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MEMOIRE DE FIN D'ETUDES
pour l'obtention du diplôme de
MASTER
en management
Option management général
Présenté et soutenu publiquement le 22 Juillet
2006 par
HAMADACHE Karim
hhsk81@gmail.com
THEME :
LE KNOWLEDGE MANAGEMENT (KM) : FONDEMENTS ET GESTION DE
PROJET.
Contribution à l'élaboration d'un projet KM
au Centre de Recherche et de
Développement (CRD) du Groupe SAIDAL
Devant le jury composé de :
M. BOUDJEMA Rachid Docteur en économie
Président du jury
M. BAKALEM Mohamed Docteur en productique
Examinateur
M. BOUYAHIAOUI Nasser Ph.D Finance
Encadreur
Juillet 2006
Préparé à
L'Institut Supérieur de Gestion et de
Planification
Rue Hadj Messaoud Nourredine, BP 179, Bordj El Kiffan,
Alger
Résumé
Le présent travail se veut un
exposé aussi fidèle que possible d'une aventure
intellectuelle et humaine, ce n'est pas une reconstitution après
coup qui donnerait l'apparence d'une linéarité fausse à
une démarche faite d'allers-retours permanents et d'ajustements
fréquents, moyennant l'occultation de certains détails sur nos
motivations réelles et nos objectifs initiaux.
Le point de départ est un intérêt
personnel, emprunt de scepticisme, pour le domaine du Knowledge Management.
Il nous faillait donc approfondir l'examen des notions
fondamentales du domaine. C'est l'objet de la première partie
qui expose les facteurs d'émergence de ce concept et tente
d'appréhender certaines notions de base. L'apparition du KM
comme concept et pratique managériaux, apparaît comme une
réponse aux changements économiques, technologiques et
organisationnels survenus au début des années 90.
L'exposé de ces facteurs fait ressortir l'importance du
renversement paradigmatique en stratégie qui substitua à une
vision basée sur l'analyse
du secteur, une vision basée sur les ressources
et compétences de l'entreprise et par là même permis et
accompagna l'apparition des nouvelles formes organisationnelles en
réseaux. Nous avons ensuite mis l'accent sur les notions de
connaissances et de KM et essayé de montrer la complexité de
l'approche en abordant deux dimensions souvent négligées
dans la littérature, que sont les dimensions cognitive et sociale du
KM.
Une fois les fondements conceptuels examinés,
nous avons abordé la mise en oeuvre des systèmes de gestion des
connaissances à travers les outils et méthodes d'une part et la
méthodologie de gestion des projets KM d'autre part. Ce travail
coïncide avec le début
du stage sur le terrain, il faillait donc s'assurer de
l'apport des outils et des méthodes retenus ainsi que de
l'applicabilité de la démarche. Cela explique les choix
opérés qui nous ont conduit à retenir trois familles
d'outils et de méthodes qui sont : le retour
d'expérience, la modélisation des connaissances et les outils
supports, et la méthodologie proposée par le Guide
Européen des Bonnes Pratiques en KM comme lignes directrices pour mener
notre projet.
Dans la troisième partie nous exposons ce que
nous avons accompli comme travail au Centre de Recherche et de
Développement du Groupe SAIDAL. La faible marge d'intervention
dont nous disposions, une contrainte de temps ainsi que les limites
d'exploration de la méthode de travail ne nous en pas permis d'initier
un projet KM au sein de cette unité. Néanmoins, notre travail a
permis de faire un diagnostic du système d'information actuel et du mode
de gestion des compétences, ce qui a débouché sur une
série de recommandations montrant l'intérêt d'une
démarche KM et les modalités pratiques de sa mise en
oeuvre.
Sur le plan des perspectives de recherche, les
méthodes actuelles d'évaluation des connaissances nous
semblent peu opératoires sur le terrain. Nous envisageons de
contribuer à l'élaboration d'une méthode
orientée vers l'Homme et facile à mettre en oeuvre dans des
contextes différents. Une autre voie qui nous semble
intéressante, chercherait à concevoir une méthode d'aide
à l'innovation basée sur les connaissances,
en approfondissant les bases théoriques
relevant de la philosophie des sciences et des sciences cognitives tout
en ayant une finalité pratique.
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION GENERALE 6
PREMIERE PARTIE: LES FONDEMENTS CONCEPTUELS
8
Chapitre I : les facteurs d'émergence du Knowledge
Management 9
Introduction 9
I. Les facteurs environnementaux 10
1. La mondialisation 10
1.1. Approche d'une définition 10
1.2. Caractéristiques essentielles 10
1.2.1. Le marché mondial 10
1.2.2. La complexité 11
1.2.3. L'incertitude 11
1.3. Implications 11
1.3.1. Implications du marché mondial 11
1.2.2. Implications de la complexité 12
1.2.3. Implications de l'incertitude 15
2. Le développement rapide des technologies de
l'information et de la communication ___ 16
2.1. Caractéristiques 16
2.3.1. La connectivité 17
2.2.2. La personnalisation 17
2.2.3. L'interactivité 17
2.2.4. La variété des signaux 17
2.2. Le compromis entre richesse et connectivité
17
2.3. Les effets potentiels 18
2.3.1. Les effets potentiels sur l'organisation 18
2.2.2. Les effets potentiels sur les avantages compétitifs
20
II. Les facteurs organisationnels 21
1. L'approche basée sur les ressources 21
1.1. Historique 21
1.2. Les notions importantes 22
1.2.1. Les ressources 22
1.2.2. Les compétences 23
1.2.3. Les compétences clefs 23
1.3. Les connaissances et les compétences comme actifs
stratégiques 24
2. Les nouvelles formes organisationnelles 24
2.1. Caractéristiques 24
2.2. Les avantages stratégiques des structures
transactionnelles 25
2.2.1. Spécialisation et accumulation des
compétences 25
2.2.2. Plus forte capacité
d'innovation______________________________________ 25
Conclusion 27
2
Chapitre II : Les notions de base 28
Introduction 28
I. La connaissance 29
1. Les définitions de la connaissance 29
1.1. Typologie des définitions de la connaissance
29
1.2. Les différentes catégories de connaissances
30
1.3. Les modes de conversion des connaissances : la spirale du
savoir 32
1.4. La notion de compétence 33
II. Le Knowledge Management 34
1. Approche d'une définition 34
1.1. Notes sur la définition du KM 34
1.2. Le KM comme une nouvelle approche 37
2. Les enjeux du Knowledge management 37
2.1. L'optimisation des processus 37
2.2. L'aide à la décision en environnement complexe
38
2.3. La valorisation du capital compétences
38
2.4. L'innovation 38
3. La dimension cognitive du KM 38
3.1. Intérêt de l'approche 38
3.2. Les applications possibles 39
3.2.1. Se connaître soi-même 43
3.2.2. Bâtir et manager les équipes 43
4. Les communautés professionnelles 43
3.1. Introduction aux communautés professionnelles
43
3.2. Typologie des communautés professionnelles
43
3.3. Les communautés de pratique (CoP) 44
3.3.1. Importance 44
3.3.2. Quelques difficultés majeures à gérer
les CoP 45
Conclusion 46
DEUXIEME PARTIE : LES PROJETS KNOWLEDGE MANAGEMENT
47
Chapitre III : Outils et méthodes pour le
Knowledge Management 48
Introduction 48
I. Le retour d'expérience 49
1. Généralités 49
1.1. Qu'est ce que le retour d'expérience ?
49
1.2. Objectifs d'un retour d'expérience 49
1.3. Mise en place d'un retour d'expérience
49
2. Exemples 50
2.1. La mémoire à base de cas 50
2.2. L'US Army After Action Review (AAR) 51
2.3. La méthode REX du Commissariat à l'Energie
Atomique (CEA) 52
3
2.3.1. L'objectif du REX 52
2.3.2. Les sources d'expérience et leur manipulation
52
2.4. La méthode MEREX de Renault 53
2.4.1. Les fiches d'expérience MEREX 54
2.4.2. Les acteurs 54
2.4.3. Le rôle de la réunion de capitalisation
55
II. Méthodes pour la modélisation des
connaissances 55
1. Définition et objectifs 55
1.1. Qu'est-ce que la modélisation des systèmes de
connaissances ? 55
1.2. Objectifs 56
2. Exemples 56
2.1. La méthode MKSM du Commissariat à l'Energie
Atomique (CEA) 56
2.1.1. Les objectifs de la méthode MKSM 56
2.1.2. Les fondements de la méthode MKSM 57
2.1.3. La conduite d'un projet MKSM 59
2.2. La méthode KALAM de POLIA Consulting 59
2.2.1. Principe 59
2.2.2. Contexte d'application 59
2.2.3. Mise en oeuvre 60
III. Les outils support 63
1. Présentation 63
1.1. L'offre du marché 63
1.2. Le schéma général d'articulation des
outils support 63
2. Exemples 64
2.1. Le Portail 64
2.2. Le travail collaboratif 64
2.3. La recherche d'information 65
2.4. La gestion documentaire 65
2.5. L'expertise 66
Conclusion 67
Chapitre IV : La gestion des projets Knowledge Management
68
Introduction 68
I. Pourquoi un projet KM ? 69
1. La nécessité de gérer la démarche
KM 69
1.1. Un projet de construction d'un système sociotechnique
69
1.2. La problématique de la construction des
systèmes de gestion des connaissances __ 69
2. Une démarche de conduite du changement 71
2.1. La transition du système actuel vers le
système futur 71
2.1. Application des principes de management du changement
à la gestion des projets
KM 71
II. Les différentes phases d'un projet KM 72
1. Le schéma général d'un projet KM
72
2. Préparation 72
4
3. Diagnostic 73
4. Développement 74
5. Implémentation 75
6. Evaluation/pérennisation 78
III. Acteurs et facteurs de criticité 78
1. Les acteurs du projet KM 78
1.1. Le Chief Knowledge Officer (CKO) 78
1.2. Le Knowledge Manager 80
1.3. Cas des projets Intranet 80
1.3.1. Les instances décisionnaires 80
2. Les facteurs de criticité 83
2.1. Les principaux freins à l'implémentation des
outils KM 83
2.2. Les erreurs à éviter 83
Conclusion 85
TROISIEME PARTIE : Application au CRD
86
Chapitre V : Application de la méthodologie de
gestion de projets KM au processus de
«Conception et de Développement de
Médicaments Génériques» au Centre de
Recherche
et de Développement (CRD) du Groupe SAIDAL
87
Introduction 87
I. Considérations générales 88
1. Méthodologie de travail 88
1.1. L'observation critique 88
1.2. Le questionnaire écrit 88
2. Contexte 89
2.1. Le Groupe SAIDAL 89
2.2. Le CRD 89
2.3. Le processus de «Conception et de
Développement des Médicaments Génériques»
90
2.3.1. Caractérisation du processus 90
2.3.2. Mode de management 91
2.3.3. La coordination des projets 92
2.3.4. Le système de management de la qualité
92
2.4. La gestion des ressources humaine et de la formation
92
II. La démarche KM 93
1. La phase de préparation 93
1.1. Alignement du projet sur la stratégie de l'entreprise
93
1.2. Stratégie de codification ou de personnalisation
94
1.2.1. Réutilisation du travail d'un projet à un
autre 94
1.2.2. Catégorie de connaissances utilisées pour le
travail et la résolution des problèmes
98
2. La phase de diagnostic 101
2.1. Les problèmes majeurs du système d'information
actuel 101
2.1.1. Les problèmes de gestion documentaire
101
5
2.1.2. Les problèmes de gestion des tâches
107
2.1.3. Les problèmes liés à la communication
interne 108
2.2. Repérage des connaissances indispensables au
processus 111
3. La phase de développement 111
3.1. Les outils supports 111
3.2. Les méthodes de retour d'expérience
112
3.3. Les méthodes de modélisation des connaissances
113
4. La phase d'implémentation 113
5. La phase d'évaluation/pérennisation
113
6. Notes sur la gestion des compétences et les
communautés de pratique 113
Conclusion 117
CONCLUSION GENERALE ET PERSPECTIVES
118
ANNEXES 119
LISTE DES FIGURES ET DES TABLEAUX
125
BIBLIOGRAPHIE 126
6
INTRODUCTION GENERALE
Ce travail a pour intitulé «Le Knowledge
Management (KM) : fondements et gestion de projet. Contribution à
l'élaboration d'un projet KM au Centre de Recherche et de
Développement (CRD) du Groupe SAIDAL».
Comment se construit l'objet de la présente
recherche ? Quels sont les présupposés
épistémologiques qui guident notre travail ? Quelle
méthodologie est envisagée relativement à
la problématique esquissée ? Quel plan, enfin,
avons-nous adopté pour réaliser ce travail ?
Construction de l'objet de recherche
Le point de départ est un intérêt
personnel pour le domaine du KM. Cet intérêt se justifie
notamment par :
Un nombre important de publications qui
dénote de l'intérêt croissant pour ce domaine. La
composition qualitative de ces publications est variée, elle
regroupe à titre d'exemples : les livres (manuels
académiques pour étudiants, livres spécialisés
pour praticiens...etc.), les articles de revues managériales et
économiques (mais aussi
de revues dédiées à l'informatique,
à la psychologie...etc.), les revues spécialisées
dans le KM, les publications dans les forums de discutions physiques et
électroniques, les rapports de comités de travail ou de cabinets
de conseil sans oublier les thèses et
les mémoires de recherche universitaire ;
Un nombre tout aussi important de démarches pratiques
initiées dans des entreprises
de grande envergure et des PME mais aussi dans des
organisations comme les universités, les instituts de
recherche, les ONG, les institutions internationales
(comme La Banque Mondiale) ou encore les Systèmes
Productifs Locaux
(Technopoles, Pépinières d'entreprises...etc.).
Ces projets ont donné des résultats plus
ou moins satisfaisants mais en somme encourageants.
Ils ont permis en tout cas de mieux formaliser la démarche de
gestion des projets KM et de mieux structurer les systèmes de
gestion des connaissances ;
Enfin, un grand nombre d'outils et de méthodes pour
la gestion des connaissances ont été élaborés et
éprouvés.
Ces considérations nous ont conduit à nous
interroger sur la pertinence d'élaborer une démarche KM dans
une unité au sein d'une entreprise algérienne.
L'étape suivante a consisté à soumettre une
proposition de recherche à la responsable du
Système de Management de la Qualité au sein du
Centre de Recherche et de Développement
(CRD) du groupe SAIDAL. Cette proposition consistait en
un thème général, un design provisoire et une
méthodologie sommaire.
Il a été convenu que l'objectif de ce
travail sera de contribuer à l'élaboration d'un projet KM pour
le processus «Conception et Développement de
Médicaments Génériques» au Centre de Recherche
et de Développement (CRD) du Groupe SAIDAL.
7
Les fondements épistémologiques de la
recherche
Notre démarche emprunte ses éléments
aux paradigmes interprétatif et constructiviste, nous nous dotons
ainsi d'une position épistémologique
aménagée1 . Ce positionnement se justifie par
des contraintes pragmatiques. Seul l'objectif final nous guidera
dans la construction de l'objet de notre recherche.
L'objet émane ainsi d'une immersion dans le
phénomène que l'on souhaite étudier à savoir
le système de gestion des connaissances utilisées et
générées dans le processus
«Conception et Développement de
Médicaments Génériques». C'est par cette
immersion dans le contexte du phénomène, que l'on pourra
développer une compréhension de l'intérieur,
et notamment appréhender les problématiques,
les motivations et les interprétations des personnes y
participant. Quelle est la nature des connaissances utilisées et
générées dans les projets de développement de
médicaments génériques ? Quelles représentations
se font les acteurs de ces connaissances ? Quelles sont les
motivations des acteurs à créer, réutiliser,
transmettre ...etc. ces connaissances ?
L'objet précis de la recherche s'élabore au fur
et à mesure que cette compréhension se développe. Dans
cette perspective, l'objet se constituera dans sa forme
définitive de façon quasi concomitante avec l'aboutissement de
la recherche.
Méthodologie de la recherche
Ce travail s'inscrit dans le courant de la «recherche
action». C'est une étude qui vise à contribuer à
l'élaboration d'une démarche pour la gestion des
connaissances. Comme méthode de production de données, nous
avons choisi d'utiliser l'observation critique et l'administration d'un
questionnaire écrit. L'analyse des données sera faite de
manière qualitative et devra donner un éclairage sur le
système d'information actuel et les principaux problèmes qu'il
rencontre.
Plan de travail
Le présent travail s'articule comme suite :
La première partie abordera les
fondements conceptuels, elle est divisée en deux chapitres :
le chapitre I, sera consacré aux facteurs
d'émergence du KM, alors que le chapitre II, examinera les
notions de bases.
La deuxième partie traitera des projets
KM en deux chapitre : le chapitre III consacré aux outils et
méthodes, et le chapitre IV consacré à la gestion des
projets KM.
La troisième partie exposera notre
travail sur le terrain, elle abordera dans le chapitre V
notre démarche pour l'application de la
méthodologie de gestion de projets KM au processus
de «Conception et de Développement de
Médicaments Génériques» au Centre de
Recherche
et de Développement (CRD) du Groupe SAIDAL.
1 Girod-Séville M. et Perret V.,
Fondement épistémologiques de la recherche, in
Méthodes de recherche en management, Dir. de
Thiétard R-A., Dunod, Paris, pp.13-33, 2004.
8
PREMIERE PARTIE
LES FONDEMENTS CONCEPTUELS
9
Chapitre I : Les facteurs d'émergence du KM
Introduction
Ce premier chapitre traitera des facteurs
d'émergence du KM. Nous essayerons d'expliquer l'apparition du
KM comme concept et pratique, à la lumière des
changements économiques, technologiques et organisationnels
survenus au début des années 90.
Pour rendre l'exposé de ces facteurs plus
facile, nous avons choisi de traiter des facteurs environnementaux et
organisationnels séparément. Bien que la distinction entre
l'organisation et son environnement ne soit plus pertinente,
compte tenu de la malléabilité des frontières
entre les deux, elle reste cependant intéressante sur le plan
pédagogique pour traiter succinctement des implications de chaque
facteur sur le phénomène étudié.
Il importe aussi de remarquer que ces facteurs
s'influencent mutuellement de manière complexe. Cela rend
l'explication de certains phénomènes en terme de causalité
linéaires impossible.
Nous exposerons donc les facteurs environnementaux
qui sont la mondialisation
(I.1) et le développement rapide des
technologies de l'information et de la communication (I.2), puis les facteurs
organisationnels qui sont l'approche basée sur les ressources (II.1) et
l'apparition de nouvelles formes organisationnelles (II.2).
10
En 1997, à l'occasion du 75ème
anniversaire de la Harvard Business Review, les
éditeurs avaient choisi de donner la parole à cinq des plus
influents penseurs en management1 pour parler des problèmes
et challenges des dirigeants en ce début de siècle.
On pouvait lire dans la présentation, faite par les
éditeurs, de ces contributions : «ce qui est peut être le
plus intéressant à propos de leurs commentaires, c'est comment
chaque penseur, à
sa manière, a identifié les challenges
comme étant moins techniques ou rationnels que culturels :
Comment gérer [lead] les organisations qui créent
et enrichissent le savoir ? Comment savoir quand laisser nos machines de
coté et compter sur l'instinct et le jugement ? Comment vivre dans un
monde où les compagnies n'ont jamais une visibilité croissante ?
Et comment maintenir, en tant qu'individus et organisations, notre
habilité à apprendre ? Le défi permanent que les
dirigeants doivent relever n'est pas la technologie, mais comme le
suggèrent leurs observations collectives, le management humain - et
humanitaire»2 .
Voici une tentative de cerner les tendances essentielles de ce
qui est qualifié de Société du
Savoir et de son économie.
I. Les facteurs environnementaux
1. La mondialisation
1.1. Approche d'une
définition3
«La mondialisation est un processus non linéaire
d'uniformisation, d'homogénéisation,
de standardisation planétaire des actes de produire, de
consommer et de répartir».
«Dans une formulation moins savante, le contexte
mondialisé d'aujourd'hui rend compte
de l'importance du degré de contagion internationale des
principes mouvants de l'économie libérale».
1.2. Caractéristiques
essentielles4
1.2.1. Le marché mondial
La mondialisation du marché signifie, qu'en
principe, tout acteur économique peut exercer son activité
à n'importe quel endroit de la planète dans les
mêmes conditions. Si l'établissement d'un tel marché
n'est pas encore accompli, il n'existe aucune certitude non plus sur sa
fatalité. Néanmoins, quelques tendances sont assez
caractéristiques :
La constitution de grands ensembles régionaux (UE,
ALENA ...etc.) ;
L'accroissement du volume des échanges commerciaux
internationaux ;
1 Il s'agit de : Peter F. Drucker, Esther
Dyson, Charles Handy, Paul Saffo et Peter M. Senge.
2 Drucker P F., Dyson E., Handy C,
Saffo P et Senge P M., Looking Ahead: Implications of
the Present, Harvard Business Review, Boston, Septembre-Octobre, 1997,
p.18.
3 Adapté de : Boudjema R.,
La mondialisation : concept et réalité. Les
Cahiers du CREAD, Alger, n°61, 3ème
trimestre 2002, pp.49-69.
4 Adapté de Boudjema R.,
Cours de stratégie à l'international, document
de lecture, ISGP, Alger, 2006.
11
L'apparition d'acteurs agissants à un nivaux global,
échappant ainsi au contrôle des
Etats. Ce sont les firmes transnationales, les institutions
financières internationales et
la mafia internationale ;
Le développement des moyens de communication et de
transport.
Pour les entreprises, cela signifie que le marché
mondial est érigé en moteur de la croissance durable.
Remarque 1 : les conditions du
marché dépassent le cadre d'une législation des
affaires, le marché mondial suppose surtout une
homogénéisation des manières d'être et de
consommer.
Remarque 2 : la standardisation
brutale imposée par le processus de mondialisation soulève des
résistances caractérisées par la résurgence des
nationalismes et des régionalismes ainsi que par
l'apparition de nouveaux types de communautés réclamant le
droit à la différence
(alter mondialistes, gays...etc.)
Remarque 3 : ces courants qui
s'opposent à l'hégémonie du standard, alimentent
encore plus la mondialisation.
1.2.2. La complexité
Caractérisée par le nombre élevé
de produits, de segments de marché, de technologies, de canaux de
distribution et de communication et d'acteurs économiques.
La relation qu'entretiennent ces éléments est aussi complexe
puisqu'elle n'est ni causale ni unique. L'une des conséquences de ce
phénomène est le raccourcissement du cycle de vie du produit avec
introduction rapide de nouveaux produits et obsolescence
accélérée des anciens.
1.2.3. L'incertitude
C'est l'impossibilité de prévoir les changements
qui se produisent dans l'environnement ainsi que les résultats des
actions de l'entreprise dans celui-ci. De plus en plus, l'incertitude porte sur
le court terme _si ce n'est sur le présent. L'entreprise ne peut plus
prétendre à une intelligence suffisante des situations de gestion
ou à une connaissance entière de l'information indispensable. Du
même coup, la planification stratégique perd de sa
substance dans un environnement incertain.
1.3. Implications
1.3.1. Implications du marché mondial
Pour une firme qui doit coordonner ses activités
au niveau mondial, un système d'information performant est
nécessaire. Il doit répondre notamment à ces challenges
:
Assurer la communication entre des filiales
géographiquement dispersées afin de créer une
synergie pour pouvoir profiter des économies d'échelle,
produire à moindre coût et conquérir des parts de
marché ;
Etre à l'écoute des différents
acteurs : clients, fournisseurs, autorités locales, ONG...etc.
;
Répondre aux impératifs de veille
technologique, concurrentielle et commerciale.
12
Si ces impératifs semblent plus puissants pour
des firmes globales, les entreprises agissant localement ne sont pas
dispensées de telles préoccupations. Elles ne peuvent
faire l'économie d'une vision globale de leur environnement qui passe
par la mise en place d'un système d'intelligence économique.
1.3.2. Implications de la complexité
Pour répondre au raccourcissement du cycle de vie des
produits et afin d'introduire de nouveaux produits plus rapidement les
entreprises performantes ont recours à deux stratégies :
a. L'innovation :
La R&D est considérée comme le lieu
par excellence de production de l'innovation. Selon le courant de
l'information processing view, la R&D a pour fonction de
transformer les données de la technologie et du marché en
nouveaux produits et nouvelles connaissances5 . Les
connaissances sont au coeur des activités de R&D, elles en
constituent les «entrées» et les
«sorties»6 . La dimension cognitive de ces
activités est fondamentale et elles ont pu, à ce titre,
être caractérisées en tant qu'activités de
«traitement cognitif»7 . Pour certains auteurs, la
R&D
peut être considérée comme un système
d'apprentissage8 . De façon plus générale,
Rothwell R. définit l'innovation comme un «processus d'accumulation
de savoir-faire»9 .
Le nombre des technologies parmi lesquelles une
entreprise doit faire un choix a augmenté
considérablement. Les bases technologiques pour une
industrie changent rapidement et de manière
imprévisible. Dans beaucoup d'industries le spectre des
technologies à prendre en compte pour un produit donné est de
plus en plus large. Aucune compagnie aujourd'hui ne peut faire de la
recherche dans toutes les disciplines pertinentes comme l'avait fait IBM
et AT&T dans les années 1970 et au début des années
1980.
Au même moment, les sources des nouvelles
technologies ont proliférées. Toute compagnie doit rester
à l'écoute de ces sources et toutes les compagnies
doivent contrôler constamment les endroits d'où pourrait venir la
prochaine révolution technologique.
Le jeu compétitif a changé : l'avantage va souvent
aux entreprises qui savent choisir entre
un nombre important d'options technologiques et pas
nécessairement à celles qui les créent10 .
5 Tushman M L. et Moore P.,
Readings in the management of innovation, Ballinger publishing
company, 1988,
Moenaert R K. et Souder W E., An analysis of
the use of extrafunctional information by R&D and marketing personal:
review and model, Journal of Product Innovation Management, 1991,
cités par Simoni G., Capitaliser
les connaissances générées dans les
projets R&D, document de travail, LEST-CNRS, UMR 6123, p.3,
disponible sur Internet.
6 Simoni G., ibid.,
p.4.
7 Zhang T., Facteurs
déterminants de la performance des projets de recherche et
développement : Un modèle intégrateur et un
système à base de connaissances. Thèse de
doctorat en sciences de gestion, Programme
doctoral IAE/ESSEC, sous la direction de Tarondeau J. C.,
1994, cité par Simoni G., ibid.,
p.4.
8 Carlsson B., Kean P. et Martin
J., R&D organizations as learning systems, Sloan
Management Review,
1976, pp.1-16, cité par Simoni G.,
ibid., p.4.
9 Rothwell R., Industrial
Innovation: Success, Strategy, Trends, In Dogson M. et
Rothwell R. (ed.), The handbook of industrial innovation,
1994, cité par Simoni G., ibid., p.4.
10 Adapté de Iansiti M. et West
J., Technology Integration: Turning Great Research into
Great Products,
Harvard Business Review, Boston, May-June 1997, pp.69-79.
13
b. La flexibilité :
La flexibilité se veut une réponse à
la complexité et à l'incertitude. Elle concerne les
structures organisationnelles et les processus de développement de
nouveaux produits. C'est
ce deuxième point qui sera abordé
maintenant, le premier fera l'objet d'un long développement
dans la section consacrée aux nouvelles formes organisationnelles.
L'environnement actuel confronte le processus de
développement des nouveaux produits
à des challenges sans précédents dans
l'histoire récente. Les besoins du marché que le produit doit
satisfaire et les technologies qu'il doit utiliser peuvent changer radicalement
alors même que le produit est en phase de développement.
Un processus de développement flexible permet d'incorporer
rapidement et à moindre coût les changements de la
demande et de la technologie dans le design jusqu'au moment le plus tardif
avant le lancement du produit.
Dans l'approche traditionnelle, le futur produit est
conçu, développé et transféré à
la production selon des phases bien articulées et séquentielles.
Typiquement, le processus débute par la détermination des
besoins du client et le choix de la technologie, les
spécifications détaillées sont arrêtées et
approuvées. A ce moment l'attention se tourne vers la transposition
industrielle et les modifications se réduisent au minimum.
Au contraire, dans un processus flexible, tout engagement ferme
sur les caractéristiques
du produit est retardé au maximum. Les phases de
conception et de transposition se chevauchent au lieu de se suivrent. Ce
qui permet d'intégrer les nouvelles données du marché
et de la technologie et opérer des changements
moins coûteux11 . (Voir figure 1 : Deux approches pour le
développement des produits).
11 Adapté de Iansiti M. et MacCormack
A., Developing Products on Internet Time, Harvard Business
Review, September-October 1997, pp 109-117.
14
Figure 1: Deux approches pour le développement des
produits
Approche Traditionnelle
Début du projet Arrêt de la conception
Introduction sur le marché
Conception
Transposition
Temps de conception Temps de réponse
Lead time total
Approche Flexible
Début du projet Arrêt de la conception
Introduction sur le marché
Conception
Transposition
Temps de conception Temps de réponse
Lead time total
La rapidité est un concept subtil dans ce
modèle. Le lead time total _le temps pour atteindre les objectifs
du projet_ est clairement important mais les temps de conception et
de réponse sont importants en eux-mêmes.
Le temps de conception est la fenêtre d'opportunité pour
inclure de nouvelles informations et optimiser l'adéquation entre
la technologie et son application. Le temps de réponse est le
temps où cette fenêtre est fermée, l'architecture du
produit est arrêtée et le projet est incapable de
réagir aux nouvelles informations. Bien que le lead time soit
approximativement le même dans les deux processus, l'approche flexible a
un temps de réponse plus court et elle est préférable dans
un environnement changeant.
Source: Iansiti M. et MacCormack A.,
Developing Products on Internet Time, Harvard Business
Review, September-October 1997, p 110.
15
1.3.3. Implications de l'incertitude
Nous soutenons que l'incertitude qui caractérise
l'action d'une entreprise dans son environnement est due à son
incapacité d'élaborer une représentation adéquate
d'elle-même et
de cet environnement, représentation qui
rendrait compte des relations de causalité qu'entretiennent
les différents éléments du système
entreprise-environnement.
Le développement des représentations de
l'entreprise dans la science économique a conduit progressivement
à la considérée comme une machine de traitement de
l'information12 . «Ainsi s'est développée
l'image implicite d'une organisation dotée d'un corps physique (la
structure) dans lequel circuleraient, en y subissant divers traitements, des
flux d'information multiples et changeants»13 . Le
fonctionnement optimum de cette machine suppose qu'elle crée une
représentation fidèle de son environnement en respectant
les conditions économiques du marché, c'est-à-dire un
traitement rapide, voir instantanée du plus grand nombre d'informations.
Cette double description en termes physique et informationnel n'est pas sans
rapport avec la conception du problème du rapport du corps et de
l'esprit et de
la solution qu'on en donne. Nous verrons que c'est la
prévalence des solutions matérialistes qui constitue le fondement
philosophique de cette représentation.
«La conception informationnelle de l'entreprise
envisage le traitement de l'information comme un processus ascendant :
les éléments d'information disponibles sont collectés
et assemblés de manière à produire du
sens»14 . On trouve des éléments explicites
de cette conception dans le «modèle du système humain de
traitement de l'information» de Newell A.
et Simon H.15 , le «processus de prise
de décision» de Simon H.16 ou encore le
«modèle économique de gestion de l'information» de
Reix R.17 Cette conception ascendante du processus
informationnel est en rapport direct avec les thèses
computo-représentationnelles
qui ont prévalu en psychologie cognitive et en
intelligence artificielle (IA) symbolique. Pour s'en convaincre, rappelons que
Simon H., prix Nobel d'économie, est l'un des fondateurs de ces deux
disciplines.
Une nouvelle approche cognitive de l'entreprise s'est
développée depuis quelques années. Cette approche se
propose d'expliquer le rapport entre la «réalité
extérieure» et la «réalité
intérieure» de l'entreprise. Les bases de ce nouveau
paradigme se trouvent dans les développements récents en
sciences cognitives et qui se traduisent par le passage :
D'une solution matérialiste du problème
du rapport du corps et de l'esprit à une solution
fonctionnaliste largement admise ;
D'une vision computo-représentationnelle de
la pensée humaine à une vision connectionniste.
12 Voir sur ce point Le Moigne
J-L., Les systèmes de décision dans les
organisations, PUF, Paris, 1974, reprenant les travaux de
Galbraith J., Organization Design. An information
processing view. Sloan working
paper, Cambridge, Mass. M.I.T, 1969, cité par
Dupuy Y., Kalika M., Marmuse E. et Trahand J., Les
systèmes
de gestion, Vuibert, Paris, 1989.
13 Laroche H., L'entreprise
close : une approche cognitive, in Dedans, Dehors,
Coordonné par Besson P.,
Vuibert, Paris, 1997, p.171.
14 Laroche H., ibid.,
p.174.
15 Newell A. et Simon H.,
Human Problem Solving, Printice-Hall, Englewood Cliffs, NJ, 1972,
reproduit par
Reix R., Systèmes d'information et
management des organisations, Vuibert, Paris, 4ème
édition, 2004, p.23.
16 Simon H., Administration et
processus de décision, Economica, Paris, 1983, reproduit par
Reix R., ibid., p.13.
17 Reix R., ibid., p.32.
16
D'une IA symbolique à une IA connectionniste18
.
Selon la conception de l'école cognitive,
l'esprit impose une interprétation de l'environnement, il
construit son univers. Cette construction se fait selon des structures
mentales dites schémas, terme le plus utilisé en psychologie ou
encore cartes, terme utilisé par Weick K E.19 . Huff
opère une distinction entre cartes cognitives qui identifient les
facteurs essentiels pour le dirigeant et celles qui indiquent les rapports
entre ces facteurs20 .
Cette construction est aussi sociale. L'hypothèse
sous-jacente est que personne dans l'entreprise ne «voit»
l'environnement, c'est l'organisation qui le construit à
partir d'informations riches et ambiguës. On trouve un bon exemple dans
les travaux de El Sawy O
A. et Pauchant T C.21
Pour la stratégie de l'entreprise, les implications
sont nombreuses. Nous proposons quelques points ci-dessous22
:
Abandonner la règle selon laquelle
l'organisation devrait s'adapter à son environnement. Dans un
secteur donné, le dirigeant ne peut se contenter de s'adapter aux
tendances : ce sont ses actes qui font la tendance ;
Repenser les contraintes, les menaces et les occasions
;
Envisager différemment le rôle de la
stratégie comme acte d'imagination et de création ;
Créer le contexte. En répondant à
des questions tels que : qui sommes-nous ? Sur quoi mettons-nous l'accent
? Que faisons-nous ? Que ne faisons nous pas ?
Favoriser des réalités multiples par de
nouvelles interprétations de faits connus ;
Tester et expérimenter.
2. Le développement rapide des technologies de
l'information et de la communication
(TIC)
2.1. Caractéristiques23
L'énorme impact des TIC sur la Société
moderne est incontestable. Mais il est intéressant
de constater avec Solow R. que l'on voit l'informatique
partout aujourd'hui, sauf dans les statistiques de
productivité24 . Il importe donc de cerner les
propriétés distinctives des TIC afin
de comprendre leur apport potentiel.
18 Pour une introduction à ces questions,
voir par exemple : Andler D., Introduction aux sciences
cognitives, Gallimard, Paris, 1992 et 2004.
19 Weick K E., Cartographic
Myths in Organisations, in Huff A S. (dir.), Mapping
Strategic Thought, Wiley, NY, 1990, pp1-10, cité par
Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel J., Safari en pays
stratégie. L'exploration des
grands courants de la pensée stratégique,
Village Mondial, Paris, 1999, p.169.
20 Huff A S. (dir.), opus
cité, dans Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel J.,
ibid., p.170.
21 El Sawy O A. et Pauchant T C.,
Triggers, Templates, and Twitches in the Tracking of Emerging of
Strategic
Issues, Strategic Management Journal, n° 9,
September-October 1988, pp. 455-474, rapporté par Mintzberg H.,
Alstrand B. et Lampel J., ibid., p.177.
22 Adapté de Smiricich L. et Stubbart
C., Strategic Management in an Enacted World, Academy of
Management
Review, 10, 4, 1985, pp 724-736, adapté par
Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel J., ibid.,
p.180.
23 Adapté de Evans P B. et Wurster T
S., Strategy and the New Economics of Information, Harvard
Business
Review, Sept-Oct 1997, p.73.
24 Cité par Prax J-Y., Le
manuel du Knowledge Management, Dunod, Paris, 2003, p.7.
17
2.1.1. La connectivité
Il s'agit du nombre d'éléments d'un
réseau d'information. Les TIC permettent d'augmenter
considérablement ce nombre.
2.1.2. La personnalisation
C'est le degré d'adaptation du message à la
cible. Il est possible avec les TIC de personnaliser le message à
un coût faible.
2.1.3. L'interactivité
C'est la possibilité d'interaction entre les
éléments du réseau d'information. On peut grâce
aux TIC faire interagir un nombre important d'éléments
de manière synchrone ou asynchrone.
2.1.4. La variété des signaux
On peut grâce aux TIC transmettre une grande
variété de signaux par un même canal en un temps
réduit.
2.2. Le compromis entre richesse et
connectivité25
Les trois derniers critères définissent la
richesse d'une situation d'information. Elle est d'autant plus riche
qu'elle est personnalisée, interactive et permet la transmission d'un
grand nombre d'information à la fois.
Dans l'économie traditionnelle, la
difficulté consiste à résoudre le compromis entre
richesse et connectivité. Plus un message est riche moins il
peut atteindre de cibles. La situation la plus riche est certainement le
dialogue, mais c'est la situation qui implique le plus petit nombre
d'éléments. Un message publicitaire sur une chaîne de
télévision atteint un grand nombre de personnes mais sa
richesse en informations est très faible. (Voir figure 2 : La
traditionnelle économie de l'information).
25 Adapté de Evans P B. et Wurster T
S., ibid., p.37.
18
Figure 2: La traditionnelle économie de
l'information
Richesse
(personnalisation, interactivité, variété
des signaux)
Compromis traditionnel
Connectivité
Source: Evans P B. et Wurster T S., Strategy
and the New Economics of Information, Harvard Business
Review, Sept-Oct 1997, p. 74.
L'émergence de nouveaux standards techniques dans le
domaine des télécommunications
et la dérégularisation du secteur ont permis une
connectivité sans précédant entre des zones
géographiquement très éloignées mais surtout avec
une richesse d'information qui ne diminue
en rien cette connectivité.
2.3. Les effets potentiels
Nous parlons ici d'effets potentiels car l'usage d'une
technologie déterminée ne produit pas automatiquement les
mêmes effets quelle que soit l'organisation qui l'utilise et les
conditions d'utilisation.
2.3.1. Les effets potentiels sur
l'organisation26
a. Participation au processus de
décision
Le nombre de participants au processus de
décision et leur variété (rang hiérarchique,
clients, fournisseurs...etc.) se trouvent augmentés grâce à
une meilleure communication. Cet effet sera plus ou moins important selon que
la technologie sera capable ou non de transmettre une information d'un niveau
de richesse adapté aux besoins de l'utilisateur.
b. Intelligence des problèmes
L'identification des problèmes avec rapidité
et précision est améliorée avec le nombre
élevé de données récoltées, leur
rapidité de traitement et une meilleure communication. Au même
moment l'éventail des solutions connues devient plus large.
26 Adapté de Reix R.,
ibid., pp.84-90.
19
c. Rapidité et qualité des
décisions
Ces deux effets résultent notamment d'une meilleure
intelligence des problèmes ce qui réduit l'incertitude sur
l'action.
d. Nature et utilisation de la mémoire
organisationnelle
L'énorme capacité de stockage qu'offrent les
technologies, la possibilité de structurer les données
(indexation, arborescence...etc.) et la facilité d'interrogation
parfois même en langage naturel, améliorent la qualité de
la mémoire organisationnelle et en facilite l'accès.
e. Morphologie de la structure
Avec l'introduction des TIC, on observe une
diminution du nombre de niveaux hiérarchiques. Ce qui s'explique
par :
Les possibilités de coordination accrues par la
facilité de communication et de traitement ;
Les possibilités accrues de communication directe
entre niveaux hiérarchiques ce qui supprime le rôle des niveaux
intermédiaires ;
La spécialisation et l'enrichissement des
tâches qui permettent une plus grande autonomie vis-à-vis de
la hiérarchie.
f. Degré de
centralisation-décentralisation
Paradoxalement, l'utilisation des TIC plaide en faveur de
l'une comme de l'autre de ces solutions. Il n'y a pas de déterminisme
technologique sur ce point, mais le management doit savoir tirer profit de
cet avantage en cadrant l'utilisation des TIC avec les avantages
compétitifs que procure chaque mode d'organisation.
En permettant aux cadres de niveau supérieur
d'obtenir plus vite et de manière plus précise des
informations sur les problèmes locaux, en les assistant à traiter
plus vite et mieux
de grandes quantités d'information, les TIC autorisent le
transfert de décisions aux niveaux hiérarchiques
supérieurs.
Par ailleurs, une meilleure communication permet aux
cadres de niveaux inférieurs de mieux comprendre le contexte
général de la prise de décision.
g. Coordination, formalisation et
standardisation
La coordination par supervision directe et ajustement mutuel est
améliorée grâce à une meilleure communication
verticale et horizontale.
La formalisation des procédures et la standardisation
des formats des données répondent à des impératifs
techniques des outils technologiques et notamment des logiciels. Cependant, le
progrès technique tend à rendre plus convivial et plus souple
l'usage de ces technologies, cet effet formalisateur pourrait donc être
amené à diminuer.
20
h. Spécialisation des tâches
D'une manière générale, le recours aux
TIC modifie l'éventail des spécialisations dans l'organisation
en faisant apparaître de nouvelles tâches et en
éliminant, souvent par automatisation, d'autres.
i. Enrichissement des tâches et
contrôle
L'effet d'enrichissement des tâches s'explique par
les possibilités de diagnostic des logiciels et les
différentes formes d'assistances offertes par ceux-ci (CAO,
PAO...etc.). Le sentiment d'un contrôle exercé par la
hiérarchie résulte des possibilités accrues de
surveillance et de la traçabilité quasi parfaite des
informations.
j. La relation au métier
Les outils technologiques deviennent un intermédiaire
entre le travailleur et la tâche qu'il exécute. Dans ce cas, la
capacité de traiter des données abstraites devient
déterminante.
2.3.2. Les effets potentiels sur les avantages
compétitifs27
a. Fragmentation de la chaîne de valeur
La fragmentation de la chaîne de valeur en plusieurs
segments ayants chacun sa propre source d'avantage compétitif. Les
possibilités de reconfiguration deviennent plus nombreuses par la suite
ce qui crée plusieurs chaînes interconnectées.
b. Des économies d'échelle sur la
connectivité
La connectivité accrue dans un réseau
crée des économies d'échelle importantes. Il ne sert
à rien d'avoir un téléphone si on est le seul
à l'avoir, par contre plus le nombre d'utilisateur augmente plus
le coût d'accès diminue.
Ce phénomène crée souvent une
situation de monopole pour l'élément du réseau qui
capte le plus grand nombre de connections. D'où l'importance
d'imposer un standard qui oblige les autres à se conformer, cela
passe souvent par la rapidité d'accès au marché.
c. De nouvelles opportunités pour des
activités dématérialisées
Beaucoup d'activités
dématérialisées ont pu voir le jour et
proliférer à la faveur des possibilités de
communication et de stockage offertes par les TIC. On peut citer pour
exemple
les livres électroniques.
d. De nouvelles stratégies pour l'image de
marque
Parce que l'image de marque reflète la
chaîne de valeur d'une entreprise, sa reconfiguration
entraîne un changement des propriétés perçues par
les clients. Une banque qui
27 Adapté de Evans P B. et Wurster T
S., ibid., pp.71-82.
21
se focalise sur le paiement électronique ne peut plus
faire valoir la qualité de l'accueil comme image de marque mais devra
privilégier les arguments de sécurité et de
rapidité.
e. De nouvelles opportunités pour des parties
tierces
Des parties tierces qui ne fabriquent aucun produit ni ne
délivrent de service à la base, peuvent trouver de nouvelles
opportunités. C'est le cas des moteurs de recherche avec le
succès qu'on leur connaît.
f. Le pouvoir de négociation peut
changer
Cet effet résulte de l'incapacité à
monopoliser l'information. Même si ce n'est pas toujours le cas,
on observe souvent un renversement dans la capacité à
monopoliser l'information. Dans le cas des plates-formes d'achat
électroniques, ce sont les clients, de part leur nombre réduit
qui font jouer la concurrence entre des fournisseurs nombreux qui
manquent d'informations. Au contraire, sur les portails
spécialisés, les fournisseurs contrôlent l'information que
les millions de clients ne peuvent avoir.
g. Diminution du coût de changement pour le
client
Pour une grande part due à la standardisation et à
l'échange informatisé des données. Ce qui oblige les
entreprises à trouver de nouvelles manières de fidéliser
les clients.
II. Les facteurs organisationnels
1. L'approche basée sur les ressources
1.1. Historique
Différents auteurs s'accordent à faire
remonter l'origine de la théorie aux travaux de Penrose E.28
. Son questionnement de départ consistait à se demander
comment des firmes qui exercent des activités similaires au sein d'un
même environnement peuvent être différentes du point de vue
de leurs performances. Selon elle, les entreprises sont «dotées de
beaucoup plus d'attributs que ceux possédés par la firme
néo-classique, et la pertinence de ces attributs n'est
pas adéquatement représentée par les courbes
de coûts et revenus»29 .
Si toutes les entreprises avaient les mêmes
ressources alors elles développeraient et créeraient les
mêmes produits et services. La compétition ne se baserait alors
plus que sur le prix. Les entreprises auraient sensiblement les mêmes
performances, profits, investissements
et problèmes30 . L'entreprise est alors
envisagée comme une large série de ressources qui font
sa singularité. C'est l'énorme étendue de
ces ressources qui explique la différence entre les performances des
firmes.
28 Voir par exemple : Chauvet V.,
Les facteurs de l'émergence du knowledge management
: changements environnementaux, technologiques et organisationnels,
CEROG-IAE d'Aix-en-Provence, w.p. n° 626, Janvier
2002, p.5, disponible sur Internet. Simoni G.,
ibid., p.1. Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel
J., ibid., p.280.
29 Penrose E., The theory of
growth of the firm, New York, John Wiley, 1959, cité par
Simoni G., ibid., p.1.
30 Chauvet V., ibid.,
p.5.
22
Wernerfelt B.31 développe la théorie
basée sur les ressources, mais ses idées n'ont pas eu
un grand écho à cause de la conception dominante en
stratégie qui se basait sur l'analyse de l'environnement. L'essor de
l'approche advient avec les travaux de Prahalad K. et Hamel G.
1.2. Les notions importantes
La théorie en elle-même n'est pas un ensemble
homogène de notions interdépendantes. Il convient plutôt
de parler d'un courant de pensée qui regroupe plusieurs travaux
qui se caractérisent essentiellement par l'insistance sur les
ressources internes de l'entreprise32 . Pour
les besoins de cet exposé, nous traiterons des notions les
plus importantes élaborées par ce courant.
1.2.1. Les ressources
Pour Barney J., les ressources d'une entreprise sont
«les actifs, capacités, processus organisationnels,
informations, connaissances...etc., contrôlés par l'entreprise
et qui lui permettent de concevoir et mettre en oeuvre ses
stratégies»33 . «Ce qui unit ces ressources en
un système unique, c'est un réseau
d'interprétations partagées. C'est cela qui maintient,
renouvelle et modèle les ressources»34 .
Plusieurs typologies des ressources de l'entreprise ont
été proposées. Nous avons retenu celle proposée
par Puthod D. et Thévenard C. parce qu'elle nous semble
particulièrement intéressante pour la gestion de ces
ressources.
Tableau 1: Une typologie des ressources de
l'entreprise
|
Nature des ressources
|
|
Tangibles
|
Intangibles
|
|
Séparabilité de l'organisation
|
Ressources séparables
|
Ressources physiques (terrains, équipements, machines).
|
Compétences individuelles.
|
|
Ressources dépendantes de
l'organisation
|
Ressources financières.
|
Réputation, marques, brevets, licences, réseau de
relations, culture d'entreprise, informations, savoir- faire technologique.
|
Source : Puthod D. et Thévenard C.,
L'avantage concurrentiel fondé sur les ressources : une illustration
avec
le groupe Salomon, Gestion 2000, n°3, Mai-Juin
1999, pp.135- 154.
31 Wernerfelt B., A
resource-based view of the firm, Strategic Management Journal, n° 5,
1984, pp. 171-180, cité par Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel
J., ibid., p. 280-281.
32 Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel
J. traitent séparément de la théorie
basée sur les ressources et des travaux de Prahalad et Hamel. Voir
leur note p.281, opus cité.
33 Barney J., Firm resources
and sustained competitive advantage, Journal of Management, vol. 17,
n° 1, 1991, pp. 99-120, cité par Mintzberg H., Alstrand B.
et Lampel J., ibid., p.282.
34 Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel
J., ibid., p.282.
23
1.2.2. Les compétences35
La compétence constitue la capacité de
l'entreprise à favoriser l'utilisation et la transformation
des ressources en fonction d'objectifs prédéfinis, pour maintenir
et améliorer
sa position concurrentielle36 . Il est difficile
d'expliciter la relation exacte entre ressources et compétences.
«Cependant, on trouve chez plusieurs auteurs un consensus sur
l'idée que les compétences proviennent de la combinaison de
plusieurs ressources»37 .
1.2.3. Les compétences clefs (compétences
de base) [core competences]
Les compétences clés sont définies
comme résultant de «l'apprentissage collectif de
l'organisation, spécialement de la façon dont sont
coordonnées différentes compétences de production et
dont sont intégrées de multiples courants
technologiques»38 . Cela exige
«communication, participation et une forte
volonté de travailler en dépassant les frontières
organisationnelles. Les compétences sont l'adhésif qui
attache ensemble les activités existantes. C'est aussi le moteur
pour le développement de nouvelles activités»39
.
Comment une entreprise identifie-t-elle ses
compétences de base ? Plusieurs méthodes d'évaluation
ont été décrites. Pour Barney J. une compétence
clé doit être : évaluable, rare, inimitable et non
substituable40 . Puthod D. et Thévenard C. ne posent pas
comme condition l'évaluabilité mais rajoutent aux trois autres
critères la pertinence et la non transférabilité41
. Prahalad C K. et Fahey L. proposent trois ensembles de
questions mettant en lumière les caractéristiques des
compétences clés :
1. La compétence est-elle une source
significative de différenciation concurrentielle ?
Génère-t-elle des bénéfices et une valeur distincts
pour les clients ? Les compétences
de base se manifestent aux clients sous la forme des
produits de l'entreprise et de leurs attributs.
2. La compétence déborde-t-elle de
son seul secteur d'activité ? Couvre-t-elle un ensemble
d'activités, actuelles et nouvelles ? Une compétence de base
devrait donner accès à plusieurs marchés.
3. La compétence est-elle difficile à imiter
? Est-il difficile à des tiers d'apprendre ce que fait l'entreprise et
comment elle le fait42 .
35 Il s'agit d'aborder ce concept sous l'angle de
la stratégie, en GRH ce concept est activé différemment.
Voir
sur ce point : Cadin L., Faut-il sortir la
GRH de ses frontières ?, in Dedans, Dehors,
Coordonné par Besson P.,
Vuibert, Paris, 1997, p.72.
36 Chauvet V., ibid.
37 Simoni G., ibid., p.2,
elle cite : Tarondeau J.C., Le management des
savoirs, PUF, Collection Que sais-je ?,
1998. Puthod D., Un modèle
d'exploitation des compétences dans le contexte de l'organisation et de
la décision,
7ème Conférence de l'Association de Management
Stratégique, 27-28 Mai 1998. Wright R W., Van Wijk G. et Bouty
I., Les principes du management des ressources fondées sur
le savoir, Revue Française de Gestion, Sept- Oct 1995, pp.70-75.
Mack M., L'organisation apprenante comme système de
transformation de la connaissance
en valeur, Revue Française de Gestion, Sept-Oct
1995, pp.43-48.
38 Prahalad C K. et Hamel G.,
The core competence of the corporation, Harvard Business
Review, May-June
1990, pp.79-91, cité par Mintzberg H., Alstrand B.
et Lampel J., ibid., p.225.
39 Prahalad C K. et Hamel G.,
opus cité, cité par Mintzberg H.,
Alstrand B. et Lampel J., ibid., p.225.
40 Barney J., opus
cité, cité par Mintzberg H., Alstrand B. et Lampel
J., ibid., p.282.
41 Source : Puthod D. et Thévenard
C., L'avantage concurrentiel fondé sur les ressources : une
illustration avec le groupe Salomon, Gestion 2000, n°3, Mai-Juin
1999, pp.135-154.
42 Prahalad C K. et Fahey L.,
Une stratégie pour la croissance : le rôle des
compétences de base dans
l'entreprise, in Fahey L. et Randall R.
(dir.), les paramètres essentiels de la
gestion stratégique, MBA Séries, Nouveaux Horizons et Maxima
Laurent du Mesnil Editeur, Paris, 1997, pp.370-371. Titre original : The
portable MBA in Strategy, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par WRP
Translations, 1994, (c) by John Wiley & Sons, Inc,
24
1.3. Les connaissances et les compétences comme
actifs stratégiques
Le nouveau paradigme en stratégie voit l'entreprise comme
un portefeuille de ressources
et de compétences plutôt que comme un
portefeuille d'activités. Les ressources et compétences
de l'entreprise constituent un actif stratégique qu'il faut
gérer pour réaliser et maintenir un avantage
compétitif. En confrontant les ressources humaines aux
critères qui définissent les compétences clés,
on observe qu'elles constituent un actif stratégique par
excellence. Quinn J B. considère le capital intellectuel comme
de nouvelles ressources déterminantes43 et en cite les
plus importantes44 :
Banques de données sur les processus et les
consommateurs ;
Systèmes de conception et d'innovation ;
Systèmes et habitudes de gestion ;
Logistique et réseaux d'information ;
Réseaux de contacts spécialisés et
accès aux nouveaux acteurs ;
Systèmes de réponse organisationnelle rapide
;
Système de motivation et culture
d'entreprise.
2. Les nouvelles formes organisationnelles
2.1. Caractéristiques
L'approche basée sur les ressources et les
compétences semble renverser la logique de l'analyse stratégique
dominée jusqu'au début des années 1990 par
l'approche porterienne45 basée sur l'analyse du secteur et
la détermination des Facteurs Clefs de Succès (FCS). Dès
lors, émerge une nouvelle théorie de la structure
résultant de la dialectique avec ce nouveau paradigme
stratégique46 .
En effet, pour maintenir et développer ses
compétences et ressources distinctives, l'entreprise doit se
recentrer sur ses activités coeur de métier et s'appuyer sur des
partenaires externes pour les autres activités. Le but est de
créer une chaîne dont le maillon le plus faible reste performant
puisque la valeur de la chaîne dépend de lui. Cette
nouvelle stratégie de délégation et de mise en
réseau est dite stratégie d'externalisation ou
d'impartition. Les nouvelles structures qui naissent de ces
stratégies (ou si l'on préfère, qui font
naître ses stratégies) sont dites «structures en
réseau» ou «structures transactionnelles»47
.
43 Quinn J B., Bâtir une
organisation intelligente : optimiser les ressources, les services et la
technologie, in
Fahey L. et Randall R. (dir.), ibid.,
p.318.
44 Quinn J B., ibid.,
p.321.
45 Porter M., Choix
stratégiques et concurrence : techniques d'analyse des secteurs et de la
concurrences dans l'industrie, Economica, Paris, 1982, titre original
: Competitive Strategy: Techniques for Analysing Industries and
Competitors, The Free Press, NY, 1980, L'avantage concurrentiel,
InterEditions, Paris, 1986, titre original:
Competitive Advantage, The Free Press, NY, 1985.
46 La relation stratégie structure est
abordée dans Chandler A D., Stratégie et
structure, éd. d'Organisation, Paris, 1972, titre original :
Strategy and Structure, MIT Press, Cambridge, 1962.
47 Fréry F., La
chaîne et le réseau, in Dedans, Dehors,
Coordonné par Besson P., Vuibert, Paris, 1997, p.34.
25
2.2. Les avantages stratégiques des structures
transactionnelles48
Sans aborder tous les avantages recherchés par les
entreprises qui adoptent la structure transactionnelle, nous nous
focaliserons sur ceux qui sont en relation avec la maîtrise des
connaissances et des compétences.
2.2.1. Spécialisation et accumulation des
compétences
La spécialisation sur certaines compétences
et l'externalisation des autres assurent une acquisition et une
valorisation des compétences que l'on a conservées en
interne. En se spécialisant sur certaines activités,
l'entreprise augmente la taille de la base de connaissances correspondant aux
compétences qu'elle a maintenues en interne, et donc
accélèrent l'accumulation des heuristiques qui lui sont
nécessaires. L'accumulation de ce savoir permet une progression plus
rapide sur la courbe d'expérience qui se traduit par la diminution
des coûts de production et l'amélioration de la qualité.
L'amélioration des performances due à la
spécialisation, touche tous les maillons de la chaîne de valeur ce
qui accroît la sa performance globale. Un sous-traitant qui se
spécialise dans une activité et qui progresse le long de
sa courbe d'expérience, permet à terme au donneur d'ordre
d'améliorer la profitabilité de l'activité
externalisée par rapport à son maintient en interne.
2.2.2. Plus forte capacité
d'innovation
L'activité d'innovation a toujours
été paradoxale au sein d'une structure mue par les
impératifs de productivité. En effet, le développement
d'innovations, notamment celles dites radicales, requiert une structure libre
d'entraves réglementaires et budgétaires, mais soumise
à
de fortes contraintes d'efficacité.
L'adoption d'une structure en réseau permet à
une organisation bureaucratique de sous- traiter l'innovation à une
cellule organique (cas du PC chez IBM) et à l'inverse, une
organisation innovante peut faire fabriquer ses nouveautés par des
sous-traitants soumis à des critères de rentabilité (cas
de la NASA, NIKE, Benetton ou Dell).
Pour une entreprise de grande taille, l'externalisation de
l'entité chargée de l'innovation présente trois avantages
majeurs :
La structure innovante n'est pas freinée par les
procédures et les habitudes acquises par la structure productive. La
mise en cause des technologies sur lesquelles cette dernière a
fondé son succès sera d'autant plus aisée, et la
tentation de prolonger artificiellement l'existant plutôt que de le
remplacer sera limitée ;
Le lien avec les clients habituels est
rompu, ce qui permet d'identifier des consommateurs nouveaux. Lors de
l'apparition des micro-ordinateurs, IBM a consulté ses clients,
responsables informatiques des plus grandes entreprises mondiales, sur
l'intérêt de développer ce type de machines. Tous
ont répondu qu'elles n'avaient aucun intérêt pour eux,
ce qui était à l'époque parfaitement exact. En revanche,
Apple
48 Adapté de Fréry F.,
ibid., pp.29-33.
26
ou Commodore, qui n'étaient pas attachés
à cette frange de clients prestigieux, ont reçu de leur
marché un message tout à fait différent ;
Une technologie nouvelle s'adresse souvent à un
marché nouveau, qui par définition assure au départ des
volumes de ventes peu important, suffisant pour rentabiliser une petite
structure mais trop faible pour couvrir les frais de structure d'une
grande entreprise.
27
Conclusion
L'ensemble des facteurs que nous venons
d'analyser a conduit à une nouvelle représentation de
l'organisation qui met l'accent sur le capital intellectuel et rend
nécessaire l'élaboration de nouvelles manières pour le
gérer.
Il est intéressant de constater que le
facteur le plus important dans cette nouvelle approche est un changement
de perspective sur le plan conceptuel en stratégie, qui est resté
inaperçu pendant longtemps. Sans doute la mondialisation
du marché et l'évolution rapide des TIC ont permis une plus
grande visibilité de ce phénomène et son enracinement
dans la pratique du management stratégique avec l'accroissement
du nombre d'entreprises en réseau agissant au niveau global.
Il nous faut cependant nuancer notre propos en signalant
que ces facteurs n'ont pas
eu comme seule conséquence l'émergence
du nouveau concept managérial qu'est le KM. Les implications de ces
changements dépassent de loin le seul cadre que nous avons
retenu. L'argumentation élaborée ne doit pas nous pousser
à prendre pour acquise la nécessité d'émergence
du KM à travers ces quelques facteurs seulement, ce qui à terme
nous rendrait aveugles à d'autres évolutions.
Concevoir la connaissance comme un nouveau capital
pour l'entreprise impose de repenser les manières de gérer. Mais
avant de penser à la manière d'appréhender cette nouvelle
ressource, il importe de savoir ce qu'elle est. Déterminer la
nature de la connaissance pour mieux élaborer les moyens de sa gestion
est un préalable nécessaire pour un réoutillage conceptuel
et pratique adéquat.
28
Chapitre II : Les notions de base
Introduction
L'objet de ce présent chapitre est de
traiter des notions de base du KM. Nous essayerons d'expliciter les
principales notions connexes au KM pour une meilleure
compréhension des enjeux des démarches de gestion des
connaissances.
Nous aborderons l'objet du KM qui s'avérera
être difficile à circonscrire. De cette première analyse
émergera le premier concept important qu'est «la
connaissance». Ensuite les différentes notions relatives à
la pratique du KM seront abordées.
Il convient de signaler que le KM est un
champ de recherche foisonnant et éclaté entre des
disciplines qui n'ont a priori rien en commun. Vouloir tout
exposer est utopique, sans parler de l'inutilité d'un travail qui
s'attellerait à énumérer des concepts
et des pratiques sans prendre en compte une
finalité pratique bien déterminée. C'est pour cela que
nous nous limiterons aux notions les plus opératoires et les plus aptes
à éclairer la pratique managériale
quotidienne.
Nous exposerons dans un premier temps les
éléments relatifs à la connaissance en nous limitant aux
définitions de la connaissance (I.1). Dans un deuxième
temps nous aborderons les notions relatives au KM en commençant par une
approche de définition
(II.1), puis par les enjeux du KM (II.2),
ensuite nous aborderons deux dimensions importantes qui sont la dimension
cognitive (II.3) et la dimension sociale à travers une approche des
communautés professionnelles (II.4).
29
Pour illustrer l'ambiguïté que pose le concept
du Knowledge Management (KM) pour les acteurs de l'entreprise, Prax J-Y.
écrivait :
«Lorsqu'on explique ce qu'est le Knowledge
Management dans les conférences ou séminaires, on
entend parfois une réaction violente : «mais, nous, cela
fait depuis toujours qu'on en fait, on ne l'appelait simplement pas comme
cela !»»1
Prusak L. répondait à ces septiques (selon son
terme) dont il jugeait la position comme n'étant pas non naturelle,
ainsi :
«Je voudrais leur dire que le KM, comme tout système
de pensée qui a de la valeur, est en même temps ancien et nouveau
et sa combinaison de nouvelles idées avec des idées que
«tous
le monde connaît depuis toujours» doit rassurer
les praticiens plus que ça ne doit les
déstabiliser»2 .
Pour y voir plus clair, on ne peut faire l'économie d'un
examen approfondi des notions mises
en jeu dans l'approche KM. C'est l'objet de ce présent
chapitre.
I. La connaissance
1. Les définitions de la connaissance
Quel est l'objet de la gestion des connaissances ? On serait
tenté de répondre que c'est les connaissances, évidemment.
Cela n'est pas si évident. L'analyse de la littérature fait
ressortir une multitude d'objets se rattachant aux concepts de Knowledge
Management : connaissance, connaissances, savoir, compétences,
informations, capital intellectuel...etc.
Nous pensons pour notre part qu'il s'agit d'une
confusion inhérente aux premières tentatives de structurer
un champ de recherche éclaté. La constitution d'un
vocabulaire commun a permis d'atténuer les divergences au profit
d'une acception des connaissances comme objet du KM. En
contrepartie, le débat s'est déplacé vers la
définition des connaissances.
Nous essayerons dans ce qui suit d'examiner cette notion et les
notions connexes pour y voir plus clair dans ce débat.
1.1. Typologie des définitions de la
connaissance
Plusieurs typologies des définitions des
connaissances ont été proposées. Alavi M. et Leidner
D E. relèvent dans la littérature six
perspectives pour la définition des connaissances3
:
1 Prax J-Y., Le manuel du
Knowledge Management, Dunod, Paris, 2003, p.21.
2 Prusak L., Where did
Knowledge Management come from?, IBM Systems Journal, vol. 40, n°4,
2001, p.1002, http://www.research.ibm.com/journal/sj/404/tocpdf.html
3 Alavi M. et Leidner D.E.,
Knowledge Management and Knowledge Management Systems : conceptual
foundations and research issues, MIS Quarterly, vol.25, n°1,
p.107-136, Mars 2001, cité par Dudezert A.,
La
valeur des connaissances en entreprise : recherche sur la
conception de méthodes opératoires d'évaluation des
connaissances en organisation, Thèse de doctorat en science de
gestion, Ecole Centrale, Paris, 2003, pp.160-
161, dirigée par Bocquet J C.
30
La vue hiérarchique : les connaissances
comme éléments situés par rapport aux données
et aux informations. La connaissance est alors positionnée dans une
optique hiérarchique allant de la donnée (fait brut),
à la connaissance (information à forte valeur ajoutée
et interprétée) en passant par l'information (donnée
traitée) ;
La connaissance vue comme un état d'esprit : La
connaissance est définie comme un état d'esprit qui permet de
comprendre et de connaître ;
La connaissance vue comme un objet : la connaissance
peut être manipulée et stockée ;
La connaissance vue comme un processus d'application d'une
expertise acquise ;
La connaissance vue comme une condition d'accès
à l'information : elle est ce qui permet de comprendre et
d'accéder à l'information ;
La connaissance vue comme la capacité d'un individu
à influencer l'action.
Il est clair que chaque perspective de
définition implique une méthodologie différente pour
aborder la question de la gestion des connaissances. La première
implication se retrouve dans la division des connaissances en catégories
distinctes.
1.2. Les différentes catégories de
connaissances
Les distinctions majeures généralement admises sont
de deux ordres4 :
Il existe des connaissances explicites et
des connaissances tacites. Les connaissances explicites
renvoient à ce que nous pouvons énoncer et communiquer, tandis
que les connaissances tacites sont ce que nous connaissons sans avoir
conscience de le connaître5 . Grundstein M. reprend la
même distinction avec un vocabulaire différent, pour lui
«les connaissances de l'entreprise se présentent en deux
grandes catégories
(...) : les connaissances explicites et
formalisées qui constituent ce que l'on peut appeler «les
savoirs de l'entreprise» et les connaissances tacites
explicitables ou non qui constituent ce que l'on peut appeler «les
savoir-faire de l'entreprise»». (Voir figure 3 :
les deux catégories des connaissances de l'entreprise) ;
4 Simoni G., Capitaliser les
connaissances générées dans les projets R&D,
document de travail, LEST-CNRS, UMR 6123, p.7, disponible sur Internet.
5 Polanyi M., The Tacit
Dimension, Doubleday, Garden City, NY, 1966, cité par
Simoni G., ibid., p.7.
31
Figure 3: Les deux catégories de connaissances de
l'entreprise
Connaissances
de l'entreprise
Savoir de l'entreprise
Eléments tangibles
Savoir-faire de l'entreprise
Eléments intangibles
Connaissances explicites,
formalisées, spécialisées
Connaissances tacites,
explicitables ou non, adaptatives
Données, procédures, modèles,
algorithmes, plans...
Connaissance des contextes
décisionnels, talents, habileté...
Hétérogènes, incomplètes ou
redondantes, fortement marquées par les circonstances de
leur création, n'expriment pas le non-dit de ceux qui les ont
formalisé
Acquises par la pratique,
souvent transmises par apprentissage collectif implicite ou
selon une logique maître- apprenti
Réparties Localisées
Représentatives de l'expérience et de la culture de
l'entreprise. Emmagasinées dans les archives,
les armoires, les systèmes informatisés et les
têtes des personnes. Encapsulées dans les procédés,
les produits et les services. Caractérisent les capacités
d'études, de réalisation, de vente, de support
des produits et des services. Constituent et produisent la valeur
ajoutée de ses processus
organisationnels et de production.
Source : Grundstein M., GAMETH : un
cadre directeur pour repérer les connaissances cruciales
de
l'entreprise, MG Conseil, rapport de recherche
réf : RR090202.doc, 2002, p.5, disponible sur internet.
Il existe des connaissances déclaratives
et des connaissances procédurales. Les
connaissances déclaratives «donnent des informations sur
les objets (réels ou hypothétiques) du monde» ; les
connaissances procédurales «donnent des indications
sur les procédures et les conditions d'utilisation de ces
procédures»6 . (Voir figure 4 : Les
caractéristiques distinctives des connaissances déclaratives et
procédurales)
6 Weil-Barais A., L'homme
cognitif, Puf, Paris, 1994, cité par Simoni G.,
ibid., p.7.
32
Figure 4 : Les caractéristiques distinctives des
connaissances déclaratives et
procédurales
|
Connaissances déclaratives
|
Connaissances procédurales
|
|
Savoir "quoi"
|
Savoir "comment"
|
|
Indépendantes des actions susceptibles de les mettre en
jeu
|
Inscrites dans l'action
|
|
Décontextualisées et statiques
|
Dépendantes de leur contexte et constituant un savoir plus
opérationnel
|
|
exemple : les connaissances scientifiques
|
exemple : savoir conduire
|
Source : Simoni G., Capitaliser les
connaissances générées dans les projets R&D,
document de travail, LEST-
CNRS, UMR 6123, p.7, disponible sur Internet.
Dans la littérature, la distinction le plus
fréquemment utilisée est celle entre connaissances
tacites et connaissances explicites. Nonaka I. et Takeuchi H.
assimilent les deux distinctions (tacite/explicite,
procédural/déclaratif), comme rendant compte d'une même
réalité7 . Nous retiendrons donc cette
distinction comme cadre d'analyse dans le présent travail.
1.3. Les modes de conversion des connaissances : la
spirale du savoir
Pour Simoni G., la théorie de Nonaka I. et
Takeuchi H. est enracinée dans les deux éléments
suivants8 :
«La pierre angulaire de notre
épistémologie se trouve dans la distinction entre
connaissances tacites et connaissances explicites» ;
«La connaissance est créée par l'interaction
entre connaissance tacite et explicite». Un autre élément
nous semble aussi d'une importance capital :
«L'activité primordiale d'une entreprise
créatrice de savoir est de rendre le savoir individuel accessible
aux autres»9 .
De ces trois considérations découlent quatre
schémas de base pour la création du savoir
en entreprise10 :
1. La socialisation (de tacite à tacite)
est définie comme «un processus de partage
d'expériences créant de ce fait des connaissances tacites
telles que les modèles mentaux partagés et les aptitudes
techniques» ;
7 Nonaka I., Takeuchi H.,
La connaissance créatrice. La dynamique de
l'entreprise apprenante, De Boeck
Université, 1997, cité par Simoni
G., ibid., p.8.
8 Nonaka I., Takeuchi H., opus
cité, in Simoni G., ibid.,
p.8.
9 Nonaka I., L'entreprise
créatrice de savoir, Harvard Business Review : Le
Knowledge Management, Ed. d'Organisation, Paris, 1999, p.41,
première publication Novembre-Décembre 1991.
10 Nonaka I., Takeuchi H., opus
cité, in Simoni G., ibid.,
pp.8-9.
33
2. L'extériorisation (de tacite
à explicite) est définie comme «un
processus d'articulation des connaissances tacites en concepts explicites.
C'est un processus qui est la quintessence de la création de
connaissances parce que la connaissance tacite devient explicite sous
la forme de métaphores, analogies, concepts, hypothèses ou
modèles» ;
3. La combinaison (d'explicite à explicite)
est définie comme «un processus de
systématisation de concepts en un système de connaissances»
;
4. L'intériorisation (d'explicite à
tacite) est définie comme «un processus d'incorporation de
la connaissance explicite en connaissance tacite».
Malgré son aspect théorique, susceptible de
provoquer les réticences des manager, ce cadre nous semble
extrêmement fécond sur deux plans :
Il montre les multiples interactions possibles et
replace la communication de connaissances explicites, qui occupe une
place de choix dans le fonctionnement des entreprises, dans un cadre plus
général où elle est plutôt marginale. Pour Nonaka
I.,
«La grande force de la démarche japonaise c'est
d'avoir compris que la création des nouveaux savoirs n'est pas juste
une question de «traitement de l'information» objective. Elle
dépend également de la capacité à capter les
points de vue, les intuitions et les pressentiments tacites et
éminemment subjectifs des salariés pris individuellement et
à les mettre à la disposition de l'ensemble de
l'entreprise pour qu'elle les teste et les utilise. Au coeur du
processus, se trouvent l'engagement personnel et le sens de
l'identité de l'entreprise et de sa mission chez les
salariés»11 .
Il permet de faire une typologie des outils et technologies
pour le KM. Ce cadre est particulièrement pertinent puise qu'il met en
évidence la façon dont chaque outil ou technologie permet de
créer et de partager les connaissances.12
1.4. La notion de
compétence13
Une première observation conduit à
différencier la notion de compétence de la notion de
savoir-faire. En effet, parler des savoirs et des savoir-faire utilisés
et produits par l'entreprise
ne préjuge pas de la façon dont ces
connaissances sont mises en oeuvre au quotidien, dans des situations
opérationnelles soumises à des contraintes techniques,
économiques et psychosociologiques. De ce point de vue, on peut
évoquer la notion de compétence comme la capacité des
personnes à mettre en oeuvre les savoirs et les savoir-faire
constitutifs des connaissances de l'entreprise dans des conditions de
travail et des contraintes données : le poste de travail, un
rôle déterminé, une mission spécifique. Ainsi
la compétence se réalise dans l'action : c'est un
processus qui, au-delà des savoirs et des savoir-faire, fait
appel aux comportements des personnes, à leur savoir être,
à leurs attitudes éthiques.
La deuxième observation porte sur les connaissances
individuelles. Si l'on considère les
«savoir-faire de l'entreprise», on peut penser qu'ils
reposent strictement sur des connaissances
11 Nonaka I., ibid.,
p.39.
12 Voir sur ce point: Marwick A D.,
Knowledge management technology, IBM Systems Journal, vol.
40, n°4,
2001, pp.814-830.
13 D'après Grundstein
M., GAMETH : un cadre directeur pour repérer les
connaissances cruciales de l'entreprise, MG Conseil, rapport de
recherche réf : RR090202.doc, 2002, p.5, disponible sur Internet
34
individuelles. Néanmoins, certaines connaissances
individuelles ont une dimension collective qui se traduit par des
compétences et des logiques d'action spécifiques de
l'entreprise.
II. Le Knowledge Management
1. Approche d'une définition
1.1. Notes sur la définition du KM
Il est d'usage, pour comprendre un phénomène
quelconque, d'en chercher la définition chez ceux qui ont en la plus
grande connaissance pratique ou théorique. Nous nous sommes
livrés à cet exercice et nous exposons ici quelques notes sur la
définition du KM. D'abord, nous remarquons l'absence d'une
définition communément admise par les «experts»
qui écrivent sous ce titre. Ceci peut-être
interprété comme un manque de maturité de la discipline
qui ne s'est pas encore érigée en domaine
indépendant. Le KM reçoit l'essentiel de sa substance
d'autres disciplines plus fortement ancrées dans une tradition de
recherche et mieux encadrées institutionnellement (Voir tableau 2 :
Activité interdisciplinaire du KM, 1996-
2001). D'ailleurs, nombre de publications, bien que
relevant du domaine, apparaissent sous des rubriques comme apprentissage
organisationnel, mémoire organisationnelle ou management du
savoir-faire [expertise management]14 , alors que
certains auteurs refusent encore le vocable de KM15 .
14 Thomas J C., Kellogg W A. et Erickson
T., (2001), The knowledge management puzzle: Human and social factors
in knowledge management, IBM Systems Journal, vol. 40, n°4, 2001,
p.863.
http://www.research.ibm.com/journal/sj/404/thomas.pdf
15 Bath S. rapporte que
certains des pionniers du domaine refusent ce vocable. Voir:
Bath S., Defining
Knowledge Management, 19 Juin 2002.
http://www.destinationKM.com/articles/default.asp?ArticleID=949
Reix R. pour sa part signal
l'ambiguïté du terme. Voir : Reix R.,
Systèmes d'information et management des
organisations, Vuibert, Paris, 4ème édition,
2004, p.304 et 306.
35
Tableau 2: Activité interdisciplinaire du KM,
1996-2001
|
Discipline
|
1996
|
1997
|
1998
|
1999
|
2000
|
2001
|
|
Computer Science
|
35.7%
|
43.1%
|
42.0%
|
38.8%
|
28.7%
|
36.2%
|
|
Business
|
21.4%
|
16.9%
|
32.4%
|
25.6%
|
18.0%
|
20.7%
|
|
Management
|
42.9%
|
7.7%
|
5.3%
|
12.8%
|
13.2%
|
17.2%
|
|
Information Science & Library Science
|
|
15.4%
|
10.6%
|
7.9%
|
16.9%
|
14.2%
|
|
Engineering
|
|
10.8%
|
4.3%
|
8.6%
|
13.6%
|
7.7%
|
|
Psychology
|
|
6.2%
|
5.3%
|
1.7%
|
1.8%
|
1.5%
|
|
Multidisciplinary Sciences
|
|
|
|
2.0%
|
4.0%
|
|
|
Energy & Fuels
|
|
|
|
0.7%
|
3.7%
|
0.7%
|
|
Social Sciences
|
|
|
|
|
|
1.7%
|
|
Operations Research & Mgt. Science
|
|
|
|
1.0%
|
|
|
|
Planning & Development
|
|
|
|
1.0%
|
|
|
|
Total:
|
14
|
65
|
207
|
407
|
272
|
401
|
|
Largeur interdisciplinaire:
|
3
|
6
|
6
|
10
|
8
|
8
|
|
L'activité interdisciplinaire indique l'exportation
et l'intégration de théories et de méthodes entre
disciplines. Les noms des périodiques sources d'articles sur le
KM sont classé |
|