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UNIVERSITE SIDI MOHAMED BEN ABDELLAH


Faculté Des Sciences Juridiques Economiques et
Sociales
F ès








Titre :
Mémoire pour l'obtention de
licence
En : Droit Public
Option : Sciences Politiques
q Travail Elaboré par :
Mr ABBASSI INAN
CNE: 95773150
q Dirigé par le professeur :
Mr. FAKIHI MOHAMED
Année Universitaire :
2005-2006
« Né citoyen d'un Etat libre, et
membre du
souverain, quelque faible influence que puisse avoir ma
voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le
devoir de m'en instruire. Heureux, toutes les fois que je médite
sur les Gouvernements, de trouver toujours dans mes recherches de
nouvelles raisons d'aimer celui de mon pays ! »
Jean-Jacques ROUSSEAU (Du contrat social)
« Il faut éviter la démagogie pour sauver
la démocratie »
Aristote
1
AVANT PROPOS ET REMERCIEMENTS
Nul travail de recherche ne verrait le jour si
celui
qui l'entreprenait n'estimait pas que ce dernier ne serve
à quelque chose.
Appliquer cette observation à ce mémoire de fin
d'études peut être un moyen d'appréhender le rapport que
nous avons pu entretenir avec ce dernier durant sa
préparation et sa rédaction.
Avant d'aller plus loin, nous tenons à remercier
tout spécialement Mr FAKIHI MOHAMMED pour sa patience, la
pertinence de ses conseils et l'extrême richesse de son enseignement.
En outre, nous remercions tous ceux qui nous ont aidé
quotidiennement ou ponctuellement et qui nous ont encouragé dans notre
travail (ils se reconnaîtront).
2
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
ADL : Parti d'Alliance des Libertés.
AML : Armé Marocaine de Libération. CAM :
Comité d'Action Marocain.
CCDH : Conseil Consultatif des Droits de l'Homme. CNC : Conseil
National Consultatif.
CNI : Congrès National Ittihadi.
CNPI : Confédération National du Parti de
l'Istiqlal. FC : Parti des Forces Citoyennes.
FDIC : Front de Défense des Institutions
Constitutionnelle. FFD : Front des Forces Démocratiques.
FNM : Front National Marocain.
ICD : Parti des Initiatives Citoyennes pour le
Développement. MDI : Mouvement des Démocrates
Indépendants.
MDS : Mouvement National Démocratique et Social.
MJIM : Mouvement de la Jeunesse Islamique Marocaine. MMLM :
Mouvement marxiste-léniniste Marocain.
MNP : Mouvement National Populaire. MP : Mouvement Populaire.
MPCD : Mouvement Populaire Démocratique Constitutionnel.
MPD : Mouvement pour la Démocratie.
OADP : Organisation d'Action Démocratique et Populaire. PA
: Parti de l'Action.
PADS : Parti de l'Avant-garde Démocratique et Social. PI :
Parti de l'Istiqlal.
PCD : Parti de la Constitution Démocratique. PCM : Parti
Communiste Marocain.
3
PCS : Parti du Centre Social.
PDI : Parti Démocratique de l'Indépendance.
PDMHL : Parti Démocrate Marocain des Hommes Libres. PED :
Parti de l'Environnement et du Développement.
PJD : Parti de la Justice et du Développement. PLI : Parti
des Libéraux Indépendants.
PLP : Parti Libéral et Progressiste. PLR : Parti
Libéral Réformateur.
PLS : Parti de Libération et du Socialisme. PML : Parti
Marocain Libéral.
PND : Parti National Démocratique.
PNGI : Parti National Génération
Indépendance. PNR : Parti National des Réformes.
PPM : Parti du Peuple Marocain.
PPS : Parti du Progrès et du Socialisme.
PRD : Parti des Réformes et du Développement. PRE :
Parti du Renouveau et de l'Equité.
PSD : Parti Socialiste Démocrate.
PSU : Parti Socialiste Unifié. PUM : Parti d'Unité
Marocaine. UC : Union Constitutionnelle. UD : Union Démocratique.
UMT : Union Marocaine des Travailleurs.
UNEM : Union Nationale des Etudiants du Maroc. UNFP : Union
Nationale des Forces Populaires. USFP : Union Socialiste des Forces
Populaires.
4
INTRODUCTION GENERALE :
Le parti politique est un ensemble de personnes ayant des
opinions, des
aspirations et des affinités communes (LAROUSSE), c'est
aussi selon le lexique des termes juridiques (DALLOZ) un groupement d'hommes
(et de femmes) qui partagent les mêmes idées sur l'organisation et
la gestion de la société et qui cherche à les faire
triompher en accédant au pouvoir.
Les partis politiques constituent évidemment une
institution principale dans tous
les régimes fonctionnant dans le monde et notamment dans
ceux des pays en voie de développement, se sont ces formations qui
assurent le fonctionnement de la représentation politique ; l'article 3
de la constitution marocaine dispose : « les partis politiques (...)
concourent à l'organisation et à la représentation des
citoyens »
Historiquement parlant, il faut signaler, que Maurice Duverger
situe la genèse des partis politiques à la moitié du
19ème siècle. En effet, écrit t-il : « en 1850, aucun
pays du monde (sauf les Etats-Unis) ne connaissait de partis politiques au sens
moderne du mot. On
y trouvait des tendances d'opinion, des clubs populaires, des
associations.... mais pas au
point de partis à proprement parler »1. Il
convient d'ajouter que c'est juste en Europe et aux
Etats-Unis que le phénomène partisan a vu le jour.
Les autres pays du monde ne faisaient que les imiter.
Au Maroc, le phénomène des partis politiques et
leur histoire sont généralement associés à celle du
mouvement nationaliste, lui même issu et largement inspiré de la
pensée réformiste arabe.
En effet un certain nombre de forces convergentes ont
préparé la voie à la création
des partis politiques marocains. Le dahir berbère en fut
le puissant catalyseur, qui a opéré
la synthèse des tendances revendicatives existante .Il
faut néanmoins attendre 1934 pour
1 DUVERGER MAURICE, Les partis politiques,
1979, p : 1
5
voir s'organiser en partis politiques des hommes et des
idées que seul l'unanimité de leur opposition au dahir
berbère a aboutit à la création du comité d'action
marocain : CAM. Certes, l'expérience partisane marocaine est très
riche, celle-ci dépasse aujourd'hui les quatre-vingts ans .ainsi vouloir
retracer l'évolution des partis politiques tout au long de
cette période relève de la gageure vue les
particularités et la complexité de la scène politique
marocaine.
Du fait, l'idée de réaliser une analyse
diachronique sur les partis politiques marocains de 1925 à 2006 pourrait
s'avérer une activité bien vaine et sans grands effets. Position
que le candidat ne partage pas et cela pour plusieurs raisons :
ü D'abord l'ensemble des travaux qui font autorité
en la matière - les ouvrages de R.Rezette, R.Leveau ,JC Santucci,A
Belhaj,M Darif - s'arrêtent en effet à 1999 ainsi cette
contribution vise élargir ce champ chronologique de recherche.
ü Ensuite le sujet est d'actualité, en effet la
volonté de restructurer et rationaliser le champ politique marocain
parait ces derniers temps de plus en plus sérieux d'où
l'importance d'une connaissance complète de la généalogie
des parties.
ü En matière de contenu, le travail se veut le plus
objectif possible essayant d'écarter tous les opinions subjectives que
se soit de la part des auteurs marocains ou étrangers.
ü Enfin la crise du champ politique marocain marqué
par l'éloignement des citoyens (et surtout les jeunes) de la chose
politique fait de
cette contribution un modeste instrument de
référence et d'appui logistique à des recherches de
réflexion et de synthèse plus élaborés, portant sur
le
fonctionnement et l'interprétation du système
politique marocain.
Ce travail, en fait, ne constitue guère un jugement de
valeur sur la marche de l'activité partisane, son organisation ou ses
idéologies. Il ne s'agit pas non plus de faire une description
structurelle ou organique de celle-ci. Notre intention est tout simplement
d'exposer les grandes lignes qui ont caractérisé le
phénomène dans notre pays à travers une fragmentation
minutieuse de l'action politique dans le temps selon les phases
évolutives du champ politique marocain.
6
Ainsi, nous nous proposons de consacrer la première partie
de ce travail à l'étude
de l'évolution des partis politiques sous le protectorat,
depuis la gestation du nationalisme jusqu'à l'indépendance. Cette
phase revêt une importance éminente du fait que l'action partisane
de cette période constitue la fondation de la construction partisane
ultérieure.
Tandis que dans la deuxième partie, nous tenterons
d'exposer les multiples enjeux des partis politiques dans le Maroc
indépendant, leurs jeux de positionnements vis-à-vis du pouvoir
et des échéances électorales ainsi que leurs divers
tentatives de rationalisation de
leur action politique.
Cette lecture consécutive permettra notamment de retrouver
année après année les faits marquants de l'histoire
politique du Maroc durant cette période, la place et le rôle des
forces politiques, les enjeux du moment et les interactions des partis avec des
forces extérieures et notamment l'autorité politique qui n'est
pas un facteur neutre dans le
processus de l'évolution et de l'apparition même de
certains partis.
7
PARTIE I : LES PARTIS POLITIQUES MAROCAINS
SOUS LE PROTECTORAT
Contrairement à l'expérience Tunisienne ou
Egyptienne, « le nationalisme » marocain ne s'est pas
développé en opposition à la Monarchie en place, il a
noué avec elle une alliance originale, et il a inscrit son combat pour
l'indépendance du pays dans le cadre
de la légalité internationale.2
Cette vague de nationalisme apparue au Maroc depuis 1925 en
opposition à la politique de la puissance protectrice a ouvert la porte
à la genèse du phénomène partisan au pays que le
comité d'action marocaine a été son premier venu.
Toutefois, on peut avancer que le manifeste du 11 Janvier 1944
était un tournant dans l'histoire du champ politique d'avant
l'indépendance, du fait que les revendications formulés par les
nationalistes (ch. I) sont passées au stade supérieur qui n'est
autre que la revendication pour l'indépendance, revendication qui
suscita une émergence de l'action partisane marocaine. (Ch. II)
2 BOUAZIZ MUSTAFA, Aux origines de la
koutla démocratique, Casablanca 1997, page : 10.
8
CHAPITRE I : GENESE DU PHENOMENE
PARTISAN AU MAROC :
REVENDICATIONS NATIONALISTES DANS LE
CADRE DU PROTECTORAT (1925-1943).
SECTION I : Les causes de la Gestation du nationalisme
marocain (1925-1930)
Avant de traiter les causes de la gestation du nationalisme il
convient d'apporter
deux observations.
La première est que le nationalisme marocain, n'est pas
porté par un mouvement politique unifié, mais par un mouvement
uni dans ses orientation générales et diversifié
dans son expression organisationnelle.
La deuxième est que les mouvements nationalistes
étaient sans doute distincts en zone française et en zone
espagnol du Maroc, mais cette dualité n'était qu'apparente et
cachait une profonde similitude d'idées et de programme.
Ainsi, la gestation du nationalisme au Maroc a commencé
entre 1925 et 1930 en raison de la conjonction de facteurs politiques (1) et
psychologiques (2).
1 : les facteurs politiques.
Le nationalisme marocain s'est beaucoup influencé par la
vague du panarabisme
où le mouvement de Chekib Arslan et le mouvement salafi
étaient les principaux acteurs. Du même, l'existence de partis
politiques français au Maroc dans cette période a
eu des effets sur la gestation de ce nationalisme.
D'abord, pour Chekib Arslan il ne saurait y avoir des "nations
arabes"car il n'en existe qu'une seule et qu'il ne saurait y avoir
d'unité arabe sans une indépendance préalable
de chaque état arabe, son rôle sur l'opinion
marocain jusqu'en 1930 fut d'éduquer
9
politiquement quelques jeunes leaders européanisés
avec lesquels il était en relations personnelles tel que Mohamed Hassan
el-Ouezzani.3
Ensuite,un autre mouvement différent de celui de Chekib
Arslan ,plus archaïque mais prenant sa source de l'aspiration profonde
à l'unité de l'Islam ou du monde arabe,
avait à la même époque un retentissement
beaucoup plus grand dans les milieux intellectuels et populaires marocains
c'est le Mouvement Salafi.4
Les organisations estudiantines salafiyah répandaient
leur doctrines par des brochures de propagande et par la diffusion de la presse
arabe favorable à leurs idées. Cependant le recul du Mouvement
Salafi depuis 1924 a poussé de nombreux
jeunes adhérents de ce mouvement de devenir de farouches
adversaires des confréries;a
opté pour le panarabisme de Chekib Arslan qui n'avait
jusqu'ici touché qu'un petit nombre d'intellectuels
modernisés.
L'opinion international hostile à la France ne voulut
retenir de la guerre du rif que son aspect de lutte d'un peuple opprimé
contre une puissance colonisatrice c'est le cas notamment d'une compagne de
presse Allemande, communiste, arabe ainsi que la
propagande anti-Française des émigrés
syriens au Brésil et en Argentine ce qui explique clairement
l'interdiction d'entrée des journaux et périodiques au Maroc.
L'effet de ces propagandes sur le peuple marocain contribua
à semer le doute sur
la bonne foi de la puissance protectrice et sur
l'efficacité de son oeuvre au Maroc et à encourager des marocains
soutenus de l'étranger de voir une possibilité de reprendre
à la France une partie du pouvoir exercé par elle en leurs lieu
et place.5
Enfin les années 1925-1930 marquent le remplacement du
général Lyautey par
Steeg à la Résidence générale. Avec
le nouveau résident pénétrèrent au Maroc toutes les
passions politiques qui agitaient les Français en métropole. Les
partis politiques français furent tolérés, en marge de la
législation sur les associations .Les marocains s'irritent de se voir
refuser le droit que les Français s'arrogeaient en un pays auquel le
traité de protectorat avait conservé sa
souveraineté.6
3 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 62.
4 Op. cit. Pages : 62-63.
5 Idem, page : 62
6 Ibid, page : 60
10
2 : les facteurs psychologiques.
Ce brouillement de facteurs politiques trouvait un terrain tout
préparé à le recevoir
dans les esprits de la jeunesse marocaine, qu'elle soit de
culture islamique ou de culture occidentale.
En fait les étudiants sortis des grandes
universités musulmanes notamment de la
karaouiyne à Fès sont des défenseurs de la
civilisation arabe et de la religion musulmane orthodoxe ,leur profond
attachement à ces deux valeurs les rendait hostiles à la
civilisation européenne l'occidentalisation des moeurs marocaines. Le
type de ces étudiants est Allal
el-fassi:fils d'alem, élevé dans
l'atmosphère studieuse de l'université karaouiyne à
Fès, il en devint en 1933 l'un des plus jeunes professeurs
bénévoles.7
Tout à fait opposés de ce type de jeunes gens, les
étudiants marocains de culture occidentale préfèrent
toujours le français à l'arabe, ce simple fait est le signe d'une
différence fondamentale entre les deux catégorie de la jeune
élite intellectuelle du Maroc, leur attitude en face de la civilisation
occidentale n'est pas la négation, mais l'aspiration à
assimiler les techniques grâces auxquelles une nation peut
être qualifiée de"moderne",et ils
se croient capables d'accéder aux postes les plus
importants du Maroc .les représentants de cette catégorie sont
Mohamed El-Ouezzani; diplômé de l'école libre des
science
politiques;et Ahmed Balafrej, diplômé des Hautes
Etudes De la Sorbonne.8
7REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 62.
8 Idem, pages : 64,65.
11
SECTION II : Naissance du premier parti politique :
CAM
La constitution du premier parti au Maroc n'est pas un fait
aléatoire ; c'est le
résultat d'un processus bien ficelé
(1).réunis autour d'un plan de réforme, les partisans du
comité d'action marocaine ont tout fait pour réussir leur action
politique (2). Mais la crise
de la CAM depuis 1935 fini par éclater ce dernier.
1 : Phase préparatoire.
C'est le dahir berbère9de 1930 qui a
réalisé l'union des hommes et des idées
autour d'un programme minimum : la défense de l'islam
contre une tentative d'évangélisation des berbères .mais
l'unité réelle reste encore à faire c'est grouper ces
hommes en une organisation commune et tirer de ces idées un programme
cohérent et réaliste.
Les années 1930 à 1934 seront celles de la
construction d'une structure et de l'élaboration d'un programme ces deux
éléments seront cherchés dans un rapprochement avec les
partis de gauches français, dans les leçons de Chekib Arslan,
dans le groupement des sympathisants autour du comité de
rédaction d'un journal l'Action du Peuple et enfin
dans la création des associations
d'étudiants.10
a : Rapports des nationalistes avec les partis de
gauche
Français.
Le parti socialiste SFIO fut le premier organisme politique
français qui entra en
relation étroite avec les nationalistes marocains qui
s'attachent à étudier la structure du
parti et ses techniques d'encadrement des masses, en effet ce
rapprochement était l'oeuvre
9 Le dahir berbère consiste à retirer
la juridiction des populations berbères au sultan et leur établit
des
tribunaux propres appliquant le droit. Coutumier pour plus de
détails voir l'annexe.
10REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 68.
12
personnelle du militant du SFIO Robert Jean Longuet, avocat,
qui fonda en juillet 1932
une revue mensuelle de documentation économiques et
sociale qu'il appela "Maghreb".les jeunes Marocains avec lesquels R-J Longuet
était entré en relations et collaboraient
régulièrement à la rédaction de Maghreb
notamment:Mohamed Hassan El-Ouezzani,
Ahmed Balafrej, Omar Abdeljalil, Mohamed Kholti , Mekki Naciri.
En 1933 au cours d'un meeting organisé par Maghreb à paris George
Monnet invita les jeunes à adhérer au
parti socialiste Français, proposition que El-Ouezzani
refusa dans un éditorial de l'Action
du Peuple du 25 aout1933 et reprochait aux socialistes du Maroc
de ne pas se conduire en démocrates et de s'intéresser aux
intérêts Français à l'exclusion de ceux des
marocains ce
qui prouve que le rapprochement entre les socialistes
Français et les nationalistes marocains était loin d'amener une
fusion des organisation et des idées.11
La revue Maghreb n'était d'ailleurs pas l'expression du
parti socialiste SFIO mais d'une équipe de militants d'extrême
gauche et les militants et dirigeants politiques français favorables au
nationalisme marocain ne représentaient que des tendances minoritaires
au
sein de leurs partis.
b : Rapports des nationalistes avec Chekib
Arslan.
L'adhésion de Chekib Arslan dans la campagne contre le
Dahir berbère fut une
des causes principales de succès de celle-ci ,l'action de
ce dernier se fit sentir tant au Maroc qu'à l'étranger ,où
il inondait d'articles la presse panarabes et avait organisé à
Genève un comité syrio-palestinien qui devait à l'origine,
soutenir auprès de la SDN les intérêts des
pays sous mandat , Syrie et Palestine mais qui devint plus
rapidement une sorte de bureau politique européen chargé de
centraliser toutes les questions pouvant intéresser les pays arabes
.12 Chekib Arslan publiait à Genève une revue dont le
titre était aussi un
programme: la « nation arabe » parce que pour lui
l'indépendance de chaque pays arabes doit nécessairement
précéder l'unité de la "Nation Arabe" c'est ainsi que les
nationalistes
marocains aient proclamer avoir pour but l'unité d'un
Maroc libre ,ou l'unité d'une Afrique du Nord indépendante,mais
devant l'échec des efforts pour la coordination des
mouvements nationalistes d'Afrique du Nord, ils
cherchèrent à créer un mythe de la"Nation
11 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 70.
12Idem, page 71.
13
Marocaine"et c'est ainsi qu'au concept de "Nation Arabe"de Chekib
Arslan se mêlait peu à peu un concept de "Nation Marocaine".
13
c : Origine du comité d'action
marocaine.
Le nationalisme marocain de 1930 à 1933 n'est guère
fait d'autre chose que d'une
opposition à "la politique berbère" de la puissance
protectrice .En août 1933 Mohamad el- Ouezzani, principal organisateur au
Maroc de la campagne de Chekib Arslan contre le
dahir berbère, devient le rédacteur en chef d'un
hebdomadaire en langue Française"l'Action
du Peuple" qu'il fonde à Fès et qui essayera
d'être un organe de liaison entre l'opinion Français et les
diverses classes de la société marocaine et c'est son
comité de rédaction qui sera le premier embryon du futur parti
politique dit Comité d'Action Marocain.14
Comme tout parti politique,le CAM dans sa constitution avait
besoin d'une
structure (C2) et d'un programme (C1).
C-1 - A la recherche d'un programme
L'abrogation du Dahir Berbère est un thème de
revendications qui a trop servi sans l'abandonner, mais il convient de
renouveler l'intérêt en trouvant autre chose,
l' « Action du Peuple » va pendant deux ans
débattre les problèmes qui les agitent : l'octroi
des libertés démocratiques, réforme de
l'enseignement, de la justice, de la structure agraire, égalité
des Français et des Marocains, politique berbère, problème
de la coexistence des
juifs et des musulmans au Maroc.15
L'Action du Peuple demande des réformes substantielles
dans le cadre du protectorat, qui respectent la souveraineté marocaine
tout en réalisant l'oeuvre de
modernisation à laquelle s'est engagé la
puissance protectrice .Ces thèmes feront l'objet des éditoriaux
hebdomadaires de Mohamad Hassan El-Ouezzani et des articles de fond d'Omar
Abdeljalil, Mohamad El Kholti, Mohamad Lyazidi, entre autre.
13REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 72.
14 Idem, page 74.
15Op.cit, page 75.
14
C-2 A la recherche d'une organisation
Nombreux intervenants ont participé à
l'installation de la structure du CAM.
*L'Action du Peuple
Le comité de rédaction de l'Action du Peuple se
trouve à la casbah Boujelloud à
Fès dans ce comité on trouve pas seulement Mohamad
Hassan el-Ouezzani,Omar
Abdeljalil,Mohamad El Kholti,Mohamad Lyazidi,Mohamad Hassar mais
aussi les
étudiants et jeunes professeurs de l'université
Karouiyine qui à cause de leur ignorance ou leur mauvaise connaissance
de la langue Française restent un peu à l'écart même
si ils entretiennent de bonnes relations avec El Ouezzani, ils
n'écrivent pas dans son journal et l'Action du Peuple parle assez peu
d'eux et des problèmes qui leurs sont particuliers.16
*Les associations d'étudiants
Dans l'Action du Peuple on parle beaucoup des activités
des associations
d'étudiants et l'organisme de ce genre qui jouit de la
plus large audience en France et dans l'Afrique du Nord est"l'Association des
Etudiants Musulmans Nord-africaine
l'AEMNA"qui se donne pour tache de remédier à la
situation matérielle des étudiants
marocains, algériens et tunisiens en métropole
.Elle est en fait une association nationaliste
la seule qui fasse des efforts sérieux d'une"Nation Nord
Africaine"et pour une action commune entre les organisations politiques des
trois pays.
L'AEMNA tient chaque année à partir de 1931 un
congrès annuel mais elle se vit interdire de le tenir à
Fès le 19 septembre 1933 et c'est ainsi que des
télégrammes de protestations émanant des congressistes des
trois pays submergèrent le ministère des Affaires
étrangères, le résident général le
président de la commission des Affaires
étrangères de la chambre des députés,
et le congrès se tint finalement à Paris en décembre
1933sous la direction du marocain Mohamad El-Fassi,
président de l'AEMNA. 17
Sur le plan local les associations d'anciens élèves
ont pour rôle de compléter celui
de l'AEMNA parmi celles-ci, l'Association des Anciens
Elèves du collège Moulay Idriss
16 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 76.
17 Idem, page 76.
15
de Fès et l'Association des Anciens Elèves du
collège Moulay Youssef de Rabat sont les plus
importants.18
*L'activité nationaliste en zone
Française de 1933 à 1934
A cette époque le comité de rédaction de
l'Action du Peuple à chercher des
prétextes susceptible d'entraîner l'enthousiasme de
la population marocaine en lançant une campagne tendant à
instituer une "Fête du Trône"dont le succès renseignera
les
nationalistes sur l'importance exacte de l'audience que leur
accorde l'opinion. En novembre
1933 se constituent des "comités d'organisation de la
Fête du Trône" à Rabat, Fès, Meknès, Tanger,
Casablanca et Marrakech dont le comité central se trouve à Rabat
composé de délégués des divers comités
locaux.19
L'enthousiasme que la Fête du Trône conduisit la
résidence à consacrer légalement ce qui était
né d'une initiative privée et fixait le 18 novembre 1934 date de
la première Fête du Trône officielle.
La visite du sultan à Fès le 8 mai 1934
était le premier contact public du souverain avec une jeunesse
nationaliste ne manqua pas de donner à Sidi Mohamed Ben Youssef
à réfléchir sur l'importance d'un mouvement dont il avait
difficilement pu apprécier la nature exacte. Dépassée par
l'événement, la Résidence générale provoqua
le retour du souverain à
Rabat le 11 mai.20
Le numéro du 11 mai 1934 de l'Action du Peuple publiait en
première page deux grandes photos du Sultan et du prince héritier
Moulay Hassan, fut aussi le dernier:un ordre
du 16 mars le suspendait, pour contrecarrer la diffusion du
nationalisme, la publication de l'Action du Peuple et l'entrée en zone
Française du Maroc des revues Maghreb de Paris, El Hayat et Es Salam de
Tétouan.21
*L'activité nationaliste en zone
espagnole
En 1923 El Haj Abdesselam Bennouna, ancien vizir de la justice,
fonde à Tétouan
une école libre destinée à la jeunesse
marocaine, dont il confié la direction à Mohamed
Daoud. Abdesselam Bennouna essayait également de mettre
sur pied des entreprises
18 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 258.
19 Idem, page : 80.
20Idem, page : 82.
21 Ibid, page : 83.
16
industrielles et commerciales purement marocaines dans le but
d'évincer la tutelle économique de l'Espagne.
Et c'est en liaison étroite avec les jeunes marocains de
la zone Française qu'une Association des étudiants Marocains, fut
fondée à Tétouan ; Abdelkader Torrès et Mohamed
Bennouna l'animaient et la représentèrent au congrès
d'Alger de l'AEMNA de
1932.22
Néanmoins, et à la différence de la zone
Française, la jeunesse ne joua qu'un rôle
de second plan dans la naissance du nationalisme en zone
Espagnole, elle devait surtout s'occuper de s'instruire pour former les cadres
de demain. Pour l'instant, l'action politique était le fait d'hommes
murs, de l'age et de la classe d'Abdesselam Bennouna ce sont eux qui
accueillent Chekib Arslan à Tétouan en 1930 et qui entretiennent
des relations avec Allal
El-Fassi et Mohamed Hassan El Ouezzan.
A cette époque Tétouan devient un foyer actif de
propagande nationaliste on y trouve tous les journaux du Proche-Orient
interdits en zone française, les nationalistes publient des tracts et
des journaux:la Feuille Verte et El Hayat. En octobre 1933, Daoud lancera une
revue Es Salam.
Le dahir berbère suscite en zone Espagnole les mêmes
protestations qu'en zone française .Avec l'avènement de la
république en Espagne une mission marocaine ,conduite par El Haj
Abdesselam Bennouna,se rend à Madrid et présente au chef du
gouvernement provisoire ,Alcala Zamora ,un mémoire couvert de huit cent
signatures le 1er mai 1931, et une liste de revendications qui comprend la
création de conseil municipaux élus dans toute
la zone, création d'un conseil supérieur élu
chargé de la défense des intérêts de la zone et
plus particulièrement de du vote du budget
général effort accru en faveur de l'enseignement primaire et
secondaire ,système de crédit aidant le fellah à surmonter
ses difficultés, accès
aux postes administratifs des Marocains originaires de la
zone.23
A leur retour à Tétouan, les membres de la mission
Marocaine à Madrid s'organisent en une sorte de parti politique
comprenant la "délégation" chargée des relations avec le
gouvernement espagnol et le haut commissaire Lopez Ferrer, et la
commission locale de la Délégation, d'autre part,
chargée des rapports avec la population,
de la collecte des signatures, de l'organisation
éventuelle de manifestations, de la distribution de journaux et de
tracts.24
22 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 84.
23 Idem, page : 84.
24 Idem, page : 85.
17
Le 24 septembre 1931, le Plan de Réformes de Bennouna
reçoit un
commencement d'application:la population de Tétouan est
appelée aux urnes pour élire au suffrage universel des
représentants à la commission municipale .Mais le Plan de
Réformes sera bientôt abandonné et c'est en vain que la
délégation réitérera ses revendications de
1931 à Alcala Zamora, devenu Président de la
République lors de son voyage à Tétouan fin
1933.25
Que se soit à Fès ou à Tétouan, les
nationalistes professent en gros les mêmes réformes ils se
rencontrent à Alger, au congrès de l'AEMNA en août 1932.Un
courant d'échanges réciproques d'idées et de consignes
s'établit:courant direct Tétouan- Fès d'une part, courant
le succès d'El Hayat et Es Salam en zone française
inquiétèrent tellement la Résidence qui les interdira en
16 mai 1934 et prohibera l'entrée en zone française de toute
feuille de même ligne politique paraissant sous un autre titre avec la
collaboration de tout
ou partie du personnel du personnel de Es Salam ou de El
Hayat.26
2 : Le comité d'action marocaine.
L'absence d'activités due à la suppression de
l'Action du Peuple incita l'ex-comité
de rédaction de ce dernier à s'orienter vers la
rédaction d'un plan de réformes, à l'instar des
nationalistes de la zone espagnole .Le plan de réformes marocains sera
signé par six Marocains de culture arabe et quatre Marocains de culture
française seulement, formant
ensemble le Comité d'Action marocaine.27
a : Le plan de réformes
marocaines.
Le Plan de Réformes est rédigé en arabe et
imprimé en cette langue au Caire en
septembre 1934.L'édition française n'en sera
achevée que fin novembre 1934sous forme d'une brochure de 134 pages,
comprenant un préambule et une liste de revendications relatives
à la politiques générale d'une part :l'abolition de la
politique dite de "grands caïds",la création des
municipalités élues communes aux musulmans et aux
israélites marocains, la création d'un conseil national
élu compétent pour toute création d'impôts,
discuterait et voterait le budget et la création de
chambres économiques régionales élues au
25 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 86.
26 Idem, page : 87.
27 Idem, page : 87.
18
scrutin de liste à deux degrés,
représentants les agriculteurs ,les commerçants, les industriels
et les propriétaires;et aux libertés publiques d'autre part ces
derniers sont certainement plus essentielles que les premiers, car seul
l'octroi des libertés publiques
permettra aux jeunes Marocains de se faire entendre et de
poursuivre la réalisation de leur programme .28
Au 1er rang de ces libertés est la liberté
d'expression des idées par tous les
moyens légaux, la suppression de l'arbitraire judiciaire,
la reconnaissance de l'inviolabilité
du domicile et de la correspondance enfin la libertés de
réunion, d'association sous toutes ses formes, même syndicale et
la liberté d'aller et de venir par la suppression des
passeports à l'intérieur du Maroc.
29
Le Plan de Réformes fut présenté le 1er
décembre 1934 à Paris par les députés des partis de
gauche qui soutenaient le CAM ; et au Maroc il fut remis le même jour
au
Résident Général Ponsot et c'était la
première démarche officielle du CAM qui a marqué
l'entrée en scène du premier parti politique
marocain.30
b : Composition du CAM
Le CAM n'est pas né de la volonté de créer
un parti politique, mais du
rapprochement de dix nationalistes apposant leur signature au bas
d'une liste de revendications à la rédaction de laquelle tous
n'avaient même pas contribué.
A l'inverse du comité de L'Action du Peuple, le CAM a le
caractère d'un parti c'est
un groupement d'individus professant les même idées
ou du moins s'étant mis d'accord sur
un programme moyen de réformes politiques et qui unissent
leurs efforts pour obtenir la réalisation de ce programme, sans aucun
but journalistique.31
Le CAM est composé de dix membres d'origine et de
caractère fort différents:
1-Omar Abdeljalil. 6-Abdelaziz Bendriss
2-Ahmed Charkaoui 7-mohamed Diouri
3-Mohamed Ghazi 8-Boubker Kadiri
4-Mohamed Lyazidi 9-Mohamed Mekki Naciri
5-mohamed Allal El Fassi 10-Mohamed Hassan El Ouezzani
28 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 88.
29 Idem, page : 90
30 Idem, page : 90.
31 Ibid, page : 91.
19
La constitution du CAM avait été
encouragée par les animateurs de la revue Maghreb, qui avaient
fondé un comité de patronage de quinze membres dont la liste
figurait en tête du Plan de Réformes et qui comprenait:
|
1-Jean Longuet
|
6-Pierre Renaudel
|
11-Jean Piot
|
|
2-François de Tessan
|
7-Gaston Bergery
|
12-André Berthon
|
|
3-Henri Clerc
|
8-C.Campinchi
|
13-Gabriel Cudenet
|
|
4-Felicien Challaye
|
9-Robert Jean Longuet
|
14-Georges Monnet
|
|
5-Louis Rouband
|
10-André Viollis
|
15-Magdeleine
|
L'étalage des noms de ces personnalités au
commencement du Plan de Réformes
se révéla habile:les revendications contenues dans
celui-ci semblaient ainsi recevoir la
caution d'hommes politiques et d'intellectuels connus, et cette
alliance devait faire admettre
le caractère sérieux, positif et réaliste du
Plan.32
3 : Crise de croissance du CAM.
Lorsque le CAM comprit que la puissance protectrice ne
manifestait pas
l'intention de promouvoir la réalisation du Plan de
Réformes, il essaya de susciter un vaste mouvement d'opinion capable
d'appuyer son action, c'est ainsi que du parti de cadres, il voulut devenir
parti de masses en se rapprochant du peuple mais l'absence de structure
appropriée à ce changement d'orientation contribua à faire
éclater le CAM.33
a : La recherche du contact avec l'opinion publique
:
A partir d'octobre 1936 le CAM cherchera le contact avec les
masses en
organisant, une série de congrès dans les
différentes villes du Maroc. Le 25 octobre 1936,
le CAM a élaboré un nouveau texte de revendications
qui à la différence du Plan de Réformes ce texte insiste
moins sur des réformes politiques et d'avantages sur les libertés
publiques.
Dans le but d'élaborer ces revendications le CAM entra en
rapport avec les
différentes couches sociales, aussi bien dans les villes
que dans les compagnes et le 1er
32REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 95.
33 Idem, page : 96.
20
meeting du CAM se tint à Fès le 2 novembre 1936
avec Allal El Fassi comme président de
la séance, devant trois cent personnes, la réunion
se déroula sans incidents et aucune manifestation sur la voie publique
ne la suivit, le 6 novembre une seconde réunion fut plus
mouvementée, enfin une troisième réunion, prévue
pour le 14 novembre à Casablanca, s'annonça si houleuse que le
sultan l'interdit.34
Mais l'arrestation d'Allal el Fassi, Mohamed Hassan el Ouezzani
et Mohamed
Lyazidi fut une lourde erreur, car la politique de rapprochement
vis à vis du peuple pratiquée par le CAM avait porté ses
fruits, simultanément, des cortèges se formèrent les
16 et 17 novembre 1936 à Fès, Salé, Casa,
Oujda, Taza pour protester l'arrestation des trois leaders .C'est ainsi que le
17 décembre 1936 Le général Noguès devait prendre
une mesure
de grâce général, inaugurant ainsi une
nouvelle politique de détente qui aboutissait en janvier 1937 à
l'autorisation de plusieurs journaux nationalistes.35
b : La scission du CAM
La politique libérale que le général
Norguès inaugura en décembre 1936 par la
libération d'Allal El Fassi, d'El-Ouezzani et de
Lyazidi, et poursuivit en janvier 1937 en autorisant la parution de la presse
nationaliste, eut pour effet de faire apparaître au grand jour les
divergences qui existaient entre le parti d'action marocaine d'Allal El-Fassi
et les
partisans de Mohamed Hassan El Ouezzani, et peut-être de
précipiter une scission devenue inévitable.
Alors qu'El-Ouezzani et ses quelques partisans s'en tenaient
à l'ancienne formule des « clubs nationalistes » qui
était celle du comité d'action marocaine de 1934, une
fraction importante de ce dernier avait dépassé
cette ancienne structure pour adopter des formes d'organisation, susceptibles
d'encadrer, non plus un petit nombre d'intellectuels, mais les masses
populaires.
Dès le commencement de l'année 1937 il y'avait une
scission de fait entre les
deux partis avant qu'il soit déclarée mais cette
scission purement structurelle ne supposait nullement une scission
idéologique.
La scission du CAM ne développera ses pleins effets que
lorsque son cadre formel aura été brisé ce fut l'oeuvre de
l'arrêté viziriel du 18 mars 1937 qui le dissolvait
répondant
34 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 97.
35 Idem, page 99.
21
à l'inquiétude de la résidence devant
l'extension continue du réseau de sections mis sur pied par cette
organisation.36
SECTION III : Pluralité des partis marocains
(1937-1939)
Le pluripartisme marocain s'est concrétisé depuis
1937 par la constitution de
nouveaux partis dans la zone française et espagnole.
1-Les partis marocains en zone française (Le Parti
National et le
Mouvement Populaire37)
En effet l'interdiction du Comité d'Action Marocain
n'atteignit pas sa presse et l'
«Action du Peuple » et « Al Atlas »
continuèrent à paraître et c'est ainsi que ces journaux
d'organe du CAM devinrent organes du mouvement marocain pour le plan de
réformes.
L' « Action Populaire »a commencé la publication
de ce dernier le 27 mars 1937.38
Après la dissolution du CAM, l'ancien comité
avait pour objectif de continuer l'action par tous les moyens légaux
afin de réaliser l'idéal du nationalisme marocain et obtenir
l'exécution de ses justes revendications.
En Avril 1937 l'Action du Peuple paraissaient à nouveau
à Fès sous le nom de :
« Hebdomadaire d'Action Nationale Marocaine »qui
utilisait les mêmes thèmes de propagande que le Mouvement Marocain
pour le Plan de Réformes et ne représentait que les
comités de rédaction de l' « Action du Peuple ».
Allal el Fassi et un groupe de jeunes lettrés
fondèrent à Fès le « Parti National » qui
s'organisa dans le grand secret et ne manifesta pas sa présence qu'au 23
Juillet 1937 avec pour revendication essentielle l'abrogation du dahir
berbère et Mohamed Hassan el-
Ouezzani créa à son tour le Mouvement Populaire :
Alharaka alqawmiya
Et c'est à la suite des manifestations du 1er et 2eme
septembre 1937 de la
population de Meknès pour protester contre le
détournement des eaux de l'Oued Boufkrane
,qui alimentait la ville, au profit de quelques colons
français et fit de nombreux morts et
36 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 103.
37 Mouvement populaire : alharaka alqua
wmiya
38 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 104.
22
blessés que le « Parti National »organisa dans
toutes les villes du Maroc des démonstrations populaires protestant la
répression sanglante de Meknès ,ainsi qu'un
congrès du parti du 13 octobre 1937 s `acheva par l'envoi
des télégrammes de protestation aux autorités de Paris, de
Rabat, aux partis français et à l'ambassadeur du parti à
Paris : A.Balafrej 39
Le 26 octobre un arrêté viziriel dissolvait le
« Parti National »pour la réalisation
du plan de réformes qui n'était que la
reconstitution du CAM. Le 29 octobre Mohamed Hassan el-Ouezzani fut
arrêté à Fès et envoyé en résidence
forcée au Sahara, ou il devait séjourner jusqu'en 1946.Alors que
Allal el Fassi quitta à son tour le Maroc, le 3 novembre
et fut conduit au Gabon ou il devait demeurer neuf ans en
résidence surveillée.40
L'arrestation des leaders avait détruit l'organisation des
partis politiques de la
zone française et le nationalisme n'est plus dès
lors représenté officiellement en cette zone, que par des «
dissidents » non affiliés à un parti politique et qui ne
songent pas eux mêmes
à en organiser un.
2-Les partis politiques en zone espagnole :
Le Parti des Réformes nationales et le Parti
d'Unité marocaine étaient les deux
acteurs du champ politique dans la zone espagnole, mais ces deux
partis devait être
toujours à la merci de l'Espagne qui ne manquait pas de
leur opposer, lorsqu'ils devenaient trop puissants des rivaux comme le Parti
des Hommes Libres de Raissouni ou le Bureau de Défense nationaliste de
Brahim el-Ouezzani.
a -Le Parti des Réformes Nationales
:
Le premier noyau nationaliste dans le nord du pays avait, des
caractéristiques
propres. Son travail préparatoire qui dure de 1916
à 1930 se solde le 5 septembre 1930 par
la création de la première instance nationale.
C'est une Instance clandestine formée de cinq membres dont Bennouna et
Daoud. Et son travail le plus remarqué et la préparation
du document des revendication marocaine qui a été
présenté à la République Espagnole
.Cette Instance est remplacée le 19 juin 1931 par un
organe politique non
39 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 108.
40 Idem, page : 111.
23
clandestin : « wafd Matalib El Oumma
»(délégation des revendication de la nation)le but politique
de cet organe est la création d'une certaine pression interne et externe
sur les responsables espagnols en vue de la réalisation des
revendications présentées en 1931.La relève s'est faite
plus nettement après la mort le 5 janvier 1935 du « père
du
nationalisme », Haj Abdesslam Bennouna, avec la
création de « Koutlat Al'Amal el
Wattania Fi Chamal El Maghrib »(Comité d'Action
Nationale dans le Nord du Maroc),le premier février 1936. Ce
comité est composé de 13 membres dominés par trois d'entre
eux Abdelkhalek Torrès41, Thami El Wazzani et Abdesslam
Benjelloun.42
Le 28 juin, le Comité dépose les statuts du nouveau
parti appelé « le Parti
National des Réformes P.N.R qui n'est reconnu que le 18
décembre 1936. Depuis cette fin d'année 1936, le Parti National
des Réformes domine la vie politique marocaine dans la
zone Nord et son leader Torrès en est le chef
incontesté.
La propagande du PRN s'étendait peu à peu dans les
tribus afin de se concilier les sympathies de celles-ci.
A l'issue, des manifestations anti-françaises, des
télégrammes de protestations furent envoyées à
Paris et à Rabat par le P.R.N.
b-Le Parti d'Unité Marocaine :
Expulsé de la zone française en 1936, pour son
activité nationaliste, Mohamed Mekki
Naciri se réfugia à Tétouan, ou il retrouva
son ami Abd Elkhalek Torrès.
Mais une rivalité personnelle va bientôt opposer ces
deux hommes .Et c'est avec l'appui financier du colonel Beigbeder que Mekki
Naciri lança un nouveau parti le«Parti d'Unité Marocaine
»qui à la différence de Torrès dont le parti s'est
élaboré petit à petit, repose sur
la personnalité du leader et n'a jamais eu de programme
bien défini, Mekki Naciri va créer un parti qu'il organisera
minutieusement et qu'il essaiera de doter dès le départ d'une
doctrine cohérente.43
Le PUM entre officiellement en lice le 3 février 1937,
date à laquelle parait le premier numéro d'un journal
bihebdomadaire en langue arabe, dont le titre est le nom même du parti :
El Ouahda Maghribia. A partir du 25 mars 1937, ce journal sera doté
d'un
41 Abdelkhalek Torrès, dirigeant nationaliste
,ambassadeur, puis ministre du sultan Mohamed V et du Roi Hassan, fut la figure
de proue politique du Maroc septentrional de 1940à 1970.ll a eu des
contacts avec Goering, l'amiral Canaris ,la Ligue arabe ,Franco,Bourguiba,Ben
Bella ou Nasser.
42BOUAZIZ MUSTAFA, Aux origines de la koutla
démocratique , Casablanca 1997, page : 83-85.
43 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 121.
24
supplément hebdomadaire en langue espagnole « Unidad
Marroqui »qui publia tout au long de ses treize premiers numéros le
Plan de Réformes marocaines .Mekki Naciri éprouvait le besoin de
préciser la position particulière des nationalistes à
l'égard de l'Espagne, parce que le Plan de Réformes ne
s'adressait qu'à la France.44
Si le PRN et le PUM sont également hostiles à la
France ils s'opposaient en fait sur
l'attitude à prendre à l'égard du Sultan :
Torrès acceptait volontiers une division définitive
du Maroc dont la zone nord eut été placée
sous la souveraineté directe du Sultan .Mekki
Naciri, par contre, insistait sur l'unité du Maroc.
En effet le mouvement national dans le nord est
organisationnellement représenté par le PUM avec une
suprématie du PRN qui, politiquement, il est la base arrière du
mouvement national dans le sud .Il a joué un grand rôle au niveau
de la propagande et des liens avec
l'étranger.45
c-Le Bureau de Défense
Nationaliste
Le Bureau de Défense Nationaliste est à peine un
parti, il n'eut aucune audience
dans le public et ne se composait que de Brahim el-Ouezzani et
deux ou trois Marocains
.Le 10 Janvier 1938 le bureau publia le premier numéro
d'un journal imprimé en langue arabe, espagnol français dont
l'objectif est d'énoncer le programme du bureau, il n'était pas
vendu au public marocain, mais uniquement expédié à
étranger et distribué dans les divers
consulats de Tétouan.46
Brahim El-Ouezzani distribua à Tanger des tracts en langue
arabe appelant les marocains à la révolte contre la France et
prononça lors d'une interview à un journal italien
un discours contre le dahir berbère et contre la France et
a pris violement parti en faveur des régimes nazi et fasciste.
Le Bureau de Défense Nationalistes dédaignait
l'action sur le plan marocain et les démarches auprès des
gouvernements des puissances protectrices,pour porter la question marocaine
devant l'opinion internationale .Mais le moment était mal choisi,car le
monde avait d'autres préoccupations.
44 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 123.
45 BOUAZIZ MUSTAFA, Aux origines de la koutla
démocratique, Casablanca 1997, page : 85.
46 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 122.
25
CHAPITRE II : LA REVENDICATION DE
L'INDEPENDANCE ET LA
NAISSANCE DES PARTIS ADVERSES (1943-1954)
SECTION I : Les partis marocains de 1943 à 1946.
1 : Naissance de l'Istiqlal
Agé de 36 ans, Ahmed Balafrej avait déjà
à son actif de longues années de lutte
aux cotés des nationalistes. Véritable chef de
mouvement, ses activités déployées au Maroc depuis Janvier
1943 vont aboutir en décembre à la création du Parti de
l'Istiqlal.47
Dès sa création, le Parti de l'Istiqlal adopte
un programme simple et négatif mais d'un grand succès : « Il
refuse d'appuyer aucun projet de réformes tant que le principe de
l'indépendance du Maroc ne sera reconnu par la puissance protectrice
».
La première manifestation officielle du parti fut la
présentation d'un manifeste, le
11 janvier 1944, au sultan, au résident
général et aux représentants des principaux gouvernements
alliés.
Le Parti était pour l'indépendance du Maroc, pour
la liberté, pour la
reconstruction du pays, pour une monarchie constitutionnelle et
démocratique et enfin pour une coopération
internationale.48
Signé par 58 personnes issues de milieux variés et
appartenant presque toutes à la classe moyenne, le manifeste de
l'Istiqlal était très simple.
Dans une mise au point publiée le 19 janvier 1944, le
parti précisait qu'il n'était
pas son intention de réaliser son idéal par
l'emploi de la violence qui gênerait l'effort de guerre.
47 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 143.
48 Idem, page : 144.
26
Mais les revendications d'indépendance et l'appui que
semble donner le palais au parti inquiétait la résidence .Ainsi
de multiples arrestations furent naturellement la conséquence de ces
événements : Balafrej fût exilé en Corse, Abderahim
Bouabid et dix autres nationalistes notoires restèrent en prison
jusqu'en 1946.49
Pour réaliser ses aspirations, le parti commence à
s'adresser à l'opinion
international, ainsi le 8 mars 1945, Mohamed Lyazidi (pour le
comité exécutif du parti), adressa au président de la
conférence de San Francisco, aux chefs des gouvernement français,
américains, anglais et chinois, une requête sollicitant «
l'admission du Maroc au sein de l'ONU ».50
Dans la même orientation, le parti publia `une note sur la
question de Tanger'
pour défendre le point de vue du Maroc sur la ville
internationale.
En 1946, Mohamed Lyazidi, véritable chef du parti de
l'Istiqlal depuis l'exil de Balafrej, adresse au nouveau résident Erik
Labonne un rapport intitulé `la crise marocaine qui examine le
problème des libertés publiques et appelle l'attention du
résident sur le sort des nationalistes détenus. Cet appel
fût entendu et le général libère les détenus
politiques.51
L'anathème lancé contre le parti de l'Istiqlal
était en même temps levé, et pour
celui-ci s'ouvrait une période de large tolérance
de la part des autorités, dont il devait profiter pour fortifier au
Maroc ses positions.
2 : Les partis politiques marocains en zone espagnole
:
Le « pacte national » du 18 décembre 1942 entre
le PUM et le PRN ne survécut
pas aux premiers mois de l'année 1943 à cause d'une
part de la sévérité du général Orgez
à l'égard des partis nationalistes et d'autre part des
rivalités personnelles qui opposaient
Torres et Naciri.52
Le parti des réformes nationales fût encore affaibli
par le discrédit qui fut jeté sur son chef après la vente
de ce dernier de documents importants (dont l'original de l'acte
l'Algésiras de 1906) à des espagnols.
49 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 146.
50 Idem, page : 146.
51 Idem, page : 147.
52 Ibid, page : 149.
27
La capitulation de l'Allemagne porta le coup de grâce au
parti réformiste, qui avait fait naguère de ce pays la
pièce maîtresse de son jeu. En 1945, Torrès s'effaça
et le parti des réformes nationales se désorganisa.
Par contre, le parti d'unité marocaine, ne s'étant
pas compromis avec l'Allemagne, entretenait des contacts avec le consulat de
Grande-Bretagne à Tétouan et attendait de la GB un efficace appui
pour la cause nationaliste. Mais depuis le retrait de
Torrès de la scène politique, Mekki Naciri ne peut
à lui seul réunir assez de troupes et ses manifestations
épistolaires restaient sans grande portée.53
En février 1945, le général Varela
autorisait le parti réformiste à se reconstituer. Le 5
février, une assemblée générale du parti
était réunie à Tétouan au domicile
de Torrès et avait élue Taîb Bennouna comme
secrétaire général du parti.54
Le rétablissement du statut international de Tanger
obligea Naciri à abandonner la direction du PUM à Abdeslam
Temsamani et à se réserver à la direction du PUM dans
la
zone de Tanger, considérée comme plus
importante.
En mars 1946, le PUM organisa à Tanger des
manifestations pour demander la liberté de la presse et l'attribution
à des marocains des emplois occupés par les étrangers dans
les administrations marocaines de la zone.
SECTION II : L'hégémonie de l'Istiqlal sur
les autres
partis marocains de 1946 à 1947.
La libération des détenus politiques de 1937 et de
1944 et le retour de Allal el
Fassi, Ahmed Balafrej et Mohamed Hassan el-Ouezzani ont
ouvert une période d'intense activité pour les partis marocains
qui gravitent tous autour de l'indépendance : le « Parti de
l'Istiqlal » affermit ses positions dans le pays, Mohamed Hassan
el-Ouezzani fonde le «
Parti Démocratique de l'Indépendance »et le
« Parti Communiste marocain » se libère de
sa tutelle française.
Le champ politique de la zone espagnole de sa part était
aussi riche de nouveaux événements.
53 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 149.
54 Idem, page : 154.
28
1-Retour des leaders de l'Istiqlal et développement
du parti.
Après un exil de neuf ans au Gabon, Allal el Fassi
rentrait au Maroc le 20 Juin
1946 et Ahmed Balafrej exilé en Corse était
libérés également et deux chefs furent accueillis en
triomphateurs et leur fit gagner la popularité. Balafrej dès son
arrivée
reprenait ses fonctions de secrétaire
général du Parti de l'Istiqlal et si aucune place n'a
été prévue pour Allal el Fassi au sein du parti il est
devenu théoriquement chef suprême du
Parti de l'Istiqlal et prit le titre de « leader du parti
»55
Le Parti de l'Istiqlal demandait à nouveau l'abolition du
traité de protectorat et
la constitution d'un véritable gouvernement marocain,
dirigé par le sultan, pour entamer avec les représentants du
gouvernement français des négociations franches et
sincères en vue de conclure un nouveau traité garantissant la
souveraineté marocaine.
Dès 1939, les partis nationalistes avaient axé leur
propagande sur le sultan,
symbole de la souveraineté chérifienne.
En 1946 le Parti de l'Istiqlal fonda Al Alam quotidien de langue
arabe, le 8 mars
1947 paraissait le premier numéro d'un hebdomadaire en
langue française «l'Opinion du Peuple », qui se fixait pour
tache de refléter la pensée et les aspirations de l'opinion
marocaine et d'en être le guide sûr et
éclairé.56
2-Le Parti démocratique de l'Indépendance
(hizb choura wal
Istiqlal) PDI
Après avoir été libéré Mohamed
Hassan el-Ouezzani avait le sentiment de sa
propre importance pour rejoindre les rangs du Parti de l'Istiqlal
.Pourtant il a fondé en
1946 son propre parti le « Parti démocratique de
l'Indépendance » dont il devient le secrétaire
général.
Le P.D.I réclame comme le Parti de l'Istiqlal l'abolition
du protectorat et une monarchie constitutionnelle .Mais si le P.D.I a soif
d'indépendance pour le Maroc, il craint
55 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 158.
56 Idem, page 160.
29
que le régime futur ne soit une monarchie
réactionnaire appuyée par un parti unique :
l'Istiqlal.57
3-Le Parti communiste marocain P.C.M
En Juillet 1943, le « Parti communiste du Maroc »ne
relevait théoriquement plus
de la hiérarchie du Parti communiste français .Pour
justifier son caractère marocain le Parti communiste a
développé son influence dans les milieux autochtones, et plus
tard à réserver
à ses militants issus de ces milieux la plupart des postes
de commandement. Le parti
cherche surtout à s'imposer dans les campagnes, il
prétend en effet être le parti du peuple.58
Malgré ses tentatives de rapprochement avec l'Istiqlal et
le P.D.I, Allal el Fassi et
Mohamed Hassan el-Ouezzani répondront à toutes ces
avances que la religion islamique est incompatible avec le communisme.
En 1945 Ali Yata devient secrétaire du parti qui de "Parti
communiste du
Maroc"devient bientôt"Parti communiste marocain".
Dès février 1946,le P.C.M renverse sa politique et
une résolution intérieure du comité centrale des 23-24
février 1946 recommande l'union des population du Maroc pour
l'amélioration de leur niveau de vie et la conquête des
libertés démocratiques,et en
demandant dans le manifeste des 3-4 août de la même
année l'abrogation du traité de Fès,la suppression de la
résidence générale,l'unification du
Maroc,l'évacuation des troupes étrangères et
l'élection au suffrage universel d'une assemblée nationale
marocaine .Le 28
août 1946 une délégation du P.C.M
était reçue par le sultan ce qui était la
consécration officielle du caractère marocain du Parti
communiste.59
En réalité entre le P.C.M et l'Istiqlal fut une
épreuve de force et l'unité de l'Istiqlal lui assurait dans ce
combat une supériorité évidente sur le P.C.M qui ne
progressait plus,
mais encore il enregistrait un recul sensible, bon nombre de ses
adhérents d'hier le quittant pour rejoindre l'Istiqlal.
Devant l'affaiblissement de son influence, il essaya en 1947 de
provoquer la constitution d'un "Front national"groupant les trois partis
nationalistes:P.C.M, Istiqlal et le P.D.I mais cette initiative était
d'avance vouée à l'échec.60
57 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 161-162.
58 Idem, page : 162.
59 Idem, page : 165.
60 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page :167.
30
4-Les partis marocains de la zone espagnole
Pour Torrès et le PRN la libération d'el-Ouezzani,
Allal el-Fassi et de Ahmed
Balafrej était une occasion de réviser leur
position antifrançaise qui militaient pour l'union des deux zones et
préconisaient la reconnaissance de l'obédience directe de tout
le Maroc
au sultan.
Quand à le PUM il a continué à critiquer
l'action de la France au Maroc, en août
1946 Mekki Naciri regrettait que le sultan se laisser
égarer par les promesses fallacieuses
de la France, et prêchait le calme et l'union cet appel ne
fut pas entendu par ses propres partisans.61
Dans des lettres aux vizirs et aux fonctionnaires marocains de la
zone espagnole, Torrès demande aux bénéficiaires du
régime de choisir sans délai entre l'Espagne et le sultan .c'est
ainsi que le leader du P.R.N redonna à ses troupes l'esprit de
combativité
nécessaire.62
Par contre, le discrédit dont souffrait Mekki Naciri
à Tétouan se traduisit par une désaffectation de la
population à l'égard du P.U.M sentiment dont le P.R.N fut
naturellement le bénéficiaire.
Le voyage de sidi Mohamed Ben Youssef à Tanger
était une affirmation de l'unité
du Maroc et une occasion de voir le P.R.N et le P.U.M unis
élaborèrent une liste de revendication en vue de la
présenter au sultan au cours de séjour à Tanger.
Le 10 avril 1947 le discours prononcé par le sultan et sa
visite à Tanger dépassa ce que les partis nationalistes de zone
espagnole avaient osé espérer.
61 Idem, page : 169.
62 Idem, page : 170.
31
SECTION III : Le front national marocain et les partis
politique
non nationalistes (1951-1952)
L'influence prépondérante que l'Istiqlal
conservait, lui donnait une importance
bien plus grande que celle des autres partis nationalistes
marocains notamment le P.U.M, P.R.N et P.D.I qui voulurent profiter de cette
situation en se liant à lui le 9 avril 1951 au sein du "Front national
marocain".
Dans le but d'affaiblir l'Istiqlal, la résidence a
opté pour la naissance de partis rivaux à ce dernier dont
l'idéologie serait relativement conformiste et ne regrettait pas le
principe du protectorat. Aidés par le mouvement d'opposition et de
réformes des pachas et
caïds suscité par le Glaoui pacha de Marrakech qui a
rompu officiellement avec le palais le
21 décembre 1950 les partis marocains dits"nationalistes
modérés" ont été constitués.
1-Le Front National Marocain
La constitution du FNM fut le fruit d'une initiative de
journalistes et de
personnalités politiques égyptiennes de passages
à Tanger notamment le journaliste Salih Bou Raquiq qui en prenant
contact avec les nationalistes chercha à leur faire admettre que seule
leur désunion s'opposait à leurs revendications et les engagea
à former un parti
unique si non au moins un front national au sein duquel chaque
parti serait placé sur un plan de stricte égalité par
rapport aux autres,c'est ainsi que le P.I ,le P.D.I ,le P.R.N et P.U.M
concluaient le 9 avril 1951 le pacte de Tanger, qui traduisait leur accord sur
un
certain nombre de principes et décidait par la suite la
constitution du F.N.M.63
En effet l'unification des programmes de revendications n'avait
pas été difficile à obtenir car les quatre partis
nationalistes se réclamaient en principe de la même
idéologie
et c'est le comité de liaison du F.N.M s'occupait de
mettre au point les interventions des
quatre partis à l'extérieur, et notamment
auprès de la ligue arabe et de l'ONU.
Mais parfois on trouve un nombre de télégrammes
écrits signés « Front National
Marocain » par n'importe quel membre du comité de
liaison et de coordination de sa
63 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 190.
32
propre initiative et sans qu'il ait reçu mandat de
l'ensemble du comité à cet effet, et chacun des partis s'estimant
fondé à parler au nom du FNM.64
2-les partis dits « nationalistes
modérés »
La stratégie coloniale de la création de partis
modérés a été concrétiser par la
constitution du Parti Démocrate Marocains des Hommes
Libres, le Parti du Peuple
Marocain et le Parti Socialiste Marocain.
a- le Parti Démocrate Marocain des Hommes
Libres :
Fondé en 1947 par cherif Moulay Idriss qui
prétendait acheminer le Maroc vers
une monarchie constitutionnelle et un régime
parlementaire, tout en acceptant la tutelle de
la France jusqu'à ce que les marocains soient en
état de se gouverner seuls.65
En effet le PDMHL eut une vie et une croissance propre et ne fit
pas toujours preuve d'un étroit conformisme et son rôle restera
assez effacé jusqu'en 1952 ou le parti a fondé le 18 janvier de
la même année un hebdomadaire en langue française : la
Liberté qui
a adopté une attitude hostile au sultan, qui était
celle des partisans du Glaoui.
A la suite des émeutes des 7 et 8 décembre 1952, la
commission politique
prononça la radiation de vingt-deux membres du parti
coupables d'avoir participé à celle-ci
et c'est à partir de ce moment que cherif Moulay Idriss
fera ouvertement campagne aux cotés du cherif El-Kettani et du Glaoui,
en faveur du renversement du sultan.66
b- Le Parti du Peuple Marocain :
Fondé en 1948 par Abdelkader Zemrani qui s'occupa de
réunir quelques
partisans qui élaborèrent un programme en 1950.
A partir de 1952 le P.P.M sera fortement appuyé par la
résidence lorsque le désaccord entre la France et le sultan
deviendra plus profond.
En novembre 1952, le bruit se répandit que le sultan
devait se rendre à la médina
de Rabat et en parcourir les rues alors Zemrani quitta Oujda avec
trois mille marocains
64 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 193.
65 Idem, page : 207.
66 Idem, page : 208.
33
mobilisés qui devaient se mêler à la
population de cette ville et compenser les protestations
de fidélité de l'Istiqlal envers le souverain par
des manifestations d'hostilité celui-ci.67
L'échec de ce plan a finit par rendre Zemrani
indésirable à Oujda, c'est pourquoi
il est parti à Fès et reconstitua le Parti du
Peuple Marocain en cette ville et à Meknès, cependant ces
organisations n'ont pas eu de succès.
c-Le Parti Socialiste Marocain :
Fondé par Mohamed Chemao en 1951 à Salé .Ce
parti n'a pas d'existence réelle
en tant que « socialiste »car il n'est pas
rattaché à l'internationale ouvrière,pas plus qu'il n'est
en liaison avec les sections SFIO du Maroc.
En fait le parti comprend pour seul adhérents les
frères et les cousins de Mohamed
Chemao soit une vingtaine de membres en tout.68
67 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 209.
68 Idem, page : 210.
34
SECTION IV : La mise hors la loi des partis politiques
marocains (depuis 1952)
A la suite des émeutes des 7 et 8 décembre 1952 le
PI et le P.C.M ont été interdits
et leurs principaux chefs furent arrêtés, le P.D.I
échappa à l'interdiction en zone française mais cessa
presque complètement son activité. A partir de cette date Tanger
devenait le centre directeur du nationalisme.
1-les partis politiques de la zone Française
a- les partis politiques
nationalistes
a 1-Le parti de l'Istiqlal au Maroc et à
l'étranger :
Après les émeutes des 7 et 8 décembre 1952
,les dirigeants du PI furent arrêtés ou placés en
résidence surveillée et c'était dans une mesure à
éliminer définitivement l'Istiqlal
.Cette interdiction entraînait également la
suppression de la presse nationaliste.
Malgré les efforts du PI, le conseil de
sécurité rejeta, en septembre 1953 la plainte arabo-islamique au
sujet du renversement du sultan, et l'ONU dans sa session de novembre 1953,
n'adressa à la France aucune résolution ni recommandation
relative à l'affaire marocaine.
Les leaders du PI ont multiplié leurs efforts que ce soit
sur le plan international
avec A.Balafrej en Amérique notamment au conseil de
sécurité de l'ONU ou au Caire avec
Allal El-Fassi qui agissait auprès de la ligue arabe ou
sur le plan national ou le comité du
PI à Tanger était dirigé par le docteur
Abdellatif Benjelloun.69
Après la déposition du sultan, la direction
à Tanger fut abandonnée par docteur
Benjelloun à la fin du mois d'octobre et reprise par
l'avocat Abderrahman el Youssfi.
Le 20 août 1953, Mohamed Ben Youssef était
déposé et remplacé par Mohamed
Ben Arafa et dès ce moment, l'Istiqlal, en tant que parti,
disparaît de la scène politique.
69 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 224.
35
a 2 - le P.C.M :
À la suite des émeutes de décembre
1953, il était interdit et sa presse suspendu. En octobre 1953 le parti
diffusa une brochure protestant contre la déposition du sultan.
Son interdiction ait accéléré le processus
de désintégration qui affaiblissait de plus en plus le
P.C.M.70
a 3 - le P.D.I :
Les autorités française avaient le souci de
conserver un élément de collaboration éventuel au cas ou
le dialogue avec les nationalistes aurait du être repris que le P.D.I ne
fut pas interdit comme l'Istiqlal et le P.C.M ET selon que l'on
considère son action en zone française ou son action en zone
espagnole ou séjournait Mohamed Hassan el-Ouezzani le P.D.I
apparaît sous deux aspects bien différent ;en zone
française il était dirigé par Abdelkader Benjelloun mais
après les émeutes de Casablanca il donna une preuve du
faible crédit et en juin 1953 il mena une campagne en
faveur du sultan et diffusait à Rabat
et Salé un tract dénonçant « les
manoeuvres contre le trône ».71
Dès la déposition du sultan le 20 août 1953,
plusieurs membres du parti furent arrêtés par mesure de
précaution dont Abdelkader Benjelloun et dès lors le P.D.I
,s'abstint volontairement de toute activité politique apparente.
Alors c'est en zone espagnole que se trouvait son principal
centre d'intérêt. Refoulés de Tanger, Mohamed Hassan
el-Ouezzani et Ahmed Bensouda débarquèrent à Gibraltar,
en août 1953 ils obtenaient l'autorisation de faire paraître
provisoirement à Tétouan l'ancien journal Rai el Oma .Et c'est
ainsi que le leader du parti recevait à Ceuta
la visite de nombreux membres du P.D.I de Tanger et même
de la zone française mais sans pouvoir reprendre en mains la direction
de l'ensemble du parti.72
Le jour de la déposition du sultan Mohamed Hassan
el-Ouezzani se rencontrèrent
à Tétouan pour examiner l'attitude à
prendre en face des graves événements de la zone française
et en Janvier 1954 le leader du parti se rendit au Caire par l'Espagne et
l'Italie sans avoir obtenu pour son parti la liberté d'action qu'il
aurait souhaité en zone
espagnole.73
70 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 228.
71 Idem, page : 230.
72 Idem, page : 231.
73 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 233.
36
b-les partis dits nationalistes modérés
:
b1-Le Parti Démocrate Marocain des Hommes Libres
:
Après la pétition des caïds et pachas de
décembre 1952 demandant la déposition
de Sidi Mohamed Ben Youssef, le PDMHL se rangea aux cotés
du « Mouvement d'opposition et de Réformes ».74
Quelques mois plus tard l'hebdomadaire du parti, la «
Libertés », reprochait à la résidence de n'avoir pas
profiter du changement de souverain pour procéder à des
réformes plus démocratiques.
L'attitude du PDMHL était plus que jamais hostile à
l'Istiqlal contre qui il
demandait une répression plus active. Mais il ne retira
pas l'avantage qu'il attendait de son appui au Mouvement d'Opposition et de
Réformes.
b2-Le Parti du Peuple Marocain :
Le 30 mars 1953 le P.P.M organisa une manifestation qui connut un
certain succès pour célébrer l'anniversaire du
traité de protectorat et critiquer ceux qui ont demandaient son
abrogation immédiate.75
En juin 1953 le P.P.M proposa au gouvernement français de
s'adresser
directement au peuple par voie de référendum, pour
lui demander de déterminer la solution susceptible de résoudre le
conflit.
En effet le conformisme du P.P.M fut plus grand que celui du
PDMHL, dans les mois qui suivirent le coup de force du 20 août 1953
auquel il ne participa à aucun titre à
vrai dire le parti s'abstint depuis ce moment de toute
activité notable, privé d'organe de
presse il lui était difficile de se manifester
efficacement.76
74 Idem, page : 242.
75 Idem, page : 243.
76 Ibid, page : 244.
37
2-les partis politiques de la zone Espagnole et de Tanger
:
a- le P.R.N :
Après les émeutes du7 et 8 décembre 1952,
Torrès reçoit lui-même des messages
du sultan et il informe de son mieux les autorités
Espagnole de ce qui se passe réellement à Rabat, mettant en
exergue tout ce qui peut l'être pour exciter d'avantage leur amertume
à l'égard des Français, de plus il noie l'ONU, la Ligue
arabe, le Résident général sous une
pluie de télégrammes qu'il signe au nom de son
parti ou fait signé par toutes les personnalités amies de sa
connaissance.77
En effet Torrès était en correspondance suivie
avec les familles des nationalistes marocains placés en résidence
surveillée au Maroc français et l'interdiction de l'Istiqlal et
l'arrestation de beaucoup de ses membres laissaient des places à occuper
par des
nationalistes du P.R.N envoyés par Torrès en zone
française. 78
Après la déposition du sultan, Torrès exposa
que l'intention de la France était de tuer le sultan et que les
musulmans ne devaient pas laisser perpétrer un tel crime et
devaient être prêts à donner leur vie
l'ex-souverain.
Quelque mois plus tard le P.R.N s'occupa d'accueillir les
nationalistes de l'Istiqlal qui s'étaient enfuis de Tanger après
la reconnaissance du nouveau sultan par le mendoub
.Le 21 décembre 1953 Taib Bennouna et Mohamed Khatib
furent arrêtés et emprisonnés
et les efforts de Torrès et de ces amis pour les faire
libérer restèrent vains.79
b- le P.U.M :
Après que Mekki Naciri regagnait l'Egypte en
décembre 1953, Ben Mehdi Zaidi
dirigeait le parti, mais en absence de son vrai leader
l'activité du P.U.M était nulle en zone espagnole et assez faible
à Tanger.80
En avril 1953 Zaidi était relevé de ses fonctions
de secrétaire du P.U.M sur la demande du mendoub et c'est Moktar Ahardan
qui a repris en main le parti.
77WOLF JEAN, Epoppée d'abdelkhalek
Torrès, Paris, 1994, Page : 264.
78 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, page : 234.
79Idem, page : 236.
80 Idem, page: 238.
38
Après la déposition du sultan, le mendoub
interdit le journal Echaab, le P.U.M s'abstint de toute activité
politique apparente et de contacts trop étroits avec ses anciens
alliés du Front national marocain.
39
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE
L'histoire des partis politiques marocains d'avant
l'indépendance semble être
d'avantage l'histoire de certains hommes que celle des
organisations qu'ils contrôlent et qu'ils dénomment « parti
»et la meilleure illustration de cette état de chose est la
stabilité des cadres supérieurs à travers les
vicissitudes, les interdictions et les changement d'étiquette.
De 1933 à 1953 ce sont Allal el Fassi, Mohamed Hassan
el-Ouezzani, A.Balafrej,
Lyazidi, Abdelkhalek Torrès, Mekki Naciri restent les
grandes vedettes des partis politiques marocains.
Pendant le protectorat le problème majeur des partis
politiques marocains était le plus souvent l'absence de tout programme
véritable et si le parti de l'Istiqlal avait pour programme l'obtention
de l'indépendance il n'a en fait jamais élaboré de
projet du régime politique qu'il entend instaurer après la
reconnaissance de cette indépendance.
40
PARTIE II : LES PARTIS POLITIQUES DANS LE MAROC
INDEPENDANT :
Lors des pourparlers d'Aix-Les-Bains fin août 1955
malgré des propositions alléchantes du côté
français, les nationalistes présents (Ben Barka, Bouabid, El
Yazidi pour
le parti de l'Istiqlal, Ben souda, Boutaleb, Cherkaoui pour le
PDI) ne transigèrent pas quant
au retour du Sultan. Ils imposèrent que les propositions
arrêtées à Aix-Les-Bains soient soumises à l'aval de
Sidi Mohammed Ben Youssef et que les négociations pour
l'Indépendance s'organisent sous son égide et après son
retour.81
La conjonction des insurrections marocaine et algérienne
contraignit Paris, qui choisit de consacrer l'essentiel de son effort militaire
à l'Algérie, à engager des
négociations avec le sultan Mohammed V. En 1955, à
la suite d'actes terroristes, la France
se résigna finalement à accepter le retour du
sultan au Maroc. Le 2 mars 1956 fut signée
une convention qui abolit le traité de Fès et
reconnut l'indépendance du Maroc. Le statut de Tanger fut aboli (29
octobre 1956). L'ampleur des manifestations populaires obligea également
l'Espagne à mettre fin à son protectorat, le 7 avril 1956.
Après quarante-quatre
ans de tutelle étrangère, le Maroc retrouvait son
indépendance et son unité.
Toute l'ambiguïté d'aucuns diraient
l'originalité, du nationalisme marocain dans l'articulation du
sacré et du politique, et qui faisait de la lutte pour
l'indépendance un rassemblement populaire autour d'un programme minimum
: la fin du protectorat.
Cette articulation est aussi celle d'un nationalisme populaire
voire démocratique et d'un nationalisme monarchique et royal.
L'alliance organique et tacite des deux formes du nationalisme
marocain traduisait
une unité face aux mutations profondes que provoquait la
modernité occidentale dans sa version coloniale.
Elles étaient certes diversifiées de par leurs
origines sociales, leurs expressions politiques ou leurs formes d'action mais
s'unissaient quant au refus du "fait colonial ".
Mais depuis l'indépendance on assistera à une
rupture de cette unité du mouvement national.
81 BOUAZIZ MUSTAFA,Au-delà de
l'icône,le journal,n°231,p : 28
41
CHAPITRE I : LA RUPTURE DE L'UNITE DU
MOUVEMENT NATIONAL ET LES VOIES DE
RECONVERSION (1956-1973)
Vouloir retracer en quelques pages l'évolution du champ
politique marocain
pendant les deux premières décennies de son
indépendance relève de la gageure, surtout si l'on souhaite en
souligner toutes les nuances.
Depuis les premières années de
l'indépendance, la consolidation du multipartisme a ouvert les portes a
une expérience de démocratie parlementaire où les partis
seront les principaux
(et non les seules) acteurs.
SECTION 1 L'impossible parti unique : la redistribution
des
forces (1956-1959)
Certes depuis l'indépendance, le parti de l'Istiqlal
était incontestablement le parti
largement dominant et qui se considérait comme le
représentant légitime de la majorité du peuple marocain,
voire même, le PI était la seule force en mesure de rivaliser avec
la Monarchie. Mais cette force venait en partie du fait que le PI s'identifiait
à la Monarchie,
de laquelle, aux yeux des Marocains, il était
difficilement dissociable.
Sans aucun doute, le PI a cherché à
conquérir place presque exclusive dans le pays.
Dans une conférence faite le 16 octobre 1959, le leader
Allal Al Fassi déclarait
que « si une nation choisit librement de constituer un parti
unique, cela ne peut qu'assurer son bonheur et personne n'a le droit de
l'obliger à créer artificiellement d'autres partis
»82
Mais cette volonté du PI d'occuper seul la scène
politique menaçait la monarchie qui va fortifier les partis existant et
appuyer la création de nouveaux.
82 DARIF MOHAMED,ala hzab assiyassiya a
lmaghribiya ,Casablanca,1ère édition ,p :
73
42
SOUS-SECTION 1 : Le PI entre le parti dominant et
l'aspiration
au parti unique
Placés dans une situation d'associés-rivaux, le Roi
et l'Istiqlal vont se livrer
durant les premières années de
l'indépendance à une confrontation dont l'enjeu est à la
fois
le contrôle de l'appareil d'état et la
conquête du leadership politique.83
En suivant le parcours du PI entre 1956 et 1959,on constate qu'il
était obsédé par une seule volonté,qu'est celle de
constituer un parti unique,arrivera t-il à sa finalité ?
1 : Le parti de l'Istiqlal : parti
dominant
Lorsque le Maroc a eu son indépendance, il vivait dans une
réalité partisane
multiple que la France a consacrée avec les pourparlers
d'Aix les bains.
La représentativité du PI, qui voulait passer pour
le parangon du patriotisme est
mise en cause par d'autres formations politiques qui
lui-même reconnaissait leur légitimité
et coordinat avec plusieurs entre eux depuis avril 1951 par le
biais du Front National
Marocains.
La réalité effective du multipartisme au Maroc a
obligé le PI à accepter de participer au premier gouvernement
cohérent comme choix transitoire même s'il avait
déclaré lors de ses rencontres avec Mohammed V qu'il voulait
former un gouvernement à lui seul et que selon Allal Al Fassi participer
à un gouvernement cohérent ne serait qu'un
`'sacrifice `' du PI.84
L'Istiqlal qui n'a pu faire aboutir ses revendications d'un
gouvernement
`'homogène'' va accepter de participer un premier
gouvernement présidé par Mbarek Bakai entre le 07/12/55 et le
11/05/56 en coalisions avec le PDI, le PLD et les Libéraux avec dix
postes ministériels dont le ministère de l'extérieur, la
justice, le commerce et l'industrie et le ministère de
l'éducation.
Le parti va accepter de même la participation dans le
deuxième gouvernement
présidé par le même Bakai entre le 28/10/56
et le 11/05/58 avec le PLD et les Libéraux
après le refus du PDI de participer faute du nombre des
portefeuilles ministériels accordés au parti qui selon lui ne
convenait pas à sa taille réelle.
83 SUNTUCCI.J, L'évolution politique du
Maroc indépendant de 1956 à 1970,
(www.yassar.freesurf.fr)
84 Idem
43
Lors du 2eme gouvernement, le PI va prendre la direction du
ministère de l'intérieur. L'acquisition de ce poste
stratégique par le PI va lui pousser au 2eme plan, qui n'est autre que
l'installation du parti unique.
2 : Le parti de l'Istiqlal a la recherche du parti
unique
La volonté du PI à installer le parti unique est
exprimée d'une part par sa pression
sur les autres formations politiques et d'autre part par ses
revendications pour un gouvernement homogène.
a) Lutte contre les autres partis : PDI, PCM,
PLI
Depuis la déclaration de l'indépendance, le PI a
cherché à dissoudre plusieurs partis dans ses rangs, dans ce
contexte vient l'intégration du « parti de reforme national
PRN » en 1956, mais le parti de Allal Al Fassi n'a pu
convaincre tout les partis de la même conception ce qui oblige le PI a
procéder à des offensives contre les partis opposés
à son choix stratégique.
a1- La lutte contre le PDI :
Certes le PDI était la seule force partisane concurrente
au PI car du moment où le
PI a procédé à l'intégration du PRN,
le PDI a précipité à intégrer de sa part -dans le
but d'élargir sa base- le parti du Maroc libre.
Depuis l'indépendance, le PDI a procédé
à la réorganisation de ses structures et à
l'élargissement de ses zones d'influences dans toutes les villes du
Royaume ainsi que dans quelques zones rurales telles que la Chawiya.
En 1956, le nombre des militants du PDI était estimer
à 150 milles adhérents.85
Cette force du PDI lui a fait place dans le premier gouvernement
marocain avec cinq honorables postes ministériels.
C'est donc pour ces raisons, que le PI a procédé
à stopper le PDI et à profiter de l'occasion de l'obtention du
ministère de l'intérieur en la personne de Driss Mhammdi
pour entamer à une série de détention au
sein du PDI qui a obligé le secrétaire général
du
85 JEAN et SIMONE LACONTE, Le Maroc à l
'épreuve, Paris, éditions du seuil, 1958, p : 158
44
PDI M.H.Ouezzani à présenter plainte au roi pour
demander l'arrêt des excès autoritaires du PI.
a2- lutte contre le PCM et le PLI :
Les principes communistes du PCM étaient la cause des
ennuis du PCM avec le PI.
En effet, depuis « la marocanisation » du parti
communiste en 1945, le PI a exprimé sa non reconnaissance à la
marocanité du PC, encore plus le pacte de la
constitution du Front National Marocain FNM en avril 1951 entre
le PI, PDI, PRN et PUN
énonçait dans son article 8 : « les partis
signataires de ce pacte s'engagent à ne pas accepter
la constitution d'un front uni avec les communistes marocains
».86
De sa part, le parti des libéraux indépendants
était crée en 1943 par Ahmed Reda
Guedira après sa rencontre avec quelques personnes comme
Rachid Mouline fils du ministre des habous dans les années quarante et
le Fqih Regragi.
Le PI trouvait que le PLI avait un aspect et une idiologie
monarchique et allait procéder à son élimination depuis la
fin de l'année 1957.
Les fruits des multiples attaques du PI seraient le rejet du PLI
lors de constitution du 3eme gouvernement.
b) Les revendications pour un gouvernement
homogène
Dès le début de l'année 1958, le PI va
adresser une lettre de démission des
ministres istiqlaliens du gouvernement au Roi plaignant de la non
neutralité des opinions et décisions du chef de gouvernement
Driss Bakai et incitant le Roi à constituer « un gouvernement
comprenant des membres veillant, capables de préserver l'unité du
pays et
d'assumer leurs responsabilité ».87
C'est ainsi que le PI a réussi à exploser le
deuxième gouvernement et à prendre en
12/05/1958 la direction du 3eme gouvernement qui sera
confié à son secrétaire général, Ahmed
Balafrej. Le poids de l'Istiqlal se voit conforté par la présence
au Ministère de l'Economie nationale de l'un de ses leaders, A. Bouabid,
mais les postes clés, notamment
86 REZETTE.ROBERT, Les Partis politiques
marocains, Paris, Armand Colin, 1955, p : 192
87 DARIF MOHAMED, alahzab assiyassiya alma
ghribiya , Casablanca, 1ère édition, 2001, p : 78
45
de l'intérieur et la Défense nationale, restent
entre les mains de personnalités politiques choisies par le roi,
«indépendantes» ou qui lui sont fondé sur un compromis
qui va attiser
les dissensions internes du parti entre les partisans de la
participation et ses adversaires, qui
la conditionnent à la pleine possession de tous les
instruments du Pouvoir, et à une définition plus restrictive des
prérogatives royales. Privé du contrôle de la Police et de
l'Armée, ce gouvernement se révèle incapable de
réagir devant la rébellion qui se produit
dans le Rif et les Zeuzères, tandis que se
développe une vague de grèves déclenchées par la
centrale syndicale, l'UMT. A ces difficultés qui servent de
prétexte à la démission de A. Bouabid s'ajoute le
durcissement des clivages internes du parti qui opposent une direction
jugée conservatrice et traditionaliste, aux éléments
progressistes rassemblés autour de
l'UMT, qui aspirent à des réformes
économiques plus fondamentales et à une démocratisation
des structures internes.
Le cabinet Balafrej condamné à l'impuissance, se
retire en décembre 1958, pour laisser la place à une gouvernement
présidé par Abdallah Ibrahim, représentatif de cette
aile «gauche» de parti, mais contraint également
de cohabiter avec des personnalités favorables au
Palais.88
Dans cet enjeu de contrôle de l'appareil d'état et
de la conquête du leadership politique, le palais a aussi ses choix
stratégiques.
SOUS-SECTION 2 : Les choix de la monarchie : Consolidation
du
Multipartisme.
Pour le palais, il n'était pas question de se livrer
à la stratégie du PI, c'est pour
cela qu'il a procédé à consolider le
multipartisme mais avant il était contraint de préparer un cadre
politique et juridique à ce multipartisme.
1 : Le cadre politique et juridique du
multipartisme
Le palais a procédé à la consolidation
politique du multipartisme par deux facteurs :
88 SANTUCCI.J, L'évolution politique du
Maroc indépendant de 1956 à 1970,
(www.yassar.freesurf.fr)
46
a) La constitution du Conseil National
Consultatif
CNC :
Le conseil national consultatif est crée en 3 août
1956 par un dahir, le CNC était une traduction à la
volonté royal a tenir à ces engagements de constituer une
monarchie constitutionnelle.
La fonction du CNC selon son 1er article est
consultatif c'est-à-dire ni législative
ni réglementaire.
Le conseil était constitué de
représentatives de formations politiques, économiques, sociales
et culturelles.
Mais ce qui nous intéresse ici est que les formations
politiques étaient
représentées par 22 membres dans 10 pour le PI, 6
pour le PDI et 6 pour les indépendants.
b) La manière de constitution des gouvernements
:
Comme on a pu voir avant, le palais faisait toujours en sorte que
les formations politiques soient représentées dans les
gouvernements.
C'est ainsi que dans le 1er gouvernement, en plus du
PI, siégeaient des
représentants du PDI et PLI.
Dans le 2eme gouvernement siégeaient le PI et le PLI.
Même dans le 3eme gouvernement homogène
siégeaient deux indépendants en plus que ce gouvernement
n'était pas livré au PI mais à Ahmed Balafrej qui
était un allié
au Roi plus que Secrétaire général du PI.
Ce même 3ème gouvernement qu'on croyait
homogène ne l'était pas du tout, encore plus, il a
participé à faire paraître les contradictions internes du
PI.
Le palais a profité de l'existence de courants
confrontés au sein du PI pour élargir
la marge entre eux et obliger le parti à accepter le
multipartisme, ainsi la nomination de Abdallah Ibrahim en 04/12/58 à la
tête du 4eme gouvernement vient dans ce contexte. Le palais a
consolidé ce multipartisme aussi par la publication de plusieurs lois
depuis 1958 qui renforce le multipartisme d'où le fameux
Dahir du 15 décembre 1958 sur les libertés publiques.
47
2 : la consolidation du multipartisme
La création du mouvement populaire MP en 1959 et de
l'union nationale des forces
populaires dans la même année marque la fin de
l'utopie istiqlalienne de constituer un parti unique.
a) La création du MP :
Quand en octobre 1957 est annoncée la constitution de
mouvement populaire, le PI
dénonce avec énergie la création de `'partis
artificiels qui ne peuvent que servir de refuge aux collaborateurs notoires et
aux féodaux''.89
Le PI impose même l'interdiction du nouveau parti
accusé de n'être que
l'instrument des complices du gouverneur rebelle Addi ou Bihi et
s'oppose au dahir sur les libertés publiques privant d'autres partis de
la possibilité de se constituer.90
Mais la réponse du palais ne va pas tarder, avec la
publication du dahir du 15 novembre
1958, la constitution des partis politiques au Maroc sera
garantie.
C'est ainsi et conformément au même Dahir,
Ahardan va déclarer en février 1959 la constitution officielle du
mouvement populaire. Le Roi va recevoir aussitôt Ahardan et son compagnon
le docteur Al khattib.
Le congrès constitutif du MP se déroulera en
Décembre 1959 où le parti déclare qu'il combattra la
dictature partisane et l'installation d'un socialisme islamique, et que le
chemin vers le socialisme islamique est la monarchie constitutionnelle. Le MP
demande pour la même occasion d'élire un conseil constitutif
chargé de rédiger une constitution démocratique pour le
pays.
Porteur d'idéologie berbériste et rural, l'enjeu
principal du MP était de faire -en étroite liaison avec le
palais- contrepoids à la bourgeoisie citadine de l'Istiqlal.
C'est pourquoi le MP va participer au 5eme gouvernement
formé le 24/05/1960 et présidé par Mohammed V.
89 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit
Public, Paris, 1975 p : 81
90 SANTUCCI.J, L'évolution politique du
Maroc indépendant de 1956 à 1970,
(www.yassar.freesurf.fr)
48
b) La création de L'UNFP ou la fin du rêve
istiqlalien
Le gigantisme du PI, n'était pas un signe de parfaite
santé, sa faiblesse venait en premier lieu de l'antagonisme des
tendances groupées en son sein.91
Effectivement le PI était une sorte de « front »
où trois principales tendances peuvent être distinguées et
individualisées. La résistance et l'armée de
libération groupées dans le conseil national de la
résistance crée en Novembre 1955,la classe ouvrière
organisée dans le syndicat de l'union marocaine de travail
UMT et enfin la direction conservatrice où était
représenté la première génération du
mouvement national.
En effet,la direction conservatrice désignés pas
des procédées autocratiques
comprenait des dirigeants -dont beaucoup étaient
déjà a la tête du mouvement national depuis les origines
comme Allal Fassi,Balafrej ou Lyazidi - qui constituaient,au début, la
seule élite citadine bourgeoise susceptible de prendre la direction du
mouvement.
Mais les émeutes de décembre 1952 qui provoquent
l'interdiction du PI permettent à des dirigeants de la base de prendre
la direction de la lutte sur laquelle les dirigeants traditionnels ne peuvent
plus désormais exercer aucun contrôle.
Il paraissait des lors évident qu'un problème
d'une extrême gravité allait se poser dès le lendemain de
l'indépendance résultant de la disparité entre les masses
du parti et sa direction.
La création de l'UMT le 20 mars 1955 concrétise le
courant syndical dans le parti. Dès l'indépendance, l'UMT
siège dans la commission politique du PI où, en
attendant la réorganisation sans cesse ajournée du
parti, on avait accueilli également les représentants de la
résistance.
Depuis la création de la commission politique du PI -qui
n'avait autre but que d'éloigner le courant du syndicat et celui des
représentants de la résistance du comité exécutif
du parti-, on pouvait considérer qu'il avait plus qu'un seul parti mais
deux : le PI
« comité exécutif » et le PI «
comité politique ».92
Le 25 janvier 1959, Mehdi Ben Barka poussé par la nature
de ses réflexions et ses orientations, crée la
Confédération National du ·Parti de l'Istiqlal CNPI dans
laquelle
Ben Barka voyait « le véritable visage du Maroc
militant » où se regroupe ce qu'on peut
91 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit Public,
Paris, 1975 p : 102
92 DARIF MOHAMED, alahzab a ssiyassiya alma
ghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 99
49
appeler la gauche, tous ceux qui aspirent au changement
économique et sociale en faveur des masses.
Depuis, beaucoup d'éléments des autres formations
politiques (PDI, LI, MP) qui partageaient cet idéal vont adhérer
le CNPI.
Le 6 septembre 1959, la CNPI -qui avait l'allure d'une grande
formation dirigée par des hommes brillants et soutenue par le mouvement
de résistance et la classe ouvrière-
se réunit et se proclame « UNION NATIONAL DES FORCES
POPULAIRES ».
Beaucoup d'auteurs pensent que le rôle du roi dans la
scission a été important,bien qu'évidemment clandestin
,d'autres auteurs de renommé comme J.Waterbury considère
que l'essentiel de la scission est causé par un
développement de segmentation provenant de l'intérieur du
Parti.93
En tout cas la constitution de l'UNFP marque le gain de l'enjeu
des emplacements par la monarchie au détriment du PI.
La monarchie qui va à partir de 1960 et suite à la
démission du gouvernement de
Abdallah Ibrahim inaugurer une nouvelle ère de
démocratisation où le multipartisme serait un aspect
fondamental.
93 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit
Public, Paris, 1975 p : 125
50
SECTION 2 : les partis politiques et l'expérience de
la démocratie
parlementaire (1960-1973)
Entre 1960 et 1973, le Maroc a vécu deux phases politiques
successives, ainsi on
peut avancer qu'entre 1960 et 1965 le pays a connu une transition
démocratique ou du moins a recherché une « démocratie
minimale ». Mais depuis 1965 et jusqu'à 1973 le
Maroc s'est lancé dans une nouvelle phase marquée
par son contexte plus idéologique que politique avec la naissance d'une
nouvelle gauche comme principal aspect.
SOUS-SECTION 1 : L'expérience démocratique
(1960-1965)
En retour vers le 4ème gouvernement de
Abdallah Ibrahim (1958-1960), on ne peut
nier l'apport de ce conseil qualifié comme la «
première alternance »94 au royaume.
Ce gouvernement jettera les premiers fondements en particulier
économiques du Maroc moderne : sortie de la zone franc, fondation de la
CNSS, négociations des départs des bases américaines...
Ces réalisations auront lieu dans un climat politique
plutôt agité et difficile, en
effet, ce gouvernement progressiste avait à faire avaliser
la dure réduction de l'insurrection du rif et des troubles du moyen
Atlas, l'interdiction du parti communiste ainsi que l'arrestation de
personnalités de « la gauche » marocaine et la liquidation de
l'armée de
libération entraînées par l'affaire du
complot contre la vie du Prince Moulay Hassan.95
Mais la séparation entre l'Istiqlal et la mouvance qui
constituera l'UNFP sera l'événement qui créera des
fissures graves dans ce gouvernement car cette dernière formation
politique représentée dans le conseil était
déterminée à dénoncer certaines
tendances absolutistes du régime et résolue
à s'attaquer aux privilèges de certaines par des
reformes de structures.
C'est ainsi qu'en 25/05/1960, le Roi Mohammed V se
décidait-il sous la pression
de l'Istiqlal et du cabinet Royal, à dissoudre le
gouvernement A.Ibrahim et à assurer en personne les fonctions de
président du conseil où siègent le Prince héritier
en tant que vice- président et Ministre de la défense, le PI avec
10 ministres dont Abdelkhalek Torres
94 Site officiel de l'USFP, (2006), A.Ibrahim n'est
plus
95 SANTUCCI.J, L'évolution politique du
Maroc indépendant de 1956 à 1970,
(www.yassar.freesurf.fr)
51
comme Ministre de la justice, le MP en la personne de Abdelkrim
Khattib comme Ministre
du Travail et des Affaires Sociales et enfin les
indépendants avec 5 Ministres dont Mbarek
Bakaî comme Ministre de l'intérieur.
La constitution du 5ème gouvernement allait
marquer une césure importante dans l'histoire politique du Maroc
contemporain dans la mesure où on assiste à un effacement
de la fonction traditionnelle et arbitrale du Roi, au profit d'un
rôle de chef politique et partisan, « le Roi refuse de remplir la
tâche qui est naturellement la sienne, d'être l'arbitre qui aurait
dû se situer au-dessus des partis et qui s'est transformé en chef
d'une coalition d'intérêts ».96
Dans un discours devant le peuple le 24/05/1960 Feu Mohammed V a
exprimé sa
volonté de démocratiser le pays et Etablir une
constitution avant la fin de 1962.97
Le Roi est décédé le 26/02/1961 mais son
successeur le Roi Hassan II va exécuter
la promesse de son père en établissant une
constitution approuvée par le peuple par le referendum du 07/12/1962
permettant au pays d'accéder à la première
expérience parlementaire. Mais cette expérience va être
interrompu avec le déclenchement du Roi de l'état d'exception en
07/06/1965 conformément à l'article 35 de la constitution.
1-LES PARTIS POLITIQUES FACE A LA
CONSTITUTION DE 1962
La nouvelle expérience démocratique,la
première dans l'histoire du
Maroc,marqué par l'installation de la première
constitution,aura sans doute des percutions sur les partis politiques marocains
d'abord dans leurs positionnement vis-à-vis de la
nouvelle constitution mais aussi dans leurs visions par rapport
à cette expérience dans son intégrité.
Sur les problèmes constitutionnels,deux attitudes
s'affrontent,d'une part celle de
l'UNFP et d'autre part celle du Souverain sur laquelle s'alignent
les autres partis politiques
à l'exception du PCM et (d'un degré moins) le
PCD.
96 Interview avec Ben Barka.M et Bouabid.A ,
Jeune Afrique,8-14 Avril 1963
97 DARIF MOHAMED, alahzab assiyassiya alma
ghribiya , Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 111
52
a) L'adoption de la constitution : LE PARTI DE LA
CONSTITUTION DEMOCRATIQUE (PCD)
1962.
Dès Mai 1960, Mohammed V avait promis une constitution
pour la fin de l'année
En s'inspirant du modèle français,il institua,par
Dahir du 3 novembre 1960, le
conseil constitutionnel pour élaborer un projet qui sera
par la suite soumis à un referendum populaire.
Les membres de ce conseil étaient choisis par le Roi `'en
raison de leur compétence et de leurs qualités''. L'UNFP refusa
d'y siéger par fidélité et sa position de principe.
Les représentants du PI étant majoritaires, c'est
Allal Al Fassi qui est élu à la présidence.
Mais il sera récusé par les représentants du
MP et du PCD qui en se retirant, condamneront le conseil constitutionnel
à l'inaction.
Dans ce contexte, vient la création du PARTI DE LA
CONSTITUTION DEMOCRATIQUE (PCD).
En effet, à cause de l'affaiblissement du PDI par la
politique du PI depuis 1956 et
la création de l'UNFP qui va attiré beaucoup de
`'chouriyinnes'' (partisans de la choura),
et devant le nouveau contexte politique national se dirigeant
vers une démocratisation du pays, M.H.Ouazzani a choisit de
transformé le parti démocratique et de l'indépendance
« hizb choura wa Istiqlal » au parti de la constitution
démocratique en Janvier 1960.98
Le PCD a participé au Conseil Constitutionnel, mais
s'est vite retiré pour exprimer son opposition catégorique
à cette constitution et a appeler à boycotter le referendum
à travers le journal du parti : « la constitution ».
L'UNFP revendiquait que la constitution doit porter une solution
réelle et garantie
au problème de la séparation des pouvoirs où
opérait un partage correct des pouvoirs et définissait avec
précisons les attributions respectives des différents organes.
Dès avant son 2ème congres, l'UNFP avait
pris la décision de boycotter cet
événement.
Quant au PI, il a appuyé à fond le projet de la
constitution préparé par le
Souverain, réuni le 15 novembre, le lendemain du discours
Royal où le Roi a recommander
98 DARIF MOHAMED, alahzab a ssiyassiya alma
ghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 113
53
l'adoption de la constitution, le conseil national du parti
décide à l'unanimité voter `'oui''
pour cette constitution considérée comme un pas
vers un régime démocratique véritable.99
Le 14/12/1962, le Roi soumet à l'approbation du peuple
marocain, un projet de constitution qui sera approuvé par 97% des
votants (84% des inscrits).
Fortifié par son statut de monarchie constitutionnelle et
le visage avenant de ce texte, le palais peut se passer de
l'Istiqlal.100
Les ministres du parti sont poussés à la
démission le 27 Janvier 1963.
Ce départ permet au Palais de chasser le parti du bastion
du ministère de l'économie, d'améliorer ses relations avec
ses voisins, mises à mal par le nationalisme du
`hizb' et de doter le pays d'une opposition modérée
dans la perspective des élections futures.
Le PI ainsi passe à l'opposition pour près de 15
ans.101
Cette constitution confirme donc,au-delà de la
reconnaissance formelle d'une monarchie constitutionnelle dans un cadre
parlementaire et pluripartisan,la prééminence politique du
Souverain et la suprématie institutionnelle de la monarchie.
Mais la monarchie avait néanmoins d'un appui politique
partisan pour faire face aux élections de 1963 et c'est dans ce cadre
où se crée le FDIC.
b) L'appui aux institutions : FDIC, PSD
Ahmed Reda Guedira était Directeur du cabinet du Prince
héritier et vice
président du conseil après le renvoi des
progressistes du gouvernement, il assume en outre, après
l'avènement de Hassan II les responsabilités de ministre de
l'intérieur et de l'agriculture.
Représentant la bourgeoisie libérale et moderniste,
ARG a participé à la rédaction de la première
constitution marocaine.102
Aux élections de 1963 (les premières dans
l'histoire du pays), Hassan II se concerte avec Guedira omnipotent. Les deux
hommes imaginent le concept du
99 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit
Public, Paris, 1975 p : 207
100 Idem, p : 208
101 VERMEREN.P, Histoire du Maroc depuis l
'indépendance, 1ère édition, 2002, p : 72
102 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit
Public, Paris, 1975 p : 215
54
FDIC (FRONT DE DEFENSE DES INSTITUTIONS CONSTITUTIONNELLE), un
véritable `OVNI ' politique.103
Sans être réellement un parti, le front - qui
regroupe le MP, le PCD (et là on remarque les contradictions de ce
parti) et les libéraux -, se présente aux élections de
1963 faisant contrepoids a l'opposition (PI et UNFP).Il en sort ex-aequo avec
l'opposition avec
69 sièges pour chacun.
Cet échec partiel du FDIC va peser sur la cohésion
interne du rassemblement, et sur ses rapports de confiance réciproque
avec le Roi.
R.Guedira en fera les frais en perdant son portefeuille de
Ministre de l'Intérieur.
En janvier 1964, et en réponse aux revendications de ces
adhérents, le mouvement populaire s'est retiré du FDIC. Cet
événement va marquer la mort de ce front.
Devant la nouvelle situation et recherchant une majorité
gouvernemental, R
Guedira était contraint de créer LE PARTI
SOCIALISTE DEMOCRATIQUE le 14 Avril
1964 et proposait un programme similaire à celui du
`'front'' mais la nouvelle institution ne trouvera aucun soutien et trouve
l'échec dans l'établissement d'une majorité parlementaire
stable, avant de se retrouver au néant, sa mission étant
terminée.
2: Le déclin de l'expérience
parlementaire
Les premières législatives de l'indépendance
qui rappellons-le a été marquée par
une défaite cinglante au FDIC ne passera pas sans causer
de grandes entraves au
`'poccessus démocratique souhaité'' au Maroc.
En effet et sous la pression du Mouvement Populaire,la
majorité monarchiste va s'éffriter d'elle-même,ouvrant
ainsi la porte devant l'opposition qui va utiliser le parlement comme une
tribune politique et va harceler le gouvernement au nom des droits du
parlement.
A partir du 28/07/1963,cinq scrutins électoraux doivent
déterminer la composition de la seconde chambre du parlement.
Ayant perdu le contrôle de la premiere chambre,le pouvoir
est décidé à arrêter le processus.
Convaincu de la nécessité de démanteler
l'opposition de gauche,le pouvoir va procèder suite à des
informations de complot contre le Roi à arrêter le 16 Juillet
1963
103 BOUKHARI.K et KSIKES.D, Hassan II et les
politiques, telquel, n°171
55
environ 5000 milittants de l'UNFP et du PCM, 102 entre eux
sont accusés d'atteinte à la sûreté de
l'état,parmis lesquels Fqih Bassri condamné a mort,de même
que M.Benberka, M.Bensaîd, Hamid Berrada et Cheikh Al
Arab,condamnés par contumace.104
Plusieurs entre ces socialistes pourchassés lors du
complot se réfugient à Alger.
Sur le plan économique,le Maroc s'engage dans une
décennie de stagnation de croissance à contresens de la tendance
mondiale,y compris pour les pays du tiers monde.De plus,les carences du
developpemet sont énormes.
En mars 1965 et suite à une circulaire de
l'éducation nationale,qui limite le
passage du premier au second cycle de l'enseignement
secondaire,des milliers de lycéens rejoignés par des parents
d'élèves,de jeunes chômeurs et autres pauvres des
bidonvilles,déclenchent le 23 mars une émeute qui tourne à
l'insurecction.
Au-delà des dégâts humains (plus de 15000
morts selon Boukhari),les
conséquences politiques de l'événement sont
très importantes.105
Le Roi prend langue avec l'opposition, ainsi L'UNFP exige la
dissolution du parlement et de nouvelles élections,tandis que la
Majorité parlementaire se divise.
Le 7 juin 1965 le Roi proclame l'état d'exception,renvoya
le parlement et promet une révision constitutionelle.
Le Maroc vient de s'engager dans une phase de pouvoir personnel
pour plus de
cinq ans.
Ce tournant signifie la victoire définitive du palais sur
le mouvement national.106
104 VERMEREN.P, Histoire du Ma roc depuis
l'indépendance, 1ère édition, 2002, p83
105Idem ,p87
106 Op.cit,p87
56
SOUS-SECTION 2 :L'état d'exception : Ajournement
d'une
expérience parlementaire
L'état d'exception avait des percussions importantes sur
beaucoup de partis
politiques.
Non seulement elle a mis fin au PSD de Guedira mais aussi a fait
surgir des contradictions internes au sein du MP causant sa scission et a
poussé le PCM à `'baisser le ton''.
De même, la création de la Koutla
démocratique en 22 juillet 1970 est parmi les plus importants des
résultats de cette phase.
1 : Les conséquences de l'état
d'exception sur les Partis
Politiques
a) le Mouvement Populaire Démocratique
Constitutionnel : MPDC
Crée officiellement deux mois après la constitution
de l'UNFP, le Mouvement populaire a tenu son congrès constitutif
à Rabat le 9 Novembre 1959, soit six mois environ avant les
premières élections municipales.
De la scission du PI,il a bénéficié,mais
beaucoup moins que l'UNFP,en récupérant
un certain nombre de résistants qui ont suivi le Docteur
Khattib,ancien chef de l'armée de libération,ce dernier dirigera
avec Mahjoubi Ahardane,le parti qui veut exprimer essentiellement le
mécontentement rural et notamment berbère.
L'opposition de Docteur Khatib à la décision de
l'état d'exception n'a pas plu à
Ahardane qui avait exprimé devant le comité central
du parti le 12/06/1965 son approbation à la participation au
gouvernement dirigé par le Roi lui-même.
La décision d'Ahardane a poussé Dr.khattib et un
certain nombre du comité central à se réunir le 07/10/1965
à Rabat et d'élire Dr.khattib comme secrétaire
général succédant à Ahardane.
57
Mais la réponse de ce dernier ne fut pas attendre en
renvoyant Dr.khattib de sa formation.
Ainsi, Docteur Dr.khattib crée en Février 1967 le
MPDC.
b) le Parti de libération et socialisme : le
PLS
Quoiqu'il en soit suspendu par décret signé par
A.Ibrahim, le PCM va faire l'objet
le d'une requête aux fins de dissolution
déposée le 22 septembre 1959 devant le tribunal moderne de
casablanca.107
Le 28 Mai 1964, par arrêt de la cour suprême,
l'interdiction du Parti communiste est désormais définitive.
Dissous, le PCM n'a pas participé en tant que tel aux
élections législatives de
1963, sa proposition d'un front commun de l'opposition a
été rejetée.
En 1965, le PCM n'a pas critiqué la décision du Roi
ni protesté contre l'état d'exception car pour ce parti la
constitution octroyée n'a rien à voir avec la démocratie
car elle ne reconnaît pas au peuple le droit d'exercer sa
souveraineté.108
En 1966, lors de son 3ème congrès, le
PCM a décidé de se transformer en une
nouvelle formation politique : le PLS (PARTI DE LIBERATION ET DU
SOCIALISME).
Présenté comme un instrument nouveau, effectivement
adapté à la réalité
nationale, accueilli avec sympathie par les uns, surprise et
méfiance pour les autres, le PLS
se définit comme un `'Parti Progressiste et
Révolutionnaire'' et déclare qu'il s'adresse
particulièrement à la classe ouvrière, à la
paysannerie pauvre, aux intellectuels et à la jeunesse.109
Contrairement aux statuts du PCM qui faisaient de l'étude
et l'approfondissement
du Marxisme-léninisme l'un des devoirs essentiels du
militant, ceux du PLS sont muets à cet égard, mais associent le
socialisme scientifique aux valeurs morales et spirituelles empruntées
à l'esprit démocratique et révolutionnaire du peuple
marocain et à la civilisation arabo-islamique.110
107 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit
Public, Paris, 1975 p : 226
108 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 119
109 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit
Public, Paris, 1975 p : 257
110Idem,p : 259
58
La création du nouveau parti n'a pas relié
l'unanimité des militants de l'ex-PCM, une minorité s'est
prononcée contre cette création préférant le
maintien de la semi clandestinité dans laquelle vivait le parti
communiste depuis 1960.
2 : La Koutla nationale entre deux constitution
1970-1972
En 1970, le Roi juge souhaitable de mettre fin à
l'état d'exception en procédant à
une révision constitutionnelle qui en soit en quelque
sorte la codification.
Le 24 juillet utilisant les pouvoirs exceptionnels de l'article
35, le Roi soumet à l'approbation populaire un nouveau projet de
constitution dont la procédure d'élaboration
et le contenu soulèvent une protestation unanime des
partis d'opposition. Jugé illégal, selon certaines
interprétations juridiques de la constitution de 1962, et
dénoncé par la plupart des organisations politiques et syndicales
à l'exception du MP et PDC, ce referendum prend la dimension d'un
véritable plébiscite, dont les résultats (98,70% de oui)
ne paraissent pas traduire « l'expression libre et sincère d'un
opinion populaire ».111
Cette nouvelle constitution comporte certaines innovations dans
l'organisation des
pouvoirs publics, qui puisent leur justification dans le nouveau
rapport de forces entre les partis et le Roi, entériné par
l'état d'exception.
Pour réagir face à cette situation délicate,
l'UNFP et le PI décidaient le 28 juillet
de créer une comité nationale (Al Koutla al
wataniya) appelé à réaliser leur unité d'action sur
la base d'une charte définie par leurs instances dirigeantes.
Ils refusent de participer à des élections
législatives qui s'annoncent, selon eux,
comme la répétition d'une pure fiction
démocratique, illustrée par le récent
référendum.112
La décision de boycotter les consultations des 21 et 28
Août sera suivie par toutes les formations politiques et syndicales,
à l'exception du MP qui obtient 60 sièges. Les candidats sans
appartenance remportent 159 sièges sur les deux scrutins, ce qui assure
le pouvoir d'une majorité confortable. Pour compléter le
caractère fictif de ce « changement démocratique » le
Roi ne prendra même pas la peine de nommer un nouveau
gouvernement qui soit issu des élections, il se limitera
à remanier légèrement le ministère
formé en juillet 1967 et dirigé depuis 1969 par le
Docteur A. Laraki.
111 BELHAJ.A, Les partis politiques marocains dans
le Maroc indépendant, Thèse de Doctorat en Droit
Public, Paris, 1975 p : 153
112 VERMEREN.P, Histoire du Ma roc depuis
l'indépendance,1ère édition, 2002,p :
34
59
La vie politique parait désormais absente de rouages
parlementaires, concentrée autour du palais.
La répression s'accentue contre l'opposition
groupée au sein de la Koutla.
Mais après les événements du coup
d'état manqué du 10 juillet 1970,le Roi fait d'une part une
autocritique en Août et nomme un gouvernement sensiblement
différent du précédant dirigé par Karim Lamrani
à la tête d'une équipe plus réduite mais disposant
de pouvoirs plus étendus. D'autre part le Roi reprend le dialogue avec
l'opposition avec deux
de ses dirigeants Al Fassi et Bouabid.
Le 17 février,le Roi annonce l'ouverture d'une compagne
référendaire autour d'un projet de révision
constitutionnelle sur lequel le peuple aura à se prononcer le 1er
mars,la Koutla prend le parti de l'abstention jugeant que les
élections sont constamment truquées.
Le projet est largement adopté (98% de oui), en
dépit des contestations soulevées par les milieux de
l'opposition.113
Néanmoins, les nouvelles dispositions de cette
3ème constitution pouvaient tenter
les partis d'opposition de sortir de leur réserve et les
inciter à jouer le jeu d'une expérience qui se voulait
libérale.
En effet, par rapport au texte de 1970, le parlement se voit
réhabilité et le gouvernement doté d'un rôle et de
responsabilités politiques plus importantes.
Le 4 avril 1972, le Roi charge K.Amrani de former un nouveau
gouvernement,
des contacts sont pris avec les dirigeants de la Koutla mais
ceux-ci refusent ne voulant pas cautionner un programme qu'elle
dénonçait.
Encore une fois, après les attentats du 16 août, le
Roi tente de dialoguer avec l'opposition mais celle-ci est affaiblie par ses
divisions internes depuis la crise de Juillet.
En effet,depuis le 30 juillet,l'UNFP est divisée en deux
tendances,l'une de Rabat,impulsée par les jeunes cadres tels que El
Yazghi,Omar Benjalloun et coiffée par A.Bouabid ,l'autre de Casablanca
animée par A.Ibrahim et M. Ben Seddik. L'origine de la crise est une
décision de la commission administrative du 30/07 mettant fin au bureau
politique et au secrétariat générale du parti.
Le 10 août,A.Ibrahim dans une lettre adressé
à Allal Fassi annonce que la
participation de l'UNFP dans la Koutla est suspendue à
titre provisoire,tandis qu'en septembre il est suspendu par la C.A du parti.
113 VERMEREN.P, Histoire du Maroc depuis l
'indépendance, 1ère édition, 2002,p :
36
60
Les années 1971 et 1972 apparaissent comme des
années difficiles et pour le palais que pour l'opposition. Mais depuis
1973 le champ politique marocain va rentrer dans une nouvelle ère
marquée surtout par la recherche d'une unanimité
nationale.
61
CHAPITRE II : DU CONSENSUS
A L'ALTERNANCE (1973-1999)
Introduction : La recherche de l'unanimité nationale
1973
L'année de 1973 avait été surtout
marquée par la révision du code des libertés
publiques et la relance économique et sociale.
En effet, les coups d'états marqués de juillet 1971
et août 1972 ont beaucoup pesé certainement dans la
décision des pouvoirs publics de restaurer un nouvel « ordre moral
»
et de remanier les textes de 1958 dans un sens plus
restrictif.
Par rapport au texte initial, la référence
constante au maintien de l'ordre public domine désormais toute la
réglementation de l'exercice des libertés.
Ainsi, aux termes de cette nouvelle législation
apportée par les trois dahirs du 14 avril, les peines d'amende et
d'emprisonnement sont considérablement relevées, les associations
de personnes devront faire l'objet d'une déclaration préalable,
les réunions publiques pourront être également
annulées si leur déroulement est susceptible de
« troubler l'ordre public ».114
D'autre part, et contrastant avec la rigueur de la politique
consacrée au maintien
de l'ordre public, la relance économique et sociale
décidée en 1973 se place sous le signe d'un plus grand
libéralisme t d'une certaine `'ouverture'' retenue dans le plan 1973-77
et des mesures économiques et sociales adoptées dans
l'année pour la réalisation de ces
objectifs (marocanisation du commerce et de l'industrie,
récupération des terres étrangères,
le nouveau régime des investissements...).
Ces grandes réformes vont pousser les partis politiques
à s'auto-réformer et à restructurer le champ politique
dont les résultats vont apparaître depuis l'année 1974
dans
la recherche d'une nouvelle gauche ainsi qu'une nouvelle
majorité.
114 SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines
1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 58
62
SECTION 1 La restructuration du champ politique
(1974-1980)
La restructuration du champ politique marocain est
concrétisé par un jeu de
positionnement qui n'est autre que la recherche d'une nouvelle
majorité et d'une nouvelle gauche.
SOUS-SECTION 1 : La recherche d'une nouvelle gauche
Devant les grandes reformes que le pouvoir a entamé depuis
1973, les partis
politiques d'opposition vont montrer une volonté de
surpasser leurs conflits avec ce premier depuis l'indépendance.
Ainsi, la création du PPS et de l'USFP rentre pleinement
dans ce cadre.
1 : le parti du progrès et socialisme :
PPS
La création du PPS est annoncée le 27 août
1974 par Ali Yata et apparaît comme
une contrepartie de ses prises de position en faveur de la
récupération des territoires colonisés et de sa
participation à la compagne d'explication lancée par le
Roi.115
Le PPS faisant suite au parti communiste dissous en 1960 et au
parti de libération et
du socialisme PLS interdit en 1970, aucune modification
fondamentale ne ressort dans ses objectifs et son programme.
Se présentant comme le parti d'avant-garde de la classe
ouvrière et de la paysannerie pauvre, se réclamant toujours du
socialisme scientifique tempéré par les spécifiés
nationales, ce parti entend agir dans le cadre des lois en vigueur au Maroc.
Ainsi, le PPS se prononce sur le plan institutionnel pour
l'instauration d'une plus grande démocratie avec notamment
l'élection d'une assemblée nationale constituante et
préconise l'élargissement des libertés publiques.
115 SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines
1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 81
63
Sur le plan économique, le PPS prône entre autre la
nationalisation des secteurs
clés, une reforme agraire radicale ainsi que la
révision du système fiscal dans le sens d'une plus grande justice
sociale.
Au plan international enfin, il proclame son soutien aux
mouvements de lutte contre l'impérialisme et le
néo-colonialisme.
Le 2ème congrès du parti tenue du 23 au
25 février à Casablanca a été l'occasion
pour le PPS de faire le point de ses analyses et ses
positions.
Sans totalement avec le cadre théorique de ses
précédentes analyses, le PPS s'est simplement attaché
à les adapter dans la perspective d'une nouvelle phase de la
« révolution nationale démocratique »
centrée sur la défense et le parachèvement de
l'intégrité territoriale, l'élargissement des
libertés publiques et la satisfaction des revendications des couches
populaires.
Pour réaliser ces objectifs, le PPS appelle à
l'unité syndicale au sein de l'UMT et à
la constitution d'un front national avec l'USFP et l'UNFP
appelé à réaliser au sein d'un
« gouvernement de coalition nationale homogène »
les tâches de la `'révolution nationale
démocratique''.116
Sans jamais chercher à rompre l'unanimité
nationale, le PPS n'a pas manqué une occasion, tout comme l'USFP, pour
critiquer dans ses instances nationales les actions gouvernementales et presser
le gouvernement pour recourir à de nouvelles méthodes et
d'adopter des choix plus rigoureux et plus audacieux.
2 : L'union socialiste des forces populaires :
USFP
L'USFP, dans la ligne idéologique qu'elle annonce en 1972
et qui est finalisée lors de
sont congres extraordinaire de 1975 se démarque
très largement de la tradition d'opposition radicale de son «parti
mère» l'UNFP. L'UNFP était en effet devenue face aux
tendances de plus
en plus autoritaires de la monarchie, un parti hors
système, n'hésitant pas à prôner la violence
pour renverser le régime. Ses militants et ses structures
ont été victimes d'une violente répression qui les a
réduits à l'inactivité politique. L'UNFP était
« hors cible » et ses rapports avec le pouvoir ne se
déclinaient que sur le mode de la
conflictualité.117
Abderahim Bouabid tire une leçon majeure des luttes
précédentes :
116 SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines
1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 82
117 BIGI.C, l'USFP et la participation
gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des ra ppor ts
politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 24
64
« la démocratisation ne viendra que par une
bataille politique, non par des opérations à la Che Guevara
».118
Le 10 Janvier 1975, naît officiellement l'USFP dans un
congrès qui réunissait six cent cinquante militants venus de
presque toutes les provinces du royaume, appartenant essentiellement aux
classes moyennes.
Les congressistes ont élu les instances dirigeantes du
parti et ont confié à l'unanimité à
A.Bouabid les fonctions de secrétaire
général.
Ce congrès fut selon les termes du Dr A.Benjelloun, «
le congrès de la clarté, de la continuité et de
l'espérance ».
Clarté,car c'était l'occasion pour l'ancien parti
de Ben Barka de rompre la confusion entretenue durant dix ans par le compromis
passé avec A.Ibrahim et M.Ben Seddik et de définir une
stratégie plus claire ; Continuité,car c'est « l'option
révolutionnaire » définie par le leader disparu,lors de la
fondation de l'UNFP,qui a encore largement inspiré l'ensemble des
documents notamment les rapports politique et idéologique
; Espérance enfin,à l'image de cette
nombreuse jeunesse qu'il réunissait et à la mesure
de ses profondes convictions dans l'instauration du socialisme.
Ce congrès a été marqué par un
sérieux effort de la part du parti dans l'analyse de la situation
politique, l'approfondissement de sa ligne idéologique et la
définition de sa stratégie.
Ainsi la création de l'USFP apparaît comme un
tournant historique pour la gauche qui va passer d'une ligne
révolutionnaire à une approche sociale-démocrate.
Des lignes de clivage très nettes se dessinent
désormais dans la stratégie des partis de gauche d'un coté
la double stratégie légaliste révolutionnaire qui
correspond à l'attitude réformiste de l'USFP et du PPS,
favorables aux pourparlers avec le pouvoir, et tentées par les promesses
de l'ouverture démocratique ; de l'autre la stratégie des
extrémistes convaincu de conquérir par la violence la
légitimité populaire. Entre les deux, l'attentisme plus en moins
suspect d'un UNFP isolée, bridée par l'appareil syndical de l'UMT
et réduit ainsi à un parti fantôme.
En face à cette nouvelle gauche, se constituait une
majorité qui ressemble à un « néo- FDIC »
autour d'un parti moteur : le RNI.
118 KSIKES.D et BOUKHARI.K,le dernier homme d
'état,le journal,n°211,p : 37
65
SOUS-SECTION 2 : La recherche d'une nouvelle
majorité
1 : Le rassemblement national des indépendants
: RNI
On ne peut parler de la constitution du rassemblement national
des
indépendants RNI sans invoquer deux
événements importants influençant largement sur sa
naissance.
D'abord la marche verte,ce grand événement qui a pu
créer un climat d'entente et une unanimité nationale entre toute
les forces politiques autour d'un « Nouveau Maroc » qui tient
à son intégrité territoriale. A la tête de la marche
verte se trouvait A.Osman, premier ministre depuis 1972.
Ensuite et toujours au nom de ce « nouveau Maroc » et
de « l'unanimité
nationale », va se dérouler en 1976 les
élections communales qui va connaître un succès
spectaculaire des indépendants (8607 élus contre -pour exemple -
113 pour l'UNFP ou 26 pour le PPS), puis les élections
législatives en 1977 qui ne fera que conforter les indépendants
(140 élus contre 49 pour le PI, 45 pour le MP ou 15 pour
l'USFP).119
Sitôt après leurs succès électoraux,
les indépendants avaient ressenti la nécessité de
s'organiser pour transformer le `'mouvement d'électeurs''
en une véritable formation politique.
Ainsi le congrès constitutif du RNI s'est
déroulé entre le 06 et le 08 octobre 1978,
réunissant 4000 participants (dont 3500
délégués), il a adopté ses statuts, une plateforme
politique, économique et sociale, et confirmé à la
présidence du RNI le premier ministre A.Osman.
Se plaçant sous le signe de la « nouveauté
», cette formation a tenu à définir les
raisons de sa création, à savoir la poursuite et le
succès du processus de démocratisation et
la défense de l'intégrité territoriale, et
s'est fixé pour objectifs le développement du pays et
l'édification d'une société plus juste, plus
équilibrée, plus solidaire.
119 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablanca, 1ère édition, 2001, p
: 183
66
A la différence du FDIC qui pour s'affirmer avait à
lutter contre les partis politiques
et à réduire une opposition conséquente, le
RNI peut cohabiter en toute quiétude avec les autres formations de la
coalition majoritaire qu'il domine à lui seul, et se prévaloir
d'une base sociopolitique plus large du fait de la désaffection des
partis politiques classiques auprès des générations de
l'après-indépendance.120
Mais la naissance du RNI, a excité la verve des partis
d'opposition. Pour l'USFP, le
RNI est l'instrument de l'administration et le
défenseur de la politique du palais. Pour le PPS, ce regroupement ne
peut cacher son caractère de « parti de classe »
représentant les intérêts de la « bourgeoisie
bureaucratique ».121
Même si les indépendants constituait une avant-garde
parlementaire majoritaire
pour le gouvernement d'octobre 1977 présidé par
A.Osman, cette majorité a été alimentée par le PI
et le MP.
2 : Les partis alliés au RNI :
a) Le PI
Depuis 1974, l'aube de la restructuration du champ politique, le
PI ne cache pas sa nostalgie au travail gouvernemental, épuisé
d'exercer l'opposition depuis 1963.
En effet, dans le contexte d'ouverture et dans la perspective des
consultations électorales, l'Istiqlal organise son 9ème
congrès national à Casablanca entre le 13 et 15 septembre
1974, dont la réunion avait en outre à régler le
délicat problème de la succession du « leader »
Allal Al Fassi, décidé subitement le 13 Mai
à Bucarest.
Dans son rapport doctrinal qu'il présente comme le
testament d'Allal Al Fassi, M'hammed Boucetta met l'accent sur les
idées-forces qui vont guider tous les congressistes dans leurs travaux :
Récupération des territoires spoliés et bien entendu
retour du Sahara espagnol au Maroc, démocratie, égalitarisme.
Les élections législatives des 3 et 21 juin 1977
consacrent la prépondérance du PI en tant
que première force politique (51 sièges).
Ainsi,et après avoir consulté les principaux chefs
des partis politiques,le Roi nomme le 10 octobre un nouveau gouvernement
toujours conduit par M. Ahmed Osman,mais dont la composition tient compte du
nouvel équilibre politique issu des
120 SANTUCCI.J, Chroniques politiques marocaines
1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 150
121 Idem, p : 151
67
dernières élections. Le PI dispose d'une
représentation qui a été négociée, remettant
ainsi à l'honneur une pratique qui remonte à
l'indépendance et qui était tombée en
désuétude
depuis 15 ans.
Depuis son entrée au gouvernement, on pouvait penser que
la liberté de manoeuvre
du parti s'était trouvée réduite dans la
mesure où toutes ses propositions avaient à recueillir l'accord
de ses partenaires et surtout celui du Roi. Si sa position sur
l'échiquier politique
était plus claire, son jeu partisan ne l'était pas
pour autant dans la mesure où il ne lui était pas toujours facile
ni plausible, de préserver une certaine identité, voire une
relative
distance par rapport au pouvoir dont il paraissait cautionner
toutes les options au nom de la solidarité gouvernementale.
Pour ménager son avenir électoral, le PI ne reste
pas indifférent sur les questions socio-économiques du pays et
demande au gouvernement de les satisfaire.
Partagé entre une attitude d'allié et une attitude
d'opposant, son comportement offrant encore aux yeux de certains le double
visage de Janus.122
Le 10ème congrès du parti n'apporte
aucune lumière nouvelle sur cette question. A
travers les débats et résolutions qui ont
marqué ses travaux du 21 au 23 avril 1978, on peur même voir se
dessiner dans certains domaines un alignement pur et simple sur les
thèses gouvernementales.
b) Le MP et naissance du PLP et PA.
Le mouvement populaire était crée en 1958 pour
faire face au parti dominant : le PI. Mais la stagnation des structures du MP
et ses positions, ont poussé quelques militants du parti à
créer d'autres partis.
C'est ainsi que se sont crées le parti libérale et
progressiste (PLP) et le parti de l'action (PA).
b1) LE PARTI LIBERAL ET PROGRESSISTE
:PLP
Dans la perspective des élections législatives qui,
selon les déclarations faites par le
Roi en septembre 1974, devraient avoir lieu en octobre 1975, le
PLP à dominante berbère
se crée en Novembre à l'initiative de
personnalités soussi, au premier rang desquelles un
122 SANTUCCI.J, Chroniques politiques marocaines
1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 152
68
grand industriel de Casablanca et le président des
chambres de commerce et d'industrie du
Maroc.
Dans son manifeste, ce parti se déclare ouvertement
monarchiste et prêt à participer
à la campagne électorale avec un programme
économique très proche des objectifs
gouvernementaux.123
Les promoteurs de ce parti « ouvert à toutes les
classes sociales et qui veut s'intéresser à tous les aspects de
la vie nationale et régionale » espèrent recruter parmi les
milieux Jeunes, des professions libérales et parmi les techniciens, ceux
de la génération d'après l'indépendance,124
mais leurs attaches ethniques font de cette formation à base
essentiellement régionaliste, un second mouvement populaire.
b2) LE PARTI DE L'ACTION :PA
Le parti de l'action, crée en décembre 1974,
regroupe de jeunes intellectuels
d'origine rurale et d'anciens résistants parmi lesquels, M
Driss Khattabi fils de l'émir
Abdelkrim et Abdellah Senhaji un des fondateurs du MP.
Cette formation qui s'est contentée de définir ses
objectifs en termes généraux, préconise «
l'édification d'une société nouvelle par une élite
nouvelle » et entend coopérer avec toutes les organisations «
progressistes qui contribuent à éclairer l'opinion publique
» dans le cadre d'une « monarchie constitutionnelle
démocratique et sociale ».
Dans la nouvelle société qu'il projettent, les
promoteurs de ce parti envisagent surtout de dégager une élite
rurale, à la mesure de cette partie de la population qui est
restée à leurs yeux la « majorité silencieuse »
de la nation.
Le mouvement populaire a bien réagi aux tentatives
récentes de scission ou de détournement de clientèle,
opérées à la suite de la création des partis «
Soussi » et
« Rifain » (le parti libéral progressiste et le
parti de l'action) et a consolidé son implantation rurale et
géographique traditionnelle.125
Ainsi lors des élections communales de 1976 et
législatives de 1977, le MP a décroché la 3ème
place, ce qui lui a permit de participer au gouvernement du 10 octobre
1977 présidé par le RNI.
123 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablanca, 1ère édition, 2001, p : 204
124 Idem, p : 205
125 SANTUCCI.J, Chroniques politiques
marocaines 1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 136
69
SECTION 2 : les partis politiques et l'ère des
contradictions
(1981-1990)
Il est sûr que l'évolution incertaine de la position
marocaine dans le conflit saharien
depuis 1981 n'a pas manqué de peser sur l'équilibre
politique du régime126, au point de faire ressurgir de
profonds clivages entre le pouvoir et l'opposition, ainsi que les
événements de contestations sociales
succédés depuis le 20 juin 1981 sont les événements
majeurs alertant la fin d'un consensus national et la naissance de nombreuse
contradictions
au sein des partis.
SOUS-SECTION 1 : Les contradictions des partis de la
majorité
La coalition partisane entre le RNI,le PI et le MP qui a
fondé le gouvernement de
1977 changera d'apparence depuis le début des
années 80 avec la scission du RNI et la recherche du PI et du MP
à jouer des rôles plus avancés au sein de cette
majorité.
1 : Les contradictions du RNI
Les contradictions du RNI se matérialisent d'une part dans
la création de nouveaux
partis politiques et d'autre part dans le passage du RNI à
l'opposition.
a) le parti national démocratique :
PND
Depuis le congrès constitutif du RNI, de nombreuses
divergences étaient apparues
au sein du mouvement, portant aussi bien sur les options
politiques fondamentales que sur
le fonctionnement de ses structures internes.
126SANTUCCI J, Chroniques politiques marocaines
1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 217
70
Greffées sur des rivalités personnelles, mais non
dénuées d'arrières pensées idéologiques, ces
dissensions vont conduire à une première rupture du parti
majoritaire, au niveau parlementaire.
En effet, le 13 avril 1981, soixante et un députés
proclament dans une lettre
adressée au président du parlement, M Dey Ould Sidi
Baba, leur décision de quitter cette formation et de se constituer en
groupe autonome.
Tout en affirmant leur fidélité à la
monarchie et leur attachement au souverain, les
« démocrates indépendants » entendent se
démarquer de l'ancienne formation d'Ahmed Osman, regroupés autour
de Abdelhamid El Kacimi qui fut le porte-parole du RNI au parlement, et qui
fait déjà figure de leader du nouveau mouvement, ils se veulent
les défenseurs attentifs et efficaces du « Monde rural qui
représente 80% de la population
marocaine ».127
Apres les événements tragiques du 20 juin à
Casablanca,effet de la conjonction
entre l'endettement de l'Etat et la crise agricole,et les
émeutes qui les ont accompagnés,le Roi s'est prononcé
devant la nation et a annoncé un plan de promotion rurale et des
quartiers populaires des villes.
Le plan royale rimait avec le programme des «
indépendants démocrates » qui vont
se précipiter à se constituer en parti quelques
jours après sous le nom du : PARTI NATIONAL DEMOCRATIQUE.
Trois ministres font partie de la nouvelle formation, M Arsalan
Eljadidi Ministre du
travail, Moussa Saadi Ministre de l'énergie et des mines
et Khalid Ould Rachid secrétaire d'état aux affaires
sahariennes.
Certain ont cru voir dans la création de ce parti des
indépendants démocrates le fruit de manoeuvre souveraines du
Ministre de l'intérieur destinées à stimuler et
à
dynamiser l'actuelle majorité parlementaire en
prévision de futures échéances électorales. Le
palais pour sa part a semblé prendre parti pour ce mouvement dont le
discours à consonance populiste lui permettait d'accréditer
auprès des couches populaires urbaines et
rurales une nouvelle politique d'inspiration réformiste
imposée par l'échec du gouvernement subi lors des derniers
événements de casablanca.128 Le remaniement
ministériel de novembre 1981 en témoigne largement, puisque le
RNI n'y est plus représenté après avoir refusé un
nombre de portefeuilles plus réduits.
127 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablanca, 1ère édition, 2001, p : 212
128 SANTUCCI.J, Chroniques politiques marocaines
1971-1982, Paris, édition du CNRS, 1985, p : 217
71
Ecarté du gouvernement, le RNI reçu en audience par
le Roi le 12 novembre, se
voit confier la « lourde et importante mission » de
devenir une « opposition constructive »
pour les deux années de la législature qui est
prolongée jusqu'en 1983.
Le passage à l'opposition permettra au RNI de se
restructurer et ce qui s'est matérialisé par son 2ème
congrès national organisé à Casablanca entre le 1 et
3 avril 1983.
Ce congrès constituait la naissance réelle du parti
dans la mesure où il s'est procuré une identité
idéologique.
b) L'union constitutionnelle : UC
Sous le prétexte de combler le vide politique, que
Maati Bouabid - premier Ministre depuis 1979 - se déclare devant le
peuple quelques jours après le 2ème congrès du
RNI pour donner une légitimité à son nouveau cadre
politique.
En effet, le 9 avril 1983 à Casablanca, l'union
constitutionnelle organise son congrès constitutif. Se présentant
étant « une nouvelle force sur la scène nationale
représentant la génération de l'après
indépendance s'apprêtant à recevoir le flambeau de la
génération de l'indépendance »129, l'UC
tend à retirer la légitimité des partis traditionnels
tel que le PI, l'USFP, le MP ou le PPS.
Lors de son deuxième congre se déroulant à
Casablanca le 3 et 4 juin 1989, le discours de l'UC s'est clairement
tempéré et son enthousiasme pour les changements de l'ordre
social et l'encadrement des jeunes est nettement régressé.
En effet,à l'encontre de son congrès constitutif et
de son premier congres d'octobre
1985,le 2ème congrès de l'UC s'est
détaché de son engagement à encadrer les jeunes et s'est
prononcé pour le libéralisme sociale.130
Ainsi pour M.Bouabid, le libéralisme est une doctrine et
une liberté, cette liberté doit être accompagné du
sens de responsabilité. Pour lui, la liberté économique
sert à satisfaire l'humain et l'intégrer dans une
société libre solidaire et fraternelle.
c) le parti du centre social : PCS
Le parti de l'union et de la solidarité nationale PUSN est
crée en 1982 par M Mohamed Semmar. Ce parti est d'une idéologie
simpliste et n'a pas d'enjeu si ce n'est d'exister.131
129 Discours de Maati Bouabid devant le
congrès constitutif de l'UC ,9 avril 1983
130 DARIF MOHAMED,ala hzab assiya ssiya alma
ghribiya ,Casablaca,1ère édition , 2001, p :
218
72
M. Mohammed Semmar tenait à avoir son parti, en partant de
rien. Il l'a eu, mais n'en a pas fait grand-chose.
En 1984, Mohammed Semmar renomme son parti qui devient depuis, le
parti du centre social.
2 : Les partis alliés au RNI :
Les résultats des élections de 1984et la nouvelle
composition gouvernementale du
11 avril 1985 ont poussé le PI à passer à
l'opposition et ont causé la scission du MP.
a) Les contradictions du PI :
Si le 9ème congrès du PI en 1974
jusqu'ici parti opposant lui a permis de passer à la majorité en
1977,le 11ème congrès du parti de 1982 lui a permis de
sa part, de revenir à l'opposition en 1985.
En effet, lors de son 11ème congrès,
le PI a critiqué la prestation du gouvernement dont il fait partie. Le
PI a aussi saisi l'occasion de la commémoration du manifeste du 11
janvier en 1983 pour critiquer le gouvernement,dénoncer la
création de nouveaux partis
« d'occasions »132 et dénoncer de
même,les résultats des élections législatives du
14
septembre 1984.
Ainsi avec la reconduction de M.Mohamed Karim Lamrani à la
tête du gouvernement du 11 avril 1985, le PI est passé à
l'opposition.
b) Les contradictions du MP :
Le mouvement populaire a participé aux élections
communales de juin 1983 et
législatives de septembre 1984 et s'est abstenue quant aux
résultats de ses élections jugés « non innocente
»133 . Ainsi Mahjoubi Ahardan a décidé la non
participation de son parti au gouvernement du 11 avril 1985 passant du fait
à l'opposition. La décision a été reçue par
la
131 Arbre généalogique de la classe
politique marocaine , Telquel, Edition Spéciale Juillet2005 (voir
annexe)
132 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 224
133 Alharaka, 20 septembre 1984
73
plus grande déception par les cadres du parti, la
considérant comme une décision personnelle d'Ahardane et qui
n'engage nullement le parti.
Pour stopper ses opposants, Ahardane s'est
précipité à déclarer l'organisation d'un congres
extraordinaire du parti à Khnifra en septembre 1986, mais les
autorités n'ont pas autorisé le déroulement de la
manifestation, mais a permis par contre à six parlementaires du parti
à organiser un mois plu tard le congrès extraordinaire à
Rabat permettant ainsi aux congressiste d'expulser Ahardane du parti et
constituer un secrétariat générale pour diriger le
parti.
SOUS-SECTION 2 : Les contradictions des partis de
l'opposition
1 : Les contradictions de l'USFP
En 1980, deux amendements constitutionnels sont
adoptés. Ils portent le mandat
législatif de quatre à six ans et celui du
président de la chambre des représentants de un a trois ans. Le
parti est en désaccord avec la décision d'appliquer
cette reforme a la législature en cours (77-81). Les
députés USFP démissionnent individuellement en octobre
81. Le roi ne l'entend pas de cette oreille. En invoquant
l'article 1966 de la constitution, il
les accuse d' « hostilité à l'endroit
de la communauté musulmane ». Menaces et sous pression, les
députés USFP se soumettent et regagnent leur siège au
parlement.134
Même s'ils le font a titre personnel et non en tant que
groupe parlementaire, c'est bien une humiliation que leur impose la monarchie,
en réaffirmant sa domination.
Progressivement, l'USFP cherche, tout en se situant
dans une opposition plus ou moins domestique, à promouvoir une
image de bon élève, d'un parti sérieux et
crédible, capable d'assumer avec succès la gestion des affaires
publiques. Le parti montre de plus en plus de dispositions à assurer
des fonctions gouvernementales. Il affirme sa volonté de
devenir un disciple du roi.135
Ainsi, en 1984, le parti accepte de participer à un
gouvernement d'union nationale. Les dirigeants des principaux partis politiques
du pays ne se sont, pas plus qu'en 1977, mis d'accord sur les orientations
communes d'un programme politique. Le bureau politique parle de
défense de l'intégrité territoriale et de consolidation du
processus démocratique. A.
134 BIGI.C, l'USFP et la participation
gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports
politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 31
135 Idem, p : 33
74
Bouabid, le secrétaire général de l'Union
est ministre sans portefeuille, ce qui permet au parti d'adopter une position
des plus ambiguë.
Il se considère comme étant toujours dans
l'opposition, la participation de son secrétaire
général n'engageant pas l'USFP en tant qu'organisation.
En effet, face à ce choix d'une participation
gouvernementale sans garantie aucune, la direction de l'USFP décide
d'accepter tout en essayant de garder une position critique par rapport au
pouvoir. Ce genre de contradictions, non seulement a beaucoup de mal a
être compris par la base du parti, mais suscite de profondes
rivalités et de graves divergences au sein de ses instances
dirigeantes.
Lorsque l'USFP organise son 5ème congres en 1989, les
rivalités et les divergences
se manifestent. La direction tient a éviter a tout prix la
division et veut maintenir face au pouvoir un parti uni. Pourtant, la
participation à un processus démocratique qui, de l'avis
de certains, s'essouffle dangereusement ne va pas de soi. Au sein
du parti, les divergences
se matérialisent en deux grandes tendances. Une
tendance dite « amaouiste », du nom du dirigeant de la centrale
syndicale de la CDT. Cette tendance est labellisée comme étant la
gauche du parti, sa mouvance radicale critiquant fermement les
orientations et les compromis de la direction. Et puis il y a la
tendance « lyazghiste », de Mohamed El Yazghi, numéro 2
du parti, homme d'appareil et partisan d'une démarche plus
progressiste
et soutenant la dynamique d'intégration de
l'USFP.136
Le congrès s'achève sans véritable
règlement des conflits d'intérêts. Noubir Amaoui devient
membre du Bureau Politique, aux cotes d' A. Bouabid et de M. El Yazghi.
Cette absence de solution paralyse les instances dirigeantes du
parti à la veille d'une décennie riche d'enjeux politiques.
2 : Les partis alliés à l'USFP
:
Les nombreuses critiques portées par le PPS pendant les
années 80 sont les sources de ses ennuis.
La naissance de l'OADP de sa part est une des figures des
contradictions des
années quatre-vingts.
136 BIGI.C, l'USFP et la participation
gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports
politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 34
75
a) le PPS :
Le 4ème congrès du PPS est
organisé entre le 17 et 19 juillet 1987 à Casablanca dans
un contexte économique et politique national critique
dû à l'application du programme d'ajustement structurel ainsi
qu'aux répressions des libertés publiques et des droits
démocratiques.
Ainsi ce congrès est organisé dans un climat tendu
entre le parti et les autorités publiques qui trouve son origine surtout
dans la position du parti du programme d'ajustement structurel.
le 4ème congrès était aussi une
occasion pour le PPS pour critiquer les choix
officiels dans les domaines économiques et sociaux.
Sur le plan politique, le PPS a accusé l'appareil
administratif de jouer un rôle déterminant dans la création
et la manipulation de la carte politique en créant de nouveaux partis en
référence au RNI, au PND et à l'UC.137
Sur la même onde, le PPS s'est autocritiqué et a
critiqué les forces d'alternance
démocratique pour leur déficit d'organisation pour
faire face aux partis administratifs.138
Le 4ème congrès du PPS est
clôturé par la reconduction de M. Ali Yata à la tête
du parti pour la 4ème fois.
b) OADP :
En 1970, un groupe d'étudiants affiliés à
l'UNFP et d'autres indépendants, ayant en commun le
marxisme-léninisme comme idéologie et la révolution comme
objectif, ont crée
le mouvement clandestin du 23 Mars (en référence
aux émeutes du 23 mars 1965).
Le mouvement va subir une oppression intense qui obligera le
mouvement depuis
1972 à réviser ces opinions sur nombreuses
questions nationales et politiques.
Le mouvement va même publié un journal arabophone
depuis 1979 nommé :Anwal
Le parcours légal du mouvement débute en Mai 1983
lorsqu'une partie de cette extrême gauche tente d'émerger sur la
scène politique officielle.
Les héritiers du mouvement de 23 Mars créent
l'ORGANISATION D'ACTION DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE autour de la figure du vieux
résistant de l'AML
137 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 245
138 Idem, p : 251
76
M. Mohammed Bensaîd.
Sous le slogan de « la défense de l'unité du
pays et des droits de citoyenneté », le
1er congrès de l'organisation se déroule
entre le 27 et 29 décembre 1985 à Casablanca pour principal enjeu
: Convaincre les masses populaires de la raison de son intégration au
jeu politique.
En proposant un « programme de réformes urgentes
»139 dans les domaines
politiques, économiques et sociales, l'OADP justifie ainsi
sa raison d'être dans la carte politique nationale.
Les travaux du premier congrès de l'organisation sont
clôturés par l'élection d'un comité central se
composant de 55 nombres, cette dernière a élu un
secrétariat national de 9 membres.
L'OADP a participé aux élections
législatives de 1984 mais n'a obtenu qu'un siège
pour son secrétaire général : Mohammed
Bensaîd.
Les cinq premières années de création de
l'OADP a connu beaucoup de contradictions qui vont apparaître nettement
lors de son deuxième congrès avec
l'apparition de deux courant contradictoires au sein du parti ;
le premier qui se positionne dans la continuité de la politique du parti
appliquée depuis sa naissance en 1983, dans l'unanimité nationale
et les réformes démocratiques. Le deuxième courant opte
pour une rupture avec l'ancienne politique et une activation d'un militantisme
avancé.
Ainsi le 2ème congrès de l'OADP
concrétise le début d'une crise que ses
conséquences vont être retardé pour la
décennie suivante.
139 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 253
77
SECTION 3 : la régularisation du champ politique et
la marche
vers l'alternance (1991-1999)
Entre 1991 et 1999, le champ partisan marocain a connu une
série d'essais de
régularisation en cohérence avec les changements
nationaux et internationaux et préparant
à une opération « historique » :
l'alternance.
SOUS-SECTION 1 : Les coalisions
La régularisation du champ politique se concrétise
dans la création de coalitions en
but de la réalisation d'objectifs communs.
La Koutla et le Wifaq sont les deux cadres qui vont animer la
scène politique des années
90.
1 : La Koutla démocratique et la marche vers
l'alternance
En 1992, le Palais annonce une révision de la
constitution, révision qui fait figure
de nouveau pacte institutionnel et qui est donc censée
changer la donne politique. Le Roi
ne prépare donc pas seul le nouveau projet
constitutionnel, il consulte les différentes forces politiques. Les
partis dits de l'opposition : Istiqlal, USFP, PPS, OADP et UNFP se
regroupent dans le but que leur avis pèse plus lourd dans
l'orientation des réformes. Ils se constituent en front
démocratique, la Koutla, qui rappelle la brève tentative d'union
politique de l'UNFP et de l'Istiqlal au début des années 70.
Ils adressent au souverain des mémorandums dans lesquels
ils revendiquent
notamment une clarification des compétences respectives
des deux institutions exécutives. Le gouvernement aurait ainsi la
possibilité de définir et de mettre en oeuvre la
politique de la nation. Une autre des principales revendications
est de faire de la Chambre des représentants une institution élue
au suffrage universel dans sa totalité. Hassan II ne
cède sur aucune de ces propositions.
78
Au sein des instances dirigeantes de l'USFP, dont le
charismatique secrétaire
général Abderrahim Bouabid 'est mort au mois de
janvier, un débat a lieu pour savoir si le parti, dans ses conditions,
doit ou non appeler à voter « oui » au
référendum visant à entériner le projet de
réforme. Le nouveau secrétaire général Abderrahmane
Youssoufi
estime qu'il faut poursuivre le processus d'intégration.
Cependant, beaucoup de militants et
de cadres du parti ne sont pas prêts à accepter une
participation sans plus de garanties. L'USFP, ainsi que l'Istiqlal appellent
finalement à boycotter le référendum visant à
entériner le projet de réforme mais ne renoncent
pas à poursuivre leur engagement à
participer au processus qui doit conduire à
l'avènement d'un fonctionnement plus démocratique des
institutions.140 Le pouvoir a en effet promis des consultations
électorales honnêtes et transparentes. Une commission de suivi des
élections, dans laquelle tous les
partis politiques sont représentés, a d'ailleurs
été mise en place. La monarchie, ainsi que toutes les formations
politiques s'emploient à « accréditer l'idée d'une
véritable alternance »141.
En dépit de leurs déceptions vis-à-vis de la
réforme constitutionnelle, la Koutla a
poursuie sa logique de participation. Les scrutins communaux et
législatifs de 1992 et 93 sont entachés de nombreuses
irrégularités, fraudes et commerce de voix. Les élections
législatives se soldent par une victoire relative des partis de la
Koutla, victoire qui leur est retirée à l'issue de
l'élection indirecte du « tiers socioprofessionnel ».
L'Istiqlal et l'USFP,
qui ont présenté des candidatures communes, ont
obtenu 91 sièges sur 222 aux élections
directes soit la moitié de plus qu'en 1984. Ce premier
scrutin laisse entrevoir la possibilité
de former un gouvernement majoritaire avec les sièges du
Rassemblement National Indépendant, (RNI), qui se positionne au
centre-gauche et qui se définit comme « social- démocrate
». Cependant, au deuxième scrutin indirect, les partis de
l'administration UC, MNP et PND remportent assez de sièges pour
être majoritaires. En dépit d'importantes falsifications pour un
scrutin annoncé conforme aux règles de la démocratie,
Hassan II propose aux partis de la Koutla de participer à un
gouvernement.
Ces derniers refusent au nom de leur attachement à deux
exigences politiques majeures. Pour eux, si alternance il y a, elle devra
être « majoritaire », c'est-à-dire que la Koutla
conditionne son accès au gouvernement à l'élection d'une
majorité parlementaire
issue d'un scrutin honnête et transparent. D'autre part,
l'opposition refuse de participer à un
140 BIGI.C, l'USFP et la participation
gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports
politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 35
141Idem, p : 36
79
gouvernement où des champs primordiaux du pouvoir
échapperaient au premier ministre, elle demande la fin des ministres
dits de « souveraineté » et le départ de Driss Basri,
au poste de Ministre de l'intérieur depuis presque vingt ans. Le
processus d'alternance
avorte.142
En 1995, après une tentative infructueuse en cours de
législature, le roi relance le processus d'alternance en
annonçant une réforme constitutionnelle. Là encore, la
perspective d'une révision permet aux partis politiques de penser en
terme de nouveau
contrat, de bases renégociées et de dialogue
renoué. Le contexte de 1995 n'est pas le même qu'en 92. Le pays
est notoirement en crise. Le rapport de la Banque mondiale de 1995 sur «
L'état du Maroc» appelle à de profondes et sérieuses
réformes. Les circonstances sont propices au retour de l'USFP sur la
scène politique dans une dynamique de participation.
Au mois de mars 1996, Hassan II présente son projet de
réforme constitutionnelle
visant à établir un parlement bicaméral. La
chambre basse serait élue au suffrage universel direct. La seconde
chambre, élue au suffrage indirect représenterait les
collectivités locales
et les intérêts socioprofessionnels.
Les partis de la Koutla adressent au souverain un
mémorandum qui, tout en renouvelant l'allégeance faite au roi,
plaide pour l'institution d'un pouvoir judiciaire indépendant, d'une
double responsabilité du gouvernement : devant le roi et devant la
chambre des représentants, qui selon eux devrait avoir des
prérogatives plus étendues que
la chambre haute du fait de sa plus grande
légitimité populaire. Le texte final retenu par le
roi ne fait que peu de cas du mémorandum de l'opposition.
Il confirme les prérogatives essentielles de la monarchie et lui assure
une tutelle sur le législatif, l'exécutif et le
judiciaire.143
Si les députés de la Chambre des
représentants sont dans leur totalité élus au
suffrage universel, la seconde Chambre du parlement dispose du
pouvoir d'adresser une motion de censure au gouvernement.
Le souverain dit le pays « au bord de la crise
cardiaque144» donc il tient à réaliser
un gouvernement d'union nationale, un gouvernement d'alternance
afin d'assurer en douceur l'imminente succession monarchique. Pour cela, il
doit arriver à négocier un
consensus encore plus large que celui qu'il a obtenu et
renforcé depuis la Marche Verte en
1975. La participation gouvernementale des partis de l'opposition
doit être une
142 BIGI.C, l'USFP et la participation
gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports
politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 38
143 Idem, p : 38
144 Lors de son discours de présentation du
bilan de la banque mondiale.
80
participation contrôlée par un consensus sur la
forme du régime et sur l'état du rapport de force entre
autorité monarchique et gouvernement. Cet objectif est servi par les
rivalités partisanes.
Chacun des deux frères ennemis de la Koutla, Istiqlal et
USFP, ambitionne d'être le parti leader de l'alternance. Ils savent que
s'ils refusent maintenant de soutenir le nouveau contrat institutionnel, ils
seront exclus de la prochaine participation gouvernementale. C'est pourquoi,
pour la première fois depuis l'indépendance, tous les partis
politiques de la scène dite « officielle» (sauf l'OADP)
appellent à voter «oui» au référendum du mois
de
septembre destiné à entériner la
réforme constitutionnelle.
En votant à l'unanimité pour le 'oui' lors du
référendum constitutionnel de 1996, l'opposition a accepté
de façon indirecte le principe de l'intangibilité de l'esprit
'autocratique' de la Constitution145.
En février 1997, les partis et le pouvoir s'engagent
à respecter un «code de déontologie» dans leur
pratiques électorales. Que ce soit lors des consultations communales de
juin ou des législatives de novembre, ce code est sérieusement
malmené par l'ensemble des parties.
Au sein de la Koutla, ces élections ont pour enjeu
principal le leadership du futur gouvernement d'alternance. Il n'est plus
question de candidatures communes. L'Istiqlal arrive en tête du scrutin
communal alors que l'USFP est cinquième. Le parti de
l'indépendance se met alors à revendiquer avec peut être un
peu trop d'assurance la
primature du prochain gouvernement.146
La campagne pour les législatives est plus une course
à la cooptation qu'à la représentation. Istiqlal et USFP
n'hésitent pas à bafouer leurs engagements
déontologiques
de février, ce qui ravive les violentes divergences
internes de ces partis.
Les résultats ne permettent pas aux partis de la Koutla
de constituer une coalition majoritaire dans la très probable
éventualité d'un appel du roi à former un gouvernement. La
cooptation se fait au prix de profonds bouleversements en terme de
représentation.
Le 4 février 1998, le souverain Hassan II appelle
Abderrahmane Youssoufi au poste de premier ministre.
Il faut tout d'abord être bien conscient que ce ne sont pas
les législatives qui ont commandé l'avènement de
l'alternance. Elles ne représentent tout au plus qu'une étape,
145 BIGI.C,l'USFP et la participation
gouvernementale au Maroc :une « hammoudisation » des rapports
politiques ?. Mémoire DEA, Aix Marseille. P : 40
146Idem, p : 40
81
presque symbolique, dans sa mise en place. L'alternance est en
effet beaucoup plus certainement le fruit d'un accord, d'un «pacte»
a-t-on beaucoup dit dans la presse, négocié
en amont entre Hassan II et Youssoufi.147
Le résultat des législatives n'a fait que
compliquer la démarche participative de l'USFP, qui, engagée dans
une logique de consensus renforcé depuis la réforme
constitutionnelle de 96, en arrive à céder sur des conditions
qu'elle continuait à considérer jusque là comme non
négociables : une alternance portée par une majorité
parlementaire et
le retrait de Driss Basri du ministère de
l'Intérieur.
La configuration de la chambre des représentants ne permet
pas, en effet, de constituer une «coalition Koutla» majoritaire.
Youssoufi accepte ensuite de présider un gouvernement où
l'omnipotent Driss Basri est maintenu au ministère de
l'Intérieur.
A l'issue de près d'un mois et demi de
négociations, le gouvernement s'avère
pléthorique, 35 ministres et secrétaires d'Etat.
Il faut dire que la coalition avec laquelle Youssoufi doit composer est pour le
moins éclatée. Sept partis s'y trouvent rassemblés. Outre
les partis membres de la Koutla : USFP, Istiqlal et PPS, y figurent des
partis
«d'administration» : RNI, MNP, FFD et PSD, dont
l'affiliation idéologique avec la Koutla est loin d'être
évidente. Les Affaires Etrangères, l'Intérieur, la
Justice, les Habbous et le Ministère d'Etat de Moulay Ahmed Alaoui sont
imposés par la monarchie. L'USFP hérite
de quatorze ministères, soit deux fois plus que l'Istiqlal
ou le RNI.
Dans cette expérience de l'alternance, Youssoufi n'est pas
un Premier ministre comme les autres au Maroc. Il est un Premier ministre dont
tout le monde connait le nom. C'est la première fois que, dans la
presse, on parle autant d'un Premier ministre. Sa
notoriété concurrence celle de Basri. Son capital
moral le place au dessus de tous soupçons.
Il semble que le gouvernement de Youssoufi ai contribué
à un changement institutionnel qui reste très largement
symbolique. Dans la réalité des rapports entre ces derniers et
« l'arsenal bureaucratique» de l'Intérieur, il apparaît
que le gouvernement d'alternance a beaucoup de mal à gouverner
réellement.148 Au delà d'un jeu institutionnel entre
les ministres et le Parlement, il s'avère que les ministres de
l'ancienne opposition ont très peu de marge de manoeuvre et beaucoup de
mal à faire appliquer leurs décisions.
147BIGI.C, l'USFP et la participation
gouvernementale au Maroc : une « hammoudisation » des rapports
politiques ? Mémoire DEA en Droit Public, Aix Marseille .p : 41
148 Idem, p : 90
82
En parallèle avec cette Koutla, un groupement ne tardera
pas à se constituer, ce n'est autre que le fameux Wifaq.
2 : Le wifaq national
Il est tout à fait clair que la création du Wifaq
en 25 mai 1993 après une semaine de
la création de la Koutla n'a d'autres objectifs si ce
n'est de faire un contre poids à ce
nouveau bloc démocratique. Mais ce « réflexe
politique » n'avait qu'un rôle timide dans la régularisation
du champ politique marocain.
Lors de la réunion constituante de ce Wifaq,le parti de
l'union constitutionnelle,le mouvement populaire et le parti national
démocrate ont publié une déclaration commune comprenant
une base de concertation entre ces trois partis.
En effet cette déclaration a essayé de justifier la
raison d'être de ce Wifaq dans la coordination visant à
réaliser des bons résultats lors des prochaines
législatives tout en préservant l'identité de chacun de
ces partis.149
Cette déclaration a tracé, pour la même
occasion, les objectifs communs de cette union qui reste très ordinaire,
manque d'innovation (lutte contre le chômage, donner plus
d'intérêt aux jeunes et aux femmes....) et manque de
précision (instauration d'un barrage politique face aux
idéologies qui ont prouver leur échecs à résoudre
les problèmes sociopolitiques des peuples...).
Le Wifaq national est parue dès sa création comme
un simple cadre formel qui n'a pu cacher les multiples différends entre
les forces constituantes de cette union et leur concurrence quant à la
direction de ce Wifaq.
Le rôle principal du Wifaq était toujours
d'approuver les choix officiels des différents gouvernements auxquels il
a participé.
Lorsque la Koutla a proposé au Roi de faire des
réformes constitutionnelles, le
Wifaq a considéré cette action comme un acharnement
sur les attributions de l'institution royale.
Dans le même sens, le Wifaq a approuvé les
résultats des élections du 14 novembre
1997 malgré les flagrantes falsifications qu'ont connu ces
dernières.
Après la constitution du gouvernement d'alternance le 14
mars1998,les partis du
Wifaq sont basculé vers l'opposition parlementaire mais
leurs oppositions n'était guère à
149 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 276
83
destination des « choix officiels » mais seulement pour
contrarier les propositions de la
Koutla.
On peut avancer que le Wifaq n'a pas pu jouer pleinement son
rôle d'opposition parce que ces partis se sont habitués aux
fonctions d'approbations ce qui ne les a pas permis de développer une
vision d'opposition claire.
Pour le Wifaq, sa faiblesse en opposition est due à la
faiblesse de la prestation du
nouveau gouvernement d'alternance.
SOUS-SECTION 2 : Le centre et les partis à
portées idéologiques
Après les coalitions et la naissance des deux blocs,la
Koutla et le Wifaq,la carte
politique marocaine assistera naissance d'un centre politique
pour donner une configuration optimale et plus équilibré au champ
politique.
Mais ce champ assistera aussi la constitution de nouveaux partis
avec des charges
idéologiques intenses et qui marginalisent
l'intérêt de se positionner dans les nouveaux blocs
de la carte politique marocaine.
1) le centre
Lors de son discours du 10 octobre 1996, feu Hassan II a
incité sur la nécessité de
création d'un centre politique.
Ainsi les années 90, assisteront la naissance d'un centre
gauche et d'un centre droit.
A): Le centre droit :
Le centre s'est constitué du Rassemblements National des
Indépendants, du Mouvement National Populaire et de l'Union du centre
démocratique et social constitué à son tour du Mouvement
Démocratique et Social et du parti de l'Action.
Avec l'apparition de partis de centre gauche à partir de
1996, les partis dits du centre deviendra automatiquement dorénavant des
partis de centre droit.
a) Le RNI
Lors des élections législatives du 25 juin 1993, le
RNI n'a pu obtenir que 34 sièges,
résultat dévoilant la crise interne des composants
du parti, entre ceux qui optent pour un rapprochement du bloc
démocratique et ceux qui préfèrent le soutien du Wifaq
national.
84
Apres le discours royal incitant sur la création du
centre,le RNI va se trouver automatiquement comme leader de ce nouveau bloc et
c'est en cette qualité qu'il va participé aux élections
communales du 13 juin 1997.
En octobre, le RNI va présenter un projet social où
il essai de déterminer son
identité politique en accentuant sur sa volonté de
représenter le centre démocrate social et de renforcer les
institutions démocratiques du pays.
Ainsi le RNI « se positionne entre les idéologies qui
sont pour l'intervention de l'état dans tous les secteurs et les
courants libéraux cherchant ainsi l'installation d'un
équilibre entre le secteur public et le secteur
privé, entre la ville et le monde rural, entre le libéralisme et
le socialisme, entre l'industrie et l'agriculture, entre l'industrie moderne et
l'industrie traditionnelle, entre l'individu et la société
»150.
Ainsi le RNI participe aux élections législatives
du 14 novembre 1997 et obtient 46
sièges et 42 sièges aux élections concernant
la chambre des représentants.
Ces résultats ont permis au RNI de participer au
gouvernement d'alternance du 14 mars
1998 dirigé par Abderahman Youssfi profitant de 6
portefeuilles ministériels.
b) Le MNP
Depuis l'expulsion de Mahjoubi Ahardane du Mouvement Populaire en
octobre
1986, ce dernier a toujours cherché à reprendre
contact avec le pouvoir dans le but de constituer un nouveau parti
politique.
En Mai 1990, feu Hassan II nomme Ahardane comme
représentant des résistants au conseil consultatif des droits de
l'homme (CCDH).
Cette nomination a été perçue comme une
lettre de « réconciliation » permettant à
Ahardane de reprendre son activité politique.
Ainsi, entre le 17 et 18 juin 1991, le mouvement national
populaire organise son congrès constitutif à Marrakech et
désigne Mahjoubi Ahardane comme secrétaire
général
du Parti.
Le MNP a participé aux élections
législatives du 25 juin 93 et a obtenu 25 sièges ce qui lui avait
permis de constituer un groupe parlementaire (groupe du mouvement
national).
150 Le RNI : Le projet rassembliste
(machrouâ ta jamouî), Octobre1997), p : 7
85
Le MNP a aussi participé aux élections
législatives du 14 novembre 1997 et a obtenu 19 sièges, ainsi que
15 sièges au terme des législatives concernant la chambre des
représentants de décembre de la même année.
Se positionnant dans la majorité parlementaire, le
Mouvement National Populaire a participé au gouvernement d'alternance de
1998 avec 3 portefeuilles ministériels.
c) L'union du centre démocratique et social
:
En 1998, deux formations politiques se sont réunies dans
un cadre coordinateur,
profitant de leur appartenance au courant centriste.
Mais ce cadre de coordination constitué par le mouvement
démocratique social et le parti de l'action n'a pas connu un grand
succès.
C1) Le MDS
Le scénario de la dictature d'Ahardane au sein du MP (et
qui été à l'origine de son
expulsion du parti au 1986) va se reproduire au sein du MNP pour
donner cette fois naissance à un nouveau parti : le MDS.
Effectivement, le 17 octobre 1995,17 scissionnistes de ce parti
créent un nouveau groupe parlementaire sous le nom du « Mouvement
national démocratique ».
Ce groupe parlementaire était l'embryon d'un nouveau parti
qui fera naissance en 29 Mai
1996 sous le nom du « Mouvement National Démocratique
et Social » et qui changera de nom le 20 octobre 1996 après un
congrès extraordinaire pour devenir le « Mouvement
démocratique et social ».
Le MDS a participé aux élections
législatives de la première chambre du 14 novembre 1997 et a
obtenu 32 sièges, ensuite lors des élections de la chambre des
représentants le MDS a obtenu 33 sièges.
Perdant l'espoir de siéger au gouvernement d'alternance,
Mahmoud Archane a déclaré lors du congrès extraordinaire
de l'union constitutionnel du 10 Mai 1998 que son parti rejoint
l'opposition.151
151 DARIF MOHAMED, alahza b assiyassiya
almaghribiya, Casablaca, 1ère édition, 2001, p : 309
86
C2) le Parti de l'Action :
Après la mort de Abdellah Senhaji, fondateur du PA en
1986, le parti a presque
gelé ses activités.
Entre le 22 et 23 juin 1996, le PA a organisé son
3ème congrès national qui a désigné
Najam Aba Akil comme président du parti et a offert
à ce dernier des pouvoirs absolus. Le 31 Mars 1998, Mohammed Idrissi
(nouveau secrétaire général du PA depuis
janvier 1998) signe un accord avec Mohammed Archane
secrétaire général du MDS pour
la création d'un cadre de coordination entre les deux
partis : l'union du centre démocrate social.
Cette union a tenté de joindre le PDI mais c'est ce qui
n'a pu aboutir à cause de la nature des équilibres au sein de ce
parti.
B : Le centre gauche :
La constitution du PSD et du FFD marque la naissance d'un nouveau
centre
gauche, partageant ainsi le centre politique marocain en deux
blocs : un centre droit et un centre gauche.
a) Le PSD
En 1996, c'est au tour de l'OADP de connaître le goût
de la scission.
En effet, le 5 et 6 Octobre 1996 à Salé, des
scissionnistes de l'OADP organisent le conseil des cadres du nouveau parti, qui
a approuvé les feuilles d'orientation politique et organisationnelle, a
donné le nom du « Parti Socialiste Démocrate » au
nouveau parti et a
élu un bureau politique composé de 10 membres dont
Aicha Ouadighi comme secrétaire général.
Le PSD a participé aux élections
législatives du 14 Novembre 1997 et a obtenu 5
sièges dans la première chambre du parlement.
Le parti de Ouadighi a participé du fait au gouvernement
d'alternance du 14 Mars 1998
avec un seul portefeuille ministériel.
87
b) Le FFD
Depuis 1943, Ali Yata était l'image du leader absolu du
communisme puis du
socialisme du Maroc. Ali Yata n'a pu tenir à sa promesse
de céder le fauteuil du
Secrétaire général du PPS après le
5ème congrès de juillet 1995.
Cette promesse non tenue a fait surgir une confrontation interne
dans le parti entre le
courant de « Ismaïl Alaoui » et celui de «
Thami Khiyari » qui décidera en juillet 1997 de constituer le
FFD.
Pour les fondateurs de ce parti, « les conditions de la
constitution du FFD ont été réunie au terme de la
volonté exprimée par une élite d'acteurs politique de
différentes régions du pays et de divers milieux sociaux,tous
animés par le désir de contribuer au projet de
démocratisation de l'état et de la société , et de
développer la réflexion sur la
situation générale du pays,en s'appuyant sur les
données relatives à sa dynamique et tirer
les enseignements du cours de la vie politique nationale.
»152
Pour les adeptes de ce parti, « la constitution d'un parti
politique entreprenant et influent, est tributaire de l'adoption d'un discours
politique nouveau, qui s'inspire de l'esprit de l'époque et de ses
exigences, tourné vers l'avenir et rejetant la démagogie et toute
forme d'intolérance ou d'extrémisme et ouvert sur les
idées nouvelles et
moderniste ».153
Le congrès constitutif du FFD a élu un bureau
exécutif composé de 31 membres et
a désigné Thami Khiyari comme secrétaire
national du parti.
Le FFD a participé aux élections du 14 novembre
1997,quatre mois après sa constitution,et
a obtenu 9 sièges dans la première chambre des
représentants bénéficiant ainsi d'un groupe parlementaire
au sein de ce conseil.
Pour le FFD, « la participation au gouvernement d'alternance
quoique limité à deux portefeuille,puis à un seul par la
suite,était liée à des secteurs vitaux du domaine
économique (la pêche maritime) et au secteur social
(santé et solidarité).le FFD a oeuvré,depuis sa position
au sein du gouvernement pour la réussite de l'expérience de
l'alternance dans ses deux dimensions essentielles :la dimension politique
générale dans le
152 Le FFD-Bilan et perspectives (site du FFD,
www.FFD.ma)
153 Idem.
88
cadre du renforcement de l'édifice démocratique et
la consolidation des coutumes démocratiques en matière de gestion
de la chose publique ».154
2-les partis à portées
idéologiques :
Les années 90 ont connu la naissance de trois partis
à portée idéologique intense, le
PADS et le MPD qui se nourrissent des idéologies
contestataires de gauche alors que le
PJD se référence à l'idéologie
islamiste.
a) Le PADS
De 1983 à 1989, l'USFP vivait une tension interne entre
les membres du bureau
politique, tenants de « l'option démocratique »
et ceux de la commission administrative, plus à gauche. Ahmed Benjelloun
qui en faisait partie a fini par claquer la porte.
En effet, lors de la réunion de la commission
administrative du 6 octobre 1991 à
Rabat, l'assemblée a décidé de changer le
nom du parti (l'union socialiste/la commission administrative nationale) pour
devenir : le PARTI DE L'AVANT-GARDE DEMOCRATIQUE ET SOCIALISTE.
D'après son secrétaire général,
«le PADS est la continuité légitime et historique du
mouvement populaire de libération, du mouvement unioniste,
celui de l'UNFP puis de l'USFP ».155
Lors de sa première réunion du 18 juillet 1992, le
PADS a exposé ses positions à propos de divers sujets
politiques.
Le PADS exige « une réforme constitutionnelle
substantielle qui favoriserait
l'émergence d'une assemblée législative
ayant les peins pouvoirs de légiférer et de
contrôler l'action de l'exécutif et un gouvernement
responsable devant les élus de la nation
et ayant la faculté réelle d'élaborer et de
mettre en oeuvre la politique générale de
l'état »156.le PADS demande aussi «
l'adoption de lois garantissant la transparence des élections et une
vraie volonté politique de rompre avec le passé
».157
154 Le FFD-Bilan et perspectives (site du FFD,
www.FFD.ma)
155 Entretien de Ahmed Benjelloun avec Maroc Hebdo
156Idem
157 Idem
89
Partant de cette vision qui se contredit avec le projet royal de
la révision constitutionnelle du 20 août 1992,le PADS appelle les
masses populaires à boycotter le referendum du 4 septembre 1992.
Fidèle à sa politique de boycotte, le PADS a
appelé lors de la réunion du comité central du parti le 19
octobre 1997, à s'abstenir de la participation aux élections
législatives
du 14 novembre 1997 considérant que « les politiques
de consensus existantes ne peut
ouvrir la porte à une alternance démocratique
réelle et ne vise qu'à marginaliser les forces vivantes du pays
».158
b) Le Mouvement Pour la Démocratie :
MPD
Le MPD trouve son origine dans le mouvement clandestin « 23
mars » crée en 1970
par un groupe d'étudiants dissident de l'UNFP
chargés d'une idéologie marxiste léniniste
et qui avait pour enjeu de poser les bases d'une
révolution culturelle.
Fatigué de la rude pourchasse du pourvoir, nombreux
militants de cette organisation optent pour le choix démocratique et
l'intégration du champ partisan.
Le 16 juin 1996, le MPD organise à Al Jadida son
congrès constitutif pour avoir son récépissé de
légalité le 15 octobre 1997, un mois avant les élections
législatives.
Le MPD n'a pas attendu l'acquisition de son
récepissé juridique pour participer aux élections
communales du 13 juin 1997 mais a proposé ses candidats au nom de
l'OADP.
Le MPD a participé aux élections
législatives de 1997 mais n'a pas pu obtenir aucun siège.
Après la nomination de Abderahman Youssfi à la
tête du gouvernement
d'alternance, le MPD a estimé que « l'alternance
réelle ne peut être que celle résultant des urnes
après des élections transparentes ».159
c) Le PJD
Le PJD trouve son origine dans le MPDC fondé par Docteur
Khattib en 1967 après
sa scission du MP a cause d'un conflit avec Ahardane sur la
position du parti de l'Etat d'exception annoncé en 1965.
Le MPDC a participé aux élections
législatives du 14 novembre 1997 et n'a pu former un groupe
parlementaire après avoir obtenu 9 sièges.
158 Entretien de Ahmed Benjelloun avec Maroc Hebdo
159 Déclaration du conseil national du MPD
(22/02/1998)
90
Lors de la constitution du gouvernement d'alternance,Abderahmane
Youssfi a proposé un portefeuille ministériel au MPDC mais ce
dernier refuse l'offre préférant d'établir un
« soutien critique » sur le nouveau gouvernement.
Apres l'exil de Motiî fondateur du mouvement de la jeunesse
islamique marocaine
« MJIM », des anciens révolutionnaires comme
Abdelilah Benkirane créent le
« mouvement Attawhid Wa Islah.
Ce mouvement va rejoindre le MPDC en 1998 et devenir la matrice
spirituelle du parti. Lors des travaux du conseil national du 3 et 4 octobre
1998, le parti décide de
changer de nom pour devenir le PJD.
Se considérant comme « la continuité
organique du MPDC »160,le PJD est « un parti politique
national oeuvrant ,à partir du référentiel islamique et
dans le cadre de la monarchie constitutionnelle fondée sur la
commanderie des croyants,à contribuer dans l'édification d'un
Maroc Moderne,démocratique,prospère et solidaire
».161
160Charte constitutive du PJD disposition I
161 La mission du parti (www.PJD.ma)
91
CHAPITRE III : DE L'OUVERTURE A LA
POLARISATION 1999-2006
Le 23 juillet 1999, feu Roi Hassan II est
décédé, les marocains sont saisis par le
deuil et la peur .Mais cette peur cède vite le pas
à l'enthousiasme devant la jeunesse du nouveau Roi .le champ politique
marocain était une parmi des scènes où a manifesté
cet enthousiasme par l'apparition de plusieurs nouveaux partis politiques
depuis 2001 et la réalisation des premières élections
libres et transparentes depuis l'indépendance. (Sect. 1)
Depuis 2002, le champ politique marocain rentre dans une crise
marquée entre
autres, par la déconnexion des partis de la
réalité politique et la perte de vitesse des grands partis
traditionnels.
Ainsi la réforme de la scène politique marocaine
devint une nécessité majeure. En octobre 2005, une nouvelle loi
sur les partis politiques162 a été le premier pas qui
sera accompagné par une série de coalitions et d'unifications
entre les partis qui s'inscrivent
dans la volonté de recomposer ce paysage politique.
Les prochaines élections de 2007 seront sans doute un
examen pour tous les acteurs politiques ; le pouvoir qui veut voir ses
réformes de la loi sur les partis et le mode de
scrutin163 aboutir à des majorités
cohérentes et stables et les partis politiques qui veulent
montrer leur aptitude d'adhérer et de réussir ces
grandes réformes sachant que les résultats
de ces élections seront déterminante quant à
leur avenir politique voir même à leur existence. (Sect. 2)
162 Voir annexe
163 Le mode de scrutin des élections de 2007
n'est pas encore déclaré au moment de la réalisation de ce
mémoire.
92
SECTION I : Les partis politiques et la nouvelle ère
(1999-2002)
Par une série de gestes politiques symboliques comme la
création d'une
commission royale d'indemnisation des anciens prisonniers
politiques en août 1999 ou la permission du retour d'exil d'A.Serfaty ou
encore la révocation de D.Basri de l'intérieur, le Roi Mohammed
VI a donné une concrétisation aux slogans de la nouvelle
ère.
L'ouverture politique inauguré par le monarque a ouvert
l'appétit de l'action politique ; entre 2001 et 2002 et à la
veille des premières élections de la nouvelle ère, pas
moins de 14 nouveaux partis politiques ont vu le jour, une vraie
hémorragie (1) qui aura
des conséquences néfastes sur les élections
de 2002 (2).
1 : L'hémorragie partisane (2001-2002)
Il est vrai que depuis l'alternance, la cadence de la
création des partis s'est beaucoup
accélérée. Rien qu'en 2002, nous avons
assisté à l'apparition de 11 nouveaux partis. Toutefois, «
il ne faut pas voir cela comme une balkanisation ou un affaiblissement du champ
politique», explique Mohamed Darif avant d'ajouter que « le Maroc vit
une dynamique politique qui se matérialise par une volonté de
nouvelles élites à accéder à un champ
jusque-là totalement verrouillé par les anciennes
générations » 164.
Mais ne risque-t-on pas d'assister à la multiplication de
«petites officines» sans réel
impact sur les électeurs et qui risquent de brouiller
encore plus les identités politiques ? Si l'on se réfère
aux résultats des élections 2002, la réponse est
plutôt oui.
En effet, la plupart des partis créés lors de
cette période se sont révélés souvent de simples "
déclarations d'intention ", incapables de mobiliser les
électeurs et de présenter des programmes clairs et
rénovateurs.
Ainsi, nous nous contenterons d'une présentation
brève de la plupart de ces partis.
164 La «hizbomania» s'empare du champ
politique national, www.yabiladi.com
93
a) Annahj addimocrati : la voie
démocratique
La voie démocratique a été fondée en
1995 comme courant politique militant dans
la légalité, elle constitue la continuation
politique et idéologique du Mouvement Marxiste- léniniste
Marocain (MMLM), et en particulier de l'organisation Ila al Amam, qui militait
dans la clandestinité.165
La voie démocratique considère que son
rôle est de participer à l'essor de l'organisation de toutes les
masses opprimées, et à leur tête la classe ouvrière,
et à l'épanouissement des initiatives militantes et autonomes de
la société civile.166
La 7ème rencontre nationale tenue les 4 et 5
décembre 1999 à Casablanca a constitué
un point d'inflexion décisif dans la marche militante et
combative de la voie démocratique
en annonçant l'entrée dans la phase de demande de
la reconnaissance par les autorités
(dépôt du dossier de constitution juridique
auprès des autorités).167
Pour la voie démocratique, « la voie d'accès
au véritable changement passe par la mise en place d'une constitution
démocratique (...) se basant sur une séparation des pouvoirs et
incarnant la volonté politique en tant que source de tout pouvoir
».168
La voie démocratique ne sera reconnue par les
autorités qu'en 2001.
Annahj a appelé au boycotte des élections de 2002
car pour ce parti « la participation aux élections ne signifie
qu'appui à un processus tracé par le pouvoir
makhzénien,avec la complicité des forces
impérialistes,avec pour objectif principal la reproduction du statu quo
».169
Le PADS qui forme avec Annahj l'extrême gauche marocaine a
aussi appelé à
boycotter ces élections. .
b) Parti de la Gauche Socialiste Unifiée :
GSU
Le «rêve» de l'unité de la gauche radicale
est, finalement, une réalité. Au terme
d'un congrès constitutif, organisé les 13,14 et 15
juillet à Casablanca, quatre composantes
de l'extrême gauche marocaine, L'Organisation de l'Action
démocratique et populaire
165 Site d'Annahj :
www.annahjaddimocrati.org
166 Idem
167 Idem
168 Ibid
169 Ibid
94
(OADP), le mouvement des Démocrates indépendants
(MDI) crée en 2000 qui vient d'une variante du mouvement estudiantin
AlQuaidiyyine (basistes)170 , le Mouvement pour la
démocratie et Potentialités de Gauche ont fondu en une seule
structure partisane. Baptisée
la Gauche socialiste unifiée (GSU), la nouvelle formation
politique, fruit d'un long processus unitaire engagé depuis deux ans,
semble avoir un projet politique clair. La
«déclaration politique», rendue publique
à l'issue du congrès, met en effet, l'accent sur
deux idées centrales : l'urgence de la réforme
constitutionnelle et le primat de la question sociale.
La direction de la GSU est collégiale, l'ancien chef de
l'OADP, Mohammed
Bensaïd, n'occupera que le poste honorifique de
président.
La création de la GSU constitue, en elle-même, un
pas en avant vers la constitution du
«grand pôle démocratique» au Maroc dont la
GSU veut être à la fois la colonne vertébrale
et le fer de lance.
c) Le Congrès National Ittihadi :
CNI
En 2001, et après une série d'hésitation,
les syndicalistes du CDT militant au sein
de l'USFP décident de quitter exprimant leurs refus des
politiques du parti au sein du gouvernement d'alternance ainsi qu'au plan
interne du parti.
Ainsi et partant d'une idéologie syndicalo-populiste le
CNI a tenu son congrès constitutif et a élu Abdelmjid Bouzoubaa
comme secrétaire général.
Mais cette formation n'aurait jamais pu aboutir sans l'engagement
du fameux syndicaliste Noubir Amaoui sur qui dit Bouzoubaa : « Je ne vais
pas nier que mon camarade
et frère Amaoui est le père spirituel et la
référence politique et éthique de notre parti. Je ne
nierai pas, non plus, qu'il a eu un rôle majeur dans mon élection
au poste de secrétaire général du CNI dont je le remercie
infiniment ». 171
d) Forces Citoyennes : FC
Le 10 novembre 2001, l'ex président de la CGEM Abderahim
Lahjouji et un
nombre de ces compagnons de « patronat » constituent le
parti des forces citoyennes.
170 La foire des sigles. Maroc
hebdo international n°407-du 25 février au 02 mars 2000
171 RIDOUANE.K, Congrès national ittihadi :
Noubir Amaoui reprend du service , LE MATIN, 30 mars 2006
95
Pour Lahjouji, son parti répond au besoin de combler un
certain vide politique et de dépasser aussi le discrédit qui
frappe les structures partisanes au Maroc. Ce parti ajoute Lahjouji compte
intéresser les jeunes compétences à la chose politique par
une implication effective et sérieuse dans les problèmes du pays
en abandonnant les discours
démagogiques et les slogans creux.172
e) Parti d'Alliance Des Libertés :
ADL
La formation politique de Ali Belhaj et ses amis,
«l'Alliance des libertés», a vu le
jour le 16 mars 2002 à Casablanca. Ses fondateurs comptent
faire la politique autrement. L'ADL ambitionne d'insuffler «un nouveau
souffle à l'action politique, pour faire en sorte que la jeunesse de ce
pays s'engage pour un véritable projet de
société».173
Belhaj croit nécessaire et possible de constituer au Maroc
un grand centre-droit dont l'ADL ambitionne d'être la locomotive. Un peu
contre le libéralisme intégral mais surtout contre la
déliquescence de la gauche. «Notre grand défi c'est
d'être en partie les acteurs qui consolideraient les institutions qui
sont les fondements de toute véritable démocratie».174
f) Parti Marocain Libéral : PML
Après sa démission du gouvernement Mohamed Ziane
jusque là militant de l'UC, a
commencé par sortir un journal libéral .en 1997 et
en rupture de banc avec son parti initial
Ziane s'est présenté aux élections sous les
couleurs du PA.
En 2002, Ziane constitue le PML car pour cet homme « le
Maroc a besoin du libéralisme. Il n'existe pas au Maroc d'esprit
libéral, rien au Maroc n'est libéral ».
g) Parti libéral réformateur :
PLR
Alouah M crée le Parti libéral réformateur
(PLR). Un parti qui, comme son
prédécesseur (PML), s'est illustré par des
communiqués contre tout ce qui ne cadre pas
172 LAHJOUJI, c'est parti. Maroc hebdo
international, n°481
173 El AZIZI.A, Une nouvelle race de
politiques, Maroc hebdo international n°502 -Mars 2002
174 Idem.
96
avec la vision de Alouah. M Le gouvernement de Mer Abderrahmane
Youssoufi en a pris une bonne dose.175
h) Parti de l'environnement et du développement
: PED
L'écologie politique a un nom : Fatima Alaoui. le 29 juin
1992, Fatima devient
l'unique femme marocaine à la tête d'un parti
politique, le Parti National des Verts pour le développement, mais ce
parti n'a pas pu être reconnu par l'état.
En 2002, Alami Ahmed l'ex ministre de santé profite du
vide du créneau pour
constituer le parti de l'environnement et du
développement. Le PED est paradoxalement écologiste et
libéral.
i) Parti des réformes et du
développement : PRD
En 2001, l'ancien membre du cabinet royal et l'ex ministre
Abderahmane El Cohen
claque la porte du RNI pour jouer au « zaîm »,
S'expliquant sur les raisons qui ont présidé
à la naissance de sa formation, le secrétaire
général du PRD a affirmé que le parti vise à
redonner confiance aux citoyens en l'action politique en vue d'une mobilisation
générale
de toutes les énergies afin de réaliser le
décollage économique et garantir un développement global
et durable.176
j) Parti du renouveau et de l'équité :
PRE
Constitué par Chakir Achehbar en 2001 jusque là
militant au sein du mouvement
populaire, ce parti n'a pas tarder à faire
apparaître ses limites.
k) Parti de l'Union démocratique :
UD
Depuis 2002, on ne parle plus de mouvements populaires mais de la
famille du
mouvement populaire puisque la scène politique abritera 7
partis politiques tous nés
175 JOUHARI.N, Jouer avec le feu, Maroc hebdo
international n°593
176 La percée de El Cohen, Maroc hebdo
international, n°496 -Janvier 2002
97
directement ou indirectement du mouvement populaire. L'UD
crée en 2001 par Bouazza
Ikken en fait une illustration.
Les conflits personnels opposant Ikken a Ahardane a poussé
ce premier à procéder
à une scission au sein du groupe parlementaire du MNP
(Mouvement national populaire)
de Mahjoubi où le nouveau rapport de forces qui se
dégage atteste que le groupe Bouazza
Ikken compte 22 députés dans la première
chambre et 24 dans la seconde alors que les
amis de Aherdan ne sont respectivement que 19 et 17. Ikken finit
par prendre ses dauphins avec lui pour créer son parti.
l) Parti du pacte (Al Ahd)
A l'image de ce que a fait Ikken avec le MNP, Najib Ouazzani a
suivi le même
chemin pour créer en 2002 le parti d'Al Ahd après
une scission du mouvement populaire
MP.
m) Parti des Initiatives Citoyennes pour le
Développement : ICD
Dans le même sens,Mohamed Benhamou était
chargé par le MP de diriger la
fondation Lahcen El Youssi,cela a évolué en
ambition partisane d'où la création de l'ICD
en 2002.
n) Parti Albadil Alhadari (Alternative
Civile)
Albadil Alhadari a vu le jour le 22 octobre 1995 comme un
mouvement islamique
opposant qui trouve son origine dans le mouvement national puis
dans le mouvement de la jeunesse islamique marocaine.
Le 14 juillet 2002 le mouvement a organisé à casa
son congrès constitutif pour se
transformer en parti politique. Mais ce parti n'a pu obtenir son
récipissé des autorités et du fait n'a pas
participé aux élections de 2002.
98
2 : les élections de la nouvelle ère
Intervenant pour la première fois sous le règne de
Sa Majesté Mohammed VI, le
premier enjeu des élections législatives du 27
septembre 2002 était celui de les entourer d'un maximum de garantie de
rupture avec le passé. L'intelligence avec laquelle les
services du ministère de l'intérieur ont su
gérer leur affaire conforte l'impression générale
de la volonté des pouvoirs publics à changer
l'ordre des choses.
En respectant l'échéancier qui lui a
été attribuée et en inaugurant des instruments
électoraux novateurs, elle s'est voulue dans sa forme,
comme le souhaitaient les marocains : l'annonce d'une nouvelle phase
politique en totale rupture par rapport au passé. Toutefois,
dans le fond et à travers ses différentes phases de
déroulement, elle a donné lieu à un piteux spectacle
qui, lui, n'augure rien de bon pour l'avenir, exacerbant davantage
l'état ambiant de crise.
a) des logos pour les partis
Les vingt-six partis en lice pour les élections des
membres de la Chambre des
représentants, prévues le 27 septembre, ont choisi,
conformément aux dispositions du mode de scrutin de liste, des logos au
lieu des couleurs, précédemment en usage dans le scrutin
uninominal.
Si certains partis ont conservé les symboles qui les
distinguent depuis des années, d'autres formations politiques ont
opté pour des logos faciles à retenir et qui ne supportent pas
souvent des interprétations qu'on a tenté de leur coller.
Ainsi, les partis "traditionnels" comme le Parti de l'Istiqlal
(1944) et de l'Union Socialiste des Forces Populaires (1975) ont
présenté leurs symboles habituels, respectivement "la balance" et
"la rose", tandis que le Parti Démocratique et de l'Indépendance
(1946) a opté pour "le dromadaire".
Le Rassemblement National des Indépendants (1978) a choisi
"la colombe", l'Union Constitutionnelle (1983) "le cheval" et le Parti National
Démocrate (1981) "la clef".
Dans le camp des partis à sensibilités de gauche,
le Parti du Progrès et du Socialisme (1974) a fait le choix du "livre",
le Parti de la Gauche Socialiste Unifiée (ex- OADP, 1983) des "bougies",
le Parti Socialiste démocratique (1996) de "la main", le Congrès
National Ittihadi (2001) "le voilier" et le Front des Forces
Démocratiques (1997)
"le rameau d'olivier".
D'autres choix à forte symbolique ont été
faits par d'autres partis : le Mouvement
Populaire (1959) a choisi "le poignard", le Mouvement National
Populaire (1991) "l'épi",
le Parti de la Justice et du Développement (1967, ex-MPCD)
"la lampe" et le Parti Al-Ahd
(2002) "l'automobile".
99
Chez les formations politiques à tendance libérale,
"la maison", "le lion" et
"l'horloge" seront les signes distinctifs respectivement du Parti
des Forces Citoyennes
(2001), du Parti Marocain Libéral (2002) et de l'Alliance
des Libertés (2002).
Dans la catégorie des partis à mouvance "citoyenne"
ou "environnementale", la plupart nouvellement créés, les logos
sont les suivants : "la porte" pour Initiatives Citoyennes pour le
Développement (2002), "la silhouette humaine" pour le Parti du
Renouveau et de l'Equité (2002) et "la gazelle" pour le Parti de
l'Environnement et du Développement (2002).
Le Mouvement Démocratique et Social (1996), Le Parti de
la Réforme et du Développement (2001) et l'Union
Démocratique (2001) ont choisi respectivement "le palmier", "le
croissant" et "la théière".
"L'oeil" et "l'abeille" seront les logos respectivement du Parti
de l'Action (1974) et du Parti du Centre Social (1984). 177
b) les résultats des
élections
Les résultats définitifs des législatives,
annoncés le 1er octobre par Driss Jettou
alors ministre de l'Intérieur, avaient placé en
tête quatre familles politiques sur un échiquier parlementaire
composé de vingt-deux formations. Dans l'ordre : les socialistes
du Premier ministre sortant, les conservateurs de l'Istiqlal, les
islamistes du PJD (même
s'il n'a été autorisé à
présenter des candidats que dans la moitié des
circonscriptions,le RNI
et le MP, que l'on disait proches des socialistes, mais
s'étaient rapprochés du pôle conservateur. Un
casse-tête dans la mesure où la coalition la plus large
rassemblait droite
et islamistes, mais où le parti de tête, au sein
duquel se choisit traditionnellement le
Premier ministre, était socialiste. Le débat
s'était, par ailleurs, vite porté sur les modalités
de la participation du PJD au gouvernement. Pour beaucoup il n'y
avait aucun doute : l'USFP socialiste, arrivée en tête, allait
conduire un nouveau gouvernement. Le quotidien L'Economiste avait même
titré en Une, le 1er octobre : «Youssoufi reconduit pour deux
ans». Et si le parti de l'Istiqlal, de l'ancienne coalition
gouvernementale, pouvait prétendre
diriger un gouvernement de droite, son leader, Abbas El Fassi,
ministre de l'Emploi sortant, était empêtré dans une
affaire d'emplois fictifs aux Emirats Arabes Unis, qui a écorné
son image.
Entre un Youssoufi au bilan plutôt moyen, un El Fassi
jugé ambitieux, des
islamistes qui inquiètent et des partis du
«centre» versatiles, il était effectivement difficile
de composer un gouvernement solide. D'autant plus que la
«transhumance» politique d'un parti à l'autre avait
commencé dès le lendemain de l'annonce des résultats
officiels. Le
177 Les partis en lice,
www.map.co.ma
100
RNI, «centriste», serait ainsi passé de 41
sièges à 57. Une pratique dangereuse puisque le parti de
tête n'avait que deux sièges d'avance. Le Roi a donc opté
pour un homme de consensus, «au-dessus» des partis, comme la
Constitution l'y autorise. Driss Jettou est
apparu comme l'homme de la situation. Les dirigeants
économiques lui font confiance, les partis politiques lui reconnaissent
une capacité de travail et une rectitude au service de ses objectifs. On
a salué de façon quasi unanime le scrutin «transparent»
du 27 septembre, orchestré par son ministère.178
La nomination de l'un des proches de Mohamed VI à la
tête du gouvernement
s'inscrit dans la logique de la «nouvelle ère»
que connaît le Maroc. Un mode de gouvernement dans lequel le Roi conserve
toutes ses prérogatives, limitant le champ d'action de la politique
partisane.179
SECTION II : Vers la rationalisation de l'action
(2002-2006)
Certes, la crise partisane au Maroc n'est pas un fait nouveau,
mais depuis 2002
cette crise n'a cessé de s'aggraver. (1)
La nouvelle loi sur les partis politiques a essayé de
mettre le doigt sur les symptômes de la vie partisane et à les
soigner par un ensemble de mesures. (2)
Mais cette législation a elle seule ne peut remplir sa
tache si elle n'est pas accompagnée par une volonté
sincère de la part du pouvoir et des partis à assainir le champ
politique marocain.
Dans ce sens, et depuis l'apparition du projet de la loi sur les
partis, la scène politique marocaine parait de plus en plus
agitées et riches d'événements politiques (ralliements ou
intégrations, coalitions, unifications, constitutions de nouveaux
partis) ce qui rend la tâche
de cerner le phénomène par le chercheur assez
compliquée surtout à la veille des échéances
électorales de 2007.
Néanmoins, on peut parler depuis 2005 d'une volonté
de polarisation à laquelle s'oppose une série de créations
de nouveaux partis (3).
178 BROZ.I, Un Premier ministre en dehors des
partis, www.rfi.fr ,10 octobre 2002
179 Idem.
101
1) La crise du champ partisan marocain
Les élections législatives de 2002 et la
manière avec laquelle s'est constitué le
gouvernement de Jettou a dévoilé au grand jour la
crise des partis politiques marocains. Un des principaux enseignements des
dernières élections demeure
incontestablement celui d'un déplacement sensible des
grands clivages sociaux structurant
les grands choix politiques. L'opposition entre la gauche et la
droite semble ainsi avoir
perdu de sa vigueur, en particulier du fait du déclin
des idéologies. Ce déclin s'exprime par une mutation forte des
mentalités et des modes de vie des couches populaires vers ceux des
classes moyennes : il constitue un indice majeur de la rupture
idéologique avec le passé.
Aux clivages de classes se sont progressivement
substituées de nouvelles oppositions, mettant face à face les
partis islamistes et les partis laïques, les partis nationalistes ou
urbains et les partis amazighs ou du terroir.
La difficulté croissante pour les partis politiques
à répondre à leurs fonctions essentielles contribue
à la rupture du pacte social entre les citoyens et leurs élites
politiques
et à l'aggravation de la méfiance des citoyens.
Sous de multiples aspects, les partis traditionnels paraissent moins capables
d'agir en tant qu'intermédiaires au sein du système pluraliste
marocain, en termes de représentation des groupes sociaux,
d'intégration et de mobilisation des individus pour les projets de
société.
Le succès des islamistes sur le terrain se
réaffirme par une véritable capacité à
proposer un nouveau pacte de solidarité sociale; et c'est
peut-être là que réside le moteur principal de leur
dynamique électorale. L'apparition des mouvements islamistes peut
être regardée comme une conséquence directe de l'impasse du
système, de la fracture grandissante entre les organisations partisanes
traditionnelles et les masses populaires. 180
Le système de coalition a contribué à
brouiller les repères et à restreindre le champ
de la compétition partisane. La recherche de compromis et
de consensus entre les partis visant à assurer l'équilibre du
système politique au détriment des idéaux et de
l'alternance réelle, a produit un système de partis très
bureaucratiques.
Tels sont quelques figures de crise un champ politique qui
nécessite plus que jamais
la sortie des acteurs du silence et d'adopter de profondes
réformes.
180 SIHADDOU M , Le sévère
diagnostic du Souverain sur le paysage politique marocain ,Le matin
29octobre 2005
102
Le premier pas a été sans doute la nouvelle loi sur
la partis, qui n'est comme affirme le Roi qu' « un premier jalon essentiel
dans un processus fondateur visant à favoriser l'émergence d'une
nouvelle culture politique, qui conforte la confiance dans les formations
politiques et les assemblées élues ».181
2) La nouvelle loi sur les partis politiques
marocains
En effet, S.M. le Roi a affirmé, lors de l'ouverture de la
première session de la
quatrième année législative, que « les
partis politiques constituent des écoles du nationalisme et de la
citoyenneté authentique et l'instrument idoine pour initier tous les
Marocains à une bonne implication dans la gestion des affaires publiques
et la pratique de l'action politique dans son sens le plus noble
»182.
L'objectif ultime, a ajouté S.M. le Roi, étant de
"doter les partis nationaux des antidotes
nécessaires et de prémunir le paysage partisan
contre les risques de balkanisation susceptibles d'empêcher ces
formations de jouer convenablement leur rôle
constitutionnel"183.
Le 21 octobre 2005, les députés marocains ont
adopté à une large majorité une loi
sur le financement et l'organisation des partis politiques qui
remplace un décret royal
datant de 1958. Le projet de loi a été
approuvé par 44 voix contre deux et 22 abstentions. Ce texte
prévoit que l'Etat participe financièrement aux frais de
fonctionnement des partis
ayant obtenu au moins 5% aux élections
législatives.
Le projet de loi stipule également la mise en place de
mécanismes, dont le contrôle par la Cour suprême des
Comptes, afin de s'assurer de la "transparence" des finances des partis. Elle
bannit aussi la "transhumance" en interdisant à tout
député ayant bénéficié du soutien d'un parti
pour son élection de changer d'appartenance politique durant tout son
mandat.
Le projet de loi interdit la création de partis dont
"les objectifs sont contraire à la Constitution ou dont le but est de
porter atteinte à la religion islamique, au régime monarchique ou
à l'intégrité territoriale".
181 Discours prononcé par SM le Roi lors de
l'ouverture de la première session de l 'année législative
14
octobre 2005
182 Idem.
183 Idem
103
Sont également interdites les formations fondées
sur "une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale ou d'une
manière générale sur toute base discriminatoire ou
contraire au droits humains".184
Les partis politiques sont donc appelés à
dépasser leur mission traditionnelle, qui
était liée uniquement à la
préparation des élections, pour jouer un rôle beaucoup plus
large allant dans le sens de leurs responsabilités constitutionnelles
consistant notamment à
élaborer des programmes pragmatiques qui répondent
aux aspirations des citoyens et à une vision d'un Maroc moderne et
démocratique.
L'adoption de ce projet de loi a été plus que
nécessaire pour que les prochaines échéances se
déroulent dans de meilleures conditions, d'autant plus que l'adoption de
la loi sur les partis permet d'envisager les échéances
électorales de 2007 sous de meilleurs auspices.
Mais une question qui se pose d'elle-même, la nouvelle loi
sur les partis politiques génèrera t-elle une bipolarisation du
champ politique ?
3) Vers la polarisation du champ politique marocain
?
A l'occasion de son Discours qui s'inscrit dans l'oeuvre de
modernisation
institutionnelle et politique, et parlant de la nouvelle loi sur
les partis, S.M. le Roi a explicité que «ce cadre devrait favoriser
l'émergence de partis à même d'apporter des
réponses collectives, spécifiques et originales,
à des questions sociétales très larges plutôt
que de chercher à satisfaire des ambitions personnelles
ou catégorielles étriquées (...). Il est susceptible
également d'inciter les partis politiques homogènes à se
fédérer en pôles forts et solides (...).
Ce projet de loi est de nature à contribuer à la rationalisation,
la
rénovation et l'immunisation du paysage politique
national (...) Il traduit de surcroît, Notre volonté de consolider
la modernisation institutionnelle, et de veiller à ce que la
polarisation politique efficiente ne pâtisse d'un multipartisme
anarchique et débridé».185
La polarisation du champ politique est une opération
à la fois nécessaire et délicate. Nécessaire parce
q'une polarisation du champ politique permettra de redonner de la vie à
l'action politique,de clarifier cette carte de plus en plus
balkanisée,d'installer un pacte
social entre les élites politiques et les citoyens et
d'acquérir leur confiance.
184 Adoption d'une loi régissant les partis
politiques marocains, www.aujourd'hui.ma, Octobre 2005
185 Extrait du Discours Royal du 8 octobre 2004
104
Nécessaire aussi car elle permettra de former des
gouvernements avec des programmes claires et homogènes,dirigés
par des partis qui partagent des visions communes de la chose politique
,contrôlés par une opposition capable à critiquer et
à proposer des alternatives.
Nécessaire et tant espérer par le pouvoir car cette
polarisation pourra participer à l'émergence de quelques grands
partis qui pourront faire face à la « menace » islamiste.
Mais cette opération est aussi très délicate
pour plusieurs raisons :
Les grandes formations n'accepteront pas moins d'un rôle
moteur dans toute possibilité de polarisation qui lui permettra de
préserver ses « privilèges ».
Pour les petites formations, une quelconque polarisation peut
menacer leur existence et peut précipiter leur disparition.
De là et de l'autre,la culture des « dictatures
partisanes » et les images charismatiques des
leaders politiques marocains s'est enraciné depuis des
décennies dans le champ partisan et toute tentative d'
«assainissement » présente un vrai défit.
Du même la création de plus en plus de nouveaux
partis complexe la tache.
Pour Pr. Omar Bendourou186 , Si la tendance actuelle
est favorable au regroupement
de certains partis jugés proches et par conséquent
la création de deux ou trois pôles, il est plus indiqué
d'adopter un système électoral qui faciliterait la recomposition
du champ politique marocain. Le scrutin majoritaire uninominal à deux
tours pourrait contribuer à la réalisation de cet objectif. En
effet, au premier tour, les partis se présenteraient sous leur propre
couleur politique et au deuxième tour, les partis dont les programmes
sont proches seraient contraints de se regrouper s'ils veulent remporter les
sièges en compétition. Ce système pourrait par la suite
faciliter les alliances solides, voire les fusions entre les
formations proches idéologiquement et aboutir à la
création de pôles.187
De ce qui précède, il parait clairement qu'on ne
peut parler d'aboutissement de pôles politiques au Maroc qu'après
les échéances électorales de 2007.mais la machine
politique elle, est toujours en marche en deux trajectoires opposées
.Alors que plusieurs partis s'engagent depuis 2005 dans ce processus de
polarisations, de nouveaux partis politiques (comme avant chaque
échéance électorale) se précipitent à se
constituer.
186 Professeur de sciences politiques
187 BENDOUROU, La loi sur les partis ne génèrera
pas de bipolarisation, le journal, N°189, janvier 2005
105
a) dans le processus de polarisation
Entre 2005 et mars 2006, quatre initiatives politiques ont vu le
jour et rentrent
pleinement dans ce processus de polarisation.
a1) Le Parti Socialiste Unifié :
PSU
Il est incontestable que la création de la GSU en 2002
s'inscrivait déjà dans la
vision d'unification puisque rappelons-le, cette formation a unie
l'OADP, le MDI, le MPD
et des potentialités de gauche.
En octobre 2005, une fusion-union a rassemblé le GSU avec
« Fidélité à la démocratie » une
association politique, il est dirigé par Mohamed Moujahid (ancien
secrétaire général de la GSU) et Mohamed Sassi (de
Fidélité).
Le PSU tend à convaincre les autres formations de la
même idéologie (PADS, annahj, CNI) pour former un grand parti de
`'la nouvelle gauche `'.
La constitution du « rassemblement démocratique
» entre ces formations rentre pleinement dans ce cadre.
a2) l'intégration du PSD au sein de
l'USFP
L'intégration des militants de l'ex parti social
démocrate (PSD) au sein de l'USFP
est certainement le prélude à la mise en place d'un
grand pôle de gauche unifié dans la perspective des
législatives de 2007.
Pour Aissa Ouardighi,le secrétaire général
de l'ex PSD : « pour garantir le succès de
la transition démocratique, il faut aller vers les grands
rassemblements, l'unification, afin
de mettre fin à la division, à la dispersion, voire
à une certaine balkanisation et qui a été, faut-il le
rappeler, provoquée. »188
L'adhésion du parti de Ouardighi à l'USFP risque de
sonner le glas de l'alliance socialiste (qui regroupe PSS, PSD et Al Ahd).
188 USFP-PSD : Vers le grand Parti de la
Gauche , La Nouvelle Tribune, du 26 au 01 février 2006
106
a3) Accords de partenariat PJD - FC
Le Parti de la justice et du développement (PJD) et les
Forces citoyennes (FC) ont
signé, le 17 novembre 2005 à
Casablanca, un accord de partenariat « dans le but d'activer les
initiatives politiques à même de relever les défis qui se
présentent à
l'échelle nationale et internationale ». Cet accord a
été signé par le secrétaire général
du
PJD, Saâdedine Othmani, et le président des FC,
Abderrahim Lahjouji.
L'accord vise, comme l'indiquent ses termes, à «
élaborer des initiatives politiques communes en vue de constituer une
force de proposition à même d'enrichir la vie
politique nationale, coopérer et échanger les
expériences et les expertises dans les domaines de l'organisation et de
l'encadrement et se concerter autour des diverses questions nationales et
internationales, en vue d'élaborer des visions et des programmes
communs à l'échelle nationale et internationale
».189
a4) le Mouvement Populaire
En prévision de l'échéance 2007, la famille
du mouvement populaire se prépare en
sortant l'artillerie lourde. Un congrès de fusion s'est
déroulé le 24 et 25 mars pour unir le
MP, le MNP et l'UD, les trois partis fusionnent sous
l'appellation de Mouvement National. Mouvement populaire, une histoire
mouvementée si on utilise la logique, la fusion du Mouvement Populaire,
du Mouvement National Populaire et de l'Union Démocratique est tout
à fait normale puisque ces trois formations ont la même
idiologie.190
A la suite de ce congrès historique, Ahardane est
élu Président du MP alors que
Laansar est élu secrétaire général du
parti.
Après la réussite de l'expérience de
l'unification des 3 partis « harakis » au sein du
MP, des négociations sont en cours pour rapatrier le MDS
et le AHD, les deux autres partis originaires de la mouvance populaire.
189 Stratégie commune du PJD et Forces
Citoyennes, le matin, 18 novembre 2005
190 El HAMRAOUI.A, Mouvance populaire Un bloc uni
? , www.lereporter.ma
107
b) la création de nouveaux
partis
On se le rappelle, à la veille des élections
législatives de 2002, une multitude de
nouveaux partis politiques a vu le jour. Il s'agit de petits
partis qui ne sont pas arrivés à s'imposer sur la scène
politique. Les résultats insignifiants qu'ils ont obtenus lors des
élections le démontrent largement.
D'autres partis qui n'ont pas été
légalisés et qui n'ont pas participé aux élections
ont tout simplement disparu. C'est le cas du parti Al Amal (espoir).
Créé par Al Madani Alaoui, il a été repris par
Abdesslam Slaoui (ex-président de l'Union du Crédit). C'est le
cas aussi du Parti Libéral Réformateur de Mohamed
Alouah et du Parti National
Génération Indépendance (PNGI) qui avait
pour Secrétaire général Omar Benslimane. Il en est de
même du Parti Djihad du Peuple pour le Développement
économique et social qui prétendait avoir ses origines dans
différentes associations qui existent depuis plus de 20
ans, dirigé par Dr Mekki Almalki (un historien) qui
prônait la philosophie musulmane...
Aujourd'hui, on n'entend plus parler de ces petits partis
politiques qui se sont manifestés à
la veille des élections 2002. Or, de nouveaux partis ont
été créés ou sont en cours de création c'est
qu'à la liste des organisations politiques s'ajoutent de nouveaux noms :
le parti Al Badil Al Hadari de Mustapha Lmoatassim, le parti Annahda Wal Fadila
de
Mohamed Khalidi qui a déserté le PJD l'autre parti
d'Annahda scissionniste du FFD, deux partis amazighes : le Parti
Démocratique amazighe marocain créé par Ahmed Dgharni et
l'autre (le Parti Démocrate Amazigh) annoncé par Omar Louzi. L'on
entend aussi parler de
la constitution d'un autre parti par l'ex-ministre et ambassadeur
UC, Abdallah Azmani191...
Et la liste ne semble pas vouloir s'arrêter là.
191 MOKHLISS.B, De nouveaux partis en
prévision de 2007 , www.le reporter.ma
108
POUR CONCLURE :
Il est certainement très difficile d'établir une
synthèse à un phénomène mouvant tel
que l'évolution des partis politiques au Maroc.
En effet, la création des partis politiques marocains
depuis le commencement, n'est
soumise à aucune logique stable ni dans leur
finalité ni dans leur manière de se constituer
ou de s'organiser. De la lutte pour l'indépendance
,à la consolidation du régime existent ou l'expression des
ambitions de diriger ,aux multiples tentatives de démocratisation ou
simplement la servitude d'un instrument de blocage et de compromis,les partis
politiques
au Maroc ont toujours été au coeur de l'histoire
politique marocaine .
De retour à nos jours, statistiquement, entre
l'année 2000 et 2006 le nombre des partis politiques au Maroc s'est
pratiquement doublé. N'est t - il pas un signe du grand
malaise de la scène politique marocaine ? N'est t-il pas
réaction à un échec de l'alternance suivi d'un faible
rendement des technocrates ?
Selon un sondage conçu par l'Institut Républicain
International (IRI)192, 47% des
Marocains voterons en 2007 pour le parti de la justice et du
développement (PJD) contre
17% seulement pour l'Union Socialiste des Forces Populaire (USFP)
et 12% pour le parti
de l'Istiqlal (PI).Est-ce un retour au fondamentalisme au Maroc
?ou une manière du peuple pour punir une gauche non satisfaisante et les
expériences gouvernementales précédentes ? Mais un
éventuel retour de la gauche gouvernementale à l'opposition
accompagné d'une vitalisation des structures partisanes internes ne
serait-t-il pas bénéfique pour le processus
de régulation du champ politique susceptible de
rétablir la confiance des citoyens et de permettre leur adhésion
et surtout les plus jeunes ?
Ces questions d'ordre stratégique et temporel ouvrent la
porte à des questions plus large. En effet, que représentent les
partis politiques nationaux et les marocains se
reflètent-ils parfaitement dans ces partis ? Existe-t-il
une projection linéaire entre la société
192 JAMAI.A, IRAQI.F et RHANDI.M, Demain les
islamistes ? , le journal, n°247, p : 16
109
et l'éventail des partis ? Y a-t-il une quelconque
cohérence dans leur démarche politique et d'alliances ? Quelles
sont les missions qui leur sont dévolues et jusqu'à quel point
ils les remplissent ? Correspondent-ils dans leur façon de s'organiser,
de se mouvoir et de se comporter à ce que la société
attend d'eux et aux missions qui leur incombent ?
Tel est un échantillon de questions qui se posent
et sur lesquels nous ouvrons le débat à travers ce
mémoire.
110
ANNEXES
111


112


Texte intégral du Dahir sultanien du 16 mai 1930
nommé "Dahir berbère"
Louange à Dieu,
Que l'on sache par la présente, que notre
Majesté Chérifienne, Considérant que le dahir de notre
Auguste père, S.M. le Sultan Moulay Youssef, en date du 11 septembre
1914 a prescrit dans l'intérêt du bien de nos sujets et de la
tranquillité de l'Etat de respecter le statut coutumier des tributs
berbères pacifiées..., qu 'il devient opportun de préciser
aujourd'hui
les conditions particulières dans les quelles la
justice sera rendue dans les mêmes tribus:
A décrété ce qui suit
:
Art. 1
Dans les tribus de Notre Empire reconnues comme
étant de coutume berbère, la répression des infractions
commises par les sujets marocains(1) qui serait de la compétence des
Caïds dans les autres parties de l'Empire, est de la compétence des
chefs de tribus.
Pour les autres infractions, la compétence et la
répression sont réglées par les articles 4 et
6 du présent dahir.
Art. 2
Sous réserve des règles de
compétence qui régissent les tribunaux français de
Notre
Empire, les actions civiles ou commerciales,
mobilières ou immobilières sont jugées, en premier ou
dernier ressort, suivant le taux qui sera fixé par arrêté
viziriel, par les juridictions spéciales appelées tribunaux
coutumiers. Ces tribunaux sont également compétents en tout
matière de statut personnel ou successoral. Ils appliquent, dans les
cas, la coutume locale.
Art. 3
L'appel des jugements rendus par les tribunaux
coutumiers, dans les cas où il serait recevable, est portée
devant les juridictions appelées tribunaux d 'appel
coutumiers.
Art. 4
En matière pénal, ces tribunaux d'appel
sont également compétents, en premier et dernier ressort, pour la
répression des infractions prévues à l'alinéa 2 de
l'article premier ci-dessus,
et en outre de toutes les infractions commises par des
membres des tribunaux coutumiers
dont la compétence normale est attribuée au
chef de la tribu.
Art. 5
Auprès de chaque tribunal coutumier de
première instance ou d'appel est placé un commissaire du
Gouvernement, délégué par l'autorité
régionale de contrôle de laquelle il dépend. Prés de
chacune de ces juridictions est également placé un
secrétaire-greffier, lequel remplit en outre les fonctions de
notaire.
Art. 6
Les juridictions françaises statuant en
matière pénale suivant les règles qui leur sont propres,
sont compétentes pour la répression des crimes commis en pays
berbère quelle
113
que soit la condition de l'auteur du crime(2). Dans ces
cas est applicable le dahir du 12 août
1913 (9 ramadan 1331) sur la procédure
criminelle.
Art. 7
Les actions immobilières auxquelles seraient
parties, soit comme demandeur, soit comme défendeur, des ressortissants
des juridictions françaises, sont de la compétence de ces
juridictions.
Art. 8
Toutes les règles d'organisations, de composition
et de fonctionnement des tribunaux coutumiers seront fixés par
arrêtés viziriels successifs, selon les cas et suivants les
besoins.
Fait à Rabat, le 17 Hijja 1348 (16 mai 1930) vu
pour promulgation et mise à execution : Rabat, le 23 mai
1930.
Le commissaire-Résident général,
LUCIEN SAINT.
114
115


116
117


118
119
120
121
122
123
124
125
126
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www.F FD.ma
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www.PJD.ma
www.rfi.fr
www.yabiladi.com
www.yassar.freesurf.fr
129
TABLE DES MATIERES
AVANT PROPOS ET REMERCIEMENTS
............................................................................................2
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
..........................................................................................3
INTRODUCTION GENERALE :
................................................................................................................5
PARTIE I : LES PARTIS POLITIQUES MAROCAINS SOUS LE PROTECTORAT
........................................8
CHAPITRE I : GENESE DU PHENOMENE PARTISAN AU MAROC :
REVENDICATIONS NATIONALISTES DANS LE CADRE DU PROTECTORAT (1925-1943).
.............................................9
SECTION I : Les causes de la Gestation du
nationalisme marocain
(1925-1930)...............................9
1 : les facteurs
politiques....................................................................................................................................9
2 : les facteurs
psychologiques.........................................................................................................................
11
SECTION II : Naissance du premier parti politique
: CAM
...............................................................
12
1 : Phase
préparatoire......................................................................................................................................
12
a : Rapports des nationalistes avec les partis de
gauche Français.
......................................................... 12
b : Rapports des nationalistes avec Chekib Arslan.
.................................................................................
13
c : Origine du comité d'action marocaine.
................................................................................................
14
C-1 - A la recherche d'un programme
.................................................................................................
14
C-2 A la recherche d'une organisation
...............................................................................................
15
2 : Le comité d'action marocaine.
...................................................................................................................
18
a : Le plan de réformes
marocaines...........................................................................................................
18
b : Composition du CAM
...........................................................................................................................
19
3 : Crise de croissance du CAM.
.....................................................................................................................
20
a : La recherche du contact avec l'opinion publique
:
.............................................................................
20
b : La scission du CAM
..............................................................................................................................
21
SECTION III : Pluralité des partis
marocains (1937-1939)
...............................................................
22
1-Les partis marocains en zone française (Le
Parti National et le Mouvement Populaire) .......................
22
2-Les partis politiques en zone espagnole :
....................................................................................................
23
a -Le Parti des Réformes Nationales :
.......................................................................................................
23
b-Le Parti d'Unité Marocaine :
.................................................................................................................
24
c-Le Bureau de Défense
Nationaliste.........................................................................................................
25
CHAPITRE II : LA REVENDICATION DE L 'INDEPENDANCE ET LA NAISSANCE
DES PARTIS ADVERSES (1943-1954)
...........................................................................................................................
26
SECTION I : Les partis marocains de 1943 à
1946.
............................................................................
26
1 : Naissance de l'Istiqlal
.................................................................................................................................
26
2 : Les partis politiques marocains en zone espagnole
:
................................................................................
27
SECTION II : L'hégémonie de
l'Istiqlal sur les autres partis marocains de 1946 à 1947.
............... 28
1-Retour des leaders de l'Istiqlal et
développement du parti.
......................................................................
29
2-Le Parti démocratique de
l'Indépendance (hizb choura wal Istiqlal) PDI
............................................... 29
3-Le Parti communiste marocain P.C.M
........................................................................................................
30
4-Les partis marocains de la zone espagnole
..................................................................................................
31
SECTION III : Le front national marocain et les
partis politique non nationalistes (1951-1952) ....
32
1-Le Front National Marocain
........................................................................................................................
32
2-les partis dits « nationalistes
modérés »
......................................................................................................
33
a- le Parti Démocrate Marocain des Hommes
Libres :
............................................................................
33
b- Le Parti du Peuple Marocain :
..............................................................................................................
33
c-Le Parti Socialiste Marocain
:.................................................................................................................
34
SECTION IV : La mise hors la loi des partis
politiques marocains (depuis 1952)
........................... 35
1-les partis politiques de la zone
Française
....................................................................................................
35
a-les partis politiques nationalistes
............................................................................................................
35
b-les partis dits nationalistes modérés
:
.....................................................................................................
37
2-les partis politiques de la zone Espagnole et de
Tanger :
...........................................................................
38
a-le P.R.N
:...................................................................................................................................................
38
b-le P.U.M :
.................................................................................................................................................
38
130
PARTIE II : LES PARTIS POLITIQUES DANS LE MAROC INDEPENDANT
:............................................ 41
CHAPITRE I : LA RUPTURE DE L'UNITE DU MOUVEMENT NATIONAL ET LES
VOIES DE RECONVERSION
(1956-1973).................................................................................................................
42
SECTION 1 L'impossible parti unique : la
redistribution des forces (1956-1959)
............................ 42
SOUS-SECTION 1 : Le PI entre le parti dominant et l
'aspiration au parti unique ...................................
43
1 : Le parti de l'Istiqlal : parti dominant
..................................................................................................
43
2 : Le parti de l'Istiqlal a la recherche du parti
unique
...........................................................................
44 a)Lutte contre les autres partis : PDI, PCM, PLI
...............................................................................
44 b)Les revendications pour un gouvernement homogène
....................................................................
45
SOUS-SECTION 2 : Les choix de la monarchie :
Consolidation du Multipartisme. .................................
46
1 : Le cadre politique et juridique du
multipartisme
...............................................................................
46
a) La constitution du Conseil National Consultatif CNC :
.................................................................
47
b) La manière de constitution des gouvernements :
............................................................................
47
2 : la consolidation du multipartisme
........................................................................................................
48
a) La création du MP :
..........................................................................................................................
48
b) La création de L'UNFP ou la fin du rêve
istiqlalien.......................................................................
49
SECTION 2 : les partis politiques et
l'expérience de la démocratie parlementaire (1960-1973)
...... 51
SOUS-SECTION 1 : L 'expérience
démocratique (1960-1965)
.....................................................................
51
1-LES PARTIS POLITIQUES FACE A LA
............................................................................................
52
CONSTITUTION DE 1962
........................................................................................................................
52
a) L'adoption de la constitution : LE PARTI DE LA
CONSTITUTION
DEMOCRATIQUE (PCD)
....................................................................................................................
53
b)L'appui aux institutions : FDIC, PSD
..............................................................................................
54
2: Le déclin de l'expérience
parlementaire
...............................................................................................
55
SOUS-SECTION 2 :L 'état d'exception :
Ajournement d'une expérience parlementaire
......................... 57
1 : Les conséquences de l'état
d'exception sur les Partis
Politiques........................................................
57
a) le Mouvement Populaire Démocratique
Constitutionnel : MPDC
................................................ 57
b) le Parti de libération et socialisme : le PLS
.....................................................................................
58
2 : La Koutla nationale entre deux constitution
1970-1972
.....................................................................
59
CHAPITRE II : DU CONSENSUS A L'ALTERNANCE (1973-1999)
.................................................... 62
Introduction : La recherche de l'unanimité
nationale 1973
............................................................................
62
SECTION 1 La restructuration du champ politique
(1974-1980)
.......................................................
63
SOUS-SECTION 1 : La recherche d 'une nouvelle
gauche
...........................................................................
63
1 : le parti du progrès et socialisme : PPS
.................................................................................................
63
2 : L'union socialiste des forces populaires :
USFP..................................................................................
64
SOUS-SECTION 2 : La recherche d 'une nouvelle
majorité
........................................................................
66
1 : Le rassemblement national des indépendants
: RNI
...........................................................................
66
2 : Les partis alliés au RNI :
.......................................................................................................................
67
a) Le PI
...................................................................................................................................................
67
b)Le MP et naissance du PLP et PA.
....................................................................................................
68
SECTION 2 : les partis politiques et l'ère
des contradictions
(1981-1990)........................................
70
SOUS-SECTION 1 : Les contradictions des partis de la
majorité
............................................................... 70
1 : Les contradictions du RNI
....................................................................................................................
70
a)le parti national démocratique : PND
...............................................................................................
70
b) L'union constitutionnelle : UC
.........................................................................................................
72
c) le parti du centre social : PCS
..........................................................................................................
72
2 : Les partis alliés au RNI :
.......................................................................................................................
73
a) Les contradictions du PI :
.................................................................................................................
73
b) Les contradictions du MP :
..............................................................................................................
73
SOUS-SECTION 2 : Les contradictions des partis de l
'opposition
............................................................. 74
1 : Les contradictions de
l'USFP................................................................................................................
74
2 : Les partis alliés à l'USFP
:
....................................................................................................................
75
a) le PPS :
...............................................................................................................................................
76
b) OADP :
...............................................................................................................................................
76
SECTION 3 : la régularisation du champ
politique et la marche vers l 'alternance (1991-1999)
...... 78
SOUS-SECTION 1 : Les coalisions
.................................................................................................................
78
1 : La Koutla démocratique et la marche vers
l'alternance
....................................................................
78
2 : Le wifaq national
...................................................................................................................................
83
SOUS-SECTION 2 : Le centre et les partis à
portées idéologiques
............................................................. 84
131
1) le centre
...................................................................................................................................................
84
A): Le centre droit :
...............................................................................................................................
84 a) Le
RNI...........................................................................................................................................
84 b) Le
MNP.........................................................................................................................................
85
c) L'union du centre démocratique et social
:
................................................................................
86
B : Le centre gauche
:............................................................................................................................
87 a) Le PSD
..........................................................................................................................................
87 b) Le FFD
..........................................................................................................................................
88
2-les partis à portées
idéologiques :
...........................................................................................................
89
a) Le PADS
.............................................................................................................................................
89
b) Le Mouvement Pour la Démocratie :
MPD.....................................................................................
90
c) Le PJD
................................................................................................................................................
90
CHAPITRE III : DE L'OUVERTURE A LA POLARISATION 1999-2006
............................................ 92
SECTION I : Les partis politiques et la nouvelle
ère (1999-2002)
......................................................
93
1 : L'hémorragie partisane (2001-2002)
.........................................................................................................
93
a) Annahj addimocrati : la voie
démocratique
.........................................................................................
94
b) Parti de la Gauche Socialiste Unifiée :
GSU
.........................................................................................
94
c) Le Congrès National Ittihadi : CNI
.......................................................................................................
95
d) Forces Citoyennes : FC
..........................................................................................................................
95
e) Parti d'Alliance Des Libertés : ADL
.....................................................................................................
96
f) Parti Marocain Libéral : PML
...............................................................................................................
96
g) Parti libéral réformateur : PLR
............................................................................................................
96
h) Parti de l'environnement et du développement
: PED
........................................................................
97
i) Parti des réformes et du
développement : PRD
....................................................................................
97
j) Parti du renouveau et de l'équité :
PRE
................................................................................................
97
k) Parti de l'Union démocratique : UD
.....................................................................................................
97
l) Parti du pacte (Al Ahd)
...........................................................................................................................
98
m) Parti des Initiatives Citoyennes pour le
Développement : ICD
......................................................... 98
n) Parti Albadil Alhadari (Alternative Civile)
..........................................................................................
98
2 : les élections de la nouvelle ère
....................................................................................................................
99
a) des logos pour les partis
.........................................................................................................................
99
b) les résultats des élections
.....................................................................................................................
100
SECTION II : Vers la rationalisation de l'action
(2002-2006)
.........................................................
101
1) La crise du champ partisan marocain
......................................................................................................
102
2) La nouvelle loi sur les partis politiques
marocains
..................................................................................
103
3) Vers la polarisation du champ politique marocain
?
..............................................................................
104
a) dans le processus de polarisation
.........................................................................................................
106 a1) Le Parti Socialiste Unifié :
PSU....................................................................................................
106 a2) l'intégration du PSD au sein de l
'USFP.......................................................................................
106 a3) Accords de partenariat PJD - FC
................................................................................................
107 a4) le Mouvement Populaire
...............................................................................................................
107
b) la création de nouveaux partis
.............................................................................................................
108
POUR CONCLURE :
...............................................................................................................................
109
BIBLIOGRAPHIE
....................................................................................................................................
128
TABLE DE
MATIERES...........................................................................................................................
130
132
133
|