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Perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad: cas du peuple Moussey


par Filina Séraphin
Université de Douala - Master 2 recherche en Anthropologie de la Santé 2024
  

Disponible en mode multipage

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[Sous-titre du document]

PERCEPTIONS ET REPRÉSENTATIONS SOCIOCULTURELLES DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES AU TCHAD : CAS DU PEUPLE MOUSSEY

ÉCOLE DOCTORALE : SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES

DOCTORAL SCHOOL : SOCIAL SCIENCES

UNITÉ DE FORMATION DES SCIENCES HUMAINES, LITTÉRATURE ET COMMUNICATION

DOCTORAL TRAINING UNIT HUMAN SCIENCES, LITTÉRATURE AND COMMUNICATION

LABORATOIRE : ANTHROPOLOGIE DE LA SANTE ET DU DÉVELOPPEMENT

SOMMAIRE

SOMMAIRE i

DEDICACE ii

REMERCIEMENTS iii

RÉSUMÉ iv

ABSTRACT v

LISTE DES ACRONYMES ET SIGLES vi

LISTE DES CARTES viii

LISTE DES GRAPHIQUES ix

LISTE DES PHOTOGRAPHIES x

LISTE DES TABLEAUX xi

INTRODUCTION GÉNÉRALE 1

I- CONTEXTE ET JUSTIFICATION 1

II- PROBLEME DE RECHERCHE 3

III- PROBLEMATIQUE DE RECHERCHE 5

IV- QUESTIONS DE RECHERCHE 6

V- HYPOTHESES DE RECHERCHE 6

VI- OBJECTIFS DE RECHERCHE 7

VII- METHODOLOGIE DE RECHERCHE 7

VIII- DEROULEMENT DE LA COLLECTE DES DONNEES 16

IX- CONSIDERATIONS ETHIQUES 19

X- INTERET DE L'ETUDE 19

XI- PLAN DE TRAVAIL 20

CHAPITRE PREMIER : DESCRIPTION DU MILIEU DE LA RECHERCHE ET ETHNOLOGIE DES GROUPES HUMAINS 21

CHAPITRE DEUXIEME : REVUE LITTERAIRE, CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL 43

CHAPITRE TROISIÈME : SYSTÈME DE REPRÉSENTATIONS CULTURELLES DE LA FÉCONDITÉ, DE LA PROCRÉATION ET DE LA CONTRACEPTION CHEZ LES MOUSSEY 68

CHAPITRE QUATRIÈME : ACTEURS INTERVENANT AU NIVEAU COMMUNAUTAIRE DANS LA FÉCONDITÉ CHEZ LES MOUSSEY 89

CHAPITRE CINQUIÈME : PRATIQUES ET SAVOIRS ENDOGÈNES DE LA CONTRACEPTION CHEZ LES MOUSSEY 109

CHAPITRE SIXIÈME : CONNAISSANCES, ATTITUDES ET PERCEPTIONS EN MATIÈRE DE CONTRACEPTION MODERNE CHEZ LES MOUSSEY 131

CONCLUSION GÉNÉRALE 156

SOURCES 159

ANNEXES 167

DEDICACE

À

mon père, Gendarme Raymond

REMERCIEMENTS

Tout d'abord, nous tenons à remercier notre encadreur Dr Bernard Aristide Bitouga d'avoir accepté de nous encadrer et s'est montré toujours disponible envers nous.

Nous tenons également à remercier le Chef de Département d'Anthropologie Pr Njikam Savage Margaret pour sa formation, sa rigueur et de nous avoir accueillis comme ses enfants dans la pluralité culturelle.

Nos remerciements vont également auprès de nos enseignants du Département d'anthropologie notamment : Pr Basile Njio, Pr Jeannette Fotso Wogaing, Dr Njoya Oumarou, Dr Marcel Nkouandou, Dr Bruno Bekolo, M. Vagai Yatouma

Nous remercions également toutes les institutions et enquêtés qui nous ont accepté lors de nos investigations de terrain. Nous pensons particulièrement aux responsables de l'Hôpital District de Gounou-Gaya, les responsables du Centre de Santé de Zabba Kessem, les responsables du Centre de Santé de Domo Dambali, les responsables du Centre de Santé de Hori Kawina, différents chefs de village qui nous ont facilité l'insertion dans nos sociétés d'études.

Nous tenons à remercier notre mère, Elisabeth Djivihaye,notre oncle Gaspard Fourissou et notre grand frèreSoundjataqui n'ont cessé de déployer des moyens nécessaires à nous soutenir sur plusieurs plans.

Nous remercions également notre marraine Mère Nnam Viviane pour ses conseils, son encadrement dans la vie active. En plus, nous remercions Monsieur Jean Claude Dogmo Tanda pour ses formations professionnelles.

Nos remerciements vont aussi à l'endroit de tous nos camarades et amis (es) qui, de par leurs connaissances sur les faits de culture et dans la rédaction de mémoire, nous ont apporté des orientations et des conseils. Nous pensons notamment à Monsieur Gustave Mbende, Monsieur Janvier Mbatlina, Mademoiselle Memdiguitarel Noudjipa Ida, Monsieur Gaspard Djabansou Danamou sans oublier certains amis et frères qui nous ont facilité l'intégration en milieu universitaire : Monsieur Paul Justin Dambali, Monsieur Adile Marc Dana, Monsieur Semdoukna Kikina.

Enfin, nous n'oublions pas nos colocataires soeurs et frères qui, dans les moments difficiles ont su nous galvaniser et nous exhorter à persévérer dans nos études : Monsieur Ngalzina Galamsassou, Monsieur Edouard Djob-Valna, Monsieur L'hamgolo Enock, Monsieur Basile Sallah Lotchappi et Mademoiselle Gisèle Bouyo.

RÉSUMÉ

Pendant le XXe siècle, de nombreux débats sociaux et politiques ont été suscités concernant l'utilisation des contraceptifs modernes dans le but d'améliorer la santé sexuelle et reproductive. Au Tchad, le gouvernement et ses partenaires ont mis en oeuvre différentes stratégies pour faire face aux problèmes tels que les grossesses non désirées, les grossesses trop rapprochées, les grossesses trop nombreuses, les grossesses trop précoces, les grossesses trop tardives, l'avortement non médicalisé et les maladies sexuellement transmissibles. Cependant, en dépit de ces multiples initiatives, la situation de la santé sexuelle et reproductive reste inchangée dans les sociocultures tchadiennes.

Notre présent travail intitulé : perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey, a pour objectif de ressortir les déterminants socioculturels qui influencent l'utilisation des méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey. Pour bien conduire cette recherche, la question principale était la suivante : Comment les Moussey se représentent-ils les méthodes contraceptives modernes ? La réponse provisoire (hypothèse) à cette question était : les contraceptifs modernes sont représentés par les Moussey comme les voies et moyens menant à la prostitution et à la perdition des valeurs socioculturelles pouvant entrainer la réduction de nombre d'enfants. L'étude a fait recoursà l'approche qualitative et les techniques de collecte des données mobilisées étaient les observations directes, les discussions de groupe et les entretiens individuels. L'interprétation des résultats a fait l'appel à deux (02) théories notamment : la théorie de l'interactionnisme symbolique et de l'ethnométhodologie.

Réalisée sur un entretien individuel de 11 informateurs, et de 04 groupes de discussions tous âgés de 18 à 60 ans, la présente étude a utilisé les techniques de transcriptions informatisées et manuelles. Puis le codage de nos données transcrites était informatisé.

Le résultat de notre étude montre que les facteurs tel que : le conjoint, la famille, la religion, le niveau d'éducation et le lieu de résidence influencent l'acceptation d'utiliser les contraceptifs modernes par les Moussey.

Mots-clés : Contraception ; Perceptions ; Représentation ; Socioculture ; Savoirs Endogènes ; Santé Maternelle.

ABSTRACT

During the 20th century, numerous social and political debates were sparked regarding the use of modern contraceptives with the aim of improving sexual and reproductive health. In Chad, the government and its partners have implemented various strategies to address issues such as unwanted pregnancies, closely spaced pregnancies, excessive pregnancies, early pregnancies, late pregnancies, unsafe abortions, and sexually transmitted diseases. However, despite these multiple initiatives, the situation of sexual and reproductive health remains unchanged in Chadian sociocultures.

Our present work entitled: Sociocultural perceptions and representations of modern contraceptive methods in Chad: the case of the Moussey people, aims to highlight the sociocultural determinants that influence the use of modern contraceptive methods among the Moussey people. To properly conduct this research, the main question was as follows: How do the Moussey perceive modern contraceptive methods? The provisional answer (hypothesis) to this question was: modern contraceptives are represented by the Moussey as the means leading to prostitution and the loss of sociocultural values, which could result in a reduction in the number of children. The study employed a qualitative approach, and the data collection techniques used were direct observations, group discussions, and individual interviews. The interpretation of the results drew on two (02) theories, namely: the theory of symbolic interactionism and ethnomethodology.

Conducted through individual interviews with 11 informants and 4 focus groups, all aged between 18 and 60, this study utilized computerized and manual transcription techniques. Then the coding of our transcribed data was computerized. The result of our study shows that factors such as: the spouse, the family, religion, level of education, and place of residence influence the acceptance of using modern contraceptives by the Moussey.

Keywords:Contraception; Perceptions; Sociocultural; Representation; Indigenous;Knowledge; Maternal Health.

LISTE DES ACRONYMES ET SIGLES

a- Liste des acronymes

v ECOSIT : Enquête sur la Consommation et le Secteur Informel au Tchad

v INSEED : Institut National de la Statistique, des Etudes Economiques et Démographiques

v MASOCOT : Marketing Social de Condom au Tchad

v SIDA : Syndrome de l'Immuno Déficience Acquise

v UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l'Education de Science et

b- Liste des sigles

v AFCM : Analyse Factorielle des Correspondances Multiples

v AMP : Assistance Médicale à la Procréation

v ASTBEF : Association Tchadienne du Bien Être Familial

v BCR : Bureau Central du Recensement

v C.P.N : Consultation Prénatale

v DCAP : Direction de la Coordination des Activités en Matière de Population

v DIU : Dispositif Intra Utérin

v DPP : Déclaration de la Politique de Population

v EDS-MICST : Enquêté Démographique et de Santé et à Indicateur Multiple au Tchad

v EDST : Enquête Démographique et de Santé du Tchad

v I.V.G : Interruption Volontaire de la Grossesse

v IDH : Indice de Développement Humain

v IPD : Intégrer Population et Développement

v IPH : Indice de la Pauvreté Humaine

v ISF : Indice Synthétique de Fécondité

v IST : Infection Sexuellement Transmissible

v M.C.M : Méthode Contraceptive Modernes

v M.C.T : Méthode Contraceptive Traditionnelle

v MSP : Ministère de la Santé Publique

v OMS : Organisation Mondiale de la Santé

v P.F : Planification Familiale

v PMA : Procréation médicalement assistée

v R.G.P.H.2 : Deuxième Recensement Générale de la Population et de l'Habitat

v UNPFA : Union des Nations Unies pour la Population

LISTE DES CARTES

Carte 1 : Département de la Kabbia 2

Carte 2 : Grands lignages Moussey et leurs voisins 26

LISTE DES GRAPHIQUES

Figure 1 : Graphique sur le niveau des connaissances des pratiques contraceptives traditionnelles chez les Moussey. 2

Figure 2 : Canaux d'accès à l'information sur les méthodes contraceptives modernes par les Moussey 134

Figure 3: Niveau de connaissance de la population d'étude sur les contraceptifs modernes selon le sexe 136

Figure 4: Graphique sur l'utilisation annuelle des méthodes contraceptives à l'hôpital district de Gounou-Gaya 143

LISTE DES PHOTOGRAPHIES

Photo 1 : Danse Kodomma lors du festival internationnal Kodomma à Gobo au Cameroun 2

Photo 2 : Le lac Kabbia 37

Photo 3 : Habitat Moussey patrimoine culturel matériel 38

Photo 4: Objets d'artisanat pour la guerre et chasse 39

Photo 5 : Arbre jatropha 110

Photo 6 : Plante Momordica balsamina 111

Photo 7 : Citron vert 112

Photo 8 : Thé séché 113

Photo 9: Papayes 114

Photo 10 : Arbre caicédrat 115

Photo 11: Gris-gris 116

Photo 12 : Whisky en sachet 117

Photo 13 : Comprimé paracétamol 118

Photo 14: Une mère allaitant son bébé 119

Photo 15: Préservatifs masculins 137

Photo 16 : Spermaticide 137

Photo 17 : Condom féminin ( fémidom) 138

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Répartition de la population d'étude par variable sexe, niveau d'études ; âge, religion, statut matrimonial 2

Tableau 2 : Précipitation de la Kabbia 41

Tableau 3 :Nombres des personnes ayant demandé les méthodes contraceptives modernes à l'Hôpital Départemental District de Gounou-Gaya 142

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Cette étude ethnographique explore les perceptions et les représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad, spécifiquement chez le peuple Moussey. Le principal problème est la résistance de la population tchadienne engénérale et le peuple Moussey en particulier face aux méthodes contraceptives modernes. Depuis l'indépendance du Tchad en 1960, la population tchadienne a été confrontée à de nombreux défis socio-sanitaires, notamment les besoins non satisfaits, les avortements non médicaux, lemariage des adolescents et la déscolarisation des jeunes. Adam Yaya Abdel-Mahoumoud, (2018). Malgré l'introduction des méthodes contraceptives modernes, la situation n'a pas toujours changé. Pour les Moussey, l'utilisation des méthodes contraceptives modernes contredit leurs valeurs et pratiques endogènes. Certains Moussey croient que la promotion des méthodes contraceptives modernes peut encourager la prostitution chez les jeunes. Il est important de noter que dans de nombreuses cultures tchadiennes, la sexualité est sanctionnée avant le mariage.

I- CONTEXTE ET JUSTIFICATION

1- Contexte d'étude

Depuis le début du mouvement féministe au 19e siècle, l'utilisation des méthodes contraceptives modernes a été un sujet de débat politique et social. Les revendications féministes ont souligné la nécessité des méthodes contraceptives modernes pour autonomiser les femmes. En effet, des campagnes de publicité massives et des efforts sans précédent aux tours des méthodes contraceptives modernes ont permis à certaines parties de la population mondiale d'accéder aux services de planification familiale. En revanche, la résistance aux méthodes contraceptives modernes a été forte dans plusieurs pays africains, en particulier au Tchad.

Cependant, dans l'objectif d'accroître l'utilisation des méthodes contraceptives modernes de 5% à 8 % en 2020, le gouvernement tchadien avait opté pour vulgariser et faire appliquer efficacement les différentes conventions internationales en lien avec la promotion de la planification familiale ratifiées par le Tchad. Ensuite le Gouvernement tchadien s'est investi à faire appliquer de façon efficace et intégrale les différents textes nationaux existants à ce jour (lois, ordonnances, décrets). Il s'agit en l'occurrence de la loi n°006/PR/2002 portant promotion de la Santé de Reproduction et de la loi 029/PR/2015 portant interdiction du mariage d'enfants.

Malgré la volonté du Gouvernement tchadien à accroître l'utilisation des méthodes contraceptives modernes au sein de la population, cette mesure n'était pas la bienvenue dans plusieurs cultures tchadiennes en générale et dans la culture Moussey en particulier. Dans la plupart de cas, les femmes et les hommes Moussey ont des perceptions particulières vis-à-vis des moyens de contraceptions modernes parmi lesquelles : les contraceptifs modernes favorisent la prostitution, crées l'insatisfaction sexuelle, rendent stériles les femmes, provoquent les saignements chez les femmes, affaiblissent physiquement la femme et bien d'autres conséquences.

2- Justification d'étude

La justification du choix du sujet de notre mémoire portant sur perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey, repose sur plusieurs raisons :

v Justification scientifique

D'après la dernière Enquête Démographique et de Santé et à Indicateur Multiple au Tchad (EDS-MICST), l'Indice Synthétique de la Fécondité (ISF) au Tchad est de 6,4 enfants par femme, ce qui traduit l'attachement à une descendance nombreuse par la population tchadienne. Le taux brut de natalité est estimé à 49,6%o en 2009 et 41%o en 2015. Le taux global de fécondité générale ou nombre moyen de naissances vivantes dans une population de femmes en âge de procréer est estimé à 230 naissances pour 1000 femmes de 15-49 ans. (EDS-MICST 2015). Par contre, le taux de besoin non satisfait en matière des contraceptions modernes est de 28,3% en 2010 et de 22,9 % en 2014 (UNFPA, Rapport de la Mission d'Appui à l'Élaboration du 7e CPD Domaine de la Santé Sexuelle et Reproductive). Tandis que la prévalence contraceptive moderne est de 5,8% en 2023. Vu ce complexe dans le domaine de santé sexuelle et reproductive, il était donc important pour nous d'étudier les perceptions et les représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes pour comprendre comment la culture et les croyances influencent l'acceptation ou le rejet de ces méthodes contraceptives modernes.

Cette étude sur les perceptions et les représentations des méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey nous a permis d'identifier les barrières culturelles, sociales et économiques qui empêchent l'utilisation des contraceptions modernes dans la culture Moussey.

Le peuple Moussey possède des connaissances et des pratiques endogènes en matière de contraception et de la fécondité. En étudiant leurs perceptions et leurs représentations sur les méthodes contraceptives modernes, il est important pour nous les spécialistes des cultures de mettre en valeur les savoirs locaux afin de proposer des solutions acceptables et adaptées à la socioculture de la population d'étude pour la promotion des pratiques modernes en matière de la santé sexuelle et reproductive dans leur culture.

En comparant les perceptions et les représentations des méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey avec d'autres communautés du Tchad, il était possible pour nous d'identifier les spécificités culturelles qui influencent ces perceptions et représentations. En fin, cela nous a permis d'enrichir nos connaissances anthropologiques sur les pratiques contraceptives et à mieux comprendre les dynamiques socioculturelles qui les sous-tendent.

v Justification personnelle

Il existe peu d'études consacrées à la perception et à la représentation des méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey. En choisissant ce sujet de mémoire, nous avons investigué à contribuer à la connaissance existante dans ce domaine et de combler cette lacune dans la littérature scientifique.

La motivation personnelle sur le présent sujet qui traite les perceptions et les représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes dans la sociétéMoussey découle de l'oublie des conceptions endogènes des peuples tchadiens et du peuple Moussey en particulier sur les techniques modernes de contrôle de naissance et certains déterminants culturels qui bloquent l'utilisations des méthodes contraceptives modernes. Le choix de notre sujet a été motivé également par le souci d'avoir plus des connaissances approfondies des facteurs sociaux et culturels liés à l'utilisation des méthodes contraceptives modernes au Tchad en général et dans la société Moussey en particulier.

En somme, l'étude de la perception et de la représentation des méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey du Tchad revêt d'une grande importance socioculturelle et permet d'améliorer les politiques de santé reproductive. Elle offre également des perspectives socioculturelles et contribue à combler des lacunes dans la littérature scientifique.

II- PROBLEME DE RECHERCHE

La lecture de taux des besoins non satisfaits en Planification familiale qui s'élève de 22,9%, nous montre que l'utilisation des méthodes contraceptives modernes au Tchad est très faible et sur tout en milieu rural. Le taux d'utilisation des méthodes contraceptives est estimé à 5,4 %, incluant les méthodes de contraception traditionnelles (EDS 2014-2015). Cependant plusieurs études ont montré que les motifs de l'absence d'utilisation des contraceptions modernes sont liés à des facteurs culturels, sociaux et économiques. Dans cette étude, nous abordons les éléments qui restreignent l'accès et l'utilisation des méthodes contraceptives modernes par le peuple Moussey.

Il convient de souligner que, dans la culture Moussey, la prise de décision par une femme ou une fille, d'utiliser les produits contraceptifs modernes afin de contrôler sa santé sexuelle et reproductive est répressible. Néanmoins, l'accessibilité restreinte aux méthodes contraceptives modernes par la population Moussey engendre des multiples conséquences sur leur santé sexuelle et reproductive tel que : la grossesse non désirée, la grossesse précoce, la grossesse trop rapprochée, la grossesse trop nombreuses, l'avortement non médicalisé et la déscolarisation des jeunes filles et garçons suivi des mariages forcés. Tous ces phénomènes sont récurrents dans plusieurs sociétés tchadiennes et particulièrement dans la société Moussey. Il faut également ajouter que la présence d'un enfant dans un foyer augmente les dépenses liées à la santé et à l'alimentation d'une famille. Vridaou Tao, (2005) De la même manière, l'absence de contrôle des naissances dans les foyers entraîne de nombreuses conséquences telles que : la faible alimentation, la mauvaise alimentation, la mortalité maternelle et infantile, et bien plus encore. Cependant, les techniques de contraception contemporaines démontrent leur efficacité dans le domaine de l'écartement et de la régulation des naissances dans certaines sociétés. Cependant, nous constatons que le peuple Moussey est réfractaire malgré les nombreux efforts déployés par le gouvernement au fil des décennies pour améliorer l'offre de planification familiale dans le but de favoriser l'autonomisation des femmes tchadiennes en général et des femmes Moussey en particulier.

En effet, dans de nombreuses cultures tchadiennes en général et dans la culture Moussey en particulier, le mari et parfois les autres membres de la famille ont le pouvoir de décider en ce qui concerne la famille. Il est évident dès lors qu'il n'est pas facile pour une femme de décider seule à utiliser les méthodes contraceptives modernes. En ce qui concerne les perceptions et représentations endogènes autours des méthodes contraceptives modernes dans la culture Moussey, elles sont influencées par les facteurs tel que : le niveau d'étude, la religion, le lieu de résidence, le conjoint, le statut social et quelque fois par les opinions et les attitudes des entourages.

De plus, il existe une disparité dans les besoins en matière desméthodes contraceptives modernes en fonction du genre, ainsi qu'une répartition inégale des institutions adaptées aux populations qui ont besoin d'assistance, de conseil et d'orientation dans ces services de santé sexuelle et reproductive. Il convient également de souligner que la population rurale est négligée au détriment de la population urbaine qui a besoin de planification familiale. Cette étude a exploré en profondeur les croyances, les valeurs et les normes qui façonnent la manière donc le peuple Moussey perçoit les méthodes contraceptives modernes et a analysé comment les perceptions des peuples Moussey sur les contraceptifs modernes impactent l'utilisation effective de ces méthodes. Nous avons également identifié les défis et les opportunités liés à la promotion de la contraception moderne au sein de la communauté Moussey, tout en tenant compte de son cadre culturel et socio-économique particulier.

III- PROBLEMATIQUE DE RECHERCHE

La vision culturelle sur la progéniture abondante comme signe de prestige et de valorisation personnelle chez le peuple Moussey constitue un obstacle majeur à l'adoption des méthodes contraceptives modernes pour limiter volontairement les naissances en milieu Moussey. En effet, depuis l'indépendance du Tchad, l'analyse des données démographiques révèle une faible adhésion de la population tchadienne générale aux méthodes contraceptives modernes. Adam Yaya Abdel-Mahamoud, (2018). Une situation qui entraîne une augmentation rapide de la population avec plusieurs difficultés d'ordre sociaux, sanitaires, économiques et culturels notamment : la mortalité infantile, la mortalité maternelle extrêmement inquiétante, les avortements non médicalisés, les grossesses trop rapprochées, les grossesses trop nombreuses, les grossesses trop précoces, la recrudescence des infections sexuellement transmissible pour n'est cité que ceux-là. Il est important de saisir pleinement les croyances et normes sociales du peuple Moussey pour comprendre leurs attitudes vis-à-vis des méthodes contraceptives modernes.

Cependant, il découle de L'Enquête Démographique et de Santé et à Indicateurs Multiples au Tchad (EDS-MICS 2014-2015), que les femmes tchadiennes craignent souvent d'être stigmatisées ou rejetées par leur entourage si elles recourent aux contraceptions modernes. Cette pression sociale et culturelle renforce leur hésitation à utiliser ces moyens, malgré les avantages évidents pour leur santé et celle de leur famille.

En revanche, étant donné cette contradiction des données statistiques, il est important de souligner que la culture est l'une des conditions nécessaires pour accepter ou rejeter l'utilisation des méthodes contraceptives modernes. D'autre part, il est essentiel pour nous, chercheur en Anthropologie, de remettre en question les stéréotypes culturels et les discours que les femmes et les hommes Moussey tiennent surles méthodes contraceptives modernes et plus généralement des connaissances populaires. Selon de nombreux Moussey, la valeur d'un homme est évaluée en fonction du nombre de ses enfants.

A travers notre présent travail, nous nous donnons ambition à déconstruire ces complexes schémas socioculturels entourant la fécondité chez les Moussey. En plus, notre présente étude contribue à la promotion de la santé sexuelle et reproductive, à réduire les risques liés aux grossesses non désirées et à favoriser le bien-être des familles des tchadiens. En mettant l'accent sur les aspects culturels, sociaux et économiques qui sous-tendent la résistance aux contraceptifs modernes chez les Moussey, nous notre étude décrit les pistes des solutions adaptées pour encourager la santé reproductive et la planification familiale au sein de société Moussey.

IV- QUESTIONS DE RECHERCHE

v Question générale

1. Comment le peuple Moussey se représente-il les méthodes contraceptives modernes ?

v Questions spécifiques

1. Quelles sont les différentes représentations socioculturelles de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey ?

2. Quels sont les acteurs qui interviennent au niveau communautaire dans la décision du nombre d'enfants à avoir dans un ménage dans la société Moussey ?

3. Quelles sont les méthodes et les pratiques contraceptives endogènes usuelles dans la société Moussey ?

4. Quelles sont les connaissances, attitudes et pratiques de la population Moussey en matière de méthodes contraceptives modernes ?

V- HYPOTHESES DE RECHERCHE

v Hypothèse générale

1. Les contraceptions modernes sont représentées par le peuple Moussey comme les voies et moyens menant à la prostitution et à la réduction de nombre d'enfants.

v Hypothèses secondaires

1. La fécondité abondante est perçue par le peuple Moussey comme la richesse et les pratiques modernes de contrôle de naissance sont prohibées.

2. Le couple, la belle-famille (paternels et maternels), les Leaders religieux et les entourages sont des acteurs majeurs qui influencent la décision du nombre d'enfants à avoir dans un ménage dans la société Moussey.

3. Le peuple Moussey dispose des pratiques et méthodes contraceptives endogènes variées.

4. Le peuple Moussey ne dispose pas des informations nécessaires sur les méthodes contraceptives modernes et présente des attitudes moins favorables à leurs utilisations.

VI- OBJECTIFS DE RECHERCHE

v Objectif général

1. A la poursuite de cette étude, nous allons ressortir les déterminants socioculturels sur l'utilisation des méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey.

v Objectifs secondaires

1. Comprendre les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey.

2. Comprendre les interactions des acteurs intervenants au niveau familial et communautaire dans gestion de la fécondité dans la société Moussey

3. Décrire les techniques et pratiques contraceptives endogènes dans la société Moussey

4. Se questionner sur les niveaux de connaissances et attitudes de peuple Moussey vis-à-vis des méthodes contraceptives modernes.

VII- METHODOLOGIE DE RECHERCHE

Cette partie fait état des méthodes et techniques mobilisées pour la collecte et l'analyse des données de l'étude. Selon Mbonji Edjenguèlè, (2005), « la méthode est la manière d'aborder l'objet d'étude, le chemin parcouru, la voie à suivre par l'esprit humain pour décrire ou élaborer un discours cohérent, atteindre la vérité de l'objet à l'analyse ». Nous décrivons dans cette partie les chemins parcourus par nous en tant que jeunes chercheur à collecter les données au tour de notre thème perception et représentation socioculturelles de méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey.

1- Type de recherche

Notre étude a fait recours à l'approche qualitative. Elle a regroupé des perspectives diverses en termes des bases théoriques de techniques de recueil et d'analyse des données. Elle a utilisé une démarche rigoureuse et un processus de recueil d'information qui tient compte du contexte social et culturel. Cependant, la recherche qualitative nous a permis d'atteindre les connaissances emic et étic 1(*)des réalités socioculturelles étudiées. Le choix que nous avons porté sur cette recherche qualitative repose sur la spécificité de notre sujet de recherche qui porte sur perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey. En plus, la raison de ce choix se justifiait également sur nos théories préalablement choisies qui sont : l'interactionnisme symbolique et l'ethnométhodologie. Tout au long de cette étude, nous avons mis en pratiques les principes de la recherche qualitative, pour mieux cerner les déterminants socioculturels limitant l'utilisation des méthodes contraceptives modernes par le peuple Moussey du Tchad.

2- Justification du choix du site de l'étude

Au regard de notre sujet de recherche et de la problématique qui s'y dégageait, le choix que nous avons porté sur le département de la Kabbia comme site principal de notre recherche de terrain n'était pas un choix hasardeux. C'est ainsi les villages comme Domo Dambali, Kessem, Hori Kawina et la ville de Gounou-Gaya ont été retenus comme sites de notre recherche.

En plus les raisons géographiques nous ont poussé également à conduire notre recherche dans la ville de Gounou-Gaya et certains villages comme : Domo Dambali, Kessem, Hori Kawina. Nous avons choisis la ville de Gounou-Gaya, en raison qu'elle constitue la plus grande ville dans le milieu Moussey avec un plus grand hôpital district du département de la Kabbia qui offre les plus grands nombres des méthodes contraceptives modernes à la population Moussey. Tandis que le village Domo Dambali, Kessem, Hori Kawina ont été ciblé par notre recherche en raison qu'il possède chacun d'eux un Centre de Santé et une forte population. Nous n'avions pas pu parcourir tous les centres de santé du département de la Kabbia et certains villages en raison du choit de la méthode de recherche qualitative qui se fait sur un petit échantillon raisonnable et en raison de manque des moyens techniques et financiers nécessaires.

D'autre raison comme la spécificité culturelle du peuple Moussey nous a également poussées de construire notre sujet sur les perceptions et représentation socioculturelles des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey. Le choit que nous avons porté sur la culture Moussey est que le Peuple Moussey fait partie de groupe ethnique le plus nombreux du Tchad (RGPH2T 2009), avec des traditions, normes et croyances spécifiques. En choisissant d'étudier la culture Moussey, nous avons cherché à comprendre comment cette culture spécifique influence les attitudes et les pratiques liées à la contraception moderne.

Enfin, il n'existe pas d'études spécifiquement consacrées à la perception et à la représentation des méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey. Notre étude aura contribué à combler les lacunes dans la littérature anthropologique et de favoriser une meilleure compréhension des dynamiques socioculturelles liées à la contraception chez les Moussey. En somme, le choix de la société Moussey comme site d'étude pour ce présent travail de recherche anthropologique présente de nombreux avantages. Il nous a permis de se concentrer sur une culture spécifique, de contribuer à la compréhension de la diversité des attitudes et des pratiques contraceptives au Tchad, d'influencer les politiques de santé et de valoriser les savoirs traditionnels. De plus, il ouvre la voie à de nouvelles recherches et à une meilleure compréhension de cette réalité spécifique.

3- Population d'étude

Notre recherche a lieu dans la ville de Gounou-Gaya et le village Domo Dambali, Kessem et Hori Kawina. Cette étude était effectuée sur un échantillon de 31 informateurs âgés de 18 à 55 ans de sexe homme et femme. Notamment, 21 femmes et 10 hommes ont participés à notre enquête avec un statut varié. Parmi nos informateurs, nous avons pu enquêter 07 personnels soignants notamment 03 à l'hôpital District de Gounou-Gaya, 02 personnel soignants enquêté dans le Centre de Santé de Domo Dambali, 01 personnel soignant enquêté dans le centre de santé de Zabba Kessem et 01 personnel soignant enquêté dans le centre de santé de Hory Kawina.

Cependant, nous nous sommes entretenus avec 05 femmes qui fréquentaient le service de maternité et de la planification familiale à l'Hôpital District de Gounou-Gaya. Nous avons également enquêté le Proviseur du Lycée de Domo Dambali et 05 élèves de la 1erL de ce lycée.

4- Description de la population d'étude

Pour que la recherche soit valable et réalisable, il faut déterminer la population sur laquelle porte l'étude. La population d'enquête est définie par Maurice Angers comme « unensemble d'éléments d'une ou plusieurs caractéristiques en commun qui les distinguent d'autres éléments sur lesquels porte l'investigation. » Cette définition nous amène à définir la population d'étude comme étant l'ensemble des sujets concernés dans l'objet de la recherche. Ce sont des sujets que le chercheur cible pour mener son enquête.

Notre population d'étude est constituée des femmes, hommes Moussey mariés et garçons et filles ciblés probable sexuellement actifs. Notre population d'étude est constituée également des Responsables de l'Hôpital District de Gounou-Gaya (Gestionnaire de l'Hôpital, Gestionnaire de District, Chef du service de la maternité et de la planification familiale de Gounou-Gaya), des corps soignants à l'Hôpital districts de Gounou-Gaya, corps soignants et responsables des centres de santés communautaires du département de la Kabbia. En plus, nous nous sommes tournés également vers les établissements scolaires par ce qu'ils regorgent un nombre important de la population sexuellement active.Mais, compte tenu de limite de nos moyens financiers et des complexes culturels et sociaux, notre enquête a porté sur un petit échantillon de 31 informateurs qui constituent d'une part la norme de la recherche qualitative.

5- Description de l'échantillon d'étude

Il est difficile et voir impossible de retenir tous les sujets de l'étude dans une recherche scientifique qu'on veut mener. Cela nous oblige à travailler sur un échantillon défini et raisonnable selon le type de l'étude.

Daniel GILE (2007), a prouvé que si la population d'étude est l'ensemble des individus ou entités qui intéressent le chercheur, l'échantillon sera un sous-ensemble d'entité de cette même population, c'est-à-dire il fait partie d'un sous-ensemble bien défini de la population. Cependant, l'échantillon désigne une petite quantité de quelque chose pour éclairer certains aspects généraux du problème. Alvaro PIRES, (1997).

Concernant notre étude, nous avons recouru aux techniques d'échantillonnage non probabilistes. Nous avons recruté nos informateurs, notamment au type d'échantillon non probabiliste. Celui-ci nous a aidés à choisir les individus (les sujets) de telle sorte que la variable sexe, statut social, religion et niveau d'étude soient figurés dans la donnée de notre étude.

En appliquant cette technique d'échantillonnage non probabiliste nous nous sommes intéressés aux personnels de l'Hôpital District de Gounou Gaya et aux Responsables des Centres de Santé des différentes localités concernées par notre étude. Puis, notre enquête s'est intéressée aux femmes, hommes, filles et garçons sexuellement actifs qui utilisent ou non les méthodes contraceptives modernes dans la société Moussey. En plus nous sommes intéressés également à nous entretenir avec les élèves et les chefs d'établissements scolaires.

En fin, quelques personnes âgées de la localité concernée par la présente étude ont été ciblées du fait que nous souhaitons connaitre et comprendre les techniques contraceptives endogènes dans la société Moussey et leurs usages actuels.

6- Taille d'échantillon

La taille de l'échantillon dans la recherche qualitative corresponde aux nombres de sujets interrogé à travers d'un entretien, d'un groupe de discussion ou simplement toutes personnes qui ont été abordées par des techniques qualitatives nécessaires lors d'une étude. La recherche qualitative repose sur des descriptions riches et vivantes des personnes, de leurs paroles et de leurs actions dans l'environnement étudié. Les chercheurs qualitatifs travaillent habituellement avec des petits échantillons de personnes, nichés dans leur contexte et étudiés en profondeur. Miles & Huberman (2003, pp. 58-60).

En ce qui concerne notre présente étude, elle était réalisée sur un échantillon de 31 personnes notamment 21 femmes et 10 hommes que nous avons pu repartir distinctement en tenant compte des variables suivantes : sexe, niveau d'études, âge, religion, statut matrimonial dans le tableau ci-dessous.

Tableau 1 : répartition de la population d'étude par variable sexe, niveau d'études ; âge, religion, statut matrimonial

Catégorie sociale

Femmes

Hommes

Description

Nombre

Nombre

Niveau d'étude

Analphabète

15

01

Primaire

01

 

Secondaire

00

05

Bac+

05

04

Total

21

10

Religion

Traditionnelle

03

02

Chrétienne

14

05

Musulmane

02

03

Autres

02

01

Total

21

10

Statut matrimonial

Célibataire

04

04

Marié

16

06

Divorce

00

00

Veuf/veuve

00

00

Total

21

10

Source : enquête de terrain

7- Méthodes et techniques de la recherche (justification du choix de la technique, objectif de recherché lié à ladite technique, les informateurs concernés par ladite technique)

La méthode de recherche est le chemin qu'empreinte le chercheur pour parvenir à l'objectif de son étude. Mbonji Edjenguèlé, (2005). Cependant, à travers notre présente étude sur les perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey, nous avons fait usage de deux (2) types des recherches à savoir : la recherche documentaire et la recherche sur le terrain.

La recherche de terrain nous a permis de voir les réalités sociales et culturelles du peuple Moussey et d'entrée en contact directe avec la population d'étude. Cette étape de recherche de terrain nous a permis également de nous rapprocher auprès des personnes âgées pour connaitre l'histoire du peuple, l'histoire des localités d'étude et les mythes de fécondités et les mythes de la mort du peuple Moussey. Cette phase de notre travail était pour nous une étape cruciale car, elle nous a permis de confirmer notre hypothèse de départ qui affirme que « les contraceptions sont représentées par le peuple Moussey comme les voies et moyens menant à la prostitution et à la réduction de nombre d'enfants ».

7.1. Recherche documentaire

La recherche documentaire autre que la recherche sur le terrain nous a permis de prendre connaissances des travaux des recherches et toutes autres productions scientifiques et littéraires qui traitent notre thème. En plus cette recherche documentaire nous a aidés également à collecter des données factuelles et être informés de ce que les autres ont dit avant nous sur les contraceptions modernes en milieu tchadien en générale et Moussey en particulier. Cependant les lieux de cette recherche documentaire étaient les bibliothèques, les centres culturels, les moteurs des recherches, etc.

En effet, les documents renferment des informations utiles au chercheur, mais ne sont pas toujours dans certains cas en corrélation avec les réalités du terrain. C'est dans cette optique que notre présente recherche a été complétée par la recherche du terrain.

7.2. Observation directe

L'observation directe sur le terrain quant à elle, nous a permis de recueillir des informations sur leur sujet par une inspection visuelle minutieuse dans notre zone d'étude tel que : Gounou-Gaya, Domo Dambali, Zabba Kessem et Hori Kawina. Préalablement, nous avons conçu la grille d'observation qui était le fil conducteur de notre observation avant de descendre sur nos sites d'étude.Nous sommes restés discret en tant que chercheur qualitatif, et en l'occurrence l'observateur afin de ne pas influencer le comportement de notre population d'étude.

L'observation directe nous est parue utile dans le sens où elle nous a permis, d'identifier la manifestation des comportements de notre population d'étude lors de notre pré-enquête jusqu'à notre dernière décente sur le terrain. Sur notre terrain d'étude, cette technique qualitative nous a permis de comprendre certaines interactions sociales en milieu Moussey. En dernier lieu, il était question pour nous de confronter les observations avec les « dires » des acteurs. (La grille) d'observation quant à elle nous a aidé à rendre crédible notre observation ; à faire de celle-ci une observation « objective ».

7.3. Entretien semi-directif

L'entretien semi-directif est une méthode de collecte de données utilisée en sciences sociales et humaines, notamment en sociologie, en anthropologie et en psychologie. Cette méthode permet au chercheur d'obtenir des informations en profondeur sur un sujet en posant un certain nombre de questions préétablies tout en laissant une certaine liberté à l'interviewé de s'exprimer et développer ses propos.

L'entretien semi-directif se distingue de l'entretien directif, où les questions sont strictement définies et suivies à la lettre, et de l'entretien non-directif, où l'interviewé a une plus grande liberté de parole sans être guidé par des questions préétablies.

Cette technique d'entretien semi-directif a donc contribué pendant nos enquêtes à relancer les conversations et les déclarations faites par nos interviewés. Bien entendu, pendant cet exercice nous sommes restés strictement neutres par rapport aux dires de nos interviewés.

En outre, cela s'est déroulé sur des thématiques bien précises tel que : Connaissances générales sur les Moussey,les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey, les acteurs intervenants au niveau familial et communautaire dans la gestion de la procréation dans la société Moussey, les techniques et pratiques contraceptives endogènes dans la société Moussey et les connaissances, pratiques et attitudes des Moussey en matière des méthodes contraceptives modernes.

7.4. Groupe de discussion

La discussion de groupe dans le cadre de notre recherche nous a permis de recueillir des idées, des perceptions et des opinions approfondies sur notre thème d'étude portant sur : « perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes dans la société Moussey ». Nous avons préalablement conçu le guide du groupe de discussion qui était approuvé par notre encadreur avant que nous fassions la décente sur le terrain.

Nous avons pu réaliser au totale 06 groupes de discussion repartie comme suit : 02 groupes de discussions auprès des femmes dans la ville de Gounou-Gaya, 01 groupe de discussion avec les hommes à Gounou-Gaya, 01 groupe de discussion auprès des corps soignants de l'hôpital district de Gounou-Gaya et enfin 01 groupe de discussion avec les élèves du Lycée de Domo Dambali et 01 autre discussion de groupe avec la population locale du village Domo Gali.

Nous avons organisé la discussion de groupe de manière homogène de 05 participants par chaque groupe de discussion ayant le même sexe. C'est-à-dire nous avons regroupé les femmes ensemble et les hommes ensemble.

Nous avons sélectionné les participants qui représentaient la population cible tel que : le groupe de discussion avec les femmes fréquentant le service de planification familiale et d'autres par contre, ont été ciblés parce qu'ils présentaient des diverses expertises liées à notre sujet de recherche les cas de groupes de discussions avec les corps soignants à l'hôpital District de Gounou-Gaya. Enfin la discussion des groupes auprès des élèves nous a également permis de décrire les discours que tiennent les jeunes garçons et filles Moussey sur les méthodes contraceptives modernes.

Pendant ce travail nous avons toujours désigné un modérateur de la discussion. Le modérateur de la discussion comme son nom l'indique était chargé de donner la parole à qui voulant parler, mettre de l'ordre dans les interactions et nous avons encouragé tous les participants de s'exprimer sur chaque question posée selon ses connaissances et ressentis.

Nous avons pensé à l'emplacement pour accueillir les participants à chaque discussion de groupe et cela nous a permis d'enregistrer les audio plus claires.

Lors du déroulement du focus groupe discussion2(*) nous avons procéder premièrement par la présentation, présentation de but de la discussion, tout en établissant les règles de bases, pour permettre à tous les participants de s'exprimer. En plus cela, nous avons demandé l'avis des participants pour procéder à l'enregistrement de leurs voix et prendre des photos avec eux.

En somme cet outil de collecte des données était pour nous une source des données inestimables pour comprendre les différentes thématiques que nous avons construites dans notre guide de groupe de discussion. En observant les discussions qui ont lieu au sein de ces groupes, nous avons pu mieux comprendre la manière dont les Moussey parlent des méthodes contraceptives modernes, leurs attitudes à leur égard et les normes ou valeurs culturelles qui façonnent leur utilisation ou leur non-utilisation. De plus, ces groupes de discussion nous ont offert l'occasion de dialoguer directement avec les membres de la communauté, de poser des questions et de recueillir des informations plus détaillées qui ne sont pas facilement disponibles via les entretiens et d'autres sources.

8- Traitement et gestion des données collectées

Le traitement et la gestion de nos données collectées dans le cadre de notre recherche était pour nous une étape importante car, cela a attiré notre attention plus particulièrement en termes de traitement et de gestion des données recueillis. Pour garantir la validité, la fiabilité et la sécurité de nos données recueillis, nous avons suivis plusieurs protocoles avec rigueur tout au long de cette phase.

8.1. Traitement des Données

Quand nous avions achevé la phase de collecte des données, il était question pour nous de les traiter avec rigueur pour en extraire toute la pertinence nécessaire à l'analyse. Cela a impliqué premièrement les dépouillements, les transcriptions de nos enregistrements audio en fichier numérique, le codage d'où les informations sont classées en catégories ou thème et suivis de l'analyse des contenus transcrits. Le logiciel Microsoft Word, WPS, sonix.ai nous ont aidés à transcrire nos données audios en fichier numérique.

8.2. Gestion et Sécurisation des Données

La gestion et la sécurisation des données ont été pour nous une priorité du fait que cela nous permet d'assurer l'intégrité et la confidentialité de nos données.

Pour la sécurisation, nos données ont été conservées dans nos clefs USB, disque dure, ordinateur et compte e-mail afin d'éviter toute perte accidentelle.

Par ailleurs, nous étions restés rigoureux sur le respect des normes éthiques en vigueur en Anthropologie concernant le traitement des informations recueillies. C'est pourquoi les données transcrites ont été codées pendant la phase de codage avec l'anonymat des informateurs afin de respecter la vie privée de nos informateurs.

8.3. La transcription

La transcription des données de terrain revêtaitd'une importance capitale dans le cadre d'une recherche de terrain comme la nôtre, car cette phase nous a permis d'explorer en profondeur les informations recueillies et d'en extraire des insights pertinents pour notre travail scientifique.

La transcription de nos données de terrain consistait à convertir les informations audiovisuelles recueillies sur le terrain, telles que les entretiens, les groupes de discussions, les observations en un format écrit et analysable. Dans cette phase, nous avons eu recours à quelques techniques ci-dessous pour une transcription méthodique de nos données de terrain.

9- Méthodes d'analyse des données

Pour l'analyse de nos données transcrites, nous avons fait recours à l'analyse des discours. La méthode d'analyse des discours susmentionnée est une approche de recherche qualitative qui vise à étudier les discours produits par les individus ou les groupes pour comprendre comment ils construisent et transmettent leurs idées, croyances et représentations.

Dans le cadre de notre recherche qui porte sur les perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad, en se concentrant sur le peuple Moussey, l'utilisation de la méthode d'analyse des discours nous s'avère nécessaire et appropriée.

9.1. Analyse des Discours

La première étape de notre étude était la collecte des données de terrain, la seconde était le dépouillement des données collectées, la troisième est la transcription des données colletées en fichier numérique, la quatrième était la phase de codage et la cinquièmeétait l'analyse des données transcrites à fin d'extraire les résultats suivis de l'interprétation.

Nous avons cependant opté pour la méthode d'analyse des discours car, cette méthode reflète à l'image de nos données collectées portant sur les perceptions et représentations socioculturelles de méthodes contraceptives modernes au Tchad plus spécifiquement la société Moussey.

L'analyse de discours a impliqué l'examen approfondi du langage utilisé, des structures narratives, des cadres conceptuels et des contextes sociaux entourant les discours sur les méthodes contraceptives modernes. Il s'agit de déconstruire et d'interpréter les discours recueillis et transcrits pour révéler les significations sous-jacentes et les dynamiques de pouvoir qui peuvent influencer les perceptions et représentations sur les contraceptions modernes.

9.2. Interprétation et Discussion des Résultats

Une fois l'analyse effectuée, il était essentiel pour nous d'interpréter les résultats obtenus à la lumière du contexte culturel, social et historique spécifique au peuple Moussey. Cette interprétation nous a permis de formuler des recommandations et conclusions solides sur la manière dont les contraceptions modernes sont perçues et représentées par le peuple Moussey par divers facteurs locaux. La discussion des résultats fut une réflexion critique sur la méthodologie utilisée et ses implications pour la recherche future dans ce domaine.

En somme l'utilisation de la méthode d'analyse des discours dans le cadre de notre étude sur les perceptions et représentations des méthodes contraceptives modernes au Tchad, cas du peuple Moussey, constitue une étape riche et approfondie pour explorer ces questions complexes à travers le prisme linguistique et culturel spécifique à cette communauté.

VIII- DEROULEMENT DE LA COLLECTE DES DONNEES

1. Collecte des Données

Il s'agit des étapes que nous avons suivi pour aboutir à collecter nos données de terrain notamment pendant les activités préparatoires jusqu'à la décente du terrain.

Une première étude exploratoire a été menée auprès de treize (13) ressortissants Moussey à Douala, notamment six (06) femmes et (07) hommes, lors de la pré-enquête en date du 20 avril au 10 juin 2022 le but de cette étude était de vérifier nos hypothèses et tester nos outils d'enquêtes pour se rassurer de leur compatibilité aux réalités sociales et culturelles Moussey.

La deuxième étude s'est déroulée lors de notre première décente sur le site d'étude dans le département de la Kabbia en date du 05 septembre 2022 au 28 novembre 2022. Le but était de tester la faisabilité d'intégration dans le site d'étude et de nous imprégner des discours que tiennent les femmes et les hommes Moussey du Tchad sur la procréation et l'utilisation des méthodes contraceptives modernes. En outre, il était question de voir la réalité du terrain et de proposer des techniques qui conviendraient dans la collecte des données.

La dernière étape nous semble cruciale du fait qu'elle nous a permis de généraliser notre étude sur un échantillon raisonnable avec un guide d'entretien, un guide du groupe de discussion actualisés et une grille d'observation structurée. Pendant cette phase, nous avons procédé à collecter les informations à travers nos outils d'enquête auprès des femmes et hommes Moussey du département de la Kabbia.

2. Activités préparatoires (finalisation des outils de collecte, préteste des outils, identification des informateurs clés, formalités administratives, etc.)

Les activités préparatoires dans le cadre de notre étude ont débuté depuis Mars 2022 lors de la formulation du thème avec notre encadreur académique, la construction du problème et les préparations des outils de collecte des données.

La deuxième phase était le pré-test. Comme son nom l'indique pendant cette phase, nous ne sommes pas descendus directement dans la société Moussey pour mener notre étude mais nous avons testé nos outils d'enquête auprès de la Diaspora Moussey de Douala. L'objectif de cet exercice est de tester la validité de nos hypothèses de recherche et nos outils d'enquête.

Cette pré-enquête était réalisée auprès de treize (13) ressortissants Moussey à Douala, notamment six (06) femmes et (07) hommes.

La troisième étape de notre étude était la première décente sur le terrain qui s'est déroulée du septembre au novembre 2022. Cela consistait à tester la faisabilité d'intégration dans le site d'étude et de nous imprégner des discours que tiennent les femmes et les hommes Moussey du Tchad sur la procréation et l'utilisation des méthodes contraceptives modernes. Ces données préliminaires nous ont permis de construire le guide d'entretien, le guide du groupe de discussion et la grille d'observations efficace et appropriés à la réalité de terrain.

La quatrième étape est la décente sur le site de l'étude notamment la société Moussey dans le département de la Kabbia avec les outils de recherche actualisé et mise à jour pour collecter les données de terrain. Avant cette décente sur le terrain, le Département d'Anthropologie de l'Université de Douala nous a signé l'autorisation de recherche.

Cette étape de décente sur le terrain n'était pas pour nous un exercice aisé, car nous étions bien instruits par notre encadreur de respecter de A à Z les étapes méthodologiques apprises lors de nos cours magistraux et les autres astuces méthodologiques qu'il nous recommande.

A notre arrivé sur le terrain, dans la société Moussey au mois d'octobre 2023 nous nous sommes rendus au bureau du Médecin Chef District de l'Hôpital District de Gounou-Gaya. Cependant, le médecin Chef District avait instruit son Gestionnaire de nous faire signer une autorisation de recherche afin de nous faciliter l'insertion dans les administrations sanitaires sous sa gouvernance et d'aborder aisément nos informateurs.

En fin, à l'entame du début de la collecte des données, nous avons construit un repère des informateurs clefs qui constitué la liste des personnes à interroger jugées potentielles ressource à nous fournir des informations nécessaires sur notre thème.

3. Phase de collecte des données (accès au terrain de recherche, recrutement des informateurs, administration des outils de collecte, difficultés rencontrées, leçons apprises, etc.)

En ce qui concerne notre intégration dans le site d'étude, dès le premier jour, nous nous sommes rendus à l'Hôpital District de Gounou Gaya pour solliciter l'autorisation de recherche auprès du Médecin Chef District qui est le patron de la structure. Cependant, nous avons été bien accueillis par le Médecin Chef District après explication de l'objectif de notre recherche. Après cela, le Médecin pour sa part nous a orienté de diriger notre recherche au service de maternité et aussi dans les centres de santé ruraux, car les villages constituent les principaux laboratoires des valeurs culturelles. A cet effet, nous avons été conduits auprès du Gestionnaire de l'Hôpital pour la délivrance d'une autorisation de recherche et signée de la part du Médecin Chef District de Gounou-Gaya. Après l'obtention de ce document le Gestionnaire nous a conduits auprès du Major et le Major pour sa part nous à diriger vers la responsable du service de maternité. Cette démarche protocolaire nous laisse croire à la stratification et hiérarchisation des taches au sein des structures sanitaires tchadiennes.

Au service de maternité de l'Hôpital District de Gounou-Gaya et dans les autres centres de santé ou nous avons dirigé notre recherche, nous étions également bien accueillis par les différents responsables sollicités dans le cadre de notre étude. Mais, les autres personnels de santé se sont montrés méfiants à notre égard, car dit-il en coulisse « nous ne pouvons pas croire àquelqu'un qui travaille dans le domaine de la santé et ne connaissant pas soigner les patients3(*) ». Propos d'une infirmière à l'Hôpital District de Gounou-Gaya

Il faut noter également que le champ de l'anthropologie de la santé est méconnu par bon nombres des fonctionnaires et intellectuels tchadiens.

Pendant notre séjour au service de maternité de l'Hôpital District de Gounou-Gaya, il nous a été autorisé de consulter le registre de planification familiale et le registre de la maternité. Cependant, nous avons fait le même exercice dans les autres centres de santé. A l'Hôpital District de Gounou-Gaya, la consultation et collecte des données documentaires nous a pris pratiquement 08 jours. Au centre de santé de Hory Kawina nous avons fait deux jours, au centre de santé de Zabba Kessem nous avons mis 14 jours et 06 au centre de santé de domo Dambali. Le reste de notre temps était consacré à faire des entretiens et discussion de groupe avec les femmes et hommes des localités d'étude.

IX- CONSIDERATIONS ETHIQUES

Etant donné que dans toutes recherches scientifiques les règles éthiques et déontologiques sont à respecter, nous avons procéder à expliquer à nos enquêtés l'objet de notre étude, le but de notre enquête en leur rassurant que nous allons traiter les informations à recueillir avec anonymat. En outre, nous nous sommes engagés à n'est pas divulguer les informations sur l'identité de nos enquêtés même après la soutenance de notre mémoire.

Un consentement éclaire était relié à chaque guide d'entretien et guide du groupe de discussion contenants les détails nécessaires sur la sécurité des données et le respect des principes éthiques des donnés à collecter. Avant d'engager chaque groupe des discussions ou entretien, nous avons fait lire et signé le consentement éclairé pour nous prévenir des éventuels pièges relatifs aux données collectées.

X- INTERET DE L'ETUDE

Il est à noter que, la naissance désirable est considérée comme un élément important du service de la santé maternelle, les contraceptions modernes quant à eux sont des techniques qui permettent aux individus de contrôler leurs naissances, dans l'objectif de permettre aux conjoints de choisir le moment opportun d'avoir l'enfant quand ils ont besoin.

Au plan pratique, notre recherche consiste à comprendre les variables culturelles qui déterminent la non utilisation des méthodes contraceptives modernes dans les socio-cultures tchadiennes.

Sur le plan scientifique cette recherche contribue à la compréhension des plusieurs complexes sociaux et culturels sur les méthodes contraceptives modernes en milieu tchadien en général et dans la société Moussey en particulier.La présente étude se veut une base de description des pratiques et discours que tiennent le peuple Moussey sur la procréation et les techniques modernes de contraception. Aux éventuels chercheurs qui se pencheront à étudier sous l'angle culturel la santé reproductive, cette étude offre un répertoire varié des facteurs culturels et sociaux du domaine. Ainsi, elle pouvait jeter les bases d'éventuels travaux de recherche scientifique.

Sur le plan social, nous voulons résoudre l'épineux problème lié à la santé reproductive et à la résistance des méthodes contraceptives modernes dans la société Moussey du Tchad. En examinant comment les normes, valeurs et traditions du peuple Moussey influencent leurs choix en matière de contraception, notre présente étude a mis en évidence l'importance de prendre en compte ces éléments dans la mise en place de programmes de santé sexuelle et reproductive adaptés à leur réalité.

Par ce travail, nous avons recherché les significations sociales et culturelles de la procréation et de la fécondité dans la société Moussey d'une part et la description des pratiques et attitude de cette population sur les méthodes contraceptives modernes d'autre part.

XI- PLAN DE TRAVAIL

En prélude nous avons l'introduction qui est la vitrine de notre travail. L'introduction présente le résumé de notre travail et les démarches méthodologique dans lequel nous sommes passés pour collecter nos données et les analysées. Notre travail a été reparti en six (06) chapitres, chaque chapitre contient une introduction partielle et la conclusion partielle. Les principaux chapitres de notre travail sont repartis de manière suivante : le premier chapitre porte sur la description du milieu de la recherche et ethnologie des groupes humains. Le deuxième chapitre quant à lui, présente la revue littéraire, cadre théorique et conceptuel. Le troisième chapitre porte sur le système de représentations culturelles de la fécondité, de la procréation et de la contraception chez les Moussey. Le chapitre quatre (04) s'intéresse aux acteurs intervenant au niveau communautaire dans la fécondité chez les Moussey. Le chapitre cinq (05) quant à lui décrit les pratiques et savoirs endogènes de la contraception chez les Moussey et le dernier chapitre qui est le chapitre six (06) s'intéresses à la compréhension des connaissances, attitudes et perceptions en matière de contraceptions modernes chez les Moussey.

Notre travail se termine avec une conclusion générale qui rappelle la démarche suivie, les résultats auxquels nous sommes parvenus, et quelques perspectives.

CHAPITRE PREMIER : DESCRIPTION DU MILIEU DE LA RECHERCHE ET ETHNOLOGIE DES GROUPES HUMAINS

INTRODUCTION PARTIELLE

Le Tchad, pays d'Afrique Centrale, est située à latitude 7è et 24è degrés et 13è et 24è degrés-Est. Il occupe le 5ème rang des pays les plus vastes d'Afrique après le Soudan, l'Algérie, la République Démocratique du Congo et la Libye. Le Tchad est enclavé à l'intérieur par l'insuffisance de voies de communications et à l'extérieur sans accès à la mer. Le Tchad est composé de 256 ethnies, regroupées en douze principales langues inégalement réparties. Les religions les plus pratiquées sont l'islam, le christianisme et les religions traditionnelles. La population est très jeune, et le système de santé tchadien est de type pyramidal. (ED-MICS 2018)

Ce chapitre de notre mémoire offre une perspective globale sur le Tchad et le département de la Kabbia qui a été notre sujet d'étude. En plus, il décrit l'ethno anthropologie du peuple Moussey de manière générale et l'histoire migratoire de ce peuple et leurs organisations socioculturelles, politiques et économiques en particulier.

I- DESCRIPTION DE GOUNOU-GAYA ET ETHNOLOGIE DES MOUSSEY

Gounou-Gaya est le chef-lieu du département de la Kabbia appartenant à la région du Mayo Kebbi Est. L'ancienne sous-préfecture de Gounou-Gaya, qui constitue la plus importante et grande ville de peuple Moussey. Le département de la Kabbia avait une superficie de 2.956 km2 en 1999 et une densité de plus de 50 habitants par km2.

La ville de Gounou-Gaya est composée de 04 sous-préfectures avant 2024 notamment : la sous-préfecture de Gounou-Gaya, sous-préfecture de Pont carol, sous-préfecture de Djodo Gassa et sous-préfecture de Berem. Actuellement, Gounou-Gaya compte 07 sous-préfectures notamment : la sous-préfecture de Gounou-Gaya, sous-préfecture de Pont carol, sous-préfecture de Djodo Gassa, sous-préfecture de Berem, sous-préfecture de Léo, sous-préfecture de Gounou et Sous-préfecture de Domo.

Parlant de la population de la ville de Gounou-Gaya, elle est constituée majoritairement du peuple Moussey.La population Moussey des sous-préfectures du département de la Kabbia et de Mont-Illi, selon les statistiques de 2009 comptait 284.271 habitants. A cela il faut ajouter ceux qui habitent vers Pala et dans différents endroits du Cameroun (le canton Gobo avait 24.243 habitants), plus la colonie du Nigeria et aussi la croissance démographique de la population

1. Historique de la ville de Gounou-Gaya

Notre étude s'est déroulée à Gounou Gaya, Chef-lieu du Département de la Kabbia et dans le village de Domo Dambali et Zabba Kessem. Il est important dans le cadre de notre étude de ressortir l'histoire de la ville de Gounou-Gaya qui constitue notre zone d'étude. En effet il existe peu des sources écrites relatives à l'histoire du peuple Moussey en général et de la ville de Gounou-Gaya en particulier.

Le Département de la Kabbia est l'un des quatre (4) départements que compose la région du  Mayo-Kebbi Est . Son chef-lieu est  Gounou Gaya, la plus grande ville de peuple Moussey.

Le département de la Kabbia a été créé par le décret 355/PR/MISD/199 1 du 1er septembre 1999 avec un ressort territorial plus large : sous-préfectures de Gounou Gaya,  Fianga et Binder. Il a été réorganisé par le décret 415/PR/MAT/200 2 du 17 octobre 2002 : de sous-préfectures de Gounou Gaya, Fianga et Hollom Gamés. Il a été divisé en 2004 lors de la création du département de  Mont d'Illi.

Il correspond à l'ancienne sous-préfecture de Gounou Gaya (1960-1999), issue du poste de contrôle administratif de Gounou Gaya créé en 1950 dans la subdivision de Fianga. Une subdivision de la Kabbia fut créée le 20 février 1946 après suppression des subdivisions de Pala et de Fianga. Son chef-lieu était Pala. Elle fut supprimée le 31 juillet de la même année (retour au statu quo ante). En (1960-1999), issue du poste de contrôle administratif de Gounou Gaya créé en 1950 dans la subdivision de Fianga. Marco Betoni, (2018)

Parlant dont del'origine de la ville de Gounou-Gaya, trois (03) clans étaient à l'origine de la création de la ville de Gounou-Gaya notamment : le clan Gaya, le clan Gounou et le clan Djarao.

Actuellement, la chefferie traditionnelle (Chef de Canton) est dirigée par les originaires du clan Djarao. Actuel Chef de Canton de Gounou-Gya est Lassanou Pirkolossou.

Selon nos récits oraux, ces trois clans (03) ci-dessus sont à l'origine de la création de la ville de Gounou-Gaya. En plus, nous y trouvons également les Moussey venant du Canton Domo, Leo, Berem, Tagal et bien d'autres. Enfin il existe également quelques autres ethnies dans la ville de Gounou-Gaya tel que : les Gambaye, les Toupouri, les Moundang, les Foulbé, les Arabes etc.

Carte 1 : département de la Kabbia

Source :Marco Bétoni, (2018).

2. Histoire migratoire du peuple Moussey

Le peuple Moussey vit principalement au Sud-ouest du Tchad, au nord Cameroun, au Nigeria et au Burkina-Faso. Autrefois les Moussey du Tchad appartenaient tous à la sous-préfecture de Gounou-Gaya, un petit groupe dans celle de Fianga, et un groupe émigré vers Pala et d'autres cantons proches, comme à l'est de Bongor. Marco Betoni, (2018)

Le XIXème siècle, marque l'arrivée de la colonisation dans le pays Moussey cela avait un impact direct sur l'organisation sociale, politique et économique de ce peuple. D'abord, ce sont les Allemands qui arrivèrent vers 1900, et seront remplacés par les Français à la fin de la première Guerre mondiale après 1918. (Marco Betoni : la culture Moussey Tchad : naissance, mariage et funeraille). Le territoire Moussey était très convoité, et toutes les puissances coloniales (Anglais, Allemands et Français) visaient le cours d'eau (Lac Tchad et fleuve Logone), et c'est cela qui a engendré la division des Moussey dont un groupe est resté au Cameroun. (Ibid. Marco Betoni). C'est la colonisation allemande qui a commencé par nommer des chefs et à chercher des gens en leur donnant les symboles du pouvoir ; parfois un fusil ou une chéchia et des habits.

De toute façon, l'administration a été rapidement acceptée par le peuple Moussey et poursuivie par l'état Tchadien et Camerounais. L'introduction de certaines cultures a été aussi faite pour trouver une certaine rentabilité et avoir des ressources où puiser l'impôt. Ainsi la culture obligatoire du coton servait à payer les taxes et fournir des recettes à la colonie.

En revanche, même si les colons ont installé la chefferie, avant cela il y avait l'influence de la civilisation arabe et peul sur le peuple Moussey. Les Moussey ont été attirés par la civilisation arabe et peule en raison de leurs forces, leurs organisations et leurs défilés. Cela on peut le remarquer dans la chefferie des différents Cantons Moussey qui ont pris l'organisation typique « Arabe-Peul » : défilés, parasol, habits, griots, chevaux parés.

Les colons allemands avaient procédé à la nomination des cantons en 1910 et installé un chef à Moulfouday (Djaw), puis à Gamé (Oydo Vandew en 1915), plus d'autres personnes à qui on avait donné des fusils et des habits, qui étaient un peu les chefs sans avoir un titre ou un territoire délimité, hormis leur lignage et leurs associés.

Parlant de la migration du peuple Moussey, il était autre fois dans le lac Tchad, et ils se sont migrés petit à petit sur le long de la rive du Chari et du Logone pour s'installer définitive dans le sud-ouest du Tchad principalement dans les régions de Mayo Kebbi et une partie à l'extrême nord du Cameroun. Igor De Garine, (1978)

Les mouvements migratoires qui ont abouti à la formation de l'ethnie Moussey sont anciens, mais étant donné la culture orale, il est difficile de regrouper les documents pour établir avec précision tous les mouvements et l'installation de cette ethnie. Selon les suppositions, les mouvements auraient commencé vers le 15ème siècle et se seraient prolongés jusqu'à la fin du 17ème.Seignobos, (2017). D'après les sources orales collectées par l'ethnologue Marco Betoni, sur les généalogies du peuple Moussey, pour les plus anciens, un calcul hypothétique avancerait que les gens ont commencé à s'établir sur ce territoire depuis 1750, mais les migrations ont continué jusqu'aux années 1850, et seterminent au début du 20ème siècle que les lignages se sont établis sur le territoire habité actuellement. Si beaucoup de migrations viennent du Nord, actuel pays Massa, et du fleuve Logone, pays Ngabri, Ham ou « Kim », cela ne permet pas d'affirmer que ce sont des Massa ou des Ngabri qui ont émigré. Les gens disent que « c'est un homme venant du pays Masa ou du fleuve ». Toutefois pour affirmer que c'étaient des Massa ou des Ngabri, il faudrait faire des études plus poussées et des recherches historiques dans l'ensemble de ces territoires. De toute façon, il y a eu deux courants migratoires très forts en pays Moussey : l'un venant du Nord- Est (actuel pays Massa) et des bords du fleuve Logone, l'autre venant du Sud-Est (actuel pays Marba, Mesmé). En suivant l'évolution sur le terrain et l'occupation du territoire, on peut noter que les groupes plus «anciens» se trouvent actuellement à l'Ouest du pays, mais presque tous ayant transité par le point d'eau dit Zala à Gounou-Gaya. Donc, l'installation et l'implantation ont été influencées par la présence d'eau ; anciennement vers le fleuve et les « lacs ». Alors, logiquement, le peuplement suit le système hydrographique de la Kabia - Zala - Boro.Marco Betoni, (2018)

Les émigrations se sont produites surtout à cause des querelles internes et dernièrement pour rechercher une terre meilleure. Les émigrations définitives ont eu lieu au début du 20ème siècle, mais continuent par groupes familiaux, même si aujourd'hui il y a une certaine stabilité. Désormais ce n'est plus le lignage qui se déplace, mais de petits groupes qui se mélangent avec les autres, engendrant la perte de l'identité lignagère. Il y a aussi des migrations temporaires au Cameroun, surtout des jeunes, pour le travail de repiquage du sorgho, pour trouver de l'argent et pour le goût de l'aventure, poussés par l'évolution économique et sociale de la société actuelle4(*). Ainsi, depuis quelques années, il y a un mouvement vers N'Djamena, la capitale du Tchad.

L'unité des Mythes d'origine est très étonnante et, en gros, on peut résumer ainsi : « Un chasseur s'égare (ou fuit son groupe) et trouve un point d'eau. Là il épouse une femme du pays et fait souche ».

Donc, l'origine Moussey réside dans de petits groupes anciens qui habitaient ce lieu depuis longtemps, ensuite d'autres sont venus, se sont adaptés et se sont multipliés plus que les originaires. Les premiers occupants sont, normalement, restés « propriétaires » de la terre (Maître et rituels), pourtant il est difficile de faire une hypothèse bien fondée sur les origines des Moussey. Les Moussey s'étaient-ils réfugiés dans cette zone pour échapper aussi aux incursions des Baguirmiens qui cherchaient des esclaves. En effet les Moussey ne connaissent pas le mot esclaveet c'était plutôt vers le sud, au pays des Ngambay appelés « esclaves » (mbààôùbunà), probablement parce que là-bas c'était le lieu d'incursion des esclavagistes. Il semblerait que les Musey ont été épargnés par les grands « esclavagistes », et ils ont vécu de façon marginale ce phénomène. Pour cela le mot esclave n'a pas une connotation trop négative.

3. Ethnologie du peuple Moussey

En ce qui concerne les Moussey du Tchad et leurs voisins proches du Cameroun, nous comptons de nos jours, 10 cantons Moussey, neuf cantons au Tchad et un Canton au Cameroun (Gobo). Ces cantons constituent les chefferies traditionnelles et la succession est héréditaire. En plus nous comptons 05 communes dans le pays Moussey notamment : la commune de Gounou-Gaya, la commune de Gobo au Cameroun, la commune de Pont Carol, la Commune de Djodo Gassa et la Commune de Berem.

Dans son livre intitulé « la culture Musey », l'anthropologue Italien Marco Betoni nous fait comprendre que l'étude généalogique du peuple Moussey, nous renvoie de 12-14 générations pour les plus anciens, et donc, en contant une vingtaine d'années par génération, on peut remonter en arrière de 250 ans.

Dans le passé, le peuple Moussey ne connaissait pas le découpage administratif. L'homme Musey ne connait pas le chef donc le chef de canton, chef de village, chef de quartier voire mêmeles autorités administratives qui sont le préfet, sous-préfet sont des fabrications coloniales. Le peuple Moussey était reparti au contraire avant la colonisation par clan et lignage. Ainsi, chaque clan ou lignage vivait obstruer dans un endroit protégé lui permettant, de temps en temps, de sortir pour la chasse ou pour des incursions contre des ennemis. Faces à des menaces des ennemies ou d'ordre naturels, certains clan et lignage se déplaçait de temps en temps à la recherche d'un endroit meilleur. Il faut noter que le cheval constituait un animal très important chez l'homme Moussey. Car, le cheval était utilisé pour faire la guerre, pour la chasse et doter les femmes. L'homme Moussey ne mange pas le cheval car il est considéré comme un animal proche à l'homme. En cas de la mort d'un cheval, on organisait sa funérailles, effectué les mêmes rites d'enterrement comme l'être humain.Marco Betoni, (2018)

Autrefois, pour les Musey, l'autorité venait de l'habilité à la guerre et à la chasse : il y avait les aînés, les personnalités reconnues à cause d'une divinité, les grands chasseurs, plus un « grand guerrier » (biigàwlà) qui prenait la tête dans les excursions et les combats.

Carte 2 : grands lignages Moussey et leurs voisins

Source : Marco Betoni 2018 ; la culture Moussey (Tchad) naissance, mariage et funérailles

3.1. Organisation Politique du peuple Moussey

L'organisation sociale et le mode de contrôle de l'espace des populations dites païennes du nord Cameroun et sud du Tchad est de type segmentaire, sans pouvoir politique centralisé, incapables de dominer de grands espaces. G. Pontie, (1972) : les sociétés païennes. Ainsi, le peuple Moussey autrefois ne connaissait qu'une répartition territoriale appelée « mbâssà », qui était le territoire occupé par un lignage sous la tutelle d'un chef de terre qui a une fonction politico-religieuse.

Politiquement les Moussey ont toujours vécu de façon autonome et ils étaient acéphales. Pratiquement chaque lignage tissait ses alliances et avait un mode de vie indépendant.

Quelle que soit le lieu et la taille des villages Moussey, il existe toujours un mythe de création. Un individu à qui l'on reconnaît souvent des pouvoirs exceptionnels dans le domaine du religieux ou l'art de faire la guerre, quitte son milieu d'origine et, poursuivant généralement un animal, atteint un lieu qui lui plaît et dans lequel il s'installe. Après, il fait venir ses épouses, ses enfants, parfois ses frères ensuite il crée un nouveau groupe de descendance en même temps qu'il humanise une zone de brousse. Autrefois, pour fonder un nouveau village, on allait d'abord choisir l'arbre de fondation autour duquel on allait s'installer. Si tous avaient déménagé, normalement c'était le Maître de terre qui allait choisir l'arbre et faire une bénédiction. Autrement, c'était l'aîné qui allait faire cela pour que le lieu choisi leur soit propice, et que le village puisse grandir dans la paix. Quand on allait faire une nouvelle installation, « couper un nouveau village »propos de notre enquêté patriarche Azong. Après installation, l'arbre choisi devient sacré. La terre est sacrée chez les Moussey car, elle parle ses habitants à travers le chef de terre, c'est elle qui donne de la nourriture et regorges les âmes des ancêtres. Affirme notre enquêté Azong.

L'hétérogénéité de ce peuple, vivant en groupes (lignages) qui se gèrent de façon autonome, étant par tradition acéphales, et parfois, en conflit entre eux, surtout dans le passé, est très étonnante. Chaque groupe se dit «Banana» (ami), en marquant les liens entre les différents lignages et l'unité entre les groupes. Cela aussi par rapport à la langue, car chaque lignage définit sa façon de parler en se référant à son ancêtre ; ce sont les différents dialectes de cette langue.

L'idéologie et le pilier de la société Musey étaient le cheval et la chasse.La chasse était l'activité principale de tout homme, et tuer des animaux était la plus grande reconnaissance sociale.Autrefois, pour les Musey, l'autorité venait de l'habilité à la guerre et à la chasse : il y avait les aînés, les personnalités reconnues à cause d'une divinité, les grands chasseurs, plus un « grand guerrier » (biigàwlà) qui prenait la tête dans les excursions et les combats. Si les gens étaient autonomes, ils ne vivaient pas dans des circuits fermés ou hermétiques, mais ils avaient des contacts, mêmes irréguliers, comme aux moments de guerre, de famine et de troc de certains objets ou des matières d'échange. Donc, depuis longtemps il y a acculturation et emprunt aux cultures voisines. On peut citer l'exemple de l'initiation que les Musey ont cherchée parmi leurs voisins ; chez les Mesmé, Massa et Toupouri. Igor de Garine, 1975.

3.2. Répartition des rôles sociaux entre les genres chez les Moussey

Comme de nombreuses sociétés traditionnelles tchadiennes, les Moussey ont des rôles sociaux distincts entre les genres, avec des attentes et des responsabilités spécifiques pour les hommes et les femmes au sein de leur société.

La société Moussey est de filiation patrilinéaire avec le principe de résidence patrilocale. La patrilinéarité il faut le rappeler par opposition à la matrilinéarité est une forme d'organisation matrimoniale qui est fondée sur la seule ascendance paternelle en ce qui concerne la filiation, l'organisation familiale, ou sociale d'un clan ou d'un groupe. Cela signifie que chez le peuple Moussey, la transmission d'identité (nom, religion), héritage passe uniquement par les parents paternels. Aucun droit d'héritage de titre, des biens n'est reconnu du côté des parents maternels.

Parlant des rôles sociaux entre les hommes et les femmes Moussey, il y'a une grande division sexuelle de travail et des responsabilités dans la société Moussey.

Cependant, les hommes Moussey sont généralement considérés comme les chefs de famille, les plus forts que les femmes et ont la responsabilité de subvenir aux besoins économiques du foyer. Ils sont souvent impliqués dans la prise de décisions au sein de la communauté et peuvent occuper des postes de leadership. « L'homme c'est le patron de la famille, moi femme je suis une simple domestique car, il m'a doté et je suis considérée au même titre que la vache que mon mari a achetée». Affirme notre enquêtée Aira

Les hommes Moussey sont également ceux qui sont sensés d'aller à la chasse, chargés de protéger, de défendre leur famille et leur communauté en cas de besoin.

Parlant de la division sexuelle des travaux, nous prenons enquise d'exemple le cas de la construction de l'habitat : l'homme pétrie la boue, fabrique les briques et construit la maison. La femme quant à elle se contente de puiser de l'eau pour fabriquer les briques ou construire la maison en plus la femme tisse les pailles. Dans le cas où l'homme puise l'eau, cela engendre des moqueries de la part de son entourage souvent le qualifia comme homme lâche et irresponsable.

Parlant des rôles sociaux des femmes Moussey, elles sont souvent considérées comme les moins fortes que les hommes, elles doivent être obéissantes pour être distinguées d'unebonne femme et on leur confie le rôle de gestion des tâches domestiques, y compris la cuisine, le nettoyage et s'occuper des enfants.

Les femmes Moussey peuvent également être impliquées dans certaines activités économiques telles que l'agriculture, les petits commerces ou l'artisanat.

Comme dans de nombreuses sociétés Tchadiennes, la promotion de l'éducation des filles a joué un rôle important dans le changement des rôles sociaux des femmes au sein de la société Moussey. Car, de nos jours nous avons des femmes Moussey qui sont député, militaire, infirmière, enseignantes ce qui témoigne à suffisance le changement social des rôles des femmes Moussey. Les facteurs tels que l'éducation, l'accès à de nouvelles opportunités économiques et les changements sociaux ont influencé la manière dont les rôles traditionnels sont perçus et pratiqués.

Ainsi, nous pouvons conclure que chez les Moussey du Tchad, il existe traditionnellement une répartition distincte des rôles sociaux entre les hommes et les femmes. Néanmoins ces rôles ne sont pas figés et ont évolué en fonction de la modernisation, des changements socio-économiques et culturels au sein de la communauté.

3.3. Religion du peuple Moussey

Dans l'époque ancienne c'est-à-dire avant la colonisation les Moussey adoraient les plantes, les divinités de l'eau, les divinités des morts et certains clans adoraient également les animaux. Cela nous laisse croire que les croyances anciennes du peuple Moussey reposent sur l'adoration des ancêtres et des esprits de la nature. Les pratiques religieuses des Moussey intègrent des rituels liés à la nature, aux cycles agricoles et à la protection spirituelle. « Chez nous, on adore l'acacia albita c'est lui notre protecteur. En cas de la rareté de pluie, on offrait l'holocauste à l'acacia albita et la pluie tombait pour arroger nos champs. Quand on tombe malade, on partait chez les voyants et les possédés de la divinité des eaux Mununda ». Affirme notre interviewé Mariatna.

De nos jours, trois religions restent dominantes dans la société Moussey à savoir : le christianisme, l'islam et la croyance ancestrale. L'arrivée de l'islam et le christianisme dans le pays Moussey a influencé les pratiques religieuses ancestrales dudit peuple. De nombreux membres de la société Moussey ont adopté l'islam et le christianisme comme leurs religions principales, mais ils continuent souvent à pratiquer des rites traditionnels hérités de leurs ancêtres. Doum-Hani Douksidi Jean, (2023).

Ainsi, parlant de la religion du peuple Moussey, nous réfère à un syncrétisme entre les croyances ancestrales dites traditionnelles et les religions monothéistes (christianisme et l'islam). Cette combinaison unique crée un système de croyances complexe qui guide la vie spirituelle et quotidienne de ce peuple.

Traditionnellement, c'était le chef de Terre qui dirige le déroulement du calendrier agricole, de l'organisation de la fête de récole (vun tilna) et il offre l'offrande aux divinités pour bénir la terre et sa population. Igor de Garine, (1975)

La vision du monde et de l'être chez le peuple Moussey porte sur le système des croyances et des rapports englobant le monde « invisible » qui sont les ancêtres et les dieux puis du monde visible qui sont leur environnement matériel. Ainsi, suite d'une maladie ou d'autres problèmes sociaux, le peuple Moussey invoqués les divinités pour trouver des solutions. Il distingue donc plusieurs dieux qui peuvent l'aider en cas de malaises sociaux parmi lesquels nous avons :

3.3.1. Lona, le dieu créateur et suprême

Contrairement à la pensée occidentale qu'il y'a un seul Dieu suprême, le Moussey pense à l'existence de plusieurs dieux suprêmes d'où chaque individu au sein de la société en possède un (Lonna) mon dieu égoïste. Cependant, en cas de malaises tel que problèmes de santé d'un membre de la famille, on demandait au chef de la famille (buzina) de faire un holocauste à son dieu pour que le malade recouvre la santé.

3.3.2. Mbàssà, La Terre-Mère (dieu de la terre)

Chez le Moussey, on peut maudire ou jurer avec la terre d'un village donnée. Par exemple : « Si j'ai fait ceci, il faut que la terre de tel ou tel village me puni ». Chez les Moussey, il existe une communication entre la terre et les humains. Marco Betoni, (2018)

3.3.3. La divinité de la Mort (Màtnà)

Dans la plupart des cultures africaines, y compris la culture Moussey, la vénération des morts joue un rôle important. Pour les Moussey, les esprits des morts continuent à errer dans le monde et peuvent influencer les vivants. Cette existence spirituelle n'est généralement pas considérée comme éternelle ; les esprits des morts vivent aussi longtemps qu'il y a quelqu'un qui se souvient d'eux. En conséquence, les rois et les héros, qui sont célébrés par la tradition orale, vivent pendant des siècles, tandis que l'esprit du commun des mortels peut disparaître après quelques générations. Igor de Garine, (1975).

Les morts communiquent avec les vivants de différentes manières, par exemple, au travers des rêves, des présages ou par l'intermédiaire de devins spécialement doués. S'ils prennent une forme visible, c'est souvent celui d'un animal (un serpent, un oiseau ou une mante religieuse). « Quand j'avais perdu mon fils, il venait à des heures tardives boire l'eau dans la jarre. Et il arrive de fois que je lui laisse la nourriture dehors sur le hangar et il mange. Les morts vivent seulement dans un pays caché, il nous visite à tout moment ». Affirme Zara notre enquêtée matriarche.

Les vivants, à travers les voyants, les médiums, les devins peuvent s'adresser aux morts afin de recevoir des conseils ou de demander des faveurs. Si un esprit s'offense de quelque chose faite par une personne vivante, il peut causer une maladie ou un malheur à cette personne. Dans ce cas, un voyant peut aider cette personne à corriger son erreur et à calmer la colère des défunts en colère. Les catastrophes, telles que la famine ou la guerre, peuvent être la conséquence du mauvais comportement de toute ou une partie de la communauté.Igor de Garine, (1975).

3.3.4. La divinité des Jumeaux (Ngonira)

D'abord il faut noter que le nom utilisé pour les jumeaux (ngonira) est également le nom de la divinité correspondante ; c'est comme un dieu (lo'o ngonira), et donc on le craint et nombreux sont les rituels à faire. Une fois dedans, par la naissance et l'accouchement, tu es lié à ngonira pour toute la vie. Le mot jumeau « ngonira » désigne toute naissance « hors norme », et on dit cela aussi pour les animaux, notamment pour la vache et la jument. Il y a également les expressions à propos des choses « en double », par exemple celui qui trouve deux choses en un jour il dira avoir « accouché des jumeaux ». Également quand on se donne la main pour la salutation, si deux individus touchent ensemble la main de la même personne on dira « L'an prochain tu accoucheras des jumeaux».

3.3.5. La divinité initiatique Foulla

La divinité initiatique est aussi nécessaire dans le pays Moussey. L'initiation chez le Moussey est non seulement un rite de passage comme le désigne Van Genep mais, une école de formation. Les adeptes apprenez durant leurs séjours dans la forêt sacrée, la gestion de biens familiaux tels que la gestion des produits agricoles, les animaux domestiques et aussi les respects des ainés et des divinités. En plus les initiés durant leurs séjours dans la forêt sacrée apprenaient également la technique de chasse, de la pêche et de lutte face à un adversaire.

A ces divinités ci-dessus, s'ajoute, plusieurs divinités dans la socioculture Moussey que nous ne pouvons tous développer dans le cadre de notre mémoire il s'agit notamment : la divinité de la divination (Gàrirà), les divinités de l'oracle (joppa), la divinité de l'eau (Mounouna).

3.4. Système alimentaire des Moussey

Le peuple Moussey a un système alimentaire basé sur divers aliments de leur environnement local. Leur alimentation est influencée par des facteurs tels que la disponibilité des ressources naturelles, les pratiques culturelles et les habitudes alimentaires traditionnelles.

Les Moussey ont une alimentation traditionnelle qui repose sur une combinaison d'aliments locaux tels les sésames (arachide, poids de terre, haricot, sésame blanc...), les céréales qui sont (les mils rouges, le pénicilaire, le riz), les tubercules (manioc, taro, patates) et les légumes (moringa, feuilles d'oseille etc.). Ces aliments sont issus de la savane environnante et constituent la base de régime alimentaire du peuple Moussey.

En outre, la consommation des boissons culturelles tel que le bil-bil, ergué, font de ce peuple une culture alimentaire spécifique. Il faut également noter que les Moussey sont des chasseurs et des pécheurs donc ils mangent les poissons provenant directement de leurs eaux et la viande des animaux domestiques comme sauvage.

Les Moussey ont développé des pratiques alimentaires spécifiques en fonction de leur environnement. Ils utilisent des pièges pour capturer des animaux sauvages tels que les oiseaux pour compléter leur alimentation en viande. Il pèche avec les filets de petites dimensions pour capturer les poisons. De plus, les Moussey ont mis en place les techniques de conservation des aliments tels que les greniers à mil pour stocker les céréales et assurer une sécurité alimentaire tout au long de l'année.

Malgré une alimentation variée basée sur les ressources locales, les Moussey de nos jours sont confrontés à des problèmes nutritionnels tels que la malnutrition. Cela dû à divers facteurs tels que la mauvaise pluviométrie (inondation, rareté de pluie), les conflits agriculteurs-éleveurs, des conditions économiques précaires ou une disponibilité limitée d'aliments nutritifs.

La plupart des Musey ne mange pas la viande de cheval qui est interdite (yownà), et laquelle est considérée comme celle d'un homme. Mais actuellement, influencés par d'autres cultures, il y a des lignages qui en mangent. Par exemple les Djoro ou d'autres qui, toutefois, le font en utilisant une plante magique dite la plante du vautour (gu bakya).

Le cheval, autrefois, était traité de façon particulière avec beaucoup de soins : l'homme le gardait dans sa case, on provisionnait du foin, il y avait des rituels de protection, des onctions, des plantes magiques, il recevait un enterrement. Si le cheval meurt chez toi c'est la «mort» qui te frappe et les gens du village présentent leurs condoléances. On le transporte en brousse et on le recouvre, puis on le pleure et on pouvait aller se venger pour cela. On plante aussi des pieux, deux ou trois, au- dessus du tombeau, et un bois rouge plus long en y accrochant la queue comme signe spécifique d'un cheval de course qui avait contribué à tuer beaucoup de gros gibier « tabou ».

En effet, pour être un homme valide et respecter par la communauté, il fallait devenir un « grand » chasseur et tuer certains animaux fort et féroces comme le buffle (vunda), la girafe (duk-gahna), le lion (tlona). Dans la société Moussey on y distingue la chasse individuelle de la chasse collective. La première et un engagement individuel et consiste à se procurer en viande pour manger avec sa famille soit pour vendre. Le second est la chasse collective elle est initiatique constitue un moment important de démonstration de ses pouvoirs mystiques à vaincre l'adversaire et on applique cette loi de « contanguinité »5(*) sur les animaux et cette forme de chasse dite collective se limitait à des territoires appartenant à certains groupes, elle rassemblait beaucoup de monde et donnant parfois lieu à des bagarres entre lignages rivaux. (Jean Doum-Hani Douksidi 2023).

Comme dit J. Louatron cité par Marco Bétoni dans son ouvrage laculture Moussey, « le Musey avant d'être agriculteur est cavalier et chasseur ». L'homme Moussey devait défier les animaux de la brousse pour être reconnu.

En fin, le système alimentaire du peuple Moussey est ancré dans l'utilisation d'aliments locaux comme base de leur régime traditionnel. Cependant, des défis liés à la nutrition sont causés par divers facteurs socio-économiques et environnementaux.

3.5. Système économique des Moussey

L'économie du peuple Moussey repose principalement sur l'agriculture, l'élevage, la pêche et l'artisanat. L'agriculture joue un rôle important dans leurs moyens de subsistance, avec des cultures telles que le mil, le sorgho, le riz, le maïs et l'arachide pour leur subsistance. Le peuple Moussey représente une population importante des cotonculteurs au Tchad car, le département de la Kabbia était cité parmi les zones à forte production du coton au Tchad. Le bétail, notamment les bovins, les moutons et les chèvres, constituent également un atout important pour le peuple Moussey, car il lui fournit une source de nourriture, des revenus grâce à la vente ou au commerce et un statut social au sein de sa communauté.

L'agriculture du coton qui était autre fois imposée par le colon, constituent de nos jours une ressource financière au peuple Moussey.

Le commerce a toujours été une composante essentielle de l'économie de Moussey en raison de sa situation géographique à la croisée de différentes régions et frontières avec le Cameroun voisin et non loin du Nigeria

La structure sociale du peuple Moussey influence ses activités économiques. La communauté est organisée autour de liens de parenté et d'affiliations claniques qui jouent un rôle crucial dans la répartition des ressources et la coopération économique. La division du travail au sein de la communauté est souvent basée sur les rôles d'âge et de genre, avec des tâches spécifiques assignées aux hommes, aux femmes et aux enfants. Les Moussey participent également à des activités artisanales telles que la fabrication de poteries, le tissage de textiles traditionnels et la forge. Ces compétences sont transmises de génération en génération et contribuent à la fois aux besoins de subsistance et aux sources potentielles de revenus via les marchés locaux ou les réseaux commerciaux.

Malgré leur riche patrimoine culturel et leurs activités économiques traditionnelles, les Moussey sont confrontés à des défis tels que la dégradation de l'environnement, un accès limité aux technologies modernes pour l'agriculture ou la transformation des produits, la fluctuation des prix du marché des produits agricoles ou de l'élevage, ainsi qu'à des problèmes socio-économiques plus larges qui prévalent dans le pays. Tchad.

3.6. Les patrimoines culturels Moussey

Le peuple Moussey possède un riche patrimoine culturel qui se distingue en patrimoine culturel matériels et immatériels. Parlant des patrimoines culturels matériels en pays Moussey, nous pouvons citer : le Lac Kabbia et ses ressources importantes en Hippopotame, la forêt classique de Yamba Berté qui est la plus grande forêt et dance du Tchad, les produits artisanaux et les mets culturels tel que : holira et djaklamma. Il existe également de patrimoines culturels immatériels qui sont les comtes, les mythes, et toutes connaissances et savoirs ancestraux transmis de génération en génération.

3.6.1. Les patrimoines culturels immatériels du peuple Moussey

v Le Festival Kodomma

Dans la culture Moussey, la fête Kodomma est une tradition ancienne qui commémore la récolte et prête l'holocauste aux divinités et aux chefs de terre dans l'espoir de recevoir des bénédictions de leur part. Il s'agit d'un important héritage culturel immatériel. Quant au festival international Kodomma, il a pour objectif de rassembler et de mettre en valeur les différents kodomma présents dans les différents clans Moussey. Le Kodomma est un festival annuel qui se tient dans les villes de Moussey au Tchad et au Cameroun et qui met en valeur les pratiques culturelles, les traditions et les arts du peuple Moussey.

Le festival International Kodomma constitue une manifestation culturelle extravagante qui réunit les passionnés de la culture Moussey et les participants afin de célébrer l'héritage exceptionnel du peuple Moussey. La programmation du festival comprend de nombreuses activités telles que des danses traditionnelles, des expositions, des courses de chevaux et des représentations d'artistes contemporains et traditionnels.

Photo 1 : Danse Kodomma lors du festival internationnal Kodomma à Gobo au Cameroun

Source : page officielle Facebook Kodomma International

v Le Ndalanga

La danse dalanga est un héritage artistique immatériel de la culture Moussey. Elle se déroule lors des cérémonies importantes comme le Kodomma, l'intronisation d'un chef. Cette danse se pratique en sautant sur ses deux pieds et en articulant le dos. Elle est pratiquée par des femmes Moussey que d'hommes.

v Le Vaîguenga

Auparavant, le vaîguenga était réservé aux initiés. Car, les chansons de vaiguenga sont composées dans les langues des initiés. Depuis nos à la disparition des pratiques Fulina, le vaîguenga est fréquemment chanté lors des célébrations culturelles. Il est important de souligner que les artistes contemporains Moussey s'inspirent davantage de ces valeurs artistiques culturelles dans leur création.

v Fulina (fulla)

Fulina est le pluriel de Fulla. Fulla est une divinité spécifique au peuple Moussey. Les possédés de fullina ont la capacité suprahumaine de voir le monde visible et le monde invisible. Cependant, il faut retenir que le peuple Moussey distingue le fulmunnada qui est la divinité des eaux de fulmadina qui est la divinité des morts. De manière générale la vision du monde et de l'être chez le peuple Moussey porte sur le système des croyances et des rapports englobant le monde "invisible" qui sont les ancêtres et les dieux puis du monde visible qui sont leur environnement matériel. Ainsi, suite d'une maladie ou d'autres problèmes sociaux, le peuple Moussey invoqués les divinités pour trouver des solutions.

v Les contes

Les contes Moussey sont une tradition orale transmise de génération en génération. Ils jouent un rôle important dans la préservation et la transmission de la culture, des valeurs et de la sagesse. La narration de ces comptes est souvent accompagnée des chantes, de cris ce qui en fait un événement social et culturel social. Les contes Moussey racontent les histoires d'origine, les récits moraux, les fables mettant en scènes les animaux, les légendes expliquant les phénomènes naturels.

v Les devinettes

Les devinettes Moussey constituent effectivement un élément important du patrimoine culturel immatériel. Elle constitue en un jeu verbal traditionnel qui constitue un moyen de transmissions des connaissances et sagesses populaire. Les devinettes mousse est une forme d'expression culturelles qui qui stimule la réflexion et la créativité. Elles font souvent références à des éléments de la vie quotidienne, de la nature et de la culture Moussey. Souvent courtes et énigmatique elle dans la nuit pour le divertissement et enrichir les sagesses culturelles.

3.6.2. Les patrimoines culturels matériels du peuple Moussey

v Forêt classique de Yamba Berté

La forêt classique de Yamba Berté dans le département de la Kabbia précisément dans la sous-préfecture de Pont-Carole constitue effectivement un important patrimoine culturel matériel du peuple Moussey. La forêt classique de Yamba Berté abrite également une biodiversité importante, avec diverses espèces végétales et animales. Elle constitue donc non seulement un patrimoine culturel communautaire au peuple Moussey, mais aussi un patrimoine naturel pour la région.

Cette forêt classique est protégée par l'Etat tchadien pour sa richesse faunique et floristique. Le peuple Moussey, pratique dans cette forêt des activités culturelles tel que la chasse collective, des rituels traditionnels et y conserve une partie de son histoire et de sa culture. Cette forêt de nos jours est considérée comme un lieu sacré où résident les esprits des ancêtres et les djinns6(*). Elle joue un rôle crucial dans les pratiques spirituelles et les cérémonies traditionnelles des Moussey. Elle représente un lien tangible entre les générations passées, présentes et futures de cette communauté.

v Le lac Kabbia

Les régions de Mayo-Kebbi et le département de la Kabbia tire leurs appellations du lac Kabbia. Le lac Kabbia est situé dans le département de la Kabbia chef-lieu Gounou-Gaya notamment dans le village Domo Sôh situé de 25Km de la ville de Gounou-Gaya. De son vrai nom « kabiang7(*) » constitue un patrimoine halieutique important pour la région en général et pour le peule Moussey en particulier. C'est un grand lac qui alimente les autres fleuves en eau et poissons.

Pour les Moussey, valeur thérapeutique tel que la prévention contre le ver de guinée. Ce lac a une grande importance culturelle et spirituelle. Il est associé à des croyances et pratiques traditionnelles, notamment des rituels et cérémonies qui se déroulent sur ses rives. Ce lac est également une ressource naturelle importante pour la communauté locale, fournissant de l'eau pour l'agriculture et la pêche saisonnière. Le lac Kabbia se distingue de ses ressources importantes en hippopotame et des poissons. La zone autour du lac Kabbia est en biodiversité, abritant diverses espèces de plantes et d'animaux adaptés à cet environnement lacustre saisonnier.

Photo 2

 : Le lac Kabbia

Source : enquête de terrain

v Les Hippopotames

Les hippopotames qui sont présent dans les lacs et les fleuves en pays Moussey sont en effet un élément important du patrimoine culturel matériel faunique du peuple Moussey. L'administration départementale de la Kabbia utilise la tête de l'hippopotame comme l'emblème départementale. Il est accroché à la l'entrée de la préfecture de Gounou-Gaya la tête de l'hippopotame. Les Moussey, ne perçoivent et représentent pas ces hippopotames comme des simples animaux mais comme des divinités. Il est courant dans le discours des peuples Moussey qu'il existe des personnes qui se transforment en hippopotames. Les hippopotames sont souvent intégrés dans les mythes, légendes et traditions orales locales. Il symbolise la force, et la connexion avec le monde aquatique.

La présence continue de ces animaux dans le lac représente un lien tangible avec le passé et les traditions du peuple Moussey. Leur conservation est donc importante non seulement d'un point de vue écologique, mais aussi culturel.

v Mets traditionnel Holira

Les plats culturels Moussey sont variés faisant usage des céréales, sésames, légumes des viandes domestiques et sauvage. Parlant de Holira appelée communément sauce longue constitue un patrimoine culinaire Moussey. Le holira ou sauce longue est un plat spécifique et culturel pour le peuple Moussey. Il est préparé souvent lors de la fête de la lune, fête de la récolte Kodomma est bien d'autres évènement culturels importants.

v Habitats traditionnel Moussey

Les habitations traditionnelles Moussey sont construites en matériaux locaux tels que la terre, les pailles et les bois. Les maisons sont généralement de forme ronde, carrée ou rectangle, avec un toit recouvert de pailles sèches et logues. La terre est utilisée pour les murs et les fondations. Les branchages quant à eux sont utilisés pour la charpente et les supports. Les pailles sont utilisées pour le toit et les murs et en fin, les fibres végétales sont utilisées pour les cordages et les liens.

Les habitations traditionnelles Moussey ont une fonction culturelle, sociale et spirituelle.Elles sont souvent regroupées en lignage, clan et village, avec des espaces communs pour les activités sociales et culturelles tel que agriculture, espace de jeux, de pause etc. Les maisons sont disposées de manière à former un cercle ou un ovale, avec une place centrale pour les réunions et les cérémonies.

Photo 3: Habitat Moussey patrimoine culturel matériel

Source : page officielle Facebook de Kodomma International

v Artisanat Moussey

Les objets traditionnels d'artisanat en milieu Moussey couvrent large champs incluant des objets d'artisanat pour la pratique de l'agriculture, la pêche, la guerre et la chasse.

Les objets d'artisanat Moussey sont : la houe sa manche fabriquée à base de bois solide tel que le tamarinier, le prosopice africana. La manche des houes est fabriquée par les forgerons à base des pierres ou parfois des fers modifiés, il en est de même pour les dabas. Les lances sont faites de bois dur, avec une pointe en fer ou en pierre, les lances étaient utilisées pour la chasse et la guerre. Les épées faites de fer ou d'acier, les épées étaient utilisées pour les combats rapprochés. Les boucliers : faits de bois ou de cuir, les boucliers étaient utilisés pour se protéger des attaques ennemies. Les cuirasses faitesde peaux d'animaux et feuilles, les cuirasses étaient utilisés pour se protéger le corps des attaques ennemies.

Photo 4: Objets d'artisanat pour la guerre et chasse

Source : enquête de terrain

3.7. Rapports de cohabitation des Moussey avec les autres communautés ethniques de la Kabbia

Il est essentiel dans cette partie de notre travail d'examiner comment le peuple Moussey s'est intégré socialement aux autres communautés ethniques de la région du Mayo-Kebbi Est, d'ailleurs, et dans le monde. Des facteurs tels que les mariages mixtes, la coopération économique, les alliances politiques ont contribué au tissu social de ces interactions.

Le peuple Moussey du Tchad réside dans les régions de Mayo-Kebbi (Mayo Kebbi-est et Mayo Kebbi-Ouest). Il partage des frontières avec plusieurs ethnies notamment le Massa, le Moundang, le Toupouri, le Cados, le Kim, le Ngambaye, le Zimé, le Kéra et bien d'autres. Cependant, il est nécessaire dans le cadre de notre travail de ressortir le mécanisme d'interaction et de relation des Moussey avec les autres communautés ethniques voisine. Cela nous amène notamment à comprendre la dynamique sociale et le paysage culturel de pays Moussey. Le rapport de cohabitation entre les Moussey et les autres ethnies voisines nous renvoi dans le contexte historique. L'histoire des interactions, des conflits, des alliances et des échanges culturels entre les Moussey et les autres groupes ethniques façonne les relations actuelles.

Un aspect à explorer est la manière dont les échanges culturels ont influencé la dynamique de cohabitation. Les pratiques culturelles, les traditions, les langues et les croyances jouent un rôle important dans l'élaboration des interactions entre les différents groupes ethniques. Comprendre comment les Moussey ont partagé et intégré des aspects de leur culture avec d'autres peut donner un aperçu de leurs relations.

Les activités économiques servent souvent de terrain d'entente entre différents groupes ethniques. Les réseaux commerciaux, la dynamique du marché et le partage des ressources ont également contribué au rapprochement des liens sociaux et culturels entre le peuple Moussey et ses voisons des autres cultures.

En raison de la grande valeur que les Moussey accordent à la terre espace d'agriculture et héritage familiale, les conflits entre les éleveurs bororo ou arabe sont reçurent et alarmant. Le dernier conflit est celui de du canton Léo en 2023 qui a entrainé beaucoup des pertes humaines et matérielles dans les deux camps.

En somme, le rapport de cohabitation des Moussey avec les autres communautés ethniques de la Kabbia est une interaction complexe d'héritages historiques, d'échanges culturels, d'interactions sociales, d'engagements économiques et de relations politiques.

Carte de groupes ethniques frontières avec le Moussey

Source : Marco BETONI ; la culture Moussey (Tchad) naissance, mariage et funérailles

4. Cadre physique et géographique de Gounou Gaya

Le département de la Kabbia (chef-lieu Gounou-Gaya) porte le nom du lac Kabbia dans le Canton Domo plus précisément dans le village de Soh situé à une vingtaine de kilomètre de Gounou-Gaya et de 03 KM de village Gali Paris. Le lac Kabbia constitue le plus grand lac du département de la Kabbia est riche en poissons et végétations.

En effet la ville de Gounou-Gaya regorge assez des fleuves dans lequel chaque partie du fleuve porte un nom et appartient à chaque clan ou lien. Il faut noter également que les habitants de Gounou-Gaya savent distinguer les frontières de tous les fleuves disponibles dans leur zone.

Le climat de Gounou Gaya est de Type Soudano-Guinéen. Les études scientifiques de la Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles portant sur : étude agro-pédologie d'emplacements cotonniers au Mayo Kebbi, nous permet de caractériser avec précision le climat de la ville de Gounou Gaya. Cependant la pluviométrie annuelle de Gounou-Gaya est de 1045,4 mm, fortement supérieur à celui de son voisin Fianga qui est de 852,1 mm par an.

Tableau 2 : précipitation de la Kabbia

MOIS

J

F

M

A

M

J

JL

AO

S

OC

N

D

GOUNOU-GAYA-

0

0

6,2

30,8

88,0

157,2

211,9

269,8

226,0

55,0

0,5

0

FIANGA

0

0

3,0

18,2

62,2

120,0

191,3

240,0

181,4

35,4

0,6

0

Source : Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles portant étude agropedologioue d'emplacements cotonniers au Mayo Kebbi

La végétation de la ville de Gounou-Gaya est caractérisée par un ensemble de climat soudano-guinéen. Les forêts de cette zone sont hiérarchisées et inégalement réparties dans l'espace. Il faut noter que la forêt constitue un espace à multiple fonctionnalité chez le Moussey. Elle a une fonction sacrée qui constitue un lieu d'initiation, de culte et d'application des certains rites tel que le « bouquet sacré » et le plante divine « gusna lona ». Etant donné la richesse du territoire Moussey va de la savane à la forêt soudanienne, des zones inondables avec des marécages, aux zones plus boisées, la flore aussi présente une grande variété et des richesses diverses.

Dans l'ancien temps, les Moussey ne cultivaient pas les arbres pour avoir des fruits, car leur environnement leur offrait toutes ressources nécessaires en arbres fruitiers et légumineux. Cependant, le peuple Moussey connaissait et savaient exploiter au maximum tous les fruits sauvages. Par exemple : la Pomme cannelle sauvage (Annona senegalensis : kozora) est exploitée pour ses fruits sucrés ses feuilles pour soigner la diarrhée et ses écorses melanger avec d'autres plante pour soigner les problèmes d'infécondité. Le jujubier (wàyàra) ses fruits sont mangeables et ses écorces pour soigner « les problèmes d'insecte des enfants », le karité (gùdira) utilisé aussi pour produire la beure très appréciée, le néré (jijira) les différents types de Ficus, des plantes qui donnent des baies comme Boscia senegalensis (borborra), Sclerocarria birrea (yogoyogora), Detarium microcarpum (gàgàssa).

Dans l'espace Moussey on trouve des endroits boisés des grands arbres comme certains villages situés dans la sous-préfecture de Pont-Carol. Par contre, la sous-préfecture de Léo est caractérisée par sa zone rizicole, les arbres sont rares dans cette brousse et l'espace est inondable en saison de pluie. Tout de même, dans ces zones rizicoles nous trouvons des plantes comme : Terminalia macroptera (gàlapma), Sterculia setigera (slùgudukka), Borassus flabellifer (manawna), Combretum glutinosum (yàmàt happa), Acacia sieberiana (ndùllà).

CONCLUSION PARTIELLE

En somme au terme de chapitre sur la description du milieu de la recherche et ethnologie des groupes humains, nous retenons que le Tchad est peuplé d'une mosaïque de 256 ethnies, regroupées en douze principaux groupes linguistiques inégalement réparties sur l'ensemble du territoire. Les religions les plus pratiquées au Tchad sont l'islam, le christianisme et les religions traditionnelles. La population du Tchad est très jeune, avec les moins de 25 ans représentent 68% du total et les plus de 60 ans représentent 4,5%. Le système de santé tchadien est un système pyramidal à trois niveaux : central, intermédiaire et périphérique.

La culture du Tchad est diversifiée et riche, reflétant l'héritage de divers groupes ethniques. Le pays est un État laïque, mais la religion reste un élément important. Plus de 55,7 % de la population est musulmane, avec 20 % de catholiques et 15 % de protestants. Les pratiques religieuses traditionnelles sont également importantes. Le conflit entre le Nord et le Sud est exacerbé par l'opposition entre deux religions et deux langues : l'arabe et l'islam dans le Nord, le christianisme et le français dans le Sud. De nombreux musulmans tchadiens contestent la constitution laïque actuelle, qui impose une christianisation de l'État. Le Tchad est un pays multilingue, avec le français et l'arabe comme langues officielles depuis 1978.

En fin le département de la Kabbia est l'un des quatre départements de la région de Mayo-Kebbi Est au Tchad, avec Gounou Gaya comme sa plus grande ville et chef-lieu du département. Des communautés locales décentralisées, y compris la Kabbia, ont été créées en 2003 mais n'ont pas encore été mises en oeuvre. En juillet 2024, elle compte sept sous-préfectures.

CHAPITRE DEUXIEME : REVUE LITTERAIRE, CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL

INTRODUCTION PARTIELLE

Ce chapitre deuxième qui porte sur revue littéraire, cadre théorique et conceptuel a pour objectif de mettre en place les bases théoriques et conceptuelles sur lesquelles repose notre recherche. Au début, nous avons effectué une analyse approfondie de la littérature existante, en examinant les travaux précédents qui étaient pertinents pour notre sujet de recherche. Cette analyse nous a donné l'opportunité de repérer les concepts essentiels, les théories prédominantes et les discussions actuelles dans ce domaine. Dans la suite de notre mémoire, nous exposons les bases théoriques qui ont orienté notre étude, ainsi que les théories et modèles clés que nous avons employées pour interpréter nos résultats. En démontrant leur pertinence par rapport à notre problématique, nous avons justifié le choix de nos théories utilisées. Enfin, nous avons établi le contexte conceptuel de notre étude en précisant les concepts essentiels et en expliquant les liens entre ces concepts. Nous avons utilisé ce cadre conceptuel comme fondement pour formuler nos hypothèses et élaborer notre méthodologie de recherche.

I- REVUE DE LA LITTERATURE

L'étude sur l'utilisation des méthodes contraceptives modernes sous l'angle culturel est cruciale pour la santé de la population en général et pour le bien-être de la famille et de la femme en particulier. Dans un pays comme le Tchad, d'où le taux de besoin non satisfait en espacement et limitation des naissances dépasse désormais 30,2%. (L'Enquête par grappes à Indicateurs Multiples (MICS6-Tchad, 2019 Page 133). Cependant, au Tchad le taux d'utilisation des contraceptifs modernes est de 5,4 % selon l'enquête démographique et de la santé (EDS 2015).

Cette revue de la littérature examine les connaissances et les symbolisations des méthodes contraceptives modernes dans le contexte tchadien en particulier dans la société Moussey. Également notre étude consiste à analyser les facteurs socioculturels qui influencent l'utilisation des méthodes contraceptives modernes. Nous examinons les facteurs de résistances face aux méthodes modernes de contraceptions dans la société Moussey du Tchad en nous appuyant sur les principes anthropologiques en mettant l'accent sur la culture. Ainsi, nous nous sommes intéressés à travers cette étude à la monographie de la culture Moussey pour décrire les discours complexes que tient ce peuple sur les techniques modernes de contraception.

En réduisant les taux de grossesses non désirées, la contraception permet également d'atténuer la nécessité d'avortement à risque et de diminuer le taux de transmission des infections sexuellement transmissibles (IST) tel : le sida, l'hépatite B, la syphilis, le papillomavirus, la gonococcie etc. (OMS, 2023) Les contraceptions modernes peuvent également être bénéfiques pour l'éducation des filles et donner aux femmes la possibilité de participer plus activement à la société, y compris en occupant un emploi rémunéré.

La mise à disposition d'informations et de services en matière de contraception est fondamentale pour la santé et les droits humains de toute personne.

En plus, la prévention des grossesses non désirées contribue à réduire les maladies maternelles et le nombre de décès liés à la grossesse. L'utilisation des techniques modernes de contraception est essentielle en ce qu'elle permet notamment de retarder les grossesses chez les jeunes filles qui sont exposées à un risque accru des problèmes de santé liés à la parturition précoce et d'éviter les grossesses chez les femmes âgées qui sont également davantage à risque.

Selon les estimations de 2017 de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 214 millions de femmes en âge de procréer vivant dans les régions en développement ne disposent pas des moyens de contraception dont elles ont besoin. Les méthodes de contraception modernes jouent un rôle essentiel dans la prévention des grossesses non désirées. Des études montrent que 85 % des femmes qui ont cessé d'utiliser un moyen de contraception sont tombées enceintes au cours de la première année. Parmi les femmes dont la grossesse non planifiée a mené à un avortement, la moitié avaient abandonné leur méthode contraceptive en raison de problèmes de santé, par crainte d'effets secondaires ou par manque de praticité. « OMS octobre2019 ».

1. La politique nationale du Tchad en matière de santé sexuelle et reproductive

La politique nationale du Tchad en matière de santé sexuelle et reproductive est une question importante qui nécessite une analyse approfondie de la littérature existante. Cette partie de notre travail vise à examiner les politiques, programmes et défis liés à la santé sexuelle et reproductive au Tchad, en mettant en lumière les initiatives prises par le gouvernement et ses partenaires pour améliorer l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive au Tchad.

Le Tchad fait face à des défis importants en matière de santé sexuelle et reproductive, notamment la pauvreté, l'accès limité aux services de santé et les normes culturelles et sociales.Ningam Ngakoutou, (2023). Il était essentiel pour nous d'analyser comment ces facteurs interagissent avec les politiques nationales pour façonner le paysage de la santé sexuelle et reproductive au Tchad. Cette partie de notre revue examine également les défis auxquels est confrontée la politique nationale du Tchad, y compris l'infrastructure de santé inadéquate, l'éducation sexuelle incomplète et les inégalités de genre. Elle vise également à identifier des opportunités pour améliorer la situation actuelle et promouvoir une meilleure santé sexuelle et reproductive pour tous au Tchad. En fin dans cette partie de notre état du débat, nous avons examiné les politiques et les stratégies spécifiques mises en oeuvre par le gouvernement tchadien dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, permettant ainsi une meilleure compréhension des orientations politiques du pays dans ce domaine.

La recherche de l'UNFPA sur l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive au Tchad met en lumière les défis auxquels la population est confrontée et les lacunes à combler pour améliorer l'accès. Cetteétude offre une perspective complète sur la politique nationale du Tchad dans ce domaine, en mettant en lumière les défis, les politiques existantes et les recommandations pour l'amélioration. Une autre étude a documenté la prévalence des méthodes contraceptives à long terme à l'Hôpital Universitaire de N'Djamena, révélant que les contraceptifs sont considérés comme un facteur clé dans la réduction de la mortalité maternelle. Foumsou, et al., (2021).L'étude a révélé que l'indice synthétique de la fécondité au Tchad est de 6,2, et la demande de contraception est de 28,6 %. L'étude a également révélé que la méthode contraceptive à long terme la plus utilisée était la Jadelle (81,3 %), mais le suivi par le personnel médical était inégal dans 78,4 % des cas. Les effets secondaires étaient dominés par les saignements (12,6 %) et les problèmes de cycle menstruel. Le choix principal des méthodes contraceptives était l'espacement des naissances. L'étude révèle que les principales raisons de l'abandon de la contraception au Tchad sont les effets indésirables et le désir d'enfants. Le taux d'échec des méthodes contraceptives était de 0,08 %, et toutes les utilisatrices ayant signalé des effets secondaires ont été prises en charge. L'étude conclut que la contraception à long terme a une faible prévalence au Tchad. Pour augmenter cette prévalence, les chercheurs recommandent d'éduquer les filles et d'enseigner les méthodes contraceptives dans les écoles et les universités. Cependant, ils n'ont pas pris en compte les facteurs sociaux et culturels qui entravent l'utilisation des méthodes contraceptives modernes par les femmes et les hommes au Tchad.

L'introduction des méthodes contraceptives modernes est un phénomène récent au Tchad. Jusqu'à l'Enquête Démographique et de Santé de 1996-1997, le niveau d'utilisation des contraceptifs dans le pays n'était pas encore connu au niveau national. Foumsou et al. (2021). Cependant, le niveau de connaissance sur la contraception est extrêmement bas, avec des différences de genre significatives. Les femmes en union ont le même niveau de connaissance que les femmes, avec 44 % des femmes et 46 % des femmes en union connaissant au moins une méthode. Les femmes qui ne sont pas en union mais sexuellement actives ont un niveau de connaissance de la contraception plus élevé que les autres femmes.

La population tchadienne est pronataliste, liée au prestige économique et à la satisfaction économique, une tendance qui a été officiellement exprimée par les représentants du Tchad lors de la conférence internationale sur la population de 1974 à Bucarest. L'auteur aborde le sujet tabou de la planification familiale et de la planification des naissances, qui a longtemps été considéré comme tabou. Cependant, le gouvernement du Tchad cherche continuellement des moyens et des méthodes pour promouvoir l'utilisation des méthodes contraceptives modernes. Une des limites de cette étude est le manque de connaissances locales liées aux techniques contraceptives, car avant l'introduction des contraceptifs modernes, toutes les sociocultures tchadiennes avaient leurs propres méthodes et moyens pour prévenir les infections sexuellement transmissibles. Une étude sur l'endogénétique concernant les techniques contraceptives modernes serait plus nécessaire pour comprendre les enjeux complexes entourant leur utilisation.

Le résultat du mémoire de Lenan Guanguinon, (2009), s'aligne également avec l'analyse des taux d'utilisation des contraceptifs modernes au Tchad. L'auteur a adopté une approche statistique quantitative, basée sur des données existantes provenant de l'Enquête Démographique et de Santé. (EDST). L'analyse a montré une faible utilisation des contraceptifs modernes par les femmes tchadiennes.

En revanche, Lenan n'a également pas pris en compte le rôle des contraceptifs modernes et des facteurs socioculturels qui contribuent à la résistance contraceptive chez les femmes tchadiennes.

En plus, plus loin du territoire tchadien, une étude qualitative au Cameroun révèle une forte prévalence du VIH/SIDA à Kumba au Cameroun, malgré la disponibilité d'informations sur la prévention du VIH/SIDA. Les raisons de cette propagation incluent des partenaires sexuels multiples, des rapports sexuels non protégés, l'ignorance du VIH/SIDA, et la négligence des services de conseil et de dépistage volontaire. Ainsi, les messages de santé ont fourni des connaissances mais pas sur les comportements préventifs. Njikam Savage, (2015).

2. L'accès des populations tchadiennes aux méthodes contraceptives modernes

La population tchadienne est confrontée à d'importants défis en matière de santé reproductive et sexuelle. Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) la prévalence des méthodes contraceptives modernes au Tchad est parmi les plus faibles au monde. Malgré diverses initiatives et programmes, l'impact direct sur les comportements changeants de la population tchadienne n'est pas aussi visible. Parmi les facteurs qui contribuent aux faibles taux d'utilisation, citons le manque d'information le manque d'éducation sur les méthodes contraceptives modernes, les barrières culturelles et religieuses, les inégalités entre les sexes, l'insuffisance des infrastructures de santé et l'accessibilité financière limitée. Ngakoutou Ningam, (2023). Des études ont montré que l'amélioration des canaux, d'accès aux méthodes contraceptives modernes peut avoir un impact significatif sur la santé maternelle et infantile.

En plus, cela pourra contribuer à réduire les grossesses non désirées, diminuer les taux de mortalité maternelle et infantile et contribuer à l'autonomie des femmes. Malgré ces défis, des progrès ont été réalisés grâce aux efforts de divers acteurs, et il est crucial de continuer à investir dans l'éducation, la sensibilisation et l'accessibilité financière pour garantir que chaque individu ait le droit et la liberté de choisir sa méthode contraceptive.

La lecture d'une étude quali-quantitative menée entre décembre 2015 et mars 2016 dans la ville d'Abeché au Tchad, auprès de 314 femmes et 17 professionnels de santé montre que 35,9 % des femmes n'avaient pas de contraception, le taux de contraceptifs naturels étant de 28,7 % et celui des contraceptifs modernes de 25,2 %. Parmi les obstacles à l'utilisation des contraceptifs modernes, on peut citer l'opposition du mari (15,6 %) et le manque d'information (12,1 %).(Adam Abdel-Mahamoud, 2017)

Adam Abel etal.,(2021) se sont également concentrés sur les facteurs socioculturels influençant l'accès des femmes aux services de planification familiale au Tchad. Ils ont défini la planification familiale comme une composante essentielle de la santé reproductive, permettant aux femmes de retarder leur grossesse et de réduire la mortalité maternelle et infantile. En Afrique subsaharienne, en particulier au Tchad, la mortalité maternelle et infantile est un problème majeur de santé publique, qui peut être résolu par la planification familiale.

L'étude a identifié des obstacles généraux aux besoins non satisfaits des femmes dans les pays en développement, tels que l'absence de réglementation, l'accessibilité géographique et les problèmes de fourniture de contraceptifs. Les résultats ont montré que 28 % des femmes utilisaient des méthodes MAMA et 25 % utilisaient des injectables. L'accessibilité géographique, l'âge et l'appartenance ethnique étaient significativement associés à la non-utilisation de la planification familiale et de la contraception par les femmes. Les obstacles à la planification familiale comprenaient l'opposition du mari, le manque d'information et le personnel de santé qualifié.

3. Le genre et les facteurs de résistance aux méthodes contraceptives modernes chez les populations tchadiennes

La culture est un aspect crucial de la transmission de l'identité d'un groupe et évolue constamment en réponse aux changements sociaux, économiques et technologiques. L'anthropologue Ralph Linton définit la culture comme un héritage social transmis à un individu, en l'adaptant à la société et à son environnement. La culture englobe une gamme de rôles qui définissent la façon dont les individus doivent se comporter dans la société. Le genre est une construction sociale, c'est-à-dire les significations culturelles qui supposent un corps biologique. Le genre est lié au sexe et est une construction du sexe.

Une étude menée par Mamadou Makhtar Mbacké Leye et al., (2015) a révélé que l'âge, la religion, le niveau d'instruction, l'autorisation conjointe et le lieu de résidence avaient un impact sur l'utilisation des contraceptifs modernes par les femmes dans le district de Mbacké au Sénégal. Les critiques de cet article incluent le manque de prise en compte des facteurs socio-économiques et socioculturels qui influencent de manière significative l'utilisation moderne de la contraception.

Il a été constaté que les contraceptifs modernes, tels que les pilules et les injectables, améliorent la santé et permettent une grossesse plus longue. Cependant, il existe également des inquiétudes quant aux effets secondaires de ces produits, tels que la persistance de céphaloïdes et de nausées, et l'impact de l'entourage de l'utilisateur sur leur utilisation. Les pratiques familiales sont souvent tenues secrètes en raison des tabous sociaux et du pouvoir de décision détenu par le mari. Foumsou et al., (2021).

L'étude a également révélé que l'âge n'influence pas de manière significative l'utilisation des contraceptifs modernes. L'utilisation par les adolescentes peut être attribuée aux mariages précoces dans les zones rurales et à la diversification des sources d'information sur la contraception moderne et l'activité économique des femmes. Le statut matrimonial n'est pas un facteur déterminant l'utilisation des contraceptifs modernes. L'étude a également révélé que le lieu de résidence n'a pas d'impact significatif sur l'utilisation des contraceptifs modernes.

Les résultats de cette étude contredisent l'enquête démographique et de santé de 2015 au Tchad, qui montrait que la prévalence contraceptive est 7 fois plus élevée en milieu urbain qu'en milieu rural. L'étude a également révélé que l'existence d'une activité économique chez les femmes avait un lien significatif avec l'utilisation moderne de la contraception.

L'étude met également en évidence les facteurs culturels qui affectent l'accessibilité des Moussey aux services de contraception modernes. Les travaux de la sociologue Arlette Gautier sur les droits des femmes sont également pertinents.

Le droit de reproduction est fondé sur le droit fondamental des couples et des individus de décider librement et avec discernement du nombre et de l'espacement des naissances de leurs enfants et de fournir les informations nécessaires. Ce droit constitue un ensemble de règles et de dispositifs visant à garantir la liberté de tous d'accéder à la meilleure santé en matière de sexualité et de reproduction. Il inclut également le droit de prendre des décisions en matière de reproduction sans provoquer de discrimination, de coercition ou de violence, tel qu'exprimé dans les documents relatifs aux droits de l'homme.

Bien qu'ils soient parfois présentés comme une nouvelle norme internationale, les droits reproductifs ont été continuellement remis en question, y compris sur la scène internationale. Les groupes religieux contestent souvent la santé reproductive et sexuelle, tandis que les groupes néonatalistes manipulent ces droits. La première lutte pour le contrôle des naissances remonte au 19ème siècle, avec l'abolition des lois sur la contraception aux États-Unis en 1969. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) ajoute que cette disposition s'applique aux femmes et que des services de santé maternelle sont nécessaires.

Cependant, le faible accès aux services de planification familiale et de santé reproductive est considéré comme un obstacle à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de l'Objectif du développement durable d'ici 2030 (ODD2035). Les prestataires de services sont également influencés par les normes médicales d'un pays ou d'une société, comme au Sénégal, où les prestataires donnent des contraceptifs aux femmes qui risquent une nouvelle grossesse. Cela a conduit le personnel somatique à plaider pour une nouvelle règle de contrôle des femmes basée sur la santé plutôt que sur le patriarcat.

Haroun Koumakoi, Jean-Robert Mburano Rwenge, (2022) abordent les facteurs déterminant la polygamie dans la région du Tchad, en se concentrant sur les environnements urbains et ruraux. Les milieux urbains présentent des taux de polygamie plus élevés chez les hommes d'âge avancé et ceux à la recherche d'un plus grand nombre d'enfants, tandis que les milieux ruraux ont des expériences similaires pour les jeunes hommes ayant un bon niveau de scolarité et des caractéristiques communautaires non observées. La polygamie est influencée par les normes et les valeurs sociales, mais les raisons qui la sous-tendent peuvent varier d'un individu à l'autre.

De 1996 à 2015, le taux de polygamie au Tchad est passé de 25 % à 28 %. Malgré la mondialisation et les valeurs occidentales, la préférence pour la polygamie ne cesse de croître. Cela contredit la thèse de Talcott Parsons selon laquelle la modernité et la désintégration culturelle conduisent à la polygamie et à l'extension de la famille.

Les résultats ne révèlent pas tous les risques associés à la polygamie dans le contexte tchadien. Ils suggèrent également que la polygamie est plus répandue dans les sociétés où les distances sociales entre les hommes et les femmes sont grandes, ce qui conduit à une discrimination fondée sur le sexe. Dans les communautés urbaines, le risque de polygamie est plus élevé chez les personnes ayant une forte population agricole. Haroun Koumakoi, (2021).

Villeneuve-Gokalp, (1990), analyse les transformations récentes du comportement conjugal liées aux contraceptifs modernes et aux processus matrimoniaux. Les femmes qui ont suivi des études supérieures ont été les premières à rejeter le mariage, mais celles qui n'avaient pas accès à la contraception étaient depuis longtemps attachées au mariage. Les techniques contraceptives modernes ont permis de cohabiter, mais la période d'émergence de cette nouvelle forme d'union conjugale reste inconnue.

Des études sur la diffusion de la contraception suggèrent que les pratiques religieuses sont l'un des outils les plus puissants pour le changement. Villeneuve-Gokalp soutient l'hypothèse selon laquelle la contraception aurait permis aux mariages consentis de se répandre rapidement et de devenir durables. Sans contraceptifs médicaux, le mariage et l'initiation à la vie conjugale auraient perdu leur nécessité, mais la cohabitation serait une étape temporaire avant le mariage. Villeneuve-Gokalp, (1990)

Les méthodes contraceptives endogènesau Tchad sont plurielles et varient selon les cultures. Akam Evina et Kishimba Ngo soutiennent l'existence de diverses méthodes contraceptives en Afrique, mais certaines méthodes contraceptives modernes semblent inadaptées à certaines cultures et nécessitent des modifications dans leurs comportements. La modernisation et les programmes de planification familiale ont conduit à de nouvelles méthodes contraceptives qui remettent en question les habitudes traditionnelles des femmes.

André Laplante et Bourama Soumaro, (2001) explorent les pratiques contraceptives traditionnelles à Bamako. Ils soutiennent que la biologie occidentale peut interpréter différemment les pratiques traditionnelles, car les femmes qui souhaitent éviter une grossesse s'abstiennent de l'ovulation à la fin des règles. L'utilisation de méthodes contraceptives soulève des questions sur l'inégalité entre les sexes, car dans de nombreuses cultures tchadiennes, la responsabilité de la grossesse incombe aux femmes.

Sosa-Sanchez, (2010), Les inégalités sociales et la santé sexuelle et reproductive au Mexique: entre la médicalisation et l'exclusion sociale). L'article met en évidence l'impact des inégalités sociales sur la santé reproductive au Mexique, faisant référence à la violence institutionnelle et à la violence structurelle dans le secteur de la santé reproductive. Malgré le succès des programmes de planification familiale au Mexique, des études montrent que la santé des femmes et la liberté reproductive sont encore au deuxième niveau, en particulier parmi les femmes les plus vulnérables socialement. Cela inclut l'infraction à la contraception et la stérilisation, qui sont considérées comme des violations des droits des femmes. Des pratiques de maltraitance, telles que les réprimandes et les menaces à l'encontre de femmes qui n'appartiennent pas au corps médical, sont également documentées. Le racisme se manifeste également en milieu hospitalier par des traitements différenciés et des agressions verbales à l'encontre des femmes autochtones ou pauvres. Sosa-Sanchez, (2010).

Les efforts de régulation de la croissance démographique se concentrent parmi les femmes les plus défavorisées, où le taux de natalité est plus élevé. L'étude a utilisé une méthodologie qualitative et une épistémologie constructiviste pour découvrir les problèmes sociaux au centre de chaque récit individuel. Les difficultés décrites dans le texte concernent l'absence d'hommes dans les services de santé génésique, mais la reproduction inclut les deux sexes.L'étude révèle également comment les services de santé reproductive légitiment et reproduisent les inégalités entre les sexes dans l'organisation et la fourniture des services, ainsi que la disponibilité du personnel de santé et son évaluation différentielle des méthodes contraceptives. Sosa-Sanchez, (2010).

Cette étude révèle que les droits sexuels et reproductifs des femmes ne sont pas toujours pris en compte dans le contexte des services de santé reproductive au Mexique. Bien que la prévalence de la stérilisation forcée et des méthodes contraceptives explicites ait diminué, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de pratiques restrictives et de contextes autoritaires qui conditionnent les décisions en matière de reproduction. Des conditions objectives telles que le manque de ressources humaines, la saturation de l'emploi, les conditions de travaux restreints et les qualifications insuffisantes du personnel médical peuvent conduire à de graves violations des droits sexuels et reproductifs des femmes.

Les raisons de la non-utilisation des contraceptifs modernes comprennent des facteurs culturels, religieux, économiques et éducatifs. Les croyances religieuses ou culturelles, le manque d'accès aux services de santé reproductive, la peur des effets secondaires, le manque d'information ou de formation et les pressions sociales ou familiales peuvent tous contribuer à la non-utilisation des contraceptifs modernes.

Une étude réalisée en 2015 par Abel Mukengeshayi Ntambue, Rachel Ngalula Tshiala a examiné la prévalence des contraceptifs modernes et les obstacles liés à leur utilisation chez les couples de la zone de Santé Dibindi, Mbuji-Mayi, République démocratique du Congo. Les résultats ont montré que de nombreuses femmes refusaient d'utiliser les contraceptifs modernes malgré les informations qu'ils fournissaient. Les facteurs qui contribuent à la non-utilisation des contraceptifs modernes comprennent le désir de maternité, l'interdiction religieuse, l'opposition des partenaires, la peur des effets secondaires et l'ignorance des avantages de la planification familiale. En 2015, la prévalence des contraceptifs modernes était de 18,4 % dans la région.Abel Mukengeshayi Ntambue et al., (2015).

Cette étude révèle que les accouchements prématurés, tardifs, nombreux et prématurés sont responsables de plus de 70 % des décès maternels dans les pays à faible revenu. Il existe une corrélation inverse entre la mortalité maternelle et la prévalence contraceptive (CP), une prévalence contraceptive plus élevée entraînant une baisse des taux de mortalité maternelle. Si 60 % des femmes en âge de procréer utilisent des méthodes contraceptives modernes (MCDE), les taux de mortalité maternelle et d'avortement non médical seront nettement inférieurs. La pauvreté est également corrélée à la prévalence de la contraception dans un pays. Cependant, la majorité des pays à faible revenu sont susceptibles d'être pauvres, ce qui entraîne des coûts importants pour les familles nombreuses. Les mesures visant à renforcer l'utilisation de la contraception dans un pays peuvent également améliorer le statut socio-économique des ménages. La contraception moderne permet aux femmes de travailler professionnellement, de contribuer au développement économique de la famille et d'assurer la santé mentale en évitant le stress des grossesses non désirées, en réduisant les dépenses liées aux maladies et en répondant aux besoins de la famille grâce à des économies économiques. En revanche, dans les pays à revenu élevé, plus de 70 % des femmes ont accès à des méthodes contraceptives modernes.Abel Mukengeshayi Ntambue et al., (2015).

Judith HOTTOIS, Catherine JUNG, (2011) ont cherché à la connaissance inégalitaire selon le sexe sur les contraceptifs modernes. La technique adoptée a été la démarche qualitative, et les informations des hommes sur la contraception restent superficielles ou floues. Les hommes ne sont pas en place à une grossesse non désirée, et le préservatif n'aide pas les hommes à dissocier la contraception de la sexualité.

Pranitha Maharaj et John Cleland, (2005) ont également mené des études en Afrique du Sud sur la perception des risques des préservatifs chez les couples mariés. Il est observé que la plupart des efforts de prévention du VIH se concentrent sur le comportement sexuel, prénuptial et extraconjugal. Mais dans les zones à forte prévalence du VIH, les besoins de protection des couples mariés et cohabitants sont aussi importants et souvent non satisfaits. L'utilisation des préservatifs par les couples est généralement faible, avec une résistance de la part des hommes et les normes culturelles comme obstacles à une utilisation accrue.

La croyance commune selon laquelle les hommes sont résistants à l'utilisation du préservatif dans le cadre de relations stables est certaine. Les programmes de prévention du VIH doivent répondre aux besoins de santé reproductive des couples.

L'étude de Hounton, Carabin et Henderson (2005) au Bénin révèle que l'épidémie de VIH/sida est la plus dramatique de l'histoire, causant plus de 3 millions de morts en deux décennies. L'Afrique subsaharienne est fortement touchée, représentant près de 70 % de tous les cas. Malgré les campagnes de sensibilisation et les mesures de prévention, la prévalence des contaminations et des décès liés à la maladie reste faible, notamment en milieu rural. L'étude souligne la nécessité de mieux comprendre les obstacles à l'utilisation des mesures préventives en milieu rural.

Une étude menée au Bénin, en Afrique de l'Ouest, a identifié les obstacles à l'utilisation des préservatifs pour la prévention du VIH/SIDA en se basant sur le modèle du préservatif. Malgré une connaissance satisfaisante de la transmission du VIH/SIDA au Bénin, les participants courent toujours un risque élevé de contracter l'infection. Seulement 36,8 % des hommes et 47,5 % des femmes utilisent des préservatifs, l'absence d'utilisation étant liée à l'efficacité perçue et à la qualité. L'étude a conclu que les stratégies basées sur une augmentation du risque perçu, de la gravité perçue ou d'une connaissance adéquate du VIH/SIDA peuvent ne pas être suffisantes pour encourager l'utilisation de la contraception. Les données collectées seront utiles pour concevoir et améliorer les programmes de prévention du VIH/SIDA en Afrique subsaharienne.

En 2001, Christine Tremblay a enquêté sur la représentation des techniques modernes de contraception au Québec. Elle a constaté un véritable déficit de connaissances et la présence de nombreux préservatifs incorrects qui servent de bases à la prise de décision. L'utilisation appropriée de la contraception et son utilisation sont complexes pour les jeunes adolescents, influencées par leur pensée immature et les attitudes et valeurs sociales déterminantes. Ces résultats soulignent la nécessité d'améliorer la sensibilisation et les stratégies de prévention du VIH/SIDA en Afrique subsaharienne.Christine Tremblay, (2001).

4. Les savoirs endogènes des populations tchadiennes en matière de santé sexuelle et reproductive

Les connaissances endogénétiques se réfèrent aux savoirs et pratiques traditionnels développés par une communauté ou un groupe spécifique au fil du temps, souvent transmis de génération en génération et adaptés aux réalités locales. Ces connaissances incluent la médecine traditionnelle, l'agriculture, l'artisanat, la spiritualité et la gestion des ressources naturelles. Ils sont souvent ancrés dans la culture et la tradition d'une communauté et sont essentiels à sa survie et à son évolution.

Les connaissances endogénétiques sont souvent intégrées dans les programmes de santé sexuelle et reproductive dans la région du Tchad pour mieux comprendre les besoins et les préférences des populations locales et adapter les interventions en conséquence. Les initiatives de santé doivent également respecter la diversité culturelle et les traditions pour encourager l'acceptation et l'adoption des services de santé par la population.

Des auteurs comme Aïssa Diarra, Brahima Diallo et Zakaria Amar,(2023) soulignent les trois barrières structurelles à l'accès et à l'utilisation des services de santé sexuelle et reproductive pour les femmes, les mères et les adolescents au Sahel : les lacunes dans la mise en oeuvre des programmes de santé, les idéologies de référence, et les crises sanitaires, migratoires, sécuritaires et économiques. Malgré ces obstacles, des solutions endogènes existent sur le terrain et peuvent contribuer à améliorer les services de santé sexuelle et reproductive au Sahel. Cet article examine les solutions endogénétiques développées par les acteurs impliqués dans les programmes de santé et les points de prestation de services au Mali, au Niger et en Mauritanie en utilisant une méthodologie qualitative.

De nombreuses politiques de santé publique sont conçues et mises en oeuvre dans le monde entier, souvent sous forme de modèles standardisés. Ces "modèles de voyageurs" sont basés sur une expertise technique et sociale, négligeant souvent les réalités locales et les structures socio-culturelles et économiques. Ce sont principalement des visions de la bonne gouvernance centrée sur l'Occident, qui fonctionneraient en tout lieu donné, tant que les caractéristiques communes des pays en développement suffisent à justifier une telle approche.

En Afrique, les femmes courent un risque de 12 décès pendant la grossesse ou une chance de 4 % de mourir dans les pays riches. L'Afrique représente 29 % de tous les avortements et 62 % des décès qui leur sont attribuables. La principale raison de ces risques est la difficulté pour les adolescents d'accéder aux contraceptifs pour éviter les grossesses non désirées.

La « solution endogénétique » est une stratégie développée et mise en oeuvre par des acteurs locaux pour résoudre les problèmes qui empêchent l'accès à des services de santé de qualité. Le phénomène de la "peur de la pilule", qui s'est répandu depuis la fin des années 1960, conduit généralement à une diminution de la consommation de contraceptifs oraux et à une augmentation des interruptions volontaires de grossesse. (IVG). En France, la crise de la "peur de la pilule" montre une diminution des pratiques contraceptives, avec des femmes âgées de 15 à 49 ans utilisant celle-ci à 50 % contre 41 % entre 2010 et 2013. Cette tendance se poursuit avec une diminution significative de 3,1 % entre 2013 et 2016.

L'échec de la contraception hormonale masculine est largement lié aux représentations dominantes de la sexualité et du contrôle de la fertilité, avec des effets secondaires graves pour les femmes par rapport aux risques de grossesse, tandis que pour les hommes, ils sont comparés à l'absence de contraception.

L'étude d'Aghste Bahi (2008) examine l'acceptation de la méthode contraceptive féminine à l'Université de Cocody-Abidjan (Côte d'Ivoire) et son impact sur les attitudes des femmes françaises. L'étude se concentre sur les raisons pour lesquelles les étudiants acceptent ou rejettent la méthode contraceptive, en mettant l'accent sur les conceptions de la sexualité et les dynamiques de pouvoir qui peuvent influencer l'adoption et l'utilisation de la méthode.

L'étude révèle que les étudiants français sont moins informés sur la contraception que leurs homologues italiens, les hommes étant principalement ignorants du mode de contraception. L'étude montre également que les étudiants français sont moins enclins à avoir des relations sexuelles avec des hommes, car cela réduit leur plaisir sexuel.

L'étude révèle également que les femmes françaises expriment des réactions négatives à l'égard de la méthode contraceptive féminine, y compris des attitudes négatives à son égard. Ils croient que c'est trop grand, vulgaire et peu esthétique, et craignent de le voir. La méthode contraceptive masculine est perçue comme plus petite, belle et pratique, tandis que les étudiantes la trouvent moins agréable.

Malgré le risque perçu de contamination, les femmes françaises semblent réticentes à adopter la méthode contraceptive. L'étude souligne la nécessité d'une plus grande sensibilisation et éducation sur les méthodes de contraception dans la région.

5. La problématique de la limitation des naissances au sein des populations tchadiennes

La question de la limitation des naissances au sein de populations africaines est un sujet complexe et multidimensionnel qui a suscité l'intérêt de nombreux chercheurs dans le domaine des sciences humaines et sociales. Cette problématique soulève des questions démographiques, sociologiques, économiques, culturelles et politiques qui nécessitent une approche de la science de culture8(*) pour être pleinement comprise.

La compréhension de la problématique de limitation des naissances au Tchad, nécessite la prise en compte du contexte culturel et social.

Selon le Deuxième Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPHT2) le taux d'accroissement annuel moyen intercensitaire est évalué à 3,6%. Le Tchad fait partie de l'un des pays d'Afrique subsaharienne avec une croissance démographique rapide. Cette croissance rapide de la population tchadienne a un impact significatif sur les défis liés à la planification familiale et à la limitation des naissances.

Plusieurs facteurs influencent la décision des familles tchadiennes de limiter leurs naissances. Parmi ces facteurs, on peut citer les normes culturelles et religieuses, l'accès aux services de santé reproductive, l'éducation des femmes, les conditions socio-économiques, les pressions démographiques et environnementales, ainsi que les politiques publiques en matière de planification familiale.

Des études ont été menées pour analyser la problématique de la limitation des naissances au Tchad. Ces recherches abordent divers aspects tels que les motivations individuelles pour limiter les naissances, les obstacles à l'utilisation des méthodes contraceptives, l'impact socio-économique de la fécondité élevée, les interventions gouvernementales en matière de planification familiale, et les dynamiques familiales et communautés liées à la fécondité.

Ces travaux scientifiques sur ce sujet mettent en lumière l'importance d'une approche holistique qui prend en considération les dimensions culturelles, sociales, économiques et politiques dans la promotion de la planification familiale au Tchad. Ces études soulignent également l'urgence d'améliorer l'accès aux services de santé reproductive, de renforcer l'éducation sexuelle et reproductive, d'impliquer les communautés locales dans les programmes de sensibilisation et d'adapter les politiques publiques aux besoins spécifiques du contexte tchadien.

Nous mettons l'accent sur l'article de Nerade Giscard, (2015) : « La planification familiale au Tchad : les déterminants de sa pratique à partir de la population ngambaye de Ngourkosso ». Paris l'harmatan

Pour lui, la planification familiale a été une grande réponse à la croissance démographique, et a également contribué à l'amélioration des conditions de santé de la mère et de l'enfant. Elle a été perçue de différentes manières en fonction des niveaux d'éducation, des conditions socioéconomiques, des politiques des pays, etc. Au Tchad, en dépit des actions menées, la prévalence contraceptive est de 2,8 % et reste parmi les plus faibles au monde. Il ressort de son analyse que des problèmes d'ordre juridique, religieux, institutionnel, socioéconomique et politique favorisent très peu l'utilisation de la planification familiale moderne au Tchad. In fine, il est noté une relation d'interdépendance indissociable qui existe entre ces facteurs qui déterminent l'utilisation de la planification familiale.

II- PRÉSENTATION DES THÉORIES EXPLICATIVES

Toute recherche qui ambitionne de se hisser à un niveau scientifique doit être menée dans un cadre théorique explicite. Ce cadre théorique permet en effet de préciser le sens donné aux concepts manipulés. Il assure une lisibilité du texte tout en permettant une articulation entre les différentes parties, de manière à faire du travail un ensemble cohérent, permettant ainsi une interprétation pertinente des données recueillies. C'est une des conditions à remplir pour partager les résultats avec la communauté scientifique. (Popper, 1973).

Ainsi les théories explicatives l'interactionnisme symbolique et l'ethnométhodologie nous ont permis de préciser l'objet de notre recherche, et de justifier notre démarche méthodologique.

Ces théories nous ont permis de bien camper notre recherche dans le champ de l'anthropologie interprétative de la santé.

1. L'interactionnisme symbolique

Tout d'abord, l'interactionnisme symbolique met l'accent sur la construction sociale de la réalité à travers des interactions sociales. Dans le contexte de la contraception, cela signifie que la perception et la représentation des méthodes contraceptives ne sont pas des entités figées, mais sont construites par les individus à travers leurs interactions quotidiennes.

En mettant l'accent sur comment les symboles, tels que les mots, les gestes et les comportements, sont interprétés, nous pouvons saisir comment les méthodes contraceptives sont perçues et représentées au sein du peuple Moussey.

1.1. La justification du choix de la théorie interactionniste

Le choix de l'interactionnisme symbolique comme cadre théorique pour étudier la perception et la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey est justifié par plusieurs raisons. La première raison est seule de son approche qui met l'accent sur les échanges sociaux entre les individus au sein d'un groupe ou d'une société, la seconde raison est la ressemblance de notre thème à l'image de ladite théorie.

1.2. La présentation concise de la théorie

L'interactionnisme symbolique est une perspective de compréhension de la société qui s'intéresse à la manière dont les êtres humains créent et interprètent des symboles pour donner un sens à leur environnement social et comment ils créent des significations partagées à travers leurs interactions quotidiennes. Selon cette approche, la signification des choses n'est pas donnée a priori, mais émerge de l'interaction entre les individus.

L'interactionnisme symbolique est un courant qui s'est développé dans le champ de la sociologie pour comprendre la société du point de vue de l'interaction des individus. Le concept d'interactionnisme symbolique désigne l'unité minimale des échanges sociaux ou situation ouchacun de membre d'un groupe joue, agit, se comporte en fonction de l'autre. L'interaction est ainsi une microstructure non préétablie mais formée à l'instant T de l'interface et donc le présupposée est donc le partages des significations dans les situations particulières. Blumer Hubert est le fondateur de cette théorie et a forgé le terme d'interactionnisme symbolique pour souligner ses deux principaux principes de base : premièrement, la société est un réseau d'interactions entre les individus ; deuxièmement, les individus agissent sur les choses en fonction des significations qu'ils leur donnent et ils utilisent ces significations, ces symboles dans leurs interactions, ou plus exactement, ces symboles sont produits par l'interaction. Ainsi, les structures sanitaires qui offrent les contraceptions modernes et la culture sont vues comme le produit des interactions.

En outre pour cette théorie, On essaie d'y comprendre les motivations des actions des acteurs en mettant l'accent sur les explications. Ce courant s'inscrit dans une approche qualitative pour laquelle l'observation directe est prioritaire. Cependant, Nous avons porté notre choix sur cette théorie parce que notre thème reflet à son image. En plus, quand nous lisons notre thème les perceptions et les représentations des méthodes contraceptives modernes au Tchad : le cas du peuple Moussey nous pouvons recourir à cette théorie interactionniste symbolique et de la théorie de l'ethnométhodologie pour mener à bien notre recherche. C'est le lieu pour nous de présenter les grands axes de chacune de ces théories à l'avantage de notre présent thème.

L'approche l'interactionniste symbolique se voulait aussi comme étant différente du fonctionnalisme et de l'approche quantitative, elle est née dans le champ de la sociologie américaine plus anciennement au sein de l'école de Chicago et plus récemment du model théâtrale d'Erving Goffman. Pour les partisans de cette théorie, l'apprentissage des symboles à lieu lors de la socialisation « Le monde social est constamment créé et recréé par les interactions à travers des interprétations mutuelles suscitant un ajustement des acteurs les uns par rapport aux autres » Le Breton, (2012).

De plus, nous nous sommes inspirés des principes fondateurs de la démarche interactionniste pour conduire notre recherche. Selon H. Blumer (1937), les humains agissent à l'égard des choses en fonction du sens que les choses ont pour eux. Ce sens provient des interactions de chacun avec autrui. C'est dans un processus d'interprétation mis en oeuvre par chacun dans le traitement des objets rencontrés que ce sens est manipulé ou modifié H. Blumer (1937) cité par Mbonji Edenguèlè (2005) : l'ethno-perspective ou la méthode du discours de l'ethno-anthropologie culturelle Presse universitaire de Yaoundé page 23. Les chefs de file de cette théorie se sont intéressés beaucoup plus à l'analyse des hôpitaux. Ceux-ci considèrent les représentations comme un autre fondement de l'interactionnisme. E. Goffman, (1961) a étudié les interactions entre malades et personnels soignants dans un asile. Il en ressort que les handicapés développent des adaptations secondaires pour échapper aux normes préétablies en tissant des relations entre eux. Il définit en fin l'interaction comme étant « l'influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu'ils sont en présence physique immédiate ».

L'interactionnisme symbolique met également l'accent sur le rôle de la communication dans la construction de la réalité sociale, ainsi que sur la façon concepts tels que le soi et l'identité sont façonnés par les interactions sociales.

L'interactionnisme symbolique est une théorie sociologique et anthropologique qui se concentre sur l'étude de la manière dont les individus créent et interprètent des symboles pour développer leur réalité sociale. En anthropologie, cette théorie est connue sous le nom d'anthropologie interactionniste symbolique ou d'anthropologie symbolique. Elle est apparue comme une perspective théorique importante au milieu du XXe siècle, principalement grâce aux travaux de chercheurs tels qu'Erving Goffman, Victor Turner et Clifford Geertz.

1.3. La présentation des éléments clés de la théorie que nous avons mobilisée

- Symboles : au coeur de l'interactionnisme symbolique se trouve le concept de symboles. Les symboles sont des objets, des gestes, des mots ou des images qui portent des significations partagées au sein d'une culture ou d'une société particulière. Ces symboles sont utilisés par les individus pour communiquer entre eux et construire leur réalité sociale.

- Signification : les interactionnistes symboliques soulignent l'importance du sens dans le comportement humain. Ils soutiennent que les individus agissent en fonction des significations qu'ils attribuent aux objets, aux événements et aux interactions. Ces significations ne sont pas inhérentes mais sont socialement construites à travers la communication et l'interaction avec les autres.

- Interaction : un autre concept clé est l'interaction, qui fait référence au processus par lequel les individus s'engagent les uns avec les autres dans des situations sociales. Les interactionnistes symboliques se concentrent sur la manière dont ces interactions façonnent les identités, les rôles et les relations individuelles au sein de la société.

- Soi et société : l'interactionnisme symbolique met en évidence l'interdépendance entre soi et la société. Selon cette perspective, les individus développent une estime de soi grâce à leurs interactions avec les autres et en internalisant les normes, valeurs et attentes de la société.

- Théorie des rôles : La théorie des rôles est au coeur de l'interactionnisme symbolique. Cela suggère que les individus jouent divers rôles dans différents contextes sociaux, et que ces rôles sont définis par les attentes et les normes sociétales. Les individus négocient activement ces rôles grâce à leurs interactions avec les autres. Mbonji Edjenguèlé (2005)

1.4. L'opérationnalisation de ladite théorie

L'anthropologie interactionniste symbolique utilise des méthodes de recherche qualitatives telles que l'observation participante, les entretiens et les études ethnographiques pour comprendre comment les individus utilisent des symboles pour construire un sens dans leurs interactions sociales. Les chercheurs s'immergent dans le contexte culturel qu'ils étudient pour mieux comprendre comment les symboles façonnent la vie sociale.

L'anthropologie interactionniste symbolique a été appliquée dans diverses études anthropologiques dans différentes cultures et sociétés. Les chercheurs utilisent ce cadre théorique pour explorer des sujets tels que les rituels, la langue, la formation de l'identité, les systèmes de parenté, les dynamiques de pouvoir et les inégalités sociales d'un point de vue symbolique.

En conclusion, l'anthropologie interactionniste symbolique offre une perspective précieuse à travers laquelle les anthropologues peuvent analyser la manière dont les individus créent du sens à travers des symboles et des interactions au sein de leurs mondes sociaux.

2. L'ethnométhodologie

2.1. La justification du choix de la théorie de l'ethnométhodologie

L'ethnométhodologie se concentre sur l'étude des méthodes utilisées par les individus pour interpréter et comprendre la réalité sociale. Dans le cadre de cette étude, cela signifie que nous nous sommes intéressés aux pratiques et aux interactions quotidiennes des membres de la communauté Moussey pour comprendre comment ils donnent du sens à la contraception. L'analyse des interactions entre les membres de la communauté, ainsi qu'avec les professionnels de la santé ou les représentants d'organisations, peut nous aider à saisir comment la contraception est perçue et représentée dans leur contexte socioculturel spécifique.

En utilisant ces deux cadres théoriques de manière combinée, nous espérons obtenir une perspective plus complète et approfondie de la perception et de la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey. Ces approches nous ont permis de comprendre comment les individus construisent et interprètent la contraception dans leur réalité socioculturelle spécifique, en tenant compte à la fois des symboles et des pratiques quotidiennes. Ces théories nous ont donné évidemment une meilleure compréhension des facteurs socioculturels qui influencent l'utilisation des méthodes contraceptives au sein de la société Moussey.

2.2. La présentation concise de la théorie

L'ethnométhodologie pour sa part nous a permis de mettre en relief les « ethnométhodes » du peuple Moussey. Les peuples Moussey ont connaissances spécifiques aux techniques de prévention des maladies et à l'espacement des naissances sans dépendre des contraceptifs modernes. Les ethno méthodes sont des us et coutumes sociales intériorisés par les acteurs (Schutz A. ibib.). Cette théorie porte sur les méthodes des acteurs sociaux. Pour agir, ces derniers mettent sur pied des stratégies qui sont tributaires de leurs représentations et de leur savoir culturel. L'ethnométhodologie fait alors partie de la sociologie compréhensive en ceci qu'elle cherche à montrer pourquoi l'individu X va à droite plutôt que d'aller à gauche. Garfinkel H. déclare à ce sujet : « Ethno semble faire allusion au savoir quotidien de la société en tant que connaissance de tout ce qui est à la disposition d'un membre ». (1985. p.46).

L'ethnométhodologie est une approche sociologique qui étudie la manière dont les individus interagissent et construisent du sens dans leur quotidien. Elle a été développée par Harold Garfinkel dans les années 1960 et se distingue des approches traditionnelles de la sociologie en mettant l'accent sur les méthodes utilisées par les individus pour produire et interpréter du sens dans leurs interactions sociales.

L'ethnométhodologie considère que les individus sont des acteurs sociaux actifs qui utilisent des méthodes et des techniques spécifiques pour naviguer dans le monde social. Elle s'intéresse donc à l'étude des "méthodes du sens commun" que les individus emploient pour interpréter les situations sociales, prendre des décisions et agir de manière appropriée dans un contexte donné.

Cette approche met en lumière le caractère ordinaire et routinier des interactions sociales et cherche à dévoiler les processus par lesquels les individus créent et maintiennent un ordre social cohérent. Elle met également en avant l'importance de la subjectivité et de l'interprétation dans la construction du sens social.

Pour votre mémoire, vous pourriez explorer comment l'ethnométhodologie peut être appliquée à l'étude d'un phénomène social spécifique, en analysant les méthodes employées par les individus pour interagir, négocier et construire du sens dans ce contexte particulier. Vous pourriez également vous pencher sur les implications de cette approche pour la compréhension des interactions sociales et pour la recherche sociologique en général.

2.3. La présentation des éléments clés de la théorie que nous avions mobilisée

Pour étudier la perception et la représentation des méthodes contraceptives à travers le prisme de l'ethnométhodologie, nous avons pris en compte quelques éléments clés de la théorie ethnométhodologie pour élucider notre étude.

- Analyse des interactions sociales : L'ethnométhodologie s'intéresse principalement aux interactions sociales quotidiennes et à la manière dont les individus naviguent dans ces interactions en utilisant des méthodes et des pratiques spécifiques. En étudiant comment les le peuple Moussey discutent, prennent des décisions et agissent concernant les méthodes contraceptives, nous avions mis en lumière les processus par lesquels les normes, les croyances et les connaissances sont construites et partagées.

- Prise en compte du sens commun : l'ethnométhodologie met l'accent sur le sens commun, c'est-à-dire les connaissances tacites et les conventions partagées qui guident les actions des individus. En étudiant la perception des méthodes contraceptives, il était important pour nous de prendre en compte les croyances, les attitudes et les représentations sociales des peuples Moussey qui influent sur les décisions individuelles en matière de contraception.

- Exploration des processus de construction sociale de la réalité : l'ethnométhodologie souligne que la réalité sociale est activement construite par les individus à travers leurs interactions quotidiennes. En analysant comment les méthodes contraceptives sont perçues, choisies et utilisées, nous avons pu également mettre en lumière les processus par lesquels les individus construisent et négocient leur propre réalité sociale en matière de contraception.

- Approche qualitative et microsocio-Anthropologique : l'ethnométhodologie se concentre sur une analyse détaillée des interactions sociales, culturelles et des pratiques ordinaires des individus. Pour étudier la perception et la représentation des méthodes contraceptives, nous avons envisagé des méthodes de recherche qualitative telles que les entretiens, l'observation directe et l'analyse de documents pour recueillir des données riches et contextualisées.

En combinant ces éléments clés de l'ethnométhodologie avec une analyse spécifique de la perception et de la représentation des méthodes contraceptives modernes dans le contexte Moussey, cela nous a permis de déconstruire les réalités sociales et culturelles.

2.4. L'opérationnalisation de ladite théorie

L'opérationnalisation de la théorie ethnométhodologie pour l'étude des méthodes contraceptives implique de traduire les concepts et principes clés de cette approche socio-Anthologique en méthodes de recherche spécifiques pour examiner la perception et l'utilisation des contraceptifs dans les interactions sociales quotidiennes.

Observation des interactions sociales : la théorie de l'ethnométhodologie nous permis de construire notre méthode par des techniques d'observation directe pour étudier comment les individus discutent de la contraception, prennent des décisions concernant son utilisation et interagissent autour de ce sujet dans leur quotidien. Nous nous sommes intéressés des schémas d'interaction, les rôles sociaux et les normes qui émergent lors de ces échanges.

En plus, le choix de cette théorie nous a conditionné d'utiliser les outils de la recherche qualitative tel que : les entretiens semi-structurés, les récits de vie, les focus groupe discussion, avec les populations locales pour explorer en profondeur leurs perceptions, croyances et expériences en matière de méthodes contraceptives. Nous avons utilisé les questions ouvertes pour permettre aux participants d'exprimer leurs points de vue de manière authentique et révélatrice.

En outre le choix de la théorie ethnométhodologie nous a poussé à orienter l'analyse de nos données transcrites vers l'analyse de discours pour examiner comment les discussions sur la contraception sont construites et interprétées dans les interactions sociales. A travers l'analyse de discours nous avons pu identifiez les motifs de langage, les cadres interprétatifs et les significations partagées qui émergent lors de ces échanges.

La mise en application de la théorie ethnométhodologie nous a permis de recueillir des données riches et détaillées sur la perception et la représentation des méthodes contraceptives modernes dans les interactions sociales quotidiennes de peuple Moussey.

III- CADRE CONCEPTUEL

Selon qu'on le nomme carte conceptuelle Novak & Gowin, (1984), le cadre conceptuel ou diagramme interprétatif Strauss, (1995), est un outil pour développer une théorie dans le but de la rendre plus explicite. Il renvoie à : « une manière d'exprimer ce que nous pensons de ce qui se passe avec les phénomènes que nous étudions. Le cadre conceptuel est un essai de théorisation de ce qui se produit et des raisons pour lesquelles cela se produit » Maxwell, (2009). Le cadre conceptuel comme la théorie qu'elle représente, est une image du territoire que nous voulons étudier et non de l'étude elle-même. Il s'agit pour ainsi dire d'une visualisation de notre théorisation en cours, une image de ce que nous pensons à propos du phénomène que nous étudions. Un cadre conceptuel se compose de deux éléments notamment les concepts et les relations entre ceux-ci, usuellement représentés, respectivement par des cercles et des flèches les reliant Maxwell, (2009) p.56.

1. Culture

La culture peut d'abord se comprendre comme ce qui s'oppose à la nature. Elle est ce qui s'oppose à la nature. L'homme a en lui : l'héritage biologique qui se fait indépendamment de l'homme et l'héritage culturel qui signifie une activité d'apprentissage. La culture englobe les arts et les lettres, les modes de vies, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. Ralph Linton, (1945)

La culture joue un rôle prépondérant dans la façon dont les individus perçoivent et parlent des méthodes contraceptives. La culture influence les croyances et les taboues autour de la sexualité et de la reproduction, ainsi que les attitudes envers la contraception. Elle façonne les normes sociales et les attentes en matière de fécondité et de planification familiale.

2. Fécondité

La fécondité est l'attitude de l'être vivant à se reproduire. Les méthodes contraceptives modernes sont perçues par la population Moussey de manière différente en termes de leur impact sur la fécondité. Les femmes qui utilisent des contraceptifs modernes sont stigmatisées et marginalisées au sein de la communauté en raison de leur choix de contrôler de la fécondité.

Le concept de fécondité joue un rôle central dans la compréhension des perceptions et représentations des méthodes contraceptives modernes au sein de la communauté Moussey. En explorant ce concept, nous étions en aptes de mieux comprendre les dynamiques culturelles et sociétales qui influencent les choix en matière des contraceptions modernes et de la santé reproductive au Tchad.

3. Procréation

Le concept de « Procréation Médicalement Assistée » (PMA) fait référence aux techniques médicales utilisées pour aider les couples infertiles à avoir un enfant. La PMA implique la manipulation d'un ovule et/ou de spermatozoïdes pour favoriser la grossesse, permettant ainsi aux couples de surmonter certaines difficultés de conception sans nécessairement aborder la cause de l'infertilité. Ce domaine de la médecine soulève des questions complexes sur les normes culturelles et sociales liées à la reproduction ainsi que sur les implications éthiques et morales de l'utilisation des technologies médicales pour la conception.

Certains anthropologues soutiennent que la PMA peut remettre en question les normes culturelles traditionnelles liées à la famille, à la parentalité et à la reproduction. Par exemple, dans certaines cultures, la stérilisation est perçue comme une punition divine, entraînant une stigmatisation et une discrimination sociale pour les couples ayant des difficultés de conception.

Dans le contexte tchadien, le concept de procréation est considéré comme un aspect crucial de leur vie sociale et culturelle, influençant leur perception des méthodes contraceptives modernes. Les croyances et les normes sociales associées à la procréation influencent la manière dont les Moussey perçoivent ces méthodes.

4. Méthodes contraceptives modernes

Les méthodes contraceptives sont définies par l' Organisation mondiale de la santé comme étant « l'utilisation d'agents, de dispositifs, de méthodes ou de procédures pour diminuer la probabilité de  fécondation ou l'éviter ».

Selon l'OMS, en 2021, sur 1,9 milliard de femmes en âge de procréer (15-49 ans) dans le monde, 1,1 milliard avaient besoin de services de planification familiale ; parmi celles-ci, 874 millions utilisaient des méthodes de contraception modernes, et 164 millions n'avaient pas accès à la contraception dont elles ont besoin.

La proportion des femmes en âge de procréer qui utilisent des méthodes modernes de planification familiale est restée faible depuis l'année 2015 et 2022. Mais, cette proportion est passée de 52 % à 58 % en Afrique subsaharienne.

Au Tchad, on note par ailleurs que 2,8% des femmes en union utilisent les méthodes contraceptives s, dont seulement 1,6% pour les méthodes modernes. Ministère de la Santé publique du Tchad : « stratégie nationale pour la communication de la santé de reproduction » octobre 2012. Cette faible utilisation augmente les risques liés à la maternité et expliquent en partie les taux de morbidité et de mortalité observés.

Parlant des besoins non satisfaits au niveau tchadien en matière de planification familiale ils sont de 23%, huit fois plus importants que les besoins actuellement couverts. Si les besoins non satisfaits étaient couverts, la prévalence contraceptive pourrait atteindre 26% (demande potentielle) chez les femmes en union, c'est-à-dire 9 fois le taux actuel. MSPTchad.(2012).

Les méthodes contraceptives modernes protègent les femmes, en particulier les adolescentes, des risques que peuvent présenter les grossesses pour leur santé et, s'agissant de l'espacement des naissances, le taux de mortalité chez les enfants nés moins de deux ans après leur aîné est supérieur de 60 % à celui enregistré lorsque les naissances sont espacées de 3 ans ou plus (4), et de 10 % supérieur chez les enfants nés après un intervalle de 2 à 3 ans.

La contraception offre tout un éventail d'avantages potentiels dans d'autres domaines que la santé, qui vont de possibilités élargies d'éducation et d'autonomisation des femmes à une croissance démographique durable et au développement économique des pays.

Les différentes méthodes contraceptivesmodernes disponibles dans les structures sanitaires en pays Moussey lors de notre enquête sont notamment les pilules contraceptives orales, les implants, les contraceptifs injectables, les dispositifs intra-utérins, les préservatifs, la stérilisation masculine ou féminine, la vasectomie, la ligature des trompes et la connaissance des périodes de fertilité. Ces méthodes ont différents mécanismes d'action et leur efficacité préventive contre une grossesse non désirée varie.

5. Méthodes contraceptives endogènes

Les méthodes contraceptives dites traditionnelles sont des méthodes de contrôle des naissances qui ne nécessitent ni produits chimiques ni dispositifs médicaux. Ils sont basés sur des pratiques culturelles transmises de génération en génération et visent à prévenir la conception. Ces méthodes contraceptives endogènes en milieu Moussey incluent notamment : l'utilisation des plantes médicinales ou de remèdes naturels, des croyances culturelles et religieuses, l'abstinence périodique, le coït interrompu, l'évitement des relations sexuelles pendant l'ovulation, la surveillance des signes de fertilité. Bien qu'ils ne soient pas aussi trop connus que les méthodes contraceptives modernes, ils sont largement utilisés par la population rurale Moussey pour éviter la grossesse. Les méthodes contraceptives traditionnelles en milieu Moussey sont basées sur des techniques traditionnelles et l'utilisation des plantes et herbes médicinales telles que les caïcédras sénégalaisis, le citron, la papaye, le Jatropha, le thé et bien d'autres. Certains marabouts Moussey utilisent des grigris pour éviter la grossesse.

6. Accessibilité aux méthodes contraceptives modernes

L'accessibilité aux méthodes contraceptives modernes fait référence à la facilité avec laquelle les individus peuvent obtenir et utiliser les contraceptifs disponibles pour prévenir les grossesses non désirées. Cela inclut la disponibilité géographique des services de santé reproductive, des contraceptifs abordables, des informations et de l'éducation sur les méthodes disponibles, ainsi que l'absence de barrières culturelles ou sociales qui pourraient entraver l'accès. L'accessibilité est essentielle pour que les individus puissent planifier leur famille et prendre des décisions en matière de santé reproductive.

En plus cela nous pousse à mettre un accent particulier sur la notion du dividende démographique qui fait référence à la croissance économique potentielle, qui peut être considérée comme les changements résultants dans la structure par âge d'une population, suite à une diminution de la natalité et de la mortalité. Pendant cette phase, la fertilité diminue en raison des avancées en matière de planification familiale, tandis que la population en âge de travailler augmente et que la population dépendante diminue. Les interventions publiques dans l'éducation, l'emploi et la santé, en particulier la santé reproductive, sont nécessaires pour tirer parti de ce dividende démographique.

Au Tchad, la loi N°006/PR/2002 promouvant la santé reproductive reconnaît le droit des couples et des individus de choisir librement la taille de leur famille. La connaissance des méthodes contraceptives modernes, y compris des méthodes contraceptives culturelles, est une condition préalable à la demande de contraception. Près de 4 hommes et 3 femmes au Tchad sont informés des méthodes contraceptives, avec plus de personnes dans les zones urbaines que dans les zones rurales. De plus, la connaissance des méthodes contraceptives est plus limitée chez les personnes non instruites.

Les principaux canaux de sensibilisation au Tchad sont la radio, la télévision et les journaux, mais moins de 20 % des hommes et 34 % des femmes sont informés par ces canaux. La plupart des gens sont informés par le bouche-à-oreille ou dans les structures de santé, ce qui soulève des questions sur leur efficacité. La radio n'est pas accessible à la plupart des foyers, et la lecture de journaux n'est pas répandue dans la culture tchadienne. Le téléphone mobile et l'internet sont eux aussi très limités. Les sources d'approbation jouent également un rôle significatif dans la demande de contraception, car elles affectent la disponibilité des méthodes contraceptives. Au Tchad, les ménages s'appuient principalement sur des méthodes modernes provenant des institutions médicales publiques et des secteurs privés non médicaux tels que les boutiques, les bars et les marchés.

7. Perceptions des méthodes contraceptives modernes

La perception des méthodes contraceptives modernes pour sa part est la manière dont les individus perçoivent et évaluent les différentes formes des contraceptions disponibles dans leurs environnements. La perception des méthodes contraceptives modernes varie en fonction de nombreux facteurs tels que les croyances culturelles, religieuses, les connaissances médicales et les expériences individuelles.

Chez les Moussey, certains individus perçoivent les méthodes contraceptives modernes comme étant efficaces, pratiques et nécessaires pour contrôler leur fertilité et prévenir une grossesse non désirée. D'autres par contre ont des préjugés sur ces méthodes, ce qui les dissuadent de les utiliser.

Vue cette contradiction de compréhension sur les méthodes contraceptives modernes dans les sociétés tchadiennes en générale et dans la société Moussey en particulier, il était important pour nous lors de notre présente étude de comprendre et de prendre en compte la perception culturelle des méthodes contraceptives modernes. Car, elle peut influencer la décision d'une personne à utiliser ou non une méthode contraceptive. Une perception positive et une bonne connaissance des méthodes contraceptives peuvent encourager leur utilisation et contribuer à une planification familiale efficace et adaptée aux besoins individuels.

CONCLUSION PARTIELLE

À la fin de ce chapitre consacré à l'analyse de la littérature, comprenant le cadre théorique et conceptuel, nous avons examiné plusieurs travaux précédents qui traitent de notre sujet. De plus, nous avons utilisé la théorie interactionniste symbolique et la théorie de l'ethnométhodologie pour analyser et interpréter nos données de terrain dans le domaine de l'Anthropologie. Nous avons également identifié les motifs derrière les décisions de nos cadres théoriques. Les raisons profondes résultent de la similitude de notre objet d'étude avec ces diverses théories explicatives.

En fin, ce chapitre nous a donné l'occasion d'exposer les concepts essentiels de notre sujet de mémoire.

CHAPITRE TROISIÈME : SYSTÈME DE REPRÉSENTATIONS CULTURELLES DE LA FÉCONDITÉ, DE LA PROCRÉATION ET DE LA CONTRACEPTION CHEZ LES MOUSSEY

INTRODUCTION PARTIELLE

Dans ce troisième chapitre, nous avons examiné le coeur de notre étude consacré au système de représentations culturelles de la fécondité, de la procréation et de la contraception chez les Moussey. Pour analyser les perceptions et les représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes, il était essentiel pour nous de saisir en détail les bases culturelles qui influencent les attitudes et les comportements de la population Moussey vis-à-vis des contraceptions modernes. Les croyances, les valeurs et les pratiques traditionnelles liées à la fécondité et à la procréation chez les Moussey ont été étudiées. L'objectif de cette analyse était de mettre en évidence les facteurs culturels qui impactent la perception sur les contraceptions modernes au sein de la société Moussey.

L'étude de ces éléments nous a permis de définir le contexte de compréhension approfondie des éléments socioculturels qui influencent l'attitude des Moussey à l'égard des méthodes contraceptives modernes. Grâce à cette analyse, nous avons cherché également à mieux comprendre les difficultés et les possibilités associées à l'introduction et à l'adoption de ces méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey. Les données ethnographiques, les entretiens avec des membres de la société Moussey, les groupes de discussions sur les systèmes de représentations culturelles en matière de reproduction sont récités dans ce chapitre.

I- CONNAISSANCES GÉNÉRALES SUR LA SANTE SEXUELLE ET REPRODUCTIVE CHEZ LES MOUSSEY

Les Peuples Moussey, communément connu pour leur riche patrimoine culturel et leur mode de vie traditionnel, accordent une importance à la question de la fécondité, de la procréation et de la contraception. Ce système de représentation socioculturelle, ancré dans des croyances et des pratiques ancestrales, joue un rôle central dans la vie quotidienne de cepeuple et influence profondément leurs perceptions et leurs comportements en matière de reproduction. Il était donc essentiel pour nous de comprendre et d'explorer ces dimensions culturelles pour appréhender toute la complexité et la diversité des approches des Moussey envers la reproduction humaine.

Les Moussey, comme tout autre groupe humain, ont des besoins en matière de santé sexuelle et reproductive.Elle concerne non seulement la reproduction, mais aussi la sexualité, la prévention des infections sexuellement transmissibles et la planification familiale. Les Moussey ont souvent des pratiques et des croyances culturelles spécifiques en matière de santé sexuelle et reproductive. Notre enquêté Hinimbi affirme dans ce sens, « chez nous les Moussey, les enfants ont une valeur fondamentale surtout les enfants garçons. Celui qui a beaucoup enfanté les enfants garçons est perçu comme fort dans la société. Car, en cas de conflit, les enfants garçons luttent pour la protection de la famille ». Il est importantde noter que dans la culture Moussey, les enfants n'ont pas la même valeur sociale. Chez le peuple Moussey, avoir des garçons, est un prestige social. « C'est en classe de première que j'ai appris pour la première fois qu'il existe des méthodes permettant à une femme d'éviter une grossesse après un rapport sexuel. Selon moi, la diffusion d'informations concernant ces produits est nuisible, car elle encourage les jeunes filles à adopter des comportements sexuels inappropriés et à se diverger avant leur mariage. Néanmoins, vous comprenez qu'une jeune fille qui a été divergée avant son mariage suscite souvent des problèmes de la part de son mari et de sa belle-famille.»affirme notre enquêtée Halla âgée de 19 ans. Le Moussey accorde une valeur importante à la virginité de la fille lors de son mariage. Dans la culture Moussey, la sexualité d'une fille avant son mariage est purement sanctionnée. Les Moussey sont également confrontés à des problèmes spécifiques en matière de santé sexuelle et reproductive tel que : les mariages précoces et forcés, les violences sexuelles et le manque d'accès aux soins de santé. « Je me suis mariée à 13 ans quand je faisais la classe de sixième. Je ne connaissais pas comment on peut éviter une grossesse en utilisant les techniques modernes. En plus, j'avais peur de faire certaines choses au risque d'être corrigée par mon mari ; mon mari est trop véreux. » Affirme notre enquêté Maîmouna. Le choix de l'époux pour une fille Moussey est difficile, car dans le mariage traditionnel Moussey la fille n'a des décisions.

1. La situation actuelle de la polygynie chez les Moussey

La famille polygame est cette forme de famille où une personne a contracté le mariage avec plusieurs conjoints(es). Elle est connue sous deux formes : la polyandrie quand c'est une femme qui a plusieurs hommes comme maris et la polygynie quand c'est un homme qui a plusieurs femmes comme épouses. Dans la société Moussey, il n'existe que la dernière forme qui est la polygynie. « Qu'autrefois, la polygamie était très sollicitée et appréciée par beaucoup des femmes et hommes Moussey. Aujourd'hui avec le modernisme, certains Moussey refusent de se marier avec 10 femmes et c'est dommage. À notre époque, on disait que celui qui a une femme est la coépouse de sa femme. Car quand sa femme accouche, ou tombe gravement malade, il sera forcé de pratiquer certaines activités domestiques c'est ce qui est tabou». Affirme Sounlona père de famille et patriarche âgée plus de 90 ans. En effet, la famille polygame est reconnue dans la société traditionnelle Moussey comme utile en raison qu'elle favorise une descendance nombreuse et renforce la main d'oeuvre agricole importante. À travers elle, les familles pouvaient résoudre certains problèmes comme le manque de main-d'oeuvre familiale pour les travaux champêtres, l'infertilité d'une femme en prenant en mariage une autre épouse susceptible de procréer, etc.

Chez les Moussey, la pratique de la polygamie est largement répandue. Nous distinguons deux types de la polygynie plurielle communément appelé en Moussey « damarra » est cette forme de polygynie d'où l'homme est marié à plus de 10 femmes à plus de 100 femmes. La deuxième forme de la polygynie est la polygynie Moyenne donc, l'homme est marié entre 02 à 10 femmes. Chez le peuple Moussey notamment, les hommes ont le droit d'avoir plusieurs épouses, ce qui est accepté socialement et légalement dans certaines de leurs religions. Certains hommes Moussey choisissent de ne pas avoir plusieurs épouses pour des raisons économiques ou personnelles, tandis que d'autres continuent à pratiquer la polygynie. Cette pratique est parfois la cause des conflits familiaux et des problèmes de succession.

Il est important de noter que la polygamie chez les Moussey fait partie intégrante de leur culture et de leurs traditions, et sa pratique varie en fonction des individus et des familles. Mais, les violences physiques et psychologiques sont aussi signalées chez les enfants vivant dans les familles polygames en milieu Moussey. Cela intervient par la rivalité entre les coépouses.

Les femmes Moussey polygames souffrent aussi des sentiments de privation de l'autonomie. Le rapport entre le mariage polygyniqueet le système de filiation patriarcale entraîne non seulement de la violence sexuelle, physique et émotionnelle de la part du mari à l'endroit de ses épouses, mais conduit aussi à leur subordination. « J'ai 14 coépouses et je suis la 12èmeépouse. Pour coucher avec notre mari, nous faisons le tour. Si mon tour arrive et que je suis malade, je m'entends avec une de mes coépouses amies pour qu'elle prend mon tour et moi aussi je prends le sien. Moi je dirai que le mariage polygénique est bon du fait que si je suis malade, mes coépouses me donnent à manger et prennent soin de moi. Mais l'inconvénient cequ'il ne permet pas à nous les femmes de se réjouir de notre émotion sexuelle ». Affirme notre enquêtée Djokdé.

Du côté du mari, la diminution de l'attention qu'un homme peut offrir à ses épouses et à ses enfants est soulignée. « Les hommes qui ont beaucoup des femmes, ne prennent pas soin de leurs enfants et femmes normalement. Notre mari affirme souvent quand un de mes enfants est malade que ce n'est pas son seul fils, il s'en fout si moi la mère ne prend pas soin de mon fils. » Affirme Hallia notre enquêtée âgée de 32 ans. Les sentiments de culpabilité, d'impuissance et de honte dans certains cas, avec l'éclatement de la famille par exemple, et l'épuisement émotionnel sont observés chez les maris polygames. Certains finissent par devenir agressifs à l'endroit d'une partie de leurs épouses et de leurs enfants.

2. Les facteurs culturels qui expliquent le recours à la polygynie chez les Moussey

La polygamie a été au coeur des expressions culturelles et artistiques de l'Afrique subsaharienne au cours des dernières décennies. Alors que de nombreux écrivains et théoriciens africains dénoncent la polygamie comme une institution oppressive pour les femmes à travers des formes créatives, d'autres proposent des oeuvres qui plaident en faveur d'un positionnement plus approbateur sur la question.

Par contre, pour beaucoup des Moussey que nous avons eu àinterroger, affirment que la polygamie est en droite ligne avec les activités familiales porteuses de revenus. Beaucoup des membres de famille dans la maison permettent au père chef de famille d'empocher un pactole9(*) à la fin de l'hivernage, au moment des récoltes. « Pendant la saison pluvieuse, Papa ne part pas aux champs nous faisons tous à sa place. Il est perçu comme le fonctionnaire au village, car nous ses enfants, sommes nombreux. » Propos de l'enquêté Dayba.

En effet, la polygynie en milieu Moussey instaure une certaine concurrence au sein de la famille. Les enfants de mère différente sont a priori des adversaires. Chacun cherche à faire plus et mieux. Les femmes exercent une certaine pression sur leur enfant pour ne pas se faire insulter par la société. En réalité une femme dont l'enfant serait inutile ne fait que montrer ses insuffisances dans ses relations avec son époux. C'est ainsi que naissent la jalousie entre les coépouses Moussey. Les enfants des coépouses du ménage polygyne, dès les bas âges passent à ennemis. Ce sont ces actes qui en se multipliant créent une distance entre les épouses et époux. D'autres femmes consultentles charlatans ou les marabouts pour attirer d'avantage le regard favorable de leurs époux. Tout cela pour faire émerger son enfant et avoir une assise dans le foyer. Généralement, les liens familiaux se brisent et disparaissent entre demi-frères, la fraternité, l'entre-aide, la solidarité.

Le Moussey considère la polygynie comme un moyen d'assurer la survie de la lignée familiale. En revanche, d'autres le considèrent comme un moyen d'affirmer le pouvoir et le contrôle des femmes.

La polygamie est pratiquée dans de nombreuses communautés religieuses, notamment l'islam et certaines religions dites traditionnelles africaines. Dans l'islam, la polygamie est autorisée pour les hommes, avec une limite de quatre femmes. Il est considéré comme un moyen de s'occuper des veuves et des orphelins. Dans certaines religions traditionnelles africaines, la polygamie est également pratiquée et est considérée comme un moyen d'assurer la continuation de la lignée familiale.

Chez les Moussey, le recours à la polygynie peut être expliqué par plusieurs facteurs culturels, tels que :

v Les normes sociales

Dans la culture Moussey, la polygynie est souvent considérée comme une pratique normale et acceptable. Les hommes sont encouragés à prendre plusieurs épouses pour assurer la continuité de la lignée familiale et pour renforcer les liens entre les familles. Selon Fitoua notre enquêtée au village de Domo Dambali affirme dans ce sens : « moi je dirais que le phénomène de mariage polygénique est ni en croissance ni en baisse dans notre société. Il est constant. Constant par ce que le mariage polygynique intervient souvent dans le cas où les jeunes garçons s'il est le seul dans sa famille « go'o usum dewna10(*) », il se mariera à beaucoup des femmes pour donner beaucoup d'enfants et combler le vide en matière d'enfant laissé par ses parents. ».La taille de la famille du garçon influence sur le choix du nombre des femmes en milieu Moussey.

v La notion de prestige sur le nombre des femmes chez les Moussey

Avoir plusieurs épouses est souvent perçu comme un signe de richesse et de statut social chez les Moussey. Les hommes qui peuvent se permettre d'entretenir plusieurs foyers sont souvent respectés et valorisés au sein de leur communauté. Quant à notre interviewée Hanoua « moi je dirais que la polygynie n'a pas cessé dans notre société mais le nombre des femmes dans le couple polygynique a diminué. Car, au temps de nos parents, un homme se marier à 10, 20 et parfois certains se marier même à 100 femmes le cas des chefs. Mais, de nos jours les jeunes se limitent beaucoup plus à 4 femmes. Et je dirais que c'est l'école qui est venue changer cette façon de se marier avec un petit nombre des femmes. Car, avec beaucoup des femmes les études seront dérangées dit-on ». Il en ressort cette affirmation de notre enquêtée Hanoua que le niveau d'éducation influence sur le choix de nombre des femmes en milieu Moussey.

v La division du travail

Dans la société Moussey, la polygynie est considérée comme un moyen de garantir une répartition équitable des tâches domestiques et de la charge de travail entre les différentes épouses. Chaque épouse a des responsabilités au sein du foyer et contribue ainsi à la stabilité et à la prospérité de la famille.« Ça fait l'honneur quand tu as beaucoup des femmes surtout en milieu rural. Les gens te respectent, et tu peux ou ne pas travailler les femmes pourront faire tout à ta place ». Affirme notre enquêté Heleona Chef de famille, polygyne avec 06 femmes.

v Les questions religieuses

Dans certaines communautés Moussey, la polygynie est justifiée par des interprétations spécifiques de la religion islamique. Certains hommes invoquent des principes religieux pour légitimer leur choix d'avoir plusieurs épouses et pour garantir le respect des normes morales et sociales de leur communauté. « ...Il est écrit dans le livre de la genèse que procréez-vous et remplissez la terre. Tous ceux qui utilisent des techniques modernes de contraception pour arrêter volontairement d'accoucher, pèchent contre la volonté de Dieu ». Affirme notre interviewée Ira femme du pasteur.

En somme, le recours à la polygynie chez les Moussey est vu comme un reflet des valeurs, des normes et des pratiques culturelles spécifiques. Ces facteurs culturels contribuent à façonner les relations familiales et les rôles de genre au sein de la société Moussey.

3. Le fonctionnement de la société Moussey du point de vue de la survenue d'une nouvelle naissance

La ritualisation de la naissance chez le peuple Moussey est une réalité socioculturelle fascinante. Les rites de naissance ont pour objectif de favoriser la survenue au monde d'un foetus, ensuite démontrer la paternité du nouveau bébé.Nous allons nous intéresser aux rituels et coutumes mentionnés par les femmes, lors de nos entretiens.

3.1. Le rituel de pose de bois d'accouchement

Chez les Moussey, quand une femme veut accoucher, c'est son mari qui lui dépose le bois d'accouchement, elle s'assoie dessus pour accoucher. Dans ce cas, si la grossesse n'appartient pas au mari, il sera difficile pour la femme d'accoucher. « Quand je suis enceinte je consulte régulièrement l'accoucheuses traditionnelle Ndakli Rachel, pour le diagnostic de l'état de santé du foetus et son positionnement. Si le foetus est mal positionné dans le ventre, la sage-femme traditionnelle tourne sa position pour faciliter l'accouchement. Pendant l'accouchement, le mari dépose un bois d'où la femme va s'assoir sur ça pour accoucher. Le mari invoque toute sa bénédiction mais, si la grossesse ne l'appartient pas c'est grave. Soit l'enfant ne vas pas sortir ou le placenta ». Affirme Fatou notre enquêtée mère de 05 enfants et en grossesse pendant l'enquête.

3.2. L'accueil du nouveau-né

Le premier cri du nouveau-né est doté d'un sens symbolique. Madame Eveline nousexplique : « Parce que chez nous, quand le bébé ne pleure pas à l'accouchement, ils disent : « ce n'est pas le bon bébé ». C'est un mauvais enfant ! Voilà. Il faut le faire pleurer. Quand il ne pleure pas, les accoucheuses vont le taper, jusqu'à ce qu'il pleure. ». Cependant, le premier cri du nouveau-né est synonyme de vie. Les Moussey accordent une valeur importante à la survenue d'une nouvelle naissance. Tout d'abord, les futurs parents doivent se préparer à l'arrivée de leur enfant en faisant des préparatifs matériels tels que l'achat de vêtements, des pommades, savon et la mise en place d'une chambre pour la mère du bébé.

Ensuite, la naissance elle-même est un moment de joie et de bonheur pour la famille et les proches. Les parents accueillent leur enfant avec amour et bienveillance, et leur entourage se réjouit de l'arrivée de ce nouveau membre de la famille. Après la naissance, la société Moussey met en place des rites et des traditions pour célébrer l'arrivée du bébé. Il s'agit notamment de fêtes, de cérémonies religieuses ou de rituels familiaux spécifiques. « La première chose pour accueillir un nouveau-né c'est de faire le rite de nomination appelé « gi vuna »11(*) » affirme notre enquêtée Sounda.

Le rite « gi vuna » (rite de nomination) dure généralement 03 jours pour un garçon et 04 jours pour une fille. Les nombres impairs « bu ma welengua12(*) » correspondent aux hommes et les nombres paires « bu ma ka welengina13(*) » correspondent également aux femmes. Avant le rite de nomination on appelle l'enfant « Toy14(*) » le cas d'une fille et « oh-ho » pour un garçon. « Toy, oh-ho15(*) » sont des termes génériques pour désigner les nouveau-nés. C'est après le jours de rite de nomination qu'on commence à appeler l'enfant avec son nom propre.

Chez les Moussey, c'est le papa de l'enfant qui donne le nom au nouveau-né. Même si la maman de l'enfant et les autres grands parents donnent leur part, c'est le nom que le papa donne qui prime sur tout. Le jour de rite « gi vuna » (rite de nomination) est comme jour de baptême de l'enfant. On prépare la sauce longue16(*), on paye la boisson et on invite les voisins et les accoucheuses qui ont fait accoucher la femme à ladite. Après, le papa prend la parole tout en remerciant son Dieu et tous les présents en suite, il donne le nom de l'enfant. Chaque invité rentre avec le nom du nouveau-né en tête. Pour notre enquêté Moussa « aujourd'hui ceux qui font l'église ne respecte pas certains rituels pour accueillir le nouveau-né. Pour les chrétiens, il prépare la sauce longue au gens et parfois il ne paye même pas à boire aux gens. »

3.3. Le rite d'enterrement du placenta

Pour enterrer le placenta, seul le papa de l'enfant ou ses proches parents peuvent les faire. Le fait qu'il soit enterré, très souvent derrière la case de sa mère ou de son père relie l'enfant à sa terre de naissance. « Après l'accouchement, le papa ou frère du mari prend précieusement le placenta et l'enterre pour signifier que c'était vraiment son enfant. Il faut noter que pendant l'accouchement, si la femme a pris la grossesse ailleurs, si elle n'avoue pas le propriétaire de la grossesse, elle peut mourir pendant l'accouchement. Car, soit l'enfant ne va pas sortir ou le placenta ». Affirme Toudey une enquêtée âgée de 42 ans.

3.4. Le massage du nouveau-né

Les massages du nouveau-né sont des pratiques très répandues et les femmes utilisent souvent certaines vertus pour prévenir le nouveau-né des maladies et raffermir son corps. Madame Amia raconte « quand un enfant vient de naitre on le masse avec le beurre de karité et on mouille les doit avec le beurre afin de lui donner de l'eau ».

En somme, la société Moussey accorde une grande importance à l'éducation et au bien-être des enfants. Les parents et la communauté veillent à ce que les enfants soient élevés dans un environnement sain et équilibré, et leur apportent tout le soutien nécessaire pour grandir et s'épanouir. La survenue d'une nouvelle naissance dans la société Moussey est un événement joyeux et important, qui est célébré et entouré de soin et d'attention par la famille et la communauté.

4. Les rites traditionnels qui encadrent le déroulement de la grossesse chez Les Moussey

Chez Les Moussey, la grossesse est entourée de nombreux rites et traditions pour assurer la santé de la mère et du futur enfant. Ces rites traditionnels qui encadrent le déroulement de la grossesse chez les Moussey sont :

4.1. Consultation des voyants

La consultation Prénatale n'est pas connue par la société traditionnelle Moussey. Les Moussey disposent leur propre pratique de consultation prénatale. Pendant la grossesse, la future mère consulte souvent un charlatan, marabout ou un guérisseur pour s'assurer de la protection et de la bénédiction des ancêtres pour sa grossesse. Des offrandes et des sacrifices peuvent également être réalisés pour s'attirer les bonnes grâces des esprits. « Je consultais régulièrement les voyants pendant ma grossesse. Les voyants me réveillaient souvent ce qui vas se passer dans l'avenir pendant l'accouchement ou après l'accouchement et ils me donnent des remèdes pour se débarrasser des mauvaises yeux ». Affirme notre enquêtée Maimouna.

4.2. Le port de certaines amulettes

Pour protéger la future mère et l'enfant à naître, des amulettes sont souvent portées tout au long de la grossesse. Elles sont censées éloigner les mauvais esprits et assurer la santé et le bien-être de la mère et de l'enfant.

4.3. Les interdictions alimentaires

Pendant la grossesse, certains aliments peuvent être interdits à la future mère pour éviter tout risque de complication. Par exemple, l'interdiction de la consommation du miel et autres aliments très sucrés. « Une femme enceinte ne doit pas manger les oeufs, le miel, la canne à sucre. Tous ces aliments favorisent la malformation et l'avortement. Une femme enceinte ne doit pas égalementassister à un enterrement car cela porte malheur ». Affirme L'Hadjoka.

4.4. La préparation de l'accouchement

Avant la naissance, la future mère consulte régulièrement les accoucheuses traditionnelles.

« Moi je ne pars pas à l'hôpital pour faire la CPN. Ma belle-mère connaît beaucoup le diagnostic et prise en charge d'une femme enceinte. En plus je préfère être accouchée par une accoucheuse traditionnelle que les infirmiers. Les infirmiers insultent et se moquent beaucoup des femmes. Les accoucheuses traditionnelles sont souvent nos belles mères et coépouses c'est mieux ». Affirme notre enquêtée Kadakka. Les femmes rurales Moussey préfèrentêtre accouchées par les sages-femmes traditionnelles que les professionnels de santé. Ce choix se justifie par des violences verbales, physiques souvent exercées par les professionnels de santé envers les femmes enceinte.

5. Les us et coutumes en vigueur chez les Moussey pour accueillir un nouveau-né

Chez les Moussey, l'accueil d'un nouveau-né est une occasion importante et est entouré de nombreux us et coutumes pour célébrer la naissance et assurer la santé et le bien-être du bébé et de la mère.

5.1. La cérémonie de nomination

Peu de temps après la naissance, le bébé est présenté à la famille élargie et aux proches lors d'une cérémonie de nomination. Cette occasion est souvent festive.Pour notre enquêtée Maîmouna, « Quand un enfant vient de naitre dans la société Moussey, nous assistons à plusieurs rites notamment le rite lié au jour de nomination. Par exemple, si c'est un garçon on fait 3 jours avant de le nommer, par contre si c'est une fille on fait 4 jours avant de la nommer ».

5.2. Les prières et les bénédictions 

Après la naissance, pour les Moussey chrétiens et musulmans les prières et des bénédictions sont souvent offertes au bébé pour lui souhaiter une vie longue et en bonne santé. Pour les Moussey traditionnalistes, après la cérémonie de nomination, on remet le bébé au patriarche de la famille pour qu'il prononce des incantations et des souhaits positifs pour le nouveau-né. « Moiet mon mari nous ne sommes ni musulman ni chrétien. Après accouchement, mon mari organise durant le jour de nomination du nouveau-né un festin à laquelle on prépare en quantité la sauce long, il achète le ergués pour donner aux gens à boire s'il y a des jeunes qui ne boivent pas le ergué et bibil, il leurs paye le dansleda17(*) ». Affirme notre enquêtée Toutkaylhara.

5.3. Les rituels de protection

Pour protéger le nouveau-né des mauvais esprits et assurer sa santé, des rituels tel que l'attache des amulettes autour du cou ou du poignet du bébé. D'après Noura : « il faut noter que c'est tout un rite qui entoure la nouvelle venue d'un enfant au monde dans la société Moussey. Quand une femme vient d'accoucher, on ne la laisse pas sortir promener, elle doit être seulement dans sa case d'accouchement on ne lui laisse pas également travailler par exemple préparer à manger aux gens elle se réserve elle doit commencer à travailler et à préparer à manger dès qu'on nomme son bébé. Il y a également des interdits alimentaires que cette femme qui vient d'accoucher tels que les aliments sucrés. » (Propos recueillis lors de nos enquêtes de terrain à Gounou-Gaya).

Ces us et coutumes entourant l'accueil d'un nouveau-né chez les Moussey reflètent l'importance accordée à la famille, à la communauté et à la transmission des savoirs locaux.

6. Les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey

Le Tchad fait partie des pays de l'Afrique subsaharienne qui enregistrent les niveaux de fécondité désirée et effective les plus élevés. A cet effet, la présente partie de notre mémoire met l'accent sur les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey pour appréhender leur rapport aux méthodes contraceptives modernes. Cette partie vise également à explorer la manière dont les croyances, les normes sociales, les pratiques traditionnelles, le rôle des genres et les influences extérieures impactent la fécondité, la procréation et le contrôle des naissances en milieu Moussey.

Les facteurs agissants sur la fécondité, la procréation et le contrôle des naissances en milieu Moussey sont d'ordre socioculturel, économique et démographique.Parlant des facteurs socioculturels qui constituent le centre de réflexion de notre discipline anthropologie, nous y mettons un accent particulier.

Le fait d'avoir des enfants en milieu Moussey est un prestige social et représente donc un réel enjeu pour les femmes dont la maternité va conditionner leur statut social. Pour notre enquêtée Maimouna : « avoir beaucoup d'enfants constitue un prestige social considérable. Une femme qui a beaucoup d'enfant est perçue comme femme brave. Et on suppose qu'en cas de quoi ses enfants pourront prendre charge d'elle dignement. » Cette perception particulièresur le nombre d'enfants vient aussi de l'extérieur, à savoir de la communauté ou du conjoint.

Cependant, les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle de naissance dans la société Moussey se résume sur les grands points suivants :

6.1. L'image de la femme liée au rôle de la maternité

Dans la société Moussey, la femme est généralement considérée à travers son rôle de mère. C'est à travers le nombre de ses enfants qu'elle existe et est valorisée dans la société, constituant alors un véritable pilier du corps social. Comme affirme notre enquêtée Touta « avoir l'enfant c'est une bonne chose. Quand tu n'as pas d'enfants ton nom ne sera pas appelé « goona kongu ni seng yiya ». Si tu as l'enfant, même après la mort, les gens diront que c'est l'enfant de tel ou tel, et c'est honorifique. Si tu n'as pas d'enfants, tu es comme quelqu'un qui ne vaut rien dans son existence « goo di ka kongui ni an ni, angi ko sa'a sunum kadina na18(*) ».

6.2. La maternité, un moment privilégié

Dans la société Moussey, la maternité est perçue comme un moment privilégié dans la vie d'une femme. Dans plusieurs mythes et contes Moussey, la femme enceinte a une représentation des relations privilégiées avec les esprits, avec les êtres de l'au-delà, et est généralement considérée comme un  intermédiaire entre les ancêtres et le monde réel. « Généralement chez nous les femmes, à partir de 02 à 03 mois de grossesse, on cache la grossesse et refuse de la faire connaitre aux entourages. Car, pendant cette période, les sorciers peuvent facilement manger le foetus de manière mystique. Après le troisième mois, la femme peut commencer à consulter les sages-femmes traditionnelles et on lui explique les principes à tenir pour une bonne gestion de la grossesse jusqu'à l'accouchement ». Affirme notre interviewée Touta.

6.3. La femme, définie selon son statut de mère

Est considérée comme bonne femme dans la société Moussey, c'est celle qui a fait beaucoup d'enfants surtout enfants garçons.

6.4. La pression sociale autour de la maternité

Le « devoir de procréer » : la maternité est également fortement valorisée par les Moussey et cela exerce des pressions sociales sur les femmes à procréer. Dans certains cas, cette pression sociale engendre la pratique d'exclusion envers les femmes ne parvenant pas à procréer. Dans l'imagerie populaire Moussey, il y a d'un côté les femmes stériles et de l'autre les femmes fécondes. Ces dernières (femmes fécondes) font le bonheur des hommes dans la société, considérées comme « reines-mères ».

En plus, la maternité a un fort pouvoir symbolique car elle est gage de continuité de la communauté et plus particulièrement gage de la descendance de l'homme auquel elle est liée.

En outre, la stérilité de la femme entraîne la stigmatisation de la part de la communauté et constitue source principale de divorce en milieu Moussey. Certains membres de la société mystifient l'infécondité de la femme par des accusations ou soupçons de sorcellerie. « Ouf ! La femme stérile ! Ellecouche en vain avec les hommes, Ohoo, la femme stérile s'habille très bien mais c'est en vain que son mari la chérit. Ohoo, la femme stérile accompagne les hommes, elle est debout comme un bois sec. »La maternité dans la société Moussey s'exerce aussi sous la contrainte sociale du groupe. Il s'agit aussi d'être une « bonne mère », c'est-à-dire d'élever ses enfants selon les normes sociales de la communauté, et que ses enfants adoptent les bonnes attitudes pour avoir la réputation et le prestige qui se rattachent à la fonction maternelle.

7. L'importance de l'enfant au sein de la société Moussey

Dans la socioculture Moussey, le nouveau-né est considéré comme un don de la terre nourricière à la lignée familiale. Parce que le nouveau-né vient « remplacer » un ancêtre récemment disparu et ainsi « réparer » la lignée familiale en assurant la succession des générations. Dans cette même d'idée notre enquêtée Hamidou affirme : « l'importance de l'enfant dans la société Moussey c'est la pérennisation du nom de ces parents. On fait l'enfant c'est par ce que même si toi le parent n'est plus au monde, l'enfant te remplace ». Quand les parents vieillissent et ne peuvent plus travailler, ce sont les enfants qui prennent en charge la survie de la famille. L'enfant est donc bien accueilli. C'est ainsi affirmé notre enquêtée Moussa « je vais dire, faire d'enfant c'est comme planter un arbre et au fil du temps quand l'arbre grandit, tu mangeras ses fruits et c'est comme ça qu'on fait des enfants dans le cas où le papa devient vieux, il se repose sous l'ombre de ses enfants. »  D'ailleurs, quand la stérilité frappe le couple, elle est vécue comme une punition divine ou une malédiction tant du point de vue matériel que symbolique.

Dans la société Moussey, l'enfant est considéré comme la « réincarnation d'un ancêtre venant du village des ancêtres. »

En effet l'enfant occupe une place centrale au sein de la société Moussey, reflétant ainsi l'importance accordée à la famille et à la descendance dans cette culture riche en traditions.

De ce fait, le peuple Moussey considère l'enfant comme un héritage précieux, une source de fierté et de continuité de la lignée familiale. L'arrivée d'un enfant est célébrée avec enthousiasme, symbolisant la perpétuation des valeurs, des savoirs et des traditions au sein de la communauté. Par conséquent, la pression sociale pour procréer et assurer la descendance est très forte chez les Moussey, en raison de l'importance accordée à l'enfant dans la culture et les pratiques traditionnelles. « Surtout quand c'est un enfant garçons, il prendra mieux la charge de ses parents. Par contre la fille part en mariage et vient secourir lentement sa famille. » Propos de de notre enquêté Moustapha.

Dans ce contexte, comprendre l'importance de l'enfant au sein de la société Moussey nous a permis d'appréhender les perceptions et les représentations des méthodes contraceptives modernes au sein de cette communauté. L'utilisation des méthodes contraceptives modernes et le contrôle des naissances en milieu Moussey sont donc des enjeux complexes qui doivent être analysés à la lumière de cette valorisation de l'enfant et de la famille au sein de la société Moussey.

8. Les conditions à remplir pour avoir ou prétendre à avoir un enfant

Au sein de la société Moussey, l'idée d'avoir un enfant est entouré de conditions spécifiques et de normes sociales qui influencent les attitudes des individus envers la fécondité et la procréation. Dans ce cas spécifique, nous avons ressorti les conditions à remplir pour avoir ou prétendre à avoir un enfant dans la société Moussey. Pour notre enquêtée Mariame, « d'autres parents Moussey n'ont pas étudié et ils ne savent pas compter l'âge de leurs filles. On dit qu'une fille est à l'âge de se marier et faire d'enfants c'est quand ses seins « po'o ma kalla 19(*)» sont bien sortis. On exprime la maturité de la fille pour faire l'enfant en fonction du développement de ses seins et de sa hanche. Pour le garçon, c'est en fonction du poids de mille qu'il peut prendre dans un panier et la réalisation de certains travaux dures ».

Tout d'abord, le mariage est généralement considéré comme une étape préalable à la procréation, et la capacité du couple à assurer les soins et l'éducation de l'enfant est un critère essentiel pour prétendre un enfant.

De plus, les Moussey accordent une grande importance à la fertilité et à la capacité de perpétuer la lignée familiale. Avoir un enfant est souvent perçu comme un devoir et une responsabilité envers la famille et la communauté. Les pressions sociales pour procréer et transmettre les traditions familiales sont significatives.

En outre, les conditions socio-économiques jouent un rôle crucial dans la décision d'avoir un enfant chez les Moussey. La capacité financière à subvenir aux besoins de l'enfant, à assurer son éducation et son bien-être est un facteur déterminant dans la planification familiale. Pour notre enquêté Moulna, « mais nos parent de maintenant n'attendent même pas que les seins de la fille sortent. Il commence à prendre l'argent sur la fille depuis son enfance. Il arrive de fois que la fille n'a pas encore atteint l'âge de maturité, mais le papa a déjà fini de manger l'argent de la compensation matrimoniale et on est dans l'obligation de donner en mariage la fille étant petite ». Les conditions à remplir pour prétendre un enfant dans la culture Moussey se résume de manière suivante : il faut être marié, pour les garçons il faut être capable à exécuter les travaux dures tel que les travaux champêtres, les travaux des constructions des maisons, pour la fille c'est sa capacité à entretenir son ménage tel que préparer la nourriture et assurer la propriété. C'est ainsi affirmé notre enquêté Hamou « pour moi c'est faire des efforts à labourer beaucoup des champs et acheter également beaucoup des bétails comme condition essentiel pour prétendre un enfant. Quand tu as beaucoup des bétails et si tu laboure également beaucoup, on dira que tel garçon est capable à gérer une femme et enfant. » Quant à l'interviewée Noura, elle affirme pour sa part que « c'est le mariage qui est la condition principale pour prétendre avoir un enfant. Tout homme ou femme marié doit prétendre d'accueillir un enfant. Parce que c'est n'est pas bon pour une fille non mariée de concevoir étant chez ses parents. Cela constitue une honte pour la famille. Pour les garçons on dit que ton enfant de dehors ne peut pas t'appeler papa dans notre contexte « go'o buru ka yang baba di 20(*)». Pour ce faire, il faut d'abord se marier avant de penser à faire d'enfant dans la société Moussey. » Quant à Aïkomou « les conditions à remplir pour un homme c'est avoir la capacité à labourer son champ, avoir une forme grande avec les muscles développés et en plus il faut être marié pour prétendre avoir un enfant. »

En revanche pour un couple marié, il n'existe pas des conditions et règles spécifiques à remplir pour prétendre avoir un enfant. Au contraire, dans la société Moussey la grossesse, et l'arrivée d'un nouveau-né au sein d'un couple est un don divin, tout cela vient de dieux. L'enfant est un don le plus recherché dans la vie conjugale de couple Moussey.

En somme cette analyse sur les conditions à remplir pour avoir ou prétendre à avoir un enfant dans la société Moussey, nous a permis de décerner et de mettre en lumière les normes et les attentes socioculturelles qui influencent les perceptions et les pratiques en matière de fécondité et de contrôle des naissances au sein de la communauté Moussey.

9. Les dispositions que doit prendre un homme ou une femme s'il souhaite avoir des enfants

Pour réaliser ce mémoire sur la perception et la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au Tchad, notamment chez le peuple Moussey, il était important pour nous de prendre en compte les dispositions que doivent prendre un homme ou une femme Moussey s'ils souhaitent avoir des enfants dans cette société.

Tout d'abord, il est essentiel de comprendre que la question de la procréation est souvent fortement influencée par les normes culturelles et les attentes sociales au sein de la communauté Moussey. Ainsi, avant de concevoir un enfant, il est recommandé de consulter les voyants pour protéger le prochain nouveau-né contre le mauvais oeil. Notre enquêté HINIMZINA affirme pour sa part, « il est souvent attendu d'un couple qu'il soit prêt sur le plan économique et social avant de concevoir un enfant. Cela peut comprendre la stabilité financière, le logement adéquat et la disponibilité de ressources pour élever un enfant dans de bonnes conditions. » Quant à Fissou Infirmier Diplômé d'Etat que nous l'avons interviewé affirme que « parlant des dispositions à prendre pour un homme Moussey avant de souhaiter un enfant c'est le structurel c'est à dire pour un bon Moussey il faut avoir d'habitat c'est penser à construire sa maison et la maison de sa femme ».

Contrairement, pour notre enquêtée Minda, elle déclare qu'« il n'existe pas des dispositions qu'un couple doit préalablement prendre pour faire un enfant. L'enfant dans le couple vient seul. « goona Kaf tam aayni kafiya21(*) ».

En somme, cette partie de notre mémoire sur les dispositions que doivent prendre les hommes Moussey qui envisagent d'avoir des enfants nous a permis de mieux appréhender les attitudes, croyances et comportements de la population vis-à-vis de la contraception et de la planification familiale.

10. Les perceptions culturelles de la grossesse chez les Moussey

Pour aborder la perception culturelle de la grossesse chez les Moussey dans le cadre de notre étude sur la perception et la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au Tchad, il était important pour nous de prendre en compte les différents aspects culturels et sociaux.

La grossesse et l'accouchement forment le coeur des coutumes et des traditions de plusieurs cultures tchadiennes, car, ils assurent la survie de la société. Cependant, chaque société élabore par l'observation de la nature et par la création de mythes et de religions, un ensemble de rites de protection et d'interdits visant à protéger les mères et leurs foetus. Dans plusieurs sociétés du Tchad, les rites entourant la grossesse et l'accouchement ont des points communs tel que : la relation privilégiée de la femme enceinte avec les esprits et la symbolique autour du placenta et du cordon ombilical.

Tout d'abord, il est essentiel de démontrer comment la grossesse est perçue au sein de la société Moussey. Cela inclut des croyances, des rites, des mythes et des principes spécifiques liés à la fertilité, à la maternité et à la paternité. Il était également important pour nous d'explorer les normes et les attentes sociales en matière de grossesse, notamment en ce qui concerne le rôle de la femme en tant que mère et celui du père au sein de la société. Selon notre enquêtée Minda, « quand une femme a ses règles, elle sait qu'il est possible pour elle de concevoir une grossesse ou pas. Car, nous les femmessavons faire la différence entre les règles fécondables et les non fécondables. Si c'est les règles infécondables, même si la femme fait le rapport sexuel avec son mari comme quoi même, elle n'aura pas grossesse. Chez nous les Moussey on dit « tlena halang col ayni ko lona 22(*)» tout vient de Dieu et c'est dieu qui donne l'enfant. »

La conception d'un enfant chez les Moussey n'est pas considérée seulement comme le seul résultat d'un acte sexuel, mais résultat de plusieurs éléments surnaturels.

Ainsi, dans un système social comme celui des Moussey d'où la réincarnation est omniprésente, la conception d'un enfant est possible, quand pendant l'acte sexuel, un être transmigrant, sorte d'être psychique chargé de ses vies antérieures, choisit de descendre sous forme d'embryon dans le corps de sa mère.

10.1. Valeur culturelle de la grossesse chez les Moussey

La fertilité revêt d'une importance considérable dans la culture Moussey. La fertilité est souvent considérée par les Moussey comme une bénédiction divine ou ancestrale. Elle est vue comme un signe de faveur et de prospérité pour la famille et la communauté. Comme affirme notre enquêtée Awa « l'enfant vient de Dieu, un couple qui a beaucoup d'enfants est perçu comme forts, riche et intouchable ». Les femmes qui ont fait beaucoup d'enfants sont généralement très respectées dans la société Moussey. En cas de l'infertilité, la population Moussey fait recours premièrement à la voyance pour comprendre les principaux obstacles qui bloquent la reproduction de la femme. Souvent le problème de l'infécondité est dû à la malédiction d'un parent, à la transgression des normes culturelles ou les divinités tel que : « ful-madina, ful-mununda23(*) » empêchant la femme de ne pas concevoir.

10.2. Statut social des femmes enceintes

Chez les Moussey, la grossesse marque une transition importante dans le changement du statut social d'une fille ou femme. La grossesse transforme la femme à une future mère et elle sera désormais celle qui contribue au développement de la famille. Les femmes enceintes bénéficient d'un traitement spécial et de soins particuliers de la part de la communauté. Elles sont exemptées de certaines tâches physiques difficiles tel que : fendre le bois, porter les poids lourd, marché sur une longue distance etc. En plus la grossesse renforce la position de la femme au sein de sa belle-famille. Car la famille exerce une pression considérable sur la procréation de la femme.

10.3. Rôle de la grossesse dans la continuité familiale et clanique

La grossesse est souvent perçue comme essentielle à la survie et à l'expansion du clan. Elle assure la transmission des traditions et de l'héritage culturel. Car chez les Moussey les enfants sont considérés comme une richesse pour la famille et la communauté. Notre enquêté Sanama renchérit que « on dit toujours chez nous que les enfants c'est une richesse venant de Dieu. Celui qui a beaucoup d'enfant est un riche car, il peut labourer un large champ avec ses enfants et personne ne peut déclarer facilement la guerre à cette famille. » La grossesse renforce cependant les liens entre les familles, notamment dans le cas de mariages arrangés. En plus, la grossesse joue également un rôle dans la résolution de conflits inter-claniques à travers des alliances matrimoniales.

10.4. Pression sociale liée à la grossesse

Les femmes Moussey subissent une forte pression familiale et sociale pour tomber enceintes rapidement après le mariage. L'infertilité ou les difficultés à concevoir sont souvent sources de stigmatisation. Le nombre d'enfants peut être lié au prestige social, encourageant les grossesses multiples. « Je me suis mariée à 12 ans et j'avais fait 03 ans sans tombé enceinte, cela avait entrainé beaucoup des moqueries et injures graves de la part de la famille de mon mari. Ils disaient que je mange inutilement les biens de leurs fils, par ce que je n'accouche pas. Après consultation de plusieurs marabouts et charlatans on m'a fait comprendre que c'est ma tante qui m'a bloquée car, elle revendiquait de mon mariage uneétoffe de wax. Après avoir donné cela à ma tante, dieu merci je suis tombé enceinte et j'ai accouché un enfant garçons et je me sens maintenant femme comme les autres ». Propos de notre enquêtée Alia

10.5. Dimension spirituelle de la grossesse

La grossesse est perçue comme un lien entre le monde des vivants et celui des ancêtres. Certaines croyances attribuent des qualités spéciales ou un destin particulier à l'enfant à naître

10.6. Croyances traditionnelles liées à la grossesse

10.6.1. Tabous et pratiques pendant la grossesse

Chez les Moussey, les femmes enceintes subissent des restrictions alimentaires spécifiques tel que : ne pas manger le miel. En plus les femmes enceintes adoptent des comportements particuliers pour protéger le foetus à savoir : ne pas s'assoir sur le mortier, ne pas uriner sur les arbres dans la nuit car les mauvais esprits peuvent entrer dans le ventre de la femme. Elles doivent adopter les pratiques traditionnelles pour favoriser une grossesse saine tel que : se faire consulter régulièrement par les accoucheuses traditionnelles, respecter les divinités et les vieillards.

10.6.2. Rôle des ancêtres et des esprits

Les ancêtres exercent une influence sur la conception et la grossesse de leurs progénitures. Pendant la grossesse, les femmes pratiquent des divers rituels pour attirer les faveurs des esprits protecteurs. En plus pendant la grossesse les femmes reçoivent de révélations diverses à travers les rêves et elles attachent de sens considérable à ces songes. « Quand j'étais tombée enceinte, mon défunt beau-père est venu dans le rêve, il m'a révélé que je mettrais au monde un enfant garçons et il faut le nommer Waidou. Effectivement j'ai accouché un enfant garçon et j'ai obéi à la volonté de mon beau-père défunt ». Affirme notre interviewée Martine. Cela nous laisse croire à la connexion qui lie les femmes enceintes Moussey avec les esprits ancestraux et divins.

10.6.3. Attitudes envers les grossesses hors mariage

Dans la société Moussey, la sexualité avant le mariage est sévèrement sanctionnée. Les Moussey accordent une valeur capitale à la virginité de la jeune fille. Les mères célibataires subissent des moqueries et stigmatisation de la part de la famille et de la société. Elles sont souvent traitées comme « gaw langa, Tcha hokira, adjaba24(*) etc. » en effet la grossesse d'une fille non mariée à un impact sur son mariage. « Une fille qui tombe enceinte au sein de sa famille biologique sans se marier, commet des abominations. Souvent quand cela arrive, l'auteur de la grossesse fait un sacrifice d'un bouc pour purger la souillure du sang incestueux ». Raconte notre enquêté Mariatna

10.6.4. Gestion communautaire des grossesses non désirées

En cas de grossesse non désirée pour une fille non mariée, la solution endogène est souvent le mariage arrangé. L'adoption d'un enfant de la jeune fille au sein de la famille n'est pas possible dans la société Moussey, car cet enfant est perçu comme incestueux au sein de la famille élargie. Vue cette sanction sociale vis-à-vis des grossesses hors mariage, les filles Moussey font recours à des pratiques dangereuses pour faire avortements clandestins et non médicalisé. « En tant fille non mariée, il n'est pas d'abord bon de tomber en grossesseétant chez ses parents.Sicela arrive, le mieux c'est deregagner rapidement l'auteur de la grossesse avant que la grossesse se développe. Soit si le garçon ne me plait pas pour le mariage, le deuxième choix reste d'avorter cette grossesse en mangeant les racines amère d'une plante ou allant chez le Choukou25(*).»Affirme notre interviewée Maimouna.

10.6.5. Évolution des perceptions

Avec l'avènement de la modernisation et l'éducation des filles, la structure sociale Moussey est en constante évolution donc la perception autour des grossesses à légèrement changer. La même population qui refusait la consultions prénatale, lui accorde aujourd'hui une importance capitale. Nous notons également l'influence de l'urbanisation sur les pratiques traditionnelles. Parlant de l'urbanisation, elle est à l'origine de l'interculturalité.

Enfin, il était crucial pour nous d'explorer comment ces perceptions culturelles de la grossesse peuvent influencer la manière dont sont perçues les méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey. Comprendre les normes et les représentations sociales liées à la fertilité et à la reproduction est essentiel pour promouvoir la santé reproductive et la planification familiale au sein des sociocultures Tchadiennes.

11. La prise en charge culturelle de la grossesse chez les Moussey

Pour aborder la prise en charge culturelle de la grossesse chez les Moussey, il est important d'analyser les différentes pratiques et traditions liées à la gestation de la grossesse au sein de la communauté Moussey.

Tout d'abord, il était essentiel pour nous d'examiner les soins prénataux et postnataux dispensés aux femmes enceintes et aux nouveau-nés chez les Moussey. Cela inclut des pratiques traditionnelles de préparation à l'accouchement, des rituels de protection de la femme enceinte et du bébé, ainsi que des conseils nutritionnels et de santé transmis de génération en génération.

11.1. Rôle des sages-femmes traditionnelles

Les sages-femmes jouent un rôle primordial dans la prise en charge de la grossesse et de l'assistance à l'accouchement. Les sages-femmes assurent également les techniques de prise en charge du nouveau-né. Elles sont des femmes ménopausées ou femmes ayant déjà accouché plusieurs fois, bénéficiant des expériences remarquables dans l'accouchement. Elles sont souvent très respectées par la population pour leurs savoirs et connaissances culturelles. A chaque accouchement, le mari offres des cadeaux aux accoucheuses, ces cadeaux sont souvent les savons, le sel et si le mari est riche, il les offrir le pagne.

11.2. Soins prénataux traditionnels

La société Moussey n'a pas attendu l'arrivée de la médecine occidentale pour développer les techniques de soins prénatales qui leurs sont spécifiques. Les techniques de la protection du foetus chez les Moussey sont nombreuses allant de l'interdit alimentaire, utilisation des remèdes à bases des plantes pour traiter les maladies liées à la grosse. Hormis les techniques ci-dessus citées, nous ajoutons également massages. Le massage comme entendu n'est pas un simple massage mais, une pratique exercée par les accoucheuses traditionnelles pour contrôler, l'état et la position du foetus. Cela se fait régulièrement jusqu'à l'accouchement.

11.3. Préparation à l'accouchement

La grosses d'une femme est un moment heureux et parfois d'angoisse. Car nul ne sait ce qui va se passer entre le foetus et la mère. Pour notre enquêtée Martine : « pendant la grossesse on dit que la femme dort avec la pioche (gu djona). C'est après l'accouchement qu'on dit la femme est éloignée de la pioche qui devait servir à creuser sa tombe ». Pendant la grossesse la femme se procure des bois de chauffage suffisant et le mari veille à la construction de la case et du secco pour accueillir le nouveau-né dans une case de naissance équipée. En plus à la veille de l'accouchement le mari ou la femme se prépare à acheter les savons, les beurs de karités. De nos jours les beurs de karité sont remplacés par le lait de pommade.

11.4. Croyances et tabous liés à la grossesse

Chez les Moussey, il existe des interdits alimentaires et comportementaux que la femme enceinte doit respecter pour se protéger et protéger le foetus. Primo, le tabou alimentaire tel que la consommation des aliments trop sucrés et le miel sont interdits aux femmes enceinte. Les céréales tel que : les arachides et les sésames sont priorisées en plus s'ajoute la consommation des légumes comme les feuilles d'oseilles, moringa et bien d'autres. Les activités dures comme fendre les bois, porter des poids lourds sur la tête, piler le mil sont interdits aux femmes enceintes.

Par ailleurs, le rôle des aînés, des sages-femmes et des guérisseurs traditionnels dans la prise en charge de la grossesse chez les Moussey est remarquable. Ces acteurs jouent un rôle important dans la transmission des connaissances et des pratiques liées à la gestion, ainsi que dans l'accompagnement spirituel et psychologique des femmes enceintes.

CONCLUSION PARTIELLE

Ce chapitre troisième de notre mémoire portant sur le système de représentations culturelles de la fécondité, de la procréation et de la contraception chez les Moussey nous a permis d'élucider les principaux thèmes importants nomment : les connaissances générales sur la santé sexuelle et reproductive chez les Moussey, la questions de la polygynie en milieu Moussey, les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey ainsi que les valeurs culturelles que les Moussey accordent au nombre important d'enfants.

Il est à retenir de ce chapitre que la culture, le niveau d'étude, la religion, le genre et la représentation culturelle aux tours d'une importante descendance interagissent sur la fécondité, la procréation et les méthodes contraceptives modernes chez le peuple Moussey.

En fin nous retenons également de ce chapitre que le mariage polygénique fait partie intégrante des valeurs culturelle Moussey et le recours à cette forme de mariage dans lequel le conjoint épouse plusieurs conjointes n'a pas changé.


CHAPITRE QUATRIÈME : ACTEURS INTERVENANT AU NIVEAU COMMUNAUTAIRE DANS LA FÉCONDITÉ CHEZ LES MOUSSEY

INTRODUCTION PARTIELLE

Ce chapitre explore les principaux acteurs qui influencent la fécondité dans la société Moussey du Tchad, en mettant l'accent sur les perceptions et les représentations socioculturelles des méthodes contraceptives contemporaines. L'accent est mis sur l'implication des conjoints, la famille, les leaders communautaires et religieux dans les questions de fertilité. Cette partie de notre mémoire a analysé les rôles, les influences et les interactions des acteurs dans les choix de fertilité et de contraception, en évaluant leur impact sur l'adoption ou le rejet des méthodes contraceptives contemporaines. Le chapitre met également en lumière la dynamique de pouvoir, les influences culturelles et les dynamiques sociales qui influencent la fertilité et la contraception en milieu Moussey. Les acteurs impliqués dans la santé communautaire comprennent les dirigeants religieux, les chefs traditionnels, les sages-femmes, les membres de la famille, les couples mariés, les parents et les travailleurs des ONGs. Tous ces acteurs jouent un rôle important dans la promotion de la santé sexuelle et reproductive, dans l'éducation de la population sur l'importance de la planification familiale et des méthodes contraceptives modernes, dans le renforcement de l'accès aux services de santé reproductive et dans la lutte contre les idées fausses et les conceptions erronées sur la contraception.

I. LES PERSONNES QUI INFLUENCENT LA DÉCISION DU NOMBRE D'ENFANT AU SEIN D'UN COUPLE CHEZ LES MOUSSEY

Les personnes qui influencent la décision du nombre d'enfants au sein d'un couple chez les Moussey sont multiples et diverses. Parmi ces personnes nous avons :

1. Le couple

La décision du couple surtout le mari est important dans la prise de la décision sur le nombre d'enfants à avoir. Dans la société Moussey, avoir beaucoup d'enfant est synonyme de pouvoir et richesse. Dans cette même logique notre enquêtéeFatwa affirme: « pour moi c'est l'homme qui décide du nombre d'enfants à avoir au sein du couple. Parce-que même si la femme décide de n'est plus donnée l'enfant en s'abstenant du rapport sexuel de son jour d'ovulation, l'homme peut forcer la volonté de la femme. Si elle refuse de lui donner le sexe, en cas de bagarre, les gens donneront toujours tort à la femme. » Il faut aussi noter que dans la société Moussey l'homme est considéré comme le chef de ménage et c'est lui qui a le pouvoir de décision sur le fonctionnement de la famille. Comme affirme notre enquêtéeBintou, « dans la société Moussey on dit que l'homme est le chef de la famille et c'est lui qui peut décider sur la taille de sa famille et le nombre d'enfants à avoir pour sa femme ».

2. La famille

Dans de nombreuses sociétés africaines, avoir beaucoup d'enfants est un honneur. En effet, les membres de la famille élargie jouent un rôle crucial dans les décisions de procréation. Il faut également noter que les membres de la famille par alliance tel que les beaux-parents ont également une influence sur la belle fille à procréer pour compenser les dépenses liées à ses compensations matrimoniales. Pour notre enquêtée Aicha, « parfois la décision du nombre d'enfant qu'un couple veut avoir est influencée par la belle famille du mari. Moi j'ai quatre coépouses et je suis la cinquième. Souvent la belle-famille offres plus de cadeaux à mes coépouses qui ont eu beaucoup d'enfants et leurs accordent plus de la considération. Car disent-ils c'est elles qui ont contribué grandement à agrandir la famille. Cela me vexe, et je souhaite un jour leurs dépasser avec le nombre d'enfants si dieu le veut ».

De ce fait, une femme qui a eu beaucoup d'enfants dans la sociétéMoussey est plus valoriséeet elle est traitée avec honneur.

3. La communauté

L'infécondité est l'objet de plusieurs moqueries et stigmatisation dans la société Moussey. Les normes communautaires traditionnelles Moussey voudraient à ce que toutes les femmes soient procréatives donc ses normes culturelles exercent une influence significative dans la vie procréative des femmes Moussey. Notre interviewée Fatti soutient pour sa part : « une femme ou un homme qui n'a pas d'enfant si elle/il meurt on l'enterre avec le charbon pour dire qu'il/elle a laissé rien derrière lui et sa vie sur terre était sombre. En plus, celui qui n'a pas donné un enfant n'est considéré au sein de la société même s'il a la richesse matérielle, on dira donc qu'il est riche comme ça pourtant il n'a rien ». Notre enquêtéeMaimounaquant à elle affirme : « Celui qui n'a pas accouché n'est pas respecté au sein de la société. On dira ouf... Il n'a pas fait d'enfant. Le cas d'une femme on dit celle qui n'a pas accouché fait les gros cacas. » Avoir beaucoup d'enfant est un signe d'honneur familial et social au sein de la société Moussey.

4. Les leaders religieux

Dans la société Moussey, la religion joue un rôle important sur les nombres des épouses et nombre d'enfants à avoir. Dans les familles chrétiennes, la polygynie n'est pas tolérée par contre l'islam et les croyances culturelles valorisent la polygynie. Selon notre enquêté Seydou, « le nombre d'enfants qu'un couple doit avoir est une destinée « dum goro col ayni ko lona26(*) », donc personne n'a le pouvoir d'influencé cette destinée. » Cependant, les autorités religieuses et les chefs traditionnels jouent un rôle essentiel dans la prise de décision en matière de fécondité, en décourageant l'utilisation de méthodes contraceptives moderne en fonction des croyances religieuses et des interprétations théologiques. Selon notre enquêtée Ira femme du Pasteur affirme : « la décision du nombre d'enfant à avoir au sein d'un couple est un sujet sacré et c'est Dieu seul qui peut dire je décide te donner un tel ou tel nombre d'enfant. Il est dit dans la bible, dans le livre de Genèse, multiplier et remplissez la terre. Ceux et celles qui décident de limiter volontaire de procréer par les moyens de contraceptives modernes pèchent et se révoltent contre la volonté divine. » Il ressort de ces propos de nos différents enquêtés que la religion joue un rôle important dans la décision de la procréation dans la société Moussey.

5. Les pairs et proches

En effet, les pairs et les proches jouent un rôle important dans la prise de décision des couples en matière de planification familiale. Il ressort de notre observation du terrain dans la société Moussey que les personnes sont plus susceptibles d'utiliser les méthodes contraceptives modernes si elles ont des amis ou des membres de leur famille qui en ont déjà utilisé et qui en sont satisfaits. Pour Mariam, « c'est ma copine Ira qui m'a informée des avantages des méthodes contraceptives modernes pour arrêtermomentanément l'accouchement. Cela nous aide vraiment. Car, accoucher sans arrêt, rend faible ». Propos de notre enquêtée Mariam, femme âgée d'une quarantaine d'année.

De plus, le soutien des proches renforce la confiance des couples dans leur choix de contraception ou de méthode de planification familiale, car ils se sentent épaulés et accompagnés dans cette démarche. Les conseils et expériences partagés par les amis et la famille aident à dissiper les mythes et les fausses croyances entourant les méthodes contraceptives modernes.

6. Les facteurs socio-économiques

Hormis les acteurs ci-dessus, l'éducation et le statut économique d'un couple sont des déterminants majeurs de la fécondité. D'après notre interviewée Mari, Femme de ménage affirme pour sa part : « on veut beaucoup d'enfants c'est pour le travail. Les enfants c'est la richesse et ça fait l'honneur. On veut beaucoup d'enfants pour qu'ils nous aident dans les travaux. Aussi certains pensent qu'il faut faire beaucoup d'enfants quand la mort décidera de prendre certains il nous restera aussi mieux. »Toudey quant à elle affirme que : « Ce qui encourage à faire beaucoup d'enfants c'est aussi l'honneur lié au nombre d'enfants. Pour un couple qui fait beaucoup d'enfant, quand ses enfants commencent à se marier, ils encercleront la maison de leur père et on dira ici c'est toute la famille de tel ou tel. » D'après le résultat de notre investigation, le couple ayant un niveau d'éducation élevé souhaite faire le planning familial et avoir un nombre limité d'enfants. Par contre le mari ayant une aisance financière, souhaite d'avantage augmenter les nombres de ses épouses et avoir un grand nombre d'enfants pour augmenter les mains d'oeuvre pour les travaux de champs.« La situation qui poussent les couples Moussey à faire beaucoup d'enfants c'est pour que leur nom soit connu et appelé partout. En plus on veut faire beaucoup d'enfants pour les travaux. Quand on fait un peu d'enfants et que la mort décidé de ramasser sa part, tu restes sans enfants. » Propos de notre enquêté Oundaina.

Ces divers acteurs ont des impacts significatifs sur la manière dont les couples Moussey prennent des décisions concernant le nombre d'enfants qu'ils souhaitent avoir, ainsi que sur les méthodes contraceptives modernes qu'ils choisissent d'utiliser pour atteindre leurs objectifs en matière de fécondité.

II. LES NOMBRES MOYENS D'ENFANTS QU'UN COUPLE DOIT AVOIR CHEZ LES MOUSSEY

Dans le cadre de présent mémoire portant sur la perception et la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au Tchad, il nous apparaissait intéressantd'explorer la question du nombre moyen d'enfants qu'un couple doit avoir chez les Moussey.

Il faut noter que les normes et les attentes en matière de fécondité peuvent varier en fonction des contextes socioculturels, des croyances religieuses, des traditions et des valeurs familiales propres à la communauté Moussey. La culture Moussey valorise une grande descendance en tant que signe de fertilité et de prospérité. Pour Toudey, « Si ça dépendait de moi, je demanderai à Dieu de me donner 20 enfants. » Maria pour sa part, « Les enfants vous savez que c'est le bonheur et les fruits d'un mariage, donc moi je souhaite 22 enfants dans ma vie ». Il est à noter que parmi tous nos enquêtés le choix minimal du nombre d'enfant à avoir au sein du couple est de 12 enfants par femme.

Selon les données statistiques, le nombre moyen d'enfants par femme au Tchad est d'environ 6. Et le nombre d'enfant par femme en milieu Moussey est élevé par rapport à certaines cultures. Cependant, le nombre idéal d'enfants que les couples souhaitent avoir peut varier en fonction de divers facteurs tels que les croyances culturelles, les conditions socio-économiques et l'accès aux services de santé reproductive. Dans le cadre de notre étude, il est important de mettre l'accent particulier sur la notion de taux de « fécondité de remplacement27(*) » qui est le nombre moyen d'enfants par femme nécessaire pour maintenir une population stable à long terme, sans immigration ni émigration.

Dans la plupart des pays développés, ce taux est d'environ 2,1 enfants par femme. Au Tchad, le taux de fécondité est beaucoup plus élevé que le taux de remplacement théorique. Selon les dernières données disponibles, le taux de fécondité au Tchad est d'environ 5,6 enfants par femme selon l'enquête démographique et de la santé (l'EDS 2018). Il est important de noter que ce taux élevé n'est pas nécessairement ce qu'un couple doit avoir, mais plutôt ce qui est observé en moyenne. Les facteurs influençant ce taux comprennent :

Il est important de noter que le nombre d'enfants qu'un couple doit avoir est une question de choix personnel, influencée par la culture, l'éducation, les ressources économiques, et l'accès aux soins de santé, plutôt qu'une obligation stricte.

À travers notre travail nous avons eu à interroger sur comment les normes socioculturelles et les représentations locales influencent les pratiques contraceptives modernes chez les Moussey. Nous avons mis en lumière tous ces éléments, pour une meilleure compréhension des dynamiques de la fécondité au sein de cette population et à suggérer de stratégies de santé reproductive plus adaptées et inclusives.

III. LES PERCEPTIONS CULTURELLES DU NOMBRE D'ENFANTS CHEZ LES MOUSSEY

Dans la société Moussey du Tchad, comme dans de nombreuses sociétés africaines traditionnelles, la perception du nombre d'enfants est fortement influencée par des facteurs culturels, économiques et sociaux. Cette partie de notre mémoire a exploré les différentes dimensions de cette perception culturelle du nombre d'enfants en milieu Moussey et son impact sur l'utilisation des méthodes contraceptives modernes.

Cependant, dans la culture Moussey, la perception du nombre d'enfants est souvent influencée par des facteurs culturels, sociaux et économiques. Avoir une grande famille est considéré comme une source de richesse et de noble statut social. Sur cette même idée notre enquêtée Toudey affirme « celui qui a beaucoup d'enfants est perçu par la communauté comme un riche. Les gens en dissent toujours que celui-là a beaucoup d'enfants. Donc les enfants c'est la richesse ». Avoir de nombreux enfants est souvent valorisé car, cela signifie plus de main-d'oeuvre pour les travaux agricoles, plus de soutien familial et une assurance pour la vieillesse. Notre enquêtée Toudey poursuit ses propos dans ce sens : « on veut beaucoup d'enfants c'est pour le travail. Les enfants c'est la richesse et ça fait l'honneur. On veut beaucoup pour qu'ils nous aident dans les travaux. Aussi certains pensent qu'il faut faire beaucoup d'enfants quand la mort décidera de prendre certains, il nous restera aussi mieux. » Les enfants sont perçus comme des atouts précieux, car ils contribuent au développement économique de la famille, aident les parents à garder les bétails, assurent les travaux domestique, s'occupent des parents et assurent la continuité de la lignée familiale.

D'après nos entretiens avec plusieurs membres de la société Moussey, des grandes idées se dégagent pour donner de la valeur aux enfants parmi lesquels nous avons :

1. Valeur sociale et économique des enfants

Chez les Moussey, les enfants sont traditionnellement perçus comme une richesse et une bénédiction. Notre enquêtée Afiaaffirme, « celui qui n'a pas d'enfant meurt toujours avec ses richesses puis après sa mort, il n'y aura personne pour gérer ses biens matériels. »Un nombre élevé d'enfants est souvent associé à un statut social élevé et à une plus grande prospérité. Pour comprendre cette valeur, il est nécessaire d'examiner divers éléments comme le bien-être des enfants, leur formation, leur santé et les obstacles auxquels ils font face.

Les enfants sont considérés comme un soutien important pour les familles dans la société Moussey du Tchad.Ils contribuent aux tâches ménagères et agricoles dès leur plus jeune âge avec une division sexuelle du travail.Les enfants sont également perçus comme un investissement pour l'avenir, notamment en termes de sécurité sociale pour les parents âgés.

Les enfants participent aux activités économiques telles que l'agriculture, l'élevage ou le commerce, ce qui contribue aux revenus familiaux.Ils sont parfois perçus comme une main-d'oeuvre bon marché dans certaines situations.

Toutefois, dans plusieurs foyers au Tchad, les enfants participent directement au budget familial en travaillant de manière informelle ou agricole. Cela est considéré comme une exigence économique dans des conditions de ressources restreintes. Cependant, cela soulève aussi des inquiétudes sur le travail des enfants et leurs droits. Dans la communauté Moussey, le travail précoce des enfants entrave leur formation scolaire et compromettent leur développement mental et physique.

En dépit de ces apports potentiels, les enfants du Tchad en général et plus spécifiquement les enfants Moussey rencontrent divers obstacles importants : la pauvreté persistante, les conflits armés, la malnutrition chronique et les disparités d'accès aux services vitales. Non seulement ces éléments restreignent leur potentiel personnel, mais également celui de leurs communautés et pays.

En définitive, les enfants dans la société Moussey ont une grande valeur sociale et économique. « Une femme ou un homme qui n'a pas d'enfant si elle/il meurt on l'enterre avec le charbon pour dire qu'il/elle a laissé rien derrière lui et sa vie sur terre était sombre. » affirme notre enquêté Mounda. Mais, en milieu Moussey les enfants subissent fréquemment un sous-développement en raison de plusieurs entraves structurelles et socio-économiques. Il est primordial de maximiser cette valeur en améliorant l'accès à l'éducation, en consolidant les mesures de protection sociale pour empêcher l'exploitation et en favorisant une vision globale du développement qui prend en compte les exigences particulières des enfants.

2. Main-d'oeuvre agricole

Dans une économie principalement basée sur l'agriculture et l'élevage, les enfants représentent une force de travail essentielle pour la famille.D'après notre enquêté Moussa, « ce qui poussait nos parents à faire beaucoup d'enfants, c'est les besoins en mains d'oeuvre pour labourer un large champ, car les enfants peuvent enrichir leurs parents en les aidants à travailler dans les champs, garder les bétails etc. »Baina chef de famille marié à 06 femmes, pour sa part ajoute, « pour nous les cultivateurs, on se marie à beaucoup des femmes pour la main d'oeuvre. Avec un nombre des femmes important, on pourra avoir beaucoup d'enfants et cela nous permet de labourer un large champ. »

3. Sécurité sociale

En l'absence d'un système de retraite formel, les enfants sont considérés comme une assurance pour les vieux jours des parents dans la société Moussey. C'est sur cette même affirmation notre enquêté Mounouna affirme que : « Les enfants c'est le bonheur de la famille. Quand un homme voit son enfant il est heureux et content, c'est la fierté. Les enfants aussi c'est l'avenir quand le papa est vieux et ils peuvent le relever dans l'avenir. »

Cela nous laisse entendre que c'est pour la sécurité sociale que les Moussey veulent beaucoup d'enfants. Car, quand tu as beaucoup d'enfants la société Moussey te respecte « sa'a gora coco na sem fi ngara 28(*)».

4. Continuité du lignage

Une descendance nombreuse assure la pérennité du nom familial et des traditions.Pour notre enquêté Ndimma : « les enfants assurent la pérennité du nom de l'individu et même après la mort. Cela est plus important pour enfants garçons ». Cette perception sur le nombre d'enfants a une incidence sur le nombre d'enfant au sein d'un couple Moussey. Le fait d'avoir beaucoup ou moins d'enfants au sein du couple Moussey est impacté par plusieurs facteurs, tels que les valeurs familiales, les ressources économiques disponibles, ou encore l'impact sur la dynamique familiale. La taille de la famille en milieu Moussey est une construction sociale et varie selon les contextes culturels et historiques.Ainsi, la descendance nombreuse des Moussey peut changer leur perception du nombre d'enfants, en le rendant plus flexible et adapté à leur réalité familiale.

5. Influence des croyances religieuses et traditionnelles

Les croyances culturelles Moussey et l'islam ne fixent aucune limite pour le nombre d'enfants qu'un couple doit avoir. Cependant, ces religions encouragent une descendance nombreuse et instruites les parents à assumer la responsabilité de l'éducation et du bien-être de leurs enfants. Ces croyances jouent un rôle important dans la perception du nombre d'enfants parmi lesquels le peuple Moussey affirme que les enfants c'est la bénédiction divine. Lafertilité est souvent vue comme un don de Dieu ou des ancêtres.« C'est Dieu qui donne les enfants. Un homme Moussey qui a assez d'enfants est un béni de Dieu. » Affirme notre enquêté Mana.

La religion joue un rôle significatif dans la décision du nombre d'enfants qu'un couple souhaite avoir. Cette influence se manifeste à travers les enseignements religieux, les valeurs culturelles associées à la religion, et les normes sociales qui dissuadent les couples d'avoir plus d'enfants. Les religions encouragent souvent la procréation, avec de nombreuses traditions chrétiennes, islamiques valorisant la famille et la maternité. Ces enseignements peuvent encourager les couples à avoir plus d'enfants, car ils croient que les enfants sont une bénédiction et un devoir moral.

6. Les rôles de genre

Les rôles de genre favorisent souvent les femmes en tant que principales responsables de l'éducation des enfants et des tâches ménagères, ce qui peut influencer le désir d'avoir plusieurs enfants. Dans la société Moussey, les attentes sociétales poussent les femmes à avoir plus d'enfants pour répondre aux normes familiales.

L'inégalité des sexes a également été associée à une augmentation de la fécondité dans certains contextes. Car, cela pourrait réduire le nombre d'enfants en raison de priorités professionnelles ou personnelles accrues. Cependant, lorsque les femmes ont accès à l'éducation et aux ressources, cela peut conduire à une intention plus élevée d'avoir des enfants. « Ce qui m'a poussé à faire beaucoup d'enfants, c'est la recherche des enfants garçons. J'avais accouché successivement 05 filles et comme vous le savais, une femme qui n'a pas accouché des enfants garçons n'a pas trop de valeur au sein de la société, je me suis mis à chercher l'enfant de sexe masculin en allant chez les voyants et marabouts. Dieu merci ma dernière grossesse j'ai pu accoucher un enfant garçon. » Affirme notre enquêtée Fati.

L'impact de la religion sur la natalité varie considérablement en fonction des contextes culturels et géographiques. Par exemple, dans les pays où l'islam est dominant, les taux de natalité sont plus élevés que dans les pays aux valeurs plus laïques.

7. Pratiques polygames

La polygynie, trop pratiquée dans la société Moussey, favorise la progéniture nombreuse. La polygamie, la pratique de se marier avec plusieurs partenaires simultanément, est une institution sociale dans de nombreuses sociétés africaines, influençant la dynamique familiale et le nombre d'enfants qu'un couple peut avoir. Les facteurs influençant incluent les normes culturelles et sociales, les ressources économiques, l'accès aux soins de santé et l'éducation. « Chez nous les Moussey, celui qui veut beaucoup d'enfants doit nécessairement se marier à beaucoup des femmes. Cela n'est pas seulement bénéfique pour une progéniture nombreuse, mais pour une main d'oeuvre agricole importante ». Affirme notre interviewé Ndimma.

Les normes culturelles et sociales jouent un rôle significatif dans l'adoption de la polygamie dans la sociétéMoussey. Les hommes qui peuvent avoir plusieurs épouses sont souvent respectés et admirés, ce qui peut entraîner une augmentation du nombre d'enfants. Dans certains cas, dans la société Moussey, il y a une pression sociale pour que les femmes aient plusieurs enfants afin de renforcer les liens familiaux et d'assurer un soutien économique à long terme.

Les ressources économiques jouent également un rôle crucial dans la capacité de la famille à soutenir un grand nombre d'enfants. Dans les systèmes de polygamie, les ressources peuvent être partagées entre plusieurs épouses et leurs enfants, augmentant potentiellement le nombre total d'enfants par rapport aux structures de monogamie. Cependant, cela dépend de la gestion des ressources par le mari et des dynamiques internes entre les coépouses.

L'accès aux services de santé est également crucial pour déterminer le nombre d'enfants souhaité par une femme. Dans les sociétés où les femmes ont accès à l'éducation et sont sensibles aux droits reproductifs, le désir d'avoir moins d'enfants augmente. Démographiquement, la polygamie a un taux de natalité plus élevé dans certaines régions africaines par rapport aux sociétés monogames. En conclusion, la polygamie influence de manière significative le nombre d'enfants dans les couples Moussey, mais son impact varie considérablement en fonction des normes culturelles locales, des ressources économiques disponibles, de l'accès aux services de santé et du niveau d'éducation des femmes.

8. Rites et coutumes

Les rituels et coutumes jouent un rôle crucial dans la manière dont nous percevons la famille et la reproduction. En renforçant l'importance de la famille et en créant des attentes sociales autour de la procréation, ils peuvent en effet influencer le nombre d'enfants que les couples décident d'avoir. Selon Pierre Bourdieu, ces traditions façonnent nos choix en matière de reproduction en imprégnant notre inconscient de normes et de valeurs familiales.

Une étude menée par l'Institut National d'ÉtudesÉconomiques et Démographiques du Tchad a montré que dans les sociétés où les rituels familiaux sont fortement ancrés, le taux de natalité est plus élevé. En effet, ces rituels renforcent le lien familial et incitent les couples à envisager une famille nombreuse comme un idéal à atteindre. De plus, ils peuvent également créer une pression sociale sur les individus pour qu'ils se conforment aux attentes de leur communauté en matière de reproduction.

Ainsi, il est essentiel de prendre en compte l'impact des rituels et coutumes sur nos choix en matière de procréation. En comprenant comment ces traditions influencent nos comportements et nos décisions, nous pouvons mieux appréhender les mécanismes qui sous-tendent les dynamiques démographiques de nos sociétés.

9. Statut de la femme

Cette vision réductrice de la femme en tant que simple reproductrice est non seulement dégradante, mais elle limite également ses opportunités et son autonomie dans la société. En réalité, les femmes ont bien plus à offrir que leur capacité à procréer. Elles possèdent des compétences, des talents et des capacités intellectuelles qui peuvent contribuer de manière significative au développement et à la prospérité de la société.

Selon une étude menée par l'Organisation mondiale de la santé, les pays qui accordent davantage de droits et d'opportunités aux femmes ont tendance à être plus prospères et plus égalitaires. En valorisant pleinement les femmes dans tous les domaines de la société, non seulement elles pourront s'épanouir pleinement, mais cela bénéficiera également à l'ensemble de la communauté.

10. Préférence pour les enfants garçons

Dans la culture Moussey, la valeur des enfants n'est pas le même selon les sexes. Le Moussey exprime un grand désir aux enfants garçons. « Le garçon constituent une force familiale et c'est eux qui pérennisent le lien familial. Car, quel qu'en soit son niveau d'étude et son statut, la fille va se marier et abandonner sa famille et s'affilier à une nouvelle famille. Celui qui n'a pas fait d'enfants garçons même s'il accouche 20 filles, il n'est pas différent d'un infertile. » Ce désir d'avoir des garçons favorise des grossesses répétées. L'influence des préférences pour les garçons sur le nombre d'enfants d'un couple est complexe et multidimensionnelle, impliquant des facteurs culturels, psychologiques, économiques et sociaux.

Les préférences culturelles et sociales pour les garçons sont influencées par les rôles de genre traditionnels, les noms de famille ou le soutien économique que les enfants sont perçus comme pouvant apporter. Les parents ressentissent une pression sociale ou familiale pour avoir un garçon, ce qui peut influencer leur désir d'augmenter le nombre total d'enfants. Cette pression entraîne des sentiments de déception ou de frustration si un couple n'a pas d'enfant du sexe désiré après plusieurs tentatives.« J'ai accouché 03 filles, mon mari a vu que je ne l'ai pas accouché un garçon, il s'est marié avec une autre femme. J'implore Dieu s'il pouvait même me donner seulement 02 garçons, je serai heureuse ». Affirme notre enquêtée Alice.

En conclusion, la préférence pour les enfants de sexe masculin influence significativement le nombre d'enfants d'un couple, influencée par divers facteurs culturels, psychologiques et économiques.

11. Pression sociale

Cette pression sociale peut provenir de différents facteurs tels que les normes culturelles, les attentes familiales ou même les valeurs religieuses. Par exemple, dans certaines cultures, avoir beaucoup d'enfants est considéré comme une source de richesse et de fierté pour la famille, ce qui pousse les couples à en avoir davantage.De plus, des études ont montré que la pression sociale peut avoir un impact significatif sur la décision d'avoir des enfants. Une recherche menée par des sociologues a révélé que les individus sont plus enclins à suivre les normes sociales en matière de fécondité, ce qui signifie qu'ils sont plus susceptibles d'avoir un nombre d'enfants similaire à celui de leur entourage proche.En outre, la pression sociale peut également influencer la perception des couples sur la taille idéale de leur famille. En se conformant aux attentes de la société, certains couples peuvent se sentir obligés d'avoir plus d'enfants qu'ils ne le souhaitent réellement, ce qui peut entraîner du stress et des difficultés dans leur relation.En fin de compte, il est important pour les couples de prendre des décisions en matière de fécondité qui correspondent à leurs propres valeurs et aspirations, plutôt que de céder à la pression sociale. Comme le souligne le sociologue Pierre Bourdieu, "la reproduction sociale s'exerce par l'intermédiaire des attitudes, des comportements et des aspirations des individus, qui intègrent et reproduisent les normes et les valeurs de la société". Ainsi, il est crucial de remettre en question ces normes et de prendre des décisions éclairées en matière de procréation.

12. Conditions socio-économiques

Dans Les conditions socio-économiques jouent un rôle crucial dans les décisions liées à la fécondité et à la structure familiale. Les familles pauvres peuvent voir les enfants comme une forme d'assurance pour leur propre sécurité financière, les poussant ainsi à favoriser la procréation précoce et à valoriser le travail des enfants. D'autre part, les familles chrétiennes et éduquées ont souvent accès à des informations et des ressources qui leur permettent de faire des choix éclairés en matière de planning familial. Pour ces familles, la qualité de vie et l'éducation des enfants priment sur la quantité, les incitants à avoir moins d'enfants pour pouvoir subvenir à leurs besoins de manière plus adéquate. Selon une étude menée par l'UNICEF, les adolescentes issues de milieux défavorisés ont plus de risques de tomber enceintes que celles provenant de familles aisées. Ces chiffres soulignent l'impact des conditions socio-économiques sur les décisions en matière de fécondité et mettent en lumière l'importance de politiques et de programmes visant à offrir un accès équitable à l'éducation et aux services de santé reproductive pour toutes les couches de la société. En conclusion, il est essentiel de prendre en compte les conditions socio-économiques dans l'analyse des choix familiaux, afin de concevoir des politiques adaptées et inclusives qui permettent à chaque individu de prendre des décisions éclairées et autonomes en matière de reproduction.

13. Les défis modernes

Malgré la persistance de ces perceptions traditionnelles, nous observons une évolution progressive des comportements de certains Moussey face aux réalités contemporaines.

Impact du modernisme sur la conception du nombre d'enfants dans un couple est un sujet captivant nécessitant une analyse approfondie. Dans le cadre de votre étude sur la perception des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey au Tchad, il est essentiel d'explorer comment les idées modernistes ont influencé la planification familiale. Le modernisme a profondément transformé la façon dont les individus considèrent la famille, la parentalité et la fertilité. Chez les Moussey, ces idées peuvent remettre en question les notions traditionnelles de famille et influencer la décision quant au nombre d'enfants à avoir.

Les valeurs de liberté, d'autonomie et de choix personnel associées au modernisme peuvent impacter la perception de la taille de la famille par les couples Moussey. Les avancées technologiques et l'accès à l'information sur la contraception jouent également un rôle dans la redéfinition des normes liées à la procréation.Il est crucial d'étudier la manière dont ces influences modernistes s'imbriquent avec les normes culturelles et les traditions ancestrales chez les Moussey. Comprendre les interactions complexes entre modernisme et tradition permet de mieux appréhender les enjeux et les opportunités liés à la santé reproductive et à la planification familiale au sein de cette communauté

En conclusion, l'analyse de l'influence du modernisme sur la perception du nombre d'enfants chez les Moussey offre un éclairage précieux sur l'évolution des mentalités en matière de fécondité et de parentalité, en tenant compte des dynamiques culturelles et sociales spécifiques à cette population.

13.1. Urbanisation

L'exode rural et l'adoption de modes de vie urbains modifient les perceptions sur la taille idéale de la famille.

13.2. Accès à l'information

En effet, des études ont montré que dans les sociétés où la perception culturelle du nombre d'enfants est élevée, l'utilisation des méthodes contraceptives modernes est souvent limitée. Les croyances endogènes sur la procréation et la famille peuvent créer des barrières à l'accès aux informations essentielles en matière de santé reproductive.

Ainsi, il est primordial de sensibiliser les individus de la société Moussey sur l'importance du planning familial et de l'accès aux méthodes contraceptives modernes. En leur fournissant des informations précises et en les éduquant sur les options qui s'offrent à eux, nous pouvons contribuer à une prise de décision éclairée et autonome en matière de santé reproductive.

Comme le dit si bien Margaret Sanger, fondatrice du mouvement pour le contrôle des naissances : « La liberté de planifier quand et comment avoir des enfants est fondamentale pour le bien-être des individus et des sociétés. » Il est donc crucial de briser les tabous et les barrières culturelles qui restreignent l'accès à l'information en matière de santé reproductive, afin de permettre à chacun de faire des choix en toute connaissance de cause et dans le respect de ses droits fondamentaux.

14. Résistance culturelle

Les valeurs traditionnelles constituent un frein à l'adoption de la contraception. La résistance culturelle envers la contraception peut venir de croyances religieuses, de traditions familiales ou de pressions sociales. Dans certaines cultures, la contraception est perçue comme contraire aux normes établies depuis longtemps. Cela peut être dû au fait que la procréation est considérée comme un devoir sacré et limiter la taille de la famille peut être mal vu. Il est important de comprendre ces résistances pour mettre en place des programmes de sensibilisation efficaces. L'éducation peut aider à changer les attitudes même dans des contextes conservateurs. Il est essentiel d'aborder ces questions de manière respectueuse et inclusive. Travailler en collaboration avec les communautés locales est essentiel pour promouvoir des choix reproductifs autonomes et informés. Comme le dit un proverbe Moussey, « Il faut tout un village pour élever un enfant ».

15. Conflit de valeurs

L'utilisation de contraceptifs est perçue comme allant à l'encontre des croyances religieuses et traditionnelles. Ce conflit de valeurs peut être très préjudiciable pour les individus qui souhaitent utiliser des contraceptifs pour des raisons de santé ou de planification familiale. Selon une étude menée par l'Organisation mondiale de la santé, l'accès aux contraceptifs modernes permet de réduire le nombre de grossesses non désirées, ce qui contribue à la santé maternelle et à la réduction de la mortalité infantile.

Il est également important d'éduquer et de sensibiliser les communautés sur l'importance des contraceptifs et de promouvoir le dialogue interculturel pour surmonter les obstacles liés aux différences de valeurs. En fin de compte, il s'agit de trouver des solutions qui respectent à la fois les convictions individuelles et les impératifs de santé publique.

16. Négociation familiale

La décision d'utiliser des contraceptifs implique souvent des négociations au sein du couple et de la famille élargie. Cette analyse de la perception culturelle du nombre d'enfants dans la société Moussey met en lumière la complexité des facteurs influençant les choix reproductifs. Elle souligne l'importance de prendre en compte ces perceptions culturelles dans l'élaboration de programmes de planification familiale et de promotion des méthodes contraceptives modernes au Tchad.

En effet, la perception du nombre d'enfants n'est pas statique chez les Moussey. En raison de l'évolution des conditions socio-économiques, l'accès accru à l'éducation et l'influence des médias modernes, tout cela a contribué des modifications des attitudes et des comportements en matière de procréation.

En revanche, les croyances culturelles Moussey entrent de plus en plus en conflit avec l'utilisation des contraceptifs modernes. Certains membres de la communauté Moussey perçoivent ces méthodes comme allant à l'encontre des normes traditionnelles et religieuses et se montrent hostiles à leur utilisation.

IV. LA DÉCISION DU NOMBRE D'ENFANTS DANS UN COUPLE CHEZ LES MOUSSEY

Dans la société Moussey du Tchad, la décision concernant le nombre d'enfants à avoir est un processus complexe, influencé par divers facteurs socioculturels, économiques et personnels. Nous avons examiné les mécanismes de prise de décision et les influences qui s'exercent sur les couples Moussey en matière de procréation.

1. Structures décisionnelles familiales

La décision du nombre d'enfants n'est généralement pas le fait d'un individu isolé, mais s'inscrit dans un cadre familial plus large. La structure familiale joue un rôle crucial dans la détermination du nombre d'enfants qu'un couple choisit d'avoir. Cette influence peut être analysée sous plusieurs dimensions, y compris la composition familiale, les valeurs culturelles, les facteurs économiques et l'éducation.

Le type de structure familiale (nucléaire, élargie, monoparentale) impacte directement le désir d'avoir des enfants. Les familles nucléaires, composées de deux parents et de leurs enfants, ont tendance à avoir des préférences différentes par rapport aux familles élargies avec plusieurs générations vivant ensemble. Dans les familles élargies, il peut y avoir une pression sociale ou un soutien accru pour avoir plus d'enfants en raison des ressources partagées et du soutien familial.

Les valeurs culturelles influencent également le nombre d'enfants qu'un couple souhaite avoir. Dans certaines cultures, avoir une grande famille symbolise la prospérité et la continuité. Les facteurs économiques jouent également un rôle dans le choix du nombre d'enfants. Les couples avec des ressources financières limitées peuvent choisir d'avoir moins d'enfants en raison des coûts associés. Inversement, les couples disposant de meilleures ressources ou de politiques favorables peuvent être plus enclins à avoir une famille plus nombreuse.

L'éducation et l'emploi jouent également un rôle significatif dans la décision d'avoir des enfants. Les niveaux d'éducation élevés tendent à retarder la maternité/paternité et encouragent les femmes à se concentrer sur leur carrière. Les politiques publiques qui soutiennent la parentalité peuvent encourager les couples à avoir plus d'enfants en réduisant les obstacles financiers ou logistiques.

2. Rôle du patriarche

La figure du patriarche joue un rôle essentiel dans de nombreuses familles Moussey en ce qui concerne les décisions reproductives. En tant que chef de famille, souvent le père ou le grand-père, il détient une influence significative sur les choix liés à la reproduction.

D'une part, il est courant que le patriarche ait le dernier mot dans les négociations conjugales concernant le nombre d'enfants à avoir. Bien que des discussions puissent avoir lieu au sein du couple, la voix de l'homme est souvent prépondérante dans cette prise de décision. Cette tradition peut être ancrée dans les valeurs familiales et culturelles transmises de génération en génération.

D'autre part, l'influence de la belle-famille, et en particulier des parents du mari, peut également peser dans la balance. Ces derniers peuvent exercer une pression pour avoir plus d'enfants, en particulier si la femme n'a pas encore donné naissance à un garçon pour perpétuer le nom de famille. Cette pression sociale peut parfois être difficile à ignorer pour le couple, et le patriarche joue alors un rôle central dans la gestion de ces attentes familiales.

Cette dynamique met en lumière l'importance des figures masculines dans les prises de décision liées à la reproduction au sein de la société Moussey. Il est essentiel de prendre en compte ces facteurs culturels et sociaux pour comprendre les choix familiaux en matière de fécondité. Comme le souligne le sociologue Pierre Bourdieu, "la famille est le premier lieu où l'on apprend.

3. Facteurs socioculturels influençant la décision

Plusieurs éléments socioculturels entrent en jeu dans la décision du nombre d'enfants en milieu Moussey :

- Prestige social : Un grand nombre d'enfants est souvent associé à un statut social élevé et à la virilité pour les hommes.

- Pression communautaire : La communauté peut exercer une influence indirecte à travers des commentaires, des comparaisons ou des attentes exprimées lors de rassemblements sociaux.

- Croyances religieuses : Les convictions religieuses peuvent encourager une progéniture nombreuse, considérée comme une bénédiction divine.

4. Considérations économiques

Les facteurs économiques jouent un rôle de plus en plus important dans la décision du nombre d'enfants en milieu Moussey. Dans les familles pauvres, les enfants sont souvent perçus comme une source de main-d'oeuvre et de revenu supplémentaire. Cela peut conduire à des mariages précoces et à des grossesses multiples, même si les risques pour la santé de la mère et de l'enfant sont accrus. Les ressources économiques du ménage influencent directement la décision d'avoir plus ou moins d'enfants. En plus, la perception des enfants comme investissement et de revenus futurs, influence ainsi la décision d'en avoir plus.

5. Facteurs liés à la santé

Les préoccupations de santé influencent de plus en plus les décisions reproductives de la société contemporaine Moussey :

- Santé maternelle : Les risques liés aux grossesses multiples peuvent inciter certains couples à limiter le nombre d'enfants.

- Espacement des naissances : La compréhension de l'importance de l'espacement pour la santé de la mère et de l'enfant peut influencer la planification familiale.

- Accès aux soins de santé : La disponibilité et la qualité des services de santé maternelle et infantile peuvent affecter les décisions reproductives.

6. Le niveau d'éducation

L'accès à l'éducation, en particulier pour les filles, est un facteur déterminant dans la décision du nombre d'enfants. Les femmes instruites ont tendance à avoir moins d'enfants et à se marier plus tard, car elles ont d'autres aspirations et opportunités dans la vie.

L'accès aux services de santé reproductive : La disponibilité et l'accessibilité des services de planification familiale et de santé maternelle peuvent influencer les choix des couples en matière de procréation. Cependant, l'accès à ces services reste limité dans certaines régions du Tchad, en particulier dans les zones rurales.

Les préférences individuelles du couple : En fin de compte, la décision du nombre d'enfants est une décision personnelle qui devrait être prise par le couple en concertation. Il est important que les deux partenaires soient en mesure de discuter ouvertement de leurs désirs et de leurs aspirations, et de prendre une décision éclairée qui correspond à leurs projets de vie.

Il est important de noter que la situation est en train d'évoluer au Tchad. La sensibilisation aux questions de santé reproductive et familiale augmente, et les couples tchadiens ont de plus en plus la possibilité de faire des choix éclairés quant à leur avenir familial. Au sein de la société Moussey du Tchad, la décision du nombre d'enfants à avoir au sein du couple est influencée par une multitude de facteurs, imbriqués dans les valeurs culturelles, les réalités socio-économiques et les croyances ancestrales. Au sein de la société Moussey du Tchad est un processus complexe, influencé par des facteurs culturels, socio-économiques et ancestraux. Néanmoins, l'évolution sociétale et l'accès à l'information permettent aux couples de faire des choix plus libres et responsables quant à leur avenir familial. La décision du nombre d'enfants dans la société Moussey du Tchad est le résultat d'un équilibre complexe entre traditions, pressions sociales, réalités économiques et aspirations personnelles. Bien que les facteurs traditionnels exercent encore une influence significative, on observe une évolution progressive vers une approche plus réfléchie et planifiée de la procréation, particulièrement chez les jeunes générations et en milieu urbain. Cette évolution ouvre des perspectives pour une meilleure acceptation et utilisation des méthodes contraceptives modernes, tout en soulignant l'importance d'une approche sensible aux spécificités culturelles dans les programmes de planification familiale.

V. LES RAISONS DE LA PRÉFÉRENCE D'UNE PROGÉNITURE NOMBREUSE CHEZ LES MOUSSEY

La préférence pour une progéniture abondante chez les Moussey est influencée par plusieurs facteurs culturels, économiques et sociaux propres à cette communauté spécifique.

Sur le plan culturel, la famille est considérée comme une unité centrale de la vie sociale, et une descendance nombreuse est valorisée en tant que symbole de réussite et de pouvoir au sein de la communauté Moussey. De plus, dans la culture Moussey, avoir de nombreux enfants est perçu comme un moyen de garantir une sécurité financière et un soutien familial en cas de besoin. « C'est pour la gloire qu'on veut beaucoup d'enfants. Car, quand tu as beaucoup d'enfants la société Moussey te respecte « sa'a gora coco na sem fi ngara 29(*)». »

Sur le plan économique, une progéniture abondante est considérée comme une main-d'oeuvre potentielle pour les activités agricoles, pastorale contribuant ainsi à la subsistance de la famille et à la prospérité économique. De plus, dans la société Moussey, les enfants sont considérés comme une assurance vieillesse pour les parents. Les parents Moussey comptent sur leur soutien à l'âge avancé. « On perçoit celui qui a beaucoup d'enfants comme un riche. Parce-que les enfants travail et cet homme ne manquerai pas de récolter une grande quantité des miles. » Affirme Assabaksou notre enquêté père d'un enfant âgé de 24 ans.

Enfin, sur le plan social, une progéniture abondante est perçue comme un statut social élevé et une source de fierté pour les parents, renforçant ainsi leur position au sein de la communauté. La préférence des enfants de sexe masculin influence également le nombre d'enfant au sein du couple. Dans la société Moussey, la valeur des enfants ne pas le même selon le sexe masculin et féminin. Le couple Moussey priorise les enfants garçons que des filles. Un couple qui a accouché beaucoup des filles sans accoucher un enfant garçon va solliciter davantage les grossesses pour espérer un enfant garçon. La recherche d'un enfant de sexe masculin pousse également certain conjoint de se marier à d'autres femmes.

Il est important de noter que les raisons de la préférence pour une progéniture abondante varient d'une personne à l'autre, d'un couple à l'autre et sont influencées réciproquement par un ensemble complexe de facteurs culturels, économiques et sociaux.

v Raisons culturelles et sociales

La préférence des Moussey pour une grande famille est profondément ancrée dans leur structure sociale et culturelle. Cette préférence est influencée par des motivations sociales et culturelles, ainsi que par la continuité des liens familiaux et des traditions. La présence de nombreux enfants assure la continuité des liens familiaux, un élément essentiel de leur identité culturelle. Dans la cosmologie de Moussey, la présence d'une grande famille est souvent perçue comme un signe de grâce divine, favorisant le respect et l'admiration. Les grandes familles ont généralement une plus grande influence dans les décisions communicatives, leur voix ayant plus de poids dans les assemblées traditionnelles. La présence d'un grand réseau familial encourage l'intimité et la solidarité au sein de la famille, et chaque enfant est une occasion de renouveler les alliances par le mariage. La culture Moussey valorise le rôle de la mère et le grand groupe familial est considéré comme plus capable de faire face aux défis externes. Cependant, en raison des défis sociaux et contemporains, ces représentations traditionnelles peuvent changer, nécessitant un équilibre délicat entre la préservation des valeurs culturelles et l'adaptation aux défis actuels.

v Raisons économiques

Les Moussey privilégient une structure familiale nombreuse en raison de leur structure socio-économique. Les enfants jouent un rôle crucial dans les activités agricoles de la famille, contribuant aux revenus de la famille. Sans systèmes de retraite formels, ils sont considérés comme une garantie pour les parents âgés, assurant leur sécurité économique future. Une grande famille peut élargir son potentiel agricole et économique, créer des alliances et contribuer aux réseaux économiques de la communauté. Cette préférence pour les grandes familles reflète une stratégie d'adaptation visant à maximiser les ressources économiques et à assurer la sécurité familiale à long terme dans les contextes ruraux et agricoles.

v Raison religieuse

La tendance des Moussey à privilégier une grande famille est profondément ancrée dans leurs pratiques religieuses et leurs cosmologies. On voit souvent dans cette préférence une manifestation de la grâce divine, un acte spirituel et une bénédiction divine. D'un autre côté, une famille moins nombreuse est perçue comme un signe de faiblesse divine ou de méchanceté, incitant les couples à rechercher une famille importante afin de démontrer leur foi et leur spiritualité.

Selon les Moussey, les enfants sont perçus comme des liens vivants avec le monde des ancêtres, garantissant ainsi la continuité des rituels et des sacrifices à leurs pères. La réincarnation et le cycle de la vie peuvent être inclus dans certaines cosmologies de Moussey, où les enfants sont perçus comme des âmes anciennes qui se sont réincarnées dans le monde.

CONCLUSION PARTIELLE

Dans ce chapitre, nous étudions les divers acteurs au sein de la communauté Moussey qui ont un impact sur la fécondité, la procréation et le contrôle de naissances. Les acteurs tel que : les leaders traditionnels, les maris, des communautés et des institutions éducatives jouent des rôles importants dans la construction des attitudes à l'égard de la fécondité.

Parlant de nombre d'enfant qu'un couple Moussey doit avoir, cela varie en fonction de divers éléments, tels que la situation économique, l'éducation, les situations familiales et les représentations culturelles. En ce qui concerne l'économie, les enfants sont considérés comme une source d'emploi essentielle pour la famille, contribuant ainsi à l'évolution de leurs revenus agricoles et bien d'autres. En milieu Moussey, l'éducation joue également un rôle crucial dans la fertilité et la reproduction en favorisant l'utilisation des méthodes de contraception modernes.

Les opinions culturelles concernant la fécondité chez les Moussey comprennent des convictions religieuses, des normes culturelles et sociales, ainsi que l'influence des établissements de santé et d'éducation. Le recours aux méthodes contraceptives modernes pour contrôler les naissances est découragé par les croyances religieuses, tandis que la pression sociale dissuade les couples de se conformer aux attentes de la communauté.

L'échange entre ces acteurs génère un environnement complexe où se rencontrent les traditions, les innovations sociales et les politiques publiques. Il est essentiel d'adopter une approche collaborative afin d'aborder de manière efficace les problèmes de fertilité dans la communauté de Moussey, en mettant en place des dialogues inclusifs, des programmes éducatifs sensibles et un soutien institutionnel renforcé. En comprenant l'interaction entre ces acteurs, on peut mieux comprendre la fertilité et élaborer des stratégies efficaces pour l'améliorer tout en préservant leur patrimoine culturel exceptionnel.

CHAPITRE CINQUIÈME : PRATIQUES ET SAVOIRS ENDOGÈNES DE LA CONTRACEPTION CHEZ LES MOUSSEY

INTRODUCTION PARTIELLE

Le peuple Moussey possède un riche patrimoine culturel qui comprend des pratiques et des connaissances locales liées à la contraception. Dans cette partie de notre mémoire nous avons exploré les pratiques et croyances traditionnelles Moussey en matière de contraception. Comprendre les pratiques endogènes et les connaissances en matière de contraceptions traditionnelles au sein de la société Moussey était crucial pour nous afin de mieux comprendre les attitudes de la population à l'égard des méthodes contraceptives modernes.

Cependant, il faut noter que le peuple Moussey n'a pas attendu l'arrivée de la médecine conventionnelle pour développer leurs propres techniques et savoirs contraceptifs afin de contrôler leur santé reproductive. Il utilise depuis longtemps des méthodes de contraception endogènes profondément enracinées dans ses traditions culturelles. Ces pratiques impliquent souvent l'utilisation d'herbes, des racines, des rituels ou d'autres techniques culturelles transmises de génération en génération. Pendant nos séjours dans la société Moussey, nous avons pu approfondir nos connaissances sur leurs pratiques contraceptives endogènes, pour décrire fidèlement les complexes dont les Moussey gèrent et contrôle leur fécondité et leur procréation.

I- LES PRATIQUES CONTRACEPTIVES ENDOGÈNESAUXQUELLES LES MOUSSEY ONT RECOURS

Les pratiques contraceptives endogènes chez les Moussey représentent l'ensemble des connaissances et pratiques locales connues et transmises d'une génération à une autre, dans le but de prévenir et de réduire les chances de grossesse. Les méthodes culturelles de contraception chez les Moussey s'appuient sur les propriétés contraceptives de certaines plantes, herbes, racines et d'autres pratiques sociales. En effet, nous avons observé que les pratiques contraceptives endogènes sont variables au sein de la communauté Moussey en fonction des catégories sociales, de l'âge et du sexe. Ces méthodes s'inscrivent dans un contexte culturel et traditionnel plus large.

Les pratiques contraceptives traditionnelles du peuple Moussey sont souvent partagées au sein de la communauté à travers les traditions orales et le transfert de connaissances entre les générations. Les aînés et les membres expérimentés de la communauté jouent un rôle crucial dans la transmission d'informations sur les méthodes traditionnelles de contraception aux plus jeunes. Les pratiques contraceptives endogènes en milieu Moussey sont de deux types, à savoir : les pratiques traditionnelles basées sur l'utilisation des plantes et des méthodes naturelles basées sur les connaissances pouvant empêcher la conception.

1. Les pratiques contraceptives culturelles basées sur l'utilisation des plantes et produits locaux chez les Moussey

1.1. Jatropha

Linné a décrit et nommé l'espèce Jatropha curcas dans Species plantarum (1753). Le nom de genre Jatropha est composé de deux noms grecs iatros « médecin » et trofé « nourriture » soit « nourriture de médecin ». Achille Ephrem Assogbado, Guillaume Amadi et al. Evaluation écologique et ethnobotanique de Jatropha curcas au Benin. Journal international de science biologique et chimique octobre 2009.Le jatropha (Jatropha curcas), plante arbustive originaire d'Amérique centrale mais largement répandue en Afrique, joue un rôle significatif dans la pharmacopée traditionnelle des Moussey. Parmi ses nombreuses applications médicinales, son utilisation comme méthode contraceptive traditionnelle a attiré notre attention particulière.

Les Moussey emploient principalement les écorces et les feuilles du jatropha dans leur pratique contraceptive. La méthode consiste généralement à préparer une décoction à partir de ces parties de la plante, que les femmes consomment régulièrement pour prévenir la grossesse. Cette pratique s'inscrit dans un contexte plus large de gestion de la fertilité et de planification familiale au sein de la communauté Moussey. Comme affirme notre enquêtée Mariam « pour moi après accouchement je bois régulièrement la décoction de jatropha pour se prévenir des infections et éviter la conception rapide ». Cependant, il est important de noter que l'efficacité et la sécurité de cette méthode n'ont pas été scientifiquement validées.

Photo 5 : Arbre jatropha

Source :enquête de terrain

1.2. Le Momordica balsamina (Daraw Douguina)

Momordica balsamina, le concombre balsamite est une  espèce de  plantes à fleurs très utilisée dans le complément alimentaire chez les Moussey. Il utilise cette plante pour préparer le gombo et les légumes. Les feuilles de cette plante au saveur amère constitue un alicament. Les feuilles sont utilisées comme traitement contre la  fièvre et les saignements utérins excessifs et pour traiter la syphilis, les  rhumatismes, l'hépatite et les troubles cutanés.

Les femmeset les hommes Moussey utilise les feuilles de momordica balsamina comme des contraceptions masculines. Il prépare avec une dosent amère et l'homme bois pour n'est pas concevoir pour une durée de 01 jours. « Si je n'ai pas envie de tomberenceinte, je n'ai aucune crainte. Car, il suffit que je prépare bien amère les feuilles de moimordica balsamina moi et mon mari buvons et c'est tout il n'y aura pas grossesse ». Raconte notre enquêtée Maimouna.

Photo 6 : Plante Momordica balsamina

Source : enquête de terrain par Filina Gendarme Séraphin

1.3. Le citron

L'origine du citron a longtemps été un mystère en raison de sa diversité et de son polymorphisme. Initialement, les chercheurs pensaient que son ancêtre sauvage provenait de la région d'Assam, de la région indo-birmane ou de Chine. Cependant, des études phylogénétiques réalisées en 2016 ont révélé que le citron jaune est né en Méditerranée, résultant d'un hybride entre la bigarade (ou orange amère) et le cédrat vers le Ve millénaire av. J.-C. Le citron (citrus limon), fruit du citronnier, occupe une place importante dans les pratiques contraceptives traditionnelles du peuple Moussey. Cette utilisation s'inscrit dans un ensemble plus large de connaissances ethnomédicinales transmises oralement, reflétant une approche culturelle de la santé reproductive et de la planification familiale dans la socioculture Moussey.Le citron est la méthode contraceptive traditionnelle la plus citée par les jeunes filles Moussey. Les femmes et les filles mettent le jus de citron dans leur vagin le jour d'ovulation pour éviter de tomber en grossesse. Les femmes Moussey utilisent généralement le jus de citron comme spermicide naturel. Cette méthode est plus connue par les jeunes Moussey. La méthode consiste à imbiber un morceau de tissu ou d'éponge naturelle avec du jus de citron fraîchement pressé, puis à l'insérer dans le vagin avant les rapports sexuels. Certaines variantes de cette pratique incluent également l'utilisation de la pulpe du citron ou un rinçage vaginal avec une solution diluée de jus de citron après les rapports. Pour notre enquêtée Bolda : « Pour moi, si je suis dans mes jours d'ovulation pour éviter la grossesse, je mets le jus de citron dans le vagin avant le rapport sexuel ».Le citron, en tant que produit naturel, est souvent perçu comme plus sûr et plus en accord avec les valeurs traditionnelles que les contraceptifs modernes "artificiels". La facilité d'accès au citron et son faible coût le rend accessible par rapport aux méthodes modernes qui peuvent être plus difficiles à obtenir ou plus coûteuses".

Photo 7 : Citron vert

Source : enquête de terrain

1.4. Le thé vert

Le théier, connu scientifiquement sous le nom de Camellia sinensis, est un arbuste à feuilles persistantes de la famille des Théacées. Il peut atteindre une hauteur de 1 à 9 mètres, bien que dans les plantations commerciales, il soit souvent taillé à environ un mètre pour faciliter la récolte. Ses feuilles sont vertes foncé, brillantes et dentelées sur les bords.Le théier est cultivé principalement pour ses feuilles, qui sont récoltées, séchées et transformées pour produire différentes variétés de thé, telles que le thé vert, le thé noir et le thé blanc. La méthode de traitement des feuilles détermine le type de thé produit. (Lu sur le site passe santé).Cependant, le thé est aussi trop cité par nos enquêtés garçons comme moyen de contraception culturelle efficaces. Pour Massissou « moi j'utilise les thés. Si je vois que la femme est dans ses jours d'ovulation, je prépare deux grands verres amers du thé donc un verre pour moi et un verre pour ma partenaire ».

Photo 8 : Thé séché

Source : Enquête de terrain

1.5. Les graines de papayes

La papaye (Carica papaya), fruit du papayer, occupe une place importante dans les pratiques contraceptives traditionnelles du peuple Moussey.Les Moussey utilisent principalement les graines et la pulpe des papayes à des fins contraceptives. La méthode la plus courante consiste à manger crue les graines des papayes avant le rapport sexuel. Cependant, la facilité d'accès aux papayes et leur coût relativement faible les rendent attractives par rapport aux méthodes modernes qui sont sensible et tabou. La papaye (Carica papaya) est un fruit tropical. La papaye (Carica papaya), fruit du papayer, occupe une place importante dans les pratiques contraceptives traditionnelles du peuple Moussey.Les Moussey utilisent principalement les graines et la pulpe des papayes à des fins contraceptives. La méthode la plus courante consiste à manger crue les graines des papayes avant le rapport sexuel. Cependant, la facilité d'accès aux papayes et leur coût relativement faible les rendent attractives par rapport aux méthodes modernes qui sont sensibles et taboues. La papaye (Carica papaya) est un fruit tropical originaire d'Amérique centrale et du Sud. La papaye est un fruit ovoïde ou arrondi, mesurant entre 21 et 31 cm de long. À maturité, sa peau est verte jaunâtre et sa chair est juteuse, généralement de couleur jaune orangée. À l'intérieur, elle contient de nombreuses graines noires entourées d'un mucilage. Le papayer est un arbre qui peut atteindre 2 à 7 mètres de hauteur. Ses feuilles sont grandes, palmées et profondément lobées. Les fleurs sont petites, blanches et parfumées, apparaissant directement sur le tronc. Les graines de papaye sont parfois utilisées dans certaines cultures comme méthode contraceptive naturelle. Voici quelques points clé : les graines de papaye contiennent des composés qui peuvent réduire la fertilité. Chez les hommes, elles peuvent diminuer la production de spermatozoïdes, tandis que chez les femmes, elles peuvent influencer le cycle menstruel. Dans certaines régions d'Asie et d'Afrique, les graines de papaye sont consommées sous forme de cure pour leurs effets contraceptifs. Cette pratique est basée sur des connaissances traditionnelles et n'est pas scientifiquement validée.

Bien que les graines de papaye soient utilisées comme contraceptif naturel, leur efficacité et leur sécurité ne sont pas garanties. Les méthodes de contraception modernes, telles que les préservatifs et les contraceptifs hormonaux, sont beaucoup plus fiables et recommandés par les professionnels de la santé.La papaye et ses graines offrent de nombreux bienfaits pour la santé, mais leur utilisation comme méthode contraceptive doit être abordée avec prudence. Originaire d'Amérique centrale et du Sud. La papaye est un fruit ovoïde ou arrondi, mesurant entre 21 et 31 cm de long. À maturité, sa peau est verte jaunâtre et sa chair est juteuse, généralement de couleur jaune orangé. À l'intérieur, elle contient de nombreuses graines noires entourées d'un mucilage. Le papayer est un arbre qui peut atteindre 2 à 7 mètres de hauteur. Ses feuilles sont grandes, palmées et profondément lobées. Les fleurs sont petites, blanches et parfumées, apparaissant directement sur le tronc. Les graines de papaye sont parfois utilisées dans certaines cultures comme méthode contraceptive naturelle. Voici quelques points clé : Les graines de papaye contiennent des composés qui peuvent réduire la fertilité. Chez les hommes, elles peuvent diminuer la production de spermatozoïdes, tandis que chez les femmes, elles peuvent influencer le cycle menstruel. Dans certaines régions d'Asie et d'Afrique, les graines de papaye sont consommées sous forme de cure pour leurs effets contraceptifs. Cette pratique est basée sur des connaissances traditionnelles et n'est pas scientifiquement validée.Bien que les graines de papaye soient utilisées comme contraceptif naturel, leur efficacité et leur sécurité ne sont pas garanties. Les méthodes de contraception modernes, telles que les préservatifs et les contraceptifs hormonaux, sont beaucoup plus fiables et recommandés par les professionnels de la santé.La papaye et ses graines offrent de nombreux bienfaits pour la santé, mais leur utilisation comme méthode contraceptive doit être abordée avec prudence.

Photo 9: Papayes

Source : Enquête de terrain

1.6. Cailcédrat

Le cailcédrat (Khaya senegalensis), également connu sous le nom d'acajou du Sénégal, est un arbre majestueux qui occupe une place importante dans la pharmacopée traditionnelle des Moussey, notamment comme méthode contraceptive. Le cailcédrat est un grand arbre pouvant atteindre 35 mètres de hauteur, avec un tronc droit et une écorce gris foncé à brun rougeâtre. Ses feuilles sont composées de 3 à 7 paires de folioles, et ses fruits sont des capsules ligneuses contenant des graines ailées. Les Moussey utilisent principalement les graines et parfois l'écorce du cailcédrat à des fins contraceptives. La méthode typique consiste manger les graines crues tout en enlevant la capsule et l'épluche. Dans d'autre cas, la méthode consiste à extraire l'huile de ces graines et à boire. L'huile de graine du caicédrat est trop amère est utilisé pour soigner les infections comme la gonococcie. Dans la communauté Moussey, le cailcédrat est considéré comme un arbre sacré, ajoutant une dimension spirituelle à son utilisation. Outre ses propriétés contraceptives présumées, le cailcédrat est utilisé pour traiter diverses affections, renforçant sa valeur dans la médecine traditionnelle.L'utilisation du cailcédrat est perçue comme une méthode naturelle et donc supposée plus sûre que les contraceptifs modernes "chimiques". Étant un arbre local, son utilisation est vue comme plus accessible et économique que les méthodes modernes.

Photo 10 : Arbre caicédrat

Source : enquête de terrain

1.7. Amulettes et gris-gris

Le gris-gris, appelé « ganda » en langue Moussey est un objet magico-religieux largement répandu au Tchad et plus largement en Afrique. Il occupe une place particulière dans les pratiques contraceptives traditionnelles du peuple Moussey. Son utilisation comme méthode contraceptive reflète l'intersection complexe entre croyances spirituelles, pratiques médicales traditionnelles et gestion de la fertilité.Pour Hamou, notre enquêté à Domo Dambali raconte que les pratiques contraceptives traditionnelles, c'est la composition de plusieurs plantes et herbe : « Pour ce faire, c'est la composition de 07 racines d'arbres. On se masse avec la composition avant le rapport sexuel. Donc il n'y aura pas conception quand on utilise cette composition avant de coucher avec une femme ». Quant à l'interviewé Nassou, il raconte ceci : « Moi, je connais un marabout qui donne le gris-gris pour se protéger contre le sida, gonococcie, syphilis et d'autres maladies dangereuses, sexuellement transmissibles. J'avais aussi mon gris-gris, je portai pour coucher avec les femmes. Si la femme a la maladie sexuellement transmissible, mon gris-gris se détache seul et son volume devient gros et je laisse la femme ».

Le gris-gris contraceptif chez les Moussey est généralement un petit sachet ou un objet portable contenant divers éléments considérés comme ayant des pouvoirs magiques ou spirituels sur la conception de l'homme ou de la femme. Sa fabrication nécessite des éléments tel que :

- Les herbes spécifiques réputées pour leurs propriétés contraceptives.

- Des parties d'animaux symboliquement liées à la fertilité ou à son contrôle.

- Des objets minéraux ou métalliques ayant une signification particulière.

- Des versets coraniques ou des symboles religieux traditionnels écrits sur du papier ou gravés.

Le gris-gris est habituellement préparé par un guérisseur traditionnel ou un marabout reconnu pour ses connaissances en matière de contraception. Il est perçu comme un canal de forces spirituelles capables d'influencer la fertilité. Au-delà de son rôle contraceptif, le gris-gris est souvent vu comme un protecteur général pour la femme et l'homme Moussey.

Chaque gris-gris est généralement conçu spécifiquement pour son utilisateur, reflétant sa situation personnelle et ses besoins. L'utilisation du gris-gris est souvent gardée secrète, renforçant son pouvoir perçu et permettant une gestion discrète de la fertilité.

Contrairement aux méthodes modernes perçues comme purement physiques, le gris-gris est vu comme agissant sur les plans spirituels et physiques. L'ancrage du gris-gris dans les traditions locales inspire souvent plus de confiance que les méthodes modernes "étrangères".

Contrairement aux méthodes modernes, le gris-gris est souvent considéré comme n'ayant pas d'effets secondaires négatifs.

Photo 11: Gris-gris

Source : photographie de terrain par Filina Gendarme

1.8. Le wisky en sachet

L'utilisation du whisky en sachet comme méthode contraceptive chez les Moussey est une pratique relativement récente, qui s'est développée avec l'introduction de boissons alcoolisées industrielles dans les zones rurales. Cette méthode reflète une adaptation des pratiques traditionnelles aux produits modernes disponibles, et illustre la complexité des croyances entourant la contraception dans cette communauté.Le "whisky en sachet" fait référence à des boissons alcoolisées bon marché, souvent de qualité inférieure, vendue dans de petits sachets en plastique. Ces produits sont généralement plus accessibles et moins coûteux que les alcools traditionnels ou les spiritueux de marque. Les femmes et hommes Moussey consomment le whisky en sachet, généralement avant les rapports sexuels. La quantité consommée varie, mais il est souvent conseillé de boire un ou plusieurs sachets. Cette pratique peut être occasionnelle ou régulière, selon les croyances individuelles et les conseils reçus.

« Pour moi, je ne m'inquiète de rien quand il n'y a pas le préservatif. Il me suffit de boire 04 sachets de maklan30(*) et si la partenaire boit, je lui donne aussi 02 ou trois sachets et nous commençons notre rapport sexuel et il n'y aura pas des grossesses. » Raconte notre enquêté Linamamou jeune garçon âgé de 23 ans.

Photo 12 : Whisky en sachet

Source : enquête de terrain

1.9. Le paracétamol.

La pratique populaire de l'utilisation du paracétamol comme méthode contraceptive chez les Moussey est bien connue de nombreux membres de la société Moussey. L'utilisation de cette pratique fait partie d'un phénomène plus général de détournement de médicaments courants à des fins de contraception. Elle met en évidence la complexité des convictions liées à la contraception et l'ajustement des méthodes traditionnelles face à l'arrivée de produits pharmaceutiques contemporains. Le paracétamol est une substance analgésique et antipyrétique très répandue et accessible sans prescription médicale. En général, il se présente sous la forme de comprimés blancs, facilement repérables. Les Moussey utilisent le paracétamol comme contraceptif, consommant entre 04 et 06 comprimés avant le rapport sexuel.Les rumeurs ou les conseils informels sont souvent utilisés pour propager la croyance en l'efficacité contraceptive du paracétamol au sein de la communauté. Notre enquêté Ibrahim affirme : « Selon moi, je me sers du paracétamol. Pendant quelques minutes avant de commencer le rapport sexuel, je prends 06 compris afin que le sperme devienne léger et qu'il n'y ait pas de conception. »

Photo 13 : Comprimé paracétamol

Source : enquête de terrain.

2. Pratiques sociales

2.1. Séparation des époux après l'accouchement

La tradition de séparer l'épouse après l'accouchement, appelée « période de repos » ou « période de purification », est une coutume commune dans de nombreuses cultures africaines. Il s'agit d'une pratique qui consiste à séparer la mère et son bébé du père et du reste de la famille pendant une période spécifique après la naissance. Cette pratique est perçue comme une méthode contraceptive naturelle dans la culture Moussey, car elle permet de faire interrompre les rapports sexuels entre les conjoints pendant une période donnée. Cela permet au couple d'éviter les grossesses rapprochées et d'éviter les naissances simultanées.

2.2. Tabous sexuels

Certains événements (deuils, cérémonies) pourraient imposer des périodes d'abstinence, contribuant indirectement à la régulation des naissances.

3. Méthodes naturelles

3.1. Abstinence

L'abstinence Comme son nom l'indique, l'abstinence est une pratique qui implique de ne pas avoir de relations sexuelles. Cette pratique est ancienne dans la société Moussey et est influencée par les connaissances locales. Selon Fassia, notre interviewé marié déclare que : « Pour moi, c'est un an après l'accouchement que je recommence à avoir des relations sexuelles avec ma femme ». Lorsque l'enfant commence à se déplacer, « gogona col tutta wani sum tew vam wina kamu31(*) » est déjà une bonne chose. Si ce n'est pas le cas, si la femme tombe enceinte sans que l'enfant puisse marcher, les proches vont nous ridiculiser et dire que (sum usum kamlina) ». La population locale de Moussey est consciente de la prévention de la grossesse sans recourir aux contraceptifs modernes.

3.2. Allaitement maternel ou la méthode MAMA

L'allaitement maternel et l'aménorrhée sont des traitements de contraception naturels et temporaires pour les mères qui allaitent. Une femme qui vient de donner naissance, qui nourrissent son bébé uniquement de lait maternel et qui n'a pas repris ses règles est à court terme infertile (incapable de donner naissance). Cela s'explique par le fait que les hormones responsables de la production de lait maternel empêchent également les ovaires de donner naissance à un oeuf (ovule) pendant les six mois qui suivent la naissance.
Cette pratique est largement répandue parmi les populations Moussey et représente une méthode contraceptive naturelle inoffensive. De surcroît, l'allaitement maternel présente des bénéfices nutritionnels et favorise la santé du bébé. Chez les Moussey, l'allaitement par la mère est privilégié. Tandis que l'allaitement artificiel constitue une pratique taboue en milieu Moussey.

Photo 14: Une mère allaitant son bébé

Source : enquête de terrain

3.3. Coït interrompu

Même si cette méthode est peu fiable, elle est fréquemment mentionnée par les jeunes garçons lors de nos entretiens. La pratique du coït interrompu implique le retrait du pénis pendant le rapport sexuel lorsque le partenaire ressent une sensation d'éjaculation lors de la phase d'éjaculation. L'importance de la médecine traditionnelle et des croyances spirituelles dans la contraception chez les Moussey est mise en évidence par ces pratiques contraceptives. Ces techniques contraceptives classiques témoignent d'une bonne connaissance du cycle menstruel et de la physiologie reproductive. L'intégration de la régulation des naissances dans le tissu social et culturel de la communauté Moussey est illustrée par ces pratiques. Beaucoup de nos enquêtés les considèrent comme naturelles, sans effets secondaires et facilement accessibles par la population.Selon Hinsia, notre interviewée, « il est plus efficace et bénéfique d'utiliser les remèdes traditionnels plutôt que de mettre son pénis dans un préservatif en plastique dont on ne sait pas l'origine, et parfois même cela peut pénétrer dans le ventre de la femme et causer des problèmes. » Cela suggère que l'acceptabilité des méthodes contraceptives modernes est influencée par les pratiques contraceptives endogènes.

II- LA CONNAISSANCE DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY

Les pratiques contraceptives traditionnelles du peuple Moussey couvrent différents aspects de la vie, tels que les soins de santé et les pratiques reproductives. Étant donné que la contraception joue un rôle crucial dans la santé reproductive, les Moussey ont accès à diverses méthodes endogènes pour prévenir les grossesses non désirées et planifier les naissances. Les techniques traditionnelles de contraception en milieu Moussey se basent sur l'utilisation de remèdes à base de plantes et la valorisation des connaissances locales sur la santé sexuelle et reproductive. De nombreuses plantes de leur région ont été reconnues pour leur capacité à être contraceptives. Par exemple, on a mentionné que le jatropha, également connu sous le nom de « gumba happa » en langue locale, possède une capacité de contraception.

Une autre plante utilisée pour la contraception est le cailccedrat, également connu sous le nom de « khaya senegalensis » en latin. Sa graine est trop amère et consommée crue entraîne l'infécondité chez les femmes. Il est important de souligner que cette plante est employée pour soigner les chlamydias, les aménorrhées et l'infertilité chez les femmes. Les infusions ou les décoctions de ces plantes sont fréquemment préparées et consommées quotidiennement afin d'assurer une contraception efficace.

L'autre méthode traditionnelle du peuple Moussey est l'abstinence de la femme et de son mari après l'accouchement. Selon notre interviewée Sara, je cite : « Lorsque je viens d'accoucher, je suis très agressive envers mon corps, je ne laisse pas mon mari me toucher pour attendre que l'enfant marche, et c'est toujours dans les deux ans que je donne à nouveau naissance. » Beaucoup de nos enquêtés mentionnent le thé vert préparé au feu comme un moyen de contraception traditionnel performant. Selon Mamadou, « je préfère utiliser les thés." Lorsque je constate que la femme est en phase d'ovulation, je prépare deux grands verres amers de thé, l'un pour moi et l'autre pour ma partenaire. ». Finalement, dans le milieu des jeunes de Moussey, la pratique de coït interrompu ou la méthode de retrait est largement employée afin d'éviter la grossesse indésirée. Cette technique consiste à retirer l'homme afin d'éviter que les spermes ne pénètrent dans le vagin.

Il convient de souligner que ces techniques traditionnelles de contraception sont employées depuis des siècles dans la socioculture Moussey. Cependant, ces méthodes contraceptives endogènes qui sont enracinées dans les connaissances populaires des Moussey ont un impact sur l'acceptabilité des méthodes contraceptives contemporaines. Il est important de souligner que parmi les 31 interviewés que nous avons pu interroger, seules 03 femmes et 04 hommes ne sont pas familiers avec les méthodes contraceptives traditionnelles de Moussey. Cela démontre que les jeunes femmes et filles de Moussey ont une meilleure compréhension des contraceptifs traditionnels que les hommes.

Figure 1 : Graphique sur le niveau des connaissances des pratiques contraceptives traditionnelles chez les Moussey.

Source : enquête de terrain par Filina Gendarme séraphin

III- LE NIVEAU DE SATISFACTION DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY

Comme nous venons de les définir, les méthodes contraceptives traditionnelles en milieu Moussey font référence à diverses techniques utilisées pour prévenir les grossesses non désirées. Avant la disponibilité et l'utilisation généralisées des contraceptifs modernes, seules les contraceptifs traditionnels et les pratiques sociales contraceptives étaient utilisées par les peuples Moussey pour espacer les naissances et éviter les grossesses indésirée, rapprochée et précoce. Parlant de niveau de satisfaction des méthodes contraceptives traditionnelles, plusieurs études ont été menées au Tchad pour évaluer le niveau de satisfaction à l'égard des méthodes contraceptives modernes, mais peu traitent les méthodes contraceptives dites traditionnelles.

Une étude publiée dans la revue « Contraception » en 2015 a exploré les niveaux d'utilisation et de satisfaction des différentes méthodes contraceptives traditionnelles chez les femmes camerounaises, y compris celles de l'ethnie Moussey. Les chercheurs ont découvert que les méthodes traditionnelles les plus couramment utilisées étaient le coït interrompu, et l'abstinence périodique. Cependant, leurs taux d'efficacité étaient relativement faibles, allant de 73 % à 85 %.

Concernant les niveaux de satisfaction, l'étude a révélé qu'une proportion significative de femmes utilisant ces méthodes se déclare satisfaites. Par exemple, 64 % de celles qui pratiquent le coït interrompu se déclarent satisfaites de cette méthode. De même, 69 % et 72 % des femmes utilisant respectivement le sevrage et l'abstinence périodique se sont déclarées satisfaites de la méthode choisie. Une autre étude publiée dans « BMC Public Health » en 2018 s'est spécifiquement intéressée à la population de Moussey et à son utilisation des méthodes contraceptives traditionnelles. Cette recherche a indiqué que si certaines femmes étaient satisfaites de ces méthodes en raison de leurs croyances culturelles ou de la facilité d'accès, d'autres étaient confrontées à des défis tels qu'une utilisation incohérente ou des effets secondaires conduisant à l'insatisfaction. En outre, de nombreuses femmes ont exprimé le souhait de recevoir davantage d'informations sur les options contraceptives modernes et leurs avantages.

En somme, même s'il existe des preuves suggérant qu'un nombre considérable de femmes Moussey sont satisfaites des méthodes contraceptives traditionnelles telles que le coït interrompu, le retrait et l'abstinence périodique, il existe également des rapports faisant état de défis liés à une utilisation incohérente et d'effets secondaires conduisant à l'insatisfaction. De plus, de nombreuses femmes expriment le désir de recevoir davantage d'informations sur les options contraceptives modernes.

IV- L'ACCESSIBILITÉ AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY

En ce qui concerne l'accessibilité aux méthodes contraceptives traditionnelles, il est important de souligner la valeur symbolique associée au nombre d'enfants dans la société socioculturelle de Moussey. Dans la culture Moussey, les enfants sont considérés comme une source de richesse, une ressource pour les travaux agricoles et un moyen de pouvoir. Toutefois, on considère que l'utilisation de la contraception moderne est une pratique qui va à l'encontre de la volonté culturelle et religieuse (Ngwa et al. 2015). Toutefois, selon la culture Moussey, les méthodes de contraception naturelles et traditionnelles sont considérées comme étant facilement accessibles et présentant peu d'effets secondaires. Grâce à ces perceptions positives, les pratiques contraceptives traditionnelles sont désormais accessibles à toute la population de Moussey.

L'utilisation des contraceptions traditionnelles est influencée par le facteur économique, comme le prix moins élevé et même gratuit des produits contraceptifs classiques. De plus, les méthodes contraceptives classiques sont souvent des options gratuites ou abordables, plus accessibles aux individus ayant des ressources financières restreintes (Ngwa et al. 2015). Toutefois, il peut être compliqué de s'assurer que ces méthodes traditionnelles restent disponibles et de qualité constante au fil du temps. De plus, les difficultés géographiques jouent également un rôle essentiel dans l'utilisation des méthodes contraceptives traditionnelles. En raison de la faiblesse des infrastructures et des systèmes de transport dans le pays Moussey, il est difficile d'accéder aux services de santé reproductive et aux contraceptifs modernes dans des zones éloignées. Les méthodes contraceptives traditionnelles constituent des options plus pratiques pour celles et ceux qui vivent loin des établissements de santé ou qui n'ont pas les moyens de parcourir de longues distances pour se faire soigner.

Les méthodes contraceptives classiques offrent des alternatives plus commodes pour celles et ceux qui résident à distance des établissements de santé ou qui n'ont pas les ressources nécessaires pour se faire soigner à distance. Dans la société Moussey, les méthodes contraceptives classiques jouent un rôle crucial dans la planification familiale et la santé reproductive. La société Moussey utilise fréquemment des méthodes traditionnelles telles que le sevrage, les remèdes à base de plantes et l'abstinence périodique pour contrôler les naissances. Divers éléments influencent l'accès à ces méthodes, tels que les convictions culturelles, les considérations économiques et les obstacles géographiques qui doivent être surmontés par des interventions spécifiques visant à améliorer les résultats globaux en matière de santé sexuelle et reproductive dans cette population.

V- LES PERCEPTIONS ET REPRÉSENTATIONS CULTURELLES CONCERNANT LES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES CHEZ LES MOUSSEY

Les Moussey ont un héritage culturel immense qui impacte différents aspects de leur existence, tels que leurs perceptions et leurs pratiques concernant les méthodes contraceptives classiques. Comme de nombreuses autres sociétés africaines traditionnelles, les Moussey ont des opinions spécifiques concernant les contraceptions traditionnelles. Les croyances et les pratiques culturelles du peuple Moussey influencent leurs perceptions des méthodes contraceptives traditionnelles. Dans la société Moussey, ces méthodes contraceptives traditionnelles sont souvent profondément ancrées dans leurs traditions culturelles et diffèrent d'un sous-groupe à l'autre.

Les pratiques traditionnelles de contraception du peuple Moussey comprennent différentes pratiques qui sont transmises de génération en génération. Ce sont des pratiques qui utilisent des herbes, des rituels ou d'autres méthodes indigènes pour éviter la grossesse. Il convient de souligner que ces approches reposent fréquemment sur des convictions culturelles et peuvent ne pas correspondre aux conceptions médicales contemporaines de la contraception.
En ce qui concerne les représentations culturelles des méthodes contraceptives traditionnelles en milieu Moussey, elles sont considérées comme naturelles, conformes aux normes culturelles Moussey et ne peuvent être utilisées que par des couples qui ont déjà eu de nombreux enfants.

Comme dans de nombreuses sociétés traditionnelles, le peuple Moussey a du mal à maintenir ses pratiques culturelles liées à la contraception face à la modernisation et aux influences extérieures. L'introduction de méthodes contraceptives modernes et l'évolution des normes sociétales ont un impact sur la façon dont les méthodes traditionnelles sont perçues et utilisées au sein de la société Moussey. Des facteurs externes tels que l'accès aux services de santé, l'éducation et l'exposition à différentes cultures ont également des influencent sur les perceptions et l'utilisation des méthodes contraceptives traditionnelles parmi le peuple Moussey. Ces facteurs ci-dessus ont contribué à des changements d'attitude à l'égard des pratiques traditionnelles au fil du temps.

En fin, l'héritage culturel et les croyances du peuple Moussey sont étroitement liés aux perceptions et représentations des méthodes contraceptives traditionnelles. Il est essentiel de saisir ces dynamiques afin de favoriser des initiatives de santé reproductive efficaces au sein de la communauté tout en préservant leurs traditions culturelles.

La formation des attitudes à l'égard de la contraception chez les Moussey est influencée par le contexte socioculturel. La dynamique de genre, les normes sociales et les influences religieuses jouent tous un rôle dans la perception et l'utilisation des méthodes contraceptives traditionnelles au sein de la communauté Moussey.

En analysant la manière dont la contraception traditionnelle est perçue chez le peuple Moussey, nous avons réussi à démêler les ambiguïtés qui entourent les pratiques de santé reproductive dans ce contexte culturel spécifique.

1. Confiance dans les pratiques traditionnelles

La confiance sur les pratiques contraceptives traditionnelles en milieu repose sur des récits d'expériences partagés par l'oral plutôt que sur des preuves empiriques.

2. Explications classiques

On pourrait expliquer les mécanismes d'action en utilisant des équilibres spirituels ou des énergies, en accord avec la vision du monde Moussey.

3. Adaptation aux échecs

Les échecs peuvent s'expliquer par une mauvaise exécution du rituel ou par une intervention divine, et non par l'inefficacité de la méthode elle-même. Nous avions besoin de comprendre la perception de l'efficacité des pratiques traditionnelles de contraception pour comprendre la résistance potentielle aux méthodes modernes. On considère que les contraceptions traditionnelles requièrent l'accord des ancêtres. On pourrait considérer ces pratiques comme indispensables à l'efficacité des méthodes. On pourrait considérer la capacité de maîtriser la fertilité comme un don ou une responsabilité sacrée. L'importance d'une approche globale de la contraception dans la culture Moussey est mise en évidence par cette dimension spirituelle.

a- Le rôle des vieux et des guérisseurs

Il est fort probable qu'ils soient les gardiens de ces savoirs, leur donnant une autorité spécifique au sein de la communauté. Il est possible de transmettre le savoir lors de rites de passage ou d'initiations particulières. Certaines approches pourraient être réservées à certaines familles ou clans, ce qui renforcerait leur position sociale.

En somme, il était crucial pour nous d'analyser les pratiques endogènes et les connaissances du peuple Moussey concernant la contraception afin de saisir pleinement leurs points de vue sur les méthodes contraceptives contemporaines. En comblant la disparité entre les convictions traditionnelles et les méthodes de planification familiale modernes, il est possible de concevoir des interventions plus adaptées à la culture et qui répondent aux besoins et aux préférences spécifiques de cette communauté. Les pratiques contraceptives traditionnelles du peuple Moussey reflètent ses convictions culturelles et ses valeurs en matière de reproduction et de planification familiale.

VI- LES AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES D'APRÈS LES MOUSSEY

1. Avantages des pratiques contraceptives traditionnelles du point de vue du peuple Moussey

1.1. Maîtrise locale et facilité d'accès

Souvent, ces méthodes reposent sur des connaissances transmises de génération en génération, ce qui les rend accessibles et compréhensibles pour la population de Moussey. D'après notre interviewé Soussia, « les méthodes de contraception traditionnelles sont efficaces et il est préférable d'utiliser ces méthodes de contraception traditionnelles plutôt que de mettre son pénis dans un plastique dont on ne sait pas l'origine, ce qui peut parfois entraîner des problèmes dans le ventre de la femme. »

1.2. Coût faible ou nul

Généralement basées sur des plantes locales ou des pratiques comportementales, ces méthodes n'impliquent pas de coûts financiers importants. « Si la grossesse dérange souvent une femme, le mieux c'est de faire recours aux remèdes pour arrêter la conception » raconta notre interviewée Mariam que nous l'avons interviewé à la maternité de l'hôpital District de Gounou-Gaya.

1.3. Absence d'effets secondaires chimiques

À la différence des contraceptifs actuels, ces techniques ne donnent pas accès à des substances chimiques dans le corps. Et sont considérées comme intrinsèques par la communauté de Moussey.

Cohérence culturelle

Ces pratiques sont en accord avec les croyances et les traditions locales, ce qui facilite leur adoption. D'après notre enquêtée Sara, « pour ceux qui ne souhaitent plus avoir d'enfants, ils diront que ces remèdes sont efficaces ». Selon moi, ces remèdes sont efficaces et ont bien fonctionné dans mon organisme plutôt que les comprimés prescrits par les médecins.

2. Inconvénients des pratiques contraceptives traditionnelles du point de vue du peuple Moussey

2.1.Efficacité variable

Pour certain membre de la société Moussey, certaines pratiques contraceptives traditionnelles sont moins efficaces que les contraceptifs modernes, ce qui accroît le risque de grossesses non désirées. Selon notre enquêté ISSA, « les remèdes sont efficaces, mais parfois ils ne répondent pas correctement. Le cas de citron que les filles utilisent ».

La non-standardisation

Les méthodes de préparation et de pratique peuvent différer d'une personne à l'autre, ce qui peut avoir un impact sur leur efficacité.

2.1. Répercussions sur la santé

Certaines pratiques ou préparations à base de plantes aient des conséquences néfastes sur la santé si elles ne sont pas utilisées de manière adéquate. « Nous sommes informés que le paracétamol est préjudiciable à la santé, mais nous n'avons pas d'autre alternative. Je suis également déçu par l'utilisation du préservatif car cela ne procure pas de satisfaction sexuelle. » Notes de Fassia, notre enquêté, collectées au lycée de Domo-Dambali.

2.2. Limites dans le contrôle du moment de la conception

Il en ressort de notre étude que les techniques culturelles de contraception soient moins précises pour prévoir le moment précis d'une grossesse.

2.3. Manque de protection contre les IST

Contrairement À la différence de certaines techniques contraceptives modernes telles que les préservatifs, ces méthodes classiques ne garantissent généralement pas une protection contre les infections sexuellement transmissibles. Il convient de souligner que cette étude repose sur des considérations générales relatives aux techniques contraceptives classiques.

Les pratiques particulières des Moussey comportent des bénéfices et des désavantages spécifiques que nous n'avons pas évoqués. En outre, l'efficacité et la sécurité de ces méthodes n'ont sans doute pas fait l'objet d'études scientifiques approfondies.

En résumé, même si les méthodes contraceptives classiques ont certains atouts tels que leur accessibilité et leur coût réduit, elles présentent également des désavantages en ce qui concerne leur efficacité et leur dosage.

VII- LES DIFFICULTES D'ACCES AUX METHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY

Les pratiques contraceptives traditionnelles, considérées comme interdites par de nombreuses personnes au sein de la société Moussey, sont pratiquées de façon clandestine par de nombreuses praticiennes. Selon nos informations collectées auprès des femmes, hommes, filles et garçons de Moussey, il y a de nombreux défis pour accéder aux méthodes contraceptives classiques. Les obstacles à l'accès aux méthodes contraceptives classiques sont résumés comme suit :

v Perte des savoirs ancestraux

En raison de la modernisation, il y a une perte de connaissances sur les méthodes traditionnelles en milieu Moussey entre les générations.

v L'indisponibilité de certaines plantes médicinales

Certaines méthodes contraceptives traditionnelles utilisent des plantes particulières, ce qui a entraîné la rareté de certaines de ces plantes en raison de la déforestation ou des changements climatiques.

v La stigmatisation

La société Moussey refuse l'utilisation de méthodes contraceptives, même traditionnelles.

v Absence de reconnaissance scientifique

En raison de l'absence de preuves scientifiques sur l'efficacité de ces méthodes, certains individus de la société hésitent à les adopter, en particulier les intellectuels que nous avons rencontrés, qui affirment qu'ils ne sont pas prêts à recourir à ces méthodes contraceptives classiques.

v Impact des systèmes de santé contemporains

L'encouragement des méthodes contraceptives modernes conduit à une supériorité sur les méthodes contraceptives endogènes.

v Les évolutions des modes de vie

La pratique de certaines méthodes traditionnelles est devenue plus complexe en raison de l'urbanisation et des changements sociétaux.

v Contraintes légales

Certaines méthodes classiques ne sont pas scientifiquement démontrées comme contraceptives et les autorités locales se fondent sur cet argument en interdisant la pratique des contraceptifs endogènes et en restreignant leur accessibilité.

v L'absence de professionnels traditionnels

Le manque de visibilité et de considération des professionnels de la santé de reproduction Moussey face au développement de la médecine occidentale a un impact sur la diffusion des pratiques contraceptives traditionnelles et sur les progrès des professionnels du domaine.

Les problèmes d'accès aux méthodes contraceptives traditionnelles en milieu Moussey sont nombreux, et nous avons constaté d'autres lors de nos nombreuses visites sur le terrain d'étude. En plus de ces problèmes, les relations de genre au sein de la communauté Moussey rendent encore plus difficile l'accès aux méthodes contraceptives classiques. Dans les sociétés où les hommes détiennent la majorité du pouvoir de décision sur les choix de santé reproductive, les femmes sont difficiles à négocier l'usage de contraceptifs et à accéder aux services sans l'accord des hommes. Cette disparité peut restreindre l'indépendance des femmes dans la prise de décisions relatives à leur propre santé reproductive.

Bref, les difficultés auxquelles les Moussey font face pour accéder aux méthodes contraceptives traditionnelles sont nombreuses et interdépendantes. Afin de surmonter ces difficultés, nous proposons une approche globale qui prend en considération les normes culturelles, les infrastructures de santé, l'éducation, les facteurs économiques et la dynamique de genre au sein de la communauté.

VIII- LES PROPOSITIONS POUR FACILITER L'ACCES AUX METHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES

Les gouvernements et les décideurs politiques ont un rôle crucial à jouer pour assurer un accès équitable aux méthodes contraceptives traditionnelles en les incluant dans les politiques nationales de planification familiale, tout comme les pratiques contraceptives modernes. Cela englobe la contribution financière à la recherche, au développement, à la promotion, à l'éducation, à la formation des professionnels de santé et l'octroi de subventions ou d'incitations pour leur utilisation de certaines méthodes contraceptives endogènes considérées comme efficaces. Il est également possible d'obtenir un soutien politique pour surmonter les obstacles réglementaires qui peuvent entraver la disponibilité ou l'accessibilité financière de ces méthodes. De plus, il est crucial que la communauté soit impliquée dans la réalisation des initiatives visant à faciliter l'accès aux méthodes contraceptives traditionnelles.

Les personnalités influentes locales telles que les dirigeants traditionnels, les maires de villes, les responsables politiques et les professionnels de la santé peuvent jouer un rôle dans l'assurance que les interventions sont adaptées à la culture, socialement acceptables, durables dans le temps et adaptées aux besoins locaux. En outre, l'implication de la communauté peut encourager l'adoption de ces initiatives tout en consolidant la confiance entre les fournisseurs de soins de santé et les communautés qu'ils représentent. Selon les propositions de nos interviewés, et compléter par nous afin de faciliter l'accès aux méthodes contraceptives traditionnelles en milieu Moussey, sont les suivants : la préservation et la documentation des connaissances médicales locales, la création d'archives écrites ou audiovisuelles, l'organisation d'ateliers communautaires sur les pratiques contraceptives culturelles, l'intégration de connaissances locales en matière de santé sexuelle et reproductive dans l'éducation des jeunes, la promotion de la recherche scientifique sur les pratiques contraceptives traditionnelles, l'intégration de pratiques sanitaires locales dans le système de santé, la culture et la conservation des plantes médicinales, la mise en oeuvre de programmes de reboisement et le soutien des femmes dans les initiatives de santé reproductive.

CONCLUSION PARTIELLE

Dans ce chapitre, nous avons exploré en profondeur les pratiques et savoirs endogènes relatifs à la contraception au sein de la communauté Moussey. À travers une analyse ethnographique, il est apparu que ces pratiques ne se limitent pas à des méthodes contraceptives physiques, mais englobent également un ensemble complexe de croyances culturelles, de traditions et de savoirs ancestraux qui influencent les décisions reproductives.

En ce qui concerne les avantages des pratiques contraceptives endogènes chez les Moussey, cela se résume sur leur faciliter d'accès, la connaissance profonde de la population sur les produits à utiliser et le prix moins cher. Ces pratiques contraceptives traditionnelles ont également des inconvénients tel que : le manque de dosage exacte, la variabilité d'utilisation selon les prescripteurs. Il en ressort de notre étude que les femmes ont des connaissances sur les pratiques contraceptives traditionnelles que des hommes.

CHAPITRE SIXIÈME : CONNAISSANCES, ATTITUDES ET PERCEPTIONS EN MATIÈRE DE CONTRACEPTION MODERNE CHEZ LES MOUSSEY

INTRODUCTION PARTIELLE

L'accès aux méthodes contraceptives modernes et efficaces est important pour promouvoir la santé reproductive et prévenir les grossesses non désirées, les grossesses trop rapprochées, les grossesses trop nombreuses, l'avortement non médicalisé et les besoins insatisfaits. (Nadège Fourn, Badirou Aguemonn, (2014). Cependant, il est important de reconnaître que les connaissances, attitudes et perceptions en matière de contraceptions peuvent varier selon les populations et les cultures. Dans cette partie de notre mémoire, nous nous sommes concentrés à décrire les connaissances, les attitudes et les perceptions du peuple Moussey à l'égard des contraceptions modernes. L'objectif était d'explorer les facteurs qui influencent la prise de décision en matière de contraceptions modernes chez les Moussey. En examinant les connaissances préexistantes, les croyances culturelles et les perceptions individuelles, nous avons cherché à identifier les obstacles potentiels à l'utilisation des contraceptions modernes chez les Moussey et enfin nous avons proposé des stratégies d'intervention adaptées à leur contexte culturel.

Les données obtenues de terrain nous ont permis d'obtenir des informations précieuses sur les expériences vécues, les préoccupations et les besoins spécifiques des Moussey en matière de contraception modernes. Les résultats de notre étude peuvent contribuer à renforcer les programmes de santé reproductive en fournissant des informations contextuelles et culturellement adaptées. En comprenant les connaissances, attitudes et perceptions des Moussey en matière de contraceptions modernes, nous aurons contribué scientifiquement à décrire les comportements de la population Moussey vis-à-vis des méthodes contraceptives modernes. Cette partie de notre recherche a également contribué à combler les lacunes dans la littérature scientifique concernant les connaissances, attitudes et perceptions en matière de contraceptions modernes chez les Moussey.

I. CANAUX D'ACCÈS A L'INFORMATION SUR LES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

L'accès à l'information sur les méthodes contraceptives modernes est crucial pour la santé reproductive et le développement socio-économique dans le contexte tchadien. Selon l'Organisation mondiale de la santé (2022), l'accès à l'information sur la contraception est un droit fondamental et un élément essentiel pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD3) (Bonne santé et bien-être) et ODD5. (Equality between the sexes). Comprendre les techniques contraceptives contemporaines est essentiel pour prévenir les issues de grossesse pouvant nuire la santé maternelle, telles que les grossesses précoces, grossesses nombreuses, grossesses trop rapprochées, l'avortement non médicalisé et la déscolarisation des jeunes. Cependant, obtenir des informations fiables et pertinentes sur les contraceptifs modernes est un défi majeur pour la société de Moussey.

Cette partie de notre mémoire a examiné les différentes manières dont les Moussey accèdent à l'information sur les méthodes contraceptives modernes. En plus cette partie de notre étude se concentre sur quatre principaux canaux d'accès aux méthodes modernes de contraception : les écoles, les structures de santé, les amis et le marché.

v L'école

L'école occupe une place primordiale au sein de la communauté Moussey en tant que lieu d'information sur les techniques contraceptives modernes. Bien que les jeunes Moussey aient longtemps été influencés par les traditions et les croyances locales, les établissements éducatifs ont joué un rôle dans la sensibilisation des jeunes à l'égard des techniques contraceptives modernes. La formation en santé sexuelle et reproductive favorise la diffusion des connaissances sur les techniques contraceptives actuelles. Comme affirme notre enquêtée Katoua « moi j'ai entendu parler des contraceptifs modernes au lycée en classe de premières. C'était même lorsque les gens sont arrivés dans notre établissement pour nous sensibiliser comment se protéger contre les infections sexuellement transmissibles et la grossesse non désirée. » De plus, les établissements de santé collaborent étroitement avec les écoles locales et organisent des sessions d'information sur les conceptions modernes.

v Les structures sanitaires

Dans la société Moussey, l'information sur les méthodes contraceptives modernes est largement diffusée par les établissements de santé. Alors que les traditions locales ont longtemps influencé les attitudes à l'égard de la contraception moderne, les établissements de santé encouragent et partagent des informations sur les contraceptifs modernes. Lors de la consultation prénatale par exemple, le personnel médical informe les femmes sur les différentes techniques de contraception modernes disponibles. D'après le résultat de notre étude sur les canaux d'accès à l'information sur les méthodes contraceptives en milieu Moussey, il en ressort également que, la population moins scolarisée obtenait des informations dans le centre de santé et l'hôpital lors de la consultation prénatale ou parfois lors des soins à leur bébé soit en cas visite d'un patient. Selon notre enquêtéeMariamou, « j'ai entendu parler des méthodes contraceptives contemporaines au centre de santé de Zabba Kessem ». Zara pour sa part rajoute « Lorsque je me rendais à la consultation prénatale, le Docta a commencé à nous présenter cela. Et j'ai trouvé cela très bon ».

De plus, les centres de santé et les hôpitaux présents en milieu Moussey offrent à des prix accessibles et parfois gratuitement une variété de produits de contraception, tels que les préservatifs, les pilules, les dispositifs intra-utérins ou les implants contraceptifs, la ligature des trompes. « Toutes les contraceptions modernes que notre centre de santé disposent sont totalement gratuites. Le cas des implants, nous demandons parfois 600 FCA avec les femmes en guise de prix de la seringue. La vente en milieu hospitalier des contraceptifs modernes portes préjudices. » Affirme le Responsable de centre de santé de Domo Dambali. Cela témoin la disponibilité et la gratuité de produits contraceptifs modernes en milieu les Moussey. Malgré la gratuité de l'offre de contraceptifs modernes, le taux d'utilisation est toujours faible en raison des obstacles culturels et sociaux.

v Le marché

Dans la société Moussey, le marché local joue un rôle essentiel dans l'accès à l'information sur les techniques contraceptives modernes. Les interactions commerciales sur le marché favorisent le partage des connaissances et des informations sur les contraceptifs modernes au sein de la société Moussey. Effectivement, certains marchands ont décidé d'inclure dans leur offre la vente des produits contraceptifs, comme des préservatifs et des pilules. Cela a joué un rôle dans la déconstruction graduelle des tabous qui entouraient auparavant ce sujet. La population mentionne le marché comme un moyen d'acquérir des connaissances sur les contraceptifs modernes, en particulier le préservatif. De nombreuses femmes et garçons ont déclaré que c'est au marché qu'ils ont découvert le préservatif pour leurs première fois. Parce que, dans une famille, même si certains membres l'utilisent, cela se fait en secret et est un sujet tabou. D'après notre enquêtée Halla, « j'ai découvert le préservatif pour la première fois au marché ».

En fin, c'est sur le marché que les femmes Moussey se réunissent pour échanger sur des sujets tabous, ce qui permet à d'autres femmes de partager leurs expériences sur les contraceptifs modernes.Au sein du marché local, cette dynamique commerciale et informative a joué un rôle essentiel dans la diminution des tabous et des idées reçues concernant les contraceptions modernes chez les Moussey.

v La famille et les amis

En milieu Moussey, la société, les amis et les copines jouent également un rôle essentiel dans la diffusion des connaissances sur les contraceptifs modernes. Dans le cadre de notre enquête, Famira a reçu des informations sur les contraceptifs modernes par sa copine qui les utilise pour éviter les grossesses. « C'est grâce à mes amies que j'ai découvert l'existence de méthodes contraceptives modernes dans les hôpitaux et les centres de santé. C'est grâce à eux que j'ai découvert que ces produits on peut les offrir gratuitement aux femmes lorsqu'elles se rendent à l'hôpital avec leur mari. » Affirme Famira, notre interviewée.

De la même manière, les cercles d'amis sont des lieux de discussion et de partage d'informations sur les techniques contraceptives modernes. Les jeunes Moussey échangent, s'entraident et se soutiennent dans leurs actions, ce qui contribue à la vulgarisation des informations sur ces sujets au sein de leur communauté. Le rôle de ces discussions informelles au sein des réseaux familiaux et amicaux a été crucial pour diminuer les tabous et les idées reçues concernant la contraception moderne. Elles offrent aux Moussey la possibilité de mieux comprendre les enjeux de la contraception, ce qui facilite l'adoption de comportements responsables en matière de santé sexuelle et reproductive.

D'une manière synthétique, parmi les 31 personnes interrogées, 15 ont entendu parler des contraceptifs modernes à l'école, 05 ont entendu parler des contraceptifs modernes dans les établissements de santé, 05 ont entendu parler des contraceptifs modernes par leurs amis, leurs copines et leurs parents, 04 ont entendu parler des contraceptifs modernes sur le marché, et 02 enquêtées affirment avoir entendu parler de ces méthodes au quartier, mais n'ont pas encore vu ces méthodes physiquement.

Cela nous laisse comprendre que le facteur essentiel pour augmenter le taux d'utilisation des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey est d'améliorer l'accès à l'information sur les méthodes contraceptives modernes.

Toutefois, nous avons représenté ci-dessous en forme de graphiques l'accès aux différents canaux d'information en milieu Moussey.

Figure 2 : Canaux d'accès à l'information sur les méthodes contraceptives modernes par les Moussey

Source : enquete de terrain par FILINA Gendarme Seraphin

II. CONNAISSANCE DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

Au Tchad, le niveau de connaissance de la population locale sur les méthodes contraceptives modernes est un enjeu majeur à une époque où le gouvernement tchadien et des organisations s'engagent dans des initiatives à améliorer la santé sexuelle et reproductive de la population. Les techniques contraceptives contemporaines jouent un rôle crucial dans la santé sexuelle et reproductive des individus. Mais la manière dont ces méthodes sont perçues et représentées socioculturellement diffère d'une communauté à l'autre.

Le peuple Moussey, qui a suscité notre intérêt lors de notre étude, possède ses propres convictions, valeurs et coutumes concernant la contraception. Afin de saisir le niveau de compréhension de la population de Moussey concernant les contraceptifs modernes, nous avons interrogé nos enquêtés en leur demandant de citer et de décrire les méthodes contraceptives modernes qu'ils connaissent. Selon nos résultats, les Moussey ont une connaissance limitée des méthodes contraceptives modernes. De nombreux habitants de la communauté ne connaissent pas les diverses méthodes contraceptives disponibles et ont des préjugés sur leur efficacité et leurs effets secondaires. De plus, notre étude démontre que le niveau de connaissances concernant les contraceptifs modernes diffère en fonction du genre chez les Moussey.

Parmi les 21 femmes interrogées, 05 ont une connaissance du préservatif, 03 ont une connaissance de la pilule, 04 ne sont pas au courant de l'existence des contraceptifs modernes et 09 ne connaissent aucun nom de contraceptifs modernes, mais savent cas même qu'il existe des techniques modernes d'écartement de la naissance. À l'exception des personnels soignants, tous les hommes interrogés sont familiers avec les préservatifs, tandis que trois autres sont familiers avec la pilule et le Norestorat. Cela implique que les femmes ont une expertise différente sur les méthodes contraceptives contemporaines que les hommes. En outre, il est constaté que la contraception est souvent considérée comme un sujet tabou au sein de la communauté Moussey, ce qui restreint l'accès à l'information et connaissances sur ces méthodes.

Figure 3: Niveau de connaissance de la population d'étude sur les contraceptifs modernes selon le sexe

Source : enquête de terrain réalisée par FILINA Gendarme Séraphin

v Le préservatif masculin

Le préservatif pour les hommes est une méthode de contraception couramment employée qui consiste en une fine enveloppe en latex ou en polyuréthane appliquée sur le pénis pendant les sexualités. Le préservatif fonctionne en empêchant la pénétration du sperme dans le vagin, ce qui diminue le risque de grossesse et de transmission des infections sexuellement acquises.

En ce qui concerne les Moussey, nous avons constaté que le préservatif est le produit contraceptif le plus connu. (Voir diagramme ci-dessus) Malgré les bénéfices de la protection contre la grossesse, il existe un discours négatif entourant ce produit de contraception, affirmant que les préservatifs sont un produit destiné aux prostituées, rendant ainsi la femme stérile et pouvant pénétrer dans le ventre de la femme à tout moment. Notre enquêtée Katoua interviewée à l'hôpital de Gounou-Gaya affirme dans ce sens que « moi je ne peux pas accepter faire l'amour avec mon mari avec le préservatif, car c'est les choses des prostitués on nous a appris le préservatif c'est pour se protéger contre le sida. Mais entre nous deux-là qui a le sida pour qu'on utilise ». Bolla une jeune étudiante âgée de 24 ans rajoute pour sa part, que « nous les filles nous préférons le lam-be-lame, 32(*)car le rapport sexuel avec le préservatif ne donne pas de satisfaction sexuelle. On nous apprend également que le préservatif de nos jours est infecté par le sida et ça peut rendre également stérile ».

Photo 15: Préservatifs masculins

Source :photographie réalisée FILINA Gendarme Séraphin

v Le spermaticide

La contraception spermicide consiste à empêcher la fécondation du spermatozoïde en utilisant un produit chimique qui tue ou immobilise les spermatozoïdes, ce qui empêche la conception. Il est courant d'appliquer les spermicides dans le vagin avant les rapports sexuels et ils peuvent être sous forme de crèmes, de gels, de mousse, de suppositoires ou de films.
Il convient toutefois de souligner que les spermicides ne sont pas très courants au Tchad, surtout dans les régions rurales en particulier chez les Moussey.

En 2020, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a estimé que seulement 12 % des femmes en âge de procréer au Tchad utilisaient des méthodes contraceptives modernes, et les spermicides ne constituaient qu'une fraction infime de ces stratégies.

Toutefois, le niveau de connaissance des Moussey concernant les spermicides est limité en raison de divers facteurs tel que : l'accès à l'information sur les méthodes contraceptives est limité, ainsi qu'à l'accès aux produits de santé reproductive.

Selon notre étude, parmi les 31 personnes interrogées, tous n'ont pas fait usage du spermaticide. La majorité des professionnels de santé sont conscients de l'existence du contraceptif spermaticide et n'ont jamais eu recours à ce produit, affirmant que ce produit est rare dans la plupart des établissements de santé au Tchad.

Photo 16 : Spermaticide

Source : Enquête de terrain

v Fémidom

Le préservatif féminin est une méthode de contraception préventive pour les femmes qui se compose d'un tube souple en polyuréthane ou en nitrile, muni d'un anneau flexible à cadavre. L'insertion du préservatif féminin dans le vagin avant les rapports sexuels permet d'éviter le contact direct entre le sperme et les muqueuses génitales, ce qui diminue le risque de grossesse et de transmission des infections sexuellement transmissibles.

Dans la région de Moussey, cette méthode de contraception est souvent moquée et méprisée. Fréquemment, nos enquêtés déclarent que le préservatif féminin est « trop volumineux, c'est bazar, ce n'est pas bon, etc. ». Pour Tinvouna, « le préservatif féminin est trop volumineux, ceux qui l'ont fabriqué ne savent pas si c'était destiné à être porté à la tête ».

Photo 17 : Condom féminin ( fémidom)

Source : Enquête de terrain, photo réalisée au centre de santé de Domo Dambali par FILINA Gendarme Séraphin en novembre 2023

v La pilule

La pilule est l'un des moyens de contraception les plus couramment utilisés à l'échelle mondiale. C'est une approche hormonale qui implique la prise quotidienne d'un comprimé d'hormones synthétiques. Ces hormones entravent la fécondation en entravant l'ovulation et en altérant la glaire cervicale.

En raison de leur niveau d'éducation, les femmes Moussey ont peu de connaissances sur la pilule contraceptive. Malgré sa grande fiabilité lorsqu'elle est correctement prise, la pilule contraceptive demande une stricte observance de la part des femmes qui l'utilisent. Les effets secondaires de son utilisation peuvent également inclure des saignements irréguliers, des maux de tête ou des nausées.

v La pilule d'urgence

La pilule d'urgence ou pilule du lendemain est une méthode contraceptive d'urgence utilisée pour éviter une grossesse après un rapport sexuel non protégé ou en cas d'échec de la méthode contraceptive couramment utilisée. Elle renferme une quantité d'hormones supérieure à celle des pilules contraceptives classiques et influence l'ovulation en retardant ou en inhibant, ce qui rend la fécondation plus difficile. Il est recommandé de prendre la pilule d'urgence dès que possible après un rapport sexuel non protégé, surtout dans les 72 heures, mais elle peut être efficace jusqu'à 120 heures après. Il convient de souligner que la pilule d'urgence n'est pas une méthode contraceptive régulière, car elle n'est pas aussi efficace que les autres méthodes contraceptives. Elle a la capacité d'entraîner des effets secondaires tels que des nausées, des vomissements et des saignements irréguliers.

v Le norestorat

La marque Noristerat est un progestatif injectable qui sert de contraceptif. Son contenu est composé de la norestorone, un progestatif artificiel qui bloque l'ovulation et altère le tissu utérin afin d'empêcher l'implantation d'un oeuf mature.

Toutefois, nous n'avons pas découvert de données précises concernant le niveau de connaissance des peuples Moussey du Tchad concernant ce produit. Toutefois, les Moussey ont des connaissances restreintes de ce produit en raison manque d'information nécessaire.

v Dispositif Intra Utérin

La méthode contraceptive réversible appelée dispositif intra-utérin (DIU) est un petit dispositif en forme de T ou en forme de T en plastique ou en cuivre, introduit dans l'utérus par un médecin. Le DIU fonctionne en instaurant un environnement indésirable pour les spermatozoïdes et la nidation de l'oeuf, ce qui prévient la grossesse. Deux types de DIU existent : les DIU au cuivre, qui produisent des ions de cuivre afin de rendre l'utérus inhospitalier pour les spermatozoïdes, et les DIU hormonaux, qui produisent des hormones progestatives afin d'empêcher l'ovulation et d'épaissir les sécrétions cervicales.

Le DIU est une méthode contraceptive à long terme et efficace, avec une durée de 3 à 10 ans selon le type. Il est possible de le retirer à tout moment en cas de grossesse envisagée. Il est important de souligner que le DIU peut entraîner des effets secondaires tels que des saignements menstruels irréguliers ou des crampes, mais il est généralement bien toléré par la majorité des femmes.

v L'implant

L'implant contraceptif est une méthode contraceptive réversible qui consiste à insérer de petits bâtonnets en plastique sous la peau de l'avant-bras de la femme. Ces bâtonnets libèrent une hormone qui empêche l'ovulation et modifie le tissu utérin pour empêcher l'implantation d'un oeuf fécondé. Les implants contraceptifs sont efficaces pendant plusieurs années et peuvent être retirés à tout moment pour permettre une grossesse.

Concernant le niveau de connaissance des peuples Moussey du Tchad vis-à-vis de l'implant contraceptif, il est très probablement faible. Les Moussey ont un accès limité aux services de santé reproductive et aux informations sur les méthodes contraceptives modernes. De plus, les croyances culturelles et religieuses peuvent influencer leur perception de l'utilisation de méthodes contraceptives.

Il est important de promouvoir l'accès à l'information et aux services de santé reproductive, y compris les implants contraceptifs, pour permettre aux communautés comme les Moussey de prendre des décisions éclairées sur leur santé reproductive.

v La ligature des trompes

La ligature des trompes, également connue sous le nom de stérilisation tubaire, est une méthode contraceptive permanente chez les femmes Moussey ayant eu recours aux méthodes contraceptives modernes. Elle implique la fermeture ou la coupure des trompes de Fallope, empêchant ainsi les ovules de rencontrer les spermatozoïdes et de provoquer une grossesse. Cette procédure est réalisée de manière chirurgicale et constitue une méthode contraceptive très efficace, avec un faible taux d'échec. Il convient toutefois de noter que la stérilisation tubaire est généralement considérée comme irréversible, il est donc important de bien réfléchir avant de choisir cette méthode contraceptive

v La jadelle

La jadelle est une méthode contraceptive hormonale qui se présente sous forme d'implant sous-cutané. Elle libère en continu une hormone progestative qui empêche l'ovulation et rend la muqueuse utérine moins propice à la nidation de l'oeuf. La jadelle est très efficace pour prévenir la grossesse et peut avoir des effets secondaires tels que des saignements irréguliers, des maux de tête ou des changements d'humeur. Son utilisation nécessite une prescription médicale et un suivi régulier.

v Vasectomie

La vasectomie est une méthode contraceptive définitive qui consiste à sectionner ou à ligaturer les canaux déférents du sperme chez l'homme, empêchant ainsi la sortie des spermatozoïdes et la conception. Cette intervention chirurgicale est généralement réalisée sous anesthésie locale et est considérée comme une méthode très efficace pour éviter les grossesses non désirées.

Cependant, le niveau de connaissance des peuples Moussey du Tchad vis-à-vis de la vasectomie est très faible, voire inconnu. Dans de nombreuses cultures traditionnelles, y compris celle des Moussey, les méthodes contraceptives sont souvent mal comprises ou taboues. De plus, les services de santé reproductive sont limités dans les zones rurales du Tchad, ce qui rend difficile l'accès à l'information et aux services de santé pour les hommes.

Il est important de promouvoir l'accès à l'information et aux services de santé reproductive, y compris la vasectomie, pour permettre aux communautés comme les Moussey de prendre des décisions éclairées sur leur santé reproductive.

III. L'ACCEPTABILITÉ DE L'UTILISATION DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

Dans le cas du peuple Moussey, la question de l'acceptabilité des méthodes contraceptives modernes est également d'une grande importance, étant donné les spécificités socioculturelles de cette communauté.Cette partie de notre mémoire vise a examiné l'acceptabilité de l'utilisation des méthodes contraceptives modernes par les Moussey, en tenant compte de leurs croyances, valeurs et normes sociales. Pour aborder cette question, nos résultats de terrain indiquent que l'acceptabilité de l'utilisation des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey est variable selon le sexe, l'âge, le niveau d'éducation, la religion, le statut social et le revenu économique. Bien que certaines personnes se montrent ouvertes et favorables à l'utilisation de ces méthodes, d'autres ont encore des réticences et des préjugés qui limitent leur acceptation. Tous ces facteurs ci-dessus énumérés influencent l'acceptabilité d'utilisation des méthodes contraceptives modernes par les Moussey. « Moi je ne peux pas accepter d'utiliser les méthodes contraceptives modernes pour limiter volontaire le nombre d'enfants que Dieu a prévu pour moi. Il est dit dans la bible, multiplier et remplissez la terre. Surtout je n'accepterai pas que mon mari me baise avec le préservatif. Je ne suis pas une prostituée. » Affirme notre enquêtée Hawa. Quant à Mme Toudey, « moi, j'ai trouvé nécessaire les méthodes contraceptives modernes. Cela permet à la femme de se reposer en cas des complications perpétuelles de la grossesse. »

Il est essentiel de prendre en compte ces différents facteurs pour concevoir des programmes de sensibilisation et d'éducation adaptés à la réalité socioculturelle des Moussey. En travaillant en collaboration avec les leaders communautaires et religieux, il est possible de promouvoir une meilleure acceptabilité des méthodes contraceptives modernes et de favoriser l'accès à des services de planification familiale de qualité.

En conclusion, cette étude permettra de mieux comprendre les obstacles et les leviers de l'acceptabilité des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey.

IV. L'ACCEPTABILITÉ DE L'ESPACEMENT DES NAISSANCES DANS LE COUPLE CHEZ LES MOUSSEY

L'espacement des naissances est un élément clé de la planification familiale et de la santé maternelle et infantile. Chez les Moussey, la question de l'espacement des naissances est également importante, compte tenu des normes socioculturelles et des pratiques traditionnelles liées à la fertilité et à la reproduction.Cette partie de notre mémoire a examiné la question de l'acceptabilité de l'espacement des naissances dans les couples Moussey, en explorant les attitudes, croyances et pratiques liées à l'espacement de naissance. Il ressort de notre enquêté que l'espacement des naissances est largement pratiqué et accepté par les couples Moussey. Tous nos répondants ont reconnu les avantages de l'espacement de naissance pour la santé de la mère et de l'enfant, ainsi que pour la stabilité économique et sociale de la famille. « Pour moi c'est un an. Quand l'enfant commence à marcher « gogona col tutta wani sum tew vam wina kamu 33(*)» c'est déjà bon. Si non, si la femme tombe enceinte sans que l'enfant marche, il y aura des difficultés pour l'enfant à marcher on dira que (sum usum kamlina34(*) » affirme notre enquêtée Hanoua. Les Moussey disposent des connaissances endogènes vis-à-vis de l'espacement de naissance.

Cependant, nous avons également observé des défis liés à la mise en oeuvre effective de techniques de l'espacement des naissances modernes, notamment en ce qui concerne l'accès à l'utilisation des services de planification familiale de qualité, l'éducation sexuelle et reproductive au sein de la famille Moussey.

Tableau 3 :nombres des personnes ayant demandé les méthodes contraceptives modernes à l'Hôpital Départemental District de Gounou-Gaya

Types des contraceptions modernes sollicitées

Mois/ année

Cas de l'année 2023

Total

Jan.

Févr

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Aout

Sept

Oct.

Nov.

 

Préservatif

00

00

00

00

00

00

00

00

00

00

07

07

Dépôt Provera

09

14

19

10

16

24

09

20

33

21

23

198

Microgynon

11

07

03

05

05

04

03

01

05

03

06

53

Implanon

01

02

00

03

01

02

01

02

02

02

04

20

Jadelle

00

05

05

06

05

00

01

01

02

05

00

30

Norestorat

00

02

02

00

00

02

00

00

01

01

00

08

Pilule d'urgence

00

00

00

01

 

00

00

00

00

00

00

01

Vasectomie

00

00

00

00

 

00

00

00

00

00

00

00

Ligature des trompes

00

00

00

00

05

00

00

00

00

00

00

05

Autres

00

00

00

00

00

00

00

00

00

00

00

00

Source : registre du service de maternité de l'Hôpital District de Gounou-Gaya consulté par FILINA Gendarme

Figure 4: Graphique sur l'utilisation annuelle des méthodes contraceptives à l'hôpital district de Gounou-Gaya

Source : enquête de terrain (FILINA Gendarme Séraphin)

Les données ci-dessus nous montrent la faible utilisation des techniques d'espacement de naissance par les hommes Moussey. Le préservatif qui est la seule méthode moderne d'espacement de naissance cité par nos enquêté, était sollicité seulement par 07 à l'hôpital départemental de Gounou-Gaya. Tandis que 315 femmes ont demandé des contraceptifs modernes. Cela nous montre la féminisation des moyens modernes d'espacement de naissance. Dans la société Moussey les affirment que la responsabilité d'espacer les naissances appartiennent aux femmes.

En fin, nous suggérons qu'il est essentiel de renforcer les programmes de sensibilisation et d'éducation sur l'importance de l'espacement des naissances chez les Moussey, en mettant l'accent sur le rôle des couples dans la prise de décision et la planification familiale. Il est également important de garantir l'accès à des services de planification familiale adaptés aux besoins et aux préférences des couples Moussey.

V. PERCEPTION CULTURELLE DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

La perception culturelle des méthodes contraceptives modernes joue un rôle crucial dans l'acceptation et l'utilisation de ces méthodes au sein des différentes communautés. Chez les Moussey, une communauté avec ses propres traditions, croyances et normes sociales, la perception des méthodes contraceptives modernes est influencée par plusieurs facteurs culturels spécifiques.Cette partie de notre travail a exploré la perception culturelle des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey, en examinant comment les valeurs culturelles et les normes socioculturelles de cette communauté peuvent façonner leur attitude envers la contraception.

Les résultats de cette étude révèlent une diversité de perceptions culturelles des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey. Certains membres de la communauté Moussey perçoivent les méthodes contraceptives modernes comme une intrusion dans les normes traditionnelles et religieuses. Pour ceux les contraceptifs sont des pratiques qui encouragent la prostitution en milieu jeune et constitue une pratique qui transgresses les valeurs traditionnelles Moussey sur la procréation et la fécondité. Car pour eux la grossesse, l'enfant tous viennent de Dieu, les limité par une méthode médicale moderne constitue un crime au même titre que l'avortement. Pour notre enquêtée Aira, elle affirme : « moi je ne peux même pas un peu accepter que mon mari fait le rapport sexuel avec moi tout en utilisant le préservatif. Les préservatifs c'est les choses de prostitué. »

Selon l'infirmier Ndimma que nous avons interviewé, « Si je ne souhaite pas faire l'espacement des naissances, je ne peux pas utiliser les contraceptifs avec ma femme. Je n'ai jamais utilisé ces méthodes contraceptives modernes. Je ne conseillerai pas cela pour le non marié ça peut être utile rien que pour les marier afin de faire l'espacement des naissances. Ces trucs encouragent la prostitution et le vagabondage sexuel en milieu jeune. »

En revanche certain membre de la communauté Moussey ayant un niveau d'éducation élevé surtout les personnels soignants perçoivent les contraceptifs modernes comme une innovation positive permettant une meilleure planification familiale et une plus grande autonomie reproductive.

Vue cette diversité de perception au sein de la même communauté sur les contraceptifs, nous avons identifié plusieurs facteurs qui influencent la perception des contraceptions dans la socioculture Moussey. Ces facteurs sont entre autres : le niveau d'éducation, le sexe, la religion, le statut social (chef, leaders communautaire, cadre institutionnels), la structure familiale.

La compréhension de la perception culturelle des méthodes contraceptives modernes du point de vue éthologique est essentielle au Tchad pour élaborer des interventions de santé reproductive efficaces et adaptées à une culture spécifique. Les programmes de sensibilisation devraient prendre en compte ces perceptions culturelles et s'appuyer sur les valeurs et les normes socioculturelles de chaque société pour promouvoir une meilleure acceptation et utilisation des méthodes contraceptives modernes au Tchad.

VI. LES CONNAISSANCES AUTOUR DES AVANTAGES ET DES INCONVÉNIENTS DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

1. Les connaissances des Moussey sur avantage des méthodes contraceptives

Cette partie a examiné les connaissances des avantages et des inconvénients des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey, en explorant leur niveau de sensibilisation et de compréhension de ces méthodes modernes de contraception. Les connaissances des avantages et des inconvénients des méthodes contraceptives modernes sont essentielles pour permettre aux individus de prendre des décisions éclairées en matière de planification familiale et de santé reproductive. Chez les Moussey, la connaissance sur les avantages et inconvénients des contraceptifs modernes est variable d'après les propos que nous avons recueillis sur les terrains auprès des membres des sociétés Moussey.

Les résultats de notre étude soulignent une variation significative dans les connaissances des avantages et des inconvénients des méthodes contraceptives modernes chez les Moussey. Certains participants démontrent une bonne compréhension des bénéfices de la des méthodes contraceptives modernes, tels que le contrôle du nombre d'enfants, la protection contre les grossesses indésirée, protection contre les grossesses trop rapprochée et trop nombreuse et la préservation de la santé maternelle et la promotion du bien-être familial. Comme affirme notre enquêté Iroussa « les avantages des méthodes contraceptives modernes c'est pour nous protéger contre la grossesse indésirée et les IST. » quand notre interviewé Assia, « ces méthodes sont bonnes parce qu'elles nous permettent de se protéger contre les grossesses involontaires et les autres maladies sexuellement transmissibles ». Pour les jeunes Lycéens filles et garçons que nous avons interviewés, ils reconnaissent les avantages des contraceptifs modernes pour leur protection contre les grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles.

En revanche sur le 31 enquêtés interviewés, 05 personnes ne connaissent pas les avantages et les inconvénients des contraceptifs modernes. Tous les 26 enquêtés ont cité un à quatre inconvénients des contraceptifs modernes même ceux n'ayant pas encore utilisé ces contraceptifs modernes connaissent ces inconvénients. Pour Inoua élève du terminal père de 03 enfants affirme que : « Les inconvénients sont nombreux : le préservatif ça ne me donne pas le plaisir quand je baise avec. La pilule pour les femmes on nous fait comprendre qu'en cas d'oubli la femme tombe directement enceinte mieux que rien. Les implants ça augmentent la durée de l'écoulement du cycle de la femme. Et certaines de ces méthodes peuvent nous rendre infécond définitivement. » Quant à Irène une femme âgée de 42 ans mère de 13 enfants utilisatrice de la Jadelle affirme : « ces méthodes contraceptives modernes font maigrir les femmes comme si elles avaient le sida. Moi, le docta m'avais inséré le plaquet, cela m'a fait maigrir et les entourages se moquer de moi et d'autre me soupçonnaient que j'ai contracté le Sida. Je suis reparti à l'hôpital et le docta a remplacé par une autre contraception maintenant ça marche bien avec moi ».

Cependant, d'autres participants ont des connaissances limitées, voire des idées fausses, sur les méthodes contraceptives modernes. Ils ont des préoccupations et des peurs concernant les effets secondaires des contraceptifs modernes et leur impact sur la fertilité.

En somme nous suggérons dans le cadre de cette étude un renforcement de l'éducation et la sensibilisation des Moussey sur les avantages et les inconvénients des méthodes contraceptives modernes, afin de permettre une prise de décision éclairée en matière de planification familiale. Les programmes de santé reproductive peuvent mettre l'accent sur l'information précise et objective, adaptée aux besoins et aux spécificités culturelles de la communauté Moussey.

2. Les connaissances des Moussey sur les inconvénients des méthodes contraceptives

Dans le contexte de l'utilisation des contraceptifs modernes, le peuple Moussey, comme de nombreuses communautés traditionnelles, se trouve confronté à son 'introduction. Bien que ces méthodes offrent de nombreux avantages, leur adoption est souvent freinée par la perception d'inconvénients, qu'ils soient réels ou imaginaires. Nous avons exploré les connaissances et les croyances des Moussey concernant les aspects négatifs des méthodes contraceptives modernes, en décrivant leurs origines, leurs impacts sur l'adoption de ces méthodes, et les défis qu'elles posent pour les programmes de santé sexuelle et reproductive.

Le peuple Moussey exprime souvent des inquiétudes concernant les effets secondaires potentiels des méthodes contraceptives modernes. Parmi ces préoccupations, on trouve la crainte de troubles menstruels, de prise de poids, l'infertilité définitive et de maux de tête. Ces inquiétudes, bien qu'en partie fondées sur des effets secondaires réels, sont souvent amplifiées par le manque d'information précise et par la circulation de rumeurs au sein de la communauté.

L'impact sur la fertilité future Une des préoccupations majeures concerne l'effet à long terme des contraceptifs sur la capacité à procréer. La croyance en une possible infertilité permanente due à l'utilisation prolongée de contraceptifs est répandue, bien qu'elle ne soit pas scientifiquement fondée pour la plupart des méthodes. Cette crainte reflète l'importance accordée à la fertilité dans la culture Moussey.

v Les implications religieuses et spirituelles

Pour certains membres de la communauté Moussey, l'utilisation de contraceptifs modernes est vue comme allant à l'encontre de croyances religieuses et spirituelles sur la procréation. Ce conflit potentiel entre foi et planification familiale moderne représente un obstacle significatif à surmonter. Pour le catéchiste Damou, « il est écrit dans la bible dans le livre de genèse multipliez-vous et remplissez la terre. Utilisation des contraceptifs modernes va à l'encontre de la volonté divine chrétienne »

v Les défis pratiques et sociaux

Dans une culture ou la prise de décision pour utiliser les contraceptifs modernes viennent du mari, comme celle des Moussey, la crainte du manque de confidentialité et de la stigmatisation potentielle liée à l'utilisation de contraceptifs peut dissuader de nombreuses personnes. Cette dimension sociale souligne l'importance des normes communautaires dans les décisions individuelles de santé reproductive. En plus l'accès limité aux services de santé dans les zones rurales et le coût potentiel de soigne général constitue un obstacle concret pour de nombreux Moussey. Ces facteurs pratiques peuvent renforcer la réticence à adopter ces méthodes, même lorsque les autres préoccupations sont atténuées.

v Les défis éducatifs et informationnels

La circulation d'informations inexactes ou de mythes concernant les effets des contraceptifs (par exemple, sur la qualité du lait maternel) a un impact significatif sur les décisions en matière de d'utilisation des contraceptifs modernes.

Certaines méthodes contraceptives sont perçues comme trop complexes à utiliser correctement, ce qui peut décourager leur adoption. Cette perception souligne l'importance d'une éducation adaptée et d'un accompagnement approprié dans l'utilisation des différentes méthodes.

Les connaissances des Moussey sur les inconvénients des méthodes contraceptives modernes révèlent un mélange complexe de préoccupations légitimes, de malentendus, et de conflits culturels. Pour promouvoir efficacement ces produits au sein de cette communauté, il est crucial d'adopter une approche holistique qui adresse non seulement les aspects médicaux, mais aussi les dimensions culturelles, sociales et éducatives. En reconnaissant et en abordant ces perceptions d'inconvénients de manière sensible et informée, il devient possible de favoriser une adoption plus large et plus durable des méthodes contraceptives modernes, tout en respectant les valeurs et les traditions du peuple Moussey. Cela nécessite un dialogue continu, une éducation adaptée, et une intégration réfléchie des pratiques modernes dans le contexte culturel existant.

VII. LES CANAUX D'ACCÈS AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

L'accès aux méthodes contraceptives modernes est crucial pour une utilisation efficace et leur disponibilité dans les populations. Dans la communauté de Moussey, trois principaux canaux d'accès sont les structures de santé, le marché (pharmacies et boutiques), les établissements éducatifs, les membres de la famille et de la société, ainsi que les sites religieux. L'accès aux services de planification familiale peut être influencé par des facteurs tels que la proximité des centres de santé, les informations disponibles et les barrières socioculturelles. Les centres de santé sont l'un des principaux canaux d'accès, mais la distance, les coûts et les préjugés limitent leur utilisation. Les pharmacies sont également accessibles pour l'achat de contraceptifs. Les structures éducatives bénéficient de campagnes de sensibilisation à l'utilisation de la contraception, et les initiatives de santé communautaire jouent un rôle significatif dans la promotion de la planification familiale en facilitant l'accès à l'information et aux services contraceptifs.

Figure : canaux d'accès aux contraceptifs modernes chez les Moussey

Lieux de cultes

Structures sanitaires

Structures académiques

La famille et société

Pharmacies et boutiques

Source : enquête de terrain par Filina Gendarme Seraphin

VIII. L'ACCEPTABILITÉ DU RAPPORT SEXUEL AVEC UNE CONJOINTE QUI UTILISE UNE MÉTHODE CONTRACEPTIVE MODERNE CHEZ LES MOUSSEY

Cette section examine les perceptions et attitudes envers la relation sexuelle dans la société Moussey lorsqu'un ou les deux partenaires utilisent les contraceptifs modernes. L'acceptation du rapport sexuel avec un partenaire ou qui utilisent les contraceptifs modernes est complexe et variable selon les croyances, niveau d'éducation et les normes culturelles au sein d'un même couple. Certains membres de la communauté Moussey perçoivent l'utilisation des méthodes contraceptives moderne comme une pratique taboue est prohibée par la culture Moussey. Car disent-ils l'utilisation de certaines contraceptions comme le préservatif signifie la méfiance et la relation conjugale est basée sur la confiance. Parlant de l'acceptabilité de rapport sexuel avec une ou des conjointes utilisant les contraceptifs modernes féminins, tous nos enquêtés se sont montrés favorables et n'ont cités aucuns inconvenant et barrières culturelles. Mais, l'acceptabilité d'utilisation des préservatifs a fait beaucoup de critiques de nos enquêtés. Plusieurs femmes et hommes mariés que nous avons interrogés ont affirmé qu'il n'est pas acceptable de coucher avec sa conjointe avec le préservatif. Comme affirme notre intervieweur Moussa « Moi couché avec ma femme avec le préservatif ? Ce n'est pas possible ! Elle est ma femme je ne peux pas faire ça même dans mes rêves. D'ailleurs la baise avec le préservatif ne donne pas la satisfaction sexuelle c'est par contrainte et peur d'attraper les infections que nous utilisons cela sur les prostitués ». Les contraceptifs modernes sont perçus comme des pratiques conduisant la population aux vagabondages sexuelles et à la prostitution dans la société Moussey. Cette perception négative vis-vis du préservatif influence l'acceptation de son utilisation au sein de couple Moussey. Sounda, une enquêtée mère de 07 enfants âgée de 32 ans affirme : « ce n'est pas la même chose. Surtout avec le préservatif on ne ressent pas le plaisir comme le « corps à corps35(*) ». Et c'est pourquoi nous les femmes n'aimons pas qu'un partenaire utilise le préservatif pendant le rapport sexuel. » Quand Lonamoulna, quand une utilise les contraceptifs modernes, la sensation dans le rapport sexuel demeure le même. « Le lam bé lam 36(*) c'est bon. Le préservatif ne donne pas trop envie et aussi la satisfaction sexuelle n'atteint pas. Par contre quand la femme utilise les contraceptifs modernes féminins, les rapports sexuels pour moi demeurent le même. C'est le préservatif qui réduit la sensation de plaisir. » En plus, certaines ont des informations erronées sur certains contraceptifs modernes. Pour Azina un jeune étudiant et père de deux enfants affirme : « le préservatif masculin même c'est mieux encore. Le préservatif féminin c'est trop gros comme le sac à mile (....Il rit...) je me suis dit si on a fabriqué ça pour mettre ça sur la tête (...Il rit....) Mais quand une femme utilise les injectable là ça ne change rien. Moi je ne peux pas accepter mettre mon pénis dans un plastique que j'ignore l'origine et on nous fait aussi comprendre que les préservatifs contiennent le virus du sida ».

D'autres membre de la société Moussey que nous avons interviewé en raison de leur de leur niveau d'éducation élevé considèrent l'utilisation de contraceptifs moderne comme un moyen de prendre soin de la santé de la femme et de planifier la famille de manière responsable.

Il est important de noter que les attitudes envers la contraception varient considérablement d'une personne à l'autre et sont influencées par des facteurs tels que l'éducation, la religion, les traditions familiales et les expériences individuelles. Cela nous rappelle l'importance de respecter les croyances et les valeurs de chaque individu lorsqu'il s'agit de discuter de la sexualité et de la contraception.

IX. LES DIFFICULTÉS D'ACCÈS AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

Les Moussey, tout comme de nombreuses autres communautés tchadiennes, sont confrontés à des difficultés d'accès aux méthodes contraceptives modernes, ce qui a un impact significatif sur leur santé reproductive et leur bien-être. Dans cette partie de notre étude, nous avons examinés les différentes difficultés auxquelles les Moussey sont confrontés en ce qui concerne l'accès aux méthodes contraceptives modernes.

Tout d'abord, l'un des principaux obstacles est le manque d'informations appropriées et accessibles sur les méthodes contraceptives modernes. Les Moussey ont du mal à trouver des ressources fiables et pertinentes qui leur permettent de prendre des décisions éclairées en matière de contraception. Cela est dû à un manque de sensibilisation et d'éducation sur les méthodes contraceptives modernes au sein de la communauté et les barrières culturelles qui entravent la diffusion de ces informations.

De plus, s'ajoute l'accès géographique aux services de santé et aux fournitures contraceptives sont limité dans certaines régions où vivent les Moussey. Les distances à parcourir pour se rendre dans un centre de santé ou une clinique est parfois longues, ce qui rend l'accès aux méthodes contraceptives plus difficile.

En outre, les facteurs socioculturels et religieux constituent également les principales difficultés d'accès aux méthodes contraceptives modernes chez les Moussey. Les normes culturelles et les croyances religieuses influencent les attitudes et les perceptions à l'égard de la contraception, ce qui entraîne souvent la stigmatisation ou la discrimination envers ceux qui utilisent ou cherchent à utiliser des méthodes contraceptives modernes. Cela dissuade certains Moussey d'accéder aux services de contraception moderne et de demander de l'aide. Notre enquêté Lawna renchérit : « vous savez que chez nous l'homme se fait toujours le chef du ménage, donc les femmes n'ont pas le pouvoir de décision pour la gestion de leur procréation. Dans ce cas, la femme a peur d'engager la décision de la prise des contraceptifs modernes sans une autorisation préalable de son mari. Et l'homme Moussey quant à lui souhaite perpétuellement l'enfant. »

En somme, vue l'expression de nos résultats des données de terrain, il est crucial de reconnaître ces difficultés d'accès et de travailler à les surmonter pour améliorer la santé reproductive et promouvoir le bien-être des Moussey. Des efforts doivent être déployés pour fournir des informations complètes et accessibles sur les méthodes contraceptives modernes, renforcer les infrastructures de santé dans les régions éloignées, et sensibiliser sur l'importance de la contraception en tenant compte des normes socioculturelles et religieuses de la communauté. En analysant ces difficultés d'accès, nous espérons contribuer à une meilleure compréhension des obstacles spécifiques auxquels les Moussey sont confrontés en matière de contraception. Ces informations pourront ensuite être utilisées pour informer et guider le développement de politiques et de programmes de santé reproductive mieux adaptés aux besoins de cette communauté.

v Le manque d'information

Les Moussey font face à des difficultés importantes pour adopter des méthodes contraceptives modernes en raison d'un manque d'information. Leur connaissance des méthodes contraceptives modernes est limitée, ce qui réduit leurs options et conduit à croire qu'il n'y a pas de bonnes options pour leurs besoins spécifiques. En outre, ils partagent des idées erronées sur le fonctionnement biologique des techniques contraceptives modernes, ce qui entraîne de la peur et de la méfiance envers ces techniques. Il existe également des rumeurs concernant les effets secondaires des contraceptifs modernes, ce qui crée une barrière psychologique à leur utilisation. Il est à noter que certains Moussey continuent à privilégier les méthodes culturelles de contraception, faisant suite qu'elles offrent une protection comparable. L'impossibilité d'accéder aux médias traditionnels et modernes entraîne également une absence d'information sur la planification familiale, ce qui conduit à une absence d'information.

v Les obstacles culturels

L'adoption de méthodes contraceptives modernes est souvent entravée par des obstacles culturels, en particulier dans les sociétés traditionnelles comme le peuple Moussey. Ceux-ci comprennent la valorisation culturelle de la fertilité, la pression sociale pour une grande famille, la domination traditionnelle masculine dans les décisions de procréation, la notion d'identité d'une femme basée sur sa capacité à se reproduire, la perpétuation du nom de famille, et le rôle des enfants dans la structure sociale.

Dans la culture Moussey, la fertilité est souvent considérée comme une bénédiction divine et un signe de prestige social. Cette valeur culturelle de la fertilité est en conflit avec l'idée de limiter les naissances par des moyens artificiels. La communauté de Moussey exerce également une pression importante sur les couples avec de nombreux enfants, ce qui rend difficile pour les individus d'adopter des méthodes contraceptives en raison de la peur de la stigmatisation ou de la marginalisation.

La culture Moussey décourage également l'utilisation de la contraception moderne, la considérant comme une menace pour la continuité de la lignée familiale et une résistance culturelle à son adoption. Ces barrières culturelles constituent un obstacle important à l'adoption de méthodes contraceptives modernes à Moussey.

v Le statut du mari

Dans les sociétés traditionnelles comme les Moussey, le statut marial joue un rôle important dans les décisions familiales, y compris l'utilisation de méthodes contraceptives modernes. La structure familiale patriarcale limite l'autonomie des femmes dans les choix de santé reproductive, y compris l'utilisation de contraceptifs. Le statut marial leur donne traditionnellement le droit de décider du nombre d'enfants et du moment de la grossesse, limitant l'accès aux contraceptifs modernes même lorsqu'ils souhaitent les utiliser. Dans la communauté de Moussey, avoir une grande famille est considéré comme un signe de richesse et de statut social, et ils considèrent les enfants comme une source de revenu ou de sécurité économique future.

v L'accès géographique

Les méthodes contraceptives modernes sont cruciales pour la santé reproductive et le développement socio-économique, mais l'accès géographique pose un défi important pour de nombreuses communautés, comme les Moussey. Les zones rurales sont souvent très éloignées des centres de santé offrant des services de planification familiale, ce qui rend difficile l'accès des particuliers aux services contraceptifs. L'absence ou le mauvais état des transports dans ces zones rend le voyage difficile, surtout pendant la saison des pluies. Les services de planification familiale sont souvent concentrés dans les centres urbains, ce qui crée un déséquilibre d'accès entre les populations urbaines et rurales. La distance géographique complique également les visites de suivi de certaines méthodes contraceptives. Les jeunes Moussey font face à des obstacles supplémentaires pour accéder aux services de contraception en raison de la distance et de la visibilité. Dans certains contextes culturaux, la mobilité limitée rend difficile l'accès aux services de santé sans assistance ou autorisation. L'accès géographique est un obstacle majeur aux méthodes contraceptives modernes à Moussey, affectant la continuité des soins, les défis spécifiques pour certains groupes, et la qualité des services.

v La religion

Les valeurs, les croyances et les pratiques quotidiennes de nombreuses communautés sont profondément influencées par la religion, qui joue un rôle essentiel dans leur vie. Chez les Moussey, comme dans beaucoup de sociétés traditionnelles, la religion est un obstacle majeur à l'adoption des techniques contraceptives contemporaines. La procréation est considérée comme un commandement divin ou une bénédiction dans de nombreuses interprétations religieuses, comme chez les chrétiens, qui font souvent référence à Genèse 1 verse 28: « multipliez et remplissez la terre ». Cette vision engendre une réticence morale à l'emploi de techniques contraceptives. L'utilisation de contraceptifs est perçue par certaines interprétations religieuses comme une tentative de contrecarrer le plan divin, ce qui engendre un conflit moral pour les croyants.

Les dirigeants religieux Moussey ont souvent un impact important sur les opinions de la communauté concernant la contraception. Les enseignements et les opinions qu'ils dispensent peuvent soit favoriser ou dissuader l'usage de méthodes contraceptives contemporaines. Selon la religion Moussey, la vie débute dès la conception, cependant certaines méthodes contraceptives sont considérées comme abortives, ce qui suscite une forte opposition morale. Selon certains croyants Moussey, il est moralement problématique d'utiliser des contraceptifs, car chaque acte sexuel doit être ouvert à la possibilité de procréation. Le rôle principal de la femme est parfois défini par les enseignements religieux comme celui de la mère, ce qui rend difficile pour les femmes Moussey de justifier l'usage de contraceptifs.

La sexualité est souvent entourée de tabous religieux qui peuvent entraver la discussion ouverte sur la contraception, ce qui restreint l'accès à l'information et aux services. Il est indéniable que la religion représente un obstacle majeur à l'accès aux techniques contraceptives modernes chez les Moussey. Cette influence se traduit par l'interprétation des textes sacrés, le rôle des dirigeants religieux, les convictions sur la sacralité de la vie, l'influence sur les rôles de genre et de sexualité, le conflit entre tradition et modernité, et l'impact sur les politiques de santé. Toutefois, il convient de souligner que la religion n'est pas univoque et que les interprétations et les pratiques peuvent être très différentes au sein même de la communauté Moussey.

La disponibilité des techniques contraceptives contemporaines constitue un défi majeur pour la santé reproductive et le bien-être des femmes. Néanmoins, dans la société Moussey, la famille est souvent un obstacle majeur à cette facilité. Dans cette dissertation, nous examinons les divers aspects de cette problématique, en soulignant les éléments socioculturels, économiques, et éducatifs qui contribuent à présent.

X. LES SUGGESTIONS POUR AMÉLIORER L'ACCÈS AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY

v Sensibilisation et éducation

Organiser des campagnes de sensibilisation et des programmes éducatifs pour informer les Moussey sur les méthodes contraceptives modernes, leurs avantages, leur utilisation correcte et les services de santé disponibles. Il est important de tenir compte des normes socioculturelles et religieuses de la communauté afin de rendre les informations pertinentes et adaptées.

v Renforcement des infrastructures de santé

Investir dans l'amélioration des infrastructures de santé dans les régions où vivent les Moussey, en veillant à ce que les centres de santé et les cliniques soient facilement accessibles et fournissent des services de contraception de qualité. Cela pourrait inclure la formation du personnel de santé sur les méthodes contraceptives modernes et la fourniture régulière de fournitures contraceptives.

v Collaboration avec les chefs communautaires et les leaders religieux

Impliquer les chefs communautaires et les leaders religieux dans les efforts visant à améliorer l'accès aux méthodes contraceptives modernes. Leur soutien et leur engagement peuvent contribuer à réduire la stigmatisation et à promouvoir l'acceptation de la contraception au sein de la communauté.

v Subventions et réductions de coûts

Déjà lors de nos enquêtes dans plusieurs centres de santé et hôpitaux présents dans la société Moussey nous avons confirmé la gratuité d'offre des contraceptions modernes. Pour le Responsable de centre de santé de Domo Dambali, je cite : « oui tout est gratuit sauf pour l'implant on peut demander un forfait qui ne dépasse pas 1.000 FCFA pour acheter la seringue, l'aiguille et bien d'autres matériels pour son insertion. Pour l'implant tout cela coût au trop 600 à 700 FCFA. ». Nous suggérons au contraire la mise en place des programmes d'accompagnement et de suivi régulière des utilisatrices et utilisateurs des contraceptifs modernes. Cela pourrait encourager plus de personnes à utiliser ces méthodes pour prévenir les grossesses non désirées.

v Autonomisation de la femme Moussey

Dans la prise de décision sur sa santé procréative : nos enquêtés ont montré le pouvoir de l'homme en tant que chef de la famille sur la décision d'utilisation des contraceptifs modernes par sa femme. Dans la société, même les responsables de santé refusent de donner les contraceptifs modernes à une femme sans la présence de son mari.

v Collaboration avec des organisations internationales

Collaborer avec des organisations internationales telles qu'UNFPA, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et d'autres organismes de santé pour obtenir un soutien et des ressources supplémentaires dans l'amélioration de l'accès aux méthodes contraceptives modernes chez les Moussey.

CONCLUSION PARTIELLE

Ce dernier chapitre de notre mémoire a exploré les connaissances, les attitudes et les perceptions des Moussey concernant les méthodes modernes de contraception. Cela révèle d'une diversité significative dans la compréhension et l'acceptation de ces méthodes au sein de la société Moussey. Bien que c Moussey aient entendu parler des contraceptifs modernes, il y a encore un manque d'informations précises sur leur fonctionnement et leurs effets secondaires. Ce manque de connaissances est attribué à des facteurs tels que l'absence d'éducation sexuelle formelle et les normes culturelles entourant la sexualité et la reproduction. Les attitudes envers l'utilisation de la contraception moderne varient considérablement, certains membres souhaitant adopter ces méthodes pour mieux planifier leurs familles et améliorer leur qualité de vie, tandis que d'autres sont réticents en raison de normes sociétales traditionnelles qui valorisent les grandes familles ou considèrent les contraceptifs comme un tabou. Ces attitudes sont souvent façonnées par des influences socioculturelles et religieuses.

Cette partie de notre étude met en évidence la nécessité de futurs programmes éducatifs adaptés aux caractéristiques culturelles et sociales de la communauté de Moussey. Une approche prenant en compte à la fois les aspects médicaux et les dimensions psychologiques et socioculturelles pour favoriser une meilleure acceptation et utilisation de la contraception moderne.

CONCLUSION GÉNÉRALE

En Cette recherche révèle la complexité de la perception et de la représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au Tchad, plus particulièrementchez le peuple Moussey. La question de départ de notre étude était de savoir comment le peuple Moussey se représente-il les méthodes contraceptives modernes ? Cette question nous a aussitôt poussé à reformuler une réponse provisoire qui constitua notre hypothèse générale notamment les contraceptions modernes sont représentées par le peuple Moussey comme les voies et moyens menant à la prostitution et à la réduction de nombre d'enfants. L'objectif principal était de comprendre comment les Moussey perçoivent les méthodes contraceptives modernes et de décrire la représentation culturelle et sociale des méthodes contraceptives modernes. L'étude a révélé que les phénomènes tels que la grossesse précoce, la grossesse non désirée, la grossesse nombreuse, l'avortement non médical et la déscolarisation des jeunes en milieu Moussey sont tous liés à un manque de compréhension des méthodes contraceptives modernes.

La méthodologie utilisée dans le cadre de cette étude repose sur l'approche qualitative avec des outils d'enquêtes tel que : l'entretien semi-directif, le groupe de discussion, l'observation directe, les récits de vies et recueils documentaires. L'analyse des résultats de notre étude a fait recours à deux théories notamment : l'ethnométhodologie et l'interactionnisme symbolique.

L'étude était réalisée auprès de 31 informateurs donc 21 femmes et 10 hommes. Elle met en lumière les obstacles à l'utilisation des contraceptifs modernes en milieu Moussey. Les principaux obstacles recueillis sont notamment :l'inégalité de genre, l'analphabétisation de la population, le niveau d'éducation, le manque d'information, les croyances religieuses et les respects des valeurs culturelles. Les méthodes modernes de contraception sont perçues comme taboues et les Moussey se montrent davantage résistant face à leurs utilisations.

Notre présent mémoire était rédigé sur six chapitre donc quatre chapitres correspondent à nos objectifs spécifiques et un chapitre consacré à la description du milieu d'étude et l'ethnologie du peuple Moussey et en fin un autre chapitre est consacré à la revue de la littérature, cadre théorique et conceptuel.

Le Tchad, pays multilingue avec le français et l'arabe comme langues officielles depuis 1978, se distingue par la diversité culturelle de ses sociétés. Les principales religions pratiquées dans le pays sont l'islam, le christianisme et les croyances traditionnelles, reflet d'une coexistence religieuse complexe. Avec une population très jeune de 68 % ayant moins de 25 ans, le Tchad est marqué par des dynamiques démographiques importantes, influençant directement ses structures sociales et économiques. Jean Mbairo, Caroline Robion-Brunner, (2017).

Le système de santé tchadien repose sur une organisation pyramidale à trois niveaux (central, intermédiaire et périphérique), mais il reste confronté à des défis liés à l'accès aux soins, particulièrement en milieu rural. Ces contraintes sont exacerbées par les tensions sociopolitiques historiques, notamment entre le Nord, majoritairement musulman et arabophone, et le Sud, dominé par le christianisme et le français. EDS-MICS, (2018).

Dans cette étude portant sur perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey, nous avons d'une part exploré le système de représentations culturelles de la fécondité, de la procréation et de la contraception chez les Moussey. Le Moussey faut le rappeler est une communauté vivant principalement dans le département de la Kabbia, dans la région de Mayo-Kebbi Est. Ce travail nous a permis d'identifier les facteurs socioculturels, religieux et économiques influençant la perception et l'utilisation des méthodes modernes de contraception.

L'étude révèle que, pour les Moussey, la fécondité est profondément ancrée dans des valeurs culturelles qui valorisent les familles nombreuses, les enfants étant perçus comme une richesse et une ressource économique pour les foyers. Cependant, cette vision entre parfois en conflit avec les réalités modernes, telles que les grossesses précoces, non désirées ou nombreuses, qui affectent la santé des femmes et freinent leur éducation.

En milieu Moussey, les méthodes contraceptives modernes sont souventassociées à des tabous ou à des comportements jugés immoraux, plusieurs membres de la communauté Moussey expriment leur méfiance d'adoptionà ces méthodes modernes de contraception. Cette acceptation repose sur des approches respectueuses des besoins et des réalités culturelles locales.

En plus, notre recherche a mis en évidence la complexité des perceptions et des représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey du Tchad. En explorant les liens entre les croyances culturelles, religieuses, sociales et économiques, cette rechercheressort les facteurs influençant l'adoption des méthodes contraceptives modernes au sein de la société Moussey. L'étude révèle que des phénomènes tels que les grossesses précoces, grossesses non désirées, grossesses nombreuses les avortements non médicalisés et la déscolarisation des jeunes résultent souvent d'un manque de sensibilisation et de compréhension sur les méthodes contraceptives modernes en milieu Moussey.

En effet, les Moussey perçoivent majoritairement les méthodes contraceptives modernes comme contraires à leurs valeurs culturelles liées à la fécondité, souvent les associant à des pratiques immorales ou à un mépris des traditions.

Notre travail souligne également la nécessité de promouvoir une sensibilisation adaptée à travers des programmes éducatifs inclusifs, le renforcement des infrastructures sanitaires dans les zones reculées, mettre l'accent sur le rôle l'homme dans gestion de fécondité et de la procréation, collaboration étroite avec les leaders communautaires et religieux. Ces initiatives permettraient de déconstruire les préjugés tout en respectant le patrimoine culturel des Moussey.

Enfin, ce travail s'inscrit dans une démarche anthropologique qui met en lumière les interactions complexes entre traditions, modernité et politiques publiques dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. Il offre des pistes concrètes pour orienter les politiques et interventions, tout en respectant la richesse culturelle des Moussey et en répondant aux besoins spécifiques de leur communauté.

Enfin, cette recherche illustre l'importance d'adopter des approches anthropologiques pour mieux comprendre et répondre aux besoins spécifiques des populations locales en matière de santé sexuelle et reproductive. Elle offre des bases solides pour élaborer des stratégies intégrées qui allient respect des traditions et adoption de solutions modernes, contribuant ainsi à améliorer le bien-être et les opportunités socio-économiques des communautés comme celle des Moussey.

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· Ningam Ngakoutou « planification familiale au Tchad »

· Ningam Ngakoutou : « L'utilisation des techniques modernes de contraceptions au Tchad », l'extrait du chapitre 4 de l'ouvrage de son ouvrage lu sur Google scholar en mai 2023

· NJIKAM Savage O. M. (2015): «Adolescents and Young Women's Perceived Reasons for the Continued HIV/AIDS Prevalence in Kumba, Cameroon: A Qualitative Study». International Journal of HIV/AIDS Prevention, Education and Behavioural Science.

· Organisation Mondiale de la Santé mars 2013 : planification familiale et contraception lu sur son site officiel (oms.org).

· Pranitha Maharaj, John Cleland, (2005) : « Perception du risque et utilisation du préservatif chez les couples mariés ou cohabitants au KwaZulu-Natal, Afrique du Sud ». Perspectives internationales de la planification familiale, P24-29

· Sennen H Hounton, Hélène Carabin, Neil J Henderson, (2005) : « Vers une compréhension des obstacles à l'utilisation du préservatif en milieu rural au Bénin à l'aide du modèle de croyances en matière de santé : une enquête transversale » BMC Public Health

· Sosa-Sanchez, I. (2010) : « Les inégalités sociales et la santé sexuelle et reproductive au Mexique : entre la médicalisation et l'exclusion sociale ». Recherches féministes

· Tessier, Monique, (1984) : « Adolescence et sexualité : les enjeux de la prévention ». Santé mentale au Québec, 9(2), consulté sur le site https://doi.org/10.7202/030239ar

· Tia Palermo, Jennifer Bleck et Elizabeth Westley « Connaissance et utilisation de la contraception d'urgence : analyse multinationale ».

· VILLENEUVE-GOKALP C, (1990) : « Du mariage aux unions sans papiers ; histoire récente des transformations conjugales ». Revue de l'Association Internationale Des Démographes de Langue Française (AAIIDELF

1.5. Données officielles

· Banque mondiale : prévalence de la contraception des femmes de 15 à 49 ans

· Enquête Démographique et de la Santé (EDS 2004, 2015)

· Enquête par Grappes à Indicateurs Multiples (MICS6-Tchad), (2019).

· Ministère de la Femme, de la Famille et de la Protection de la Petite Enfance au Tchad, Organisation des Femmes Dames de Lutte contre le Sida (2016) : « feuille de route de lutte contre le mariage précoce des enfants et les mutilations génitales féminines »

· Ministère de la Santé Publique du Tchad, (2015): « évaluation des indicateurs pour le suivi du programme de sécurisation de produits de santé de la reproduction au Tchad » rapport provisoire 2015

1.6. Etudes et Rapports

· Akam Evina et Kishimba Ngo, dans un article commun intitulé : L'utilisation des méthodes contraceptives en Afrique : de l'espacement à la limitation des naissances 

· Tchad : Santé sexuelle et reproductive : le droit d'aimer, de choisir et de décider" - Ce rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) offre une vue d'ensemble de la situation de la santé sexuelle et reproductive au Tchad : https://tchad.unfpa.org/sites/default/files/pub-pdf/SRHR_TCHAD.pdf

· reproductive au Tchad : étude des facteurs d'utilisation des méthodes modernes de contraception" - Cette étude se concentre sur les facteurs qui influent sur l'utilisation des méthodes modernes de contraception au Tchad, y compris les aspects socioculturels : https://core.ac.uk/download/pdf/39361571.pdf

· Annual Report on Family Planning in West and Central Africa: 2018" - Ce rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fournit des données et des analyses sur la planification familiale dans la région de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, qui comprennent le Tchad : https://afro.who.int/publications/annual-report-family-planning-west-and-central-africa-2018

· Traditions and Modernities in Northern Cameroon: The Mousgoum and the Mousseye in the High Moundou Region" - Un article académique qui examine les Mousgoum et les Mousseye, deux groupes ethniques apparentés au Tchad, et discute de leurs traditions et de leurs pratiques culturelles : https://www.jstor.org/stable/1161584

· Analyzing the Gap Between Knowledge and Use of Modern Contraception in Urban Congo" - Un article de recherche qui étudie la perception et l'utilisation de la contraception moderne dans un contexte urbain congolais, mais qui peut fournir des informations pertinentes sur la perception et la représentation sociales des méthodes contraceptives : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5366618/

· Gendered Norms and Family Planning Choices in Cameroon" - Une étude qui examine les normes liées au genre et leurs effets sur les choix de planification familiale au Cameroun, pays voisin du Tchad avec des similitudes culturelles : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7340904/

· Population Reference Bureau (PRB) - Une organisation de recherche qui fournit des données et des analyses sur la santé et la population dans de nombreux pays, y compris le Tchad. Vous pouvez trouver des rapports et des publications sur la planification familiale et les normes sociales au Tchad : https://www.prb.org/countries/tchad/

· Guttmacher Institute - Une organisation mondiale de recherche sur la santé sexuelle et reproductive qui fournit des données et des analyses sur la contraception et les comportements de fécondité dans de nombreux pays, y compris le Tchad : https://www.guttmacher.org/search/node/Tchad

· United Nations Population Fund (UNFPA) Tchad - La branche du Fonds des Nations Unies pour la population au Tchad fournit des informations et des rapports sur la planification familiale et les questions de genre dans le pays : https://tchad.unfpa.org/

· Ministère de la Santé Publique du Tchad - Le site officiel du ministère de la santé publique du Tchad peut fournir des informations sur les politiques et les programmes de santé, y compris la planification familiale : http://www.sante-tchad.org/

· André Laplante (25 avril 1975) : planning traditionnel au Mali.

Sources orales

Tableaux synoptiques des informateurs

N° d'ordre

Anonymat

sexe

Fonction

Age

Niveau d'étude

Statut matrimonial

 

1. Affia

F

Sans fonction

19 ans

Secondaire

Mariée

 

2. Aicha

F

Infirmière

32 ans

Bac+3

Mariée

 

3. Aikomou

M

Elèves

20 ans

Secondaire

Célibataire

 

4. Amia

M

Macon

40 ans

Secondaire

Mariée

 

5. Awa

F

Sage-femme Traditionnelle

52 ans

Analphabète

Mariée

 

6. Azong

M

Sans fonction

90 ans

Analphabète

Mariée

 

7. Bintou

F

élève

18 ANS

Secondaire

célibataire

 

8. Famira

f

Cultivatrice

36 ANS

Analphabète

Mariée

 

9. Emeline

F

Cultivatrice

36 ANS

Analphabète

Mariée

 

10. Fassia

F

Cultivatrice

42 ANS

Analphabète

Mariée

 

11. Fatti

F

Sage-femme

36 ANS

Bac+3

Mariée

 

12. Fatwa

F

Cultivatrice

36 ANS

Analphabète

Mariée

 

13. Fitoua

F

Enseignante

17 ANS

Bac+3

Mariée

 

14. Hamidou

M

proviseur

16 ANS

Bac+4

Mariée

 

15. Hanoua

F

Cultivatrice

22 ANS

Secondaire

Mariée

 

16. Hinimzina

M

infirmier

38 ANS

Secondaire

Mariée

 

17. Ira

F

Cultivatrice

53 ANS

Analphabète

Mariée

 

18. Maimouna

F

Cultivatrice

41 ANS

Analphabète

Mariée

 

19. Maria

F

Cultivatrice

42 ANS

Analphabète

Mariée

 

20. Minda

F

Cultivatrice

43 ANS

Analphabète

Mariée

 

21. Moulna

M

Gestionnaire

43 ANS

Bac+3

Marié

 

22. Moussa

M

Infirmier

29 ANS

Bac+4

Marié

 

23. Moustapha

M

Laborantin

32 ANS

Bac+3

Marié

 

24. Nassou

M

Cultivateur

38 ANS

Secondaire

Marié

 

25. Noura

F

Cultivatrice

25 ANS

Secondaire

Mariée

 

26. Sanda

F

Cultivatrice

48 ANS

Analphabète

Mariée

 

27. Seydou

M

Eleveur

43 ANS

Analphabète

Marié

 

28. Sounda

F

Cultivatrice

17 ANS

Analphabète

Mariée

 

29. Toudey

F

Infirmière

45 ans

Bac+3

Mariée

 

30. Touta

F

Cultivatrice

41 ANS

Analphabète

Mariée

 

31. Vihouroungou

F

Cultivatrice

31 ANS

Analphabète

Mariée

ANNEXES

Annexe n°1 : autorisation de recherche de l'Université

Annexe N°2 : Autorisation de recherche de l'Hôpital District de Gounou-Gaya

Annexe n° 3 : consentement éclairé

Cette enquête est réalisée par l'étudiant FILINA GENDARME SERAPHIN en vue de l'obtention du Master 2 recherche et sous la direction du Dr Aristide BITOUGA Enseignant chercheur au Département d'Anthropologie à l'Université de Douala (encadreur académique).

Description de l'enquête

Cette enquête a pour objectif principal de ressortir et comprendre les déterminants socio-cultuels qui limitent l'utilisation des contraceptifs modernes dans la société Moussey du Tchad. En plus, cette enquête consiste également à interroger le système de représentations sur les méthodes contraceptives modernes, questionner les institutions hospitalières et sociales présentes dans la société Moussey en particulier et au Tchad en général, comprendre le lien étroit entre la résistance en contraceptions modernes et le niveau d'éducation de la population d'étude, ainsi que le taux de mortalité maternelle et infanto-juvénile.

Déroulement de la participation

Dans le cadre de cette enquête, nous vous demandons de participer à une entrevue d'une durée approximative de de 25 à 45min visant à recueillir votre point de vue sur les différents enjeux liés à l'utilisation des contraceptifs modernes dans la société Moussey.

Cependant, vous pourrez refuser en tout temps de répondre à certaines questions, refuser d'aborder certains thèmes ou même mettre fin à l'entrevue, et sans qu'aucun préjudice ne vous soit causé.

Respect des principes éthiques

Toutes les informations recueillies dans le cadre de cette enquête seront traitées de façon confidentielle et seront utilisées aux seules fins définies par cette enquête. Les enregistrements seront détruits dès que la transcription aura été réalisée. Aucun nom de répondant (enquêté) ne sera cité, le matériel sera codé, et toutes les données seront utilisées qu'a de fin académique.

Afin d'assurer la confidentialité des données, toutes les personnes pouvant avoir accès à cette information respectera l'éthique et la déontologie des données de recherche. Dans le cas où, au cours de l'entrevue, l'intervieweur serait témoin d'une situation où la vie d'une personne serait menacée, il doit en aviser.

Questions et informations

Pour tout renseignement complémentaire concernant l'enquête, vous pouvez vous renseigner auprès des responsables du Département d'Anthropologie de l'Université de Douala à l'adresse : +237 +237 6 77 65 68 99 Ou contacter le Directeur du mémoire & Encadreur académique à l'adresse e-mail : bitougar@gmail.com

Votre participation à cette enquête est strictement volontaire et vous pouvez vous retirer à tout moment sans aucune conséquence.

Le fait d'apposer votre signature ci-dessous indique que :

§ Vous avez lu et compris le contenu de ce formulaire de consentement ;

§ Vous consentez à participer à cette enquête ;

§ Vous acceptez à ce que les entrevues soient enregistrées.

Signature de l'enquêteur signature de l'enquêté

Annexe n°4: Guide d'entretien

Bonjour, Monsieur/Madame, Mademoiselle,

Dans le cadre de la réalisation de notre mémoire de recherche en anthropologie de la santé, nous avons opté d'étudier les « perceptions et représentations socioculturelles des méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey ». À travers cette étude nous souhaitons vous posez quelques questions afin de recueillir le maximum d'idées, de connaissances, et d'expériences en matière d'utilisation des méthodes contraceptives modernes.

Nous serons reconnaissant du temps que vous allez nous accorder pour participer à cette étude.

Toutefois, nous veillerons à la confidentialité des données recueillies. Les informations recueillies au cours de cet entretien ne seront utilisées qu'à des fins académiques. Nous nous engageons par ailleurs à maintenir l'identité des informateurs sous anonymat et surtout à ne relever aucune information susceptible de leur porter préjudice.

Avez-vous des questions aux préalables ?

Informations générales

Nom et prénom de l'enquêteur :

Date d'enquête :

Lieu d'enquête :

Identité de l'enquêté :

Genre :

Age :

Statut matrimonial :

Religion :

Niveau d'étude :

Profession :

Thème 0 : Connaissances générales sur les Moussey

Question 1 : Quelle est la situation actuelle de la polygynie chez le peuple Moussey ?

Question 2 : Comment fonctionne la société Moussey du point de vue de la survenue d'une nouvelle naissance dans une famille au sein du quartier, village, communauté, etc ?

Question 3 : quels sont les rites traditionnels qui encadrent le déroulement de la grossesse chez les Moussey lorsqu'il s'agit : ?

a) Quand c'est une fille ?

b) Quand c'est un garçon ?

c) Quand ce sont les jumeaux

Question 4 : Quels sont les us et coutumes en vigueur chez le peuple Moussey pour accueillir un nouveau-né ?

a) Cas d'un garçon ?

b) Cas d'une fille

c) Cas des jumeaux

Thème 1 : les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey.

Question 5 : Quelle est l'importance de l'enfant au sein de la société Moussey ?

Question 6 : Qui est habileté à procréer (faire des enfants) chez les Moussey ?

Question 7 : Quelles sont les conditions à remplir pour avoir ou prétendre à avoir un enfant ?

Question 8 : Quelles sont les dispositions que doit prendre un homme ou une femme S'il souhaite avoir d'enfants ?

Question 9 : Quelles sont les dispositions que doit prendre un homme ou une femme s'il ne souhaite pas avoir d'enfants ?

Question 10 : La venue d'un enfant chez un couple Moussey est-il un acte volontaire ou accidentel ?

Question 11 : Quelles sont les personnes au niveau de la communauté qui influencent dans la décision du nombre d'enfant au sein d'un couple ?

Question 12 : Parlez-nous du temps qu'une femme peut mettre pour concevoir une nouvelle grossesse ?

v Pourquoi ?

Thème 2 : les acteurs intervenants au niveau familial et communautaire dans la gestion de la procréation dans la société Moussey

Question 13 : Quel est le nombre moyen d'enfant qu'un couple doit avoir chez le peuple Moussey ?

Question 14 : Comment la communauté perçoit un couple qui a beaucoup d'enfants chez les Moussey ?

v Pourquoi ?

Question 15 : Comment la communauté perçoit un couple qui n'a pas ou peu d'enfants chez les Moussey ?

v Pourquoi ?

Question 16 : Dans un couple Moussey, qui décide du nombre d'enfants ?

a) L'homme ?

b) La femme ?

c) Les parents de l'homme ?

d) Les parents de la femme ?

Question 17 : Qu'est ce qui encourage un couple à faire beaucoup d'enfants ?

Question 18 : Quels sont les facteurs culturels qui expliquent le recours à la polygynie chez les Moussey ?

Question 19 : Combien d'enfants filles souhaitez-vous dans votre vie ?

v Pourquoi ?

Question 20 : Combien d'enfants garçons souhaitez-vous dans votre vie ?

v Pourquoi ?

Thème 3 : techniques et pratiques contraceptives endogènes dans la société Moussey

Question 21 : Parlez-nous des pratiques contraceptives traditionnelles auquel les Moussey ont recours ?

Question 22 : Identifiez et décrire les méthodes contraceptives traditionnelles que vous connaissez ?

Question 23 : Quel est votre niveau de satisfaction de ces méthodes contraceptives traditionnelles ?

Question 24 : Comment faites-vous pour avoir accès à ces méthodes contraceptives traditionnelles ?

Question 25 : Quelles sont vos perceptions et représentations culturelles concernant les méthodes contraceptives traditionnelles ?

Question 26 : Quels sont les avantages et les inconvenants des méthodes contraceptives traditionnelles que vous connaissez ?

Question 27 : Comment avez-vous trouvez le rapport sexuel d'un (e) partenaire utilisant les méthodes contraceptives traditionnelles ?

Question 28 : Etes-vous confronté à des difficultés quelconques pour avoir accès aux méthodes contraceptives traditionnelles ?

Question 29 : Quelles propositions pouvez-vous faire pour l'accès aux méthodes contraceptives traditionnelles ?

Thème 4 : Connaissances, pratiques et attitudes des Moussey en matière des méthodes contraceptives modernes

Question 30 : Quand, où et par qui avez-vous entendu parler pour la 1ère fois des méthodes contraceptives modernes ?

Question 31 : Présentez et décrire les méthodes contraceptives modernes que vous connaissez ?

Question 32 : Etes-vous favorable à l'utilisation des méthodes contraceptives modernes ?

Pourquoi ?

Question 33 : Êtes-vous favorable à l'espacement des naissances dans un couple ?

Pourquoi ?

Question 34 : Quelles sont les perceptions des Moussey sur les méthodes contraceptives modernes ?

Question 35 : Quels sont les avantages et les inconvénients des méthodes contraceptives modernes que vous connaissez ?

Question 36 : Quelles sont les méthodes contraceptives modernes que vous utilisez habituellement ou régulièrement dans votre communauté ? 

Question 37 : Comment procédez-vous pour avoir accès aux méthodes contraceptives modernes dans votre communauté ?

Question 38 : Comment trouvez-vous le rapport sexuel d'un (e) partenaire utilisant les méthodes contraceptives modernes ?

Question 39 : Quelles sont les raisons qui poussent les Moussey à avoir beaucoup d'enfants ?

Question 40 : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour avoir accès aux méthodes contraceptives modernes ?

Question 41 : Que suggérez-vous pour améliorer l'accès aux méthodes contraceptives modernes dans votre communauté ?

Avez-vous d'autres choses à ajouter ou des questions à nous posez

Nous vous remercions du temps que vous nous avez accordé

Merci pour votre disponibilité

Annexe 5 : Guides d'entretien destiné aux responsables de l'Hôpital District de Gounou-Gaya

Thème :perception et représentation socioculturelle des méthodes contraceptives modernes au Tchad : cas du peuple Moussey

v Préalable : présentation, explication de l'objectif de la recherche, la confidentialité des données puis faire signer le consentement éclairé.

1- Pouvez-vous nous décrire un peu l'historique de l'Hôpital District de Gounou-Gaya ?

2- Comment pouvez-vous présentez l'Hôpital District de Gounou-Gaya par rapport aux autres hôpitaux ?

3- Vous pouvez nous dire comment les taches au sein de l'Hôpital District de Gounou-Gaya sont stratifiées et hiarchisées ?

4- Quelle est la population que couvre l'Hôpital District de Gounou-Gaya ?

5- L'Hôpital District de Gounou-Gaya compte combien des centres de santé publics et privés ?

6- Quel est l'effectif des personnels soignants de l'Hôpital District de Gounou-Gaya ?

7- Quel est l'effectif des stagiaires au sin de l'Hôpital District de Gounou-Gaya ?

8- Quels sont les différents services de soin de l'Hôpital District de Gounou-Gaya ?

9- Quel est le niveau minimal d'étude de chaque responsable du service de l'Hôpital District de Gounou-Gaya ?

10- Comment fonctionne le service de maternité sous votre responsabilité ?

11- Selon vous, quels sont les éventuelles difficultés que rencontrent les services de maternité et de la planification familiale sous votre responsabilité ?

12- Quelles recommandations faites-vous pour remédier à ces difficultés ?

Conclusion avec le remerciement et demander à chaque responsable s'il a d'autres choses à ajouter sur ce qu'on vient de s'entretenir.

Annexe n°6: Photographie

Annexe n°7 : Transcription (Confère pièces jointes)

TABLE DES MATIERES

SOMMAIRE i

DEDICACE ii

REMERCIEMENTS iii

RÉSUMÉ iv

ABSTRACT v

LISTE DES ACRONYMES ET SIGLES vi

a- Liste des acronymes vi

b- Liste des sigles vii

LISTE DES CARTES viii

LISTE DES GRAPHIQUES ix

LISTE DES PHOTOGRAPHIES x

LISTE DES TABLEAUX xi

INTRODUCTION GÉNÉRALE 1

I- CONTEXTE ET JUSTIFICATION 1

1- Contexte d'étude 1

2- Justification d'étude 2

II- PROBLEME DE RECHERCHE 3

III- PROBLEMATIQUE DE RECHERCHE 5

IV- QUESTIONS DE RECHERCHE 6

? Question générale 6

? Questions spécifiques 6

V- HYPOTHESES DE RECHERCHE 6

? Hypothèse générale 6

? Hypothèses secondaires 6

VI- OBJECTIFS DE RECHERCHE 7

? Objectif général 7

? Objectifs secondaires 7

VII- METHODOLOGIE DE RECHERCHE 7

1- Type de recherche 7

2- Justification du choix du site de l'étude 8

3- Population d'étude 9

4- Description de la population d'étude 9

5- Description de l'échantillon d'étude 10

6- Taille d'échantillon 10

7- Méthodes et techniques de la recherche (justification du choix de la technique, objectif de recherché lié à ladite technique, les informateurs concernés par ladite technique) 11

8- Traitement et gestion des données collectées 14

9- Méthodes d'analyse des données 15

VIII- DEROULEMENT DE LA COLLECTE DES DONNEES 16

1. Collecte des Données 16

2. Activités préparatoires (finalisation des outils de collecte, préteste des outils, identification des informateurs clés, formalités administratives, etc.) 17

3. Phase de collecte des données (accès au terrain de recherche, recrutement des informateurs, administration des outils de collecte, difficultés rencontrées, leçons apprises, etc.) 18

IX- CONSIDERATIONS ETHIQUES 19

X- INTERET DE L'ETUDE 19

XI- PLAN DE TRAVAIL 20

CHAPITRE PREMIER : DESCRIPTION DU MILIEU DE LA RECHERCHE ET ETHNOLOGIE DES GROUPES HUMAINS 21

INTRODUCTION PARTIELLE 21

I- DESCRIPTION DE GOUNOU-GAYA ET ETHNOLOGIE DES MOUSSEY 21

1. Historique de la ville de Gounou-Gaya 22

2. Histoire migratoire du peuple Moussey 23

3. Ethnologie du peuple Moussey 25

3.4. Système alimentaire des Moussey 31

3.5. Système économique des Moussey 33

3.6. Les patrimoines culturels Moussey 34

3.6.1. Les patrimoines culturels immatériels du peuple Moussey 34

3.6.2. Les patrimoines culturels matériels du peuple Moussey 36

3.7. Rapports de cohabitation des Moussey avec les autres communautés ethniques de la Kabbia 39

4. Cadre physique et géographique de Gounou Gaya 40

CONCLUSION PARTIELLE 42

CHAPITRE DEUXIEME : REVUE LITTERAIRE, CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL 43

INTRODUCTION PARTIELLE 43

I- REVUE DE LA LITTERATURE 43

1. La politique nationale du Tchad en matière de santé sexuelle et reproductive 44

2. L'accès des populations tchadiennes aux méthodes contraceptives modernes 46

3. Le genre et les facteurs de résistance aux méthodes contraceptives modernes chez les populations tchadiennes 47

4. Les savoirs endogènes des populations tchadiennes en matière de santé sexuelle et reproductive 53

5. La problématique de la limitation des naissances au sein des populations tchadiennes 55

II- PRÉSENTATION DES THÉORIES EXPLICATIVES 56

1. L'interactionnisme symbolique 56

1.1. La justification du choix de la théorie interactionniste 57

1.2. La présentation concise de la théorie 57

1.3. La présentation des éléments clés de la théorie que nous avons mobilisée 58

1.4. L'opérationnalisation de ladite théorie 59

2. L'ethnométhodologie 60

2.1. La justification du choix de la théorie de l'ethnométhodologie 60

2.2. La présentation concise de la théorie 60

2.3. La présentation des éléments clés de la théorie que nous avions mobilisée 61

2.4. L'opérationnalisation de ladite théorie 62

III- CADRE CONCEPTUEL 62

1. Culture 63

2. Fécondité 63

3. Procréation 63

4. Méthodes contraceptives modernes 64

5. Méthodes contraceptives endogènes 65

6. Accessibilité aux méthodes contraceptives modernes 65

7. Perceptions des méthodes contraceptives modernes 66

CHAPITRE TROISIÈME : SYSTÈME DE REPRÉSENTATIONS CULTURELLES DE LA FÉCONDITÉ, DE LA PROCRÉATION ET DE LA CONTRACEPTION CHEZ LES MOUSSEY 68

I- CONNAISSANCES GÉNÉRALES SUR LA SANTE SEXUELLE ET REPRODUCTIVE CHEZ LES MOUSSEY 68

2. Les facteurs culturels qui expliquent le recours à la polygynie chez les Moussey 71

? La notion de prestige sur le nombre des femmes chez les Moussey 72

3. Le fonctionnement de la société Moussey du point de vue de la survenue d'une nouvelle naissance 73

3.1. Le rituel de pose de bois d'accouchement 73

3.2. L'accueil du nouveau-né 73

4. Les rites traditionnels qui encadrent le déroulement de la grossesse chez Les Moussey 75

4.1. Consultation des voyants 75

4.2. Le port de certaines amulettes 76

4.3. Les interdictions alimentaires 76

4.4. La préparation de l'accouchement 76

5. Les us et coutumes en vigueur chez les Moussey pour accueillir un nouveau-né 76

5.1. La cérémonie de nomination 76

5.2. Les prières et les bénédictions 77

5.3. Les rituels de protection 77

6. Les facteurs socioculturels de la fécondité, de la procréation et du contrôle des naissances chez les Moussey 77

6.1. L'image de la femme liée au rôle de la maternité 78

6.2. La maternité, un moment privilégié 78

6.3. La femme, définie selon son statut de mère 79

7. L'importance de l'enfant au sein de la société Moussey 79

8. Les conditions à remplir pour avoir ou prétendre à avoir un enfant 80

9. Les dispositions que doit prendre un homme ou une femme s'il souhaite avoir des enfants 82

10. Les perceptions culturelles de la grossesse chez les Moussey 82

10.1. Valeur culturelle de la grossesse chez les Moussey 83

10.2. Statut social des femmes enceintes 84

10.4. Pression sociale liée à la grossesse 84

10.6. Croyances traditionnelles liées à la grossesse 85

11. La prise en charge culturelle de la grossesse chez les Moussey 86

11.1. Rôle des sages-femmes traditionnelles 86

11.2. Soins prénataux traditionnels 87

11.3. Préparation à l'accouchement 87

11.4. Croyances et tabous liés à la grossesse 87

CHAPITRE QUATRIÈME : ACTEURS INTERVENANT AU NIVEAU COMMUNAUTAIRE DANS LA FÉCONDITÉ CHEZ LES MOUSSEY 89

I. LES PERSONNES QUI INFLUENCENT LA DÉCISION DU NOMBRE D'ENFANT AU SEIN D'UN COUPLE CHEZ LES MOUSSEY 89

1. Le couple 89

2. La famille 90

3. La communauté 90

II. LES NOMBRES MOYENS D'ENFANTS QU'UN COUPLE DOIT AVOIR CHEZ LES MOUSSEY 92

III. LES PERCEPTIONS CULTURELLES DU NOMBRE D'ENFANTS CHEZ LES MOUSSEY 93

1. Valeur sociale et économique des enfants 94

2. Main-d'oeuvre agricole 95

4. Continuité du lignage 95

5. Influence des croyances religieuses et traditionnelles 96

7. Pratiques polygames 97

8. Rites et coutumes 97

9. Statut de la femme 98

10. Préférence pour les enfants garçons 98

11. Pression sociale 99

13. Les défis modernes 100

IV. LA DÉCISION DU NOMBRE D'ENFANTS DANS UN COUPLE CHEZ LES MOUSSEY 102

1. Structures décisionnelles familiales 102

2. Rôle du patriarche 103

3. Facteurs socioculturels influençant la décision 104

4. Considérations économiques 104

5. Facteurs liés à la santé 104

6. Le niveau d'éducation 104

V. LES RAISONS DE LA PRÉFÉRENCE D'UNE PROGÉNITURE NOMBREUSE CHEZ LES MOUSSEY 105

CHAPITRE CINQUIÈME : PRATIQUES ET SAVOIRS ENDOGÈNES DE LA CONTRACEPTION CHEZ LES MOUSSEY 109

I- LES PRATIQUES CONTRACEPTIVES ENDOGÈNES AUXQUELLES LES MOUSSEY ONT RECOURS 109

2. Pratiques sociales 118

3. Méthodes naturelles 119

II- LA CONNAISSANCE DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY 120

III- LE NIVEAU DE SATISFACTION DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY 122

IV- L'ACCESSIBILITÉ AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY 123

V- LES PERCEPTIONS ET REPRÉSENTATIONS CULTURELLES CONCERNANT LES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES CHEZ LES MOUSSEY 124

VI- LES AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES D'APRÈS LES MOUSSEY 126

1. Avantages des pratiques contraceptives traditionnelles du point de vue du peuple Moussey 126

1.1. Maîtrise locale et facilité d'accès 126

1.2. Coût faible ou nul 126

2. Inconvénients des pratiques contraceptives traditionnelles du point de vue du peuple Moussey 126

VII- LES DIFFICULTES D'ACCES AUX METHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES PAR LES MOUSSEY 127

VIII- LES PROPOSITIONS POUR FACILITER L'ACCES AUX METHODES CONTRACEPTIVES TRADITIONNELLES 129

CHAPITRE SIXIÈME : CONNAISSANCES, ATTITUDES ET PERCEPTIONS EN MATIÈRE DE CONTRACEPTION MODERNE CHEZ LES MOUSSEY 131

I. CANAUX D'ACCÈS A L'INFORMATION SUR LES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 131

II. CONNAISSANCE DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 135

III. L'ACCEPTABILITÉ DE L'UTILISATION DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 141

IV. L'ACCEPTABILITÉ DE L'ESPACEMENT DES NAISSANCES DANS LE COUPLE CHEZ LES MOUSSEY 141

V. PERCEPTION CULTURELLE DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 143

VI. LES CONNAISSANCES AUTOUR DES AVANTAGES ET DES INCONVÉNIENTS DES MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 145

VII. LES CANAUX D'ACCÈS AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 147

VIII. L'ACCEPTABILITÉ DU RAPPORT SEXUEL AVEC UNE CONJOINTE QUI UTILISE UNE MÉTHODE CONTRACEPTIVE MODERNE CHEZ LES MOUSSEY 148

IX. LES DIFFICULTÉS D'ACCÈS AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 150

X. LES SUGGESTIONS POUR AMÉLIORER L'ACCÈS AUX MÉTHODES CONTRACEPTIVES MODERNES CHEZ LES MOUSSEY 153

CONCLUSION GÉNÉRALE 156

SOURCES 159

1. Sources écrites (bibliographie) 159

1.1. Ouvrages généraux 159

1.2. Ouvrages spécialisés 159

1.3. Thèses et Mémoires 160

1.4. Les articles 160

1.6. Etudes et Rapports 164

Sources orales 166

ANNEXES 167

Annexe n°1 : autorisation de recherche de l'Université 167

Annexe N°2 : Autorisation de recherche de l'Hôpital District de Gounou-Gaya 168

Annexe n° 3 : consentement éclairé 169

Annexe n°4 : Guide d'entretien 170

Annexe 5 : Guides d'entretien destiné aux responsables de l'Hôpital District de Gounou-Gaya 173

Annexe n°6 : Photographie 174

ANNEXE N°7 : Transcription (Confère pièces jointes) 175

* 1Emic et etic : Les deux termes ont été utilisés pour la première fois par le linguiste et anthropologue américain Kenneth Pike dans son livre Language in Relation to a Unified Theory of the Structure of Human Behavior (1967). Les mots allemands emisch et etisch sont dérivés des termes anglais emic et etic. La perspective émique se base sur une vision interne adaptée à la culture ; on essaie de considérer les phénomènes avec les yeux des personnes concernées et de créer ainsi l'idéal de perspectivisme` des sciences humaines. L'approche émique vise à mettre en évidence les aspects fonctionnellement pertinents au sein d'une culture.Dans l'approche éthique, en revanche, les chercheurs adoptent un point de vue extérieur à la culture étudiée et tentent de répondre à l'idéal d'objectivité des sciences naturelles. De cette manière, des critères de comparaison universellement valables doivent être trouvés (cf. Helfrich-Hölter 2013, 27).

* 2Expression anglaise pour désigner la « discussion de groupe ».

* 3Propos d'une infirmière travail au service de maternité de l'Hôpital District de Gounou-Gaya

* 4 Igor Dé Garine Les Massa..., op. cit., p. 15.

* 5 Selon l'anthropologue François Laplante, la constanguinité est une pratique dans laquelle le semble agit sur le semblable

* 6Les mauvais esprits

* 7Appellation locale du lac Kabbia

* 8Science de culture fait référence à la discipline anthropologie

* 9 Source de grande richesse ou important profit

* 10go'o usum dewna : l'enfant qui est l'unique de la famille. Dans la société Moussey le garçon qui est l'unique de la famille on le marie précocement avec beaucoup femmes pour qu'il comble le vide d'enfant que les parents ont laissé

* 11Gi vuna : est un ensemble des rites pour accueillir un nouveau-né

* 12Bu ma welengua : Les nombres impairs sont considérés comme les nombres de chance chez l'espèce male dans la société Moussey

* 13Bu ma ka welengina : Les nombres pairs sont considérés comme les nombres de chance chez l'espèce femelle dans la société Moussey

* 14Toy : Nom pseudonyme pour designer la nouvelle née fille

* 15Toy, oh-ho : est un terme générique pour désigner les nouveau-nés qui n'ont pas encore de nom ou même quand on ignore le nom du bébé.

* 16Sauce longue communément appelée holira en Moussey est un repas culturel beaucoup aimé par le peuple Moussey. On ne manque pas de préparer ce repas lors de la fête de lune, baptêmes d'enfants et autres festivités importantes.

* 17Dansleda : c'est l'ensemble des boisons whisky en sachet

* 18Goo la kongui ni an ni, angi ko saa sunum kadina na : Celui qui n'a pas d'enfant, c'est comme quelqu'un sans avenir, sans valeur.

* 19Po `ô ma kalla : la sortie et développement des seins d'une fille.

* 20go'o buru ka yang baba di: un enfant hors mariage ne peut appartenir au lien de la famille

* 21 goona Kaf tam aayni kafiya : cela signifie qu'au sein d'un couple, l'enfant vient seul. C'est un acte accidentel

* 22Tlena halangi col ayni ko lona : signifie en langue Moussey tout vient de Dieu

* 23 Fulmadina : divinités de morts, fulmununda : divinité des eaux communément appelée « mamy water »

* 24gaw langa, Tcha hokira, adjaba : Terme populaire chez les Moussey pour qualifier les prostituées.

* 25Les choukous : sont le docta du quartier dans le langage populaire Moussey

* 26 Dum gora col ay ni kolo : pour dire que c'est dieu qui décide du nombre d'enfant à avoir au sein d'un couple

* 27 C'est le nombre moyen d'enfants par femme nécessaire pour maintenir une population stable à long terme, sans immigration ni émigration

* 28sa'a gora coco na sem fi ngara : pour dire que celui qui a beaucoup d'enfant reçoit beaucoup d'honneur et est respecter beaucoup.

* 29sa'a gora coco na sem fi ngara : pour dire que celui qui a beaucoup d'enfant reçoit beaucoup d'honneur et est respecter beaucoup.

* 30Une marque de whysky en sachet populaire en milieu Moussey

* 31gogona col tutta wani sum tew vam wina kamu: pour dire quand l'enfant marche, sa maman peut déjà chercher à concevoir une nouvelle grossesse.

* 32Lam-be-lame : signifie en arabe tchadien corps à corps. Cependant au Tchad et en particulier chez les Moussey le rapport sexuel sans utiliser le préservatif est trop apprécié et sollicité par les jeunes

* 33 Gogona col tutta wani sum tew vam wina kamu: pour dire quand l'enfant marche, sa maman peut déjà chercher à concevoir une nouvelle grossesse.

* 34 Kamlina : c'est une maladie qui atteint l'enfant qui tète, ne marche pas encore et sa mère a conçu précocement sur lui une nouvelle grossesse. Cette maladie est souvent perçue comme héréditaire et semblable à la kwashiorkor.

* 35Corps à corps : c'est le rapport sexuel sans les préservatifs.

* 36Lam bé lam : est un terme emprunté de l'arabe tchadien pour dire `'corps à corps''. Pour cet enqueté les preservatif separe le contact dans le rapport sexuel et ca dimunie le plaisir






Extinction Rebellion







Changeons ce systeme injuste, Soyez votre propre syndic



"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984