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Porn 2.0 : l'industrie du X confrontée aux enjeux du web


par Tatiana Yelengwe
Celsa Paris-Sorbonne - Master 1 Médias et Communication 2010
Dans la categorie: Communication et Journalisme
   

Disponible en mode multipage

UNIVERSITE DE PARIS IV - SORBONNE

CELSA

EcoIe des hautes etudes en sciences de I'information et de Ia communication MASTER 1re année

Mention : Information et Communication Spécialité : Médias et communication

Ç PORN 2.0 : I'industrie du X confrontée aux enjeux

du Web È

Nom, Prénom : Yelengwe Tatiana Promotion : 2010-2011

Option : Médias et communication Soutenu le :

Note du mémoire :

Mention :

Préparé sous la direction du Professeur Séverine Barthes

TABLE DES MATIERES

Remerciements...........................................................................................p.3 Introduction p.4-8

I/ L'industrie pornographique, un business aux barrières étanches........................p.8-20

A. Une definition difficile : ou commence et ou s'arrete la pornographie ? p.9-14

1. Une définition tangible au gré des évolutions socioculturelles......... p.9-12

2. Erotisme VS pornographie : art legitime VS voyeurisme illegitime ? p.12-14

B. Une industrialisation des tendances du sexuel.....................................p.14-20

1. Influence de la pornographie ou pornographie influencee ? p.15-17

2. Quand l'espace médiatique se e porn-erotise »...............................p.17-20

II/ Pornographie et Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) : un croisement « chiasmique ».........................................................................p.21-34

A. Thank you Porn ! ou un essor technologique précipité par l'industrie du X.p.22-27

1. Une industrie avant-gardiste des nouvelles technologies p.22-24

2. Le cybersexe, ma»tre de la toile ? p.24-27

B. The Internet is for Porn ! ou l'ère de la révolution sexuelle numérique.......p.27-34

1. Le porno, le lien inavouable entre l'Internet et l'internaute..................p.28-31

2. Le Web 2.0 est nd, à mort le Porn 2.0 ! p.31-34

III/ Le Porn 2.0, moteur de démocratisation et d'innovation................................. p.34-44

A. Un nouveau tube économique pour l'industrie du X p.35-40

1. Les porntubes, un fléau précieux pour l'industrie pornographique ? p.36-38

2. Vers une redéfinition de la stratégie de communication du X............ p.38-40

B. Une démocratisation qui garantit l'innovation multi-support p.40-44

1. L'industrie pornographique conquiert les technologies offline p.40-42

2. L'industrie taboue du X sous la lumière médiatique........................ p.42-44

Conclusion p.45-48

Résumé p.49

Mots-clés................................................................................................... p.50

Bibliographie p.51-54

Annexes p.55-66

REMERCIEMENTS

Je tiens a remercier tout d'abord toutes les personnes qui ont ri, qui se sont outrées ou qui m'ont regardé comme une bite de foire curieuse lorsque j'ai évoqué le sujet que je souhaitais aborder, car elles n'ont fait que me motiver encore plus dans mon choix d'étude et m'ont conforté dans l'idée qu'il y avait un intérit crucial a oser l'aborder. Ensuite, je tiens a remercier un ensemble d'élives du Celsa que je ne pourrai pas tous citer ici, mais en priorité Hadrien Fiere, Plandé Alexia, Lucie Rico, Justine Forest, Claire Dumont, Alix Rougevin-Baville... d'avoir alimenté tout au long de l'année ce groupe Facebook qui restera gravé dans les annales (et ceci sans mauvais jeu de mots) « Je ne regarde pas de films pornos, j'aide juste Tat' a faire son mémoire ». Ils m'y ont fourni des anecdotes parfois croustillantes et insolites mais surtout une matière très souvent utile pour ma veille et pour l'élaboration de ce mémoire. Alors, un grand merci a eux et a tous ceux que je n'ai pas pu citer. Je tiens a remercier également mes collègues de stage pour toutes les discussions sur le sexe faites à table lors de déjeuners au bureau, qui en fait m'ont montré a quel point ce sujet peut engendrer des débats et discussions sans fin, passionne et excite la curiosité des personnes qui sautent sur l'occasion d'en parler dis qu'elle se présente. Un merci tout particulier a Sébastien qui m'a fourni des données précieuses pour mon étude. Je tiens bien évidemment à remercier Gonzo, le créateur du site Le Tag Parfait, ainsi que Guillaume le créateur du site Paradx pour avoir acceptés de répondre à toutes mes questions avec une extrême gentillesse. Je tiens ensuite à remercier ma tutrice de mémoire Séverine Barthes pour son attention. Je remercie également mon esprit un peu dérangé d'avoir choisi sans hésitation d'aborder ce sujet. Et je remercie enfin les acteurs du Porn 2.0 d'avoir révolutionné l'industrie du X et de m'avoir de ce fait permis de mener une étude passionnante sur cette industrie souterraine qui évolue en filigrane de la société.

INTRODUCTION

Lorsqu'on choisit de se lancer dans la rédaction d'un mémoire qui traite de la pornographie, on se retrouve confronté non seulement à ses propres préjugés mais surtout à ceux des autres. Une des premieres questions qu'on se pose a soi est « Comment vais-je réussir a justifier de mon choix sans passer pour l'obsédée sexuelle du coin ? D. En effet, s'il y a bien un a priori qui est associé a celui ou celle qui décide de s'intéresser de pres ou de loin a la pornographie, c'est cette image de perversion sexuelle à caractere semi-pathologique. Des lors, aborder le theme de son mémoire en société, c'est accepter de se retrouver dans un rapport paranoiaque à l'attention. Il s'agit qu'une personne soit au courant de la thématique que vous étudiez pour que l'ensemble de la piece soit tres rapidement au courant et que toute l'attention se porte sur vous. Finalement, vous vous retrouvez tout au long de la soirée dans une posture o0 vous vous persuadez que chacun se fait des idées plus ou moins énongables sur vous, vos pratiques sexuelles et votre éthique. En bref, si chaque humain a tendance à juger les personnes autour de lui, le jugement dans ce cas devient inévitable. Il m'aura suffi d'énoncer une premiere fois mon sujet a des interlocuteurs pour réaliser la complexité sociologique qu'il contient. Entre réactions amusées, étonnées, embarrassées, d'incompréhension voire de dégoirt, j'ai pu voir de la part de mes interlocuteurs bon nombre de réactions différentes et contradictoires. Néanmoins, un point commun à toutes ces personnes est la curiosité suscitée par le sujet. La pornographie, c'est curieux et encore plus quand c'est une personne de sexe féminin qui décide d'en parler. L'image sexiste de ce sujet est un autre préjugé auquel j'ai pu être confronté : la pornographie n'est faite que pour les hommes et par conséquent ne peut intéresser que les hommes. Qu'on se le dise, la pornographie n'apparait pas comme un sujet noble, un sujet dont l'étude serait immédiatement acceptée comme légitime. On se sent toujours obligé de se justifier afin de ne pas para»tre ce que les autres aimeraient croire, à tort ou à raison, que nous sommes, ou juste pour prouver qu'il y a un intérêt a ce que nous faisons. C'est d'abord cet aspect qui m'a intéressé et qui m'a motivé a commencer cette étude. Pourquoi tant d'embarras face a ce sujet ? Pourquoi l'étudier est pergu comme insolite et osé ? Aujourd'hui, le sexe est un sujet bien moins tabou que par le passé, nous sommes envahis par des représentations de la sexualité de plus en plus osées

et audacieuses aujourd'hui et pourtant la pornographie bénéfice toujours d'un halo de mystere et de pudeur lorsqu'elle entre dans la discussion. Il suffit de regarder autour de soi pour s'apercevoir que la pornographie est de plus en plus ancrée dans notre quotidien médiatique (émissions TV, films, magasines...) et social (termes issus du milieu devenus usuels dans le langage populaire). Le rapport à la nudité a évolué et il n'est pas rare de croiser une fois dans la journée une affiche publicitaire qui met en avant un corps fortement dénudé. Et pourtant, l'industrie du sexe (expression anglo-saxonne) continue d'être un sujet tabou malgré sa production massive et l'érotisation visible de notre espace quotidien. Vis-à-vis du sexe et non pas seulement de la sexualité, les discours sont souvent d'esquive : on mentionne, on cite, on signale, mais on analyse peu. Et pourtant, même sans s'intéresser profondément au sujet, chacun peut s'apercevoir que derrière le mot pornographie est présent une industrie puissante qui génere d'énormes revenus grace aux services qu'elle propose pour combler les attentes de ses consommateurs. Or si offre marchande il y a, c'est qu'il y a demande. Le porno se consomme avec frénésie, tel un fast-food du sexe et pourtant il est constamment pointé du doigt dans un rapport de fascination-répulsion. Contenus vidéos, magasines, objets sexuels, téléphones roses... le monde de la pornographie est un empire industriel du sexe qui a ses codes, ses icônes, ses adeptes et ses médias. Mais aujourd'hui comme d'autres grandes industries médiatiques telles que la musique et l'industrie du cinéma traditionnel, elle est confrontée à une (r)évolution sans précédent qui est celle de l'arrivée du « Porn 2.0 D. C'est-à-dire l'envahissement sur Internet de ces nouveaux acteurs qui proposent des contenus gratuits et de fagon originellement illégale aux internautes, via des plateformes dédiées de streaming (lecture en continu) qui leur permettent de visionner/écouter en ligne des contenus d'ordinaires payants. Ces nouvelles plateformes, qui ont pris en vol l'avenement du phénomene Web 2.0, privilégient la notion de partage et de démocratisation du divertissement pour l'internaute au détriment des bénéfices des industries créatrices de ces contenus. Et l'industrie pornographique n'y échappe pas. Ces dernières années des sites de streaming sont apparus offrant aux internautes qui le souhaitent des contenus pornographiques gratuits a visionner en ligne. Comment l'industrie gere-t-elle cette nouvelle donne qui lui fait perdre des revenus considérables ? C'est un article web

du site Numerama.com1 qui m'a convaincu qu'il serait intéressant de s'intéresser aux moyens mis en oeuvre par cette industrie pour pallier aux problèmes que peuvent engendrer ces nouveaux acteurs. L'article s'interrogeait sur la possibilité que l'industrie pornographique réussisse plus rapidement que la musique et le cinéma traditionnel à éradiquer le problème. Je me suis alors demandé à mon tour pourquoi y arriverait-elle mieux que les autres ? Quels sont les réels problèmes que rencontre le business du sexe aujourd'hui et quels moyens sont mis en oeuvre pour gérer le phénomène 2.0 ? Quelle place a le porno -- j'utiliserai cette abréviation volontairement pour souligner son caractère populaire - sur la toile ? Au départ, j'ai eu le sentiment de ne rien trouver de bien concret, théorique et analytique sur le sujet. Puis, j'ai fini par trouver des écrits intéressants qui abordaient la question et me suis penchée dessus pour comprendre mieux les enjeux sociologiques de la pornographie. J'ai été d'ailleurs impressionnée par le nombre d'articles publiés chaque mois abordant la question du porno. Il faut dire que l'actualité du milieu a été plutôt mouvementée ces derniers temps et a posé de nombreuses questions qui ont attrait au role d'Internet dans notre société mais également au role que peut tenir la pornographie dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). J'ai visité un ensemble de sites qui proposent du contenu porno gratuit et ai voulu comprendre leur fonctionnement ainsi que la valeur ajoutée de cette offre en dehors de sa simple gratuité. Je me suis interrogée sur l'image du porno dans notre société et sur la gestion de cette image par l'industrie elle-même. J'ai observé la manière dont le rapport au sexe et a la sexualité de notre société est mis en avant dans les médias et me suis interrogée en parallèle sur le présent et l'avenir de l'industrie pornographique face à une frontière qui semble parfois devenir très mince entre elle et la presse traditionnelle. J'ai voulu comprendre le paradoxe entre une industrie qu'on prétend vouloir cacher voire refouler et un ensemble de preuves qui montrent que les produits de cette industrie sont quasi de consommation courante. Nous sommes dans une époque o0 on n'a peut-être jamais autant consommé de porno et de fagon plus libre et assumée gr%oce notamment à la gratuité et a l'accès facilité des contenus sur le web. Pourtant cette évolution semble avoir fait entrer l'industrie pornographique dans une crise économique majeure qui mettrait un

1 Julien L., « L'industrie porno entend mettre un terme au piratage d'ici 2012 », Numerama, [disponible en

ligne : http://www.numerama.com/magazine/17164--l--industrie--porno--entend--mettre--un--terme--au--piratage--d-- ici--2012.html], publié le 26 octobre 2010, consulté le 26 octobre 2010.

peu plus chaque jour a l'échec les fondamentaux qui ont assis sa puissance. Sommes-nous en train d'être témoins de la fin annoncée des profits d'un empire du sexe puissant ? Cette industrie originellement condamnée a exercer dans l'ombre comme un vilain canard que la société tra»ne ne peut-elle pas tirer des avantages de cette évolution des mceurs et de la consommation ? Le Porn 2.0 n'est-il qu'un fléau inévitable ou peut-il etre une révolution dorée pour l'industrie pornographique ?

Pour répondre à cette interrogation, je tenterai dans une première partie de montrer que l'industrie pornographique est un business aux barrières étanches.

J'y aborderai d'abord la question de la définition difficile du mot « pornographie » qui ne cesse de se modifier au bon gré de l'évolution des mceurs du temps dans lequel il s'inscrit et montrerai également l'insuffisance de la condition première de sa définition, à savoir la mise en scène du nu. Je mettrai également en avant cette industrialisation des tendances du sexuel que fournit la pornographie en essayant de voir quels rapports d'influence s'établissent entre elle et la société ainsi que les codes qui la régissent. Enfin, je terminerai cette partie en abordant la question de l'érotisation de notre environnement médiatique quotidien. Pour ce faire, je distinguerai d'abord érotisme et pornographie et verrai quelle fraternité ennemie les lie, puis je montrerai comment l'espace médiatique porn-érotise notre quotidien visible.

Dans une seconde partie, je mettrai en exergue le lien intrinsèque qui existe entre la pornographie et les nouvelles technologies d'information et de communication.

J'y démontrerai dans un premier temps que l'industrie pornographique contribue au succés des NTIC et fait preuve d'une adaptation constante a leur évolution qui lui vaut une réputation d'avant-gardiste technologique. Nous verrons que cette position appose le cyber-sex comme suite logique de cette double avancée techno-sexuelle. Puis dans un second temps, nous verrons qu'Internet et le sexe sont indissociables malgré l'hypocrisie du discours. J'aborderai d'abord dans cette partie la consommation pornographique des internautes, puis le conflit entre cybersexe et désir de protection des mineurs et enfin je développerai la manière dont le Web 2.0 a donné naissance au Porn 2.0 et les conséquences économiques néfastes qui en résultent.

Dans une troisième partie enfin, je montrerai comment ce Porn 2.0 stimule l'innovation multi-support et démocratise l'industrie pornographique.

En premier lieu, je démontrerai que les sites de streaming porno (les porn-tubes) génèrent de plus en plus de revenus a l'industrie pornographique en détaillant dans un premier temps le fonctionnement et l'offre contenu dans ces sites, puis en mettant l'accent sur le système publicitaire mis en place sur ces mêmes sites.

Pour finir, nous verrons comment ces évolutions de format de visionnage permettent la multiplication de supports d'achat et une visibilité plus grande et démocratisée pour l'industrie. Il s'agira de voir d'abord l'innovation des supports d'offre offline, puis de voir comment la tendance Porn 2.0 permet à de nouveaux acteurs du web de devenir (in)volontairement des ambassadeurs de l'industrie pornographique, accentuant par la même occasion une certaine décomplexion de la consommation d'un porno qui ne se cache plus tout à fait dans un emballage discret sous le manteau.

I/ L'industrie pornographique : un

business aux barrières étanches

La pornographie en tant que réelle industrie de consommation prend une réelle ampleur au moment de l'avènement de la cassette vidéo VHS qu'elle a largement contribué à démocratiser. L'industrie a toujours embrassé chaque nouvelle technologie et a toujours fait en sorte de se faire une place sur l'ensemble des supports médiatiques, enregistrant toujours un fort succès auprès des consommateurs. De ce fait, l'industrie a rapidement et considérablement crt, devenant un business puissant avec ses patrons, ses égéries, ses événements et son argent. Seulement, en s'appropriant a son gré de nombreux espaces médiatiques à travers le temps, les barrières du business sont devenues de plus en plus difficiles à définir. De plus, les évolutions culturelles de notre société occidentale qui mettent en avant une sexualité assumée et libérée à travers différents moyens de

communication, contribuent à rendre toujours plus obscure les frontières du monde pornographique et du monde public.

A. Une définition difficile : 0il commence et oil s'arrete la

pornographie ?

Aujourd'hui, quand on évoque le mot « pornographie », le premier élément de définition qui vient a l'esprit des personnes est en relation avec les films produits par les sociétés de production de vidéos pornographiques. Or, si de fagon métonymique cette industrie est devenue un moyen de définition de la pornographie, elle n'en est qu'un des éléments, bien que devenu le plus important. La pornographie, chacun en a une représentation et est capable de donner son point de vue sur ce qu'il considère etre de la pornographie ou non. Mais justement, c'est là que réside la difficulté de la définition de cet item. Alors qu'une définition doit pouvoir etre l'émission d'un jugement objectif, la pornographie se voit toujours empreinte d'un jugement subjectif. Ce défaut de considération rend de ce fait sa définition soumise a l'espace spatiotemporel dans lequel évolue et aux évolutions socioculturelles de cet espace. D'une époque a une autre, ce qui était pornographique ne l'est plus et se voit basculer dans le registre de l'érotisme. Mais qu'est-ce que l'érotisme par rapport a la pornographie et comment définir une frontière entre deux registres qui semblent se confondre en fonction des évolutions bienséantes de la société dans laquelle ils s'inscrivent ?

1. Une définition tangible au gré des évolutions socioculturelles

Pour chercher la définition du mot pornographie, mon premier réflexe fut de regarder dans un dictionnaire. Or en ouvrant le « Larousse 2009 », j'ai pu remarquer que ce dernier donne une définition très incomplète de la pornographie en affirmant que l'on reconna»t la pornographie à la « présence de détails obscènes dans certaines oeuvres littéraires ou artistiques »2. Cette définition pose la question de la

2 Petit Larousse, edition 2009, (ISBN -- 10 : 2035840708, ISBN -- 13 : 978--2035840707) 1812 p.

subjectivité qu'on place dans la représentation des termes, a savoir a partir de quel moment peut-on dire qu'on entre dans l'obscène et a partir de quel moment en sort-on ? Ce même Larousse définit obscene comme étant ce « qui blesse ouvertement la pudeur, surtout par des représentations d'ordre sexuel ou scatologique. » De la même fagon, qui peut déterminer la limite de pudeur des uns et des autres ? Enfin, cette définition de la pornographie semble émettre une distance entre « certaines oeuvres littéraires ou artistiques D mais desquelles s'agit-il, comment les reconna»t-on ? Cette définition relativement incomplete du Larousse ne permet pas de comprendre les tenants et les aboutissants de la pornographie et semble refléter l'embarras qui se situe autour du sujet. Le dictionnaire, ouvrage à visée objective destiné au grand public et à tous les %oges, semble effectuer une sorte d'autocensure sur sa propre définition pour respecter une certaine pudeur conventionnelle, une bienséance de la définition, à travers une «reduction d'un champ lexical a deux grandes catégories qui refletent une hiérarchie du tolérable, mais aussi un imaginaire des dangers ».3 Si on s'intéresse a l'étymologie du mot, « pornographie » dérive du grec ancien Tropvoypepoç / pornográphos qu'on pourrait traduire par « écriture sur les prostituées D. On voit a travers l'étymologie l'amalgame qui peut donc surgir entre prostitution et pornographie. La pornographie serait cette mise en image, cette mise en scene du travail de la prostituée qui vend son corps pour satisfaire un client en quête de sensations sexuelles fortes. Avec l'arrivée des films pornographiques (le premier sorti en salle et qui escompta un succés sans précédent est « Gorge Profonde » de Joseph W. Sarno en janvier 1972 qui propulsa son actrice Linda Lovelace), le terme pornographie s'est assimilé à la « représentation d'actes sexuels ayant pour objectif d'exciter sexuellement le spectateur » 4 . Mais ici encore, la définition a ses limites, car à quel moment détermine-t-on que l'objectif de telles ou telles représentations est d'exciter sexuellement le spectateur ? Cela nous amene d'ailleurs a nous intéresser aux représentations socioculturelles du sexe et de l'acte sexuel. En effet, peut-on penser que les sculptures de positions sexuelles multiples qui ornent les temples de Khajur%oho en Inde aient été dans le but d'exciter sexuellement les spectateurs venus honorer leurs Dieux ? De la même fagon, en

3

GOULEMOT Jean M., Ces livres qu'on ne lit que d'une main, p.24, Minerve, 1994

4

ROOF Judith, Encyclopedia of Sex and Gender, vol. 3 : J--P, p. 1173, The Gale Group, 2007 (ISBN 0--02--865963-- 5), « Pornography »,

2009, les spéléologues du CDFSC (La Chaux De Fonds Spéléo Club) ont découvert une grotte ornée paléolithique dont les parois sont recouvertes d'une succession de dessins de personnages humains dans des positions lascives5 qui fonctionneraient comme le zoopraxiscope d'Eadweard Muybridge. Il semblerait donc que depuis toujours, les humains aient représenté des situations sexuelles, mais l'objectif n'étant pas forcément toujours d'éveiller l'appétit sexuel chez les autres. De plus, il faut prendre en compte l'évolution des moeurs dans la société à travers le temps, qui complexifie encore plus la limite entre ce qui releve de la pornographie et ce qui n'en relève pas. En effet, certaines oeuvres littéraires ou artistiques qui furent critiquées, interdites et considérées comme pornographiques par le passé (par exemple les oeuvres du XVIIIe siècle du Marquis de Sade qui ne seront réhabilitées qu'au milieu du XXe siècle), ne sont plus pointées du doigt comme étant des oeuvres profanes et apparaissent même comme des oeuvres littéraires classiques (Les fleurs du mal, Baudelaire ou encore Gamiani ou deux nuits d'exces, Alfred de Musset). De la même fagon, des images contemporaines qui paraissaient tendancieuses avant ne le sont plus aujourd'hui et nous font même parfois sourire. L'image sexuelle doit etre prise dans une époque culturelle particulière pour que le « mécanisme » sensoriel fonctionne. Quand dans les années 70, le seul fait de mettre en scène au cinéma un couple mimant l'acte sexuel apparaissait comme scandaleux, on remarque que des les années 90, cela est devenu commun voire fréquent. Chacun des enfants de cette génération peut encore se souvenir de tous les moments passés à se cacher les yeux devant une scène ou encore des parents en train de se dépêcher de chercher la télécommande pour zapper le temps que «la scène se termine ». Ce genre de situations soulève un autre problème dans la définition de la pornographie qui est la question de l'exposition aux différentes tranches d'age de la société. Ne devrait-on pas également inclure dans la définition, les limites de l'exposition a ces contenus a certaines personnes, notamment les plus jeunes ? L'kge ne peut-il être un élément déterminant pour la définition ? On l'aura compris, la difficulté de la définition de la pornographie réside dans sa mouvance, sa dépendance aux moeurs et tabous générés par la société dans laquelle elle s'inscrit et a sa présence sur des espaces d'expression différents qui implique une diversité des formes relationnelles possibles

5

Remramm, « On a retrouvé le premier « film porno » de l'Histoire », Le Post, [disponible en ligne :

http://www.lepost.fr/article/2009/02/22/1433053on--a--retrouve--le--premier--film--porno--de--l--histoire.html], publié le 22/02/2009, consulté le 02/04/2011.

au monde du sexe. Néanmoins, les évolutions de perception selon les époques nous révèlent quelque chose de fondamental : la mise en scène - imagée ou verbale - du nu, élément déterminant de la pornographie et éludé par le Larousse 2009, appara»t comme étant une condition imparfaite à la pornographie. Cette assertion se vérifie d'autant plus quand on aborde la question de la différence entre érotisme et pornographie. L'existence de la catégorie « érotique » vient ajouter une difficulté supplémentaire à la tentative de définition de la pornographie. Quelle différence existe entre ces deux domaines d'expression ? A partir de quel moment sort-on de l'érotisme pour entrer dans la pornographie ?

2. Erotisme VS pornographie : art légitimé VS voyeurisme illégitime ?

L'érotisme et la pornographie sont souvent confondus dans le langage commun et employés indifféremment pour parler de représentations à caractère sexuel.

Pour ce qui est de l'érotisme, le Larousse 2OO9 6 le décrit comme étant « la description et exaltation par la littérature, l'art, le cinéma, etc., de l'amour sensuel, de la sexualité. » On remarque que l'érotisme bénéficie d'une définition plus positive que la pornographie car il est question ici d'exaltation et même d'amour, ce qui contraste avec l'obscénité de la pornographie mentionnée plus haut. L'érotisme est souvent considéré comme étant la version « soft » de la pornographie. Une sorte de quintessence de l'image-sexe qui suggère face à une pornographie indécente qui montre vulgairement. Lorsqu'une oeuvre est décrite comme étant érotique, elle semble etre de ce fait entourée d'un certain halo de légitimité et ne perd pas son statut d'oeuvre d'art. Néanmoins, certaines oeuvres considérées auparavant comme pornographiques (reprenons l'exemple des oeuvres de Sade) ont basculé aujourd'hui dans le registre érotique du fait de notre différence de représentations. Ainsi, la différence entre les deux registres est elle aussi fluctuante selon l'époque culturelle. Cette dualité entre les deux et la difficulté de les définir comme entièrement opposables se trouve mise en exergue dans cette citation de l'écrivain André Breton « La pornographie, c'est O'érotisme des autres ». Cette citation nous montre bien

6 Ibid.2

également la difficulté de jugement de valeur sur ces registres : ce qui me para»t osé ne l'est peut-être pas pour mon voisin. C'est d'ailleurs, nous le verrons un peu plus tard dans l'argumentation, l'hétérogénéité des regards sur la pornographie est un élément qu'a très bien su comprendre le porno 2.0. Le rapport entre les deux se retrouve également fortement lorsqu'on visite le Salon de l'Erotisme qui a eu lieu du 11 au 13 mars 2011 au Parc d'Exposition de Paris Le Bourget. En effet, l'érotisme semble ne pouvoir s'empêcher de flirter avec la pornographie : ventes de DVD pornographiques ou encore coin réservé « hot » avec banderole au message accrocheur « Tournage en direct ». Pour Patrick Baudry, c'est le visage qui est érotique et c'est la disparition de ce visage vers le focus vaginal qui mène à la pornographie.7 Cette définition permet déjà de notifier une notion importante dans la définition que l'on peut donner actuellement a la pornographie : la pornographie est ce qui montre l'acte sexuel dans son entièreté, en montrant même ce qui nous est incapable de voir dans la réalité de l'acte (gros plans sur la pénétration, atouts génitaux exposés et montrés dans toutes les postures), ce qui la différencie de l'érotisme qui joue sur un jeu de suggestions, montre les corps nus sans jamais rien dévoiler explicitement. La pornographie montrerait du sexe tandis que l'érotisme sublimerait la sexualité. Néanmoins, si l'un semble plus accepté que l'autre, il n'en reste pas moins que leur trait commun reste la subversion et la mise a l'écart dans la société. Cependant, cette mise a l'écart n'est pas appliquée de la même fagon pour l'un et pour l'autre. Quand les films érotiques bénéficient d'une visibilité sur les cha»nes télé nationales à des horaires tardifs certains jours de la semaine, les films pornographiques ou X (nom attribué à la suite de la loi sur le ixage du 30 décembre 1975), se voient ixés (cachés par un effet de gris sur les écrans qui ne permet pas de voir les scènes) ou relégués sur des cha»nes du c%oble payantes. De tous temps, ce qui a été considéré comme pornographique ou érotique est ch%otiable, menacé d'interdiction et comme devant être tenu secret et a l'écart de la société visible afin de respecter une certaine pudeur. Si on regroupe tous les éléments explicités ici, la pornographie serait donc ce qui désigne toute ceuvre mettant en avant des corps nus, dans une posture sexuelle explicite o0 les moindres détails de l'anatomie sont décrits, montrés, exposés a l'ceil du spectateur ou du lecteur dans un désir d'éveil de l'excitation sexuelle chez ce dernier. Quand on remarque à quel point la

7 BAUDRY Patrick, La pornographie et ses images, p.126, Paris, Pocket, Coll. Agora, 2001

pornographie dépend des évolutions culturelles pour qu'on puisse statuer sur la définition qu'on pourrait lui attribuer, cela nous amene a réfléchir sur la maniere dont la société peut jouer un rTMle influent dans la fagon dont la pornographie évolue. En effet, si ce qui a une époque donnée était subversif ne l'est plus dans un autre temps donné, ne peut-on envisager que la pornographie adapte ses contenus aux évolutions culturelles de la société ? Les détracteurs de la pornographie affirment souvent qu'elle aurait des effets négatifs sur la société et influencerait les personnes dans leur vie quotidienne, malgré qu'une récente étude IFOP pour la maison Dorcel8 démontre que seuls 38% des Francais auraient déjà essayé de reproduire des scenes ou des positions vues dans des films pornographiques. Néanmoins, si on note que dans les années 70, montrer une scene de fellation était quelque chose d'audacieux, alors que dans les années 90, cela est devenu comme un parcours obligé du film pornographique, on peut se poser la question de la corrélation possible entre la pornographie et l'évolution de notre rapport a la sexualité dans la société. Qui de la pornographie ou de la société exerce son influence sur l'autre ?

B. Une industrialisation des tendances du sexuel

La preuve par l'exemple ici d'une influence possible de la pornographie dans la vie quotidienne des consommateurs de ce média. Mais tout produit médiatique ne s'inspire-t-il pas de la société dans laquelle il s'inscrit pour la représenter, la sublimer, la dépasser ou la critiquer ? Depuis le début de la commercialisation de vidéocassettes VHS a la fin des années 70, la pornographie s'est affirmée comme une industrie en puissance qui n'a cessé depuis d'étendre son domaine d'activité. A travers les images véhiculées dans ses films, la starisation de ses acteurs et actrices, la promotion de blockbusters, la création d'événéments g cul-turels D... Le monde de la pornographie s'est installé comme un monde parallèle au monde quotidien et qui fonctionne avec ses propres codes.

8

« Sexe, Médias et Société », La grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009

1. Influence de la pornographie ou pornographie influencée ?

Le premier film pornographique sorti en salle, Gorge Profonde (en anglais Deep Throat) sorti en janvier 1972, a cotté vingt-cinq mille dollars à produire et en rapporta six-cent millions. Une des raisons de son succés fut la mise en avant d'une nouvelle technique sexuelle qui donne son nom au film et qui consiste à avaler entièrement l'organe masculin. L'histoire raconte que pendant les mois qui ont suivi la sortie du film, de nombreuses femmes furent hospitalisées aux Etats-Unis du fait de l'envie de leurs partenaires de leur faire réaliser la même prouesse a domicile que l'actrice Linda Lovelace sans entra»nement au préalable. Serait-ce ce genre d'histoires qui aurait engendré une croyance en l'influence de la pornographie sur la vie quotidienne des consommateurs et permis a ses détracteurs d'obtenir du crédit dans leur considération d'une pornographie néfaste pour la société ? Cependant, au vu de toutes les catégories de fantasmes mises en scène dans les films pornographiques, il semble assez exagéré de penser que celle-ci aurait un effet dévastateur sur les actions humaines, ou alors plus aucune femme ne pourrait marcher tranquillement dans les rues. D'autant plus que le discours des Frangais sur le X est distancié : quelque soit leur sexe ou leur %oge, ils considèrent dans leur très grande majorité (84%) que la sexualité présentée dans les films X est éloignée des pratiques sexuelles des frangais. Ainsi la majorité des frangais, y compris les jeunes hommes (81% des moins de 35 ans) savent que cela reste du cinéma et que ce n'est pas la réalité. De plus, 65% d'entre eux estiment que les films ou extraits pornographiques visionnés n'ont pas joué de role dans leur apprentissage de la sexualité. 9 Néanmoins, on ne peut nier une certaine influence de l'imaginaire pornographique dans l'acceptation de certaines pratiques sexuelles au sein des foyers. Si je n'ai pas trouvé de chiffres ou de données sérieuses concernant les pratiques sexuelles des Francais, j'ai pu néanmoins remarquer en feuilletant de nombreux magasines féminins et lors de discussions, que des pratiques telles la levrette ou la sodomie qui sont d'abord apparues fréquemment dans la pornographie ne sont plus de vrais tabous. La question est de savoir si la pornographie a amené ces positions dans les foyers ou si elle a juste démocratisé un tabou déjà bien existant et a contribué à son expansion et à son acceptation ? De la même fagon avec le langage. Certains mots

9

BAUDRY Patrick « La pornographie et ses images » op.cit

comme « bite », « chatte » ou « pipe » sont devenus courants dans le langage populaire et s'expriment de fagon naturelle dans la rue, a la télévision et a la radio. Si la plupart de ces mots en tant que vocabulaire sexuel ont une origine ancienne, la pornographie n'est-elle pas le vecteur essentiel à leur dispersion et à leur démocratisation dans le langage quotidien ? Si la pornographie a un rTMle relatif d'influence sur notre société, qu'en est-il de la société sur la pornographie ? Lorsqu'on observe l'évolution des fantasmes récurrents dans la pornographie, on peut imaginer que les évolutions sociétales contribuent à « la pornographie et ses images » pour reprendre le titre d'un ouvrage de Patrick Baudry. En effet, ce n'est que récemment qu'ont disparu -- mais pas entièrement -- des films pornographiques, les personnages récurrents liés au détournement des autorités civiles : policiers, prêtres, avocats, nonnes, instituteurs... comme si la pornographie tenait le rTMle du libérateur du pouvoir en le tournant à la dérision à travers une satire politicopornographique.10 De plus, les films pornographiques mettent fréquemment en scène des moments de la vie quotidienne en y apposant une sorte de téléguidage fantasmatique o0 la réalité se voit utilisée a de seules fins sexuelles. Elle s'inspire de la vie quotidienne sans pour autant y ressembler d'aucune sorte. Il semblerait que l'industrie du sexe s'inspire et suive les évolutions morales et idéologiques d'une société tout en s'en distanciant pour pouvoir se forger sa propre identité mais également atteindre le but de son entreprise qui est de fournir du fantasme. Ainsi, il semblerait que le rapport d'influence entre la société et la pornographie se situe dans un échange perpétuel de l'un vers l'autre. La société contribue a offrir de la matière a la pornographie qui s'en inspire, mais la pornographie sait s'en distancier pour créer un monde parallèle au monde avec ses propres codes et qui apporte de nouveaux imaginaires et de nouvelles matières à expériences à la société. Une des difficultés aujourd'hui de l'industrie pornographique dans ce rapport d'influence se situe dans l'aisance du monde actuel a dévoiler des corps dénudés ou nus dans l'espace public, sans considérer cela comme foncièrement gênant. Il suffit de regarder les affiches publicitaires de mode ou certaines couvertures de magasines pour se rendre compte que le rapport à la nudité est fortement devenu décomplexé. Dans un tel contexte de libération décomplexée des mceurs sexuelles, ou comme l'expression populaire

10 O'Toole, op.cit., p. 3--5, Le cinéma X, Jacques Zimmer, Paris, La Musardine, 2002

l'affirme « le sexe fait vendre », quel rTMle joue encore la pornographie face à cette société qui semble pourtant s'etre affranchie des tabous sexuels ?

2. Quand l'espace mediatique se Ç porn-erotiseÈ

Il y a une forte tendance médiatique à mettre en avant le bien-être sexuel des personnes. Les magasines féminins regorgent de conseils pour bien vivre sa sexualité, conna»tre les zones érogènes de son partenaire, se découvrir et s'épanouir gr%oce au sexe. Ces magasines contribuent incontestablement à faire régner une atmosphère médiatique o0 la sexualité devient un sujet de débat et d'intérêt populaire clairement revendiqué, tout en préservant une certaine pudeur d'images et de langage, insérant alors notre quotidien dans un espace aux codes qu'on pourrait qualifier de « porn-érotique », o0 la limite n'est jamais franchie de basculer totalement dans l'un et l'autre mais se situe plutôt dans un jeu de suggestions qui s'inspire de l'un et l'autre. Séries télés, couvertures de magasines, publicités, émissions télévisées, clips musicaux... on ne peut nier une certaine sexualisation du quotidien médiatique frangais. Je fus frappée durant mon étude de voir le nombre de unes de magasines féminins avec des dossiers « Sexe », toujours mis en avant sur la couverture avec une police plus grosse et d'une couleur voyante par rapport aux autres rubriques annoncées, comme un phare d'appel a l'achat. Le sexe semble être naturellement intégré à notre quotidien, comme un objet médiatique infraordinaire. De plus en plus, des émissions télé poussent a l'extreme la mise en scene de la séduction comme étape indispensable dont la finalité est l'acte sexuel comme dans le jeu télévisé L'lle de la Tentation. Il n'est pas rare non plus de voir des émissions destinées au grand public inviter des stars du porno pour qu'elles parlent de leur métier ou des reportages aborder des sujets tels que la prostitution, le tourisme sexuel... Le 31 mai 2011, Jean-Marc Morandini invitait Grégory Dorcel, directeur général des productions Dorcel, sur Europe 1 pour débattre sur le sujet « Y'a-t-il trop de sexe à la télé ? » dans l'émission « Le grand direct des médias »11. Selon ce dernier, le sexe n'est pas plus présent dans la sphere publique que par le passé et au contraire, on s'exprime de fagon beaucoup moins libre dessus qu'avant, ce qui

11 MORANDINI Jean--Marc, « Y a--t--il trop de sexe à la télé ? » , Le grand direct des médias, [disponible en ligne : http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Le--grand--direct--des--medias/Sons/Le--grand--direct--des--medias-- Y--a--t--il--trop--de--sexe--a--la--tele--566569/], mis en ligne le 31/O5/11, consulté le 31/05/11

contredit les propos d'auditrices qui se trouvent de plus en plus envahies d'images sexuelles. Néanmoins, il soulève un point essentiel en acquiescant à l'idée que le porno devient comme « à la mode ». En effet, il semblerait que le porno soit devenu « mainstream » aujourd'hui. Par le passé, M6 diffusait régulièrement des films et émissions érotiques le dimanche soir. Canal + diffuse toujours un film X par mois précédé du « Journal du Hard ». Depuis septembre 1995, RDV émet un programme exclusivement consacré a l'érotisme et la pornographie. Aujourd'hui, au delê de la diffusion de programmes classés X, de nouvelles séries télé frangaises grand public sont même apparues ces dernières années, mettant en scène l'univers du X avec une relative décomplexion. Tout d'abord, la série Hard (interdite aux moins de 16 ans), apparue sur Canal + en 2008 dont la deuxième saison a débuté le 30 mai 2011 et qui raconte l'histoire d'une bourgeoise qui découvre a la mort de son mari qu'il l'a faite héritière de sa société de productions de films X dont elle ignorait l'existence. Mais également, plus récemment la série Xanadu a fait son entrée sur le petit écran le 29 avril 2011 sur la cha»ne Arte et met en scène de fagon assez dramatique une famille a la tete d'un empire de la production de films X. On peut aussi mentionner la série événement de Canal + Maison Close, dont les deux premiers épisodes furent diffusés le 4 octobre 2010 et qui, si le sujet s'éloigne de la pornographie, avait pour objectif de mettre en scène la réalité des maisons closes et a majoritairement axé sa communication sur la mise en avant de scènes sexuelles plus ou moins explicites. Si ces séries n'ont pas vocation a etre des séries pornographiques (on n'y voit aucune scène explicite qui puisse être comparable aux scènes des films pornographiques bien que le langage employé soit souvent cru), elles sont représentatives d'une tendance actuelle médiatique qui génère « une ambiance plus sexuelle que la nudité elle-même 0 comme l'affirme Morandini dans son émission citée plus haut. En effet, certaines affiches publicitaires ne se cachent pas de faire explicitement référence à des codes « pornosexuels » entendus de tous [cf Annexe 1]. Il en est de même pour certaines publicités télévisées, comme la dernière campagne de la marque Schweppes qui met en scène une Uma Thurman dans un rTMle très sexualisé, ou proposer de boire un Schweppes se confond d'ambigiiité avec une incitation a faire du sexe, mais bien évidemment « what did we expect ». Un ensemble de boutiques de Paris spécialisées dans la vente de sextoys ou objets sexuels, sont situées dans les quartiers populaires et visitées du grand public. Ces boutiques, qui arborent une décoration plus proche de la boutique de bonbons que du magasin sexuel

s'assument comme boutiques mainstream et sont recherchées par les internautes qui se conseillent entre elles sur un ensemble de forums pour trouver « le bon plan ». Certaines de ces boutiques s'érigent même comme des supermarchés du sexe comme c'est le cas de la boutique Rebecca Rills qui s'auto-proclame « supermarché érotique » située dans le 18è arrondissement de Paris et assument leur intention de donner a l'achat de produits érotiques un caractère banal et naturel. On peut même lire sur le site internet de cette enseigne cette description : « Avec Rebecca Rills, nous avons souhaité nous adresser à une clientele grand public majeure. Mais surtout, nous avons réussi a banaliser l'achat de produits erotiques, permettant a tout un chacun de se sentir a l'aise dans nos magasins ». Détenir des objets sexuels ne doit plus être un tabou mais un achat équivalent a un autre parmi les courses du quotidien. C'est un tournant qu'avaient par ailleurs compris de fagon avant-gardiste les catalogues de vente par correspondance (La Redoute, Les 3 suisses...) qui présentaient toujours en fin de catalogue un ensemble de vibromasseurs a commander, entre d'autres outils ménagers et électroniques du quotidien. On voit même des boutiques pousser a l'extrême le désir de reconnaissance comme marques légitimes a travers une utilisation du client comme vecteur de communication de la marque. De la même fagon que de grandes enseignes utilisent la personnalisation des sacs de courses pour donner au consommateur un caractère revendicateur de son appartenance à l'enseigne, la boutique Condomi en Allemagne donne l'opportunité a ses consommateurs de porter un sac qui représente explicitement la marque avec des images osées et non dénuées de dérision [cf Annexe 2]. En somme, en sortant de la boutique avec mon sac, j'affirme que je vais chez Condomi et je l'assume. Une assomption qui traduirait qu'on accepte l'être sexuel et sexué qu'on est et les désirs qui en découlent. Au-delê des images ou même de l'espace visible, un autre aspect du quotidien contribue à cette « porn-érotisation », il s'agit du langage que nous avons déjà évoqué précédemment (cf p.16) et qui n'est pas inamovible mais au contraire est en perpétuelle évolution, surtout depuis l'avènement des sites de streaming porno qui mettent en avant de nouveaux codes de langage. Cette plus grande assomption a l'égard du sexe, cette accoutumance a la mise en avant de corps nus, sexualisés et faits pour attirer le regard (peut-être un peu trop, n'en rappelle la suppression de la dernière campagne de publicité de la marque de sousvêtements Passionata, dont la rumeur courait qu'il y aurait eu une augmentation de 21% des accidents de la route à cause de son affichage [cf Annexe 3], ne porte-t-elle

pas préjudice au porno ? Si le sexe devient un sujet de plus en plus courant, son rôle de catharsis, d'accoucheur de désirs refoulés n'est-il pas cannibalisé par un monde ou la nudité et la crudité semblent prendre de plus en plus de place ? Cette industrie qui fonctionnait sur un principe de discrétion et de difficulté d'acces a un contenu sensuel et sexuel dont elle seule a le privilege se retrouve aujourd'hui a devoir cohabiter et se démarquer face à un espace médiatique qui semblerait presque censuré de sexualité. Si cette sexualisation du quotidien reste finalement assez soft, un médium s'érige comme concurrent direct de l'industrie pornographique : Internet. Paul-Jérôme Renevier affirme que « si le porno traverse une crise sans précédent, c'est précisément parce qu'on n'avait jamais vu autant de femmes s'exhiber a poil sans aucune contrepartie financiere »12. Cette réflexion pointe le problème majeur actuel du monde pornographique, qui est la floraison de nombreux sites internet qui dévoilent des contenus pornographiques diffusés gratuitement et dont le contenu mêle des vidéos d'amateurs, s'exhibant pour le plaisir de l'exhibition et non pour le désir de financement a des vidéos de professionnels. Plus d'un foyer sur deux étant connecté a Internet aujourd'hui, la capacité d'audience de ces nouveaux acteurs appelés « xtubes » ou « porntubes » est considérable et ne cesse de poser des questions sur la place grandissante qu'occupe le porno dans notre quotidien et de plus en plus notre cyber-quotidien.

12 RENEVIER Paul Jérôme, « Bienvenue à Pornoland », p.114, Paris, Res Publica, Novembre 2009

II/ Pornographie et Nouvelles

Technologies de l'Information et de la

Communication (NTIC) : un croisement

« chiasmique » ?

Si Internet semble bouleverser négativement un ensemble d'acquis de l'industrie pornographique traditionnelle, celle des DVD et des studios de production, en l'obligeant a faire face a une concurrence de taille : les user generated content (UGC) ou contenus générés -- gratuitement -- par l'utilisateur, en lui faisant affronter une crise économique importante (plus de 20% des ventes provenant de l'industrie pornographique reviennent désormais au Web. Soit 500 millions d'euros sur des revenus annuels 2006 estimés à 2, 3 milliards d'euros par AVN Media Network, spécialisé dans le secteur du X), ce ne fut pas toujours le cas. Bien au contraire, jusqu'a présent le web profitait au marché juteux de la pornographie qui a su très vite exploiter ce médium. Pop-ups, spams, système de paiement en ligne ou encore live chat... le porno a permis le développement, l'expansion et le succès de nombreuses innovations devenues aujourd'hui courantes sur la toile. Etonnant ? Pas vraiment, car l'histoire de l'industrie du X montre qu'elle a toujours su au fil des années s'adapter et tirer bénéfice de chacune des évolutions technologiques de la société, contribuant même à chaque fois à l'amélioration et a la démocratisation du succès de ces dernières. Si bien qu'on peut se demander si mettre en parallèle la pornographie et les NTIC, ne reviendrait pas à établir une sorte de chiasme entre deux réalités intrinsèquement liées. Pourtant, une guerre tacite oppose un Internet qui prétend toujours vouloir se débarrasser de l'adjuvant inavouable qu'est la pornographie et s'érige en ennemi hypocrite de cette industrie qui a aidé a son développement, tandis que l'industrie pornographique tente de vaincre le fléau économique qu'engendre les évolutions d'un Internet qu'il contribue à développer.

A. Thank you porn ! ou un essor technologique precipite par l'industrie du ;

De nombreuses technologies qui ont eu un fort impact sur notre quotidien, depuis le Minitel jusqu'a Internet doivent bon nombre de leur succès et évolutions a l'industrie du X. Cette dernière a toujours vu le potentiel résidant dans chaque technologie pour ses propres bénéfices, mais par la même occasion a permis à de nouveaux marchés de s'étendre de fagon exponentielle dans la société et de bénéficier d'innovations indéniables. Plusieurs outils d'Internet aujourd'hui ont été en premier lancés et expérimentés avec succès par l'industrie X avant de s'étendre a d'autres contenus grand publics.

1. Une industrie avant-gardiste des nouvelles technologies

A chaque fois qu'une nouvelle technologie est apparue, l'industrie pornographique a su la prendre au tournant et adapter ses formats afin de pouvoir exploiter au mieux les nouveaux médias à disposition. Lorsque différents formats de cassettes vidéo se commercialisent en France à la fin des années 70 (diffusion grand public de la VHS en 1976), l'industrie du X opte très vite pour la cassette VHS et commence à enregistrer ses films sur ce format privilégié. Dès lors, le marché de la cassette VHS va exploser et entre les années 80 et 90, la VHS va largement dominer les autres formats de vidéocassette et les faire dispara»tre. C'est ainsi que la cassette et par extension le magnétoscope entre de fagon majoritaire dans les foyers et devient la norme la plus commune pour la vidéo familiale à travers le monde entier. Il faut savoir que 70% des cassettes achetées dans des catalogues non spécifiquement pornographiques sont classés X à cette époque, élevant le chiffre d'affaires annuel du marché aux environs de 500 millions de francs (environ 80 millions d'euros). Cette généralisation du média a pu donner naissance à un nouveau marché, celui de la location de vidéos qui a fleuri dans les années 90. Les producteurs de X, encore peu nombreux entre les années 70 et 90, ont pu faire des profits considérables gr%oce au tarif des cassettes, vendues en moyenne cinq-cents francs pièce, soit soixante-quinze euros, contre trente euros aujourd'hui pour un

DVD. De la même fagon, lorsque dans les années 90 est lancé le Minitel (terminal destiné à la connexion au service frangais de Vidéotex (service baptisé Télétel), le business du sexe investit ce nouveau médium en proposant des services de téléphonie dits rose, permettant d'être mis en contact téléphonique avec des hTMtesses dont le but est de faire fantasmer le client en ligne. Or, ces services surtaxés (75 centimes de francs toutes les 45 secondes) généraient cinq millions d'appels par an, avec cent mille heures de connexion sur le Minitel par mois. leur succés a fortement contribué aux bénéfices de l'industrie du X mais également du Minitel. Cet engouement des consommateurs pour le Minitel rose créa d'ailleurs la polémique en France et en mai 1987, le Ministre de l'Intérieur Charles Pasqua dénonce au nom de la protection des mineurs les dérives des gérants portés par des énormes intérêts financiers, basés sur l'apologie du sexe.13 Puis vint le CD-ROM ou encore le CDI (Compact Disc Interactive) dont 40% des ventes étaient classées X.14 Aujourd'hui, le business du porno pénètre une nouvelle technologie de pointe : la 3D. Nous en sommes encore a l'époque des balbutiements, néanmoins ces balbutiements sont déjà bien ma»trisés et les premiers essais annoncent un avenir prometteur. Le premier film catégorisé pornographique en 3D, sorti en salles en avril dernier à Hong Kong et intitulé « 3D Sex and Zen : Extreme Ecstasy », a enregistré un score record de bénéfices. En quelques heures, plus de 30 000 spectateurs se sont déplacés pour voir le film. Alors que la sortie d'Avatar de James Cameron détenait jusque-là le record de la journée d'exploitation la plus lucrative a Hong-Kong avec 2,63 millions de dollars hongkongais (232 000 euros environ), ce premier film porno 3D l'a détrôné en amassant 2,78 millions de dollars HK de recettes (soit 246 000 euros environ) en l'espace de 24H. En France, la premiere société de production pornographique et leader européen de films pour adultes, la société Marc Dorcel, se lance également dans le marché de la 3D avec un premier film en 3D qui devrait sortir en septembre intitulé Shortcut et travaille sur la production de 90h de contenu X en 3D. Alors que les grandes marques de téléviseurs développent de plus en plus des écrans compatibles avec la 3D, n'est-il pas possible d'imaginer que la révolution de la 3D puisse également venir de la consommation de ces innovations

13

CAMPANA Michel, « Le Minitel Rose, en plein boom, n'est pas au gout des elus », Live2Times, [disponible en ligne : http://www.live2times.com/1987--le--minitel--rose--cree--la--polemique--au--sein--des--elus--e----10694/] consulté le 06/05/11

14

BAUDRY Patrick, « La pornographie et ses images » op.cit

pornographiques ? Car à travers les faits énoncés ici, l'interaction forte qui appara»t entre la demande, l'offre et la technologie de pointe, montre qu'un lien intrinsèque semble lier la « porn-innovation » et la « techno-innovation ». L'imprégnation forte et massive du sexe au sein de nos sociétés semble etre guidée par l'avancée technologique et etre à la fois une donnée de base de cette avancée technologique. Parmi ces évolutions importantes que nous venons de citer, il en manque néanmoins une qui n'est pas la moindre des évolutions technologiques : Internet. Qu'en est-il de l'adaptation et de la contribution de la pornographie sur ce média alors que très rapidement, le terme cybersexe est entré dans le langage commun pour désigner les activités liées au sexe sur Internet. A la suite des faits que nous venons d'aborder qui mettent en exergue la relation étroite entre nouvelles technologies et nouveaux formats de sexualisation de l'espace, le cybersexe semble apparattre comme une suite logique de cette double avancée techno-sexuelle. Comment la pornographie at-elle donc pris le tournant du web ? Comment réussit-elle à se mouvoir avec les évolutions de ce média en constant devenir ?

2. Le cybersexe, ma»tre de la toile ?

Selon Lewis Perdue, "without business and technical pioneers in the online sex business, the World Wide Web would never have grown so big so quickly." 15 En effet, si l'industrie du divertissement pour adultes n'est pas a l'origine des innovations technologiques cruciales du web, elle a néanmoins contribué au développement d'un certain nombre de ses outils devenus aujourd'hui courants et essentiels et qui ont formé le web tel que nous le connaissons. Parmi ces outils, certains sont des outils favorables et d'autres sont défavorables a l'utilisateur, néanmoins chacun d'eux a pu apporter et continue d'offrir la consistance actuelle que l'on connait du web. Nous allons voir un panorama de sept fagons principales dont la pornographie a modifié la navigation sur le web16 :

15 PERDUE Lewis, "EroticaBiz : How sex shaped the /nternet", Copyright 2000--2006 by IdeaWorx [disponible en ligne : http://www.eroticabiz.com/], consulté le 04/01/11

16 Ces données sont issues de l'article de TYNAN Dan, « Thank you, porn ! 12 ways the sex trade has changed the web", PC World,[disponible en ligne : http://www.pcworld.com/article/155745-- 3/thankyouporn12waysthesextradehaschangedtheweb.html], mis en ligne le 22/12/08, consulté le 04/01/11

1. Système de paiement en ligne

C'est au milieu des années 90 qu'un dénommé Gordon met en place le premier système de paiement électronique en ligne et fait fortune en prenant des commissions sur les ventes de nombreux sites classés X dont le site ClubLove, qui diffusa la sextape de l'actrice Pamela Anderson et son ex mari Tommy Lee Jones. Selon l'institut de recherche Forrester, les internautes dépensèrent 1,3 milliards de dollars en ligne en 1999, ce qui représentait 8% du commerce en ligne a l'époque et plus d'argent que représentait les achats de livres ou de voyages en ligne.

2. Contenus diffusés en streaming

Bien avant que Youtube ne propose une plateforme de vidéos en streaming, l'industrie du X fut la première à utiliser le push de vidéos jpeg qui fonctionnait directement dans le navigateur sans passer par un plugin pour mettre en avant des images d'actrices. Lewis Perdue affirme d'ailleurs dans EroticaBiz que "Without programming pioneers trying to perfect video streaming software that would deliver images of copulation and procreation to paying customers hooked up with a 28.8kbps dial-up modem, it is unlikely that CNN would be effectively delivering news clips of global breaking news".17

3. Chat video

Les sites X ont très vite compris l'avantage pour eux de développer un service de vidéo chat pour améliorer l'expérience consommateur. En effet, pourquoi se contenter de regarder des vidéos de personnes nues alors qu'il serait possible de créer de l'interaction avec ces mêmes personnes ? Mark Frieser, co-fondateur du site MyVlProom.com a pu affirmer que l'industrie pour adultes est effectivement pionnière dans cette technologie.

4. Connexions à haut débit

Dans les premières années du Net, les consommateurs de porno en ligne étaient les
plus friands d'obtenir une rapidité plus forte de connexion pour pouvoir accéder
rapidement à des contenus dont le but est la satisfaction masturbatoire rapide. Selon

17 PERDUE Lewis, "EroticaBiz : How sex shaped the /nternet" Ibid.

un rapport du New York Times en octobre 2000, environ 20% des connectés hautdébit d'AT&T payaient pour voir du « vrai sexe en direct » pour une moyenne de 10$ par film. Une étude de Nielsen/Netratings en 2003 affirme que le partage de musique en ligne et la pornographie sont les facteurs les plus importants de la pénétration du haut débit en France.18

5. Optimisation du traffic

Bien avant que des sites d'agrégation de trafic tels que Digg ou des réseaux d'affiliation publicitaire comme Google Adsense ne voient le jour, les sites pornographiques avaient trouvé les premiers le moyen d'amasser du trafic important sur leurs sites gr%oce à un système de partage de liens, de consommateurs et d'affiliation de revenus entre eux. Selon Frieser, ce phénomène reprend aujourd'hui de l'ampleur en partie a cause de la perte de gains enregistrée sur les sites payants par rapport aux nouveaux sites qui proposent des contenus gratuits.

6. Piratage de navigateurs

L'industrie pornographique n'a pas apporté que des solutions positives au web. Elle fut également l'instigatrice de techniques malveillantes comme le moyen de générer des revenus à travers l'utilisation de logiciels espions pour pirater par exemple le navigateur par défaut d'un internaute et le diriger vers un faux moteur de recherche contenant des publicités pay-per-click de sites pour adultes.

7. Pop-ups, pop-unders, mousetrapping

Des lors qu'on visite certains sites pornographiques, il peut devenir difficile de le quitter, a cause d'applets qui prennent le contrôle du navigateur de l'internaute pour mettre en avant des publicités ou pour lancer de nouvelles fenêtres simultanément des lors que l'internaute tentait d'en fermer une.

Ces évolutions majeures ont contribué à construire le paysage Internet auquel nous
sommes habitués et soulignent la relation qui existe entre Internet et le business du
sexe. Pourtant, ce lien continue de sembler inavouable et inadmissible. Exemple

18 BBC News, "Porn and music drive broadband", BBC, [disponible en ligne : http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/2947966.stm], mise en ligne le 30/05/03, consulté le 04/01/11

avec le classement Hitwise qui lors de la diffusion de son Top 10 des sites les plus consultés en 2010 a dissimulé les 3 sites pornos présents en réalité dans le top 10 avec comme leader le site de visionnage gratuit Youporn.com, comme l'a révélé anonymement un grand opérateur frangais.19 Pour quelles raisons dissimuler de telles données ? Est-ce par peur de la faire de la promotion à ces sites ? Est-ce par désir de lutter contre la présence de la pornographie sur Internet ? Est-ce pour minimiser la présence du sexe sur Internet ? Dans tous les cas, ces données semblaient de toute évidence difficiles a croire quand on sait qu'un quart des requêtes effectuées sur les moteurs de recherche en ligne sont liées au sexe. Audelà du lien existant entre l'industrie pornographique et la technologie, nous devons de ce fait nous poser également la question du rapport au porno des internautes. Quel est leur attitude face à la prolifération de ce type de contenus ? Quels changements le porno web a instauré dans leur consommation pornographique ? De plus, la presence du sexe sur Internet pose une question d'ordre ethique : qu'en est-il de l'exposition des mineurs a ce contenu ? Avec l'avènement du Porn 2.0 et ses sites de contenu gratuit, que nous réserve le porno sur Internet ?

B. The Internet is for porn I ou l'ere de la revolution sexuelle numerique

Principe d'anonymat du consommateur, une offre et un accès sans aucune limite géographique ou de temps, des coats de distribution fortement minimisés par rapport à la distribution traditionnelle offline, une exposition relativement limitée aux tentatives de censure... le web représente de nombreux avantages pour le cybersexe. On considère aujourd'hui qu'entre 10 et 30% des sites existant ont un lien avec la pornographie20 et 42,7% des internautes regardent du porno21. Le constat que dressent en chantant les marionnettes dans la comédie musicale américaine

19 Challenges, 29 avril 2010

20BCEUF Benjamin, « Le Porn 2.0 contre l'industrie du X », EconomieMagazine,[disponible en ligne :

http://economiemagazine.fr/actualites/le--porn--2--0--contre--l%E2%80%99industrie--du--x], mise en ligne le 22/09/09, consulté le 03/03/11

21 Chiffre issu d'une Infographie disponible en ligne : http://www.onlinepsychologydegree.net/porn--addiction-- in--america/ et consultée le 20/02/11

Avenue Q est-il donc vrai ? Peut-on nous aussi scander que « The Internet is for porn » [cf Annexe 4] ?

1. Le porno, le lien inavouable entre l'internet et l'internaute

A l'occasion du 30ème anniversaire des vidéos Marc Dorcel, une première grande étude a été réalisée en septembre 2009 par l'IFOP auprès de 1016 Frangais %ogés de 18 ans et plus, pour déterminer leurs comportements et pratiques en matière de films pornographiques. Il en ressort que la quasi-totalité des personnes interrogées (89%) admettent avoir déjà visionné un film X et plus de huit femmes sur dix (83%)[cf Annexe 5], reconnaissent en avoir déjà vu un, sachant qu'aujourd'hui le web occupe une place centrale dans cette consommation. In est intéressante de voir également la propension qu'ont les couples a regarder un film pornographique ensemble (si un homme demandait à sa partenaire de regarder un film X, deux femmes sur trois y seraient disposées). L'émergence des chaines cablées avait déjà amorcé l'expansion du porno au sein de la société, mais la démocratisation d'Internet a permis un accès facile et banalisé aux contenus pornographiques. Les sites Internet gratuits sont désormais le principal moyen d'accéder aux films (45%) devant Canal + (35%), les DVD achetés (22%) ou empruntés à des proches (24%). Le web est également le principal outil utilisé pour se procurer des DVD (44%), devant les vidéoclubs (33%) ou les sex-shops (14%). Chaque seconde ce sont plus de 28 000 internautes qui regardent un contenu pornographique sur Internet avec les EtatsUnis en première ligne22 et 3000 dollars qui sont dépensés en porno web. L'outil Internet FilterReview estime que le nombre de sites Internet pornographiques est de 42 millions, tandis que Nielsen/NetRatings affirme que sur un seul mois, entre 45 et 50 millions d'Américains visitent des sites aux contenus pornographiques23 et en 2007 on estimait que 260 nouveaux sites pornographiques étaient mis en ligne

22 BFUF Benjamin, « Le Porn 2.0 contre I'industrie du X » Art.cit

23

SCHAER Katja, « Le Web fait main basse sur les revenus du porno », Bilan, [disponible en ligne :

http://www.bilan.ch/enjeux/le--web--fait--main--basse--sur--les--revenus--du--porno] pas de date de mise en ligne, consulté le 02/04/11

chaque jour24. Selon le classement Online MBA, en 2010, on estime que 12% des sites web sont des sites pornographiques et 25% des recherches sur les moteurs de recherche sont reliées au porno (soit environ 68 millions par jour)25. Aujourd'hui, le cinéma pour adultes est un phénomène de masse, largement répandu au sein de tous les milieux, mais également parmi toutes les générations d'age. Les 12-17 ans seraient parmi les plus gros consommateurs de X en ligne selon des données fournies par Good Magazineü avec 90% des 8-16 ans qui se connectent à domicile26. Des données qui sont par ailleurs paradoxales avec l'étude Marc Dorcel qui affirme que l'age moyen du premier visionnage reste élevé (24 ans en moyenne). Bien qu'on puisse expliquer ce fait par la présence forte des seniors dans l'étude qui par le passé avaient un accès plus difficile au X et par l'absence de mineurs interrogés, la question se pose de l'impact du cybersexe sur la protection des mineurs.

Légalement, en France, la diffusion d'un message dit « à caractère pornographique » et « susceptible d'être vu ou pergu par un mineur » est passible de trois ans d'emprisonnement et 75 000e d'amende27. Avec Internet, la difficulté se complique pour la loi car ce qui est susceptible d'être vu par un mineur, l'est majoritairement parce qu'il est accepté qu'il soit vu par les majeurs. SI ce problème se pose même pour les supports pornographiques hors ligne, il est d'autant plus important sur Internet car les mesures de restrictions d'accès aux contenus pour adultes sont pour l'instant insuffisantes (demander a l'internaute sur le principe de bonne foi s'il est majeur n'est certainement pas une mesure suffisante) et limitent la vérification du consentement des personnes dans la diffusion de ces vidéos. La mesure la plus importante en termes de tentative de protection des mineurs face à la pornographie sur Internet a été prise récemment par l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN). En effet, cette administration américaine a

24ARRINGTON Michael, « Internet Pornography Stats », Techcrunch,(disponible en ligne :

http://techcrunch.com/2007/05/12/internet--pornography--stats/] mise en ligne le 12/05/07, consulté le 01/02/11

25ABRY Vincent, « Porno sur Internet : Statistiques 2010 », VincentAbry [disponible en ligne :

http://www.vincentabry.com/porno--internet--statistiques--industrie--adulte--9073], mise en ligne le 03/06/10, consulté le 05/05/11

26BWELE Charles, « Porno moyeur : les chiffres », AgoraVox, [disponible en ligne :

http://www.agoravox.fr/culture--loisirs/culture/article/porno--moteur--les--chiffres--25290], mise en ligne le 04/06/07, consulté le 01/05/11

27Nouveau Code Pénal, art. 227--24

autorisé le 21 mars 2011 l'extension .xxx (au même titre que les extensions de sites .com, .org ou .net) pour les sites pornographiques. Ces extensions ne seront disponibles que pour les sites pour adultes mais leur adoption n'est pas obligatoire. Ce projet qui date de 2004 mais avait été maintes fois rejeté et repoussé, aurait pour avantage de permettre un contrôle parental simplifié en mettant en évidence la nature du site visité. De plus, l'organisme a but non lucratif chargé de réguler le .xxx, l'IFFOR (International Foundation For Online Responsibility), sera composé entre autres d'un représentant de la protection de l'enfance. Pourtant, tandis que des grands noms de l'industrie pornographique se soulèvent contre cette mesure qu'ils considèrent comme un moyen évident de censure de leur travail, de nombreuses institutions opposées a la pornographie (religieuses ou de protection de l'enfance) s'y opposent également, craignant au contraire qu'une telle décision ne légitime encore plus la présence pornographique sur le web et ne fasse fleurir de plus belle son marché. Dans tous les cas, ce qui est certain est que cette mesure tend à créer un domaine d'exclusivité a la pornographie sur Internet. Seulement, encore une fois ne sommes-nous pas face à un discours hypocrite et d'apparence ? En effet, à quoi bon créer des domaines en .xxx, si de toute manière ils ne sont adoptés que sur la base du volontariat ? Est-ce vraiment un désir de trouver une solution a l'exposition pornographique ou un moyen de l'Etat de générer des revenus grace a ce qu'il suppose vouloir écarter (chaque adresse devrait être facturée 70 dollars par an, or plus de 200 000 URL ont déjà été pré-réservées) ? De plus, « tout le monde sait qu'il ne peut y avoir « d'accès zéro È à la pornographie pour les jeunes, s'il y a accès libre pour les adultes. Pour empêcher complètement les jeunes d'accéder a la pornographie (douce ou violente), il faudrait donc l'interdire aux adultes28. È Or, sous quels principes la pornographie pourrait-elle être interdite quand on sait que sa définition pose déjà le problème de la subjectivité idéologique de chacun ? En plus de cela, comme le souligne le discours principal et récurrent des acteurs du porno, il ne faut pas oublier l'importance du rôle des parents également dans cette exposition a la pornographie. Plutôt que de vouloir éradiquer l'indéracinable, peut-être faudrait-il que les parents prennent conscience de leur côté des risques d'exposition de leurs enfants si cette exposition les horrifie. Alors que selon le Baromètre Calysto Ç Enfants et Internet », 89% des 11-13 ans et 93% des 13-17 ans ont Internet à la

28 OGIEN Ruwen, « Penser la pornographie », p.140, Paris, PUF, Coll. Questions d'Ethique, Oct 2003 (1ère édition), Juin 2008 (2ème édition)

maison29, l'enquête Dorcel montre que 63% des personnes ayant déclaré avoir un enfant de moins de 15 ans au domicile n'ont pas installé de logiciel de filtrage parental et que seulement 52% d'entre eux ont un code d'accès parental sur leur ordinateur [cf Annexe 6]. De plus, si les moyens d'exposition de la pornographie évoluent en parallèle voire en conséquence des évolutions technologiques qui intègrent notre quotidien, faudrait-il interdire notre société d'avancer sous prétexte que la pornographie en tirerait profit ? La pornographie, comme nous l'avons déjà évoqué en première partie de cette étude avance avec son temps et ce qui prétend essayer de la supprimer, ne cesse en fait de l'alimenter rien qu'en étant. Aujourd'hui, à l'instar du phénomène global qui se passe sur le web, les médias sociaux envahissent à leur tour le monde de la pornographique. La prise de pouvoir du contenu par l'utilisateur lui-même a envahi le marché et le pouvoir pornographique sur Internet ne vient plus majoritairement d'acteurs qui subvertiraient des consommateurs happés par une offre tentante, mais de sites o0 les consommateurs génèrent eux-mêmes le contenu pour le partager avec les autres internautes. Pour se démarquer au sein de cette tendance, les voix du porno traditionnel s'élèvent et investissent à leur tour la vague sociale pour éviter de perdre pied.

2. Le Web 2.0 est né, a mort le Porn 2.0 !

Si comme nous l'avons vu précédemment dans notre étude, l'industrie pornographique a su s'adapter jusqu'à présent au média Internet avec un réel succès, elle souffre aujourd'hui des nouveaux modes de consommation qui ont envahi le web. A l'instar de l'industrie musicale ou cinématographique classique, l'industrie pornographique doit faire face au fléau de la diffusion gratuite de ses contenus à travers la toile. Le téléchargement illégal à travers des liens BitTorrent fut le premier fléau auquel s'attaquer, mais depuis l'arrivée dès 2005 de ces nouveaux sites appelés Ç porntubes È ou Ç Xtubes 0 et qui s'inscrivent dans le courant plus large du Porn 2.0, la concurrence s'est accrue. Le Porn 2.0 ou Social Porn est appelé ainsi en référence au courant actuel Internet du Web 2.0, duquel il s'inspire et

29Baromètre CALYSTO, en partenariat avec LA VO/X DE L'ENFANT, « Enfants et Internet », [disponible en ligne : http://www.tousconnectes.com/wp--content/uploads/2010/12/Barometre--Calysto--Enfants--Internet--

d%C3%A9cembre--2010.pdf], mis en ligne en décembre 2010, consulté le 15/02/11

ou l'internaute n'est plus seulement consommateur des produits en ligne mais également fournisseur, acteur et créateur de ces contenus. Ces sites se sont principalement inspirés du modèle UGC (User Generated Content) du site Youtube (d'o0 le nom de « Xtube » ou « porntube » pour les désigner) pour mettre en avant leurs contenus : l'internaute poste lui-même des videos en streaming que l'on peut visionner en intégralité et ceci gratuitement. Et c'est justement là que se situe le problème majeur actuel de l'industrie pornographique traditionnelle, car ces sites proposent désormais des milliers de vidéos à visionner et enregistrent des millions de vues par jour. Quand auparavant l'internaute devait souscrire a un abonnement en ligne sur un site pornographique pour accéder à son contenu, ou acheter un DVD en ligne, aujourd'hui il lui suffit d'entrer sur un de ces sites pour avoir une quasitotalité de contenus gratuits. Alors qu'avant chaque categorie de fantasmes recherchée necessitait parfois un abonnement unique, aujourd'hui chacun peut avoir accès à une multitude de types de vidéos et de pratiques sexuelles en quelques clics sur un même site et ceci sans rien débourser. Et l'engouement actuel des internautes pour les videos amateurs du genre n'est pas pour désavantager ces sites, qui se procurent ainsi gratuitement des videos sans droits d'auteurs fournies par l'internaute en quête d'exhibition et satisfait a la fois un public qui en est à la recherche. J'ai pu interviewer Guillaume, un jeune acteur du Social Porn qui s'est lance dans l'entreprise depuis peu en ouvrant en 2007 son propre site Internet de streaming uniquement composé de vidéos amateurs. Il affirme avoir débuté ce projet pour se faire de l'argent de poche car selon lui « le domaine de la pornographie est celui qui rapporte le plus » et explique avoir décidé de présenter essentiellement des vidéos amateurs par souci de « montrer des vidéos de qualité, oil les partenaires sont respectés et prennent du plaisir » [cf Annexe 7]. Si son site ne lui rapporte pas assez pour qu'il puisse en vivre, le site lui génère neanmoins entre 200€ et 300€ par mois. Un des avantages essentiel de ces sites est qu'ils préservent totalement l'anonymat des consommateurs. L'internaute a un accès illimité a un catalogue qui semblerait presque infini sans avoir à fournir aucune donnée personnelle. Or, si l'industrie pornographique communique traditionnellement sur sa capacité de discrétion (emballage discret des colis, environnement secret des sex-shops...), les sites porno ne respectent pas entièrement cette promesse, dès lors ou il est nécessaire de fournir ses coordonnées bancaires en souscrivant à un abonnement pour avoir accès au contenu. De plus, la conjoncture technologique actuelle est favorable à ces sites,

car les FAI (Fournisseurs d'Acces a Internet) proposent des connexions aux débits de plus en plus rapides, ce qui permet à ces sites de proposer un temps de chargement qui ne frustre (presque) pas l'impatience de leurs consommateurs, ainsi que des vidéos qui peuvent parfois etre d'une qualité comparable a celle des DVD. Par conséquent, les internautes s'habituent a consommer un catalogue complet de vidéos gratuitement et l'économie traditionnelle du porno en parallèle voit ses revenus chuter. Les revenus de production traditionnels accusaient en 2006 une perte de plus de 15% de leurs revenus et en 2008 les ventes de DVD pornographiques ont chuté de 22% aux Etats-Unis. En réaction, l'industrie traditionnelle X se ligue pour trouver des solutions afin de lutter contre ce qu'elle considère comme un fléau pour son économie. Une réunion ayant eu lieu en octobre 2010 en Arizona qui réunissait de nombreux studios de production se donnait pour objectif de réduire significativement le « piratage numerique des contenus pour adulte et s'attaquer vraiment à ceux qui se livrent au piratage de ces contenus d'ici janvier 2012 »30. On ressent comme un certain désespoir de la part de ceux qui travaillent dans le domaine, on a même pu entendre un acteur de films porno dire que « le porno va mourir » et de renchérir qu'il était désormais obligé d'enchainer les petits boulots en plus à côté pour subvenir à ses besoins. Les producteurs se sentent désormais contraints de prendre la voix pour défendre leurs droits. En 2009, l'entrepreneur Kevin Cammarata qui édite plusieurs sites payants pour adultes a porté plainte contre le site gratuit Redtube estimant que le site constitue une infraction à la loi californienne sur la concurrence déloyale. Mais la cour d'appel californienne avait relaxé Redtube, jugeant que cette procédure était assimilable à une attaque contre le First Amendment qui garantit la liberté d'expression car « la publication d'une vidéo sur Internet, qu'il s'agisse d'un adolescent qui joue au football ou d'un film pornographique, est une application de la liberté d'expression »31. En janvier 2009, deux géants de l'industrie pornographique, Larry Flint (fondateur du magazine Hustler) et Joe Francis (éditeur de la série de vidéos Girls Gone Wild) ont même demandé au Congrès des EtatsUnis d'adopter un plan de sauvetage de 5 milliards pour l'industrie pornographique affirmant que le pays ne peut pas laisser s'effondrer une industrie de 13 milliards de

30 Julien L., « L'industrie porno entend mettre une terme au piratage d'ici 2012 » Art.cit

31LeMonde.fr, « Le porno gratuit n'est pas une concurrence deloyale », Le Monde, [disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/03/le--porno--gratuit--n--est--pas--une--concurrence-- deloyale1474846651865.html] mise en ligne le 03/02/11, consulté le 03/02/11

dollars. Mais peut-on imaginer les gouvernements soutenir et protéger une industrie qu'ils s'évertuent à montrer du doigt ? Aujourd'hui les Xtubes ont une telle prédominance sur le consommateur qu'il est devenu impossible pour l'industrie traditionnelle de les ignorer. Un signe marquant de cette influence se vérifie lorsqu'on regarde sur l'outil Google Trends la fréquence a laquelle les internautes recherchent le mot « Porno » en France par rapport au mot « Youporn » [cf Annexe 8] et on remarque que le second l'emporte sur le premier. Ces marques ont donc désormais dépassé le concept initial comme référence de l'univers pornographique pour les consommateurs. De ce fait, plutôt que de tenter de le supprimer en vain, le porno tente de s'adapter a ce nouveau système médiatique et de tirer profit de ce nouveau marché qui s'ouvre et lui impose de repenser son modèle économique.

III/ Le Porn 2.0, moteur de

démocratisation et d'innovation

Le Porn 2.0, en s'inspirant des nouveaux codes du web, impose des nouveaux codes au monde pornographique. En démocratisant largement l'accès aux contenus pornographiques, le Porn 2.0 a modifié les habitudes de consommation pornographique des internautes et par là même a modifié le rapport à la pornographie des consommateurs. En devenant un phénomene social, accessible à tous avec une discrétion absolue, le porno est devenu un produit de consommation courante que les internautes se sentent désormais en droit de pouvoir consommer à leur guise. Un des points forts essentiels de ces sites est qu'ils ont su traduire le besoin libertaire des internautes qui s'était ressenti a travers le web 2.0 au moment opportun et avec efficacité en l'adaptant aux différents désirs de ses multiples publics. Si l'industrie du X enregistre des pertes de chiffres d'affaires conséquentes

du fait de la perte d'usage des consommateurs de payer pour du contenu de qualité et la force a redéfinir un modèle économique, l'arrivée du porno social n'a pas que des conséquences purement néfastes. Ces nouvelles plateformes ont permis l'émergence de nouveaux acteurs d'importance dans le milieu pornographique, modifiant un peu l'hégémonie du paysage pornographique. De plus, les Xtubes sont néanmoins devenues des sources de revenus supplémentaires pour l'économie du sexe traditionnelle qui se sert des opportunités qu'offrent ces sites pour en tirer des avantages. Elle investit en effet de plus en plus les « tubes » pour gagner des revenus et des internautes à travers divers moyens de publicisation de ces espaces. Les revenus gagnés sur ces plateformes ne couvrent bien sir pas les pertes enregistrées, c'est pourquoi l'industrie tente de pallier a cette situation en se démarquant qualitativement par une innovation multi-support.

A. Un nouveau tube economique pour I'industrie du ;

Aujourd'hui, il devient inenvisageable d'éradiquer les porntubes de la toile étant donné leur forte influence. Aujourd'hui, ils sont devenus le premier média par lequel les internautes se procurent du contenu pornographique et l'industrie apprend à traiter avec eux. D'autant plus que de nouveaux pureplayers X ont vu le jour et exploitent ces plateformes et plutôt que de perdre leur temps en proces, ont décidé d'en faire des alliés et en retirent ainsi des bénéfices conséquents. Mais l'industrie n'a pas dit son dernier mot et déjà de nouveaux sites se démarquent qui arrivent à générer du profit grace a leur capacité d'innovation. De plus, les évolutions technologiques numériques récentes offrent de nouveaux espaces d'expression pour l'industrie pornographique qui ne lésine pas sur les moyens pour se démarquer et faire valoir son savoir-faire historique en matière de contenus de qualité et d'avantgardisme technologique. Le porno se cache de moins en moins sous le manteau comme un sale habit dont il faudrait vite se débarrasser et bénéficie d'un espace d'expression plus large et visible que l'industrie du X compte bien éclabousser de son imagination débordante pour relever son empire.

1. Les porntubes, un fIéau précieux pour I'industrie pornographique ?

Ces sites regroupent en un espace, un ensemble de services qui étaient démultipliés sur différents sites spécialisés auparavant comme le montrent les différentes rubriques présentes sur quasiment tous ces sites : rubrique de vidéos HD avec abonnement premium, live par webcam, communauté de membres, catégories de vidéos classées selon les gouts de chacun, classements par vidéos les plus vues, les mieux notées ou encore les plus longues. Ces sites mettent clairement en avant leur volonté de mettre l'accent sur la bonne expérience de navigation du consommateur qui explore un espace ou chacun des moyens de satisfaction de ses désirs est facilement identifiable et accessible à ses yeux. Une innovation qui le montre bien est la technique de "prévisualisation" de la vidéo permettant à l'utilisateur de voir un déroulé rapide (sorte de best of) du film en question, simplement en laissant son curseur reposer sur la video qu'il est tenté de vouloir regarder. Parce que de la même fagon que les sites de streaming musicaux, les porntubes mettent a disposition des contenus proteges par des droits d'auteurs, l'industrie du X a trouve le moyen de récupérer de la monetisation sur ce contenu qui lui appartient en droit. A travers des bannières publicitaires qui mettent en avant des vidéos flash qui montrent des actrices répétant sans cesse le même mouvement d'une fagon exagérée mais semble assez naturelle pour attirer l'ceil deja excite du consommateur, les sites porno traditionnels offrent un teasing de leur site qui peuvent leur générer des revenus par clic, du trafic sur leur site et donc a fortiori des revenus lies a l'achat de contenu sur leur site. Les revenus publicitaires sont aussi apportés par le système d'affiliation fortement utilise sur ces sites. Les Xtubes se recommandent entre eux de fagon affichée et utilisent même une terminologie affective pour se recommander à travers des rubriques comme « nos amis » pour désigner les autres sites vers lesquelles ils conseillent les internautes de se diriger également. La qualité publicitaire pornographique par rapport à la publicité sur des sites plus conformistes est qu'elle est totalement adaptée au contenu même du site, si bien qu'elle semble n'être qu'un element coherent de plus sur la page. Bien qu'elle soit clairement exposée comme étant de la publicité, sa mise en avant imagée ne fait que s'ajouter a un paysage visuel similaire et dans lequel elle s'integre parfaitement. Plutôt que de para»tre gênante, elle rajoute au contraire au sentiment d'opulence sexuelle des sites, ce qui est une qualité incitatrice au clic pour les consommateurs.

Les porntubes furent les premiers, avant les sites de streaming traditionnels, à insérer un message publicitaires sur les vidéos, la plagant quelques secondes au début du chargement de chaque vidéo ou apparaissant automatiquement à chaque moment o0 la vidéo procède à un chargement au cours de la vidéo du fait de la lenteur du processus de chargement par rapport a l'avance rapide de la vidéo. Il arrive aussi que la publicité soit intégrée directement a la vidéo et qu'en plein milieu d'une action, un écran noir apparaisse durant quelques secondes avec un message publicitaire incitant a se rendre sur le site d'o0 provient la vidéo pour la voir dans son intégralité, avant que la vidéo ne se poursuive. Plus récemment, on a pu voir appara»tre un système publicitaire que je qualifierais de plus vicieux, qui consiste à insérer parmi les vidéos à la disposition des consommateurs, une vidéo qui semble être comme les autres mais qui en fait n'est le qu'en tant que produit publicitaire. La vidéo est courte, ne montre qu'une scene vide d'actions, comme une sorte de teasing sur laquelle s'affiche en sous-titre l'adresse d'un site. Or, cette vidéo ne se contente pas d'être présente lorsqu'on clique sur l'icône vidéo qui lui correspond. Il se peut qu'en cliquant sur plusieurs autres vidéos qui promettent un autre contenu a travers leur titre et leur images, on tombe finalement sur cette même vidéo publicitaire. Ainsi, il s'agit d'une publicité masquée derriere une promesse qui fut tout autre. Nombre de ces sites de Xtubes sont aujourd'hui détenus par des sociétés qui ont compris tres rapidement l'intérêt financier que représentent ces sites. La société Brazzers fondée par trois canadiens de 22 ans est aujourd'hui une société qui règne en ma»tre sur le marché du porno gonzo (cette technique de filmage qui immerge le spectateur dans l'action grace a des gros plans rapprochés et qui fait le succés des porntubes). En 2007, Brazzers fait l'acquisition du nom de domaine Pornhub (10 millions de visiteurs par jour en moyenne), développe sa structure et rachete d'autres Tubes (Tube8, ExtremeTube...) et monte la holding Mansef qui acquiert également d'autres tubes et sites. Toutes les vidéos de ces sites ont des droits qui appartiennent a Brazzers et incitent les internautes a s'abonner aux sites qui produisent ces contenus et qui appartiennent également à Brazzers sans que le consommateur ne se doute de rien. Aujourd'hui, la société emploie 375 personnes et son chiffre d'affaires annuel estimé à 180 millions de dollars32. Mais comme le

32 DES AULNOIS Stephen, « Xanadu, le porno face à la génération web », Arte TV (disponible en ligne : http://www.arte.tv/fr/3743604,CmC=3821250.html], mise en ligne le 20/05/11, consulté le 20/05/11, article issu du site Le Tag Parfait.com

souligne Gonzo, créateur et rédacteur principal du site Le Tag Parfait qui se présente comme le site de la culture porn, « le problème des tubes, c'est que le contenu est soit du contenu propre (Pornhub appartient à Brazzers), soit du teasing de 5-10 min de petites boites de prod, soit envoyé par les gens et donc soumis à la loi sur le copyright. Les gros studios demandent aux tubes de virer ce qui leur appartient, du coup on se retrouve avec des vidéos souvent vieilles et de mauvaise qualité »33.

2. Vers une redéfinition de la stratégie de communication du X

C'est en palliant justement a ce défaut des Tubes qu'un site est devenu en quelques temps incontournable dans l'histoire du porno web et a réussi a asseoir son succès. En proposant du contenu spécialisé, innovant et garanti de haute qualité, le site Kink.com révolutionne à sa manière le porno sur la toile. Fondé en 1997 par un anglais, Peter Acworth, le site se présente d'emblée comme exclusivement BDSM (comprenez par là Bondage and Discipline -- Domination and Submission -- Sadomasochism). Pour monter son empire, Acworth rachète un lieu à la hauteur de ses ambitions, l'ancien arsenal The Armory a San Francisco en Californie dont la superficie est de 200 000 mètres carrés, pour 14,5 millions de dollars et le transforme en paradis du sexe hardcore. Un large nombre de costumes finement étudiés, des décors variés et originaux, une attention toute particulière portée aux scénarios et une qualité des images qui n'a rien a envier a la HD télévisée et qui se différencient des « vidéos S/M et fétichistes floues et irregardables 34» des tubes. Kink parie sur la qualité plus que sur la quantité, en terme de nombre de vidéos mais également de gros plans encha»nés sur les parties génitales des acteurs et cela marche. Chaque mois, 520 325 visiteurs uniques visitent le site et chacun d'entre eux revient environ 3,8 fois. Kink.com a aujourd'hui le potentiel de gagner 122 820$ par an en publicités selon le site d'analyses en référencement Site Trail. Le site a même été récompensé en 2009 aux AVN Awards (cérémonie de récompenses du cinéma pornographique

33

LEGER François, « Le Tag Parfait : porno pour gens sensibles », Reviewer, [disponible en ligne :

http://reviewer.fr/dossiers/web--tech/3464/le--tag--parfait--porno--pour--gens--sensibles.html], mise en ligne le 23/04/11, consulté le 23/04/11

34BESNARD Tiphaine, « Du hard, du vrai », Le Tag Parfait, [disponible en ligne :

http://www.letagparfait.com/2011/04/18/du--hard--du--vrai/], mise en ligne le 18/04/11, consulté le 18/04/11

qui a lieu tous les ans à Las Vegas) dans la catégorie « meilleur site Internet pour adutes È. Le succès de ce site reflète bien la part du gateau dans l'industrie du X que s'arrogent les nouveaux acteurs du web. L'année dernière, environ 13 000 films X ont été tournés aux Etats-Unis et Internet contribue largement au rythme de production. En effet, si en 1990 moins de 2000 films étaient réalisés, aujourd'hui le chiffre est cinq fois plus élevé. Par conséquent, l'industrie traditionnelle doit redoubler de moyens et d'imagination pour se faire-valoir indépendamment de ces nouveaux acteurs. Si la production de films a gros budgets s'est diminuée ces dernières années, la communication autour de ces films est devenue essentielle pour l'industrie pornographique traditionnelle qui ne lésine plus sur les moyens pour faire la promotion de ses productions à gros budget et créer du buzz. L'exemple parfait de cette stratégie de communication est la sortie récente du film Pirates II : Stagnetti's Revenge, suite d'un premier opus Pirates sorti en 2005 et produit par Digital Playground, la société leader sur le marché du X américain. Ce film, qui est une parodie du film grand public Pirates des Caraibes de Gore Verbinski, a été d'emblée présenté de fagon extraordinaire : il s'agit du film X le plus cher de tous les temps avec près de 10 000 000$ de budget et celui-ci propose un casting réunissant de grandes stars du porno du moment parfaitement connus de tous les amateurs du genre (Katsuni, Jesse Jane, BellaDonna). Il aurait de plus nécessité plus de 600 effets spéciaux pour la création des décors et des monstres et un soin tout particulier aurait été apporté à toute la chorégraphie des mises en scènes de combat. En somme, le teasing a été complet, les moyens employés disproportionnés, étant donné le contexte de crise des ventes de DVD de l'industrie. Si les chiffres sur les recettes du film sont encore difficiles à trouver, néanmoins ce film est un signe des tentatives de changement de communication et d'innovation de production de l'industrie du X traditionnelle. Car si les Xtubes offrent finalement de nouvelles perspectives de revenus, leur business model reste encore assez fragile car les coats de bandes passantes ne sont pas couverts pas les revenus que génèrent la publicité sur ces sites, c'est pourquoi ces sites proposent d'ailleurs de plus en plus de contenus supplémentaires visibles uniquement après paiement. Comme de nombreux sites de streaming musicaux, le Porn 2.0 n'a pas encore totalement trouvé le moyen d'être entièrement rentable et en parallèle continue de créer des difficultés pour l'industrie pornographique. Ainsi, le déploiement de nouveaux supports de visionnage et l'innovation dans l'exposition des contenus pour le consommateur

devient essentielle pour assurer la pérennité de la qualité pornographique mais surtout redonner l'envie aux consommateurs de payer pour un contenu qu'ils vont considérer comme assez exclusif et intéressant pour mériter d'être lucratif comme par le passé.

B. Une democratisation qui garantit l'innovation multi-support

Une des conclusions qui ressort de l'étude (FOP pour Dorcel 35 est que le visionnage de films X n'est plus seulement une affaire solitaire mais devient également une affaire de couple. En effet, bien que 67% des répondants en regardent en solitaire, 57% des Francais en ont déjà visionné en couple et notamment les femmes sont 59% à admettre en regarder plus facilement si elles sont avec leur partenaire que si elles sont seules (50%). Ainsi, le porno par son caractère de plus en plus dématérialisé semble d'être démocratisé au sein de la société. De plus, on remarque que le porno n'est pas réservé a un visionnage a domicile. 11% des hommes ont déjà vu un film sur leur lieu de travail et 30% dans une chambre d'hôtel. Ceci n'est pas une attitude très étonnante de la part des consommateurs quand on sait qu'aujourd'hui la tendance est au multi-support, au visionnage de multiples contenus en tous lieux du fait des innovations technologiques (Pc portables, smartphones, tablettes...). L'industrie pornographique qui a toujours su avoir l'ceil affuté pour déceler les nouveaux besoins de consommation de ses publics l'a d'ailleurs bien compris et tente de prendre au pas cette bréche de consommation qui s'ouvre et pourrait lui donner l'opportunité de déployer son terrain d'innovation.

1. L'industrie pornographique conquiert les technologies offline

Si le monde online propose des nouveautés dans la mise en avant de contenus, le monde offline n'en regorge pas moins de nouveautés qui stimulent autant le monde du porno qu'il stimule les autres domaines médiatiques et qui pourraient bien etre la voie de sortie de crise de l'industrie. En avril dernier le film softcore 3D hongkongais dépassait en terme de revenus de sortie de film, l'Avatar de James

35

« Sexe, Médias et Société », La grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009 Op.cit

Cameron à Hong-Kong et laisse à penser que cette technologie a de beaux jours dans l'industrie. D'ailleurs, la société Marc Dorcel mise fort sur cette technologie pour continuer d'asseoir sa suprématie financière. En effet, le leadeur européen du X compte proposer d'ici a cet automne, plus de 90 contenus 3D en VOD (Video On Demand) et téléchargement sur Dorcel Vision et les cha»nes de Dorcel chez Free et Numéricable. Il faut savoir que la VOD représente 50% du chiffre d'affaires de cette société qui s'élève a 20 millions d'euros et détient 80% du marché du DVD en France36. Pour travailler cet effet 3D, la société s'est associée avec 3Dlized, une société spécialisée dans la production de contenus 3D et la mise en reliefs. Tout ceci a bien évidemment un coat (environ 1,5 million d'euros) et pour l'instant, la société produit à quasi perte. Mais si cette offre fonctionne, étant donné que les grandes marques de téléviseurs adaptent de plus en plus leur offre à du contenu 3D, la rentabilité devrait arriver car le passage à la 3D impliquerait une hausse de 50% de l'abonnement avec un abonnement de 30 euros par mois pour avoir accès à ce contenu 3D illimité. Les différents journalistes ayant pu assister à Cannes à une projection du premier film Dorcel du genre Shortcut, se disent tous bluffés de la qualité de la 3D et du réalisme des effets de jaillissement de la demoiselle a l'écran du au tournage avec des caméras 3D (et non des caméras 2D transformées en post-production en 3D). Autre canal possible de diffusion pour le porno et qui s'inscrirait totalement dans la tendance à la mobilité des supports de visionnage et dans les habitudes de consommation digitale des consommateurs : les smartphones et les tablettes. Si Steve Jobs, la patron d'Apple, n'a de cesse de filtrer les applications de ses produits pour garantir un environnement « libéré du porno », l'industrie pornographique se prépare elle à imposer sa présence sur les différents supports populaires que sont l'iPhone et l'iPad 2. En effet, si Apple a bloqué la possibilité de lire des contenus Flash sur ses outils, les évolutions technologies actuelles permettent aux sites de s'affranchir de la technologie Flash pour leurs vidéos. Ainsi, il est désormais possible de lire des contenus pornographiques sur les tablettes et impossible de les bloquer. La provocation envers Apple est même de mise du côté de la pornographie comme le montre l'annonce en mi-mai 2010 de Youporn qu'il convertissait toutes ses vidéos dans un format sans Flash et souhaitait à ses

36 THURET Romain, « Quand le porno 3D fait mieux qu'Avatar. Visite chez Marc Dorcel. » Les Numériques, [Disponible en ligne : http://www.lesnumeriques.com/quand--porno--3d--qu--avatar--visite--marc--dorcel--article-- 1121.html] mise en ligne le 10/10/10, consulté le 11/11/10

visiteurs la « Bienvenue sur la version iPad37 ». Dernièrement, des chercheurs de l'université de Grenoble ont développé une application pour l'iPad 2 qui permet de créer un effet de relief 3D sans lunettes, ce qui donne déjà de nombreux frissons à l'industrie spécialiste en sensations fortes. Au-delà du visionnage 3D en vidéo à la télévision, l'iPad 2 permettrait ainsi une toute nouvelle expérience consommateur qui aurait la sensation d'avoir dans sa poche tout un champ ouvert de possible d'imagination réaliste. iPlayboy Playboy a déjj créé l'événement en 2008 en proposant une application installable pour l'iPhone qui permet de visionner du contenu pornographique. Et pour le consommateur en effet, quoi de mieux avec les écrans tactiles que d'avoir l'impression de pouvoir manipuler le corps présent en images, le rapprocher ou le distancier a sa guise pour un rapport a l'expérience qui sort de la passivité totale habituelle pour donner une sensation d'activité. Mais si ce processus peut fonctionner, c'est en partie parce que le rapport à la consommation pornographique évolue et que ses consommateurs avouent aujourd'hui plus volontiers en consommer ou en avoir déjà consommé, mais surtout se sentent plus à l'aise dans une consommation devenue plus aisée et discrète que jamais.

2. L'industrie tabou du X sous la lumière mediatique

Bien que le porno continue de susciter le débat et de conserver une certaine image de milieu asservissant pour les humains, il semblerait qu'aujourd'hui il bénéficie néanmoins d'une légitimité grandissante au sein de la société. En effet, il est regardé désormais et reconnu comme étant une industrie économique à part entière et présenté comme tel au sein des différents médias. Le regard médiatique autour du porno s'est modernisé et cette année. Cette année, un ensemble de couvertures de magasines grand public n'ont pas hésité a proposer des dossiers qui abordent le sujet sans retenue, proposant des couvertures parfois osées. Mais l'angle pris pour aborder la thématique était rarement stéréotypé et toujours empreint de réalise et d'un certain respect envers une industrie qui génère plus de 13 milliards d'euros par an et dont on ne peut sürement pas nier l'existence et l'influence. On

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LEMONDE.fr, « L'industrie du porno fait un pied de nez a Steve Jobs », Le Monde, (disponible en ligne :

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/05/28/l--industrie--du--porno--fait--un--pied--de--nez--a--steve-- jobs1363528651865.html], mise en ligne le 28/05/10, consulté le 01/05/11

remarque d'ailleurs que la « peoplisation », la starisation des stars du X dans le milieu touche déborde depuis un certain nombre d'années l'espace médiatique grand public. L'actrice porno frangaise Katsuni était l'invitée privilégiée de Laurent Ruquier le 24 octobre 2009 dans l'émission On n'est pas couché, pour parler entre autres de ses récompenses du Hot d'Or de la meilleure actrice et du meilleur blog et ce ne sont pas les blagues douteuses qui ont manqué de fuser face a l'actrice. Une autre actrice frangaise, Clara Morgane bénéficie fréquemment d'une forte médiatisation de puis les débuts de sa carrière, notamment depuis qu'elle s'est reconvertie dans la musique. Du côté des acteurs masculins, l'acteur icône d'origine italienne Rocco Siffredi est un habitué du genre et est fréquemment apparu comme invité dans des émissions frangaises, comme en 2008 dans l'émission de Cauet, La méthode Cauet. Amateur ou non de films pornographiques, une majorité de personnes dans la population sont capables de citer le nom d'au moins un acteur ou une actrice pornographique. D'ailleurs, quand on demande aux Francais, quels sont les noms qui leurs viennent a l'esprit lorsque l'on évoque l'univers de la pornographie, 22% citent Clara Morgane, 21% citent Rocco Siffredi et 17% Marc Dorcel38. [cf Annexe 9] A défaut d'une notoriété spontanée, il y a une notoriété assistée forte. Cette popularité reconnue n'est pas pour gêner l'industrie de la pornographie qui en profite et contribue d'ailleurs a la modernisation positive de son image. La communication de la société Marc Dorcel en est un bon exemple. Au mois de mai dernier, la marque n'a pas hésité a déployer sur tous les sites d'emploi en ligne une offre pour recruter un commercial dans son entreprise ; générant un certain buzz au sein de la communauté RH sur Twitter entre autres. Le 28 février 2011, le site d'emploi Cadremploi publiait même une interview de Grégory Dorcel, directeur général des productions Marc Dorcel et fils du fondateur de l'entreprise, pour parler du recrutement des actrices porno en le plagant au même tire que n'importe quel autre recruteur d'entreprise39. Ce changement d'approche envers le monde du X apporte un sceau de reconnaissance au monde pornographique comme faisant partie de notre univers culturel et sort peut-être également le discours habituel d'une certaine forme d'hypocrisie. Grace aux médias sociaux, les acteurs du X peuvent désormais

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« Sexe, Médias et Société », La grande enquête MARC DORCEL, Ifop 2009 Op.cit

39 ABIKER David, « Grégory Dorcel : comment recruter une article X » On revient vers vous, [disponible en ligne : http://www.cadremploi.fr/edito/actu--et--conseils/cadremploi--tv/on--revient--vers--vous/d/1/gregory--dorcel--

comment--recruter--une--actrice--x.html] mise en ligne le 28/02/11, consulté le 28/02/11

s'exprimer en toute visibilité et liberté directement au grand public et ne se sont pas gardés d'investir ces nouveaux espaces d'expression. L'exemple d'une strategie de personal branding online exemplaire est celui de Katsuni. L'actrice tient un blog, une page Facebook officielle qui compte 38 883 fans et un compte Twitter officiel qui compte 24 714 suiveurs et qu'elle alimente au quotidien d'anecdotes, d'infos sur ses activités et de photos pour ses fans avec qui elle utilise un ton léger et interactif, leur donnant la sensation qu'ils partagent au quotidien une partie de son intimité (l'autre intimité, celle qui ne se voit pas en gros plan sur la caméra). [cf Annexe 10] Le porno est un element inscrit dans l'environnement culturel et la nouvelle génération de consommateurs nourris au biberon web qui font évoluer les tendances de consommation de ce produit en sont la preuve affichée aujourd'hui. Comme l'affirme Gonzo (créateur du site Le Tag Parfait) dans l'interview qu'il m'a attribué en mai dernier, pour la génération web, « le porno est comme un produit culturel, il est totalement normal ». [cf Annexe 11] Son site se place d'ailleurs comme l'exemple parfait de ce nouveau visage du consommateur de porno. Autrefois stéréotypé comme étant une personne amorale, au physique forcément glauque et sournois, aujourd'hui c'est une personne libre de tout conformisme, a l'esprit jeune et qui affiche avec humour et ironie son appétence pour un sexe cru qui fait partie de son quotidien et qu'il assume. Le Tag Parfait éloigne la honte du monde pornographique et met en lumière ce monde d'adeptes (le site enregistre 60 000 visiteurs uniques par mois) qui n'a plus honte d'exposer son admiration pour cet univers parallèle qui sous-tend à notre quotidien. Mais le site de Gonzo n'est pas le seul a se porter comme fer de lance de cette génération bercée au X, un autre site frangais L'imparfaite, se présente comme Ç la revue erotique d'un genre nouveau D. Les ambassadeurs visibles du porno aujourd'hui ne sont plus seulement des personnes issues du milieu mais les consommateurs eux-mêmes du produit qui hésitent de moins en moins à afficher leur gout en la matière. Tous les sites de Xtubes regorgent de plug-ins sociaux qui permettent a tout un chacun d'afficher ses preferences de videos s'ils le souhaitent et de les partager à ses contacts de réseaux sociaux et la page Facebook de Katsuni est remplie de commentaires d'internautes qui n'ont absolument pas honte de voir leur nom s'afficher sur la page d'une actrice porno. Le web ne serait-il pas en fait en train d'offrir au monde obscur du X, une nouvelle lumière médiatique qui le mènerait vers un nouveau chemin de croissance ?

CONCLUSION

Produit des mass média, l'industrie pornographique subit aujourd'hui de plein fouet la révolution numérique qui touche tous les secteurs médiatiques et qui place au premier rang le consommateur comme acteur de la médiatisation de contenus sur Internet. De la même fagon que l'industrie musicale ou l'industrie du cinéma « grand public 0, l'industrie du X doit faire face a une crise économique provoquée par l'entrée en matière de nouveaux acteurs du web. La crise de l'industrie musicale, la crise de l'industrie cinématographique « grand public », tout le monde en a entendu parler a la télé, dans les journaux, dans les magasines, ou a la radio. J'ai même pu suivre des cours au Celsa, expliquant de long en large les tenants et aboutissants de la crise du disque. Les discours autour de ce sujet furent longtemps alarmants, pathétiques mais toujours traités avec beaucoup de sérieux. Cependant, la crise de l'industrie cinématographique pornographique n'a pas bénéficié du même traitement. Si elle a pu etre abordée par certains médias (principalement sur le web), les discours sur le sujet ne sont que rarement exempts d'une certaine ironie, comme si cela semblait absurde de parler d'une crise dans ce secteur, comme s'il y avait une certaine gene à embrasser un tel sujet avec un sérieux absolu. Comme si en parler suffisait déjà a discréditer les bonnes mceurs d'une personne. Pourtant les problématiques sont identiques et la nécessité de trouver des solutions réelles. Cette industrie discrete qui sévit en filigrane de notre société n'a pas été a l'abri de la révolution 2.0. Et si elle a toujours été pointée du doigt comme un virus de la société qu'il faudrait éradiquer au nom d'une certaine défense idéologique clamant avec vigueur l'intérêt de respecter une certaine pudeur objectivée par des autorités soidisant bien-pensantes, il faut bien considérer que c'est en fait parce que la pornographie est un attribut culturel de notre société et non simplement un alien de celle-ci qu'elle peut se retrouver dans une telle situation aujourd'hui. Parce qu'elle est liée aux évolutions sociétales dont elle s'inspire pour avancer mais également auxquelles elle contribue, l'industrie pornographique se retrouve aujourd'hui dans l'impasse au même titre que d'autres produits culturels qui doivent affronter les changements apportés par le numérique. Lé o0 l'industrie du X se distingue des

autres, c'est qu'elle est un des pionniers les plus importants de notre révolution technologique et se retrouve aujourd'hui piégée par ce même web qu'elle a fortement contribué à construire. Suivant toutes les évolutions majeures technologiques et assurant à tout moment leur succès, le « cul photographique40 » mis en scène par le porno semble bien faire partie intégrante de notre culture. Le Porn 2.0 est né et a envahi la sphere Internet, mais il n'est que le jumeau érotique d'un phénomène de société né avant elle, le Web 2. et détient exactement les même caractéristiques que son prédécesseur : gratuité pour le consommateur, partage de contenus légalement ou non, réseaux sociaux, streaming... et probleme de rémunérations des artistes, de droits d'auteurs. Apres s'être indignée avec effroi devant ce nouveau système de mise en avant de contenus qui la force à repenser tout son système économique, il semblerait que l'industrie du X commence petit a petit à trouver des solutions pour tirer des avantages de ces sites X qui entubent tout un business. Plutôt que de les regarder en ennemi à vaincre, les grands patrons du X doivent absolument les considérer dès maintenant comme des possibles alliés dans leur stratégie de communication. Non seulement ces sites offrent de nouveaux espaces publicitaires a la promotion pornographique mais en plus en rendant l'offre accessible au plus grand nombre, permettent au business de toucher de plus en plus de profils différents de la société. En surfant sur la vague sociale, ces tubes du web démocratisent le porn-sex et le rendent plus familier. Si pour le moment, les bénéfices apportés par cette nouvelle branche de l'industrie ne se matérialisent pas encore en monnaie sonnante et trébuchante, la voie des possibles est désormais grande et la capacité de conversion de cette immense audience numérique vers l'achat également. Néanmoins, a voir le déploiement de plus en plus fréquent d'offres marchandes sur ces sites, on peut se demander si l'investissement par les grandes sociétés de plateformes a l'origine uniquement vouées au partage ne va pas dénaturer l'espace. Finalement, les sites de streaming, ne risquent-ils pas de subir le même destin que les sites de streaming Spotify et Deezer et devenir uniquement des plateformes marchandes à but lucratif, mettant au placard leur idéal originel, le partage par tous ? Est-ce dans une logique de rachat et de réappropriation de ces espaces que l'industrie du X peut trouver sa voie de sortie de crise ? Le consommateur effréné de porno en streaming serait-il plus apte à tolérer ce

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BAUDRY Patrick, « La pornographie et ses images » Op.cit

changement de modèle que le consommateur effréné de musique ou une telle évolution annoncerait-elle la fin des Xtubes ? Dans tous les cas, les innovations actuelles qui se lancent dans le porno nous montrent qu'on peut faire confiance aux géants du X pour éviter que les bourses de leur industrie ne s'engouffrent dans un trou financier sans fin. Avec l'avènement de la technologie 3D, fer de lance actuel d'une future révolution format XXL o0 fantasme et réalité se mêleront pour ne devenir qu'un, l'expérience consommateur va atteindre une toute nouvelle dimension. La passivité historique du consommateur dans son processus de visionnage d'un porno va dispara»tre pour le faire entrer dans un rapport passif-actif a l'image o0 l'objet fantasmé prend une réalité mais reste assez fantasmé pour assurer le spectacle nécessaire à la jouissance. Avec cette technologie, l'industrie du X pourrait bien toucher au paroxysme de son role de pourvoyeur d'image-sexe et freiner la débandade orchestrée par les sites de streaming. Avec son offre VOD 3D lancée en septembre prochain, Marc Dorcel pourrait bien être la société pionnière d'un nouveau marché pornographique conséquent. Et vu l'influence qu'a toujours eu la pornographie sur le fleurissement des nouvelles technologies, il ne serait pas étonnant d'observer que les chiffres de ventes des nouveaux téléviseurs 3D augmente a la suite de ce lancement d'offre. L'avenir nous le dira... Au-delà de cette impulsion innovatrice que génère le Porn 2.0, il permet aussi de commencer à sortir peut-être d'une certaine hypocrisie sociétale. « Les sites pornos sont les plus frequentés dinternet, tout le monde y va, tout le monde sait que tout le monde y va, mais personne n'avoue comme si c'était un truc gravissime41 » nous dit Norman dans sa vidéo Les sites pour adultes qui fait le buzz sur Youtube en ce moment avec plus de 1 160 000 vues. Car dénoncer c'est déjà briser, en mettant en scène une satire humoristique de ce fait sociétal qu'est le tabou généré par le porno, cette vidéo participe elle-même au phénomène de brisure du tabou qui s'est amorcé avec le Porn 2.0. Le succès flamboyant de ces sites et leur audience hétéroclite, c'est-à-dire littéralement la popularité de ces sites, semble avoir un rTMle de reconnaissance dans la construction identitaire des jeunes d'aujourd'hui comme le Web 2.0. Gonzo parle même sur son site, d'une « generation porno qu'il s'evertue a définir » en signature de tous ses articles. Cette génération numérique, les digital natives comme on a tendance à les appeler,

41 NORMAN, « Les sites pour adultes », Youtube, [disponible en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=PVP6T4qZIVk&feature=playerembedded] mis en ligne le 04/06/11, consulté le 09/06/11

ont dorénavant un rapport plus décomplexé à la pornographie, qui est d0 en partie à un espace médiatique ou devenant plus osée et audacieuse, l'imagerie sexuelle est plus intégrée, moins dérangeante, moins tabou. La « Génération Y » pourrait bien être en fait la première face d'une paire chromosomique dont le second visage serait une « Génération X ». De la même fagon que le Web 2.0 a offert aux consommateurs le statut d'ambassadeur de marque auprès des autres internautes, peut-on penser qu'avec des sites comme le Tag Parfait ou l'Imparfaite, le porn 2.0 trouve dans ces sites ses ambassadeurs produits également ? Cette génération X qui a grandi sans la contrainte du ixage vidéo et qui révèle des publics différents offre plein de nouveaux champs de possibles au porno en termes de communication et de pénétration au sein de la société. Si le secteur du X ne voit plus tout rose aujourd'hui, il me semble évident que sa chute n'est pas encore annoncée. Tant que cette industrie qui vend du rêve « interdit aux moins de 18 ans » aura encore du fantasme à distribuer, il y aura toujours des clients pour le consommer. Aux géants du X revient maintenant la thche de s'adapter et de trouver les nouveaux moyens d'inciter son public à débourser.

Résumé du mémoire

Cette étude s'évertue a essayer de comprendre la crise économique que subit l'industrie de la pornographie aujourd'hui avec l'avenement du Porn 2.0, ce phénomene qui s'inspire des nouveautés du web 2.0 pour mettre en avant des contenus pornographiques. Consommation gratuite de contenus en streaming, problemes de droits d'auteurs et chute de revenus... l'industrie du X subit de plein fouet la même révolution numérique que l'industrie musicale aujourd'hui et se voit contrainte à trouver de nouveaux modeles économiques pour pouvoir survivre. Ces nouveaux acteurs, appelés Ç porntubes 0 et qui créent l'embarras dans le milieu enregistrent des records d'audience impressionnants et trois d'entre eux sont dans le Top 3 des sites les plus requêtés par les internautes. Au-dele de l'aspect économique, j'ai donc tenté de comprendre le role que joue la pornographie dans notre société techno-industrielle et comment son évolution se correle aux changements socioculturels de l'espace dans lequel elle évolue. Aujourd'hui, la sexualité est devenue un marronnier médiatique et de plus en plus, une certaine érotisation de l'espace visuel médiatique se fait ressentir, notamment a travers la publicité. Si la pornographie continue d'être une industrie qui suscite une certaine curiosité et un certain tabou, il est de plus en plus fréquent de voir les médias s'exprimer a son sujet et de la poser comme sujet méritant attention. Unes de magasines, stars du X invitées de plateaux télés, ou séries qui se passent dans le milieu du X... le porno semble être devenu un produit de consommation courante dont on a plus tout à fait honte de parler. Les porntubes ne sont pas pour rien dans cette évolution, ayant transformé la consommation de porno en une sorte de fast-food du sexe. Luttant d 'abord avec acharnement contre ce nouveau modèle, les géants du X comprennent peu à peu que pour pallier aux pertes engendrées par la nouvelle consommation gratuite, ils doivent désormais trouver de nouveaux moyens d'innovation pour continuer de générer des revenus et faire-valoir leur industrie. Nouveaux formats publicitaires au sein des porntubes ou innovations de supports en offline qui se calquent sur les nouvelles technologies en devenir (3D, tablettes...), le monde du porno évolue et n'est pas prêt de se laisser couler. Alors, le Porn 2.0 signe-t-il la fin d'une ere des profits pour l'industrie X ou représente-t-il une aubaine pour un nouveau porno ?

Mots--clés du mémoire

-- Pornographie

-- Pornographique

-- Porno

-- Sexe

-- Sexualité

-- Internet

-- Médias sociaux

-- Génération Y

-- Innovation

-- Démocratisation

-- Industrie pornographique -- Erotisme

-- Nouvelles technologies

-- Web

-- Web 2.0 -- Porn 2.0

-- PornTubes -- Xtubes

-- Internautes

-- Dorcel

-- Consommation

-- Gratuité

-- Crise

Bibliographie

OUVRAGES UNIVERSITAIRES ET ANALYTIQUES

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-- OGIEN, Ruwen, Penser la pornographie, Paris, PUF, coll. « Questions d'Ethique », 2008 -- RENEVIER, Paul-JérTMme, Bienvenue à Pornoland,, Res Publica, Gémenos, 2009

SOURCES DOCUMENTAIRES

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-- Les Inrockuptibles, Deux series tele, un livre evenement, le porno revient, N°.801, du 6 au 12 avril 2011

-- Marc Dorcel Hors Série, Special Etudiantes, elles ont 20 ans et soif d'apprendre, N°15 -- Chronic'art, Porno 2.0/3D, du cinema à Internet : comment satisfaire sa libido ?, N°72

· SOURCES INTERNET -- ABIKER David, Gregory Dorcel, comment recruiter une actrice X, Cadremploi,

http://www.cadremploi.fr/edito/actu--et--conseils/cadremploi--tv/on--revient--vers-- vous/d/1/gregory--dorcel--comment--recruter--une--actrice--x.html (28/02/11)

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http://www.streetpress.com/sujet/1442--porno--quelle--est--la--femme--parfaite--des-- utilisateurs--de--youporn (10/01/11)

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-- VANRIE Pierre, Université et pornographie : le choc,

http://www.courrierinternational.com/revue--de--presse/2011/01/11/universite--et-- pornographie--le--

choc?utmsource= www.courrierinternational.com&utmmedium=twitter&utmcontent=L% 27anticipation+au+quotidien (11/01/11)

-- VARZA Roxanne, Pros de 300.000 noms de domaines avec l'extension g .XXX » ont
déjà été pré-réservés,
http://fr.techcrunch.com/2011/03/21/pres--de--300--000--noms--de--

domaine--avec--lextension--xxx--ont--deja--ete--pre--reserves/ (21/03/11)

-- VIAGGI Olivier, Dorcel 3D est lancée sur la Freebox et offre des sensations

étonnantes, Univers Freebox, http://www.universfreebox.com/article12532.html (22/11/10)

-- WOLFF Benjamin, Le porno, cette inconnue... en sciences sociales, Arrêt sur images, http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3512 (06/11/10)


·
SOURCES INTERNET SANS AUTEURS

-- L'industrie du porno en crise, Buzzgle, http://www.buzzgle.com/574/lindustrie--du--porno--

en--crise.html (01/12/08)

-- L'industrie du porno riposte a Steve Jobs, Le Monde,

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/05/28/l--industrie--du--porno--fait--un--pied-- de--nez--a--steve--jobs1363528651865.html (28/0510)

-- Le itème baromètre annuel « Enfants et Internet « , Tous connectés,

http://www.tousconnectes.com/actualites/2010/12/le--4eme--barometre--annuel--%%AB-- enfants--et--internet--%%BB/ (16/12/10)

-- The iPhone is for Porn, WikiNoticia,

http://fr.wikinoticia.com/Technologie/une%20technologie%20g%C3%A9n%C3%A9raliste/31 636--the--iphone--is--for--porn (03/04/08)

-- Kink, empire de la vidéo SM, Nouvelles Tentations,

http://www.nouvellestentations.com/kink--empire--de--la--video--sm (01/06/11)

-- « Sceur Vaseline », aux origines historiques du porno, Libération, (07/03/11)

-- Le « droit de jouissance » dans la culture du numérique : objets et représentations du netporn, Body space society, http://www.bodyspacesociety.eu/2011/02/25/droit--de--jouissance--dans-- la--culture--du--numerique--objets--et--representations--du--netporn/ (25/02/11)

-- Le porno gratuit n'est pas illegal, Slate, http://www.slate.fr/lien/33703/porno--gratuit

(04/02/11)

Annexe 1 : Affiches publicitaires interdites aux moins de 16 ans

Annexe 2 : Des clients sortent du magasin Condomi

Annexe 3 : Affiche Passionata

Annexe 4 : paroles de la chanson « The Internet is for porn »

KATE

The internet is really really great

TREKKIE MONSTER

For porn

KATE

I've got a fast connection so i don't have to wait

TREKKIE

For porn

KATE Huh? There's always some new site,

TREKKIE

For porn!

I browse all day and night

TREKKIE

For porn!

KATE

It's like i'm surfing at the speed of light

TREKKIE

For porn!

KATE Trekkie!

TREKKIE

The internet is for porn

KATE

Trekkie!

TREKKIE

The internet is for porn,

KATE

What are you doing!?

TREKKIE

Why you think the net was born?

Porn porn porn

KATE Treee--kkie!

TREKKIE

Oh hello kate monster

KATE

You are ruining my song

TREKKIE

Oh me sorry, me no mean to

KATE

Well if you wouldnt mind please being quiet for a minute so i can finish? TREKKIE

Me no talkie

KATE Good

I'm glad we have this new technology

TREKKIE For porn KATE

Which gives us untold opportunity

TREKKIE

For por--oops, sorry

KATE

Right from you own desktop

TREKKIE For ---

KATE

You can research browse and shop

Until you've had enough and your ready to stop TREKKIE

FOR PORN!!

Trekkie!

TREKKIE

The internet is for porn!

KATE

Noooo

TREKKIE

The internet if for porn!

KATE

Trekkie

TREKKIE

Me up all night honking me horn to porn, porn, porn!

KATE

That's gross you're a pervert

TREKKIE

Ah, sticks and stones Kate monster

KATE

NO really, your a pervert

Normal people don't sit at home and looN

At porn on the internet

TREKKIE Ohhhh?

KATE

What?!

TREKKIE

You have no idea

Ready normal people?

NORMAL PEOPLE Ready--- ready ----ready

TREKKIE

Let me hear it!

TREKKIE AND GUYS The internet is for porn!

PRINCETON

Sorry kate

TREKKIE AND GUYS The internet is for porn! PRINCETON

I masturbate!

TREKKIE AND GUYS

All these guys unzip their flies

For porn, porn, porn!

KATE

The internet is not for porn!!

TREKKIE AND GUYS PORN!, PORN, P---

KATE

HOLD ON A SECOND!

Now i know for a fact that you, Rob, check your portfolio and trade stocks online

ROB

That's correct.

KATE

And Brian, you buy things on Amazon.com

BRIAN Sure!

KATE

And Gary, you keep selling your possesions on Ebay

GARY Yes I do!

KATE

And Princeton, you sent me that sweet online birthday card

PRINCETON True!

TREKKIE

Oh, but Kate-

What you think he do . . .after? hmm?

PRINCETON . .yeah

KATE

EEEWWWWW!

TREKKIE AND GUYS The internet is for porn!

KATE

Gross!

TREKKIE AND GUYS The internet is for porn! KATE

I hate porn

TREKKIE AND GUYS

Grab your dick and double click KATE

I hate you men!

TREKKIE AND GUYS For porn, porn, porn!

(harmonizing) porn, porn, porn, porn KATE

I'm leaving!

TREKKIE AND GUYS Porn, porn, porn, porn porn, porn, porn, porn KATE

I hate the internet!

TREKKIE AND GUYS
Porn, porn, porn, porn

TREKKIE

The internet is for

TREKKIE AND SOME The internet is for

TREKKIE AND ALL

The internet is for PORN!

TREKKIE YEAH!

Annexe 5 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009

Annexe 6 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009

Annexe 7 : Interview

INTERVIEW DE GUILLAUME COGNY Createur du site de streaming porno ParadX.

Tatiana : Bonjour Guillaume, peux-tu me parler de Paradx.net ? (comment est né le projet Paradx.net ? comment l'idee t'est venue ? date de mise en ligne ? Combien de personnes contribuent sur le site et quels sont leur

rTMles ? que propose le site aux internautes ?)

Guillaume : Bonjour, Paradx est au départ un projet mené entre 3 étudiants, ayant une formation de développeur web. Le site a été mis en ligne le 1ier avril 2007. Nous souhaitions gagner un peu d'argent, si possible sur Internet (car moins contraignant qu'un vrai job etudiant : pas d'horaires, pas d'obligations, ...) et le domaine de la pornographie est celui qui rapporte le plus. Nous-nous sommes donc lancés à 3 dans le projet, le site a eta developpe par nous 3, chacun a maintenant comme role d'ajouter du contenu sur le site. A travers Paradx, nous voulons montrer des vidéos de qualité (à nos yeux), ou les partenaires sont respectés, et prennent du plaisir. C'est pourquoi nous avons decide d'ajouter des videos essentiellement amateurs.

T : En fait, tu t'inspires clairement de la vague des « porn-tubes » ?

G : Oui, Paradx est directement inspire de ces gros sites (Porntube, Redtube...), seulement, nous sélectionnons les vidéos que nous proposons, nous rédigeons une petite description et point important, nous essayons de garder un site qui ne soit pas submergé de publicité (gros défauts des sites porno actuels à nos yeux).

T : Comment te fournis-tu les vidéos que tu diffuses ?

G : Les vidéos que nous diffusons sont prises sur des sites concurrents, après sélection. Nous-nous occupons ensuite de rédiger une description. Nous avons par conséquent aucun droits de diffusion sur le contenu que nous proposons.

T : Combien attires-tu de visiteurs en moyenne par mois ?

G : Actuellement, Paradx est visité par environ 90 000 visiteurs uniques mensuels de toutes provenances : -- 75% du trafic provient des moteurs de recherche*, 20% d'acces direct, et le reste vient de sites
référents (annuaires, voire forums dont les membres diffusent des liens vers notre site)

-- 56% des visiteurs sont de nouveaux visiteurs, les autres sont des visiteurs « fidèles »

-- 90% du trafic vient de France, puis vient la Belgique, le Canada, la Réunion, la Suisse

* Parmi les moteurs de recherche, Google apporte 92,6% du trafic. En moyenne :

-- chaque visiteur passe 5 minutes 04 sur le site

-- chaque visiteur consulte 6,41 pages par visite

Depuis l'ouverture :

-- 1 978 193 visites

-- 12 275 047 pages vues

T : Tu proposes essentiellement du contenu gratuit, mais j'ai pu voir que tu proposes du contenu payant egalement avec des formules d'abonnement par mois. Cela marche-t-il malgré le contenu gratuit à disposition ? Pourrais-tu me donner des chiffres ?

G : En plus des vidéos gratuites (visualisables sur le site, mais non téléchargeables), nous avons mis un système de ventes de vidéos. Ces vidéos sont fournies par un système dit de « marque blanche », nous ne les gérons pas, c'est une régie d'affiliation qui s'en occupe. Les videos ont l'avantage de pouvoir être téléchargée, c'est ce que recherches nos visiteurs. Ils sont donc prêts a dépenser environ 1€80 par video. Nous touchons une commission de 0,80€ a 1€ par video, cela varie par rapport au nombre de vidéos vendues. En moyenne, nous vendons une trentaine de video par mois, ce qui rapport 24€ par mois.

T : Par quels autres moyens arrives-tu à générer des revenus sur le site ?

G : Sur Paradx, nous avons (sans compter les vidéos payantes) 2 autres sources de revenues :

-- nous affichons des bannières publicitaires (qui doivent avoir un bon rapport avec notre contenu pour

augmenter le nombre de conversions) et sommes remuneres sur le nombre d'affichages, ceci rapporte approximativement 120€ par mois

-- un partenariat avec une boutique de produits sexy en ligne nous rémunère sur les personnes qui

achètent sur la boutique provenant de notre site. Plusieurs paliers de rémunération sont disponibles, nous percevons de plus grosses commissions si le client est nouveau, si il s'inscrit a la newsletter, e Le montant des commissions est proportionnel au montant de la commande. Ceci rapporte entre 80 et 100€ mensuels.

T : Pour toi, il s'agit clairement d'un business. Que penses-tu justement de l'effet de ces porn-tubes sur l'industrie pornographique ? Si tu devais choisir une réponse, tu dirais : Fleau inevitable ou revolution doree pour l'industrie pornographique ?

G : Il ne s'agit pas d'un business, nous ne pourrions pas en vivre. Ou il faudrait developper le site un maximum pour multiplier les revenus par 10. Pour l'industrie pornographique, les sites comme le notre sont certainement néfastes, étant donne que nous proposons du contenu gratuit, alors que certains visiteurs seraient surement prets a les acheter. D'un autre cote, nous ne proposons que des videos dont les personnes qui sont filmees sont respectées : souvent, les femmes sont humiliées dans la pornographie. Nous pensons alors donner une autre image du porno, un aspect de respect, ou les acteurs (plutTMt amateurs) prennent du plaisir et le font partager.

T : Ton entourage est-il au courant de la création de ce site. Et si oui, comment ont-ils réagi en l'apprenant ?

G : Mon entourage familial n'est pas au courant de la creation de ce site. La pornographie est quelque chose de mal vu et mon entourage ne deroge pas a la regle. Je tiens a preciser que j'ai travaille comme developpeur web pour une société leader dans le domaine de l'edition de sites pour adulte en France, et je l'ai egalement cache. Par contre, mes amis sont au courant, et peu ont mal réagi. Les seules réactions négatives (voire très négative) etaient de la part d'une amie, me disant que les sites pornographiques maintiennent l'industrie pornographique, et que sans ces sites, il y aurait moins de prostitution ou autre derives sexuelles...

T : Penses-tu qu'aujourd'hui, malgre la democratisation grandissante d'images sexuelles au grand public (mannequins à moitié nus, séries et clips musicaux avec femmes aguicheuses, magasins de sex-toys populaires etc...), il soit toujours tabou de parler de pornographie ?

G : C'est vrai qu'au fil du temps, les femmes dans les publicites, clips musicaux, etc... sont de plus en plus nues... Je ne pense pas que cela va contribuer a diffuser une meilleure image de la pornographie. La pornographie, fait référence à la sexualité, quelque chose de très personnel et tabou et est souvent associée à tord à des dérives : viols, pédophilie, prostitution...

Annexe 8 : Tendance des recherches du mot clé « Youporn » VS « Porno » en France. Source : Google Trends, 2011

Annexe 9 : Etude Marc Dorcel, Ifop 2009

Annexe 10 : Photos de Katsuni. Source : https://www.facebook.com/pages/KATSUNI/86522923793

Annexe 11 : Interview

Interview de Gonzo du Tag Parfait.

Tatiana : Bonjour, pourrais-tu me parler des débuts du Tag Parfait ? Comment est-il né et quel %oge at-il ?

Gonzo : J'ai monté le Tag en mars 2010, au début sous la forme d'un blog. On s'est rendu compte avec des amis journalistes qu'il n'existait pas de support en frangais qui parlait de porno comme on le voyait, c'est à dire comme quelque chose de cool. A mille lieues des clichés qu'on lui porte mais tout en étant éloigné de la presse traditionnelle qui traite du sujet car elle ne nous correspond pas non plus.

T : Pourquoi Le Tag Parfait ? Que devons-nous comprendre à travers ce nom ?

G : Un tag, c'est un mot clef, c'est ce que tu vas taper pour trouver des vidéos sur les xtubes, qui est le mode de consommation principal du porno pour notre génération. Il existe tellement de vidéos et souvent de mauvaises qualités, qu'il faut etre tres précis pour trouver ce qu'on veut, on passe peutetre plus de temps à chercher la vidéo parfaite qu'à la regarder. On est donc à la recherche du tag parfait.

T : Dur de ne pas passer pour le « gros pervers » quand on se lance dans un tel projet ?

G : C'est le risque, mais les gens voient bien qu'on traite de ce sujet avec pas mal de distance et j'espere de classe. On n'est pas des accros au porno, on est juste plus curieux que la moyenne.

T : Tu fais partie de la « génération Youporn » et sur le site ta signature contient cette citation « Je m'évertue à définir la génération porno. ». Et alors qui est-elle cette génération porno ?

G : C'est la génération « Y », les digital natives. Cette génération qui a grandit avec internet dans les mains et qui a découvert et continue à regarder le porno par ce biais là. Pour nous le porno est comme un produit culturel, il est totalement normal.

T : Le ton du blog est souvent assez provocant, cru, avec un humour décalé. Pourquoi cette prise de position éditoriale ?

G : Parce que c'est une maniere de rendre la lecture agréable, car elle devient dynamique et péchue. On a pas mal tendance à lire sur internet en diagonale, du coup il faut pouvoir accrocher le lecteur. Puis on essaye de pas prendre nos lecteurs pour des cons, on leur m%oche pas le travail, on met nos expressions, on essaye de les faire marrer, bref que ga soit cool.

T : Pourrais-tu me donner une indication du nombre de visiteurs mensuels que genere aujourd'hui le blog ?

G : En ce moment on est vers 60 000 VU / mois. Mais on continue à grossir, le site est jeune et sa nouvelle mouture (depuis février 2011) marche au delà de mes attentes.

T : Le blog te génere-t-il des revenus ? Si oui, comment ?

G : Il commence via la publicité, j'ai d'ailleurs aucun complexe par rapport à ca. Si le site pouvait me rapporter suffisamment d'argent pour monter une « vraie » petite rédac, j'en serai ravi.

T : Selon toi, pourquoi malgre la globalisation visible d'images sexuelles tournees vers le grand public (mannequins à moitié nus, séries et clips musicaux avec femmes aguicheuses, magasins de sex-toys populaires etc...), les porntubes ont-ils tant de succes, alors qu'on pourrait penser que le porno ne detient plus le monopole de l'image -sexe ?

G : Tout simplement parce qu'il faut pas oublier que le porno est fait pour un seul but : se masturber.

T : Pour finir, ne penses-tu pas que les « tubes » contribuent a democratiser l'audience (notamment l'audience feminine) et donc offre de nouvelles perspectives a l'industrie pornographique?

G : On a beaucoup de lectrices et relativement jeunes (25 % de l'audience environ). Elles ont souvent découvert le porno par les tubes, car c'est la fagon la plus simple et rapide d'en trouver, vu que le contenu est gratuit et accessible en un clique. Par exemple en France on va taper dix fois plus « youporn » que « porno » dans Google, ga devient une marque, une référence. L'industrie se rend compte du changement, mais c'est lent. Puis ce « nouveau marché » ne se traduit pas vraiment en argent, car elles n'achètent pas, mais le potentiel de conversion vers l'achat est énorme, suffit de voir les audiences incroyables des tubes. C'est à l'industrie de s'adapter et à trouver un nouveau modèle économique.