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La planche et la pellicule les surf movies comme construction de la communauté des surfeurs. euses, entre réalisme, idéalisation et stéréotypisation.


par Tony Goupil
Université Jean Monnet - St Etienne - Master 2 études culturelles 2021
  

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Conclusion

Il est intéressant de constater que les réalisateurs et les surfeurs ont toujours entretenu des relations proches. On peut citer le cas de Thomas Edison qui dès 1898 a filmé des surfeurs sur la plage de Waikiki. Le genre des surf movies est né à Hollywood, ce qui peut paraître surprenant au vu de sa position géographique. Malibu semblait plus adaptée pour filmer le surf d'autant que la région du sud de la Californie était le berceau du surf moderne. Quoiqu'il en soit l'on doit l'émergence des films de surf à Hollywood. Plusieurs surfeurs comme Duke Kahanamoku ont d'ailleurs tourné dans des films hollywoodiens. Les surf movies, comme nous l'avons vu tiennent leur origine des Beach movies, genre qui a connu un fulgurant succès dès les années 60 pour finalement disparaître tout aussi abruptement car selon Lee Wardlaw le surf et la plage n'étaient que des effets de mode : « surfing was just a fad, like Hula Hoops, Slinkys or Teenage Mutant Ninja Turtles and like all fads, it disappeared as quickly as it came. Kids forgot about surfing and were ready for another fad to take its place ».83 Douglas Booth distingue plusieurs types de surf movies dont le « pure » surf movie, principalement documentaire, qui concentre son propos sur les spots de surf, les designs de planches, les styles de surf et les tendances culturelles du surf. Ce genre de film tourné de façon simple attirait les jeunes surfeurs par son côté authentique contrairement aux surf movies préfabriqués hollywoodiens. En somme le « pure surf movie » explique le surf à des surfeurs :

For 50 years , surfing culture has represented the style, taste, aspirations and behavior of millions of middle-and working-class Western youth. Film has been a critical ingredient in this culture ; some 200 surf films and dozens of videos have popularized surfing fashions, values, and mores. One can discern three genres of surf film : Hollywood beach stories, aficionados « pure » surfing films and surfing industry videos. Hollywood and aficionados began producing surf films in the late 1950s as the first generation of post-Second World War baby boomers reached adolescence. Surfing symbolized carefree fun in a period of economic prosperity and political idealismm, and Hollywood and aficionados captured it all on

83 Douglas Booth,. « Surfing Films and Videos: Adolescent Fun, Alternative Lifestyle, Adventure Industry. » Journal of Sport History, vol. 23, no. 3, 1996, pp. 315-316,

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celluloid.84

Grâce aux surfs movies on peut distinguer différents courants du surf. Le surf sixties, dans une Californie en proie à la mode surf, où les surfeurs refusaient de se conformer aux codes de la société et dormaient sur la plage ou dans les îles afin de profiter de la houle (Big Wednesday, California Dreaming). Cette génération ivre d'insouciance et de liberté en venait à rejeter l'American Way of Life en proie au capitalisme et au carcan de l'argent rimant peu avec les joies de l'océan. Puis la popularisation du surf a amené à sa marchandisation et à l'émergence de la compétition. Si Paul Mason rappelle que peu de surfeurs se livrent en réalité à la compétition, certains surfeurs professionnels y sont obligés car il s'agit là du seul moyen de gagner de l'argent (cet aspect est mis en exergue dans Blue Crush par exemple). Aujourd'hui il semblerait que la communauté des surfeurs, si elle est toujours une subculture, ne représente plus totalement une contre-culture comme elle pouvait l'être autrefois car en effet les surfeurs sont plus « acceptables » socialement, la figure du surfeur est « amadouée », moins « rétive » notamment du fait de la massification de la pratique et de sa popularité due en partie à la publicité, au marketing, à la communication et aux produits dérivés. Le surfeur devient même une figure de héros populaire (le surfeur d'argent de Marvel par exemple). Le surfeur bien que de plus en plus « normalisé » reste une figure alternative en ce qu'il recherche la liberté et est en proie au désir de rivage :

Le surf peut être caractérisé comme un geste-discours qui allie performance et esthétisme. Il peut également être perçu comme une épure des sports de glisse, puisqu'il se joue dans un mouvement perpétuel où la vague et sa pente ne sont jamais les mêmes. Dans une société où tout se complexifie, où les valeurs se transforment et se recomposent, où l'ordre et le désordre s'entremêlent sans cesse, la figure du surf oscillant entre l'équilibre et la chute apparaît comme un symbole de notre temps, également capable d'intégrer les attributs du sacré : le mystère, la pureté voire la peur. Porté par une popularité croissante , soutenu par els collectivités locales, garant de marchés prometteurs pour les entreprises, le surf est devenu un vecteur de dynamisme local. La contre-culture surf, si elle a représenté pour quelques minorités un moment de résistance au style de vie américain, est aujourd'hui complètement intégrée par une société de consommation, elle-même largement

84 Douglas. « Surfing Films and Videos: Adolescent Fun, Alternative Lifestyle, Adventure Industry. » Journal of Sport History, vol. 23, no. 3, 1996, pp. 313-327.

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diversifiée.85

Il est intéressant que les surf movies oscillent quant à leur perception de ce qu'est le surf. Pour certains il s'agit d'un sport, pour d'autres d'un art de vivre, pour d'autres encore une philosophie quasi-spirituels et pour certains tout cela à la fois. Dans tous les cas le surf movie est bien souvent une recherche esthétique et une quête de vérité (la vérité de la nature). Si la recherche esthétique est un sujet dans l'intrigue du scénario d'un surf movie, il l'est aussi pour le spectateur, devant son écran, sa télé ou au cinéma. Les surfs movies les plus critiqués sont ceux qui sont pauvres en belles images. À l'inverse, le passionné de surf (qu'il soit pratiquant ou non) appréciera les belles images de Duck Dive dans Instinct de Survie, les prouesses surfiques accomplies dès les premières images de Point Break ou encore les figures accomplies en Slow motion dès l'introduction de California Dreaming. Il est intéressant de constater également l'importance du motif de l'été dans les surf movies, qui participent de leur poétique et de leur temporalité. California Dreaming nous montre T. T. découvrant les joies du surf californien le temps de son summer break, les 3 amis de Catch a wave apprennent le surf auprès de Duke pendant leurs vacances d'été.

Le surf movie a pu aussi être un genre de conquête culturelle. Blue Hawaï, en est un bon exemple. Ce célèbre Beach movie dans lequel joue Elvis Presley, qui incarne un militaire se retrouvant en retraite à Hawaï après la guerre, va promouvoir le surf comme étant non plus un sport indigène mais une réappropriation culturelle d'un sport désormais typiquement américain. Le surf movie moderne peut aujourd'hui servir des institutions. Catch a Wave est notamment supporté par la Japan Pro Surfing Association et de nombreux surf movies servent à promouvoir de manière indirecte des équipements et tenus de surf (Blue Crush fait la part belle à Billabong par exemple). Les surfs movies façonnent donc une image du surfeur dans

85 Jean-Pierre Augustin., « Surf », Encyclopaedia Universalis, https://www.universalis.fr/encyclopedie/surf/

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l'imaginaire collectif, image dont souffre parfois le surfeur même comme le rappelle Jérémy Lemarié : « La plupart des surfeurs se sont retrouvés volés de leur identité car les images de surf, véhiculée notamment par les films, ne correspondent pas vraiment à la réalité. La culture surf c'est à dire les surfeurs eux-même avec leurs productions qui vont tenter aussi de promouvoir leur sport mais d'une autre manière. The Endless Summer produit par Bruce Brown devient en 1968, le 5eme film le plus célèbre de l'année, élu par NewsWeek. Ce film va devenir la pierre angulaire de la culture surf. Deux surfeurs californien vont parcourir le monde à la recherche de la vague parfaite qu'ils vont finalement trouver en Afrique du Sud. Dans The Endless Summer se trouve l'idée que, bien que les surfeurs veulent créer leur propre identité, ils sont rattrapés par une chose qui les dépasse, c'est que eux-aussi sont les produits de cet âge d'or californien c'est à dire d'une société de loisirs qui peut se permettre de voyager toute l'année et d'engager un loisir sportif ».

Ces aspects seraient intéressant à développer dans le cadre d'un approfondissement de la présente recherche.

Il serait intéressant pour prolongé ce travail de recherche de mettre en comparaison d'une part les surfs movies de fiction avec les surfs movies documentaires et d'autres part de faire une étude sur un phénomène qui commence à se développer, à savoir les séries sur le surf. On peut citer à ce titre l'animé japonais Wave!!: Surfing Yappe!! qui décline en plusieurs épisodes la relation qu'entretien Maki avec Shô qui l'initie aux joies du surf. Dans cet animé sont évoqués les mêmes problématiques que les surfs movies étudiés à savoir les notions d'apprentissages, de rituels, d'épreuves, d'entraide entre surfeurs, etc. On peut aussi mentionner la série australienne Lightning Point qui retrace l'histoire de deux jeunes filles extra-terrestre qu débarquent sur Terre avec comme objectif de faire du surf.

Enfin les surfeurs sont très souvent comparés aux snowboardeurs et aux skateurs, comme faisant partie d'un groupe plus large, la communauté de

la glisse. N'appelle t-on pas d'ailleurs les skateboarders, des surfeurs d'asphaltes ou des surfeurs de bitume ? Le film Johnny Tsunami (1999) évoque d'ailleurs comment un surfeur va appréhender pour la première fois, non sans fausses idées reçus, la pratique du snowboard. Joël de Rosnay dans le prologue de Petit éloge du surf (2020) évoque en quoi sa première expérience du ski lui a fait comprendre que cette discipline appelait une mise en marche du corps dans son ensemble et que cela pouvait s'appliquer au surf pour améliorer sa pratique. Sylvain Lefebvre et Romain Groult remarque quant à eux que le groupe des glisseurs partagent des valeurs communes :

Pratiquer des sports de planches représente pour plusieurs de ses adeptes, une forme de liberté et de créativité dans l'univers parfois envahissant de la performance physique, de la compétition et des normes ou contraintes qui régissent certaines activités sportives. Surfer une vague, la neige ou la rue c'est surtout se déplacer, moyennant un effort physique bien sûr, mais dans un mode déambulatoire, flexible, libre au niveau des mouvements ou des trajectoires empruntées. La sensation prend le dessus sur la prestation. L'expérience et les plaisirs générés supplantent les résultats et les records mesurés.86

En somme la même étude serait possible avec les « skate movies » (Ken Park, Les Seigneurs de Dogtown...) car ils font appels aux mêmes codes, problématiques et interrogations que les surf movies et sont à ce titre intéressants au regards des études culturelles.

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86 LEFEBVRE, Sylvain et ROULT Romain, « Les nouveaux territoires du surf dans la ville. », Téoros, volume 28, numéro 2, 2009, p. 58.

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