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UNIVERISITÉ JEAN MONNET
SAINT-ÉTIENNE

La planche et la pellicule La peinture
filmique comme construction de la communauté des surfeurs. euses,
entre réalisme, idéalisation
et stéréotypisation.
MÉMOIRE DE MASTER DE LETTRES MODERNES Option
« Lettres et études culturelles »
Présenté par Tony GOUPIL
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Sous la direction de M. Yves CLAVARON
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Remerciements
Je tiens à remercier Monsieur Clavaron, pour
avoir accepté de diriger mes recherches, de m'avoir prodigués
de bons et utiles conseils à la fois pour le présent
mémoire et pour l'ensemble des cours de ce master 2. Je le remercie
également d'avoir su faire preuve de réactivité et de
patience malgré mon manque d'organisation et mes retards
éventuels.
Je remercie ma cousine, Eloïse,
médiathécaire, qui m'a fournit quelques
indictions bibliographiques, sources et articles pour nourrir mon
mémoire et ma réflexion sur le lien entre le surf et les
études culturelles.

Illustration 1: Boutique de surf de Savines-le-Lac.
Le surf shop : un incontournable des Surf movies.
Enfin je remercie mes amis et mes collègues qui
m'ont accompagné et soutenus dans mes doutes et m'ont
communiqué des titres de films, auxquels je n'aurais pas
nécessairement penser pour agrémenter la présente
étude.
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Introduction
Les Surf movies ou films de surf offrent un
répertoire précieux dans la représentation de la
communauté des surfeurs à la fois comme contre-culture et
subculture. Le surf movies (ou Surf film) est un genre
cinématographique né aux États-Unis. Les surf
movies (qu'il s'agisse de teen movies, de films d'action,
d'aventure, d'horreur, de comédies romantiques) tendent à nous
présenter les surfeurs comme une communauté ayant ses propres
codes, ses propres règles. John Engle dans son ouvrage critique
Surfing the movies, reconnaît que les surf movies sont
un des éléments fondamentaux de l'élaboration de la
sous-culture (subculture) des surfeurs :
Alongside a few notions of history, a tangy vocabulary, a
certain attitude and style, a small specialist press, and the occasional song,
film has played a central role in the emerging surfing
subculture.1
La sous-culture des surfeurs, au regard des études
culturelle, a beaucoup été étudiée au travers de la
sociologie, de l'histoire du sport, de l'histoire en général, ou
de l'ethnologie mais elle a peu été étudié par le
biais des surf movies. Par ailleurs les ouvrages critiques sur les
surf movies abordent bien souvent ce genre de film que d'un point de vue
historique. Les autres ouvrages sur les films de surf sont davantage des
ouvrages de type encyclopédique, répertoriant les films de surf
par ordre alphabétique, par année ou par thématique.
L'objet de ce mémoire est donc, de façon modeste, de tenter de
pallier ce manque et d'aborder la question de la subculture des surfeurs au
travers des surf movies.
Bien que les surfeurs soient présentés dans la
plupart des surf movies comme des personnages cherchant à ne
pas se conformer aux codes de la société, il n'en demeure pas
moins qu'ils se font très souvent rattraper par la réalité
(besoin de trouver un emploi, une stabilité de vie...), les
1 John Engle, Surfing in the Movies: A Critical History,
2015, Jefferson, McFarland Publishers, p. 1.
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problématiques sociétales (racisme,
ségrégation, discrimination), ou encore les décisions
politiques (entrée en guerre...). Les surfs movies permettent
de mettre en lumière les paradoxes inhérents à la
communauté de surfeurs. En effet s'ils se revendiquent d'être des
"outsiders", en marge du monde, dans le microcosme que représente la
plage, ils sont néanmoins sujets et acteurs des mêmes "maux"
sociétaux que le reste de la société civile, en faisant
preuve de masochisme, sexisme, racisme, homophobies...
Il ne faut pas oublier la dimension esthétique du surf
et des vagues incitant les réalisateurs à faire des plans
séquence de plusieurs secondes, voire minutes sur les surfeurs en pleine
pratique dont raffolent les spectateurs. C'est pourquoi dans beaucoup de films
de surf, sur le plateau de tournage, les vrais acteurs côtoyaient des
surfeurs professionnels qui réalisaient les scènes de glisse pour
eux (Darrick Doerner a par exemple doublé les scènes de surf de
Patrick Swayze dans Point Break). Parfois même c'est un surfeur
professionnel qui incarne l'un des personnages du film (exemple de Laird
Hamilton campant le rôle du protagoniste principal du film North
Shore). Cela contribue également à rendre ce genre à
part, dans ses méthodes de filmages, car les plans longs sur des
scènes de surf permettent de montrer, que les surfeurs, outre la
recherche de performance, sont dans une véritable quête du
dépassement de soi, de l'expérience sensorielle ultime
(d'attraper LA vague), et de la recherche de la beauté (beauté
dans la pratique mais aussi dans la recherche des plus beaux spots de surf).
Les questions du genre, de l'orientation sexuelle, du
nomadisme, du Surf Way of Life, du Surf Lifestyle, seront entre autres
certains des aspects qui seront traités dans ce mémoire de
recherche.
Brève introduction du genre des Surf movies
Les Surf movies tiennent leur origine des Beach
movies ou films à succès ayant pour thème central la plage
mais utilisant l'imagerie du surf pour promouvoir le tourisme de plage et les
loisirs sportifs littoraux. Hollywood commença à
s'intéresser au surf avec la production du film Gidget, le plus
emblématique des Beach movies qui initia à partir des
années 60 la mode
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et la gloire des Beach movies. Gidget reste
aujourd'hui encore la référence et le plus connu de ce type de
film. Dans le surf movie intitulé Ride réalisé
par Helen Hunt en 2014 racontant comment une mère s'essaye au surf pour
se rapprocher de son fils, on peut voir dans la dernière scène la
mère réussissant à prendre sa première vague seule
devant son fils. Ce dernier propose alors à sa mère, en guise de
reconnaissance et d'approbation de porter sa planche tout en la gratifiant d'un
« You got it Gidget » [Traduction : tu as réussi
Gidget]. Cela montre bien la fortune de ce film dans l'esprit des
réalisateurs contemporains.
L'EOL (Encyclopedia Of Surfing) dans son
entrée « Technicolor Surf Boom », constate quant à
elle, d'une part que les beach movies sont nés dans un contexte
d'explosion commerciale des objets et équipements de surf et d'autre
part que les beach movies sont devenus, à partir de Gidget, un
phénomène culturel d'ampleur, destinés prioritairement
à un public adolescent consumériste :
Surfing had generated a lot of momentum by 1959--new boards,
wetsuits, competition, surfer-produced films; a magazine on the way--and the
sport was at a tipping point. Then the movie version of Gidget was released in
April of that year and pushed it over the top. A nine-year surf explosion
followed. Wave-riding itself became more popular, yes. But the boom was mostly
a cultural phenomenon, one that spread to the near and far reaches of teenage
consumerism.2
De nombreux Beach movies vont être
tournés dans les années 60 (plus d'une vingtaine entre 1960 et
1967). Dans ces films à petits budgets faisant l'apologie des
fêtes de plage, très souvent le surf y est présenté
comme une activité de loisir libertaire. Ride the wild surf,
réalisé en 1964 et étudié dans notre présent
corpus est à la fois un beach movie et un surf movie. Il a
été salué non pas pour son scénario ou son intrigue
mais par ses très belles séquences filmées de surf comme
le rappelle Thomas Lisanti :
Ride the wild surf stands head and shoulders above all the
sixties beach party movies [...] It makes an honorable effort to portray
surfers and the sport of surfing sincerely and to showcase the big waves of the
North Shore of Hawaii [...] The movie is a smorgasboard of
2 « Technicolor Surf Boom », in Encyclopedia of
Surfing,
https://eos.surf/history/section/a-technicolor-surf-boom/
[dernière consultation le 16/08/2021]
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flesh as the boys are all tanned and muscled and the girls are
curvaceous and bikini-clad [...] Ride the Wild surf really excels showing what
it takes to be a top-notch surfer and to challenge the big waves of Hawaii
[...] Is is by far the most exciting and best surfing sequences in any
Hollywood surf movie of the sixties3
Hollywood s'est détourné des films de surf dans
les années 70 avec l'exception notable de Big Wedneday (1978).
Bien qu'il bénéficie d'un beau budget de production, il fut
boudé par la critique, le jugeant mélodramatique et embarrassant.
Il trouva cependant une seconde notoriété et
réévalué lors de sa sortie en vidéo en faisant
aujourd'hui l'un des films phares des surf movies.
Si les surf movies ont fait leur début dans l'histoire
du cinéma de façon timide en étant des films peu
diffusés et peu populaires, ils ont finit par une entrée plus
abrupte dans le cinéma grand public avec notamment des productions
à plus gros budget. Les Surf movies représente en
définitive un genre relativement conséquent puisqu'environ 250
surf movies ont été répertoriés entre 1953
et 1990. Cependant la majeure partie de ces films ont disparu et ne se trouvent
plus en format vidéo.Comme le précise Matt Warshaw dans la notice
« Hollywood and surfing » de son The Encyclopedia of
Surfing, les surf movies sont des films relativement
confidentiels qui sont la plupart du temps connus d'un public
déjà initié au surf et qui par ailleurs ont disparu pour
la plupart ou sont difficiles d'accès pour le visionnage :
Surf movies are generally defined as niche films made for
surfers . About three-quarters of the titles under the Surf movie category, and
roughly one third of the video titles, are no longer available in any forms.
4
Les surf movies se distinguent en trois genres. Nous
avons tout d'abord les surf movies de fictionsqui se focalisent sur la
réalité du surf mais par un biais romancé. Nous avons
ensuite les surf movies documentaires qui peuvent être de nature
biographique (racontant les exploits de tel ou tel surfeur professionnel) ou
bien géographiques (la pratique du surf dans telle ou telle
région du monde) ou sociologiques (la pratique du surf chez les
3 Thomas Lisanti, Hollywood Surf and Beach Movies: The First
Wave, 1959-1969, 2015, Jefferson, MacFarland and Company Publishers, pp.
139-140.
4 Matt Warshaw, The Encyclopedia of Surfing, 2005, First
Harvest Edition, page 271.
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adolescents par exemple). Pour ce qui est du surf
movie documentaire, les origines de ce sous-genre ont été
initiés par Bud Browne, surfeur et réalisateur pionnier des
documentaires sur la « ride community » notamment avec Hawaiian
surfing movie en 1953, Concernant les surf movies de fiction,
Matt Warshaw montre qu'ils tendent de montrer qu'un aspect du surf. . En effet
il regrette que les États-Unis aient produit peu de surf movies
calmes et contemplatifs et davantage de surf movies montrant la
compétition, la rivalité et l'énergie sportive
Hollywood had occasionally shown surfing to be meditative and
calming but far more often the sport is presented only in terms of thrills,
challenge and conflict, and almost never is it viewed as simply integrated into
a person's life. 5
Présentation du corpus filmique
Le corpus présentement étudié aura pour
noyau dur principalement des films réalisés et produits aux
États-Unis car il s'agit du lieu de la naissance du genre des Surf
movies. Cependant certains films australiens ou asiatiques n'ont pas
été écartés, d'une part car l'Australie est un haut
lieu de la communauté surf et d'autre part car les films asiatiques ont
tendance a montrer des aspects du surf souvent délaissés par le
cinéma américain. Des films d'autres nationalités sont
également présents dans le corpus car ils témoignaient
d'aspects pertinents dans le cadre des études culturelles. Il a
volontairement été fait le choix de ne composer ce corpus que de
films de fiction, ou bien de biopics romancés (Solo,
Chasing Mavericks) car bien que les Surf movies documentaires
comportent de nombreux aspects très intéressants au regard de la
constitution de la subculture des surfeurs, ce sous-genre représente la
quantité la plus importante des Surf movies. Il fallait donc
restreindre nous restreindre à l'étude exclusive des Surf
movies fictionnels afin d'entrer dans le cadre du mémoire de
recherche. L'étude des Surf movies documentaires aurait
représenté trop de matière à traiter. La fourchette
chronologique des Surf movies étudiés va des
années 1960
5 Matt Warshaw, Ibid.
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aux année 2010 (plus précisément de 1964
à 2019). Le choix de cette fourchette se justifie car les années
60 représentent la naissance de ce genre cinématographique tandis
que les films les plus récents abordent davantage les questions de
professionnalisation et de commercialisation du surf. Le choix des Surf
movies fictionnels réalisé n'est bien entendu pas exhaustif.
Il en existe d'autres qui ne sont pas abordés ici. L'idée
étant de faire une sélection d'un échantillon
représentatif et varié de Surf movies de différents genres
car chacun apporte son angle de réflexion et de représentation
(parfois clichéique) de la communauté des surfeurs. Ainsi nous
avons choisi ici à la fois des Beach Surfmovies
(Ride the Wild Surf), des Teen movies
(Puberty Blues, Surf Academy...), des «
Coming of Age » Surf movies (Big
Wednesday, Local Boys,...), des Surf movies
d'action (Point Break), d'horreur
(Instinct de survie), des Feel good movie
(Shelter), des comédies romantiques
(Blue Crush), des mangas (Ride your
Wave). Enfin il faudra différencier dans ce corpus, les films
où le surf représente l'objet central de l'intrigue, autour
duquel l'existence des personnages et leurs désirs gravitent, ou bien
les films où le surf est un faire-valoir, un motif "prétexte",
afin de parler d'autres sujets, comme le handicap (A scene at the
Sea), le passage à l'âge adulte (Puberty Blues) par
exemple.
Liste du corpus :
Ride the wild surf (1964) de Don Taylor Big
Wednesday (1978) de John Milius California Dreaming (1979) de
John D. Hancock Puberty blues (1981) de Bruce Beresford Surf II
(1984) de Randall M. Badat Surf Nazis must die (1987) de Peter
George North shore (1987) de William Phelps
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A scene at the sea (1991) de Takeshi Kitano
Point Break (1991) de Kathryn Bigelow
Blue juice (1995) de Carl Prechezer
Ocean Tribe (1997) de Will Geiger
Blackrock (1997) de Steve Vidler
In God's Hands (1998) de Zalman King
The Prince and The Surfer (1999) de Gregory Gieras,
et Arye Gross
Blood Surf (2000) de James Hickox
Rip Girls (2000) de Joyce Chopra
Blue crush (2002) de John Stockwell
Local boys (2002) de Ron Moler
Surf academy (2006) de Joel Silverman
Shelter (2007) de Jonah Markowitz
Surfer, dude (2008) de S. R. Bindler
Les dieux de la vague (2008) de Dan Castle
Cutback (2010) de Johnny Remmo et Lance Bachelder
Chasing Mavericks (2012) de Curtis Hanson et Michael
Apted
Surf party (2013) de Sam Pillsbury
Drift (2013) de Morgan O' Neill
Ride (2015) de Helen Hunt
Instinct de survie (2016) de Jaume Collet-Serra
Solo (2018) de Hugo Stuven
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Ride your wave (2019) de Masaaki Yuasa
I) Le surfeur : un personnage
stéréotypé et ambivalent
Bien souvent dans l'inconscient collectif et dans l'imaginaire
populaire, le surfeur est associé à deux représentations.
La première est l'image du surfeur jeune, aux cheveux blonds et longs,
aux corps d'athlète imberbe, et qui bien souvent, en marge de la
société, partage son temps entre surf, fêtes sur la plage
et consommation de drogues. Cette image est particulièrement
prégnante chez les adolescents. Elle a été
véhiculée et renforcée par l'industrie
cinématographique américaine : on se souvient notamment du film
de 1982 Fast Times at Ridgemont High (Ça chauffe au
lycée Ridgemont pour le titre français)
réalisé par Amy Heckerling où l'acteur Sean Penn incarne
Jeff Spiccoli, un lycéen surfeur aux cheveux blonds, au débit de
parole lent mêlé d'une diction peu articulée et fumant des
joints avec ses amis dans un van. Jeff Spiccoli, ne se souciant pas
d'être à l'heure en cours ne semble vouloir vivre que d'amour et
de vagues. Lorsque l'un de ses camarades de collège lui demande pourquoi
il ne cherche pas un petit job, il lui répond simplement : «
All I need are some tasty waves, a cool buzz, and I'm fine ».
[Traduction : Tout ce dont j'ai besoin c'est de bonnes vagues, un bon joint, et
tout va bien]. Cette phrase résume à elle seule toute une vision
stéréotypée des jeunes surfeurs qui va être reprises
dans d'autres Surf movies postérieurs.

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Illustration 2: Jeff Spiccoli
La deuxième image d'Épinal du surfeur,
véhiculée à partir de la professionnalisation du surf
à partir des années 1970 est celle du surfeur professionnel
drapé de sa combinaison sponsorisée, qui voyage à travers
le monde pour enchaîner les compétitions.
Nous allons donc voir dans la présente partie de ce
mémoire, les différents aspects de ces représentations du
surfeur.
A) Un personnage essentialisé 1/ La jeunesse et le
jeunisme
Nous venons de le voir, le surfeur est souvent perçu
comme étant jeune et marginal. Cette image est parfois
revendiquée par les surfeurs en quête de différenciation,
et parfois ils en sont les premières victimes lorsque ces
stéréotypes sont véhiculés par autrui. Point
Break, film à très grand succès commercial racontant
l'infiltration en est un bon exemple. L'acteur Keanu Reeves y incarne Johnny
Utah un jeune policier devant se faire passer pour un surfeur afin d'infiltrer
un groupe de surfeur soupçonné de cambriolages en série.
Johnny ne manque pas de témoigner à son collègue sa vision
stéréotypée sur cette communauté et propose
même un mode d'enquête léger voire fantasque : « On
a inventé ça [surf] pour les petits minets qui ne se
rasent pas encore. Et si je me baladais avec ma planche sous le bras, avec
l'air défoncé et je leur pose des questions ». Johnny
au fur et à mesure de son
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infiltration va se rendre compte que certains de ces
préjugés ont un fond de vérité (consommation de
drogue) tandis que d'autres ne le sont pas (les surfeurs ne sont donc pas tous
des personnages légers).
Certains films de surf véhiculent l'idée
qu'à partir d'un certain âge, il n'est plus raisonnable de surfer.
En somme que le surf est réservé aux adolescents et aux jeunes
adultes. Il ne s'agirait donc que d'une passade concernant la pratique loisir
et d'une activité temporaire pour la pratique professionnelle.
Solo, biopic espagnol réalisé en 2018 par Hugo Stuven
raconte, de manière plus ou moins romancée selon les
scènes, l'histoire vraie d'Álvaro Vizcaíno, surfeur
espagnol de 38 ans qui a vécu 48 heure de calvaire après avoir
glissé d'une falaise en allant surfer6. Au début du
film, lors d'une fête sur la plage, Álvaro discute avec l'un de
ses meilleurs amis surfeurs, Nelo, plus âgé que lui et qui lui
fait part de sa volonté de raccrocher : « Je me fais vieux,
c'est bientôt fini pour moi tout ça, profites-en encore pendant
que tu peux ». Nelo poursuit en énonçant le motif de sa
décision. Il a rencontré une canadienne du nom de Denise et va
devenir père. Il y a donc cette idée, que le film ne fait que
reprendre, que le surf est lié à l'insouciance de la jeunesse, et
qu'il est incompatible avec la prise de responsabilité qu'implique un
âge trop avancé et notamment la paternité.
Cependant la « dichotomie » qui peut exister entre
surfeurs jeunes et surfeurs vieux n'est pas toujours aussi marquée que
l'on veut bien le penser. Les surfeurs plus expérimentés
apparaissent souvent comme des tuteurs, des mentors, des guides pour les
surfeurs plus jeunes, comme nous le verront plus tard. Le personnage de Boone
Daniels, détective et surfeur, dans le polar surfique, L'Heure des
Gentlemen, lutte contre ce clivage :
L'Heure des gentlemen est une vieille institution de surf.
Deuxième session de la journée, elle succède
immédiatement à la Patrouille de l'Aube, quand les jeunes
excités de la première séance de l'aurore regagnent leur
job, abandonnant la plage aux veteranos, tous messieurs
6 « Surf - solo : l'histoire d'un surfeur espagnol et de
ses 48 heures d'agonie »,
https://www.surf-report.com/videos/surf/alvaro-vizcaino-solo-fuerteventura-accident-713185741.html
[dernière consultation le 04/08/2021]
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plus âgés, retraités, médecins,
avocats et autres heureux entrepreneurs dont le 9h-17h est déjà
dans le rétroviseur. Bon les jeunots peuvent sans doute participer
à l'Heure des gentlemen, mais ils ont tout intérêt à
en connaître et observer les règles tacites : 1 - Ne jamais
prendre la vague d'un ancien. 2 - Ne jamais frimer en exigeant de son jeune
corps des prouesses dont seraient incapables les anciens. 3 - Ne jamais donner
son opinion sur quoique ce soit. 4 - Ne jamais au grand jamais dire : «
Celle-là vous me l'avez déjà racontée ». Parce
que les messieurs de l'Heure de gentlemen aiment bien causer. Bon sang, la
plupart du temps, ils n'entrent même pas dans l'eau et se contentent de
rester planter là avec leurs planches de bois classiques pour se
raconter des histoires ! Partager les souvenirs de vagues du passé, de
vagues qui, avec le temps, deviennent de plusen plus grosses, massives,
mauvaises, chouettes et longues. Ce n'est que que trop naturel, il fallait s'y
attendre et Boone même lorsqu'il n'était encore qu'un gremmie
effronté s'était rendu compte qu'en s'incrustant dans les
parages et en fermant son stupide clapet, on pouvait beaucoup apprendre de ces
types et réellement découvrir des pépites dans toute cette
bouse. Tout ce qu'on croit voir pour la première fois, ces messieurs en
ont déjà été témoins. Il reste encore, parmi
les participants de l'Heure des gentlemen, quelques uns des anciens qui ont
inventé le sport, peuvent vous parler de vagues qui n'avaient jamais
été chevauchées avant eux, et vous transmettre, par
procuration, un ultime chatoiement de l'Âge d'or.7
En somme Don Winslow fait une distinction entre le
gremmie, à savoir le jeune surfeur
expérimenté et le vieux surfeur quasiment hippie, de la
première génération, qui a connu le surf avant que les
fédérations n'existent. Bref ces surfeurs hippies qui ont connu
le golden age du surf où le surf était
vécu comme une philosophie et un art de vivre et non pas comme une
compétition comme les jeunes surfeurs peuvent le voir. Il oppose les
surfeurs cool aux surfeurs baba cool en précisant qu'ils peuvent
toutefois se nourrir les uns les autres.
2/ La mode vestimentaire
Le surfeur est souvent perçu, en plus d'être
jeune et d'avoir un corps bronzé et de passer le plus clair de son temps
torse nu ou bien vêtu d'une chemise hawaïenne. Le film
américain Surfer, Dude, réalisé en 2008 par S. R.
Bindler est à ce titre saisissant. En effet le personnage principal du
film, Steve Addington (incarné par Matthew McConaughey), un surfeur
forcé contre gré de participer à une émission de
télé-réalité sur le surf, est torse
nu dans toutes les scènes du films. Il n'en ai pas une
où il ne porte ne serait ce qu'une chemise. Cela fait écho au
film Fast Times at Ridgemont High où Brad, doit jongler entre
sa dernière année au lycée et un petit job
7 Don Winslow, L'Heure des gentlemen, éditions du
masque, 2012, pp. 17-18.
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de serveur dans un dinner, doit demander à Jeff
Spiccoli et ses amis de mettre une chemise à l'intérieur du
restaurant : « Come on Spiccoli, just put the shirt back on » [Allez
Spiccoli remet ta chemise]tout en lui montrant l'avertissement sur la vitrine
de l'établissement qui indique tel un motto « No Shirt, no Shoes,
no Dice » (illustration 3).

Illustration 3 : Ça chauffe au lycée
Ridgemont
Le film Ride (Le Grand saut pour le titre
français) réalisé en 2014
véhicule l'un de ces clichés. Dans ce film,
Helen Hunt incarne Jackie Durning, éditrice new-yorkaise et mère
d'Angelo, un adolescent qui
s'essaye à l'écriture d'un roman tout en
surfant. Alors qu'il s'apprête à aller en Californie rendre
visite à son père, sa mère se rend compte qu'il n'a qu'un
sac à dos. « Où est ta valise ? C'est tout ce que tu
prends ? Y a t-il autre chose que des shorts là-dedans ? Des pantalons ?
Parce qu'on porte des pantalons quand on est pas ... Et des chaussures de
marche tu en as ? Qu'est ce que je raconte personne ne marche en Californie...
». Jackie, ici, bien qu'elle soit une femme d'affaires intelligente,
fait des raccourcis
sarcastiques qui ne sont pas au niveau de ses capacités
de raisonnements. Elle fait donc trois postulats dans ses propos ironiques.
Le premier est que tout californien, le deuxième que les surfeurs ne
portent pas de pantalon et le troisième est que les surfeurs
californiens ne portent
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pas de chaussures de marche puisqu'ils sont tous sur une
planche. Ces propos réducteurs montrent donc à quel point la
mère d'Angelo réprouve le mode de vie des surfeurs d'une part, et
la passion de son fils de faire du surf pendant son temps libre d'autre part.
Par ailleurs elle ne prononce même pas le nom de surfeur, elle
préfère laisser sa phrase en suspens. Le fait de ne pas nommer
les choses concrètement est visiblement un signe de dédain.
La mère d'Angelo est donc le seul personnage dans tout
le film qui concentre en elle et dans ses propos tous les
stéréotypes sur les surfeurs. Elle ne peut s'empêcher
également de déclarer que les surfeurs manquent d'intelligence et
d'éducation. En effet lorsque son chauffeur particulier lui transporte
sa planche jusqu'à la plage et lui suggère de prendre un
instructeur, sa réponse est tranchante et incisive: « Je n'ai pas
besoin qu'un adolescent illettré m'apprenne comment
m'allonger sur une planche et ramer en me servant de mes bras. Je vis dans la
ville la plus éprouvante du pays, ce ne sont pas les vaguelettes de
Santa Monica qui vont me faire peur ».
3/ Le surfeur cool et fun
Le jeune surfeur apparaît dans la majorité des
Surf movies comme étant celui qui incarne le mieux la Cool
Attitude. En cela la planche du surfeur devient l'emblème de cet esprit
cool. Cela est très bien expliqué par les chercheurs Sylvain
Lefebvre et Romain Roult :
Les labels fun, cool, hip,
slick et de nombreux autres de même acabit sont
généralement associés à toute une symbolique et
à une mythologie entourant l'objet culte qu'est devenue la planche de
surf [...] La planche comme objet cool permet ainsi de rejoindre des
clientèles plus jeunes, branchées et vient surtout se rallier au
style de vie véhiculé par la culture surf.8
Si le côté cool se manifestent par les surfeurs
eux-même au travers de leurs attitudes (manière de parler, de
s'habiller, d'occuper leur temps libre, d'adopter souvent chaque chose sans
gravité), il se manifeste également au
8 Lefebvre, Sylvain et Romain Roult. « Les nouveaux
territoires du surf dans la ville. » Téoros, volume 28,
numéro 2, 2009, pp. 55-62.
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travers des yeux de leurs admirateurs. En somme un surfeur
doué est quasi automatiquement dans les yeux de celui ou celle qui le
regarde un surfeur cool. La toute première scène du film
américain Local Boys nous montre le jeune Skeet, alors
âgé de 11 ans et rêvant de pratiquer le surf, en train de
regarder un surfeur faire des prouesses. Il n'hésite pas à
exprimer tout haut son enthousiasme au moyens d'interjections, expressions et
adjectifs mélioratifs : « Cool ! Look
at that bottom turn ! Whoa, check him out ! That surfer there,
he's pretty awesome. Man that's sick
». En réaction contraire, le frère de Skeet et ses amis,
eux-aussi surfeurs et témoins de la scène représentent des
personnages anti-cool car ils critiquent le surfeur par simple jalousie,
prétextant qu'il ne réussit ses rides que grâce à
son bon équipement : « His board's big enough. Yeah it's the
length of his board that's doing all the ripping. The poor uncoordinated
bastard is just along for the ride ».
L'aspect et le comportement « cool » des surfeurs
est particulièrement développé dans les teen
movies. Dans Surf School (2006) est développé
l'idée que le surf permet d'accéder à la
popularité. Être surfeur permet de traîner au lycée
avec les gens dits « populaires ». Le personnage principal de ce
film, Jordan, quitte la Côte Est pour déménager à
Laguna Beach en Californie. Alors qu'il était populaire dans son ancien
lycée, il se retrouve en position d'« outcast » dans le
microcosme californien car il ne sait pas surfer. Il entre donc en concurrence,
avec ses nouveaux amis, avec la bande de surfeur locale menée par Tyler.
Il se décide donc à apprendre à surfer et tente une
compétition de surf avec ses amis pour détrôner Tyler et
ses acolytes. Malgré sa défaite lors de la première
épreuve de la compétition, la petite amie de Tyler, parce qu'il a
tout de même essayé, vient à le draguer. Alors qu'il
était invisible à ses yeux, elle le trouve désormais cool
parce qu'il est monté sur une planche de surf : « Tu as fait
tes preuves. Tu n'a pas gagné mais tu es toujours là. Tu sais
quand on repartira tu pourras venir avec nous. Tu vois on ne savait pas que tu
étais cool ». Lors de la deuxième
épreuve de la compétition, c'est Larry, un des amis de Jordan
qui
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se retrouve en compétition contre Tyler. Il tente
alors, avec succès, une intimidation psychologique, en notamment
dévalorisant son côté cool : « Sous tes apparences
de surfeur très cool, tu connais la triste
vérité sur toi-même. Tu ne peux pas rivaliser avec moi sur
terre comme sur l'eau ».
Dans Surf II, c'est le personnage du jeune
scientifique Menlo qui est perçu comme le ringard de la ville par la
communauté des surfeurs de son âge. Il est à ce point
malmené qu'il finira par développer un comportement anti-surfeur
tout en déclarant que son rêve d'enfant était d'être
à la fois surfeur et cool : « I use to be one like the other
kids, I wanted to be a surfer, I wanted to be hip and gnarly ». Pour
Menlo être surfeur et être cool vont de pair, il utilise d'ailleurs
pour décrire le comportement décontracté et
détaché des surfeurs, le terme très spécifique de
« gnarly » qui désigne une personne, une
chose ou une situation à la fois cool et excitant. Le personnage
perçu comme ringard est aussi développé dans le film
California Dreaming au travers du personnage principal de T. T. jeune
trompettiste qui découvre la Californie le temps des vacances. Il finit
rapidement par tomber amoureux de la jeune Corkie, qui le dénigre
à la fois par son attitude, sa coupe de cheveux, ses vêtements,
ses passions. Lorsque T.T. finira par prendre davantage d'assurance au fur et
à mesure du film il finira par témoigner à Corkie de sa
superficialité, en ce qu'elle aime seulement un type particulier de
garçon, le type californien cool qu'il n'est pas : « Listen,
you've been putting me down every since the day I got here. Maybe I am not the
cool, beaching kind of California guy you like but it doesn't mean we couldn't
be friends ». [Écoute, tu me rabaisses depuis le jour
où je suis arrivé. Peut-être que je ne suis pas le genre de
type californien cool que tu aimes, mais ça ne veut pas dire que nous ne
pouvons pas être amis]. En somme les non-surfeurs projettent bien souvent
des idées préconçues bien précises sur ce qui
définit le comportement cool ou le mode de vie cool d'un surfeur. Pour
Hinageshi, dans le film Ride your wave, il s'agit d'avoir une voiture
transportant des planches de surf. En effet alors qu'il est sur le parking avec
Hinako pour s'essayer à sa première leçon
18/238
de surf avec la jeune femme, il lui déclare : «
I kind of wanted to try acting cool unloading a board off my car
» [j'avais en quelque sorte envie de paraître cool en
déchargeant une planche de surf du toit de ma voiture].
Mais le surfeur qui est « cool » est finalement pris
dans une sorte d'asservissement. En effet il doit tenir son rang de personne
cool à la fois pour lui-même (se prouver qu'il est toujours cool
et qu'il ne vieillit pas) en adoptant des postures qui peuvent être
parfois prises pour de l'imbécillité et le surfeur doit continuer
à apparaître cool aux yeux des autres afin de ne pas perdre en
popularité. Cela est particulièrement visible dans les teen
surf movies. Mais cette cool attitude comme l'explique Claude Habib,
parfois très proche de la fainéantise dans sa conception, peut
devenir une prison pour la personne qui la pratique, en ce qu'elle
nécessite des codes de conduite qui lui sont propres :
On le voit aujourd'hui que le cool a gagné, même
en France : l'injonction "keep cool" se traduit par "reste zen", manière
comme une autre de ne pas régler ses dettes [...] En jazz et en
général, le cool invente une douceur qui n'est pas le contraire
de l'énergie : proposition inédite. Il prône un
relâchement qui n'est pas exclusif de l'extrême concentration [...]
Mais le cool s'ouvre à tous, et d'abord aux adolescents. C'est une
manière d'être à la limite de la mollesse, une sprezzature
désossée du mépris qui lui servait de squelette. Le cool
n'a rien de noble ni de stable, nul souci de préséance,
dès qu'il peut, il s'affale.9
Par ailleurs les surfeurs et/ou passionnés de surf
tentent parfois d'élever hiérarchiquement le surf par rapport aux
autres sports, notamment en le qualifiant plus « cool » que les
autres. C'est le parti pris de Ben Marcus, auteur d'un ouvrage historique et
illustré sur le surf qui annonce la couleur dès le titre
Surfing. An illustrated History of the coolest sport of all time. Il met
en avant cet aspect cool dès son introduction :
Surfing is the antithesisof organized social behavior.
Ethereal. Amorphous. Non-tangible [...] in the mid-twentieth century, surfers
mannerisms became the topic of media attention. We were cool
stuff.10
Pour Ben Marcus, le surf peut être qualifié de
cool au regard de plusieurs
9 Claude Habib et Philippe Raynaud, « E/t si la "cool
attitude" était l'une des formes les plus paradoxales de la servitude ?
»,
https://www.atlantico.fr/article/decryptage/et-si-la-cool-attitude-etait-l-une-des-formes-les-plus-paradoxales-de-la-servitude--claude-habib-philippe-raynaud
[dernière consultation le 10/08/2021]
10 Ben Marcus. Surfing. An illustrated History of the coolest
sport of all time. 2013. MVP Books. Page 19,
19/238
critères : parce qu'il s'agit d'une activité ne
répondant pas aux codes et aux règles de l'organisation
sociétale, parce qu'il s'agit d'une expérience solitaire, parce
qu'elle permet d'entrer en connexion avec la nature et enfin parce que le surf
à ses débuts relève d'une démarche de
découverte de nouvelles choses et de nouvelles sensations.
B) Le surf : un sport de dieux et rois. Le surfeur : un
personnage mythique, réifié, déifié
« Le sport roi des rois naturels de la terre »
(Jack London)
Le surf, pratiqué aujourd'hui comme un loisir ou un
sport de compétition fut, dans sa pratique ancestrale, une
activité d'ordre quasi-spirituel, pratiqué par les rois et les
grandes
familles comme nous le rappellent les chercheurs Sylvain Lefebvre
et Romain Roult :
La surf était pratiqué par la royauté de
plusieurs de ces îles et se définissait comme une
expérience profonde, noble et en harmonie avec les
éléments de la nature.11
D'ailleurs la planche de surf, à l'époque, faite
en bois massif, était un marqueur de pouvoir et de rang social. Au XIXe
siècle à Hawaï, la plus grande des planches traditionnelles
pour surfer, l'olo mesurant entre 3 mètres et 3 mètres
50 était réservée à l'aristocratie par
privilège royal, contrairement aux deux autres types de planches
(l'alaia et la paipo). La culture polynésienne du surf
a par ailleurs plusieurs légendes mettant en scène des
personnages royaux. N'en témoigne la légende de Vehiatua, une
femme qui a marqué l'histoire du surf. Elle était d'une grande
beauté et venait de Raiatea. Lors d'une visite à Tahiti, elle
apprit qu'à Teahupo'o se préparait une fête pour le horue
(l'ancêtre du surf). Lorsque le soleil s'éleva plus haut dans le
ciel, un doux vent du sud-ouest se leva. Alors la princesse et ses amis prirent
leurs planches et s'avancèrent dans l'océan. Du rivage, la foule
vit Vehiatua se lever comme si elle marchait sur la mer. Tant elle fascina les
foules, elle attisa la jalousie du roi de Teahupo'o qui la chassa et prit le
nom de la surfeuse, afin que les applaudissements lui revinrent.
11 Lefebvre, Sylvain et Romain Roult. Ibid.
20/238
Les filles de l'Océan (Rip Girls pour
le titre en anglais) est un film pour la jeunesse relatant le retour de Sydney
Miller, alors âgée de 13 ans, à Hawaï avec son
père dans sa maison natale afin de régler des affaires de vente
et de succession. C'est dans l'île qu'elle va découvrir le surf
avec Gia et Kona, deux surfeurs hawaïen de son âge. Lors d'une
fête traditionnelle hawaïenne à laquelle elle est
invitée par ses deux amis, elle entend une vieille conteuse relater
à des enfants la légende d'une belle princesse sommé de de
surfer une vague dangereuse afin de pouvoir épouser son
bien-aimé:
A long time ago, in the time of the double canoes, there was a
girl In Nu'alolo. She was strong... And graceful... With firelight in her hair.
She loved a boy... Who loved her back. But his father, the
king, demanded a test. Only If she surfed the Great Tsunami...
Could she marry his son. The boy grew worried. No one had ever survived the
Great Tsunami. The girl knew she had to try. The Meneheunes Took Pity... and
brought her the branch of an Iliahi Tree. "Its magic will keep you safe," the
little people told her. So she paddled into the night for the giant wave, her
heart beating fast. A Lei Of Iliahi Flowers draped around her neck. Did she
survive? The colors of the rainbow danced on their wedding day.12
Il faut noter par ailleurs que les légendes concernant
le surf, bien qu'hawaïennes, existent également dans d'autres
cultures. Les légendes permettent donc de créer une mythologie ou
un folklore du surf. Dans Ride your own wave, c'est le personnage de
la jeune surfeuse Hinako, qui au moment de Noël, lorsqu'elle voit des
flocons tomber, raconte une légende surfique à son petit ami
Hinageshi : « Do you know that after it snows, we'll get some nice big
waves. And there's a legend that if you can catch those waves, your wishes will
come true. But I still haven't gotten a single chance to try it ».
Surf, royauté et mythologie sont ainsi très
liés et certains surf movies jouent sur ce fond
historico-culturel. De nouveau, dans Rip Girls, lorsque Gia et ses
amis surfeuses se rendant un jour sur la plage et qu'elles constatent avec
12 Traduction : Il y a longtemps, au temps des pirogues
doubles, il y avait une fille à Nu'alolo. Elle était forte... Et
gracieuse... Avec la lueur du feu dans ses cheveux. Elle aimait un
garçon... Qui l'aimait en retour. Mais son père, le roi, a
exigé un défi. Seulement si elle surfait sur le Grand Tsunami...
Pourrait-elle épouser son fils. Le garçon s'inquiéta.
Personne n'avait jamais survécu au Grand Tsunami. La jeune femme savait
qu'elle devait essayer. Les Meneheunes ont eu pitié... et lui ont
apporté la branche d'un arbre Iliahi. "Sa magie vous gardera en
sécurité", lui dirent les petites gens. Alors elle a
pagayé dans la nuit pour la vague géante, son coeur battant
à toute vitesse. Une couronne de fleurs Iliahi autour de son cou.
A-t-elle survécu ? Les couleurs de l'arc-en-ciel ont dansé le
jour de leur mariage.
déception que l'océan et plat et sans vagues,
elles se décident d'invoquer Hi'iaka, déesse et première
femme surfeuse afin qu'il y ait des grosses vagues : « O Goddess
Hi'iaka, Ancient Mistress Of The Ocean, Pioneer Surfer Chick, Ou Forbearer, Our
Guide, We Call Your Name In The Fervent Hope That Tomorrow Wil Bring Us A Day
Of Monstrous Surf » [Ô Déesse Hi'iaka, ancienne
Maîtresse de l'Océan, surfeuse pionnière, notre Guide, Nous
invoquons ton nom dans le fervent espoir que demain nous apportera une
journée de surf monstrueux.].
En effet l'océan plat et l'eau calme est la hantise du
surfeur en mal de vague. Et Rip Girls n'est pas le seul film à
mettre en exergue l'invocation aux dieux pour faire venir les vagues. Dans
Blue Juice, lorsque J. C. et ses cinq amis surfeurs vont ensemble
faire une session, ils rencontre un surfeur excentrique, juché sur une
falaise qui possède de l'hawaïan seaweed à disperser sur
l'eau afin d'appeler les vagues. Sur le sachet il est inscrit « to call
upon the gods of the islands to send the waves » (illustration 4). Enfin
dans Surf Academy (2006), à la fin de la première
épreuve de la compétition de surf, c'est l'instructeur qui
invoque la toute-puissance afin qu'il y ait de belles vagues le lendemain, pour
la 2ème épreuve de la compétition afin que les jeunes
puissent en profiter : « Gardez espoir que demain, le dieu du surf
vous accordera la vague du siècle ».

Illustration 4: Blue Juice.
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Par analogie, il est donc tout naturel que les meilleurs
surfeurs soient assimilés à des princes de l'océan ou des
rois de la vague pour témoigner de leur talent dans ce domaine ou tout
simplement dans un but marketing, pour promouvoir une personne. Les Surf
movies n'échappent pas à cette logique. Le film Big
Wednesday, réalisé en 1979 par John Milius débute
dès la première scène avec cette tonalité. En effet
dès les premières minutes d'introduction, la voix du narrateur
présente les trois amis surfeurs que sont Matt, Jack et Leroy comme des
rois du surf : « I remember the three friends best, Matt, Jack, Leroy.
It was their time. They were the big names then. The Kings.
Our own royalty. It was really their place and their story
» [Je me rappelle très bien de ces trois amis, Matt, Jack,
Leroy. C'était leur heure. C'étaient les grands noms de
l'époque. Des rois. Notre propre royauté. C'était vraiment
leur lieu et leur histoire »]. Ainsi les autres surfeurs de la
communauté reconnaissent l'hégémonie des trois amis sur
eux en matière de surf. La plage de Malibu, où se
déroulent les scènes du film apparaît donc comme leur
royaume. D'ailleurs on peut voir clairement inscrit en tag sur l'une des parois
rocheuses de la plage où ils pratiquent l'inscription « Long
live King Matt » (Illustration 5).

Illustration 5: Big Wednesday.
En effet dans le film, Matt Johnson est le plus
célèbre parmi les trois amis. C'est une
célébrité connue localement du fait de ses très
belles performances à The Point, et par sa
manière moderne de surfer (en
23/238
marchant sur la planche tout en surfant). C'est
précisément cette maîtrise qui lui permet d'avoir ce titre
de royauté de la part de ses pairs.
Il en va de même dans le film Blue Crush. Lors
de la compétition finale du Pipe Masters, Anne-Marie et ses deux amies,
les principales protagonistes du film, croisent la surfeuse professionnelle
Rochelle Ballard13, elle aussi en lice. Eden, l'amie d'Anne-Marie,
ne peut s'empêcher de s'exclamer « Rochelle Balalrd, the
Queen of Backdoor ! ». C'est donc grâce à sa
maîtrise de ce type de vague si particulier qu'est le backdoor, que
Rochelle accède à ce titre de reine. Ce genre de qualificatif est
par ailleurs très souvent repris dans la littérature surf. Dans
The Girl's Guide to Surfing, la notice biographique consacrée
à Rochelle Ballard la présente dès la première
ligne par cette périphrase : « Barrel queen
and surfing legend » tandis que la surfeuse Layne Beachley est
présentée comme la « queen of tow-in surfing
».14
La fin du film Chasing Mavericks, s'achève sur
la victoire de Jay, qui a réussi à surfer la vague dangereuse de
Mavericks sans y être blessé. En guise d'épilogue, le
narrateur, dans un ton encomiastique, présente les exploits à
venir de Jay tout en le présentant comme un prince : « Jay est
devenu célèbre ce jour-là, non pour avoir surfé une
vague géante mais pour le courage dont il a fait preuve en tentant
l'impossible. Au fil des années il a atteint les sommets du surf.
Il était un prince dans un sport de roi ».
Par ailleurs, on peut constater que le substantif « roi
» est souvent, dans les surf movies, utilisé par les
surfeurs ou les apprentis surfeurs pour se congratuler de leurs exploits. Dans
Point Break, lorsque Johnny arrive à se mettre debout sur sa
planche lors de la prise de sa première vague, il crie tout haut «
Je suis le roi du monde ! ». Dans Blood
Surf, lorsque les deux amis surfeurs Johnny et Bug se voient
féliciter de leur vitesse lorsqu'ils surfent, ils déclarent non
sans modestie « Oui on va vite, on va très vite, on est les
rois de la vitesse ».
13 Rochelle Ballard est une surfeuse professionnelle
américaine née le 13 février 1971 à Montebello, en
Californie.
14 Andrea McCloud. The Girl's Guide to Surfing. 2011.
San Fransisco. Chronicle Books. P. 143.
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Le vocabulaire relatif à la royauté est
également, dans les Surf movies, utilisé pour faire de
la comm' sur les produits du surf. Le film Drift,
réalisé en 2013 par Ben Nott, raconte l'histoire de deux jeunes
frères, Andy et Jimmy Kelly, qui tentent d'ouvrir leur propre boutique
d'articles de surf dans leur ville natale d'Australie. Cependant, très
vite, ils se retrouvent en concurrence avec Gordon King, le patron d'une
très grande entreprise commerciale de planches de surf
intitulée Ocean King qui base donc toute sa communication (et
donc son logo et son slogran : illustration 6) sur le terme King.

Illustration 6: Drift.
Gordon King organisera d'ailleurs une compétition de
surf dans la ville des deux frères, sponsorisée par son
entreprise. Son surfeur fétiche, qui utilise une planche Ocean King
gagnera d'ailleurs la compétition malgré les efforts des
frères Kelly. À l'issue de la victoire, Gordon King
présente aux photographes, la planche qui a permis a son surfeur de
gagner (illustration 7) tout en déclarant dans une phrase-slogan :
« Ocean King, les amis. Une planche digne du roi des océans
».

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Illustration 7: Drift.
Le surfeur apparaît donc comme un nouveau Neptune dont
le trident serait remplacé par la planche comme attribut et qui a le
doit à son « temple ». Dans Local Boys, Jim Wesley
l'ex-surfeur professionnel enseignant au jeune Skeet à surfer, est une
vraie légende locale. Alors qu'il se rend dans un restaurant avec la
mère de Skeet (qui deviendra sa future fiancée), le
propriétaire des lieux, Kealoha, les accueille à bras ouverts.
Kealoha connaît Jim depuis longtemps et montre à la mère de
Skeet le mur de photos et d'objets qu'il a dédié en son honneur
dans son restaurant tout en déclarant de façon complice :
« He's a bonafide surfing god » [C'est un véritable
dieu du surf]. Parfois même ce sont les surfeurs eux-même qui se
qualifient de dieu du surf afin de vanter leurs exploits. Surf School,
est un film de 2006, qui raconte l'histoire d'un groupe d'amis, socialement en
marge de leur école, qui décide d'apprendre le surf. Pour ce
faire, il s'adressent à Rip, un ex-champion de surf à la
dérive. Conscient de sa situation, Rip évoque non sans nostalgie
à ses élèves qu'il était autrefois, pour reprendre
ses termes, un « dieu du surf » et qu'il a sculpté
lui-même sa planche de 6 pieds (environ 180 cm).
En somme, il est propre à chaque subculture de se
créer des figures de référence, des modèles, des
idoles. À ce titre les mots « légende », «
mythique », « héros » reviennent
régulièrement, que ce soit dans les
films ou dans les livres spécialisés.
Dans le film animé japonais Ride your Wave, la
première scène représente Minato, jeune pompier qui
regarde presque quotidiennement du toit de la caserne la jeune Hinako en train
de surfer. Subjugué par le talent de la jeune surfeuse, il
déclare à son meilleur ami, lui aussi fidèle spectateur :
« That girl is my Hero » [Cette fille est mon
héroïne].
Concernant la littérature, on peut citer entre autres
l'ouvrage de Duke Boyd intitulé Legends of Surfing. From Duke
Kahanamoku to Kelly Slater (2009) ou encore Australia's Hottest One
Hundred Surfing Legends de Phil Jarratt (2012).
Duke Boyd mentionne dans son titre, Duke Kahanamoku comme
étant une légende du surf. Certains autres vont même plus
loin en le décrivant comme un quasi-dieu. Duke Kahanamoku (1890-1968)
est un surfeur natif hawaïen, médaillé olympique et le
premier à être entré au Surfing Hall of Fame. Duke
Kahanamoku est célèbre pour avoir fait découvrir le surf
aux hawaïen et aux Australiens. Il est considéré comme la
légende du surf et de son vivant comme un dieu du surf. Il était
d'ailleurs surnommé « Big Kahuna », Tiki Kahuna étant
dans la mythologie polynésienne le dieu du soleil, du sable et du surf.
Une statue qui n'a rien à envier à la statuaire antique a
même été érigée en son honneur à
Waikiki Beach, la Mecque du surf, où le Duke apparaît
ciselé tel un dieu grec. Stéphane Cohen, auteur de l'ouvrage
Surf, décrit de façon encomiastique Duke. Pour lui il
s'agit d'un personnage qui frôle le mythe :
Ce sont d'autres exploits qui feront de celui qu'on appelle le
Duke, fils d'un policier, le père universel du surf
moderne [...] Il construisit une planche en bois à même la plage
pour s'en aller défier l'océan malgré toutes les mises en
garde des lifeguards contre les requins. À son retour sur la
plage, il avoua qu'aucun n'avait eu l'audace de l'attaquer, puisque
lui-même ne s'était pas montré agressif, forgeant là
le début d'une légende qui fit de lui un
homme poisson [...] les surfers du monde entier se
réclament de son héritage.15
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15 Stéphane Cohen, Surf, 1997, éditions
EPA, p. 82,

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Illustration 8: The Duke.
Stéphane Cohen utilise donc dans sa description du Duke
tous les éléments langagiers propres à la descriptions de
dieux mythologiques et en relatant les épisodes de sa vie tels des
mythes, faisant ainsi de Duke, un personnage clé de la cosmogonie du
surf. Il écrit par ailleurs comme légende de la photographie de
la statue de Duke insérée dans son ouvrage (illustration 5)
« Statue érigée en l'honneur du plus
vénéré des surfeurs »,
vénération qu'il semble éprouver lui-même.
Certains surf movies rendent d'ailleurs hommage de
manière implicite à Duke. Ainsi dans California Dreaming
(1979), le Vista Del Mar, bar qui sert de repaire aux surfeurs et tenu par Duke
Slusarski. D'ailleurs l'enseigne de son établissement mentionne
simplement Duke (illustration 9).

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Illustration 9: California Dreaming
Catch a Wave, film de surf japonais
réalisé par Nobuyuki Takahashi raconte l'histoire de trois
adolescents de seize ans, Taiyo, Kobayashi et Taguchi, qui décident de
partir en vacances à la mer dans une splendide villa du littoral. Ils y
rencontreront leur futur instructeur de surf : Duke (illustration 10). La
référence au Duke Hawaïen est ici évidente. Le film
est d'ailleurs un hommage à Hawaï puisque Taiyo rencontrera une
jeune surfeuse, Julia, qui lui avouera que son plus grand rêve est de
surfer sur le North Shore. C'est d'ailleurs Julia qui fera les
éloges de Duke auprès de Taiyo. Duke se montrera de très
bons conseils envers les trois jeunes garçons dans leur apprentissage,
tout en leur enseignant l'éthique su surf : « faire du surf,
c'est savoir aimer l'océan et aimer la nature ».

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Illustration 10: Catch a wave.
Les Surf movies jouent également sur ces
éléments langagiers du surfeur-dieu. Le film Newcastle
réalisé par Dan Castle en 2008, véritable film
coming-of-age16 doit son titre à la ville de
Newcastle en Australie, où se déroule l'intrigue du film.
Newcastle relate l'histoire d'une bande d'amis surfeurs qui partagent
leur temps entre le surf, les fêtes et les filles entre autres avant
qu'un drame ne surgisse et ne les poussent à prendre conscience de la
fin de leur insouciance. Le titre de ce film qui fait dans sa première
partie l'apologie des jeunes surfeurs, a été traduit dans sa
version française en Les dieux de la vague (illustration 11).
Trahissant ainsi le titre original pour une accroche plus attractive pour le
spectateur. Mais ce choix des diffuseurs français traduit bien
également cette vision stéréotypée du jeune surfeur
plein de fougue, qui brave le danger et ne semble être menacé par
rien. Il en va exactement de même pour le film In God's Hands
qui a été traduit dans sa version française par Les
dieux du surf (illustration 12)
16 Type de film ayant pour thème la transition entre
l'adolescence et l'âge adulte.

Illustration 11: Affiche française du
film Newcastle.
Illustration 12: Affiche française de In
God's Hands.
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C) Un personnage marginal
1/ Les surfeurs fainéants
La pratique du surf fut très souvent (et est encore)
mal perçue par certains milieux aisés ou favorisés. Le
surf est encore vu comme une activité de fainéants, de hippies ou
de jeunes désoeuvrés. Cet aspect est très bien mise en
valeur dans le film Ride réalisé par Helen Hunt.
L'actrice et réalisatrice Helen Hunt y incarne Jackie, une
éditrice new-yorkaise aisée dont le fils décide de ne pas
aller à l'université pour s'adonner à la pratique du surf
en Californie et tenter de devenir un professionnel. Cette nouvelle passe
très mal pour elle. Elle décide ainsi d'aller en Californie pour
tenter de lui redonner raison, à grands renforts de discours
clichéiques sur la paresses des surfeurs : « Tu vas faire le
beau sur ce truc-là ? À Los Angeles, le paradis des grasses mats'
on ne pense qu'aux loisirs. En montant sur cette chose tu as perdu le sens de
la raison ».
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En utilisant les deux termes pantonymiques « truc »
et « chose » pour désigner la planche de surf de son fils
qu'elle voit sur le toit de sa voiture, Jackie témoigne de tout son
dédain, à la fois pour l'objet même de la planche de surf
et pour le surf comme pratique dont elle dédaigne le statut de sport.
Pour elle il ne s'agit que d'un loisir déraisonnable. Son fils Angelo
réagit donc en miroir à ses propos. Puisqu'elle ne
s'intéresse pas à sa passion, il décide de ne plus
s'intéresser à elle : « Tu ne m'intéresses plus
désormais, mais ça, ça m'intéresse ». Il
reprend donc ses codes linguistiques en nommant sa planche « ça
», faisant de fait de la planche la synecdoque du surf.
Bien plus tôt avant Ride, le film Ride the Wild Surf
(1964), exploitait le personnage de la mère méfiante vis
à vis des surfeurs. Ce film raconte les aventures amoureuses
croisées de trois jeunes surfeurs qui partagent donc leur temps entre
fêtes de plages, instants romantiques avec leur petite-ami et le surf.
Parmi ces trois amis, Steamer rencontre Lily, la fille d'une
propriétaire de haras. Sa mère, qui s'est fait elle même
quittée par son mari surfeur, a désormais une réelle
aversion pour eux, qu'elle considère tous comme des « beach
bums » (clochards de plage). Ainsi Lily doit présenter Steamer
à sa mère comme étant un mécanicien, au risque de
ne plus pouvoir le revoir si elle découvre qu'il est en
réalité surfeur. Steamer qui ne comprend pas se fait expliquer la
situation par Lily : « With mom, surfers are like a red flag to a
bull. She thinks every one of them is nothing but a lazy
loafer. If I mention surfing to her I won't be able to see you
anymore » [Pour maman, les surfeurs sont comme le drap rouge pour un
taureau. Elle pense que chacun d'eux n'est rien d'autre qu'un flâneur
fainéant. Si je lui parle de surf, je ne pourrai plus te revoir]. Ainsi
pour Mme Kilua, en plus d'être des paresseux (lazy loafer),
elles dénient aux surfeurs toute intelligence et capacité
d'analyse puisqu'elle les assimilent aux taureaux dont l'instinct est de se
précipiter sur la muleta rouge tout comme le surfeur se
précipitera sur la vague. S'en suivra plus tard dans le film, lorsque la
mère de Lily découvre la vérité, une scène
qui pourrait apparaître embarrassante à nos yeux de spectateurs
contemporains où Steamer,
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montrera à la mère de Lily, ses cartes bancaires
et ses reçus de paiements afin de prouver qu'il travaille, qu'il n'est
pas paresseux et qu'il paye en temps et en heure.
2/ Les surfeurs perçus comme ayant une influence
néfaste
De nombreux surf movies mettent en avant
l'idée qu'il existe des pro-surfeurs et des anti-surfeurs. Les
anti-surfeurs se basent sur le présupposé qu'ils sont tous
fainéants et que le seul moteur de leur motivation est la recherche des
vagues. Dans le film Big Wednesday, la gérante du Cosmic
Cafe éprouve une tension en elle-même. Tout à la fois
elle apprécie les trois amis surfeurs que sont Matt, Jack et Leroy pour
leur désinvolture touchante et tout à la fois elle déteste
les surfeurs car elle considèrent qu'ils n'ont aucun projet d'avenir :
« Someday you'll have to straighten out and earn a decent living. Pay
attention and grow up sometimes, turn into a respectable person. That's not a
sport, it's a disease » [Un jour, vous devrez vous
ressaisir et gagner décemment votre vie. Faites attention et grandissez,
devenez une personne respectable. Ce n'est pas un sport, c'est une maladie].
Les mots de la gérante du diner sont forts. Elle les
considère comme une sorte de Peter Pan des plages qui refusent de
grandir et qui représentent un fléau pour la
société. Une maladie (disease) qui se propage dans la
société littorale. Elle va même plus loin en dénuant
au surf le statut de sport. Il faut bien noter que l'intrigue du film
débute en 1962. Or les années 60 correspondent exactement
à la démarche de professionnalisation du surf et à la
volonté d'encadrement de cette discipline par la création
d'organes internationaux comme la Fédération Internationale de
Surf (1964) ou encore l'IPS (International Professional Surfers) en
1976.
Il est intéressant de constater également
qu'à l'instar de la serveuse du diner de Big Wednesday, tous
les surfeurs ne considèrent pas le surf comme un sport au sens large du
terme comme le rappelle la sociologue
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Anne-Sophie Sayeux :
Dans tous les entretiens réalisés, jamais il n'a
été dit qu'on surfait pour »faire du sport », pour
« l'entretien » ou encore pour la « forme physique ». Non
pas que les surfeurs rejettent la notion de sport, ils utilisent même ce
qualificatif certaines fois, pour décrire leur pratique. Mais en leur
demandant ce qu'ils entendent par sport, ils n'envisagent que la notion
d'effort physique. Pour eux le surf ne serait un sport que par ses
caractéristiques de dépense énergétique. Cette
vision, pour le moins restrictive, peut amener à penser que le surf ne
serait pas un sport au sens généralement
accepté.17
Il n'est pas rare, dans les villes littorales qui «
possèdent » une communauté de surfeurs, de voir certains
habitants les diaboliser. Le chercheur Christophe Guibert prend notamment
l'exemple de la ville d'Hossegor et de la SPSH (Société des
Propriétaires de Soorts-Hossegor) qui développe une
rhétorique de diabolisation à l'encontre des surfeurs,
basée en grande partie sur des idées préconçues
:
Les membres de cette association catégorisent
négativement les surfeurs comme l'atteste ce passage du livre de
Gérard Maignan, un membre de la SPSH : « La population locale n'a
pas vu arriver sans appréhension ces garçons
dégingandés, stationnant près de la mer dans des
mini-cars moins que sommairement aménagés,
affranchis de toute discipline, peu respectueux de leur voisinage et tout
entiers préoccupés de leur seule passion du surf. Leur
présence a coïncidé avec l'apparition de la drogue dont
toutes les stations balnéaires
semblaient jusqu'ici préservées et celle de
dealers venus chercher sur les plages une nouvelle
clientèle.18
Dans le film Puberty Blues, c'est le proviseur du
lycée qui se positionne comme un anti-surf. En effet il convoque la
jeune Sue dans son bureau après qu'elle ait été surprise
par son professeur en train d'échanger des lettres d'amour avec un
surfeur. Il lui avoue sa perplexité face à son comportement et la
sermonne au sujet de ses fréquentations : « I don't understand
you Susan hanging out with that surfy gang, you got a good IQ, you come from a
good home.You'll never get anywhere going out with boys like them »
[Je ne te comprends pas Susan traînant avec ce gang de surfeurs, tu as un
bon QI, tu viens d'un bon foyer. Tu n'iras nulle part en sortant avec des
garçons comme eux]. Le proviseur, tout comme la gérante
17 Anne-Sophie Sayeux, Surfeurs, l'être au monde: une
analyse socio-anthropologique, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p.
180.
18 Christophe Guibert. « Hossegor : le surf ou
l'élégance ? Une double identification territoriale ». In:
Les Annales de la recherche urbaine, N°100, 2006.
L'avancée en âge dans la ville. pp. 89-96.
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du café de Big Wednesday pose son discours sur
la base de préjugés. De façon indirecte, il
considère que les surfeurs n'ont pas un QI suffisamment
élevé et qu'ils viennent de familles peu respectables.
3/ Le surf versus l'autorité et les
institutions
a - Les surfeurs et l'autorité
parentale
Bien souvent dans les surf movies, les jeunes
surfeurs, surtout dans les teen movies, entrent en conflit avec leurs
parents du fait de leur pratique et de leur manque de projection dans l'avenir.
Dans Surf Ninjas (1993), le film débute par une scène
familiale dans la cuisine où le père adoptif de Johnny et Zatch,
face à l'obsession de ses fils pour le surf les met en garde :
« How can I make you guys understand you cannot live your life
surfing. You need something to fall back on » [Comment puis-je vous
faire comprendre que vous ne pouvez pas vivre votre vie entière à
faire du surf. Vous avez besoin de quelque chose sur quoi vous replier]. Cette
même inquiétude est partagée par la mère de Rick
dans le film North Shore (1987). Alors que Rick s'apprête à aller
à Hawaï pour un voyage de surf avant son entrée à
l'université, sa mère, lui faire part de ses inquiétudes :
« Rick are you sure this trip is such a good idea ? I know you love
surfing but don't throw away your career » [Rick, tu es sûr que
ce voyage est une si bonne idée ? Je sais que tu aimes le surf mais ne
gâche pas ta carrière]. Rick tente alors de la rassurer en prenant
l'exemple de surfeurs professionnels pouvant gagner jusqu'à 100 000
dollars par an. Rick semble par ailleurs loin du compte au regard des salaires
actuels des surfeurs professionnels sponsorisés par des grands leaders
mondiaux comme Quicksilver ou autres. Mick Fanning, par exemple, a
gagné, pour l'année 2014, pas moins de 2,7 $ millions de dollars
australiens.
Dans Cutback, c'est notamment le père de Luke
qui peine à accepter la passion de son fils pour le surf, d'une part
parce qu'il néglige son parcours
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scolaire et d'autre part car il entre sans cesse en position
de conflit avec lui. Alors que son père, face à son attitude,
interdit à Luke de quitter sa chambre, Luke brave cette interdiction et
fait le mur afin d'aller rejoindre son ami surfeur à The Point à
8h30. Son père finit par s'en apercevoir et va chercher lui-même
son fils sur la plage. À la suite Son père et sa mère
finiront par le forcer à rencontrer le pasteur Shane pour l'aider. Il
finit par intégrer le groupe de parole de son église avec
réticence, poussé par ses parents. Il finira par s'ouvrir
à Shane, notamment mis en confiance par le fait que le pasteur
était un ancien surfeur, qui a dû arrêter la
compétition suite à un accident. À ma connaissance il
s'agit du seul film de surf qui exploite de manière approfondie, les
rapports entre surfeur et institution religieuse. Le
personnage de Shane, pasteur-surfeur, évoque d'ailleurs le personnage du
Padre dans Ocean Tribe. Alors que le groupe d'amis surfeurs se
retrouvent en panne de voiture, ils finissent par trouver l'aide du Padre
Delbert, dans la localité d'El Capitan. Le Padre, qui est un amateur de
surf, les aidera à réparer leur voiture.
Le rapport entre les surfeurs et les parents de leur petites
amies est très souvent conflictuel et problématique. Lorsque Dany
rencontre les parents de Debbie dans Puberty Blues, bien qu'il ne soit
visiblement pas du même milieu social que Debbie, se comporte de
manière inappropriée. Notamment en venant la chemise
entièrement déboutonnée et prenant des marques d'aisance
trop prononcées, à la fois dans son discours et ses actes
(illustration 13).

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Illustration 13: Puberty Blues.
De façon très similaire dans California
Dreaming, c'est Ricky le petit ami surfeur de Stephanie qui va louper sa
première rencontre avec ses beaux-parents. Alors que Stephanie se fait
une joie de cette entrevue, Ricky bien qu'habillée d'un beau costume va
faire preuve de comportements déplacés, notamment en buvant plus
que de raison et en draguant la soeur de Stephanie, à peine majeure. Il
finira par tomber, ivre, dans la fontaine devant la résidence de ses
beaux-parents. Le père de Stephanie ne semble cependant pas s'en
offusquer, ayant le sentiment que sa fille ouvrira bientôt les yeux sur
son petit-ami.
b- Les surfeurs et l'institution scolaire
Les surfeurs apparaissent très vite comme étant
des rebelles refusant de se plier aux codes sociaux, aux règles et aux
normes qu'imposent la société. Ils sont ainsi souvent
représentés et décrits comme étant en
réaction contre le système et en position de révolte
contre les institutions.
L'institution scolaire est régulièrement mise en
avant dans les surf movies comme étant antinomique de la
pratique du surf. Dans Blue Crush, Anne-Marie a bandonné
l'école pour s'adonner à la pratique du surf tout en occupant un
poste de femme de chambre pour pouvoir payer les factures et subvenir à
ses besoins et à ceux de sa soeur. Sa soeur, elle, continue à
être scolarisée, amenée chaque jour par Anne-Marie. Mais
lorsqu'elle
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l'amène pour la 3ème fois en retard, le
principal de l'école avertit Anne-Marie : « C'est la
troisième fois que ta soeur est en retard en un mois. Si tu crois que
surfer est plus important que l'école, il faudra prévoir d'autres
arrangements ».
Dans le film Cutback réalisé en 2010
par Johnny Remo, le personnage principal, Luke est un adolescent
tiraillé entre son amour pour le surf et ses parents qui exercent une
pression sur lui afin qu'il choisissent une université. Luke avoue
à son meilleur ami le fond de sa pensée : « I don't want
to think about College, I just wanna surf ». [Je ne veux pas penser
à l'Université, je veux juste surfer]. ]Il oppose donc le surf et
l'université. L'un représentant la liberté et l'autre la
privation de liberté. En effet, devoir réfléchir à
son avenir scolaire le force à prendre des responsabilités et
à faire un choix impliquant la perte d'innocence. Il n'est pas encore
prêt pour cet étape. Lors d'un dîner en famille où
ses parents remettent laquestion du choix du College sur la table, Luke
mentionne son possible désir de vouloir se consacrer à une
carrière de surfeur professionnel. Son père entre en
colère, prétendant que le surf n'est qu'un truc d'ado :
« You have turn my garage into a surf shop, it's time to grow up
» [Tu as transformé mon garage en une boutique de surf. Il est
temps que tu grandisses]. Ils finiront par aboutir à un compromis : Luke
pourra intégrer l'équipe locale de surf à condition qu'il
ne s'inscrive aux cours du soir du Community College.
c- Les surfeurs et le travail
Bien souvent, les surfeurs voient le travail traditionnel
comme entrant en conflit avec un travail traditionnel. Dans Drift,
Andy Kelly, l'un des personnages principaux du film, travaille comme
employé dans une scierie. Ses horaires prenants l'empêchent
parfois de surfer. Un jour il avoue à son collègue, essayer de
terminer plus tôt afin de profiter des bonnes conditions
météorologiques : « Ils ont annoncé un vent de
terre. Il va y avoir des vagues d'enfer aujourd'hui. Si je finis assez
rapidement j'aurai une bonne demi-heure dans l'eau avant de me faire bouffer
par les requins ».
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Dans le film Blue Crush, Anne-Marie et ses deux amies
surfeuses travaillent comme femmes de chambre dans un grand hôtel
touristiques. Alors qu'Anne-Marie, un jour, sermonne un client peu
consciencieux, elle se fait licencier par sa responsable qui lui assène
sur un ton désobligeant « Retourne surfer Anne-Marie ! ». Si
le conflit est bien souvent entre le surfeur et le patron, il peut exister
également entre collègues, d'autant plus si le collègue
s'avère être un membre de la famille. Dans Newcastle,
Victor, surfeur, travaille comme ouvrier de chantier sous la direction de son
père. Alors qu'il annonce à son fils qu'il va devoir travailler
le week end afin de finir un chantier, Victor refuse prétextant qu'il a
d'autres plans. Son père le rappelle alors à un principe de
réalité, à savoir que c'est son travail qui lui permet de
nourrir ses enfants et non le surf : « Cause this is the job that
feeds your kids now, right? Not bloody surfing ».
En somme l'idée développée par la plupart
des surfs movies est que le travail n'est ici que pour remplir un
rôle de subsistance. La valeur surf prime sur la valeur travail. Un job
ne doit pas empiété sur la passion. D'ailleurs dans la plupart
des films de surf et plus particulièrement dans les teen
movies, il est intéressant de constater que les jeunes surfeurs
occupent le plus souvent un job alimentaire, souvent dans un restaurant, un
bar, une pizzeria. C'est ainsi que dans Chasing Mavericks, le jeune
Jay travaille comme pizzaiolo chez Pleasure Pizza (illustration 14),
dans Cutback Luke est livreur dans une Pizza House
(illustration 15), dans Shelter Zach est cuisinier au Pacific
Diner (illustration 16) alors que Randy dans Local Boys travaille
à la prise des commandes dans un fast-food où d'ailleurs
trône une figurine de surfeur humoristique sur le comptoir (illustration
17).

Illustration 14: Chasing Mavericks.
Illustration 15: Cutback.

Illustration 16: Shelter.
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Illustration 17: Local Boys.
d- Les surfeurs et l'institution
bancaire
Les banques et l'institution bancaire en général
représentent également les ennemis de la communauté surf
en ce que les « vrais » surfeurs ne sont pas censés se
positionner dans une logique capitaliste ou de stabilité. Les questions
d'investissements, d'hypothèques et de prêts bancaires sont ainsi
supposées leur être étrangères. Dans l'imaginaire
populaire, le surfeur
n'épargne ni ne capitalise. D'ailleurs, dans le film
Surfer, Dude, lors du retour de Steve Addington dans sa
ville natale, certes célèbre mais sans le sou, son ami Jack tente
de lui rappeler des principes de réalité : « You have no
assets, no savings. You're way too generous with your cash. We got to fertilize
your money tree so it can keep growing » [Tu n'as pas d'actifs, pas
d'économies. Tu es bien trop généreux avec ton argent.
Nous devons fertiliser notre arbre à argent pour qu'il puisse continuer
à grandir].
Outre une simple méconnaissance ou aversion de
l'institution bancaire, les surfeurs, dans les surf movies, peuvent
mener des actions concrètes contre les banques. L'intrigue du film
Point Break repose d'ailleurs sur cela puisque le jeune inspecteur
Johnny, incarné par Keanu Reeves, doit mener une enquête sur un
groupe de surfeurs soupçonné d'avoir braqué des
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banques à répétitions, en portant des
masques d'ex présidents des États-Unis. C'est d'ailleurs des
indices laissés sur les scènes de braquage qui ont mené
les inspecteurs sur cette piste :
- un cheveu retrouvé dans une banque braquée
comportant des traces de titane, arsenic et selenium, dans les mêmes
proportions que celles de la plage polluée de Latigo Beach.
- un échantillon de terre avec des grains de sable et
de la paraffine de wax sur le comptoir d'une autre banque braquée.
Le collègue de Johnny a donc réussi à
déduire que les surfeurs pratiquent leurs braquages de juin à
octobre, comme une sorte de job estival leur permettant de financer leur
été surfeur : « ils voyagent sur le butin, ils surfent
sur la vague ».
Dans le film Drift, réalisé en 2013 par
Ben Nott, lorsque les deux
frères Kelly souhaitent monter leur propre atelier de
confection de planches, c'est tout naturellement qu'ils se tournent vers le
directeur de leur banque locale. Lorsqu'Andy, après avoir
démissionné de son poste
d'employé de scierie, lui soumet son projet et lui
demande la somme de 5 000 dollars pour lancer son affaire, le banquier lui
rit au nez (illustration 9) lui expliquant que sonprojet est trop «
fantaisiste ». Pour finir par lui dire : « Retourne à la
scierie et retrouve ton ancien emploi, ça au moins c'est du concret
». Le frère d'Andy, Jimmy avouera plus tard qu'il n'accordait pas
trop d'espoir à ce prêt : « ils nous prêterons pas
le moindre sou parce qu'on est des marginaux. Mais moi ça me va
» (illustration 18).

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Illustration 18: Drift
À la fin du film, lorsque leur boutique finira
finalement par marcher et attirer les clients en masse, ils ne manqueront pas
de gratifier le directeur d'un doigt d'honneur, riant par la même
occasion sur son manque de flair.
e- Les surfeurs et l'armée
Le film Big Wednesday quant à lui est le seul
a faire état du comportement des surfeurs contre l'institution
militaire. Ce film a été tourné peu après la fin de
la guerre du Vietnam et l'une des scènes montre les trois protagonistes
principaux du film, Jack, Matt et Leroy ainsi que leur bande d'amis surfeurs
fomenter des stratagèmes afin d'échapper à leur
enrôlement dans l'armée. Ils prétendent ainsi, lors de leur
visite d'inspection médicale et psychologique, d'être atteints de
handicaps ou de troubles psy divers (cécité, folie, handicap
moteur) afin de ne pas être
envoyés au Vietnam. Matt ira même jusqu'à
utiliser ses « Sufer's knots »19 afin d'obtenir le fameux « Gimp
act » (dérogation médicale). Il va en effet se servir de ses
protubérances aux genoux, très communes chez les surfeurs des
années 60, pour tromper le médecin lors de la visite
médicale
19 Affection cutanée causée par une pression
chronique sur les proéminences osseuses conduisant à
d'épais nodules fibreux sur les genoux, les articulations, les pieds
dorsaux, souvent observés chez ceux qui pratiquent le surf, la boxe, le
football.
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en prétextant une horrible douleur (illustration 19).

Illustration 19 Big Wednesday
Seuls Jack et Waxer (qui a prétendu être
homosexuel) n'échapperont pas à leur enrôlement dans les
troupes américaines. D'ailleurs, la veille de leur départ, ils
n'iront même pas surfer comme à leur habitude, ce qui prouve bien
leur mal-être face au système. Lorsqu'un surfeur ne va pas prendre
les vagues, c'est par ailleurs dans les surf movies, un signe que
quelque chose ne va pas.
Il est très rare que les surf movies font
mention de la guerre comme sujet de préoccupation. Néanmoins en
voyant cette scène de Big Wednesday, on ne peut
s'empêcher d'avoir à l'esprit, la scène désormais
culte du film Apocalypse Now (1979) où Bill Kilgore,
lieutenant-colonel et passionné de surf, demande, en pleine
préparation d'embuscade dans un village vietnamien, qu'on lui apporte sa
planche de surf, la Yater Spoon 8'6. Par la suite, lorsque les troupes
débarquent, Kilgore ordonne à ses hommes de surfer sur les vagues
locales (illustration 20). Pour des raisons évidentes, les scènes
de surf dans Apocalypse Now n'ont pas été
tournées au Vietnam mais à Baler Beach aux Philippines. À
l'époque, l'équipe de production cinématographique a
laissé derrière elle quelques planches de surf, que les enfants
locaux utilisaient pour apprendre à surfer. Quelques années
après qu'Apocalypse Now soit devenu un film culte, Baler Beach
est devenue une
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attraction touristique et la capitale du surf aux Philippines.
Il faut noter au passage que John Milius, le réalisateur de Big
Wednesday, a été le scénariste d'Apocalypse
Now. Il n'est donc pas étonnant de retrouver une scène de
surf dans le second film.
Si pendant longtemps surf et armée ont semblé
incompatibles, aujourd'hui il en est tout autrement. L'armée
américaine préconise même le surf comme thérapie
pour traiter des affections physiques et psychologiques. En effet les services
de santé des armées développent de plus en plus ce que
l'on appelle la « Surf Thérapie )) à la fois pour de la
rééducation des blessés
militaires et pour les soldats atteints d' ESPT (état
de stress post- traumatique). N'en témoigne par exemple le programme
américain « Ocean Therapy )).

Illustration 20: Apocalypse Now.
II) L'univers du surf : entre rêves, idéaux
et dangers
Bien souvent lorsque le grand public songe au surf, il ne
pense qu'aux côtés idylliques de cette pratique (les voyages, le
soleil, les plages, les corps bronzés...) mais n'a pas conscience qu'il
s'agit là d'une activité tout à fait dangereuse si elle
est pratiquée à l'extrême, dans des endroits peu
aisés
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d'accès pour les secours, etc. Un faux mouvement, une
figure mal envisagée peut rapidement conduire à une mort. N'en
témoigne le récent décès du jeune surfeur Oscar
Serra, 22 ans sur la plage de Zicatela, comme le rapporte le Rider Post
:
Réputé pour être l'un des spots de gros
les plus dangereux de la planète, Puerto Escondido a malheureusement
fait une victime samedi dernier au Mexique. Alors qu'il venait de commencer sa
session, le surfeur espagnol a été emporté par le fond sur
l'une de ses premières vagues. Sa tête a heurté le fond et
il s'est noyé. Malgré l'intervention des sauveteurs, il n'a pas
pu être réanimé.20
Cependant les surfeurs, bien que conscients de tous ces
dangers, exaltent parfois cette prise de risques inhérente à
cette pratique pour faire du surf un sport à part et d'eux-même,
les surfeurs, des aventuriers-sportifs. Les surf movies exaltent bien
volontiers cette prise de risques afin d'exploiter le côté film
à sensation. D'ailleurs de très nombreux surf movies se
terminent par une scène de « life-or-death surfing
showdown » à savoir la scène de la vague ultime qui
apporte ou bien la gloire a celui qui la réussit ou bien sa mort (c'est
le cas des films Blue Juice, Chasing Mavericks,
Drift, Big Wednesday, Point Break...). De façon
plus prosaïque, le film Réparer les vivants (2016), qui ne
peut être considéré comme un surf movie puisque le
surf n'est pas le sujet central de l'intrigue, évoque toutefois les
dommages collatéraux liés à la pratique du surf dès
les premières scènes (illustration 21). En effet ce film
réalisé Katell Quillévéré, évoque
l'histoire de trois surfeurs havrais qui font du surf très tôt sur
la Manche. Sur le chemin du retour, le conducteur du van, épuisé
de fatigue, s'endort au volant. Suite à l'accident, l'un des trois amis,
Simon, est admis à l'hôpital en état de mort
cérébrale. À l'annonce de cette tragique nouvelle, son
père se sent coupable car c'est lui qui lui a transmis la passion du
surf : « La réalité c'est que c'est ma faute, le surf
c'est moi qui lui ait foutu dans la tête ».
20 Vincent Girard, « Le surfeur oscar serra tué sur
le spot de Puerto Escondido »,
https://www.theriderpost.com/disciplines/water/surf/le-surfeur-oscar-serra-tue-sur-le-spot-de-puerto-escondido/
[dernière consultation le 12/08/2021]

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Illustration 21: Réparer les vivants. Simon dans
un tube avant son tragique accident.
A) Une activité de tous les dangers 1/ Les
requins
En règle générale, l'un des premiers
dangers qui vient à l'esprit lorsque l'on songe au surf ce sont les
requins. En effet ceux-ci sont très présents dans l'esprit des
surfeurs. Il suffit pour s'en convaincre de songer à ce que l'on appelle
communément la « Crise requins ». La crise requin a
débuté à la Réunion à partir de la
recrudescence d'attaques de squales en 2011. Très vite des mesures sont
prises. Dans un premier temps, seuls la baignade, le surf et le bodyboard sont
interdits dans la bande des 300 mètres du littoral de La Réunion
puis l'arrêté s'est étendu à toutes les
activités nautiques utilisant la force des vagues. Les
arrêtés se sont répétés jusqu'en 2021 au vu
de la non-résolution de ce problème. Entre 2011 et 2019, onze
personnes sont décédées, dont le jeune surfeur Elio en
2015. Agé de 13 ans, il faisait partie du pôle espoir de surf. Il
reste à ce jour la plus jeune victime de requin depuis le début
de la crise.
Les surfs movies évoquent bien souvent les
requins comme danger potentiel du surf. Surf nazis must die est un
film de série B réalisé en 1987 est un film à
budget médiocre considéré par les cinéphiles comme
un
classique des navets américains. Il s'agit d'un film
résolument anti néonazis (dans la même catégorie
que Dead Snow). Ce film post-apocalyptique raconte l'avènement
et la chute d'un gang de surfeurs néo-nazis, se faisant appeler les
« Nasty )) , qui prennent le contrôle du littoral californien. Cette
prise de pouvoir est rendue possible à la suite d'un tremblement de
terre ayant ravagé le littoral. À la faveur du désordre
causé par la catastrophe climatique, ils prennent l'ascendant sur les
autres gangs de surfeur et deviennent les maîtres des plages
californiennes. Ce gang est mené par Adolf (la référence
historique est ici évidente) et ses acolytes aux fortes
personnalités. Parmi eux, Hook (incarné par l'acteur Joel Hile)
est le bras droit d'Adolf. Il doit son surnom du fait qqu'il s'est fait
attaqué par un grand requin blanc lui ayant arraché la main.
Lorsqu'Adolf lui demande, lors d'une soirée au coin du feu sur la plage
quelle a été le pire événement de sa vie il
répond « Probably by the time between when the shark got my
hand, and I got the shark )) [Probablement entre le moment où le
requin a eu ma main, et le moment où j'ai eu le requin]. Il se sert
désormais de son crochet, confectionné par son ami Mengele, comme
d'une arme pour attaquer les surfeurs rivaux. Hook est sans contexte le
personnage qui a été le plus emblématique du film
puisqu'il a fait l'objet de produits dérivés (figurine...) et est
aussi représenté sur l'affiche du film.

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De façon plus prosaïque, le requin est souvent
évoqué dans les surf movies comme une raison pour ne pas
surfer. Cutback, Luke tente désespérément de
convaincre son meilleur ami Casey de venir surfer avec lui. Bien qu'il
l'accompagne à chacune de ses sessions, jamais il ne met un pied dans
l'eau, il se contente de le regarder. Un jour il lui avoue l'une de ses peurs :
« There are sharks out there. It will rip my leg off » [Il y
a des requins là-bas, ils vont m'arracher la jambe]. Évidemment,
le spectateur ne peut savoir si c'est la raison première de sa peur de
surfer ou bien une excuse, sachant qu'il le dit avec le sourire. Mais cela
montre bien qu'il s'agit d'un risque présent dans les esprits, non
seulement des surfeurs, mais aussi de leurs proches. Par ailleurs lorsque Casey
décède dans un accident de voiture plus tard dans le film, Luke
déclare avec regret à son enterrement « He never got to surf
» (il n'a jamais pu surfer », comme si sa vie était
incomplète car il n'avait pas pu vivre cette expérience hors
norme.
Dans Chasing Mavericks (2012), le requin va servir de
prétexte à Frosty pour donner une leçon à Jay,
qu'il entraîne pour devenir un surfeur de grosses vagues. Un matin, alors
qu'ils plongent ensemble pour explorer les fonds sous-marins et prendre
connaissance des récifs et donc des dangers locaux potentiels pour le
surfeur, ils tombent nez à nez avec un requin. Jay panique et perd tous
ses moyens. De retour sur le bateau, Frosty averti son élève sur
les méfaits de la panique. S'il panique face à un requin, il
paniquera face à une grosse vague : « Peur et panique sont deux
trucs différents. La peur est salutaire, la panique, elle, est mortelle.
Parce qu'ici quand ça allume et là je parle de vagues de 10-12
mètres,alors la peur t'envahit et si tu cèdes à la
panique, tu mourras. Il faut identifier ta peur et la maîtriser, comme
dans la vie ».
Deux films de notre corpus étudié pour le
présent mémoire mettent le requin au coeur de leur intrigue :
Blood surf en 2000 et Instinct de survie en 2016.
Blood Surf se déroule à Palm Island
où deux surfeurs, un producteur et une cameraman décident de
tourner un documentaire sensation : filmer des
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surfeurs en train de surfer parmi les requins au large de
l'île Oké. Ils doivent donc trouver un bateau et un capitaine qui
veuille bien les amener de Palm Island à l'île Oké. Or
aucun ne souhaite les amener car l'endroit est réputé bien trop
dangereux. Finalement ils finissent par trouver un capitaine qui d'abord
rechigne, déclarant : « Voyez-vous je refuse d'être le
complice d'un meurtre », mais finalement attiré par les billets que
le producteur agite sous son nez, il finit par accepter. Arrivés sur
place, les deux surfeurs commencent à surfer parmi les requins, que l'on
voit sous leurs planche (illustration 22). Leur peur, qui est cependant
manifeste, finit par être remplacer par l'excitation du danger.
Même Lemmya, une jeune femme locale qui les accompagne sur le bateau, qui
semble apprécier ce spectacle du surf de l'extrême, les congratule
à leur retour : « Quelle fusée, les requins n'auraient
jamais pu vous rattraper ».

Illustration 22: Blood Surf.
Mais le film de surf qui fait du requin l'ennemi n° 1 du
surfeur est le surf movie d'horreur intitulé Instinct de
survie (Shallows pour le titre en anglais, illustration 12). Il
fait ainsi partie d'une autre sous-catégorie de films qu'on appelle
les Shark movies (comprenant entre autres Les dents de la
mer, En eaux troubles, 47 meters down...). Ce film
raconte les déboires de Nancy, une surfeuse texane qui tente
d'échapper aux persécutions d'un requins
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dans les eaux du Mexique (illustration 23). Ce surf
movie a été très critiqué à sa sortie,
car comme Les Dents de la Mer, il contribue selon les
spécialistes, à façonner une mythologie du requin et
développe le fantasme collectif du requin mangeur d'homme :
Dans «Instinct de survie», une jolie surfeuse est
pourchassée par un squale sanguinaire. Le film alimente les
clichés sur une espèce pourtant infiniment moins dangereuse que
les moustiques et les chiens. «Cela fait beaucoup de mal aux requins,
proteste Robert Calcagno, directeur de l'Institut océanographique de
Monaco. Ce genre de films propage des clichés
éculés.». Dans le film, Nancy, une jolie surfeuse, est
pourchassée par un grand blanc. « Le scénario est
fondamentalement inexact. Le requin blanc chasse par opportunité, il ne
piste jamais sa proie des heures. » Ce squale peut, à l'occasion,
mordre un nageur, mais, même dans ce cas, il ne le dévorera pas.
« En revanche, sa morsure peut provoquer des hémorragies mortelles.
Quant à arracher un membre d'un coup de dents, c'est impossible »,
tranche Robert Calcagno. « Quand il s'agit de requin, on plonge tout de
suite dans l'irrationnel », soupire Robert Calcagno. Dans les zones des
attaques (Réunion, Californie, Australie...), il existe pourtant des
techniques éprouvées de gestion des risques : bouée
équipée d'un sonar donnant l'alerte dès qu'un squale
approche, boîtier attaché à la poignée des
surfeurs (sharkpod) qui émet des ondes éloignant les requins...
« Si Nancy en avait eu un, le film aurait duré une minute
», ironise Calcagno. Sur grand écran, le requin tueur est
devenu l'une des figures incontournables du film d'épouvante. A grands
coups d'effets spéciaux et d'hémoglobine, Hollywood surfe
régulièrement sur la peur primale que déclenche chez le
spectateur l'aileron du squale, son regard glacé de prédateur et,
bien sûr, ses redoutables mâchoires.21

Illustration 23: Instinct de survie. Le requin
apparaît dans la vague prêt à attaquer.
Sans se focaliser uniquement sur la polémique et le
manque de réalisme du scénario, il est intéressant de
constater avec quelle ingéniosité et
21 «Instinct de survie» : des spécialistes
dénoncent la caricature des requins au cinéma,
https://www.leparisien.fr/societe/les-requins-c-est-pas-du-cinema-21-08-2016-6057313.php
[dernière consultation le 23/08/2021]
51/238
imagination, le réalisateur Jaume Collet-Serra et son
équipe mettent à profit les équipements de la surfeuse
afin de se sauver des dents du requin. C'est ainsi qu'après sa morsure,
elle se sert du leash de sa planche pour se faire un garrot.
Après s'être fait elle-même des points sur sa blessure avec
sa boucle d'oreille, elle use d'un morceau de sa combinaison en
néoprène pour protéger sa blessure tout juste recousue.
Enfin, coincée sur un rocher pendant de nombreuses heures pour
éviter de se faire à nouveau attaquer par le requin, Nancy use de
son morceau de planche cassée afin de se protéger du soleil
écrasant (illustration 24).
La dernière scène du film montre Nancy, quelques
temps après l'accident avec sa cicatrice sur la jambe, qui malgré
le traumatisme qu'elle a vécu s'apprête à aller surfer de
nouveau, sa planche sous le bras, dans ses États-Unis natals. Cela
évoque par ailleurs, Soul Surfer, film biographique qui retrace
l'histoire vraie de la surfeuse hawaïenne Bethany Hamilton, championne de
surf qui a continué à pratiquer parmi les professionnels
après s'être fait arracher le bras par un requin.

Illustration 24: Instinct de survie.
L'ouvrage Coup de pression. Les surfeurs pro racontent
leurs plus grosses frayeurs, recense un grand nombre de dangers qu'ont
vécu les grands noms du surf. Adrien Toyon y raconte notamment,
comment il s'est retrouvé nez à nez à nez
avec un requin alors qu'il surfait sur Teahupo'o :
C'était pendant une de mes premières sessions
à Teahupoo. Il y avait environ 6 pieds (2 mètres) ce
jour-là et j'étais sur le bowl ouest, à l'inside de la
vague. À un moment, j'ai pris une vague et je me suis fait enfermer dans
le tube. La vague m'a envoyé au fond, je me suis coupé un peu au
dos et sur le coude. En ressortant j'étais près de la
barrière de corail. Les deux vagues de la série suivante m'ont
éjecté dans le lagon, en me coupant les pieds au passage. Et
là dans le lagon, je suis tombé nez à nez avec un requin
d'environ 1m. 50. Il était juste là à moins de 2
mètres de moi. Je voyais très bien son aileron dorsal et celui de
la queue. C'était un pointe noire, je sais que ça n'attaque pas
mais bon, ça a quand même des dents et moi je saignais. Il a
changé de trajectoire quand il m'a vu et je l'ai perdu de vue mais
j'arrêtais pas de me dire « si ça se trouve il est là
juste en dessous de moi ». J'avais vraiment peur que le sang l'attire.
22
L'auteur de cet ouvrage de témoignages sur les dangers
du surf, Romain Ferrand a d'ailleurs fourni dans les pages de ce recueil, un
graphique intéressant, recensant les dangers du surf par
catégorie et mettant en lumière la part en pourcentage des
attaques de requins (8 %) par rapport aux autres accidents, faisant ainsi des
attaques de squales, la quatrième cause de décès dans
l'eau après les noyades in-extremis et les blessures (illustration
25).
52/238
22 Romain Ferrand Coup de pression. Les surfeurs pro racontent
leurs plus grosses frayeurs. 2014. Surf Session éditions. P. 38.

53/238
Illustration 25: Source : Romain Ferrand. Coup de
pression.
3/ Le traumatisme de l'accident
Plusieurs surf movies abordent le thème du
traumatisme ou du stress post-traumatique que les surfeurs éprouvent
suite à un important accident de session. À ce titre on peut
citer Blue Crush. La toute première scène du film nous
montre les scènes du cauchemar d'Anne-Marie. Dans son cauchemar, elle se
revoit avoir son accident lors d'une session de surf, qui a failli lui
coûté la vie, après avoir heurté un récif.
Depuis l'accident, elle n'a plus osé participer à des
compétitions. Elle repense à cette scène chaque fois
qu'elle envisage une vague trop importante. Elle continue d'ailleurs à
cauchemarder trois ans après le drame. De façon similaire, la
scène introductive du film Blue Juice nous montre J. C.
cauchemardant sur son ancien accident de surf où il s'était
fracassé contre les rochers. Après son réveil on le voit
d'ailleurs faire sa routine matinale en mettant une ceinture
54/238
lombaire.
La question de la reprise du surf après un grave
accident est très présente chez les surfeurs à tel point
qu'ils font souvent appel à des coach mentaux pour les aider dans cette
démarche et d'appréhender leur retour à l'océan
étape par étape, comme le souligne l'article « Retourner
à l'eau après un accident de surf » du magazine Beach
Brother :
Retourner à l'eau implique souvent une
appréhension. Le surfeur peut légitimement avoir la crainte de se
confronter à nouveau au défi, à la vague surtout si la
chute a été traumatisante. [...] Se remettre psychologiquement
d'un accident est souvent plus long que la récupération physique.
Tout simplement, on ne se sent pas de retourner à l'eau.
L'appréhension, le stress et la perte de confiance en soi sont des
réactions normales après un tel choc émotionnel. [...] Il
faut donc revenir à l'eau progressivement, prendre son temps. Selon les
personnes, cela peut prendre des semaines, des mois, voir des années
avant de revenir au lieu du drame. Maya Gabeira aura patienté quatre
mois avant de retourner sur sa planche à Hawaii. Mais il lui
faudra beaucoup plus de temps - deux ans - pour retourner à
Nazaré. Dans une interview accordée à Redbull, elle
explique : « J'y ai énormément pensé dans les jours
qui ont suivi, profondément et intensément. J'ai donné
beaucoup d'interviews à ce sujet et tout le monde voulait m'entendre
raconter la chose. C'était comme revivre l'accident encore et encore. Et
puis j'ai passé deux mois sans pouvoir marcher, donc impossible
d'oublier ce qu'il s'était passé. Mais dès que j'ai pu
utiliser ma jambe à nouveau, j'ai laissé tout ça
derrière moi. J'en parle rarement maintenant. Devoir en parler tout le
temps, je dois dire que c'était oppressant ». Chacun vit donc sa
reconstruction mentale comme il le sent, l'important étant de ne pas
précipiter les choses, au risque de se blesser de nouveau, ou de mal
vivre son retour à l'eau.23
3/ Vagues et dénomination : pour une cartographie
du danger
La quasi totalité des surf movies ayant pour
thème le surf de compétition ou l'apprentissage du surf de
grosses vagues abordent la question du danger inhérente à la
pratique du surf. Cela est si prégnant dans l'univers mental des
surfeurs qu'ils attribuent des noms évocateurs aux spots les plus
dangereux. Dans le film Blue Juice lorsque J. C reçoit la
visite de ses amis surfeurs d'autrefois, ils souhaitent, pour leurs
retrouvailles, surfer un reef très dangereux qui est
appelé par les locaux The Boneyard autrement dit l'ossuaire en
français. J. C. explique à ses amis la raison de ce nom : «
This reef goes all the way out to sea. It takes a massive storm to send
it
23 « Retourner à l'eau après un accident de
surf », Beach Brother,
https://www.beachbrother.com/news/surf/retourner-eau-apres-accident-surf-948314756.html
[dernière consultation le 17/08/2021]
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off. The swell it rushes in, smashes against the rocks and
boom, biggest waves you've ever seen. You see the waves, they suck all the
water, it's gonna slang you straight into the slab » [Ce récif
va jusqu'au large. La houle dans laquelle il s'engouffre, se fracasse contre
les rochers et boum, ça fait les plus grosses vagues que vous ayez
jamais vues. Tu vois ces vagues, elles aspirent toute l'eau, ça va
t'envoyer directement dans le slab]. D'ailleurs à la fin du film, Dean,
l'ami de J. C. va se blesser dangereusement à la tête en tentant
de surfer les vagues de ce spot. C'est J.C. Qui va finir par faire ce reef pour
aller secourir son ami (illustration 26), la scène se déroulant
sous les yeux d'un public en tension sur la plage.

Illustration 26: Blue Juice : la planche de Dean, errant
seule dans l'eau, suite à son accident.
Si la vague du reef de Blue Juice s'appelle le «
Boneyard », celle du film Drift est quant à elle
rebaptisée la « Morgue ». Un jour les deux frères Kelly
décident d'aller en bateau à moteur prendre des photos d'une
vague particulièrement dangereuse pour les besoins de la communication
de leur nouvelle boutique de planches. Andy précise à propos de
cette vague nommée localement la « Morgue », qu'elle est
particulièrement difficile à prendre du fait de sa
dangerosité. D'ailleurs lors de cette prise de photo risquée, les
deux frères, suite à un mauvais timing, éviterons de
justesse à leur bateau de se faire engloutir par la vague. Dans Chasing
Mavericks, lorsque Frosty prépare Jay son élève, à
surfer la vague de Mavericks, il lui
56/238
montre en bateau tous les endroits dangereux qu'il doit
connaître afin de les éviter. Parmi eux se trouve un amas de
rochers à la surface qu'il lui montre du doigt : « l'endroit
s'appelle le cimetière. Quoiqu'il arrive, ne laisse pas
le courant t'entraîner là-dedans. Tu serais complètement
déchiqueté ».
Ainsi après l'ossuaire, la morgue et le
cimetière, c'est toute une géographie propre aux surfeurs, aux
noms évocateurs, qui est élaborée par la
communauté. En somme, nommer les choses, c'est se les approprier, et il
est assez commun de nommer le danger afin de pouvoir en avertir ses pairs dans
le milieu du surf. Mais il faut également garder en mémoire
qu'attribuer des surnoms aux vagues dangereuses répond à deux
objectifs : par goût du sensationnalisme ou pour s'attribuer la
paternité d'une découverte (dans le cas présent d'une
vague) : la « Belharra », vague d'Urrugne (France) pouvant
atteindre jusqu'à 15 mètre de haut et nommée
d'après le nom d'un monstre local du Pays Basque, « Ours
» (la nôtre en français) est le nom d'une vague de
Sydney prétendument découverte par les surfeurs du groupe Bra
Boys ou encore « Jaws » la vague mythique de
Maui.24
4/ La vague meurtrière
De nombreux surf movies mettent en avant ce qui est
présenté comme LA vague meurtrière. Dans Blue
Crush, c'est Anne-Marie qui, la veille d'affronter le Pipe, averti son
fiancé du danger que représente ce ride afin qu'il ne minimise
pas les risques que ce championnat comporte : « Le Pipe, c'est la plus
grosse vague du monde, c'est pas juste un tour de force, on crève, des
gens meurent ». Le Jour J, c'est le commentateur du championnat qui
se charge de faire, pour le public spectateur, un état des lieux du
danger, davantage pour faire sensation que pour faire de la prévention
par ailleurs. Le danger, pour le présentateur fait donc parti du
24 « Les 8 vagues les plus effrayantes du monde »,
https://www.redbull.com/fr-fr/8-vagues-les-plus-effrayantes-du-monde
[dernière consultation le 18/08/2021]
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show : « Imaginez les chutes du Niagara se
déversant dans un mètre d'eau dont le fond est couvert de rochers
et de lave, de récifs acérés et de cavernes sous-marines.
Les vagues peuvent atteindre six mètres. Vous le savez les conditions du
Pipeline Masters sont toujours difficiles. Mais aujourd'hui une seule erreur
pourrait avoir des conséquences désastreuses. Plus de surfeurs
ont perdu la vie ici que sur tout autre plage de la planète
réunie ».
Le présentateur du Pipe Masters dans Blue
Crush n'est d'ailleurs pas le seul à user de comparaisons et
d'images fortes pour illustrer sa description du danger. Dans Chasing
Mavericks, c'est Frosty qui va user de ce stratagème pour tenter de
dissuader Jay de vouloir surfer la vague meurtrière de Mavericks :
« Je sais que t'es un cador, tu surfes en virevoltant autour des
autres, mais sur des vagues normales et régulières. Mais surfer
une grosse vague, c'est pas le même refrain. Se faire éjecter et
tomber de la face de ce type de vague, c'est heurter à 80 km/h
une plaque de béton et c'est 1000 tonnes d'eau qui tombent sur ta p'tite
gueule, t'es à moitié sonné,
désarticulé, ça te pousse et te plaque au fond. T'as peur,
il fait noir. T'aimerai être ailleurs ». Par ailleurs lorsque
Jay vient voir Frosty pour la première fois afin qu'il lui enseigne
à surfer les grosses vagues, le surfeur expérimenté qu'il
est tente d'apaiser ses ardeurs de jeunesse en lui rappelant qu'il ne fait pas
le poids. Il use d'une comparaison avec la boxe pour le moins surprenante :
« Un amateur monte pas sur un ring de boxe contre Mike
Tyson. Ça se fait pas comme ça. Je surfe ce
break depuis plus de vingt ans. Est-ce que t'as idée de la force et des
connaissances à avoir pour survivre à un break de ce genre ?
».
Si cette comparaison avec la boxe peut paraître
singulière et disproportionnée à qui regarde ce film, il
est toutefois plus courant qu'on ne le pense, de comparer le surf à un
sport de combat. Le surfeur doit être un combattant capable de
maîtriser son adversaire, la grosse vague, la vague meurtrière.
Dans sa présentation du surfeur et designer Joran Briand, pour le
magazine Surfer's Journal, le journaliste spécialisé
Charles Flamand compare également la pratique du surf à la boxe
et met en avant
58/238
le fait que ces deux disciplines présentent plus de
points communs qu'il n'y paraît :
Si la comparaison entre le surf et la boxe est
éloquente, elle l'est à mon sens parce que nous sommes en
présence de deux arts nobles. Le retour de la saison des vagues
était l'occasion pour les Hawaïens de prouver leur audace et de
légitimer leur rang dans la hiérarchie par leurs prouesses sur
les vagues. La boxe quant à elle, tire ses lettres de noblesse de la
haute société londonienne du XVIIIe siècle qui aimait
à s'encanailler autour de rings de fortune, pour se livrer à des
paris clandestins. Le surf et la boxe ont pour point commun d'avoir eu des
maîtres qui ont élevé ces pratiques au rang d'art. Le style
est au coeur des deux performances. Mohamed Ali, le plus grand boxeur de
l'histoire, n'était-il pas un merveilleux danseur sur le ring ? Boxeur
à la ville, surfeur à la plage, Joran Briand s'épanouit
dans les deux domaines et sur les deux terrains.25
5/ Les autres dangers
On a tendance à penser que la vague ou les requins sont
la seule source de danger du surf. Or il en existe tout un tas d'autres. Le
film Instinct de survie est le seul à mentionner, outre le
corail coupant, les méduses. En effet lorsque Nancy rencontre deux
surfeurs locaux, ils la mettent en garde : « il y a un méchant
corail de feu, ça pique comme une méduse ». Nancy
réussira d'ailleurs à échapper au requin en nageant au
milieu desdites méduses (illustration 27).

Illustration 27: Instinct de survie.
En effet de nombreux articles de magazines de surf mettent en
garde
25 Charles Flamand, « Ouvert à l'Ouest »,
Surfer's Journal, n° 144, juin/juillet 2021, pp. 72-74,
59/238
contre les allergies provoquées par les méduses.
Une compétition a même été annulée en 2020 au
Pérou sur le spot de Punta Hermosa à cause de milliers de
méduses s'étant invitées sur le line-up.26
Dans le film North Shore, C'est le personnage de
Turtle qui met en garde le jeune Rick, fraîchement débarqué
d'Arizona pour tester les vagues hawaïennes. Lorsque Riock demande des
« pointers » (des tuyaux),Turtle lui dresse par le menu tous les
dangers possibles et notamment celui des grottes sous marines où le
surfeur peut se faire piéger s'il se fait submerger par une vague trop
puissante : « The reef starts just about here and it stretches all the
way down to there. So when the wave breaks here, don't be there or you're gonna
get drilled. If you bail before the wave breaks, get behind it. Otherwise, it
might wash you into one of those caves down there. You might not find your way
out. They're always pullin' bodies out of the caves ». [Le
récif commence à peu près ici et s'étend
jusqu'à là-bas. Alors quand la vague déferle ici, n'y sois
pas ou tu vas te faire avoir. Si tu abandonnes avant que la vague ne se brise,
place-toi derrière. Sinon, cela pourra t'emporter dans l'une de ces
grottes là-bas. Tu ne trouvera peut-être pas ton chemin. Ils
sortent toujours des corps des grottes.]
B) Surf Way of Life
Le surfeur « cool » est très souvent
présenté comme dormant sur la plage, afin de ne pas louper une
seule vague. L'une des premières scènes du film Blue
Crush, nous montre Anne-Marie appelant l'un de ses amis qui dort dans un
sac de couchage sur la plage afin de lui demander s'il y a des vagues. Outre un
simple cliché, cet aspect peut constituer une véritable image
idéalisée du surfeur, qui n'est pas attaché au confort
matériel et qui est intrinsèquement lié à la plage,
qu'il a peine à quitter. Cette image du surfeur dont la plage est le
26 « Une compétition de surf stoppée
par des milliers de méduses »,
https://www.surfsession.com/articles/environnement/une-competition-surf-stoppee-milliers-meduses-215204981.html
[dernière consultation le 23/08/2021].
60/238
foyer est davantage liée à la première
génération des surfeurs hippies. D'ailleurs la toute
première scène du film Big Wednesday commence par des
propos introductifs énoncés par le narrateur qui insiste sur ce
point : « In the old days I remember a wind that would blow through
the canyons. It ws a hot wind called a santana and it carried the smell of warm
places. We would sleep in our cars and the smell of the wind
would wake us » [Autrefois, je me souviens d'un vent qui soufflait
dans les canyons. C'était un vent chaud appelé Santana et il
transportait l'odeur des endroits chauds. Nous dormions dans nos voitures et
l'odeur du vent nous réveillait]. Le narrateur du film Big
Wednesday, évoque ces surfeurs qui dorment dans leur voiture. Ce
surf lifestyle, est très présent dans les surfs
movies. Dans Drift, c'est le personnage de J. B. qui vit et dort
dans son van aménagé (illustration 28). Cela lui permet de vivre
au plus près de la plage. Cette proximité géographique
avec les vagues lui permet de faciliter son mode de vie, et notamment d'aller
prendre des vagues avant le petit déj' comme cela est son habitude.
Cette vie en van correspond donc à son esprit libertaire et son
goût du nomadisme. Lorsque les frères Kelly proposent à J.
B. de travailler avec eux dans leur boutique de surf devenant florissante, il
décline et décide de repartir sur les routes en déclarant
ne pas vouloir participer à l'industrialisation du surf.

61/238
Illustration 28: Drift.
Le van ou la voiture aménagée du surfeur fait
donc partie intégrante du monde du surfeur. Il s'agit pour le surfeur de
se créer un microcosme dans son véhicule. Pour le jeune surfeur
il s'agit, de plus, de se créer un univers secret, caché de ses
parents. Il s'agit donc d'un espace de liberté opposable à la
chambre que les parents peuvent contrôler. Le van du surfeur suscite
d'ailleurs de la curiosité. Dans Puberty Blues, c'est la
mère de Debbie qui ne peut s'empêcher de jeter un oeil à
travers les rideaux du van de Dany et de découvrir, choquée dans
son puritanisme, des photos de jeunes femmes nues dans l'arrière du van
aménagé en couchette (illustration 29).

Illustration 29: Puberty Blues.
Le van du surfeur lui permet également, par la
mobilité facilité qu'il suscite,
62/238
d'être au plus proche des vagues. La proximité de
l'océan ou du moins son accessibilité aisée est un
élément fondamental du surf way of life. Dans Local
Boys, alors que Willy apprend qu'il va être envoyé à
Pendleton aux USA, il tente de se suicider car il pense que cela va en plus
d'entraîner la séparation d'avec ses amis, de mettre fin à
sa vie de surfeur. Randy parviendra à empêcher sa tentative en lui
assurant que là-bas il y a également de belles vagues pour les
surfeurs. Dans Big Wednesday, le personnage de Leroy est le seul du
trio d'amis à ne pas parvenir à s'éloigner des vagues.
Alors que Jack décide de s'installer plus dans les terres, Matt de
s'occuper davantage, Leroy décide d'aller vers le nord : « where
there are waves no man has ever seen » [où il y a des vagues que
l'homme n'a encore jamais vues].
L'amusement et la fête font également partie
intégrante du Surf Way of Life. Qu'il s'agisse de beach parties
ou tout simplement de house parties étudiantes. Ces
fêtes, réunissant les surfeurs, outre l'amusement et l'alcool sont
aussi l'occasion d'expérimenter la drogue, le sexe, ou bien
d'échanger des expériences de surf. L'un des exemples phare de
ces surf parties se trouve dans Big Wednesday. On y retrouve tous les
éléments précités. À un moment de la
fête, se déroulant chez la mère de Jack, arrive un groupe
rival, des crashers27, qui déclenche une bagarre
cocasse aux yeux du spectateur du film. Le thème de la bagarre lors
d'une fête surf se retrouve dans le film Drift, où,
excités par les vapeurs de la boissons, les surfeurs en viennent aux
mains avec le gang des bikers. Nous pouvons citer également Ride the
Wild Surf où la house and beach party fait partie du mode de vie
estival. C'est pendant cette fête que vont se naître les amours
entre les surfeurs et leurs petites amies. C'est d'ailleurs pendant l'une de
ces fêtes que Shelley va acheter une quantité incommensurable de
feux d'artifices pour marquer son amour naissant avec Chase.
Nous retrouvons ce motif de la house party dans
Puberty blues où Debbie, entraînée par ses amis
surfeurs, fait l'expérience de l'ébriété.
27 Personnes qui viennent à une fête sans y avoir
été invités.
63/238
La fête de surf est également l'occasion de
raconter des histoires de surf au coin du feu. Dans Point Break,
à l'occasion d'une fête chez Bodhi, l'un de ses amis surfeurs
raconte autour du feu, tel un conteur, l'une de ses expériences
surfiques face à une vague géante : « Putain, elle se
jette en avant, elle te précipite dans le gouffre, un mur de huit
mètres à la verticale. T'as les boules putain et ça fait
un boucan à réveiller les morts. Elle te pousse en avant comme si
t'était une locomotive, un missile ». Johnny,
imprégné par l'ambiance demande alors à Bodhi les plus
grosses vagues qu'il ait surfé. Après lui avoir
énoncé les noms tous plus exotiques les uns des autres tels que
Waimea, McCaha, Dana Point, Bell's Beach, Bodhi poursuit en racontant
l'histoire de la tempête des 50 ans : « deux fois par
siècle l'océan nous fait comprendre à quel point nous
sommes minuscules. Une tempête hivernale d'Atlantique déchire le
Pacifique en deux. Elle envoie une immense lame de fond vers le nord sur 3000
km. En arrivant à Bell's Beach elle donnera la plus grosse méga
vague qu'on ait jamais connu et moi j'y serais. Si tu veux atteindre les
sommets faut être disposé à en payer le prix. C'est pas
tragique de mourir pour ce qu'on aime ». Bodhi quitte donc le temps
de son histoire son rôle de surfeur pour arborer celui de conteur le
temps du récit de la tempête. Puis il passe de conteur à
acteur. Il devient un acteur de théâtre, d'une tragédie
surfique n'hésitant pas à se déclarer prompt à
mourir, à faire l'ultime sacrifice de sa vie pour prendre la vague des
50 ans. En mentionnant le mot de « tragique » il se pose donc en
surfeur tragédien n'hésitant pas à mourir pour la cause.
Ces accès théâtraux n'échappent pas à Tyler,
sa petite amie qui déclare simplement avant de s'en aller «
ça pue les hormones ici ». L'histoire racontée par
Bodhi s'avérera finalement prophétique. En effet, à la fin
du film Bodhi se fait arrêter par Johnny. Bodhi lui demande alors une
ultime faveur, celle de pouvoir surfer une dernière fois, sur la grosse
vague de Bell's Beach. Johnny accède à sa requête sachant
pertinemment que la vague l'engloutira.
Le surf Way of life est donc composé de plusieurs
éléments très variés, du surf wear, au
surf lifestyle en passant par le surf slang ou les surfs hobbies.
64/238
Le film Surf II évoque, quoique de
manière parodique, ce qu'est le surf way of life typiquement
américain. Alors qu'une compétition de surf se prépare, la
municipalité décide d'organiser une série
d'événements autour de cette manifestation comme la surf week et
la « big beach party » du vendredi soir., la veille de la
compétition donc, devant se dérouler un samedi. Mais un
événement fâcheux va intervenir. Les surfeurs vont peu
à peu être kidnappés par un savant fou et être
transformés en zombies. Les autorités, pensant que cela vient
d'une boisson de type Coca-Cola, décident d'interdire ce soda ainsi que
le surf dans le but de limiter la propagation de ce fléau. Un parent de
surfeur s'oppose alors en déclarant : « For Christ Sake don't
stop innocent kids from bringing cola and surfing. It's the American way.
Surfing built this town ». Même si sa définirion de
l'American Way of Life semble simpliste en la réduisant à deux
éléments, il appuie cependant son argumentation sur le fait que
la ville, sans le surf, ne serait rien.
Le surf way of life est par ailleurs admirablement bien
décrit par Don Winslow dans son roman L'Heure des gentlemen, au
travers du personnage de Boone :
Las de bavasser, il se laisse rouler de sa planche et couler
au fond. Boone est sans doute plus à l'aise dans la mer que sur le
plancher des vaches. C'était déjà un surfeur
prénatal dans l'utérus de sa mère, l'océan est son
église et il y communie quotidiennement. Il bosse juste ce qu'il faut
pour se payer (tout juste) son matos de surf, et son bureau ne se trouve
qu'à un pâté de maisons de la plage. Son domicile en est
encore plus proche - il vit dans un bungalow sur une jetée qui surplombe
l'eau, de sorte que l'odeur, le bruit et le rythme de l'océan sont
toujours présents dans sa vie.28
C) Le désir de lointain,
d'extraordinaire
1/ Classification et hiérarchisation des
destinations surf
Si le surf est pratiqué depuis au moins le XIXe
siècle, n'en attestent les découvertes des missionnaires dans les
îles du Pacifique, le surf est
28 Don Winslow, L'Heure des gentlemen, éditions
du masque, 2012, pp. 13.
65/238
aujourd'hui dans l'esprit du grand public associé
à deux lieux principaux : la Californie et Hawaï, puis dans un
second temps le Mexique et l'Australie. Certains pays ne sont pas du tout
associés à la pratique du surf dans les mentalités (c'est
notamment le cas de la Chine ou du Japon entre autres). D'autres pays quant
à eux se trouvent dans un entre-deux et cherchent à
développer leur côté surf à coup de communication et
d'organisation d'événements et compétitions de surf (on
peut citer dans ce cas la France, l'Angleterre ou l'Espagne).
Il est donc intéressant de constater que comme le
rappelle le sociologue Jérémy Lemarié, le he e nalu
(surf), autrefois pratiqué dans le milieu circonscrit d'un archipel
polynésien, qui a été menacé de disparition dans
son histoire par les missionnaires qui le trouvaient peu moral, est aujourd'hui
connu de tous et pratiqué par des millions de personnes. Au vu de cette
ampleur, il y a de nombreux pays et régions du monde où l'on
pratique ce surf même là où l'on penserait cela infaisable
:
Le he e nalu s'est transformé en surf, une
pratique estimée à 20 millions de personnes dans plus de 150
pays, y compris des endroits auxquels peut-être vous ne pensez pas comme
la Bande de Gaza, Israël ou des états américains
relativement froids comme l'Alaska. Pour qu'une pratique indigène
devienne monde, il a fallu un certain nombre d'échanges de savoirs
culturels. Le surf est aussi une activité urbaine, il existe le surf de
rivière notamment à Munich ou dans certaines villes qui se
situent au bord du littoral et qui sont très urbanisées, c'est le
cas d'Honolulu qui fait partie pourtant des berceaux du surf
moderne.29
Jérémy Lemarié mentionne donc
qu'aujourd'hui on surfe partout, que chaque littoral est exploité (voir
Annexe 1). On surfe désormais à la fois dans des pays au contexte
politique compliqué et dans des régions aux conditions
climatiques complexes. Il prend ainsi l'Alaska comme exemple. Dans le
très beau documentaire The Endless Summer 2, documentaire
réalisé par Bruce Brown en 1994, tout un passage est
dédié au surf en l'Alaska où l'on voit même la
scène pittoresque d'un grizzly intrigué par une planche de surf
laissée sur le rivage (illustration 30). Le narrateur du documentaire
nous explique que malgré la difficulté (et la
dangerosité)
29 Jérémy Lemarié, « Surf: une
histoire de la glisse, de la première vague aux Beach Boys »,
Conférence du 29 mars 2019, dans le cadre du Festival Histoire et
Cité organisé par l'Université de Genève.
https://www.youtube.com/watch?v=68VixgZAT
k [dernière consultation le 15/08/2021]
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d'accéder au spot de surf en Alaska,
l'expérience s'avère unique pour la poignée de surfeur qui
s'y risque : « The surfer population in Alaska is two. Surfers will go
to almost any lengths to get to the beach and ride some waves. Rusty Peterson
and Craig Greene down Deadmen Creek which eventually leads you to Deadmen
River.If you make it down Deadmen River, you come to Deadmen Forest. If you
make it through Deadmen Forest, you get to the Deadmen Point and the Ocean It's
just like you would expect, raining, windy, cold and miserable. But if you are
a surfer you stoked, there's no one out. Kodiak Island, the Banana Belt of
Alaska, water temperature, a balmy 39 degrees. These guys epitomize the surfing
spirit. The conditions may not be great but they're still pumped. Your session
is over when hypothermia sets in »30.

Illustration 30: The Endless Summer 2
Partant de cet état de fait, il s'établit de
façon toute naturelle, chez les surfeurs, une hiérarchisation des
pays bons pour surfer et pour lieux de surf
30 La population de surfeurs en Alaska est de deux. Les
surfeurs feront presque n'importe quoi pour se rendre à la plage et
surfer sur des vagues. Rusty Peterson et Craig Greene descendent le ruisseau
Deadmen qui mène finalement à la rivière Deadmen. Si vous
descendez la rivière Deadmen, vous arrivez à la forêt
Deadmen. Si vous traversez la forêt Deadmen, vous arrivez à
Deadmen Point et à l'océan. C'est exactement ce à quoi
vous vous attendez : pluvieux, venteux, froid et désolé, mais si
vous êtes un vrai surfeur alors vous serez ravi car il n'y a personne.
L'île Kodiak est la Banana Belt de l'Alaska, où la
température de l'eau est de 3 degrés. Ces gars incarnent l'esprit
du surf. Les conditions ne sont peut-être pas excellentes, mais elles
sont toujours incroyables. La séance se termine lorsque l'hypothermie
s'installe.
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les moins mythiques, une volonté de s'affilier à
grand renfort de communication, à des lieux de surf plus populaires et
prisés. On peut notamment citer le cas de la côte landaise en
France qui est affublée du surnom de « petite Californie
française » dans la presse locale et nationale. Nous retrouvons
cette hiérarchisation au sein même des Surf movies. Dans
le film Solo, lorsque Nelo annonce à son ami sufeur qu'il va
déménager au Canada pour vivre avec sa nouvelle petite amie,
Alvaro lui rétorque avec surprise « Y a même pas de
vagues au Canada ! ». Alvaro, surfeur chevronné, semble donc
lui-même en proie aux stéréotypes et à une
méconnaissance des spots de surf canadiens. En effet plusieurs endroits
au Canada permettent de bien surfer. On peut citer entre autres Chesterman
Beach ou Cox Bay Beach. Pour autant, les propos d'Alvaro reposent sur un fond
de vérité. Même les sites internet d'informations
touristiques ou sites internet d'informations sur le surf défendant
qu'on peut attraper de belles vagues au Canada, reconnaissent humblement qu'il
ne s'agit pas de la première destination qui vient à l'esprit
lorsque l'on souhaite surfer. Un article du Surf Session de 2019 avoue
notamment : « Le Canada n'est peut-être pas la destination
rêvée pour un surf trip. Et pourtant... Si Damien Castera
y avait déjà posé quelques gros turns il y a
quelques années, rien ne vaut une visite guidée par un gars du
coin. Embarquez avec le local Pete Devries, pour découvrir les joies de
la glisse au pays de la feuille d'érable »31. Le
Surfer Today quant à lui admettait : « When you think
of Canada, surfing is not the first thing that comes to mind. But the truth is
that the Great White North has immaculate surf breaks [...] But that
doesn't mean you can't surf the waves of your life in Canada. »
[Traduction : Quand on pense au Canada, le surf n'est pas la première
chose qui vient à l'esprit. Mais la vérité est que le
Great White North a des spots de surf immaculés [...] Mais cela ne veut
pas dire que vous ne pouvez pas surfer sur les vagues de votre vie au
Canada].32
31 « Canada : une année à Vancouver
»,
https://www.surfsession.com/videos-surf/free-surf/canada-annee-vancouver-219197465.html
[dernière consultation le 05/08/2021]
32 « The best surf spots in Canada »,
https://www.surfertoday.com/travel/the-best-surf-spots-in-canada,
[dernière consultation le 05/08/2021]
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Cet aspect est traité de façon très
similaire dans le film Instinct de survie. Le personnage principal,
Nancy, d'origine américaine (et plus précisément de
Galveston au Texas) qui décide de se rendre au Mexique afin de surfer en
solitaire sur une plage déserte. Avant de se faire attaquer par un
requin, elle rencontre deux autres surfeurs locaux qui lorsqu'ils devinent
qu'elle est américaine, lui demandent automatiquement si elle est de
« Californie ». Nancy, visiblement peu surprise de ce raccourci, leur
répond qu'elle vient du Texas, ils répondent
étonnés « Y a du surf au Texas ? ». Elle s'empresse de
répondre « Oui mais c'est pas comme ici c'est sûr ». En
effet pour beaucoup, la méconnaissance géographique des
États-Unis, fait penser que le surf ne se pratique qu'en Californie en
premier lieu et à Miami en second lieu. Pourtant la municipalité
de Galveston et la presse américaine spécialisée du surf
défendent la diversité des territoires américains du surf
et combattent l'idée que le surf ne soit que Californien. N'en
témoigne cet article du magazine en ligne Surf Line qui
défend l'idée du voyage surf à Galveston :
Often referred to as the «Third Coast,» the Texas
surf scene has a lot going for it. The common cliché is that there's no
surf in Texas, which is fine with the locals because it keeps all the yocals
and out-of-towners away. The dirty little secret is that on its day, coastal
towns like Galveston get pretty dang good. [...] Made famous after being
featured in The Endless Summer II, there's a proper surf scene
dedicated to riding the wakes of large oil tankers as they move through the
Galveston shipping channels. So don't believe what you hear, Texas ain't all
swinging doors and dusty boots, the surf scene's legit and the locals are proud
of where they come from. 33
Le même raccourci États-Unis-Surf-Californie est
utilisé dans le film Drift (2013). Lorsqu'Andy rencontre la
surfeuse Lani pour la première fois, il pense qu'elle est
américaine. Il lui demande automatiquement « Laisse-moi deviner, tu
es de Californie du Sud, de Malibu c'est ça ? ». Lorsque Lani
lui
33 Traduction : Souvent appelée la «
Troisième côte », la scène surf au Texas a beaucoup
à offrir. Le cliché commun qu'il n'y a pas de surf au Texas,
convient aux locaux car cela maintient éloigné les
étrangers. Le petit secret est que certains jours les villes
côtières comme Galveston sont plutôt bonnes. [...] Rendue
célèbre après avoir été
présentée dans The Endless Summer II, au travers d'une
véritable scène de surf tournée dans les canaux de
navigation pétroliers de Galveston. Alors ne croyez pas ce que vous
entendez, le Texas n'est pas que des portes battantes et des bottes
poussiéreuses, la scène surf y est légitime et les
habitants sont fiers d'où ils viennent.
Source : « Galves/on travel and surf guide »,
https://www.surfline.com/travel/united- states/texas/galveston-/county/galveston-surfing-and-beaches/4692883
[dernière consultation le 17/08/2021]
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annonce qu'elle est hawaïenne, il semble surpris qu'elle
soit en Australie : « Qu'est ce qui t'a pris ? T'en as eu marre des eaux
chaudes et des vagues parfaites ? ». Andy établit donc par ce
simple propos qui peut paraître anodin, une hiérarchie entre les
lieux du surf. Il considère ainsi qu'Hawaï est bien mieux pour
surfer que l'Australie.
Le film Ride the Wild Surf dont l'intrigue se
déroule sur fond de compétition de surf à Oahu,
défend également l'idée qu'Hawaï est la meilleure
destination pour surfer parmi toutes les autres. Dès le début du
film, le spectateur peut entendre la voix du narrateur , sur fond d'images de
surfeurs en action, déclarer : « Hawaï with the biggest
wildest waves of the world. For two weeks the best waves ridest show from
everywhere. Everyone of the burning with the surf fever have to try
themselves ». [Hawaï avec ses vagues les plus grosses et les
plus sauvages du monde. Pendant deux semaines, ici, la meilleur
compétition de surf du monde. Tous ceux qui brûlent de la
fièvre du surf doivent essayer].
Ainsi de nombreux surfeurs du monde entier viennent sur
l'île afin de participer à la compétition. La
rivalité se manifeste entre les participants par le biais de leur
origine géographique. Les trois protagonistes principaux du film que
sont Jody, Steamer et Chase rencontrent sur la plage d'Oahu des connaissances
à eux qu'ils ont rencontré en Australie. Ces derniers les mettent
en garde contre les vagues hawaïennes : « Take it easy there,
this isn't Melbourne ». Il est donc très commun dans la
communauté de surfeurs de comparer Hawaï et l'Australie, Hawaï
et la Californie par le critère de la taille et de la dangerosité
des vagues.
Le film North Shore (1987) met en scène un
jeune garçon du nom de Rick qui gagne une compétition de surf
dans son Arizona natal. L'on peut se demander tout naturellement comment on
peut surfer en Arizona, n'étant pas un état côtier. En
effet Rick, originaire de Tempe, a participé à une
compétition sur un « tank wave » (piscine à vague). Les
premières images du film nous montrent Rick en train de surfer lors du
championnat, et l'on peut très bien se rendre compte qu'il ne s'agit en
aucune manière de
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vagues océaniques. Par ailleurs la magie est rompue
dès lors que l'on voit Rick sortir par une échelle de piscine,
à l'issue de l'annonce de sa victoire par le commentateur (illustration
31).

Illustration 31: North Shore.
Cela permet de montrer qu'il est aujourd'hui possible,
grâce à la technologie, de surfer partout. Mais bien
évidemment Rick rêve de lointain et de vraies vagues. C'est ainsi
que grâce à l'argent remporté lors de la
compétition, il va se payer un voyage de surf à Hawaï.
Arrivé sur place, il va rencontrer deux surfeurs. Lorsqu'ils lui demande
d'où il vient, Rick a honte et e veut pas dire qu'il vient d'Arizona de
peur d'être décrédibilisé et rejeté. Il ment
et répond donc « kind of outside LA ».Maais
très vite ses compagnons surfeurs vont se rendre compte qu'il n'est pas
adapté en termes d'équipement pour affronter les vagues
d'Hawaï. Sur la plage ils se rendent compte que sa planche
possèdent deux ailerons (appelée twinnie). Ils se
moquent alors gentiment du « mainland guy » (garçon du
continent) : « Twinnie? No one rides twin fins in Hawaii. He must
think he's still on the mainland ».
Il est très commun que les surfeurs
expérimentés se moquent du manque de matériel des surfeurs
novices. Dans Point Break, lorsque Bodhi voit la planche de Johnny, il
se moque également : « Ah ça c'est une planche, y
a
71/238
pas de doute. J'avais une Chevrolet 57 qui lui
ressemblait... ».
Lorsque Rick finit par prendre une vague avec sa planche
à deux ailerons, Rick manifeste son excitation envers ses deux camarades
d'avoir pris sa première vague hawaïenne, qu'il qualifie de «
hot wave ». Les deux garçons tempèrent ces ardeurs en lui
rappelant qu'il ne s'agissait en définitive que d'une petite vague
comparée aux autres : « That wasn't a wave, that was a ripple. Seen
bigger waves in a toilet! » [Ce n'était pas une vague mais une
ondulation, j'ai vu de plus grosses vagues dans les toilettes].
Ainsi tout est une question de point de vue. Les deux surfeurs
ne partagent pas, ni n'accompagnent l'excitation de Rick car ils sont
habitués voire blasés des vagues hawaïenne, mais pour Rick
qui n'a connu que les vagues de piscines, cette « vaguelette »
hawaïenne remplit à la perfection son désir de sensation
forte, de lointain et d'extraordinaire.
Il faut rappeler que la première wavepool qui fut
ouverte fut celle de Budapest en Hongrie en 1927. La première wavepool
qui fut surfée fut celle de Tokyo en 1966. Aux États-Unis, la
ville de Tempe revendique être la première ville américaine
à avoir développé la première piscine à
vague du pays. Le film documentaire Indoor Surfers datant de 1929 et
produit par Pathé nous montre d'ailleurs de très belles images de
la piscine à vagues de Munich en Allemagne qui était vue comme
une véritable révolution technologique à l'époque
(illustrations). Le documentaire disait d'ailleurs dans une phrase semblable
à un slogan « No more placid waters for bathers »
(Fini les eaux calmes pour les baigneurs). Aujourd'hui les piscines à
vagues sont vécues comme des attractions par la majorité des
surfeurs professionnelles et sont d'ailleurs critiquées pour leur impact
écologique.

Illustration 32: Indoor surfers
Illustration 33: Indoor surfers
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Dans Rip Girls, c'est le personnage
de Sydney qui se fait moquer des jeunes surfeuses d'Hawaï. En effet alors
qu'elle se présente à la communauté de surfeuses, la
première chose qu'elles lui demandent est son origine. Lorsque Sydney
répond Chicago, elles répondent sur un ton ironique : « Ah
c'est une région où on fait pas de surf ». Sydney
répond sur le même ton : « Non, on ne fait pas de surf sur le
lac Michigan ». En effet pour les Hawaïens, c'est la Californie, qui
occupe aux USA, le haut du pavé surfique. En effet le surf est l'un des
symbole de cet état et un véritable art de vivre :
Si l'État le plus riche et le plus peuplé des
États-Unis doit autant son surnom de Golden State à la
lumière du soir qui l'enveloppe qu'à ses ressources
généreuses, le surf est alors le meilleur symbole. Il faut avoir
admiré le soleil tombant derrière la Pacifique tout en surfant
l'une de ses vagues pour le comprendre. Le surf en Californie est un art de
vivre assumé depuis la première moitié du XXe
siècle, alors forcément on sent le poids de l'histoire à
chaque virage . Sur ce littoral viennent mourir des bijoux de vagues que les
Californiens sont nombreux à apprécier. La ruée vers l'or
bleu est permanente.34
2/ Le surf trip
Le voyage sur le thème du surf devient de plus en plus
fleurissant depuis la commercialisation autour de ce sport. Aujourd'hui, de
nombreux organismes proposent ce que l'on appelle des « Surf Camp »,
à savoir des séjours de plusieurs jours, tout compris, incluant
l'hébergement et un nombre d'heures de surf (selon les formules)
encadrées par un moniteur. Le Surf Trip a notamment été
popularisé par le célèbre documentaire de Bruce Brown
(1966). On parlait même alors de « Surfari ». Le surf trip
permet de découvrir et de faire découvrir (et donc de
démocratiser, de populariser) de nouveaux spots de surf voire de
nouveaux pays. C'est ainsi
34 Damien Poullenot, Surf Trip. Voyages et vagues
autour du monde, Tana éditions, 2018.
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que The Endless Summer a fait découvrir
l'Afrique du Sud aux surfeurs. Sea of Joy, documentaire de 1971 de
Paul Witzig, a lui aussi participé à la fortune surfique de
l'Afrique du Sud. Au regard du monde du surf, le surf tour peut-être
comparé au « Grand Tour » accomplis par les jeunes peintres en
Italie pour se former à la peinture. Il existe plusieurs types de
Surf Trip décrits dans les surf movies. Nous pouvons
citer par exemple le cas du « Big Wave Tour » exalté dans
In God's Hands, à savoir les surfeurs parcourant le monde pour
la recherche exclusive des grosses vagues. Aujourd'huibon nombre de magazines
et de guides valorisent le surf trip comme une expérience incontournable
pour être un surfeur accompli :
Chacun son trip. Jouons un peu... Vous êtes plutôt
pointbreak ou beachbrekak, surfcamp ou roadtrip, baroudeur solo ou
todo-includo, cold beer ou pina colada ? Pour vous confectionner un trip sur
mesure, on va se demander quel surfeur vous êtes et ce que vous
recherchez quand vous voyagez. Sans chercher à vous mettre dans une
case, voilà plusieurs catégories de surf trips, et pour chacun
d'entre eux, quelques destinations qui peuvent correspondre. Bonne
découverte ! Première configuration : surftrip = voyager pour
surfer. Point barre ! Vous partez seul ou avec des potes qui ont la même
motiv' que vous : surfer de « vraies vagues » jusqu'à ce que
les bras vous en tombent ! Le décor importe peu, l'hébergement et
la restauration pas plus, tant qu'ils vous permettent de
récupérer des forces entre deux sessions. Ce qui compte c'est la
qualité des vagues (selon vos critères personnels) et
éventuellement le monde à l'eau pour que vous ne soyez pas un
simple spectateur. Que l'on soit étudiant avec de longues vacances mais
peu de revenus, ou salarié un peu plus fortuné mais n'ayant pas
plus de 5 semaines pour en profiter, on va toujours vouloir optimiser son
timing et son budget quand vient le meilleur moment de l'année. Il va
s'agir en respectant ces contraintes de trouver le trip qui va coller à
vos rêves de surfeurs... et à ceux de ceux qui vous accompagnent.
Heureusement on a l'embarras du choix aujourd'hui, ce guide présente 16
territoires de surf ainsi que 16 alternatives et il existe encore bien plus de
destinations pour étancher sa soif de vagues exotiques. Alors ce
prochain trip, on le prépare dès aujourd'hui !35
Nous allons essayer ici d'établir une typologie des
surf trips possibles, au travers des surf movies.
a- Le surf trip sponsorisé
Le premier est celui lié à la commercialisation
surf et à la sponsorisation des surfeurs professionnels. Les surfeurs
les plus connus voyagent à travers le monde, sous l'égide de
sponsors, afin de participer à un grand nombre
35 Surf Session. Guide destinations. 120 spots ou surfer.
Tout pour s'organiser.
de compétitions. Ce type de Surf Trip est très
bien décrit dans le film Blue Crush. Lorsque Anne-Marie et ses
deux amies surfeuses croisent à une station service la championne Keala
Kennelly36 qui vient effectuer une compétition dans leur
ville, Lena décrit son mode de vie idyllique : « Elle
mène la belle vie elle. C'est sa commanditaire Billabong avec elle. Elle
a remporté la compétition à Tahiti. Quelle vie ! Elle
reçoit 50 000 dollars chaque fois qu'elle paraît dans un magazine,
plus 5 encore si elle fait la couverture. Elle a tout gratuitement,
vêtements, planches, montres, lunettes de soleil. Elle a pas besoin de
porte-monnaie. Il te suffit d'une bonne vague au Pipe Master et tu seras
commanditée comme elle. Tu voyageras partout dans le monde, tu
surferas en Inde, en Australie, à Tahiti. Le tour du monde en
surf, et on va te payer pour surfer sur des vagues parfaites
».
Outre le sponsoring des grandes marques, le surf trip peut
être « sponsorisé » par un gouvernement. Ainsi aux
États-Unis, à San Diego, le Wind & Sea Surf Club ont
reproduit le surf trip initiatique avec le soutien de Ronald Reagan, alors
gouverneur de Californie pour encourager les surfeurs à devenir des
ambassadeurs non officiels des USA par le surf trip (Tahiti, Nouvelle
Calédonie, Australie, Nouvelle Zélande, Fidji...).
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36 Surfeuse professionnelle américaine née le 13
août 1978 à Kauai, Hawaï. Elle est la première femme
à avoir surfé la grosse vague de Teahupoo à Tahiti.

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b- Le far away trip et le close trip
Il existe également deux grands surf trips que les
surfeurs peuvent effectuer. Le surf trip dans des contrées lointaines et
jugées exotiques (notamment sous l'influence des magazines de surf, qui
font des conseils de voyages spécialisés), mais aussi le surf
trip au sein d'un même pays, le temps de vacances, pour découvrir
la côte de son propre pays. Ces deux types de trip sont
évoqués dans les surf movies. Dans le film Solo, c'est Alvaro qui
éprouve de la rancoeur contre son ami surfeur Nelo : « On avait
un projet. On devait aller surfer à l'autre bout du monde ».
En effet, Alvaro avait acheté deux billets pour aller surfer pendant 8
semaines en Indonésie avec son âme soeurfeur, mais Nelo a
rencontré une femme et abandonné ce projet. Le
décrédibilisant au passage, jugeant que le voyage à
l'autre bout de la planète n'est pas un projet sérieux : «
Aller surfer à l'autre bout du monde, c'est le genre de promesse qu'on
se fait un soir mais qu'on réalise jamais ». Alvaro était
pourtant bien décidé à faire ce voyage de plusieurs
milliers de kilomètres pour vivre ce qu'il pensait être l'une des
expériences majeures de sa vie.
À l'extrême inverse, le voyage de surf peut
s'effectuer ou bien dans le pays voisin (les jeunes surfeurs californiens vont
souvent au Mexique car cela
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représente un surf trip accessible
financièrement, de nombreux surfeurs français vont s'essayer aux
vagues de la Cornouailles ou espagnoles et vice versa), dans une région
voisine ou encore dans un état voisin. Dans le film Ride de
Helen Hunt, Jackie va effectuer un voyage de New York à la Californie
dans le seul but d'épier son fils surfeur. Elle va donc s'essayer au
surf pour comprendre les motivations de son fils, transformant ainsi son voyage
d'espionnage en un surf trip local. Pendant ce surf trip elle va même
découvrir la « bande » de son fils. En partant du bar
où ils étaient, la bande va laisser tomber un peu d'herbe. Jackie
va donc la récupérer et en fumer avec son instructeur de surf
découvrant par le surf trip le surf way of life. Elle
expérimentera deux trips donc, le trip surfique et le « trip »
lié à la consommation de substances psychoactives.
c- Le surf trip entre amis
Le surf représente souvent une bonne excuse pour un
groupe d'amis, de faire une escapade le temps d'un week-end, d'une semaine.
Dans les surf teen movies, le surf trip est souvent l'occasion de
s'extraire du contrôle parental et de pouvoir non seulement faire du surf
mais aussi faire des fêtes, être avec ses petit(e)s ami(e)s. Dans
Newcastle, Scotty profite de l'absence de ses parents, partis en
week-end sur Sydney pour prendre leur voiture et proposer à ses trois
amis, Andy, Nathan et Jess de faire du camping sur la plage et du surf à
Stockton Beach : « We should hit Stocko this weekend. Camp the dunes,
get some waves ». Ils en profite par la même occasion pour
inviter des filles de leur connaissance.
Arrivés sur place, ils vont profiter de ce temps, non
seulement pour surfer mais aussi pour boire autour d'un feu de plage, draguer
et avoir des relations sexuelles. Ils s'endorment par la suite ou dans la
voiture ou dans des sacs de couchage. Le lendemain, aux premières lueurs
du jour, Scotty réveille les autres car il voit des vagues
intéressantes. Dans un esprit de fraternité il ne souhaite pas en
profiter seul mais partager cela avec ses camarades : « There you are,
Nathan get up ! Small and glassy, just the way
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you like it ! ».
Ce temps d'escapade qui permet de s'échapper de la
bulle familiale, scolaire, et de la routine quotidienne est assimilable
à ce que l'on appelle les fêtes sportives. En effet Pascal Duret
et Christian Pociello, ont étudié le mécanisme de
fonctionnement des fêtes sportives du surf et du rugby, et montrent
qu'elles répondent toutes deux à une succession de
mécanismes :
La fête sportive suppose de sortir de l'espace familial.
Ainsi le jeune surfeur quitte son domicile pour reconstruire un monde à
part, son « pays imaginaire » et fuir la communauté des
adultes. Fête et pratique sportive se déroulent sur un même
écosystème : le bord de mer. La plage est aménagée
à cette fin : parterre douillet de serviettes, feu de bois et plateaux
sur tréteaux pour les victuailles, sont de rigueur. Entre l'eau et le
sable, on va et on vient. Les marées déterminant l'amplitude des
vagues rythment les activités de la journée. Aux heures creuses
de l'après midi, on débouche des bouteilles et verre après
verre, on attend la « sunset session », moment
privilégié de la tombée de la nuit où les
meilleures vagues alliées à l'euphorie provoquée par
l'ébriété, procurent aux surfeurs les plus grandes
sensations. À la nuit noire, seul le crépitement des flammes
s'obstine à répondre au sourd martèlement du rivage par
les vagues. Au milieu de la nuit, les meilleurs surfeurs retournent sur l'eau.
Les autres s'allongent sous des couvertures, manière de
réveiller, par la promiscuité des corps, des instincts assoupis
par l'abus d'alcool.37
On peut également citer le surf trip effectué
par Matt, Jack et Leroy au Mexique dans le film Big Wednesday. Le
Mexique apparaît donc pour les américains, comme une destination
privilégiée pour faire un surf trip entre amis. Dans Local
Boys (2002), Randy et ses amis, à l'occasion du départ de
leur ami Willy pour les marines, décident de faire une « final surf
adevnture » au Mexique dans un spot secret au nord de K38. Ce voyage
surfique entre amis, apparaît comme étant symbolique puisqu'il
marque la fin d'une époque, celle de leur groupe d'amis unifié.
Leur surfeur mentor, Jim, comprend très bien l'importance de ce voyage,
à tel point qu'il offre une planche à Randy lui permettant de
surfer de grosses vagues, en lui déclarant : « It might bring
out the soulfulness of your surfing » [Cela pourrait t'aider à
faire ressortir l'âme de ton surf]. Ils finissent par accéder au
spot mexicain par un chemin en pente hasardeux, qu'ils qualifient de «
hamajang », « hot trail ». Ils bivouaquent sur la plage et
portent un toast
37 Pascal Duret et Christian Pociello, « Fêtes
sportives et expression de la virilité », Agora
débats/jeunesses, 7, 1997. Les jeunes et les fêtes. pp.
55-62.
78/238
à ce spot secret qu'ils rebaptisent Willy's
Rocks, en hommage à leur ami sur le départ pour
l'armée. La dénomination de ce spot, à la faveur d'un feu
de camp, leur permet donc de se l'approprier. D'ailleurs, à la fin du
film, lorsque Jim fait officiellement partie de la famille de Randy et Skeet
puisqu'il est fiancé avec leur mère, Skeet déclare :
« Now you are part of Willy's secret surf club ».
d- Le surf school trip
Le film Surf School (2006) nous présente un
autre type de voyage, le surf trip financé par l'école ou
l'université. L'intrigue de ce film tourne autour de deux groupes
rivaux. L'un est un groupe de 3 surfeurs aguerris, emmenés par leur
leader Tyler, qui se font financés par leur université,
l'université de Laguna Beach, pour représenter les couleurs des
États-Unis lors du championnat international universitaire du Costa Rica
(illustration 34). Ils vont donc y aller accompagnés de leurs petites
amies. Parallèlement Jordan, le rival de Tyler, et ne connaissant
nullement le surf, décide de motiver ses amis afin de se
présenter également au championnat du Costa Rica.

Illustration 34: Surf Academy.
Ce championnat universitaire sera l'occasion pour Jordan et ses
amis de se
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redécouvrir et de fortifier leur amitié par le
biais du surf. Il est intéressant par ailleurs de constater que le Costa
Rica est assez peu connu comme étant une destination surf. Pourtant de
nombreux spots intéressants s'y trouvent comme Playa Negra ou
Junquillal. Le numéro 380 du magazine Surf Session parle
d'ailleurs du Costa Rica en termes élogieux :
Le Costa, pays de la 'Pura Vida', possède des allures
de Paradis. Le Costa Rica est neutre, sans armée. Son
développement économique donne la priorité à
l'éducation, à la santé et à l'environnement. Le
pays hérite d'un indice de développement humain exemplaire. Il y
a cependant des vagues et du bon surf dans le pays. On peut définir des
endroits comme étant des 'surf cities'. Spots, plages, rues et commerces
y sont sécurisés et les étrangers y sont plus
représentés que la population locale. Les vagues sont
plutôt chouettes et déroulent à la perfection. Le swell est
là et les gars s'en donnent à coeur joie.38
D'ailleurs la photographie de couverture de ce numéro
est un très beau cliché de Tiago Carrique surfant au Costa Rica,
prise par le photographe Bastien Bonnarme.

3/ À la recherche du spot perdu
À l'heure de la massification de la communauté
surf, du fait de sa
38 Olivier Dézèque, « Yin & Yang »,
Surf Session, n° 380, été 2021, pp. 74-83.
80/238
médiatisation et de sa professionnalisation, beaucoup
de surfeurs peinent à trouver des endroits (spots) encore vierges de
tout surfeur, où il ne faille pas attendre sur le line-up pendant de
longs instants avant d'attraper la prochaine vague. Ainsi la recherche d'un
spot isolé, secret est au centre des préoccupations des surfeurs.
Ils vont parfois jusqu'à prendre des risques pour pouvoir trouver
L'ENDROIT par excellence où les vagues ne seront pas surpeuplés
par les touristes ou surfeurs amateurs. Dans Chasing Mavericks, le jeune Jay
comprend très vite en épiant son voisin Frosty, surfeur pro,
qu'il fait de nombreux kilomètres en voiture chaque matin afin de
rejoindre un spot de surf connu de lui seul et d'un nombre restreint de ses
amis. Ainsi un matin, Jay va jusqu'à s'allonger sur le toit du mini-van
de Frosty afin de découvrir la localisation de cet endroit. Frosty finit
par le surprendre. En colère, il le met en garde de bien tenir sa langue
pour garder cet endroit secret : « Toi et moi on oublie comment t'es
venu ici et pour tous les mecs plus ou moins concernés, cette vague est
un mythe. Ça c'est genre monstre du Loch Ness. Et les trois autres et
moi, on veut pas que ça change c'est clair ? ».
La recherche d'un spot de surf idéal, en plus de
l'expérience de surf inédite que cela peut procurer,
répond à un autre objectif, celui de l'évasion, de
goûter autre chose que le spot de surf routinier et quotidien. C'est ce
qui fait souhaiter à Lena dans Blue Crush, alors qu'elle attend
une vague avec ses deux amies : « Si on avait un bateau, on pourrait
se faire un tour des îles pour trouver un endroit secret
démentiel ».
Ainsi le spot de surf ultime, pour qu'il soit incroyable doit
répondre à trois
critères. Il doit être :
-Secret ou caché
-Difficile d'accès
-Extra-ordinaire
Le spot rêvé par Lena répond à deux
de ces critères puisqu'elle souhaite trouver un endroit « secret et
démentiel ». Le goût du secret est
quelque
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chose de très important chez le surfeur ou la surfeuse,
surtout lorsqu'il s'agit de préserver un spot de surf incroyable. Dans
Instinct de survie, Nancy décide de se rendre au Mexique pour
se rendre sur un spot reculé uniquement connu des locaux. Elle loue les
services d'un chauffeur local afin de pouvoir s'y rendre, car l'endroit n'est
marqué sur aucune carte. Lorsque son chauffeur lui demande comment elle
en est arrivée sur les routes de ce spot elle répond : «
La seule raison qui m'a fait faire ce voyage avec mon amie était de
trouver la plage secrète ». Bien que son amie ne puisse
finalement l'accompagner à cause d'une gueule de bois, Nancy
décide d'y aller seule. Sur le chemin elle tente de soutirer des
renseignements à son conducteur et lui demande le nom de cette plage
secrète. Suite à son long silence, elle comprend que le
conducteur ne souhaite pas lui dire le nom du spot pour le préserver.
Nancy esquisse un léger sourire car elle comprend tout à fait la
démarche et ne s'en offusque pas. Plus tard lorsqu'elle commence
à surfer sur ladite plage secrète, elle rencontre deux autres
surfeurs locaux. Elle revient à la charge et leur demande le nom de
l'endroit. L'un deux lui répond avec ironie : « Si je te le
dis, il faudra que je te tue ».
Ce même goût du secret est cultivé par
Steve Addington dans le film Surfer, Dude. Venant tout juste
d'intégrer une émission de
télé-réalité sur le surf, l'un des producteurs lui
demande qu'elle est son vague préférée : « What
is your favorite break ? ». Il répond tout simplement «
I will not tell you ».
Le spot apparaît donc comme un havre de paix où
le surfeur peut échapper aux touristes et donc pratiquer en toute
liberté. Dans le film Solo, lorsque la soeur d'Alvaro, le surfeur
appelle son frère et tombe sur sa messagerie, son message vocale
présuppose qu'il est dans un endroit perdu, sans réseau, dont lui
seul à la connaissance : « Salut grand frère, on est
samedi donc j'imagine que tu dois être en train de fuir les touristes
dans un de ces petits coins reculés que tu es le seul à
connaître ». Dans Shelter, lorsque Zach et Shaun vont
surfer ensemble, ils vont d'abord dans un spot fréquenté. Shaun
est horrifié à la vue des vagues pleines : « It's a
fucking circus out
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there ! ». C'est ainsi que Shaun amène
Zach dans un endroit plus calme et isolé où le surf
peut-être pratiqué de manière plus intimiste. Zach est
émerveillé par cette découverte : « This is rad !
». Shaun lui explique alors pourquoi il ne lui a pas montré
avant. Il avait peur que si le bruit concernant cet endroit se propage, ce spot
ne devienne un repaire d'''étudiants : « Sorry I never told you
and Gabe about this place, I didn't want it to turn into the remnants of your
keggers39 every sunday morning. It's my place I use to come to get
away ». Il est intéressant de voir que Shaun n'en a pas
parlé à Zach, pas plus qu'à son propre frère, Gabe,
lui aussi surfeur. La sauvegarde de cette endroit est si importante qu'il ne
préférait pas partager ce secret avec cette famille. Le fait
qu'il le montre à Zach, témoigne d'une marque de confiance et de
respect qu'il lui porte. Enfin Shaun qualifie cet endroit de « My place
». Il se pose donc en surfeur-explorateur, un Christophe Colomb du surf
qui a le premier découvert cet endroit, qu'il visite
régulièrement comme un échappatoire.
D) L'utopie et la dystopie surf
L'utopie surf la mieux illustrée en surf
movies est probablement celle du film Instinct de survie car elle
remplit plusieurs conditions. Il s'agit d'un lieu secret et difficilement
accessible, semblant hors du temps (u-chronos) et hors de l'espace (u-topos).
Il s'agit d'un lieu non précisément localisé. Le
spectateur du film sait uniquement que le spot de surf utopique où se
trouve Nancy se situe au Mexique. Nancy elle-même ne connait ni le nom ni
la localisation précise de ce spot. Elle doit se faire accompagner par
un chauffeur local pour y accéder. Ce lieu est donc sans nom (a-onuma)
et qqui semble n'être régit par aucune loi (a-nomos). Un
élément majeur qui fait de ce spot un lieu utopique pour Nancy
est qu'il y fait chaud et qu'il présente de très belles vagues.
Lorsqu'elle appelle sa soeur depuis la plage elle lui décrit ce lieu
incroyable « Le surf ici c'est fabuleux, tu peux pas imaginer les
tubes parfaits que j'ai accroché ici ». Cet endroit est
également
39 Keggers : soirée étudiante où la
bière est abondamment servie.
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utopique car seule une poignée d'initiés le
connaissent. En tout et pour tout dans le film, seulement 6 personnes auront
accès à ce spot. Le seul élément qui va venir
rompre cette utopie est bien évidemment le requin qui va pourchasser
Nancy tout au long du film.
L'utopie surf est aussi un endroit dont l'on rêve mais
dans lequel on est jamais allé et qui revêt donc les attraits
d'une légende fantasmée d'une part du fait de son
éloignement géographique et d'autre part par son exotisme. Dans
Drift, lorsqu'Andy, en voyant le mur du van de J. B. tapissé de
photos de surf, lui demande où il n'a pas surfé, J. B.
répond à Grajagan. S'en suit alors de sa part une description de
ce lieu idyllique : « C'est une bouche de malade, elle aspire à
bloc et fait un bowl énorme. Y en a pas beaucoup qui ont eu la chance de
surfer là-bas. C'est un amerloque qui l'a trouvé et je sais pas
comment il a fait car elle est cache au fin fond de la jungle
indonésienne. C'est une vraie mission commando pour y aller. Les
meilleurs spots sont tous comme ça. Si Dieu était
surfeur, ce serait son spot de prédilection ». En
somme J. B. développe l'idée que le stop utopique se
mérite et qu'il faut être prêt à en payer le prix (le
danger pour s'y rendre) pour accéder à ses délices. J. B.
introduit également un élément intéressant, il fait
de ce spot une sorte d'Eden surfique en introduisant l'élément
religieux dans sa description.
En effet les sites et magazines qui usent du terme «
Mecque », « Paradis » pour décrire une destination de
surf prisée sont légions.40 Le numéro 380 de
Surf Session décrit l'île de Saint Martin comme un lieu
de rêve, une véritable utopie du surf qui a su conserver son
authenticité, son unicité, et qui semble être un lieu non
corrompu par les péchés de l'avarice et de la luxure et des
géants de l'univers surf :
La terre émergée de l'oasis
n'est pas plus vaste que 93 kilomètres carrés. C'est
petit mais assurément rempli de bonnes surprises. Si la circonscription
a longtemps essuyé des motivations de spéculations
immobilière anarchiques, Saint Martin a finalement su mener un combat
afin de préserver son charme originel. Loin des
casinos, des bars à strip et de la vie nocturne débridée,
l'île offre une ambiance idyllique. C'est un
lieu magique, captivant et un
40
https://www.lexpress.fr/tendances/voyage/hawaii-paradis-du-surf_1724144.html
https://www.visitbiscay.eus/fr/-/mundaka-meca-del-surf-de-bizkaia
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soupçon mystérieux. Saint
Martin ou Sint Marteen possède plusieurs univers, plusieurs mondes aussi
divers que surprenants. Le joyau des Caraïbes abrite en effet deux pays,
une partie des terres est hollandaise et l'autre française. Le
mélange des cultures et des genres est encore plus dense. Il a su
générer un lieu métissé et équilibré,
un espace de grande tolérance et d'une impressionnante diversité.
L'existence saint Martinoise est savoureuse et l'océan aux accents
impénétrables nous invite à évoluer sur des spots
de qualités dans des lagons ou derrière des points
dissimulés. Loin des vagues populaires de la planète surf,
où il est parfois difficile de partager le break, à Saint Martin,
on peut évoluer das le calme et se retrouver pour des sessions
confidentielles41.
La description de lieux de surf comme des paradis, des Edens
surfiques entrent donc dans une logique de la rhétorique d'attraction.
Il s'agit de façon paradoxale, d'y attirer le surfeur en lui promettant
un lieu enchanté, encore pur et vierge quitte à risquer que ce
même lieu soit victime à terme de sa propre popularité.
Cette rhétorique nie parfois même la réalité
historique et tente de nier des phénomènes de violences. Ainsi
Bali, lors des exécutions communistes des années 60, fut
malgré tout défini comme une utopie du surf :
Or as an official guidebook to Bali put it in 1970, a place
where the people were « gentle and smiling », waiting to greet
visitors to their « enchanted island » where « the traveler is
still the explorer, discovering untouched places and witnessing exotic rituals
which have not diminished with the changing times. In light of the horrific
violence, one might have expected a popular reconsideration of the paradisial
view. Nothing of the sort emerged in the surfing imagination however. On the
contrary Bali (and Indonesia more broadly) remained in the early Suharto years,
a tropical fantasy world of brown-skinned, primitive locals - an Eden
before the fall that, surf publications and film suggested, was
begging for discovery and exploitation.42
Certaines destinations surf peuvent également
être considérées comme des dystopies en fonction du type de
public accueilli. Le Maroc tente depuis quelques années de
développer son image surf et plus particulièrement la ville de
Taghazout par des politiques d'urbanisme et de communication volontaristes :
L'emprise géographique du surf se traduit par une
intégration sociospatiale de cette discipline sportive au sein de la
structuration territoriale du village de Taghazout. Elle se caractérise
par la multiplication des infrastructures d'hébergement et de structures
consacrées à la marchandisation du surf. Des aires d'accueil sont
délimitées pour recevoir les vans des surfeurs européens.
Quelques surf shops voient le jour au coeur de la structuration
41 « Saint Martin ou St Marteen », Surf
Session, n° 380, été 2021, Backside Medias.
42 Scott Laderman, Empire in Waves: A Political History of
Surfing, chapitre 3 : Paradise Found, University of California Press, 2014, p.
68.
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urbaine. Certains jouxtent même la mosquée du
village43.
Pour autant malgré ce développement du surf au
Maroc, celui reste encore difficile pour les femmes, en vertu de la religion et
de clichés éculés sur le surf. Le spot marocain devient
alors une dystopie pour celles qui subissent des discriminations de par leur
sexe :
Mais pour beaucoup de Marocain.e.s le surf reste «
hchouma » (tabou en arabe). Dans le village berbère de Tamraght,
près d'Agadir où vit Meryem El Gardoum, « les
mentalités restent assez fermées » constate cette quintuple
championne du Maroc et deuxième surfeuse à avoir porté les
couleurs du pays dans une compétition à l'étranger. «
Des amies surfent en cachette de leur père, ou de leurs frères.
Une fille qui fait du surf - 'un sport de hippie' comme ils disent - est
critiquée. Ils pensent qu'on boit, qu'on fume et qu'on traîne avec
les garçons.44
E) Une communauté en proie aux mêmes
questions sociétales que la société « normale
»
Il est intéressé de constater que même si
la communauté surf constitue un microcosme dans le monde du sport, il
n'en demeure pas moins qu'elle reproduit en son sein les mêmes
problématiques que la société dont elle se dit pourtant
à la marge (racisme, xénophobie, machisme, addiction...). Nous
allons donc voir ensemble quelques uns de ces aspects.
1/ Machisme
Dans Surfing the movies, John Engle avoue que dans
les Beach movies ainsi que dans les Surf movies la place des
femmes est très limitée (il prend pour exemple une surfeuse
apparaissant de manière fugace dans le film Big Wednesday) et
se cantonne généralement, à part de rares exceptions
à l'espace de la plage :
Her Gidget , of course, forced open that door, even if
screenwriter Upton as quickly tried to close it. Yet while Annette pops up on
the board in rear projection and a talented woman surfer passes unacknowledged
in a shot in Big Wednesday, the place of women in early surf
43 Ludovic Falaix. Le surf à Taghazout - Maroc: De
l'émergence spontanée de neoterritorialités sportives
à la laborieuse mise en tourisme institutionnelle d'une pratique. Via
Tourism Review, Association Via@, 2014, 6 p.
44 « Maroc. Les surfeuses en haut de la vague », Femmes
ici et ailleurs, n° 35, janvier-février 2020, pp. 54-65.
86/238
films is still generally the sand.45

Illustration 35: La surfeuse de Big
Wednesday
Si les femmes sont assez peu présentes dans les
surf movies ou n'ont que des rôles secondaires voire minimes
(exemple, dans le film Local Boys, seul le personnage de Samantha est
crédité au générique du film, et ce pour une courte
apparition), le rapport surfeurs/femmes ou surfeurs/surfeuses est souvent
abordé sous le prisme du sexisme et du machisme.
Le surf movie qui parle le plus de machisme des
surfeurs envers les surfeuses, ou envers les femmes tout court est sans
conteste Blue Crush. Ce film basé sur un article
intitulé « The Maui Surfer Girls » écrit par la
journaliste américaine Even Susan Orlean où elle décrit
que les jeunes surfeuses hawaïennes de Hana, bien que conditionnées
par la culture surf ambiante, recherche l'indépendance dans leur
pratique : « To be a surfer girl in a cool place like Hawaii is
perhaps the apogee of all that is cool and wild and modern and sexy and
defiant. The Hana girls, therefore, exist at that highest point - the point
where being brave, tan, capable and independent, and having a real reason to
wear all those surf-inspired clothes that other girls wear for fashion, is what
matters most ». Dans Blue Crush donc, c'est Anne-Marie,
qu'ayant grandi à Hawaï et acceptée par les locaux comme une
des leurs, doit affronter les railleries des surfeurs
45 John Engle, Surfing in the Movies: A Critical History, 2015,
Jefferson, McFarland Publishers, p. 186.
concernant sa pratique. Ainsi lorsqu'Anne-Marie arrive avec
ses deux amies sur le parking de la plage pour s'entraîner pour la
compétition du Pipe Masters à venir, elle doit subir les
quolibets de quelques une de leurs connaissances masculines : « Allez donc
faire du surf pour fillettes. C'est une compet' de surf pas de noyade ».
Une fois dans l'eau, lorsqu'Anne-Marie hésite à prendre une vague
trop grosse, de nouveau ce sont les mêmes garçons se plaisent
à lui faire remarquer que l'océan n'est pas sa place : « Les
filles peuvent pas surfer une vague, c'est bien la preuve. Retourne à la
plage, c'est parfait pour les filles ».
Si dans Blue Crush, Anne-Marie, qui, étant
déjà une surfeuse expérimentée, subit des piques
sexistes de la part des surfeurs,les réactions peuvent être bien
plus violentes envers les jeunes filles souhaitant s'essayer à cette
pratique pour la première fois. Dans Puberty Blues, le
spectateur peut voir l'évolution du comportement de Debbie qui passe de
simple spectatrice des surfeurs sur la plage à surfeuse débutante
en fin de film, le tout ne se passant pas sans le malmenage verbal de ses amis
de lycée masculins. Debbie et sa meilleure amie Susie commencent tout
d'abord par avoir de la curiosité pour le surf, à force de
regarder leurs camarades sur les vagues, rapidement cette curiosité se
transforme en désir (n'en témoigne la scène où
Debbie contemple les planches de surf dans un surf shop de sa ville,
(illustration 36).

Illustration 36: Puberty Blues
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Ce désir se concrétise un jour où, sur la
plage, Debbie confie à Susie l'idée qui la taraude : « I
wish we had a board » [Si seulement on avait une planche]. Susie, sur
la même longueur d'onde que son amie lui répond : « Why
don't we ask a line of one ? » [Pourquoi ne demandons- nous pas de
faire un essai ?]. La réaction des garçons ne se fait pas
attendre. D'une part, ils ne veulent pas prêter leur planche, et encore
moins à quelqu'un qui ne sait pas surfer et d'autre part ils ne veulent
pas la prêter à une fille car selon eux le surf est une
activité masculine : « Girls don't surf, you are not touching
my board ».
L'émancipation de Debbie et Susie se fera donc en fin
de film. Elles décident ensemble d'aller acheter une planche de surf.
Elle transportent alors toutes les deux leur planche de surf, d'abord sous les
moqueries et insultes des surfeurs « She is hopeless ». Puis
quand Debbie parvient à prendre sa première vague et se mettre
debout sur la planche, tout le monde l'admire et les filles, les surfer chicks
l'envient, ce que l'on peut voir à leurs regards. En somme les autres
filles envient Debbie pour sa décision courageuse de quitter le groupe
de surfeurs,de cesser de vivre le surf par procuration au travers des
garçons et de commencer à vivre sa propre expérience
surfique.
Les femmes qui ne pratiquent pas le surf se font bien souvent
rabrouer par la gente masculine lorsqu'elles se risquent à faire des
commentaires sur ce sport. Dans Surf II, lorsque la mère de
Chuck se risque, dans la cuisine, à faire une remarque sur la pratique
surfique de son fils, son mari lui suggère son ignorance, au moyen d'une
ironie mesquine : « Listen to the Big Kahuna over here ! You wouldn't
recognize a tube if steering you in the face » [Ecoute donc la grande
Kahuna ! Tu ne reconnaîtrait même pas un rouleau si tu avais le nez
dedans].
Parfois, c'est la femme qui s'autodétermine un
rôle non égalitaire vis à vis des surfeurs. C'est ainsi que
dans Puberty Blues, alors que Debbie est sur la
89/238
plage avec ses amis, Bruce, au sortir de sa session de surf,
se plaint à elle qu'elle ne le regardait pas : « You weren't
watching ! I caught this really good wave, I looked up and you weren't watching
» [Tu ne regardais pas ! J'ai attrapé cette très
bonne vague, j'ai levé les yeux et tu ne regardais pas]. Debbie se
sent ainsi obligée de se justifier à son égard. De suite
après cet incident, Bruce et ses amis déclarent avoir faim.
Debbie se propose d'elle-même (peut-être pour se faire pardonner de
ne pas avoir regardé Bruce prendre les vagues) d'aller leur chercher
à manger. Ce « rôle » de la jeune femme pourvoyeuse de
repas pour le surfeur est aussi développé dans California
Dreaming (1979). Dans ce film, c'est Stephanie, la petite amie du surfeur
Rick, qui prépare un « banana cake » pour lui et ses amis
surfeurs. Rick ne prenant aucune considération pour sa cuisine, se met
alors à jeter le gâteau de Stephanie, en guise de bataille de
nourriture avec ses amis surfeurs.
Dans Drift, le machisme est lui aussi bien
présent, et ce dès les premières scènes du film.
Alors que Jimmy Kelly gagne un concours de surf amateur sponsorisé par
Ocean King, le patron de la marque, remettant le trophée à Jimmy
est accompagné d'une miss avec qui il fait la publicité de ses
produits annexes (illustration 37). C'est ainsi que cette « miss surf
» présente un cube de wax promotionnel. L'un des spectateurs de
l'auditoire déclare avec grivoiserie : « Je lui en donnerais
bien moi de la wax ! ». Jimmy achève ce machisme en soulevant
la miss quand il prend son trophée.

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Illustration 37: Drift.
2/ Xénophobie
À maintes reprises, les surfs movies dont
l'intrigue se déroule à Hawaï mettent en opposition les
surfeurs locaux hawaïens et les surfeurs étrangers, alors
appelés haole (blancs). Dans le film North Shore, le
jeune Rick fraîchement débarqué à Hawaï depuis
son Arizona natal, se fait voler son sac par un groupe d'Hawaïens. Il
connaîtra de nombreux démêlés tout le long du film
avec les locaux et ira même jusqu'à se faire chasser d'un line-up
et se battra avec eux pour tenter de défendre son honneur. À
l'instar de North Shore qui relate le vol d'affaires par des
Hawaïens, Local Boys (2002) en fait une péripétie
dès le début du film. Alors que le jeune Randy et son groupe
d'amis surfeurs vont à Secos pour le « South Swell », ils
constatent à leur retour qu'ils se sont fait voler leurs planches par un
groupe de surfeurs hawaïens. Plus tard dans le film, ils finissent par
découvrir l'identité de ce groupe de surfeurs. Il s'agit du
groupe se faisant appelé les DA CLEAN UP. Pour affirmer leur
suprématie, ils vont même jusqu'à taguer la phrase «
Locals only Da clean up crew rules » à l'entrée de la plage.
Leur leader, Victor, portant le surnom de Da Cat, les prend en grippe. Il va
même jusqu'à aller à une fête de Randy où il
n'a pas été invité afin de créer un esclandre et le
traiter de « haole boy » devant l'ensemble des invités pour
lui signifier qu'il n'a rien à faire ici. Randy et ses amis
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surfeurs, sûrs que Da Cat et ses acolytes ont leurs
planches décident de les espionner. Les suivant jusqu'à une de
leur fêtes, ils constatent avec effroi qu'ils sont en train de
brûler leurs planches (illustration 38).

Illustration 38: Local Boys.
Cet autodafé surfique, hautement symbolique,
témoigne donc de la non acceptation d'un groupe étranger sur un
territoire donné. Ce motif de la planche de surf en feu est
utilisé également dans le film Surf Nazis must die.
Alors que les Surf Nasty contrôlent tout le littoral californien,
d'autres groupes de surfeurs minoritaires commencent à se rebeller
contre eux. L'un des éléments de cette rébellion est
l'autodafé, par les groupes surfeurs minoritaires, des planches de surfs
du »Führer de la nouvelle plage » et de ses acolytes
(illustration 39). Cet acte, pris hautement au sérieux par les Nasty,
entraînera une vendetta qui entraînera l'assassinat de tous les
groupes rivaux en guise de représailles.

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Illustration 39: Surfer Nazis must die.
Le rapport conflictuel entre Hawaïens et surfeurs
étrangers est exploité également dans Blue Crush.
Anne-Marie bien que ses parents ne soient pas d'origine hawaïenne, est
née sur l'île et ne l'a jamais quittée. De ce fait elle est
acceptée par la communauté locale de surfeurs dont le «
leader » est par ailleurs son ex petit-ami. Alors qu'elle s'entraîne
pour la compétition du Pipe Masters à venir, son ex met en garde
les autres surfeurs de la laisser tranquille : « Très bien
écoutez tout le monde, cette fille est avec moi. Elle fait partie de la
bande. Elle va surfer ici. Si l'un d'entre vous se met sur son chemin, il aura
affaire à moi ». En revanche lorsqu'elle décide d'aller
à Kawela Bay pour enseigner à surfer à son petit ami Matt,
venu du continent, ils se font chasser car Matt n'est pas un local : «
Hey les amateurs de planche, cet endroit est kapu, interdit aux haole. Si t'es
pas d'ici tu surfes pas d'ici ». L'on pourrait penser tout
naturellement que la relation conflictuelle Hawaïens et non-Hawaïens
est exagérée pour les besoins narratifs du film, cependant de
nombreux témoignages témoignent de cet état de fait.Le
célèbre surfeur William Finnegan, ayant grandi à
Hawaï relate dans son autobiographie intitulée Jours Barbares
la discrimination dont il a été l'objet pendant son
adolescence sur l'île, notamment de la part du groupe local nommé
In-Crowd :
Les haoles (les Blancs dont je faisais partie) ne formaient
à Kaimuki qu'une minorité dérisoire
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et incroyablement impopulaire. Les 'Natifs' comme je les
appelais à l'époque, semblaient nous détester, nous plus
que d'autres. C'était assez exaspérant dans la mesure où
la plupart des collégiens hawaïens étaient bâtis comme
des armoires à glace et que le bruit courait qu'ils aimaient la bagarre.
La racisme des gars de l'In-Crowd était plus un état de fait
qu'une doctrine E...] Pour n'être pas assez cool, le gros des
élèves haoles du collège de Kaimuki était en
réalité méprisé par l'In-Crowd. Il y avait 'autres
haoles plus futés, qui refusaient de se prêter au jeu des bandes.
Ces gosses, pour la plupart des surfeurs du èversant du Diamond Head
côté Waaikiki, savaient faire profil bas quand ils étaient
en minorité.46
3/ Homophobie
La question de l'homosexualité est très rarement
traitée dans les surf movies, qui en général se
revendique d'un certain virilisme. Le corpus étudié pour le
présent mémoire ne comporte que deux références de
films où la question de l'orientation sexuelle dans le milieu du surf
est mise en avant : Newcastle (2008) et Shelter (2007). Le
film Newcastle est souvent qualifié de « Beefcake »
(beaux mecs en anglais), n'en témoigne l'affiche éloquente
à ce sujet. Dans ce film c'est Fergus, le frère du surfeur Jess
qui est gay. Jess n'accepte pas cette homosexualité et lui fait
ressentir. Ainsi lorsque les amis de surfeurs de Jess invitent malgré
tout Fergus à leur escapade surfique sur la côte australienne,
Jess peine à cacher sa colère et son embarras. Il finira
même par critiquer ouvertement l'homosexualité de son frère
devant tous les autres lors du feu de camp sur la plage. Cela n'empêchera
pas Nathan, l'un des amis surfeurs de Jess d'éprouver une attirance pour
lui et la témoignant par de nombreux regards insistants. Ils finiront
par dormir ensemble et Nathan tentera même de se rapprocher de lui en lui
apprenant les bases du surf. Même si l'homosexualité n'est pas le
thème central du film, mais plutôt un sujet annexe, il est vu
aujourd'hui comme le film australien ayant réellement introduit les
codes gay et les mécanismes d'attraction (homo)sexuels que peuvent
connaître le surf.
Le film Shelter quant à lui, raconte
l'histoire de Zach, jeune surfeur et homosexuel refoulé qui tombe
progressivement amoureux de Shaun, écrivain et surfeur à ses
heures perdues. Shaun, en plus d'assumer
46 William Finnegan, Jours Barbares, 2015, éditions du
sous-sol, p. 29.
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ouvertement son homosexualité s'avère être
le grand frère de Gabe, le meilleur ami surfeur de Zach. Zach tente donc
de lutter contre cette passion naissante, puis de la cacher, de peur que cela
ne soit découvert par son meilleur ami et par la communauté surf
de sa petite ville de San Pedro. Il fait ainsi des excès de virilisme
à certains moments. Ainsi lorsqu'il va avec Shaun surfer et que Shaun
voit une foule de surfeurs déjà entassés sur la vague,
Zach se pose en protecteur viril en déclarant : « I'll protect
you pussy ». Mais les bruits allant vite en ville, la soeur de Zach,
commence à lui faire part de ses inquiétudes. Inquiète de
voir Zach si souvent avec Shaun elle lui demande s'il est au courant de son
homosexualité. Elle ne veut pas en effet que Zach fréquente un
homosexuel, de peur que cela affecte l'équilibre de son jeune fils Cody
: « I want to think that he's not the best guy to hanging out all day
half nacked if you know what I mean. I don't want Cody around that ».
De manière inconsciente, la soeur de Zach sexualise le surf et semble
projeter ses propres fantasmes des surfeurs torse nus par ses propos.
Lorsqu'elle apprend en fin de film que Zach est effectivement amoureux de Shaun
et qu'il part aménager avec lui, elle se met en colère
prétextant qu'il n'est qu'un « summer fuck » (un coup d'un
été). Elle semble jalouse que son frère puisse
s'épanouir dans une relation alors qu'elle-même ne parvient pas
à avoir de relation stable avec un homme. Par son discours elle semble
prétendre également que les gays ne peuvent avoir de relations
sur du long-terme.
Le film Point Break bien qu'il ne soit pas un
queer movie contrairement à Shelter, quant à lui, a
souvent été vu par les critiques de cinéma comme
comportant un sous-texte gay et relevant d'un processus
d'homoérotisation (au point que certains renomment le film Point
BreakBack Mountain en référence au film de 2005 Le
Secret de Brokeback Mountain). John Engle a par ailleurs remarqué
cette ambiguïté dans le film, notamment dans le fait que Johnny et
Bodhi s'échangent des regards lourds de sous-entendus et qu'ils
partagent la même petite amie au look androgyne, et répondant au
nom non genré de Tyler :
In Point Break the attraction is
palpable if never avowed, its point a weighty contribution to the film's
already mercurial atmosphere. The two men share the same girlfriend, a Lori
Petty coiffed for maximum androgyny and bearing the gender indeterminate name
of Tyler. There's mooning and wrestling and languorous looks. This list can go
on and should, for a certain gay sexual tension is one more way
Point Break explores the question of transgression
and border crossing. It's not surprising that you can go on You Tube and among
the other parodies find a mash-up of such scenes entitled « Point
Brockback ».47
Même s'il est difficile de savoir quelles étaient
les intentions du réalisateur sur ce sujet, ou s'il s'agit de simples
projections fantasmées de la part de la communauté gay, il est
intéressant de voir comment le surf peut susciter des fantasmes sur la
question des orientations sexuelles.
4/ Addictions
a- Les drogues
Le film Drift, est peut-être
celui de tout notre corpus qui parle le plus du marché de la drogue
parmi la communauté des surfeurs. En effet les deux protagonistes
principaux du film, les frères Kelly, consomment un peu. Mais ils vont
rapidement découvrir un autre univers parallèle lorsqu'ils vont
faire la connaissance de JB un surfeur hippie vivant dans son van. JB invite
les deux frères à une soirée et leur propose du haschisch
d'Indonésie, qu'il cache à l'intérie6ur même de sa
planche. À la surprise des deux frères, il déclare «
Les surfeurs planquent leur came dans leur planche depuis des années.
C'est pas une nouveauté » (illustration 40).
95/238
47 John Engle, Surfing in the Movies: A Critical
History, 2015, Jefferson, McFarland Publishers, p. 205.

96/238
Illustration 40: Drift.
Le soir venu, il invite d'autres surfeurs à faire la
fête autour d'un feu près de son van. L'une des surfeuses
nouvellement arrivée leur propose une nouvelle drogue dont elle ne leur
dit pas le nom. Elle assure cependant qu'elle a des effets incroyables : «
Mon frère habite à Torquay, il dit que ça permet de
voir à l'intérieur de la vague ». Mais les
frères Kelly ressentent d'instinct que cette drogue peut s'avérer
bien trop forte et dangereuse et la refuse donc. Ce ne sera malheureusement pas
le cas de leur très bon ami Gus, qui va en abuser. Devenant totalement
dépendant, il va finir par avoir des problèmes d'argent et se
voir menacer par ses dealers. Ne voyant plus d'issue à sa situation, il
va se suicider en allant surfer une derrière fois, seul. Ses amis lui
feront des funérailles surf pour lui rendre hommage (illustration 41).
Ce qui est intéressant de constater dans le cas de Gus, c'est que son
utilisation abusive de la drogue en fait une mise en abyme de la
marginalité. Il n'est plus seulement surfeur mais un surfeur-addict. Il
devient donc marginal parmi le groupe de surfeurs, qui lui même est
déjà marginalisé au sein de la société.

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Illustration 41: Drift.
Il est fréquent dans les surf movies que le
problème de l'addiction aux substances psychoactives menant à la
mort soit abordé. Dans Puberty Blues, c'est le personnage principal de
Debbie, qui verra son petit ami surfeur, Gary, mourir d'une overdose devant ses
yeux. Lors des funérailles surfiques de Gary, elle posera d'ailleurs
l'anneau qui lui avait offert sur sa planche de surf , poussée au loin
sur le rivage en guise commémoration (illustration 42). C'est en partie
cette mort, qui fera l'effet d'un électrochoc que Debbie décidera
d'abandonner le groupe des surfeurs.

Illustration 42: Puberty Blues.
En somme il est important de noter, comme le rappelle
Christophe Guibert dans son article « Hossegor:le surf ou
l'élégance ? » que la communauté de
98/238
surfeur s'est développée dans la
municipalité au même moment où la drogue et ses dealers
sont arrivés dans la station balnéaire. Ainsi de nombreux
anti-surfeurs ont fait un amalgame entre surf et prise de drogue. Cela alimente
donc un stéréotype souvent admis que les surfeurs fument tous de
la marijuana ou prennent des substances bien pires. Ingrid Astier, dans son
roman La Vague, exploite ce stéréotype :
C'est Malik Joyeux, un surfeur hors pair mort trop tôt
à Pipeline, qui avait trouvé le mot d'ordre : « No ice in
paradise ». Plus que tout, Hiro se méfiait de cette
gangrène. L'alcool était sournois. L'ice était insolent.
Quand il voyait l'un des leurs maigrir à vitesse grand V et se comporter
en mode survolté, il savait. Il savait qu'il avait vendu son âme
au diable et que ce ne serait pas un sermon qui le
ramènerait.48
b- L'addiction aux vagues
Mais l'addiction dans le monde du surf ne concerne pas
seulement les drogues et substances. Elle concerne également l'addiction
au surf lui-même, qui peut devenir trop oppressant. Dans In god's
hands, la première scène du film nous montre le surfeur du
nom de Shane dans un train alors qu'il se rend au Mexique pour surfer. Sa
voisine d'en face engage la conversation avec lui. Lorsqu'elle apprend qu'il
est surfeur, elle lui avoue qu'elle a toujours voulu essayer car cela lui
semble être une activité « fun ». Shane lui avoue alors
que le surf ne devient plus fun dès lors que sa pratique devient
obsessionnelle : « It depends on whether or not you make it your whole
life. There's a wave out there, and by the time it hits this little island off
of Mexico, all I can think about is riding it » [Cela dépend
si tu en fait toute ta vie. Il y a une vague là-bas, et le temps qu'elle
frappe cette petite île au large du Mexique, tout ce à quoi je
peux penser c'est de la chevaucher]. Shane a donc bien conscience qu'il est en
proie à une addiction au surf, et pourtant, il ne peut s'empêcher
de se rendre partout où sont les grosses vagues.
Dans Surfer, Dude, c'est autour du
personnage de Steve Addington que se concentre les questions relatives à
l'addiction au surf. Alors qu'il revient dans sa ville natale après
plusieurs mois d'absence, il retrouve son ami Jack,
48 Ingrid Astier, La Vague, Paris, Les arènes,
2019, p. 33.
surfeur, qui est désormais gérant d'une boutique
de surf. Alors qu'il fait part à Steve des soucis qu'il peut avoir avec
son business, ce dernier lui recommande de se détendre tout en lui
assénant sur le ton de l'humour « Dude, when was the last time
you add a wave ? » [Mec, c'était quand la dernière fois
que tu as pris une vague ?]. Cette phrase faisant bien entendu écho
à la célèbre phrase, When was the last time you had
sex, pour souligner que quelqu'un est sur les nerfs par manque. Par
ailleurs Surfer, Dude, développe tout au long du film
deux intrigues de façon parallèle. La première est que
Steve Addington doit subir les pressions d'un producteur de télé
véreux qui tente par tous les moyens de le faire participer à une
émission de télé-réalité sur le surf. La
deuxième est que Steve Addington doit affronter une période
où pour des raisons météorologiques, l'océan reste
calme et donc il n'y a aucune vague pour surfer. Cette situation exceptionnelle
d'un océan sans vagues va durer plus d'un mois, au cours duquel Steve va
expérimenter le manque. Il va même aller jusqu'au Mexique pour
tenter de les trouver mais à son grand désarroi il constate que
là-bas aussi l'océan est plat. Au cours du film, le
décompte des jours sans surf sera indiqué au spectateur, faisant
penser à une cure de désintoxication surfique (illustration
43).

Illustration 43: Surfer, Dude.
99/238
100/238
Dans Point Break, c'est le personnage féminin
de Tyler, qui tente de faire comprendre à Johnny, novice dans la
pratique du surf, les risques addictifs que peuvent présenter ce sport.
Sentant que Johnny se laisse séduire peu à peu par Bodhi et sa
frénésie des vagues, elle le prend à part et le met en
garder : « Ils se shootent tous à l'adrénaline
ces pauvres mecs. J'espère que tu ne cautionne pas ce trip
« banzaï » comme ces gros pieds mystiques. T'as l'oeil du
kamikaze Johnny faut le reconnaître. Bodhi l'a vu, il t'emmènera
jusqu'au bord du gouffre et peut-être même au-delà
».
Cette allusion à ce besoin d'adrénaline est
particulièrement intéressant puisque ce désir
d'émotions fortes est même exploité dans la
littérature de fiction. Dans le roman d'Ingrid Astier intitulé
La Vague (2019), la romancière relate les aventures de Lascar,
Hiro et Taj, dont les existences gravitent autour de la vague géante de
Teahupo'o qu'elle surnomme « Le mur de crâne ». La plume
d'Ingrid Astier relate en plusieurs endroits cette addiction aux grosses vagues
procurant une montée d'adrénaline : « Mais il
était prêt. Il fit signe à Lascar, se jeta à l'eau
et rama vers le line-up. Lascar vit la planche blanche zébrée de
bleu rejoindre sa drogue liquide pour recevoir sa dose
d'adrénaline »49.
La sociologue Anne-Sophie Sayeux, se basant sur des
critères et des témoignages très précis, mentionne
également cette addiction au surf que l'on retrouve dans les surf
movies, comme une addiction de type sportive :
Le qualificatif d'addiction peut sembler a priori trop vif
pour décrire certaines conduites par rapport à la pratique,
même si aujourd'hui les formes addictives sont reconnues plurielles dans
les sports comme dans les autres activités humaines. Le concept et la
catégorie médicale de l'addiction se sont progressivement
imposés ces dernières décennies « On voit très
clairement dans la littérature psychiatrique et psychanalytique monter
exactement en même temps au milieu des années 70 les
préoccupations pour les dépressions et les addictions ».
Ainsi au fur et à mesure des entretiens, la dépendance au surf
s'est imposée comme une évidence. De fait de nombreuses
enquêtes utilisent le mot « drogue » pour expliquer le rapport
au surf qu'eux-mêmes ou d'autres entretiennent. Le surf n'est pas le seul
des sports à générer des conduites addictives comme l'ont
relevé Bdin et Héas au sujet du body building.50
49 Ingrid Astier, La Vague, Les Arènes, Paris,
2019, p. 99.
50 Anne-Sophie Sayeux, Surfeurs, l'être au monde: une
analyse socio-anthropologique, Presses Universitaires de
101/238
III) Le surf comme compagnon/adversaire des étapes
de
vie
A) Le surf et les responsabilités
1/ La vie professionnelle
Les surf movies américains développent
beaucoup l'idée selon laquelle être surfeur ne constitue pas un
métier. À ce titre, la première scène du film
Surfer, Dude, quoique exagérée est
évocatrice. Lorsque Steve Addington, surfeur professionnel retourne chez
lui après plusieurs mois d'absence, la douanière à
l'aéroport, voyant son look surfeur lui demande qu'elle est son
métier. Steve, avec nonchalance lui répond qu'il est surfeur. La
douanière ne peut s'empêcher de le regarder circonspecte tout en
déclarant : « Surfer ? That's not an occupation ».
À plusieurs reprises les surf movies
évoquent le rapport, parfois difficile entre le surf et sa vie
professionnelle, la conciliation entre une passion prenante et des
impératifs de travail. Le surf et le travail sont en
général toujours en confrontation puisque nous avons d'un
côté une activité libertaire et de nature solitaire et de
l'autre un devoir imposé par la société cadré par
des horaires et une hiérarchie. Le film japonais A scene at the sea
est peut-être le surf movie qui explore avec le plus
d'attention et d'esthétisme ce rapport entre le surf et le travail. Le
personnage principal du film, Shigeru est un jeun sourd-muet qui travaille
comme éboueur. C'est sur son lieu de travail qu'il va trouver, parmi les
ordures qu'il doit jeter, une planche cassée « Blue Bunny ».
Il fixe la planche et le spectateur comprend qu'un changement s'opère
secrètement chez Shigeru. Alors qu'il continue de fixer la planche, il
se fait rappeler à l'ordre par son collègue qui le traite
Rennes, 2008, p. 109-110.
102/238
de fainéant.
Il s'apprête à retourner dans le camion mais fait
rapidement volte-face pour récupérer la planche. De retour chez
lui, il la répare en taillant du polystyrène à la bonne
forme et en l'assemblant au reste de la planche avec des pics en bois
(illustration 44).

Illustration 44: A scene at the Sea.
Plus on avance dans le film et plus l'on se rend compte que sa
pratique du surf l'accapare de plus en plus. Il ne vas parfois pas travailler
et risque ainsi de se faire licencier. Un jour c'est son collègue qui
doit aller le chercher sur la plage. Il y a donc une opposition visuelle (et
donc sociologique) entre Shigeru, toujours en combi néoprène et
son collègue en bleu de travail. Cela donne une scène où
Shigeru ramasse les poubelles en combinaison de surf, qui pourrait
apparaître cocasse à première vue, mais qui en
réalité sous-tend la tension qui habite Shigeru (illustration
45).

103/238
Illustration 45: A scene at the Sea.
Il finira par prendre la décision de manquer une
journée entière de travail afin participer à un concours
de surf de 200 participants, le « Chikura Surf Classics 91 ». Il s'y
classera et montera le podium des finalistes de la catégorie A. Bien que
le travail soit perçu comme un frein à la pratique du surf, il
n'en demeure pas moins que le salaire est ce qui permet au surfeur de se
procurer une planche. C'est notamment en économisant sur son salaire que
Shigeru sera en mesure, plus tard dans le film de s'acheter une planche de la
marque « Stone Fox » coûtant 120 000 (environ 920 euros).
Peter Dixon, ancien surfeur et écrivain, auteur d'un
ouvrage pratique sur le surf intitulé Le guide complet du surf
explique très bien cette tension qui peut exister entre son emploi
et le surf :
Tout a commencé pour moi, assis, dans un entrepôt
humide , les doigts sur une machine à
écrire Olivetti rouillée. Tout près de
mon « bureau », à dix mètres de l'océan à
Topanga Beach, les rouleaux explosaient sur la grève, secouant ma table
E...] Je travaillais comme chercheur. Il fallait porter une cravate, elle
était trop serrée autour de mon cou et symbolisait
ma captivité industrielle. Un jour, alors que la
circulation ralentissait à Topanga Canyon, Malibu, je regardai les
vagues avec envie et vit des amis qui glissaient sur les vagues. Je pensais
alors : « Que puis-je faire pour échapper à mon job de
façon à pouvoir surfer ? ».
Bien sûr, surfer signifiait la liberté.
L'océan m'a donné la réponse : « Écris un
livre sur le surf ».51
Ainsi Peter Dixon dégage dans ses propos introductifs
à son guide deux
51 Peter Dixon, Le guide complet du surf, 2003,
Atlantica, p. 23.
catégories bien distinctes : les surfeurs qui ont un
travail « conventionnel » et n'ayant aucun rapport au surf (et devant
donc surfer sur leur temps libre, donc sur un temps limité) et ceux
ayant un emploi dans le monde du surf et pouvant ainsi allier leur passion avec
leur vie professionnelle. Shigeru, le protagoniste du film A scene at the
sea appartient à cette première catégorie.
Dans plusieurs surf movies donc, certains surfeurs
ont la chance de travailler dans le monde du surf et donc de pouvoir concilier
ces deux parts importante de leur vie. D'ailleurs une règle d'or est
généralement défendue par eux : il ne faut travailler que
si l'océan est calme. C'est ainsi que lorsqu'Andy Kelly, dans le film
Drift, lance avec son frère,son entreprise de création
de planches, il annonce à ses collaborateurs : « Si y a des vagues
on surfe, si c'est plat on bosse ». Cette règle est
également énoncée dans le film North Shore (1987)
: lorsque Turtle, sander de profession, fait visiter l'atelier de confection de
planches à Rick, il luit dit : « Quand il y a des vagues,
personne ne bosse ici ! ». Il y a donc ce principe de vie fondamental
chez les surfeurs de ne pas perdre de vue leur passion et leur essence, au
détriment du travail. Cependant cette règle n'est pas toujours
bien vue de la part des patrons. Dans Big Wednesday, Bear, le patron
d'une boutique d'articles de surf huppée du centre ville emploie un
surfeur pour l'aider dans ses travaux. Lorsque son employé lui demande
une nouvelle pause, Bear se met en colère car il comprend de suite qu'il
souhaite sa pause pour aller surfer : « You've been taking breaks all
morning. Every time the waves come up he want to take off. That's what I get
for hiring surf labor » [Tu as pris des pauses toute la
matinée. Chaque fois que les vagues se lèvent, il veut
décoller. Ça m'apprendra à embaucher des surfeurs]. Bear
utilise donc une nouvelle expression pour qualifier ce nouveau type de
travailleur du littoral qui souhaite aménager ses heures de travail au
gré de la houle, le surf labor, difficilement traduisible en
français (= les travailleurs surfeurs).
104/238
Toutefois il est à noter que cette règle n'est
possible et applicable que pour
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une poignée de privilégiés, à
savoir ceux détenant une entreprise familiale ou gérée
entre amis partageant la même passion. Elle était également
possible lorsque le surf n'était pas encore une activité trop
commercialisée et médiatisée. Mais avec l'augmentation du
nombre de surfeurs et donc du nombre de planches à produire, cette
règle est devenue impossible à respecter. C'est notamment cette
idée qui est avancée dans Chasing Mavericks. Lorsque
Frosty demande à son ami shaper de planches, Bob, s'il surfe
toujours, ce dernier répond avec un sourire qui en dit long : «
Non, c'est fini le surf pour moi, j'ai bien trop de planches à
shaper pour vous les mecs ».
2/ La vie affective et familiale
Le surfeur masculin dans les surf movies est souvent
représenté comme étant obsessionnel vis à vis de sa
passion. À de nombreuses reprises dans les teen movies de surf,
les petites amies se plaignent de leurs petits amis qu'ils n'ont rien d'autre
à l'esprit que le surf. Dans Surf II, par exemple, Cindy et
Lindy se plaignent auprès de leurs petits amis respectifs qu'ils ne
pensent qu'à surfer et qu'ils ne les considèrent pas assez :
« Surfers, all you know about is perfect tubes, nose rides, 360°
». On retrouve cela dans Puberty Blues, où un jour
Sue avoue à Danny et Gary : « I hope you two could do whithout
the surf for one day ». Debbie fait le même reproche à
son petit ami Gary. C'est d'ailleurs à la fin du film que Debbie va se
détourner définitivement du groupe des surfeurs, du fait de leur
inertie et du manque de diversité de leurs activités : «
Surfing is all you think about. There's more than surfing to life you know. We
could go to the movie ! ». Le surf peut même parfois entrer en
rivalité avec la personne aimée. Dans le film In God's
Hands, lors d'un voyage en bateau, Shane un jeune surfeur, tombe amoureux
de Serena, la fille du capitaine. Serena décide alors de le suivre dans
son surf trip. Serena occupe peu de place dans le film et n'a que très
peu de dialogues. Pourtant si le spectateur peut croire cette dernière
n'être qu'une simple suiveuse sans trop de personnalité, en
revanche, elle
106/238
se montre pleine de lucidité en fin de film. Elle
décide de rompre avec Shane et lui avoue qu'elle savait parfaitement que
leur relation ne durerait pas et que le surf comptait plus pour lui. Elle
savait dès le départ qu'elle serait une spectatrice impuissante
et qu'elle ne pourrait rivaliser avec l'appel des vagues. Elle l'a
néanmoins suivi pour la beauté de l'aventure : « I knew
when I came with you, it wouldn't be forever. My father's boat is coming back
through. It's been a beautiful journey » [Je savais, lorsque je suis
venue avec toi, que ce ne serait pas pour toujours. Le bateau de mon
père revient bientôt. Ça a été un beau
voyage]. La notion d'engagement est donc questionnée dans les surf
movies. Dans la plupart d'entre eux est défendu l'idée qu'il
est difficile pour un surfeur de s'engager dans une relation sérieuse.
Le film Blood Surf met en avant cette hypothèse. Au cours d'un
dîner, lorsque le surfeur Bog évoque à Cécilia son
envie de sortir avec elle, cette dernière le rejette, mettant en
lumière son inconstance : « J'aime les hommes qui ont le sens
des responsabilités, contrairement aux mecs qui passent toutes leur vie
à chercher et à rechercher des vagues plus grosses les unes que
les autres ».
Dans California Dreaming, c'est le personnage
féminin de Stephanie qui se trouve perpétuellement
malmenée par son petit ami surfeur Ricky. Cela passe du manque de
considération jusqu'à la tromperie. Ricky est cependant bien
conscient de son problème relationnel qui n'est pas lié à
Stephanie mais à l'engagement en général : « I am
not in your league, I am not good enough for you » [Je ne joue pas
dans la même équipe que toi, je ne suis pas assez bien pour toi].
Pour autant, Stephanie persiste et essaye de fortifier son couple. Elle
prévoit même un voyage à Hawaï, le rêve surfique
de Ricky. Elle achète elle-même les billets pour eux deux mais
lorsqu'elle découvre son infidélité, elle le quitte
à la porte d'embarquement de l'aéroport. Elle s'embarque donc
seule et va vivre son rêve à sa place. Cette séparation
symbolique à l'aéroport marque donc son émancipation.
Blue Juice évoque aussi le thème de la rupture entre le
surfeur et sa petite amie. J. C. est amoureux de Chloé. Cependant il est
tiraillé entre sa passion pour le surf et son amour pour elle. Alors que
ses amis surfeurs de Londres
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viennent lui rendre visite, ils réveillent ses anciens
démons et le force à venir surfer les grosses vagues de
Cornouailles. Chloé qui souhaite s'engager de manière
sérieuse et durable projette même d'acheter un local de surf pour
en faire un restaurant alors que J. C. lui fait part de son idée de
partir ensemble pour un voyage surf à travers le monde. Chloé
refuse, étant dans une autre dynamique, celle de la stabilité
affective et professionnelle. Cela amènera des perturbations dans leur
couple et plusieurs ruptures. Notamment lorsque J. C. sera parti surfer
plutôt que d'accompagner Chloé dans une vente aux enchères
visant à acheter son futur local.
Si le caractère obsessionnel du surf s'avère
sans trop grandes conséquences dans certains films de surf, surtout dans
les films d'adolescents, en revanche, il est traité avec beaucoup plus
de gravité dans d'autres genres de surf movies. Dans
Chasing Mavericks, Brenda, l'épouse de Frosty s'inquiète du
fait que son mari soit en recherche perpétuelle de grosses vagues
à surfer. Son obsession le pousse à se lever très
tôt le matin pour aller chasser Mavericks et à rentrer souvent
tard le soir, au détriment de ses enfants qu'il délaisse. Brenda
a conscience que le surf est un exutoire pour son mari, qui a par ailleurs eu
une enfance difficile, marquée par l'absence de son père.
Cependant, un jour Brenda le met en garde : « Je sais, surfer c'est ta
passion. C'est toute ta vie. Tu t'échappes je le sais. Mais je veux que
tu me fasses une promesse : qu'une vague de plus de dix mètres n'emporte
pas l'avenir de tes deux enfants ».
La question de la paternité pour le free surfer
est également un sujet délicat à aborder. Cependant
il est abordé dans peu de surf movies. On peut citer le cas
de Puberty Blues où Debbie après avoir fait l'amour avec
son petit ami Gary tarde a avoir ses règles. Elle finit par lui dire
qu'elle pense être enceinte. Gary se met à paniquer et ne donne
plus aucun signe de vie à Debbie. Il finit même par arrêter
surfer, ce qui montre son mal être et se réfugie davantage dans la
drogue. Lorsque Debbie a finalement ses règles, elle décide de ne
pas annoncer la nouvelle à Gary car elle comprend
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tout à fait que cela est inutile. Que rien ne pourra
être construit avec lui. Dans Big Wednesday, Matt apprend lors
de son voyage au Mexique, que sa petite amie est enceinte. Alors que tous les
autres la félicité, le spectateur sent bien le malaise
qu'éprouve Matt. Cette grossesse signe pour lui la fin d'une
époque. C'est d'ailleurs à partir de ce moment là qu'il va
ralentir ses sessions de surf. Plus sa fille va grandir et moins il va surfer.
Quand il retrouve son ami Jack après des années d'absence, il lui
demande s'il surfe toujours. Matt lui répond avec honnêtement :
« Only when it is necessary ».
B) Le surf et la mort : la vague comme
métaphore du deuil et de l'abandon
À plusieurs occasions dans les surf movies, le
surfeur devant traverser une épreuve dans sa vie, un drame, arrête
sa pratique du surf. Le surf est donc une activité liée au
bien-être et à la joie. Son arrêt signifie donc un
mal-être dans la vie du surfeur. Dans Newcastle (2008), lorsque
Victor meurt d'un accident de surf, son frère, Jess, ne vas plus du tout
surfer. Il se contente de regarder les vagues depuis la plage avec tristesse.
Ce n'est que grâce à Fergus, son autre frère, qu'il se
remettra finalement à surfer. Ride you wave, film d'animation
japonais développe une intrigue centrée sur la question du deuil.
Hinako est une jeune surfeuse dont le petit ami, Hinageshi, à qui elle a
également appris le surf, meurt dans un accident de surf.
Désespérée et se sentant coupable, elle décide de
déménager de son appartement. Elle s'installe alors plus loin
afin de ne pas avoir la vue de la mer chaque jour devant les yeux. La mer
désormais douloureuse à ses yeux, puisqu'elle lui rappelle la
perte de l'être aimé. D'ailleurs sa planche, dans son nouveau
logement, prend symboliquement la poussière parmi les cartons non encore
déballés (illustration 46).

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Illustration 46: Ride your Wave.
Par ailleurs une question obsède Hinako : pourquoi
Hinageshi est allé surfer sans elle. Plus tard, elle finit par voir
apparaître dans l'eau, l'image de l'esprit défunt d'Hinageshi. Il
utilise alors un langage poétique usant de la métaphore afin de
faire comprendre à Hinako qu'elle doit regagner son indépendance,
et qu'il n'est qu'une vague parmi tant d'autres : « I am also one wave
out of many. You need to prepare yourself for the next wave too. New waves will
keep on coming. They won't all be good ones. If you stay dive under the
surface, you'll never be able to ride them forward » [Je suis aussi
une vague parmi tant d'autres. Tu dois également te préparer pour
la prochaine vague. De nouvelles vagues continueront d'affluer. Elles ne seront
pas toutes bonnes. Si tu restes trop sous la surface, tu ne pourra jamais
avancer]. Autrement dit Hinageshi utilise le mot vague afin de signifier les
péripéties de la vie, qu'elles soient difficiles ou heureuses.
À la fin du film lorsqu'Hinako a finalement terminé son deuil,
Hinako déclare à ses amis, lors d'un dîner : «
I'll be riding all sorts of waves now ! ». Le titre même du
film, Ride your own wave, évoque cette idée de surpasser
les épreuves de la vie. Par ailleurs, cet animé japonais,
très friand d'un discours métaphoré, l'utilise tout au
long du film, également pour parler d'autres choses que du deuil. En
début de film, lorsqu'Hinageshi propose à Hinako
d'emménager avec elle, elle lui avoue qu'elle n'est pas encore
prête et use de la métaphore de la vague pour témoigner de
son manque
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d'indépendance : « When I can ride my own wave.
Right now I am relying on you for everything ».
De façon similaire à Ride you Wave, le
film japonais A Scene at the Sea, explore la question du deuil de
manière sobre et imagée. Takako, la compagne du surfeur Shigeru,
l'accompagne dans ses moindres déplacements sur la plage. Alors que
Shigeru finit par se noyer lors d'une séance de surf solo, c'est Takako
qui récupérera sa planche au large. Une scène du film la
montre d'ailleurs assise seul sur un banc, avec la planche de Shigeru qui
matérialise symboliquement son absence, désormais
définitive (illustration 47).

Illustration 47: A Scene at the Sea.
Elle lui fera elle-même des funérailles
surfiques. Selon son propre rituel, elle scotche une photo d'elle et lui sur la
planche de Shigeru puis la remet à la mer. C'est l'abandon de sa planche
qui lui permettra d'enclencher son processus de deuil (illustration 48).

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Illustration 48: A Scene at the Sea.
Les surf movies japonais parlent du surf et du deuil
de manière très esthétique. Avec des images très
graphiques, ils abordent avec poétique, pudeur et élégance
les notions de deuil et de mort. Nous retrouvons un exemple de ce type dans la
littérature. En 2020, le roman graphique In Waves a fait
sensation en bibliothèque et librairie. Aj Dungo, l'auteur, y fait une
apologie du surf, de ses beautés. Il fait du surf une pratique empreinte
de philosophie permettant de traverser les tempêtes existentielles.
Autobiographique, In Waves raconte comment le surf l'a aidé a
surmonter la mort de Kristen sa petite amie, surfeuse, morte d'un cancer des
os. Lorsqu'elle apprend qu'elle est atteinte d'ostéosarcome, Kristen
ressent à l'approche de sa mort, l'irrépressible envie d'aller
surfer. Aj Dungo l'admire sur les vagues malgré les limites que sa
maladie et son corps lui imposent. Aj finira par apprendre le surf après
elle, et suite à son décès, continuera le surf qui
l'aidera à surmonter la tristesse du deuil.
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Le surf donc peut aider à surmonter la perte d'un
être cher. Dans le film Local Boys, le personnage de Jim, qui sert de
professeur de surf au jeune Skeet est un veuf écorché. L'on
apprend plus tard qu'un accident de voiture a tué et sa femme et sa
fille. Suite à cette tragédie, il avoue avoir tout plaqué
et être parti de chez lui en emportant seulement sa planche : «
I took off, grabbed my board, just left for almost two years. And now I go
to work everyday and I surf ». Le surf, qui lui a permis
d'outrepasser le veuvage, lui permet donc avec le travail de bipolariser sa
vie.
Dans Ride, le surf permet également à
Jackie, d'une part de faire la paix avec son fils Angelo mais d'autre part il
lui permet de faire la paix avec elle-même, au regard de la mort de son
premier enfant. Lorsqu'elle arrive à prendre seul sa première
vague, elle décide de rentrer à New York récupérer
les cendres de son fils défunt. Elle revient ainsi en Californie et les
disperse dans l'océan avec sa planche de surf.
114/238
C) Le surf et les moments de vie difficiles : la
passage à la vie adulte, le handicap, la maladie
Nous l'avons vu précédemment avec l'exemple de
In Waves, le surf peut accompagner la maladie et les derniers instants
de vie. Ocean Tribe, réalisé en 1997, est le seul
surf movie à aborder la question des rapports entre surf et
maladie et comment un groupe de surfeurs vont accompagner leur ami Bob, atteint
de leucémie. Le personnage principal et narrateur du film, Noah, ami de
Bob, compare leur bande à un groupe de dauphins dès le
début du film « We were like a pod of dolphins, that's all I
always thought of us, a pod, a school of mammals travelling in unison through
the water, with no specific goals in mind. Pods of dolphins are said to spend
95 % of their time fishing, screwing and surfing. By highschool that was pretty
much around that life. When we graduated we found out what the other 5 % of the
time meant »52. Noah poursuit sa comparaison en
précisant que, tout comme les dauphins qui peuvent rester nager autour
d'un autre dauphin malade ou mourant pendant plusieurs jours jusqu'à ce
qu'il rende son dernier souffle, ils comptent faire la même chose avec
leur ami Bob.
C'est ainsi qu'ils lui rendent visite à l'hôpital
en lui apportant sa planche de surf et en tentant de le convaincre de sortir de
sa chambre et de venir surfer avec eux : « Come on we're gonna get
this poison out of you » [Allez viens, on va enlever ce poison de
toi]. Bob, par honte de son état refuse et les chasse de sa chambre. Une
fois seul il admire sa planche, symbole de sa condition perdue (illustration
49).
52 Nous étions comme un groupe de dauphins, c'est tout
ce que j'ai toujours pensé de nous, un groupe, un banc de
mammifères voyageant à l'unisson dans l'eau, sans but
précis en tête. On dit que les groupes de dauphins passent 95 % de
leur temps à pêcher, copuler et surfer. Au lycée, nous
menions à peu près dans cette vie. Lorsque nous avons obtenu
notre diplôme, nous avons découvert ce que signifiaient les 5 %
restants du temps.

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Illustration 49: Ocean Tribe.
Mais leurs amis n'abandonnent pas pour autant. Après un
long conciliabule dans le diner local, ils décident tout
d'abord de se raser les cheveux (illustration 50) en signe de
solidarité. Puis ils fomentent un plan afin de le kidnapper. Grâce
à la complicité d'une infirmière, ils se déguisent
en brancardiers et parviennent à l'extraire de l'hôpital.

Illustration 50: Ocean Tribe.
Une fois le « kidnapping » effectué, ils
décident d'aller tous ensemble au Mexique pour un surf trip
thérapeutique. Sur place, ils aident ainsi leur ami Bob, à
surfer, en le tenant notamment par la main (illustration 51).

Illustration 51: Ocean Tribe.
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Il est intéressant de constater que, symboliquement, la
voiture de Noah,
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customisée, haute en couleurs, et
aménagée pour accueillir des planches de surf sur ton toit, est
en réalité une ancienne voiture d'ambulance achetée par sa
mère aux enchères (illustration 52). Ainsi c'est une ancienne
ambulance devenue une « surf car » qui sert au groupe de
surfeurs « ambulanciers » à transférer leur ami, de la
chambre d'hôpital au spot de surf pour le « soigner ».

Illustration 52: Ocean Tribe.
Bob et ses amis finiront, à la fin du film, par
être entourés par des dauphins. Le film fonctionne donc de
manière symbolique et cyclique. Alors que Noah compare leur groupe
à des dauphins en guise d'introduction, ils finissent par nager
eux-même parmi eux. Le dauphin devient donc un animal totémique
pour ce groupe de surfeurs. Des dauphins figurent d'ailleurs sur l'affiche du
film.

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Si les requins sont très souvent mentionnés dans
la faune gravitant autour des surfeurs, en revanche, les dauphins sont assez
peu présents. Et peu mentionnés. Dans le corpus filmique
étudié, nous pouvons citer simplement Local Boys
où le jeune Skeet avoue à sa mère son rêve de
pouvoir surfer au milieu des dauphins ou encore Instinct de survie où
Nancy se fait surprendre en pleine session de surf par un banc de dauphins
(illustration 53).

Illustration 53: Instinct de survie.
Le Surf movie, permet d'aborder bien d'autres notions
complexes de la vie. Notamment la question du handicap sensoriel avec A
Scene at the Sea mais
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également Under the Radar, film australien de 2004 qui
raconte l'histoire du surfeur Brandon, travaillant en hôpital
psychiatrique, qui amènera deux de ses patients pour une escapade surf
le temps d'une journée. La question du passage à l'âge
adulte est également traitée dans les surf movies. Blue
juice se focalise sur la crise de la trentaine que vit le surfeur J. C.
lorsqu'il constate que sa relation avec Chloé devient de plus en plus
sérieuse. Big Wednesday quant à lui évoque la
difficulté pour un surfeur de devenir un « inlander » à
savoir devenir responsable et s'inclure dans la société. C'est le
personnage de Jack qui fera ce choix, non sans résignation, après
son retour de l'armée : « It's time to move inland, get a job,
pay taxes, the whole damn things ». Enfin Ride
the Wild Surf, au travers du personnage de Barbara, évoque la
difficulté qu'a Jody, de penser à son futur : « If you
don't go back to school, what are you going to do ? You can't spend your whole
life surfing ».
IV) Le surf movie et la construction d'une
communauté
A) Les surfeurs entre tribu, gangs et lutte de
territoires
La communauté surf s'organise autours de règles,
de codes de conduites, de rituels et cérémoniels qui font qu'on
la qualifie souvent de tribu ou de gang. Il existe par ailleurs un code non
écrit, originaire d'Australie Occidentale, qui régit les
règles de partage de l'océan et le respect entre surfeurs. Il
s'agit du Tribal Law Surfriders Code of Ethics. Bien que celui-ci ne
soit pas écrit et se passe davantage de pratiquant à pratiquant,
plusieurs organismes et institutions en ont couché les règles sur
le papier, ou sur des panneaux, à l'instar de la ville de Yallingup en
Australie., qui a érigé un panneau de rappel de ce fameux code
à l'entrée de la plage en 2016 (illustration 54). Ces
règles qui tentent à une organisation, une moralisation, et un
appel au respect entre surfeurs vise entre autres à
fédérer la communauté des surfeurs. Ce code s'accompagne
également
120/238
d'un certain cérémoniel comme le rappelle
Anne-Sophie Sayeux:
Les règles coutumières sont établies de
façon à ce que personne ne perde la face dans le territoire
symbolique. Ainsi le surfeur, dès son arrivée sur l'eau, doit se
plier à certains « rites de présentation ». Il faut
tout d'abord respecter une première séquence basée sur la
discrétion et l'humilité, qu'il marquera par un regard
détourné. Suite à cela, il devra saluer les surfeurs
déjà en place. Le respect de ces rites indique d'une part que
l'acteur connaît les règles coutumières et, par là
même, qu'il est intégré, ou qu'il souhaite
s'intégrer au groupe. D'autre part , il permet à celui qui est en
place de pouvoir estimer l'arrivant et ainsi choisir de l'incorporer au groupe
de pairs, seulement s'il respecte les séquences suivantes. Le surfeur
arrivant doit se mettre en retrait par rapport aux autres pratiquants, puis
observer ce qui se joue sur le lieu. À lui d'attendre son tour pour
pouvoir prendre une vague. Cette distance cérémonielle permet de
respecter l'intimité des acteurs, et leur spot de surf. Ces rites
interpersonnels offrent donc à chacun la possibilité de jouer son
rôle et d'être reconnu dans cette attribution. Le nouveau venu,
après avoir respecté les séquences décrites, essaye
alors de prendre une vague et prouve qu'il sait l'exploiter.53

Illustration 54: Panneau de rappel, Yallingup. Source :
abc.au.net
La bonne composition d'une tribu fonctionne donc d'une part si
les membres qui la composent partagent des finalités communes et d'autre
part s'il y a du respect et entre ses membres et comme valeur en
général, Puisqu'ils respectent ces critères, les surfeurs
font donc partie d'une tribu comme le rappelle le journaliste dans le film
In God's Hands, accompagnant
53 Anne-Sophie Sayeux. « La valeur sensation : le cas du
surf. » in Andrieu B. Ethique du sport, Edition
l'Age d'Homme, pp.600-608, 2013, Etre et devenir, 978-2-8251-4309-4. ?
hal-00999518.
121/238
le groupe de surfeurs de grosses vagues afin d'enregistrer
leurs exploits : « Probably don't realize it, but you and your friends
are part of a tribe. It's a tribe built on mutual respect... And a common
understanding of what it takes to do what we do » [Vous ne le
réalisez probablement pas, mais toi et tes amis faites partie d'une
tribu. C'est une tribu fondée sur le respect mutuel... Et une
compréhension commune de ce qui est nécessaire pour faire ce que
nous faisons.].
Le film Point Break exploite beaucoup le thème
de la tribu de surfeurs. Johnny, le policier en filature parmi cette «
tribu » va entrer en contact avec eux sur la plage, en pleine nuit,
à l'occasion d'un match de foot. Comme Johnny est un ancien joueur de
football américain, il va pouvoir s'intégrer parmi ce groupe de
surfeurs amateurs de foot par ce biais. Le match se déroulement sur la
plage, près d'un feu, encerclé par des voitures aux phares
allumées. Cet encerclement fait penser à l'organisation d'un
gang. Cette tribu de surfeurs est dirigée tacitement par un leader,
Bodhi (incarné par l'acteur Patrick Swayze), leader naturel du fait de
ses habiletés surfiques supérieures et car il surfe de jour comme
de nuit, par beau temps comme par mauvais temps. Il y a donc dans cette
micro-société des surfeurs, une hiérarchie qui reproduit
celle de la macro-société comme le rappelle Pascal Duret et
Christian Pociello :
Surf et Windsurf sont donc des sociétés
d'ordres, ne séparant non plus tiers état, clergé et
noblesse mais débutants, pratiquants diurnes et pratiquants « tout
temps toutes ». Le champion local conserve pendant la fête, son
rôle dominant. On lui apporte à boire, il a toujours une brochette
de « groupies » qui forment le cercle autour de lui. Ce Naish local
leur lance des regards paternalistes, puis la canette de bière dans une
main, le « joint » dans l'autre, brode sur ses exploits avec tant de
verve que tout le monde en redemande. Autre signe de son statut
privilégié, alors que la moquerie (sous forme de chambrage, de
branchage ou de vannes) est de rigueur entre membres du groupe, il
échappe à toute forme de plaisanteries jugées à son
propos comme une impertinence.54
Il est intéressant de constater que le personnage de
Bodhi coche tous les critères reportés par Pascal Duret et
Christian Pociello. Une fois intégré au groupe de surfeur de
Bodhi, Johnny v découvrir qu'ils sont en rivalité avec
54 Pascal Duret et Christian Pociello, « Fêtes
sportives et expression de la virilité », Agora
débats/jeunesses, 7, 1997. Les jeunes et les fêtes. pp.
55-62
122/238
une autre bande de surfeurs. Alors que Johnny prend sa
douche après une session de surf, le groupe rival mené par le
surfeur répondant au surnom de « Destroyer » va tenter de
l'étrangler avec la corde de sûreté de sa planche. C'est
Bodhi qui lui viendra alors en aide. Lorsque la situation est de nouveau
apaisée, il lui explique alors pourquoi ils se font la « guerre
» : « C'est une espèce d'escadron de la mort. Ils ne
vivent que pour tout casser, ils n'ont pas de véritable rapport à
l'océan, alors toute la spiritualité leur échappe
».
il est intéressant de constater que le leader
de cet escadron de la mort dont parle Bodhi ne soit connu que par son pseudo.
L'un des autres membres de ce groupe n'est aussi connu que par son surnom
« Bunker Weiss ». La question du surnom ou du pseudonyme au sein du
groupe de surfeurs est aussi un élément constitutif de la tribu.
Dans Local Boys, le leader des Da Clean Up Crew se fait
connaître sous le nom de Da Cat, dans Big Wednesday, l'un des
surfeurs n'est connu que sous le surnom de « Enforcer »
(l'exécuteur), probablement en raison de sa musculature
développé et de ses instincts belliqueux, tandis que Leroy se
fait surnommer par ses amis « The Masochist ».
D'ailleurs les surnoms s'appliquent aux groupes de
surfeurs eux-mêmes. On peut citer l'expression des « tontons
surfeurs » utilisée par Alain Gardinier pour qualifier les surfeurs
de la Côte basque des années 50. Par ailleurs le film Biarritz
Surf Gang sorti en 2017 explore les aspects de cette communauté
surf française si atypique :
Ils ont fait les beaux jours de l'équipe de
France des années 80 au début des années 2000. Mais ils
étaient ingérables. Leur priorité : faire la fête,
sur l'eau et hors de l'eau."On était noir le matin des fois !", se
souvient Michel Larronde, premier Européen à avoir surfé
les grosses vagues à Hawaii, où il vivra durant 25 ans. "On
était repéré, on avait les cheveux longs blonds, on
trainait jusqu'à pas d'heure, on sortait de l'eau on allait en
boite".55
On peut également citer la communauté surf
de Bretagne qui se divisent en
55 "Biarritz surf gang": L'insouciance et l'insolence
d'une bande de 'barjes' des années 80, L'Union,
https://www.lunion.fr/id259674/article/2021-05-24/biarritz-surf-gang-linsouciance-et-linsolence-dune-bande-de-barjes-des-annees-80#popin-newsletters-form
[dernière consultation le 03/09/2021]
123/238
plusieurs groupes comme les Marmouz, les Grand Frères
et bien d'autres formant tous la famille de la Breiz Connexion :
Opticiens, dentistes ou retraités, certains des Tontons
du surf breton ont troqué leurs combinaisons néoprènes
pour des costumes deux-pièces,mais n'ont jamais bradé leur
passion pour le surf. Michel Norrit vit toujours à proximité de
Pors-ar-Vag, la plage de ses premiers amours. Certes la planche est moins
souvent de sortie, surtout en hiver, mais dès les beaux jours venus,
entre deux rendez-vous, le vétérinaire-surfeur fait une cure de
vagues à la Palue à Crozon. Les Marmouz. Dans la famille des
surfeurs bretons, ils sont les petits-enfants des Tontons, la troisième
génération. Alors que les Tontons ont débuté
à l'âge adulte et les Grands Frères à l'adolescence,
nos Marmouz ont connu le surf peu après leur premier vélo, si ce
n'est pas avant. Beaucoup désormais ont des papas surfeurs, certains
même ont découvert le surf à
l'école.56
La constitution d'une communauté surf peut se faire
à plusieurs échelles. À l'échelle nationale avec
par exemple en France, la Fédération Française de Surf qui
tente de fédérer les surfeurs autour de règles
éthiques en se faisant la garante de la morale surfique. À une
échelle géographique plus restreinte comme avec les surf clubs.
Dans Cutback, le jeune Luke réussira à
intégrer le surf club de sa ville grâce à une
compétition gagnée. La fin du film se fera avec un grand nombre
d'accolade de la part des autres membres du club et la remise du fameux
tee-shirt du club à Luke, sésame de sa porte d'entrée dans
ce milieu restreint (illustration 55).

Illustration 55: Cutback.
La tribu surf peut également se faire en fonction de
son appartenance à telle ou telle marque si l'on est surfeur
professionnel ou non (les surfeurs
56 David Bianic, Erwan Crouan, Didier Tirilly,
Kornog. Surf en Bretagne, Coop Breiz, 2011, pp.
114-115.
124/238
de l'écurie Quicksilver, ceux de Billabong, etc.). Il
peut se faire aussi par équipe. Dans Surf Academy, deux groupes
de surfeurs rivaux, mais du même lycée vont s'affronter dans un
championnat au Costa Rica. Leur appartenance à leur tribu surfique
s'effectue par la couleur. L'équipe surf menée par Jordan est en
bleu alors que l'équipe surf menée par Tyler est en jaune
(illustration 56).

Illustration 56: Surf Academy.
Mais la constitution en tribu en groupe, n'est pas l'apanage
des surfeurs, les personnages qui gravitent autour des surfeurs eux aussi
peuvent s"ériger en groupes. Dans Puberty Blues, les jeunes
filles qui souhaitent être en compagnie des lycéens surfeurs
s'érigent en un groupe informel : les surfer chicks. Debbie fait partie
avec sa meilleure amie Susie, un membre de ce groupe qu'elle définit
ainsi : « If you weren't a surfer chick you are nobody. You were a
nerd, if you wanted to get into the gang you had to crawl after and suck up to
all the gang girls » [Si vous n'étiez pas une surfeuse, vous
n'étiez personne. Vous étiez une ringarde, si vous vouliez entrer
dans le gang, il vous fallait vous attirer les faveurs de toutes les filles du
gang]. En somme la vie de la surfer chick gravite tout entière autour du
surfeur allant jusqu'à rythmer leurs conversations parfois insipides.
Debbie devient ainsi la surfer chick de Danny. Ils n'ont rien en commun et
à part
l'attrait physique et sexuel, n'ont rien à se dire.
Lorsqu'ils se parlent au téléphone, la seule chose que Debbie
trouve à dire à Danny : « How was the surf today ? ».
Nell Schofield, l'actrice incarnant le rôle de Debbie avoue
elle-même avoir voulu être une surfer chick durant son adolescence
mais ne pouvant supporter la drogue et l'alcool, elle abandonna cette
idée : « Like Debbie, I wanted to be a surfie chick. But once I
was, I wanted out before it got too heavy. I hated the alcohol and the drug
scene. I saw so many kids fall down on the ground after taking drugs.
»57. La surfer chick a en somme un rôle bien
précis, très bien décrit par Pascal Duret et Christian
Pociello :
Seuls les garçons sont sur l'eau, les filles en
Pénélope des sables passant leur journée à attendre
le retour au rivage de leur conjoint. Pour ces filles, derrière des
élans aux accents féministes touchants, prônant la pratique
partagée, émergent rapidement des plaintes sur la frustration
occasionnée par leur situation de « suiveuses », toujours
à la traîne.58
Les surfeurs, en somme, nous l'avons vu, sont soumis à
des codes, des rituels, des cérémoniels qui permettent de les
ériger en communauté. Nous l'avons vu au travers des
funérailles surfiques qui permettent de cimenter la communauté au
travers de la mort et du deuil. Nous pouvons citer à ce titre le film
Blackrock où le surfeur du nom de Ricko, légende locale
du surf se suicide alors qu'il a des démêlés importants
avec la police. Ses amis lui organisent des funérailles où ils
brûlent ses effets personnels sur la planche avant de les jeter à
l'eau (illustration 57)
125/238
57 "Movie Stars Overnight", TV Week. 23 January 1982, p.
11.
58 Pascal Duret et Christian Pociello, « Fêtes
sportives et expression de la virilité », Agora
débats/jeunesses, 7, 1997. Les jeunes et les fêtes. pp.
55-62.

126/238
Illustration 57: Blackrock.
Cette cérémonie diffère de la
cérémonie océane classique. La cérémonie en
hommage au personnage de Victor dans le film Newcastle nous montre un
déroulement classique et canonique de cet événement. Les
participants sont réunis en cercles sur l'océan, autour de la
planche du défunt garnies de guirlandes de fleurs (illustration 58).
À la fin de la cérémonie certains surfeurs
s'éclaboussent avec l'eau de l'océan pour témoigner de
leur lien avec l'eau salée (illustration 59).

Illustration 58: Newcastle.

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Illustration 59: Newcastle.
Mais avant les funérailles surf, il existe ce que l'on
pourrait appeler l'oraison surfique, à savoir, l'hommage rendu à
un surfeur défunt. Le film, Big Wednesday nous en donne un
très bel exemple. Alors que Waxer est mort à la guerre du
Vietnam, leurs amis Matt, Jack et Leroy, se retrouvent ensemble, de nuit, au
cimetière militaire, et lui rendent un dernier hommage, centré
sur sa pratique du surf : « He was a good surfer. He had a nice
cutback. He rode the nose real well. He would always give people waves. I don't
even remember a day Waxer wouldn't ride with his friends ».
1/ Les règles de priorité et de
respect
Dans Point Break, c'est Johnny qui apprend
très vite qu'il existe parmi les surfeurs, un code de la vague. Il
s'aperçoit que l'on ne peut pas prendre n'importe quelle vague quand on
veut. Il faut attendre son tour. En effet alors qu'il prend une vague sans
réfléchir, il entre en concurrence avec un autre surfeur
déjà engagé. Sa réaction ne se fait pas attendre
puisqu'il donne par la suite un coup de poing à Johnny tout en lui
déclarant : « Casses toi de là enfoiré, tu peux
pas regarder où tu vas T'as osé toucher à ma planche. La
politesse ça existe, retourne dans ton arbre ». Violer les
règles de priorité et de respect peut être très mal
vu et amené au discrédit de la part du reste de la
communauté surf. Ainsi dans North Shore, le jeune
128/238
surfeur Rick, participant à une compétition
à Hawaï, se fait souffler la victoire par une tricherie du surfeur
Burkhardt. Bien qu'elle ne soit pas reconnue par les juges de la
compétition comme un élément disqualifiant, dès le
lendemain, Turtle montre à Rick un article de journal pointant du doigt
sa victoire volée (illustration 57).

Illustration 60: North Shore.
2/ La rivalité entre gangs, entre
groupes
Nous avons abordé la question de la rivalité,
allant parfois jusqu'à la violence, entre plusieurs groupes de surfeurs.
Cette rivalité se base soit sur une question d'appartenance ethnique :
surfeurs locaux/haole (ceux qui sont privés du « ha » le
souffle de vie), soit sur une question de philosophie surfeurs : les surfeurs
respectueux et les surfeurs dominateurs (exemple du film Point Break),
soit une question de territoire (les bagarres entre les surfeurs australiens et
les surfeurs de Biarritz dans les années 80).
Mais il est une autre rivalité qu'il nous faut aborder
ici, celles des surfeurs contre les autres sportifs. Ainsi dans Puberty
Blues, le spectateur peut admirer une scène cocasse où les
jeunes surfeurs se battent avec un groupe de nageurs professionnels tandis que
dans California Dreaming, les surfeurs sont en concurrence, quoique de
manière moins belliqueuse avec les
129/238
membres de l'équipe de Beach-volley.
Plusieurs surf movies mettent en scène des
rivalités entre gangs de surfeurs. Dans Surf II. Ce sont les
surfeurs zombies à la solde du scientifique Menlo qui en viennent
à s'opposer aux surfeurs traditionnels non encore zombifiés. Ils
se différencient d'eux non seulement par leur comportement mais aussi
par leur habits. Les surfeurs zombies sont habillés à la mode
gothique tandis que les surfeurs « normaux » sont habillés
comme à l'accoutumée. D'ailleurs lors de la compétition de
surf locale, ils viendront à s'affronter donnant des images cocasses
pour le spectateur du film où l'un des surfeurs zombies portera la
planche d'un surfeur concurrent en signe de domination (illustration 61).

Illustration 61: Surf II.
Le surf movie qui exploite peut être le plus l'angle de
la rivalité, quoique de manière bien particulière, est le
film Surf Nazis must Die, un film de type « revenge movie » racontant
deux histoires en parallèle : la prise de pouvoir des surfeurs nazis sur
les autres gangs de surfeurs et les déboires de
130/238
Eleanor 'Mama' Washington, dont le fils a été
tué par le gang des Nastys, cherche à les tuer un à un,
dont le désir de vengeance lui donne une énergie hors norme.
Dans ce film, résolument anti néo-nazisme, Adolf
parvient avec son gang à maîtriser le littoral et à devenir
le Führer de la nouvelle plage. Il se sert alors de la planche à la
fois comme un instrument de pouvoir et d'identification. Ils établissent
leur repaire sur Power Beach et commencent alors à cimenter leur gang
selon des règles bien précises. Leur slogan deviendra alors
« Les surfeurs sont les maîtres de l'Océan et les Nastys sont
les maîtres des surfeurs ». Ils commencent alors à fabriquer
des planches avec un couteau intégré à la pointe afin
d'attaquer les surfeurs de gangs rivaux qui viendraient sur leurs vagues. Le
personnage de Hook va même personnaliser sa planche pour intimider en y
apposant un dessin de crâne transpercé par un crochet
(illustration 62).

Illustration 62: Les Nastys.
Suite à sa prise de pouvoir, Adolf va alors
réunir dans un hangar tous les gangs rivaux pour tenter de les rallier
à sa cause tout en les soumettant. Il effectue son discours sur une
estrade avec deux planches de chaque côté de lui (la planche
devient alors politique). Il déclare alors « Nous sommes les
maîtres des sables ». Les gangs rivaux que sont les surfeurs
japonais
131/238
(ayant le drapeau du japon sur leur planche), les surfeurs
californiens, et les surfeurs bikers, ne se rallieront pas à sa cause.
En guise d'avertissement les Nastys tueront un surfeur hippie du nom de Fred et
très apprécié de tous, ayant le symbole du Peace and Love
sur sa planche (illustration 63). S'en suivra alors une tentative de
révolte des autres gangs qui mènera à un bain de sang.

Illustration 63: Nastys.
Ce film qui est assez pauvre d'un point de vue
scénaristique et narratif permet toutefois de montrer que la
communauté surf peut se diviser en gangs et que les différents
groupes de surfeurs peuvent s'opposer en fonction de leurs revendications
territoriales. Ce film permet également de montrer, de façon
intéressante que, outre un symbole d'identification et
d'autorité, la planche peut être un instrument belliqueux. Par
ailleurs dans plusieurs autres surf movies outre que celui
précité, la planche est utilisée comme « arme »
pour se battre contre des adversaires. Ainsi dans Surf II, la planche
est utilisée pour assommer les pères de deux surfeurs qui ont
pactisé avec Menlo le scientifique fou. Elle est aussi utilisé
comme assommoir dans Puberty Blues par les surfeurs lorsqu'ils se
battent sur la plage contre un groupe de sportifs rival (illustration 64).

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Illustration 64: Puberty Blues.
B) Pour une typologie des surfeurs
De nombreux types de surfeurs sont décrits dans les
surf movies, les uns entrant parfois en compétition avec les
autres, certains étant parfois opposés à d'autres, par
jalousie et par envie bien souvent. Nous pouvons donc établir
très souvent une dichotomie entre plusieurs types de surfeurs, que nous
allons voir dans les prochaines lignes.
1/ Le Free surfer solitaire versus les surfeurs en
groupe
Dans l'une des scènes de Drift, nous pouvons
voir Jimmy et J. B. admirer du haut d'une falaise, un surfeur solitaire, dont
ils taisent le nom, qui a pour habitude de venir surfer seul tous les jours sur
le même spot. Ce surfeur libre est admiré par J. B. qui en fait
une description élogieuse auprès de Jimmy : «
Voilà ça c'est le trip ultime. Il doit surfer en solo presque
tous les jours. Il a pas à se battre pour prendre une vague. Ila pas
à prouver qu'il est meilleur que les autres. C'est ça l'essence
du truc, le vrai panard. Le dernier truc qu'il doit avoir à l'esprit
c'est la compétition. On se tape des bornes tout le long de la
côte et lui il est là sur l'océan. Il a une vie de
rêve, personne ne peut acheter ce qu'il a ».
En effet le surf peut se pratiquer de deux manières, ou
bien comme
133/238
une activité solitaire où le surfeur va chercher
à entrer en communion avec la vague et la sensation de glisse, ou bien
en groupe avec des amis ou au sein d'un club. Si cette deuxième
catégorie entraîne une certaine camaraderie autour du surf, elle
peut aussi avoir comme effets négatifs de faire naître la
compétition, ou de générer de l'impatience puisqu'il faut
attendre son tour pour prendre la vague, et c'est précisément ces
aspects que J. B. n'aiment pas dans la pratique collective du surf. Il admire
par ailleurs la rigueur de ce free surfer, qui s'astreint sans
difficultés aucune à une pratique quotidienne du surf. En somme
le free surfer surfe pour son plaisir et non pour être dans la
démonstration. Et c'est exactement le conseil que donne Gia à
Sydney dans le film Rip Girls : « Tu ne surfes pas pour les
autres mais pour toi. C'est comme surfer sur un nuage ».
2/ Le surfeur en recherche de style et performance versus
le surfeur « pur »
Le surf, en plus d'être une pratique, est aussi un
exercice esthétique qui s'apparente à un spectacle d'où la
notion de « style ». Paul Mason définit deux types de styles
dans son guide du surf, l'un est fait dans la tranquillité et l'autre
dans l'énergie : « Chaque surfeur possède son propre
style. Certains sont très 'cool' et semblent à peine bouger.
D'autres ressemblent à des tornades et tourbillonnent en gesticulant
sans arrêt ».59 Le style est notamment
caractérisé par les figures comme les « upside down »,
le « roller » figure emblématique des années 1970-1980
ou encore les « montagnes russes », le « pop shove it » et
bien d'autres encore. Le style est si important que dans le film Surfer
Dude, Steve Addington, qui est choisi pour participer à une
émission de télé-réalité, une sorte de loft
story du surf, voit ses
59 Paul Mason, Le surf, 2002, Gamma Jeunesse, p. 12.
mouvements enregistrés par des capteurs, afin que son
« style » soit enregistré pour les besoins de
l'élaboration d'un jeu de réalité virtuelle.
Certains surfeurs se distinguent par un style qu'ils tentent
de développer tout au long de leur carrière. C'est ainsi que le
numéro 144 du Surfer's Journal décrit avec
poétique le style de Joey Cabell :
Sil fut un temps pris comme unité de mesure
primordiale, le style a été grandement saccagé sur l'autel
de ce faux dieu nommé « performance ». Au tournant du
millénaire , les vrais stylistes pouvaient se compter sur les doigts
d'une main. Joey Cabell, ici à Tresles en 1964 coche toutes les cases :
un sens marin de la carène tout en glisse. Une sprezzatura (nonchalance)
contenue du cool version point break. Ce que l'on voit ici est
l'antithèse du flashy, du coup d'éclat et de l'effort à
tout prix. Inutile d'en mettre plein la vue, c'est juste du
surf.60
Si le style est bien souvent apprécié, de la
part des connaisseurs, dans la pratique du surf, en revanche, un style trop
prononcé, semblant trop travaillé peut être critiqué
et paraître m'as-tu vu. C'est le cas notamment du style 'hot dogger
». Pour comprendre ce style, il suffit de regarder Big Wednesday.
Dans ce film, le personnage de Matt est un hot dogger qui a acquis une
popularité locale car il a développé une technique
où il est capable de marcher sur sa planche tout en surfant. Dans
North Shore, c'est Chandler, qui apprend à surfer à Rick
dans le respect des vagues, qui le met en garde contre ce style du hot dogging
qui ne permet pas d'entrer en communion avec la vague : « a lot of the
pros like Burkhart think a wave's just for carvin' up, you know? Hot-dogging.
Imposing their own style of acrobatics on the wave. A pure surfer goes with the
wave. He knows the wave. He knows where it breaks » [beaucoup de pros
comme Burkhart pensent qu'une vague c'est juste pour se battre, tu vois ? Le
hot-dogging. C'est imposer son propre style d'acrobatie sur la vague. Un pur
surfeur accompagne la vague. Il connaît la vague. Il sait quand elle
casse].
134/238
60 « Du style », Surfer's Journal,
n° 144, juin/juillet 2021, p. 16.
135/238
Le surfeur pur pour Chandler est donc quelqu'un qui
développe un style naturel, sans forcer, en suivant simplement les
courbes et mouvements de la vague. Il ne recherche pas la compétition
à tout prix : « I guess all the shredders are probably up at
Pipeline, practicing for the Pipe Classic. Like every kook from Florida to
Australia's shown up here to try and enter that Pipeline Classic. They
[contest] bring out the worst in the human » [Je suppose que tous les
shredders sont probablement à Pipeline, s'entraînant pour le Pipe
Classic. Comme tous les kooks de Floride et d'Australie qui se sont
présentés ici pour essayer d'entrer dans ce Pipeline Classic. Les
compétitions font ressortir le pire chez l'humain]. Il utilise
d'ailleurs les mots de « shredder » et « kook
» difficilement traduisibles en français pour qualifier le
comportement des hot doggers. Le shredder est un surfeur ayant une
mentalité de conquérant, voyant la vague comme une conquête
tandis que le kook est un surfeur ayant tendance à surestimer ses
habiletés en surf. On le voit donc la mentalité « Go Hard
», jusqu'au boutiste de ce type de surfeur est décriée par
Chandler. Dans Californa Dreaming, le même terme de «
kook » est utilisé par le surfeur Ricky et son ami pour
critiquer le fait que leur spot de surf habituel devient complexe car trop
envahi de surfeurs se surestimant : « It got gnarly out there, there's
too many kooks » [ça devient trop ardu là-bas il y a
trop de kooks].
3/ Le surfeur authentique versus le surfeur
(sur)équipé
Très souvent dans les films de surf, sont
opposés les surfeurs de l'ancienne génération qui
pratiquaient le surf sur un longboard et les surfeurs plus jeunes pratiquant
sur des planches plus modernes. Le longboard est souvent
considéré comme une planche old school
136/238
contrairement aux planches plus courtes actuels. Pourtant
l'effet sur la vague n'est pas le même comme le rappelle le personnage de
Koa dans Rip Girls : « Surfer sur un longboard, c'est comme
voyager sur la vague, c'est lent et fluide mais sur un shortboard tu as
l'impression de transgresser les limites ». Cette opposition du vieux
surfeur usant du longboard et du jeune surfeur au shortboard est
explicitée le mieux dans le film The Prince and the Surfer.
Lorsque Cash rentre chez lui après une session de surf, son père
lui demande comment sa journée s'est passée. Cash répond
sur le ton de la taquinerie : « Man, what a day out there ! Nice
waves, smooth long swells, perfect for old timer longboarders like yourself
» [Mec, quelle journée là-bas ! De belles vagues, de
longues houles lisses, parfaites pour les longboarders d'antan comme toi].
Piqué, la réaction de son père ne se fait pas attendre :
« Old timer ! I still got the moves. I can show you a thing or two out
there. Back when I was a kid, we'd go surfing when the water was 50 degrees. We
didn't wear sissy wetsuits either. Next time we'll do a session. No wetsuit and
no leashes » [Ancien ! Je suis toujours dans le coup. Je peux te
montrer une chose ou deux là-bas. Quand j'étais enfant, nous
allions surfer quand l'eau était à 10 degrés. Nous ne
portions pas non plus de combinaisons de poule mouillée. La prochaine
fois, nous ferons une session sans combinaison et sans leash]. En somme le
père de Cash, regrette le temps où les surfeurs de l'ancienne
génération pratiquaient le surf sans leach, à savoir sans
être attachés à leur planche. En effet l'introduction du
leash en 1958 par Georges Hennebutte a été une révolution
pour le monde du surf. Il permettait d'éviter de perdre sa planche lors
d'une chute. Les runaway boards (planches fuyantes) constituaient par
ailleurs un danger pour les autres surfeurs qui pouvaient être
blessés. Être relié à sa planche évite
également de rentrer à la nage après une chute et de
137/238
voir sa planche se briser contre des rochers. Néanmoins
le leash comporte un aspect négatif, déploré par les
longboarders (les premiers longboard n'avaient pas de leash) : il entrave la
notion de liberté et empêche la sensation d'avoir des « ailes
» lors de la glisse. Par ailleurs Hugo Verlomme et Laurent Masurel
évoquent cette philosophie de l'attache dans leur ouvrage Bodysurf
:
Les premiers surfeurs ne connaissaient pas l'usage de
l'attache (leash) les reliant à leur planche et en cas de chute, ils
devaient rentrer à la nage en bodysurf. Bodysurf allait donc de pair
avec surf. Jusqu'au jour où l'attache, invention d'un Français,
Georges Hennebutte, transforme radicalement le paysage. Désormais le
surfeur qui chute ne perd plus sa planche et n'a plus besoin de rentrer au bord
en bodysurf. À quand les épreuves de surf sans leash ? Si l'on
veut être un surfeur complet, ne faudrait-il pas aussi pratiquer sans
leash ? Si le 'fil à la patte' de notre regretté Hennebutte a
énormément apporté au surf en devenant le cordon ombilical
qui a donné confiance au surfeur, je me demande s'il ne nous a pas
rendus esclaves de notre planche. Qui se rappelle que le leash fut interdit
dans les compétitions en Australie jusqu'en 1977 ? Le jour où le
leash casse - et statistiquement ça arrive plus souvent qu'à la
planche - que devient-on ? Un bodysurfer résigné voire
paniqué, quand on constate la lenteur à se mouvoir dans l'eau et
que ça bouillonne sévère.61
En somme les surfeurs de longboard qui pratiquaient sans
leash, maîtrisaient d'une part le bodysurf mais étaient
également plus proches de la vague et donc possédaient un courage
plus important, l'attache conférant une sensation de
sécurité. En somme l'équipement, en procurant du confort,
peut également entraver la pratique du surf, en ce qu'il peut
empêcher de vivre cette expérience pleinement en termes de
contacts et sensations.
Le film In God's Hands est le seul film de notre
corpus a abordé la question du surf assisté par jet ski. Ce film
réalisé par Zalman King relate les aventures de trois amis qui
voyagent ensemble en quête des plus grosses vagues. Ils retrouvent
finalement à Bali un autre groupe de surfeur qui ont le projet de
s'essayer à la vague ultime avec un jet ski. Ils commencent à
s'entraîner ensemble pour atteindre cet objectif. Durant leur
entraînement préparatoire ils regardent un reportage sur un
surfeur pro hawaïen qui s'est essayé à cette technique et
qui vante les bénéfices du jet ski en termes de
sécurité : « Before my first cup of coffee, I look in
the mirror. I think to
61 Hugo Verlomme et Laurent Masurel. Bodysurf. Aux origines
du surf. Atlantica. Anglet, 2002, pp. 55-56.
myself. Is today the last day I'm gonna be alive ? Because
you never know when you're gonna go. When you come out of that wave, if
something goes wrong, the jet ski is your only salvation
)) [Avant ma première tasse de café, je me regarde
dans le miroir. Je pense en moi-même. Est-ce qu'aujourd'hui sera mon
dernier jour ? Parce que tu ne sais jamais quand seras ta dernière
heure. Quand tu sors de cette vague, si quelque chose ne va pas, le jet ski est
ton seul salut].
Leur entraînement commence alors avec Brian un
instructeur expérimenté dans la prise de grosses vagues. Il met
en garde les trois compagnons en leur exposant les dangers des grosses vagues,
être maintenu sous l'eau par le passage successif d'une série de
vagues, ou se retrouver emprisonné dans une grotte sous-marine. Ils les
met en garde également contre deux types de surfeurs qui mettent en
danger leur vie : le Gun-ho (le surfeur qui ne veut pas
considérer le risque et qui se focalise sur ses propres
capacités) et le Gun-shy (celui qui ne veut pas accepter le
risque et qui se focalise trop sur ses limites). Il invite les trois compagnons
à ne pas être ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux
catégories car cela pourra les mener à leur perte. Il leur vante
ainsi les mérites de la technologie et du jet ski pour
appréhender les grosses vagues : « the other thing that we have
to also understand is that we can augment our own abilities through the
technology that we have. But technology isn't everything; you need the speed,
the strength, to handle those kind of poundings. Technology is taking surfing
into another dimension, allowing a rider to match the speed of a 50-foot wave,
traveling at 35 miles per hour )) [l'autre chose que nous devons
également comprendre, c'est que nous pouvons augmenter nos propres
capacités grâce à la technologie dont nous disposons. Mais
la technologie n'est pas tout ; vous avez aussi besoin de vitesse, de force,
pour gérer ce genre de coups. La technologie amène le surf dans
une autre dimension, permettant à un surfeur d'égaler la vitesse
d'une vague de 15 mètres, voyageant à 55 km par heure].
138/238
Malgré tous ces conseils, il s'attire l'inimitié de
Mickey, l'aîné des trois
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compagnons. Mickey, visiblement dans la catégorie des
Gun-Ho, dénigre le jet sky, qui selon lui, retire toute pureté au
surf. Faisant confiance à son habileté il minimise la force de la
grosse vague qu'il s'apprête bientôt à prendre : «
I'm coming to Hawaï this winter and I'm gonna paddle into one of those 40
foot sons of bitches with my bare hands. That is horseshit, it's just a wave. A
big mother of a wave, yes, but it's just a wave » [Je vais à
Hawaï cet hiver et je vais pagayer dans un de ces fils de pute de 12
mètres à mains nues. C'est de la merde, c'est juste une vague.
Une putain de grande vague, oui, mais ce qu'une vague quand même].
Lorsqu'arrive finalement le jour J à Hawaï pour prendre LA grosse
vague, Mickey est le seul du groupe à décider de la prendre sans
assistance. Avant de la prendre il fait d'ailleurs un signe de croix.
Malheureusement il finira par tomber de la vague et mourir noyé. Par cet
incident, le film In God's Hands se pose donc en partisan de
l'assistance technologique dans la prise de grosse vagues et pose comme morale
surfique qu'il ne faut pas surestimer ses capacité. La vague est
toujours la plus forte.
3/ Le soul surfer versus le surfeur de
démonstration
Le soul surfer est en général
considéré comme occupant le haut du pavé de la
catégorie des surfeurs. Le soul surfer est celui qui ne possède
pas seulement la connaissance technique et pratique de ses mouvements mais
également une connaissance théorique sur tout ce qui a attrait
à l'océan et ses phénomènes. C'est cette
connaissance qu'il met au service de sa pratique pour l'améliorer.
Dans Ocean Tribe (1997), c'est Noah qui décrit son ami Bob,
alors atteint de leucémie, comme l'un des meilleurs Soul surfer qu'il
ait connu, donnant au passage sa définition de ce type de surfeur :
« He was the epitomy of a soul surfer. He knew more about the tides,
the winds, currents, phases of the moon and anything else of facts that related
creating waves. He was always the last of us out of the water » [Il
était l'incarnation d'un soul surfeur. Il en savait plus sur les
marées, les vents, les courants, les phases de la lune et tout ce qui
concernait la
140/238
création des vagues. Il était toujours le
dernier d'entre nous à sortir de l'eau].
À l'inverse, le surfeur de démonstration est
celui qui ne base sa pratique que sur l'image qu'il véhicule vis
à vis des autres surfeurs. Obnubilé par la volonté
d'être le meilleur, le surfeur de démonstration en oublie
l'essence même du surf. C'est notamment le cas du personnage de Jim
Wesley dans Local Boys, ex surfeur professionnel ayant surfé
à Waimea Bay, qui met en garde le jeune Randy sur cette dérive :
« Problem was, I spent so much time trying to be whoever that guy is
right there, I forgot why I loved surfing in the first place. Back then I was
trying to prove something » [Le problème, c'est que j'ai
passé tellement de temps à essayer d'être quelqu'un que
j'ai oublié pourquoi j'aimais le surf en premier lieu. À
l'époque j'essayais de prouver quelque chose]. En somme Jim est devenu
après cette expérience un adepte d'une pratique
épurée, qui lui a permis de retrouver le goût et le plaisir
du surf.
4/ Le surfeur de petites vagues versus le surfeur de
gros
Dans Ride the Wild Surf, Jody, Steamer et Chase se
rendent à Hawaï à l'occasion d'une compétition de
surf à venir sur l'île d'Oahu. Jody attire tout
particulièrement l'attention d'un groupe de surfeurs sur la plage
lorsqu'il commence à surfer. L'un d'eux commente : « It's Jody
Wallis one of the best small waves riders of California. He's got style
». Et à l'un des autres garçons du groupe, non sans une
once de jalousie, de demander à voir ce qu'il vaut sur des grosses
vagues. Si Jody est un surfeur de petites vagues, il existe une
catégorie de surfeurs bien particulière, le surfeur de grosses
vagues. Il s'agit d'un type de surfeur qui va chercher à se frotter aux
plus grosses vagues, aux vagues les plus dangereuses, ou bien dans le cadre de
compétitions, ou bien dans un cadre plus informel. Les raisons pour
surfer ce type de vagues sont bien évidemment propres à chaque
surfeur (goût de l'extrême, recherche, de sensations nouvelles,
volonté de reconnaissance,
141/238
repousser ses limites, etc. ). Certains surf movies
font donc de la grosse vague le coeur de leur intrigue. Chasing
Mavericks en est un bon exemple. Dans ce film, le jeune Jay cultive
l'envie de surfer les grosses vagues depuis son enfance où il commence
avec une passion pour la contemplation des vagues (il apprend même
à compter le nombre de secondes entre chaque vague). Son voisin
étant un champion de surf, il a ainsi l'occasion d'apercevoir dans son
garage, une planche de type gun. Ne sachant ce que c'est, la femme du surfeur
lui répond « C'est pour surfer les big monstres ».
Arrivé à l'âge de jeune adulte, il va donc se former
auprès de Frosty, son voisin surfeur pour affronter la
célèbre vague de Mavericks. Jay va donc se préparer en
suivant un entraînement physique drastique, en observant les vagues. Pour
lui surfer Mavericks donne un sens à sa vie comme il le témoigne
dans la lettre qu'il écrit à Frosty son mentor qu'il lui donne
juste avant d'aller affronter la fameuse vague le jour J : « J'ai
toujours su que le temps m'étais compté, c'est pour ça que
je veux prendre ce drop. Quand je suis au pic de la vague et que je la prend,
je ne fais plus qu'un avec elle et à cet instant là je sais que
je suis vivant ».
Pour Jay, surfer de grosse vagues est donc un moyen de se
sentir en vie. Les raisons qui poussent à aller chercher les grosses
vagues varient d'un surfeur à l'autre. Cependant quelque soit la raison,
ce type de surf nécessite à la fois une bonne préparation,
une vigilance de tous les instants et d'aller dans des spots à grosses
vagues. Mais ces efforts sont récompensés par les sensations que
cela procure comme le raconte l'article consacré à Justine
Dupont, surfeuse de gros et à son petit ami Fred dans le magazine
Surf Mademoiselle :
On est dans le « search de gros », dans le plaisir
de la découverte. La nature s'impose à vous, on se sent à
la fois libre mais enserré par ces forces naturelles, telluriques,
océaniques. On se sent dominé certes, mais aussi galvanisé
par tant de force et de beauté. On revient aux racines du surf
engagé : tester les limites d'un lieu, s'adapter, se lancer dans
l'inconnu... 62
Dans Blue Crush, c'est la légendaire vague du
Pipeline, que va tenter d'affronter Anne-Marie. Avec l'aide de ses deux amies
surfeuses, elle va
62 Laurent Masure, « Justine Dupont », Surf
Mademoiselle, n° 9, 2021, p. 48.
s'entraîner d'arrache-pied afin d'être prête
pour la compétition du Pipe Masters. Contrairement à Chasing
Mavericks, Anne-Marie va affronter le Pipeline dans le cadre
réglemente de la compétition où elle va même signer
une décharge relative au décès et au démembrement.
Enfin nous pouvons citer l'exemple de Ride the Wild Surf où
Jody va affronter les terribles grosses vagues d'Hawaï. Inquiète,
sa petite amie Barbara va demander au responsable de la compétition si
selon lui, Jody peut le faire et est en mesure de surfer cette vague. Il lui
répond alors qu'il ne suffit pas d'être bon (good) mais
d'avoir du caractère (character). Le surfeur de grosse vague
doit donc en plus d'un entraînement physique important, doit forger son
mental afin d'être prêt à cette expérience aussi
unique que dangereuse.
Les vagues les plus dangereuses (Pipeline, Teahupo'o,
Mavericks) suscitent bien des émois. Banzai Pipeline est même
parfois surnommé « Serial Killer ». On retrouve cette
fascination non seulement dans les Surf movies, mais aussi dans la
littérature spécialisée et les romans de fictions tels
La Vague d'Ingrid Astier :
Le bateau amorça une valse avec l'océan.
À quelques mètres, le mur d'eau s'élevait. Une masse
tellement puissante qu'il fallait la voir au moins une fois dans sa vie pour le
croire. Depuis l'Antarctique, rien ne l'arrêtait sur huit mille
kilomètres. Teahupo'o. Le mirage du bout de la route. Le rêve de
tout waterman digne de ce nom. L'approcher c'était croiser le
diable en robe d'écume. Elle était belle à se damner.
[...] Taj avait pris des vagues cyclopéennes - des tickets directs pour
l'au-delà pour la plupart de ses semblables. Hiro tâcha de se
remémorer. Il se souvint de photographies de Taj sur Pipeline, Jaws, et
Waimea bien sûr, mais aussi Shipstern Bluff en Tasmanie, Cloudbreak aux
îles Fidji et même Mullaghmore en Irlande. L'homme pistait les
houles. Ce chasseur de bombes était allé jusqu'en Alaska pour
affronter les vagues apocalyptiques créées par la chute de
gigantesques blocs de glace. Rien ne l'arrêtait. [...] Le mur se dressa.
Une vraie paroi. Le mariage du surf et de l'escalade. Une verticalité
à presque quatre vingt dix degrés. Hiro aurait pu le voir dix
mille fois, il aurait toujours été impressionné par cette
terrifiante majesté. Cette vague qui semblait sucer toute l'eau du reef
devant elle sans jamais vouloir s'arrêter. Cette force démoniaque
décoiffée par l'écume. Il arrivait que Teahupo'o
recrachait celui qui la bravait. Sous la planche la vague vibra en lui. Des
millions d'ondulations diffusaient leur énergie. Une telle puissance de
vie le galvanisa. 63
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63 Ingrid, La Vague, Paris, Les Arènes, 2019, pp.
20, 35, 111-112.
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5/ Le surfeur raisonné versus le surfeur
inconscient
La mention du surfeur de grosses vagues poussé par le
besoin de repousser ses limites et de tester l'extrême nous amène
tout naturellement à aborder deux autres types de surfeurs. Ceux qui
pratiquent le surf avec excès et ceux le pratiquant avec raison. Dans
Point Break, c'est le personnage de Tyler, seul personnage féminin du
film qui incarne la pratique modérée et réfléchie
du surf alors que le reste de la communauté masculine dont Johnny et
Bodhi sont en perpétuelle recherche de la méga vague au risque de
mettre leur vie en danger. Dans cette pratique différencier du surf
selon le sexe, on peut voir se dessiner dans ce film une théorie
genrée du surf. D'ailleurs, lors d'une fête alors que l'un des
surfeurs fait l'apologie des grosses vagues, tyler se contente de
répondre avec dédain : « Les méga vagues, c'est
pour les machos, les ignorants et les suicidaires ». Ainsi pour Tyler
les surfeurs inconsidérés sont de trois types : ceux qui font
preuve de virilisme, ceux qui sont impréparés, et les kamikazes.
À maintes reprises elle tente de raisonner Johnny qui semble suivre les
traces de Bodhi dans sa folie des vagues : « il est sauvage, toujours
en quête. En quête de la vague métaphysique. Il est encore
plus dingue que toi ». D'ailleurs la dernière rencontre de
Johnny et Bodhi se fera sur Torquay Bay Beach. Alors que Johnny s'en va
rejoindre Bodhi sur la plage qui s'apprête à surfer la vague des
50 ans, un groupe de surfeurs le met en garde : « Faudrait être
chtarbé pour aller là-bas, ces vagues là ça te
réduit en miettes ». On a donc cette opposition entre Bodhi
prêt à mourir pour ce qu'il considère comme la vague du
siècle et des surfeurs plus raisonnés qui considèrent que
la vie vaut plus que le surf.
Dans Ride the Wild Surf, de façon similaire,
lors de la compétition, c'est Jody qui incarne le surfeur non
raisonné. En effet il tente de rester en lice malgré les dangers
que représentent les énormes vagues pour sa vie. Jody aura eu
pourtant deux avertissements. L'un de la part d'un surfeur sur la plage qui
décide d'abandonner au vu de la force des vagues : « I'm
not
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going out there. It's supposed to be surf and not
suicide » [Jee ne vais pas là-bas, c'est censé
être du surf pas du suicide]. Le deuxième conseil, il le recevra
d'un deuxième surfeur, dans l'eau cette fois-ci, alors qu'il
persévère : « Look, you will keep wipping out until one
time, you don't come up. Look it's your funeral » [Écoute, tu
vas continuer jusqu'à ce qu'un jour, tu ne reviennes pas. Regarde,
ça, c'est ton enterrement]. Malgré tout Jody va continuer...
Dans Chasing Mavericks, c'est Jay qui incarne
à certains endroits du film, le rôle du surfeur inconscient. Dans
les scènes finales, alors qu'il tente de surfer avec d'autres la vague
de Mavericks, il semble éprouver des difficultés à
s'arrêter. Il tente même de convaincre un surfeur de retourner
sentir la vague avec lui. Ce dernier comprend vite qu'il est temps pour lui de
s'arrêter avant qu'il ne soit trop tard : « Non, j'ai eu ma dose
de sensations fortes ».
6/ Le surfeur spirituel et empiriste
Dans plusieurs surf movies, certains surfeurs se
revendiquent d'une mystique du surf faisant parfois même du surf, par sa
communion avec la nature, une expérience transcendantale et
supérieure. Dans leurs propos le surf devient une sorte de religion.
Dans Surfer Dude, lorsque la productrice de télé demande
à Steve ce qui est si « spécial » dans le surf, ce
dernier répond dans des propos abscons : « surf is to be with
that mistery, to ride that mistery for as long as you can ». Le
personnage de Bodhi dans Point Break use aussi de cette rhétorique
surfique de la mystique. C'est à Johnny qu'il apporte un
élément de réponse sur ce qui fait que le surf peut
être mystique : « Alors tu connais toujours pas le sens mystique
de ce qu'on fait ? C'est un état d'esprit ».
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7/ Le surfeur rangé versus le surfeur
libertin/libertaire
Dans plusieurs surf movies il est fait état de
surfeurs qui souhaitent raccrocher du surf pour se convertir au métier
de shaper et ainsi retrouver une stabilité de vie. Dans California
Dreaming c'est le personnage de Tanner qui annonce à son ami Ricky
sa volonté de faire une dernière compétition avec lui puis
de raccrocher : « It's gonna be my last contest Rick, I am serious ,
getting too old . I'm gonna start my own business making boards. And I am gonna
marry Marsha » [Ce sera ma dernière compétition Rick, je
suis sérieux, je me fais vieux. Je vais ouvrir mon propre atelier de
shaper et je vais me marier avec Marsha.]. En somme Tanner avance 3 raisons
pour arrêter le surf : 1) il sent qu'il n'a plus l'âge d'en faire
comme avant, 2) il souhaite se reconvertir, 3) il a rencontré quelqu'un
et souhaite fonder un foyer. Rick réagit de manière violente
qu'il perçoit comme une trahison. Trahison envers lui et trahison envers
les idéaux du surf puisqu'il va se lancer dans une activité
marchande : « You're gonna be a capitalist ». Après avoir
dénigré son envie d'être shaper, il en vient à se
moquer des deux autres raisons. Il se moque de Marsha qui selon lui n'est pas
fait pour elle, puis il critique le manque de spontanéité et
d'audace de Rick « Since when have you missed the responsability
anyway ». Cette dernière moquerie répond directement
à l'allusion de Tanner « getting too old ». Ce
décalage de communication entre Rick qui répond sur un ton
moqueur et condescendant alors que Tanner s'exprimait sur le ton de la
confidence va entraîner une bagarre entre eux. En somme Tanner
considère que la vie de surfeur est incompatible avec la
stabilité d'une relation amoureuse.
Cet avis semble partagé par l'amie surfeuse d'Alvaro
dans le film espagnol Solo. En effet voyant qu'Alvaro est triste car
son ami Nelo abandonne le surf pour aller s'installer au Canada avec sa
fiancée, elle lui dit, également sur le ton de la confidence :
« Tu te sens abandonné par ton âme frère ? On ne peut
pas avoir et la liberté et l'amour ». Se développe donc
l'idée que l'esprit du surf est incompatible avec l'équilibre
d'une vie de couple. Même
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le couple surfeuse/surfeur semble incompatible puisque dans
Blue Crush, la surfeuse Anne-Marie a quitté son ex petit ami,
un surfeur local hawaïen.
C) Les surfeurs : entre rivalités, modèles
et émulation
Comme le rappelle le personnage de Frosty dans Chasing
Mavericks, « C'est un petit monde le surf ». En effet comme la
communauté surf locale peut être très vite restreinte, il
est très rapide de se comparer à d'autres figures du surf soit en
tant que modèles soit en tant que rivaux. La question de la
compétition est bien souvent prégnante dans les surf movies
particulièrement ceux américains. Dans Ride the Wild
Surf, l'un des surfeurs demande à Ross quelle a été
la vague la plus haute qu'il a bravé. Ross répond alors «
close to 30 feet » (environ 9 mètres) non sans fierté.
D'ailleurs lorsque les trois amis que sont Jody, Steamer et Chase arrivent
à Hawaï pour la compétition, ils ne peuvent s'empêcher
de « scanner » tous les surfeurs sur la plage tout en
déclarant : « Every top surfer of the world must be here ».
La compétition et la comparaison peut également
se faire entre fratrie. Tout au long du film Drift, les frères
Kelly, quoiqu'ils soient très proches, sont également rivaux en
matière de surf. De façon plus violente, dans Newcastle ce sont
les deux frères Jesse et Victor qui sont en compétitions. Jesse a
même au-dessus de son lit, une poster de son frère chevauchant la
vague, comme mémorandum de ce qu'il doit accomplir pour l'égaler.
Bien souvent les deux frères vont en venir aux mains. Cette
rivalité ira même jusqu'à l'extrême puisqu'elle va
causer le décès de Victor. En effet alors que Jesse est avec ses
amis font une excursion surf pour le week-end, Victor vient avec deux autres
surfeurs leur disputer le spot. Les deux frères se volent alors les
vagues simultanément et malheureusement Victor va faire une fausse
manoeuvre et se faire frapper par sa planche suite à une chute, ce qui
causera son décès.
La compétition va même jusqu'à des
rivalités sur le lieu de la vague même.
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Bien souvent le surfeur revendique sa propriété
sur une vague. Dans North Shore, lorsque Rick surfe pour la
première fois sur les vagues hawaïennes, il se fait chasser par des
locaux qui lui disent : « Beat it, haole buddy, this is our
wave » [Va t'en haole, c'est notre vague]. Rick étant
en position d'infériorité s'en va tout en
dééclarant tout de même « Oh, yeah? Well, I don't see
your name on 'em » [Ah oui ? Pourtant je ne vois pas ton nom écris
dessus]. Dans Big Wednesday c'est le personnage d'Enforcer, qui revendique sa
propriété sur les vagues en déclaarant un « Ma vague
» (illustration 65).

Illustration 65: Big Wednesday.
Enfin dans Ride the Wild Surf, ce sont les
personnages de Jody et Steamer qui en viennent à rivaliser pour les
vagues avec un autre surfeur professionnel du nom de Franck. Alors que Franck
tente de les chasser prétextant qu'ils n'ont pas le contrôle sur
ces vagues, Jody déclare simplement « Look, pick your waves and
we'll pick ours » [écoute, tu choisis TES vagues et ont choisi LES
nôtres]. Franck, voulant avoir le dernier mot surenchérit alors
« Sure as you pull out every time you see me taking on a wave there
will be no trouble » [Bien sûr, si tu te retires à
chaque fois que tu me vois prendre une vague, alors il n'y aura pas de
problème].
En somme l'espace de la vague, tout comme l'espace de la plage
sont donc
deux lieux polysémiques qui sont tout à la fois
les lieux incarnant le mystique, la peur, l'excitation, mais aussi la
rivalité à la fois entre surfeurs mais également entre
surfeurs et autres glisseurs comme le rappelle Jean-Pierre Augustin
(illustration 66) :
La pratique des sports de glisse, le surf en particulier,
élimine les affrontements à l'oeuvre dans les sports collectifs,
mais les études menées sur les plages atlantiques montrent
l'apparition de conflits relevant plus de lutte d'appropriation que de
violences au sens strict [...] liés à un processus symbolique
d'individuation territoriale. La première est celle de l'individuation
qui devient un principe fondateur se distinguant de l'individualisme, qui est
un repli sur soi. Elle manifeste une conscience élargie d'appartenance,
une multi-appartenance où l'individu cherche dans des groupes
provisoires et des pratiques nouvelles un sens à son existence. La plage
et la vague deviennent des lieux centraux de territorialités
passagères. [...] La mer et la vague constituent une formation
sociospatiale qui incarne les tendances postmodernes, en y intégrant de
surcroît les attributs du sacré : le mystère, la
pureté et la peur. L'étude des conflits autour du surf montre
qu'ils sont multiformes : conflits vis-à-vis de soi-même.,
conflits avec la nature puisqu'il faut se mesurer à la vague et tenter
de la dompter , conflits par rapport aux autres à qui il faut disputer
l'appropriation du lieu, le spot et la vague.64
148/238
64 Jean-Pierre Augustin. « Sports, violences et territoires.
» Cahiers de géographie du Québec,
volume 53, numéro 150, décembre 2009, p. 369-384.

149/238
Illustration 66: Source : Jean-Pierre augustin.
"Sports, violences et territoires".
1/ Le Shaper
Outre ces rivalités faisant preuve d'un fort virilisme,
le surf se constitue aussi de modèles et de figures admirées. Le
shaper, celui qui façonne les planche est l'une d'entre elles. Dans
plusieurs surf movies de notre corpus le shaper est perçu comme
un personnage hautement positif. Dans Big Wednesday, c'est le shaper
du nom de Bear, vivant sur la jetée, qui fait office de modèle
pour les jeunes surfeurs : « Often after we surfed the morning glass
we'd go down to the old pier to the bear's shop. Bear made our boards and told
us stories. He knew where waves came from and why ».
Bear apparaît comme une figure d'exception, à la
fois car il sait faire des planches adaptée pour chacun, et parce qu'il
a un savoir conséquent sur le surf et les phénomènes
marins. Cependant Bear va céder au capitalisme. Il va convertir
très vite son petit surf shop de la jetée en un magasin de surf
huppé dans le centre ville. Il va par la même devenir très
commercial dans son approche envers les autres surfeurs. Alors que Matt ne
souhaite pas devenir célèbre, Bear va le pousser à entrer
dans la logique des produits dérivés, notamment en créant
une planche « Matt Johnson ». Lorsque le surf shop va malheureusement
faire faillite, Bear va retourner vivre comme un sans-abri sur la
célèbre jetée. Matt va tenter de lui proposer un logement
chez lui mais Bear va refuser. Il souhaite demeurer sur le « old pier
» dont il demeure intrinsèquement attaché. Le « old
pier » californien est d'ailleurs un haut lieu symbolique dans la
géographie du surf californien. De nombreuses photos de surf y ont
été prises. Dans California Dreaming, la compétition de
surf que doit affronter Ricky et ses amis, se passe d'ailleurs sur la
jetée, sous le nom de « Shooting the Pier ». Il s'agit d'une
compétition emblématique ou le surfeur doit prendre les vagues
puis finir sa « course » en surfant entre les poteaux de la
jetée. Cette épreuve dangereuse, causera d'ailleurs au surfeur
Tanner de se blesser gravement et de casser sa planche (illustration 67).

Illustration 67: California Dreaming.
150/238
151/238
Le shaper est aussi une figure louée dans le film Surf
Party, où le personnage principal, le jeune surfeur J. D. qualifie son
shper, également son voisin de « héros : « Tous les
mômes ont dans leur vie une personne qu'ils admirent. Ça peut
être un joueur de base-ball, un guitariste rock ou un coureur automobile.
Mon héros à moi habitait justement au bout de ma rue. Et ce
héros avait le pouvoir de vous donner la sensation de marcher sur l'eau
». Ce shaper, prénommé Mooney, fera d'ailleurs pour J.
D. une planche spécialement adaptée pour lui. Malheureusement J.
D. se fera voler sa planche dans le film au point que ses amis s'exclameront :
« Il a perdu sa Mooney ». La planche prend ainsi le nom de son
créateur. J. D. conscient que cette planche est spéciale, partira
dans un road trip avec ses amis afin de récupérer sa planche.
Dans North Shore, c'est le personnage de Turtle,
sander qui voue une admiration secrète pour son patron, le shaper
Chandler. Alors que Turtle fait visiter l'atelier du shaper, à Rick tout
fraîchement débarqué à Hawaï,il lui avoue son
ambition, devenir comme son patron : « Someday I'm going to be a shaper
like Chandler. » [Un jour je deviendrais un faiseur de planche comme
Chandler]. Il montre alors la planche qu'il a faite lui-même de A
à Z, religieusement stockée dans une armoire comme son bien le
plus précieux (illustration 68) : « I made it from scratch.Shaped
it, glassed it, sanded it, the whole trip. You're the first to see it. »
[Je l'ai faite à partir de zéro. Je l'ai façonnée,
vitrée, poncée, tout le voyage. Tu es le premier à la
voir].

152/238
Illustration 68: North Shore.
Cependant par gêne et peur de décevoir il ne l'a
jamais montré à Chandler. Ce n'est qu'à la fin du film
qu'il s'y risquera et recevra les félicitations tant attendues de son
patron.
2/ Le photographe
Outre le shaper, d'autres personnages sont d'importance dans
les surf movies. Dans Drift, c'est le personnage de J. B. qui sert de
modèle et d'exemple pour les frères Kelly. D'une part car il est
un surfeur libre sans attaches et d'autre part car il est photographe de
surfeurs et de vagues à ces heures perdues. Il parcourt donc le pays
dans son van afin de prendre des clichés de surfeurs ce qui interroge le
plus jeune des frères, Jimmy « Tu sais jamais où tu vas
être le lendemain, c'est pas vraiment un job si ? ». Son van est
ainsi tapissé de ses propres clichés. Il faut noter que la
photographie de surf est une discipline qui se développe de plus en
plus. Certains photographes, notamment ceux qui font de la photo sous-maine,
prennent même autant de risques que les surfeurs pour obtenir le
cliché idéal. Pour le photographe de surf, le cliché
idéal est bien plus qu'un objectif professionnel, il s'agit d'une
quête esthétique comme l'explique Anthony Pancia au sujet du
photographe Russel Ord:
153/238
un jour , alors que je faisais mon tour quotidien sur les
réseaux sociaux, une simple photo m'arrêta net. Aussi net que si
l'on m'avait planté un bâton dans l'oeil. Un gros swell balayait
depuis quelques jours les côtes d'Australie Occidentale et les images
commençaient à affluer en provenance de quelques spots difficiles
d'accès. À première vue la photo en question ne
représentait rien d'autre qu'une vague démesurée se
brisant face à un parterre de connaisseurs confortablement
installés sur leurs jet ski dans le chenal adjacent, mais en y regardant
de plus près, se distinguait, masqué par les gerbes
d'écumes une paire de palmes pointant vers le ciel, il y avait
forcément quelqu'un au bout de ces palmes et il était en train de
vivre un scénario catastrophe. Ce quelqu'un se nommait Russell Ord. Il
s'était mis volontairement en danger pour photographier la vague sous un
angle inédit. J'avais un boulot de rêve à l'époque,
je travaillais pour des gars formidables et à quelques pas de chez moi.
J'en avais une énorme satisfaction sur le plan professionnel, mais
surtout, je pouvais aller surfer tous les matins, parfois pendant la pause
déjeuner, et même dans l'après-midi si bon me semblait.
Puis cette satanée photo est entrée dans ma vie et m'a fait
cogiter d'emblée. Russel était en première ligne, risquant
gros au nom de son art. Et moi, j'étais juste... satisfait. Un vrai coq
en pâte. Ainsi commença la quête du cliché ultime, de
la photo référence, qui, si tout allait bien, lui permettrait
d'atteindre la paix intérieure qu'il convoitait désormais
à travers son art.65
3/ Le journaliste
Le personnage du journaliste occupe aussi un rôle
d'importance. Il est très souvent rechercher par les surfeurs
professionnels pour faire leur promo (dans le film North Shore par exemple).
Mais le journaliste peut également être quelqu'un ayant
l'âme d'un surfeur, même s'il ne pratique pas lui-même. Ainsi
dans In God's Hands, c'est le journaliste Wyatt qui accompagne les
surfeurs de grosses vagues dans leur périple à travers le monde,
qui comprend le mieux leur philosophie, leur but, leur art de vivre. Alors
qu'il prépare un reportage sur les surfeurs de gros et plus
spécifiquement sur l'un d'eux, Shane, qu'il perçoit comme une
étoile montante du surf, il énonce ses notes dans un micro :
« And then you hear about this wave, in a faraway country with a name
you can't even pronounce. What then ? How far are you willing to make ? How
good you really want to be ? Having chronicled surfing all my life, I'm
convinced that he's one of those rare athletes whose spirit is as great as
their talent, that he'ss preparing himself for something extraordinary
». En somme le journaliste Wyatt apparaît avoir non seulement des
talents de « conteur » mais il a également l'acuité du
regard, il comprend l'essence même du surf
65 Anthony Pancia, Surfer. En quête de la photo
ultime, Glénat, 2019, introduction.
154/238
et semble connaître les aspirations de Shane mieux que
lui-même.
4/ Le commentateur
Un autre personnage d'importance, gravitant autour des
surfeurs est bien évidemment celui du commentateur de
compétition. Il a en charge plusieurs rôles, notamment celui de
faire vivre par procuration l'expérience surfique au spectateur
regardant les surfeurs sur les vagues mais également de les avertir du
danger qu'ils encourent. Dans Surf School, le commentateur remplit
l'un de ces rôles à la perfection avec des commentaires du type
« Ladies and Gentlemen, êtes-vous prêts à surfer ?
» ou encore au sujet d'une jeune femme japonaise compétitrice
: « Regardez comme elle prend les vagues, c'est comme si Godzilla la
poursuivait » ?
Dans Ride the Wild Surf, lorsque Steamer fait une
chute lors de la compétition d'Hawaï et qu'il casse sa planche, il
prend ça avec humour en déclarant « Une moitié de
planche c'est toujours mieux qu'aucune ». Le commentateur de la
compétition surenchéri déclarant au public : « Cette
fois il s'agit juste d'une planche de surfeur [qui est cassée] et non
d'un surfeur. Il faut noter que la plupart des surf movies comportent
une scène de compétition ou une scène finale de prise de
vague où le public, amassé sur la plage est tenu en haleine. En
somme il s'agit d'une véritable mise en abyme : le spectateur qui
regarde le film, regarde les spectateurs sur la plage regardant eux-mêmes
un surf movie en « live ». D'ailleurs dans Chasing
Mavericks, le spectateur peut voir une scène où Frosty
regarde son élève le jeune Jay en train de surfer, tout en
mangeant un paquet de chips (illustration 69), tout comme un spectateur
regarderait un surf movie au cinéma en mangeant du pop-corn.

155/238
Illustration 69: Chasing Mavericks.
Cette mise en abyme du spectateur se présente
également sous un autre aspect. Plusieurs surf movies nous
montrent les surfeurs allant eux-même au cinéma pour voir des
projections de films de surf. Dans Big Wednesday c'est le personnage
de Matt qui va avec son épouse et sa fille voir le film, Liquid
Dreams, documentaire en son honneur, retraçant sa technique du
hot-dogging. De façon similaire, dans Drift, lors d'une surf
party, c'est un film documentaire retraçant les performances de Jimmy
Kelly qui sera projeté sur un phare en guise d'écran
(illustration).

Illustration 70: Drift.
Dans California Dreaming, Ricky et ses amis surfeurs
se rendent au cinéma voir un film intitulé « Hot, wet and
gnarly » (illustration) consacré aux prouesses des surfeurs
d'Hawaï. Ricky, ses amis et la salle entière va
156/238
d'ailleurs applaudir aux performances surfiques
diffusées. Il ne s'agit pas ainsi que d'un simple film mais bien d'un
spectacle captivant pour la salle.

Illustration 71: Californiaa Dreaming.
Dans Surf II, à l'occasion de la
compétition de surf à venir, la communauté de surf locale
se rend toute entière voir un surf movie dont le but n'est pas seulement
d'être intégré à la surf week préparant
l'arrivée de la compétition mais également de
préparer les surfeurs à la compétition à venir
(illustration).

Illustration 72: Surf II.
157/238
Dans chacun des quatre exemples précités, les
films que regardent les jeunes surfeurs ne sont pas des surf movies de
fiction mais bien des documentaires. Il ne s'agit par ailleurs pas de n'importe
quel documentaire mais d'un type bien précis que Douglas Booth appelle
les pure surf movies, à savoir des documentaires se focalisant
uniquement sur les techniques de surf, sans autre decorum que les
prouesses et habiletés des sportifs filmés. En somme des
documentaires fait par des surfeurs pour des surfeurs.
5/ Le surfeur fan
Outre tous ces personnages, bien évidemment ce sont les
surfeurs célèbres qui font office de modèles pour les
jeunes surfeurs qui tapissent leurs chambres de posters à l'effigie de
leurs idoles. Ces posters qui constituent une sorte de fan zone dans le
microcosme de la chambre du jeune surfeur font office de mémorandum sur
ce qu'il doit devenir. Ainsi dans plusieurs teen surf movies, les
personnages principaux ont des chambres de ce type. On peut citer la chambre de
Victor dans Newcastle (illustration 73), la chambre de Rick dans
North Shore (illustration 74) où il possède un poster du
champion Lance Burkhart, le même qu'il va finalement affronter lors d'une
compétition à Hawaï ; la chambre de Jay dans Chasing
Mavericks (illustration 75).

Illustration 73: Newcastle.

Illustration 74: North Shore.
Illustration 75: Chasing Mavericks.
158/238
D) Une histoire de famille
Le surf est bien souvent évoqué dans les
surf movies comme étant une passion se transmettant de
père en fils, de mère en fille, parfois avec des accès de
sentimentalisme. Le film Instinct de survie joue sur cette corde. On
découvre ainsi dès le début du film que la jeune Nancy ne
vient pas des États-Unis jusqu'au Mexique dans le simple but de
découvrir un spot secret. Elle est ici car sa mère était
surfeuse et qu'elle est venue sur cette plage secrète lorsqu'elle a
appris qu'elle était enceinte de sa fille. Ainsi le spot n'est pas
seulement attrayant car il est secret mais aussi parce qu'il est lié
à une histoire. Nancy dira d'ailleurs au chauffeur l'amenant sur le
spot
159/238
« J'y suis jamais venue mais c'est un peu notre plage
». Plus tard, avant de se mettre à l'eau, elle a sa petite
soeur par appel vidéo. Elle lui décrit les beautés de ce
spot secret tandis que sa petite soeur se plaint qu'elle ne lui apprend pas
à surfer. Nancy promet qu'elle le fera et en effet elle tiendra sa
promesse car après sa convalescence suite à sa morsure de requin,
la dernière image du film nous montre les deux soeurs surfant ensemble
sur les vagues texanes.
Dans ce contexte, Nancy qui s'est vu enseigner les rudiments
du surf par sa mère, joue en quelque sorte la mère de
substitution pour sa petite soeur car elle, en revanche était trop jeune
et n'a pas eu le temps de bénéficier des leçons de sa
mère.
Ce thème de la jeune surfeuse dont la mère
également surfeuse est partie trop tôt est relativement
récurrent. S'il n'est pas dit explicitement dans Instinct de survie que
la mère de Nancy est morte d'un accident de surf (même si on le
devine), en revanche dans le film Rip Girls, cela est très
clair. Dans ce film pour adolescent nous découvrons que la mère
de Sydney était une surfeuse, qui est malheureusement morte sur une
vague hawaïenne. Sydney n'a pas eu le temps de la connaître et n'a
que peu de souvenir d'elle. Alors qu'elle retourne avec son père dans la
maison familiale de Hawaï après des années passées
à Chicago, elle découvre dans un vieil album photo, un
cliché de sa mère avec sa planche de surf. Son père semble
par ailleurs gêné et ne souhaite pas qu'elle fasse du surf comme
sa mère, de peur de la perdre également. Sydney finira toutefois
par découvrir, dans une dépendance de la maison, la planche de sa
mère, avec l'inscription Naniloa (illustration 76). D'ailleurs la
scène du film est filmée de telle façon qu'un rayon de
soleil vient éclairer la planche lorsque Sydney la découvre,
faisant de cette découverte un événement quasi
onirique.

160/238
Illustration 76: Rip Girls (Les filles de
l'Océan).
Sydney ne découvrira que bien plus tard que Naniloa
était en fait le surnom de sa mère à Hawaï. La
planche de surf est donc dans ce film un objet de filiation, qui se transmet de
mère en fille (comme un bijou qui se transmettrai de
génération en génération). Elle revêt
également une importance particulière, car sa mère a
inscrit son nom dessus. En effet la planche est un objet intime et très
personnel pour son propriétaire et il n'est pas rare d'inscrire son nom
pour se l'approprier symboliquement. Le célèbre Duke Kahanamoku
possédait également une planche à son nom
(illustration).

Le surf se pratique parfois en famille, les parents apprenant
aux enfants à surfer. L'article « Au bout de la route nord »
du magazine Surf Mademoiselle relate la rivalité complice des
deux soeurs canadiennes Sanoa et Mathea dans leur pratique du surf,
héritée de leur mère. Surf pratiquée en famille
donc, dans une ambiance apaisée et non compétitive :
Sanoa a 15 ans, Mathea 18. C'est la première qui a
suivi la seconde dans son engagement dans le surf. En bonne cadette, Sanoa veut
marcher dans les pas de son aînée et succombe ainsi à
l'appel des vagues. Et c'est sans appréhension que les soeurs se sont
lancées tête baissée ans ce qui deviendra leur passion.
À Tofino il se pratique tous les jours, en famille ou entre amis, et
toute l'année. C'est d'ailleurs leur mère, elle-même adepte
depuis sa vingtaine qui leur a appris les bases. Au Canada, comme il n'y a pas
trop de compétition on surfe pour le plaisir, en famille, pour l'amour
du sport.66
Si le surf est pratiqué dans une ambiance bienveillante
et sans pression, ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Il existe aussi
quelques rares cas où les parents exercent une pression auprès de
leurs enfants, prodiges du surf, afin qu'ils dépassent leurs limites.
Cet
161/238
66 « Au bout de la route nord », Surf Mademoiselle,
n° 9, 2021, pp. 37-39.
162/238
aspect est évoqué dans le film Newcastle. Lors
de leur escapade surf
du week-end, Nathan confie à Fergus que son père
est un agent de surfeurs professionnels et qu'il exerce une pression sur lui
pour qu'il
participe à des compétitions : « My
dad's all about it.He's a surf agent. He sends me shit ».
Nous pouvons également citer l'exemple de Drift
qui raconte l'élaboration d'une entreprise familiale. Sous
l'impulsion du frère aîné de la famille Kelly, qui
abandonne son poste à la scierie locale, c'est la famille entière
qui va se lancer dans l'aventure d'une boutique de planches familiale.
L'entreprise familiale portera tout d'abord le nom de « Kelly Brothers
Surf Gear », qu'ils vont finalement renommer « Drift »
lorsqu'elle va se développer. Le but initiale de cet atelier
étant de vendre des planches à seulement 35 dollars. Dans cette
entreprise chacun a un rôle bien précis, Andy le frère
aîné se charge ra de la comptabilité et des commandes
(pains de mousse, etc.), Jimmy en est le shaper, la mère des deux
frères aura pour rôle d'effectuer des combinaisons main. Enfin,
Lani la petite amie d'Andy se chargera de la communication. Ils auront
également l'aide financière d'un ancien collègue de
scierie d'Andy, parti à la retraite, qui voyant la motivation de la
famille souhaite les aider à faire prospérer leur affaire en
apportant sa contribution. Lorsque la boutique Drift commencera à
fleurir, leur concurrent direct, Ocean King tentera un partenariat qui sera
immédiatement refusé par Andy : « On vendra pas notre
âme, ce type a jamais surfé de toute sa vie ».
E) Mentorat et rite initiatique
1/ Le mentor : un guide pour le surf, un guide pour la
vie
La plupart des surf movies comportent dans leur
intrigue la question de la transmission du surf (de ses valeurs, de sa
technique) par l'intermédiaire
163/238
d'un professeur, d'un instructeur, d'un mentor, d'un guide.
Certains films font de cet apprentissage le coeur de l'intrigue du film
(Catch a Wave par exemple) à l'instar de films d'apprentissage
tels Karate Kid, tandis que d'autres en font une intrigue annexe,
parallèle (Ride, Blue Crush par exemple). Cela donne
donc des scènes filmées typiques, voire incontournables du
surf movie comme l'apprentissage du paddling ou de la mise en position
debout sur la planche. Très souvent l'apprentissage de ne fait pas dans
l'eau directement mais sur le sable, dans un parc. C'est notamment le cas dans
le film Ride où l'instructeur Jackie, à son grand
désarroi, se voit forcée de faire les mouvements de base sur
l'herbe (illustration 77).

Illustration 77: Ride.
Le film le plus original dans le traitement de cette
apprentissage est sans conteste Catch a Wave, où l'on peut voir
des scènes cocasses où les apprentis surfeurs apprennent
l'équilibre d'abord sur des skate boards, ou s'entraînent au
paddling, sur la terrasse d'une villa, arrosé par leur instructeur avec
un tuyau d'arrosage (illustration 78).

164/238
Illustration 78: Catch a Wave.
Le mentor dans le surf movie est donc celui qui donne
des conseils et des tuyaux de toutes sorte à son élève.
Dans Ride, Ian précise ainsi à Jackie «
L'entrée et la sortie dans l'eau sont les deux phases les plus
dangereuses » ou dans Point Break : « Tes deux
pieds doivent atterir sur la planche à la même seconde. Pas de
genou sur la planche ». Dans North Shore, Chandler apprend
à Rick à ne pas être toujours dans l'action du surf mais
aussi dans l'observation. C'est ainsi qu'il apprend à Rick à
regarder le récif : « See, a wave breaks in water that's half
as deep as the wave is tall » [Tu vois, lorsque la vague se brise,
elle est sous l'eau à moitié aussi profonde que la vague est
haute].
L'instruction du surf peut être abordé avec plus
ou moins de gravité selon les surf movies. Il est tout à
la fois un moment de distraction ou un devoir. Dans Blue Crush,
Anne-Marie apprend à surfer à deux clients de son hôtel
dans une ambiance de franche camaraderie alors que dans Point Break
l'apprentissage du surf se fait par devoir. En effet Tyler va sauver de la
noyade Johnny, qui s'essayait seul à la pratique du surf. Elle le
sermonne sur son inconscience de débutant : « Tu veux en finir avec
la vie ? Autant te tirer une balle dans la tête ». Elle finira par
accepter d'être la prof de Johnny afin de ne pas avoir sa mort sur la
conscience malgré les moqueries de ses compagnons qui se moquent d'elle
parce qu'elle s'abaisse à donner
165/238
des cours à un néophyte. On retrouve cet aspect
dans Chasing Mavericks. Alors que le jeune Jay viet demander au
surfeur professionnel Frosty de l'aider à surfer la vague géante
de Mavericks, de dernier refuse tout d'abord. Mais très vite, il va
accepter malgré lui, raisonné par sa femme qui lui ouvre les yeux
: « Il ira surfer cette vague de toute manière, au risque de se
tuer ». Sa femme l'intime donc de devenir le mentor du jeune
garçon pour au moins pouvoir contrôler son apprentissage.
Lorsqu'il annonce à Jay il luit dit qu'il va l'entraîner afin
qu'il « survive » à cette vague car il ne veut pas avoir sa
mort sur la conscience.
Le mentorat répond également à une
certaine rigueur et à certaines règles. Dans Point
Break, c'est Tyler qui décide d'enseigner à Johnny les bases
du surf selon deux conditions :
-Qu'il exécute ses consignes à la lettre :
« Tu feras tout ce que je te dis au moment où je te le dis
»
-Qu'il soit ponctuel : « Rendez-vous à six
heures. Si à six heure une il y a personne, je me casse ».
Ces deux mêmes conditions sont énoncés par
Frosty à Jay dans Chasing Mavericks aux termes d'un engagement
tacite : « Voilà le contrat, ni question ni discussion et fin
de l'histoire. Je t'apprends ce que tu dois savoir et rideau, c'est pigé
? Retrouve moi demain matin à mon hangar, à 6h30, pas 6h31 ni
6h32 ».
Le mentorat surfique amène souvent à
développer des relations qui vont au-delà du seul lien
prof/élève. Le mentorat sert parfois à se rapprocher de
l'être aimé. Dans Blue Crush, c'est le personnage de Matt
qui demande à Anne-Marie des leçons de surf afin de se rapprocher
d'elle. De façon similaire dans Ride your Wave, le personnage
d'Hinageshi éprouve un amour secret pour la jeune surfeuse Hinako. Il
lui demande des cours de surf. Elle accepte. En échange il lui apprend
à faire du café et une omelette de manière traditionnelle.
Après la session de surf, ils vont même au restaurant ensemble
où Hinageshi se confond en excuses auprès d'Hinako
166/238
car elle manque de belles vagues à cause de lui :
« you went and came to a place with easier waves just for me
» [tu es venu ans cet endroit avec des vagues faciles juste pour
moi]. Le surf deviendra donc l'entremetteur de cette idylle naissante. Dans
Ride, c'est Jackie qui finira par tomber amoureuse de son instructeur Ian.
Dans bien des surf movies, les scénaristes
développent le personnage archétypal du jeune surfeur ayant des
problèmes familiaux. Souvent sur fond de pauvreté, le jeune
surfeur vient d'une famille où le père (ou la mère dans
certains cas) est absent ou violent. Dans Blue Crush, Anne-Marie n'a
pas de mère, dans Chasing Mavericks, Jay vit seul avec sa
mère alcoolique et non indépendante alors que son père a
quitté le foyer familiale alors qu'il était enfant. Dans
Drift, les frères Kelly ont échappé avec leur
mère à un père alcoolique, en pleine nuit, en s'enfuyant
avec la voiture dans une autre ville d'Australie. Dans Shelter, le
jeune Zack vit avec un père gravement malade et une soeur irresponsable
tandis que dans Local Boys, la mère de Randy et Skeet doit
repousser avec ses fils, un ex fiancé alcoolique. Les exemples
pourraient être multipliés ici. Ainsi le mentor apparaît
très souvent pour le jeune surfeur comme un père de substitution,
remplaçant l'image paternelle absente. Dans Local Boys, Jim
Wesley va devenir le mentor du tout jeune Skeet. Mais ce mentorat va se faire
de manière progressive, par paliers, comme un apprivoisement. Jim va
tout d'abord commencer par lui donner des conseils (comme cacher sa planche
sous le poste de garde plutôt que de la transporter chaque jour) puis il
va lui procurer une planche plus adaptée à sa taille. Enfin il va
passer à la pratique avec lui (il va lui apprendre à faire des
rip curls, puis des cutback sur la plage de Sandbar Peak) n'hésitant pas
à le rappeler à l'ordre lorsqu'il néglige la
sécurité en allant trop loin dans la mer : « You are out
too far You are way past the line. It's a south swell. You are in a rip tide !
» [Tu es trop loin. Tu as dépassé la limite. Il y a une
houle de sud et tu es en pleine marée montante !]. À la fois
enseignant et protecteur, il va donc devenir pour Skeet une figure
référente puis un père de substitution, alors que le sien,
policier de métier a été assassiné. Son grand
frère cependant
167/238
voit d'un très mauvais oeil l'emprise de Jim sur Skeet
et en blâme sa mère : « He comes and gets Skeet all
pumped up on his pure surfing bullshit »[Il vient et remplit la
tête de Skeet avec ses conneries sur la pureté du surf]. Lorsque
Jim commence à comprendre son attachement pour Skeet il décide de
s'éloigner. Cela provoque un mal-être pour le jeune garçon
qui s'arrête de surfer malgré les encouragements de son grand
frère : « Surf's supposed to be cranking. It'll be fun !
». Jim finira par revenir et se faire accepter par le grand
frère réticent. Symboliquement et légitimant ainsi son
rôle de père de substitution, il deviendra le fiancé de la
mère de Skeet et Randy.
Dans Chasing Mavericks, c'est Frosty qui va devenir
un père de substitution pour le jeune Jay. Alors que son père a
quitté le foyer familial très tôt en ne laissant qu'une
lettre à son fils (qu'il n'a jamais osé ouvrir), il doit
s'occuper de sa mère qui peine à se sevrer de la boisson et
à garder un emploi stable. Frosty comprend très vite le
rôle qu'il a à jouer auprès de lui. Il doit non seulement
le guider dans le surf mais aussi dans la vie. Il fait ainsi un rapprochement
entre la lettre de son père qu'il n'arrive toujours pas à ouvrir
et lire, et la vague de Mavericks qu'il doit affronter prochainement : «
Si tu ne trouves pas le courage d'ouvrir cette lettre alors comment tu peux
prendre cette vague ? ». Jay finira par ouvrir cette fameuse lettre
sous les conseils de Frosty. Il en rédigera alors une nouvelle, à
son attention, dans le cas où il perdrait la vie en surfant Mavericks.
Jay la lui remettra après que Frosty lui ait déclaré qu'il
l'aimait comme un père.
a- Le rite et l'épreuve initiatique
Dans les surf movies d'apprentissage, que
l'apprenti-surfeur apprenne en autodidacte ou accompagné, va
nécessairement vivre ce moment de la première mise à
l'eau, ou de la première vague prise seul(e). Cet épisode fait
office ainsi de tournant dans la pratique (on passe de la pratique amateur
à la pratique sérieuse). Cette épreuve initiatique est
bien évidemment polymorphe selon les surf movies. Dans
Point Break, il s'agit pour Johnny de prendre sa première vague
lors d'une équipée nocturne.
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Cette étape apparaît alors comme une
véritable épreuve. Tyler, la petite amie de Bodhi éprouve
elle-même des doutes « Je crois pas qu'il soit prêt
». Johnny quant à lui n'est pas prêt à entrer
dans le grand bain et prend cela pour de la pure folie : « Faut être
taré, je vois que dalle, je vais mourir ». Bodhi le pousse tout de
même en lui donner un ultime conseil : « Il faut sentir la
vague, accepte sa force, met toi en synergie et fonce. T'as pas besoin de tes
yeux. Allez Johnny voilà ton chauffeur, au boulot ! ». Johnny
usera donc de ce conseil et foncera sans trop réfléchir et
réussira à faire son premier stand-up sur la planche. La question
de la mise debout sur la planche. Ainsi dans Ride, le film nous
présente pendant une minute toutes les chutes de la mère (de 40,
10 minutes à 41, 10 minutes). Ces chutes fonctionnent comme un rite
initiatique, qui se poursuivra à 1h03 du film lorsqu'elle se
décidera à aller surfer seule, sans instructeur. Jackie vivra par
ailleurs deux autres épreuves avant ce rite initiatique. Le premier
étant l'expérimentation de la froideur de l'eau lorsqu'elle
s'essaye pour la première fois au surf. Lorsqu'elle se décide
à acheter une combinaison adaptée, la deuxième «
épreuve » qu'elle traverse est celle de choisir sa combinaison et
de parvenir à l'enfiler. Cela donne une scène comique pour le
spectateur où l'on peut voir Jackie peiner à mettre sa
combinaison dans la cabine d'essayage (illustration 79).

Illustration 79: Ride.
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Nous pouvons noter plusieurs étapes dans le surf
movie comme rite initiatique. Parmi elles, le choix de la première
planche, le transport de la planche jusqu'à la plage, le waxage de la
planche, la première mise debout sur une vague, la première
blessure, etc. Local Boys comporte un grand nombre de ces
étapes initiatiques. Nous avons tout d'abord la première
étape lorsque son grand frère, Randy, l'emmène choisir sa
première planche. Ils s'extasient d'abord sur une planche
thruster, puis trouvent enfin une planche qu'ils pensent adaptée
pour le jeune Skeet. Skeet ne souhaite au départ pas cette planche car
elle ne comporte pas l'image d'un soleil, qui est selon lui la marque des
champions. Son frère finit par coller un autocollant sunrise sur sa
planche (illustration 80) et lui dit de la porter lui-même car c'est SA
planche.

Illustration 80: Local Boys.
En effet le soleil est un élément important dans
l'imagerie du surf. C'est ainsi que la médaille gagnée par Rick
dans North Shore, lors de sa première compétition de
surf en Arizona comporte les trois éléments clés de
l'imagerie du surf : le surfeur sur sa planche, la vague, le soleil
(illustration 81).

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Illustration 81: North Shore.
Le deuxième rite que Skeet doit affronter est celui de
transporter sa planche tout seul sur la plage jusqu'au shore break. Il
trébuchera et subira les moqueries des spectateurs allongés sur
la plage. Ces chutes et ces rires font donc partie de cet apprentissage qui
doit passer par la difficulté. Enfin le troisième rite est celui
de l'assimilation. Il observera les surfeurs sur la plage. Il constatera que
bon nombre d'entre eux pratiquent des étirements avant de se mettre
à l'eau. Il va donc le faire par mimétisme avant de s'essayer
à sa première vague.
Le film animé japonais A scene at the Sea est
sans conteste celui qui explore le plus la question des rites et du rituel
surfique. Shigeru doit passer un très rand nombre de rites tout au long
du film. La première épreuve est celle de la
moquerie comme dans Local Boys. Mais ici la moquerie s'accompagne de violences.
Alors que Shigeru porte sa planche pour la première fois sur la plage un
groupe de footballeurs se moque de lui tout en lui jetant des pierres. La
deuxième épreuve est lorsqu'il réalise
qu'il n'est pas également équipé aux autres. Il voit
notamment un autre surfeur équipé d'une combinaison
professionnelle de la marque Dove. Le fait qu'il n'ait pas de combinaison va
lui causer une autre salve de moqueries de la part d'un groupe de surfeurs sur
la plage : « Il ne sait rien, il na même pas une combinaison de
néoprène ». Au bout de quelques sessions, sa planche de
surf initiale va se casser : cela constitue sa
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troisième épreuve. Tout
naturellement la quatrième épreuve consiste en l'achat d'une
nouvelle planche. Ils se rendent alors dans un magasin
spécialisé, ils y voient des planches de la marque « Linden
Surfboards California » coûtant entre 80 000 et 85 000 yens
(illustration 82).

Illustration 82: A Scene at the Sea.
Il se fera finalement « arnaquer » par le vendeur de
la boutique, en achetant une planche « Stone Fox » (illustration 83)
à 120 000 yens (environ 920 euros). En apparté le vendeur avouera
à sa collègue qu'il aurait pu baisser le prix car la même
planche était à seulement 98 000 yens chez son concurrent.

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Illustration 83: A Scene at the Sea.
Malgré ces épreuves et ces déconvenues,
Shigeru, aidé de son amie Takako va persévérer. Cela va
donc lui attirer la sympathie du groupe de surfeurs qui se moquaient
initialement de lui : « Il vient tous les jours, il progresse
beaucoup. Mais il a besoin d'une combinaison. Ça doit être
gelé. Nous nous sommes moqués de lui mais il a
amélioré sa technique ». C'est d'ailleurs en
définitive le vendeur malhonnête de la boutique qui va finalement
lui offrir une combinaison de la marque « Body Glove », attendri et
impressionné par ses efforts quotidiens. Enfin la cinquième
épreuve que Shigeru va devoir affronter sera celle de la
compétition portant le nom de CSU organisée par la ville de
Chiba. Il se rendra au concours mais n'y participera pas, il se contentera de
regarder. Shigeru a très bien compris qu'il ne sert à rien de se
presser. Il faut parfois se contenter de regarder. Ce n'est qu'à
l'occasion du deuxième concours (illustration 84) qu'il se
décidera à s'inscrire comme participant, comprenant qu'il
était prêt.

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Illustration 84: A Scene at the Sea.
Le personnage de Takako, amie de Shigeru va jouer un
rôle clé dans ce film. Elle va aider Shigeru à traverser
ses épreuves surfiques. Elle va également être sa
conseillère. Lorsque Shigeru va casser sa première planche dans
ses débuts, c'est elle qui va porter le morceau de planche cassé.
Cette action figure symboliquement le compagnonnage. Lorsque Shigeru va devoir
remplacer sa planche, c'est elle, qui, maîtrisant la JSP (Langue des
Signes Japonaise) va négocier auprès de la boutique de surf, un
rabais de 25 % sur le prix des planches. Réduction qui lui sera
malheureusement refusée. Alors qu'ils voient par la suite une planche
moins chère dans une brocante, c'est elle encore qui le stoppe de
l'acheter, et lui conseille d'attendre, d'économiser pour en acheter une
neuve qui sera plus durable. C'est également Takako qui va encourager
Shigeru à s'inscrire à une compétition de surf. Elle va
même l'aider à remplir le formulaire de participation
(illustration 85).

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Illustration 85: A Scene at the Sea.
Takako elle-même sera ritualisée dans sa
manière d'accompagner Shigeru à chaque session de surf : pendant
qu'il part surfer, Takako accomplit le rituel quotidien de plier ses
vêtements soigneusement sur la plage.
b- L'expérience du surfeur au service de
l'expérience de vie
Si, comme nous l'avons vu au travers des derniers exemples de
surf movies, le surfeur-mentor n'est pas seulement un conseiller en
matière de pratique sportive mais aussi un guide existentiel, nous
retrouvons également cet aspect aujourd'hui dans les ouvrages de
librairie consacrés au développement personnel ou
managérial. En effet plusieurs surfeurs sont déclarés ou
s'auto-déclarent, au vu de leur expérience de l'extrême
comme de bon conseillers en matière d'entrepreneuriat ou de philosophie
de vie. C'est ainsi que dans son avant-propos à l'ouvrage Make your
own waves. The Surfer's Rules for Innovators and Entrepreneurs, Shaun
Tomson, surfeur professionnel, se revendique de pouvoir mettre son
expérience des grosses vagues au profit de sa vie professionnelle :
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Surfing like entrepreneurship takes courage. I know this from
spending two decades exploring the link between the principles of surfing and
business. But I learned about courage at Pipeline. Over the ensuing 50 years,
Pipeline has become the benchmark of success, skill and courage - succeed at
Pipeline and a surfer carries that aura of confidence all over the world.
Pipeline is allabout totally committed decisions and I learned early that
riding the wave successfully was an apt metaphor for any risky endeavor in life
or business6768
Dans Surfer sa vie, c'est Laird Hamilton, le
célèbre surfeur qui a notamment joué dans le film
North Shore, qui est présenté par Julien Borra, un
exemple que l'on peut suivre pour mener sa propre vie, au regard de sa jeunesse
et de son existence hors normes :
Reste que pour la plupart des gens qui le voient sur YouTube,
qui lisent ou écoutent une de ses interviews, il n'apparaît que
comme un produit typique et presque caricatural de la culture big
wave, avec ses codes - musculation, diététique, et
narcissisme bon enfant façon « la vague avant tout ». Mais en
réalité la personnalité de Laird est beaucoup plus
complexe. Ce serait une erreur de le cantonner à un rôle de
surfeurs parmi d'autres, de représentant d'un monde étranger
à nos esprits de « Terriens » ou d'une sorte de Peter Pan de
la vague. Comme les vagues qu'il chevauche, Laird, est sous des dehors simples,
d'une complexité étonnante. L'enfance de Laird n'a pas
été un long fleuve tranquille. Il n'a pas connu son père
biologique et sa mère, une figure du mouvement de la contre-culture, a
tourné le dos à la « bonne société » pour
s'immerger avec son fils dans le mouvement le plus radical de l'époque :
celui du surf. Quelque part au fond de Laird se trouve un rebelle, un
combattant qui ne demande qu'à être libéré. En se
lançant dans le surf, il commet un véritable acte de
désobéissance face à la culture dominante.69
V) Bienvenue sur la planète surf ! A) Corps culte
et culte du corps
Le surfeur comme beaucoup de sportifs est très souvent
idéalisé et fantasmé au point de devenir un objet de
charme, de désir et de convoitise. La communication marketing autour du
surf exploite beaucoup cette image du surfeur musclé, bronzé,
pour vendre ses produits. À l'image du rugby, les surfeurs ont le droits
à leur calendrier : Les dieux du surf.
67 Louis Patler. Make your own waves. The Surfer's Rules for
Innovators and Entrepreneurs, Harper Collins, 2016.
68 Le surf comme l'entrepreneuriat demande du courage. Je le
sais pour avoir passé deux décennies à explorer le lien
entre les principes du surf et les affaires. Mais j'ai appris le courage
à Pipeline. Au cours des 50 dernières années, Pipeline est
devenue la référence en matière de réussite, de
compétence et de courage - réussir à Pipeline, c'est pour
un surfeur porter cette aura de confiance partout dans le monde. Le pipeline
est au coeur de décisions totalement engagées et j'ai appris
très tôt que surfer cette vague avec succès était
une métaphore appropriée pour toute entreprise risquée
dans la vie ou les affaires.
69 Julien Borra, Surfer sa vie, First éditions,
2020.

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Déjà les beach movies avant les
surf movies, exploitaient à de multiples reprises cet aspect,
de manière plus ou moins directe et discrète, cette image du
surfeur musclé. On peut mentionner notamment le cas-école de
Muscle Beach Party, film de 1964. Si le titre est déjà
évocateur, les producteurs ont jugé nécessaire de rajouter
sur l'affiche du film, la phrase accrocheuse « When 10 000 biceps go
around 5000 bikinis » qui se passe de tout commentaire.

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Je citerai bien entendu Matthew McConaughey dans
Surfer, Dude, constamment torse nu, qui est visiblement
l'atout charme du film. Dans Surf II (1984), Sparkle, la petite amie
de Menlo, le personnage type du geek anti-surf tente de défendre les
surfeurs auprès de son petit ami. Très vite son discours
dérape et se focalise sur leur physique qu'elle décrit avec
envie, à l'opposé du corps maigre et faiblard de son petit-ami :
« They are boys, blond, thin, musculous surfer boys with clear skin. I
think that they are cute ». Sparkle use donc d'un discours
stéréotypé, partant du principe que les surfeurs sont tous
blonds, musclés et imberbes, sans défaut de peau. Menlo comprend
donc très bien son fantasme caché et lui somme de se taire.
À l'instar de Sparkle, les jeunes femmes, donc, sont souvent
représentées dans les surf movies comme étant
attirée par le physique des surfeurs Dans Ride the Wild Surf, lorsque
Chase demande à Shelley pourquoi elle l'a choisi comme petit ami, elle
lui répond : « Because you
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look so scrubbed, solid, superior » [Parce que
tu as l'air si propre, si solide, si supérieur]. Bien évidemment
Shelley énonce ces propos de manière ironique, l'on peut se
demander s'ils ne comportent pas un fond de vérité de sa part.
Quoiqu'il en soit, on peut constater que Shelley use d'arguments similaires
à ceux de Sparkle : musculous / solid, clear skin / scrubbed. La
musculature et l'aspect frais et propre sont donc régulièrement
mis en avant. Dans Newcastle, c'est Debra qui, sur la plage alors que
les garçons sont entrain de surfer, commente sa nuit passée dans
les bras de l'un d'eux auprès de sa meilleure amie : « It's
just his arms. He's got these big surfer-like arms and back » [C'est
juste ses bras. Il a des gros bras et un dos de surfeur]. On constate donc que
l'aspect physique du surfeur prime parfois sur son esprit et ses
capacités intellectuelles. Cette scène de Debra et de sa
meilleure amis commentant sur la grève les activités de leurs
compagnons est donc une scène typique des surf movies. Nous
pouvons citer également Ride the Wild Surf, où l'on peut
voir dans l'une des scènes, Barbara et son amie Shelley commentant
respectivement les prouesses sur les vagues de Jody et Chase respectivement :
« Hey well look that. I knew my instincts were right. Isn't he
something » [Hé bien regarde ça. Je savais que mon
instinct ne me trompait pas. C'est quelque chose !]. À ses propos de
Shelley sur Chase, Barbara renchérit en louant Jody : « Isn't
he wonderful. I almost understand why he does anything but surf »
[N'est-il pas merveilleux. Je comprends presque pourquoi il ne fait rien
d'autre que surfer]. On sent bien dans ces commentaires des deux jeunes femmes,
que l'attrait pour le surfeur est dû à plusieurs facteurs : sa
beauté, son talent, sa fraîcheur et son dynamisme et enfin sa
musculature. D'ailleurs les produits qui fondent leur marketing sur la
séduction font souvent appel au personnage du jeune surfeur
musclé pour doper les ventes grâce au désir qu'il suscite.
Ainsi la célèbre marque de parfum Davidoff, a choisi de centrer
la communication de sa célèbre fragrance Cool Water sur
la figure du surfeur mâle, jeune et énergique. La marque joue donc
sur la double acception du terme « cool » en anglais
signifiant à la fois « fun » et « frais », montrant
que le surfeur est à la fois cool et plein de vigueur. Les deux facettes
de la médaille séduction.

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Dans Blue Crush, lorsque la petite soeur d'Anne-Marie
s'essaye à surfer, sa grande soeur se demande pourquoi elle fait tout
cela alors qu'elle n'a jamais témoigné d'attrait pour cette
pratique auparavant. Eden, une amie surfeuse d'Anne-Marie, lui répond
alors avec moquerie, que ce sont « les corps musclés » qui
l'attire.
L'exposition du corps du surfeur peut donc s'accompagner d'une
importante tension érotique. Dans Shelter, Zach, surfeur
homosexuel qui ne s'avoue pas son orientation sexuelle, ne peut
s'empêcher de regarder les autres surfeurs qui se changent sur le parking
(illustration 86).

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Illustration 86: Shelter.
Chez le surfeur et la surfeuse, l'entretien physique du corps
et l'entretien mental de l'esprit sont bien souvent présentés
comme une nécessité dans les surf movies. Il faut donc
adopter un mode de vie hygiéniste tant du point de vue de la pratique
sportive que de l'alimentation afin de pouvoir prendre au mieux les vagues.
Alors que dans Blue Crush, on peut voir dès le début du
film, Anne-Marie faire des tractions sur la plage, dans Blue Juice,
c'est J. C. que l'on peut voir faire une série de
abdos, sous les encouragements de ses amis. Enfin dans In God's Hands on
peut voir une scène du film où le surfeur Shane pratique la corde
à sauter sur le pont du bateau les accompagnant dans leurs destinations
successives pour la recherche de grosses vagues. Outre le sport, c'est
également l'alimentation qu'il faut surveiller. Dans Chasing
Mavericks, un matin, alors que Frosty amène Jay pour sa
leçon de surf quotidienne il voit qu'il mange un sandwich peu
diététique. Il lui prend des mains, et lui donne un des siens
à la place : « Tu veux devenir un athlète ? Alors mange
comme un athlète ». Frosty veille adopte donc une
démarche globale envers Jay pour sa formation de surfeur. Il surveille
à la fois son régime alimentaire mais également sa
pratique sportive : Jay fait beaucoup de pompes et s'entraîne à
maintenir sa respiration le plus longtemps sous l'eau (illustration). Dans le
film Local Boys, on peut voir le personnage de Randy, un surfeur
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adolescent, se faire moquer par son petit frère dans la
cuisine lorsqu'il prend une boisson aux fruits pour garder la forme et la ligne
: « That's supposed to make you surf better ? ».
Il faut noter par ailleurs, que les surfeurs et surfeuses ne
sont pas les seuls à s'entraîner. L'une des premières
scènes du film California Dreaming nous montre la jeune joueuse
de Beach volley et sa mère courir sur la plage. La mère
s'arrête alors et demande à sa fille pourquoi elles font tout
ça. C'est à ce moment que des surfeurs passent devant elles.
Elles déclarent alors avec ironie que c'est pour eux qu'elles font tout
ça, afin de leur plaire : « Surfers are the shriners of the
beach, we cannot disappoint them. Come on we have to keep in shape for the
shriners » [Les surfeurs sont les templiers de la plage, nous ne
pouvons pas les décevoir. Allez on doit garder la forme pour les
templiers].
Le corps du surfeur et de la surfeuse est par ailleurs souvent
mis en avant par les sponsors ainsi que les grands fabriquant de planches ou de
surfwear. Certains surf movies pointent cet état de fait tout en le
dénigrant. Dans North Shore, Turtle et Rick assistent, entre
deux épreuves de la compétition, à un shooting photo pour
promouvoir des maillots de bain et articles de surf (illustration 87). Turtle,
à la vue de ce spectacle, critique auprès de Rick, cette mise en
scène surfaite qui utilise le surf comme moyen de faire de l'argent. Il
en profite pour critiquer le physique tropavantageux des mannequins qui ne sont
pas surfeurs : « Some of these sponsors shoot this fashion video once
a year. Look like flash dancers, L.A. Kind. Unreal. Look at these guys. They
look all lepo, man. They're not even surfers » [Certains de ces
sponsors tournent cette vidéo de mode une fois par an. Ils ressemble
à des flash dancers de Los Angeles. Irréel. Regarde ces gars. Ils
ont l'air tous corrompus, mec. Ce ne sont même pas des surfeurs].

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Illustration 87: North Shore
De façon similaire à Turtle, c'est le personnage
de Lina dans Drift qui critique la comm' d'Ocean King. En voyant l'une
des photos promotionnelles de leur nouvelle planche, Lina constate avec
déception que le modèle de la publicité est un surfeur qui
joue au mannequin. Tout comme Turtle, elle dénonce le côté
« fake » et la théâtralisation de cette campagne qui
corrompt le sport. Selon Lani, ce surfeur s'est donc corrompu à
l'exercice publicitaire et marketing : « Ils essayent de faire passer
un surfeur pour un mannequin. Ils auraient mieux fait de le prendre en photo
pendant un ride ». (illustration 88)

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Illustration 88: Drift
En somme il est intéressant de constater que les
surf movies européens ou asiatiques ont tendance à
montrer des corps davantage normalisés ou meurtris par les vagues (cf.
le visage ensanglanté de Dean dans Blue juice, après une
mauvaise chute de surf) alors que les surf movies américains ont une
tendance à montrer davantage des corps idéalisés bien loin
des corps marqués par les chutes tels que décrits par Anne-Sophie
Sayeux :
Nombreux sont les marquages du corps engendrés par la
pratique. Loin d'être dénigrés, ils sont signes
d'appartenance à une identité collective. Ils sont preuves du
sacrifice des pratiquants. [...] Ces traces corporelles servent de
mémorandum au surfeur. De la surface du corps à sa profondeur,
l'océan s'inscrit dans leur anatomie. Nombreuses sont les cicatrices,
tout comme les hématomes, les usures de la peau, les crevasses, les
cheveux décolorés ou les dents cassées. Au bout de
quelques années de pratiques, l'exostose du conduit auditif peut
apparaître. L'oreille se transforme alors par le contact régulier
avec l'eau froide. La musculature se modifie, le haut du corps est
surdéveloppé par rapport au bas, donnant une forme
générale du corps triangulaire. Ces modifications, pour certains
pratiquants sont la preuve d'une hybridation entre un corps humain et un corps
marin.70
Ainsi le corps du surfeur et de la surfeuse, surtout dans les
surf movies américains sont très souvent les mêmes. Dans le
cas des surfeurs il s'agit souvent de surfeurs blonds au corps musclé et
imberbe (Steve Addington, Andy Kelly, Ricky, Bodhi ...) les exemples ne
manquent pas. Dans le cas des surfeuses, jamais un kilo en trop. Les surfeuses
sont bien souvent blondes, de type caucasien et ont un corps canonique de
surfeuse (Anne-Marie dans Blue Crush, Nancy dans Instinct de
survie). D'ailleurs il est intéressant de constater que le film
Instinct de survie, mise beaucoup sur le capital
70 Anne-Sophie Sayeux. La valeur sensation : le cas du surf.
Andrieu B. Ethique du sport, Edition l'Age d'Homme, pp.600-608, 2013, Etre et
devenir, 978-2-8251-4309-4. ? hal-00999518.
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érotique de Nancy incarné par l'actrice Blake
Lively, notamment de la manière dont elle est filmée en train
d'enfiler sa combinaison de néoprène. Cela ressemble presque
à une publicité de surf de la marque Roxy :
La norme culturelle est celle de la blanchité
(whiteness) qui dans les études culturelles désigne entre autres
l'hégémonie blanche. La plupart des surfeuses ont une longue
chevelure (blonde) sachant que les cheveux symbolisent la
féminité et sont perçus comme objet de séduction,
voire de fascination. Le type de beauté des surfeuses correspond aux
canons occidentaux en vigueur de l'époque moderne. Georges Vigarello
explique qu'au cours du Xxe siècle la norme de la sveltesse et de la
souplesse s'est imposée. La minceur est encore aujourd'hui un
critère de beauté déterminé et imposé selon
Jean-François Amadieu par les classes dominantes. Les gros plans sur la
poitrine et les fesses résument bien l'intention de mettre en avant
l'aspect charnel et érotique.71
C'est d'ailleurs l'aspect fragile de Nancy qui lui vaudra une
remarque sexiste de la part des deux uniques surfeurs mexicains présents
sur le spot secret : « Sois prudente Gringa, c'est dur par ici pour
une petite fille du Texas ».
Cette question du physique supposé type de la surfeuse,
véhiculé par les médias et les grandes marques est aussi
étudié par Taha Azzawi dans son ouvrage L'image de la
surfeuse. Un miroir aux alouettes ? :
Cette surfeuse n'est-elle pas le fruit de la production
d'images alimentées par les médias qui opèrent en chacun ?
En effet, dans quelles mesures nos représentations et nos goûts
nous appartiennent tant une société de marketing et de
communication modifie à notre insu, nos repères, notre
perception, nos canons esthétiques et nos valeurs. L'image de la
surfeuse est bien celle que je veux bien voir dans le miroir aux alouettes.
S'agit-il de ces mannequins semi-dénudés, « sans visage
» aux jambes et aux hanches arrogantes supposées titiller les
phantasmes de surfeurs mâles ? Inspirée des magazines
érotiques des années 60 dont le calendrier annuel faisait le
bonheur des camionneurs, la société Reef fit fortune sur l'image
exotique de ces Vahinés aux courbes stimulantes. Tristes tropiques ?
S'agit-il de ces surfeuses à visages incarnées par le joli minois
de Lee-Ann Curren de la firme Roxy ? S'agit-il de ces filles
discrètes,anonymes, jouisseuses de vagues ? Ces passionnées de
sports de pleine nature pleinement dans leur temps, décomplexées,
qui revendiquent leur autonomie et affirment leur désir ? S'agit-il de
ces filles à la plastique superbe, suggestives, habillées par les
marques de surf qui font rêver une jeunesse féminine en
quête de repères esthétiques et de valeurs ?
B) Le surfeur et sa planche
La planche de surf est un objet très personnel pour le
surfeur. Bien souvent
71 TERFOUS, Fatia, et al. « Marketing en ligne du surf et
pouvoir érotique : le cas Roxy. », Recherches
féministes, volume 32, numéro 1, 2019, pp. 127-146.
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elle est adaptée à sa taille, sa morphologie,
son style. Ainsi le surfeur ne veut en général pas prêter
sa planche à un autre surfeur. C'est le cas dans Big Wednesday
où Leroy demande une planche à un autre surfeur pour son ami
Matt, en lui promettant de la lui rapporter en déclarant « My
Word of Honor ». La planche est bien plus qu'une simple
propriété pour le surfeur elle est ce qui le définit comme
le résume très bien l'ami de J. D. dans le film Surf Party
: « Une planche de surf, c'est un symbole de la chose la plus
sacrée dans notre façon de vivre ». D'ailleurs la
planche est très souvent présentée comme une compagne
inséparable. Ainsi dans Ride your Wave, Hinako possède
sa planche depuis sa plus tendre enfance. Alors que par malchance, un incendie
se déclare dans son immeuble. C'est sa planche qu'elle pensera à
sauver en premier lieu des flammes (illustration 89).

Illustration 89: Ride your Wave.
Dans Drift, les deux frères Kelly, alors
enfants dans la première scène du film, admirent dans un magazine
la planche de Dick Brewer : « Ce type est une légende, il doit
avoir une dizaine de planches et nous on en a qu'une » (illustration
90).

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Illustration 90: Drift.
Arrivés à l'âge adulte, les deux
frères Kelly n'auront bien évidemment plus à partager de
planche et chacun aura la sienne. Jimmy, le plus jeunes des deux, se
révèle inséparable de sa planche Red Rocket (illustration
91).

Illustration 91: Drift.
La planche, en tant que propriété personnelle,
est très souvent décorée et customisée par le
surfeur, renforçant ainsi le principe d'identification. C'est ainsi que
dans Blackrock, Ricko et son meilleur ami Jared vont se faire tatouer
chacun sur le bras un poisson, le même qui figure sur la planche de Ricko
(illustration 92).

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Illustration 92: Blackrock.
La planche est souvent offerte comme un cadeau très
précieux et ce en des occasions très particulières,
parfois symboliques. Ainsi dans Cutback, les parents de Luke offrent
à leur fils la fameuse planche Patterson qu'il désirait dans la
boutique de surf de sa ville. Bien plus qu'un simple cadeau, cette planche
offerte témoigne l'acceptation de la part des parents de la passion de
leur fils. Par ailleurs ils lui offre à une occasion bien
particulière : peu avant sa participation à un concours de surf
local. Dans Surf Party, c'est le shaper Mooney qui offre à J.
D. une planche conçue spécifiquement pour lui, à
l'occasion d l'obtention de son diplôme. En lui offrant, il lui donne le
conseil de considérer sa planche comme une alliée : «
C'est ta planche, je l'ai faite pour toi, alors prend bien soin d'elle et
elle prendra soin de toi ». Ce cadeau très personnel montre
également le lien très important qui peut exister entre le shaper
et le surfeur du fait de la planche :
En règle générale, les surfeurs locaux
sont très attachés à leurs shapers car
l'élaboration d'une planche nécessite de longues conversations
afin d'établir le bon shape d'une planche afin que les cotes (hauteur,
largeur, épaisseur) soient adaptées au gabarit et au style de
glisse de chacun.72
La planche de surf peut également être offerte en
cadeau d'anniversaire ou
72 Ludovic Falaix, Michel Favory. Les stations du surf sur la
côte basque. Sud-Ouest Européen, Presses Universitaires du Mirail
- CNRS, 2002, pp.51-59.
188/238
en cadeau d'adieu. Dans North Shore, Chandler offre
une planche à Rick, alors qu'il s'apprête à reprendre un
avion pour l'Arizona. La planche est donc un symbole du surfeur et de la
culture surf plus globalement : « La planche ou le board est un objet
emblématique que l'on utilise pour glisser, mais que l'on peut aussi
emporter sous le bras et qui, pour plusieurs adeptes, représente un
symbole identitaire fort »73. C'est pour cela que
l'abandon d'une planche par un surfeur peut signifier symboliquement l'abandon
du surf. Dans la scène final de Big Wednesday, alors que Matt,
après avoir réussi à prendre la vague ultime se fait
congratuler par un jeune surfeur pour sa performance, il lui offre sa planche.
Ce don de la planche signifie qu'il lui passe symboliquement le relais.
1/ La planche magique
Dans le cas des surf movies ayant pour thème le surf de
gros, la planche est souvent perçue comme étant un objet «
magique » permettant au surfeur d'appréhender les plus grosses
vagues. Lorsque dans Cutback (2010) Luke, pendant sa pause de travail,
va admirer les planches dans le magasin de surf, il voit une magnifique planche
de qualité, une Patterson. Quand le vendeur, lui annonce le prix, Luke
tente de négocier en lui rappelant le temps où les planches
étaient davantage abordables financièrement : « Do you
remember when the boards cost only 200 dollars ». Le vendeur peu
sensible à cet argument, justifie le prix par le fait qu'il s'agisse
d'une « Magic board ». Cet aspect magique est repris
dans Chasing Mavericks (2012). Lorsque Frosty offre à Jay pour
son anniversaire, une planche spéciale grosses vagues, Bob le
créateur de la planche se pose en magicien créateur en
déclarant : « Tu veux te faire une géante, alors il te
faut un harpon magique ».
73 LEFEBVRE, Sylvain et ROULT Romain, « Les nouveaux
territoires du surf dans la ville. », Téoros, volume 28,
numéro 2, 2009, pp. 59.
2/ Le surfeur-sauveteur
189/238
Le surfeur intervient dans plusieurs surf movies,
comme le personnage sauvant un enfant, un baigneur ou même l'un de ses
pairs. La planche apparaît donc comme un objet paradoxal. Elle peut
provoquer la mort si la vague est mal prise mais elle peut être aussi un
objet de salut. Cette image du surfeur-sauveteur évoque
l'exemplarité et les prouesses de Duke Kahanamoku qui a sauvé de
la noyade huit personnes le même jour grâce à sa planche de
surf. Le sauvetage à la planche est repris
Dans Blood Surf (2000) lorsque la cameraman est en
danger dans l'eau au milieu des requins lors de ses prises de vue pour son
prochain documentaire, c'est Bog qui vient la sauver avec sa planche. Ce
passage du film rappelle le témoignage de Jordy Smith, surfeur
sud-africain raconte comment l'un de ses amis s'est fait attaqué par un
requin à quelques mètres de lui et comment il fut sauvé
par un surfeur à l'aide de sa planche :
C'était en 2003, j'avais 14 ans et je
m'entraînais à J-Bay avec des copains juste avant une
compétition junior qui devait commencer le matin même. La
marée était vraiment basse et soudain un de mes très bons
potes s'est fait attaquer par un requin à moins de 3 mètres de
moi. Lui et sa planche ont été projetés à environ 2
mètres de haut. Le requin a lui aussi sauté et a saisi la planche
avec sa mâchoire, juste en face de moi. Mon ami est retombé pile
sur la queue du requin. Le requin lui a atterri directement sur les rochers car
la marée était vraiment basse et il y avait moins de 1, 2 m. de
profondeur . Il était bloqué et ne pouvait aller nulle part. Et
il a commencé à violemment agiter sa queue à la surface de
l'eau. Tout le monde a flippé, je me disais « Oh mon Dieu, oh mon
Dieu ! ». Soudain un autre surfeur qui était là, Andrew
Carter, déjà attaqué par un requin à deux reprises
dans sa vie est descendu de sa planche, à mis mon ami dessus et l'a
poussé pour l'éloigner de l'animal74
74 Romain Ferrand Coup de pression. Les surfeurs pro racontent
leurs plus grosses frayeurs. 2014. Surf Session éditions. P. 38.

190/238
Illustration 93: Ride your own wave.
On peut également citer Ride you own wave
où la surfeuse Hinako, alors enfant, a sauvé le jeune Minato de
la noyade (illustration 93) ou encore Frosty, qui, dans la première
scène du film Chasing Mavericks, sauve le jeune Jay de la
noyade après que ce dernier se soit fait heurter violemment par une
vague près du rivage (illustration 94).

Illustration 94: Chasing Mavericks.
3/ Le motif de la planche cassée
La planche de surf, comme nous l'avons vu plus haut,
possède un pouvoir de symbolisme fort. Dans bien des surfs movies, le
spectateur peut voir des
191/238
scènes où la planche du surfeur est
cassée. La planche cassée est bien souvent un drame personnel
pour le surfeur. Ou bien car il tenait à sa planche ou bien car il n'a
pas les moyens d'en racheter une neuve. Dans Drift, Andy Kelly, enfant, casse
malheureusement sa planche suite à une mauvaise chute de surf. Cet
événement est d'autant plus dramatique que d'une part il a
l'habitude de surfer après l'école et d'autre part il partage la
planche avec son jeune frère Jimmy. La planche cassée signifie
donc pour eux la privation de leur seul moment de liberté. Heureusement
ils feront la rencontre d'un de leur voisin, ayant leur âge, qui leur
proposera de la raccourcir et donc de lui donner une seconde vie. La planche
cassée signifie dans l'univers des surfs movies, ou bien une
blessure du surfeur, la défaite à une compétition ou le
décès du surfeur. Ainsi bien souvent le spectateur peut assister
dans les films de surf, à un gros plan sur la planche cassée.
C'est le cas notamment dans Ride your Wave lorsqu'Hinako retrouve un
morceau de la planche de son fiancée Hinageshi, échouée
sur la plage, et comprend donc de suite qu'il s'est noyé (illustration
95).

192/238
Illustration 95: Ride your Wave.
Nous retrouvons ce même symbolisme dans l'univers du
skate avec le board brisé en deux.
4/ La planche traditionnelle
Les toutes premières planches de surf étaient
bien évidemment en bois et non en matières composites et
industrielles comme aujourd'hui. Plusieurs Surf movies rendent hommage
à la planche traditionnelle en bois. Dans Surf Ninjas, les deux
protagonistes principaux du film, pour aller sur l'île ennemie du royaume
de Pattusan, vont utiliser des planches traditionnelles en bois, qu'ils vont
eux-même sculpter à partir d"arbres de la forêt environnante
(illustration 96).

Illustration 96: Surf Ninjas.
L'apprentissage du surf peut se faire également de
manière traditionnelle, dans North Shore, le shaper Chandler ca
apprendre au jeune Rick, originaire d'Arizona, à surfer d'abord sur
diverses planches en bois afin de surfer ensuite avec plus de faciliter sur les
planches modernes. Il va commencer ainsi son apprentissage hawaïen en
surfant sur une planche de 58 kg fait en bois de koa (arbre endémique de
Hawaï dont le nom scientifique est Acacia koa). De façon
similaire dans California Dreaming, c'est Duke, qui va apprendre au jeune T. T.
à surfer sur une planche traditionnelle : « This is solid
breadboard. This is a real surfboard. I taught George Freeth how to surf and
this is the very first board we used ». Malheureusement lors de son
premier essai, T. T. se verra frappé à la tête par cette
fameuse planche, suite à une vague mal prise (illustration 97).

Illustration 97: California Dreaming.
193/238
Aujourd'hui, plusieurs constructeurs tendent à revenir
à la construction de planche en bois, dans une perspective de retour aux
origines : c'est ainsi qu'en Papouasie Nouvelle-Guinée, certains
producteurs construisent désormais des palang faites en bois de balsa
afin de renouer avec la glisse d'antan.
C) La langue du surf
L'un des éléments caractéristique d'une
subculture, est le fait de posséder son propre jargon, son propre
vocabulaire. La communauté surf n'échappe pas à cette
règle. La quasi totalité des guides pratiques de surf
possède d'ailleurs un glossaire, un lexique pour définir les
termes les plus difficiles de compréhension pour les non-initiés.
Certains choisissent de placer leur mini dictionnaire en fin d'ouvrage tandis
que d'autres préfèrent le placer dès les premières
pages afin de faire pénétrer le lecteur dans l'univers du surf
avec plus d'aisance. C'est le cas notamment de Peter Dixon dans son Guide
complet du surf. Par ailleurs il est possible de trouver de nombreux
forums commentant les termes du surf ou encore des sites internet
spécialisés sur le surf, dédiant l'une de leurs pages sur
le vocabulaire surfique.75
194/238
75 « Surf Terms, Slang and Phrases », Surfing Waves,
https://surfing-waves.com/surf
talk.htm#M [dernière consultation le 23/08/2021].

195/238
Illustration 98: Source : Paul Mason. Le surf.
2002.
Le présent mémoire possède d'ailleurs un
lexique afin de faciliter la compréhension car en effet la culture surf
s'est développée aux États-Unis. De ce fait la plupart des
termes sont conservés en langue anglaise car ils ne sont pas
traduisibles. Ou tout du moins, les traduire leur ferait perdre une partie de
leur sens.
Parfois même il faut, pour le spectateur d'un surf
movie, se reporter sur internet pour trouver la signification d'un terme
compréhensible seulement pour les initiés, employé dans
telle ou telle scène. Je prendrais pour exemple la scène initiale
du film Big Wednesday où Leroy demande à un
196/238
surfeur de prêter sa planche à son ami Matt qui
n'a pas la sienne. Le surfeur répond alors par la négative car il
ne connaît pas Matt : « Hey Man, I don't lend my stick to
anyone. I can't lend my stick to a hodad ». Le mot
« hodad » est un terme bien spécifique qui désigne un
non-surfeur qui fréquente les plages de surf et se fait passer pour un
surfeur. D'autres exemples de ce type sont nombreux dans les films de surf.
Le Slang (argot) utilisé par les surfeurs permet donc
de les définir en communauté, en subculture. C'est le langage
surf qui va permettre au nouveau surfeur de s'intégrer dans un groupe
car il maîtrise ce code linguistique. Le sociologue Howard Becker fait
d'ailleurs du jargon, de l'argot,un élément constitutif de ce
qu'il appelle les outsiders :
Le processus d'auto-ségrégation est
évident dans certaines expressions symboliques, en particulier dans
l'usage d'un argot de métier qui permet d'identifier rapidement
l'utilisateur compétent comme n'étant pas un « cave »
et de reconnaître aussi rapidement « l'étranger » qui
l'utilise de manière incorrecte ou pas du tout.76
Les Surf movies exploitent donc beaucoup ce jargon du
surf comme élément constitutif d'une communauté. Dans
Point Break, Angelo, l'inspecteur et collègue de Johnny,
reconnaît que le vocabulaire des surfeurs fait partie de leur
identité. Il invite d'ailleurs Johnny à s'initier à leur
vocabulaire afin de mieux s'intégrer à eux dans le cadre de sa
filature : « Regarde-les. On dirait une tribu. Ils ont un langage
à eux. Va falloir aller dans l'eau, savoir comment ils bougent,
connaître leurs idées, apprendre leur putain de jargon
». Angelo fait donc un parallèle tribu/langage, signifiant
qu'une culture commune s'articule notamment autour d'un jargon commun. Ainsi
entrer dans un groupes, c'est devoir en connaître les normes et notamment
les normes linguistiques. Ludovic Falaix et Michel Farory vont plus loin en
signifiant que le vocabulaire du surf permet également de s'approprier
tout à la fois des spots de surf et des phénomènes
surfiques :
Dans le langage des tribus du surf lorsqu'elles s'approprient
techniquement les vagues, celles
76 Howard S. Becker, Outsiders, métailié,
Paris, 1985, p. 124.
197/238
qui déferlent sur des fonds sableux sont appelées
des beach break, tandis que celles qui viennent se briser sur des fonds rocheux
sont qualifiées de reef break.77
Pour entrer dans la « tribu », il faut donc parfois
un surfeur pair pour apprendre à un surfeur novice, le jargon du milieu
afin de l'intégrer. C'est le cas notamment du film North Shore
où le surfeur local répondant du nom de Turtle apprend
à Rick certains surnoms utilisés par les surfeurs Hawaïens
pour qualifier les surfeurs amateurs étrangers. En effet lorsque Rick se
fait traiter de haole par des surfeurs locaux, il s'empresse de demander
à Turtle ce que cela veut dire. Turtle lui répond : «
It's a local word for "tourist". Like you, from the mainland. »
[C'est le mot local pour touriste, comme toi qui vient du continent]. Plus tard
lorsque Turtle s'apprête à partir, en lui disant au revoir, il
surnomme Rick « Barney ». Rick demande à nouveau la
signification de ce terme. Turtle lui dit alors qu'il s'agit d'une sorte de
« kook » à savoir, un surfeur qui ne connaît pas
l'éthique et les normes de la culture surf : « Uh, it's like,
uh, barn-o, barnyard. Like a haole to the max. A kook in and out of the water,
yeah ? ». D'ailleurs c'est dans ce même film que Chandler,
l'instructeur de surf de Rick, sensibilise le garçon sur la richesse du
langage hawaïen pour nommer les vagues : « You've probably heard
that the, uh, the Eskimos have several hundred words for snow, right? Well, the
Hawaiians have just as many words to describe waves and ocean conditions
».
Le langage surf ne s'exprime par ailleurs, pas seulement avec
des mots mais aussi avec des gestes. Le plus connu d'entre eux est sans
conteste le shaka. À l'origine ce signe de la main vient d'Hawaï.
Ce sont des surfeurs ayant visité l'île qui ont répandu son
usage en dehors d'Hawaï. Il s'agit d'un signe polysémique voulant
dire à la fois « relax », « salut », « merci
», « ça roule », « de rien ». Il est devenu un
signe de ralliement notamment chez les surfeurs. Naturellement on le trouve
employé dans plusieurs surf movies comme dans Surf II, dans
Ride you own wave lorsqu'Hinako dit au ravoir à la soeur
d'Hinageshi (illustration) ou encore dans The Prince and
77 Ludovic Falaix, Michel Favory, « Les stations du surf sur
la côte basque », Revue géographique des
Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, 2002,
13, pp. 52,
198/238
the Surfer entre le surfeur Cash Canty et son
père, également surfeur à ses heures perdues
(illustrateur).

Illustration 99: Ride yourown wave.

Illustration 100: The Prince and the Surfer.
Enfin le shaka peut aussi être utilisé
comme signe de reconnaissance et d'acceptation dans une communauté ou
dans la communauté de surfeurs. Dans North Shore, alors que Rick se fait
malmener dans tout le film par un groupe de surfeurs hawaïens du fait
qu'il ne soit pas local, à la fin du film, lorsqu'il réussit la
compétition avec brio, et en faisant preuve de modestie dans son
habileté, il se voit faire le signe du shaka avec un sourire
par le « leader » des surfeurs locaux hawaïens
(illustration).

Illustration 101: North Shore.
199/238
200/238
D) Attitudes et valeurs du surfeur et de la
surfeuse
1/ Ethos du surfeur
a- Le maître de l'élément
liquide
Les surf movies favorisent dans l'imaginaire
collectif, la construction du personnage archétypal du surfeur.
Très souvent le vocabulaire équin est utilisé pour
caractériser le surfeur. Il faut noter que le titre de Ride the Wild
Surf devient, dans sa traduction française, Les dompteurs du
Pacifique. Se développe donc assez rapidement l'idée du
surfeur qui chevauche la vague, sa monture, à l'aide de sa planche comme
selle. Dans le film Surf School (2006), le commentateur du championnat
universitaire, lorsqu'il voit Larry surfer avec aisance, déclare
à l'attention du public : « Larry chevauche
les vagues comme le roi des mers. C'est magnifique ».
Il est par ailleurs intéressant de constater que dans
trois films, des jeunes filles proches de surfeurs sont cavalières, et
viennent observer leurs amis à cheval : dans Puberty Blues,
dans Ride the Wild Surf (Lily la petite amie de Stamer, qui dirige un
haras avec sa mère) et Kiani, dans North Shore. Cela permet de
renforcer dans les surf movies, l'image de la femme terrienne, ayant
les pieds sur terre contrairement aux surfeurs, plus mouvants et fugaces
à l'image de l'élément océanique.
L'instinct animal du surfeur est souvent mis en exergue. Dans
Point Break, Bodhi avoue à Johnny qu'il a le surf dans le sang,
qu'il fait partie de son intuition : « Tu le sais pas encore mais tu
as ça dans tes yeux. T'es indomptable ». Cet aspect animal et
instinctif semble être une caractéristique
considérée davantage comme masculine dans les surf
movies. En effet dans Blue Crush, lors de la compétition
du Pipe Masters, le commentateur présente la surfeuse Keana Kennelly
avec un commentaire à la limite du sexisme : « Voici Keana
Kennelly, surfeuse agressive. Elle
201/238
chevauche n'importe qu'elle vague. Elle surfe comme un homme
».
b- Le surfeur-dragueur
Pour beaucoup la pratique sportive est
considérée comme un moyen assumé de séduire. Le
surf n'échappe pas à cette règle et permet de
séduire car il constitue en plus d'un sport un mode de vie alternatif
qui peut engendrer un attrait non négligeable. Cet aspect est
particulièrement développé dans les surf teen
movies. Dans Catch a Wave, les trois amis japonais
décident de s'essayer à la pratique du surf le temps des vacances
d'été, pour des raisons au départs légères
(qui deviendront plus profondes par la suite). L'une d'entre elles est qu'elle
permet d' « avoir » des filles (illustration).

Illustration 102: Catch a Wave.
Ce motif du surf qui permet d'attraper des filles est
présent dans bien d'autres films. Dans Cutback, Luke rencontre
lors d'une fête, Emily une « church girl » de sa paroisse. Elle
semble attirée par le fait qu'il soit surfeur puisqu'elle lui
déclare : « Oh you surf, that's cool, I always wanted to surf
». Parfois c'est la jeune femme qui peut se montrer plus
entreprenante et faire du surf un critère de sélection primordial
pour ses futurs flirts. Dans
202/238
California Dreaming, T. T. lors d'un entracte d'une
séance de cinéma se fait aborder par une fille, en recherche
uniquement de surfeurs comme petits amis. Elle lui pose ainsi la fameuse
question « Do you surf ? » accompagné d'un regard de
séduction. Lorsqu'il lui dit qu'il ne surfe pas mais ne pratique que le
volleyball, déçue, elle se contente de se détourner de
lui.
Le surfeur utilise très souvent le surf comme moyen de
séduction. Dans Drift, c'est Andy qui tente de séduire
la belle surfeuse Lani, originaire d'Hawaï, en lui proposant de lui faire
le tour des endroits sympas pour surfer : « Si tu veux visiter les
bons spots du coin, je serais ravi de te servir de guide ». Dans
Blood Surf, c'est le personnage de Jimmy qui tente de draguer la jeune
Lemmya en lui montrant sa planche qu'il prénomme Mary-Belle : «
Je vais te montrer ma planche, attention elle est en fibres.
Regarde-là de plus près » (illustration).

Illustration 103: Blood Surf.
Lemmya tombe dans le panneau de ce type de séduction
puisque lorsque Jeremy continue en lui expliquant comment on waxe une planche,
elle déclare sur un ton de minauderie : « Tu es très
intelligent ». Dans ce jeu de séduction, Lemmya apparaît donc
comme la groupie du surfeur.
Plus tard dans le film, suite à une fête
alcoolisée, Jeremy tient des propos pour le moins singuliers, où,
auprès de son meilleur ami Bog, il sexualise sa relation avec sa planche
: « Je te le dis mon pote, j'ai pas besoin de femme. Je peux monter
Mary-Belle quand j'en ai envie ». Bog, qui, visiblement
203/238
n'entretient pas le même attachement envers sa planche,
déclare à son ami : « Ta relation avec ta planche de
surf est très malsaine ». Cette féminisation de
l'objet se retrouve dans Surf Academy. Dans ce film, c'est
Rip, l'instructeur de surf des jeunes californiens, qui leur promet que le surf
les aidera dans leur séduction des filles locales : « si vous
voulez avoir de filles, vous devez maîtriser votre chérie
». Il y a donc une assimilation entre la compagne du surf (planche)
et la compagne de vie (la femme). Ce discours usant d'éléments de
langage métaphorisant la relation de couple entre le surfeur et sa
planche est repris dans la littérature spécialisée :
Le rapport du surfeur à sa planche est empreint
d'amour. Jean-Marie Mac Millan joue depuis vingt-cinq ans les entremetteurs.
Des métiers il en a exercé quelques uns dans sa vie. Aujourd'hui
Jean-Marie Mac Millan dirige une sorte de club de rencontres, d'agence
matrimoniale du surf. Il met en relation des surfeurs et des planches puis il
les marie. L'artiste ne fait que du sur mesure. « J'invite toujours le
surfeur à venir voir la fabrication de sa planche, je crois que c'est
important ». Jean-Marie travaille de ses mains mais avoue accorder
beaucoup d'importance au relationnel. « Le surfeur arrive avec une
idée, je l'écoute, raconte t-il. Et nous en discutons. Parfois,
il se trompe sur ce qui lui conviendrait et peu à peu il arrive à
le comprendre et rectifie ses desiderata. Il faut écouter les mots,
savoir si le discours correspond bien à la réalité ».
En toutes circonstances, le shaper demander d'ailleurs au client de venir avec
son ancienne planche, celle qu'il veut quitter pour une nouvelle »78
Le film Point Break va même plus loin en
faisant une analogie entre le surf et le sexe. Lorsque l'un des amis surfeurs
de Bodhi, lors d'une fête évoque la prise de grosse vagues, il met
cette dernière expérience, en termes sensoriels, au-dessus de
l'acte sexuel : « C'est le panard suprême, y a rien qui s'en
approche, pas même le sexe ».
c- Le nomadisme
La figure du surfeur comme un wanderer (un vagabond)
qui va là où la vague le mène, qui se déplace au
gré des vagues. Dans In God's Hands (1998) lorsque la fille du
capitaine du bateau emmenant les trois surfeurs Shane, Mickey et Keoni demande
au plus jeune d'entre eux, alors âgé de 17 ans où il vit,
ce dernier lui répond « I live with my friends wherever
the
78 Gérard Schaller, Prendre la vague, Hugo Image, 2016
204/238
surf's good )) [Je vis avec mes amis partout où
le surf est bon].
d- La surf entre solitude et partage
Même s'il peut se pratiquer en collectif, par le bien de
clubs, d'associations, ou tout simplement entre amis, le surf reste et demeure
avant tout une expérience solitaire. Car la vague est prise seul et la
sensation de la vague est une expérience corporelle individuelle. Dans
Big Wednesday, c'est le personnage de Bear, shaper respecté de
la communauté locale de surfeur qui averti la jeune
génération de surfeurs sur les aspects incontournables de la
surf life. Il les met en garde les enfants surfeurs qui viennent lui
rendre visite sur deux aspects primordiaux qu'ils doivent garder en tête.
Primo : on ne surfe jamais toute sa vie et secundo, il faut savoir surfer de
manière solitaire et indépendante : « Nobody surf
forever. You're always alone anyway. That's the test for a surfer to ride
alone. You shouldn't have to depend on anybody but yourself )). Dans notre
corpus filmique, celui qui incarne le mieux cette image du surfeur solitaire
est sans conteste Alvaro dans le film Solo, qui porte ainsi bien son
titre. Dans ce film espagnol, Alvaro, alors qu'il s'apprête à
aller surfer à Fuerteventura, glisse sur une falaise de sable. Ne
pouvant plus se retenir, il finit par se jeter à l'eau mais se blesse la
jambe sur un rocher !;!son téléphone se casse pendant la chute et
il ne peut ainsi pas appeler les secours. Après plusieurs déboire
il parvient à nager et a finalement atteindre le rivage, 24 heures
après sa chute. Il trace alors un SOS sur le sable. Pendant son
calvaire, il se fera menacer par des mouettes, attirées par la chair
ensanglantée de sa jambe. Il sera également en proie à des
hallucinations où il s'imaginera en train de surfer comme si aucun
accident n'était survenu. Retrouvant par hasard, un mini board
échoué sur la plage, il va s'en servir pour retourner à
l'eau. Ce mini board sera sa planche de salut car elle lui permettra
d'être repéré par les secours.
En somme ce film, dans la lignée des survival
drama (à l'instar du film 127 heures) met en garde le
public, de manière implicite, contre les dangers de
205/238
la pratique solitaire du surf, surtout lorsqu'elle est
pratiquée dans des spots reculés et donc peu
fréquentés. En effet dans ce type de lieu, les secours peuvent
être averti avec plus de difficultés et avoir des problèmes
d'accessibilité au site.
Le surf n'est cependant pas qu'une expérience
solitaire. Le surf peut se pratiquer à deux (exemple d'un parent portant
son enfant sur ses épaules tout en surfant) ou à plusieurs sur la
même planche (dans le cas de pays plus pauvres où la planche de
surf reste un objet de luxe et où chacun ne peut pas avoir sa propre
planche). Dans les surf movies nous pouvons voir certains de ces cas.
Dans Chasing Mavericks, nous pouvons voir Jay tenir la main de sa
petite amie lorsqu'ils surfent tous les deux, dans Big Wednesday, nous
pouvons assister à une scène où 3 surfeurs sont sur la
même planche. Outre ces cas particuliers, le surf peut s'avérer
être un moment de partage lors d'événements
spécifiques tels que des séparations ou des retrouvailles. Le
surf revêt ainsi une sentimentalité toute particulière.
Ainsi, toujours dans le film Solo, Nelo le meilleur ami surfeur
d'Alvaro, lorsqu'il lui apprend qu'il va partir s'installer au Canada pour
rejoindre sa fiancée, propose à Alvaro de prendre quelques
dernières vagues avant son départ : « J'aimerais bien
qu'on se choppe quelques vagues avant que je m'en aille ». À
l'inverse le surf peut aussi célébrer un moment de retrouvailles.
Dans Big Wednesday, lorsque Jack revient de la guerre du Vietnam et
retourne dans sa Californie natale, la première chose qu'il fait est
d'aller sur la plage de sa jeunesse. Il va ainsi retrouver Matt, son ami
surfeur, qui lui n'a pas été enrôlé et ils vont
surfer ensemble après une séparation de trois ans. Dans
Surfer Dude, lorsque Steve Addington revient au bercail après
plusieurs mois d'absence, il appelle tous ses amis surfeurs pour faire une
session de retrouvailles. Cette session de retrouvailles a également
lieu dans Blue Juice lorsque les 3 amis londoniens viennent rendre
visite à leur ami surfeur J. C. en Cornouailles.
206/238
e- L'animisme
Très souvent le surfeur évoque dans les surf
movies, ses sensations lors de la prise d'une vague. Souvent le même
discours et les mêmes éléments de langage sont
utilisés : la communion avec la vague, la sensation de voler. Dans
Rip Girls, c'est Gia qui évoque à Sydney, qui n'a jamais
surfé de sa vie, les sensations que cela lui procure : « surfer des
grandes vagues, c'est ressentir les battements de l'eau dans tes tympans
». Dans Surf Party, c'est J. D. qui raconte à son meilleur
ami l'histoire de la meilleure vague qu'il ait jamais prise : « Je
vois une vague absolument parfaite se diriger sur moi. Je surfe dans le creux
de la vague. A vague commence à m'envelopper complètement.
J'étais comme au milieu d'un tunnel d'eau. J'avais jamais ressenti un
truc aussi magique de toute ma vie ». Le surfeur comme le rappelle
Anne-Sophie Sayeux lorsqu'il prend une vague entre en communion et tout son
corps est en alerte car plusieurs de ses sens sont mis à contribution,
et ce avant même que le surfeur n'entre dans l'eau :
Dès que le surfeur sort de son véhicule pour se
préparer sur le parking, le son des vagues éclatant sur le rivage
envahit son espace sonore. Ce rythme régulier de l'océan
génère une ambiance plus ou moins tendue selon la puissance des
intonations. Ces sons font appel à la mémoire individuelle mais
aussi à la mémoire collective, oscillant alors entre
l'océan de plaisir et l'océan de crainte. En effet, milieu
toujours en mouvement, anarchique, presque vivant, l'océan est sauvage.
Il inspire peur et dégoût. Mais cette peur est aussi
adrénaline chez le surfeur, l'incitant à enfiler rapidement sa
combinaison de néoprène pour courir jusqu'à l'eau. Car
bien qu'il ne voie pas encore les vagues, il les sent déjà. Sa
mémoire corporelle intime, stimulée par l'audition, l'appelle
à renouveler au plus vite son jeu corporel avec les rouleaux. Ces sons
permettent à l'acteur de se situer immédiatement dans son action
à venir : surfer.79
Anne-Sophie mentionne un lieu très important pour le
surfeur, outre celui de la plage : le parking. En effet ce lieu est
symboliquement très important car il s'agit d'un lieu transitoire, d'un
espace transitoire entre la ville et la plage. Entre la vie « normale
», ma vie de travail et la vie « surfique ». C'est aussi un
espace qui ne sert pas seulement à se changer mais aussi à se
sociabiliser et à échanger avec d'autres surfeurs. C'est
d'ailleurs sur le parking que Frosty dans le film Chasing Mavericks,
fait une remarque très
79 Anne-Sophie Sayeux. « La valeur sensation : le cas du
surf. » in Andrieu B. Ethique du sport, Edition l'Age d'Homme,
pp.600-608, 2013, Etre et devenir, 978-2-8251-4309-4. ? hal-00999518.
207/238
intéressante. Alors que Jay et d'autres surfeurs se
changent afin de se préparer à prendre la vague dangereuse de
Mavericks, il déclare tout simplement « C'est la fin de l'innocence
». Signifiant ainsi par là qu'une fois l'espace du parking
franchit, ces surfeurs encore vierges dans leur pratique des grosses vagues,
vont passer à une autre étape de leur vie surfique.
Un autre aspect est très important dans l'animisme qui
anime le surfeur est le mana. Le mana des Tahitiens est une
énergie palpable qui se ressent dès que l'on entre dans l'eau.
Elle ne peut être ressentie, dit-on que dans Tahiti et les îles de
la Polynésie. Dans tout autre spot, on ne peut ressentir le mana.
Même s'il est difficile de donner une définition précise de
cette énergie qui émane de ces îles, elle se trouve au
coeur de la vie de tous les Polynésiens. Il s'agit d'une force
supérieure répandue dans la nature. Certains sites
préservés depuis les temps passés, sont des sources de
mana. Teahupo'o est réputé pour être l'une d'elles. Dans le
magazine GQ des mois de juin-juillet 2021, un portrait etune interview ont
été réalisés de Kauli Vaast considéré
comme l'un des nouveaux prodiges du surf. Dans cette interview, Kauli quoique
bien encarté par le capitalisme et les marques (il pose en Quicksilver
et Louis Vuitton et Dior) déclare ressentir cette énergie si
particulière :
« J'ai cette envie de prendre la plus belle, la plus
grosse, la vague de ma vie, explique Kauli. C'est ce que je cherche à
chaque fois, et à Teahupo'o, j'ai un bon feeling. J'ai le mana ».
Le mana est difficile à définir, disons que c'est un
mélange de chance, de pouvoir surnaturel et de relation mystique aux
éléments. « C'est ce que t'as dans le ventre quand tu te
retrouves dans le tube. C'est fusionnel ». 80
2/ Ethos de la surfeuse.
Les surf movies mettant en avant les femmes sont peu nombreux
au sein du corpus des films de surf. Les rares qui existent font en
général sensation. Ainsi lorsqu'est sorti le film Blue Crush
mettant en avant le surf de compétition pratiqué par des femmes,
on a vu naître ce que l'on appelle
80 « Nouvelle vague », GQ, juin-juillet 2021, pp.
60-77.
208/238
aujourd'hui « l'effet blue crush », à savoir,
que de nombreuses jeunes femmes se sont initiées à la pratique du
surf, certaine pour « l'allure » cédant à un effet de
mode favorisé par la publicisation du surf et d'autres pour s'affirmer
et s'émanciper.
Bien souvent le profil de la surfeuse diffère du profil
du surfeur dans les surf movies. Ainsi dans Blue Crush est mis en avant le
principe de sororité. En effet Anne-Marie, juste avant la
compétition du Pipe Masters fait état de son désir envers
son petit ami : « Je voudrais qu'une fille fasse la couverture du Surf
Magazine. Évidemment je voudrais que cette fille soit moi, mais une
fille c'est tout ». En somme Anne-Marie a bien conscience que les femmes
ont encore bien du chemin à parcourir pour arriver au niveau des hommes
en termes de médiatisation. Son souhait se réalisera puisque,
même si elle ne gagnera pas la compétition, elle fera toutefois la
couverture de différents magazines, du fait de ses belles performances
(illustration 104).

Illustration 104: Blue Crush.
Pendant la compétition du Pipe Masters, Anne-Marie, en
proie à un épisode de peur face aux vagues géantes, se
fera d'ailleurs aider par la championne Keana Kenelly, preuve que même au
sein de la compétitin, la cohésion féminine peut exister :
« Les vagues viennent par groupe de ' à 20 secondes d'intervalle.
Ne prend pas la première vague du groupe, c'est la troisième
qu'il faut prendre. Suis-moi jusqu'au ressac et je vais te dire
209/238
quelle vague prendre. Quand je te dirais d'y aller, faudra
pagayer comme une folle. Tu ne dois pas hésiter ni te désister.
N'hésite pas. Laisse ta peur de côté. Si tu hésites
une seule seconde c'est là que tu risques d'écoper. Tu sens
l'adrénaline monter en toi, sers t'en ! ».
La même sororité se retrouve dans le film Rip
Girls. Alors que Sydney arrive à Hawaï avec son père pour
découvrir sa maison natale, elle fait la connaissance de la surfeuse
Gia. C'est elle qui va initier Sydney au surf et lui prodiguer de judicieux
conseils : « Pas cette vague là. Il faut attendre la vague qui nous
concerne ». Lorsque Sydney se découragera, ne parvenant pas
à prendre de vague, Gia va l'encourager à ne pas abandonner :
« Patience, l'océan ne s'en ira pas ». Puis lorsque Sydney se
fera sa première blessure à la tête à cause d'une
vague la poussant contre un rocher, c'est de nouveau Gia et sa mère qui
soignerons ses blessures.
Si l'on connaît bien la figure de la femme de
footballeur, connaissons nous bien celui de la fiancée du surfeur? Dans
les surfs movies la petite-amie, ou femme du surfeur a bien souvent un
rôle de médiation et de temporisation auprès du surfeur ou
plus généralement de la figure masculine. Dans Chasing
Mavericks, c'est Brenda qui va adopter ce rôle auprès de son
mari le surfeur Frosty. C'est elle qui va l'inciter à calmer le jeu sur
sa pratique du surf de grosses vagues pour le bien de ses enfants, c'est elle
qui l'inviter à être moins dur dans sa manière d'enseigner
le surf au jeune Jay. C'est encore elle qui, à l'occasion d'une
fête de plage autour d'un feu de camp, va rencontrer Kim, la petite-amie
de Jay. Elle va ainsi lui raconter sa rencontre et son histoire avec Frosty.
Brenda est donc l'image en miroir de Kim. Kim va devoir appréhender sa
relation avec Jay de la même façon que Brenda l'a fait avec
Frosty. C'est donc cette fête qui va lui ouvrir les yeux, par sa
discution avec l'une de ses pairs, plus âgé. Christian Pociello et
Pascal Duret racontent d'ailleurs que le contexte informel des fêtes
sportives sont souvent l'occasion de construire son identité par la
fréquentation d'une autre génération (exactement le cas de
Kim au contact de Brenda) : « Ensuite la fête sportive met en
présence des jeunes avec des adultes qui
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ne sont pas leurs parents. Les jeunes ont donc en pratique
sous les yeux, des comportements plus ou moins ritualisés pour une fois
en train de s'amuser, leur offrant la possibilité de redéfinir
leur identité ».
Dans Rip Girl, c'est la mère de Gia,
également surfeuse comme sa fille, qui va tenter de raisonner le
père de Sydney lorsqu'il lui interdit de faire du surf. Elle tente de le
raisonner en lui faisant comprendre que son discours sur-représente les
dangers du surf de loisir ?
Enfin la fiancée du surfeur apparaît
également comme une « guérisseuse » prenant soin du
surfeur blessé. Dans North Shore, c'est Kiani qui va soigner
Rick alors blessé à cause d'une chute de vague sur des rochers.
Elle va alors lui cueillir de l'aloe et en passer sur ses blessures
(illustration 105). Dans In God's Hands, c'est la fiancée hawaïenne
du journaliste Wyatt, qui va soigner le jeune surfeur Keoni alors alité
car atteint de malaria.

Illustration 105: North Shore.
E) La Galaxie surf : l'environnement physique et
mental du surfeur
Il est intéressant de constater que le surf occupe les
pensées et l'univers du surfer même lorsque ce dernier n'est pas
sur des vagues. En effet dans bien des surf movies
étudiés dans le présent corpus, les surfeurs lisent des
magazines de presse spécialisés dans le surf ou écoutent
des émissions de
211/238
surf. C'est ainsi que dans le film Solo, le
personnage d'Alvaro consulte un magazine de surf alors qu'il est en
convalescence dans sa chambre d'hôpital après avoir
été sauvé de son accident de surf. Dans Drift,
c'est le personnage d'Andy Kelly qui lit surtout la presse
spécialisée. On peut notamment voir une scène du film
où Andy avec son frère et l'un de ses amis, lit un magazine de
surf tout en commentant les tenues de surf qui y sont présentées.
Il constate d'ailleurs que la combianison qu'il voit dans le magazine est en
tout points la même que porte son amie Lani lorsqu'elle va surfer :
« Manches profilées pour mieux ramer, fermeture velcro et boutons
pression au cou contre le froid » (illustration).

Dans North Shore, lorsque Rick arrive à Hawaï de
son Arizona natal, il rencontre deux surfeurs qu'il a vu dans des magazines de
surf. Il va à leur rencontre et leur demande s'ils ne sont pas Alex
Rogers et Mark Occhilupo qui ont gagné l'OP Pro par deux fois. Les deux
jeunes surfeurs flattés, ont donc compris que Rick était un avide
lecteur de presse spécialisé : « I bet you read all the
surfer mags, eh? ». Le personnage de Steve Addington dans Surfer
Dude est lui aussi un lecteur de magazine de surf. Il en lit à
plusieurs moments du film, notamment les articles qui paraissent sur son rival,
le surfeur Lupe Rosa (illustration).

Dans la plupart des Teen surf movies, les scénaristes
ont choisi de développer un type particulier du jeune surfeur. En
général en plus du surf, il pratique le skateboard mais aussi le
dessin ou la peinture (qui bien entendu a pour sujet le surf!). Ainsi est
développé le personnage archétypal du surfeur ayant une
sensibilité artistique. Dans Shelter Zack a pour habitude de
dessiner des paysages urbains lorsqu'ils ne surfe pas, Rick qui fait des
paysages surfiques (illustration) se proposera même de réaliser le
nouveau logo de l'entreprise du shaper Chandler en échange de cours de
surf.

Rick élaborant le nouveau logo pour
l'atelier de Chandler.
213/238
Jimmy Kelly dans Drift fait des dessins à l'aquarelle
qui attirent d'ailleurs l'attention de son frère. Enfin dans Rip Girls,
Koa offre à Sydney un portrait d'elle en train de surfer.

Illustration 106: Dessin de Jimmy Kelly dans Drift.

214/238
Illustration 107: Portrait de Sydney réalisé
par Koa.
Outre les dessins, chaque occasion et opportunité est
bonne pour célébrer le surf. Dans Ride the Wild Wave, pour
l'anniveraire d'Hinageshi, Hinako confectionne à gâteau avec un
surfeur sur le dessus (illustration), dans Chasing Mavericks c'est le dessus de
porte de garage de Frosty qui est décoré d'une planche de surf,
dans Puberty Blues, alors que le groupe d'amis surfeur de Debbie s'ennuie alors
qu'ils passent une soirée dans une maison abandonnée,
confectionnent une fausse émission de surf avec une télé
cassée (illustration).

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Une certaine géographie et physique et mentale semble
être imprégnée dans l'esprit des surfeurs. Ainsi Koa
dans Rip Girls séparent les gens en deux catégories :
ceux qui surfent et ceux qui ne surfent pas et qui sont des ringards. Dans
Puberty Blues ont retrouve cette idée que celui qui ne surfe pas est un
« nerd », autrement dit un geek. Cette partition mentale est aussi
physique puisque Debbie précise que la plage de Cronulla est
divisée en plusieurs parties selon que vous soyez bon surfeur ou mauvais
surfeur : « There were 3 main sections of Cronulla Beach, everyone was
trying to make it to green hills, that's where the top surfers gang hung out,
prettiest girls from school and the best surf is on the beach. Bad Surfboard
riders on their L plates swarm to south Cronulla ».
216/238
Si la plage est l'univers par définition du surfeur,
celui-ci peut également s'en faire chasser. Dans Ocean Tribe alors que
le groupe d'amis surfeurs mené par Noah retourne sur un spot secret
mexicain de leur connaissance après plusieurs années, ils
constatent avec effroi que celui-ci est devenu un terrain de golf. Cela
entraîne la fureur de Jep qui tente de se battre avec les golfeurs
(illustration).

Cette rivalité de territoire entre surfeur et golfeur
est bien réelle. En effet pour bien des municipalités littorales,
le golfeur représente le raffinement et le luxe alors que le surfeur
représente le marginal voire l'inadapté :
Le « golfeur » qui réside dans les villas au
bord du lac et qui va au restaurant est largement plus souhaité que le
« surfeur » qui va au supermarché et qui consomme, selon les
dires des élus de la commune, dans des proportions nettement
moindres.81
Parmi la géographie physique et mentale du surfeur,
certains lieux sont de prime importance. Le surf shop d'abord qui fait partie
de la cartographoe mythique des endroits surf. Dans les surf movies bien
souvent les surfeurs ou parents de surfeurs travaillent dans un surf shop, leur
permettant d'allier travail et passion. Dans Ocean Tribe, le surfeur Noah
possède son
81 GUIBERT Christophe, « Hossegor : le surf ou
l'élégance ? Une double identification territoriale », Les
Annales de la recherche urbaine, n° 100, 2006. L'avancée en
âge dans la ville, pp. 89-96.
217/238
propre surf shop, lui permettant ainsi d'ajuster ses horaires
à sa guise pouraller surfer (illustration).

Dans le film parodique Surf II ce sont les parents de Lindy
qui possède une boutique de surf, dont l'enseigne est au
préalable mal orthographiée en « Surboards & Grocery
» au lieu de « Surfboards & Grocery ».

218/238
Le restaurant surf ensuite. Il est bien souvent
décoré au moyen de planches de surfs réutilisée
comme c'est le cas dans le restaurant surf que fréquente Angelo et ses
amis dans le film Ride (illustration).

Le restaurant à l'ambiance surf est très souvent
un repère/repaire pour les surfeurs qui s'y retrouvent après une
session. Certains restaurants de ce style sont d'ailleurs des institutions
encore aujourd'hui. Le Rock Food d'Hossegor par exemple qui est le rendez-vous
des gens de la vague. Dans le film Blue Juice c'est
le personnage de Chloe qui se bat bec et ongles afin de pouvoir ouvrir son
restaurant de surf dans sa Cornouailles natale. Elle y parviendra finalement
grâce à l'aide de son petit ami et de toute la communauté
de surfeurs locale. Elle baptisera son restaurant l'Aqua Shack. Il faut noter
ue la Cornouailles et précisément Newquay est la destination
n°1 en matière de surf et que cela a modifier la géographie
de la ville notamment avec l'émergence de nombreux surf shop, surf
restaurants et une spécialité locale, les surf lodges :
Sont en effet disséminés à
proximité des plages ou dans le centre-ville (surtout) des ' surf
lodges', hébergements dont les tarifs sont assez limités en
comparaison avec les hôtels 4 et 5 étoiles, nettement plus
élitistes de la commune. Ces hébergements consistent en
aménagement sommaire, voire spartiate pour la plupart : lits
superposés, posters de surf sur les murs des chambres et
télévision dans l'espace commun avec une collection de DVD sur le
surf à disposition. La publicité est exclusivement
orientée vers une clientèle de surfeurs : des planches de surf
cassées et peintes sont disposées près de l'accueil des
établissements,, matérialisant cette
stratégie.82
82 Christophe Guibert, « Newquay (Cornouailles,
Grande-Bretagne). La plage dans la ville », Mondes du
tourisme, Paris: Éd. touristiques européennes,
2014, 9, pp.85.
VI) La sémiotique du surf movie participant
à la
construction de la subculture surfique
A) Étude des affiches et titres de
films
Il est très intéressant d'analyser certains titres
de films. On peut remarquer que dans la plupart des cas, c'est la couleur bleue
qui est mise en exergue : -Blue Crush
-Blue Juice
-Puberty blues
-Blue Blue Blue (pour la traduction japonaise du titre original
du film Newcastle).
Les affiches de ces films tentent à mettre la couleur bleu
en exergue. Cela est particulièrement prégnant pour le film
Blue juice et pour le film Puberty Blues qui joue sur la
proximité phonétique Blues/Blue.

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Le titre Shelter pour le film de Jonah Markowitz a
très à propos. En effet le personnage de Zach trouve dans le surf
son refuge (shelter). Refuge par
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rapport à son homosexualité non assumée,
et refuge par rapport à sa soeur irresponsable, qui l'oblige à
endosser le rôle de père de substitution pour son neveu.

North Shore est un film qui met en exergue deux intrigue de
façon parallèle. Le côté surf avec
l'entraînement de Rick se préparant à une
compétition et le côté sentimental avec le
développement de sa relation avec la jeune Kiani. Ces deux intriguent
s'entremêlent dans le scénario et l'affiche du film est
intéressante car elle reprend ce idée, avec notamment la
chevelure de Kiani qui se mêle à celle de la vague.

221/238
Les surf beach movies se servent également
fréquemment de la planche de surf pour y inscrire le titre du film. On
oeut citer dans ce cas, Ride the Wild Surf ou Surf Party (1964).

222/238
B) Surf movies et musique
La musique et les surf movies entretiennent un rapport
privilégié par le biais de la surf music. Lorsque l'on pense
à la musique sur nous vient à l'esprit la célèbre
chanson des Beach Boys « surfin' USA ». C'est d'ailleurs ce groupe
qui fut invité à l'édition de 2001 du Biarritz Surf
Festival. Cette chanson en particulier figure dans la bande original de
plusieurs surf movies de notre corpus comme Surf II (1984).
Les surf movies japonais ont tendance quant à eux
à créer des chansons spécialement dédiées
pour accompagner les scènes. Ainsi la chanson phare du film Ride you
Wave a été composée et interprétée par
Michiru Oshima. Elle comporte de très belles paroles sur le rôle
métaphorique de la vague dans la vie « The same wave will never
come washing up again ». Le thème musical de Catch a Wave
intitulé tout comme le film, a quant a lui été
interprété spécialement par le chanteur japonais
Deftech.
Les chansons composant les bandes originales des surfs movies
sont en général assez confidentielles et peu connues du grand
public. On peut citer la chanson « Surf School » chanté par
Fred Wilson pour la B.O. Du film Surf Academy (2006) ou encore « Surfing
with Sharks » de Rob McKenzie qui compose la B.O de Blood Surf et qui est
très à propos puisque le film retrace les aventures de surfeurs
allant prendre les vagues au milieu des requins.
Les beach movies, qui ont donné naissance aux surf
movies étaient très souvent ponctués de chansons. Surf
Party, film de 1964 a vu sa bande originale composée par By' Dunham and
Bobby Beverly avec des titres adaptés à la thématique du
film comme « Glory Wave ». Dans les pas des beach movies des
années 60, le plus récent Teen Beach Movie sorti en 2013 reprend
cette formule d'intermèdes chanté au sein de l'intrigue du film.
On peut citer le titre « Surf Crazy » dont le clip fait
référence aux joies de la plage et du soleil (illustration).

223/238
Ride the Wild Surf quant à lui, qui
opère la jonction entre le beach movie et le surf movie,
agrémente son générique de fin de surf music. Le casting
est donc présenté sur fond de musique surf (illustration).

La bande originale de ce film a été
composée par Jan & Dean et comportent plusieurs titres
évoquant la « mythologie » du surf : Sidewalk Surfin', Tell'em
I'm surfing, Surfin' Wild, ou encore The Restless Surfer.
224/238
Conclusion
Il est intéressant de constater que les
réalisateurs et les surfeurs ont toujours entretenu des relations
proches. On peut citer le cas de Thomas Edison qui dès 1898 a
filmé des surfeurs sur la plage de Waikiki. Le genre des surf
movies est né à Hollywood, ce qui peut paraître
surprenant au vu de sa position géographique. Malibu semblait plus
adaptée pour filmer le surf d'autant que la région du sud de la
Californie était le berceau du surf moderne. Quoiqu'il en soit l'on doit
l'émergence des films de surf à Hollywood. Plusieurs surfeurs
comme Duke Kahanamoku ont d'ailleurs tourné dans des films
hollywoodiens. Les surf movies, comme nous l'avons vu tiennent leur origine des
Beach movies, genre qui a connu un fulgurant succès dès les
années 60 pour finalement disparaître tout aussi abruptement car
selon Lee Wardlaw le surf et la plage n'étaient que des effets de mode :
« surfing was just a fad, like Hula Hoops, Slinkys or Teenage Mutant Ninja
Turtles and like all fads, it disappeared as quickly as it came. Kids forgot
about surfing and were ready for another fad to take its place
».83 Douglas Booth distingue plusieurs types de surf movies
dont le « pure » surf movie, principalement documentaire, qui
concentre son propos sur les spots de surf, les designs de planches, les styles
de surf et les tendances culturelles du surf. Ce genre de film tourné de
façon simple attirait les jeunes surfeurs par son côté
authentique contrairement aux surf movies préfabriqués
hollywoodiens. En somme le « pure surf movie » explique le surf
à des surfeurs :
For 50 years , surfing culture has represented the style,
taste, aspirations and behavior of millions of middle-and working-class Western
youth. Film has been a critical ingredient in this culture ; some 200 surf
films and dozens of videos have popularized surfing fashions, values, and
mores. One can discern three genres of surf film : Hollywood beach stories,
aficionados « pure » surfing films and surfing industry videos.
Hollywood and aficionados began producing surf films in the late 1950s as the
first generation of post-Second World War baby boomers reached adolescence.
Surfing symbolized carefree fun in a period of economic prosperity and
political idealismm, and Hollywood and aficionados captured it all on
83 Douglas Booth,. « Surfing Films and Videos: Adolescent
Fun, Alternative Lifestyle, Adventure Industry. » Journal of Sport
History, vol. 23, no. 3, 1996, pp. 315-316,
225/238
celluloid.84
Grâce aux surfs movies on peut distinguer
différents courants du surf. Le surf sixties, dans une Californie en
proie à la mode surf, où les surfeurs refusaient de se conformer
aux codes de la société et dormaient sur la plage ou dans les
îles afin de profiter de la houle (Big Wednesday, California
Dreaming). Cette génération ivre d'insouciance et de
liberté en venait à rejeter l'American Way of Life en
proie au capitalisme et au carcan de l'argent rimant peu avec les joies de
l'océan. Puis la popularisation du surf a amené à sa
marchandisation et à l'émergence de la compétition. Si
Paul Mason rappelle que peu de surfeurs se livrent en réalité
à la compétition, certains surfeurs professionnels y sont
obligés car il s'agit là du seul moyen de gagner de l'argent (cet
aspect est mis en exergue dans Blue Crush par exemple). Aujourd'hui il
semblerait que la communauté des surfeurs, si elle est toujours une
subculture, ne représente plus totalement une contre-culture comme elle
pouvait l'être autrefois car en effet les surfeurs sont plus «
acceptables » socialement, la figure du surfeur est « amadouée
», moins « rétive » notamment du fait de la massification
de la pratique et de sa popularité due en partie à la
publicité, au marketing, à la communication et aux produits
dérivés. Le surfeur devient même une figure de héros
populaire (le surfeur d'argent de Marvel par exemple). Le surfeur bien que de
plus en plus « normalisé » reste une figure alternative en ce
qu'il recherche la liberté et est en proie au désir de rivage
:
Le surf peut être caractérisé comme un
geste-discours qui allie performance et esthétisme. Il peut
également être perçu comme une épure des sports de
glisse, puisqu'il se joue dans un mouvement perpétuel où la vague
et sa pente ne sont jamais les mêmes. Dans une société
où tout se complexifie, où les valeurs se transforment et se
recomposent, où l'ordre et le désordre s'entremêlent sans
cesse, la figure du surf oscillant entre l'équilibre et la chute
apparaît comme un symbole de notre temps, également capable
d'intégrer les attributs du sacré : le mystère, la
pureté voire la peur. Porté par une popularité croissante
, soutenu par els collectivités locales, garant de marchés
prometteurs pour les entreprises, le surf est devenu un vecteur de dynamisme
local. La contre-culture surf, si elle a représenté pour quelques
minorités un moment de résistance au style de vie
américain, est aujourd'hui complètement intégrée
par une société de consommation, elle-même largement
84 Douglas. « Surfing Films and Videos: Adolescent Fun,
Alternative Lifestyle, Adventure Industry. » Journal of Sport
History, vol. 23, no. 3, 1996, pp. 313-327.
226/238
diversifiée.85
Il est intéressant que les surf movies oscillent quant
à leur perception de ce qu'est le surf. Pour certains il s'agit d'un
sport, pour d'autres d'un art de vivre, pour d'autres encore une philosophie
quasi-spirituels et pour certains tout cela à la fois. Dans tous les cas
le surf movie est bien souvent une recherche esthétique et une
quête de vérité (la vérité de la nature). Si
la recherche esthétique est un sujet dans l'intrigue du scénario
d'un surf movie, il l'est aussi pour le spectateur, devant son écran, sa
télé ou au cinéma. Les surfs movies les plus
critiqués sont ceux qui sont pauvres en belles images. À
l'inverse, le passionné de surf (qu'il soit pratiquant ou non)
appréciera les belles images de Duck Dive dans Instinct de
Survie, les prouesses surfiques accomplies dès les premières
images de Point Break ou encore les figures accomplies en Slow motion
dès l'introduction de California Dreaming. Il est
intéressant de constater également l'importance du motif de
l'été dans les surf movies, qui participent de leur
poétique et de leur temporalité. California Dreaming
nous montre T. T. découvrant les joies du surf californien le temps de
son summer break, les 3 amis de Catch a wave apprennent le surf
auprès de Duke pendant leurs vacances d'été.
Le surf movie a pu aussi être un genre de conquête
culturelle. Blue Hawaï, en est un bon exemple. Ce
célèbre Beach movie dans lequel joue Elvis Presley, qui incarne
un militaire se retrouvant en retraite à Hawaï après la
guerre, va promouvoir le surf comme étant non plus un sport
indigène mais une réappropriation culturelle d'un sport
désormais typiquement américain. Le surf movie moderne peut
aujourd'hui servir des institutions. Catch a Wave est notamment
supporté par la Japan Pro Surfing Association et de nombreux surf movies
servent à promouvoir de manière indirecte des équipements
et tenus de surf (Blue Crush fait la part belle à Billabong par
exemple). Les surfs movies façonnent donc une image du surfeur dans
85 Jean-Pierre Augustin., « Surf », Encyclopaedia
Universalis,
https://www.universalis.fr/encyclopedie/surf/
227/238
l'imaginaire collectif, image dont souffre parfois le surfeur
même comme le rappelle Jérémy Lemarié : « La
plupart des surfeurs se sont retrouvés volés de leur
identité car les images de surf, véhiculée notamment par
les films, ne correspondent pas vraiment à la réalité. La
culture surf c'est à dire les surfeurs eux-même avec leurs
productions qui vont tenter aussi de promouvoir leur sport mais d'une autre
manière. The Endless Summer produit par Bruce Brown devient en
1968, le 5eme film le plus célèbre de l'année, élu
par NewsWeek. Ce film va devenir la pierre angulaire de la culture
surf. Deux surfeurs californien vont parcourir le monde à la recherche
de la vague parfaite qu'ils vont finalement trouver en Afrique du Sud. Dans The
Endless Summer se trouve l'idée que, bien que les surfeurs veulent
créer leur propre identité, ils sont rattrapés par une
chose qui les dépasse, c'est que eux-aussi sont les produits de cet
âge d'or californien c'est à dire d'une société de
loisirs qui peut se permettre de voyager toute l'année et d'engager un
loisir sportif ».
Ces aspects seraient intéressant à
développer dans le cadre d'un approfondissement de la présente
recherche.
Il serait intéressant pour prolongé ce travail
de recherche de mettre en comparaison d'une part les surfs movies de fiction
avec les surfs movies documentaires et d'autres part de faire une étude
sur un phénomène qui commence à se développer,
à savoir les séries sur le surf. On peut citer à ce titre
l'animé japonais Wave!!: Surfing Yappe!! qui décline en
plusieurs épisodes la relation qu'entretien Maki avec Shô qui
l'initie aux joies du surf. Dans cet animé sont évoqués
les mêmes problématiques que les surfs movies
étudiés à savoir les notions d'apprentissages, de rituels,
d'épreuves, d'entraide entre surfeurs, etc. On peut aussi mentionner la
série australienne Lightning Point qui retrace l'histoire de
deux jeunes filles extra-terrestre qu débarquent sur Terre avec comme
objectif de faire du surf.
Enfin les surfeurs sont très souvent comparés
aux snowboardeurs et aux skateurs, comme faisant partie d'un groupe plus large,
la communauté de
la glisse. N'appelle t-on pas d'ailleurs les skateboarders,
des surfeurs d'asphaltes ou des surfeurs de bitume ? Le film Johnny Tsunami
(1999) évoque d'ailleurs comment un surfeur va appréhender
pour la première fois, non sans fausses idées reçus, la
pratique du snowboard. Joël de Rosnay dans le prologue de Petit
éloge du surf (2020) évoque en quoi sa première
expérience du ski lui a fait comprendre que cette discipline appelait
une mise en marche du corps dans son ensemble et que cela pouvait s'appliquer
au surf pour améliorer sa pratique. Sylvain Lefebvre et Romain Groult
remarque quant à eux que le groupe des glisseurs partagent des valeurs
communes :
Pratiquer des sports de planches représente pour
plusieurs de ses adeptes, une forme de liberté et de
créativité dans l'univers parfois envahissant de la performance
physique, de la compétition et des normes ou contraintes qui
régissent certaines activités sportives. Surfer une vague, la
neige ou la rue c'est surtout se déplacer, moyennant un effort physique
bien sûr, mais dans un mode déambulatoire, flexible, libre au
niveau des mouvements ou des trajectoires empruntées. La sensation prend
le dessus sur la prestation. L'expérience et les plaisirs
générés supplantent les résultats et les records
mesurés.86
En somme la même étude serait possible avec les
« skate movies » (Ken Park, Les Seigneurs de Dogtown...) car ils font
appels aux mêmes codes, problématiques et interrogations que les
surf movies et sont à ce titre intéressants au regards des
études culturelles.
228/238
86 LEFEBVRE, Sylvain et ROULT Romain, « Les nouveaux
territoires du surf dans la ville. », Téoros, volume 28,
numéro 2, 2009, p. 58.
229/238
Bibliographie
Monographies
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PANCIA Anthony, Surfer. En quête de la photo
ultime, Glénat, 2019, introduction. POULLENOT, Damien, Surf
Trip. Voyages et vagues autour du monde, Tana éditions, 2018.
SAYEUX Anne-Sophie, Surfeurs, l'être au monde: une analyse
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SCHALLER Gérard, Prendre la vague, Hugo Image,
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WARSHAW Matt, The Encyclopedia of Surfing, 2005, First
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Articles
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», Cahiers de géographie du Québec, volume 53,
numéro 150, décembre 2009, pp. 369-384.
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Fun, Alternative Lifestyle, Adventure Industry. » Journal of Sport
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DURET Pascal, POCIELLO Christian. « Fêtes sportives
et expression de la virilité », Agora
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FALAIX Ludovic, « Le surf à Taghazout »,
Maroc : De l'émergence spontanée de neoterritorialités
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territoires du surf dans la ville. », Téoros, volume 28,
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féministes, volume 32, numéro 1, 2019, pp. 127-146.
Guides
BORRA Julien, Surfer sa vie, First éditions,
2020.
PATLER Louis, Make your own waves. The Surfer's Rules for
Innovators and Entrepreneurs, Harper Collins, 2016.
Manuels de pratique
COHEN Stéphane, Surf, 1997, éditions
EPA.
DIXON Peter, Peter Dixon, Le guide complet du surf,
2003, Atlantica.
MASON Paul, Le surf, 2002, Gamma Jeunesse.
Magazines
Surfer's Journal, n° 144, juin/juillet 2021.
Surf Session, n° 380, été 2021,
Backside Medias.
230/238
231/238
Fictions
ASTIER Ingrid, La Vague, Paris, Les Arènes,
2019.
DUNGO Aj, In waves, 2020, Casterman.
WINSLOW Don, L'heure des Gentlemen, éditions
du Masque, 2012.
Roman autobiographique
FINNEGAN William, Jours Barbares, éditions du
sous-sol, 2015.
232/238
Glossaire
Backdoor : lorsque la vague déroule et
déferle vers la droite pour le surfeur qui fait face à la
plage.
Backside : lorsque le dos du surfeur fait
face à la vague lorsqu'il est au bas de celle-ci. Bottom
turn : virage fluide et puissant effectué au bas de la
vague.
Bowl : peak parfait formant un V, droite et
gauche.
Cutback : figure qui nécessite
beaucoup de vitesse. Parfois appelé le S turn, le cutback est une
manoeuvre de replacement qui permet de revenir vers le point de
déferlement et ainsi trouver un maximum d'énergie pour continuer
de surfer ta vague.
Duck dive : le « duck dive », ou
« canard », est la technique utilisée par les surfeurs pour
couler leur planche de surf sous l'eau afin de pouvoir plonger sous les les
vagues avec leur surfboard dans les mains.
Floater : figure de surf qui requiert une
grande agilité. Il s'agit pour le surfeur de glisser sur la crête
de la vague lorsque celle-ci se met à déferler puis de glisser
dessus un certain temps jusqu'à atterrir en bas de vague et poursuivre
son surf.
Freak set : série de vagues plus
grosses que les autres.
Glaçage : après la peinture sur
le pain de mousse de la planche, le glaçage transparent va permettre
l'ajout d'une décoration.
Inside : zone d'impact où les
déferlantes arrivent les unes après les autres (vs. Outside :
partie au-delà de la zone de déroulement).
Leash : accessoire utilisé pour relier
le surfeur à sa planche. Il lui permet de garder un certain
contrôle en cas de chute.
Morning glass : la « mer de verre »
est peut-être la condition la plus souhaitable, convoitée par tous
les surfeurs : une journée sans vent avec une grosse houle.
North Shore : fait référence
à la zone côtière nord de l'île hawaïenne
d'Oahu.
Off the lip : tourner rapidement sa planche
en haut de la vague pour redescendre face à la vague.
233/238
Pain de mousse : le pain de mousse, ou foam,
est la matière première constituant le coeur des planches de
surf. Il s'agit d'une mousse de polyuréthane ou de
polistyréne.
Point Break : Les points breaks sont des
spots où la vague casse sur le sable ou sur de la roche.
Shaper : le shaper conçoit la forme
des planches de surf, les réalise et les décore selon le souhait
du client. C'est un artisan qui fabrique des pièces à
l'unité.
Shore break : vague très puissante qui
a la particularité de se briser près du rivage et donc dans
très peu d'eau.
Slab : vague qui tombe en explosant sous le
niveau de la mer plus qu'elle ne déferle.
Snacker : le fait de « snacker une vague
» à quelqu'un veut dire qu'un surfeur vole la priorité
àun autre surfeur déjà en action sur une vague.
Square-tail : planche dont la queue se
termine en section droite. Offre donc une surface maximum, ce qui procure
vitesse et maniabilité dans les petites vagues.
Take off : en surf, manoeuvre de base qui
consiste à se mettre debout sur la planche de surf.
Tube : figure sportive extrême de surf,
qui consiste à surfer à l'intérieur d'une vague
déferlante géante, en forme de tunnel ou de cylindre, au moment
où elle se brise. Cette technique est la plus utilisée par les
surfeurs en backside, on tient le rail extérieur avec la main
arrière, la main avant en contact avec la face de la vague.
Wax : produit spécifique pour la
pratique du surf, composé de cire naturelle ou d'autres substances
utilisé sur la surface supérieure des planches de surf afin de la
rendre antidérapante.
White water : haut de la partie cassée
d'une vague, aussi appelé « lip ». Wipeout :
grosse chute, perdre le contrôle et avoir un accident.
234/238
Annexes


· Le Porge
Bordeaux
OCÉAN ATLANTIQUE
Mimizan ·
· Royan
CHARENTE-MAR/TIME
Soula
1 .:won
· La Teste
GIRONDE
A
A
· station balnéaire du xixe siècle
· création antérieure â 1939
· développement postérieur d 1950
· club de surf
Astation surf
A station surf potentielle
ESPAGNE
· Biarritz
Mont-de-Marsan
A
LANDES
235/238
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Lnmr.I i!I warm? rrrbS+sL.

Habiter le spat de surf est donc apprehends ici par It
pratique dans It temps et dans #'espace dei furia. Ces ofpares de
pratigue- du surfne scant jarnai€tous utirinee ensemble car les conditions
peer leur usage sent differen-riées et cernhieent fréquentation
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de k saturation a rendant la pratique its cunrprtuble ocre
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Le spot de surf irn espace fréquente
Une pratique qui s4 cancentre sur les "meilkurs
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Ibllef£iaannedtdrs:
#01Ipekrg temporaldçsdiff6rrtnciiks
237/238
Table des matières
Introduction 3
I) Le surfeur : un personnage stéréotypé et
ambivalent 10
A) Un personnage essentialisé 11
1/ La jeunesse et le jeunisme 11
2/ La mode vestimentaire 13
3/ Le surfeur cool et fun 15
B) Le surf : un sport de dieux et rois. Le surfeur : un
personnage mythique, réifié, déifié 19
C) Un personnage marginal 30
1/ Les surfeurs fainéants 30
2/ Les surfeurs perçus comme ayant une influence
néfaste 32
3/ Le surf versus l'autorité et les institutions 34
a - Les surfeurs et l'autorité parentale 34
b- Les surfeurs et l'institution scolaire 36
c- Les surfeurs et le travail 37
d- Les surfeurs et l'institution bancaire 40
e- Les surfeurs et l'armée 42
II) L'univers du surf : entre rêves, idéaux et
dangers 44
A) Une activité de tous les dangers 46
1/ Les requins 46
3/ Le traumatisme de l'accident 53
3/ Vagues et dénomination : pour une cartographie du
danger 54
4/ La vague meurtrière 56
5/ Les autres dangers 58
B) Surf Way of Life 59
C) Le désir de lointain, d'extraordinaire 64
1/ Classification et hiérarchisation des destinations surf
64
2/ Le surf trip 72
a- Le surf trip sponsorisé 73
b- Le far away trip et le close trip 75
c- Le surf trip entre amis 76
d- Le surf school trip 78
3/ À la recherche du spot perdu 79
D) L'utopie et la dystopie surf 82
E) Une communauté en proie aux mêmes questions
sociétales que la société « normale » 85
1/ Machisme 85
2/ Xénophobie 90
3/ Homophobie 93
4/ Addictions 95
a- Les drogues 95
b- L'addiction aux vagues 98
III) Le surf comme compagnon/adversaire des étapes de vie
101
A) Le surf et les responsabilités 101
1/ La vie professionnelle 101
2/ La vie affective et familiale 105
B) Le surf et la mort : la vague comme métaphore du deuil
et de l'abandon 108
C) Le surf et les moments de vie difficiles : la passage
à la vie adulte, le handicap, la maladie 114
IV) Le surf movie et la construction d'une communauté
119
A) Les surfeurs entre tribu, gangs et lutte de territoires 119
238/238
1/ Les règles de priorité et de respect 127
2/ La rivalité entre gangs, entre groupes 128
B) Pour une typologie des surfeurs 132
1/ Le Free surfer solitaire versus les surfeurs en groupe 132
2/ Le surfeur en recherche de style et performance versus le
surfeur « pur » 133
3/ Le surfeur authentique versus le surfeur
(sur)équipé 135
3/ Le soul surfer versus le surfeur de démonstration
139
4/ Le surfeur de petites vagues versus le surfeur de gros 140
5/ Le surfeur raisonné versus le surfeur inconscient
143
6/ Le surfeur spirituel et empiriste 144
7/ Le surfeur rangé versus le surfeur libertin/libertaire
145
C) Les surfeurs : entre rivalités, modèles et
émulation 146
1/ Le Shaper 149
2/ Le photographe 152
3/ Le journaliste 153
4/ Le commentateur 154
5/ Le surfeur fan 157
D) Une histoire de famille 158
E) Mentorat et rite initiatique 162
1/ Le mentor : un guide pour le surf, un guide pour la vie 162
a- Le rite et l'épreuve initiatique 167
b- L'expérience du surfeur au service de
l'expérience de vie 174
V) Bienvenue sur la planète surf ! 175
A) Corps culte et culte du corps 175
B) Le surfeur et sa planche 184
1/ La planche magique 188
2/ Le surfeur-sauveteur 189
3/ Le motif de la planche cassée 190
4/ La planche traditionnelle 192
C) La langue du surf 194
D) Attitudes et valeurs du surfeur et de la surfeuse 200
1/ Ethos du surfeur 200
a- Le maître de l'élément liquide 200
b- Le surfeur-dragueur 201
c- Le nomadisme 203
d- La surf entre solitude et partage 204
e- L'animisme 206
2/ Ethos de la surfeuse 207
E) La Galaxie surf : l'environnement physique et mental du
surfeur 210
VI) La sémiotique du surf movie participant à la
construction de la subculture surfique 219
A) Étude des affiches et titres de films 219
B) Surf movies et musique 222
Conclusion 224
Bibliographie 229
Glossaire 232
Annexes 234
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