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Le secteur du micro crédit au maroc, evaluation et etude de cas

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par Mohamed Faska
Université Moulay Ismail Méknes - Licence en sciences économiques 2006
Dans la categorie: Economie et Finance
  

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Section II : Les financement et les besoins du secteur.

Atteindre plus d'un million de clients actifs, est l'objectif majeur de la microfinance d'ici la fin de la décennie en cours. Cet objectif implique un immense besoin de financement du secteur.

I - Les sources de financement des associations du microcrédit au Maroc :

Avant de traiter les sources de financement, on va faire d'abord allusion au fonds de microcrédit.

Lorsqu'on parle d'un fonds de microcrédit, on distingue généralement deux types : le fonds national autonome qui intervient au niveau national et le fonds régional autonome qui englobe plusieurs pays.

Ce fonds de microcrédit (de financement) finance les AMC en créant des institutions financièrement autonomes et renforçant leur capacité institutionnelle.

Quant au conditions nécessaires à sa mise en oeuvre et sa bonne gouvernance, l'expérience mondiale nous enseigne que le gouvernement doit participer massivement au financement de ce fonds tout en s'éloignant de sa gestion. Cette dernière devra être réservée à un corps professionnel indépendant afin d'éviter toute lourdeur bureaucratique.

Le fonds de microcrédit ne peut être mis en oeuvre sans la volonté et l'engagement des différentes parties prenantes.

1) Financement public :

En tant qu'institution qui soutiendra les pauvres, le fonds de microcrédit doit bénéficier d'un apport important de la part du gouvernement tout en préservant son autonomie. A ce propos, lors de sa déclaration devant le parlement (23 mai 2005), le Premier Ministre a annoncé d'une façon précise et claire le soutien que compte accorder le gouvernement aux activités de microcrédit.

Quelque soit l'importance de son apport financier, le gouvernement doit s'éloigner de la gestion du fonds de microcrédit. Selon M. Salehuddin Ahmed45(*), Directeur général du PKSF46(*), « pour rester indépendant du contrôle politique, il faut : expliquer son but en détail, être transparent dans sa gestion, être ouvert dans ses principes comptables, l'ouvrir à tous, et amener les secteurs privés et publics à bord ».

2) La FNAM :

La FNAM en tant qu'institution fédératrice des AMC, envisage la mise en place d'un fonds de refinancement dédié au secteur de la microfinance. La FNAM est consciente des possibilités énormes que peut offrir le fonds de microcrédit aux AMC, soit en termes d'accès aux ressources financières nécessaires à leur développement en formation et assistance technique.

En parfaite harmonie avec sa stratégie de refinancement du secteur, la FNAM a déjà commencé la démarche de constitution du fonds de microcrédit. Dans ce cadre, elle collabore étroitement avec le cabinet Deloitte et Touche chargé de mener l'étude sur les conditions de réalisation de ce fonds.

Il est opportun d'insister sur la nécessité d'assurer une représentation adéquate de la FNAM au sein de l'organe de gestion du fonds.

3) Bank Almaghrib :

Les discussions sont en cours entre la banque centrale et les responsables de la FNAM pour déterminer les modalités adéquates de remplir cette mission de supervision. A cet égard, la mise en place de règles prudentielles spécifiques au secteur devient plus réalisable après l'approbation du plan comptable qui permettra d'arrêter des ratios prudentiels. Selon le gouvernement de Bank Almaghrib47(*), la banque centrale apportera un soutien à la qualité, à la transparence de l'information et à la centralisation des risques. Ce soutient se répercutera positivement sur la capacité du fonds à attirer davantage de financement.

4) Les banques commerciales :

Certains observateurs du secteur craignent que la mise en oeuvre du fonds porte atteinte aux relations banques-AMC, on peut affirmer au contraire que ce fonds de refinancement renforcera davantage cette relation. Le fonds de microcrédit, en tant qu'institution chargée du transfert des fonds des bailleurs de fonds aux institutions de microcrédit, financera les AMC en se basant sur des critères de sélection et sur des normes standardisées, ce qui va de pair avec l'intérêt des banques qui cessent d'exiger des garanties solides de la part de leur clientèle.

5) Le secteur privé :

Il est interpellé, lui aussi, à participer au financement du fonds de microcrédit. Les sociétés agro-industrielles ont déjà accumulé certaines expériences dans le domaine de microcrédit. Elles ont financé certains producteurs de tabac, de betterave et de canne à sucre. Cette expérience et d'autres pourraient être développées, enrichies et améliorées, à condition d'instaurer un climat de confiance entre les investisseurs privés et le secteur de la microfinance.

6) La société civile :

La société civile est de plus en plus consciente du rôle majeur du microcrédit dans l'éradication de la pauvreté et de l'exclusion sociale. Cela ne peut que se répercuter positivement sur le secteur de microfinance. L'implication de la société civile pourrait en effet exercer une pression sur tous les intervenants politiques et économiques du secteur de la microfinance, ce qui favorisera la mobilisation de ceux-ci en faveur du projet.

La société civile est appelée pour sa part à participer au financement du fonds, soit à travers des cotisations, soit à travers d'autres formes de participation. A titre d'exemple, le fonds de microcrédit peut attirer des contributions des associations des Marocains Résidents à l'Etranger (MRE) tout en s'engageant d'affecter ces ressources aux zones pauvres.

7) Les collectivités locales :

Les collectivités locales, notamment les plus nantis d'entre elles, peuvent également participer au financement du fonds : une part de leur budget pourrait être octroyée au financement de microcrédit. En contre partie, le fonds s'engagera à affecter ces ressources aux AMC travaillant notamment dans les zones défavorisées du monde rural.

Il importe enfin de signaler l'importance du cadre juridique qui réglementera cette contribution.

8) Les bailleurs de fonds :

Le fonds de microcrédit nécessite des moyens importants d'où l'importance de l'engagement des bailleurs de fonds48(*), des Institutions Financières Internationales (IFI)49(*) et des organismes publics50(*) pour un développement durable des programmes de microcrédit.

La participation de ces acteurs au financement du fonds est tributaire de certaines conditions, notamment l'engagement des ressources propres du gouvernement au financement du fonds, et la bonne gouvernance de celui-ci. Dans le même ordre d'idées, plusieurs chantiers sont en cours de réalisation pour renforcer le management, la transparence et la gouvernance des AMC afin d'attirer davantage de fonds. On citera, à cet égard, la mise en place d'une centrale des risques51(*) qui a pour mission de traiter le problème des crédits croisés et l'établissement des règles prudentielles spécifiques au secteur52(*).

En guise de conclusion, presque toutes les conditions sont réunies pour la mise en place d'un fonds de microcrédit dédié aux AMC.

II - Besoins du secteur de microcrédit :

Vu son rôle important dans la lutte essentiellement contre la pauvreté, le microcrédit n'est nécessairement la solution adéquate pour tout le monde ou dans les situations. Il présente certains handicapes qui peuvent s'articuler ainsi :

1) Le plafonnement des taux d'intérêt :

Il est beaucoup plus onéreux d'accorder un grand nombre de petits prêts qu'un petit nombre de prêts de montant élevé. A moins que les fournisseurs de microcrédit ne puissent demander des taux d'intérêt nettement supérieurs aux taux moyens des prêts bancaires, ils ne seront pas en mesure de couvrir leur coûts, de sorte que leur croissance et leur viabilité sont tributaires d'une offre très limitée et incertaine de financement à des taux bonifies. Lorsque les pouvoirs publics réglementent les taux d'intérêt, ils fixent généralement ces derniers à des niveaux trop bas pour que les opérations de microfinancement puissent être viables. Toutefois, il importe aussi que les fournisseurs de microfinancement ne répercutent pas les coûts que pourraient entraîner des inefficacités dans leurs opérations sur leurs clients en fixant leur prix53(*) à des niveaux nettement supérieurs à ce qu'ils devraient être.

2) Manque de capacités institutionnelles et humaines :

Le microcrédit est un domaine spécialisé qui conjugue les services bancaires à des objectifs sociaux, et un renforcement des capacités est nécessaire à tous les niveaux, des institutions financières aux instances de réglementation et de contrôle et aux systèmes d'information, jusqu'aux organismes de développement de l'Etat et aux bailleurs de fonds. La majeure partie des investissements, publics et privés, effectués à ce titre devraient viser le renforcement.

3) L'importance de la transparence des activités financières et des services financiers:

Il est indispensable de disposer d'informations exactes, comparables et présentées selon un format standard sur les résultats financiers et la performance sociale des institutions financières qui fournissent des services aux pauvres. Les organes de contrôle et de réglementation des banques, les bailleurs de fonds, les investisseurs et, surtout, les pauvres qui sont les clients des services de microfinancement, doivent avoir accès à ces informations pour bien évaluer les risques et les avantages de leur opérations.

4) Les financements bonifiés des bailleurs de fonds doivent compléter les capitaux du secteur privé, ils ne doivent pas les remplacer :

Il importe que les bailleurs de fonds utilisent, pendant un temps, des instruments appropriés de don, de prêt et de participation pour renforcer les capacités institutionnelles des prestataires de services financiers, développer l'infrastructure nécessaire54(*), et d'appuyer des services et produits innovants. Dans certains cas, il leur faudra peut-être fournir plus longtemps des financements bonifiés pour pouvoir atteindre des groupes de population qui sont difficiles à toucher parce qu'ils vivent dans régions faiblement peuplées ou pour d'autres raisons. Pour que leur appui financier soit efficace, les bailleurs de fonds doivent chercher à intégrer les services financiers axés sur les pauvres dans les opérations des marchés financiers locaux ; faire appel à des compétences spécialisées pour la conception et la mise en oeuvre des projets ; exiger que les institutions financières et les autres partenaires respectent des normes de performance minimales pour continuer à bénéficier d'un appui ; et planifier dès le début leur stratégie de désengagement55(*).

5) Le financement :

Le secteur de microcrédit aura besoin d'un financement dans son ensemble, surtout ce qui concerne les petites associations.

En fait, les associations auront besoin d'un financement additionnel. Cependant, le secteur aura aussi besoin d'un financement qui est plus commercial en nature ayant comme effet de les préparer (associations) à accéder au financement bancaire.

Les associations bénéficieront aussi des critères de financement plus rigoureux, basés sur la performance institutionnelle plutôt que sur la taille et la portée de leurs opérations. Ceci va les encourager à prendre au sérieux leur renforcement institutionnel. Il faut comprendre que même avec un financement plus commercial et rigoureux, les institutions auront besoin, de temps à autre, des subventions opérationnelles, occasionnées par la croissance, et aussi pour améliorer les structures déjà existantes.

6) Réglementation, supervision et coordination :

Il y a un besoin urgent des modèles de comptabilité, et pour une meilleure intégration du secteur au Maroc à la communauté internationale de microcrédit, le secteur bénéficiera des modèles qui suivent les modèles acceptés et pratiqués par cette communauté. Etant donné l'importance que certaines associations prennent vis-à-vis du marché d'offre de services aux microentrepreneurs, le secteur bénéficiera d'autres normes réglementaires, surtout des règles concernant la solvabilité (multiplicateur de fonds propres).

Une fois les modèles de comptabilité en place, les associations ont besoin d'être auditées annuellement par les firmes de comptabilité agrées, avec une compétence dans les domaines de microcrédit si possible. Le secteur a besoin aussi d'une supervision légère de la part d'une entité gouvernementale, pour assurer le respect de la réglementation.

Le secteur a besoin aussi des définitions communes concernant les ratios clés à être analysés. Ces définitions, qui peuvent être établies selon les modèles des états financiers mis en place, assurent non seulement une meilleure performance individuelle des associations, mais aussi un échange valable d'information et une comparaison entre associations. Pour ce faire, les associations ont besoin de trouver un moyen d'améliorer la communication entre elles et de mieux s'entendre de façon générale. Le secteur a besoin d'un échange plus libre d'informations et pourra bénéficier de la mise en place d'un système de gestion de risque commun (base de données sur les clients pour éviter en partie les prêts croisés)56(*).

* 45 - http://www.microcreditsummit.org

* 46 - Palli Karama Sahayak Fondation (PKSF) est un fonds de microcrédit national crée en 1990 par le gouvernement du Bangladesh. Il est devenu le plus grand du monde avec un portefeuille de plus de 350 millions dollars. http://www.microcreditsummit.org

* 47 - « Priorité à la transparence financière en la maîtrise des risques », l'Economiste du 22 février 2005.

* 48 - IL s'agit principalement du PNUD, de l'USAID, de la BEI et de KFW Bankengruppe.

* 49 - Principalement : la Banque Mondiale (BM), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Société Financière Internationale (SFI).

* 50 - Exemple : le Fonds Hassan II pour le développement économique et social qui a contribué par 100 millions de dirhams du secteur de la microfinance en 2000, l'Agence de développement social (ADS), la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) et la Caisse Centrale de Garantie (CCG).

* 51 - La centrale des risques est en cours de création. Le projet s'inscrit dans un souci de lutte contre le surendettement des clients et le rationnement des prêts.

* 52 - « Financement des associations de microcrédit (AMC) au Maroc », Khalil BAGUAR, Maroc, novembre 2005, p35.

* 53 - Taux d'intérêt et d'autres commissions.

* 54 - Agences de notation, agences d'évaluation de crédit, capacités d'audit, etc.

* 55 - http://www.cgap.org

* 56 « Evaluation du secteur du microcrédit au Maroc » Ann DUVAL 28 septembre 2001, p20.

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