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UNIVERSITE DE PARIS IV - SORBONNE

CELSA
EcoIe des hautes etudes en sciences de I'information et de Ia
communication MASTER 1re année
Mention : Information et Communication Spécialité :
Médias et communication
Ç PORN 2.0 : I'industrie du X confrontée
aux enjeux
du Web È
Nom, Prénom : Yelengwe Tatiana Promotion : 2010-2011
Option : Médias et communication Soutenu le :
Note du mémoire :
Mention :
Préparé sous la direction du Professeur
Séverine Barthes
TABLE DES MATIERES
Remerciements...........................................................................................p.3
Introduction p.4-8
I/ L'industrie pornographique, un business aux barrières
étanches........................p.8-20
A. Une definition difficile : ou commence et ou s'arrete la
pornographie ? p.9-14
1. Une définition tangible au gré des
évolutions socioculturelles......... p.9-12
2. Erotisme VS pornographie : art legitime VS voyeurisme
illegitime ? p.12-14
B. Une industrialisation des tendances du
sexuel.....................................p.14-20
1. Influence de la pornographie ou pornographie influencee ?
p.15-17
2. Quand l'espace médiatique se e porn-erotise
»...............................p.17-20
II/ Pornographie et Nouvelles Technologies de l'Information et de
la Communication (NTIC) : un croisement « chiasmique
».........................................................................p.21-34
A. Thank you Porn ! ou un essor technologique
précipité par l'industrie du X.p.22-27
1. Une industrie avant-gardiste des nouvelles technologies
p.22-24
2. Le cybersexe, ma»tre de la toile ? p.24-27
B. The Internet is for Porn ! ou l'ère de la
révolution sexuelle numérique.......p.27-34
1. Le porno, le lien inavouable entre l'Internet et
l'internaute..................p.28-31
2. Le Web 2.0 est nd, à mort le Porn 2.0 ! p.31-34
III/ Le Porn 2.0, moteur de démocratisation et
d'innovation................................. p.34-44
A. Un nouveau tube économique pour l'industrie du X
p.35-40
1. Les porntubes, un fléau précieux pour
l'industrie pornographique ? p.36-38
2. Vers une redéfinition de la stratégie de
communication du X............ p.38-40
B. Une démocratisation qui garantit l'innovation
multi-support p.40-44
1. L'industrie pornographique conquiert les technologies offline
p.40-42
2. L'industrie taboue du X sous la lumière
médiatique........................ p.42-44
Conclusion p.45-48
Résumé p.49
Mots-clés...................................................................................................
p.50
Bibliographie p.51-54
Annexes p.55-66
REMERCIEMENTS
Je tiens a remercier tout d'abord toutes les personnes qui ont
ri, qui se sont outrées ou qui m'ont regardé comme une bite de
foire curieuse lorsque j'ai évoqué le sujet que je souhaitais
aborder, car elles n'ont fait que me motiver encore plus dans mon choix
d'étude et m'ont conforté dans l'idée qu'il y avait un
intérit crucial a oser l'aborder. Ensuite, je tiens a remercier un
ensemble d'élives du Celsa que je ne pourrai pas tous citer ici, mais en
priorité Hadrien Fiere, Plandé Alexia, Lucie Rico, Justine
Forest, Claire Dumont, Alix Rougevin-Baville... d'avoir alimenté tout au
long de l'année ce groupe Facebook qui restera gravé dans les
annales (et ceci sans mauvais jeu de mots) « Je ne regarde pas de films
pornos, j'aide juste Tat' a faire son mémoire ». Ils m'y ont fourni
des anecdotes parfois croustillantes et insolites mais surtout une
matière très souvent utile pour ma veille et pour
l'élaboration de ce mémoire. Alors, un grand merci a eux et a
tous ceux que je n'ai pas pu citer. Je tiens a remercier également mes
collègues de stage pour toutes les discussions sur le sexe faites
à table lors de déjeuners au bureau, qui en fait m'ont
montré a quel point ce sujet peut engendrer des débats et
discussions sans fin, passionne et excite la curiosité des personnes qui
sautent sur l'occasion d'en parler dis qu'elle se présente. Un merci
tout particulier a Sébastien qui m'a fourni des données
précieuses pour mon étude. Je tiens bien évidemment
à remercier Gonzo, le créateur du site Le Tag Parfait, ainsi que
Guillaume le créateur du site Paradx pour avoir acceptés de
répondre à toutes mes questions avec une extrême
gentillesse. Je tiens ensuite à remercier ma tutrice de mémoire
Séverine Barthes pour son attention. Je remercie également mon
esprit un peu dérangé d'avoir choisi sans hésitation
d'aborder ce sujet. Et je remercie enfin les acteurs du Porn 2.0 d'avoir
révolutionné l'industrie du X et de m'avoir de ce fait permis de
mener une étude passionnante sur cette industrie souterraine qui
évolue en filigrane de la société.
INTRODUCTION
Lorsqu'on choisit de se lancer dans la rédaction d'un
mémoire qui traite de la pornographie, on se retrouve confronté
non seulement à ses propres préjugés mais surtout à
ceux des autres. Une des premieres questions qu'on se pose a soi est «
Comment vais-je réussir a justifier de mon choix sans passer pour
l'obsédée sexuelle du coin ? D. En effet, s'il y a bien un a
priori qui est associé a celui ou celle qui décide de
s'intéresser de pres ou de loin a la pornographie, c'est cette image de
perversion sexuelle à caractere semi-pathologique. Des lors, aborder le
theme de son mémoire en société, c'est accepter de se
retrouver dans un rapport paranoiaque à l'attention. Il s'agit qu'une
personne soit au courant de la thématique que vous étudiez pour
que l'ensemble de la piece soit tres rapidement au courant et que toute
l'attention se porte sur vous. Finalement, vous vous retrouvez tout au long de
la soirée dans une posture o0 vous vous persuadez que chacun se fait des
idées plus ou moins énongables sur vous, vos pratiques sexuelles
et votre éthique. En bref, si chaque humain a tendance à juger
les personnes autour de lui, le jugement dans ce cas devient inévitable.
Il m'aura suffi d'énoncer une premiere fois mon sujet a des
interlocuteurs pour réaliser la complexité sociologique qu'il
contient. Entre réactions amusées, étonnées,
embarrassées, d'incompréhension voire de dégoirt, j'ai pu
voir de la part de mes interlocuteurs bon nombre de réactions
différentes et contradictoires. Néanmoins, un point commun
à toutes ces personnes est la curiosité suscitée par le
sujet. La pornographie, c'est curieux et encore plus quand c'est une personne
de sexe féminin qui décide d'en parler. L'image sexiste de ce
sujet est un autre préjugé auquel j'ai pu être
confronté : la pornographie n'est faite que pour les hommes et par
conséquent ne peut intéresser que les hommes. Qu'on se le dise,
la pornographie n'apparait pas comme un sujet noble, un sujet dont
l'étude serait immédiatement acceptée comme
légitime. On se sent toujours obligé de se justifier afin de ne
pas para»tre ce que les autres aimeraient croire, à tort ou
à raison, que nous sommes, ou juste pour prouver qu'il y a un
intérêt a ce que nous faisons. C'est d'abord cet aspect qui m'a
intéressé et qui m'a motivé a commencer cette
étude. Pourquoi tant d'embarras face a ce sujet ? Pourquoi
l'étudier est pergu comme insolite et osé ? Aujourd'hui, le sexe
est un sujet bien moins tabou que par le passé, nous sommes envahis par
des représentations de la sexualité de plus en plus
osées
et audacieuses aujourd'hui et pourtant la pornographie
bénéfice toujours d'un halo de mystere et de pudeur lorsqu'elle
entre dans la discussion. Il suffit de regarder autour de soi pour s'apercevoir
que la pornographie est de plus en plus ancrée dans notre quotidien
médiatique (émissions TV, films, magasines...) et social (termes
issus du milieu devenus usuels dans le langage populaire). Le rapport à
la nudité a évolué et il n'est pas rare de croiser une
fois dans la journée une affiche publicitaire qui met en avant un corps
fortement dénudé. Et pourtant, l'industrie du sexe (expression
anglo-saxonne) continue d'être un sujet tabou malgré sa production
massive et l'érotisation visible de notre espace quotidien.
Vis-à-vis du sexe et non pas seulement de la sexualité, les
discours sont souvent d'esquive : on mentionne, on cite, on signale, mais on
analyse peu. Et pourtant, même sans s'intéresser
profondément au sujet, chacun peut s'apercevoir que derrière le
mot pornographie est présent une industrie puissante qui génere
d'énormes revenus grace aux services qu'elle propose pour combler les
attentes de ses consommateurs. Or si offre marchande il y a, c'est qu'il y a
demande. Le porno se consomme avec frénésie, tel un fast-food du
sexe et pourtant il est constamment pointé du doigt dans un rapport de
fascination-répulsion. Contenus vidéos, magasines, objets
sexuels, téléphones roses... le monde de la pornographie est un
empire industriel du sexe qui a ses codes, ses icônes, ses adeptes et ses
médias. Mais aujourd'hui comme d'autres grandes industries
médiatiques telles que la musique et l'industrie du cinéma
traditionnel, elle est confrontée à une (r)évolution sans
précédent qui est celle de l'arrivée du « Porn 2.0 D.
C'est-à-dire l'envahissement sur Internet de ces nouveaux acteurs qui
proposent des contenus gratuits et de fagon originellement illégale aux
internautes, via des plateformes dédiées de streaming (lecture en
continu) qui leur permettent de visionner/écouter en ligne des contenus
d'ordinaires payants. Ces nouvelles plateformes, qui ont pris en vol
l'avenement du phénomene Web 2.0, privilégient la notion de
partage et de démocratisation du divertissement pour l'internaute au
détriment des bénéfices des industries créatrices
de ces contenus. Et l'industrie pornographique n'y échappe pas. Ces
dernières années des sites de streaming sont apparus offrant aux
internautes qui le souhaitent des contenus pornographiques gratuits a visionner
en ligne. Comment l'industrie gere-t-elle cette nouvelle donne qui lui fait
perdre des revenus considérables ? C'est un article web
du site Numerama.com1 qui m'a convaincu qu'il
serait intéressant de s'intéresser aux moyens
mis en oeuvre par cette industrie pour pallier aux problèmes que peuvent
engendrer ces nouveaux acteurs. L'article s'interrogeait sur la
possibilité que l'industrie pornographique réussisse plus
rapidement que la musique et le cinéma traditionnel à
éradiquer le problème. Je me suis alors demandé à
mon tour pourquoi y arriverait-elle mieux que les autres ? Quels sont les
réels problèmes que rencontre le business du sexe aujourd'hui et
quels moyens sont mis en oeuvre pour gérer le
phénomène 2.0 ? Quelle place a le porno -- j'utiliserai
cette abréviation volontairement pour souligner son
caractère populaire - sur la toile ? Au départ, j'ai
eu le sentiment de ne rien trouver de bien concret, théorique
et analytique sur le sujet. Puis, j'ai fini par trouver des écrits
intéressants qui abordaient la question et me suis penchée dessus
pour comprendre mieux les enjeux sociologiques de la pornographie. J'ai
été d'ailleurs impressionnée par le nombre d'articles
publiés chaque mois abordant la question du porno. Il
faut dire que l'actualité du milieu a été plutôt
mouvementée ces derniers temps et a posé de nombreuses questions
qui ont attrait au role d'Internet dans notre société mais
également au role que peut tenir la pornographie dans
le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la
communication (NTIC). J'ai visité un ensemble de sites qui
proposent du contenu porno gratuit et ai voulu comprendre leur
fonctionnement ainsi que la valeur ajoutée de cette offre en dehors de
sa simple gratuité. Je me suis interrogée sur l'image du
porno dans notre société et sur la gestion de cette
image par l'industrie elle-même. J'ai observé la manière
dont le rapport au sexe et a la sexualité de notre société
est mis en avant dans les médias et me suis
interrogée en parallèle sur le présent et l'avenir de
l'industrie pornographique face à une frontière qui semble
parfois devenir très mince entre elle et la presse traditionnelle. J'ai
voulu comprendre le paradoxe entre une industrie qu'on
prétend vouloir cacher voire refouler et un ensemble de
preuves qui montrent que les produits de cette industrie sont quasi de
consommation courante. Nous sommes dans une époque o0 on n'a
peut-être jamais autant consommé de porno et de fagon plus libre
et assumée gr%oce notamment à la gratuité et a
l'accès facilité des contenus sur le web. Pourtant cette
évolution semble avoir fait entrer l'industrie pornographique dans une
crise économique majeure qui mettrait un
1 Julien L., « L'industrie porno entend mettre un
terme au piratage d'ici 2012 », Numerama, [disponible en
ligne :
http://www.numerama.com/magazine/17164--l--industrie--porno--entend--mettre--un--terme--au--piratage--d--
ici--2012.html], publié le 26 octobre 2010, consulté le 26
octobre 2010.
peu plus chaque jour a l'échec les fondamentaux qui ont
assis sa puissance. Sommes-nous en train d'être témoins de la fin
annoncée des profits d'un empire du sexe puissant ? Cette industrie
originellement condamnée a exercer dans l'ombre comme un vilain canard
que la société tra»ne ne peut-elle pas tirer des avantages
de cette évolution des mceurs et de la consommation ? Le Porn 2.0
n'est-il qu'un fléau inévitable ou peut-il etre une
révolution dorée pour l'industrie pornographique ?
Pour répondre à cette interrogation, je tenterai
dans une première partie de montrer que l'industrie pornographique est
un business aux barrières étanches.
J'y aborderai d'abord la question de la définition
difficile du mot « pornographie » qui ne cesse de se modifier au bon
gré de l'évolution des mceurs du temps dans lequel il s'inscrit
et montrerai également l'insuffisance de la condition première de
sa définition, à savoir la mise en scène du nu. Je mettrai
également en avant cette industrialisation des tendances du sexuel que
fournit la pornographie en essayant de voir quels rapports d'influence
s'établissent entre elle et la société ainsi que les codes
qui la régissent. Enfin, je terminerai cette partie en abordant la
question de l'érotisation de notre environnement médiatique
quotidien. Pour ce faire, je distinguerai d'abord érotisme et
pornographie et verrai quelle fraternité ennemie les lie, puis je
montrerai comment l'espace médiatique porn-érotise notre
quotidien visible.
Dans une seconde partie, je mettrai en exergue le lien
intrinsèque qui existe entre la pornographie et les nouvelles
technologies d'information et de communication.
J'y démontrerai dans un premier temps que l'industrie
pornographique contribue au succés des NTIC et fait preuve d'une
adaptation constante a leur évolution qui lui vaut une réputation
d'avant-gardiste technologique. Nous verrons que cette position appose le
cyber-sex comme suite logique de cette double avancée techno-sexuelle.
Puis dans un second temps, nous verrons qu'Internet et le sexe sont
indissociables malgré l'hypocrisie du discours. J'aborderai d'abord dans
cette partie la consommation pornographique des internautes, puis le conflit
entre cybersexe et désir de protection des mineurs et enfin je
développerai la manière dont le Web 2.0 a donné naissance
au Porn 2.0 et les conséquences économiques néfastes qui
en résultent.
Dans une troisième partie enfin, je montrerai comment ce
Porn 2.0 stimule l'innovation multi-support et démocratise l'industrie
pornographique.
En premier lieu, je démontrerai que les sites de
streaming porno (les porn-tubes) génèrent de plus en plus de
revenus a l'industrie pornographique en détaillant dans un premier temps
le fonctionnement et l'offre contenu dans ces sites, puis en mettant l'accent
sur le système publicitaire mis en place sur ces mêmes sites.
Pour finir, nous verrons comment ces évolutions de
format de visionnage permettent la multiplication de supports d'achat et une
visibilité plus grande et démocratisée pour l'industrie.
Il s'agira de voir d'abord l'innovation des supports d'offre offline, puis de
voir comment la tendance Porn 2.0 permet à de nouveaux acteurs du web de
devenir (in)volontairement des ambassadeurs de l'industrie pornographique,
accentuant par la même occasion une certaine décomplexion de la
consommation d'un porno qui ne se cache plus tout à fait dans un
emballage discret sous le manteau.
I/ L'industrie pornographique : un
business aux barrières étanches
La pornographie en tant que réelle industrie de
consommation prend une réelle ampleur au moment de l'avènement de
la cassette vidéo VHS qu'elle a largement contribué à
démocratiser. L'industrie a toujours embrassé chaque nouvelle
technologie et a toujours fait en sorte de se faire une place sur l'ensemble
des supports médiatiques, enregistrant toujours un fort succès
auprès des consommateurs. De ce fait, l'industrie a rapidement et
considérablement crt, devenant un business puissant avec ses patrons,
ses égéries, ses événements et son argent.
Seulement, en s'appropriant a son gré de nombreux espaces
médiatiques à travers le temps, les barrières du business
sont devenues de plus en plus difficiles à définir. De plus, les
évolutions culturelles de notre société occidentale qui
mettent en avant une sexualité assumée et libérée
à travers différents moyens de
communication, contribuent à rendre toujours plus obscure
les frontières du monde pornographique et du monde public.
A. Une définition difficile : 0il commence et oil
s'arrete la
pornographie ?
Aujourd'hui, quand on évoque le mot « pornographie
», le premier élément de définition qui vient a
l'esprit des personnes est en relation avec les films produits par les
sociétés de production de vidéos pornographiques. Or, si
de fagon métonymique cette industrie est devenue un moyen de
définition de la pornographie, elle n'en est qu'un des
éléments, bien que devenu le plus important. La pornographie,
chacun en a une représentation et est capable de donner son point de vue
sur ce qu'il considère etre de la pornographie ou non.
Mais justement, c'est là que réside la difficulté de
la définition de cet item. Alors qu'une
définition doit pouvoir etre l'émission d'un
jugement objectif, la pornographie se voit toujours empreinte d'un
jugement subjectif. Ce défaut de considération rend de ce fait sa
définition soumise a l'espace spatiotemporel dans lequel évolue
et aux évolutions socioculturelles de cet espace. D'une
époque a une autre, ce qui était pornographique ne l'est
plus et se voit basculer dans le registre de
l'érotisme. Mais qu'est-ce que l'érotisme par rapport a la
pornographie et comment définir une frontière
entre deux registres qui semblent se confondre en fonction des
évolutions bienséantes de la société dans laquelle
ils s'inscrivent ?
1. Une définition tangible au gré des
évolutions socioculturelles
Pour chercher la définition du mot pornographie, mon
premier réflexe fut de regarder dans un dictionnaire. Or en ouvrant le
« Larousse 2009 », j'ai pu remarquer que ce dernier
donne une définition très incomplète de la pornographie en
affirmant que l'on reconna»t la pornographie à la «
présence de détails obscènes dans certaines oeuvres
littéraires ou artistiques »2. Cette définition
pose la question de la
2 Petit Larousse, edition 2009, (ISBN
-- 10 : 2035840708, ISBN -- 13 :
978--2035840707) 1812 p.
subjectivité qu'on place dans la représentation
des termes, a savoir a partir de quel moment peut-on dire
qu'on entre dans l'obscène et a partir de quel moment en sort-on ? Ce
même Larousse définit obscene comme étant ce « qui
blesse ouvertement la pudeur, surtout par des représentations d'ordre
sexuel ou scatologique. » De la même fagon, qui peut
déterminer la limite de pudeur des uns et des autres ? Enfin, cette
définition de la pornographie semble émettre une distance entre
« certaines oeuvres littéraires ou artistiques D mais desquelles
s'agit-il, comment les reconna»t-on ? Cette définition relativement
incomplete du Larousse ne permet pas de comprendre les tenants et les
aboutissants de la pornographie et semble refléter l'embarras qui se
situe autour du sujet. Le dictionnaire, ouvrage à visée objective
destiné au grand public et à tous les %oges, semble effectuer une
sorte d'autocensure sur sa propre définition pour
respecter une certaine pudeur conventionnelle, une bienséance de la
définition, à travers une «reduction d'un champ lexical
a deux grandes catégories qui refletent une hiérarchie du
tolérable, mais aussi un imaginaire des dangers ».3
Si on s'intéresse a l'étymologie du mot, « pornographie
» dérive du grec ancien Tropvoypepoç /
pornográphos qu'on pourrait traduire par « écriture
sur les prostituées D. On voit a travers l'étymologie l'amalgame
qui peut donc surgir entre prostitution et pornographie. La pornographie serait
cette mise en image, cette mise en scene du travail de la prostituée qui
vend son corps pour satisfaire un client en quête de sensations sexuelles
fortes. Avec l'arrivée des films pornographiques (le premier sorti en
salle et qui escompta un succés sans précédent est «
Gorge Profonde » de Joseph W. Sarno en janvier 1972 qui propulsa son
actrice Linda Lovelace), le terme pornographie s'est assimilé à
la « représentation d'actes sexuels ayant pour
objectif d'exciter sexuellement le spectateur » 4 . Mais ici
encore, la définition a ses limites, car à quel moment
détermine-t-on que l'objectif de telles ou telles
représentations est d'exciter sexuellement le spectateur ? Cela nous
amene d'ailleurs a nous intéresser aux représentations
socioculturelles du sexe et de l'acte sexuel. En effet,
peut-on penser que les sculptures de positions sexuelles multiples qui ornent
les temples de Khajur%oho en Inde aient été dans le but
d'exciter sexuellement les spectateurs venus honorer leurs
Dieux ? De la même fagon, en
3
GOULEMOT Jean M., Ces livres qu'on ne lit que d'une
main, p.24, Minerve, 1994
4
ROOF Judith, Encyclopedia of Sex and Gender, vol. 3 :
J--P, p. 1173, The Gale Group, 2007 (ISBN 0--02--865963-- 5), «
Pornography »,
2009, les spéléologues du CDFSC (La Chaux De
Fonds Spéléo Club) ont découvert une grotte ornée
paléolithique dont les parois sont recouvertes d'une succession
de dessins de personnages humains dans des positions
lascives5 qui fonctionneraient comme le zoopraxiscope d'Eadweard
Muybridge. Il semblerait donc que depuis toujours, les humains aient
représenté des situations sexuelles, mais l'objectif
n'étant pas forcément toujours d'éveiller
l'appétit sexuel chez les autres. De plus, il faut
prendre en compte l'évolution des moeurs dans la
société à travers le temps, qui complexifie encore plus la
limite entre ce qui releve de la pornographie et ce qui n'en
relève pas. En effet, certaines oeuvres littéraires ou
artistiques qui furent critiquées, interdites et
considérées comme pornographiques par le passé (par
exemple les oeuvres du XVIIIe siècle du Marquis de Sade qui ne seront
réhabilitées qu'au milieu du XXe siècle),
ne sont plus pointées du doigt comme étant des oeuvres profanes
et apparaissent même comme des oeuvres
littéraires classiques (Les fleurs du mal, Baudelaire ou encore
Gamiani ou deux nuits d'exces, Alfred de Musset). De la même
fagon, des images contemporaines qui paraissaient tendancieuses avant ne le
sont plus aujourd'hui et nous font même parfois sourire. L'image sexuelle
doit etre prise dans une époque culturelle
particulière pour que le « mécanisme » sensoriel
fonctionne. Quand dans les années 70, le seul fait de mettre en
scène au cinéma un couple mimant l'acte sexuel apparaissait comme
scandaleux, on remarque que des les années 90, cela est
devenu commun voire fréquent. Chacun des enfants de cette
génération peut encore se souvenir de tous les moments
passés à se cacher les yeux devant une scène ou encore des
parents en train de se dépêcher de chercher la
télécommande pour zapper le temps que «la scène se
termine ». Ce genre de situations soulève un autre problème
dans la définition de la pornographie qui est la question de
l'exposition aux différentes tranches d'age de la société.
Ne devrait-on pas également inclure dans la définition, les
limites de l'exposition a ces contenus a certaines personnes,
notamment les plus jeunes ? L'kge ne peut-il être un
élément déterminant pour la définition ? On l'aura
compris, la difficulté de la définition de la pornographie
réside dans sa mouvance, sa dépendance aux moeurs et
tabous générés par la
société dans laquelle elle s'inscrit et a sa présence sur
des espaces d'expression différents qui implique une diversité
des formes relationnelles possibles
5
Remramm, « On a retrouvé le premier « film porno
» de l'Histoire », Le Post, [disponible en ligne :
http://www.lepost.fr/article/2009/02/22/1433053on--a--retrouve--le--premier--film--porno--de--l--histoire.html],
publié le 22/02/2009, consulté le 02/04/2011.
au monde du sexe. Néanmoins, les évolutions de
perception selon les époques nous révèlent quelque chose
de fondamental : la mise en scène - imagée ou verbale - du nu,
élément déterminant de la pornographie et
éludé par le Larousse 2009, appara»t comme
étant une condition imparfaite à la pornographie. Cette assertion
se vérifie d'autant plus quand on aborde la question de la
différence entre érotisme et pornographie. L'existence de la
catégorie « érotique » vient ajouter une
difficulté supplémentaire à la tentative de
définition de la pornographie. Quelle différence existe entre ces
deux domaines d'expression ? A partir de quel moment sort-on de
l'érotisme pour entrer dans la pornographie ?
2. Erotisme VS pornographie : art légitimé VS
voyeurisme illégitime ?
L'érotisme et la pornographie sont souvent confondus dans
le langage commun et employés indifféremment pour parler de
représentations à caractère sexuel.
Pour ce qui est de l'érotisme, le Larousse 2OO9
6 le décrit comme étant « la description et
exaltation par la littérature, l'art, le cinéma, etc., de l'amour
sensuel, de la sexualité. » On remarque que l'érotisme
bénéficie d'une définition plus positive que la
pornographie car il est question ici d'exaltation et même d'amour, ce qui
contraste avec l'obscénité de la pornographie mentionnée
plus haut. L'érotisme est souvent considéré comme
étant la version « soft » de la pornographie. Une sorte de
quintessence de l'image-sexe qui suggère face à une pornographie
indécente qui montre vulgairement. Lorsqu'une oeuvre est décrite
comme étant érotique, elle semble etre de ce fait entourée
d'un certain halo de légitimité et ne perd pas son statut
d'oeuvre d'art. Néanmoins, certaines oeuvres considérées
auparavant comme pornographiques (reprenons l'exemple des oeuvres de Sade) ont
basculé aujourd'hui dans le registre érotique du fait de notre
différence de représentations. Ainsi, la différence entre
les deux registres est elle aussi fluctuante selon l'époque culturelle.
Cette dualité entre les deux et la difficulté de les
définir comme entièrement opposables se trouve mise en exergue
dans cette citation de l'écrivain André Breton « La
pornographie, c'est O'érotisme des autres ». Cette citation
nous montre bien
6 Ibid.2
également la difficulté de jugement de valeur
sur ces registres : ce qui me para»t osé ne l'est peut-être
pas pour mon voisin. C'est d'ailleurs, nous le verrons un peu plus tard dans
l'argumentation, l'hétérogénéité des regards
sur la pornographie est un élément qu'a très bien su
comprendre le porno 2.0. Le rapport entre les deux se retrouve également
fortement lorsqu'on visite le Salon de l'Erotisme qui a eu lieu du 11 au 13
mars 2011 au Parc d'Exposition de Paris Le Bourget. En effet, l'érotisme
semble ne pouvoir s'empêcher de flirter avec la pornographie : ventes de
DVD pornographiques ou encore coin réservé « hot » avec
banderole au message accrocheur « Tournage en direct ». Pour Patrick
Baudry, c'est le visage qui est érotique et c'est la disparition de ce
visage vers le focus vaginal qui mène à la
pornographie.7 Cette définition permet déjà de
notifier une notion importante dans la définition que l'on peut donner
actuellement a la pornographie : la pornographie est ce qui montre l'acte
sexuel dans son entièreté, en montrant même ce qui nous est
incapable de voir dans la réalité de l'acte (gros plans sur la
pénétration, atouts génitaux exposés et
montrés dans toutes les postures), ce qui la différencie de
l'érotisme qui joue sur un jeu de suggestions, montre les corps nus sans
jamais rien dévoiler explicitement. La pornographie montrerait du sexe
tandis que l'érotisme sublimerait la sexualité. Néanmoins,
si l'un semble plus accepté que l'autre, il n'en reste pas moins que
leur trait commun reste la subversion et la mise a l'écart dans la
société. Cependant, cette mise a l'écart n'est pas
appliquée de la même fagon pour l'un et pour l'autre. Quand les
films érotiques bénéficient d'une visibilité sur
les cha»nes télé nationales à des horaires tardifs
certains jours de la semaine, les films pornographiques ou X (nom
attribué à la suite de la loi sur le ixage du 30 décembre
1975), se voient ixés (cachés par un effet de gris sur les
écrans qui ne permet pas de voir les scènes) ou
relégués sur des cha»nes du c%oble payantes. De tous temps,
ce qui a été considéré comme pornographique ou
érotique est ch%otiable, menacé d'interdiction et comme devant
être tenu secret et a l'écart de la société visible
afin de respecter une certaine pudeur. Si on regroupe tous les
éléments explicités ici, la pornographie serait donc ce
qui désigne toute ceuvre mettant en avant des corps nus, dans une
posture sexuelle explicite o0 les moindres détails de l'anatomie sont
décrits, montrés, exposés a l'ceil du spectateur ou du
lecteur dans un désir d'éveil de l'excitation sexuelle chez ce
dernier. Quand on remarque à quel point la
7 BAUDRY Patrick, La pornographie et ses images,
p.126, Paris, Pocket, Coll. Agora, 2001
pornographie dépend des évolutions culturelles
pour qu'on puisse statuer sur la définition qu'on pourrait lui
attribuer, cela nous amene a réfléchir sur la maniere dont la
société peut jouer un rTMle influent dans la fagon dont la
pornographie évolue. En effet, si ce qui a une époque
donnée était subversif ne l'est plus dans un autre temps
donné, ne peut-on envisager que la pornographie adapte ses contenus aux
évolutions culturelles de la société ? Les
détracteurs de la pornographie affirment souvent qu'elle aurait des
effets négatifs sur la société et influencerait les
personnes dans leur vie quotidienne, malgré qu'une récente
étude IFOP pour la maison Dorcel8 démontre que seuls
38% des Francais auraient déjà essayé de reproduire des
scenes ou des positions vues dans des films pornographiques. Néanmoins,
si on note que dans les années 70, montrer une scene de fellation
était quelque chose d'audacieux, alors que dans les années 90,
cela est devenu comme un parcours obligé du film pornographique, on peut
se poser la question de la corrélation possible entre la pornographie et
l'évolution de notre rapport a la sexualité dans la
société. Qui de la pornographie ou de la société
exerce son influence sur l'autre ?
B. Une industrialisation des tendances du sexuel
La preuve par l'exemple ici d'une influence possible de la
pornographie dans la vie quotidienne des consommateurs de ce média. Mais
tout produit médiatique ne s'inspire-t-il pas de la
société dans laquelle il s'inscrit pour la représenter, la
sublimer, la dépasser ou la critiquer ? Depuis le début de la
commercialisation de vidéocassettes VHS a la fin des années 70,
la pornographie s'est affirmée comme une industrie en puissance qui n'a
cessé depuis d'étendre son domaine d'activité. A travers
les images véhiculées dans ses films, la starisation de ses
acteurs et actrices, la promotion de blockbusters, la création
d'événéments g cul-turels D... Le monde de la pornographie
s'est installé comme un monde parallèle au monde quotidien et qui
fonctionne avec ses propres codes.
8
« Sexe, Médias et Société », La
grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009
1. Influence de la pornographie ou pornographie
influencée ?
Le premier film pornographique sorti en salle, Gorge
Profonde (en anglais Deep Throat) sorti en janvier 1972, a
cotté vingt-cinq mille dollars à produire et en rapporta six-cent
millions. Une des raisons de son succés fut la mise en avant d'une
nouvelle technique sexuelle qui donne son nom au film et qui consiste à
avaler entièrement l'organe masculin. L'histoire raconte que pendant les
mois qui ont suivi la sortie du film, de nombreuses femmes furent
hospitalisées aux Etats-Unis du fait de l'envie de leurs partenaires de
leur faire réaliser la même prouesse a domicile que l'actrice
Linda Lovelace sans entra»nement au préalable. Serait-ce ce genre
d'histoires qui aurait engendré une croyance en l'influence de la
pornographie sur la vie quotidienne des consommateurs et permis a ses
détracteurs d'obtenir du crédit dans leur considération
d'une pornographie néfaste pour la société ? Cependant, au
vu de toutes les catégories de fantasmes mises en scène dans les
films pornographiques, il semble assez exagéré de penser que
celle-ci aurait un effet dévastateur sur les actions humaines, ou alors
plus aucune femme ne pourrait marcher tranquillement dans les rues. D'autant
plus que le discours des Frangais sur le X est distancié : quelque soit
leur sexe ou leur %oge, ils considèrent dans leur très grande
majorité (84%) que la sexualité présentée dans les
films X est éloignée des pratiques sexuelles des frangais. Ainsi
la majorité des frangais, y compris les jeunes hommes (81% des moins de
35 ans) savent que cela reste du cinéma et que ce n'est pas la
réalité. De plus, 65% d'entre eux estiment que les films ou
extraits pornographiques visionnés n'ont pas joué de role dans
leur apprentissage de la sexualité. 9 Néanmoins, on ne
peut nier une certaine influence de l'imaginaire pornographique dans
l'acceptation de certaines pratiques sexuelles au sein des foyers. Si je n'ai
pas trouvé de chiffres ou de données sérieuses concernant
les pratiques sexuelles des Francais, j'ai pu néanmoins remarquer en
feuilletant de nombreux magasines féminins et lors de discussions, que
des pratiques telles la levrette ou la sodomie qui sont d'abord apparues
fréquemment dans la pornographie ne sont plus de vrais tabous. La
question est de savoir si la pornographie a amené ces positions dans les
foyers ou si elle a juste démocratisé un tabou déjà
bien existant et a contribué à son expansion et à son
acceptation ? De la même fagon avec le langage. Certains mots
9
BAUDRY Patrick « La pornographie et ses images »
op.cit
comme « bite », « chatte » ou « pipe
» sont devenus courants dans le langage populaire et s'expriment de fagon
naturelle dans la rue, a la télévision et a la radio. Si
la plupart de ces mots en tant que vocabulaire sexuel ont une origine
ancienne, la pornographie n'est-elle pas le vecteur essentiel à leur
dispersion et à leur démocratisation dans le langage quotidien ?
Si la pornographie a un rTMle relatif d'influence sur notre
société, qu'en est-il de la société sur la
pornographie ? Lorsqu'on observe l'évolution des fantasmes
récurrents dans la pornographie, on peut imaginer que
les évolutions sociétales contribuent à « la
pornographie et ses images » pour reprendre le titre d'un ouvrage de
Patrick Baudry. En effet, ce n'est que récemment qu'ont
disparu -- mais pas entièrement -- des films pornographiques, les
personnages récurrents liés au détournement des
autorités civiles : policiers, prêtres, avocats, nonnes,
instituteurs... comme si la pornographie tenait le rTMle du libérateur
du pouvoir en le tournant à la dérision à travers une
satire politicopornographique.10 De plus, les films pornographiques
mettent fréquemment en scène des moments de la vie quotidienne en
y apposant une sorte de téléguidage fantasmatique o0 la
réalité se voit utilisée a de seules fins sexuelles. Elle
s'inspire de la vie quotidienne sans pour autant y ressembler
d'aucune sorte. Il semblerait que l'industrie du sexe
s'inspire et suive les évolutions morales et idéologiques
d'une société tout en s'en distanciant pour
pouvoir se forger sa propre identité mais également atteindre le
but de son entreprise qui est de fournir du fantasme. Ainsi, il semblerait que
le rapport d'influence entre la société et la pornographie se
situe dans un échange perpétuel de l'un vers
l'autre. La société contribue a offrir de la matière
a la pornographie qui s'en inspire, mais la pornographie sait
s'en distancier pour créer un monde parallèle au
monde avec ses propres codes et qui apporte de nouveaux imaginaires et de
nouvelles matières à expériences à la
société. Une des difficultés aujourd'hui de l'industrie
pornographique dans ce rapport d'influence se situe dans
l'aisance du monde actuel a dévoiler des corps
dénudés ou nus dans l'espace public, sans
considérer cela comme foncièrement gênant. Il suffit de
regarder les affiches publicitaires de mode ou certaines couvertures de
magasines pour se rendre compte que le rapport à la nudité est
fortement devenu décomplexé. Dans un tel contexte de
libération décomplexée des mceurs sexuelles, ou comme
l'expression populaire
10 O'Toole, op.cit., p. 3--5, Le cinéma
X, Jacques Zimmer, Paris, La Musardine, 2002
l'affirme « le sexe fait vendre », quel rTMle joue
encore la pornographie face à cette société qui semble
pourtant s'etre affranchie des tabous sexuels ?
2. Quand l'espace mediatique se Ç
porn-erotiseÈ
Il y a une forte tendance médiatique à mettre en
avant le bien-être sexuel des personnes. Les magasines féminins
regorgent de conseils pour bien vivre sa sexualité, conna»tre les
zones érogènes de son partenaire, se découvrir et
s'épanouir gr%oce au sexe. Ces magasines contribuent
incontestablement à faire régner une atmosphère
médiatique o0 la sexualité devient un sujet de débat et
d'intérêt populaire clairement revendiqué,
tout en préservant une certaine pudeur d'images et de
langage, insérant alors notre quotidien dans un espace aux codes qu'on
pourrait qualifier de « porn-érotique », o0
la limite n'est jamais franchie de basculer totalement dans
l'un et l'autre mais se situe plutôt dans un jeu de suggestions
qui s'inspire de l'un et l'autre. Séries
télés, couvertures de magasines, publicités,
émissions télévisées, clips musicaux... on ne peut
nier une certaine sexualisation du quotidien médiatique frangais. Je fus
frappée durant mon étude de voir le nombre de unes de magasines
féminins avec des dossiers « Sexe », toujours mis en avant sur
la couverture avec une police plus grosse et d'une couleur voyante par rapport
aux autres rubriques annoncées, comme un phare d'appel a l'achat. Le
sexe semble être naturellement intégré à notre
quotidien, comme un objet médiatique infraordinaire. De plus en plus,
des émissions télé poussent a l'extreme la mise en scene
de la séduction comme étape indispensable dont
la finalité est l'acte sexuel comme dans le jeu
télévisé L'lle de la Tentation. Il n'est pas rare
non plus de voir des émissions destinées au
grand public inviter des stars du porno pour qu'elles parlent de leur
métier ou des reportages aborder des sujets tels que la
prostitution, le tourisme sexuel... Le 31 mai 2011, Jean-Marc Morandini
invitait Grégory Dorcel, directeur général des productions
Dorcel, sur Europe 1 pour débattre sur le sujet « Y'a-t-il trop de
sexe à la télé ? » dans l'émission « Le
grand direct des médias »11. Selon ce dernier, le sexe
n'est pas plus présent dans la sphere publique que par le passé
et au contraire, on s'exprime de fagon beaucoup moins libre dessus qu'avant, ce
qui
11 MORANDINI Jean--Marc, « Y a--t--il trop de
sexe à la télé ? » , Le grand direct des
médias, [disponible en ligne :
http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Le--grand--direct--des--medias/Sons/Le--grand--direct--des--medias--
Y--a--t--il--trop--de--sexe--a--la--tele--566569/], mis en ligne le
31/O5/11, consulté le 31/05/11
contredit les propos d'auditrices qui se trouvent de plus en
plus envahies d'images sexuelles. Néanmoins, il soulève un point
essentiel en acquiescant à l'idée que le porno devient comme
« à la mode ». En effet, il semblerait que le porno soit
devenu « mainstream » aujourd'hui. Par le passé, M6 diffusait
régulièrement des films et émissions érotiques le
dimanche soir. Canal + diffuse toujours un film X par mois
précédé du « Journal du Hard ». Depuis septembre
1995, RDV émet un programme exclusivement consacré a
l'érotisme et la pornographie. Aujourd'hui, au delê de la
diffusion de programmes classés X, de nouvelles séries
télé frangaises grand public sont même apparues ces
dernières années, mettant en scène l'univers du X avec une
relative décomplexion. Tout d'abord, la série Hard
(interdite aux moins de 16 ans), apparue sur Canal + en 2008 dont la
deuxième saison a débuté le 30 mai 2011 et qui raconte
l'histoire d'une bourgeoise qui découvre a la mort de son mari qu'il l'a
faite héritière de sa société de productions de
films X dont elle ignorait l'existence. Mais également, plus
récemment la série Xanadu a fait son entrée sur
le petit écran le 29 avril 2011 sur la cha»ne Arte et met en
scène de fagon assez dramatique une famille a la tete d'un empire de la
production de films X. On peut aussi mentionner la série
événement de Canal + Maison Close, dont les deux
premiers épisodes furent diffusés le 4 octobre 2010 et qui, si le
sujet s'éloigne de la pornographie, avait pour objectif de mettre en
scène la réalité des maisons closes et a majoritairement
axé sa communication sur la mise en avant de scènes sexuelles
plus ou moins explicites. Si ces séries n'ont pas vocation a etre des
séries pornographiques (on n'y voit aucune scène explicite qui
puisse être comparable aux scènes des films pornographiques bien
que le langage employé soit souvent cru), elles sont
représentatives d'une tendance actuelle médiatique qui
génère « une ambiance plus sexuelle que la nudité
elle-même 0 comme l'affirme Morandini dans son émission
citée plus haut. En effet, certaines affiches publicitaires ne se
cachent pas de faire explicitement référence à des codes
« pornosexuels » entendus de tous [cf Annexe 1]. Il en est
de même pour certaines publicités télévisées,
comme la dernière campagne de la marque Schweppes qui met en
scène une Uma Thurman dans un rTMle très sexualisé, ou
proposer de boire un Schweppes se confond d'ambigiiité avec une
incitation a faire du sexe, mais bien évidemment « what did we
expect ». Un ensemble de boutiques de Paris
spécialisées dans la vente de sextoys ou objets sexuels, sont
situées dans les quartiers populaires et visitées du grand
public. Ces boutiques, qui arborent une décoration plus proche de la
boutique de bonbons que du magasin sexuel
s'assument comme boutiques mainstream et sont
recherchées par les internautes qui se conseillent entre elles sur un
ensemble de forums pour trouver « le bon plan ». Certaines de ces
boutiques s'érigent même comme des supermarchés du sexe
comme c'est le cas de la boutique Rebecca Rills qui s'auto-proclame «
supermarché érotique » située dans le 18è
arrondissement de Paris et assument leur intention de donner a l'achat de
produits érotiques un caractère banal et naturel. On peut
même lire sur le site internet de cette enseigne cette description :
« Avec Rebecca Rills, nous avons souhaité nous adresser
à une clientele grand public majeure. Mais surtout, nous avons
réussi a banaliser l'achat de produits erotiques, permettant a tout un
chacun de se sentir a l'aise dans nos magasins ». Détenir des
objets sexuels ne doit plus être un tabou mais un achat équivalent
a un autre parmi les courses du quotidien. C'est un tournant qu'avaient par
ailleurs compris de fagon avant-gardiste les catalogues de vente par
correspondance (La Redoute, Les 3 suisses...) qui présentaient
toujours en fin de catalogue un ensemble de vibromasseurs a commander, entre
d'autres outils ménagers et électroniques du quotidien. On voit
même des boutiques pousser a l'extrême le désir de
reconnaissance comme marques légitimes a travers une utilisation du
client comme vecteur de communication de la marque. De la même fagon que
de grandes enseignes utilisent la personnalisation des sacs de courses pour
donner au consommateur un caractère revendicateur de son appartenance
à l'enseigne, la boutique Condomi en Allemagne donne
l'opportunité a ses consommateurs de porter un sac qui représente
explicitement la marque avec des images osées et non
dénuées de dérision [cf Annexe 2]. En somme, en
sortant de la boutique avec mon sac, j'affirme que je vais chez
Condomi et je l'assume. Une assomption qui traduirait qu'on accepte
l'être sexuel et sexué qu'on est et les désirs qui en
découlent. Au-delê des images ou même de l'espace visible,
un autre aspect du quotidien contribue à cette «
porn-érotisation », il s'agit du langage que nous avons
déjà évoqué précédemment (cf p.16) et
qui n'est pas inamovible mais au contraire est en perpétuelle
évolution, surtout depuis l'avènement des sites de streaming
porno qui mettent en avant de nouveaux codes de langage. Cette plus grande
assomption a l'égard du sexe, cette accoutumance a la mise en avant de
corps nus, sexualisés et faits pour attirer le regard (peut-être
un peu trop, n'en rappelle la suppression de la dernière campagne de
publicité de la marque de sousvêtements Passionata, dont la rumeur
courait qu'il y aurait eu une augmentation de 21% des accidents de la route
à cause de son affichage [cf Annexe 3], ne porte-t-elle
pas préjudice au porno ? Si le sexe devient un sujet de
plus en plus courant, son rôle de catharsis, d'accoucheur de
désirs refoulés n'est-il pas cannibalisé par un monde ou
la nudité et la crudité semblent prendre de plus en plus de place
? Cette industrie qui fonctionnait sur un principe de discrétion et de
difficulté d'acces a un contenu sensuel et sexuel dont elle seule a le
privilege se retrouve aujourd'hui a devoir cohabiter et se démarquer
face à un espace médiatique qui semblerait presque censuré
de sexualité. Si cette sexualisation du quotidien reste finalement assez
soft, un médium s'érige comme concurrent direct de l'industrie
pornographique : Internet. Paul-Jérôme Renevier affirme que
« si le porno traverse une crise sans précédent, c'est
précisément parce qu'on n'avait jamais vu autant de femmes
s'exhiber a poil sans aucune contrepartie financiere »12.
Cette réflexion pointe le problème majeur actuel du monde
pornographique, qui est la floraison de nombreux sites internet qui
dévoilent des contenus pornographiques diffusés gratuitement et
dont le contenu mêle des vidéos d'amateurs, s'exhibant pour le
plaisir de l'exhibition et non pour le désir de financement a des
vidéos de professionnels. Plus d'un foyer sur deux étant
connecté a Internet aujourd'hui, la capacité d'audience de ces
nouveaux acteurs appelés « xtubes » ou « porntubes »
est considérable et ne cesse de poser des questions sur la place
grandissante qu'occupe le porno dans notre quotidien et de plus en plus notre
cyber-quotidien.
12 RENEVIER Paul Jérôme, «
Bienvenue à Pornoland », p.114, Paris, Res Publica,
Novembre 2009
II/ Pornographie et Nouvelles
Technologies de l'Information et de la
Communication (NTIC) : un croisement
« chiasmique » ?
Si Internet semble bouleverser négativement un ensemble
d'acquis de l'industrie pornographique traditionnelle, celle des DVD et des
studios de production, en l'obligeant a faire face a une concurrence de taille
: les user generated content (UGC) ou contenus
générés -- gratuitement -- par l'utilisateur, en lui
faisant affronter une crise économique importante (plus de 20% des
ventes provenant de l'industrie pornographique reviennent désormais au
Web. Soit 500 millions d'euros sur des revenus annuels 2006 estimés
à 2, 3 milliards d'euros par AVN Media Network, spécialisé
dans le secteur du X), ce ne fut pas toujours le cas. Bien au contraire,
jusqu'a présent le web profitait au marché juteux de la
pornographie qui a su très vite exploiter ce médium. Pop-ups,
spams, système de paiement en ligne ou encore live chat... le
porno a permis le développement, l'expansion et le succès de
nombreuses innovations devenues aujourd'hui courantes sur la toile. Etonnant ?
Pas vraiment, car l'histoire de l'industrie du X montre qu'elle a toujours su
au fil des années s'adapter et tirer bénéfice de chacune
des évolutions technologiques de la société, contribuant
même à chaque fois à l'amélioration et a la
démocratisation du succès de ces dernières. Si bien qu'on
peut se demander si mettre en parallèle la pornographie et les NTIC, ne
reviendrait pas à établir une sorte de chiasme entre deux
réalités intrinsèquement liées. Pourtant, une
guerre tacite oppose un Internet qui prétend toujours vouloir se
débarrasser de l'adjuvant inavouable qu'est la pornographie et
s'érige en ennemi hypocrite de cette industrie qui a aidé a son
développement, tandis que l'industrie pornographique tente de vaincre le
fléau économique qu'engendre les évolutions d'un Internet
qu'il contribue à développer.
A. Thank you porn ! ou un essor technologique precipite
par l'industrie du ;
De nombreuses technologies qui ont eu un fort impact sur notre
quotidien, depuis le Minitel jusqu'a Internet doivent bon nombre de leur
succès et évolutions a l'industrie du X. Cette dernière a
toujours vu le potentiel résidant dans chaque technologie pour ses
propres bénéfices, mais par la même occasion a permis
à de nouveaux marchés de s'étendre de fagon exponentielle
dans la société et de bénéficier d'innovations
indéniables. Plusieurs outils d'Internet aujourd'hui ont
été en premier lancés et expérimentés avec
succès par l'industrie X avant de s'étendre a d'autres contenus
grand publics.
1. Une industrie avant-gardiste des nouvelles
technologies
A chaque fois qu'une nouvelle technologie est apparue,
l'industrie pornographique a su la prendre au tournant et adapter ses formats
afin de pouvoir exploiter au mieux les nouveaux médias à
disposition. Lorsque différents formats de cassettes vidéo se
commercialisent en France à la fin des années 70 (diffusion grand
public de la VHS en 1976), l'industrie du X opte très vite pour la
cassette VHS et commence à enregistrer ses films sur ce format
privilégié. Dès lors, le marché de la cassette VHS
va exploser et entre les années 80 et 90, la VHS va largement dominer
les autres formats de vidéocassette et les faire dispara»tre. C'est
ainsi que la cassette et par extension le magnétoscope entre de fagon
majoritaire dans les foyers et devient la norme la plus commune pour la
vidéo familiale à travers le monde entier. Il faut savoir que 70%
des cassettes achetées dans des catalogues non spécifiquement
pornographiques sont classés X à cette époque,
élevant le chiffre d'affaires annuel du marché aux environs de
500 millions de francs (environ 80 millions d'euros). Cette
généralisation du média a pu donner naissance à un
nouveau marché, celui de la location de vidéos qui a fleuri dans
les années 90. Les producteurs de X, encore peu nombreux entre les
années 70 et 90, ont pu faire des profits considérables gr%oce au
tarif des cassettes, vendues en moyenne cinq-cents francs pièce, soit
soixante-quinze euros, contre trente euros aujourd'hui pour un
DVD. De la même fagon, lorsque dans les années 90
est lancé le Minitel (terminal destiné à la connexion au
service frangais de Vidéotex (service baptisé
Télétel), le business du sexe investit ce nouveau médium
en proposant des services de téléphonie dits rose, permettant
d'être mis en contact téléphonique avec des
hTMtesses dont le but est de faire fantasmer le client en ligne. Or,
ces services surtaxés (75 centimes de francs toutes les 45 secondes)
généraient cinq millions d'appels par an, avec cent mille heures
de connexion sur le Minitel par mois. leur succés a
fortement contribué aux bénéfices de l'industrie du X mais
également du Minitel. Cet engouement des consommateurs
pour le Minitel rose créa d'ailleurs la
polémique en France et en mai 1987, le Ministre de
l'Intérieur Charles Pasqua dénonce au nom de la
protection des mineurs les dérives des gérants portés par
des énormes intérêts financiers, basés sur
l'apologie du sexe.13 Puis vint le CD-ROM ou encore le CDI (Compact
Disc Interactive) dont 40% des ventes étaient classées
X.14 Aujourd'hui, le business du porno pénètre une
nouvelle technologie de pointe : la 3D. Nous en sommes encore a l'époque
des balbutiements, néanmoins ces balbutiements sont
déjà bien ma»trisés et les premiers essais annoncent
un avenir prometteur. Le premier film catégorisé pornographique
en 3D, sorti en salles en avril dernier à Hong Kong et intitulé
« 3D Sex and Zen : Extreme Ecstasy », a enregistré un
score record de bénéfices. En quelques heures, plus de 30 000
spectateurs se sont déplacés pour voir le film. Alors que la
sortie d'Avatar de James Cameron détenait jusque-là le
record de la journée d'exploitation la plus lucrative a Hong-Kong avec
2,63 millions de dollars hongkongais (232 000 euros environ), ce premier film
porno 3D l'a détrôné en amassant 2,78 millions de dollars
HK de recettes (soit 246 000 euros environ) en l'espace de
24H. En France, la premiere société de
production pornographique et leader européen de films pour
adultes, la société Marc Dorcel, se lance également dans
le marché de la 3D avec un premier film en 3D qui devrait sortir en
septembre intitulé Shortcut et travaille sur la production de
90h de contenu X en 3D. Alors que les grandes marques de
téléviseurs développent de plus en plus des écrans
compatibles avec la 3D, n'est-il pas possible d'imaginer que la
révolution de la 3D puisse également venir de la
consommation de ces innovations
13
CAMPANA Michel, « Le Minitel Rose, en plein boom, n'est pas
au gout des elus », Live2Times, [disponible en ligne :
http://www.live2times.com/1987--le--minitel--rose--cree--la--polemique--au--sein--des--elus--e----10694/]
consulté le 06/05/11
14
BAUDRY Patrick, « La pornographie et ses images »
op.cit
pornographiques ? Car à travers les faits
énoncés ici, l'interaction forte qui appara»t entre la
demande, l'offre et la technologie de pointe, montre qu'un lien
intrinsèque semble lier la « porn-innovation
» et la « techno-innovation ». L'imprégnation forte
et massive du sexe au sein de nos sociétés
semble etre guidée par l'avancée technologique
et etre à la fois une donnée de base de cette avancée
technologique. Parmi ces évolutions importantes que nous venons de
citer, il en manque néanmoins une qui n'est pas la moindre des
évolutions technologiques : Internet. Qu'en est-il de l'adaptation et de
la contribution de la pornographie sur ce média alors que très
rapidement, le terme cybersexe est entré dans le langage commun pour
désigner les activités liées au sexe sur Internet. A la
suite des faits que nous venons d'aborder qui mettent en
exergue la relation étroite entre nouvelles technologies et nouveaux
formats de sexualisation de l'espace, le cybersexe semble apparattre comme une
suite logique de cette double avancée techno-sexuelle. Comment la
pornographie at-elle donc pris le tournant du web ? Comment réussit-elle
à se mouvoir avec les évolutions de ce média en constant
devenir ?
2. Le cybersexe, ma»tre de la toile ?
Selon Lewis Perdue, "without business and technical
pioneers in the online sex business, the World Wide Web would never have grown
so big so quickly." 15 En effet, si l'industrie du
divertissement pour adultes n'est pas a l'origine des innovations
technologiques cruciales du web, elle a néanmoins
contribué au développement d'un certain nombre de ses outils
devenus aujourd'hui courants et essentiels et qui ont formé le web tel
que nous le connaissons. Parmi ces outils, certains sont des outils favorables
et d'autres sont défavorables a l'utilisateur, néanmoins
chacun d'eux a pu apporter et continue d'offrir la consistance
actuelle que l'on connait du web. Nous allons voir un panorama
de sept fagons principales dont la pornographie a modifié la navigation
sur le web16 :
15 PERDUE Lewis, "EroticaBiz : How sex shaped the
/nternet", Copyright 2000--2006 by IdeaWorx [disponible en ligne :
http://www.eroticabiz.com/],
consulté le 04/01/11
16 Ces données sont issues de l'article de
TYNAN Dan, « Thank you, porn ! 12 ways the sex trade has changed the
web", PC World,[disponible en ligne :
http://www.pcworld.com/article/155745--
3/thankyouporn12waysthesextradehaschangedtheweb.html], mis en ligne le
22/12/08, consulté le 04/01/11
1. Système de paiement en ligne
C'est au milieu des années 90 qu'un
dénommé Gordon met en place le premier système de paiement
électronique en ligne et fait fortune en prenant des commissions sur les
ventes de nombreux sites classés X dont le site ClubLove, qui
diffusa la sextape de l'actrice Pamela Anderson et son ex mari Tommy Lee Jones.
Selon l'institut de recherche Forrester, les internautes
dépensèrent 1,3 milliards de dollars en ligne en 1999, ce qui
représentait 8% du commerce en ligne a l'époque et plus d'argent
que représentait les achats de livres ou de voyages en ligne.
2. Contenus diffusés en streaming
Bien avant que Youtube ne propose une plateforme de
vidéos en streaming, l'industrie du X fut la première à
utiliser le push de vidéos jpeg qui fonctionnait directement dans le
navigateur sans passer par un plugin pour mettre en avant des images
d'actrices. Lewis Perdue affirme d'ailleurs dans EroticaBiz que
"Without programming pioneers trying to perfect video streaming software
that would deliver images of copulation and procreation to paying customers
hooked up with a 28.8kbps dial-up modem, it is unlikely that CNN would be
effectively delivering news clips of global breaking
news".17
3. Chat video
Les sites X ont très vite compris l'avantage pour eux
de développer un service de vidéo chat pour améliorer
l'expérience consommateur. En effet, pourquoi se contenter de regarder
des vidéos de personnes nues alors qu'il serait possible de créer
de l'interaction avec ces mêmes personnes ? Mark Frieser, co-fondateur du
site
MyVlProom.com a pu affirmer que
l'industrie pour adultes est effectivement pionnière dans cette
technologie.
4. Connexions à haut débit
Dans les premières années du Net, les
consommateurs de porno en ligne étaient les plus friands d'obtenir
une rapidité plus forte de connexion pour pouvoir
accéder rapidement à des contenus dont le but est la
satisfaction masturbatoire rapide. Selon
17 PERDUE Lewis, "EroticaBiz : How sex shaped the
/nternet" Ibid.
un rapport du New York Times en octobre 2000, environ
20% des connectés hautdébit d'AT&T payaient pour voir du
« vrai sexe en direct » pour une moyenne de 10$ par film. Une
étude de Nielsen/Netratings en 2003 affirme que le partage de musique en
ligne et la pornographie sont les facteurs les plus importants de la
pénétration du haut débit en France.18
5. Optimisation du traffic
Bien avant que des sites d'agrégation de trafic tels
que Digg ou des réseaux d'affiliation publicitaire comme Google Adsense
ne voient le jour, les sites pornographiques avaient trouvé les premiers
le moyen d'amasser du trafic important sur leurs sites gr%oce à un
système de partage de liens, de consommateurs et d'affiliation de
revenus entre eux. Selon Frieser, ce phénomène reprend
aujourd'hui de l'ampleur en partie a cause de la perte de gains
enregistrée sur les sites payants par rapport aux nouveaux sites qui
proposent des contenus gratuits.
6. Piratage de navigateurs
L'industrie pornographique n'a pas apporté que des
solutions positives au web. Elle fut également l'instigatrice de
techniques malveillantes comme le moyen de générer des revenus
à travers l'utilisation de logiciels espions pour pirater par exemple le
navigateur par défaut d'un internaute et le diriger vers un faux moteur
de recherche contenant des publicités pay-per-click de sites pour
adultes.
7. Pop-ups, pop-unders, mousetrapping
Des lors qu'on visite certains sites pornographiques, il peut
devenir difficile de le quitter, a cause d'applets qui prennent le
contrôle du navigateur de l'internaute pour mettre en avant des
publicités ou pour lancer de nouvelles fenêtres
simultanément des lors que l'internaute tentait d'en fermer une.
Ces évolutions majeures ont contribué à
construire le paysage Internet auquel nous sommes habitués et
soulignent la relation qui existe entre Internet et le business du sexe.
Pourtant, ce lien continue de sembler inavouable et inadmissible. Exemple
18 BBC News, "Porn and music drive broadband",
BBC, [disponible en ligne :
http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/2947966.stm],
mise en ligne le 30/05/03, consulté le 04/01/11
avec le classement Hitwise qui lors de la diffusion de son Top
10 des sites les plus consultés en 2010 a dissimulé les 3 sites
pornos présents en réalité dans le top 10 avec comme
leader le site de visionnage gratuit
Youporn.com, comme l'a
révélé anonymement un grand opérateur
frangais.19 Pour quelles raisons dissimuler de telles données
? Est-ce par peur de la faire de la promotion à ces sites ? Est-ce par
désir de lutter contre la présence de la pornographie sur
Internet ? Est-ce pour minimiser la présence du sexe sur Internet ? Dans
tous les cas, ces données semblaient de toute évidence difficiles
a croire quand on sait qu'un quart des requêtes
effectuées sur les moteurs de recherche en ligne sont liées au
sexe. Audelà du lien existant entre l'industrie pornographique et la
technologie, nous devons de ce fait nous poser
également la question du rapport au porno des internautes. Quel est leur
attitude face à la prolifération de ce type de contenus ? Quels
changements le porno web a instauré dans leur consommation
pornographique ? De plus, la presence du sexe sur Internet pose une question
d'ordre ethique : qu'en est-il de l'exposition des mineurs a ce contenu ? Avec
l'avènement du Porn 2.0 et ses sites de contenu gratuit, que nous
réserve le porno sur Internet ?
B. The Internet is for porn I ou l'ere de la revolution
sexuelle numerique
Principe d'anonymat du consommateur, une offre et un
accès sans aucune limite géographique ou de temps, des coats de
distribution fortement minimisés par rapport à la distribution
traditionnelle offline, une exposition relativement limitée aux
tentatives de censure... le web représente de nombreux avantages pour
le cybersexe. On considère aujourd'hui qu'entre 10 et
30% des sites existant ont un lien avec la pornographie20 et 42,7%
des internautes regardent du porno21. Le constat que dressent en
chantant les marionnettes dans la comédie musicale américaine
19 Challenges, 29 avril 2010
20BCEUF Benjamin, « Le Porn 2.0 contre
l'industrie du X », EconomieMagazine,[disponible en ligne :
http://economiemagazine.fr/actualites/le--porn--2--0--contre--l%E2%80%99industrie--du--x],
mise en ligne le 22/09/09, consulté le 03/03/11
21 Chiffre issu d'une Infographie disponible en ligne
:
http://www.onlinepsychologydegree.net/porn--addiction--
in--america/ et consultée le 20/02/11
Avenue Q est-il donc vrai ? Peut-on nous aussi scander
que « The Internet is for porn » [cf Annexe 4] ?
1. Le porno, le lien inavouable entre l'internet et
l'internaute
A l'occasion du 30ème anniversaire des
vidéos Marc Dorcel, une première grande étude a
été réalisée en septembre 2009 par l'IFOP
auprès de 1016 Frangais %ogés de 18 ans et plus, pour
déterminer leurs comportements et pratiques en matière de films
pornographiques. Il en ressort que la quasi-totalité des personnes
interrogées (89%) admettent avoir déjà visionné un
film X et plus de huit femmes sur dix (83%)[cf Annexe 5],
reconnaissent en avoir déjà vu un, sachant qu'aujourd'hui le web
occupe une place centrale dans cette consommation. In est
intéressante de voir également la propension qu'ont les couples a
regarder un film pornographique ensemble (si un homme
demandait à sa partenaire de regarder un film X, deux femmes sur trois y
seraient disposées). L'émergence des chaines cablées avait
déjà amorcé l'expansion du porno au sein de la
société, mais la démocratisation d'Internet a permis un
accès facile et banalisé aux contenus pornographiques. Les sites
Internet gratuits sont désormais le principal moyen d'accéder aux
films (45%) devant Canal + (35%), les DVD achetés (22%) ou
empruntés à des proches (24%). Le web est également le
principal outil utilisé pour se procurer des DVD (44%), devant les
vidéoclubs (33%) ou les sex-shops (14%). Chaque seconde ce sont plus de
28 000 internautes qui regardent un contenu pornographique sur Internet avec
les EtatsUnis en première ligne22 et 3000 dollars qui sont
dépensés en porno web. L'outil Internet
FilterReview estime que le nombre de sites Internet pornographiques est de 42
millions, tandis que Nielsen/NetRatings affirme que sur un seul mois, entre 45
et 50 millions d'Américains visitent des sites aux contenus
pornographiques23 et en 2007 on estimait que 260 nouveaux sites
pornographiques étaient mis en ligne
22 BFUF Benjamin, « Le Porn 2.0 contre
I'industrie du X » Art.cit
23
SCHAER Katja, « Le Web fait main basse sur les revenus du
porno », Bilan, [disponible en ligne :
http://www.bilan.ch/enjeux/le--web--fait--main--basse--sur--les--revenus--du--porno]
pas de date de mise en ligne, consulté le 02/04/11
chaque jour24. Selon le classement Online MBA, en
2010, on estime que 12% des sites web sont des sites pornographiques et 25% des
recherches sur les moteurs de recherche sont reliées au porno (soit
environ 68 millions par jour)25. Aujourd'hui, le
cinéma pour adultes est un phénomène de masse,
largement répandu au sein de tous les milieux, mais également
parmi toutes les générations d'age. Les 12-17 ans seraient parmi
les plus gros consommateurs de X en ligne selon des données fournies par
Good Magazineü avec 90% des 8-16 ans qui se connectent
à domicile26. Des données qui sont par ailleurs
paradoxales avec l'étude Marc Dorcel qui affirme que
l'age moyen du premier visionnage reste élevé (24 ans en
moyenne). Bien qu'on puisse expliquer ce fait par la
présence forte des seniors dans l'étude qui par le
passé avaient un accès plus difficile au X et par
l'absence de mineurs interrogés, la question se pose de
l'impact du cybersexe sur la protection des mineurs.
Légalement, en France, la diffusion d'un message dit
« à caractère pornographique » et « susceptible
d'être vu ou pergu par un mineur » est passible de trois ans
d'emprisonnement et 75 000e d'amende27. Avec Internet, la
difficulté se complique pour la loi car ce qui est susceptible
d'être vu par un mineur, l'est majoritairement parce
qu'il est accepté qu'il soit vu par les majeurs. SI ce
problème se pose même pour les supports
pornographiques hors ligne, il est d'autant plus important sur
Internet car les mesures de restrictions d'accès aux contenus
pour adultes sont pour l'instant insuffisantes (demander a
l'internaute sur le principe de bonne foi s'il est majeur
n'est certainement pas une mesure suffisante) et limitent la
vérification du consentement des personnes dans la diffusion de ces
vidéos. La mesure la plus importante en termes de tentative de
protection des mineurs face à la pornographie sur Internet a
été prise récemment par l'Internet Corporation for
Assigned Names and Numbers (ICANN). En effet, cette administration
américaine a
24ARRINGTON Michael, « Internet Pornography Stats
», Techcrunch,(disponible en ligne :
http://techcrunch.com/2007/05/12/internet--pornography--stats/]
mise en ligne le 12/05/07, consulté le 01/02/11
25ABRY Vincent, « Porno sur Internet :
Statistiques 2010 », VincentAbry [disponible en ligne :
http://www.vincentabry.com/porno--internet--statistiques--industrie--adulte--9073],
mise en ligne le 03/06/10, consulté le 05/05/11
26BWELE Charles, « Porno moyeur : les chiffres
», AgoraVox, [disponible en ligne :
http://www.agoravox.fr/culture--loisirs/culture/article/porno--moteur--les--chiffres--25290],
mise en ligne le 04/06/07, consulté le 01/05/11
27Nouveau Code Pénal, art. 227--24
autorisé le 21 mars 2011 l'extension .xxx (au
même titre que les extensions de sites .com, .org ou .net) pour les sites
pornographiques. Ces extensions ne seront disponibles que pour les sites pour
adultes mais leur adoption n'est pas obligatoire. Ce projet qui date de 2004
mais avait été maintes fois rejeté et repoussé,
aurait pour avantage de permettre un contrôle parental simplifié
en mettant en évidence la nature du site visité. De plus,
l'organisme a but non lucratif chargé de réguler le .xxx, l'IFFOR
(International Foundation For Online Responsibility), sera composé entre
autres d'un représentant de la protection de l'enfance. Pourtant, tandis
que des grands noms de l'industrie pornographique se soulèvent contre
cette mesure qu'ils considèrent comme un moyen évident de censure
de leur travail, de nombreuses institutions opposées a la pornographie
(religieuses ou de protection de l'enfance) s'y opposent également,
craignant au contraire qu'une telle décision ne légitime encore
plus la présence pornographique sur le web et ne fasse fleurir de plus
belle son marché. Dans tous les cas, ce qui est certain est que cette
mesure tend à créer un domaine d'exclusivité a la
pornographie sur Internet. Seulement, encore une fois ne sommes-nous pas face
à un discours hypocrite et d'apparence ? En effet, à quoi bon
créer des domaines en .xxx, si de toute manière ils ne sont
adoptés que sur la base du volontariat ? Est-ce vraiment un désir
de trouver une solution a l'exposition pornographique ou un moyen de l'Etat de
générer des revenus grace a ce qu'il suppose vouloir
écarter (chaque adresse devrait être facturée 70 dollars
par an, or plus de 200 000 URL ont déjà été
pré-réservées) ? De plus, « tout le monde sait qu'il
ne peut y avoir « d'accès zéro È à la
pornographie pour les jeunes, s'il y a accès libre pour les adultes.
Pour empêcher complètement les jeunes d'accéder a la
pornographie (douce ou violente), il faudrait donc l'interdire aux
adultes28. È Or, sous quels principes la pornographie
pourrait-elle être interdite quand on sait que sa définition pose
déjà le problème de la subjectivité
idéologique de chacun ? En plus de cela, comme le souligne le discours
principal et récurrent des acteurs du porno, il ne faut pas oublier
l'importance du rôle des parents également dans cette exposition a
la pornographie. Plutôt que de vouloir éradiquer
l'indéracinable, peut-être faudrait-il que les parents prennent
conscience de leur côté des risques d'exposition de leurs enfants
si cette exposition les horrifie. Alors que selon le Baromètre Calysto
Ç Enfants et Internet », 89% des 11-13 ans et 93% des
13-17 ans ont Internet à la
28 OGIEN Ruwen, « Penser la pornographie »,
p.140, Paris, PUF, Coll. Questions d'Ethique, Oct 2003 (1ère
édition), Juin 2008 (2ème édition)
maison29, l'enquête Dorcel montre que 63% des
personnes ayant déclaré avoir un enfant de moins
de 15 ans au domicile n'ont pas installé de logiciel de filtrage
parental et que seulement 52% d'entre eux ont un code d'accès
parental sur leur ordinateur [cf Annexe 6]. De plus,
si les moyens d'exposition de la pornographie évoluent
en parallèle voire en conséquence des évolutions
technologiques qui intègrent notre quotidien, faudrait-il interdire
notre société d'avancer sous prétexte que
la pornographie en tirerait profit ? La pornographie, comme nous l'avons
déjà évoqué en première
partie de cette étude avance avec son temps et ce qui prétend
essayer de la supprimer, ne cesse en fait de l'alimenter rien qu'en
étant. Aujourd'hui, à l'instar du phénomène global
qui se passe sur le web, les médias sociaux envahissent à leur
tour le monde de la pornographique. La prise de pouvoir du contenu par
l'utilisateur lui-même a envahi le marché et le pouvoir
pornographique sur Internet ne vient plus majoritairement d'acteurs qui
subvertiraient des consommateurs happés par une offre
tentante, mais de sites o0 les consommateurs génèrent
eux-mêmes le contenu pour le partager avec les autres internautes. Pour
se démarquer au sein de cette tendance, les voix du porno traditionnel
s'élèvent et investissent à leur tour la
vague sociale pour éviter de perdre pied.
2. Le Web 2.0 est né, a mort le Porn 2.0 !
Si comme nous l'avons vu précédemment dans notre
étude, l'industrie pornographique a su s'adapter
jusqu'à présent au média Internet avec un
réel succès, elle souffre aujourd'hui des
nouveaux modes de consommation qui ont envahi le web. A l'instar de l'industrie
musicale ou cinématographique classique, l'industrie pornographique doit
faire face au fléau de la diffusion gratuite de ses
contenus à travers la toile. Le téléchargement
illégal à travers des liens BitTorrent fut le premier
fléau auquel s'attaquer, mais depuis l'arrivée dès 2005 de
ces nouveaux sites appelés Ç porntubes È ou Ç
Xtubes 0 et qui s'inscrivent dans le courant plus large du
Porn 2.0, la concurrence s'est accrue. Le Porn 2.0 ou Social Porn est
appelé ainsi en référence au courant actuel Internet du
Web 2.0, duquel il s'inspire et
29Baromètre CALYSTO, en partenariat avec LA
VO/X DE L'ENFANT, « Enfants et Internet », [disponible en ligne :
http://www.tousconnectes.com/wp--content/uploads/2010/12/Barometre--Calysto--Enfants--Internet--
d%C3%A9cembre--2010.pdf], mis en ligne en décembre
2010, consulté le 15/02/11
ou l'internaute n'est plus seulement consommateur des produits
en ligne mais également fournisseur, acteur et créateur de ces
contenus. Ces sites se sont principalement inspirés du modèle UGC
(User Generated Content) du site Youtube (d'o0 le nom de « Xtube » ou
« porntube » pour les désigner) pour mettre en avant leurs
contenus : l'internaute poste lui-même des videos en streaming que l'on
peut visionner en intégralité et ceci gratuitement. Et c'est
justement là que se situe le problème majeur actuel de
l'industrie pornographique traditionnelle, car ces sites proposent
désormais des milliers de vidéos à visionner et
enregistrent des millions de vues par jour. Quand auparavant l'internaute
devait souscrire a un abonnement en ligne sur un site pornographique pour
accéder à son contenu, ou acheter un DVD en ligne, aujourd'hui il
lui suffit d'entrer sur un de ces sites pour avoir une quasitotalité de
contenus gratuits. Alors qu'avant chaque categorie de fantasmes
recherchée necessitait parfois un abonnement unique, aujourd'hui chacun
peut avoir accès à une multitude de types de vidéos et de
pratiques sexuelles en quelques clics sur un même site et ceci sans rien
débourser. Et l'engouement actuel des internautes pour les videos
amateurs du genre n'est pas pour désavantager ces sites, qui se
procurent ainsi gratuitement des videos sans droits d'auteurs fournies par
l'internaute en quête d'exhibition et satisfait a la fois un public qui
en est à la recherche. J'ai pu interviewer Guillaume, un jeune acteur du
Social Porn qui s'est lance dans l'entreprise depuis peu en ouvrant en
2007 son propre site Internet de streaming uniquement composé de
vidéos amateurs. Il affirme avoir débuté ce projet pour se
faire de l'argent de poche car selon lui « le domaine de la
pornographie est celui qui rapporte le plus » et explique avoir
décidé de présenter essentiellement des vidéos
amateurs par souci de « montrer des vidéos de qualité,
oil les partenaires sont respectés et prennent du plaisir » [cf
Annexe 7]. Si son site ne lui rapporte pas assez pour qu'il puisse en
vivre, le site lui génère neanmoins entre 200€ et 300€
par mois. Un des avantages essentiel de ces sites est qu'ils préservent
totalement l'anonymat des consommateurs. L'internaute a un accès
illimité a un catalogue qui semblerait presque infini sans avoir
à fournir aucune donnée personnelle. Or, si l'industrie
pornographique communique traditionnellement sur sa capacité de
discrétion (emballage discret des colis, environnement secret des
sex-shops...), les sites porno ne respectent pas entièrement cette
promesse, dès lors ou il est nécessaire de fournir ses
coordonnées bancaires en souscrivant à un abonnement pour avoir
accès au contenu. De plus, la conjoncture technologique actuelle est
favorable à ces sites,
car les FAI (Fournisseurs d'Acces a Internet) proposent des
connexions aux débits de plus en plus rapides, ce qui
permet à ces sites de proposer un temps de chargement qui ne frustre
(presque) pas l'impatience de leurs consommateurs, ainsi que
des vidéos qui peuvent parfois etre d'une qualité comparable a
celle des DVD. Par conséquent, les internautes
s'habituent a consommer un catalogue complet de vidéos
gratuitement et l'économie traditionnelle du porno en parallèle
voit ses revenus chuter. Les revenus de production traditionnels accusaient en
2006 une perte de plus de 15% de leurs revenus et en 2008 les ventes de DVD
pornographiques ont chuté de 22% aux Etats-Unis. En réaction,
l'industrie traditionnelle X se ligue pour trouver des
solutions afin de lutter contre ce qu'elle considère
comme un fléau pour son économie. Une réunion ayant eu
lieu en octobre 2010 en Arizona qui réunissait de nombreux studios de
production se donnait pour objectif de réduire significativement le
« piratage numerique des contenus pour adulte et s'attaquer vraiment
à ceux qui se livrent au piratage de ces contenus d'ici janvier 2012
»30. On ressent comme un certain désespoir de la
part de ceux qui travaillent dans le domaine, on a même pu entendre un
acteur de films porno dire que « le porno va mourir » et de
renchérir qu'il était désormais obligé d'enchainer
les petits boulots en plus à côté pour
subvenir à ses besoins. Les producteurs se sentent désormais
contraints de prendre la voix pour défendre leurs droits. En 2009,
l'entrepreneur Kevin Cammarata qui édite plusieurs
sites payants pour adultes a porté plainte contre le site gratuit
Redtube estimant que le site constitue une infraction à la loi
californienne sur la concurrence déloyale. Mais la cour d'appel
californienne avait relaxé Redtube, jugeant que cette procédure
était assimilable à une attaque contre le First Amendment
qui garantit la liberté d'expression car « la publication
d'une vidéo sur Internet, qu'il s'agisse d'un adolescent qui joue au
football ou d'un film pornographique, est une application de la liberté
d'expression »31. En janvier 2009, deux géants de
l'industrie pornographique, Larry Flint (fondateur du magazine
Hustler) et Joe Francis (éditeur de la série de vidéos
Girls Gone Wild) ont même demandé au Congrès des
EtatsUnis d'adopter un plan de sauvetage de 5 milliards pour l'industrie
pornographique affirmant que le pays ne peut pas laisser
s'effondrer une industrie de 13 milliards de
30 Julien L., « L'industrie porno entend mettre
une terme au piratage d'ici 2012 » Art.cit
31LeMonde.fr, «
Le porno gratuit n'est pas une concurrence deloyale », Le Monde,
[disponible en ligne :
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/03/le--porno--gratuit--n--est--pas--une--concurrence--
deloyale1474846651865.html] mise en ligne le 03/02/11, consulté le
03/02/11
dollars. Mais peut-on imaginer les gouvernements soutenir et
protéger une industrie qu'ils s'évertuent à montrer du
doigt ? Aujourd'hui les Xtubes ont une telle prédominance sur le
consommateur qu'il est devenu impossible pour l'industrie traditionnelle de les
ignorer. Un signe marquant de cette influence se vérifie lorsqu'on
regarde sur l'outil Google Trends la fréquence a laquelle les
internautes recherchent le mot « Porno » en France par rapport au mot
« Youporn » [cf Annexe 8] et on remarque que le second
l'emporte sur le premier. Ces marques ont donc désormais
dépassé le concept initial comme référence de
l'univers pornographique pour les consommateurs. De ce fait, plutôt que
de tenter de le supprimer en vain, le porno tente de s'adapter a ce nouveau
système médiatique et de tirer profit de ce nouveau marché
qui s'ouvre et lui impose de repenser son modèle économique.
III/ Le Porn 2.0, moteur de
démocratisation et d'innovation
Le Porn 2.0, en s'inspirant des nouveaux codes du web, impose
des nouveaux codes au monde pornographique. En démocratisant largement
l'accès aux contenus pornographiques, le Porn 2.0 a modifié les
habitudes de consommation pornographique des internautes et par là
même a modifié le rapport à la pornographie des
consommateurs. En devenant un phénomene social, accessible à tous
avec une discrétion absolue, le porno est devenu un produit de
consommation courante que les internautes se sentent désormais en droit
de pouvoir consommer à leur guise. Un des points forts essentiels de ces
sites est qu'ils ont su traduire le besoin libertaire des internautes qui
s'était ressenti a travers le web 2.0 au moment opportun et avec
efficacité en l'adaptant aux différents désirs de ses
multiples publics. Si l'industrie du X enregistre des pertes de chiffres
d'affaires conséquentes
du fait de la perte d'usage des consommateurs de payer pour du
contenu de qualité et la force a redéfinir un modèle
économique, l'arrivée du porno social n'a pas que des
conséquences purement néfastes. Ces nouvelles plateformes ont
permis l'émergence de nouveaux acteurs d'importance dans le milieu
pornographique, modifiant un peu l'hégémonie du paysage
pornographique. De plus, les Xtubes sont néanmoins devenues des sources
de revenus supplémentaires pour l'économie du sexe traditionnelle
qui se sert des opportunités qu'offrent ces sites pour en tirer des
avantages. Elle investit en effet de plus en plus les « tubes » pour
gagner des revenus et des internautes à travers divers moyens de
publicisation de ces espaces. Les revenus gagnés sur ces plateformes ne
couvrent bien sir pas les pertes enregistrées, c'est pourquoi
l'industrie tente de pallier a cette situation en se démarquant
qualitativement par une innovation multi-support.
A. Un nouveau tube economique pour I'industrie du ;
Aujourd'hui, il devient inenvisageable d'éradiquer les
porntubes de la toile étant donné leur forte influence.
Aujourd'hui, ils sont devenus le premier média par lequel les
internautes se procurent du contenu pornographique et l'industrie apprend
à traiter avec eux. D'autant plus que de nouveaux pureplayers X ont vu
le jour et exploitent ces plateformes et plutôt que de perdre leur temps
en proces, ont décidé d'en faire des alliés et en retirent
ainsi des bénéfices conséquents. Mais l'industrie n'a pas
dit son dernier mot et déjà de nouveaux sites se
démarquent qui arrivent à générer du profit grace a
leur capacité d'innovation. De plus, les évolutions
technologiques numériques récentes offrent de nouveaux espaces
d'expression pour l'industrie pornographique qui ne lésine pas sur les
moyens pour se démarquer et faire valoir son savoir-faire historique en
matière de contenus de qualité et d'avantgardisme technologique.
Le porno se cache de moins en moins sous le manteau comme un sale habit dont il
faudrait vite se débarrasser et bénéficie d'un espace
d'expression plus large et visible que l'industrie du X compte bien
éclabousser de son imagination débordante pour relever son
empire.
1. Les porntubes, un fIéau précieux pour
I'industrie pornographique ?
Ces sites regroupent en un espace, un ensemble de services qui
étaient démultipliés sur différents sites
spécialisés auparavant comme le montrent les différentes
rubriques présentes sur quasiment tous ces sites : rubrique de
vidéos HD avec abonnement premium, live par webcam, communauté de
membres, catégories de vidéos classées selon les gouts de
chacun, classements par vidéos les plus vues, les mieux notées ou
encore les plus longues. Ces sites mettent clairement en avant leur
volonté de mettre l'accent sur la bonne expérience de navigation
du consommateur qui explore un espace ou chacun des moyens de satisfaction de
ses désirs est facilement identifiable et accessible à ses yeux.
Une innovation qui le montre bien est la technique de "prévisualisation"
de la vidéo permettant à l'utilisateur de voir un
déroulé rapide (sorte de best of) du film en question, simplement
en laissant son curseur reposer sur la video qu'il est tenté de vouloir
regarder. Parce que de la même fagon que les sites de streaming musicaux,
les porntubes mettent a disposition des contenus proteges par des droits
d'auteurs, l'industrie du X a trouve le moyen de récupérer de la
monetisation sur ce contenu qui lui appartient en droit. A travers des
bannières publicitaires qui mettent en avant des vidéos flash qui
montrent des actrices répétant sans cesse le même mouvement
d'une fagon exagérée mais semble assez naturelle pour attirer
l'ceil deja excite du consommateur, les sites porno traditionnels offrent un
teasing de leur site qui peuvent leur générer des revenus par
clic, du trafic sur leur site et donc a fortiori des revenus lies a l'achat de
contenu sur leur site. Les revenus publicitaires sont aussi apportés par
le système d'affiliation fortement utilise sur ces sites. Les Xtubes se
recommandent entre eux de fagon affichée et utilisent même une
terminologie affective pour se recommander à travers des rubriques comme
« nos amis » pour désigner les autres sites vers lesquelles
ils conseillent les internautes de se diriger également. La
qualité publicitaire pornographique par rapport à la
publicité sur des sites plus conformistes est qu'elle est totalement
adaptée au contenu même du site, si bien qu'elle semble
n'être qu'un element coherent de plus sur la page. Bien qu'elle soit
clairement exposée comme étant de la publicité, sa mise en
avant imagée ne fait que s'ajouter a un paysage visuel similaire et dans
lequel elle s'integre parfaitement. Plutôt que de para»tre
gênante, elle rajoute au contraire au sentiment d'opulence sexuelle des
sites, ce qui est une qualité incitatrice au clic pour les
consommateurs.
Les porntubes furent les premiers, avant les sites de
streaming traditionnels, à insérer un message publicitaires sur
les vidéos, la plagant quelques secondes au début du chargement
de chaque vidéo ou apparaissant automatiquement à chaque moment
o0 la vidéo procède à un chargement au cours de la
vidéo du fait de la lenteur du processus de chargement par rapport a
l'avance rapide de la vidéo. Il arrive aussi que la publicité
soit intégrée directement a la vidéo et qu'en plein milieu
d'une action, un écran noir apparaisse durant quelques secondes avec un
message publicitaire incitant a se rendre sur le site d'o0 provient la
vidéo pour la voir dans son intégralité, avant que la
vidéo ne se poursuive. Plus récemment, on a pu voir
appara»tre un système publicitaire que je qualifierais de plus
vicieux, qui consiste à insérer parmi les vidéos à
la disposition des consommateurs, une vidéo qui semble être comme
les autres mais qui en fait n'est le qu'en tant que produit publicitaire. La
vidéo est courte, ne montre qu'une scene vide d'actions, comme une sorte
de teasing sur laquelle s'affiche en sous-titre l'adresse d'un site. Or, cette
vidéo ne se contente pas d'être présente lorsqu'on clique
sur l'icône vidéo qui lui correspond. Il se peut qu'en cliquant
sur plusieurs autres vidéos qui promettent un autre contenu a travers
leur titre et leur images, on tombe finalement sur cette même
vidéo publicitaire. Ainsi, il s'agit d'une publicité
masquée derriere une promesse qui fut tout autre. Nombre de ces sites de
Xtubes sont aujourd'hui détenus par des sociétés qui ont
compris tres rapidement l'intérêt financier que
représentent ces sites. La société Brazzers fondée
par trois canadiens de 22 ans est aujourd'hui une société qui
règne en ma»tre sur le marché du porno gonzo (cette
technique de filmage qui immerge le spectateur dans l'action grace a des gros
plans rapprochés et qui fait le succés des porntubes). En 2007,
Brazzers fait l'acquisition du nom de domaine Pornhub (10 millions de visiteurs
par jour en moyenne), développe sa structure et rachete d'autres Tubes
(Tube8, ExtremeTube...) et monte la holding Mansef qui acquiert
également d'autres tubes et sites. Toutes les vidéos de ces sites
ont des droits qui appartiennent a Brazzers et incitent les internautes a
s'abonner aux sites qui produisent ces contenus et qui appartiennent
également à Brazzers sans que le consommateur ne se doute de
rien. Aujourd'hui, la société emploie 375 personnes et son
chiffre d'affaires annuel estimé à 180 millions de
dollars32. Mais comme le
32 DES AULNOIS Stephen, « Xanadu, le porno face
à la génération web », Arte TV (disponible
en ligne :
http://www.arte.tv/fr/3743604,CmC=3821250.html],
mise en ligne le 20/05/11, consulté le 20/05/11, article issu du site
Le Tag
Parfait.com
souligne Gonzo, créateur et rédacteur principal
du site Le Tag Parfait qui se présente comme le site de la
culture porn, « le problème des tubes, c'est que le contenu est
soit du contenu propre (Pornhub appartient à Brazzers), soit du teasing
de 5-10 min de petites boites de prod, soit envoyé par les gens et donc
soumis à la loi sur le copyright. Les gros studios demandent aux tubes
de virer ce qui leur appartient, du coup on se retrouve avec des vidéos
souvent vieilles et de mauvaise qualité »33.
2. Vers une redéfinition de la stratégie de
communication du X
C'est en palliant justement a ce défaut des Tubes qu'un
site est devenu en quelques temps incontournable dans
l'histoire du porno web et a réussi a asseoir son
succès. En proposant du contenu spécialisé,
innovant et garanti de haute qualité, le site
Kink.com révolutionne à sa
manière le porno sur la toile. Fondé en 1997 par un anglais,
Peter Acworth, le site se présente d'emblée comme exclusivement
BDSM (comprenez par là Bondage and Discipline --
Domination and Submission -- Sadomasochism). Pour monter son empire, Acworth
rachète un lieu à la hauteur de ses ambitions, l'ancien arsenal
The Armory a San Francisco en Californie dont la superficie
est de 200 000 mètres carrés, pour 14,5 millions de dollars et le
transforme en paradis du sexe hardcore. Un large nombre de costumes finement
étudiés, des décors variés et originaux, une
attention toute particulière portée aux scénarios et une
qualité des images qui n'a rien a envier a la HD
télévisée et qui se différencient des «
vidéos S/M et fétichistes floues et irregardables
34» des tubes. Kink parie sur la qualité plus que
sur la quantité, en terme de nombre de vidéos mais
également de gros plans encha»nés sur les parties
génitales des acteurs et cela marche. Chaque mois, 520 325 visiteurs
uniques visitent le site et chacun d'entre eux revient environ
3,8
fois. Kink.com a aujourd'hui le
potentiel de gagner 122 820$ par an en publicités selon le site
d'analyses en référencement Site Trail. Le site a
même été récompensé en 2009 aux AVN Awards
(cérémonie de récompenses du cinéma
pornographique
33
LEGER François, « Le Tag Parfait : porno pour gens
sensibles », Reviewer, [disponible en ligne :
http://reviewer.fr/dossiers/web--tech/3464/le--tag--parfait--porno--pour--gens--sensibles.html],
mise en ligne le 23/04/11, consulté le 23/04/11
34BESNARD Tiphaine, « Du hard, du vrai »,
Le Tag Parfait, [disponible en ligne :
http://www.letagparfait.com/2011/04/18/du--hard--du--vrai/],
mise en ligne le 18/04/11, consulté le 18/04/11
qui a lieu tous les ans à Las Vegas) dans la
catégorie « meilleur site Internet pour adutes È. Le
succès de ce site reflète bien la part du gateau dans l'industrie
du X que s'arrogent les nouveaux acteurs du web. L'année
dernière, environ 13 000 films X ont été tournés
aux Etats-Unis et Internet contribue largement au rythme de production. En
effet, si en 1990 moins de 2000 films étaient réalisés,
aujourd'hui le chiffre est cinq fois plus élevé. Par
conséquent, l'industrie traditionnelle doit redoubler de moyens et
d'imagination pour se faire-valoir indépendamment de ces nouveaux
acteurs. Si la production de films a gros budgets s'est diminuée ces
dernières années, la communication autour de ces films est
devenue essentielle pour l'industrie pornographique traditionnelle qui ne
lésine plus sur les moyens pour faire la promotion de ses productions
à gros budget et créer du buzz. L'exemple parfait de cette
stratégie de communication est la sortie récente du film
Pirates II : Stagnetti's Revenge, suite d'un premier opus
Pirates sorti en 2005 et produit par Digital Playground, la
société leader sur le marché du X américain. Ce
film, qui est une parodie du film grand public Pirates des Caraibes de
Gore Verbinski, a été d'emblée
présenté de fagon extraordinaire : il s'agit du film X le plus
cher de tous les temps avec près de 10 000 000$ de budget et celui-ci
propose un casting réunissant de grandes stars du porno du moment
parfaitement connus de tous les amateurs du genre (Katsuni, Jesse Jane,
BellaDonna). Il aurait de plus nécessité plus de 600 effets
spéciaux pour la création des décors et des monstres et un
soin tout particulier aurait été apporté à toute la
chorégraphie des mises en scènes de combat. En somme, le teasing
a été complet, les moyens employés
disproportionnés, étant donné le contexte de crise des
ventes de DVD de l'industrie. Si les chiffres sur les recettes du film sont
encore difficiles à trouver, néanmoins ce film est un signe des
tentatives de changement de communication et d'innovation de production de
l'industrie du X traditionnelle. Car si les Xtubes offrent finalement de
nouvelles perspectives de revenus, leur business model reste encore assez
fragile car les coats de bandes passantes ne sont pas couverts pas les revenus
que génèrent la publicité sur ces sites, c'est pourquoi
ces sites proposent d'ailleurs de plus en plus de contenus
supplémentaires visibles uniquement après paiement. Comme de
nombreux sites de streaming musicaux, le Porn 2.0 n'a pas encore totalement
trouvé le moyen d'être entièrement rentable et en
parallèle continue de créer des difficultés pour
l'industrie pornographique. Ainsi, le déploiement de nouveaux supports
de visionnage et l'innovation dans l'exposition des contenus pour le
consommateur
devient essentielle pour assurer la pérennité de
la qualité pornographique mais surtout redonner l'envie aux
consommateurs de payer pour un contenu qu'ils vont considérer comme
assez exclusif et intéressant pour mériter d'être lucratif
comme par le passé.
B. Une democratisation qui garantit l'innovation
multi-support
Une des conclusions qui ressort de l'étude (FOP pour
Dorcel 35 est que le visionnage de films X n'est plus seulement une
affaire solitaire mais devient également une affaire de couple. En
effet, bien que 67% des répondants en regardent en solitaire, 57% des
Francais en ont déjà visionné en couple et notamment les
femmes sont 59% à admettre en regarder plus facilement si elles sont
avec leur partenaire que si elles sont seules (50%). Ainsi, le porno par son
caractère de plus en plus dématérialisé semble
d'être démocratisé au sein de la société. De
plus, on remarque que le porno n'est pas réservé a un visionnage
a domicile. 11% des hommes ont déjà vu un film sur leur lieu de
travail et 30% dans une chambre d'hôtel. Ceci n'est pas une attitude
très étonnante de la part des consommateurs quand on sait
qu'aujourd'hui la tendance est au multi-support, au visionnage de multiples
contenus en tous lieux du fait des innovations technologiques (Pc portables,
smartphones, tablettes...). L'industrie pornographique qui a toujours su avoir
l'ceil affuté pour déceler les nouveaux besoins de consommation
de ses publics l'a d'ailleurs bien compris et tente de prendre au pas cette
bréche de consommation qui s'ouvre et pourrait lui donner
l'opportunité de déployer son terrain d'innovation.
1. L'industrie pornographique conquiert les technologies
offline
Si le monde online propose des nouveautés dans la mise
en avant de contenus, le monde offline n'en regorge pas moins de
nouveautés qui stimulent autant le monde du porno qu'il stimule les
autres domaines médiatiques et qui pourraient bien etre la voie de
sortie de crise de l'industrie. En avril dernier le film softcore 3D
hongkongais dépassait en terme de revenus de sortie de film,
l'Avatar de James
35
« Sexe, Médias et Société », La
grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009 Op.cit
Cameron à Hong-Kong et laisse à penser que cette
technologie a de beaux jours dans l'industrie. D'ailleurs, la
société Marc Dorcel mise fort sur cette technologie pour
continuer d'asseoir sa suprématie financière. En effet, le
leadeur européen du X compte proposer d'ici a cet
automne, plus de 90 contenus 3D en VOD (Video On Demand) et
téléchargement sur Dorcel Vision et les cha»nes de Dorcel
chez Free et Numéricable. Il faut savoir que la VOD représente
50% du chiffre d'affaires de cette société qui
s'élève a 20 millions d'euros et détient 80% du
marché du DVD en France36. Pour travailler
cet effet 3D, la société s'est associée avec 3Dlized,
une société spécialisée dans la
production de contenus 3D et la mise en reliefs. Tout ceci a bien
évidemment un coat (environ 1,5 million d'euros) et pour l'instant, la
société produit à quasi perte. Mais si
cette offre fonctionne, étant donné que les grandes marques de
téléviseurs adaptent de plus en plus leur offre à du
contenu 3D, la rentabilité devrait arriver car le passage à la 3D
impliquerait une hausse de 50% de l'abonnement avec un abonnement de 30 euros
par mois pour avoir accès à ce contenu 3D illimité. Les
différents journalistes ayant pu assister à Cannes à une
projection du premier film Dorcel du genre Shortcut, se disent tous
bluffés de la qualité de la 3D et du réalisme des effets
de jaillissement de la demoiselle a l'écran du au
tournage avec des caméras 3D (et non des caméras 2D
transformées en post-production en 3D). Autre canal possible de
diffusion pour le porno et qui s'inscrirait totalement dans la
tendance à la mobilité des supports de visionnage et dans les
habitudes de consommation digitale des consommateurs : les smartphones et les
tablettes. Si Steve Jobs, la patron d'Apple, n'a de cesse de filtrer les
applications de ses produits pour garantir un environnement «
libéré du porno », l'industrie
pornographique se prépare elle à imposer sa
présence sur les différents supports populaires que sont l'iPhone
et l'iPad 2. En effet, si Apple a bloqué la possibilité de lire
des contenus Flash sur ses outils, les évolutions technologies actuelles
permettent aux sites de s'affranchir de la technologie Flash pour leurs
vidéos. Ainsi, il est désormais possible de lire
des contenus pornographiques sur les tablettes et impossible de les bloquer. La
provocation envers Apple est même de mise du côté de la
pornographie comme le montre l'annonce en mi-mai 2010 de Youporn qu'il
convertissait toutes ses vidéos dans un format sans Flash et
souhaitait à ses
36 THURET Romain, « Quand le porno 3D fait mieux
qu'Avatar. Visite chez Marc Dorcel. » Les Numériques,
[Disponible en ligne :
http://www.lesnumeriques.com/quand--porno--3d--qu--avatar--visite--marc--dorcel--article--
1121.html] mise en ligne le 10/10/10, consulté le 11/11/10
visiteurs la « Bienvenue sur la version iPad37
». Dernièrement, des chercheurs de l'université de Grenoble
ont développé une application pour l'iPad 2 qui permet de
créer un effet de relief 3D sans lunettes, ce qui donne
déjà de nombreux frissons à l'industrie spécialiste
en sensations fortes. Au-delà du visionnage 3D en vidéo à
la télévision, l'iPad 2 permettrait ainsi une toute nouvelle
expérience consommateur qui aurait la sensation d'avoir
dans sa poche tout un champ ouvert de possible d'imagination
réaliste. iPlayboy Playboy a déjj créé
l'événement en 2008 en proposant une application
installable pour l'iPhone qui permet de visionner du contenu
pornographique. Et pour le consommateur en effet, quoi de mieux avec les
écrans tactiles que d'avoir l'impression de pouvoir manipuler le corps
présent en images, le rapprocher ou le distancier a sa guise pour un
rapport a l'expérience qui sort de la passivité
totale habituelle pour donner une sensation d'activité. Mais si ce
processus peut fonctionner, c'est en partie parce que le rapport à la
consommation pornographique évolue et que ses consommateurs avouent
aujourd'hui plus volontiers en consommer ou en avoir
déjà consommé, mais surtout se sentent plus à
l'aise dans une consommation devenue plus aisée et discrète que
jamais.
2. L'industrie tabou du X sous la lumière
mediatique
Bien que le porno continue de susciter le débat et de
conserver une certaine image de milieu asservissant pour les humains, il
semblerait qu'aujourd'hui il bénéficie
néanmoins d'une légitimité grandissante au sein de la
société. En effet, il est regardé désormais et
reconnu comme étant une industrie économique à part
entière et présenté comme tel au sein des
différents médias. Le regard médiatique autour du porno
s'est modernisé et cette année. Cette année, un ensemble
de couvertures de magasines grand public n'ont pas hésité a
proposer des dossiers qui abordent le sujet sans retenue,
proposant des couvertures parfois osées. Mais l'angle pris pour aborder
la thématique était rarement stéréotypé et
toujours empreint de réalise et d'un certain respect
envers une industrie qui génère plus de 13 milliards
d'euros par an et dont on ne peut sürement pas nier l'existence
et l'influence. On
37
LEMONDE.fr, « L'industrie du porno
fait un pied de nez a Steve Jobs », Le Monde, (disponible en
ligne :
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/05/28/l--industrie--du--porno--fait--un--pied--de--nez--a--steve--
jobs1363528651865.html], mise en ligne le 28/05/10, consulté le
01/05/11
remarque d'ailleurs que la « peoplisation », la
starisation des stars du X dans le milieu touche déborde depuis un
certain nombre d'années l'espace médiatique grand
public. L'actrice porno frangaise Katsuni était
l'invitée privilégiée de Laurent Ruquier le 24 octobre
2009 dans l'émission On n'est pas couché, pour parler
entre autres de ses récompenses du Hot d'Or de la meilleure actrice et
du meilleur blog et ce ne sont pas les blagues douteuses qui ont manqué
de fuser face a l'actrice. Une autre actrice frangaise, Clara Morgane
bénéficie fréquemment d'une forte médiatisation de
puis les débuts de sa carrière, notamment depuis
qu'elle s'est reconvertie dans la musique. Du
côté des acteurs masculins, l'acteur icône d'origine
italienne Rocco Siffredi est un habitué du genre et est
fréquemment apparu comme invité dans des émissions
frangaises, comme en 2008 dans l'émission de Cauet, La
méthode Cauet. Amateur ou non de films pornographiques, une
majorité de personnes dans la population sont capables de citer le nom
d'au moins un acteur ou une actrice pornographique.
D'ailleurs, quand on demande aux Francais, quels sont les noms
qui leurs viennent a l'esprit lorsque l'on évoque l'univers de
la pornographie, 22% citent Clara Morgane, 21% citent Rocco
Siffredi et 17% Marc Dorcel38. [cf Annexe 9] A
défaut d'une notoriété spontanée, il y a une
notoriété assistée forte. Cette popularité reconnue
n'est pas pour gêner l'industrie de la pornographie qui en
profite et contribue d'ailleurs a la modernisation positive de
son image. La communication de la société Marc Dorcel en est un
bon exemple. Au mois de mai dernier, la marque n'a pas hésité a
déployer sur tous les sites d'emploi en ligne une offre pour
recruter un commercial dans son entreprise ;
générant un certain buzz au sein de la communauté RH sur
Twitter entre autres. Le 28 février 2011, le site d'emploi
Cadremploi publiait même une interview de Grégory Dorcel,
directeur général des productions Marc Dorcel et fils du
fondateur de l'entreprise, pour parler du recrutement des actrices porno en le
plagant au même tire que n'importe quel autre recruteur
d'entreprise39. Ce changement d'approche envers le monde du X
apporte un sceau de reconnaissance au monde pornographique
comme faisant partie de notre univers culturel et sort peut-être
également le discours habituel d'une certaine forme
d'hypocrisie. Grace aux médias sociaux, les acteurs du X peuvent
désormais
38
« Sexe, Médias et Société », La
grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009 Op.cit
39 ABIKER David, « Grégory Dorcel :
comment recruter une article X » On revient vers vous,
[disponible en ligne :
http://www.cadremploi.fr/edito/actu--et--conseils/cadremploi--tv/on--revient--vers--vous/d/1/gregory--dorcel--
comment--recruter--une--actrice--x.html] mise en ligne le
28/02/11, consulté le 28/02/11
s'exprimer en toute visibilité et liberté
directement au grand public et ne se sont pas gardés d'investir ces
nouveaux espaces d'expression. L'exemple d'une strategie de personal
branding online exemplaire est celui de Katsuni. L'actrice tient un blog,
une page Facebook officielle qui compte 38 883 fans et un compte Twitter
officiel qui compte 24 714 suiveurs et qu'elle alimente au quotidien
d'anecdotes, d'infos sur ses activités et de photos pour ses fans avec
qui elle utilise un ton léger et interactif, leur donnant la sensation
qu'ils partagent au quotidien une partie de son intimité (l'autre
intimité, celle qui ne se voit pas en gros plan sur la caméra).
[cf Annexe 10] Le porno est un element inscrit dans l'environnement
culturel et la nouvelle génération de consommateurs nourris au
biberon web qui font évoluer les tendances de consommation de ce produit
en sont la preuve affichée aujourd'hui. Comme l'affirme Gonzo
(créateur du site Le Tag Parfait) dans l'interview qu'il m'a
attribué en mai dernier, pour la génération web,
« le porno est comme un produit culturel, il est totalement normal
». [cf Annexe 11] Son site se place d'ailleurs comme l'exemple
parfait de ce nouveau visage du consommateur de porno. Autrefois
stéréotypé comme étant une personne amorale, au
physique forcément glauque et sournois, aujourd'hui c'est une personne
libre de tout conformisme, a l'esprit jeune et qui affiche avec humour et
ironie son appétence pour un sexe cru qui fait partie de son quotidien
et qu'il assume. Le Tag Parfait éloigne la honte du monde
pornographique et met en lumière ce monde d'adeptes (le site enregistre
60 000 visiteurs uniques par mois) qui n'a plus honte d'exposer son admiration
pour cet univers parallèle qui sous-tend à notre quotidien. Mais
le site de Gonzo n'est pas le seul a se porter comme fer de lance de cette
génération bercée au X, un autre site frangais
L'imparfaite, se présente comme Ç la revue erotique d'un
genre nouveau D. Les ambassadeurs visibles du porno aujourd'hui ne sont plus
seulement des personnes issues du milieu mais les consommateurs eux-mêmes
du produit qui hésitent de moins en moins à afficher leur gout en
la matière. Tous les sites de Xtubes regorgent de plug-ins sociaux qui
permettent a tout un chacun d'afficher ses preferences de videos s'ils le
souhaitent et de les partager à ses contacts de réseaux sociaux
et la page Facebook de Katsuni est remplie de commentaires d'internautes qui
n'ont absolument pas honte de voir leur nom s'afficher sur la page d'une
actrice porno. Le web ne serait-il pas en fait en train d'offrir au monde
obscur du X, une nouvelle lumière médiatique qui le
mènerait vers un nouveau chemin de croissance ?
CONCLUSION
Produit des mass média, l'industrie pornographique
subit aujourd'hui de plein fouet la révolution numérique qui
touche tous les secteurs médiatiques et qui place au premier rang le
consommateur comme acteur de la médiatisation de contenus sur Internet.
De la même fagon que l'industrie musicale ou l'industrie du cinéma
« grand public 0, l'industrie du X doit faire face a une crise
économique provoquée par l'entrée en matière de
nouveaux acteurs du web. La crise de l'industrie musicale, la crise de
l'industrie cinématographique « grand public », tout le monde
en a entendu parler a la télé, dans les journaux, dans les
magasines, ou a la radio. J'ai même pu suivre des cours au Celsa,
expliquant de long en large les tenants et aboutissants de la crise du disque.
Les discours autour de ce sujet furent longtemps alarmants, pathétiques
mais toujours traités avec beaucoup de sérieux. Cependant, la
crise de l'industrie cinématographique pornographique n'a pas
bénéficié du même traitement. Si elle a pu etre
abordée par certains médias (principalement sur le web), les
discours sur le sujet ne sont que rarement exempts d'une certaine ironie, comme
si cela semblait absurde de parler d'une crise dans ce secteur, comme s'il y
avait une certaine gene à embrasser un tel sujet avec un sérieux
absolu. Comme si en parler suffisait déjà a discréditer
les bonnes mceurs d'une personne. Pourtant les problématiques sont
identiques et la nécessité de trouver des solutions
réelles. Cette industrie discrete qui sévit en filigrane de notre
société n'a pas été a l'abri de la
révolution 2.0. Et si elle a toujours été pointée
du doigt comme un virus de la société qu'il faudrait
éradiquer au nom d'une certaine défense idéologique
clamant avec vigueur l'intérêt de respecter une certaine pudeur
objectivée par des autorités soidisant bien-pensantes, il faut
bien considérer que c'est en fait parce que la pornographie est un
attribut culturel de notre société et non simplement un alien de
celle-ci qu'elle peut se retrouver dans une telle situation aujourd'hui. Parce
qu'elle est liée aux évolutions sociétales dont elle
s'inspire pour avancer mais également auxquelles elle contribue,
l'industrie pornographique se retrouve aujourd'hui dans l'impasse au même
titre que d'autres produits culturels qui doivent affronter les changements
apportés par le numérique. Lé o0 l'industrie du X se
distingue des
autres, c'est qu'elle est un des pionniers les plus importants
de notre révolution technologique et se retrouve aujourd'hui
piégée par ce même web qu'elle a fortement contribué
à construire. Suivant toutes les évolutions majeures
technologiques et assurant à tout moment leur succès, le
« cul photographique40 » mis en scène par
le porno semble bien faire partie intégrante de notre culture. Le Porn
2.0 est né et a envahi la sphere Internet, mais il n'est que le jumeau
érotique d'un phénomène de société né
avant elle, le Web 2. et détient exactement les même
caractéristiques que son prédécesseur : gratuité
pour le consommateur, partage de contenus légalement ou non,
réseaux sociaux, streaming... et probleme de rémunérations
des artistes, de droits d'auteurs. Apres s'être indignée avec
effroi devant ce nouveau système de mise en avant de contenus qui la
force à repenser tout son système économique, il
semblerait que l'industrie du X commence petit a petit à trouver des
solutions pour tirer des avantages de ces sites X qui entubent tout un
business. Plutôt que de les regarder en ennemi à vaincre, les
grands patrons du X doivent absolument les considérer dès
maintenant comme des possibles alliés dans leur stratégie de
communication. Non seulement ces sites offrent de nouveaux espaces
publicitaires a la promotion pornographique mais en plus en rendant l'offre
accessible au plus grand nombre, permettent au business de toucher de plus en
plus de profils différents de la société. En surfant sur
la vague sociale, ces tubes du web démocratisent le porn-sex et le
rendent plus familier. Si pour le moment, les bénéfices
apportés par cette nouvelle branche de l'industrie ne se
matérialisent pas encore en monnaie sonnante et trébuchante, la
voie des possibles est désormais grande et la capacité de
conversion de cette immense audience numérique vers l'achat
également. Néanmoins, a voir le déploiement de plus en
plus fréquent d'offres marchandes sur ces sites, on peut se demander si
l'investissement par les grandes sociétés de plateformes a
l'origine uniquement vouées au partage ne va pas dénaturer
l'espace. Finalement, les sites de streaming, ne risquent-ils pas de subir le
même destin que les sites de streaming Spotify et Deezer et devenir
uniquement des plateformes marchandes à but lucratif, mettant au placard
leur idéal originel, le partage par tous ? Est-ce dans une logique de
rachat et de réappropriation de ces espaces que l'industrie du X peut
trouver sa voie de sortie de crise ? Le consommateur effréné de
porno en streaming serait-il plus apte à tolérer ce
40
BAUDRY Patrick, « La pornographie et ses images »
Op.cit
changement de modèle que le consommateur
effréné de musique ou une telle évolution annoncerait-elle
la fin des Xtubes ? Dans tous les cas, les innovations actuelles qui se lancent
dans le porno nous montrent qu'on peut faire confiance aux géants du X
pour éviter que les bourses de leur industrie ne s'engouffrent dans un
trou financier sans fin. Avec l'avènement de la technologie 3D, fer de
lance actuel d'une future révolution format XXL o0 fantasme et
réalité se mêleront pour ne devenir qu'un,
l'expérience consommateur va atteindre une toute nouvelle dimension. La
passivité historique du consommateur dans son processus de visionnage
d'un porno va dispara»tre pour le faire entrer dans un rapport
passif-actif a l'image o0 l'objet fantasmé prend une
réalité mais reste assez fantasmé pour assurer le
spectacle nécessaire à la jouissance. Avec cette technologie,
l'industrie du X pourrait bien toucher au paroxysme de son role de pourvoyeur
d'image-sexe et freiner la débandade orchestrée par les sites de
streaming. Avec son offre VOD 3D lancée en septembre prochain, Marc
Dorcel pourrait bien être la société pionnière d'un
nouveau marché pornographique conséquent. Et vu l'influence qu'a
toujours eu la pornographie sur le fleurissement des nouvelles technologies, il
ne serait pas étonnant d'observer que les chiffres de ventes des
nouveaux téléviseurs 3D augmente a la suite de ce lancement
d'offre. L'avenir nous le dira... Au-delà de cette impulsion innovatrice
que génère le Porn 2.0, il permet aussi de commencer à
sortir peut-être d'une certaine hypocrisie sociétale. «
Les sites pornos sont les plus frequentés dinternet, tout le monde y va,
tout le monde sait que tout le monde y va, mais personne n'avoue comme si
c'était un truc gravissime41 » nous dit Norman dans
sa vidéo Les sites pour adultes qui fait le buzz sur Youtube en
ce moment avec plus de 1 160 000 vues. Car dénoncer c'est
déjà briser, en mettant en scène une satire humoristique
de ce fait sociétal qu'est le tabou généré par le
porno, cette vidéo participe elle-même au phénomène
de brisure du tabou qui s'est amorcé avec le Porn 2.0. Le succès
flamboyant de ces sites et leur audience hétéroclite,
c'est-à-dire littéralement la popularité de ces sites,
semble avoir un rTMle de reconnaissance dans la construction identitaire des
jeunes d'aujourd'hui comme le Web 2.0. Gonzo parle même sur son site,
d'une « generation porno qu'il s'evertue a définir »
en signature de tous ses articles. Cette génération
numérique, les digital natives comme on a tendance à les
appeler,
41 NORMAN, « Les sites pour adultes »,
Youtube, [disponible en ligne :
https://www.youtube.com/watch?v=PVP6T4qZIVk&feature=playerembedded]
mis en ligne le 04/06/11, consulté le 09/06/11
ont dorénavant un rapport plus décomplexé
à la pornographie, qui est d0 en partie à un espace
médiatique ou devenant plus osée et audacieuse, l'imagerie
sexuelle est plus intégrée, moins dérangeante, moins
tabou. La « Génération Y » pourrait bien être en
fait la première face d'une paire chromosomique dont le second visage
serait une « Génération X ». De la même fagon que
le Web 2.0 a offert aux consommateurs le statut d'ambassadeur de marque
auprès des autres internautes, peut-on penser qu'avec des sites comme le
Tag Parfait ou l'Imparfaite, le porn 2.0 trouve dans ces sites ses ambassadeurs
produits également ? Cette génération X qui a grandi sans
la contrainte du ixage vidéo et qui révèle des publics
différents offre plein de nouveaux champs de possibles au porno en
termes de communication et de pénétration au sein de la
société. Si le secteur du X ne voit plus tout rose aujourd'hui,
il me semble évident que sa chute n'est pas encore annoncée. Tant
que cette industrie qui vend du rêve « interdit aux moins de 18 ans
» aura encore du fantasme à distribuer, il y aura toujours des
clients pour le consommer. Aux géants du X revient maintenant la thche
de s'adapter et de trouver les nouveaux moyens d'inciter son public à
débourser.
Résumé du mémoire
Cette étude s'évertue a essayer de comprendre la
crise économique que subit l'industrie de la pornographie aujourd'hui
avec l'avenement du Porn 2.0, ce phénomene qui s'inspire des
nouveautés du web 2.0 pour mettre en avant des contenus pornographiques.
Consommation gratuite de contenus en streaming, problemes de droits d'auteurs
et chute de revenus... l'industrie du X subit de plein fouet la même
révolution numérique que l'industrie musicale aujourd'hui et se
voit contrainte à trouver de nouveaux modeles économiques pour
pouvoir survivre. Ces nouveaux acteurs, appelés Ç porntubes 0 et
qui créent l'embarras dans le milieu enregistrent des records d'audience
impressionnants et trois d'entre eux sont dans le Top 3 des sites les plus
requêtés par les internautes. Au-dele de l'aspect
économique, j'ai donc tenté de comprendre le role que joue la
pornographie dans notre société techno-industrielle et comment
son évolution se correle aux changements socioculturels de l'espace dans
lequel elle évolue. Aujourd'hui, la sexualité est devenue un
marronnier médiatique et de plus en plus, une certaine
érotisation de l'espace visuel médiatique se fait ressentir,
notamment a travers la publicité. Si la pornographie continue
d'être une industrie qui suscite une certaine curiosité et un
certain tabou, il est de plus en plus fréquent de voir les médias
s'exprimer a son sujet et de la poser comme sujet méritant attention.
Unes de magasines, stars du X invitées de plateaux télés,
ou séries qui se passent dans le milieu du X... le porno semble
être devenu un produit de consommation courante dont on a plus tout
à fait honte de parler. Les porntubes ne sont pas pour rien dans cette
évolution, ayant transformé la consommation de porno en une sorte
de fast-food du sexe. Luttant d 'abord avec acharnement contre ce nouveau
modèle, les géants du X comprennent peu à peu que pour
pallier aux pertes engendrées par la nouvelle consommation gratuite, ils
doivent désormais trouver de nouveaux moyens d'innovation pour continuer
de générer des revenus et faire-valoir leur industrie. Nouveaux
formats publicitaires au sein des porntubes ou innovations de supports en
offline qui se calquent sur les nouvelles technologies en devenir (3D,
tablettes...), le monde du porno évolue et n'est pas prêt de se
laisser couler. Alors, le Porn 2.0 signe-t-il la fin d'une ere des profits pour
l'industrie X ou représente-t-il une aubaine pour un nouveau porno ?
Mots--clés du mémoire
-- Pornographie
-- Pornographique
-- Porno
-- Sexe
-- Sexualité
-- Internet
-- Médias sociaux
-- Génération Y
-- Innovation
-- Démocratisation
-- Industrie pornographique -- Erotisme
-- Nouvelles technologies
-- Web
-- Web 2.0 -- Porn 2.0
-- PornTubes -- Xtubes
-- Internautes
-- Dorcel
-- Consommation
-- Gratuité
-- Crise
Bibliographie
OUVRAGES UNIVERSITAIRES ET ANALYTIQUES
-- BAUDRY, Patrick, La pornographie et ses images,
Paris, Pocket, coll. « Agora », 2001 -- GOULEMOT, Jean M.,
Ces livres qu'on ne lit que d'une main, Minerve, France, 1994
-- OGIEN, Ruwen, Penser la pornographie, Paris, PUF,
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636--the--iphone--is--for--porn (03/04/08)
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http://www.nouvellestentations.com/kink--empire--de--la--video--sm
(01/06/11)
-- « Sceur Vaseline », aux origines historiques du
porno, Libération, (07/03/11)
-- Le « droit de jouissance » dans la culture du
numérique : objets et représentations du netporn, Body space
society,
http://www.bodyspacesociety.eu/2011/02/25/droit--de--jouissance--dans--
la--culture--du--numerique--objets--et--representations--du--netporn/
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-- Le porno gratuit n'est pas illegal, Slate,
http://www.slate.fr/lien/33703/porno--gratuit
(04/02/11)
Annexe 1 : Affiches publicitaires interdites aux moins de 16
ans

Annexe 2 : Des clients sortent du magasin Condomi

Annexe 3 : Affiche Passionata

Annexe 4 : paroles de la chanson « The Internet is
for porn »
KATE
The internet is really really great
TREKKIE MONSTER
For porn
KATE
I've got a fast connection so i don't have to wait
TREKKIE
For porn
KATE Huh? There's always some new site,
TREKKIE
For porn!
I browse all day and night
TREKKIE
For porn!
KATE
It's like i'm surfing at the speed of light
TREKKIE
For porn!
KATE Trekkie!
TREKKIE
The internet is for porn
KATE
Trekkie!
TREKKIE
The internet is for porn,
KATE
What are you doing!?
TREKKIE
Why you think the net was born?
Porn porn porn
KATE Treee--kkie!
TREKKIE
Oh hello kate monster
KATE
You are ruining my song
TREKKIE
Oh me sorry, me no mean to
KATE
Well if you wouldnt mind please being quiet for a minute so i can
finish? TREKKIE
Me no talkie
KATE Good
I'm glad we have this new technology
TREKKIE For porn KATE
Which gives us untold opportunity
TREKKIE
For por--oops, sorry
KATE
Right from you own desktop
TREKKIE For ---
KATE
You can research browse and shop
Until you've had enough and your ready to stop TREKKIE
FOR PORN!!
Trekkie!
TREKKIE
The internet is for porn!
KATE
Noooo
TREKKIE
The internet if for porn!
KATE
Trekkie
TREKKIE
Me up all night honking me horn to porn, porn, porn!
KATE
That's gross you're a pervert
TREKKIE
Ah, sticks and stones Kate monster
KATE
NO really, your a pervert
Normal people don't sit at home and looN
At porn on the internet
TREKKIE Ohhhh?
KATE
What?!
TREKKIE
You have no idea
Ready normal people?
NORMAL PEOPLE Ready--- ready ----ready
TREKKIE
Let me hear it!
TREKKIE AND GUYS The internet is for porn!
PRINCETON
Sorry kate
TREKKIE AND GUYS The internet is for porn! PRINCETON
I masturbate!
TREKKIE AND GUYS
All these guys unzip their flies
For porn, porn, porn!
KATE
The internet is not for porn!!
TREKKIE AND GUYS PORN!, PORN, P---
KATE
HOLD ON A SECOND!
Now i know for a fact that you, Rob, check your portfolio and
trade stocks online
ROB
That's correct.
KATE
And Brian, you buy things on
Amazon.com
BRIAN Sure!
KATE
And Gary, you keep selling your possesions on Ebay
GARY Yes I do!
KATE
And Princeton, you sent me that sweet online birthday card
PRINCETON True!
TREKKIE
Oh, but Kate-
What you think he do . . .after? hmm?
PRINCETON . .yeah
KATE
EEEWWWWW!
TREKKIE AND GUYS The internet is for porn!
KATE
Gross!
TREKKIE AND GUYS The internet is for porn! KATE
I hate porn
TREKKIE AND GUYS
Grab your dick and double click KATE
I hate you men!
TREKKIE AND GUYS For porn, porn, porn!
(harmonizing) porn, porn, porn, porn KATE
I'm leaving!
TREKKIE AND GUYS Porn, porn, porn, porn porn, porn, porn, porn
KATE
I hate the internet!
TREKKIE AND GUYS Porn, porn, porn, porn
TREKKIE
The internet is for
TREKKIE AND SOME The internet is for
TREKKIE AND ALL
The internet is for PORN!
TREKKIE YEAH!
Annexe 5 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009

Annexe 6 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009


Annexe 7 : Interview
INTERVIEW DE GUILLAUME COGNY Createur
du site de streaming porno ParadX.
Tatiana : Bonjour Guillaume,
peux-tu me parler de
Paradx.net ? (comment est né le
projet
Paradx.net ? comment l'idee t'est venue
? date de mise en ligne ? Combien de personnes contribuent sur le site et quels
sont leur
rTMles ? que propose le site aux internautes ?)
Guillaume : Bonjour, Paradx
est au départ un projet mené entre 3 étudiants, ayant une
formation de développeur web. Le site a été mis en ligne
le 1ier avril 2007. Nous souhaitions gagner un peu d'argent, si
possible sur Internet (car moins contraignant qu'un vrai job etudiant : pas
d'horaires, pas d'obligations, ...) et le domaine de la pornographie est celui
qui rapporte le plus. Nous-nous sommes donc lancés à 3 dans le
projet, le site a eta developpe par nous 3, chacun a maintenant comme role
d'ajouter du contenu sur le site. A travers Paradx, nous voulons montrer des
vidéos de qualité (à nos yeux), ou les partenaires sont
respectés, et prennent du plaisir. C'est pourquoi nous avons decide
d'ajouter des videos essentiellement amateurs.
T : En fait, tu t'inspires clairement de la
vague des « porn-tubes » ?
G : Oui, Paradx est directement inspire de ces gros sites
(Porntube, Redtube...), seulement, nous sélectionnons les vidéos
que nous proposons, nous rédigeons une petite description et point
important, nous essayons de garder un site qui ne soit pas submergé de
publicité (gros défauts des sites porno actuels à nos
yeux).
T : Comment te fournis-tu les vidéos que
tu diffuses ?
G : Les vidéos que nous diffusons sont prises sur des
sites concurrents, après sélection. Nous-nous occupons ensuite de
rédiger une description. Nous avons par conséquent aucun droits
de diffusion sur le contenu que nous proposons.
T : Combien attires-tu de visiteurs en moyenne
par mois ?
G : Actuellement, Paradx est visité par environ 90 000
visiteurs uniques mensuels de toutes provenances : -- 75% du trafic provient
des moteurs de recherche*, 20% d'acces direct, et le reste vient de
sites référents (annuaires, voire forums dont les membres
diffusent des liens vers notre site)
-- 56% des visiteurs sont de nouveaux visiteurs, les autres sont
des visiteurs « fidèles »
-- 90% du trafic vient de France, puis vient la Belgique, le
Canada, la Réunion, la Suisse
* Parmi les moteurs de recherche, Google apporte 92,6% du
trafic. En moyenne :
-- chaque visiteur passe 5 minutes 04 sur le site
-- chaque visiteur consulte 6,41 pages par visite
Depuis l'ouverture :
-- 1 978 193 visites
-- 12 275 047 pages vues
T : Tu proposes essentiellement du contenu
gratuit, mais j'ai pu voir que tu proposes du contenu payant egalement avec des
formules d'abonnement par mois. Cela marche-t-il malgré le contenu
gratuit à disposition ? Pourrais-tu me donner des chiffres ?
G : En plus des vidéos gratuites (visualisables sur le
site, mais non téléchargeables), nous avons mis un système
de ventes de vidéos. Ces vidéos sont fournies par un
système dit de « marque blanche », nous ne les gérons
pas, c'est une régie d'affiliation qui s'en occupe. Les videos ont
l'avantage de pouvoir être téléchargée, c'est ce que
recherches nos visiteurs. Ils sont donc prêts a dépenser environ
1€80 par video. Nous touchons une commission de 0,80€ a 1€ par
video, cela varie par rapport au nombre de vidéos vendues. En moyenne,
nous vendons une trentaine de video par mois, ce qui rapport 24€ par
mois.
T : Par quels autres moyens arrives-tu
à générer des revenus sur le site ?
G : Sur Paradx, nous avons (sans compter les vidéos
payantes) 2 autres sources de revenues :
-- nous affichons des bannières publicitaires (qui
doivent avoir un bon rapport avec notre contenu pour
augmenter le nombre de conversions) et sommes remuneres sur le
nombre d'affichages, ceci rapporte approximativement 120€ par mois
-- un partenariat avec une boutique de produits sexy en ligne
nous rémunère sur les personnes qui
achètent sur la boutique provenant de notre site.
Plusieurs paliers de rémunération sont disponibles, nous
percevons de plus grosses commissions si le client est nouveau, si il s'inscrit
a la newsletter, e Le montant des commissions est proportionnel au montant de
la commande. Ceci rapporte entre 80 et 100€ mensuels.
T : Pour toi, il s'agit clairement d'un
business. Que penses-tu justement de l'effet de ces porn-tubes sur l'industrie
pornographique ? Si tu devais choisir une réponse, tu dirais : Fleau
inevitable ou revolution doree pour l'industrie pornographique ?
G : Il ne s'agit pas d'un business, nous ne pourrions pas en
vivre. Ou il faudrait developper le site un maximum pour multiplier les revenus
par 10. Pour l'industrie pornographique, les sites comme le notre sont
certainement néfastes, étant donne que nous proposons du contenu
gratuit, alors que certains visiteurs seraient surement prets a les acheter.
D'un autre cote, nous ne proposons que des videos dont les personnes qui sont
filmees sont respectées : souvent, les femmes sont humiliées dans
la pornographie. Nous pensons alors donner une autre image du porno, un aspect
de respect, ou les acteurs (plutTMt amateurs) prennent du plaisir et le font
partager.
T : Ton entourage est-il au courant de la
création de ce site. Et si oui, comment ont-ils réagi en
l'apprenant ?
G : Mon entourage familial n'est pas au courant de la creation
de ce site. La pornographie est quelque chose de mal vu et mon entourage ne
deroge pas a la regle. Je tiens a preciser que j'ai travaille comme developpeur
web pour une société leader dans le domaine de l'edition de sites
pour adulte en France, et je l'ai egalement cache. Par contre, mes amis sont au
courant, et peu ont mal réagi. Les seules réactions
négatives (voire très négative) etaient de la part d'une
amie, me disant que les sites pornographiques maintiennent l'industrie
pornographique, et que sans ces sites, il y aurait moins de prostitution ou
autre derives sexuelles...
T : Penses-tu qu'aujourd'hui, malgre la
democratisation grandissante d'images sexuelles au grand public (mannequins
à moitié nus, séries et clips musicaux avec femmes
aguicheuses, magasins de sex-toys populaires etc...), il soit toujours tabou de
parler de pornographie ?
G : C'est vrai qu'au fil du temps, les femmes dans les
publicites, clips musicaux, etc... sont de plus en plus nues... Je ne pense pas
que cela va contribuer a diffuser une meilleure image de la pornographie. La
pornographie, fait référence à la sexualité,
quelque chose de très personnel et tabou et est souvent associée
à tord à des dérives : viols, pédophilie,
prostitution...
Annexe 8 : Tendance des recherches du mot clé «
Youporn » VS « Porno » en France. Source : Google Trends,
2011

Annexe 9 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009


Annexe 11 : Interview
Interview de Gonzo du Tag Parfait.
Tatiana : Bonjour, pourrais-tu me parler des
débuts du Tag Parfait ? Comment est-il né et quel %oge at-il ?
Gonzo : J'ai monté le Tag en mars 2010,
au début sous la forme d'un blog. On s'est rendu compte avec des amis
journalistes qu'il n'existait pas de support en frangais qui parlait de porno
comme on le voyait, c'est à dire comme quelque chose de cool. A mille
lieues des clichés qu'on lui porte mais tout en étant
éloigné de la presse traditionnelle qui traite du sujet car elle
ne nous correspond pas non plus.
T : Pourquoi Le Tag Parfait ? Que devons-nous
comprendre à travers ce nom ?
G : Un tag, c'est un mot clef, c'est ce que tu
vas taper pour trouver des vidéos sur les xtubes, qui est le mode de
consommation principal du porno pour notre génération. Il existe
tellement de vidéos et souvent de mauvaises qualités, qu'il faut
etre tres précis pour trouver ce qu'on veut, on passe peutetre plus de
temps à chercher la vidéo parfaite qu'à la regarder. On
est donc à la recherche du tag parfait.
T : Dur de ne pas passer pour le « gros
pervers » quand on se lance dans un tel projet ?
G : C'est le risque, mais les gens voient bien qu'on traite de
ce sujet avec pas mal de distance et j'espere de classe. On n'est pas des
accros au porno, on est juste plus curieux que la moyenne.
T : Tu fais partie de la «
génération Youporn » et sur le site ta signature contient
cette citation « Je m'évertue à définir la
génération porno. ». Et alors qui est-elle cette
génération porno ?
G : C'est la génération « Y », les
digital natives. Cette génération qui a grandit avec internet
dans les mains et qui a découvert et continue à regarder le porno
par ce biais là. Pour nous le porno est comme un produit culturel, il
est totalement normal.
T : Le ton du blog est souvent assez provocant,
cru, avec un humour décalé. Pourquoi cette prise de position
éditoriale ?
G : Parce que c'est une maniere de rendre la lecture
agréable, car elle devient dynamique et péchue. On a pas mal
tendance à lire sur internet en diagonale, du coup il faut pouvoir
accrocher le lecteur. Puis on essaye de pas prendre nos lecteurs pour des cons,
on leur m%oche pas le travail, on met nos expressions, on essaye de les faire
marrer, bref que ga soit cool.
T : Pourrais-tu me donner une indication du
nombre de visiteurs mensuels que genere aujourd'hui le blog ?
G : En ce moment on est vers 60 000 VU / mois. Mais on continue
à grossir, le site est jeune et sa nouvelle mouture (depuis
février 2011) marche au delà de mes attentes.
T : Le blog te génere-t-il des revenus ?
Si oui, comment ?
G : Il commence via la publicité, j'ai d'ailleurs aucun
complexe par rapport à ca. Si le site pouvait me rapporter suffisamment
d'argent pour monter une « vraie » petite rédac, j'en serai
ravi.
T : Selon toi, pourquoi malgre la globalisation
visible d'images sexuelles tournees vers le grand public (mannequins à
moitié nus, séries et clips musicaux avec femmes aguicheuses,
magasins de sex-toys populaires etc...), les porntubes ont-ils tant de succes,
alors qu'on pourrait penser que le porno ne detient plus le monopole de l'image
-sexe ?
G : Tout simplement parce qu'il faut pas oublier que le porno
est fait pour un seul but : se masturber.
T : Pour finir, ne penses-tu pas que les «
tubes » contribuent a democratiser l'audience (notamment l'audience
feminine) et donc offre de nouvelles perspectives a l'industrie
pornographique?
G : On a beaucoup de lectrices et relativement jeunes (25 % de
l'audience environ). Elles ont souvent découvert le porno par les tubes,
car c'est la fagon la plus simple et rapide d'en trouver, vu que le contenu est
gratuit et accessible en un clique. Par exemple en France on va taper dix fois
plus « youporn » que « porno » dans Google, ga devient une
marque, une référence. L'industrie se rend compte du changement,
mais c'est lent. Puis ce « nouveau marché » ne se traduit pas
vraiment en argent, car elles n'achètent pas, mais le potentiel de
conversion vers l'achat est énorme, suffit de voir les audiences
incroyables des tubes. C'est à l'industrie de s'adapter et à
trouver un nouveau modèle économique.
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