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Patrimoine hanséatique et emergence d'une région baltique : Brème, Gdańsk et Riga

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par Nicolas Escach
Ecole Normale Supérieure - Master STADE 2001
  

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Sommaire

Introduction 3

I) Peut-on parler d'une patrimonialisation commune de l'héritage hanséatique à Brème, Gdansk

et Riga ? 5

1. Brème, Gdansk et Riga : quel cadre géographique? 5

2. Brème, Gdansk et Riga de l'histoire dans la Hanse à l'histoire de la Hanse 8

3. La Hanse : un patrimoine ou une ressource territoriale ? 18

II) La Hanse dans les représentations des acteurs à Brème, Gdansk et Riga : les enjeux de

l'instrumentalisation d'un imaginaire 23

1. La « Nouvelle Hanse » : la (re)création politique d'une région ? 23

2. Les représentations des acteurs publics et la Hanse 26

3. Les représentations des acteurs privés et la Hanse 38

III) Au-delà des représentations, parler de la Hanse aujourd'hui fait-il encore sens dans les

pratiques ? 41

1. A l'échelle locale, quelle place de l'héritage matériel hanséatique dans une stratégie

touristique ? 41

2. A l'échelle régionale, quelle place de l'héritage immatériel de la Hanse dans l'émergence d'un

nouveau réseau urbain ? 49

3. Un réseau inachevé : le constat d'une régionalisation impossible ? 63

Conclusion 72

Bibliographie 74

Liste des entretiens menés sur le terrain 82

Annexes 84

Table des Illustrations 88

Table des Sigles 89

Glossaire 90

Table des Matières 91

Résumés en langues étrangères 93

3

Introduction

«Le patrimoine n'est pas un donné mais un construit. L'identification d'un lieu comme patrimonial (patrimonialisation) procède bien d'une opération intellectuelle, mentale, et sociale qui implique des tris, des choix donc des oublis : que conserver? Selon quel critère?»1 (Lévy, Lussault, 2003). Une réflexion sur le patrimoine en géographie nous invite donc à déceler ce que l'on fait de l'héritage2, comment on l'utilise et dans quel contexte il y est fait référence dans le présent. Ce dialogue entre le passé et le présent est au fondement pour François Durand-Dastès (Rey, St Julien, 2005) de la distinction entre passé et mémoire. Le passé est l'ensemble des phénomènes qui se sont enchaînés les uns après les autres, la mémoire se concentre sur ce qui est actif dans le présent. La mise en patrimoine d'un lieu comporte un fort volet social et politique et il est essentiel de se poser la question des enjeux du construit, du sens et des acteurs de la (re)construction.

Il peut être prolifique d'associer cette thématique à un cadre géographique (celui des villes du pourtour de la mer Baltique) et à un contexte (la période contemporaine des quinze dernières années). En effet, depuis 1990 et la chute du rideau de fer, dans la perspective d'une intégration réalisée en 2004, la région baltique est en recherche d'unité. Nathalie Blanc-Noël nomme dans son ouvrage La Baltique, une nouvelle région en Europe cette déconstruction de la frontière Ouest/Est «processus de régionalisation». La régionalisation serait l'un des phénomènes majeurs de la recomposition géopolitique territoriale de la région baltique. Il faut ici entendre par régionalisation «une forme d'intégration multidimensionnelle qui inclut des aspects économiques, politiques, sociaux et culturels [...] C'est l'ambition politique d'établir une cohérence et une identité régionale qui semble ici de première importance»3. Certes des coopérations entre les pays de la mer Baltique existaient dès les années 1980 mais sans les villes de l'Est lesquelles espéraient tôt ou tard rejoindre l'espace européen.

La régionalisation dans l'Europe baltique est souvent présentée associée, à l'aide d'une référence, à la Hanse : il est question de "Nouvelle Hanse", des "Journées de la Hanse ». La « Hanse »4 est une association de marchands dont la genèse est à trouver dans une première Hanse de commerçants allemands qui s'est formée vers 1161 à Visby, sur l'île de Gotland, dans le but de développer le commerce maritime en Baltique, sur des bases régulières, plus sûres, en luttant contre la piraterie. (Champonnois, 2002), Cette première Hanse se déplaça à Lübeck vers 1241 lorsque celle-ci conclut un accord avec Hambourg et la ville prit un rapide essor comme point de concentration des marchandises destinées à l'Est et comme point de départ des colons vers Riga et vers la Russie. En 1259, les cités de Wismar et de Rostock rejoignirent la Hanse puis, en 1281, Cologne et d'autres villes

1 LEVY, J., LUSSAULT M., 2003, Dictionnaire de la Géographie et de l'espace des sociétés, Paris, Éditions Belin, pp.693

2 Ce que l'on tient de ses prédécesseurs

3 HETTNE, B., «The New Regionalism : A Prologue», in : HETTNE, B., INOTAL, A., SUNKEL, O., (edit.), (1999), National Perspectives on the New Regionalism in the North, Londres, Mac Millan, pp.16

4 D'un vieux mot allemand Hansa qui signifiait gilde

4

germaniques de l'Ouest se groupèrent à leur tour. Ces deux associations se réunirent pour former en 1358 la Ligue Hanséatique allemande qui devint rapidement une puissance commerciale et politique dans toute l'Europe du Nord et spécialement dans la Baltique. L'union reposait principalement sur les privilèges que les villes s'accordaient mutuellement pour la protection et l'exercice du commerce. 1280 marque pour beaucoup d'auteurs notamment Dollinger le passage de « la Hanse des marchands » à « la Hanse des villes »5.

La référence à la Hanse dans les pourtours de la Baltique amène un questionnement essentiel : quelle place occupe la patrimonialisation de l'héritage hanséatique dans le processus de régionalisation qui semble se développer sur les rives de la Baltique? Cette question peut-être renversée : à contrario, quelle est la place de la régionalisation de l'espace Baltique dans l'enjeu d'une patrimonialisation de l'héritage hanséatique?

Cette problématique peut donner lieu à la mise en place de quatre hypothèses : le processus de régionalisation s'appuierait sur un héritage hanséatique matériel et immatériel patrimonialisé. Il serait généré par un ensemble de représentations et par des pratiques spatiales. Les représentations de la Hanse que diffusent les acteurs serviraient surtout une argumentation autour du projet de régionalisation baltique et feraient consensus au sein des espaces riverains. En pratique, les liens historiques hanséatiques seraient encore fonctionnels dans le fonctionnement d'un réseau de villes autour de la Baltique.

Afin de traiter cette question et de valider ces hypothèses, nous nous appuierons sur les exemples de Brème, Gdansk et Riga. Dans le choix des villes, il fallait d'emblée exclure Lübeck, Visby et Hambourg car leur rôle dans la Hanse historique avait été trop fort et cela risquait de tronquer l'analyse. Puisque la problématique choisie est celle d'une éventuelle intégration régionale, il était préférable de prendre des villes issues des anciens blocs de l'Est (Gdansk et Riga) et de l'Ouest (Brème). Il fallait aussi choisir une ville allemande (Brème) et des villes influencées par la culture germanique (Gdansk et Riga). La répartition sur les pourtours de la Baltique devait être relativement large (Brème, Gdansk et Riga sont équidistantes). Les trois villes sont de taille relativement proche : Gdansk comptait, en 2003, 461 400 habitants contre 739 232 pour Riga et 550 000 pour Brème. De plus, elles partagent une situation similaire: elles sont situées sur un fleuve, près de l'embouchure : Riga sur la Daugava, Gdansk près de la Vistule et Brème sur la Weser. Elles possèdent des avant-ports ou ports de référence : Klaïpeda ou Venspils, Gdynia, Bremerhaven. Il est donc intéressant de se demander en quoi les villes de Brème, Gdansk et Riga, dans une étude, qui plus que de décompter "les différents" et "les mêmes" cherche à s'approcher d'un modèle théorique peuvent être les révélateurs du lien qui se crée ou non dans les pourtours de la baltique, et qui cherche à déboucher sur un processus de régionalisation.

Nous avons suivi une méthodologie multipliant les sources (études bibliographiques,

5 DOLLINGER, P., 1998, Die Hanse, Stuttgart, Alfred Kröner Verlag, Titre du chapitre I, pp. 17 à pp.116

5

entretiens et interviews, observations de terrain, petites enquêtes, études statistiques et cartographiques). Le travail bibliographique a pris en compte un large panel de courants géographiques comme par exemple des auteurs issus de la géographie culturelle ou de la géographie des représentations tel Jean Gottmann. Lors des trois stages de terrain effectués à Brème, Gdansk et Riga6, nous avons cherché à interroger un panel le plus large possible d'acteurs7 (universitaires, élus pour ou contre l'utilisation de la Hanse8, architectes, services de restauration des monuments historiques, agences marketing). Les entretiens ont eu lieu en allemand ou en anglais. Nous nous sommes vite aperçus que l'entretien guidé par un questionnaire strict ne nous apportait pas de résultats satisfaisants. En effet, il « enfermait » les interlocuteurs dans des catégories que nous avions définies sans bien connaître la région. Or il s'agit dans l'optique de notre travail de tenter de comprendre un ressenti face à une période mais aussi d'étudier un discours et une représentation politique au moins autant que des faits. Il fallait donc laisser au politique la possibilité de déployer son discours et non le démasquer. Pourtant, le thème même de notre travail a surpris de nombreux interlocuteurs : si le concept de « Nouvelle Hanse » est très populaire en Allemagne et commence, modestement, à être travaillé par des chercheurs français, il paraît anecdotique en Lettonie et Pologne pour beaucoup d'acteurs dans tous les domaines (politique, économique, social).

Notre travail, se déroulera selon une analyse en trois étapes :

Peut-on parler d'une patrimonialisation de l'héritage hanséatique commune à Brème, Gdansk et Riga? Quel héritage matériel et immatériel fait alors l'objet d'un processus de patrimonialisation ?

Quelle est la place de cet héritage dans les représentations des acteurs de la régionalisation à Brème, Gdansk et Riga ? Quels aspects en sont valorisés ?

La référence à l'héritage hanséatique contribue-t-elle alors « pratiquement » à créer du réseau au sein des villes de la mer Baltique et donc du territoire ?

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