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Impact de l'exploitation minière industrielle sur la santé humaine et environnementale au Burkina Faso: cas de la mine d'or de Essakane SA


par Issaka OUEDRAOGO
Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines (France) - Master Pro 2 en Sciences de la Santé, de l'Environnement, du Territoire et de la Société (SSEnTS) 2012
  

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4.2.2. Evaluation des polluants d'intérêt dans les eaux: eaux de surface et eaux souterraines

Mercure

Cadmium

 
 
 
 
 
 

Plomb

Mercure + Cadmium + Plomb dans les eaux

4.2.2. Discussion

L'évaluation des risques sanitaires (ERS) associés à une exposition environnementale s'inscrit dans un contexte de complexité et d'incertitudes (ORS). En effet, les expositions aux facteurs dangereux de l'environnement sont nombreuses et variées. Elles sont souvent chroniques et, sauf situations accidentelles, elles sont de faible niveau. Dans la plupart des cas, il est difficile de les quantifier précisément et de prendre en compte d'éventuelles interactions. Ces expositions, susceptibles de provoquer des maladies, n'induisent pas des pathologies qui leur sont spécifiques, dans la mesure où d'autres facteurs liés aux comportements des individus (tabac, alcool) ou aux antécédents génétiques peuvent en être la cause. Par ailleurs, ces maladies se manifestent chez les individus généralement longtemps après leur contact avec le ou les agent(s) dangereux. Il n'est donc pas aisé de relier avec certitude un facteur environnemental et un effet sanitaire qui du reste, est généralement multifactorielle (Sabine Host et al, 2006). Dans le cadre de notre étude, nous nous sommes intéressés aux effets que pourraient entrainer trois de ses composés que sont le mercure, le plomb et le cadmium. Notre intérêt pour ses composés s'explique par le fait que ces derniers sont des métaux lourds plus fournis par la littérature internationale. De plus ces métaux se révèlent être sans aucun effet bénéfique pour l'organisme humain et sont simplement toxiques pour les animaux, les plantes et les microorganismes (André Picot).

4.2.2.1. Effets aigus liés à l'exposition aux métaux lourds

Les métaux lourds sont des composés qui a faible dose n'ont pas d'impact immédiat sur l'environnement et la sante de la plupart des animaux et sur celle humaine. De plus, l'analyse des résultats montre que les taux mesurés dans les différents compartiments des écosystèmes autour de la mine sont largement en dessous des valeurs de référence. Le décret N°2001- 185 /PRES/PM/MEE du 7 mai 2001, portant fixation des normes de rejets de polluants dans l'air, l'eau et le sol fixe à ses articles 6, 10, 11 respectivement, les normes de rejets des émissions dues aux installations fixes, les normes de déversement des eaux usées dans les eaux de surface, les normes de déversement des eaux usées dans les égouts comme suit: 0,1 mg/L pour le cyanure; 0,17mg/L pour le mercure dissous ; 5mg/L pour le zinc et 0,14mg/L pour l'arsenic dissous. Ces valeurs sont largement supérieures aux quantités mesurées dans les eaux des trois barrages et du fleuve qui desservent la mine. Nous pouvons affirmer que les rejets miniers, pour ce qui concerne les proportions des métaux lourds (plomb, mercure, l'arsenic et le zinc) restent extrêmement faibles. Et de ce fait, ne peuvent impactées négativement l'état de sante si on s'en tient uniquement a ses données.

Cependant un facteur essentiel, caractéristique de la qualité des données mérite d'être considéré avec acuité: il s'agit de l'indicateur utilisé par la mine pour évaluer le taux des polluants considérés dans l'environnement. Dans notre contexte, la mine utilise pour ses estimations, les concentrations des métaux lourds dans les eaux. La preuve, nous n'avions disposé d'aucune donnée sur la concentration des métaux lourds dans l'air ou les sols, il n'existait donc pas une surveillance de la qualité de ses deux compartiments environnementaux jusque pendant notre visite en décembre 2011. Or, les mesures des concentrations dans les eaux ne peuvent à elles seules, être efficace. Nous soutenons cette affirmation en plus par les possibilités que disposent le plomb, le mercure et le cadmium à s'accumuler par exemples dans les organismes et dans le milieu benthique.

Il est a noter a cet effet que si l'on peut considérer la concentration des métaux lourds dans les eaux pour apprécier les effets potentiels aigus sur la sante humaine et sur celle animale du fait que l'eau pourrait être consommé par les humains et les animaux surtout que nous sommes dans une zone d'élevage de gros mammifères comme les bovins et les ovins ; les évaluations des effets a long terme restent très inefficaces voire impossible du fait du phénomène de transfert des métaux et de leur accumulation dans d'autres compartiments comme les sols ou dans les organismes aquatiques. Il est à craindre que la quantité de polluant généré par l'activité minière dans l'environnement; notamment en ce qui concerne le plomb, le mercure et le cadmium, reste cependant sous-estimé au regard de ceux qui précède.

4.2.2.2. Effets sanitaires et risques environnementaux à long terme

Les métaux lourds sont des éléments métalliques naturels, métaux ou dans certains cas des métalloïdes comme l'arsenic, caractérisés par une masse volumique élevée, supérieure à 5 grammes par cm3. (Rapport n° 2979, Assemblée nationale, rapport n° 261 du Sénat.2001). Pour notre étude nous nous sommes intéressés a trois de ses métaux dont le mercure, le plomb et le cadmium et cela par rapport a leur particularité biochimique et a leur toxicité. Selon le Professeur André Picot, expert européen en toxicologie, les métaux lourds considérés sont des éléments chimiques toujours toxiques, prompts à se combiner avec les composés organiques soufrés de notre corps via l'air, l'eau ou l'alimentation, et pouvant engendrer de graves troubles, y compris au niveau cérébral: Ce sont des éléments chimiques qui n'ont aucune activité biologique bénéfique et sont considérés comme uniquement toxiques, et ce pour tous les organismes (microorganismes, plantes, animaux, Homme). Ils changent de forme chimique mais ne se détruisent pas, ils se transportent et ont une capacité à s'accumuler dans la chaîne alimentaire entrainant ainsi des effets toxiques.

Les sources principales de ses trois métaux lourds sont naturelle et anthropique, ils sont présents sous forme de sels ou de minerais dans les roches et dans le sol et peuvent se retrouver à des concentrations diverses dans les différents compartiments des écosystèmes : eau, air et sol par le biais de l'extraction minière, de l'excavation des fosses (La sécurité chimique pour un développement durable, IFCS, Budapest, Hongrie, 2006).

· Mercure

Le mercure est un métal, liquide à température et à pression ambiantes pouvant être vaporisé, et qui est naturellement présent dans l'environnement sous diverses formes organiques et inorganiques. Le mercure inorganique est une association du mercure avec des éléments tels que le chlore, le souffre ou l'oxygène. Ce composé peut se retrouver sous forme de vapeur a travers les minerais issus de l'exploitation minière. Tandis que le mercure organique est un complexe formé à partir du mercure et des composés carbonés. Le méthylmercure est le principal composant du mercure organique. Il est produit par une transformation réalisée par des microorganismes, précisément des bactéries vivants dans les eaux, les sédiments et les sols (N. Fréry et al 2001 ; André Picot). Le méthylmercure est le constituant mercurique le plus dangereux sur la sante humaine et sur l'environnement. De plus il s'accumule dans les tissus organiques notamment ceux des poissons ou sa quantité tend à augmenter avec la taille et l'âge du poisson (ATSDR, 1999 ; WHO, mercury in health care, 2005).

Exposition

De façon naturelle, nous sommes quotidiennement exposés à de faibles doses de mercure car le composé se retrouve à des proportions faibles dans les différents compartiments de l'environnement, eau, air, sol et dans certains aliments. On estime entre 10 ng/m3 et 20 ng/m3 de mercure dans l'air extérieur urbain (ATSDR, 1999). Ceci demeure en réalité très faible et ne peut entrainer des effets délétères sur la sante humaine. (A prendre pour la discussion)

En effet l'exposition humaine au mercure est surtout due à la consommation de poissons contaminés au méthylmercure, de leurs prédateurs (certains mammifères aquatiques) ainsi que des autres produits aquatiques contaminés par le méthylmercure (Thomas. W. Clarkson, 1992 ; Fréry et al, 2001).

Le mercure (sous sa forme ionisée Hg++), en faible concentration dans une eau peu active (lacs, baies fermées...) va facilement être stocké par les bactéries présentes dans les sédiments (vase) qui vont le transformer en une molécule soluble dans les graisses : le cation méthylmercurique (CH3-Hg+). Les bactéries servant de nourriture au plancton, qui lui-même est consommé par les poissons herbivores, proies à leur tour de poissons carnivores (thons, requins...) forment une chaîne alimentaire de bioconcentration très importante. Le facteur de concentration du mercure de l'eau jusqu'aux poissons gras carnivores, qui servent de nourriture à l'Homme (le chaînon final), est de l'ordre du million, ce qui est considérable. Ceci explique que dans les eaux particulièrement contaminées, la concentration du mercure (sous forme de cation méthylmercurique) dans les poissons peut atteindre un milligramme par kilo de poisson frais, parfois même beaucoup plus (André Picot, année).

Notons à cet effet que les productions piscicoles et la consommation de produits aquatiques comme les poissons demeurent relativement très faible au Burkina et encore minime dans l'alimentation des populations du sahel notamment Essakane site et les populations des autres villages situés autour de la mine. Ce sont des populations qui n'ont pas pour habitudes alimentaires les produits aquatiques, ce qui signifie que l'exposition par suite de consommation de produits aquatiques demeure très improbable.

Essakane et toute la zone sahélienne reste une région pastorale par excellence et même si dans ses projets de développement local (PGES) la société minière a initié un programme de promotion et de développement de la pisciculture, les conditions telles que la temporalité du fleuve Gorouol (cours d'eau saisonnier), la culture pastorale de la population ne favorise pas une expansion à grande échelle d'une telle activité dans ce désert. Le premier test de pisciculture a été réalisé dans le bassin de stockage d'eau de la mine en 2009 (Rapport semestriel, Essakane 2010). Même si les résultats sont prometteurs, cependant la non disponibilité de l'eau durant toute l'année liée aux aléas climatiques (600 mm d'eau par an) restent cependant un frein au développement de cette activité piscicole. En conséquence, l'exposition au mercure via le canal alimentaire par la consommation du poisson est moins significative.

Une autre voie d'exposition à explorer est l'inhalation des vapeurs mercuriques qui peuvent se retrouver dans l'air grâce a certains processus d'extraction de l'or tel que l'excavation des roches. Et comme nous ne disposons d'aucune donnée sur les concentrations des composés dans l'air ambiant, nous ne pouvons apprécier cette exposition a l'heure actuelle. Cependant, ce manque de données dénote d'une limite sérieuse dans la prise en compte de la question sanitaire et environnementale par la société Essakane SA. Il faudra donc intégrer une surveillance de la qualité de l'air ambiant de la localité dans la stratégie de gestion environnementale en tenant compte des paramètres climatiques (Vitesse du vent, précipitation, température...) et cela dans l'optique d'une meilleure caractérisation des risques inhérents a ce compartiment.

Enfin deux autres sources d'exposition à considérer sont les suivantes: la première peut être qualifiée d'exposition directe car elle se traduit par une consommation des eaux du fleuve par les Hommes (souvent même comme eau de boisson) et leur bétail; et la deuxième, qualifiée d'exposition indirecte traduit la consommation de la viande contaminée a la suite de la bioaccumulation. Cette dernière exposition est justifié par le fait que les chèvres, les moutons et les boeufs s'abreuvent principalement dans ces surface d'eau dont le Gorouol, fleuve traversant la majorité des villages et qui fournis également l'eau utilisé dans le traitement du minerai.

Pour écarter tout risque et pour répondre aux interrogations, une évaluation de la biodisponibilité s'impose: il s'agira d'effectuer une évaluation de la concentration dans l'organisme humain mais aussi dans l'organisme de certains animaux à travers des échantillons d'urine, de graisse...

Effets sur la santé

De par sa liposolubilité, le cation méthylmercurique va pénétrer très facilement dans l'organisme par la voie intestinale (95 à 100 %) puis se répartira dans le sang et ira rapidement se localiser dans le système nerveux tant central que périphérique et sa neurotoxicité engendrera souvent encéphalite et polynévrite. Grâce à sa solubilité dans les lipides, le mercure métallique (Hg0) va se concentrer dans le système nerveux, surtout au niveau du cerveau, entraînant un processus inflammatoire de type encéphalite. Sous forme de sel mercurique (Hg++) hydrosoluble, la cible principale sera les reins, dont l'inflammation va conduire à une néphrite souvent mortelle (André Picot).

Grâce à leur lipophilie, le mercure élémentaire, mais surtout le cation méthylmercurique, vont traverser la barrière placentaire et, chez une femme gestante, perturber le développement de l'embryon, entraînant soit une fausse couche, soit l'apparition, chez le futur bébé, de malformations (absence de membres...) (Cécile Chevrier et al, 2008; André Picot).

Lésions du cerveau, maladies auto-immunes (arthrite rhumatique, lupus, sclérose en plaques), maladies cardiovasculaires (hypertension et autres), cancer du foie, diminution de l'intelligence, troubles de la parole, agitation, agressivité, troubles visuels et auditifs, polyneuropathie,myasthénie grave, Alzheimer.

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