Hunt incarne Jackie Durning, éditrice new-yorkaise et mère d'Angelo, un adolescent qui

s'essaye à l'écriture d'un roman tout en surfant. Alors qu'il s'apprête à
aller en Californie rendre visite à son père, sa mère se rend compte qu'il n'a qu'un sac à dos. « Où est ta valise ? C'est tout ce que tu prends ? Y a t-il autre chose que des shorts là-dedans ? Des pantalons ? Parce qu'on porte des pantalons quand on est pas ... Et des chaussures de marche tu en as ? Qu'est ce que je raconte personne ne marche en Californie... ». Jackie, ici, bien qu'elle soit une femme d'affaires intelligente, fait des raccourcis

sarcastiques qui ne sont pas au niveau de ses capacités de
raisonnements. Elle fait donc trois postulats dans ses propos ironiques. Le premier est que tout californien, le deuxième que les surfeurs ne portent pas de pantalon et le troisième est que les surfeurs californiens ne portent

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pas de chaussures de marche puisqu'ils sont tous sur une planche. Ces propos réducteurs montrent donc à quel point la mère d'Angelo réprouve le mode de vie des surfeurs d'une part, et la passion de son fils de faire du surf pendant son temps libre d'autre part. Par ailleurs elle ne prononce même pas le nom de surfeur, elle préfère laisser sa phrase en suspens. Le fait de ne pas nommer les choses concrètement est visiblement un signe de dédain.

La mère d'Angelo est donc le seul personnage dans tout le film qui concentre en elle et dans ses propos tous les stéréotypes sur les surfeurs. Elle ne peut s'empêcher également de déclarer que les surfeurs manquent d'intelligence et d'éducation. En effet lorsque son chauffeur particulier lui transporte sa planche jusqu'à la plage et lui suggère de prendre un instructeur, sa réponse est tranchante et incisive: « Je n'ai pas besoin qu'un adolescent illettré m'apprenne comment m'allonger sur une planche et ramer en me servant de mes bras. Je vis dans la ville la plus éprouvante du pays, ce ne sont pas les vaguelettes de Santa Monica qui vont me faire peur ».

3/ Le surfeur cool et fun

Le jeune surfeur apparaît dans la majorité des Surf movies comme étant celui qui incarne le mieux la Cool Attitude. En cela la planche du surfeur devient l'emblème de cet esprit cool. Cela est très bien expliqué par les chercheurs Sylvain Lefebvre et Romain Roult :

Les labels fun, cool, hip, slick et de nombreux autres de même acabit sont généralement associés à toute une symbolique et à une mythologie entourant l'objet culte qu'est devenue la planche de surf [...] La planche comme objet cool permet ainsi de rejoindre des clientèles plus jeunes, branchées et vient surtout se rallier au style de vie véhiculé par la culture surf.8

Si le côté cool se manifestent par les surfeurs eux-même au travers de leurs attitudes (manière de parler, de s'habiller, d'occuper leur temps libre, d'adopter souvent chaque chose sans gravité), il se manifeste également au

8 Lefebvre, Sylvain et Romain Roult. « Les nouveaux territoires du surf dans la ville. » Téoros, volume 28, numéro 2, 2009, pp. 55-62.

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travers des yeux de leurs admirateurs. En somme un surfeur doué est quasi automatiquement dans les yeux de celui ou celle qui le regarde un surfeur cool. La toute première scène du film américain Local Boys nous montre le jeune Skeet, alors âgé de 11 ans et rêvant de pratiquer le surf, en train de regarder un surfeur faire des prouesses. Il n'hésite pas à exprimer tout haut son enthousiasme au moyens d'interjections, expressions et adjectifs mélioratifs : « Cool ! Look at that bottom turn ! Whoa, check him out ! That surfer there, he's pretty awesome. Man that's sick ». En réaction contraire, le frère de Skeet et ses amis, eux-aussi surfeurs et témoins de la scène représentent des personnages anti-cool car ils critiquent le surfeur par simple jalousie, prétextant qu'il ne réussit ses rides que grâce à son bon équipement : « His board's big enough. Yeah it's the length of his board that's doing all the ripping. The poor uncoordinated bastard is just along for the ride ».

L'aspect et le comportement « cool » des surfeurs est particulièrement développé dans les teen movies. Dans Surf School (2006) est développé l'idée que le surf permet d'accéder à la popularité. Être surfeur permet de traîner au lycée avec les gens dits « populaires ». Le personnage principal de ce film, Jordan, quitte la Côte Est pour déménager à Laguna Beach en Californie. Alors qu'il était populaire dans son ancien lycée, il se retrouve en position d'« outcast » dans le microcosme californien car il ne sait pas surfer. Il entre donc en concurrence, avec ses nouveaux amis, avec la bande de surfeur locale menée par Tyler. Il se décide donc à apprendre à surfer et tente une compétition de surf avec ses amis pour détrôner Tyler et ses acolytes. Malgré sa défaite lors de la première épreuve de la compétition, la petite amie de Tyler, parce qu'il a tout de même essayé, vient à le draguer. Alors qu'il était invisible à ses yeux, elle le trouve désormais cool parce qu'il est monté sur une planche de surf : « Tu as fait tes preuves. Tu n'a pas gagné mais tu es toujours là. Tu sais quand on repartira tu pourras venir avec nous. Tu vois on ne savait pas que tu étais cool ». Lors de la deuxième épreuve de la compétition, c'est Larry, un des amis de Jordan qui

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se retrouve en compétition contre Tyler. Il tente alors, avec succès, une intimidation psychologique, en notamment dévalorisant son côté cool : « Sous tes apparences de surfeur très cool, tu connais la triste vérité sur toi-même. Tu ne peux pas rivaliser avec moi sur terre comme sur l'eau ».

Dans Surf II, c'est le personnage du jeune scientifique Menlo qui est perçu comme le ringard de la ville par la communauté des surfeurs de son âge. Il est à ce point malmené qu'il finira par développer un comportement anti-surfeur tout en déclarant que son rêve d'enfant était d'être à la fois surfeur et cool : « I use to be one like the other kids, I wanted to be a surfer, I wanted to be hip and gnarly ». Pour Menlo être surfeur et être cool vont de pair, il utilise d'ailleurs pour décrire le comportement décontracté et détaché des surfeurs, le terme très spécifique de « gnarly » qui désigne une personne, une chose ou une situation à la fois cool et excitant. Le personnage perçu comme ringard est aussi développé dans le film California Dreaming au travers du personnage principal de T. T. jeune trompettiste qui découvre la Californie le temps des vacances. Il finit rapidement par tomber amoureux de la jeune Corkie, qui le dénigre à la fois par son attitude, sa coupe de cheveux, ses vêtements, ses passions. Lorsque T.T. finira par prendre davantage d'assurance au fur et à mesure du film il finira par témoigner à Corkie de sa superficialité, en ce qu'elle aime seulement un type particulier de garçon, le type californien cool qu'il n'est pas : « Listen, you've been putting me down every since the day I got here. Maybe I am not the cool, beaching kind of California guy you like but it doesn't mean we couldn't be friends ». [Écoute, tu me rabaisses depuis le jour où je suis arrivé. Peut-être que je ne suis pas le genre de type californien cool que tu aimes, mais ça ne veut pas dire que nous ne pouvons pas être amis]. En somme les non-surfeurs projettent bien souvent des idées préconçues bien précises sur ce qui définit le comportement cool ou le mode de vie cool d'un surfeur. Pour Hinageshi, dans le film Ride your wave, il s'agit d'avoir une voiture transportant des planches de surf. En effet alors qu'il est sur le parking avec Hinako pour s'essayer à sa première leçon

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de surf avec la jeune femme, il lui déclare : « I kind of wanted to try acting cool unloading a board off my car » [j'avais en quelque sorte envie de paraître cool en déchargeant une planche de surf du toit de ma voiture].

Mais le surfeur qui est « cool » est finalement pris dans une sorte d'asservissement. En effet il doit tenir son rang de personne cool à la fois pour lui-même (se prouver qu'il est toujours cool et qu'il ne vieillit pas) en adoptant des postures qui peuvent être parfois prises pour de l'imbécillité et le surfeur doit continuer à apparaître cool aux yeux des autres afin de ne pas perdre en popularité. Cela est particulièrement visible dans les teen surf movies. Mais cette cool attitude comme l'explique Claude Habib, parfois très proche de la fainéantise dans sa conception, peut devenir une prison pour la personne qui la pratique, en ce qu'elle nécessite des codes de conduite qui lui sont propres :

On le voit aujourd'hui que le cool a gagné, même en France : l'injonction "keep cool" se traduit par "reste zen", manière comme une autre de ne pas régler ses dettes [...] En jazz et en général, le cool invente une douceur qui n'est pas le contraire de l'énergie : proposition inédite. Il prône un relâchement qui n'est pas exclusif de l'extrême concentration [...] Mais le cool s'ouvre à tous, et d'abord aux adolescents. C'est une manière d'être à la limite de la mollesse, une sprezzature désossée du mépris qui lui servait de squelette. Le cool n'a rien de noble ni de stable, nul souci de préséance, dès qu'il peut, il s'affale.9

Par ailleurs les surfeurs et/ou passionnés de surf tentent parfois d'élever hiérarchiquement le surf par rapport aux autres sports, notamment en le qualifiant plus « cool » que les autres. C'est le parti pris de Ben Marcus, auteur d'un ouvrage historique et illustré sur le surf qui annonce la couleur dès le titre Surfing. An illustrated History of the coolest sport of all time. Il met en avant cet aspect cool dès son introduction :

Surfing is the antithesisof organized social behavior. Ethereal. Amorphous. Non-tangible [...] in the mid-twentieth century, surfers mannerisms became the topic of media attention. We were cool stuff.10

Pour Ben Marcus, le surf peut être qualifié de cool au regard de plusieurs

9 Claude Habib et Philippe Raynaud, « E/t si la "cool attitude" était l'une des formes les plus paradoxales de la servitude ? », https://www.atlantico.fr/article/decryptage/et-si-la-cool-attitude-etait-l-une-des-formes-les-plus-paradoxales-de-la-servitude--claude-habib-philippe-raynaud [dernière consultation le 10/08/2021]

10 Ben Marcus. Surfing. An illustrated History of the coolest sport of all time. 2013. MVP Books. Page 19,

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critères : parce qu'il s'agit d'une activité ne répondant pas aux codes et aux règles de l'organisation sociétale, parce qu'il s'agit d'une expérience solitaire, parce qu'elle permet d'entrer en connexion avec la nature et enfin parce que le surf à ses débuts relève d'une démarche de découverte de nouvelles choses et de nouvelles sensations.

B) Le surf : un sport de dieux et rois. Le surfeur : un personnage mythique, réifié, déifié

« Le sport roi des rois naturels de la terre » (Jack London)

Le surf, pratiqué aujourd'hui comme un loisir ou un sport de compétition fut, dans sa pratique ancestrale, une activité d'ordre quasi-spirituel, pratiqué par les rois et les grandes

familles comme nous le rappellent les chercheurs Sylvain Lefebvre et Romain Roult :

La surf était pratiqué par la royauté de plusieurs de ces îles et se définissait comme une expérience profonde, noble et en harmonie avec les éléments de la nature.11

D'ailleurs la planche de surf, à l'époque, faite en bois massif, était un marqueur de pouvoir et de rang social. Au XIXe siècle à Hawaï, la plus grande des planches traditionnelles pour surfer, l'olo mesurant entre 3 mètres et 3 mètres 50 était réservée à l'aristocratie par privilège royal, contrairement aux deux autres types de planches (l'alaia et la paipo). La culture polynésienne du surf a par ailleurs plusieurs légendes mettant en scène des personnages royaux. N'en témoigne la légende de Vehiatua, une femme qui a marqué l'histoire du surf. Elle était d'une grande beauté et venait de Raiatea. Lors d'une visite à Tahiti, elle apprit qu'à Teahupo'o se préparait une fête pour le horue (l'ancêtre du surf). Lorsque le soleil s'éleva plus haut dans le ciel, un doux vent du sud-ouest se leva. Alors la princesse et ses amis prirent leurs planches et s'avancèrent dans l'océan. Du rivage, la foule vit Vehiatua se lever comme si elle marchait sur la mer. Tant elle fascina les foules, elle attisa la jalousie du roi de Teahupo'o qui la chassa et prit le nom de la surfeuse, afin que les applaudissements lui revinrent.

11 Lefebvre, Sylvain et Romain Roult. Ibid.

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Les filles de l'Océan (Rip Girls pour le titre en anglais) est un film pour la jeunesse relatant le retour de Sydney Miller, alors âgée de 13 ans, à Hawaï avec son père dans sa maison natale afin de régler des affaires de vente et de succession. C'est dans l'île qu'elle va découvrir le surf avec Gia et Kona, deux surfeurs hawaïen de son âge. Lors d'une fête traditionnelle hawaïenne à laquelle elle est invitée par ses deux amis, elle entend une vieille conteuse relater à des enfants la légende d'une belle princesse sommé de de surfer une vague dangereuse afin de pouvoir épouser son bien-aimé:

A long time ago, in the time of the double canoes, there was a girl In Nu'alolo. She was strong... And graceful... With firelight in her hair. She loved a boy... Who loved her back. But his father, the king, demanded a test. Only If she surfed the Great Tsunami... Could she marry his son. The boy grew worried. No one had ever survived the Great Tsunami. The girl knew she had to try. The Meneheunes Took Pity... and brought her the branch of an Iliahi Tree. "Its magic will keep you safe," the little people told her. So she paddled into the night for the giant wave, her heart beating fast. A Lei Of Iliahi Flowers draped around her neck. Did she survive? The colors of the rainbow danced on their wedding day.12

Il faut noter par ailleurs que les légendes concernant le surf, bien qu'hawaïennes, existent également dans d'autres cultures. Les légendes permettent donc de créer une mythologie ou un folklore du surf. Dans Ride your own wave, c'est le personnage de la jeune surfeuse Hinako, qui au moment de Noël, lorsqu'elle voit des flocons tomber, raconte une légende surfique à son petit ami Hinageshi : « Do you know that after it snows, we'll get some nice big waves. And there's a legend that if you can catch those waves, your wishes will come true. But I still haven't gotten a single chance to try it ».

Surf, royauté et mythologie sont ainsi très liés et certains surf movies jouent sur ce fond historico-culturel. De nouveau, dans Rip Girls, lorsque Gia et ses amis surfeuses se rendant un jour sur la plage et qu'elles constatent avec

12 Traduction : Il y a longtemps, au temps des pirogues doubles, il y avait une fille à Nu'alolo. Elle était forte... Et gracieuse... Avec la lueur du feu dans ses cheveux. Elle aimait un garçon... Qui l'aimait en retour. Mais son père, le roi, a exigé un défi. Seulement si elle surfait sur le Grand Tsunami... Pourrait-elle épouser son fils. Le garçon s'inquiéta. Personne n'avait jamais survécu au Grand Tsunami. La jeune femme savait qu'elle devait essayer. Les Meneheunes ont eu pitié... et lui ont apporté la branche d'un arbre Iliahi. "Sa magie vous gardera en sécurité", lui dirent les petites gens. Alors elle a pagayé dans la nuit pour la vague géante, son coeur battant à toute vitesse. Une couronne de fleurs Iliahi autour de son cou. A-t-elle survécu ? Les couleurs de l'arc-en-ciel ont dansé le jour de leur mariage.

déception que l'océan et plat et sans vagues, elles se décident d'invoquer Hi'iaka, déesse et première femme surfeuse afin qu'il y ait des grosses vagues : « O Goddess Hi'iaka, Ancient Mistress Of The Ocean, Pioneer Surfer Chick, Ou Forbearer, Our Guide, We Call Your Name In The Fervent Hope That Tomorrow Wil Bring Us A Day Of Monstrous Surf » [Ô Déesse Hi'iaka, ancienne Maîtresse de l'Océan, surfeuse pionnière, notre Guide, Nous invoquons ton nom dans le fervent espoir que demain nous apportera une journée de surf monstrueux.].

En effet l'océan plat et l'eau calme est la hantise du surfeur en mal de vague. Et Rip Girls n'est pas le seul film à mettre en exergue l'invocation aux dieux pour faire venir les vagues. Dans Blue Juice, lorsque J. C. et ses cinq amis surfeurs vont ensemble faire une session, ils rencontre un surfeur excentrique, juché sur une falaise qui possède de l'hawaïan seaweed à disperser sur l'eau afin d'appeler les vagues. Sur le sachet il est inscrit « to call upon the gods of the islands to send the waves » (illustration 4). Enfin dans Surf Academy (2006), à la fin de la première épreuve de la compétition de surf, c'est l'instructeur qui invoque la toute-puissance afin qu'il y ait de belles vagues le lendemain, pour la 2ème épreuve de la compétition afin que les jeunes puissent en profiter : « Gardez espoir que demain, le dieu du surf vous accordera la vague du siècle ».

Illustration 4: Blue Juice.

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Par analogie, il est donc tout naturel que les meilleurs surfeurs soient assimilés à des princes de l'océan ou des rois de la vague pour témoigner de leur talent dans ce domaine ou tout simplement dans un but marketing, pour promouvoir une personne. Les Surf movies n'échappent pas à cette logique. Le film Big Wednesday, réalisé en 1979 par John Milius débute dès la première scène avec cette tonalité. En effet dès les premières minutes d'introduction, la voix du narrateur présente les trois amis surfeurs que sont Matt, Jack et Leroy comme des rois du surf : « I remember the three friends best, Matt, Jack, Leroy. It was their time. They were the big names then. The Kings. Our own royalty. It was really their place and their story » [Je me rappelle très bien de ces trois amis, Matt, Jack, Leroy. C'était leur heure. C'étaient les grands noms de l'époque. Des rois. Notre propre royauté. C'était vraiment leur lieu et leur histoire »]. Ainsi les autres surfeurs de la communauté reconnaissent l'hégémonie des trois amis sur eux en matière de surf. La plage de Malibu, où se déroulent les scènes du film apparaît donc comme leur royaume. D'ailleurs on peut voir clairement inscrit en tag sur l'une des parois rocheuses de la plage où ils pratiquent l'inscription « Long live King Matt » (Illustration 5).

Illustration 5: Big Wednesday.

En effet dans le film, Matt Johnson est le plus célèbre parmi les trois amis. C'est une célébrité connue localement du fait de ses très belles performances à The Point, et par sa manière moderne de surfer (en

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marchant sur la planche tout en surfant). C'est précisément cette maîtrise qui lui permet d'avoir ce titre de royauté de la part de ses pairs.

Il en va de même dans le film Blue Crush. Lors de la compétition finale du Pipe Masters, Anne-Marie et ses deux amies, les principales protagonistes du film, croisent la surfeuse professionnelle Rochelle Ballard13, elle aussi en lice. Eden, l'amie d'Anne-Marie, ne peut s'empêcher de s'exclamer « Rochelle Balalrd, the Queen of Backdoor ! ». C'est donc grâce à sa maîtrise de ce type de vague si particulier qu'est le backdoor, que Rochelle accède à ce titre de reine. Ce genre de qualificatif est par ailleurs très souvent repris dans la littérature surf. Dans The Girl's Guide to Surfing, la notice biographique consacrée à Rochelle Ballard la présente dès la première ligne par cette périphrase : « Barrel queen and surfing legend » tandis que la surfeuse Layne Beachley est présentée comme la « queen of tow-in surfing ».14

La fin du film Chasing Mavericks, s'achève sur la victoire de Jay, qui a réussi à surfer la vague dangereuse de Mavericks sans y être blessé. En guise d'épilogue, le narrateur, dans un ton encomiastique, présente les exploits à venir de Jay tout en le présentant comme un prince : « Jay est devenu célèbre ce jour-là, non pour avoir surfé une vague géante mais pour le courage dont il a fait preuve en tentant l'impossible. Au fil des années il a atteint les sommets du surf. Il était un prince dans un sport de roi ».

Par ailleurs, on peut constater que le substantif « roi » est souvent, dans les surf movies, utilisé par les surfeurs ou les apprentis surfeurs pour se congratuler de leurs exploits. Dans Point Break, lorsque Johnny arrive à se mettre debout sur sa planche lors de la prise de sa première vague, il crie tout haut « Je suis le roi du monde ! ». Dans Blood Surf, lorsque les deux amis surfeurs Johnny et Bug se voient féliciter de leur vitesse lorsqu'ils surfent, ils déclarent non sans modestie « Oui on va vite, on va très vite, on est les rois de la vitesse ».

13 Rochelle Ballard est une surfeuse professionnelle américaine née le 13 février 1971 à Montebello, en Californie.

14 Andrea McCloud. The Girl's Guide to Surfing. 2011. San Fransisco. Chronicle Books. P. 143.

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Le vocabulaire relatif à la royauté est également, dans les Surf movies, utilisé pour faire de la comm' sur les produits du surf. Le film Drift, réalisé en 2013 par Ben Nott, raconte l'histoire de deux jeunes frères, Andy et Jimmy Kelly, qui tentent d'ouvrir leur propre boutique d'articles de surf dans leur ville natale d'Australie. Cependant, très vite, ils se retrouvent en concurrence avec Gordon King, le patron d'une très grande entreprise commerciale de planches de surf intitulée Ocean King qui base donc toute sa communication (et donc son logo et son slogran : illustration 6) sur le terme King.

Illustration 6: Drift.

Gordon King organisera d'ailleurs une compétition de surf dans la ville des deux frères, sponsorisée par son entreprise. Son surfeur fétiche, qui utilise une planche Ocean King gagnera d'ailleurs la compétition malgré les efforts des frères Kelly. À l'issue de la victoire, Gordon King présente aux photographes, la planche qui a permis a son surfeur de gagner (illustration 7) tout en déclarant dans une phrase-slogan : « Ocean King, les amis. Une planche digne du roi des océans ».

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Illustration 7: Drift.

Le surfeur apparaît donc comme un nouveau Neptune dont le trident serait remplacé par la planche comme attribut et qui a le doit à son « temple ». Dans Local Boys, Jim Wesley l'ex-surfeur professionnel enseignant au jeune Skeet à surfer, est une vraie légende locale. Alors qu'il se rend dans un restaurant avec la mère de Skeet (qui deviendra sa future fiancée), le propriétaire des lieux, Kealoha, les accueille à bras ouverts. Kealoha connaît Jim depuis longtemps et montre à la mère de Skeet le mur de photos et d'objets qu'il a dédié en son honneur dans son restaurant tout en déclarant de façon complice : « He's a bonafide surfing god » [C'est un véritable dieu du surf]. Parfois même ce sont les surfeurs eux-même qui se qualifient de dieu du surf afin de vanter leurs exploits. Surf School, est un film de 2006, qui raconte l'histoire d'un groupe d'amis, socialement en marge de leur école, qui décide d'apprendre le surf. Pour ce faire, il s'adressent à Rip, un ex-champion de surf à la dérive. Conscient de sa situation, Rip évoque non sans nostalgie à ses élèves qu'il était autrefois, pour reprendre ses termes, un « dieu du surf » et qu'il a sculpté lui-même sa planche de 6 pieds (environ 180 cm).

En somme, il est propre à chaque subculture de se créer des figures de référence, des modèles, des idoles. À ce titre les mots « légende », « mythique », « héros » reviennent régulièrement, que ce soit dans les

films ou dans les livres spécialisés.

Dans le film animé japonais Ride your Wave, la première scène représente Minato, jeune pompier qui regarde presque quotidiennement du toit de la caserne la jeune Hinako en train de surfer. Subjugué par le talent de la jeune surfeuse, il déclare à son meilleur ami, lui aussi fidèle spectateur : « That girl is my Hero » [Cette fille est mon héroïne].

Concernant la littérature, on peut citer entre autres l'ouvrage de Duke Boyd intitulé Legends of Surfing. From Duke Kahanamoku to Kelly Slater (2009) ou encore Australia's Hottest One Hundred Surfing Legends de Phil Jarratt (2012).

Duke Boyd mentionne dans son titre, Duke Kahanamoku comme étant une légende du surf. Certains autres vont même plus loin en le décrivant comme un quasi-dieu. Duke Kahanamoku (1890-1968) est un surfeur natif hawaïen, médaillé olympique et le premier à être entré au Surfing Hall of Fame. Duke Kahanamoku est célèbre pour avoir fait découvrir le surf aux hawaïen et aux Australiens. Il est considéré comme la légende du surf et de son vivant comme un dieu du surf. Il était d'ailleurs surnommé « Big Kahuna », Tiki Kahuna étant dans la mythologie polynésienne le dieu du soleil, du sable et du surf. Une statue qui n'a rien à envier à la statuaire antique a même été érigée en son honneur à Waikiki Beach, la Mecque du surf, où le Duke apparaît ciselé tel un dieu grec. Stéphane Cohen, auteur de l'ouvrage Surf, décrit de façon encomiastique Duke. Pour lui il s'agit d'un personnage qui frôle le mythe :

Ce sont d'autres exploits qui feront de celui qu'on appelle le Duke, fils d'un policier, le père universel du surf moderne [...] Il construisit une planche en bois à même la plage pour s'en aller défier l'océan malgré toutes les mises en garde des lifeguards contre les requins. À son retour sur la plage, il avoua qu'aucun n'avait eu l'audace de l'attaquer, puisque lui-même ne s'était pas montré agressif, forgeant là le début d'une légende qui fit de lui un homme poisson [...] les surfers du monde entier se réclament de son héritage.15

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15 Stéphane Cohen, Surf, 1997, éditions EPA, p. 82,

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Illustration 8: The Duke.

Stéphane Cohen utilise donc dans sa description du Duke tous les éléments langagiers propres à la descriptions de dieux mythologiques et en relatant les épisodes de sa vie tels des mythes, faisant ainsi de Duke, un personnage clé de la cosmogonie du surf. Il écrit par ailleurs comme légende de la photographie de la statue de Duke insérée dans son ouvrage (illustration 5) « Statue érigée en l'honneur du plus vénéré des surfeurs », vénération qu'il semble éprouver lui-même.

Certains surf movies rendent d'ailleurs hommage de manière implicite à Duke. Ainsi dans California Dreaming (1979), le Vista Del Mar, bar qui sert de repaire aux surfeurs et tenu par Duke Slusarski. D'ailleurs l'enseigne de son établissement mentionne simplement Duke (illustration 9).

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Illustration 9: California Dreaming

Catch a Wave, film de surf japonais réalisé par Nobuyuki Takahashi raconte l'histoire de trois adolescents de seize ans, Taiyo, Kobayashi et Taguchi, qui décident de partir en vacances à la mer dans une splendide villa du littoral. Ils y rencontreront leur futur instructeur de surf : Duke (illustration 10). La référence au Duke Hawaïen est ici évidente. Le film est d'ailleurs un hommage à Hawaï puisque Taiyo rencontrera une jeune surfeuse, Julia, qui lui avouera que son plus grand rêve est de surfer sur le North Shore. C'est d'ailleurs Julia qui fera les éloges de Duke auprès de Taiyo. Duke se montrera de très bons conseils envers les trois jeunes garçons dans leur apprentissage, tout en leur enseignant l'éthique su surf : « faire du surf, c'est savoir aimer l'océan et aimer la nature ».

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Illustration 10: Catch a wave.

Les Surf movies jouent également sur ces éléments langagiers du surfeur-dieu. Le film Newcastle réalisé par Dan Castle en 2008, véritable film coming-of-age16 doit son titre à la ville de Newcastle en Australie, où se déroule l'intrigue du film. Newcastle relate l'histoire d'une bande d'amis surfeurs qui partagent leur temps entre le surf, les fêtes et les filles entre autres avant qu'un drame ne surgisse et ne les poussent à prendre conscience de la fin de leur insouciance. Le titre de ce film qui fait dans sa première partie l'apologie des jeunes surfeurs, a été traduit dans sa version française en Les dieux de la vague (illustration 11). Trahissant ainsi le titre original pour une accroche plus attractive pour le spectateur. Mais ce choix des diffuseurs français traduit bien également cette vision stéréotypée du jeune surfeur plein de fougue, qui brave le danger et ne semble être menacé par rien. Il en va exactement de même pour le film In God's Hands qui a été traduit dans sa version française par Les dieux du surf (illustration 12)

16 Type de film ayant pour thème la transition entre l'adolescence et l'âge adulte.

Illustration 11: Affiche française du film Newcastle.

Illustration 12: Affiche française de In God's Hands.

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C) Un personnage marginal

1/ Les surfeurs fainéants

La pratique du surf fut très souvent (et est encore) mal perçue par certains milieux aisés ou favorisés. Le surf est encore vu comme une activité de fainéants, de hippies ou de jeunes désoeuvrés. Cet aspect est très bien mise en valeur dans le film Ride réalisé par Helen Hunt. L'actrice et réalisatrice Helen Hunt y incarne Jackie, une éditrice new-yorkaise aisée dont le fils décide de ne pas aller à l'université pour s'adonner à la pratique du surf en Californie et tenter de devenir un professionnel. Cette nouvelle passe très mal pour elle. Elle décide ainsi d'aller en Californie pour tenter de lui redonner raison, à grands renforts de discours clichéiques sur la paresses des surfeurs : « Tu vas faire le beau sur ce truc-là ? À Los Angeles, le paradis des grasses mats' on ne pense qu'aux loisirs. En montant sur cette chose tu as perdu le sens de la raison ».

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En utilisant les deux termes pantonymiques « truc » et « chose » pour désigner la planche de surf de son fils qu'elle voit sur le toit de sa voiture, Jackie témoigne de tout son dédain, à la fois pour l'objet même de la planche de surf et pour le surf comme pratique dont elle dédaigne le statut de sport. Pour elle il ne s'agit que d'un loisir déraisonnable. Son fils Angelo réagit donc en miroir à ses propos. Puisqu'elle ne s'intéresse pas à sa passion, il décide de ne plus s'intéresser à elle : « Tu ne m'intéresses plus désormais, mais ça, ça m'intéresse ». Il reprend donc ses codes linguistiques en nommant sa planche « ça », faisant de fait de la planche la synecdoque du surf.

Bien plus tôt avant Ride, le film Ride the Wild Surf (1964), exploitait le personnage de la mère méfiante vis à vis des surfeurs. Ce film raconte les aventures amoureuses croisées de trois jeunes surfeurs qui partagent donc leur temps entre fêtes de plages, instants romantiques avec leur petite-ami et le surf. Parmi ces trois amis, Steamer rencontre Lily, la fille d'une propriétaire de haras. Sa mère, qui s'est fait elle même quittée par son mari surfeur, a désormais une réelle aversion pour eux, qu'elle considère tous comme des « beach bums » (clochards de plage). Ainsi Lily doit présenter Steamer à sa mère comme étant un mécanicien, au risque de ne plus pouvoir le revoir si elle découvre qu'il est en réalité surfeur. Steamer qui ne comprend pas se fait expliquer la situation par Lily : « With mom, surfers are like a red flag to a bull. She thinks every one of them is nothing but a lazy loafer. If I mention surfing to her I won't be able to see you anymore » [Pour maman, les surfeurs sont comme le drap rouge pour un taureau. Elle pense que chacun d'eux n'est rien d'autre qu'un flâneur fainéant. Si je lui parle de surf, je ne pourrai plus te revoir]. Ainsi pour Mme Kilua, en plus d'être des paresseux (lazy loafer), elles dénient aux surfeurs toute intelligence et capacité d'analyse puisqu'elle les assimilent aux taureaux dont l'instinct est de se précipiter sur la muleta rouge tout comme le surfeur se précipitera sur la vague. S'en suivra plus tard dans le film, lorsque la mère de Lily découvre la vérité, une scène qui pourrait apparaître embarrassante à nos yeux de spectateurs contemporains où Steamer,

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montrera à la mère de Lily, ses cartes bancaires et ses reçus de paiements afin de prouver qu'il travaille, qu'il n'est pas paresseux et qu'il paye en temps et en heure.

2/ Les surfeurs perçus comme ayant une influence néfaste

De nombreux surf movies mettent en avant l'idée qu'il existe des pro-surfeurs et des anti-surfeurs. Les anti-surfeurs se basent sur le présupposé qu'ils sont tous fainéants et que le seul moteur de leur motivation est la recherche des vagues. Dans le film Big Wednesday, la gérante du Cosmic Cafe éprouve une tension en elle-même. Tout à la fois elle apprécie les trois amis surfeurs que sont Matt, Jack et Leroy pour leur désinvolture touchante et tout à la fois elle déteste les surfeurs car elle considèrent qu'ils n'ont aucun projet d'avenir : « Someday you'll have to straighten out and earn a decent living. Pay attention and grow up sometimes, turn into a respectable person. That's not a sport, it's a disease » [Un jour, vous devrez vous ressaisir et gagner décemment votre vie. Faites attention et grandissez, devenez une personne respectable. Ce n'est pas un sport, c'est une maladie]. Les mots de la gérante du diner sont forts. Elle les considère comme une sorte de Peter Pan des plages qui refusent de grandir et qui représentent un fléau pour la société. Une maladie (disease) qui se propage dans la société littorale. Elle va même plus loin en dénuant au surf le statut de sport. Il faut bien noter que l'intrigue du film débute en 1962. Or les années 60 correspondent exactement à la démarche de professionnalisation du surf et à la volonté d'encadrement de cette discipline par la création d'organes internationaux comme la Fédération Internationale de Surf (1964) ou encore l'IPS (International Professional Surfers) en 1976.

Il est intéressant de constater également qu'à l'instar de la serveuse du diner de Big Wednesday, tous les surfeurs ne considèrent pas le surf comme un sport au sens large du terme comme le rappelle la sociologue

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Anne-Sophie Sayeux :

Dans tous les entretiens réalisés, jamais il n'a été dit qu'on surfait pour »faire du sport », pour « l'entretien » ou encore pour la « forme physique ». Non pas que les surfeurs rejettent la notion de sport, ils utilisent même ce qualificatif certaines fois, pour décrire leur pratique. Mais en leur demandant ce qu'ils entendent par sport, ils n'envisagent que la notion d'effort physique. Pour eux le surf ne serait un sport que par ses caractéristiques de dépense énergétique. Cette vision, pour le moins restrictive, peut amener à penser que le surf ne serait pas un sport au sens généralement accepté.17

Il n'est pas rare, dans les villes littorales qui « possèdent » une communauté de surfeurs, de voir certains habitants les diaboliser. Le chercheur Christophe Guibert prend notamment l'exemple de la ville d'Hossegor et de la SPSH (Société des Propriétaires de Soorts-Hossegor) qui développe une rhétorique de diabolisation à l'encontre des surfeurs, basée en grande partie sur des idées préconçues :

Les membres de cette association catégorisent négativement les surfeurs comme l'atteste ce passage du livre de Gérard Maignan, un membre de la SPSH : « La population locale n'a pas vu arriver sans appréhension ces garçons dégingandés, stationnant près de la mer dans des

mini-cars moins que sommairement aménagés, affranchis de toute discipline, peu respectueux de leur voisinage et tout entiers préoccupés de leur seule passion du surf. Leur présence a coïncidé avec l'apparition de la drogue dont toutes les stations balnéaires

semblaient jusqu'ici préservées et celle de dealers venus chercher sur les plages une nouvelle clientèle.18

Dans le film Puberty Blues, c'est le proviseur du lycée qui se positionne comme un anti-surf. En effet il convoque la jeune Sue dans son bureau après qu'elle ait été surprise par son professeur en train d'échanger des lettres d'amour avec un surfeur. Il lui avoue sa perplexité face à son comportement et la sermonne au sujet de ses fréquentations : « I don't understand you Susan hanging out with that surfy gang, you got a good IQ, you come from a good home.You'll never get anywhere going out with boys like them » [Je ne te comprends pas Susan traînant avec ce gang de surfeurs, tu as un bon QI, tu viens d'un bon foyer. Tu n'iras nulle part en sortant avec des garçons comme eux]. Le proviseur, tout comme la gérante

17 Anne-Sophie Sayeux, Surfeurs, l'être au monde: une analyse socio-anthropologique, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 180.

18 Christophe Guibert. « Hossegor : le surf ou l'élégance ? Une double identification territoriale ». In: Les Annales de la recherche urbaine, N°100, 2006. L'avancée en âge dans la ville. pp. 89-96.

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du café de Big Wednesday pose son discours sur la base de préjugés. De façon indirecte, il considère que les surfeurs n'ont pas un QI suffisamment élevé et qu'ils viennent de familles peu respectables.

3/ Le surf versus l'autorité et les institutions

a - Les surfeurs et l'autorité parentale

Bien souvent dans les surf movies, les jeunes surfeurs, surtout dans les teen movies, entrent en conflit avec leurs parents du fait de leur pratique et de leur manque de projection dans l'avenir. Dans Surf Ninjas (1993), le film débute par une scène familiale dans la cuisine où le père adoptif de Johnny et Zatch, face à l'obsession de ses fils pour le surf les met en garde : « How can I make you guys understand you cannot live your life surfing. You need something to fall back on » [Comment puis-je vous faire comprendre que vous ne pouvez pas vivre votre vie entière à faire du surf. Vous avez besoin de quelque chose sur quoi vous replier]. Cette même inquiétude est partagée par la mère de Rick dans le film North Shore (1987). Alors que Rick s'apprête à aller à Hawaï pour un voyage de surf avant son entrée à l'université, sa mère, lui faire part de ses inquiétudes : « Rick are you sure this trip is such a good idea ? I know you love surfing but don't throw away your career » [Rick, tu es sûr que ce voyage est une si bonne idée ? Je sais que tu aimes le surf mais ne gâche pas ta carrière]. Rick tente alors de la rassurer en prenant l'exemple de surfeurs professionnels pouvant gagner jusqu'à 100 000 dollars par an. Rick semble par ailleurs loin du compte au regard des salaires actuels des surfeurs professionnels sponsorisés par des grands leaders mondiaux comme Quicksilver ou autres. Mick Fanning, par exemple, a gagné, pour l'année 2014, pas moins de 2,7 $ millions de dollars australiens.

Dans Cutback, c'est notamment le père de Luke qui peine à accepter la passion de son fils pour le surf, d'une part parce qu'il néglige son parcours

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scolaire et d'autre part car il entre sans cesse en position de conflit avec lui. Alors que son père, face à son attitude, interdit à Luke de quitter sa chambre, Luke brave cette interdiction et fait le mur afin d'aller rejoindre son ami surfeur à The Point à 8h30. Son père finit par s'en apercevoir et va chercher lui-même son fils sur la plage. À la suite Son père et sa mère finiront par le forcer à rencontrer le pasteur Shane pour l'aider. Il finit par intégrer le groupe de parole de son église avec réticence, poussé par ses parents. Il finira par s'ouvrir à Shane, notamment mis en confiance par le fait que le pasteur était un ancien surfeur, qui a dû arrêter la compétition suite à un accident. À ma connaissance il s'agit du seul film de surf qui exploite de manière approfondie, les rapports entre surfeur et institution religieuse. Le personnage de Shane, pasteur-surfeur, évoque d'ailleurs le personnage du Padre dans Ocean Tribe. Alors que le groupe d'amis surfeurs se retrouvent en panne de voiture, ils finissent par trouver l'aide du Padre Delbert, dans la localité d'El Capitan. Le Padre, qui est un amateur de surf, les aidera à réparer leur voiture.

Le rapport entre les surfeurs et les parents de leur petites amies est très souvent conflictuel et problématique. Lorsque Dany rencontre les parents de Debbie dans Puberty Blues, bien qu'il ne soit visiblement pas du même milieu social que Debbie, se comporte de manière inappropriée. Notamment en venant la chemise entièrement déboutonnée et prenant des marques d'aisance trop prononcées, à la fois dans son discours et ses actes (illustration 13).

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Illustration 13: Puberty Blues.

De façon très similaire dans California Dreaming, c'est Ricky le petit ami surfeur de Stephanie qui va louper sa première rencontre avec ses beaux-parents. Alors que Stephanie se fait une joie de cette entrevue, Ricky bien qu'habillée d'un beau costume va faire preuve de comportements déplacés, notamment en buvant plus que de raison et en draguant la soeur de Stephanie, à peine majeure. Il finira par tomber, ivre, dans la fontaine devant la résidence de ses beaux-parents. Le père de Stephanie ne semble cependant pas s'en offusquer, ayant le sentiment que sa fille ouvrira bientôt les yeux sur son petit-ami.

b- Les surfeurs et l'institution scolaire

Les surfeurs apparaissent très vite comme étant des rebelles refusant de se plier aux codes sociaux, aux règles et aux normes qu'imposent la société. Ils sont ainsi souvent représentés et décrits comme étant en réaction contre le système et en position de révolte contre les institutions.

L'institution scolaire est régulièrement mise en avant dans les surf movies comme étant antinomique de la pratique du surf. Dans Blue Crush, Anne-Marie a bandonné l'école pour s'adonner à la pratique du surf tout en occupant un poste de femme de chambre pour pouvoir payer les factures et subvenir à ses besoins et à ceux de sa soeur. Sa soeur, elle, continue à être scolarisée, amenée chaque jour par Anne-Marie. Mais lorsqu'elle

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l'amène pour la 3ème fois en retard, le principal de l'école avertit Anne-Marie : « C'est la troisième fois que ta soeur est en retard en un mois. Si tu crois que surfer est plus important que l'école, il faudra prévoir d'autres arrangements ».

Dans le film Cutback réalisé en 2010 par Johnny Remo, le personnage principal, Luke est un adolescent tiraillé entre son amour pour le surf et ses parents qui exercent une pression sur lui afin qu'il choisissent une université. Luke avoue à son meilleur ami le fond de sa pensée : « I don't want to think about College, I just wanna surf ». [Je ne veux pas penser à l'Université, je veux juste surfer]. ]Il oppose donc le surf et l'université. L'un représentant la liberté et l'autre la privation de liberté. En effet, devoir réfléchir à son avenir scolaire le force à prendre des responsabilités et à faire un choix impliquant la perte d'innocence. Il n'est pas encore prêt pour cet étape. Lors d'un dîner en famille où ses parents remettent laquestion du choix du College sur la table, Luke mentionne son possible désir de vouloir se consacrer à une carrière de surfeur professionnel. Son père entre en colère, prétendant que le surf n'est qu'un truc d'ado : « You have turn my garage into a surf shop, it's time to grow up » [Tu as transformé mon garage en une boutique de surf. Il est temps que tu grandisses]. Ils finiront par aboutir à un compromis : Luke pourra intégrer l'équipe locale de surf à condition qu'il ne s'inscrive aux cours du soir du Community College.

c- Les surfeurs et le travail

Bien souvent, les surfeurs voient le travail traditionnel comme entrant en conflit avec un travail traditionnel. Dans Drift, Andy Kelly, l'un des personnages principaux du film, travaille comme employé dans une scierie. Ses horaires prenants l'empêchent parfois de surfer. Un jour il avoue à son collègue, essayer de terminer plus tôt afin de profiter des bonnes conditions météorologiques : « Ils ont annoncé un vent de terre. Il va y avoir des vagues d'enfer aujourd'hui. Si je finis assez rapidement j'aurai une bonne demi-heure dans l'eau avant de me faire bouffer par les requins ».

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Dans le film Blue Crush, Anne-Marie et ses deux amies surfeuses travaillent comme femmes de chambre dans un grand hôtel touristiques. Alors qu'Anne-Marie, un jour, sermonne un client peu consciencieux, elle se fait licencier par sa responsable qui lui assène sur un ton désobligeant « Retourne surfer Anne-Marie ! ». Si le conflit est bien souvent entre le surfeur et le patron, il peut exister également entre collègues, d'autant plus si le collègue s'avère être un membre de la famille. Dans Newcastle, Victor, surfeur, travaille comme ouvrier de chantier sous la direction de son père. Alors qu'il annonce à son fils qu'il va devoir travailler le week end afin de finir un chantier, Victor refuse prétextant qu'il a d'autres plans. Son père le rappelle alors à un principe de réalité, à savoir que c'est son travail qui lui permet de nourrir ses enfants et non le surf : « Cause this is the job that feeds your kids now, right? Not bloody surfing ».

En somme l'idée développée par la plupart des surfs movies est que le travail n'est ici que pour remplir un rôle de subsistance. La valeur surf prime sur la valeur travail. Un job ne doit pas empiété sur la passion. D'ailleurs dans la plupart des films de surf et plus particulièrement dans les teen movies, il est intéressant de constater que les jeunes surfeurs occupent le plus souvent un job alimentaire, souvent dans un restaurant, un bar, une pizzeria. C'est ainsi que dans Chasing Mavericks, le jeune Jay travaille comme pizzaiolo chez Pleasure Pizza (illustration 14), dans Cutback Luke est livreur dans une Pizza House (illustration 15), dans Shelter Zach est cuisinier au Pacific Diner (illustration 16) alors que Randy dans Local Boys travaille à la prise des commandes dans un fast-food où d'ailleurs trône une figurine de surfeur humoristique sur le comptoir (illustration 17).

Illustration 14: Chasing Mavericks.

Illustration 15: Cutback.

Illustration 16: Shelter.

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Illustration 17: Local Boys.

d- Les surfeurs et l'institution bancaire

Les banques et l'institution bancaire en général représentent également les ennemis de la communauté surf en ce que les « vrais » surfeurs ne sont pas censés se positionner dans une logique capitaliste ou de stabilité. Les questions d'investissements, d'hypothèques et de prêts bancaires sont ainsi supposées leur être étrangères. Dans l'imaginaire populaire, le surfeur

n'épargne ni ne capitalise. D'ailleurs, dans le film Surfer, Dude, lors du
retour de Steve Addington dans sa ville natale, certes célèbre mais sans le sou, son ami Jack tente de lui rappeler des principes de réalité : « You have no assets, no savings. You're way too generous with your cash. We got to fertilize your money tree so it can keep growing » [Tu n'as pas d'actifs, pas d'économies. Tu es bien trop généreux avec ton argent. Nous devons fertiliser notre arbre à argent pour qu'il puisse continuer à grandir].

Outre une simple méconnaissance ou aversion de l'institution bancaire, les surfeurs, dans les surf movies, peuvent mener des actions concrètes contre les banques. L'intrigue du film Point Break repose d'ailleurs sur cela puisque le jeune inspecteur Johnny, incarné par Keanu Reeves, doit mener une enquête sur un groupe de surfeurs soupçonné d'avoir braqué des

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banques à répétitions, en portant des masques d'ex présidents des États-Unis. C'est d'ailleurs des indices laissés sur les scènes de braquage qui ont mené les inspecteurs sur cette piste :

- un cheveu retrouvé dans une banque braquée comportant des traces de titane, arsenic et selenium, dans les mêmes proportions que celles de la plage polluée de Latigo Beach.

- un échantillon de terre avec des grains de sable et de la paraffine de wax sur le comptoir d'une autre banque braquée.

Le collègue de Johnny a donc réussi à déduire que les surfeurs pratiquent leurs braquages de juin à octobre, comme une sorte de job estival leur permettant de financer leur été surfeur : « ils voyagent sur le butin, ils surfent sur la vague ».

Dans le film Drift, réalisé en 2013 par Ben Nott, lorsque les deux

frères Kelly souhaitent monter leur propre atelier de confection de
planches, c'est tout naturellement qu'ils se tournent vers le directeur de leur banque locale. Lorsqu'Andy, après avoir démissionné de son poste

d'employé de scierie, lui soumet son projet et lui demande la somme de
5 000 dollars pour lancer son affaire, le banquier lui rit au nez (illustration 9) lui expliquant que sonprojet est trop « fantaisiste ». Pour finir par lui dire : « Retourne à la scierie et retrouve ton ancien emploi, ça au moins c'est du concret ». Le frère d'Andy, Jimmy avouera plus tard qu'il n'accordait pas trop d'espoir à ce prêt : « ils nous prêterons pas le moindre sou parce qu'on est des marginaux. Mais moi ça me va » (illustration 18).

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Illustration 18: Drift

À la fin du film, lorsque leur boutique finira finalement par marcher et attirer les clients en masse, ils ne manqueront pas de gratifier le directeur d'un doigt d'honneur, riant par la même occasion sur son manque de flair.

e- Les surfeurs et l'armée

Le film Big Wednesday quant à lui est le seul a faire état du comportement des surfeurs contre l'institution militaire. Ce film a été tourné peu après la fin de la guerre du Vietnam et l'une des scènes montre les trois protagonistes principaux du film, Jack, Matt et Leroy ainsi que leur bande d'amis surfeurs fomenter des stratagèmes afin d'échapper à leur enrôlement dans l'armée. Ils prétendent ainsi, lors de leur visite d'inspection médicale et psychologique, d'être atteints de handicaps ou de troubles psy divers (cécité, folie, handicap moteur) afin de ne pas être

envoyés au Vietnam. Matt ira même jusqu'à utiliser ses « Sufer's knots »19 afin d'obtenir le fameux « Gimp act » (dérogation médicale). Il va en effet se servir de ses protubérances aux genoux, très communes chez les surfeurs des années 60, pour tromper le médecin lors de la visite médicale

19 Affection cutanée causée par une pression chronique sur les proéminences osseuses conduisant à d'épais nodules fibreux sur les genoux, les articulations, les pieds dorsaux, souvent observés chez ceux qui pratiquent le surf, la boxe, le football.

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en prétextant une horrible douleur (illustration 19).

Illustration 19 Big Wednesday

Seuls Jack et Waxer (qui a prétendu être homosexuel) n'échapperont pas à leur enrôlement dans les troupes américaines. D'ailleurs, la veille de leur départ, ils n'iront même pas surfer comme à leur habitude, ce qui prouve bien leur mal-être face au système. Lorsqu'un surfeur ne va pas prendre les vagues, c'est par ailleurs dans les surf movies, un signe que quelque chose ne va pas.

Il est très rare que les surf movies font mention de la guerre comme sujet de préoccupation. Néanmoins en voyant cette scène de Big Wednesday, on ne peut s'empêcher d'avoir à l'esprit, la scène désormais culte du film Apocalypse Now (1979) où Bill Kilgore, lieutenant-colonel et passionné de surf, demande, en pleine préparation d'embuscade dans un village vietnamien, qu'on lui apporte sa planche de surf, la Yater Spoon 8'6. Par la suite, lorsque les troupes débarquent, Kilgore ordonne à ses hommes de surfer sur les vagues locales (illustration 20). Pour des raisons évidentes, les scènes de surf dans Apocalypse Now n'ont pas été tournées au Vietnam mais à Baler Beach aux Philippines. À l'époque, l'équipe de production cinématographique a laissé derrière elle quelques planches de surf, que les enfants locaux utilisaient pour apprendre à surfer. Quelques années après qu'Apocalypse Now soit devenu un film culte, Baler Beach est devenue une

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attraction touristique et la capitale du surf aux Philippines. Il faut noter au passage que John Milius, le réalisateur de Big Wednesday, a été le scénariste d'Apocalypse Now. Il n'est donc pas étonnant de retrouver une scène de surf dans le second film.

Si pendant longtemps surf et armée ont semblé incompatibles, aujourd'hui il en est tout autrement. L'armée américaine préconise même le surf comme thérapie pour traiter des affections physiques et psychologiques. En effet les services de santé des armées développent de plus en plus ce que l'on appelle la « Surf Thérapie )) à la fois pour de la rééducation des blessés

militaires et pour les soldats atteints d' ESPT (état de stress post-
traumatique). N'en témoigne par exemple le programme américain « Ocean Therapy )).

Illustration 20: Apocalypse Now.

II) L'univers du surf : entre rêves, idéaux et dangers

Bien souvent lorsque le grand public songe au surf, il ne pense qu'aux côtés idylliques de cette pratique (les voyages, le soleil, les plages, les corps bronzés...) mais n'a pas conscience qu'il s'agit là d'une activité tout à fait dangereuse si elle est pratiquée à l'extrême, dans des endroits peu aisés

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d'accès pour les secours, etc. Un faux mouvement, une figure mal envisagée peut rapidement conduire à une mort. N'en témoigne le récent décès du jeune surfeur Oscar Serra, 22 ans sur la plage de Zicatela, comme le rapporte le Rider Post :

Réputé pour être l'un des spots de gros les plus dangereux de la planète, Puerto Escondido a malheureusement fait une victime samedi dernier au Mexique. Alors qu'il venait de commencer sa session, le surfeur espagnol a été emporté par le fond sur l'une de ses premières vagues. Sa tête a heurté le fond et il s'est noyé. Malgré l'intervention des sauveteurs, il n'a pas pu être réanimé.20

Cependant les surfeurs, bien que conscients de tous ces dangers, exaltent parfois cette prise de risques inhérente à cette pratique pour faire du surf un sport à part et d'eux-même, les surfeurs, des aventuriers-sportifs. Les surf movies exaltent bien volontiers cette prise de risques afin d'exploiter le côté film à sensation. D'ailleurs de très nombreux surf movies se terminent par une scène de « life-or-death surfing showdown » à savoir la scène de la vague ultime qui apporte ou bien la gloire a celui qui la réussit ou bien sa mort (c'est le cas des films Blue Juice, Chasing Mavericks, Drift, Big Wednesday, Point Break...). De façon plus prosaïque, le film Réparer les vivants (2016), qui ne peut être considéré comme un surf movie puisque le surf n'est pas le sujet central de l'intrigue, évoque toutefois les dommages collatéraux liés à la pratique du surf dès les premières scènes (illustration 21). En effet ce film réalisé Katell Quillévéré, évoque l'histoire de trois surfeurs havrais qui font du surf très tôt sur la Manche. Sur le chemin du retour, le conducteur du van, épuisé de fatigue, s'endort au volant. Suite à l'accident, l'un des trois amis, Simon, est admis à l'hôpital en état de mort cérébrale. À l'annonce de cette tragique nouvelle, son père se sent coupable car c'est lui qui lui a transmis la passion du surf : « La réalité c'est que c'est ma faute, le surf c'est moi qui lui ait foutu dans la tête ».

20 Vincent Girard, « Le surfeur oscar serra tué sur le spot de Puerto Escondido »,

https://www.theriderpost.com/disciplines/water/surf/le-surfeur-oscar-serra-tue-sur-le-spot-de-puerto-escondido/ [dernière consultation le 12/08/2021]

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Illustration 21: Réparer les vivants. Simon dans un tube avant son tragique accident.

A) Une activité de tous les dangers 1/ Les requins

En règle générale, l'un des premiers dangers qui vient à l'esprit lorsque l'on songe au surf ce sont les requins. En effet ceux-ci sont très présents dans l'esprit des surfeurs. Il suffit pour s'en convaincre de songer à ce que l'on appelle communément la « Crise requins ». La crise requin a débuté à la Réunion à partir de la recrudescence d'attaques de squales en 2011. Très vite des mesures sont prises. Dans un premier temps, seuls la baignade, le surf et le bodyboard sont interdits dans la bande des 300 mètres du littoral de La Réunion puis l'arrêté s'est étendu à toutes les activités nautiques utilisant la force des vagues. Les arrêtés se sont répétés jusqu'en 2021 au vu de la non-résolution de ce problème. Entre 2011 et 2019, onze personnes sont décédées, dont le jeune surfeur Elio en 2015. Agé de 13 ans, il faisait partie du pôle espoir de surf. Il reste à ce jour la plus jeune victime de requin depuis le début de la crise.

Les surfs movies évoquent bien souvent les requins comme danger potentiel du surf. Surf nazis must die est un film de série B réalisé en 1987 est un film à budget médiocre considéré par les cinéphiles comme un

classique des navets américains. Il s'agit d'un film résolument anti néonazis (dans la même catégorie que Dead Snow). Ce film post-apocalyptique raconte l'avènement et la chute d'un gang de surfeurs néo-nazis, se faisant appeler les « Nasty )) , qui prennent le contrôle du littoral californien. Cette prise de pouvoir est rendue possible à la suite d'un tremblement de terre ayant ravagé le littoral. À la faveur du désordre causé par la catastrophe climatique, ils prennent l'ascendant sur les autres gangs de surfeur et deviennent les maîtres des plages californiennes. Ce gang est mené par Adolf (la référence historique est ici évidente) et ses acolytes aux fortes personnalités. Parmi eux, Hook (incarné par l'acteur Joel Hile) est le bras droit d'Adolf. Il doit son surnom du fait qqu'il s'est fait attaqué par un grand requin blanc lui ayant arraché la main. Lorsqu'Adolf lui demande, lors d'une soirée au coin du feu sur la plage quelle a été le pire événement de sa vie il répond « Probably by the time between when the shark got my hand, and I got the shark )) [Probablement entre le moment où le requin a eu ma main, et le moment où j'ai eu le requin]. Il se sert désormais de son crochet, confectionné par son ami Mengele, comme d'une arme pour attaquer les surfeurs rivaux. Hook est sans contexte le personnage qui a été le plus emblématique du film puisqu'il a fait l'objet de produits dérivés (figurine...) et est aussi représenté sur l'affiche du film.

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De façon plus prosaïque, le requin est souvent évoqué dans les surf movies comme une raison pour ne pas surfer. Cutback, Luke tente désespérément de convaincre son meilleur ami Casey de venir surfer avec lui. Bien qu'il l'accompagne à chacune de ses sessions, jamais il ne met un pied dans l'eau, il se contente de le regarder. Un jour il lui avoue l'une de ses peurs : « There are sharks out there. It will rip my leg off » [Il y a des requins là-bas, ils vont m'arracher la jambe]. Évidemment, le spectateur ne peut savoir si c'est la raison première de sa peur de surfer ou bien une excuse, sachant qu'il le dit avec le sourire. Mais cela montre bien qu'il s'agit d'un risque présent dans les esprits, non seulement des surfeurs, mais aussi de leurs proches. Par ailleurs lorsque Casey décède dans un accident de voiture plus tard dans le film, Luke déclare avec regret à son enterrement « He never got to surf » (il n'a jamais pu surfer », comme si sa vie était incomplète car il n'avait pas pu vivre cette expérience hors norme.

Dans Chasing Mavericks (2012), le requin va servir de prétexte à Frosty pour donner une leçon à Jay, qu'il entraîne pour devenir un surfeur de grosses vagues. Un matin, alors qu'ils plongent ensemble pour explorer les fonds sous-marins et prendre connaissance des récifs et donc des dangers locaux potentiels pour le surfeur, ils tombent nez à nez avec un requin. Jay panique et perd tous ses moyens. De retour sur le bateau, Frosty averti son élève sur les méfaits de la panique. S'il panique face à un requin, il paniquera face à une grosse vague : « Peur et panique sont deux trucs différents. La peur est salutaire, la panique, elle, est mortelle. Parce qu'ici quand ça allume et là je parle de vagues de 10-12 mètres,alors la peur t'envahit et si tu cèdes à la panique, tu mourras. Il faut identifier ta peur et la maîtriser, comme dans la vie ».

Deux films de notre corpus étudié pour le présent mémoire mettent le requin au coeur de leur intrigue : Blood surf en 2000 et Instinct de survie en 2016.

Blood Surf se déroule à Palm Island où deux surfeurs, un producteur et une cameraman décident de tourner un documentaire sensation : filmer des

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surfeurs en train de surfer parmi les requins au large de l'île Oké. Ils doivent donc trouver un bateau et un capitaine qui veuille bien les amener de Palm Island à l'île Oké. Or aucun ne souhaite les amener car l'endroit est réputé bien trop dangereux. Finalement ils finissent par trouver un capitaine qui d'abord rechigne, déclarant : « Voyez-vous je refuse d'être le complice d'un meurtre », mais finalement attiré par les billets que le producteur agite sous son nez, il finit par accepter. Arrivés sur place, les deux surfeurs commencent à surfer parmi les requins, que l'on voit sous leurs planche (illustration 22). Leur peur, qui est cependant manifeste, finit par être remplacer par l'excitation du danger. Même Lemmya, une jeune femme locale qui les accompagne sur le bateau, qui semble apprécier ce spectacle du surf de l'extrême, les congratule à leur retour : « Quelle fusée, les requins n'auraient jamais pu vous rattraper ».

Illustration 22: Blood Surf.

Mais le film de surf qui fait du requin l'ennemi n° 1 du surfeur est le surf movie d'horreur intitulé Instinct de survie (Shallows pour le titre en anglais, illustration 12). Il fait ainsi partie d'une autre sous-catégorie de films qu'on appelle les Shark movies (comprenant entre autres Les dents de la mer, En eaux troubles, 47 meters down...). Ce film raconte les déboires de Nancy, une surfeuse texane qui tente d'échapper aux persécutions d'un requins

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dans les eaux du Mexique (illustration 23). Ce surf movie a été très critiqué à sa sortie, car comme Les Dents de la Mer, il contribue selon les spécialistes, à façonner une mythologie du requin et développe le fantasme collectif du requin mangeur d'homme :

Dans «Instinct de survie», une jolie surfeuse est pourchassée par un squale sanguinaire. Le film alimente les clichés sur une espèce pourtant infiniment moins dangereuse que les moustiques et les chiens. «Cela fait beaucoup de mal aux requins, proteste Robert Calcagno, directeur de l'Institut océanographique de Monaco. Ce genre de films propage des clichés éculés.». Dans le film, Nancy, une jolie surfeuse, est pourchassée par un grand blanc. « Le scénario est fondamentalement inexact. Le requin blanc chasse par opportunité, il ne piste jamais sa proie des heures. » Ce squale peut, à l'occasion, mordre un nageur, mais, même dans ce cas, il ne le dévorera pas. « En revanche, sa morsure peut provoquer des hémorragies mortelles. Quant à arracher un membre d'un coup de dents, c'est impossible », tranche Robert Calcagno. « Quand il s'agit de requin, on plonge tout de suite dans l'irrationnel », soupire Robert Calcagno. Dans les zones des attaques (Réunion, Californie, Australie...), il existe pourtant des techniques éprouvées de gestion des risques : bouée équipée d'un sonar donnant l'alerte dès qu'un squale approche, boîtier attaché à la poignée des surfeurs (sharkpod) qui émet des ondes éloignant les requins... « Si Nancy en avait eu un, le film aurait duré une minute », ironise Calcagno. Sur grand écran, le requin tueur est devenu l'une des figures incontournables du film d'épouvante. A grands coups d'effets spéciaux et d'hémoglobine, Hollywood surfe régulièrement sur la peur primale que déclenche chez le spectateur l'aileron du squale, son regard glacé de prédateur et, bien sûr, ses redoutables mâchoires.21

Illustration 23: Instinct de survie. Le requin apparaît dans la vague prêt à attaquer.

Sans se focaliser uniquement sur la polémique et le manque de réalisme du scénario, il est intéressant de constater avec quelle ingéniosité et

21 «Instinct de survie» : des spécialistes dénoncent la caricature des requins au cinéma,

https://www.leparisien.fr/societe/les-requins-c-est-pas-du-cinema-21-08-2016-6057313.php [dernière
consultation le 23/08/2021]

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imagination, le réalisateur Jaume Collet-Serra et son équipe mettent à profit les équipements de la surfeuse afin de se sauver des dents du requin. C'est ainsi qu'après sa morsure, elle se sert du leash de sa planche pour se faire un garrot. Après s'être fait elle-même des points sur sa blessure avec sa boucle d'oreille, elle use d'un morceau de sa combinaison en néoprène pour protéger sa blessure tout juste recousue. Enfin, coincée sur un rocher pendant de nombreuses heures pour éviter de se faire à nouveau attaquer par le requin, Nancy use de son morceau de planche cassée afin de se protéger du soleil écrasant (illustration 24).

La dernière scène du film montre Nancy, quelques temps après l'accident avec sa cicatrice sur la jambe, qui malgré le traumatisme qu'elle a vécu s'apprête à aller surfer de nouveau, sa planche sous le bras, dans ses États-Unis natals. Cela évoque par ailleurs, Soul Surfer, film biographique qui retrace l'histoire vraie de la surfeuse hawaïenne Bethany Hamilton, championne de surf qui a continué à pratiquer parmi les professionnels après s'être fait arracher le bras par un requin.

Illustration 24: Instinct de survie.

L'ouvrage Coup de pression. Les surfeurs pro racontent leurs plus grosses frayeurs, recense un grand nombre de dangers qu'ont vécu les grands noms du surf. Adrien Toyon y raconte notamment,

comment il s'est retrouvé nez à nez à nez avec un requin alors qu'il surfait sur Teahupo'o :

C'était pendant une de mes premières sessions à Teahupoo. Il y avait environ 6 pieds (2 mètres) ce jour-là et j'étais sur le bowl ouest, à l'inside de la vague. À un moment, j'ai pris une vague et je me suis fait enfermer dans le tube. La vague m'a envoyé au fond, je me suis coupé un peu au dos et sur le coude. En ressortant j'étais près de la barrière de corail. Les deux vagues de la série suivante m'ont éjecté dans le lagon, en me coupant les pieds au passage. Et là dans le lagon, je suis tombé nez à nez avec un requin d'environ 1m. 50. Il était juste là à moins de 2 mètres de moi. Je voyais très bien son aileron dorsal et celui de la queue. C'était un pointe noire, je sais que ça n'attaque pas mais bon, ça a quand même des dents et moi je saignais. Il a changé de trajectoire quand il m'a vu et je l'ai perdu de vue mais j'arrêtais pas de me dire « si ça se trouve il est là juste en dessous de moi ». J'avais vraiment peur que le sang l'attire. 22

L'auteur de cet ouvrage de témoignages sur les dangers du surf, Romain Ferrand a d'ailleurs fourni dans les pages de ce recueil, un graphique intéressant, recensant les dangers du surf par catégorie et mettant en lumière la part en pourcentage des attaques de requins (8 %) par rapport aux autres accidents, faisant ainsi des attaques de squales, la quatrième cause de décès dans l'eau après les noyades in-extremis et les blessures (illustration 25).

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22 Romain Ferrand Coup de pression. Les surfeurs pro racontent leurs plus grosses frayeurs. 2014. Surf Session éditions. P. 38.

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Illustration 25: Source : Romain Ferrand. Coup de pression.

3/ Le traumatisme de l'accident

Plusieurs surf movies abordent le thème du traumatisme ou du stress post-traumatique que les surfeurs éprouvent suite à un important accident de session. À ce titre on peut citer Blue Crush. La toute première scène du film nous montre les scènes du cauchemar d'Anne-Marie. Dans son cauchemar, elle se revoit avoir son accident lors d'une session de surf, qui a failli lui coûté la vie, après avoir heurté un récif. Depuis l'accident, elle n'a plus osé participer à des compétitions. Elle repense à cette scène chaque fois qu'elle envisage une vague trop importante. Elle continue d'ailleurs à cauchemarder trois ans après le drame. De façon similaire, la scène introductive du film Blue Juice nous montre J. C. cauchemardant sur son ancien accident de surf où il s'était fracassé contre les rochers. Après son réveil on le voit d'ailleurs faire sa routine matinale en mettant une ceinture

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lombaire.

La question de la reprise du surf après un grave accident est très présente chez les surfeurs à tel point qu'ils font souvent appel à des coach mentaux pour les aider dans cette démarche et d'appréhender leur retour à l'océan étape par étape, comme le souligne l'article « Retourner à l'eau après un accident de surf » du magazine Beach Brother :

Retourner à l'eau implique souvent une appréhension. Le surfeur peut légitimement avoir la crainte de se confronter à nouveau au défi, à la vague surtout si la chute a été traumatisante. [...] Se remettre psychologiquement d'un accident est souvent plus long que la récupération physique. Tout simplement, on ne se sent pas de retourner à l'eau. L'appréhension, le stress et la perte de confiance en soi sont des réactions normales après un tel choc émotionnel. [...] Il faut donc revenir à l'eau progressivement, prendre son temps. Selon les personnes, cela peut prendre des semaines, des mois, voir des années avant de revenir au lieu du drame. Maya Gabeira aura patienté quatre mois avant de retourner sur sa planche à Hawaii. Mais il lui faudra beaucoup plus de temps - deux ans - pour retourner à Nazaré. Dans une interview accordée à Redbull, elle explique : « J'y ai énormément pensé dans les jours qui ont suivi, profondément et intensément. J'ai donné beaucoup d'interviews à ce sujet et tout le monde voulait m'entendre raconter la chose. C'était comme revivre l'accident encore et encore. Et puis j'ai passé deux mois sans pouvoir marcher, donc impossible d'oublier ce qu'il s'était passé. Mais dès que j'ai pu utiliser ma jambe à nouveau, j'ai laissé tout ça derrière moi. J'en parle rarement maintenant. Devoir en parler tout le temps, je dois dire que c'était oppressant ». Chacun vit donc sa reconstruction mentale comme il le sent, l'important étant de ne pas précipiter les choses, au risque de se blesser de nouveau, ou de mal vivre son retour à l'eau.23

3/ Vagues et dénomination : pour une cartographie du danger

La quasi totalité des surf movies ayant pour thème le surf de compétition ou l'apprentissage du surf de grosses vagues abordent la question du danger inhérente à la pratique du surf. Cela est si prégnant dans l'univers mental des surfeurs qu'ils attribuent des noms évocateurs aux spots les plus dangereux. Dans le film Blue Juice lorsque J. C reçoit la visite de ses amis surfeurs d'autrefois, ils souhaitent, pour leurs retrouvailles, surfer un reef très dangereux qui est appelé par les locaux The Boneyard autrement dit l'ossuaire en français. J. C. explique à ses amis la raison de ce nom : « This reef goes all the way out to sea. It takes a massive storm to send it

23 « Retourner à l'eau après un accident de surf », Beach Brother,

https://www.beachbrother.com/news/surf/retourner-eau-apres-accident-surf-948314756.html [dernière
consultation le 17/08/2021]

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off. The swell it rushes in, smashes against the rocks and boom, biggest waves you've ever seen. You see the waves, they suck all the water, it's gonna slang you straight into the slab » [Ce récif va jusqu'au large. La houle dans laquelle il s'engouffre, se fracasse contre les rochers et boum, ça fait les plus grosses vagues que vous ayez jamais vues. Tu vois ces vagues, elles aspirent toute l'eau, ça va t'envoyer directement dans le slab]. D'ailleurs à la fin du film, Dean, l'ami de J. C. va se blesser dangereusement à la tête en tentant de surfer les vagues de ce spot. C'est J.C. Qui va finir par faire ce reef pour aller secourir son ami (illustration 26), la scène se déroulant sous les yeux d'un public en tension sur la plage.

Illustration 26: Blue Juice : la planche de Dean, errant seule dans l'eau, suite à son accident.

Si la vague du reef de Blue Juice s'appelle le « Boneyard », celle du film Drift est quant à elle rebaptisée la « Morgue ». Un jour les deux frères Kelly décident d'aller en bateau à moteur prendre des photos d'une vague particulièrement dangereuse pour les besoins de la communication de leur nouvelle boutique de planches. Andy précise à propos de cette vague nommée localement la « Morgue », qu'elle est particulièrement difficile à prendre du fait de sa dangerosité. D'ailleurs lors de cette prise de photo risquée, les deux frères, suite à un mauvais timing, éviterons de justesse à leur bateau de se faire engloutir par la vague. Dans Chasing Mavericks, lorsque Frosty prépare Jay son élève, à surfer la vague de Mavericks, il lui

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montre en bateau tous les endroits dangereux qu'il doit connaître afin de les éviter. Parmi eux se trouve un amas de rochers à la surface qu'il lui montre du doigt : « l'endroit s'appelle le cimetière. Quoiqu'il arrive, ne laisse pas le courant t'entraîner là-dedans. Tu serais complètement déchiqueté ».

Ainsi après l'ossuaire, la morgue et le cimetière, c'est toute une géographie propre aux surfeurs, aux noms évocateurs, qui est élaborée par la communauté. En somme, nommer les choses, c'est se les approprier, et il est assez commun de nommer le danger afin de pouvoir en avertir ses pairs dans le milieu du surf. Mais il faut également garder en mémoire qu'attribuer des surnoms aux vagues dangereuses répond à deux objectifs : par goût du sensationnalisme ou pour s'attribuer la paternité d'une découverte (dans le cas présent d'une vague) : la « Belharra », vague d'Urrugne (France) pouvant atteindre jusqu'à 15 mètre de haut et nommée d'après le nom d'un monstre local du Pays Basque, « Ours » (la nôtre en français) est le nom d'une vague de Sydney prétendument découverte par les surfeurs du groupe Bra Boys ou encore « Jaws » la vague mythique de Maui.24

4/ La vague meurtrière

De nombreux surf movies mettent en avant ce qui est présenté comme LA vague meurtrière. Dans Blue Crush, c'est Anne-Marie qui, la veille d'affronter le Pipe, averti son fiancé du danger que représente ce ride afin qu'il ne minimise pas les risques que ce championnat comporte : « Le Pipe, c'est la plus grosse vague du monde, c'est pas juste un tour de force, on crève, des gens meurent ». Le Jour J, c'est le commentateur du championnat qui se charge de faire, pour le public spectateur, un état des lieux du danger, davantage pour faire sensation que pour faire de la prévention par ailleurs. Le danger, pour le présentateur fait donc parti du

24 « Les 8 vagues les plus effrayantes du monde », https://www.redbull.com/fr-fr/8-vagues-les-plus-effrayantes-du-monde [dernière consultation le 18/08/2021]

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show : « Imaginez les chutes du Niagara se déversant dans un mètre d'eau dont le fond est couvert de rochers et de lave, de récifs acérés et de cavernes sous-marines. Les vagues peuvent atteindre six mètres. Vous le savez les conditions du Pipeline Masters sont toujours difficiles. Mais aujourd'hui une seule erreur pourrait avoir des conséquences désastreuses. Plus de surfeurs ont perdu la vie ici que sur tout autre plage de la planète réunie ».

Le présentateur du Pipe Masters dans Blue Crush n'est d'ailleurs pas le seul à user de comparaisons et d'images fortes pour illustrer sa description du danger. Dans Chasing Mavericks, c'est Frosty qui va user de ce stratagème pour tenter de dissuader Jay de vouloir surfer la vague meurtrière de Mavericks : « Je sais que t'es un cador, tu surfes en virevoltant autour des autres, mais sur des vagues normales et régulières. Mais surfer une grosse vague, c'est pas le même refrain. Se faire éjecter et tomber de la face de ce type de vague, c'est heurter à 80 km/h une plaque de béton et c'est 1000 tonnes d'eau qui tombent sur ta p'tite gueule, t'es à moitié sonné, désarticulé, ça te pousse et te plaque au fond. T'as peur, il fait noir. T'aimerai être ailleurs ». Par ailleurs lorsque Jay vient voir Frosty pour la première fois afin qu'il lui enseigne à surfer les grosses vagues, le surfeur expérimenté qu'il est tente d'apaiser ses ardeurs de jeunesse en lui rappelant qu'il ne fait pas le poids. Il use d'une comparaison avec la boxe pour le moins surprenante : « Un amateur monte pas sur un ring de boxe contre Mike Tyson. Ça se fait pas comme ça. Je surfe ce break depuis plus de vingt ans. Est-ce que t'as idée de la force et des connaissances à avoir pour survivre à un break de ce genre ? ».

Si cette comparaison avec la boxe peut paraître singulière et disproportionnée à qui regarde ce film, il est toutefois plus courant qu'on ne le pense, de comparer le surf à un sport de combat. Le surfeur doit être un combattant capable de maîtriser son adversaire, la grosse vague, la vague meurtrière. Dans sa présentation du surfeur et designer Joran Briand, pour le magazine Surfer's Journal, le journaliste spécialisé Charles Flamand compare également la pratique du surf à la boxe et met en avant

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le fait que ces deux disciplines présentent plus de points communs qu'il n'y paraît :

Si la comparaison entre le surf et la boxe est éloquente, elle l'est à mon sens parce que nous sommes en présence de deux arts nobles. Le retour de la saison des vagues était l'occasion pour les Hawaïens de prouver leur audace et de légitimer leur rang dans la hiérarchie par leurs prouesses sur les vagues. La boxe quant à elle, tire ses lettres de noblesse de la haute société londonienne du XVIIIe siècle qui aimait à s'encanailler autour de rings de fortune, pour se livrer à des paris clandestins. Le surf et la boxe ont pour point commun d'avoir eu des maîtres qui ont élevé ces pratiques au rang d'art. Le style est au coeur des deux performances. Mohamed Ali, le plus grand boxeur de l'histoire, n'était-il pas un merveilleux danseur sur le ring ? Boxeur à la ville, surfeur à la plage, Joran Briand s'épanouit dans les deux domaines et sur les deux terrains.25

5/ Les autres dangers

On a tendance à penser que la vague ou les requins sont la seule source de danger du surf. Or il en existe tout un tas d'autres. Le film Instinct de survie est le seul à mentionner, outre le corail coupant, les méduses. En effet lorsque Nancy rencontre deux surfeurs locaux, ils la mettent en garde : « il y a un méchant corail de feu, ça pique comme une méduse ». Nancy réussira d'ailleurs à échapper au requin en nageant au milieu desdites méduses (illustration 27).

Illustration 27: Instinct de survie.

En effet de nombreux articles de magazines de surf mettent en garde

25 Charles Flamand, « Ouvert à l'Ouest », Surfer's Journal, n° 144, juin/juillet 2021, pp. 72-74,

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contre les allergies provoquées par les méduses. Une compétition a même été annulée en 2020 au Pérou sur le spot de Punta Hermosa à cause de milliers de méduses s'étant invitées sur le line-up.26

Dans le film North Shore, C'est le personnage de Turtle qui met en garde le jeune Rick, fraîchement débarqué d'Arizona pour tester les vagues hawaïennes. Lorsque Riock demande des « pointers » (des tuyaux),Turtle lui dresse par le menu tous les dangers possibles et notamment celui des grottes sous marines où le surfeur peut se faire piéger s'il se fait submerger par une vague trop puissante : « The reef starts just about here and it stretches all the way down to there. So when the wave breaks here, don't be there or you're gonna get drilled. If you bail before the wave breaks, get behind it. Otherwise, it might wash you into one of those caves down there. You might not find your way out. They're always pullin' bodies out of the caves ». [Le récif commence à peu près ici et s'étend jusqu'à là-bas. Alors quand la vague déferle ici, n'y sois pas ou tu vas te faire avoir. Si tu abandonnes avant que la vague ne se brise, place-toi derrière. Sinon, cela pourra t'emporter dans l'une de ces grottes là-bas. Tu ne trouvera peut-être pas ton chemin. Ils sortent toujours des corps des grottes.]

B) Surf Way of Life

Le surfeur « cool » est très souvent présenté comme dormant sur la plage, afin de ne pas louper une seule vague. L'une des premières scènes du film Blue Crush, nous montre Anne-Marie appelant l'un de ses amis qui dort dans un sac de couchage sur la plage afin de lui demander s'il y a des vagues. Outre un simple cliché, cet aspect peut constituer une véritable image idéalisée du surfeur, qui n'est pas attaché au confort matériel et qui est intrinsèquement lié à la plage, qu'il a peine à quitter. Cette image du surfeur dont la plage est le

26 « Une compétition de surf stoppée par des milliers de méduses »,

https://www.surfsession.com/articles/environnement/une-competition-surf-stoppee-milliers-meduses-215204981.html [dernière consultation le 23/08/2021].

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foyer est davantage liée à la première génération des surfeurs hippies. D'ailleurs la toute première scène du film Big Wednesday commence par des propos introductifs énoncés par le narrateur qui insiste sur ce point : « In the old days I remember a wind that would blow through the canyons. It ws a hot wind called a santana and it carried the smell of warm places. We would sleep in our cars and the smell of the wind would wake us » [Autrefois, je me souviens d'un vent qui soufflait dans les canyons. C'était un vent chaud appelé Santana et il transportait l'odeur des endroits chauds. Nous dormions dans nos voitures et l'odeur du vent nous réveillait]. Le narrateur du film Big Wednesday, évoque ces surfeurs qui dorment dans leur voiture. Ce surf lifestyle, est très présent dans les surfs movies. Dans Drift, c'est le personnage de J. B. qui vit et dort dans son van aménagé (illustration 28). Cela lui permet de vivre au plus près de la plage. Cette proximité géographique avec les vagues lui permet de faciliter son mode de vie, et notamment d'aller prendre des vagues avant le petit déj' comme cela est son habitude. Cette vie en van correspond donc à son esprit libertaire et son goût du nomadisme. Lorsque les frères Kelly proposent à J. B. de travailler avec eux dans leur boutique de surf devenant florissante, il décline et décide de repartir sur les routes en déclarant ne pas vouloir participer à l'industrialisation du surf.

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Illustration 28: Drift.

Le van ou la voiture aménagée du surfeur fait donc partie intégrante du monde du surfeur. Il s'agit pour le surfeur de se créer un microcosme dans son véhicule. Pour le jeune surfeur il s'agit, de plus, de se créer un univers secret, caché de ses parents. Il s'agit donc d'un espace de liberté opposable à la chambre que les parents peuvent contrôler. Le van du surfeur suscite d'ailleurs de la curiosité. Dans Puberty Blues, c'est la mère de Debbie qui ne peut s'empêcher de jeter un oeil à travers les rideaux du van de Dany et de découvrir, choquée dans son puritanisme, des photos de jeunes femmes nues dans l'arrière du van aménagé en couchette (illustration 29).

Illustration 29: Puberty Blues.

Le van du surfeur lui permet également, par la mobilité facilité qu'il suscite,

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d'être au plus proche des vagues. La proximité de l'océan ou du moins son accessibilité aisée est un élément fondamental du surf way of life. Dans Local Boys, alors que Willy apprend qu'il va être envoyé à Pendleton aux USA, il tente de se suicider car il pense que cela va en plus d'entraîner la séparation d'avec ses amis, de mettre fin à sa vie de surfeur. Randy parviendra à empêcher sa tentative en lui assurant que là-bas il y a également de belles vagues pour les surfeurs. Dans Big Wednesday, le personnage de Leroy est le seul du trio d'amis à ne pas parvenir à s'éloigner des vagues. Alors que Jack décide de s'installer plus dans les terres, Matt de s'occuper davantage, Leroy décide d'aller vers le nord : « where there are waves no man has ever seen » [où il y a des vagues que l'homme n'a encore jamais vues].

L'amusement et la fête font également partie intégrante du Surf Way of Life. Qu'il s'agisse de beach parties ou tout simplement de house parties étudiantes. Ces fêtes, réunissant les surfeurs, outre l'amusement et l'alcool sont aussi l'occasion d'expérimenter la drogue, le sexe, ou bien d'échanger des expériences de surf. L'un des exemples phare de ces surf parties se trouve dans Big Wednesday. On y retrouve tous les éléments précités. À un moment de la fête, se déroulant chez la mère de Jack, arrive un groupe rival, des crashers27, qui déclenche une bagarre cocasse aux yeux du spectateur du film. Le thème de la bagarre lors d'une fête surf se retrouve dans le film Drift, où, excités par les vapeurs de la boissons, les surfeurs en viennent aux mains avec le gang des bikers. Nous pouvons citer également Ride the Wild Surf où la house and beach party fait partie du mode de vie estival. C'est pendant cette fête que vont se naître les amours entre les surfeurs et leurs petites amies. C'est d'ailleurs pendant l'une de ces fêtes que Shelley va acheter une quantité incommensurable de feux d'artifices pour marquer son amour naissant avec Chase.

Nous retrouvons ce motif de la house party dans Puberty blues où Debbie, entraînée par ses amis surfeurs, fait l'expérience de l'ébriété.

27 Personnes qui viennent à une fête sans y avoir été invités.

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La fête de surf est également l'occasion de raconter des histoires de surf au coin du feu. Dans Point Break, à l'occasion d'une fête chez Bodhi, l'un de ses amis surfeurs raconte autour du feu, tel un conteur, l'une de ses expériences surfiques face à une vague géante : « Putain, elle se jette en avant, elle te précipite dans le gouffre, un mur de huit mètres à la verticale. T'as les boules putain et ça fait un boucan à réveiller les morts. Elle te pousse en avant comme si t'était une locomotive, un missile ». Johnny, imprégné par l'ambiance demande alors à Bodhi les plus grosses vagues qu'il ait surfé. Après lui avoir énoncé les noms tous plus exotiques les uns des autres tels que Waimea, McCaha, Dana Point, Bell's Beach, Bodhi poursuit en racontant l'histoire de la tempête des 50 ans : « deux fois par siècle l'océan nous fait comprendre à quel point nous sommes minuscules. Une tempête hivernale d'Atlantique déchire le Pacifique en deux. Elle envoie une immense lame de fond vers le nord sur 3000 km. En arrivant à Bell's Beach elle donnera la plus grosse méga vague qu'on ait jamais connu et moi j'y serais. Si tu veux atteindre les sommets faut être disposé à en payer le prix. C'est pas tragique de mourir pour ce qu'on aime ». Bodhi quitte donc le temps de son histoire son rôle de surfeur pour arborer celui de conteur le temps du récit de la tempête. Puis il passe de conteur à acteur. Il devient un acteur de théâtre, d'une tragédie surfique n'hésitant pas à se déclarer prompt à mourir, à faire l'ultime sacrifice de sa vie pour prendre la vague des 50 ans. En mentionnant le mot de « tragique » il se pose donc en surfeur tragédien n'hésitant pas à mourir pour la cause. Ces accès théâtraux n'échappent pas à Tyler, sa petite amie qui déclare simplement avant de s'en aller « ça pue les hormones ici ». L'histoire racontée par Bodhi s'avérera finalement prophétique. En effet, à la fin du film Bodhi se fait arrêter par Johnny. Bodhi lui demande alors une ultime faveur, celle de pouvoir surfer une dernière fois, sur la grosse vague de Bell's Beach. Johnny accède à sa requête sachant pertinemment que la vague l'engloutira.

Le surf Way of life est donc composé de plusieurs éléments très variés, du surf wear, au surf lifestyle en passant par le surf slang ou les surfs hobbies.

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Le film Surf II évoque, quoique de manière parodique, ce qu'est le surf way of life typiquement américain. Alors qu'une compétition de surf se prépare, la municipalité décide d'organiser une série d'événements autour de cette manifestation comme la surf week et la « big beach party » du vendredi soir., la veille de la compétition donc, devant se dérouler un samedi. Mais un événement fâcheux va intervenir. Les surfeurs vont peu à peu être kidnappés par un savant fou et être transformés en zombies. Les autorités, pensant que cela vient d'une boisson de type Coca-Cola, décident d'interdire ce soda ainsi que le surf dans le but de limiter la propagation de ce fléau. Un parent de surfeur s'oppose alors en déclarant : « For Christ Sake don't stop innocent kids from bringing cola and surfing. It's the American way. Surfing built this town ». Même si sa définirion de l'American Way of Life semble simpliste en la réduisant à deux éléments, il appuie cependant son argumentation sur le fait que la ville, sans le surf, ne serait rien.

Le surf way of life est par ailleurs admirablement bien décrit par Don Winslow dans son roman L'Heure des gentlemen, au travers du personnage de Boone :

Las de bavasser, il se laisse rouler de sa planche et couler au fond. Boone est sans doute plus à l'aise dans la mer que sur le plancher des vaches. C'était déjà un surfeur prénatal dans l'utérus de sa mère, l'océan est son église et il y communie quotidiennement. Il bosse juste ce qu'il faut pour se payer (tout juste) son matos de surf, et son bureau ne se trouve qu'à un pâté de maisons de la plage. Son domicile en est encore plus proche - il vit dans un bungalow sur une jetée qui surplombe l'eau, de sorte que l'odeur, le bruit et le rythme de l'océan sont toujours présents dans sa vie.28

C) Le désir de lointain, d'extraordinaire

1/ Classification et hiérarchisation des destinations surf

Si le surf est pratiqué depuis au moins le XIXe siècle, n'en attestent les découvertes des missionnaires dans les îles du Pacifique, le surf est

28 Don Winslow, L'Heure des gentlemen, éditions du masque, 2012, pp. 13.

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aujourd'hui dans l'esprit du grand public associé à deux lieux principaux : la Californie et Hawaï, puis dans un second temps le Mexique et l'Australie. Certains pays ne sont pas du tout associés à la pratique du surf dans les mentalités (c'est notamment le cas de la Chine ou du Japon entre autres). D'autres pays quant à eux se trouvent dans un entre-deux et cherchent à développer leur côté surf à coup de communication et d'organisation d'événements et compétitions de surf (on peut citer dans ce cas la France, l'Angleterre ou l'Espagne).

Il est donc intéressant de constater que comme le rappelle le sociologue Jérémy Lemarié, le he e nalu (surf), autrefois pratiqué dans le milieu circonscrit d'un archipel polynésien, qui a été menacé de disparition dans son histoire par les missionnaires qui le trouvaient peu moral, est aujourd'hui connu de tous et pratiqué par des millions de personnes. Au vu de cette ampleur, il y a de nombreux pays et régions du monde où l'on pratique ce surf même là où l'on penserait cela infaisable :

Le he e nalu s'est transformé en surf, une pratique estimée à 20 millions de personnes dans plus de 150 pays, y compris des endroits auxquels peut-être vous ne pensez pas comme la Bande de Gaza, Israël ou des états américains relativement froids comme l'Alaska. Pour qu'une pratique indigène devienne monde, il a fallu un certain nombre d'échanges de savoirs culturels. Le surf est aussi une activité urbaine, il existe le surf de rivière notamment à Munich ou dans certaines villes qui se situent au bord du littoral et qui sont très urbanisées, c'est le cas d'Honolulu qui fait partie pourtant des berceaux du surf moderne.29

Jérémy Lemarié mentionne donc qu'aujourd'hui on surfe partout, que chaque littoral est exploité (voir Annexe 1). On surfe désormais à la fois dans des pays au contexte politique compliqué et dans des régions aux conditions climatiques complexes. Il prend ainsi l'Alaska comme exemple. Dans le très beau documentaire The Endless Summer 2, documentaire réalisé par Bruce Brown en 1994, tout un passage est dédié au surf en l'Alaska où l'on voit même la scène pittoresque d'un grizzly intrigué par une planche de surf laissée sur le rivage (illustration 30). Le narrateur du documentaire nous explique que malgré la difficulté (et la dangerosité)

29 Jérémy Lemarié, « Surf: une histoire de la glisse, de la première vague aux Beach Boys », Conférence du 29 mars 2019, dans le cadre du Festival Histoire et Cité organisé par l'Université de Genève. https://www.youtube.com/watch?v=68VixgZAT k [dernière consultation le 15/08/2021]

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d'accéder au spot de surf en Alaska, l'expérience s'avère unique pour la poignée de surfeur qui s'y risque : « The surfer population in Alaska is two. Surfers will go to almost any lengths to get to the beach and ride some waves. Rusty Peterson and Craig Greene down Deadmen Creek which eventually leads you to Deadmen River.If you make it down Deadmen River, you come to Deadmen Forest. If you make it through Deadmen Forest, you get to the Deadmen Point and the Ocean It's just like you would expect, raining, windy, cold and miserable. But if you are a surfer you stoked, there's no one out. Kodiak Island, the Banana Belt of Alaska, water temperature, a balmy 39 degrees. These guys epitomize the surfing spirit. The conditions may not be great but they're still pumped. Your session is over when hypothermia sets in »30.

Illustration 30: The Endless Summer 2

Partant de cet état de fait, il s'établit de façon toute naturelle, chez les surfeurs, une hiérarchisation des pays bons pour surfer et pour lieux de surf

30 La population de surfeurs en Alaska est de deux. Les surfeurs feront presque n'importe quoi pour se rendre à la plage et surfer sur des vagues. Rusty Peterson et Craig Greene descendent le ruisseau Deadmen qui mène finalement à la rivière Deadmen. Si vous descendez la rivière Deadmen, vous arrivez à la forêt Deadmen. Si vous traversez la forêt Deadmen, vous arrivez à Deadmen Point et à l'océan. C'est exactement ce à quoi vous vous attendez : pluvieux, venteux, froid et désolé, mais si vous êtes un vrai surfeur alors vous serez ravi car il n'y a personne. L'île Kodiak est la Banana Belt de l'Alaska, où la température de l'eau est de 3 degrés. Ces gars incarnent l'esprit du surf. Les conditions ne sont peut-être pas excellentes, mais elles sont toujours incroyables. La séance se termine lorsque l'hypothermie s'installe.

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les moins mythiques, une volonté de s'affilier à grand renfort de communication, à des lieux de surf plus populaires et prisés. On peut notamment citer le cas de la côte landaise en France qui est affublée du surnom de « petite Californie française » dans la presse locale et nationale. Nous retrouvons cette hiérarchisation au sein même des Surf movies. Dans le film Solo, lorsque Nelo annonce à son ami sufeur qu'il va déménager au Canada pour vivre avec sa nouvelle petite amie, Alvaro lui rétorque avec surprise « Y a même pas de vagues au Canada ! ». Alvaro, surfeur chevronné, semble donc lui-même en proie aux stéréotypes et à une méconnaissance des spots de surf canadiens. En effet plusieurs endroits au Canada permettent de bien surfer. On peut citer entre autres Chesterman Beach ou Cox Bay Beach. Pour autant, les propos d'Alvaro reposent sur un fond de vérité. Même les sites internet d'informations touristiques ou sites internet d'informations sur le surf défendant qu'on peut attraper de belles vagues au Canada, reconnaissent humblement qu'il ne s'agit pas de la première destination qui vient à l'esprit lorsque l'on souhaite surfer. Un article du Surf Session de 2019 avoue notamment : « Le Canada n'est peut-être pas la destination rêvée pour un surf trip. Et pourtant... Si Damien Castera y avait déjà posé quelques gros turns il y a quelques années, rien ne vaut une visite guidée par un gars du coin. Embarquez avec le local Pete Devries, pour découvrir les joies de la glisse au pays de la feuille d'érable »31. Le Surfer Today quant à lui admettait : « When you think of Canada, surfing is not the first thing that comes to mind. But the truth is that the Great White North has immaculate surf breaks [...] But that doesn't mean you can't surf the waves of your life in Canada. » [Traduction : Quand on pense au Canada, le surf n'est pas la première chose qui vient à l'esprit. Mais la vérité est que le Great White North a des spots de surf immaculés [...] Mais cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas surfer sur les vagues de votre vie au Canada].32

31 « Canada : une année à Vancouver », https://www.surfsession.com/videos-surf/free-surf/canada-annee-vancouver-219197465.html [dernière consultation le 05/08/2021]

32 « The best surf spots in Canada », https://www.surfertoday.com/travel/the-best-surf-spots-in-canada, [dernière consultation le 05/08/2021]

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Cet aspect est traité de façon très similaire dans le film Instinct de survie. Le personnage principal, Nancy, d'origine américaine (et plus précisément de Galveston au Texas) qui décide de se rendre au Mexique afin de surfer en solitaire sur une plage déserte. Avant de se faire attaquer par un requin, elle rencontre deux autres surfeurs locaux qui lorsqu'ils devinent qu'elle est américaine, lui demandent automatiquement si elle est de « Californie ». Nancy, visiblement peu surprise de ce raccourci, leur répond qu'elle vient du Texas, ils répondent étonnés « Y a du surf au Texas ? ». Elle s'empresse de répondre « Oui mais c'est pas comme ici c'est sûr ». En effet pour beaucoup, la méconnaissance géographique des États-Unis, fait penser que le surf ne se pratique qu'en Californie en premier lieu et à Miami en second lieu. Pourtant la municipalité de Galveston et la presse américaine spécialisée du surf défendent la diversité des territoires américains du surf et combattent l'idée que le surf ne soit que Californien. N'en témoigne cet article du magazine en ligne Surf Line qui défend l'idée du voyage surf à Galveston :

Often referred to as the «Third Coast,» the Texas surf scene has a lot going for it. The common cliché is that there's no surf in Texas, which is fine with the locals because it keeps all the yocals and out-of-towners away. The dirty little secret is that on its day, coastal towns like Galveston get pretty dang good. [...] Made famous after being featured in The Endless Summer II, there's a proper surf scene dedicated to riding the wakes of large oil tankers as they move through the Galveston shipping channels. So don't believe what you hear, Texas ain't all swinging doors and dusty boots, the surf scene's legit and the locals are proud of where they come from. 33

Le même raccourci États-Unis-Surf-Californie est utilisé dans le film Drift (2013). Lorsqu'Andy rencontre la surfeuse Lani pour la première fois, il pense qu'elle est américaine. Il lui demande automatiquement « Laisse-moi deviner, tu es de Californie du Sud, de Malibu c'est ça ? ». Lorsque Lani lui

33 Traduction : Souvent appelée la « Troisième côte », la scène surf au Texas a beaucoup à offrir. Le cliché commun qu'il n'y a pas de surf au Texas, convient aux locaux car cela maintient éloigné les étrangers. Le petit secret est que certains jours les villes côtières comme Galveston sont plutôt bonnes. [...] Rendue célèbre après avoir été présentée dans The Endless Summer II, au travers d'une véritable scène de surf tournée dans les canaux de navigation pétroliers de Galveston. Alors ne croyez pas ce que vous entendez, le Texas n'est pas que des portes battantes et des bottes poussiéreuses, la scène surf y est légitime et les habitants sont fiers d'où ils viennent.

Source : « Galves/on travel and surf guide », https://www.surfline.com/travel/united-
states/texas/galveston-/county/galveston-surfing-and-beaches/4692883 [dernière consultation le 17/08/2021]

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annonce qu'elle est hawaïenne, il semble surpris qu'elle soit en Australie : « Qu'est ce qui t'a pris ? T'en as eu marre des eaux chaudes et des vagues parfaites ? ». Andy établit donc par ce simple propos qui peut paraître anodin, une hiérarchie entre les lieux du surf. Il considère ainsi qu'Hawaï est bien mieux pour surfer que l'Australie.

Le film Ride the Wild Surf dont l'intrigue se déroule sur fond de compétition de surf à Oahu, défend également l'idée qu'Hawaï est la meilleure destination pour surfer parmi toutes les autres. Dès le début du film, le spectateur peut entendre la voix du narrateur , sur fond d'images de surfeurs en action, déclarer : « Hawaï with the biggest wildest waves of the world. For two weeks the best waves ridest show from everywhere. Everyone of the burning with the surf fever have to try themselves ». [Hawaï avec ses vagues les plus grosses et les plus sauvages du monde. Pendant deux semaines, ici, la meilleur compétition de surf du monde. Tous ceux qui brûlent de la fièvre du surf doivent essayer].

Ainsi de nombreux surfeurs du monde entier viennent sur l'île afin de participer à la compétition. La rivalité se manifeste entre les participants par le biais de leur origine géographique. Les trois protagonistes principaux du film que sont Jody, Steamer et Chase rencontrent sur la plage d'Oahu des connaissances à eux qu'ils ont rencontré en Australie. Ces derniers les mettent en garde contre les vagues hawaïennes : « Take it easy there, this isn't Melbourne ». Il est donc très commun dans la communauté de surfeurs de comparer Hawaï et l'Australie, Hawaï et la Californie par le critère de la taille et de la dangerosité des vagues.

Le film North Shore (1987) met en scène un jeune garçon du nom de Rick qui gagne une compétition de surf dans son Arizona natal. L'on peut se demander tout naturellement comment on peut surfer en Arizona, n'étant pas un état côtier. En effet Rick, originaire de Tempe, a participé à une compétition sur un « tank wave » (piscine à vague). Les premières images du film nous montrent Rick en train de surfer lors du championnat, et l'on peut très bien se rendre compte qu'il ne s'agit en aucune manière de

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vagues océaniques. Par ailleurs la magie est rompue dès lors que l'on voit Rick sortir par une échelle de piscine, à l'issue de l'annonce de sa victoire par le commentateur (illustration 31).

Illustration 31: North Shore.

Cela permet de montrer qu'il est aujourd'hui possible, grâce à la technologie, de surfer partout. Mais bien évidemment Rick rêve de lointain et de vraies vagues. C'est ainsi que grâce à l'argent remporté lors de la compétition, il va se payer un voyage de surf à Hawaï. Arrivé sur place, il va rencontrer deux surfeurs. Lorsqu'ils lui demande d'où il vient, Rick a honte et e veut pas dire qu'il vient d'Arizona de peur d'être décrédibilisé et rejeté. Il ment et répond donc « kind of outside LA ».Maais très vite ses compagnons surfeurs vont se rendre compte qu'il n'est pas adapté en termes d'équipement pour affronter les vagues d'Hawaï. Sur la plage ils se rendent compte que sa planche possèdent deux ailerons (appelée twinnie). Ils se moquent alors gentiment du « mainland guy » (garçon du continent) : « Twinnie? No one rides twin fins in Hawaii. He must think he's still on the mainland ».

Il est très commun que les surfeurs expérimentés se moquent du manque de matériel des surfeurs novices. Dans Point Break, lorsque Bodhi voit la planche de Johnny, il se moque également : « Ah ça c'est une planche, y a

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pas de doute. J'avais une Chevrolet 57 qui lui ressemblait... ».

Lorsque Rick finit par prendre une vague avec sa planche à deux ailerons, Rick manifeste son excitation envers ses deux camarades d'avoir pris sa première vague hawaïenne, qu'il qualifie de « hot wave ». Les deux garçons tempèrent ces ardeurs en lui rappelant qu'il ne s'agissait en définitive que d'une petite vague comparée aux autres : « That wasn't a wave, that was a ripple. Seen bigger waves in a toilet! » [Ce n'était pas une vague mais une ondulation, j'ai vu de plus grosses vagues dans les toilettes].

Ainsi tout est une question de point de vue. Les deux surfeurs ne partagent pas, ni n'accompagnent l'excitation de Rick car ils sont habitués voire blasés des vagues hawaïenne, mais pour Rick qui n'a connu que les vagues de piscines, cette « vaguelette » hawaïenne remplit à la perfection son désir de sensation forte, de lointain et d'extraordinaire.

Il faut rappeler que la première wavepool qui fut ouverte fut celle de Budapest en Hongrie en 1927. La première wavepool qui fut surfée fut celle de Tokyo en 1966. Aux États-Unis, la ville de Tempe revendique être la première ville américaine à avoir développé la première piscine à vague du pays. Le film documentaire Indoor Surfers datant de 1929 et produit par Pathé nous montre d'ailleurs de très belles images de la piscine à vagues de Munich en Allemagne qui était vue comme une véritable révolution technologique à l'époque (illustrations). Le documentaire disait d'ailleurs dans une phrase semblable à un slogan « No more placid waters for bathers » (Fini les eaux calmes pour les baigneurs). Aujourd'hui les piscines à vagues sont vécues comme des attractions par la majorité des surfeurs professionnelles et sont d'ailleurs critiquées pour leur impact écologique.

Illustration 32: Indoor surfers

Illustration 33: Indoor surfers

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Dans Rip Girls, c'est le personnage de Sydney qui se fait moquer des jeunes surfeuses d'Hawaï. En effet alors qu'elle se présente à la communauté de surfeuses, la première chose qu'elles lui demandent est son origine. Lorsque Sydney répond Chicago, elles répondent sur un ton ironique : « Ah c'est une région où on fait pas de surf ». Sydney répond sur le même ton : « Non, on ne fait pas de surf sur le lac Michigan ». En effet pour les Hawaïens, c'est la Californie, qui occupe aux USA, le haut du pavé surfique. En effet le surf est l'un des symbole de cet état et un véritable art de vivre :

Si l'État le plus riche et le plus peuplé des États-Unis doit autant son surnom de Golden State à la lumière du soir qui l'enveloppe qu'à ses ressources généreuses, le surf est alors le meilleur symbole. Il faut avoir admiré le soleil tombant derrière la Pacifique tout en surfant l'une de ses vagues pour le comprendre. Le surf en Californie est un art de vivre assumé depuis la première moitié du XXe siècle, alors forcément on sent le poids de l'histoire à chaque virage . Sur ce littoral viennent mourir des bijoux de vagues que les Californiens sont nombreux à apprécier. La ruée vers l'or bleu est permanente.34

2/ Le surf trip

Le voyage sur le thème du surf devient de plus en plus fleurissant depuis la commercialisation autour de ce sport. Aujourd'hui, de nombreux organismes proposent ce que l'on appelle des « Surf Camp », à savoir des séjours de plusieurs jours, tout compris, incluant l'hébergement et un nombre d'heures de surf (selon les formules) encadrées par un moniteur. Le Surf Trip a notamment été popularisé par le célèbre documentaire de Bruce Brown (1966). On parlait même alors de « Surfari ». Le surf trip permet de découvrir et de faire découvrir (et donc de démocratiser, de populariser) de nouveaux spots de surf voire de nouveaux pays. C'est ainsi

34 Damien Poullenot, Surf Trip. Voyages et vagues autour du monde, Tana éditions, 2018.

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que The Endless Summer a fait découvrir l'Afrique du Sud aux surfeurs. Sea of Joy, documentaire de 1971 de Paul Witzig, a lui aussi participé à la fortune surfique de l'Afrique du Sud. Au regard du monde du surf, le surf tour peut-être comparé au « Grand Tour » accomplis par les jeunes peintres en Italie pour se former à la peinture. Il existe plusieurs types de Surf Trip décrits dans les surf movies. Nous pouvons citer par exemple le cas du « Big Wave Tour » exalté dans In God's Hands, à savoir les surfeurs parcourant le monde pour la recherche exclusive des grosses vagues. Aujourd'huibon nombre de magazines et de guides valorisent le surf trip comme une expérience incontournable pour être un surfeur accompli :

Chacun son trip. Jouons un peu... Vous êtes plutôt pointbreak ou beachbrekak, surfcamp ou roadtrip, baroudeur solo ou todo-includo, cold beer ou pina colada ? Pour vous confectionner un trip sur mesure, on va se demander quel surfeur vous êtes et ce que vous recherchez quand vous voyagez. Sans chercher à vous mettre dans une case, voilà plusieurs catégories de surf trips, et pour chacun d'entre eux, quelques destinations qui peuvent correspondre. Bonne découverte ! Première configuration : surftrip = voyager pour surfer. Point barre ! Vous partez seul ou avec des potes qui ont la même motiv' que vous : surfer de « vraies vagues » jusqu'à ce que les bras vous en tombent ! Le décor importe peu, l'hébergement et la restauration pas plus, tant qu'ils vous permettent de récupérer des forces entre deux sessions. Ce qui compte c'est la qualité des vagues (selon vos critères personnels) et éventuellement le monde à l'eau pour que vous ne soyez pas un simple spectateur. Que l'on soit étudiant avec de longues vacances mais peu de revenus, ou salarié un peu plus fortuné mais n'ayant pas plus de 5 semaines pour en profiter, on va toujours vouloir optimiser son timing et son budget quand vient le meilleur moment de l'année. Il va s'agir en respectant ces contraintes de trouver le trip qui va coller à vos rêves de surfeurs... et à ceux de ceux qui vous accompagnent. Heureusement on a l'embarras du choix aujourd'hui, ce guide présente 16 territoires de surf ainsi que 16 alternatives et il existe encore bien plus de destinations pour étancher sa soif de vagues exotiques. Alors ce prochain trip, on le prépare dès aujourd'hui !35

Nous allons essayer ici d'établir une typologie des surf trips possibles, au travers des surf movies.

a- Le surf trip sponsorisé

Le premier est celui lié à la commercialisation surf et à la sponsorisation des surfeurs professionnels. Les surfeurs les plus connus voyagent à travers le monde, sous l'égide de sponsors, afin de participer à un grand nombre

35 Surf Session. Guide destinations. 120 spots ou surfer. Tout pour s'organiser.

de compétitions. Ce type de Surf Trip est très bien décrit dans le film Blue Crush. Lorsque Anne-Marie et ses deux amies surfeuses croisent à une station service la championne Keala Kennelly36 qui vient effectuer une compétition dans leur ville, Lena décrit son mode de vie idyllique : « Elle mène la belle vie elle. C'est sa commanditaire Billabong avec elle. Elle a remporté la compétition à Tahiti. Quelle vie ! Elle reçoit 50 000 dollars chaque fois qu'elle paraît dans un magazine, plus 5 encore si elle fait la couverture. Elle a tout gratuitement, vêtements, planches, montres, lunettes de soleil. Elle a pas besoin de porte-monnaie. Il te suffit d'une bonne vague au Pipe Master et tu seras commanditée comme elle. Tu voyageras partout dans le monde, tu surferas en Inde, en Australie, à Tahiti. Le tour du monde en surf, et on va te payer pour surfer sur des vagues parfaites ».

Outre le sponsoring des grandes marques, le surf trip peut être « sponsorisé » par un gouvernement. Ainsi aux États-Unis, à San Diego, le Wind & Sea Surf Club ont reproduit le surf trip initiatique avec le soutien de Ronald Reagan, alors gouverneur de Californie pour encourager les surfeurs à devenir des ambassadeurs non officiels des USA par le surf trip (Tahiti, Nouvelle Calédonie, Australie, Nouvelle Zélande, Fidji...).

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36 Surfeuse professionnelle américaine née le 13 août 1978 à Kauai, Hawaï. Elle est la première femme à avoir surfé la grosse vague de Teahupoo à Tahiti.

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b- Le far away trip et le close trip

Il existe également deux grands surf trips que les surfeurs peuvent effectuer. Le surf trip dans des contrées lointaines et jugées exotiques (notamment sous l'influence des magazines de surf, qui font des conseils de voyages spécialisés), mais aussi le surf trip au sein d'un même pays, le temps de vacances, pour découvrir la côte de son propre pays. Ces deux types de trip sont évoqués dans les surf movies. Dans le film Solo, c'est Alvaro qui éprouve de la rancoeur contre son ami surfeur Nelo : « On avait un projet. On devait aller surfer à l'autre bout du monde ». En effet, Alvaro avait acheté deux billets pour aller surfer pendant 8 semaines en Indonésie avec son âme soeurfeur, mais Nelo a rencontré une femme et abandonné ce projet. Le décrédibilisant au passage, jugeant que le voyage à l'autre bout de la planète n'est pas un projet sérieux : « Aller surfer à l'autre bout du monde, c'est le genre de promesse qu'on se fait un soir mais qu'on réalise jamais ». Alvaro était pourtant bien décidé à faire ce voyage de plusieurs milliers de kilomètres pour vivre ce qu'il pensait être l'une des expériences majeures de sa vie.

À l'extrême inverse, le voyage de surf peut s'effectuer ou bien dans le pays voisin (les jeunes surfeurs californiens vont souvent au Mexique car cela

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représente un surf trip accessible financièrement, de nombreux surfeurs français vont s'essayer aux vagues de la Cornouailles ou espagnoles et vice versa), dans une région voisine ou encore dans un état voisin. Dans le film Ride de Helen Hunt, Jackie va effectuer un voyage de New York à la Californie dans le seul but d'épier son fils surfeur. Elle va donc s'essayer au surf pour comprendre les motivations de son fils, transformant ainsi son voyage d'espionnage en un surf trip local. Pendant ce surf trip elle va même découvrir la « bande » de son fils. En partant du bar où ils étaient, la bande va laisser tomber un peu d'herbe. Jackie va donc la récupérer et en fumer avec son instructeur de surf découvrant par le surf trip le surf way of life. Elle expérimentera deux trips donc, le trip surfique et le « trip » lié à la consommation de substances psychoactives.

c- Le surf trip entre amis

Le surf représente souvent une bonne excuse pour un groupe d'amis, de faire une escapade le temps d'un week-end, d'une semaine. Dans les surf teen movies, le surf trip est souvent l'occasion de s'extraire du contrôle parental et de pouvoir non seulement faire du surf mais aussi faire des fêtes, être avec ses petit(e)s ami(e)s. Dans Newcastle, Scotty profite de l'absence de ses parents, partis en week-end sur Sydney pour prendre leur voiture et proposer à ses trois amis, Andy, Nathan et Jess de faire du camping sur la plage et du surf à Stockton Beach : « We should hit Stocko this weekend. Camp the dunes, get some waves ». Ils en profite par la même occasion pour inviter des filles de leur connaissance.

Arrivés sur place, ils vont profiter de ce temps, non seulement pour surfer mais aussi pour boire autour d'un feu de plage, draguer et avoir des relations sexuelles. Ils s'endorment par la suite ou dans la voiture ou dans des sacs de couchage. Le lendemain, aux premières lueurs du jour, Scotty réveille les autres car il voit des vagues intéressantes. Dans un esprit de fraternité il ne souhaite pas en profiter seul mais partager cela avec ses camarades : « There you are, Nathan get up ! Small and glassy, just the way

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you like it ! ».

Ce temps d'escapade qui permet de s'échapper de la bulle familiale, scolaire, et de la routine quotidienne est assimilable à ce que l'on appelle les fêtes sportives. En effet Pascal Duret et Christian Pociello, ont étudié le mécanisme de fonctionnement des fêtes sportives du surf et du rugby, et montrent qu'elles répondent toutes deux à une succession de mécanismes :

La fête sportive suppose de sortir de l'espace familial. Ainsi le jeune surfeur quitte son domicile pour reconstruire un monde à part, son « pays imaginaire » et fuir la communauté des adultes. Fête et pratique sportive se déroulent sur un même écosystème : le bord de mer. La plage est aménagée à cette fin : parterre douillet de serviettes, feu de bois et plateaux sur tréteaux pour les victuailles, sont de rigueur. Entre l'eau et le sable, on va et on vient. Les marées déterminant l'amplitude des vagues rythment les activités de la journée. Aux heures creuses de l'après midi, on débouche des bouteilles et verre après verre, on attend la « sunset session », moment privilégié de la tombée de la nuit où les meilleures vagues alliées à l'euphorie provoquée par l'ébriété, procurent aux surfeurs les plus grandes sensations. À la nuit noire, seul le crépitement des flammes s'obstine à répondre au sourd martèlement du rivage par les vagues. Au milieu de la nuit, les meilleurs surfeurs retournent sur l'eau. Les autres s'allongent sous des couvertures, manière de réveiller, par la promiscuité des corps, des instincts assoupis par l'abus d'alcool.37

On peut également citer le surf trip effectué par Matt, Jack et Leroy au Mexique dans le film Big Wednesday. Le Mexique apparaît donc pour les américains, comme une destination privilégiée pour faire un surf trip entre amis. Dans Local Boys (2002), Randy et ses amis, à l'occasion du départ de leur ami Willy pour les marines, décident de faire une « final surf adevnture » au Mexique dans un spot secret au nord de K38. Ce voyage surfique entre amis, apparaît comme étant symbolique puisqu'il marque la fin d'une époque, celle de leur groupe d'amis unifié. Leur surfeur mentor, Jim, comprend très bien l'importance de ce voyage, à tel point qu'il offre une planche à Randy lui permettant de surfer de grosses vagues, en lui déclarant : « It might bring out the soulfulness of your surfing » [Cela pourrait t'aider à faire ressortir l'âme de ton surf]. Ils finissent par accéder au spot mexicain par un chemin en pente hasardeux, qu'ils qualifient de « hamajang », « hot trail ». Ils bivouaquent sur la plage et portent un toast

37 Pascal Duret et Christian Pociello, « Fêtes sportives et expression de la virilité », Agora débats/jeunesses, 7, 1997. Les jeunes et les fêtes. pp. 55-62.

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à ce spot secret qu'ils rebaptisent Willy's Rocks, en hommage à leur ami sur le départ pour l'armée. La dénomination de ce spot, à la faveur d'un feu de camp, leur permet donc de se l'approprier. D'ailleurs, à la fin du film, lorsque Jim fait officiellement partie de la famille de Randy et Skeet puisqu'il est fiancé avec leur mère, Skeet déclare : « Now you are part of Willy's secret surf club ».

d- Le surf school trip

Le film Surf School (2006) nous présente un autre type de voyage, le surf trip financé par l'école ou l'université. L'intrigue de ce film tourne autour de deux groupes rivaux. L'un est un groupe de 3 surfeurs aguerris, emmenés par leur leader Tyler, qui se font financés par leur université, l'université de Laguna Beach, pour représenter les couleurs des États-Unis lors du championnat international universitaire du Costa Rica (illustration 34). Ils vont donc y aller accompagnés de leurs petites amies. Parallèlement Jordan, le rival de Tyler, et ne connaissant nullement le surf, décide de motiver ses amis afin de se présenter également au championnat du Costa Rica.

Illustration 34: Surf Academy.

Ce championnat universitaire sera l'occasion pour Jordan et ses amis de se

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redécouvrir et de fortifier leur amitié par le biais du surf. Il est intéressant par ailleurs de constater que le Costa Rica est assez peu connu comme étant une destination surf. Pourtant de nombreux spots intéressants s'y trouvent comme Playa Negra ou Junquillal. Le numéro 380 du magazine Surf Session parle d'ailleurs du Costa Rica en termes élogieux :

Le Costa, pays de la 'Pura Vida', possède des allures de Paradis. Le Costa Rica est neutre, sans armée. Son développement économique donne la priorité à l'éducation, à la santé et à l'environnement. Le pays hérite d'un indice de développement humain exemplaire. Il y a cependant des vagues et du bon surf dans le pays. On peut définir des endroits comme étant des 'surf cities'. Spots, plages, rues et commerces y sont sécurisés et les étrangers y sont plus représentés que la population locale. Les vagues sont plutôt chouettes et déroulent à la perfection. Le swell est là et les gars s'en donnent à coeur joie.38

D'ailleurs la photographie de couverture de ce numéro est un très beau cliché de Tiago Carrique surfant au Costa Rica, prise par le photographe Bastien Bonnarme.

3/ À la recherche du spot perdu

À l'heure de la massification de la communauté surf, du fait de sa

38 Olivier Dézèque, « Yin & Yang », Surf Session, n° 380, été 2021, pp. 74-83.

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médiatisation et de sa professionnalisation, beaucoup de surfeurs peinent à trouver des endroits (spots) encore vierges de tout surfeur, où il ne faille pas attendre sur le line-up pendant de longs instants avant d'attraper la prochaine vague. Ainsi la recherche d'un spot isolé, secret est au centre des préoccupations des surfeurs. Ils vont parfois jusqu'à prendre des risques pour pouvoir trouver L'ENDROIT par excellence où les vagues ne seront pas surpeuplés par les touristes ou surfeurs amateurs. Dans Chasing Mavericks, le jeune Jay comprend très vite en épiant son voisin Frosty, surfeur pro, qu'il fait de nombreux kilomètres en voiture chaque matin afin de rejoindre un spot de surf connu de lui seul et d'un nombre restreint de ses amis. Ainsi un matin, Jay va jusqu'à s'allonger sur le toit du mini-van de Frosty afin de découvrir la localisation de cet endroit. Frosty finit par le surprendre. En colère, il le met en garde de bien tenir sa langue pour garder cet endroit secret : « Toi et moi on oublie comment t'es venu ici et pour tous les mecs plus ou moins concernés, cette vague est un mythe. Ça c'est genre monstre du Loch Ness. Et les trois autres et moi, on veut pas que ça change c'est clair ? ».

La recherche d'un spot de surf idéal, en plus de l'expérience de surf inédite que cela peut procurer, répond à un autre objectif, celui de l'évasion, de goûter autre chose que le spot de surf routinier et quotidien. C'est ce qui fait souhaiter à Lena dans Blue Crush, alors qu'elle attend une vague avec ses deux amies : « Si on avait un bateau, on pourrait se faire un tour des îles pour trouver un endroit secret démentiel ».

Ainsi le spot de surf ultime, pour qu'il soit incroyable doit répondre à trois

critères. Il doit être :

-Secret ou caché

-Difficile d'accès

-Extra-ordinaire

Le spot rêvé par Lena répond à deux de ces critères puisqu'elle souhaite trouver un endroit « secret et démentiel ». Le goût du secret est quelque

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chose de très important chez le surfeur ou la surfeuse, surtout lorsqu'il s'agit de préserver un spot de surf incroyable. Dans Instinct de survie, Nancy décide de se rendre au Mexique pour se rendre sur un spot reculé uniquement connu des locaux. Elle loue les services d'un chauffeur local afin de pouvoir s'y rendre, car l'endroit n'est marqué sur aucune carte. Lorsque son chauffeur lui demande comment elle en est arrivée sur les routes de ce spot elle répond : « La seule raison qui m'a fait faire ce voyage avec mon amie était de trouver la plage secrète ». Bien que son amie ne puisse finalement l'accompagner à cause d'une gueule de bois, Nancy décide d'y aller seule. Sur le chemin elle tente de soutirer des renseignements à son conducteur et lui demande le nom de cette plage secrète. Suite à son long silence, elle comprend que le conducteur ne souhaite pas lui dire le nom du spot pour le préserver. Nancy esquisse un léger sourire car elle comprend tout à fait la démarche et ne s'en offusque pas. Plus tard lorsqu'elle commence à surfer sur ladite plage secrète, elle rencontre deux autres surfeurs locaux. Elle revient à la charge et leur demande le nom de l'endroit. L'un deux lui répond avec ironie : « Si je te le dis, il faudra que je te tue ».

Ce même goût du secret est cultivé par Steve Addington dans le film Surfer, Dude. Venant tout juste d'intégrer une émission de télé-réalité sur le surf, l'un des producteurs lui demande qu'elle est son vague préférée : « What is your favorite break ? ». Il répond tout simplement « I will not tell you ».

Le spot apparaît donc comme un havre de paix où le surfeur peut échapper aux touristes et donc pratiquer en toute liberté. Dans le film Solo, lorsque la soeur d'Alvaro, le surfeur appelle son frère et tombe sur sa messagerie, son message vocale présuppose qu'il est dans un endroit perdu, sans réseau, dont lui seul à la connaissance : « Salut grand frère, on est samedi donc j'imagine que tu dois être en train de fuir les touristes dans un de ces petits coins reculés que tu es le seul à connaître ». Dans Shelter, lorsque Zach et Shaun vont surfer ensemble, ils vont d'abord dans un spot fréquenté. Shaun est horrifié à la vue des vagues pleines : « It's a fucking circus out

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there ! ». C'est ainsi que Shaun amène Zach dans un endroit plus calme et isolé où le surf peut-être pratiqué de manière plus intimiste. Zach est émerveillé par cette découverte : « This is rad ! ». Shaun lui explique alors pourquoi il ne lui a pas montré avant. Il avait peur que si le bruit concernant cet endroit se propage, ce spot ne devienne un repaire d'''étudiants : « Sorry I never told you and Gabe about this place, I didn't want it to turn into the remnants of your keggers39 every sunday morning. It's my place I use to come to get away ». Il est intéressant de voir que Shaun n'en a pas parlé à Zach, pas plus qu'à son propre frère, Gabe, lui aussi surfeur. La sauvegarde de cette endroit est si importante qu'il ne préférait pas partager ce secret avec cette famille. Le fait qu'il le montre à Zach, témoigne d'une marque de confiance et de respect qu'il lui porte. Enfin Shaun qualifie cet endroit de « My place ». Il se pose donc en surfeur-explorateur, un Christophe Colomb du surf qui a le premier découvert cet endroit, qu'il visite régulièrement comme un échappatoire.

D) L'utopie et la dystopie surf

L'utopie surf la mieux illustrée en surf movies est probablement celle du film Instinct de survie car elle remplit plusieurs conditions. Il s'agit d'un lieu secret et difficilement accessible, semblant hors du temps (u-chronos) et hors de l'espace (u-topos). Il s'agit d'un lieu non précisément localisé. Le spectateur du film sait uniquement que le spot de surf utopique où se trouve Nancy se situe au Mexique. Nancy elle-même ne connait ni le nom ni la localisation précise de ce spot. Elle doit se faire accompagner par un chauffeur local pour y accéder. Ce lieu est donc sans nom (a-onuma) et qqui semble n'être régit par aucune loi (a-nomos). Un élément majeur qui fait de ce spot un lieu utopique pour Nancy est qu'il y fait chaud et qu'il présente de très belles vagues. Lorsqu'elle appelle sa soeur depuis la plage elle lui décrit ce lieu incroyable « Le surf ici c'est fabuleux, tu peux pas imaginer les tubes parfaits que j'ai accroché ici ». Cet endroit est également

39 Keggers : soirée étudiante où la bière est abondamment servie.

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utopique car seule une poignée d'initiés le connaissent. En tout et pour tout dans le film, seulement 6 personnes auront accès à ce spot. Le seul élément qui va venir rompre cette utopie est bien évidemment le requin qui va pourchasser Nancy tout au long du film.

L'utopie surf est aussi un endroit dont l'on rêve mais dans lequel on est jamais allé et qui revêt donc les attraits d'une légende fantasmée d'une part du fait de son éloignement géographique et d'autre part par son exotisme. Dans Drift, lorsqu'Andy, en voyant le mur du van de J. B. tapissé de photos de surf, lui demande où il n'a pas surfé, J. B. répond à Grajagan. S'en suit alors de sa part une description de ce lieu idyllique : « C'est une bouche de malade, elle aspire à bloc et fait un bowl énorme. Y en a pas beaucoup qui ont eu la chance de surfer là-bas. C'est un amerloque qui l'a trouvé et je sais pas comment il a fait car elle est cache au fin fond de la jungle indonésienne. C'est une vraie mission commando pour y aller. Les meilleurs spots sont tous comme ça. Si Dieu était surfeur, ce serait son spot de prédilection ». En somme J. B. développe l'idée que le stop utopique se mérite et qu'il faut être prêt à en payer le prix (le danger pour s'y rendre) pour accéder à ses délices. J. B. introduit également un élément intéressant, il fait de ce spot une sorte d'Eden surfique en introduisant l'élément religieux dans sa description.

En effet les sites et magazines qui usent du terme « Mecque », « Paradis » pour décrire une destination de surf prisée sont légions.40 Le numéro 380 de Surf Session décrit l'île de Saint Martin comme un lieu de rêve, une véritable utopie du surf qui a su conserver son authenticité, son unicité, et qui semble être un lieu non corrompu par les péchés de l'avarice et de la luxure et des géants de l'univers surf :

La terre émergée de l'oasis n'est pas plus vaste que 93 kilomètres carrés. C'est petit mais assurément rempli de bonnes surprises. Si la circonscription a longtemps essuyé des motivations de spéculations immobilière anarchiques, Saint Martin a finalement su mener un combat afin de préserver son charme originel. Loin des casinos, des bars à strip et de la vie nocturne débridée, l'île offre une ambiance idyllique. C'est un lieu magique, captivant et un

40 https://www.lexpress.fr/tendances/voyage/hawaii-paradis-du-surf_1724144.html https://www.visitbiscay.eus/fr/-/mundaka-meca-del-surf-de-bizkaia

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soupçon mystérieux. Saint Martin ou Sint Marteen possède plusieurs univers, plusieurs mondes aussi divers que surprenants. Le joyau des Caraïbes abrite en effet deux pays, une partie des terres est hollandaise et l'autre française. Le mélange des cultures et des genres est encore plus dense. Il a su générer un lieu métissé et équilibré, un espace de grande tolérance et d'une impressionnante diversité. L'existence saint Martinoise est savoureuse et l'océan aux accents impénétrables nous invite à évoluer sur des spots de qualités dans des lagons ou derrière des points dissimulés. Loin des vagues populaires de la planète surf, où il est parfois difficile de partager le break, à Saint Martin, on peut évoluer das le calme et se retrouver pour des sessions confidentielles41.

La description de lieux de surf comme des paradis, des Edens surfiques entrent donc dans une logique de la rhétorique d'attraction. Il s'agit de façon paradoxale, d'y attirer le surfeur en lui promettant un lieu enchanté, encore pur et vierge quitte à risquer que ce même lieu soit victime à terme de sa propre popularité. Cette rhétorique nie parfois même la réalité historique et tente de nier des phénomènes de violences. Ainsi Bali, lors des exécutions communistes des années 60, fut malgré tout défini comme une utopie du surf :

Or as an official guidebook to Bali put it in 1970, a place where the people were « gentle and smiling », waiting to greet visitors to their « enchanted island » where « the traveler is still the explorer, discovering untouched places and witnessing exotic rituals which have not diminished with the changing times. In light of the horrific violence, one might have expected a popular reconsideration of the paradisial view. Nothing of the sort emerged in the surfing imagination however. On the contrary Bali (and Indonesia more broadly) remained in the early Suharto years, a tropical fantasy world of brown-skinned, primitive locals - an Eden before the fall that, surf publications and film suggested, was begging for discovery and exploitation.42

Certaines destinations surf peuvent également être considérées comme des dystopies en fonction du type de public accueilli. Le Maroc tente depuis quelques années de développer son image surf et plus particulièrement la ville de Taghazout par des politiques d'urbanisme et de communication volontaristes :

L'emprise géographique du surf se traduit par une intégration sociospatiale de cette discipline sportive au sein de la structuration territoriale du village de Taghazout. Elle se caractérise par la multiplication des infrastructures d'hébergement et de structures consacrées à la marchandisation du surf. Des aires d'accueil sont délimitées pour recevoir les vans des surfeurs européens. Quelques surf shops voient le jour au coeur de la structuration

41 « Saint Martin ou St Marteen », Surf Session, n° 380, été 2021, Backside Medias.

42 Scott Laderman, Empire in Waves: A Political History of Surfing, chapitre 3 : Paradise Found, University of California Press, 2014, p. 68.

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urbaine. Certains jouxtent même la mosquée du village43.

Pour autant malgré ce développement du surf au Maroc, celui reste encore difficile pour les femmes, en vertu de la religion et de clichés éculés sur le surf. Le spot marocain devient alors une dystopie pour celles qui subissent des discriminations de par leur sexe :

Mais pour beaucoup de Marocain.e.s le surf reste « hchouma » (tabou en arabe). Dans le village berbère de Tamraght, près d'Agadir où vit Meryem El Gardoum, « les mentalités restent assez fermées » constate cette quintuple championne du Maroc et deuxième surfeuse à avoir porté les couleurs du pays dans une compétition à l'étranger. « Des amies surfent en cachette de leur père, ou de leurs frères. Une fille qui fait du surf - 'un sport de hippie' comme ils disent - est critiquée. Ils pensent qu'on boit, qu'on fume et qu'on traîne avec les garçons.44

E) Une communauté en proie aux mêmes questions sociétales que la société « normale »

Il est intéressé de constater que même si la communauté surf constitue un microcosme dans le monde du sport, il n'en demeure pas moins qu'elle reproduit en son sein les mêmes problématiques que la société dont elle se dit pourtant à la marge (racisme, xénophobie, machisme, addiction...). Nous allons donc voir ensemble quelques uns de ces aspects.

1/ Machisme

Dans Surfing the movies, John Engle avoue que dans les Beach movies ainsi que dans les Surf movies la place des femmes est très limitée (il prend pour exemple une surfeuse apparaissant de manière fugace dans le film Big Wednesday) et se cantonne généralement, à part de rares exceptions à l'espace de la plage :

Her Gidget , of course, forced open that door, even if screenwriter Upton as quickly tried to close it. Yet while Annette pops up on the board in rear projection and a talented woman surfer passes unacknowledged in a shot in Big Wednesday, the place of women in early surf

43 Ludovic Falaix. Le surf à Taghazout - Maroc: De l'émergence spontanée de neoterritorialités sportives à la laborieuse mise en tourisme institutionnelle d'une pratique. Via Tourism Review, Association Via@, 2014, 6 p.

44 « Maroc. Les surfeuses en haut de la vague », Femmes ici et ailleurs, n° 35, janvier-février 2020, pp. 54-65.

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films is still generally the sand.45

Illustration 35: La surfeuse de Big Wednesday

Si les femmes sont assez peu présentes dans les surf movies ou n'ont que des rôles secondaires voire minimes (exemple, dans le film Local Boys, seul le personnage de Samantha est crédité au générique du film, et ce pour une courte apparition), le rapport surfeurs/femmes ou surfeurs/surfeuses est souvent abordé sous le prisme du sexisme et du machisme.

Le surf movie qui parle le plus de machisme des surfeurs envers les surfeuses, ou envers les femmes tout court est sans conteste Blue Crush. Ce film basé sur un article intitulé « The Maui Surfer Girls » écrit par la journaliste américaine Even Susan Orlean où elle décrit que les jeunes surfeuses hawaïennes de Hana, bien que conditionnées par la culture surf ambiante, recherche l'indépendance dans leur pratique : « To be a surfer girl in a cool place like Hawaii is perhaps the apogee of all that is cool and wild and modern and sexy and defiant. The Hana girls, therefore, exist at that highest point - the point where being brave, tan, capable and independent, and having a real reason to wear all those surf-inspired clothes that other girls wear for fashion, is what matters most ». Dans Blue Crush donc, c'est Anne-Marie, qu'ayant grandi à Hawaï et acceptée par les locaux comme une des leurs, doit affronter les railleries des surfeurs

45 John Engle, Surfing in the Movies: A Critical History, 2015, Jefferson, McFarland Publishers, p. 186.

concernant sa pratique. Ainsi lorsqu'Anne-Marie arrive avec ses deux amies sur le parking de la plage pour s'entraîner pour la compétition du Pipe Masters à venir, elle doit subir les quolibets de quelques une de leurs connaissances masculines : « Allez donc faire du surf pour fillettes. C'est une compet' de surf pas de noyade ». Une fois dans l'eau, lorsqu'Anne-Marie hésite à prendre une vague trop grosse, de nouveau ce sont les mêmes garçons se plaisent à lui faire remarquer que l'océan n'est pas sa place : « Les filles peuvent pas surfer une vague, c'est bien la preuve. Retourne à la plage, c'est parfait pour les filles ».

Si dans Blue Crush, Anne-Marie, qui, étant déjà une surfeuse expérimentée, subit des piques sexistes de la part des surfeurs,les réactions peuvent être bien plus violentes envers les jeunes filles souhaitant s'essayer à cette pratique pour la première fois. Dans Puberty Blues, le spectateur peut voir l'évolution du comportement de Debbie qui passe de simple spectatrice des surfeurs sur la plage à surfeuse débutante en fin de film, le tout ne se passant pas sans le malmenage verbal de ses amis de lycée masculins. Debbie et sa meilleure amie Susie commencent tout d'abord par avoir de la curiosité pour le surf, à force de regarder leurs camarades sur les vagues, rapidement cette curiosité se transforme en désir (n'en témoigne la scène où Debbie contemple les planches de surf dans un surf shop de sa ville, (illustration 36).

Illustration 36: Puberty Blues

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Ce désir se concrétise un jour où, sur la plage, Debbie confie à Susie l'idée qui la taraude : « I wish we had a board » [Si seulement on avait une planche]. Susie, sur la même longueur d'onde que son amie lui répond : « Why don't we ask a line of one ? » [Pourquoi ne demandons- nous pas de faire un essai ?]. La réaction des garçons ne se fait pas attendre. D'une part, ils ne veulent pas prêter leur planche, et encore moins à quelqu'un qui ne sait pas surfer et d'autre part ils ne veulent pas la prêter à une fille car selon eux le surf est une activité masculine : « Girls don't surf, you are not touching my board ».

L'émancipation de Debbie et Susie se fera donc en fin de film. Elles décident ensemble d'aller acheter une planche de surf. Elle transportent alors toutes les deux leur planche de surf, d'abord sous les moqueries et insultes des surfeurs « She is hopeless ». Puis quand Debbie parvient à prendre sa première vague et se mettre debout sur la planche, tout le monde l'admire et les filles, les surfer chicks l'envient, ce que l'on peut voir à leurs regards. En somme les autres filles envient Debbie pour sa décision courageuse de quitter le groupe de surfeurs,de cesser de vivre le surf par procuration au travers des garçons et de commencer à vivre sa propre expérience surfique.

Les femmes qui ne pratiquent pas le surf se font bien souvent rabrouer par la gente masculine lorsqu'elles se risquent à faire des commentaires sur ce sport. Dans Surf II, lorsque la mère de Chuck se risque, dans la cuisine, à faire une remarque sur la pratique surfique de son fils, son mari lui suggère son ignorance, au moyen d'une ironie mesquine : « Listen to the Big Kahuna over here ! You wouldn't recognize a tube if steering you in the face » [Ecoute donc la grande Kahuna ! Tu ne reconnaîtrait même pas un rouleau si tu avais le nez dedans].

Parfois, c'est la femme qui s'autodétermine un rôle non égalitaire vis à vis des surfeurs. C'est ainsi que dans Puberty Blues, alors que Debbie est sur la

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plage avec ses amis, Bruce, au sortir de sa session de surf, se plaint à elle qu'elle ne le regardait pas : « You weren't watching ! I caught this really good wave, I looked up and you weren't watching » [Tu ne regardais pas ! J'ai attrapé cette très bonne vague, j'ai levé les yeux et tu ne regardais pas]. Debbie se sent ainsi obligée de se justifier à son égard. De suite après cet incident, Bruce et ses amis déclarent avoir faim. Debbie se propose d'elle-même (peut-être pour se faire pardonner de ne pas avoir regardé Bruce prendre les vagues) d'aller leur chercher à manger. Ce « rôle » de la jeune femme pourvoyeuse de repas pour le surfeur est aussi développé dans California Dreaming (1979). Dans ce film, c'est Stephanie, la petite amie du surfeur Rick, qui prépare un « banana cake » pour lui et ses amis surfeurs. Rick ne prenant aucune considération pour sa cuisine, se met alors à jeter le gâteau de Stephanie, en guise de bataille de nourriture avec ses amis surfeurs.

Dans Drift, le machisme est lui aussi bien présent, et ce dès les premières scènes du film. Alors que Jimmy Kelly gagne un concours de surf amateur sponsorisé par Ocean King, le patron de la marque, remettant le trophée à Jimmy est accompagné d'une miss avec qui il fait la publicité de ses produits annexes (illustration 37). C'est ainsi que cette « miss surf » présente un cube de wax promotionnel. L'un des spectateurs de l'auditoire déclare avec grivoiserie : « Je lui en donnerais bien moi de la wax ! ». Jimmy achève ce machisme en soulevant la miss quand il prend son trophée.

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Illustration 37: Drift.

2/ Xénophobie

À maintes reprises, les surfs movies dont l'intrigue se déroule à Hawaï mettent en opposition les surfeurs locaux hawaïens et les surfeurs étrangers, alors appelés haole (blancs). Dans le film North Shore, le jeune Rick fraîchement débarqué à Hawaï depuis son Arizona natal, se fait voler son sac par un groupe d'Hawaïens. Il connaîtra de nombreux démêlés tout le long du film avec les locaux et ira même jusqu'à se faire chasser d'un line-up et se battra avec eux pour tenter de défendre son honneur. À l'instar de North Shore qui relate le vol d'affaires par des Hawaïens, Local Boys (2002) en fait une péripétie dès le début du film. Alors que le jeune Randy et son groupe d'amis surfeurs vont à Secos pour le « South Swell », ils constatent à leur retour qu'ils se sont fait voler leurs planches par un groupe de surfeurs hawaïens. Plus tard dans le film, ils finissent par découvrir l'identité de ce groupe de surfeurs. Il s'agit du groupe se faisant appelé les DA CLEAN UP. Pour affirmer leur suprématie, ils vont même jusqu'à taguer la phrase « Locals only Da clean up crew rules » à l'entrée de la plage. Leur leader, Victor, portant le surnom de Da Cat, les prend en grippe. Il va même jusqu'à aller à une fête de Randy où il n'a pas été invité afin de créer un esclandre et le traiter de « haole boy » devant l'ensemble des invités pour lui signifier qu'il n'a rien à faire ici. Randy et ses amis

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surfeurs, sûrs que Da Cat et ses acolytes ont leurs planches décident de les espionner. Les suivant jusqu'à une de leur fêtes, ils constatent avec effroi qu'ils sont en train de brûler leurs planches (illustration 38).

Illustration 38: Local Boys.

Cet autodafé surfique, hautement symbolique, témoigne donc de la non acceptation d'un groupe étranger sur un territoire donné. Ce motif de la planche de surf en feu est utilisé également dans le film Surf Nazis must die. Alors que les Surf Nasty contrôlent tout le littoral californien, d'autres groupes de surfeurs minoritaires commencent à se rebeller contre eux. L'un des éléments de cette rébellion est l'autodafé, par les groupes surfeurs minoritaires, des planches de surfs du »Führer de la nouvelle plage » et de ses acolytes (illustration 39). Cet acte, pris hautement au sérieux par les Nasty, entraînera une vendetta qui entraînera l'assassinat de tous les groupes rivaux en guise de représailles.

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Illustration 39: Surfer Nazis must die.

Le rapport conflictuel entre Hawaïens et surfeurs étrangers est exploité également dans Blue Crush. Anne-Marie bien que ses parents ne soient pas d'origine hawaïenne, est née sur l'île et ne l'a jamais quittée. De ce fait elle est acceptée par la communauté locale de surfeurs dont le « leader » est par ailleurs son ex petit-ami. Alors qu'elle s'entraîne pour la compétition du Pipe Masters à venir, son ex met en garde les autres surfeurs de la laisser tranquille : « Très bien écoutez tout le monde, cette fille est avec moi. Elle fait partie de la bande. Elle va surfer ici. Si l'un d'entre vous se met sur son chemin, il aura affaire à moi ». En revanche lorsqu'elle décide d'aller à Kawela Bay pour enseigner à surfer à son petit ami Matt, venu du continent, ils se font chasser car Matt n'est pas un local : « Hey les amateurs de planche, cet endroit est kapu, interdit aux haole. Si t'es pas d'ici tu surfes pas d'ici ». L'on pourrait penser tout naturellement que la relation conflictuelle Hawaïens et non-Hawaïens est exagérée pour les besoins narratifs du film, cependant de nombreux témoignages témoignent de cet état de fait.Le célèbre surfeur William Finnegan, ayant grandi à Hawaï relate dans son autobiographie intitulée Jours Barbares la discrimination dont il a été l'objet pendant son adolescence sur l'île, notamment de la part du groupe local nommé In-Crowd :

Les haoles (les Blancs dont je faisais partie) ne formaient à Kaimuki qu'une minorité dérisoire

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et incroyablement impopulaire. Les 'Natifs' comme je les appelais à l'époque, semblaient nous détester, nous plus que d'autres. C'était assez exaspérant dans la mesure où la plupart des collégiens hawaïens étaient bâtis comme des armoires à glace et que le bruit courait qu'ils aimaient la bagarre. La racisme des gars de l'In-Crowd était plus un état de fait qu'une doctrine E...] Pour n'être pas assez cool, le gros des élèves haoles du collège de Kaimuki était en réalité méprisé par l'In-Crowd. Il y avait 'autres haoles plus futés, qui refusaient de se prêter au jeu des bandes. Ces gosses, pour la plupart des surfeurs du èversant du Diamond Head côté Waaikiki, savaient faire profil bas quand ils étaient en minorité.46

3/ Homophobie

La question de l'homosexualité est très rarement traitée dans les surf movies, qui en général se revendique d'un certain virilisme. Le corpus étudié pour le présent mémoire ne comporte que deux références de films où la question de l'orientation sexuelle dans le milieu du surf est mise en avant : Newcastle (2008) et Shelter (2007). Le film Newcastle est souvent qualifié de « Beefcake » (beaux mecs en anglais), n'en témoigne l'affiche éloquente à ce sujet. Dans ce film c'est Fergus, le frère du surfeur Jess qui est gay. Jess n'accepte pas cette homosexualité et lui fait ressentir. Ainsi lorsque les amis de surfeurs de Jess invitent malgré tout Fergus à leur escapade surfique sur la côte australienne, Jess peine à cacher sa colère et son embarras. Il finira même par critiquer ouvertement l'homosexualité de son frère devant tous les autres lors du feu de camp sur la plage. Cela n'empêchera pas Nathan, l'un des amis surfeurs de Jess d'éprouver une attirance pour lui et la témoignant par de nombreux regards insistants. Ils finiront par dormir ensemble et Nathan tentera même de se rapprocher de lui en lui apprenant les bases du surf. Même si l'homosexualité n'est pas le thème central du film, mais plutôt un sujet annexe, il est vu aujourd'hui comme le film australien ayant réellement introduit les codes gay et les mécanismes d'attraction (homo)sexuels que peuvent connaître le surf.

Le film Shelter quant à lui, raconte l'histoire de Zach, jeune surfeur et homosexuel refoulé qui tombe progressivement amoureux de Shaun, écrivain et surfeur à ses heures perdues. Shaun, en plus d'assumer

46 William Finnegan, Jours Barbares, 2015, éditions du sous-sol, p. 29.

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ouvertement son homosexualité s'avère être le grand frère de Gabe, le meilleur ami surfeur de Zach. Zach tente donc de lutter contre cette passion naissante, puis de la cacher, de peur que cela ne soit découvert par son meilleur ami et par la communauté surf de sa petite ville de San Pedro. Il fait ainsi des excès de virilisme à certains moments. Ainsi lorsqu'il va avec Shaun surfer et que Shaun voit une foule de surfeurs déjà entassés sur la vague, Zach se pose en protecteur viril en déclarant : « I'll protect you pussy ». Mais les bruits allant vite en ville, la soeur de Zach, commence à lui faire part de ses inquiétudes. Inquiète de voir Zach si souvent avec Shaun elle lui demande s'il est au courant de son homosexualité. Elle ne veut pas en effet que Zach fréquente un homosexuel, de peur que cela affecte l'équilibre de son jeune fils Cody : « I want to think that he's not the best guy to hanging out all day half nacked if you know what I mean. I don't want Cody around that ». De manière inconsciente, la soeur de Zach sexualise le surf et semble projeter ses propres fantasmes des surfeurs torse nus par ses propos. Lorsqu'elle apprend en fin de film que Zach est effectivement amoureux de Shaun et qu'il part aménager avec lui, elle se met en colère prétextant qu'il n'est qu'un « summer fuck » (un coup d'un été). Elle semble jalouse que son frère puisse s'épanouir dans une relation alors qu'elle-même ne parvient pas à avoir de relation stable avec un homme. Par son discours elle semble prétendre également que les gays ne peuvent avoir de relations sur du long-terme.

Le film Point Break bien qu'il ne soit pas un queer movie contrairement à Shelter, quant à lui, a souvent été vu par les critiques de cinéma comme comportant un sous-texte gay et relevant d'un processus d'homoérotisation (au point que certains renomment le film Point BreakBack Mountain en référence au film de 2005 Le Secret de Brokeback Mountain). John Engle a par ailleurs remarqué cette ambiguïté dans le film, notamment dans le fait que Johnny et Bodhi s'échangent des regards lourds de sous-entendus et qu'ils partagent la même petite amie au look androgyne, et répondant au nom non genré de Tyler :

In Point Break the attraction is palpable if never avowed, its point a weighty contribution to the film's already mercurial atmosphere. The two men share the same girlfriend, a Lori Petty coiffed for maximum androgyny and bearing the gender indeterminate name of Tyler. There's mooning and wrestling and languorous looks. This list can go on and should, for a certain gay sexual tension is one more way Point Break explores the question of transgression and border crossing. It's not surprising that you can go on You Tube and among the other parodies find a mash-up of such scenes entitled « Point Brockback ».47

Même s'il est difficile de savoir quelles étaient les intentions du réalisateur sur ce sujet, ou s'il s'agit de simples projections fantasmées de la part de la communauté gay, il est intéressant de voir comment le surf peut susciter des fantasmes sur la question des orientations sexuelles.

4/ Addictions

a- Les drogues

Le film Drift, est peut-être celui de tout notre corpus qui parle le plus du marché de la drogue parmi la communauté des surfeurs. En effet les deux protagonistes principaux du film, les frères Kelly, consomment un peu. Mais ils vont rapidement découvrir un autre univers parallèle lorsqu'ils vont faire la connaissance de JB un surfeur hippie vivant dans son van. JB invite les deux frères à une soirée et leur propose du haschisch d'Indonésie, qu'il cache à l'intérie6ur même de sa planche. À la surprise des deux frères, il déclare « Les surfeurs planquent leur came dans leur planche depuis des années. C'est pas une nouveauté » (illustration 40).

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47 John Engle, Surfing in the Movies: A Critical History, 2015, Jefferson, McFarland Publishers, p. 205.

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Illustration 40: Drift.

Le soir venu, il invite d'autres surfeurs à faire la fête autour d'un feu près de son van. L'une des surfeuses nouvellement arrivée leur propose une nouvelle drogue dont elle ne leur dit pas le nom. Elle assure cependant qu'elle a des effets incroyables : « Mon frère habite à Torquay, il dit que ça permet de voir à l'intérieur de la vague ». Mais les frères Kelly ressentent d'instinct que cette drogue peut s'avérer bien trop forte et dangereuse et la refuse donc. Ce ne sera malheureusement pas le cas de leur très bon ami Gus, qui va en abuser. Devenant totalement dépendant, il va finir par avoir des problèmes d'argent et se voir menacer par ses dealers. Ne voyant plus d'issue à sa situation, il va se suicider en allant surfer une derrière fois, seul. Ses amis lui feront des funérailles surf pour lui rendre hommage (illustration 41). Ce qui est intéressant de constater dans le cas de Gus, c'est que son utilisation abusive de la drogue en fait une mise en abyme de la marginalité. Il n'est plus seulement surfeur mais un surfeur-addict. Il devient donc marginal parmi le groupe de surfeurs, qui lui même est déjà marginalisé au sein de la société.

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Illustration 41: Drift.

Il est fréquent dans les surf movies que le problème de l'addiction aux substances psychoactives menant à la mort soit abordé. Dans Puberty Blues, c'est le personnage principal de Debbie, qui verra son petit ami surfeur, Gary, mourir d'une overdose devant ses yeux. Lors des funérailles surfiques de Gary, elle posera d'ailleurs l'anneau qui lui avait offert sur sa planche de surf , poussée au loin sur le rivage en guise commémoration (illustration 42). C'est en partie cette mort, qui fera l'effet d'un électrochoc que Debbie décidera d'abandonner le groupe des surfeurs.

Illustration 42: Puberty Blues.

En somme il est important de noter, comme le rappelle Christophe Guibert dans son article « Hossegor:le surf ou l'élégance ? » que la communauté de

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surfeur s'est développée dans la municipalité au même moment où la drogue et ses dealers sont arrivés dans la station balnéaire. Ainsi de nombreux anti-surfeurs ont fait un amalgame entre surf et prise de drogue. Cela alimente donc un stéréotype souvent admis que les surfeurs fument tous de la marijuana ou prennent des substances bien pires. Ingrid Astier, dans son roman La Vague, exploite ce stéréotype :

C'est Malik Joyeux, un surfeur hors pair mort trop tôt à Pipeline, qui avait trouvé le mot d'ordre : « No ice in paradise ». Plus que tout, Hiro se méfiait de cette gangrène. L'alcool était sournois. L'ice était insolent. Quand il voyait l'un des leurs maigrir à vitesse grand V et se comporter en mode survolté, il savait. Il savait qu'il avait vendu son âme au diable et que ce ne serait pas un sermon qui le ramènerait.48

b- L'addiction aux vagues

Mais l'addiction dans le monde du surf ne concerne pas seulement les drogues et substances. Elle concerne également l'addiction au surf lui-même, qui peut devenir trop oppressant. Dans In god's hands, la première scène du film nous montre le surfeur du nom de Shane dans un train alors qu'il se rend au Mexique pour surfer. Sa voisine d'en face engage la conversation avec lui. Lorsqu'elle apprend qu'il est surfeur, elle lui avoue qu'elle a toujours voulu essayer car cela lui semble être une activité « fun ». Shane lui avoue alors que le surf ne devient plus fun dès lors que sa pratique devient obsessionnelle : « It depends on whether or not you make it your whole life. There's a wave out there, and by the time it hits this little island off of Mexico, all I can think about is riding it » [Cela dépend si tu en fait toute ta vie. Il y a une vague là-bas, et le temps qu'elle frappe cette petite île au large du Mexique, tout ce à quoi je peux penser c'est de la chevaucher]. Shane a donc bien conscience qu'il est en proie à une addiction au surf, et pourtant, il ne peut s'empêcher de se rendre partout où sont les grosses vagues.

Dans Surfer, Dude, c'est autour du personnage de Steve Addington que se concentre les questions relatives à l'addiction au surf. Alors qu'il revient dans sa ville natale après plusieurs mois d'absence, il retrouve son ami Jack,

48 Ingrid Astier, La Vague, Paris, Les arènes, 2019, p. 33.

surfeur, qui est désormais gérant d'une boutique de surf. Alors qu'il fait part à Steve des soucis qu'il peut avoir avec son business, ce dernier lui recommande de se détendre tout en lui assénant sur le ton de l'humour « Dude, when was the last time you add a wave ? » [Mec, c'était quand la dernière fois que tu as pris une vague ?]. Cette phrase faisant bien entendu écho à la célèbre phrase, When was the last time you had sex, pour souligner que quelqu'un est sur les nerfs par manque. Par ailleurs Surfer, Dude, développe tout au long du film deux intrigues de façon parallèle. La première est que Steve Addington doit subir les pressions d'un producteur de télé véreux qui tente par tous les moyens de le faire participer à une émission de télé-réalité sur le surf. La deuxième est que Steve Addington doit affronter une période où pour des raisons météorologiques, l'océan reste calme et donc il n'y a aucune vague pour surfer. Cette situation exceptionnelle d'un océan sans vagues va durer plus d'un mois, au cours duquel Steve va expérimenter le manque. Il va même aller jusqu'au Mexique pour tenter de les trouver mais à son grand désarroi il constate que là-bas aussi l'océan est plat. Au cours du film, le décompte des jours sans surf sera indiqué au spectateur, faisant penser à une cure de désintoxication surfique (illustration 43).

Illustration 43: Surfer, Dude.

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Dans Point Break, c'est le personnage féminin de Tyler, qui tente de faire comprendre à Johnny, novice dans la pratique du surf, les risques addictifs que peuvent présenter ce sport. Sentant que Johnny se laisse séduire peu à peu par Bodhi et sa frénésie des vagues, elle le prend à part et le met en garder : « Ils se shootent tous à l'adrénaline ces pauvres mecs. J'espère que tu ne cautionne pas ce trip « banzaï » comme ces gros pieds mystiques. T'as l'oeil du kamikaze Johnny faut le reconnaître. Bodhi l'a vu, il t'emmènera jusqu'au bord du gouffre et peut-être même au-delà ».

Cette allusion à ce besoin d'adrénaline est particulièrement intéressant puisque ce désir d'émotions fortes est même exploité dans la littérature de fiction. Dans le roman d'Ingrid Astier intitulé La Vague (2019), la romancière relate les aventures de Lascar, Hiro et Taj, dont les existences gravitent autour de la vague géante de Teahupo'o qu'elle surnomme « Le mur de crâne ». La plume d'Ingrid Astier relate en plusieurs endroits cette addiction aux grosses vagues procurant une montée d'adrénaline : « Mais il était prêt. Il fit signe à Lascar, se jeta à l'eau et rama vers le line-up. Lascar vit la planche blanche zébrée de bleu rejoindre sa drogue liquide pour recevoir sa dose d'adrénaline »49.

La sociologue Anne-Sophie Sayeux, se basant sur des critères et des témoignages très précis, mentionne également cette addiction au surf que l'on retrouve dans les surf movies, comme une addiction de type sportive :

Le qualificatif d'addiction peut sembler a priori trop vif pour décrire certaines conduites par rapport à la pratique, même si aujourd'hui les formes addictives sont reconnues plurielles dans les sports comme dans les autres activités humaines. Le concept et la catégorie médicale de l'addiction se sont progressivement imposés ces dernières décennies « On voit très clairement dans la littérature psychiatrique et psychanalytique monter exactement en même temps au milieu des années 70 les préoccupations pour les dépressions et les addictions ». Ainsi au fur et à mesure des entretiens, la dépendance au surf s'est imposée comme une évidence. De fait de nombreuses enquêtes utilisent le mot « drogue » pour expliquer le rapport au surf qu'eux-mêmes ou d'autres entretiennent. Le surf n'est pas le seul des sports à générer des conduites addictives comme l'ont relevé Bdin et Héas au sujet du body building.50

49 Ingrid Astier, La Vague, Les Arènes, Paris, 2019, p. 99.

50 Anne-Sophie Sayeux, Surfeurs, l'être au monde: une analyse socio-anthropologique, Presses Universitaires de

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III) Le surf comme compagnon/adversaire des étapes de

vie

A) Le surf et les responsabilités

1/ La vie professionnelle

Les surf movies américains développent beaucoup l'idée selon laquelle être surfeur ne constitue pas un métier. À ce titre, la première scène du film Surfer, Dude, quoique exagérée est évocatrice. Lorsque Steve Addington, surfeur professionnel retourne chez lui après plusieurs mois d'absence, la douanière à l'aéroport, voyant son look surfeur lui demande qu'elle est son métier. Steve, avec nonchalance lui répond qu'il est surfeur. La douanière ne peut s'empêcher de le regarder circonspecte tout en déclarant : « Surfer ? That's not an occupation ».

À plusieurs reprises les surf movies évoquent le rapport, parfois difficile entre le surf et sa vie professionnelle, la conciliation entre une passion prenante et des impératifs de travail. Le surf et le travail sont en général toujours en confrontation puisque nous avons d'un côté une activité libertaire et de nature solitaire et de l'autre un devoir imposé par la société cadré par des horaires et une hiérarchie. Le film japonais A scene at the sea est peut-être le surf movie qui explore avec le plus d'attention et d'esthétisme ce rapport entre le surf et le travail. Le personnage principal du film, Shigeru est un jeun sourd-muet qui travaille comme éboueur. C'est sur son lieu de travail qu'il va trouver, parmi les ordures qu'il doit jeter, une planche cassée « Blue Bunny ». Il fixe la planche et le spectateur comprend qu'un changement s'opère secrètement chez Shigeru. Alors qu'il continue de fixer la planche, il se fait rappeler à l'ordre par son collègue qui le traite

Rennes, 2008, p. 109-110.

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de fainéant.

Il s'apprête à retourner dans le camion mais fait rapidement volte-face pour récupérer la planche. De retour chez lui, il la répare en taillant du polystyrène à la bonne forme et en l'assemblant au reste de la planche avec des pics en bois (illustration 44).

Illustration 44: A scene at the Sea.

Plus on avance dans le film et plus l'on se rend compte que sa pratique du surf l'accapare de plus en plus. Il ne vas parfois pas travailler et risque ainsi de se faire licencier. Un jour c'est son collègue qui doit aller le chercher sur la plage. Il y a donc une opposition visuelle (et donc sociologique) entre Shigeru, toujours en combi néoprène et son collègue en bleu de travail. Cela donne une scène où Shigeru ramasse les poubelles en combinaison de surf, qui pourrait apparaître cocasse à première vue, mais qui en réalité sous-tend la tension qui habite Shigeru (illustration 45).

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Illustration 45: A scene at the Sea.

Il finira par prendre la décision de manquer une journée entière de travail afin participer à un concours de surf de 200 participants, le « Chikura Surf Classics 91 ». Il s'y classera et montera le podium des finalistes de la catégorie A. Bien que le travail soit perçu comme un frein à la pratique du surf, il n'en demeure pas moins que le salaire est ce qui permet au surfeur de se procurer une planche. C'est notamment en économisant sur son salaire que Shigeru sera en mesure, plus tard dans le film de s'acheter une planche de la marque « Stone Fox » coûtant 120 000 (environ 920 euros).

Peter Dixon, ancien surfeur et écrivain, auteur d'un ouvrage pratique sur le surf intitulé Le guide complet du surf explique très bien cette tension qui peut exister entre son emploi et le surf :

Tout a commencé pour moi, assis, dans un entrepôt humide , les doigts sur une machine à

écrire Olivetti rouillée. Tout près de mon « bureau », à dix mètres de l'océan à Topanga Beach, les rouleaux explosaient sur la grève, secouant ma table E...] Je travaillais comme chercheur. Il fallait porter une cravate, elle était trop serrée autour de mon cou et symbolisait

ma captivité industrielle. Un jour, alors que la circulation ralentissait à Topanga Canyon, Malibu, je regardai les vagues avec envie et vit des amis qui glissaient sur les vagues. Je pensais alors : « Que puis-je faire pour échapper à mon job de façon à pouvoir surfer ? ».

Bien sûr, surfer signifiait la liberté. L'océan m'a donné la réponse : « Écris un livre sur le surf ».51

Ainsi Peter Dixon dégage dans ses propos introductifs à son guide deux

51 Peter Dixon, Le guide complet du surf, 2003, Atlantica, p. 23.

catégories bien distinctes : les surfeurs qui ont un travail « conventionnel » et n'ayant aucun rapport au surf (et devant donc surfer sur leur temps libre, donc sur un temps limité) et ceux ayant un emploi dans le monde du surf et pouvant ainsi allier leur passion avec leur vie professionnelle. Shigeru, le protagoniste du film A scene at the sea appartient à cette première catégorie.

Dans plusieurs surf movies donc, certains surfeurs ont la chance de travailler dans le monde du surf et donc de pouvoir concilier ces deux parts importante de leur vie. D'ailleurs une règle d'or est généralement défendue par eux : il ne faut travailler que si l'océan est calme. C'est ainsi que lorsqu'Andy Kelly, dans le film Drift, lance avec son frère,son entreprise de création de planches, il annonce à ses collaborateurs : « Si y a des vagues on surfe, si c'est plat on bosse ». Cette règle est également énoncée dans le film North Shore (1987) : lorsque Turtle, sander de profession, fait visiter l'atelier de confection de planches à Rick, il luit dit : « Quand il y a des vagues, personne ne bosse ici ! ». Il y a donc ce principe de vie fondamental chez les surfeurs de ne pas perdre de vue leur passion et leur essence, au détriment du travail. Cependant cette règle n'est pas toujours bien vue de la part des patrons. Dans Big Wednesday, Bear, le patron d'une boutique d'articles de surf huppée du centre ville emploie un surfeur pour l'aider dans ses travaux. Lorsque son employé lui demande une nouvelle pause, Bear se met en colère car il comprend de suite qu'il souhaite sa pause pour aller surfer : « You've been taking breaks all morning. Every time the waves come up he want to take off. That's what I get for hiring surf labor » [Tu as pris des pauses toute la matinée. Chaque fois que les vagues se lèvent, il veut décoller. Ça m'apprendra à embaucher des surfeurs]. Bear utilise donc une nouvelle expression pour qualifier ce nouveau type de travailleur du littoral qui souhaite aménager ses heures de travail au gré de la houle, le surf labor, difficilement traduisible en français (= les travailleurs surfeurs).

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Toutefois il est à noter que cette règle n'est possible et applicable que pour

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une poignée de privilégiés, à savoir ceux détenant une entreprise familiale ou gérée entre amis partageant la même passion. Elle était également possible lorsque le surf n'était pas encore une activité trop commercialisée et médiatisée. Mais avec l'augmentation du nombre de surfeurs et donc du nombre de planches à produire, cette règle est devenue impossible à respecter. C'est notamment cette idée qui est avancée dans Chasing Mavericks. Lorsque Frosty demande à son ami shaper de planches, Bob, s'il surfe toujours, ce dernier répond avec un sourire qui en dit long : « Non, c'est fini le surf pour moi, j'ai bien trop de planches à shaper pour vous les mecs ».

2/ La vie affective et familiale

Le surfeur masculin dans les surf movies est souvent représenté comme étant obsessionnel vis à vis de sa passion. À de nombreuses reprises dans les teen movies de surf, les petites amies se plaignent de leurs petits amis qu'ils n'ont rien d'autre à l'esprit que le surf. Dans Surf II, par exemple, Cindy et Lindy se plaignent auprès de leurs petits amis respectifs qu'ils ne pensent qu'à surfer et qu'ils ne les considèrent pas assez : « Surfers, all you know about is perfect tubes, nose rides, 360° ». On retrouve cela dans Puberty Blues, où un jour Sue avoue à Danny et Gary : « I hope you two could do whithout the surf for one day ». Debbie fait le même reproche à son petit ami Gary. C'est d'ailleurs à la fin du film que Debbie va se détourner définitivement du groupe des surfeurs, du fait de leur inertie et du manque de diversité de leurs activités : « Surfing is all you think about. There's more than surfing to life you know. We could go to the movie ! ». Le surf peut même parfois entrer en rivalité avec la personne aimée. Dans le film In God's Hands, lors d'un voyage en bateau, Shane un jeune surfeur, tombe amoureux de Serena, la fille du capitaine. Serena décide alors de le suivre dans son surf trip. Serena occupe peu de place dans le film et n'a que très peu de dialogues. Pourtant si le spectateur peut croire cette dernière n'être qu'une simple suiveuse sans trop de personnalité, en revanche, elle

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se montre pleine de lucidité en fin de film. Elle décide de rompre avec Shane et lui avoue qu'elle savait parfaitement que leur relation ne durerait pas et que le surf comptait plus pour lui. Elle savait dès le départ qu'elle serait une spectatrice impuissante et qu'elle ne pourrait rivaliser avec l'appel des vagues. Elle l'a néanmoins suivi pour la beauté de l'aventure : « I knew when I came with you, it wouldn't be forever. My father's boat is coming back through. It's been a beautiful journey » [Je savais, lorsque je suis venue avec toi, que ce ne serait pas pour toujours. Le bateau de mon père revient bientôt. Ça a été un beau voyage]. La notion d'engagement est donc questionnée dans les surf movies. Dans la plupart d'entre eux est défendu l'idée qu'il est difficile pour un surfeur de s'engager dans une relation sérieuse. Le film Blood Surf met en avant cette hypothèse. Au cours d'un dîner, lorsque le surfeur Bog évoque à Cécilia son envie de sortir avec elle, cette dernière le rejette, mettant en lumière son inconstance : « J'aime les hommes qui ont le sens des responsabilités, contrairement aux mecs qui passent toutes leur vie à chercher et à rechercher des vagues plus grosses les unes que les autres ».

Dans California Dreaming, c'est le personnage féminin de Stephanie qui se trouve perpétuellement malmenée par son petit ami surfeur Ricky. Cela passe du manque de considération jusqu'à la tromperie. Ricky est cependant bien conscient de son problème relationnel qui n'est pas lié à Stephanie mais à l'engagement en général : « I am not in your league, I am not good enough for you » [Je ne joue pas dans la même équipe que toi, je ne suis pas assez bien pour toi]. Pour autant, Stephanie persiste et essaye de fortifier son couple. Elle prévoit même un voyage à Hawaï, le rêve surfique de Ricky. Elle achète elle-même les billets pour eux deux mais lorsqu'elle découvre son infidélité, elle le quitte à la porte d'embarquement de l'aéroport. Elle s'embarque donc seule et va vivre son rêve à sa place. Cette séparation symbolique à l'aéroport marque donc son émancipation. Blue Juice évoque aussi le thème de la rupture entre le surfeur et sa petite amie. J. C. est amoureux de Chloé. Cependant il est tiraillé entre sa passion pour le surf et son amour pour elle. Alors que ses amis surfeurs de Londres

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viennent lui rendre visite, ils réveillent ses anciens démons et le force à venir surfer les grosses vagues de Cornouailles. Chloé qui souhaite s'engager de manière sérieuse et durable projette même d'acheter un local de surf pour en faire un restaurant alors que J. C. lui fait part de son idée de partir ensemble pour un voyage surf à travers le monde. Chloé refuse, étant dans une autre dynamique, celle de la stabilité affective et professionnelle. Cela amènera des perturbations dans leur couple et plusieurs ruptures. Notamment lorsque J. C. sera parti surfer plutôt que d'accompagner Chloé dans une vente aux enchères visant à acheter son futur local.

Si le caractère obsessionnel du surf s'avère sans trop grandes conséquences dans certains films de surf, surtout dans les films d'adolescents, en revanche, il est traité avec beaucoup plus de gravité dans d'autres genres de surf movies. Dans Chasing Mavericks, Brenda, l'épouse de Frosty s'inquiète du fait que son mari soit en recherche perpétuelle de grosses vagues à surfer. Son obsession le pousse à se lever très tôt le matin pour aller chasser Mavericks et à rentrer souvent tard le soir, au détriment de ses enfants qu'il délaisse. Brenda a conscience que le surf est un exutoire pour son mari, qui a par ailleurs eu une enfance difficile, marquée par l'absence de son père. Cependant, un jour Brenda le met en garde : « Je sais, surfer c'est ta passion. C'est toute ta vie. Tu t'échappes je le sais. Mais je veux que tu me fasses une promesse : qu'une vague de plus de dix mètres n'emporte pas l'avenir de tes deux enfants ».

La question de la paternité pour le free surfer est également un sujet délicat à aborder. Cependant il est abordé dans peu de surf movies. On peut citer le cas de Puberty Blues où Debbie après avoir fait l'amour avec son petit ami Gary tarde a avoir ses règles. Elle finit par lui dire qu'elle pense être enceinte. Gary se met à paniquer et ne donne plus aucun signe de vie à Debbie. Il finit même par arrêter surfer, ce qui montre son mal être et se réfugie davantage dans la drogue. Lorsque Debbie a finalement ses règles, elle décide de ne pas annoncer la nouvelle à Gary car elle comprend

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tout à fait que cela est inutile. Que rien ne pourra être construit avec lui. Dans Big Wednesday, Matt apprend lors de son voyage au Mexique, que sa petite amie est enceinte. Alors que tous les autres la félicité, le spectateur sent bien le malaise qu'éprouve Matt. Cette grossesse signe pour lui la fin d'une époque. C'est d'ailleurs à partir de ce moment là qu'il va ralentir ses sessions de surf. Plus sa fille va grandir et moins il va surfer. Quand il retrouve son ami Jack après des années d'absence, il lui demande s'il surfe toujours. Matt lui répond avec honnêtement : « Only when it is necessary ».

B) Le surf et la mort : la vague comme métaphore du deuil et de l'abandon

À plusieurs occasions dans les surf movies, le surfeur devant traverser une épreuve dans sa vie, un drame, arrête sa pratique du surf. Le surf est donc une activité liée au bien-être et à la joie. Son arrêt signifie donc un mal-être dans la vie du surfeur. Dans Newcastle (2008), lorsque Victor meurt d'un accident de surf, son frère, Jess, ne vas plus du tout surfer. Il se contente de regarder les vagues depuis la plage avec tristesse. Ce n'est que grâce à Fergus, son autre frère, qu'il se remettra finalement à surfer. Ride you wave, film d'animation japonais développe une intrigue centrée sur la question du deuil. Hinako est une jeune surfeuse dont le petit ami, Hinageshi, à qui elle a également appris le surf, meurt dans un accident de surf. Désespérée et se sentant coupable, elle décide de déménager de son appartement. Elle s'installe alors plus loin afin de ne pas avoir la vue de la mer chaque jour devant les yeux. La mer désormais douloureuse à ses yeux, puisqu'elle lui rappelle la perte de l'être aimé. D'ailleurs sa planche, dans son nouveau logement, prend symboliquement la poussière parmi les cartons non encore déballés (illustration 46).

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Illustration 46: Ride your Wave.

Par ailleurs une question obsède Hinako : pourquoi Hinageshi est allé surfer sans elle. Plus tard, elle finit par voir apparaître dans l'eau, l'image de l'esprit défunt d'Hinageshi. Il utilise alors un langage poétique usant de la métaphore afin de faire comprendre à Hinako qu'elle doit regagner son indépendance, et qu'il n'est qu'une vague parmi tant d'autres : « I am also one wave out of many. You need to prepare yourself for the next wave too. New waves will keep on coming. They won't all be good ones. If you stay dive under the surface, you'll never be able to ride them forward » [Je suis aussi une vague parmi tant d'autres. Tu dois également te préparer pour la prochaine vague. De nouvelles vagues continueront d'affluer. Elles ne seront pas toutes bonnes. Si tu restes trop sous la surface, tu ne pourra jamais avancer]. Autrement dit Hinageshi utilise le mot vague afin de signifier les péripéties de la vie, qu'elles soient difficiles ou heureuses. À la fin du film lorsqu'Hinako a finalement terminé son deuil, Hinako déclare à ses amis, lors d'un dîner : « I'll be riding all sorts of waves now ! ». Le titre même du film, Ride your own wave, évoque cette idée de surpasser les épreuves de la vie. Par ailleurs, cet animé japonais, très friand d'un discours métaphoré, l'utilise tout au long du film, également pour parler d'autres choses que du deuil. En début de film, lorsqu'Hinageshi propose à Hinako d'emménager avec elle, elle lui avoue qu'elle n'est pas encore prête et use de la métaphore de la vague pour témoigner de son manque

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d'indépendance : « When I can ride my own wave. Right now I am relying on you for everything ».

De façon similaire à Ride you Wave, le film japonais A Scene at the Sea, explore la question du deuil de manière sobre et imagée. Takako, la compagne du surfeur Shigeru, l'accompagne dans ses moindres déplacements sur la plage. Alors que Shigeru finit par se noyer lors d'une séance de surf solo, c'est Takako qui récupérera sa planche au large. Une scène du film la montre d'ailleurs assise seul sur un banc, avec la planche de Shigeru qui matérialise symboliquement son absence, désormais définitive (illustration 47).

Illustration 47: A Scene at the Sea.

Elle lui fera elle-même des funérailles surfiques. Selon son propre rituel, elle scotche une photo d'elle et lui sur la planche de Shigeru puis la remet à la mer. C'est l'abandon de sa planche qui lui permettra d'enclencher son processus de deuil (illustration 48).

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Illustration 48: A Scene at the Sea.

Les surf movies japonais parlent du surf et du deuil de manière très esthétique. Avec des images très graphiques, ils abordent avec poétique, pudeur et élégance les notions de deuil et de mort. Nous retrouvons un exemple de ce type dans la littérature. En 2020, le roman graphique In Waves a fait sensation en bibliothèque et librairie. Aj Dungo, l'auteur, y fait une apologie du surf, de ses beautés. Il fait du surf une pratique empreinte de philosophie permettant de traverser les tempêtes existentielles. Autobiographique, In Waves raconte comment le surf l'a aidé a surmonter la mort de Kristen sa petite amie, surfeuse, morte d'un cancer des os. Lorsqu'elle apprend qu'elle est atteinte d'ostéosarcome, Kristen ressent à l'approche de sa mort, l'irrépressible envie d'aller surfer. Aj Dungo l'admire sur les vagues malgré les limites que sa maladie et son corps lui imposent. Aj finira par apprendre le surf après elle, et suite à son décès, continuera le surf qui l'aidera à surmonter la tristesse du deuil.

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Le surf donc peut aider à surmonter la perte d'un être cher. Dans le film Local Boys, le personnage de Jim, qui sert de professeur de surf au jeune Skeet est un veuf écorché. L'on apprend plus tard qu'un accident de voiture a tué et sa femme et sa fille. Suite à cette tragédie, il avoue avoir tout plaqué et être parti de chez lui en emportant seulement sa planche : « I took off, grabbed my board, just left for almost two years. And now I go to work everyday and I surf ». Le surf, qui lui a permis d'outrepasser le veuvage, lui permet donc avec le travail de bipolariser sa vie.

Dans Ride, le surf permet également à Jackie, d'une part de faire la paix avec son fils Angelo mais d'autre part il lui permet de faire la paix avec elle-même, au regard de la mort de son premier enfant. Lorsqu'elle arrive à prendre seul sa première vague, elle décide de rentrer à New York récupérer les cendres de son fils défunt. Elle revient ainsi en Californie et les disperse dans l'océan avec sa planche de surf.

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C) Le surf et les moments de vie difficiles : la passage à la vie adulte, le handicap, la maladie

Nous l'avons vu précédemment avec l'exemple de In Waves, le surf peut accompagner la maladie et les derniers instants de vie. Ocean Tribe, réalisé en 1997, est le seul surf movie à aborder la question des rapports entre surf et maladie et comment un groupe de surfeurs vont accompagner leur ami Bob, atteint de leucémie. Le personnage principal et narrateur du film, Noah, ami de Bob, compare leur bande à un groupe de dauphins dès le début du film « We were like a pod of dolphins, that's all I always thought of us, a pod, a school of mammals travelling in unison through the water, with no specific goals in mind. Pods of dolphins are said to spend 95 % of their time fishing, screwing and surfing. By highschool that was pretty much around that life. When we graduated we found out what the other 5 % of the time meant »52. Noah poursuit sa comparaison en précisant que, tout comme les dauphins qui peuvent rester nager autour d'un autre dauphin malade ou mourant pendant plusieurs jours jusqu'à ce qu'il rende son dernier souffle, ils comptent faire la même chose avec leur ami Bob.

C'est ainsi qu'ils lui rendent visite à l'hôpital en lui apportant sa planche de surf et en tentant de le convaincre de sortir de sa chambre et de venir surfer avec eux : « Come on we're gonna get this poison out of you » [Allez viens, on va enlever ce poison de toi]. Bob, par honte de son état refuse et les chasse de sa chambre. Une fois seul il admire sa planche, symbole de sa condition perdue (illustration 49).

52 Nous étions comme un groupe de dauphins, c'est tout ce que j'ai toujours pensé de nous, un groupe, un banc de mammifères voyageant à l'unisson dans l'eau, sans but précis en tête. On dit que les groupes de dauphins passent 95 % de leur temps à pêcher, copuler et surfer. Au lycée, nous menions à peu près dans cette vie. Lorsque nous avons obtenu notre diplôme, nous avons découvert ce que signifiaient les 5 % restants du temps.

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Illustration 49: Ocean Tribe.

Mais leurs amis n'abandonnent pas pour autant. Après un long conciliabule dans le diner local, ils décident tout d'abord de se raser les cheveux (illustration 50) en signe de solidarité. Puis ils fomentent un plan afin de le kidnapper. Grâce à la complicité d'une infirmière, ils se déguisent en brancardiers et parviennent à l'extraire de l'hôpital.

Illustration 50: Ocean Tribe.

Une fois le « kidnapping » effectué, ils décident d'aller tous ensemble au Mexique pour un surf trip thérapeutique. Sur place, ils aident ainsi leur ami Bob, à surfer, en le tenant notamment par la main (illustration 51).

Illustration 51: Ocean Tribe.

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Il est intéressant de constater que, symboliquement, la voiture de Noah,

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customisée, haute en couleurs, et aménagée pour accueillir des planches de surf sur ton toit, est en réalité une ancienne voiture d'ambulance achetée par sa mère aux enchères (illustration 52). Ainsi c'est une ancienne ambulance devenue une « surf car » qui sert au groupe de surfeurs « ambulanciers » à transférer leur ami, de la chambre d'hôpital au spot de surf pour le « soigner ».

Illustration 52: Ocean Tribe.

Bob et ses amis finiront, à la fin du film, par être entourés par des dauphins. Le film fonctionne donc de manière symbolique et cyclique. Alors que Noah compare leur groupe à des dauphins en guise d'introduction, ils finissent par nager eux-même parmi eux. Le dauphin devient donc un animal totémique pour ce groupe de surfeurs. Des dauphins figurent d'ailleurs sur l'affiche du film.

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Si les requins sont très souvent mentionnés dans la faune gravitant autour des surfeurs, en revanche, les dauphins sont assez peu présents. Et peu mentionnés. Dans le corpus filmique étudié, nous pouvons citer simplement Local Boys où le jeune Skeet avoue à sa mère son rêve de pouvoir surfer au milieu des dauphins ou encore Instinct de survie où Nancy se fait surprendre en pleine session de surf par un banc de dauphins (illustration 53).

Illustration 53: Instinct de survie.

Le Surf movie, permet d'aborder bien d'autres notions complexes de la vie. Notamment la question du handicap sensoriel avec A Scene at the Sea mais

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également Under the Radar, film australien de 2004 qui raconte l'histoire du surfeur Brandon, travaillant en hôpital psychiatrique, qui amènera deux de ses patients pour une escapade surf le temps d'une journée. La question du passage à l'âge adulte est également traitée dans les surf movies. Blue juice se focalise sur la crise de la trentaine que vit le surfeur J. C. lorsqu'il constate que sa relation avec Chloé devient de plus en plus sérieuse. Big Wednesday quant à lui évoque la difficulté pour un surfeur de devenir un « inlander » à savoir devenir responsable et s'inclure dans la société. C'est le personnage de Jack qui fera ce choix, non sans résignation, après son retour de l'armée : « It's time to move inland, get a job, pay taxes, the whole damn things ». Enfin Ride the Wild Surf, au travers du personnage de Barbara, évoque la difficulté qu'a Jody, de penser à son futur : « If you don't go back to school, what are you going to do ? You can't spend your whole life surfing ».

IV) Le surf movie et la construction d'une communauté

A) Les surfeurs entre tribu, gangs et lutte de territoires

La communauté surf s'organise autours de règles, de codes de conduites, de rituels et cérémoniels qui font qu'on la qualifie souvent de tribu ou de gang. Il existe par ailleurs un code non écrit, originaire d'Australie Occidentale, qui régit les règles de partage de l'océan et le respect entre surfeurs. Il s'agit du Tribal Law Surfriders Code of Ethics. Bien que celui-ci ne soit pas écrit et se passe davantage de pratiquant à pratiquant, plusieurs organismes et institutions en ont couché les règles sur le papier, ou sur des panneaux, à l'instar de la ville de Yallingup en Australie., qui a érigé un panneau de rappel de ce fameux code à l'entrée de la plage en 2016 (illustration 54). Ces règles qui tentent à une organisation, une moralisation, et un appel au respect entre surfeurs vise entre autres à fédérer la communauté des surfeurs. Ce code s'accompagne également

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d'un certain cérémoniel comme le rappelle Anne-Sophie Sayeux:

Les règles coutumières sont établies de façon à ce que personne ne perde la face dans le territoire symbolique. Ainsi le surfeur, dès son arrivée sur l'eau, doit se plier à certains « rites de présentation ». Il faut tout d'abord respecter une première séquence basée sur la discrétion et l'humilité, qu'il marquera par un regard détourné. Suite à cela, il devra saluer les surfeurs déjà en place. Le respect de ces rites indique d'une part que l'acteur connaît les règles coutumières et, par là même, qu'il est intégré, ou qu'il souhaite s'intégrer au groupe. D'autre part , il permet à celui qui est en place de pouvoir estimer l'arrivant et ainsi choisir de l'incorporer au groupe de pairs, seulement s'il respecte les séquences suivantes. Le surfeur arrivant doit se mettre en retrait par rapport aux autres pratiquants, puis observer ce qui se joue sur le lieu. À lui d'attendre son tour pour pouvoir prendre une vague. Cette distance cérémonielle permet de respecter l'intimité des acteurs, et leur spot de surf. Ces rites interpersonnels offrent donc à chacun la possibilité de jouer son rôle et d'être reconnu dans cette attribution. Le nouveau venu, après avoir respecté les séquences décrites, essaye alors de prendre une vague et prouve qu'il sait l'exploiter.53

Illustration 54: Panneau de rappel, Yallingup. Source : abc.au.net

La bonne composition d'une tribu fonctionne donc d'une part si les membres qui la composent partagent des finalités communes et d'autre part s'il y a du respect et entre ses membres et comme valeur en général, Puisqu'ils respectent ces critères, les surfeurs font donc partie d'une tribu comme le rappelle le journaliste dans le film In God's Hands, accompagnant

53 Anne-Sophie Sayeux. « La valeur sensation : le cas du surf. » in Andrieu B. Ethique du sport, Edition l'Age d'Homme, pp.600-608, 2013, Etre et devenir, 978-2-8251-4309-4. ? hal-00999518.

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le groupe de surfeurs de grosses vagues afin d'enregistrer leurs exploits : « Probably don't realize it, but you and your friends are part of a tribe. It's a tribe built on mutual respect... And a common understanding of what it takes to do what we do » [Vous ne le réalisez probablement pas, mais toi et tes amis faites partie d'une tribu. C'est une tribu fondée sur le respect mutuel... Et une compréhension commune de ce qui est nécessaire pour faire ce que nous faisons.].

Le film Point Break exploite beaucoup le thème de la tribu de surfeurs. Johnny, le policier en filature parmi cette « tribu » va entrer en contact avec eux sur la plage, en pleine nuit, à l'occasion d'un match de foot. Comme Johnny est un ancien joueur de football américain, il va pouvoir s'intégrer parmi ce groupe de surfeurs amateurs de foot par ce biais. Le match se déroulement sur la plage, près d'un feu, encerclé par des voitures aux phares allumées. Cet encerclement fait penser à l'organisation d'un gang. Cette tribu de surfeurs est dirigée tacitement par un leader, Bodhi (incarné par l'acteur Patrick Swayze), leader naturel du fait de ses habiletés surfiques supérieures et car il surfe de jour comme de nuit, par beau temps comme par mauvais temps. Il y a donc dans cette micro-société des surfeurs, une hiérarchie qui reproduit celle de la macro-société comme le rappelle Pascal Duret et Christian Pociello :

Surf et Windsurf sont donc des sociétés d'ordres, ne séparant non plus tiers état, clergé et noblesse mais débutants, pratiquants diurnes et pratiquants « tout temps toutes ». Le champion local conserve pendant la fête, son rôle dominant. On lui apporte à boire, il a toujours une brochette de « groupies » qui forment le cercle autour de lui. Ce Naish local leur lance des regards paternalistes, puis la canette de bière dans une main, le « joint » dans l'autre, brode sur ses exploits avec tant de verve que tout le monde en redemande. Autre signe de son statut privilégié, alors que la moquerie (sous forme de chambrage, de branchage ou de vannes) est de rigueur entre membres du groupe, il échappe à toute forme de plaisanteries jugées à son propos comme une impertinence.54

Il est intéressant de constater que le personnage de Bodhi coche tous les critères reportés par Pascal Duret et Christian Pociello. Une fois intégré au groupe de surfeur de Bodhi, Johnny v découvrir qu'ils sont en rivalité avec

54 Pascal Duret et Christian Pociello, « Fêtes sportives et expression de la virilité », Agora débats/jeunesses, 7, 1997. Les jeunes et les fêtes. pp. 55-62

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une autre bande de surfeurs. Alors que Johnny prend sa douche après une session de surf, le groupe rival mené par le surfeur répondant au surnom de « Destroyer » va tenter de l'étrangler avec la corde de sûreté de sa planche. C'est Bodhi qui lui viendra alors en aide. Lorsque la situation est de nouveau apaisée, il lui explique alors pourquoi ils se font la « guerre » : « C'est une espèce d'escadron de la mort. Ils ne vivent que pour tout casser, ils n'ont pas de véritable rapport à l'océan, alors toute la spiritualité leur échappe ».

il est intéressant de constater que le leader de cet escadron de la mort dont parle Bodhi ne soit connu que par son pseudo. L'un des autres membres de ce groupe n'est aussi connu que par son surnom « Bunker Weiss ». La question du surnom ou du pseudonyme au sein du groupe de surfeurs est aussi un élément constitutif de la tribu. Dans Local Boys, le leader des Da Clean Up Crew se fait connaître sous le nom de Da Cat, dans Big Wednesday, l'un des surfeurs n'est connu que sous le surnom de « Enforcer » (l'exécuteur), probablement en raison de sa musculature développé et de ses instincts belliqueux, tandis que Leroy se fait surnommer par ses amis « The Masochist ».

D'ailleurs les surnoms s'appliquent aux groupes de surfeurs eux-mêmes. On peut citer l'expression des « tontons surfeurs » utilisée par Alain Gardinier pour qualifier les surfeurs de la Côte basque des années 50. Par ailleurs le film Biarritz Surf Gang sorti en 2017 explore les aspects de cette communauté surf française si atypique :

Ils ont fait les beaux jours de l'équipe de France des années 80 au début des années 2000. Mais ils étaient ingérables. Leur priorité : faire la fête, sur l'eau et hors de l'eau."On était noir le matin des fois !", se souvient Michel Larronde, premier Européen à avoir surfé les grosses vagues à Hawaii, où il vivra durant 25 ans. "On était repéré, on avait les cheveux longs blonds, on trainait jusqu'à pas d'heure, on sortait de l'eau on allait en boite".55

On peut également citer la communauté surf de Bretagne qui se divisent en

55 "Biarritz surf gang": L'insouciance et l'insolence d'une bande de 'barjes' des années 80, L'Union, https://www.lunion.fr/id259674/article/2021-05-24/biarritz-surf-gang-linsouciance-et-linsolence-dune-bande-de-barjes-des-annees-80#popin-newsletters-form [dernière consultation le 03/09/2021]

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plusieurs groupes comme les Marmouz, les Grand Frères et bien d'autres formant tous la famille de la Breiz Connexion :

Opticiens, dentistes ou retraités, certains des Tontons du surf breton ont troqué leurs combinaisons néoprènes pour des costumes deux-pièces,mais n'ont jamais bradé leur passion pour le surf. Michel Norrit vit toujours à proximité de Pors-ar-Vag, la plage de ses premiers amours. Certes la planche est moins souvent de sortie, surtout en hiver, mais dès les beaux jours venus, entre deux rendez-vous, le vétérinaire-surfeur fait une cure de vagues à la Palue à Crozon. Les Marmouz. Dans la famille des surfeurs bretons, ils sont les petits-enfants des Tontons, la troisième génération. Alors que les Tontons ont débuté à l'âge adulte et les Grands Frères à l'adolescence, nos Marmouz ont connu le surf peu après leur premier vélo, si ce n'est pas avant. Beaucoup désormais ont des papas surfeurs, certains même ont découvert le surf à l'école.56

La constitution d'une communauté surf peut se faire à plusieurs échelles. À l'échelle nationale avec par exemple en France, la Fédération Française de Surf qui tente de fédérer les surfeurs autour de règles éthiques en se faisant la garante de la morale surfique. À une échelle géographique plus restreinte comme avec les surf clubs. Dans Cutback, le jeune Luke réussira à intégrer le surf club de sa ville grâce à une compétition gagnée. La fin du film se fera avec un grand nombre d'accolade de la part des autres membres du club et la remise du fameux tee-shirt du club à Luke, sésame de sa porte d'entrée dans ce milieu restreint (illustration 55).

Illustration 55: Cutback.

La tribu surf peut également se faire en fonction de son appartenance à telle ou telle marque si l'on est surfeur professionnel ou non (les surfeurs

56 David Bianic, Erwan Crouan, Didier Tirilly, Kornog. Surf en Bretagne, Coop Breiz, 2011, pp. 114-115.

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de l'écurie Quicksilver, ceux de Billabong, etc.). Il peut se faire aussi par équipe. Dans Surf Academy, deux groupes de surfeurs rivaux, mais du même lycée vont s'affronter dans un championnat au Costa Rica. Leur appartenance à leur tribu surfique s'effectue par la couleur. L'équipe surf menée par Jordan est en bleu alors que l'équipe surf menée par Tyler est en jaune (illustration 56).

Illustration 56: Surf Academy.

Mais la constitution en tribu en groupe, n'est pas l'apanage des surfeurs, les personnages qui gravitent autour des surfeurs eux aussi peuvent s"ériger en groupes. Dans Puberty Blues, les jeunes filles qui souhaitent être en compagnie des lycéens surfeurs s'érigent en un groupe informel : les surfer chicks. Debbie fait partie avec sa meilleure amie Susie, un membre de ce groupe qu'elle définit ainsi : « If you weren't a surfer chick you are nobody. You were a nerd, if you wanted to get into the gang you had to crawl after and suck up to all the gang girls » [Si vous n'étiez pas une surfeuse, vous n'étiez personne. Vous étiez une ringarde, si vous vouliez entrer dans le gang, il vous fallait vous attirer les faveurs de toutes les filles du gang]. En somme la vie de la surfer chick gravite tout entière autour du surfeur allant jusqu'à rythmer leurs conversations parfois insipides. Debbie devient ainsi la surfer chick de Danny. Ils n'ont rien en commun et à part

l'attrait physique et sexuel, n'ont rien à se dire. Lorsqu'ils se parlent au téléphone, la seule chose que Debbie trouve à dire à Danny : « How was the surf today ? ». Nell Schofield, l'actrice incarnant le rôle de Debbie avoue elle-même avoir voulu être une surfer chick durant son adolescence mais ne pouvant supporter la drogue et l'alcool, elle abandonna cette idée : « Like Debbie, I wanted to be a surfie chick. But once I was, I wanted out before it got too heavy. I hated the alcohol and the drug scene. I saw so many kids fall down on the ground after taking drugs. »57. La surfer chick a en somme un rôle bien précis, très bien décrit par Pascal Duret et Christian Pociello :

Seuls les garçons sont sur l'eau, les filles en Pénélope des sables passant leur journée à attendre le retour au rivage de leur conjoint. Pour ces filles, derrière des élans aux accents féministes touchants, prônant la pratique partagée, émergent rapidement des plaintes sur la frustration occasionnée par leur situation de « suiveuses », toujours à la traîne.58

Les surfeurs, en somme, nous l'avons vu, sont soumis à des codes, des rituels, des cérémoniels qui permettent de les ériger en communauté. Nous l'avons vu au travers des funérailles surfiques qui permettent de cimenter la communauté au travers de la mort et du deuil. Nous pouvons citer à ce titre le film Blackrock où le surfeur du nom de Ricko, légende locale du surf se suicide alors qu'il a des démêlés importants avec la police. Ses amis lui organisent des funérailles où ils brûlent ses effets personnels sur la planche avant de les jeter à l'eau (illustration 57)

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57 "Movie Stars Overnight", TV Week. 23 January 1982, p. 11.

58 Pascal Duret et Christian Pociello, « Fêtes sportives et expression de la virilité », Agora débats/jeunesses, 7, 1997. Les jeunes et les fêtes. pp. 55-62.

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Illustration 57: Blackrock.

Cette cérémonie diffère de la cérémonie océane classique. La cérémonie en hommage au personnage de Victor dans le film Newcastle nous montre un déroulement classique et canonique de cet événement. Les participants sont réunis en cercles sur l'océan, autour de la planche du défunt garnies de guirlandes de fleurs (illustration 58). À la fin de la cérémonie certains surfeurs s'éclaboussent avec l'eau de l'océan pour témoigner de leur lien avec l'eau salée (illustration 59).

Illustration 58: Newcastle.

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Illustration 59: Newcastle.

Mais avant les funérailles surf, il existe ce que l'on pourrait appeler l'oraison surfique, à savoir, l'hommage rendu à un surfeur défunt. Le film, Big Wednesday nous en donne un très bel exemple. Alors que Waxer est mort à la guerre du Vietnam, leurs amis Matt, Jack et Leroy, se retrouvent ensemble, de nuit, au cimetière militaire, et lui rendent un dernier hommage, centré sur sa pratique du surf : « He was a good surfer. He had a nice cutback. He rode the nose real well. He would always give people waves. I don't even remember a day Waxer wouldn't ride with his friends ».

1/ Les règles de priorité et de respect

Dans Point Break, c'est Johnny qui apprend très vite qu'il existe parmi les surfeurs, un code de la vague. Il s'aperçoit que l'on ne peut pas prendre n'importe quelle vague quand on veut. Il faut attendre son tour. En effet alors qu'il prend une vague sans réfléchir, il entre en concurrence avec un autre surfeur déjà engagé. Sa réaction ne se fait pas attendre puisqu'il donne par la suite un coup de poing à Johnny tout en lui déclarant : « Casses toi de là enfoiré, tu peux pas regarder où tu vas T'as osé toucher à ma planche. La politesse ça existe, retourne dans ton arbre ». Violer les règles de priorité et de respect peut être très mal vu et amené au discrédit de la part du reste de la communauté surf. Ainsi dans North Shore, le jeune

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surfeur Rick, participant à une compétition à Hawaï, se fait souffler la victoire par une tricherie du surfeur Burkhardt. Bien qu'elle ne soit pas reconnue par les juges de la compétition comme un élément disqualifiant, dès le lendemain, Turtle montre à Rick un article de journal pointant du doigt sa victoire volée (illustration 57).

Illustration 60: North Shore.

2/ La rivalité entre gangs, entre groupes

Nous avons abordé la question de la rivalité, allant parfois jusqu'à la violence, entre plusieurs groupes de surfeurs. Cette rivalité se base soit sur une question d'appartenance ethnique : surfeurs locaux/haole (ceux qui sont privés du « ha » le souffle de vie), soit sur une question de philosophie surfeurs : les surfeurs respectueux et les surfeurs dominateurs (exemple du film Point Break), soit une question de territoire (les bagarres entre les surfeurs australiens et les surfeurs de Biarritz dans les années 80).

Mais il est une autre rivalité qu'il nous faut aborder ici, celles des surfeurs contre les autres sportifs. Ainsi dans Puberty Blues, le spectateur peut admirer une scène cocasse où les jeunes surfeurs se battent avec un groupe de nageurs professionnels tandis que dans California Dreaming, les surfeurs sont en concurrence, quoique de manière moins belliqueuse avec les

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membres de l'équipe de Beach-volley.

Plusieurs surf movies mettent en scène des rivalités entre gangs de surfeurs. Dans Surf II. Ce sont les surfeurs zombies à la solde du scientifique Menlo qui en viennent à s'opposer aux surfeurs traditionnels non encore zombifiés. Ils se différencient d'eux non seulement par leur comportement mais aussi par leur habits. Les surfeurs zombies sont habillés à la mode gothique tandis que les surfeurs « normaux » sont habillés comme à l'accoutumée. D'ailleurs lors de la compétition de surf locale, ils viendront à s'affronter donnant des images cocasses pour le spectateur du film où l'un des surfeurs zombies portera la planche d'un surfeur concurrent en signe de domination (illustration 61).

Illustration 61: Surf II.

Le surf movie qui exploite peut être le plus l'angle de la rivalité, quoique de manière bien particulière, est le film Surf Nazis must Die, un film de type « revenge movie » racontant deux histoires en parallèle : la prise de pouvoir des surfeurs nazis sur les autres gangs de surfeurs et les déboires de

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Eleanor 'Mama' Washington, dont le fils a été tué par le gang des Nastys, cherche à les tuer un à un, dont le désir de vengeance lui donne une énergie hors norme.

Dans ce film, résolument anti néo-nazisme, Adolf parvient avec son gang à maîtriser le littoral et à devenir le Führer de la nouvelle plage. Il se sert alors de la planche à la fois comme un instrument de pouvoir et d'identification. Ils établissent leur repaire sur Power Beach et commencent alors à cimenter leur gang selon des règles bien précises. Leur slogan deviendra alors « Les surfeurs sont les maîtres de l'Océan et les Nastys sont les maîtres des surfeurs ». Ils commencent alors à fabriquer des planches avec un couteau intégré à la pointe afin d'attaquer les surfeurs de gangs rivaux qui viendraient sur leurs vagues. Le personnage de Hook va même personnaliser sa planche pour intimider en y apposant un dessin de crâne transpercé par un crochet (illustration 62).

Illustration 62: Les Nastys.

Suite à sa prise de pouvoir, Adolf va alors réunir dans un hangar tous les gangs rivaux pour tenter de les rallier à sa cause tout en les soumettant. Il effectue son discours sur une estrade avec deux planches de chaque côté de lui (la planche devient alors politique). Il déclare alors « Nous sommes les maîtres des sables ». Les gangs rivaux que sont les surfeurs japonais

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(ayant le drapeau du japon sur leur planche), les surfeurs californiens, et les surfeurs bikers, ne se rallieront pas à sa cause. En guise d'avertissement les Nastys tueront un surfeur hippie du nom de Fred et très apprécié de tous, ayant le symbole du Peace and Love sur sa planche (illustration 63). S'en suivra alors une tentative de révolte des autres gangs qui mènera à un bain de sang.

Illustration 63: Nastys.

Ce film qui est assez pauvre d'un point de vue scénaristique et narratif permet toutefois de montrer que la communauté surf peut se diviser en gangs et que les différents groupes de surfeurs peuvent s'opposer en fonction de leurs revendications territoriales. Ce film permet également de montrer, de façon intéressante que, outre un symbole d'identification et d'autorité, la planche peut être un instrument belliqueux. Par ailleurs dans plusieurs autres surf movies outre que celui précité, la planche est utilisée comme « arme » pour se battre contre des adversaires. Ainsi dans Surf II, la planche est utilisée pour assommer les pères de deux surfeurs qui ont pactisé avec Menlo le scientifique fou. Elle est aussi utilisé comme assommoir dans Puberty Blues par les surfeurs lorsqu'ils se battent sur la plage contre un groupe de sportifs rival (illustration 64).

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Illustration 64: Puberty Blues.

B) Pour une typologie des surfeurs

De nombreux types de surfeurs sont décrits dans les surf movies, les uns entrant parfois en compétition avec les autres, certains étant parfois opposés à d'autres, par jalousie et par envie bien souvent. Nous pouvons donc établir très souvent une dichotomie entre plusieurs types de surfeurs, que nous allons voir dans les prochaines lignes.

1/ Le Free surfer solitaire versus les surfeurs en groupe

Dans l'une des scènes de Drift, nous pouvons voir Jimmy et J. B. admirer du haut d'une falaise, un surfeur solitaire, dont ils taisent le nom, qui a pour habitude de venir surfer seul tous les jours sur le même spot. Ce surfeur libre est admiré par J. B. qui en fait une description élogieuse auprès de Jimmy : « Voilà ça c'est le trip ultime. Il doit surfer en solo presque tous les jours. Il a pas à se battre pour prendre une vague. Ila pas à prouver qu'il est meilleur que les autres. C'est ça l'essence du truc, le vrai panard. Le dernier truc qu'il doit avoir à l'esprit c'est la compétition. On se tape des bornes tout le long de la côte et lui il est là sur l'océan. Il a une vie de rêve, personne ne peut acheter ce qu'il a ».

En effet le surf peut se pratiquer de deux manières, ou bien comme

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une activité solitaire où le surfeur va chercher à entrer en communion avec la vague et la sensation de glisse, ou bien en groupe avec des amis ou au sein d'un club. Si cette deuxième catégorie entraîne une certaine camaraderie autour du surf, elle peut aussi avoir comme effets négatifs de faire naître la compétition, ou de générer de l'impatience puisqu'il faut attendre son tour pour prendre la vague, et c'est précisément ces aspects que J. B. n'aiment pas dans la pratique collective du surf. Il admire par ailleurs la rigueur de ce free surfer, qui s'astreint sans difficultés aucune à une pratique quotidienne du surf. En somme le free surfer surfe pour son plaisir et non pour être dans la démonstration. Et c'est exactement le conseil que donne Gia à Sydney dans le film Rip Girls : « Tu ne surfes pas pour les autres mais pour toi. C'est comme surfer sur un nuage ».

2/ Le surfeur en recherche de style et performance versus le surfeur « pur »

Le surf, en plus d'être une pratique, est aussi un exercice esthétique qui s'apparente à un spectacle d'où la notion de « style ». Paul Mason définit deux types de styles dans son guide du surf, l'un est fait dans la tranquillité et l'autre dans l'énergie : « Chaque surfeur possède son propre style. Certains sont très 'cool' et semblent à peine bouger. D'autres ressemblent à des tornades et tourbillonnent en gesticulant sans arrêt ».59 Le style est notamment caractérisé par les figures comme les « upside down », le « roller » figure emblématique des années 1970-1980 ou encore les « montagnes russes », le « pop shove it » et bien d'autres encore. Le style est si important que dans le film Surfer Dude, Steve Addington, qui est choisi pour participer à une émission de télé-réalité, une sorte de loft story du surf, voit ses

59 Paul Mason, Le surf, 2002, Gamma Jeunesse, p. 12.

mouvements enregistrés par des capteurs, afin que son « style » soit enregistré pour les besoins de l'élaboration d'un jeu de réalité virtuelle.

Certains surfeurs se distinguent par un style qu'ils tentent de développer tout au long de leur carrière. C'est ainsi que le numéro 144 du Surfer's Journal décrit avec poétique le style de Joey Cabell :

Sil fut un temps pris comme unité de mesure primordiale, le style a été grandement saccagé sur l'autel de ce faux dieu nommé « performance ». Au tournant du millénaire , les vrais stylistes pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Joey Cabell, ici à Tresles en 1964 coche toutes les cases : un sens marin de la carène tout en glisse. Une sprezzatura (nonchalance) contenue du cool version point break. Ce que l'on voit ici est l'antithèse du flashy, du coup d'éclat et de l'effort à tout prix. Inutile d'en mettre plein la vue, c'est juste du surf.60

Si le style est bien souvent apprécié, de la part des connaisseurs, dans la pratique du surf, en revanche, un style trop prononcé, semblant trop travaillé peut être critiqué et paraître m'as-tu vu. C'est le cas notamment du style 'hot dogger ». Pour comprendre ce style, il suffit de regarder Big Wednesday. Dans ce film, le personnage de Matt est un hot dogger qui a acquis une popularité locale car il a développé une technique où il est capable de marcher sur sa planche tout en surfant. Dans North Shore, c'est Chandler, qui apprend à surfer à Rick dans le respect des vagues, qui le met en garde contre ce style du hot dogging qui ne permet pas d'entrer en communion avec la vague : « a lot of the pros like Burkhart think a wave's just for carvin' up, you know? Hot-dogging. Imposing their own style of acrobatics on the wave. A pure surfer goes with the wave. He knows the wave. He knows where it breaks » [beaucoup de pros comme Burkhart pensent qu'une vague c'est juste pour se battre, tu vois ? Le hot-dogging. C'est imposer son propre style d'acrobatie sur la vague. Un pur surfeur accompagne la vague. Il connaît la vague. Il sait quand elle casse].

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60 « Du style », Surfer's Journal, n° 144, juin/juillet 2021, p. 16.

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Le surfeur pur pour Chandler est donc quelqu'un qui développe un style naturel, sans forcer, en suivant simplement les courbes et mouvements de la vague. Il ne recherche pas la compétition à tout prix : « I guess all the shredders are probably up at Pipeline, practicing for the Pipe Classic. Like every kook from Florida to Australia's shown up here to try and enter that Pipeline Classic. They [contest] bring out the worst in the human » [Je suppose que tous les shredders sont probablement à Pipeline, s'entraînant pour le Pipe Classic. Comme tous les kooks de Floride et d'Australie qui se sont présentés ici pour essayer d'entrer dans ce Pipeline Classic. Les compétitions font ressortir le pire chez l'humain]. Il utilise d'ailleurs les mots de « shredder » et « kook » difficilement traduisibles en français pour qualifier le comportement des hot doggers. Le shredder est un surfeur ayant une mentalité de conquérant, voyant la vague comme une conquête tandis que le kook est un surfeur ayant tendance à surestimer ses habiletés en surf. On le voit donc la mentalité « Go Hard », jusqu'au boutiste de ce type de surfeur est décriée par Chandler. Dans Californa Dreaming, le même terme de « kook » est utilisé par le surfeur Ricky et son ami pour critiquer le fait que leur spot de surf habituel devient complexe car trop envahi de surfeurs se surestimant : « It got gnarly out there, there's too many kooks » [ça devient trop ardu là-bas il y a trop de kooks].

3/ Le surfeur authentique versus le surfeur (sur)équipé

Très souvent dans les films de surf, sont opposés les surfeurs de l'ancienne génération qui pratiquaient le surf sur un longboard et les surfeurs plus jeunes pratiquant sur des planches plus modernes. Le longboard est souvent considéré comme une planche old school

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contrairement aux planches plus courtes actuels. Pourtant l'effet sur la vague n'est pas le même comme le rappelle le personnage de Koa dans Rip Girls : « Surfer sur un longboard, c'est comme voyager sur la vague, c'est lent et fluide mais sur un shortboard tu as l'impression de transgresser les limites ». Cette opposition du vieux surfeur usant du longboard et du jeune surfeur au shortboard est explicitée le mieux dans le film The Prince and the Surfer. Lorsque Cash rentre chez lui après une session de surf, son père lui demande comment sa journée s'est passée. Cash répond sur le ton de la taquinerie : « Man, what a day out there ! Nice waves, smooth long swells, perfect for old timer longboarders like yourself » [Mec, quelle journée là-bas ! De belles vagues, de longues houles lisses, parfaites pour les longboarders d'antan comme toi]. Piqué, la réaction de son père ne se fait pas attendre : « Old timer ! I still got the moves. I can show you a thing or two out there. Back when I was a kid, we'd go surfing when the water was 50 degrees. We didn't wear sissy wetsuits either. Next time we'll do a session. No wetsuit and no leashes » [Ancien ! Je suis toujours dans le coup. Je peux te montrer une chose ou deux là-bas. Quand j'étais enfant, nous allions surfer quand l'eau était à 10 degrés. Nous ne portions pas non plus de combinaisons de poule mouillée. La prochaine fois, nous ferons une session sans combinaison et sans leash]. En somme le père de Cash, regrette le temps où les surfeurs de l'ancienne génération pratiquaient le surf sans leach, à savoir sans être attachés à leur planche. En effet l'introduction du leash en 1958 par Georges Hennebutte a été une révolution pour le monde du surf. Il permettait d'éviter de perdre sa planche lors d'une chute. Les runaway boards (planches fuyantes) constituaient par ailleurs un danger pour les autres surfeurs qui pouvaient être blessés. Être relié à sa planche évite également de rentrer à la nage après une chute et de

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voir sa planche se briser contre des rochers. Néanmoins le leash comporte un aspect négatif, déploré par les longboarders (les premiers longboard n'avaient pas de leash) : il entrave la notion de liberté et empêche la sensation d'avoir des « ailes » lors de la glisse. Par ailleurs Hugo Verlomme et Laurent Masurel évoquent cette philosophie de l'attache dans leur ouvrage Bodysurf :

Les premiers surfeurs ne connaissaient pas l'usage de l'attache (leash) les reliant à leur planche et en cas de chute, ils devaient rentrer à la nage en bodysurf. Bodysurf allait donc de pair avec surf. Jusqu'au jour où l'attache, invention d'un Français, Georges Hennebutte, transforme radicalement le paysage. Désormais le surfeur qui chute ne perd plus sa planche et n'a plus besoin de rentrer au bord en bodysurf. À quand les épreuves de surf sans leash ? Si l'on veut être un surfeur complet, ne faudrait-il pas aussi pratiquer sans leash ? Si le 'fil à la patte' de notre regretté Hennebutte a énormément apporté au surf en devenant le cordon ombilical qui a donné confiance au surfeur, je me demande s'il ne nous a pas rendus esclaves de notre planche. Qui se rappelle que le leash fut interdit dans les compétitions en Australie jusqu'en 1977 ? Le jour où le leash casse - et statistiquement ça arrive plus souvent qu'à la planche - que devient-on ? Un bodysurfer résigné voire paniqué, quand on constate la lenteur à se mouvoir dans l'eau et que ça bouillonne sévère.61

En somme les surfeurs de longboard qui pratiquaient sans leash, maîtrisaient d'une part le bodysurf mais étaient également plus proches de la vague et donc possédaient un courage plus important, l'attache conférant une sensation de sécurité. En somme l'équipement, en procurant du confort, peut également entraver la pratique du surf, en ce qu'il peut empêcher de vivre cette expérience pleinement en termes de contacts et sensations.

Le film In God's Hands est le seul film de notre corpus a abordé la question du surf assisté par jet ski. Ce film réalisé par Zalman King relate les aventures de trois amis qui voyagent ensemble en quête des plus grosses vagues. Ils retrouvent finalement à Bali un autre groupe de surfeur qui ont le projet de s'essayer à la vague ultime avec un jet ski. Ils commencent à s'entraîner ensemble pour atteindre cet objectif. Durant leur entraînement préparatoire ils regardent un reportage sur un surfeur pro hawaïen qui s'est essayé à cette technique et qui vante les bénéfices du jet ski en termes de sécurité : « Before my first cup of coffee, I look in the mirror. I think to

61 Hugo Verlomme et Laurent Masurel. Bodysurf. Aux origines du surf. Atlantica. Anglet, 2002, pp. 55-56.

myself. Is today the last day I'm gonna be alive ? Because you never know when you're gonna go. When you come out of that wave, if something goes wrong, the jet ski is your only salvation )) [Avant ma première tasse de café, je me regarde dans le miroir. Je pense en moi-même. Est-ce qu'aujourd'hui sera mon dernier jour ? Parce que tu ne sais jamais quand seras ta dernière heure. Quand tu sors de cette vague, si quelque chose ne va pas, le jet ski est ton seul salut].

Leur entraînement commence alors avec Brian un instructeur expérimenté dans la prise de grosses vagues. Il met en garde les trois compagnons en leur exposant les dangers des grosses vagues, être maintenu sous l'eau par le passage successif d'une série de vagues, ou se retrouver emprisonné dans une grotte sous-marine. Ils les met en garde également contre deux types de surfeurs qui mettent en danger leur vie : le Gun-ho (le surfeur qui ne veut pas considérer le risque et qui se focalise sur ses propres capacités) et le Gun-shy (celui qui ne veut pas accepter le risque et qui se focalise trop sur ses limites). Il invite les trois compagnons à ne pas être ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux catégories car cela pourra les mener à leur perte. Il leur vante ainsi les mérites de la technologie et du jet ski pour appréhender les grosses vagues : « the other thing that we have to also understand is that we can augment our own abilities through the technology that we have. But technology isn't everything; you need the speed, the strength, to handle those kind of poundings. Technology is taking surfing into another dimension, allowing a rider to match the speed of a 50-foot wave, traveling at 35 miles per hour )) [l'autre chose que nous devons également comprendre, c'est que nous pouvons augmenter nos propres capacités grâce à la technologie dont nous disposons. Mais la technologie n'est pas tout ; vous avez aussi besoin de vitesse, de force, pour gérer ce genre de coups. La technologie amène le surf dans une autre dimension, permettant à un surfeur d'égaler la vitesse d'une vague de 15 mètres, voyageant à 55 km par heure].

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Malgré tous ces conseils, il s'attire l'inimitié de Mickey, l'aîné des trois

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compagnons. Mickey, visiblement dans la catégorie des Gun-Ho, dénigre le jet sky, qui selon lui, retire toute pureté au surf. Faisant confiance à son habileté il minimise la force de la grosse vague qu'il s'apprête bientôt à prendre : « I'm coming to Hawaï this winter and I'm gonna paddle into one of those 40 foot sons of bitches with my bare hands. That is horseshit, it's just a wave. A big mother of a wave, yes, but it's just a wave » [Je vais à Hawaï cet hiver et je vais pagayer dans un de ces fils de pute de 12 mètres à mains nues. C'est de la merde, c'est juste une vague. Une putain de grande vague, oui, mais ce qu'une vague quand même]. Lorsqu'arrive finalement le jour J à Hawaï pour prendre LA grosse vague, Mickey est le seul du groupe à décider de la prendre sans assistance. Avant de la prendre il fait d'ailleurs un signe de croix. Malheureusement il finira par tomber de la vague et mourir noyé. Par cet incident, le film In God's Hands se pose donc en partisan de l'assistance technologique dans la prise de grosse vagues et pose comme morale surfique qu'il ne faut pas surestimer ses capacité. La vague est toujours la plus forte.

3/ Le soul surfer versus le surfeur de démonstration

Le soul surfer est en général considéré comme occupant le haut du pavé de la catégorie des surfeurs. Le soul surfer est celui qui ne possède pas seulement la connaissance technique et pratique de ses mouvements mais également une connaissance théorique sur tout ce qui a attrait à l'océan et ses phénomènes. C'est cette connaissance qu'il met au service de sa pratique pour l'améliorer. Dans Ocean Tribe (1997), c'est Noah qui décrit son ami Bob, alors atteint de leucémie, comme l'un des meilleurs Soul surfer qu'il ait connu, donnant au passage sa définition de ce type de surfeur : « He was the epitomy of a soul surfer. He knew more about the tides, the winds, currents, phases of the moon and anything else of facts that related creating waves. He was always the last of us out of the water » [Il était l'incarnation d'un soul surfeur. Il en savait plus sur les marées, les vents, les courants, les phases de la lune et tout ce qui concernait la

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création des vagues. Il était toujours le dernier d'entre nous à sortir de l'eau].

À l'inverse, le surfeur de démonstration est celui qui ne base sa pratique que sur l'image qu'il véhicule vis à vis des autres surfeurs. Obnubilé par la volonté d'être le meilleur, le surfeur de démonstration en oublie l'essence même du surf. C'est notamment le cas du personnage de Jim Wesley dans Local Boys, ex surfeur professionnel ayant surfé à Waimea Bay, qui met en garde le jeune Randy sur cette dérive : « Problem was, I spent so much time trying to be whoever that guy is right there, I forgot why I loved surfing in the first place. Back then I was trying to prove something » [Le problème, c'est que j'ai passé tellement de temps à essayer d'être quelqu'un que j'ai oublié pourquoi j'aimais le surf en premier lieu. À l'époque j'essayais de prouver quelque chose]. En somme Jim est devenu après cette expérience un adepte d'une pratique épurée, qui lui a permis de retrouver le goût et le plaisir du surf.

4/ Le surfeur de petites vagues versus le surfeur de gros

Dans Ride the Wild Surf, Jody, Steamer et Chase se rendent à Hawaï à l'occasion d'une compétition de surf à venir sur l'île d'Oahu. Jody attire tout particulièrement l'attention d'un groupe de surfeurs sur la plage lorsqu'il commence à surfer. L'un d'eux commente : « It's Jody Wallis one of the best small waves riders of California. He's got style ». Et à l'un des autres garçons du groupe, non sans une once de jalousie, de demander à voir ce qu'il vaut sur des grosses vagues. Si Jody est un surfeur de petites vagues, il existe une catégorie de surfeurs bien particulière, le surfeur de grosses vagues. Il s'agit d'un type de surfeur qui va chercher à se frotter aux plus grosses vagues, aux vagues les plus dangereuses, ou bien dans le cadre de compétitions, ou bien dans un cadre plus informel. Les raisons pour surfer ce type de vagues sont bien évidemment propres à chaque surfeur (goût de l'extrême, recherche, de sensations nouvelles, volonté de reconnaissance,

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repousser ses limites, etc. ). Certains surf movies font donc de la grosse vague le coeur de leur intrigue. Chasing Mavericks en est un bon exemple. Dans ce film, le jeune Jay cultive l'envie de surfer les grosses vagues depuis son enfance où il commence avec une passion pour la contemplation des vagues (il apprend même à compter le nombre de secondes entre chaque vague). Son voisin étant un champion de surf, il a ainsi l'occasion d'apercevoir dans son garage, une planche de type gun. Ne sachant ce que c'est, la femme du surfeur lui répond « C'est pour surfer les big monstres ». Arrivé à l'âge de jeune adulte, il va donc se former auprès de Frosty, son voisin surfeur pour affronter la célèbre vague de Mavericks. Jay va donc se préparer en suivant un entraînement physique drastique, en observant les vagues. Pour lui surfer Mavericks donne un sens à sa vie comme il le témoigne dans la lettre qu'il écrit à Frosty son mentor qu'il lui donne juste avant d'aller affronter la fameuse vague le jour J : « J'ai toujours su que le temps m'étais compté, c'est pour ça que je veux prendre ce drop. Quand je suis au pic de la vague et que je la prend, je ne fais plus qu'un avec elle et à cet instant là je sais que je suis vivant ».

Pour Jay, surfer de grosse vagues est donc un moyen de se sentir en vie. Les raisons qui poussent à aller chercher les grosses vagues varient d'un surfeur à l'autre. Cependant quelque soit la raison, ce type de surf nécessite à la fois une bonne préparation, une vigilance de tous les instants et d'aller dans des spots à grosses vagues. Mais ces efforts sont récompensés par les sensations que cela procure comme le raconte l'article consacré à Justine Dupont, surfeuse de gros et à son petit ami Fred dans le magazine Surf Mademoiselle :

On est dans le « search de gros », dans le plaisir de la découverte. La nature s'impose à vous, on se sent à la fois libre mais enserré par ces forces naturelles, telluriques, océaniques. On se sent dominé certes, mais aussi galvanisé par tant de force et de beauté. On revient aux racines du surf engagé : tester les limites d'un lieu, s'adapter, se lancer dans l'inconnu... 62

Dans Blue Crush, c'est la légendaire vague du Pipeline, que va tenter d'affronter Anne-Marie. Avec l'aide de ses deux amies surfeuses, elle va

62 Laurent Masure, « Justine Dupont », Surf Mademoiselle, n° 9, 2021, p. 48.

s'entraîner d'arrache-pied afin d'être prête pour la compétition du Pipe Masters. Contrairement à Chasing Mavericks, Anne-Marie va affronter le Pipeline dans le cadre réglemente de la compétition où elle va même signer une décharge relative au décès et au démembrement. Enfin nous pouvons citer l'exemple de Ride the Wild Surf où Jody va affronter les terribles grosses vagues d'Hawaï. Inquiète, sa petite amie Barbara va demander au responsable de la compétition si selon lui, Jody peut le faire et est en mesure de surfer cette vague. Il lui répond alors qu'il ne suffit pas d'être bon (good) mais d'avoir du caractère (character). Le surfeur de grosse vague doit donc en plus d'un entraînement physique important, doit forger son mental afin d'être prêt à cette expérience aussi unique que dangereuse.

Les vagues les plus dangereuses (Pipeline, Teahupo'o, Mavericks) suscitent bien des émois. Banzai Pipeline est même parfois surnommé « Serial Killer ». On retrouve cette fascination non seulement dans les Surf movies, mais aussi dans la littérature spécialisée et les romans de fictions tels La Vague d'Ingrid Astier :

Le bateau amorça une valse avec l'océan. À quelques mètres, le mur d'eau s'élevait. Une masse tellement puissante qu'il fallait la voir au moins une fois dans sa vie pour le croire. Depuis l'Antarctique, rien ne l'arrêtait sur huit mille kilomètres. Teahupo'o. Le mirage du bout de la route. Le rêve de tout waterman digne de ce nom. L'approcher c'était croiser le diable en robe d'écume. Elle était belle à se damner. [...] Taj avait pris des vagues cyclopéennes - des tickets directs pour l'au-delà pour la plupart de ses semblables. Hiro tâcha de se remémorer. Il se souvint de photographies de Taj sur Pipeline, Jaws, et Waimea bien sûr, mais aussi Shipstern Bluff en Tasmanie, Cloudbreak aux îles Fidji et même Mullaghmore en Irlande. L'homme pistait les houles. Ce chasseur de bombes était allé jusqu'en Alaska pour affronter les vagues apocalyptiques créées par la chute de gigantesques blocs de glace. Rien ne l'arrêtait. [...] Le mur se dressa. Une vraie paroi. Le mariage du surf et de l'escalade. Une verticalité à presque quatre vingt dix degrés. Hiro aurait pu le voir dix mille fois, il aurait toujours été impressionné par cette terrifiante majesté. Cette vague qui semblait sucer toute l'eau du reef devant elle sans jamais vouloir s'arrêter. Cette force démoniaque décoiffée par l'écume. Il arrivait que Teahupo'o recrachait celui qui la bravait. Sous la planche la vague vibra en lui. Des millions d'ondulations diffusaient leur énergie. Une telle puissance de vie le galvanisa. 63

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63 Ingrid, La Vague, Paris, Les Arènes, 2019, pp. 20, 35, 111-112.

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5/ Le surfeur raisonné versus le surfeur inconscient

La mention du surfeur de grosses vagues poussé par le besoin de repousser ses limites et de tester l'extrême nous amène tout naturellement à aborder deux autres types de surfeurs. Ceux qui pratiquent le surf avec excès et ceux le pratiquant avec raison. Dans Point Break, c'est le personnage de Tyler, seul personnage féminin du film qui incarne la pratique modérée et réfléchie du surf alors que le reste de la communauté masculine dont Johnny et Bodhi sont en perpétuelle recherche de la méga vague au risque de mettre leur vie en danger. Dans cette pratique différencier du surf selon le sexe, on peut voir se dessiner dans ce film une théorie genrée du surf. D'ailleurs, lors d'une fête alors que l'un des surfeurs fait l'apologie des grosses vagues, tyler se contente de répondre avec dédain : « Les méga vagues, c'est pour les machos, les ignorants et les suicidaires ». Ainsi pour Tyler les surfeurs inconsidérés sont de trois types : ceux qui font preuve de virilisme, ceux qui sont impréparés, et les kamikazes. À maintes reprises elle tente de raisonner Johnny qui semble suivre les traces de Bodhi dans sa folie des vagues : « il est sauvage, toujours en quête. En quête de la vague métaphysique. Il est encore plus dingue que toi ». D'ailleurs la dernière rencontre de Johnny et Bodhi se fera sur Torquay Bay Beach. Alors que Johnny s'en va rejoindre Bodhi sur la plage qui s'apprête à surfer la vague des 50 ans, un groupe de surfeurs le met en garde : « Faudrait être chtarbé pour aller là-bas, ces vagues là ça te réduit en miettes ». On a donc cette opposition entre Bodhi prêt à mourir pour ce qu'il considère comme la vague du siècle et des surfeurs plus raisonnés qui considèrent que la vie vaut plus que le surf.

Dans Ride the Wild Surf, de façon similaire, lors de la compétition, c'est Jody qui incarne le surfeur non raisonné. En effet il tente de rester en lice malgré les dangers que représentent les énormes vagues pour sa vie. Jody aura eu pourtant deux avertissements. L'un de la part d'un surfeur sur la plage qui décide d'abandonner au vu de la force des vagues : « I'm not

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going out there. It's supposed to be surf and not suicide » [Jee ne vais pas là-bas, c'est censé être du surf pas du suicide]. Le deuxième conseil, il le recevra d'un deuxième surfeur, dans l'eau cette fois-ci, alors qu'il persévère : « Look, you will keep wipping out until one time, you don't come up. Look it's your funeral » [Écoute, tu vas continuer jusqu'à ce qu'un jour, tu ne reviennes pas. Regarde, ça, c'est ton enterrement]. Malgré tout Jody va continuer...

Dans Chasing Mavericks, c'est Jay qui incarne à certains endroits du film, le rôle du surfeur inconscient. Dans les scènes finales, alors qu'il tente de surfer avec d'autres la vague de Mavericks, il semble éprouver des difficultés à s'arrêter. Il tente même de convaincre un surfeur de retourner sentir la vague avec lui. Ce dernier comprend vite qu'il est temps pour lui de s'arrêter avant qu'il ne soit trop tard : « Non, j'ai eu ma dose de sensations fortes ».

6/ Le surfeur spirituel et empiriste

Dans plusieurs surf movies, certains surfeurs se revendiquent d'une mystique du surf faisant parfois même du surf, par sa communion avec la nature, une expérience transcendantale et supérieure. Dans leurs propos le surf devient une sorte de religion. Dans Surfer Dude, lorsque la productrice de télé demande à Steve ce qui est si « spécial » dans le surf, ce dernier répond dans des propos abscons : « surf is to be with that mistery, to ride that mistery for as long as you can ». Le personnage de Bodhi dans Point Break use aussi de cette rhétorique surfique de la mystique. C'est à Johnny qu'il apporte un élément de réponse sur ce qui fait que le surf peut être mystique : « Alors tu connais toujours pas le sens mystique de ce qu'on fait ? C'est un état d'esprit ».

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7/ Le surfeur rangé versus le surfeur libertin/libertaire

Dans plusieurs surf movies il est fait état de surfeurs qui souhaitent raccrocher du surf pour se convertir au métier de shaper et ainsi retrouver une stabilité de vie. Dans California Dreaming c'est le personnage de Tanner qui annonce à son ami Ricky sa volonté de faire une dernière compétition avec lui puis de raccrocher : « It's gonna be my last contest Rick, I am serious , getting too old . I'm gonna start my own business making boards. And I am gonna marry Marsha » [Ce sera ma dernière compétition Rick, je suis sérieux, je me fais vieux. Je vais ouvrir mon propre atelier de shaper et je vais me marier avec Marsha.]. En somme Tanner avance 3 raisons pour arrêter le surf : 1) il sent qu'il n'a plus l'âge d'en faire comme avant, 2) il souhaite se reconvertir, 3) il a rencontré quelqu'un et souhaite fonder un foyer. Rick réagit de manière violente qu'il perçoit comme une trahison. Trahison envers lui et trahison envers les idéaux du surf puisqu'il va se lancer dans une activité marchande : « You're gonna be a capitalist ». Après avoir dénigré son envie d'être shaper, il en vient à se moquer des deux autres raisons. Il se moque de Marsha qui selon lui n'est pas fait pour elle, puis il critique le manque de spontanéité et d'audace de Rick « Since when have you missed the responsability anyway ». Cette dernière moquerie répond directement à l'allusion de Tanner « getting too old ». Ce décalage de communication entre Rick qui répond sur un ton moqueur et condescendant alors que Tanner s'exprimait sur le ton de la confidence va entraîner une bagarre entre eux. En somme Tanner considère que la vie de surfeur est incompatible avec la stabilité d'une relation amoureuse.

Cet avis semble partagé par l'amie surfeuse d'Alvaro dans le film espagnol Solo. En effet voyant qu'Alvaro est triste car son ami Nelo abandonne le surf pour aller s'installer au Canada avec sa fiancée, elle lui dit, également sur le ton de la confidence : « Tu te sens abandonné par ton âme frère ? On ne peut pas avoir et la liberté et l'amour ». Se développe donc l'idée que l'esprit du surf est incompatible avec l'équilibre d'une vie de couple. Même

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le couple surfeuse/surfeur semble incompatible puisque dans Blue Crush, la surfeuse Anne-Marie a quitté son ex petit ami, un surfeur local hawaïen.

C) Les surfeurs : entre rivalités, modèles et émulation

Comme le rappelle le personnage de Frosty dans Chasing Mavericks, « C'est un petit monde le surf ». En effet comme la communauté surf locale peut être très vite restreinte, il est très rapide de se comparer à d'autres figures du surf soit en tant que modèles soit en tant que rivaux. La question de la compétition est bien souvent prégnante dans les surf movies particulièrement ceux américains. Dans Ride the Wild Surf, l'un des surfeurs demande à Ross quelle a été la vague la plus haute qu'il a bravé. Ross répond alors « close to 30 feet » (environ 9 mètres) non sans fierté. D'ailleurs lorsque les trois amis que sont Jody, Steamer et Chase arrivent à Hawaï pour la compétition, ils ne peuvent s'empêcher de « scanner » tous les surfeurs sur la plage tout en déclarant : « Every top surfer of the world must be here ».

La compétition et la comparaison peut également se faire entre fratrie. Tout au long du film Drift, les frères Kelly, quoiqu'ils soient très proches, sont également rivaux en matière de surf. De façon plus violente, dans Newcastle ce sont les deux frères Jesse et Victor qui sont en compétitions. Jesse a même au-dessus de son lit, une poster de son frère chevauchant la vague, comme mémorandum de ce qu'il doit accomplir pour l'égaler. Bien souvent les deux frères vont en venir aux mains. Cette rivalité ira même jusqu'à l'extrême puisqu'elle va causer le décès de Victor. En effet alors que Jesse est avec ses amis font une excursion surf pour le week-end, Victor vient avec deux autres surfeurs leur disputer le spot. Les deux frères se volent alors les vagues simultanément et malheureusement Victor va faire une fausse manoeuvre et se faire frapper par sa planche suite à une chute, ce qui causera son décès.

La compétition va même jusqu'à des rivalités sur le lieu de la vague même.

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Bien souvent le surfeur revendique sa propriété sur une vague. Dans North Shore, lorsque Rick surfe pour la première fois sur les vagues hawaïennes, il se fait chasser par des locaux qui lui disent : « Beat it, haole buddy, this is our wave » [Va t'en haole, c'est notre vague]. Rick étant en position d'infériorité s'en va tout en dééclarant tout de même « Oh, yeah? Well, I don't see your name on 'em » [Ah oui ? Pourtant je ne vois pas ton nom écris dessus]. Dans Big Wednesday c'est le personnage d'Enforcer, qui revendique sa propriété sur les vagues en déclaarant un « Ma vague » (illustration 65).

Illustration 65: Big Wednesday.

Enfin dans Ride the Wild Surf, ce sont les personnages de Jody et Steamer qui en viennent à rivaliser pour les vagues avec un autre surfeur professionnel du nom de Franck. Alors que Franck tente de les chasser prétextant qu'ils n'ont pas le contrôle sur ces vagues, Jody déclare simplement « Look, pick your waves and we'll pick ours » [écoute, tu choisis TES vagues et ont choisi LES nôtres]. Franck, voulant avoir le dernier mot surenchérit alors « Sure as you pull out every time you see me taking on a wave there will be no trouble » [Bien sûr, si tu te retires à chaque fois que tu me vois prendre une vague, alors il n'y aura pas de problème].

En somme l'espace de la vague, tout comme l'espace de la plage sont donc

deux lieux polysémiques qui sont tout à la fois les lieux incarnant le mystique, la peur, l'excitation, mais aussi la rivalité à la fois entre surfeurs mais également entre surfeurs et autres glisseurs comme le rappelle Jean-Pierre Augustin (illustration 66) :

La pratique des sports de glisse, le surf en particulier, élimine les affrontements à l'oeuvre dans les sports collectifs, mais les études menées sur les plages atlantiques montrent l'apparition de conflits relevant plus de lutte d'appropriation que de violences au sens strict [...] liés à un processus symbolique d'individuation territoriale. La première est celle de l'individuation qui devient un principe fondateur se distinguant de l'individualisme, qui est un repli sur soi. Elle manifeste une conscience élargie d'appartenance, une multi-appartenance où l'individu cherche dans des groupes provisoires et des pratiques nouvelles un sens à son existence. La plage et la vague deviennent des lieux centraux de territorialités passagères. [...] La mer et la vague constituent une formation sociospatiale qui incarne les tendances postmodernes, en y intégrant de surcroît les attributs du sacré : le mystère, la pureté et la peur. L'étude des conflits autour du surf montre qu'ils sont multiformes : conflits vis-à-vis de soi-même., conflits avec la nature puisqu'il faut se mesurer à la vague et tenter de la dompter , conflits par rapport aux autres à qui il faut disputer l'appropriation du lieu, le spot et la vague.64

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64 Jean-Pierre Augustin. « Sports, violences et territoires. » Cahiers de géographie du Québec, volume 53, numéro 150, décembre 2009, p. 369-384.

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Illustration 66: Source : Jean-Pierre augustin. "Sports, violences et territoires".

1/ Le Shaper

Outre ces rivalités faisant preuve d'un fort virilisme, le surf se constitue aussi de modèles et de figures admirées. Le shaper, celui qui façonne les planche est l'une d'entre elles. Dans plusieurs surf movies de notre corpus le shaper est perçu comme un personnage hautement positif. Dans Big Wednesday, c'est le shaper du nom de Bear, vivant sur la jetée, qui fait office de modèle pour les jeunes surfeurs : « Often after we surfed the morning glass we'd go down to the old pier to the bear's shop. Bear made our boards and told us stories. He knew where waves came from and why ».

Bear apparaît comme une figure d'exception, à la fois car il sait faire des planches adaptée pour chacun, et parce qu'il a un savoir conséquent sur le surf et les phénomènes marins. Cependant Bear va céder au capitalisme. Il va convertir très vite son petit surf shop de la jetée en un magasin de surf huppé dans le centre ville. Il va par la même devenir très commercial dans son approche envers les autres surfeurs. Alors que Matt ne souhaite pas devenir célèbre, Bear va le pousser à entrer dans la logique des produits dérivés, notamment en créant une planche « Matt Johnson ». Lorsque le surf shop va malheureusement faire faillite, Bear va retourner vivre comme un sans-abri sur la célèbre jetée. Matt va tenter de lui proposer un logement chez lui mais Bear va refuser. Il souhaite demeurer sur le « old pier » dont il demeure intrinsèquement attaché. Le « old pier » californien est d'ailleurs un haut lieu symbolique dans la géographie du surf californien. De nombreuses photos de surf y ont été prises. Dans California Dreaming, la compétition de surf que doit affronter Ricky et ses amis, se passe d'ailleurs sur la jetée, sous le nom de « Shooting the Pier ». Il s'agit d'une compétition emblématique ou le surfeur doit prendre les vagues puis finir sa « course » en surfant entre les poteaux de la jetée. Cette épreuve dangereuse, causera d'ailleurs au surfeur Tanner de se blesser gravement et de casser sa planche (illustration 67).

Illustration 67: California Dreaming.

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Le shaper est aussi une figure louée dans le film Surf Party, où le personnage principal, le jeune surfeur J. D. qualifie son shper, également son voisin de « héros : « Tous les mômes ont dans leur vie une personne qu'ils admirent. Ça peut être un joueur de base-ball, un guitariste rock ou un coureur automobile. Mon héros à moi habitait justement au bout de ma rue. Et ce héros avait le pouvoir de vous donner la sensation de marcher sur l'eau ». Ce shaper, prénommé Mooney, fera d'ailleurs pour J. D. une planche spécialement adaptée pour lui. Malheureusement J. D. se fera voler sa planche dans le film au point que ses amis s'exclameront : « Il a perdu sa Mooney ». La planche prend ainsi le nom de son créateur. J. D. conscient que cette planche est spéciale, partira dans un road trip avec ses amis afin de récupérer sa planche.

Dans North Shore, c'est le personnage de Turtle, sander qui voue une admiration secrète pour son patron, le shaper Chandler. Alors que Turtle fait visiter l'atelier du shaper, à Rick tout fraîchement débarqué à Hawaï,il lui avoue son ambition, devenir comme son patron : « Someday I'm going to be a shaper like Chandler. » [Un jour je deviendrais un faiseur de planche comme Chandler]. Il montre alors la planche qu'il a faite lui-même de A à Z, religieusement stockée dans une armoire comme son bien le plus précieux (illustration 68) : « I made it from scratch.Shaped it, glassed it, sanded it, the whole trip. You're the first to see it. » [Je l'ai faite à partir de zéro. Je l'ai façonnée, vitrée, poncée, tout le voyage. Tu es le premier à la voir].

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Illustration 68: North Shore.

Cependant par gêne et peur de décevoir il ne l'a jamais montré à Chandler. Ce n'est qu'à la fin du film qu'il s'y risquera et recevra les félicitations tant attendues de son patron.

2/ Le photographe

Outre le shaper, d'autres personnages sont d'importance dans les surf movies. Dans Drift, c'est le personnage de J. B. qui sert de modèle et d'exemple pour les frères Kelly. D'une part car il est un surfeur libre sans attaches et d'autre part car il est photographe de surfeurs et de vagues à ces heures perdues. Il parcourt donc le pays dans son van afin de prendre des clichés de surfeurs ce qui interroge le plus jeune des frères, Jimmy « Tu sais jamais où tu vas être le lendemain, c'est pas vraiment un job si ? ». Son van est ainsi tapissé de ses propres clichés. Il faut noter que la photographie de surf est une discipline qui se développe de plus en plus. Certains photographes, notamment ceux qui font de la photo sous-maine, prennent même autant de risques que les surfeurs pour obtenir le cliché idéal. Pour le photographe de surf, le cliché idéal est bien plus qu'un objectif professionnel, il s'agit d'une quête esthétique comme l'explique Anthony Pancia au sujet du photographe Russel Ord:

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un jour , alors que je faisais mon tour quotidien sur les réseaux sociaux, une simple photo m'arrêta net. Aussi net que si l'on m'avait planté un bâton dans l'oeil. Un gros swell balayait depuis quelques jours les côtes d'Australie Occidentale et les images commençaient à affluer en provenance de quelques spots difficiles d'accès. À première vue la photo en question ne représentait rien d'autre qu'une vague démesurée se brisant face à un parterre de connaisseurs confortablement installés sur leurs jet ski dans le chenal adjacent, mais en y regardant de plus près, se distinguait, masqué par les gerbes d'écumes une paire de palmes pointant vers le ciel, il y avait forcément quelqu'un au bout de ces palmes et il était en train de vivre un scénario catastrophe. Ce quelqu'un se nommait Russell Ord. Il s'était mis volontairement en danger pour photographier la vague sous un angle inédit. J'avais un boulot de rêve à l'époque, je travaillais pour des gars formidables et à quelques pas de chez moi. J'en avais une énorme satisfaction sur le plan professionnel, mais surtout, je pouvais aller surfer tous les matins, parfois pendant la pause déjeuner, et même dans l'après-midi si bon me semblait. Puis cette satanée photo est entrée dans ma vie et m'a fait cogiter d'emblée. Russel était en première ligne, risquant gros au nom de son art. Et moi, j'étais juste... satisfait. Un vrai coq en pâte. Ainsi commença la quête du cliché ultime, de la photo référence, qui, si tout allait bien, lui permettrait d'atteindre la paix intérieure qu'il convoitait désormais à travers son art.65

3/ Le journaliste

Le personnage du journaliste occupe aussi un rôle d'importance. Il est très souvent rechercher par les surfeurs professionnels pour faire leur promo (dans le film North Shore par exemple). Mais le journaliste peut également être quelqu'un ayant l'âme d'un surfeur, même s'il ne pratique pas lui-même. Ainsi dans In God's Hands, c'est le journaliste Wyatt qui accompagne les surfeurs de grosses vagues dans leur périple à travers le monde, qui comprend le mieux leur philosophie, leur but, leur art de vivre. Alors qu'il prépare un reportage sur les surfeurs de gros et plus spécifiquement sur l'un d'eux, Shane, qu'il perçoit comme une étoile montante du surf, il énonce ses notes dans un micro : « And then you hear about this wave, in a faraway country with a name you can't even pronounce. What then ? How far are you willing to make ? How good you really want to be ? Having chronicled surfing all my life, I'm convinced that he's one of those rare athletes whose spirit is as great as their talent, that he'ss preparing himself for something extraordinary ». En somme le journaliste Wyatt apparaît avoir non seulement des talents de « conteur » mais il a également l'acuité du regard, il comprend l'essence même du surf

65 Anthony Pancia, Surfer. En quête de la photo ultime, Glénat, 2019, introduction.

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et semble connaître les aspirations de Shane mieux que lui-même.

4/ Le commentateur

Un autre personnage d'importance, gravitant autour des surfeurs est bien évidemment celui du commentateur de compétition. Il a en charge plusieurs rôles, notamment celui de faire vivre par procuration l'expérience surfique au spectateur regardant les surfeurs sur les vagues mais également de les avertir du danger qu'ils encourent. Dans Surf School, le commentateur remplit l'un de ces rôles à la perfection avec des commentaires du type « Ladies and Gentlemen, êtes-vous prêts à surfer ? » ou encore au sujet d'une jeune femme japonaise compétitrice : « Regardez comme elle prend les vagues, c'est comme si Godzilla la poursuivait » ?

Dans Ride the Wild Surf, lorsque Steamer fait une chute lors de la compétition d'Hawaï et qu'il casse sa planche, il prend ça avec humour en déclarant « Une moitié de planche c'est toujours mieux qu'aucune ». Le commentateur de la compétition surenchéri déclarant au public : « Cette fois il s'agit juste d'une planche de surfeur [qui est cassée] et non d'un surfeur. Il faut noter que la plupart des surf movies comportent une scène de compétition ou une scène finale de prise de vague où le public, amassé sur la plage est tenu en haleine. En somme il s'agit d'une véritable mise en abyme : le spectateur qui regarde le film, regarde les spectateurs sur la plage regardant eux-mêmes un surf movie en « live ». D'ailleurs dans Chasing Mavericks, le spectateur peut voir une scène où Frosty regarde son élève le jeune Jay en train de surfer, tout en mangeant un paquet de chips (illustration 69), tout comme un spectateur regarderait un surf movie au cinéma en mangeant du pop-corn.

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Illustration 69: Chasing Mavericks.

Cette mise en abyme du spectateur se présente également sous un autre aspect. Plusieurs surf movies nous montrent les surfeurs allant eux-même au cinéma pour voir des projections de films de surf. Dans Big Wednesday c'est le personnage de Matt qui va avec son épouse et sa fille voir le film, Liquid Dreams, documentaire en son honneur, retraçant sa technique du hot-dogging. De façon similaire, dans Drift, lors d'une surf party, c'est un film documentaire retraçant les performances de Jimmy Kelly qui sera projeté sur un phare en guise d'écran (illustration).

Illustration 70: Drift.

Dans California Dreaming, Ricky et ses amis surfeurs se rendent au cinéma voir un film intitulé « Hot, wet and gnarly » (illustration) consacré aux prouesses des surfeurs d'Hawaï. Ricky, ses amis et la salle entière va

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d'ailleurs applaudir aux performances surfiques diffusées. Il ne s'agit pas ainsi que d'un simple film mais bien d'un spectacle captivant pour la salle.

Illustration 71: Californiaa Dreaming.

Dans Surf II, à l'occasion de la compétition de surf à venir, la communauté de surf locale se rend toute entière voir un surf movie dont le but n'est pas seulement d'être intégré à la surf week préparant l'arrivée de la compétition mais également de préparer les surfeurs à la compétition à venir (illustration).

Illustration 72: Surf II.

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Dans chacun des quatre exemples précités, les films que regardent les jeunes surfeurs ne sont pas des surf movies de fiction mais bien des documentaires. Il ne s'agit par ailleurs pas de n'importe quel documentaire mais d'un type bien précis que Douglas Booth appelle les pure surf movies, à savoir des documentaires se focalisant uniquement sur les techniques de surf, sans autre decorum que les prouesses et habiletés des sportifs filmés. En somme des documentaires fait par des surfeurs pour des surfeurs.

5/ Le surfeur fan

Outre tous ces personnages, bien évidemment ce sont les surfeurs célèbres qui font office de modèles pour les jeunes surfeurs qui tapissent leurs chambres de posters à l'effigie de leurs idoles. Ces posters qui constituent une sorte de fan zone dans le microcosme de la chambre du jeune surfeur font office de mémorandum sur ce qu'il doit devenir. Ainsi dans plusieurs teen surf movies, les personnages principaux ont des chambres de ce type. On peut citer la chambre de Victor dans Newcastle (illustration 73), la chambre de Rick dans North Shore (illustration 74) où il possède un poster du champion Lance Burkhart, le même qu'il va finalement affronter lors d'une compétition à Hawaï ; la chambre de Jay dans Chasing Mavericks (illustration 75).

Illustration 73: Newcastle.

Illustration 74: North Shore.

Illustration 75: Chasing Mavericks.

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D) Une histoire de famille

Le surf est bien souvent évoqué dans les surf movies comme étant une passion se transmettant de père en fils, de mère en fille, parfois avec des accès de sentimentalisme. Le film Instinct de survie joue sur cette corde. On découvre ainsi dès le début du film que la jeune Nancy ne vient pas des États-Unis jusqu'au Mexique dans le simple but de découvrir un spot secret. Elle est ici car sa mère était surfeuse et qu'elle est venue sur cette plage secrète lorsqu'elle a appris qu'elle était enceinte de sa fille. Ainsi le spot n'est pas seulement attrayant car il est secret mais aussi parce qu'il est lié à une histoire. Nancy dira d'ailleurs au chauffeur l'amenant sur le spot

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« J'y suis jamais venue mais c'est un peu notre plage ». Plus tard, avant de se mettre à l'eau, elle a sa petite soeur par appel vidéo. Elle lui décrit les beautés de ce spot secret tandis que sa petite soeur se plaint qu'elle ne lui apprend pas à surfer. Nancy promet qu'elle le fera et en effet elle tiendra sa promesse car après sa convalescence suite à sa morsure de requin, la dernière image du film nous montre les deux soeurs surfant ensemble sur les vagues texanes.

Dans ce contexte, Nancy qui s'est vu enseigner les rudiments du surf par sa mère, joue en quelque sorte la mère de substitution pour sa petite soeur car elle, en revanche était trop jeune et n'a pas eu le temps de bénéficier des leçons de sa mère.

Ce thème de la jeune surfeuse dont la mère également surfeuse est partie trop tôt est relativement récurrent. S'il n'est pas dit explicitement dans Instinct de survie que la mère de Nancy est morte d'un accident de surf (même si on le devine), en revanche dans le film Rip Girls, cela est très clair. Dans ce film pour adolescent nous découvrons que la mère de Sydney était une surfeuse, qui est malheureusement morte sur une vague hawaïenne. Sydney n'a pas eu le temps de la connaître et n'a que peu de souvenir d'elle. Alors qu'elle retourne avec son père dans la maison familiale de Hawaï après des années passées à Chicago, elle découvre dans un vieil album photo, un cliché de sa mère avec sa planche de surf. Son père semble par ailleurs gêné et ne souhaite pas qu'elle fasse du surf comme sa mère, de peur de la perdre également. Sydney finira toutefois par découvrir, dans une dépendance de la maison, la planche de sa mère, avec l'inscription Naniloa (illustration 76). D'ailleurs la scène du film est filmée de telle façon qu'un rayon de soleil vient éclairer la planche lorsque Sydney la découvre, faisant de cette découverte un événement quasi onirique.

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Illustration 76: Rip Girls (Les filles de l'Océan).

Sydney ne découvrira que bien plus tard que Naniloa était en fait le surnom de sa mère à Hawaï. La planche de surf est donc dans ce film un objet de filiation, qui se transmet de mère en fille (comme un bijou qui se transmettrai de génération en génération). Elle revêt également une importance particulière, car sa mère a inscrit son nom dessus. En effet la planche est un objet intime et très personnel pour son propriétaire et il n'est pas rare d'inscrire son nom pour se l'approprier symboliquement. Le célèbre Duke Kahanamoku possédait également une planche à son nom (illustration).

Le surf se pratique parfois en famille, les parents apprenant aux enfants à surfer. L'article « Au bout de la route nord » du magazine Surf Mademoiselle relate la rivalité complice des deux soeurs canadiennes Sanoa et Mathea dans leur pratique du surf, héritée de leur mère. Surf pratiquée en famille donc, dans une ambiance apaisée et non compétitive :

Sanoa a 15 ans, Mathea 18. C'est la première qui a suivi la seconde dans son engagement dans le surf. En bonne cadette, Sanoa veut marcher dans les pas de son aînée et succombe ainsi à l'appel des vagues. Et c'est sans appréhension que les soeurs se sont lancées tête baissée ans ce qui deviendra leur passion. À Tofino il se pratique tous les jours, en famille ou entre amis, et toute l'année. C'est d'ailleurs leur mère, elle-même adepte depuis sa vingtaine qui leur a appris les bases. Au Canada, comme il n'y a pas trop de compétition on surfe pour le plaisir, en famille, pour l'amour du sport.66

Si le surf est pratiqué dans une ambiance bienveillante et sans pression, ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Il existe aussi quelques rares cas où les parents exercent une pression auprès de leurs enfants, prodiges du surf, afin qu'ils dépassent leurs limites. Cet

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66 « Au bout de la route nord », Surf Mademoiselle, n° 9, 2021, pp. 37-39.

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aspect est évoqué dans le film Newcastle. Lors de leur escapade surf

du week-end, Nathan confie à Fergus que son père est un agent de surfeurs professionnels et qu'il exerce une pression sur lui pour qu'il

participe à des compétitions : « My dad's all about it.He's a surf agent. He sends me shit ».

Nous pouvons également citer l'exemple de Drift qui raconte l'élaboration d'une entreprise familiale. Sous l'impulsion du frère aîné de la famille Kelly, qui abandonne son poste à la scierie locale, c'est la famille entière qui va se lancer dans l'aventure d'une boutique de planches familiale. L'entreprise familiale portera tout d'abord le nom de « Kelly Brothers Surf Gear », qu'ils vont finalement renommer « Drift » lorsqu'elle va se développer. Le but initiale de cet atelier étant de vendre des planches à seulement 35 dollars. Dans cette entreprise chacun a un rôle bien précis, Andy le frère aîné se charge ra de la comptabilité et des commandes (pains de mousse, etc.), Jimmy en est le shaper, la mère des deux frères aura pour rôle d'effectuer des combinaisons main. Enfin, Lani la petite amie d'Andy se chargera de la communication. Ils auront également l'aide financière d'un ancien collègue de scierie d'Andy, parti à la retraite, qui voyant la motivation de la famille souhaite les aider à faire prospérer leur affaire en apportant sa contribution. Lorsque la boutique Drift commencera à fleurir, leur concurrent direct, Ocean King tentera un partenariat qui sera immédiatement refusé par Andy : « On vendra pas notre âme, ce type a jamais surfé de toute sa vie ».

E) Mentorat et rite initiatique

1/ Le mentor : un guide pour le surf, un guide pour la vie

La plupart des surf movies comportent dans leur intrigue la question de la transmission du surf (de ses valeurs, de sa technique) par l'intermédiaire

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d'un professeur, d'un instructeur, d'un mentor, d'un guide. Certains films font de cet apprentissage le coeur de l'intrigue du film (Catch a Wave par exemple) à l'instar de films d'apprentissage tels Karate Kid, tandis que d'autres en font une intrigue annexe, parallèle (Ride, Blue Crush par exemple). Cela donne donc des scènes filmées typiques, voire incontournables du surf movie comme l'apprentissage du paddling ou de la mise en position debout sur la planche. Très souvent l'apprentissage de ne fait pas dans l'eau directement mais sur le sable, dans un parc. C'est notamment le cas dans le film Ride où l'instructeur Jackie, à son grand désarroi, se voit forcée de faire les mouvements de base sur l'herbe (illustration 77).

Illustration 77: Ride.

Le film le plus original dans le traitement de cette apprentissage est sans conteste Catch a Wave, où l'on peut voir des scènes cocasses où les apprentis surfeurs apprennent l'équilibre d'abord sur des skate boards, ou s'entraînent au paddling, sur la terrasse d'une villa, arrosé par leur instructeur avec un tuyau d'arrosage (illustration 78).

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Illustration 78: Catch a Wave.

Le mentor dans le surf movie est donc celui qui donne des conseils et des tuyaux de toutes sorte à son élève. Dans Ride, Ian précise ainsi à Jackie « L'entrée et la sortie dans l'eau sont les deux phases les plus dangereuses » ou dans Point Break : « Tes deux pieds doivent atterir sur la planche à la même seconde. Pas de genou sur la planche ». Dans North Shore, Chandler apprend à Rick à ne pas être toujours dans l'action du surf mais aussi dans l'observation. C'est ainsi qu'il apprend à Rick à regarder le récif : « See, a wave breaks in water that's half as deep as the wave is tall » [Tu vois, lorsque la vague se brise, elle est sous l'eau à moitié aussi profonde que la vague est haute].

L'instruction du surf peut être abordé avec plus ou moins de gravité selon les surf movies. Il est tout à la fois un moment de distraction ou un devoir. Dans Blue Crush, Anne-Marie apprend à surfer à deux clients de son hôtel dans une ambiance de franche camaraderie alors que dans Point Break l'apprentissage du surf se fait par devoir. En effet Tyler va sauver de la noyade Johnny, qui s'essayait seul à la pratique du surf. Elle le sermonne sur son inconscience de débutant : « Tu veux en finir avec la vie ? Autant te tirer une balle dans la tête ». Elle finira par accepter d'être la prof de Johnny afin de ne pas avoir sa mort sur la conscience malgré les moqueries de ses compagnons qui se moquent d'elle parce qu'elle s'abaisse à donner

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des cours à un néophyte. On retrouve cet aspect dans Chasing Mavericks. Alors que le jeune Jay viet demander au surfeur professionnel Frosty de l'aider à surfer la vague géante de Mavericks, de dernier refuse tout d'abord. Mais très vite, il va accepter malgré lui, raisonné par sa femme qui lui ouvre les yeux : « Il ira surfer cette vague de toute manière, au risque de se tuer ». Sa femme l'intime donc de devenir le mentor du jeune garçon pour au moins pouvoir contrôler son apprentissage. Lorsqu'il annonce à Jay il luit dit qu'il va l'entraîner afin qu'il « survive » à cette vague car il ne veut pas avoir sa mort sur la conscience.

Le mentorat répond également à une certaine rigueur et à certaines règles. Dans Point Break, c'est Tyler qui décide d'enseigner à Johnny les bases du surf selon deux conditions :

-Qu'il exécute ses consignes à la lettre : « Tu feras tout ce que je te dis au moment où je te le dis »

-Qu'il soit ponctuel : « Rendez-vous à six heures. Si à six heure une il y a personne, je me casse ».

Ces deux mêmes conditions sont énoncés par Frosty à Jay dans Chasing Mavericks aux termes d'un engagement tacite : « Voilà le contrat, ni question ni discussion et fin de l'histoire. Je t'apprends ce que tu dois savoir et rideau, c'est pigé ? Retrouve moi demain matin à mon hangar, à 6h30, pas 6h31 ni 6h32 ».

Le mentorat surfique amène souvent à développer des relations qui vont au-delà du seul lien prof/élève. Le mentorat sert parfois à se rapprocher de l'être aimé. Dans Blue Crush, c'est le personnage de Matt qui demande à Anne-Marie des leçons de surf afin de se rapprocher d'elle. De façon similaire dans Ride your Wave, le personnage d'Hinageshi éprouve un amour secret pour la jeune surfeuse Hinako. Il lui demande des cours de surf. Elle accepte. En échange il lui apprend à faire du café et une omelette de manière traditionnelle. Après la session de surf, ils vont même au restaurant ensemble où Hinageshi se confond en excuses auprès d'Hinako

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car elle manque de belles vagues à cause de lui : « you went and came to a place with easier waves just for me » [tu es venu ans cet endroit avec des vagues faciles juste pour moi]. Le surf deviendra donc l'entremetteur de cette idylle naissante. Dans Ride, c'est Jackie qui finira par tomber amoureuse de son instructeur Ian.

Dans bien des surf movies, les scénaristes développent le personnage archétypal du jeune surfeur ayant des problèmes familiaux. Souvent sur fond de pauvreté, le jeune surfeur vient d'une famille où le père (ou la mère dans certains cas) est absent ou violent. Dans Blue Crush, Anne-Marie n'a pas de mère, dans Chasing Mavericks, Jay vit seul avec sa mère alcoolique et non indépendante alors que son père a quitté le foyer familiale alors qu'il était enfant. Dans Drift, les frères Kelly ont échappé avec leur mère à un père alcoolique, en pleine nuit, en s'enfuyant avec la voiture dans une autre ville d'Australie. Dans Shelter, le jeune Zack vit avec un père gravement malade et une soeur irresponsable tandis que dans Local Boys, la mère de Randy et Skeet doit repousser avec ses fils, un ex fiancé alcoolique. Les exemples pourraient être multipliés ici. Ainsi le mentor apparaît très souvent pour le jeune surfeur comme un père de substitution, remplaçant l'image paternelle absente. Dans Local Boys, Jim Wesley va devenir le mentor du tout jeune Skeet. Mais ce mentorat va se faire de manière progressive, par paliers, comme un apprivoisement. Jim va tout d'abord commencer par lui donner des conseils (comme cacher sa planche sous le poste de garde plutôt que de la transporter chaque jour) puis il va lui procurer une planche plus adaptée à sa taille. Enfin il va passer à la pratique avec lui (il va lui apprendre à faire des rip curls, puis des cutback sur la plage de Sandbar Peak) n'hésitant pas à le rappeler à l'ordre lorsqu'il néglige la sécurité en allant trop loin dans la mer : « You are out too far You are way past the line. It's a south swell. You are in a rip tide ! » [Tu es trop loin. Tu as dépassé la limite. Il y a une houle de sud et tu es en pleine marée montante !]. À la fois enseignant et protecteur, il va donc devenir pour Skeet une figure référente puis un père de substitution, alors que le sien, policier de métier a été assassiné. Son grand frère cependant

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voit d'un très mauvais oeil l'emprise de Jim sur Skeet et en blâme sa mère : « He comes and gets Skeet all pumped up on his pure surfing bullshit »[Il vient et remplit la tête de Skeet avec ses conneries sur la pureté du surf]. Lorsque Jim commence à comprendre son attachement pour Skeet il décide de s'éloigner. Cela provoque un mal-être pour le jeune garçon qui s'arrête de surfer malgré les encouragements de son grand frère : « Surf's supposed to be cranking. It'll be fun ! ». Jim finira par revenir et se faire accepter par le grand frère réticent. Symboliquement et légitimant ainsi son rôle de père de substitution, il deviendra le fiancé de la mère de Skeet et Randy.

Dans Chasing Mavericks, c'est Frosty qui va devenir un père de substitution pour le jeune Jay. Alors que son père a quitté le foyer familial très tôt en ne laissant qu'une lettre à son fils (qu'il n'a jamais osé ouvrir), il doit s'occuper de sa mère qui peine à se sevrer de la boisson et à garder un emploi stable. Frosty comprend très vite le rôle qu'il a à jouer auprès de lui. Il doit non seulement le guider dans le surf mais aussi dans la vie. Il fait ainsi un rapprochement entre la lettre de son père qu'il n'arrive toujours pas à ouvrir et lire, et la vague de Mavericks qu'il doit affronter prochainement : « Si tu ne trouves pas le courage d'ouvrir cette lettre alors comment tu peux prendre cette vague ? ». Jay finira par ouvrir cette fameuse lettre sous les conseils de Frosty. Il en rédigera alors une nouvelle, à son attention, dans le cas où il perdrait la vie en surfant Mavericks. Jay la lui remettra après que Frosty lui ait déclaré qu'il l'aimait comme un père.

a- Le rite et l'épreuve initiatique

Dans les surf movies d'apprentissage, que l'apprenti-surfeur apprenne en autodidacte ou accompagné, va nécessairement vivre ce moment de la première mise à l'eau, ou de la première vague prise seul(e). Cet épisode fait office ainsi de tournant dans la pratique (on passe de la pratique amateur à la pratique sérieuse). Cette épreuve initiatique est bien évidemment polymorphe selon les surf movies. Dans Point Break, il s'agit pour Johnny de prendre sa première vague lors d'une équipée nocturne.

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Cette étape apparaît alors comme une véritable épreuve. Tyler, la petite amie de Bodhi éprouve elle-même des doutes « Je crois pas qu'il soit prêt ». Johnny quant à lui n'est pas prêt à entrer dans le grand bain et prend cela pour de la pure folie : « Faut être taré, je vois que dalle, je vais mourir ». Bodhi le pousse tout de même en lui donner un ultime conseil : « Il faut sentir la vague, accepte sa force, met toi en synergie et fonce. T'as pas besoin de tes yeux. Allez Johnny voilà ton chauffeur, au boulot ! ». Johnny usera donc de ce conseil et foncera sans trop réfléchir et réussira à faire son premier stand-up sur la planche. La question de la mise debout sur la planche. Ainsi dans Ride, le film nous présente pendant une minute toutes les chutes de la mère (de 40, 10 minutes à 41, 10 minutes). Ces chutes fonctionnent comme un rite initiatique, qui se poursuivra à 1h03 du film lorsqu'elle se décidera à aller surfer seule, sans instructeur. Jackie vivra par ailleurs deux autres épreuves avant ce rite initiatique. Le premier étant l'expérimentation de la froideur de l'eau lorsqu'elle s'essaye pour la première fois au surf. Lorsqu'elle se décide à acheter une combinaison adaptée, la deuxième « épreuve » qu'elle traverse est celle de choisir sa combinaison et de parvenir à l'enfiler. Cela donne une scène comique pour le spectateur où l'on peut voir Jackie peiner à mettre sa combinaison dans la cabine d'essayage (illustration 79).

Illustration 79: Ride.

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Nous pouvons noter plusieurs étapes dans le surf movie comme rite initiatique. Parmi elles, le choix de la première planche, le transport de la planche jusqu'à la plage, le waxage de la planche, la première mise debout sur une vague, la première blessure, etc. Local Boys comporte un grand nombre de ces étapes initiatiques. Nous avons tout d'abord la première étape lorsque son grand frère, Randy, l'emmène choisir sa première planche. Ils s'extasient d'abord sur une planche thruster, puis trouvent enfin une planche qu'ils pensent adaptée pour le jeune Skeet. Skeet ne souhaite au départ pas cette planche car elle ne comporte pas l'image d'un soleil, qui est selon lui la marque des champions. Son frère finit par coller un autocollant sunrise sur sa planche (illustration 80) et lui dit de la porter lui-même car c'est SA planche.

Illustration 80: Local Boys.

En effet le soleil est un élément important dans l'imagerie du surf. C'est ainsi que la médaille gagnée par Rick dans North Shore, lors de sa première compétition de surf en Arizona comporte les trois éléments clés de l'imagerie du surf : le surfeur sur sa planche, la vague, le soleil (illustration 81).

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Illustration 81: North Shore.

Le deuxième rite que Skeet doit affronter est celui de transporter sa planche tout seul sur la plage jusqu'au shore break. Il trébuchera et subira les moqueries des spectateurs allongés sur la plage. Ces chutes et ces rires font donc partie de cet apprentissage qui doit passer par la difficulté. Enfin le troisième rite est celui de l'assimilation. Il observera les surfeurs sur la plage. Il constatera que bon nombre d'entre eux pratiquent des étirements avant de se mettre à l'eau. Il va donc le faire par mimétisme avant de s'essayer à sa première vague.

Le film animé japonais A scene at the Sea est sans conteste celui qui explore le plus la question des rites et du rituel surfique. Shigeru doit passer un très rand nombre de rites tout au long du film. La première épreuve est celle de la moquerie comme dans Local Boys. Mais ici la moquerie s'accompagne de violences. Alors que Shigeru porte sa planche pour la première fois sur la plage un groupe de footballeurs se moque de lui tout en lui jetant des pierres. La deuxième épreuve est lorsqu'il réalise qu'il n'est pas également équipé aux autres. Il voit notamment un autre surfeur équipé d'une combinaison professionnelle de la marque Dove. Le fait qu'il n'ait pas de combinaison va lui causer une autre salve de moqueries de la part d'un groupe de surfeurs sur la plage : « Il ne sait rien, il na même pas une combinaison de néoprène ». Au bout de quelques sessions, sa planche de surf initiale va se casser : cela constitue sa

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troisième épreuve. Tout naturellement la quatrième épreuve consiste en l'achat d'une nouvelle planche. Ils se rendent alors dans un magasin spécialisé, ils y voient des planches de la marque « Linden Surfboards California » coûtant entre 80 000 et 85 000 yens (illustration 82).

Illustration 82: A Scene at the Sea.

Il se fera finalement « arnaquer » par le vendeur de la boutique, en achetant une planche « Stone Fox » (illustration 83) à 120 000 yens (environ 920 euros). En apparté le vendeur avouera à sa collègue qu'il aurait pu baisser le prix car la même planche était à seulement 98 000 yens chez son concurrent.

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Illustration 83: A Scene at the Sea.

Malgré ces épreuves et ces déconvenues, Shigeru, aidé de son amie Takako va persévérer. Cela va donc lui attirer la sympathie du groupe de surfeurs qui se moquaient initialement de lui : « Il vient tous les jours, il progresse beaucoup. Mais il a besoin d'une combinaison. Ça doit être gelé. Nous nous sommes moqués de lui mais il a amélioré sa technique ». C'est d'ailleurs en définitive le vendeur malhonnête de la boutique qui va finalement lui offrir une combinaison de la marque « Body Glove », attendri et impressionné par ses efforts quotidiens. Enfin la cinquième épreuve que Shigeru va devoir affronter sera celle de la compétition portant le nom de CSU organisée par la ville de Chiba. Il se rendra au concours mais n'y participera pas, il se contentera de regarder. Shigeru a très bien compris qu'il ne sert à rien de se presser. Il faut parfois se contenter de regarder. Ce n'est qu'à l'occasion du deuxième concours (illustration 84) qu'il se décidera à s'inscrire comme participant, comprenant qu'il était prêt.

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Illustration 84: A Scene at the Sea.

Le personnage de Takako, amie de Shigeru va jouer un rôle clé dans ce film. Elle va aider Shigeru à traverser ses épreuves surfiques. Elle va également être sa conseillère. Lorsque Shigeru va casser sa première planche dans ses débuts, c'est elle qui va porter le morceau de planche cassé. Cette action figure symboliquement le compagnonnage. Lorsque Shigeru va devoir remplacer sa planche, c'est elle, qui, maîtrisant la JSP (Langue des Signes Japonaise) va négocier auprès de la boutique de surf, un rabais de 25 % sur le prix des planches. Réduction qui lui sera malheureusement refusée. Alors qu'ils voient par la suite une planche moins chère dans une brocante, c'est elle encore qui le stoppe de l'acheter, et lui conseille d'attendre, d'économiser pour en acheter une neuve qui sera plus durable. C'est également Takako qui va encourager Shigeru à s'inscrire à une compétition de surf. Elle va même l'aider à remplir le formulaire de participation (illustration 85).

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Illustration 85: A Scene at the Sea.

Takako elle-même sera ritualisée dans sa manière d'accompagner Shigeru à chaque session de surf : pendant qu'il part surfer, Takako accomplit le rituel quotidien de plier ses vêtements soigneusement sur la plage.

b- L'expérience du surfeur au service de l'expérience de vie

Si, comme nous l'avons vu au travers des derniers exemples de surf movies, le surfeur-mentor n'est pas seulement un conseiller en matière de pratique sportive mais aussi un guide existentiel, nous retrouvons également cet aspect aujourd'hui dans les ouvrages de librairie consacrés au développement personnel ou managérial. En effet plusieurs surfeurs sont déclarés ou s'auto-déclarent, au vu de leur expérience de l'extrême comme de bon conseillers en matière d'entrepreneuriat ou de philosophie de vie. C'est ainsi que dans son avant-propos à l'ouvrage Make your own waves. The Surfer's Rules for Innovators and Entrepreneurs, Shaun Tomson, surfeur professionnel, se revendique de pouvoir mettre son expérience des grosses vagues au profit de sa vie professionnelle :

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Surfing like entrepreneurship takes courage. I know this from spending two decades exploring the link between the principles of surfing and business. But I learned about courage at Pipeline. Over the ensuing 50 years, Pipeline has become the benchmark of success, skill and courage - succeed at Pipeline and a surfer carries that aura of confidence all over the world. Pipeline is allabout totally committed decisions and I learned early that riding the wave successfully was an apt metaphor for any risky endeavor in life or business6768

Dans Surfer sa vie, c'est Laird Hamilton, le célèbre surfeur qui a notamment joué dans le film North Shore, qui est présenté par Julien Borra, un exemple que l'on peut suivre pour mener sa propre vie, au regard de sa jeunesse et de son existence hors normes :

Reste que pour la plupart des gens qui le voient sur YouTube, qui lisent ou écoutent une de ses interviews, il n'apparaît que comme un produit typique et presque caricatural de la culture big wave, avec ses codes - musculation, diététique, et narcissisme bon enfant façon « la vague avant tout ». Mais en réalité la personnalité de Laird est beaucoup plus complexe. Ce serait une erreur de le cantonner à un rôle de surfeurs parmi d'autres, de représentant d'un monde étranger à nos esprits de « Terriens » ou d'une sorte de Peter Pan de la vague. Comme les vagues qu'il chevauche, Laird, est sous des dehors simples, d'une complexité étonnante. L'enfance de Laird n'a pas été un long fleuve tranquille. Il n'a pas connu son père biologique et sa mère, une figure du mouvement de la contre-culture, a tourné le dos à la « bonne société » pour s'immerger avec son fils dans le mouvement le plus radical de l'époque : celui du surf. Quelque part au fond de Laird se trouve un rebelle, un combattant qui ne demande qu'à être libéré. En se lançant dans le surf, il commet un véritable acte de désobéissance face à la culture dominante.69

V) Bienvenue sur la planète surf ! A) Corps culte et culte du corps

Le surfeur comme beaucoup de sportifs est très souvent idéalisé et fantasmé au point de devenir un objet de charme, de désir et de convoitise. La communication marketing autour du surf exploite beaucoup cette image du surfeur musclé, bronzé, pour vendre ses produits. À l'image du rugby, les surfeurs ont le droits à leur calendrier : Les dieux du surf.

67 Louis Patler. Make your own waves. The Surfer's Rules for Innovators and Entrepreneurs, Harper Collins, 2016.

68 Le surf comme l'entrepreneuriat demande du courage. Je le sais pour avoir passé deux décennies à explorer le lien entre les principes du surf et les affaires. Mais j'ai appris le courage à Pipeline. Au cours des 50 dernières années, Pipeline est devenue la référence en matière de réussite, de compétence et de courage - réussir à Pipeline, c'est pour un surfeur porter cette aura de confiance partout dans le monde. Le pipeline est au coeur de décisions totalement engagées et j'ai appris très tôt que surfer cette vague avec succès était une métaphore appropriée pour toute entreprise risquée dans la vie ou les affaires.

69 Julien Borra, Surfer sa vie, First éditions, 2020.

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Déjà les beach movies avant les surf movies, exploitaient à de multiples reprises cet aspect, de manière plus ou moins directe et discrète, cette image du surfeur musclé. On peut mentionner notamment le cas-école de Muscle Beach Party, film de 1964. Si le titre est déjà évocateur, les producteurs ont jugé nécessaire de rajouter sur l'affiche du film, la phrase accrocheuse « When 10 000 biceps go around 5000 bikinis » qui se passe de tout commentaire.

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Je citerai bien entendu Matthew McConaughey dans Surfer, Dude, constamment torse nu, qui est visiblement l'atout charme du film. Dans Surf II (1984), Sparkle, la petite amie de Menlo, le personnage type du geek anti-surf tente de défendre les surfeurs auprès de son petit ami. Très vite son discours dérape et se focalise sur leur physique qu'elle décrit avec envie, à l'opposé du corps maigre et faiblard de son petit-ami : « They are boys, blond, thin, musculous surfer boys with clear skin. I think that they are cute ». Sparkle use donc d'un discours stéréotypé, partant du principe que les surfeurs sont tous blonds, musclés et imberbes, sans défaut de peau. Menlo comprend donc très bien son fantasme caché et lui somme de se taire. À l'instar de Sparkle, les jeunes femmes, donc, sont souvent représentées dans les surf movies comme étant attirée par le physique des surfeurs Dans Ride the Wild Surf, lorsque Chase demande à Shelley pourquoi elle l'a choisi comme petit ami, elle lui répond : « Because you

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look so scrubbed, solid, superior » [Parce que tu as l'air si propre, si solide, si supérieur]. Bien évidemment Shelley énonce ces propos de manière ironique, l'on peut se demander s'ils ne comportent pas un fond de vérité de sa part. Quoiqu'il en soit, on peut constater que Shelley use d'arguments similaires à ceux de Sparkle : musculous / solid, clear skin / scrubbed. La musculature et l'aspect frais et propre sont donc régulièrement mis en avant. Dans Newcastle, c'est Debra qui, sur la plage alors que les garçons sont entrain de surfer, commente sa nuit passée dans les bras de l'un d'eux auprès de sa meilleure amie : « It's just his arms. He's got these big surfer-like arms and back » [C'est juste ses bras. Il a des gros bras et un dos de surfeur]. On constate donc que l'aspect physique du surfeur prime parfois sur son esprit et ses capacités intellectuelles. Cette scène de Debra et de sa meilleure amis commentant sur la grève les activités de leurs compagnons est donc une scène typique des surf movies. Nous pouvons citer également Ride the Wild Surf, où l'on peut voir dans l'une des scènes, Barbara et son amie Shelley commentant respectivement les prouesses sur les vagues de Jody et Chase respectivement : « Hey well look that. I knew my instincts were right. Isn't he something » [Hé bien regarde ça. Je savais que mon instinct ne me trompait pas. C'est quelque chose !]. À ses propos de Shelley sur Chase, Barbara renchérit en louant Jody : « Isn't he wonderful. I almost understand why he does anything but surf » [N'est-il pas merveilleux. Je comprends presque pourquoi il ne fait rien d'autre que surfer]. On sent bien dans ces commentaires des deux jeunes femmes, que l'attrait pour le surfeur est dû à plusieurs facteurs : sa beauté, son talent, sa fraîcheur et son dynamisme et enfin sa musculature. D'ailleurs les produits qui fondent leur marketing sur la séduction font souvent appel au personnage du jeune surfeur musclé pour doper les ventes grâce au désir qu'il suscite. Ainsi la célèbre marque de parfum Davidoff, a choisi de centrer la communication de sa célèbre fragrance Cool Water sur la figure du surfeur mâle, jeune et énergique. La marque joue donc sur la double acception du terme « cool » en anglais signifiant à la fois « fun » et « frais », montrant que le surfeur est à la fois cool et plein de vigueur. Les deux facettes de la médaille séduction.

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Dans Blue Crush, lorsque la petite soeur d'Anne-Marie s'essaye à surfer, sa grande soeur se demande pourquoi elle fait tout cela alors qu'elle n'a jamais témoigné d'attrait pour cette pratique auparavant. Eden, une amie surfeuse d'Anne-Marie, lui répond alors avec moquerie, que ce sont « les corps musclés » qui l'attire.

L'exposition du corps du surfeur peut donc s'accompagner d'une importante tension érotique. Dans Shelter, Zach, surfeur homosexuel qui ne s'avoue pas son orientation sexuelle, ne peut s'empêcher de regarder les autres surfeurs qui se changent sur le parking (illustration 86).

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Illustration 86: Shelter.

Chez le surfeur et la surfeuse, l'entretien physique du corps et l'entretien mental de l'esprit sont bien souvent présentés comme une nécessité dans les surf movies. Il faut donc adopter un mode de vie hygiéniste tant du point de vue de la pratique sportive que de l'alimentation afin de pouvoir prendre au mieux les vagues. Alors que dans Blue Crush, on peut voir dès le début du film, Anne-Marie faire des tractions sur la plage, dans Blue Juice,

c'est J. C. que l'on peut voir faire une série de abdos, sous les
encouragements de ses amis. Enfin dans In God's Hands on peut voir une scène du film où le surfeur Shane pratique la corde à sauter sur le pont du bateau les accompagnant dans leurs destinations successives pour la recherche de grosses vagues. Outre le sport, c'est également l'alimentation qu'il faut surveiller. Dans Chasing Mavericks, un matin, alors que Frosty amène Jay pour sa leçon de surf quotidienne il voit qu'il mange un sandwich peu diététique. Il lui prend des mains, et lui donne un des siens à la place : « Tu veux devenir un athlète ? Alors mange comme un athlète ». Frosty veille adopte donc une démarche globale envers Jay pour sa formation de surfeur. Il surveille à la fois son régime alimentaire mais également sa pratique sportive : Jay fait beaucoup de pompes et s'entraîne à maintenir sa respiration le plus longtemps sous l'eau (illustration). Dans le film Local Boys, on peut voir le personnage de Randy, un surfeur

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adolescent, se faire moquer par son petit frère dans la cuisine lorsqu'il prend une boisson aux fruits pour garder la forme et la ligne : « That's supposed to make you surf better ? ».

Il faut noter par ailleurs, que les surfeurs et surfeuses ne sont pas les seuls à s'entraîner. L'une des premières scènes du film California Dreaming nous montre la jeune joueuse de Beach volley et sa mère courir sur la plage. La mère s'arrête alors et demande à sa fille pourquoi elles font tout ça. C'est à ce moment que des surfeurs passent devant elles. Elles déclarent alors avec ironie que c'est pour eux qu'elles font tout ça, afin de leur plaire : « Surfers are the shriners of the beach, we cannot disappoint them. Come on we have to keep in shape for the shriners » [Les surfeurs sont les templiers de la plage, nous ne pouvons pas les décevoir. Allez on doit garder la forme pour les templiers].

Le corps du surfeur et de la surfeuse est par ailleurs souvent mis en avant par les sponsors ainsi que les grands fabriquant de planches ou de surfwear. Certains surf movies pointent cet état de fait tout en le dénigrant. Dans North Shore, Turtle et Rick assistent, entre deux épreuves de la compétition, à un shooting photo pour promouvoir des maillots de bain et articles de surf (illustration 87). Turtle, à la vue de ce spectacle, critique auprès de Rick, cette mise en scène surfaite qui utilise le surf comme moyen de faire de l'argent. Il en profite pour critiquer le physique tropavantageux des mannequins qui ne sont pas surfeurs : « Some of these sponsors shoot this fashion video once a year. Look like flash dancers, L.A. Kind. Unreal. Look at these guys. They look all lepo, man. They're not even surfers » [Certains de ces sponsors tournent cette vidéo de mode une fois par an. Ils ressemble à des flash dancers de Los Angeles. Irréel. Regarde ces gars. Ils ont l'air tous corrompus, mec. Ce ne sont même pas des surfeurs].

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Illustration 87: North Shore

De façon similaire à Turtle, c'est le personnage de Lina dans Drift qui critique la comm' d'Ocean King. En voyant l'une des photos promotionnelles de leur nouvelle planche, Lina constate avec déception que le modèle de la publicité est un surfeur qui joue au mannequin. Tout comme Turtle, elle dénonce le côté « fake » et la théâtralisation de cette campagne qui corrompt le sport. Selon Lani, ce surfeur s'est donc corrompu à l'exercice publicitaire et marketing : « Ils essayent de faire passer un surfeur pour un mannequin. Ils auraient mieux fait de le prendre en photo pendant un ride ». (illustration 88)

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Illustration 88: Drift

En somme il est intéressant de constater que les surf movies européens ou asiatiques ont tendance à montrer des corps davantage normalisés ou meurtris par les vagues (cf. le visage ensanglanté de Dean dans Blue juice, après une mauvaise chute de surf) alors que les surf movies américains ont une tendance à montrer davantage des corps idéalisés bien loin des corps marqués par les chutes tels que décrits par Anne-Sophie Sayeux :

Nombreux sont les marquages du corps engendrés par la pratique. Loin d'être dénigrés, ils sont signes d'appartenance à une identité collective. Ils sont preuves du sacrifice des pratiquants. [...] Ces traces corporelles servent de mémorandum au surfeur. De la surface du corps à sa profondeur, l'océan s'inscrit dans leur anatomie. Nombreuses sont les cicatrices, tout comme les hématomes, les usures de la peau, les crevasses, les cheveux décolorés ou les dents cassées. Au bout de quelques années de pratiques, l'exostose du conduit auditif peut apparaître. L'oreille se transforme alors par le contact régulier avec l'eau froide. La musculature se modifie, le haut du corps est surdéveloppé par rapport au bas, donnant une forme générale du corps triangulaire. Ces modifications, pour certains pratiquants sont la preuve d'une hybridation entre un corps humain et un corps marin.70

Ainsi le corps du surfeur et de la surfeuse, surtout dans les surf movies américains sont très souvent les mêmes. Dans le cas des surfeurs il s'agit souvent de surfeurs blonds au corps musclé et imberbe (Steve Addington, Andy Kelly, Ricky, Bodhi ...) les exemples ne manquent pas. Dans le cas des surfeuses, jamais un kilo en trop. Les surfeuses sont bien souvent blondes, de type caucasien et ont un corps canonique de surfeuse (Anne-Marie dans Blue Crush, Nancy dans Instinct de survie). D'ailleurs il est intéressant de constater que le film Instinct de survie, mise beaucoup sur le capital

70 Anne-Sophie Sayeux. La valeur sensation : le cas du surf. Andrieu B. Ethique du sport, Edition l'Age d'Homme, pp.600-608, 2013, Etre et devenir, 978-2-8251-4309-4. ? hal-00999518.

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érotique de Nancy incarné par l'actrice Blake Lively, notamment de la manière dont elle est filmée en train d'enfiler sa combinaison de néoprène. Cela ressemble presque à une publicité de surf de la marque Roxy :

La norme culturelle est celle de la blanchité (whiteness) qui dans les études culturelles désigne entre autres l'hégémonie blanche. La plupart des surfeuses ont une longue chevelure (blonde) sachant que les cheveux symbolisent la féminité et sont perçus comme objet de séduction, voire de fascination. Le type de beauté des surfeuses correspond aux canons occidentaux en vigueur de l'époque moderne. Georges Vigarello explique qu'au cours du Xxe siècle la norme de la sveltesse et de la souplesse s'est imposée. La minceur est encore aujourd'hui un critère de beauté déterminé et imposé selon Jean-François Amadieu par les classes dominantes. Les gros plans sur la poitrine et les fesses résument bien l'intention de mettre en avant l'aspect charnel et érotique.71

C'est d'ailleurs l'aspect fragile de Nancy qui lui vaudra une remarque sexiste de la part des deux uniques surfeurs mexicains présents sur le spot secret : « Sois prudente Gringa, c'est dur par ici pour une petite fille du Texas ».

Cette question du physique supposé type de la surfeuse, véhiculé par les médias et les grandes marques est aussi étudié par Taha Azzawi dans son ouvrage L'image de la surfeuse. Un miroir aux alouettes ? :

Cette surfeuse n'est-elle pas le fruit de la production d'images alimentées par les médias qui opèrent en chacun ? En effet, dans quelles mesures nos représentations et nos goûts nous appartiennent tant une société de marketing et de communication modifie à notre insu, nos repères, notre perception, nos canons esthétiques et nos valeurs. L'image de la surfeuse est bien celle que je veux bien voir dans le miroir aux alouettes. S'agit-il de ces mannequins semi-dénudés, « sans visage » aux jambes et aux hanches arrogantes supposées titiller les phantasmes de surfeurs mâles ? Inspirée des magazines érotiques des années 60 dont le calendrier annuel faisait le bonheur des camionneurs, la société Reef fit fortune sur l'image exotique de ces Vahinés aux courbes stimulantes. Tristes tropiques ? S'agit-il de ces surfeuses à visages incarnées par le joli minois de Lee-Ann Curren de la firme Roxy ? S'agit-il de ces filles discrètes,anonymes, jouisseuses de vagues ? Ces passionnées de sports de pleine nature pleinement dans leur temps, décomplexées, qui revendiquent leur autonomie et affirment leur désir ? S'agit-il de ces filles à la plastique superbe, suggestives, habillées par les marques de surf qui font rêver une jeunesse féminine en quête de repères esthétiques et de valeurs ?

B) Le surfeur et sa planche

La planche de surf est un objet très personnel pour le surfeur. Bien souvent

71 TERFOUS, Fatia, et al. « Marketing en ligne du surf et pouvoir érotique : le cas Roxy. », Recherches féministes, volume 32, numéro 1, 2019, pp. 127-146.

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elle est adaptée à sa taille, sa morphologie, son style. Ainsi le surfeur ne veut en général pas prêter sa planche à un autre surfeur. C'est le cas dans Big Wednesday où Leroy demande une planche à un autre surfeur pour son ami Matt, en lui promettant de la lui rapporter en déclarant « My Word of Honor ». La planche est bien plus qu'une simple propriété pour le surfeur elle est ce qui le définit comme le résume très bien l'ami de J. D. dans le film Surf Party : « Une planche de surf, c'est un symbole de la chose la plus sacrée dans notre façon de vivre ». D'ailleurs la planche est très souvent présentée comme une compagne inséparable. Ainsi dans Ride your Wave, Hinako possède sa planche depuis sa plus tendre enfance. Alors que par malchance, un incendie se déclare dans son immeuble. C'est sa planche qu'elle pensera à sauver en premier lieu des flammes (illustration 89).

Illustration 89: Ride your Wave.

Dans Drift, les deux frères Kelly, alors enfants dans la première scène du film, admirent dans un magazine la planche de Dick Brewer : « Ce type est une légende, il doit avoir une dizaine de planches et nous on en a qu'une » (illustration 90).

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Illustration 90: Drift.

Arrivés à l'âge adulte, les deux frères Kelly n'auront bien évidemment plus à partager de planche et chacun aura la sienne. Jimmy, le plus jeunes des deux, se révèle inséparable de sa planche Red Rocket (illustration 91).

Illustration 91: Drift.

La planche, en tant que propriété personnelle, est très souvent décorée et customisée par le surfeur, renforçant ainsi le principe d'identification. C'est ainsi que dans Blackrock, Ricko et son meilleur ami Jared vont se faire tatouer chacun sur le bras un poisson, le même qui figure sur la planche de Ricko (illustration 92).

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Illustration 92: Blackrock.

La planche est souvent offerte comme un cadeau très précieux et ce en des occasions très particulières, parfois symboliques. Ainsi dans Cutback, les parents de Luke offrent à leur fils la fameuse planche Patterson qu'il désirait dans la boutique de surf de sa ville. Bien plus qu'un simple cadeau, cette planche offerte témoigne l'acceptation de la part des parents de la passion de leur fils. Par ailleurs ils lui offre à une occasion bien particulière : peu avant sa participation à un concours de surf local. Dans Surf Party, c'est le shaper Mooney qui offre à J. D. une planche conçue spécifiquement pour lui, à l'occasion d l'obtention de son diplôme. En lui offrant, il lui donne le conseil de considérer sa planche comme une alliée : « C'est ta planche, je l'ai faite pour toi, alors prend bien soin d'elle et elle prendra soin de toi ». Ce cadeau très personnel montre également le lien très important qui peut exister entre le shaper et le surfeur du fait de la planche :

En règle générale, les surfeurs locaux sont très attachés à leurs shapers car l'élaboration d'une planche nécessite de longues conversations afin d'établir le bon shape d'une planche afin que les cotes (hauteur, largeur, épaisseur) soient adaptées au gabarit et au style de glisse de chacun.72

La planche de surf peut également être offerte en cadeau d'anniversaire ou

72 Ludovic Falaix, Michel Favory. Les stations du surf sur la côte basque. Sud-Ouest Européen, Presses Universitaires du Mirail - CNRS, 2002, pp.51-59.

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en cadeau d'adieu. Dans North Shore, Chandler offre une planche à Rick, alors qu'il s'apprête à reprendre un avion pour l'Arizona. La planche est donc un symbole du surfeur et de la culture surf plus globalement : « La planche ou le board est un objet emblématique que l'on utilise pour glisser, mais que l'on peut aussi emporter sous le bras et qui, pour plusieurs adeptes, représente un symbole identitaire fort »73. C'est pour cela que l'abandon d'une planche par un surfeur peut signifier symboliquement l'abandon du surf. Dans la scène final de Big Wednesday, alors que Matt, après avoir réussi à prendre la vague ultime se fait congratuler par un jeune surfeur pour sa performance, il lui offre sa planche. Ce don de la planche signifie qu'il lui passe symboliquement le relais.

1/ La planche magique

Dans le cas des surf movies ayant pour thème le surf de gros, la planche est souvent perçue comme étant un objet « magique » permettant au surfeur d'appréhender les plus grosses vagues. Lorsque dans Cutback (2010) Luke, pendant sa pause de travail, va admirer les planches dans le magasin de surf, il voit une magnifique planche de qualité, une Patterson. Quand le vendeur, lui annonce le prix, Luke tente de négocier en lui rappelant le temps où les planches étaient davantage abordables financièrement : « Do you remember when the boards cost only 200 dollars ». Le vendeur peu sensible à cet argument, justifie le prix par le fait qu'il s'agisse d'une « Magic board ». Cet aspect magique est repris dans Chasing Mavericks (2012). Lorsque Frosty offre à Jay pour son anniversaire, une planche spéciale grosses vagues, Bob le créateur de la planche se pose en magicien créateur en déclarant : « Tu veux te faire une géante, alors il te faut un harpon magique ».

73 LEFEBVRE, Sylvain et ROULT Romain, « Les nouveaux territoires du surf dans la ville. », Téoros, volume 28, numéro 2, 2009, pp. 59.

2/ Le surfeur-sauveteur

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Le surfeur intervient dans plusieurs surf movies, comme le personnage sauvant un enfant, un baigneur ou même l'un de ses pairs. La planche apparaît donc comme un objet paradoxal. Elle peut provoquer la mort si la vague est mal prise mais elle peut être aussi un objet de salut. Cette image du surfeur-sauveteur évoque l'exemplarité et les prouesses de Duke Kahanamoku qui a sauvé de la noyade huit personnes le même jour grâce à sa planche de surf. Le sauvetage à la planche est repris

Dans Blood Surf (2000) lorsque la cameraman est en danger dans l'eau au milieu des requins lors de ses prises de vue pour son prochain documentaire, c'est Bog qui vient la sauver avec sa planche. Ce passage du film rappelle le témoignage de Jordy Smith, surfeur sud-africain raconte comment l'un de ses amis s'est fait attaqué par un requin à quelques mètres de lui et comment il fut sauvé par un surfeur à l'aide de sa planche :

C'était en 2003, j'avais 14 ans et je m'entraînais à J-Bay avec des copains juste avant une compétition junior qui devait commencer le matin même. La marée était vraiment basse et soudain un de mes très bons potes s'est fait attaquer par un requin à moins de 3 mètres de moi. Lui et sa planche ont été projetés à environ 2 mètres de haut. Le requin a lui aussi sauté et a saisi la planche avec sa mâchoire, juste en face de moi. Mon ami est retombé pile sur la queue du requin. Le requin lui a atterri directement sur les rochers car la marée était vraiment basse et il y avait moins de 1, 2 m. de profondeur . Il était bloqué et ne pouvait aller nulle part. Et il a commencé à violemment agiter sa queue à la surface de l'eau. Tout le monde a flippé, je me disais « Oh mon Dieu, oh mon Dieu ! ». Soudain un autre surfeur qui était là, Andrew Carter, déjà attaqué par un requin à deux reprises dans sa vie est descendu de sa planche, à mis mon ami dessus et l'a poussé pour l'éloigner de l'animal74

74 Romain Ferrand Coup de pression. Les surfeurs pro racontent leurs plus grosses frayeurs. 2014. Surf Session éditions. P. 38.

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Illustration 93: Ride your own wave.

On peut également citer Ride you own wave où la surfeuse Hinako, alors enfant, a sauvé le jeune Minato de la noyade (illustration 93) ou encore Frosty, qui, dans la première scène du film Chasing Mavericks, sauve le jeune Jay de la noyade après que ce dernier se soit fait heurter violemment par une vague près du rivage (illustration 94).

Illustration 94: Chasing Mavericks.

3/ Le motif de la planche cassée

La planche de surf, comme nous l'avons vu plus haut, possède un pouvoir de symbolisme fort. Dans bien des surfs movies, le spectateur peut voir des

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scènes où la planche du surfeur est cassée. La planche cassée est bien souvent un drame personnel pour le surfeur. Ou bien car il tenait à sa planche ou bien car il n'a pas les moyens d'en racheter une neuve. Dans Drift, Andy Kelly, enfant, casse malheureusement sa planche suite à une mauvaise chute de surf. Cet événement est d'autant plus dramatique que d'une part il a l'habitude de surfer après l'école et d'autre part il partage la planche avec son jeune frère Jimmy. La planche cassée signifie donc pour eux la privation de leur seul moment de liberté. Heureusement ils feront la rencontre d'un de leur voisin, ayant leur âge, qui leur proposera de la raccourcir et donc de lui donner une seconde vie. La planche cassée signifie dans l'univers des surfs movies, ou bien une blessure du surfeur, la défaite à une compétition ou le décès du surfeur. Ainsi bien souvent le spectateur peut assister dans les films de surf, à un gros plan sur la planche cassée. C'est le cas notamment dans Ride your Wave lorsqu'Hinako retrouve un morceau de la planche de son fiancée Hinageshi, échouée sur la plage, et comprend donc de suite qu'il s'est noyé (illustration 95).

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Illustration 95: Ride your Wave.

Nous retrouvons ce même symbolisme dans l'univers du skate avec le board brisé en deux.

4/ La planche traditionnelle

Les toutes premières planches de surf étaient bien évidemment en bois et non en matières composites et industrielles comme aujourd'hui. Plusieurs Surf movies rendent hommage à la planche traditionnelle en bois. Dans Surf Ninjas, les deux protagonistes principaux du film, pour aller sur l'île ennemie du royaume de Pattusan, vont utiliser des planches traditionnelles en bois, qu'ils vont eux-même sculpter à partir d"arbres de la forêt environnante (illustration 96).

Illustration 96: Surf Ninjas.

L'apprentissage du surf peut se faire également de manière traditionnelle, dans North Shore, le shaper Chandler ca apprendre au jeune Rick, originaire d'Arizona, à surfer d'abord sur diverses planches en bois afin de surfer ensuite avec plus de faciliter sur les planches modernes. Il va commencer ainsi son apprentissage hawaïen en surfant sur une planche de 58 kg fait en bois de koa (arbre endémique de Hawaï dont le nom scientifique est Acacia koa). De façon similaire dans California Dreaming, c'est Duke, qui va apprendre au jeune T. T. à surfer sur une planche traditionnelle : « This is solid breadboard. This is a real surfboard. I taught George Freeth how to surf and this is the very first board we used ». Malheureusement lors de son premier essai, T. T. se verra frappé à la tête par cette fameuse planche, suite à une vague mal prise (illustration 97).

Illustration 97: California Dreaming.

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Aujourd'hui, plusieurs constructeurs tendent à revenir à la construction de planche en bois, dans une perspective de retour aux origines : c'est ainsi qu'en Papouasie Nouvelle-Guinée, certains producteurs construisent désormais des palang faites en bois de balsa afin de renouer avec la glisse d'antan.

C) La langue du surf

L'un des éléments caractéristique d'une subculture, est le fait de posséder son propre jargon, son propre vocabulaire. La communauté surf n'échappe pas à cette règle. La quasi totalité des guides pratiques de surf possède d'ailleurs un glossaire, un lexique pour définir les termes les plus difficiles de compréhension pour les non-initiés. Certains choisissent de placer leur mini dictionnaire en fin d'ouvrage tandis que d'autres préfèrent le placer dès les premières pages afin de faire pénétrer le lecteur dans l'univers du surf avec plus d'aisance. C'est le cas notamment de Peter Dixon dans son Guide complet du surf. Par ailleurs il est possible de trouver de nombreux forums commentant les termes du surf ou encore des sites internet spécialisés sur le surf, dédiant l'une de leurs pages sur le vocabulaire surfique.75

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75 « Surf Terms, Slang and Phrases », Surfing Waves, https://surfing-waves.com/surf talk.htm#M [dernière consultation le 23/08/2021].

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Illustration 98: Source : Paul Mason. Le surf. 2002.

Le présent mémoire possède d'ailleurs un lexique afin de faciliter la compréhension car en effet la culture surf s'est développée aux États-Unis. De ce fait la plupart des termes sont conservés en langue anglaise car ils ne sont pas traduisibles. Ou tout du moins, les traduire leur ferait perdre une partie de leur sens.

Parfois même il faut, pour le spectateur d'un surf movie, se reporter sur internet pour trouver la signification d'un terme compréhensible seulement pour les initiés, employé dans telle ou telle scène. Je prendrais pour exemple la scène initiale du film Big Wednesday où Leroy demande à un

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surfeur de prêter sa planche à son ami Matt qui n'a pas la sienne. Le surfeur répond alors par la négative car il ne connaît pas Matt : « Hey Man, I don't lend my stick to anyone. I can't lend my stick to a hodad ». Le mot « hodad » est un terme bien spécifique qui désigne un non-surfeur qui fréquente les plages de surf et se fait passer pour un surfeur. D'autres exemples de ce type sont nombreux dans les films de surf.

Le Slang (argot) utilisé par les surfeurs permet donc de les définir en communauté, en subculture. C'est le langage surf qui va permettre au nouveau surfeur de s'intégrer dans un groupe car il maîtrise ce code linguistique. Le sociologue Howard Becker fait d'ailleurs du jargon, de l'argot,un élément constitutif de ce qu'il appelle les outsiders :

Le processus d'auto-ségrégation est évident dans certaines expressions symboliques, en particulier dans l'usage d'un argot de métier qui permet d'identifier rapidement l'utilisateur compétent comme n'étant pas un « cave » et de reconnaître aussi rapidement « l'étranger » qui l'utilise de manière incorrecte ou pas du tout.76

Les Surf movies exploitent donc beaucoup ce jargon du surf comme élément constitutif d'une communauté. Dans Point Break, Angelo, l'inspecteur et collègue de Johnny, reconnaît que le vocabulaire des surfeurs fait partie de leur identité. Il invite d'ailleurs Johnny à s'initier à leur vocabulaire afin de mieux s'intégrer à eux dans le cadre de sa filature : « Regarde-les. On dirait une tribu. Ils ont un langage à eux. Va falloir aller dans l'eau, savoir comment ils bougent, connaître leurs idées, apprendre leur putain de jargon ». Angelo fait donc un parallèle tribu/langage, signifiant qu'une culture commune s'articule notamment autour d'un jargon commun. Ainsi entrer dans un groupes, c'est devoir en connaître les normes et notamment les normes linguistiques. Ludovic Falaix et Michel Farory vont plus loin en signifiant que le vocabulaire du surf permet également de s'approprier tout à la fois des spots de surf et des phénomènes surfiques :

Dans le langage des tribus du surf lorsqu'elles s'approprient techniquement les vagues, celles

76 Howard S. Becker, Outsiders, métailié, Paris, 1985, p. 124.

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qui déferlent sur des fonds sableux sont appelées des beach break, tandis que celles qui viennent se briser sur des fonds rocheux sont qualifiées de reef break.77

Pour entrer dans la « tribu », il faut donc parfois un surfeur pair pour apprendre à un surfeur novice, le jargon du milieu afin de l'intégrer. C'est le cas notamment du film North Shore où le surfeur local répondant du nom de Turtle apprend à Rick certains surnoms utilisés par les surfeurs Hawaïens pour qualifier les surfeurs amateurs étrangers. En effet lorsque Rick se fait traiter de haole par des surfeurs locaux, il s'empresse de demander à Turtle ce que cela veut dire. Turtle lui répond : « It's a local word for "tourist". Like you, from the mainland. » [C'est le mot local pour touriste, comme toi qui vient du continent]. Plus tard lorsque Turtle s'apprête à partir, en lui disant au revoir, il surnomme Rick « Barney ». Rick demande à nouveau la signification de ce terme. Turtle lui dit alors qu'il s'agit d'une sorte de « kook » à savoir, un surfeur qui ne connaît pas l'éthique et les normes de la culture surf : « Uh, it's like, uh, barn-o, barnyard. Like a haole to the max. A kook in and out of the water, yeah ? ». D'ailleurs c'est dans ce même film que Chandler, l'instructeur de surf de Rick, sensibilise le garçon sur la richesse du langage hawaïen pour nommer les vagues : « You've probably heard that the, uh, the Eskimos have several hundred words for snow, right? Well, the Hawaiians have just as many words to describe waves and ocean conditions ».

Le langage surf ne s'exprime par ailleurs, pas seulement avec des mots mais aussi avec des gestes. Le plus connu d'entre eux est sans conteste le shaka. À l'origine ce signe de la main vient d'Hawaï. Ce sont des surfeurs ayant visité l'île qui ont répandu son usage en dehors d'Hawaï. Il s'agit d'un signe polysémique voulant dire à la fois « relax », « salut », « merci », « ça roule », « de rien ». Il est devenu un signe de ralliement notamment chez les surfeurs. Naturellement on le trouve employé dans plusieurs surf movies comme dans Surf II, dans Ride you own wave lorsqu'Hinako dit au ravoir à la soeur d'Hinageshi (illustration) ou encore dans The Prince and

77 Ludovic Falaix, Michel Favory, « Les stations du surf sur la côte basque », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, 2002, 13, pp. 52,

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the Surfer entre le surfeur Cash Canty et son père, également surfeur à ses heures perdues (illustrateur).

Illustration 99: Ride yourown wave.

Illustration 100: The Prince and the Surfer.

Enfin le shaka peut aussi être utilisé comme signe de reconnaissance et d'acceptation dans une communauté ou dans la communauté de surfeurs. Dans North Shore, alors que Rick se fait malmener dans tout le film par un groupe de surfeurs hawaïens du fait qu'il ne soit pas local, à la fin du film, lorsqu'il réussit la compétition avec brio, et en faisant preuve de modestie dans son habileté, il se voit faire le signe du shaka avec un sourire par le « leader » des surfeurs locaux hawaïens (illustration).

Illustration 101: North Shore.

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D) Attitudes et valeurs du surfeur et de la surfeuse

1/ Ethos du surfeur

a- Le maître de l'élément liquide

Les surf movies favorisent dans l'imaginaire collectif, la construction du personnage archétypal du surfeur. Très souvent le vocabulaire équin est utilisé pour caractériser le surfeur. Il faut noter que le titre de Ride the Wild Surf devient, dans sa traduction française, Les dompteurs du Pacifique. Se développe donc assez rapidement l'idée du surfeur qui chevauche la vague, sa monture, à l'aide de sa planche comme selle. Dans le film Surf School (2006), le commentateur du championnat universitaire, lorsqu'il voit Larry surfer avec aisance, déclare à l'attention du public : « Larry chevauche les vagues comme le roi des mers. C'est magnifique ».

Il est par ailleurs intéressant de constater que dans trois films, des jeunes filles proches de surfeurs sont cavalières, et viennent observer leurs amis à cheval : dans Puberty Blues, dans Ride the Wild Surf (Lily la petite amie de Stamer, qui dirige un haras avec sa mère) et Kiani, dans North Shore. Cela permet de renforcer dans les surf movies, l'image de la femme terrienne, ayant les pieds sur terre contrairement aux surfeurs, plus mouvants et fugaces à l'image de l'élément océanique.

L'instinct animal du surfeur est souvent mis en exergue. Dans Point Break, Bodhi avoue à Johnny qu'il a le surf dans le sang, qu'il fait partie de son intuition : « Tu le sais pas encore mais tu as ça dans tes yeux. T'es indomptable ». Cet aspect animal et instinctif semble être une caractéristique considérée davantage comme masculine dans les surf movies. En effet dans Blue Crush, lors de la compétition du Pipe Masters, le commentateur présente la surfeuse Keana Kennelly avec un commentaire à la limite du sexisme : « Voici Keana Kennelly, surfeuse agressive. Elle

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chevauche n'importe qu'elle vague. Elle surfe comme un homme ».

b- Le surfeur-dragueur

Pour beaucoup la pratique sportive est considérée comme un moyen assumé de séduire. Le surf n'échappe pas à cette règle et permet de séduire car il constitue en plus d'un sport un mode de vie alternatif qui peut engendrer un attrait non négligeable. Cet aspect est particulièrement développé dans les surf teen movies. Dans Catch a Wave, les trois amis japonais décident de s'essayer à la pratique du surf le temps des vacances d'été, pour des raisons au départs légères (qui deviendront plus profondes par la suite). L'une d'entre elles est qu'elle permet d' « avoir » des filles (illustration).

Illustration 102: Catch a Wave.

Ce motif du surf qui permet d'attraper des filles est présent dans bien d'autres films. Dans Cutback, Luke rencontre lors d'une fête, Emily une « church girl » de sa paroisse. Elle semble attirée par le fait qu'il soit surfeur puisqu'elle lui déclare : « Oh you surf, that's cool, I always wanted to surf ». Parfois c'est la jeune femme qui peut se montrer plus entreprenante et faire du surf un critère de sélection primordial pour ses futurs flirts. Dans

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California Dreaming, T. T. lors d'un entracte d'une séance de cinéma se fait aborder par une fille, en recherche uniquement de surfeurs comme petits amis. Elle lui pose ainsi la fameuse question « Do you surf ? » accompagné d'un regard de séduction. Lorsqu'il lui dit qu'il ne surfe pas mais ne pratique que le volleyball, déçue, elle se contente de se détourner de lui.

Le surfeur utilise très souvent le surf comme moyen de séduction. Dans Drift, c'est Andy qui tente de séduire la belle surfeuse Lani, originaire d'Hawaï, en lui proposant de lui faire le tour des endroits sympas pour surfer : « Si tu veux visiter les bons spots du coin, je serais ravi de te servir de guide ». Dans Blood Surf, c'est le personnage de Jimmy qui tente de draguer la jeune Lemmya en lui montrant sa planche qu'il prénomme Mary-Belle : « Je vais te montrer ma planche, attention elle est en fibres. Regarde-là de plus près » (illustration).

Illustration 103: Blood Surf.

Lemmya tombe dans le panneau de ce type de séduction puisque lorsque Jeremy continue en lui expliquant comment on waxe une planche, elle déclare sur un ton de minauderie : « Tu es très intelligent ». Dans ce jeu de séduction, Lemmya apparaît donc comme la groupie du surfeur.

Plus tard dans le film, suite à une fête alcoolisée, Jeremy tient des propos pour le moins singuliers, où, auprès de son meilleur ami Bog, il sexualise sa relation avec sa planche : « Je te le dis mon pote, j'ai pas besoin de femme. Je peux monter Mary-Belle quand j'en ai envie ». Bog, qui, visiblement

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n'entretient pas le même attachement envers sa planche, déclare à son ami : « Ta relation avec ta planche de surf est très malsaine ». Cette féminisation de l'objet se retrouve dans Surf Academy. Dans ce film, c'est Rip, l'instructeur de surf des jeunes californiens, qui leur promet que le surf les aidera dans leur séduction des filles locales : « si vous voulez avoir de filles, vous devez maîtriser votre chérie ». Il y a donc une assimilation entre la compagne du surf (planche) et la compagne de vie (la femme). Ce discours usant d'éléments de langage métaphorisant la relation de couple entre le surfeur et sa planche est repris dans la littérature spécialisée :

Le rapport du surfeur à sa planche est empreint d'amour. Jean-Marie Mac Millan joue depuis vingt-cinq ans les entremetteurs. Des métiers il en a exercé quelques uns dans sa vie. Aujourd'hui Jean-Marie Mac Millan dirige une sorte de club de rencontres, d'agence matrimoniale du surf. Il met en relation des surfeurs et des planches puis il les marie. L'artiste ne fait que du sur mesure. « J'invite toujours le surfeur à venir voir la fabrication de sa planche, je crois que c'est important ». Jean-Marie travaille de ses mains mais avoue accorder beaucoup d'importance au relationnel. « Le surfeur arrive avec une idée, je l'écoute, raconte t-il. Et nous en discutons. Parfois, il se trompe sur ce qui lui conviendrait et peu à peu il arrive à le comprendre et rectifie ses desiderata. Il faut écouter les mots, savoir si le discours correspond bien à la réalité ». En toutes circonstances, le shaper demander d'ailleurs au client de venir avec son ancienne planche, celle qu'il veut quitter pour une nouvelle »78

Le film Point Break va même plus loin en faisant une analogie entre le surf et le sexe. Lorsque l'un des amis surfeurs de Bodhi, lors d'une fête évoque la prise de grosse vagues, il met cette dernière expérience, en termes sensoriels, au-dessus de l'acte sexuel : « C'est le panard suprême, y a rien qui s'en approche, pas même le sexe ».

c- Le nomadisme

La figure du surfeur comme un wanderer (un vagabond) qui va là où la vague le mène, qui se déplace au gré des vagues. Dans In God's Hands (1998) lorsque la fille du capitaine du bateau emmenant les trois surfeurs Shane, Mickey et Keoni demande au plus jeune d'entre eux, alors âgé de 17 ans où il vit, ce dernier lui répond « I live with my friends wherever the

78 Gérard Schaller, Prendre la vague, Hugo Image, 2016

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surf's good )) [Je vis avec mes amis partout où le surf est bon].

d- La surf entre solitude et partage

Même s'il peut se pratiquer en collectif, par le bien de clubs, d'associations, ou tout simplement entre amis, le surf reste et demeure avant tout une expérience solitaire. Car la vague est prise seul et la sensation de la vague est une expérience corporelle individuelle. Dans Big Wednesday, c'est le personnage de Bear, shaper respecté de la communauté locale de surfeur qui averti la jeune génération de surfeurs sur les aspects incontournables de la surf life. Il les met en garde les enfants surfeurs qui viennent lui rendre visite sur deux aspects primordiaux qu'ils doivent garder en tête. Primo : on ne surfe jamais toute sa vie et secundo, il faut savoir surfer de manière solitaire et indépendante : « Nobody surf forever. You're always alone anyway. That's the test for a surfer to ride alone. You shouldn't have to depend on anybody but yourself )). Dans notre corpus filmique, celui qui incarne le mieux cette image du surfeur solitaire est sans conteste Alvaro dans le film Solo, qui porte ainsi bien son titre. Dans ce film espagnol, Alvaro, alors qu'il s'apprête à aller surfer à Fuerteventura, glisse sur une falaise de sable. Ne pouvant plus se retenir, il finit par se jeter à l'eau mais se blesse la jambe sur un rocher !;!son téléphone se casse pendant la chute et il ne peut ainsi pas appeler les secours. Après plusieurs déboire il parvient à nager et a finalement atteindre le rivage, 24 heures après sa chute. Il trace alors un SOS sur le sable. Pendant son calvaire, il se fera menacer par des mouettes, attirées par la chair ensanglantée de sa jambe. Il sera également en proie à des hallucinations où il s'imaginera en train de surfer comme si aucun accident n'était survenu. Retrouvant par hasard, un mini board échoué sur la plage, il va s'en servir pour retourner à l'eau. Ce mini board sera sa planche de salut car elle lui permettra d'être repéré par les secours.

En somme ce film, dans la lignée des survival drama (à l'instar du film 127 heures) met en garde le public, de manière implicite, contre les dangers de

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la pratique solitaire du surf, surtout lorsqu'elle est pratiquée dans des spots reculés et donc peu fréquentés. En effet dans ce type de lieu, les secours peuvent être averti avec plus de difficultés et avoir des problèmes d'accessibilité au site.

Le surf n'est cependant pas qu'une expérience solitaire. Le surf peut se pratiquer à deux (exemple d'un parent portant son enfant sur ses épaules tout en surfant) ou à plusieurs sur la même planche (dans le cas de pays plus pauvres où la planche de surf reste un objet de luxe et où chacun ne peut pas avoir sa propre planche). Dans les surf movies nous pouvons voir certains de ces cas. Dans Chasing Mavericks, nous pouvons voir Jay tenir la main de sa petite amie lorsqu'ils surfent tous les deux, dans Big Wednesday, nous pouvons assister à une scène où 3 surfeurs sont sur la même planche. Outre ces cas particuliers, le surf peut s'avérer être un moment de partage lors d'événements spécifiques tels que des séparations ou des retrouvailles. Le surf revêt ainsi une sentimentalité toute particulière. Ainsi, toujours dans le film Solo, Nelo le meilleur ami surfeur d'Alvaro, lorsqu'il lui apprend qu'il va partir s'installer au Canada pour rejoindre sa fiancée, propose à Alvaro de prendre quelques dernières vagues avant son départ : « J'aimerais bien qu'on se choppe quelques vagues avant que je m'en aille ». À l'inverse le surf peut aussi célébrer un moment de retrouvailles. Dans Big Wednesday, lorsque Jack revient de la guerre du Vietnam et retourne dans sa Californie natale, la première chose qu'il fait est d'aller sur la plage de sa jeunesse. Il va ainsi retrouver Matt, son ami surfeur, qui lui n'a pas été enrôlé et ils vont surfer ensemble après une séparation de trois ans. Dans Surfer Dude, lorsque Steve Addington revient au bercail après plusieurs mois d'absence, il appelle tous ses amis surfeurs pour faire une session de retrouvailles. Cette session de retrouvailles a également lieu dans Blue Juice lorsque les 3 amis londoniens viennent rendre visite à leur ami surfeur J. C. en Cornouailles.

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e- L'animisme

Très souvent le surfeur évoque dans les surf movies, ses sensations lors de la prise d'une vague. Souvent le même discours et les mêmes éléments de langage sont utilisés : la communion avec la vague, la sensation de voler. Dans Rip Girls, c'est Gia qui évoque à Sydney, qui n'a jamais surfé de sa vie, les sensations que cela lui procure : « surfer des grandes vagues, c'est ressentir les battements de l'eau dans tes tympans ». Dans Surf Party, c'est J. D. qui raconte à son meilleur ami l'histoire de la meilleure vague qu'il ait jamais prise : « Je vois une vague absolument parfaite se diriger sur moi. Je surfe dans le creux de la vague. A vague commence à m'envelopper complètement. J'étais comme au milieu d'un tunnel d'eau. J'avais jamais ressenti un truc aussi magique de toute ma vie ». Le surfeur comme le rappelle Anne-Sophie Sayeux lorsqu'il prend une vague entre en communion et tout son corps est en alerte car plusieurs de ses sens sont mis à contribution, et ce avant même que le surfeur n'entre dans l'eau :

Dès que le surfeur sort de son véhicule pour se préparer sur le parking, le son des vagues éclatant sur le rivage envahit son espace sonore. Ce rythme régulier de l'océan génère une ambiance plus ou moins tendue selon la puissance des intonations. Ces sons font appel à la mémoire individuelle mais aussi à la mémoire collective, oscillant alors entre l'océan de plaisir et l'océan de crainte. En effet, milieu toujours en mouvement, anarchique, presque vivant, l'océan est sauvage. Il inspire peur et dégoût. Mais cette peur est aussi adrénaline chez le surfeur, l'incitant à enfiler rapidement sa combinaison de néoprène pour courir jusqu'à l'eau. Car bien qu'il ne voie pas encore les vagues, il les sent déjà. Sa mémoire corporelle intime, stimulée par l'audition, l'appelle à renouveler au plus vite son jeu corporel avec les rouleaux. Ces sons permettent à l'acteur de se situer immédiatement dans son action à venir : surfer.79

Anne-Sophie mentionne un lieu très important pour le surfeur, outre celui de la plage : le parking. En effet ce lieu est symboliquement très important car il s'agit d'un lieu transitoire, d'un espace transitoire entre la ville et la plage. Entre la vie « normale », ma vie de travail et la vie « surfique ». C'est aussi un espace qui ne sert pas seulement à se changer mais aussi à se sociabiliser et à échanger avec d'autres surfeurs. C'est d'ailleurs sur le parking que Frosty dans le film Chasing Mavericks, fait une remarque très

79 Anne-Sophie Sayeux. « La valeur sensation : le cas du surf. » in Andrieu B. Ethique du sport, Edition l'Age d'Homme, pp.600-608, 2013, Etre et devenir, 978-2-8251-4309-4. ? hal-00999518.

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intéressante. Alors que Jay et d'autres surfeurs se changent afin de se préparer à prendre la vague dangereuse de Mavericks, il déclare tout simplement « C'est la fin de l'innocence ». Signifiant ainsi par là qu'une fois l'espace du parking franchit, ces surfeurs encore vierges dans leur pratique des grosses vagues, vont passer à une autre étape de leur vie surfique.

Un autre aspect est très important dans l'animisme qui anime le surfeur est le mana. Le mana des Tahitiens est une énergie palpable qui se ressent dès que l'on entre dans l'eau. Elle ne peut être ressentie, dit-on que dans Tahiti et les îles de la Polynésie. Dans tout autre spot, on ne peut ressentir le mana. Même s'il est difficile de donner une définition précise de cette énergie qui émane de ces îles, elle se trouve au coeur de la vie de tous les Polynésiens. Il s'agit d'une force supérieure répandue dans la nature. Certains sites préservés depuis les temps passés, sont des sources de mana. Teahupo'o est réputé pour être l'une d'elles. Dans le magazine GQ des mois de juin-juillet 2021, un portrait etune interview ont été réalisés de Kauli Vaast considéré comme l'un des nouveaux prodiges du surf. Dans cette interview, Kauli quoique bien encarté par le capitalisme et les marques (il pose en Quicksilver et Louis Vuitton et Dior) déclare ressentir cette énergie si particulière :

« J'ai cette envie de prendre la plus belle, la plus grosse, la vague de ma vie, explique Kauli. C'est ce que je cherche à chaque fois, et à Teahupo'o, j'ai un bon feeling. J'ai le mana ». Le mana est difficile à définir, disons que c'est un mélange de chance, de pouvoir surnaturel et de relation mystique aux éléments. « C'est ce que t'as dans le ventre quand tu te retrouves dans le tube. C'est fusionnel ». 80

2/ Ethos de la surfeuse.

Les surf movies mettant en avant les femmes sont peu nombreux au sein du corpus des films de surf. Les rares qui existent font en général sensation. Ainsi lorsqu'est sorti le film Blue Crush mettant en avant le surf de compétition pratiqué par des femmes, on a vu naître ce que l'on appelle

80 « Nouvelle vague », GQ, juin-juillet 2021, pp. 60-77.

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aujourd'hui « l'effet blue crush », à savoir, que de nombreuses jeunes femmes se sont initiées à la pratique du surf, certaine pour « l'allure » cédant à un effet de mode favorisé par la publicisation du surf et d'autres pour s'affirmer et s'émanciper.

Bien souvent le profil de la surfeuse diffère du profil du surfeur dans les surf movies. Ainsi dans Blue Crush est mis en avant le principe de sororité. En effet Anne-Marie, juste avant la compétition du Pipe Masters fait état de son désir envers son petit ami : « Je voudrais qu'une fille fasse la couverture du Surf Magazine. Évidemment je voudrais que cette fille soit moi, mais une fille c'est tout ». En somme Anne-Marie a bien conscience que les femmes ont encore bien du chemin à parcourir pour arriver au niveau des hommes en termes de médiatisation. Son souhait se réalisera puisque, même si elle ne gagnera pas la compétition, elle fera toutefois la couverture de différents magazines, du fait de ses belles performances (illustration 104).

Illustration 104: Blue Crush.

Pendant la compétition du Pipe Masters, Anne-Marie, en proie à un épisode de peur face aux vagues géantes, se fera d'ailleurs aider par la championne Keana Kenelly, preuve que même au sein de la compétitin, la cohésion féminine peut exister : « Les vagues viennent par groupe de ' à 20 secondes d'intervalle. Ne prend pas la première vague du groupe, c'est la troisième qu'il faut prendre. Suis-moi jusqu'au ressac et je vais te dire

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quelle vague prendre. Quand je te dirais d'y aller, faudra pagayer comme une folle. Tu ne dois pas hésiter ni te désister. N'hésite pas. Laisse ta peur de côté. Si tu hésites une seule seconde c'est là que tu risques d'écoper. Tu sens l'adrénaline monter en toi, sers t'en ! ».

La même sororité se retrouve dans le film Rip Girls. Alors que Sydney arrive à Hawaï avec son père pour découvrir sa maison natale, elle fait la connaissance de la surfeuse Gia. C'est elle qui va initier Sydney au surf et lui prodiguer de judicieux conseils : « Pas cette vague là. Il faut attendre la vague qui nous concerne ». Lorsque Sydney se découragera, ne parvenant pas à prendre de vague, Gia va l'encourager à ne pas abandonner : « Patience, l'océan ne s'en ira pas ». Puis lorsque Sydney se fera sa première blessure à la tête à cause d'une vague la poussant contre un rocher, c'est de nouveau Gia et sa mère qui soignerons ses blessures.

Si l'on connaît bien la figure de la femme de footballeur, connaissons nous bien celui de la fiancée du surfeur? Dans les surfs movies la petite-amie, ou femme du surfeur a bien souvent un rôle de médiation et de temporisation auprès du surfeur ou plus généralement de la figure masculine. Dans Chasing Mavericks, c'est Brenda qui va adopter ce rôle auprès de son mari le surfeur Frosty. C'est elle qui va l'inciter à calmer le jeu sur sa pratique du surf de grosses vagues pour le bien de ses enfants, c'est elle qui l'inviter à être moins dur dans sa manière d'enseigner le surf au jeune Jay. C'est encore elle qui, à l'occasion d'une fête de plage autour d'un feu de camp, va rencontrer Kim, la petite-amie de Jay. Elle va ainsi lui raconter sa rencontre et son histoire avec Frosty. Brenda est donc l'image en miroir de Kim. Kim va devoir appréhender sa relation avec Jay de la même façon que Brenda l'a fait avec Frosty. C'est donc cette fête qui va lui ouvrir les yeux, par sa discution avec l'une de ses pairs, plus âgé. Christian Pociello et Pascal Duret racontent d'ailleurs que le contexte informel des fêtes sportives sont souvent l'occasion de construire son identité par la fréquentation d'une autre génération (exactement le cas de Kim au contact de Brenda) : « Ensuite la fête sportive met en présence des jeunes avec des adultes qui

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ne sont pas leurs parents. Les jeunes ont donc en pratique sous les yeux, des comportements plus ou moins ritualisés pour une fois en train de s'amuser, leur offrant la possibilité de redéfinir leur identité ».

Dans Rip Girl, c'est la mère de Gia, également surfeuse comme sa fille, qui va tenter de raisonner le père de Sydney lorsqu'il lui interdit de faire du surf. Elle tente de le raisonner en lui faisant comprendre que son discours sur-représente les dangers du surf de loisir ?

Enfin la fiancée du surfeur apparaît également comme une « guérisseuse » prenant soin du surfeur blessé. Dans North Shore, c'est Kiani qui va soigner Rick alors blessé à cause d'une chute de vague sur des rochers. Elle va alors lui cueillir de l'aloe et en passer sur ses blessures (illustration 105). Dans In God's Hands, c'est la fiancée hawaïenne du journaliste Wyatt, qui va soigner le jeune surfeur Keoni alors alité car atteint de malaria.

Illustration 105: North Shore.

E) La Galaxie surf : l'environnement physique et mental du surfeur

Il est intéressant de constater que le surf occupe les pensées et l'univers du surfer même lorsque ce dernier n'est pas sur des vagues. En effet dans bien des surf movies étudiés dans le présent corpus, les surfeurs lisent des magazines de presse spécialisés dans le surf ou écoutent des émissions de

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surf. C'est ainsi que dans le film Solo, le personnage d'Alvaro consulte un magazine de surf alors qu'il est en convalescence dans sa chambre d'hôpital après avoir été sauvé de son accident de surf. Dans Drift, c'est le personnage d'Andy Kelly qui lit surtout la presse spécialisée. On peut notamment voir une scène du film où Andy avec son frère et l'un de ses amis, lit un magazine de surf tout en commentant les tenues de surf qui y sont présentées. Il constate d'ailleurs que la combianison qu'il voit dans le magazine est en tout points la même que porte son amie Lani lorsqu'elle va surfer : « Manches profilées pour mieux ramer, fermeture velcro et boutons pression au cou contre le froid » (illustration).

Dans North Shore, lorsque Rick arrive à Hawaï de son Arizona natal, il rencontre deux surfeurs qu'il a vu dans des magazines de surf. Il va à leur rencontre et leur demande s'ils ne sont pas Alex Rogers et Mark Occhilupo qui ont gagné l'OP Pro par deux fois. Les deux jeunes surfeurs flattés, ont donc compris que Rick était un avide lecteur de presse spécialisé : « I bet you read all the surfer mags, eh? ». Le personnage de Steve Addington dans Surfer Dude est lui aussi un lecteur de magazine de surf. Il en lit à plusieurs moments du film, notamment les articles qui paraissent sur son rival, le surfeur Lupe Rosa (illustration).

Dans la plupart des Teen surf movies, les scénaristes ont choisi de développer un type particulier du jeune surfeur. En général en plus du surf, il pratique le skateboard mais aussi le dessin ou la peinture (qui bien entendu a pour sujet le surf!). Ainsi est développé le personnage archétypal du surfeur ayant une sensibilité artistique. Dans Shelter Zack a pour habitude de dessiner des paysages urbains lorsqu'ils ne surfe pas, Rick qui fait des paysages surfiques (illustration) se proposera même de réaliser le nouveau logo de l'entreprise du shaper Chandler en échange de cours de surf.

Rick élaborant le nouveau logo pour l'atelier de Chandler.

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Jimmy Kelly dans Drift fait des dessins à l'aquarelle qui attirent d'ailleurs l'attention de son frère. Enfin dans Rip Girls, Koa offre à Sydney un portrait d'elle en train de surfer.

Illustration 106: Dessin de Jimmy Kelly dans Drift.

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Illustration 107: Portrait de Sydney réalisé par Koa.

Outre les dessins, chaque occasion et opportunité est bonne pour célébrer le surf. Dans Ride the Wild Wave, pour l'anniveraire d'Hinageshi, Hinako confectionne à gâteau avec un surfeur sur le dessus (illustration), dans Chasing Mavericks c'est le dessus de porte de garage de Frosty qui est décoré d'une planche de surf, dans Puberty Blues, alors que le groupe d'amis surfeur de Debbie s'ennuie alors qu'ils passent une soirée dans une maison abandonnée, confectionnent une fausse émission de surf avec une télé cassée (illustration).

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Une certaine géographie et physique et mentale semble être imprégnée dans l'esprit des surfeurs. Ainsi Koa dans Rip Girls séparent les gens en deux catégories : ceux qui surfent et ceux qui ne surfent pas et qui sont des ringards. Dans Puberty Blues ont retrouve cette idée que celui qui ne surfe pas est un « nerd », autrement dit un geek. Cette partition mentale est aussi physique puisque Debbie précise que la plage de Cronulla est divisée en plusieurs parties selon que vous soyez bon surfeur ou mauvais surfeur : « There were 3 main sections of Cronulla Beach, everyone was trying to make it to green hills, that's where the top surfers gang hung out, prettiest girls from school and the best surf is on the beach. Bad Surfboard riders on their L plates swarm to south Cronulla ».

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Si la plage est l'univers par définition du surfeur, celui-ci peut également s'en faire chasser. Dans Ocean Tribe alors que le groupe d'amis surfeurs mené par Noah retourne sur un spot secret mexicain de leur connaissance après plusieurs années, ils constatent avec effroi que celui-ci est devenu un terrain de golf. Cela entraîne la fureur de Jep qui tente de se battre avec les golfeurs (illustration).

Cette rivalité de territoire entre surfeur et golfeur est bien réelle. En effet pour bien des municipalités littorales, le golfeur représente le raffinement et le luxe alors que le surfeur représente le marginal voire l'inadapté :

Le « golfeur » qui réside dans les villas au bord du lac et qui va au restaurant est largement plus souhaité que le « surfeur » qui va au supermarché et qui consomme, selon les dires des élus de la commune, dans des proportions nettement moindres.81

Parmi la géographie physique et mentale du surfeur, certains lieux sont de prime importance. Le surf shop d'abord qui fait partie de la cartographoe mythique des endroits surf. Dans les surf movies bien souvent les surfeurs ou parents de surfeurs travaillent dans un surf shop, leur permettant d'allier travail et passion. Dans Ocean Tribe, le surfeur Noah possède son

81 GUIBERT Christophe, « Hossegor : le surf ou l'élégance ? Une double identification territoriale », Les Annales de la recherche urbaine, n° 100, 2006. L'avancée en âge dans la ville, pp. 89-96.

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propre surf shop, lui permettant ainsi d'ajuster ses horaires à sa guise pouraller surfer (illustration).

Dans le film parodique Surf II ce sont les parents de Lindy qui possède une boutique de surf, dont l'enseigne est au préalable mal orthographiée en « Surboards & Grocery » au lieu de « Surfboards & Grocery ».

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Le restaurant surf ensuite. Il est bien souvent décoré au moyen de planches de surfs réutilisée comme c'est le cas dans le restaurant surf que fréquente Angelo et ses amis dans le film Ride (illustration).

Le restaurant à l'ambiance surf est très souvent un repère/repaire pour les surfeurs qui s'y retrouvent après une session. Certains restaurants de ce style sont d'ailleurs des institutions encore aujourd'hui. Le Rock Food d'Hossegor par exemple qui est le rendez-vous des gens de la vague. Dans le film Blue Juice c'est le personnage de Chloe qui se bat bec et ongles afin de pouvoir ouvrir son restaurant de surf dans sa Cornouailles natale. Elle y parviendra finalement grâce à l'aide de son petit ami et de toute la communauté de surfeurs locale. Elle baptisera son restaurant l'Aqua Shack. Il faut noter ue la Cornouailles et précisément Newquay est la destination n°1 en matière de surf et que cela a modifier la géographie de la ville notamment avec l'émergence de nombreux surf shop, surf restaurants et une spécialité locale, les surf lodges :

Sont en effet disséminés à proximité des plages ou dans le centre-ville (surtout) des ' surf lodges', hébergements dont les tarifs sont assez limités en comparaison avec les hôtels 4 et 5 étoiles, nettement plus élitistes de la commune. Ces hébergements consistent en aménagement sommaire, voire spartiate pour la plupart : lits superposés, posters de surf sur les murs des chambres et télévision dans l'espace commun avec une collection de DVD sur le surf à disposition. La publicité est exclusivement orientée vers une clientèle de surfeurs : des planches de surf cassées et peintes sont disposées près de l'accueil des établissements,, matérialisant cette stratégie.82

82 Christophe Guibert, « Newquay (Cornouailles, Grande-Bretagne). La plage dans la ville », Mondes du tourisme, Paris: Éd. touristiques européennes, 2014, 9, pp.85.

VI) La sémiotique du surf movie participant à la

construction de la subculture surfique

A) Étude des affiches et titres de films

Il est très intéressant d'analyser certains titres de films. On peut remarquer que dans la plupart des cas, c'est la couleur bleue qui est mise en exergue : -Blue Crush

-Blue Juice

-Puberty blues

-Blue Blue Blue (pour la traduction japonaise du titre original du film Newcastle).

Les affiches de ces films tentent à mettre la couleur bleu en exergue. Cela est particulièrement prégnant pour le film Blue juice et pour le film Puberty Blues qui joue sur la proximité phonétique Blues/Blue.

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Le titre Shelter pour le film de Jonah Markowitz a très à propos. En effet le personnage de Zach trouve dans le surf son refuge (shelter). Refuge par

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rapport à son homosexualité non assumée, et refuge par rapport à sa soeur irresponsable, qui l'oblige à endosser le rôle de père de substitution pour son neveu.

North Shore est un film qui met en exergue deux intrigue de façon parallèle. Le côté surf avec l'entraînement de Rick se préparant à une compétition et le côté sentimental avec le développement de sa relation avec la jeune Kiani. Ces deux intriguent s'entremêlent dans le scénario et l'affiche du film est intéressante car elle reprend ce idée, avec notamment la chevelure de Kiani qui se mêle à celle de la vague.

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Les surf beach movies se servent également fréquemment de la planche de surf pour y inscrire le titre du film. On oeut citer dans ce cas, Ride the Wild Surf ou Surf Party (1964).

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B) Surf movies et musique

La musique et les surf movies entretiennent un rapport privilégié par le biais de la surf music. Lorsque l'on pense à la musique sur nous vient à l'esprit la célèbre chanson des Beach Boys « surfin' USA ». C'est d'ailleurs ce groupe qui fut invité à l'édition de 2001 du Biarritz Surf Festival. Cette chanson en particulier figure dans la bande original de plusieurs surf movies de notre corpus comme Surf II (1984).

Les surf movies japonais ont tendance quant à eux à créer des chansons spécialement dédiées pour accompagner les scènes. Ainsi la chanson phare du film Ride you Wave a été composée et interprétée par Michiru Oshima. Elle comporte de très belles paroles sur le rôle métaphorique de la vague dans la vie « The same wave will never come washing up again ». Le thème musical de Catch a Wave intitulé tout comme le film, a quant a lui été interprété spécialement par le chanteur japonais Deftech.

Les chansons composant les bandes originales des surfs movies sont en général assez confidentielles et peu connues du grand public. On peut citer la chanson « Surf School » chanté par Fred Wilson pour la B.O. Du film Surf Academy (2006) ou encore « Surfing with Sharks » de Rob McKenzie qui compose la B.O de Blood Surf et qui est très à propos puisque le film retrace les aventures de surfeurs allant prendre les vagues au milieu des requins.

Les beach movies, qui ont donné naissance aux surf movies étaient très souvent ponctués de chansons. Surf Party, film de 1964 a vu sa bande originale composée par By' Dunham and Bobby Beverly avec des titres adaptés à la thématique du film comme « Glory Wave ». Dans les pas des beach movies des années 60, le plus récent Teen Beach Movie sorti en 2013 reprend cette formule d'intermèdes chanté au sein de l'intrigue du film. On peut citer le titre « Surf Crazy » dont le clip fait référence aux joies de la plage et du soleil (illustration).

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Ride the Wild Surf quant à lui, qui opère la jonction entre le beach movie et le surf movie, agrémente son générique de fin de surf music. Le casting est donc présenté sur fond de musique surf (illustration).

La bande originale de ce film a été composée par Jan & Dean et comportent plusieurs titres évoquant la « mythologie » du surf : Sidewalk Surfin', Tell'em I'm surfing, Surfin' Wild, ou encore The Restless Surfer.

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Conclusion

Il est intéressant de constater que les réalisateurs et les surfeurs ont toujours entretenu des relations proches. On peut citer le cas de Thomas Edison qui dès 1898 a filmé des surfeurs sur la plage de Waikiki. Le genre des surf movies est né à Hollywood, ce qui peut paraître surprenant au vu de sa position géographique. Malibu semblait plus adaptée pour filmer le surf d'autant que la région du sud de la Californie était le berceau du surf moderne. Quoiqu'il en soit l'on doit l'émergence des films de surf à Hollywood. Plusieurs surfeurs comme Duke Kahanamoku ont d'ailleurs tourné dans des films hollywoodiens. Les surf movies, comme nous l'avons vu tiennent leur origine des Beach movies, genre qui a connu un fulgurant succès dès les années 60 pour finalement disparaître tout aussi abruptement car selon Lee Wardlaw le surf et la plage n'étaient que des effets de mode : « surfing was just a fad, like Hula Hoops, Slinkys or Teenage Mutant Ninja Turtles and like all fads, it disappeared as quickly as it came. Kids forgot about surfing and were ready for another fad to take its place ».83 Douglas Booth distingue plusieurs types de surf movies dont le « pure » surf movie, principalement documentaire, qui concentre son propos sur les spots de surf, les designs de planches, les styles de surf et les tendances culturelles du surf. Ce genre de film tourné de façon simple attirait les jeunes surfeurs par son côté authentique contrairement aux surf movies préfabriqués hollywoodiens. En somme le « pure surf movie » explique le surf à des surfeurs :

For 50 years , surfing culture has represented the style, taste, aspirations and behavior of millions of middle-and working-class Western youth. Film has been a critical ingredient in this culture ; some 200 surf films and dozens of videos have popularized surfing fashions, values, and mores. One can discern three genres of surf film : Hollywood beach stories, aficionados « pure » surfing films and surfing industry videos. Hollywood and aficionados began producing surf films in the late 1950s as the first generation of post-Second World War baby boomers reached adolescence. Surfing symbolized carefree fun in a period of economic prosperity and political idealismm, and Hollywood and aficionados captured it all on

83 Douglas Booth,. « Surfing Films and Videos: Adolescent Fun, Alternative Lifestyle, Adventure Industry. » Journal of Sport History, vol. 23, no. 3, 1996, pp. 315-316,

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celluloid.84

Grâce aux surfs movies on peut distinguer différents courants du surf. Le surf sixties, dans une Californie en proie à la mode surf, où les surfeurs refusaient de se conformer aux codes de la société et dormaient sur la plage ou dans les îles afin de profiter de la houle (Big Wednesday, California Dreaming). Cette génération ivre d'insouciance et de liberté en venait à rejeter l'American Way of Life en proie au capitalisme et au carcan de l'argent rimant peu avec les joies de l'océan. Puis la popularisation du surf a amené à sa marchandisation et à l'émergence de la compétition. Si Paul Mason rappelle que peu de surfeurs se livrent en réalité à la compétition, certains surfeurs professionnels y sont obligés car il s'agit là du seul moyen de gagner de l'argent (cet aspect est mis en exergue dans Blue Crush par exemple). Aujourd'hui il semblerait que la communauté des surfeurs, si elle est toujours une subculture, ne représente plus totalement une contre-culture comme elle pouvait l'être autrefois car en effet les surfeurs sont plus « acceptables » socialement, la figure du surfeur est « amadouée », moins « rétive » notamment du fait de la massification de la pratique et de sa popularité due en partie à la publicité, au marketing, à la communication et aux produits dérivés. Le surfeur devient même une figure de héros populaire (le surfeur d'argent de Marvel par exemple). Le surfeur bien que de plus en plus « normalisé » reste une figure alternative en ce qu'il recherche la liberté et est en proie au désir de rivage :

Le surf peut être caractérisé comme un geste-discours qui allie performance et esthétisme. Il peut également être perçu comme une épure des sports de glisse, puisqu'il se joue dans un mouvement perpétuel où la vague et sa pente ne sont jamais les mêmes. Dans une société où tout se complexifie, où les valeurs se transforment et se recomposent, où l'ordre et le désordre s'entremêlent sans cesse, la figure du surf oscillant entre l'équilibre et la chute apparaît comme un symbole de notre temps, également capable d'intégrer les attributs du sacré : le mystère, la pureté voire la peur. Porté par une popularité croissante , soutenu par els collectivités locales, garant de marchés prometteurs pour les entreprises, le surf est devenu un vecteur de dynamisme local. La contre-culture surf, si elle a représenté pour quelques minorités un moment de résistance au style de vie américain, est aujourd'hui complètement intégrée par une société de consommation, elle-même largement

84 Douglas. « Surfing Films and Videos: Adolescent Fun, Alternative Lifestyle, Adventure Industry. » Journal of Sport History, vol. 23, no. 3, 1996, pp. 313-327.

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diversifiée.85

Il est intéressant que les surf movies oscillent quant à leur perception de ce qu'est le surf. Pour certains il s'agit d'un sport, pour d'autres d'un art de vivre, pour d'autres encore une philosophie quasi-spirituels et pour certains tout cela à la fois. Dans tous les cas le surf movie est bien souvent une recherche esthétique et une quête de vérité (la vérité de la nature). Si la recherche esthétique est un sujet dans l'intrigue du scénario d'un surf movie, il l'est aussi pour le spectateur, devant son écran, sa télé ou au cinéma. Les surfs movies les plus critiqués sont ceux qui sont pauvres en belles images. À l'inverse, le passionné de surf (qu'il soit pratiquant ou non) appréciera les belles images de Duck Dive dans Instinct de Survie, les prouesses surfiques accomplies dès les premières images de Point Break ou encore les figures accomplies en Slow motion dès l'introduction de California Dreaming. Il est intéressant de constater également l'importance du motif de l'été dans les surf movies, qui participent de leur poétique et de leur temporalité. California Dreaming nous montre T. T. découvrant les joies du surf californien le temps de son summer break, les 3 amis de Catch a wave apprennent le surf auprès de Duke pendant leurs vacances d'été.

Le surf movie a pu aussi être un genre de conquête culturelle. Blue Hawaï, en est un bon exemple. Ce célèbre Beach movie dans lequel joue Elvis Presley, qui incarne un militaire se retrouvant en retraite à Hawaï après la guerre, va promouvoir le surf comme étant non plus un sport indigène mais une réappropriation culturelle d'un sport désormais typiquement américain. Le surf movie moderne peut aujourd'hui servir des institutions. Catch a Wave est notamment supporté par la Japan Pro Surfing Association et de nombreux surf movies servent à promouvoir de manière indirecte des équipements et tenus de surf (Blue Crush fait la part belle à Billabong par exemple). Les surfs movies façonnent donc une image du surfeur dans

85 Jean-Pierre Augustin., « Surf », Encyclopaedia Universalis, https://www.universalis.fr/encyclopedie/surf/

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l'imaginaire collectif, image dont souffre parfois le surfeur même comme le rappelle Jérémy Lemarié : « La plupart des surfeurs se sont retrouvés volés de leur identité car les images de surf, véhiculée notamment par les films, ne correspondent pas vraiment à la réalité. La culture surf c'est à dire les surfeurs eux-même avec leurs productions qui vont tenter aussi de promouvoir leur sport mais d'une autre manière. The Endless Summer produit par Bruce Brown devient en 1968, le 5eme film le plus célèbre de l'année, élu par NewsWeek. Ce film va devenir la pierre angulaire de la culture surf. Deux surfeurs californien vont parcourir le monde à la recherche de la vague parfaite qu'ils vont finalement trouver en Afrique du Sud. Dans The Endless Summer se trouve l'idée que, bien que les surfeurs veulent créer leur propre identité, ils sont rattrapés par une chose qui les dépasse, c'est que eux-aussi sont les produits de cet âge d'or californien c'est à dire d'une société de loisirs qui peut se permettre de voyager toute l'année et d'engager un loisir sportif ».

Ces aspects seraient intéressant à développer dans le cadre d'un approfondissement de la présente recherche.

Il serait intéressant pour prolongé ce travail de recherche de mettre en comparaison d'une part les surfs movies de fiction avec les surfs movies documentaires et d'autres part de faire une étude sur un phénomène qui commence à se développer, à savoir les séries sur le surf. On peut citer à ce titre l'animé japonais Wave!!: Surfing Yappe!! qui décline en plusieurs épisodes la relation qu'entretien Maki avec Shô qui l'initie aux joies du surf. Dans cet animé sont évoqués les mêmes problématiques que les surfs movies étudiés à savoir les notions d'apprentissages, de rituels, d'épreuves, d'entraide entre surfeurs, etc. On peut aussi mentionner la série australienne Lightning Point qui retrace l'histoire de deux jeunes filles extra-terrestre qu débarquent sur Terre avec comme objectif de faire du surf.

Enfin les surfeurs sont très souvent comparés aux snowboardeurs et aux skateurs, comme faisant partie d'un groupe plus large, la communauté de

la glisse. N'appelle t-on pas d'ailleurs les skateboarders, des surfeurs d'asphaltes ou des surfeurs de bitume ? Le film Johnny Tsunami (1999) évoque d'ailleurs comment un surfeur va appréhender pour la première fois, non sans fausses idées reçus, la pratique du snowboard. Joël de Rosnay dans le prologue de Petit éloge du surf (2020) évoque en quoi sa première expérience du ski lui a fait comprendre que cette discipline appelait une mise en marche du corps dans son ensemble et que cela pouvait s'appliquer au surf pour améliorer sa pratique. Sylvain Lefebvre et Romain Groult remarque quant à eux que le groupe des glisseurs partagent des valeurs communes :

Pratiquer des sports de planches représente pour plusieurs de ses adeptes, une forme de liberté et de créativité dans l'univers parfois envahissant de la performance physique, de la compétition et des normes ou contraintes qui régissent certaines activités sportives. Surfer une vague, la neige ou la rue c'est surtout se déplacer, moyennant un effort physique bien sûr, mais dans un mode déambulatoire, flexible, libre au niveau des mouvements ou des trajectoires empruntées. La sensation prend le dessus sur la prestation. L'expérience et les plaisirs générés supplantent les résultats et les records mesurés.86

En somme la même étude serait possible avec les « skate movies » (Ken Park, Les Seigneurs de Dogtown...) car ils font appels aux mêmes codes, problématiques et interrogations que les surf movies et sont à ce titre intéressants au regards des études culturelles.

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86 LEFEBVRE, Sylvain et ROULT Romain, « Les nouveaux territoires du surf dans la ville. », Téoros, volume 28, numéro 2, 2009, p. 58.

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Bibliographie

Monographies

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Articles

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DURET Pascal, POCIELLO Christian. « Fêtes sportives et expression de la virilité », Agora débats/jeunesses, 7, 1997. Les jeunes et les fêtes. pp. 55-62.

FALAIX Ludovic, « Le surf à Taghazout », Maroc : De l'émergence spontanée de neoterritorialités sportives à la laborieuse mise en tourisme institutionnelle d'une pratique. Via Tourism Review, Association Via@, 2014, pp. 1-6.

FALAIX Ludovic, FAVORY Michel, « Les stations du surf sur la côte basque », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, 2002, 13, pp. 51-59.

GUIBERT Christophe, « Hossegor : le surf ou l'élégance ? Une double identification territoriale », Les Annales de la recherche urbaine, n° 100, 2006. L'avancée en âge dans la ville, pp. 89-96.

GUIBERT Christophe, « Newquay (Cornouailles, Grande-Bretagne). La plage dans la ville », Mondes du tourisme, Paris: Éd. touristiques européennes, 2014, 9, pp.80-92.

LEFEBVRE, Sylvain et ROULT Romain, « Les nouveaux territoires du surf dans la ville. », Téoros, volume 28, numéro 2, 2009, pp. 55-62.

SAYEUX Anne-Sophie, « La valeur sensation : le cas du surf », in Andrieu B. Éthique du sport, Édition l'Age d'Homme, 2013.

TERFOUS, Fatia, et al. « Marketing en ligne du surf et pouvoir érotique : le cas Roxy. », Recherches féministes, volume 32, numéro 1, 2019, pp. 127-146.

Guides

BORRA Julien, Surfer sa vie, First éditions, 2020.

PATLER Louis, Make your own waves. The Surfer's Rules for Innovators and Entrepreneurs, Harper Collins, 2016.

Manuels de pratique

COHEN Stéphane, Surf, 1997, éditions EPA.

DIXON Peter, Peter Dixon, Le guide complet du surf, 2003, Atlantica.

MASON Paul, Le surf, 2002, Gamma Jeunesse.

Magazines

Surfer's Journal, n° 144, juin/juillet 2021.

Surf Session, n° 380, été 2021, Backside Medias.

230/238

231/238

Fictions

ASTIER Ingrid, La Vague, Paris, Les Arènes, 2019.

DUNGO Aj, In waves, 2020, Casterman.

WINSLOW Don, L'heure des Gentlemen, éditions du Masque, 2012.

Roman autobiographique

FINNEGAN William, Jours Barbares, éditions du sous-sol, 2015.

232/238

Glossaire

Backdoor : lorsque la vague déroule et déferle vers la droite pour le surfeur qui fait face à la plage.

Backside : lorsque le dos du surfeur fait face à la vague lorsqu'il est au bas de celle-ci. Bottom turn : virage fluide et puissant effectué au bas de la vague.

Bowl : peak parfait formant un V, droite et gauche.

Cutback : figure qui nécessite beaucoup de vitesse. Parfois appelé le S turn, le cutback est une manoeuvre de replacement qui permet de revenir vers le point de déferlement et ainsi trouver un maximum d'énergie pour continuer de surfer ta vague.

Duck dive : le « duck dive », ou « canard », est la technique utilisée par les surfeurs pour couler leur planche de surf sous l'eau afin de pouvoir plonger sous les les vagues avec leur surfboard dans les mains.

Floater : figure de surf qui requiert une grande agilité. Il s'agit pour le surfeur de glisser sur la crête de la vague lorsque celle-ci se met à déferler puis de glisser dessus un certain temps jusqu'à atterrir en bas de vague et poursuivre son surf.

Freak set : série de vagues plus grosses que les autres.

Glaçage : après la peinture sur le pain de mousse de la planche, le glaçage transparent va permettre l'ajout d'une décoration.

Inside : zone d'impact où les déferlantes arrivent les unes après les autres (vs. Outside : partie au-delà de la zone de déroulement).

Leash : accessoire utilisé pour relier le surfeur à sa planche. Il lui permet de garder un certain contrôle en cas de chute.

Morning glass : la « mer de verre » est peut-être la condition la plus souhaitable, convoitée par tous les surfeurs : une journée sans vent avec une grosse houle.

North Shore : fait référence à la zone côtière nord de l'île hawaïenne d'Oahu.

Off the lip : tourner rapidement sa planche en haut de la vague pour redescendre face à la vague.

233/238

Pain de mousse : le pain de mousse, ou foam, est la matière première constituant le coeur des planches de surf. Il s'agit d'une mousse de polyuréthane ou de polistyréne.

Point Break : Les points breaks sont des spots où la vague casse sur le sable ou sur de la roche.

Shaper : le shaper conçoit la forme des planches de surf, les réalise et les décore selon le souhait du client. C'est un artisan qui fabrique des pièces à l'unité.

Shore break : vague très puissante qui a la particularité de se briser près du rivage et donc dans très peu d'eau.

Slab : vague qui tombe en explosant sous le niveau de la mer plus qu'elle ne déferle.

Snacker : le fait de « snacker une vague » à quelqu'un veut dire qu'un surfeur vole la priorité àun autre surfeur déjà en action sur une vague.

Square-tail : planche dont la queue se termine en section droite. Offre donc une surface maximum, ce qui procure vitesse et maniabilité dans les petites vagues.

Take off : en surf, manoeuvre de base qui consiste à se mettre debout sur la planche de surf.

Tube : figure sportive extrême de surf, qui consiste à surfer à l'intérieur d'une vague déferlante géante, en forme de tunnel ou de cylindre, au moment où elle se brise. Cette technique est la plus utilisée par les surfeurs en backside, on tient le rail extérieur avec la main arrière, la main avant en contact avec la face de la vague.

Wax : produit spécifique pour la pratique du surf, composé de cire naturelle ou d'autres substances utilisé sur la surface supérieure des planches de surf afin de la rendre antidérapante.

White water : haut de la partie cassée d'une vague, aussi appelé « lip ». Wipeout : grosse chute, perdre le contrôle et avoir un accident.

234/238

Annexes

· Le Porge

Bordeaux

OCÉAN
ATLANTIQUE

Mimizan
·

· Royan

CHARENTE-MAR/TIME

Soula

1 .:won

· La Teste

GIRONDE

A

A

· station balnéaire du xixe siècle

· création antérieure â 1939

· développement postérieur d 1950

· club de surf

Astation surf

A station surf potentielle

ESPAGNE

· Biarritz

Mont-de-Marsan

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LANDES

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237/238

Table des matières

Introduction 3

I) Le surfeur : un personnage stéréotypé et ambivalent 10

A) Un personnage essentialisé 11

1/ La jeunesse et le jeunisme 11

2/ La mode vestimentaire 13

3/ Le surfeur cool et fun 15

B) Le surf : un sport de dieux et rois. Le surfeur : un personnage mythique, réifié, déifié 19

C) Un personnage marginal 30

1/ Les surfeurs fainéants 30

2/ Les surfeurs perçus comme ayant une influence néfaste 32

3/ Le surf versus l'autorité et les institutions 34

a - Les surfeurs et l'autorité parentale 34

b- Les surfeurs et l'institution scolaire 36

c- Les surfeurs et le travail 37

d- Les surfeurs et l'institution bancaire 40

e- Les surfeurs et l'armée 42

II) L'univers du surf : entre rêves, idéaux et dangers 44

A) Une activité de tous les dangers 46

1/ Les requins 46

3/ Le traumatisme de l'accident 53

3/ Vagues et dénomination : pour une cartographie du danger 54

4/ La vague meurtrière 56

5/ Les autres dangers 58

B) Surf Way of Life 59

C) Le désir de lointain, d'extraordinaire 64

1/ Classification et hiérarchisation des destinations surf 64

2/ Le surf trip 72

a- Le surf trip sponsorisé 73

b- Le far away trip et le close trip 75

c- Le surf trip entre amis 76

d- Le surf school trip 78

3/ À la recherche du spot perdu 79

D) L'utopie et la dystopie surf 82

E) Une communauté en proie aux mêmes questions sociétales que la société « normale » 85

1/ Machisme 85

2/ Xénophobie 90

3/ Homophobie 93

4/ Addictions 95

a- Les drogues 95

b- L'addiction aux vagues 98

III) Le surf comme compagnon/adversaire des étapes de vie 101

A) Le surf et les responsabilités 101

1/ La vie professionnelle 101

2/ La vie affective et familiale 105

B) Le surf et la mort : la vague comme métaphore du deuil et de l'abandon 108

C) Le surf et les moments de vie difficiles : la passage à la vie adulte, le handicap, la maladie 114

IV) Le surf movie et la construction d'une communauté 119

A) Les surfeurs entre tribu, gangs et lutte de territoires 119

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1/ Les règles de priorité et de respect 127

2/ La rivalité entre gangs, entre groupes 128

B) Pour une typologie des surfeurs 132

1/ Le Free surfer solitaire versus les surfeurs en groupe 132

2/ Le surfeur en recherche de style et performance versus le surfeur « pur » 133

3/ Le surfeur authentique versus le surfeur (sur)équipé 135

3/ Le soul surfer versus le surfeur de démonstration 139

4/ Le surfeur de petites vagues versus le surfeur de gros 140

5/ Le surfeur raisonné versus le surfeur inconscient 143

6/ Le surfeur spirituel et empiriste 144

7/ Le surfeur rangé versus le surfeur libertin/libertaire 145

C) Les surfeurs : entre rivalités, modèles et émulation 146

1/ Le Shaper 149

2/ Le photographe 152

3/ Le journaliste 153

4/ Le commentateur 154

5/ Le surfeur fan 157

D) Une histoire de famille 158

E) Mentorat et rite initiatique 162

1/ Le mentor : un guide pour le surf, un guide pour la vie 162

a- Le rite et l'épreuve initiatique 167

b- L'expérience du surfeur au service de l'expérience de vie 174

V) Bienvenue sur la planète surf ! 175

A) Corps culte et culte du corps 175

B) Le surfeur et sa planche 184

1/ La planche magique 188

2/ Le surfeur-sauveteur 189

3/ Le motif de la planche cassée 190

4/ La planche traditionnelle 192

C) La langue du surf 194

D) Attitudes et valeurs du surfeur et de la surfeuse 200

1/ Ethos du surfeur 200

a- Le maître de l'élément liquide 200

b- Le surfeur-dragueur 201

c- Le nomadisme 203

d- La surf entre solitude et partage 204

e- L'animisme 206

2/ Ethos de la surfeuse 207

E) La Galaxie surf : l'environnement physique et mental du surfeur 210

VI) La sémiotique du surf movie participant à la construction de la subculture surfique 219

A) Étude des affiches et titres de films 219

B) Surf movies et musique 222

Conclusion 224

Bibliographie 229

Glossaire 232

Annexes 234






Extinction Rebellion







Changeons ce systeme injuste, Soyez votre propre syndic



"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway