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Le pronom personnel de la troisième personne: Place et référence en français classique et en français moderne

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par Rose SENE
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Master 2006
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
  

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La classification référentielle du pronom personnel de la troisième personne et les écarts qu'elle pose entre le français classique et le français moderne :

Si on se fonde sur l'appellation pronom personnel, on serait tenté de croire que il et ses variantes allomorphiques ne représentent que des noms de personne. Cependant, comme nous l'avons déjà vu, ils n'ont eu ce nom que par référence aux autres pronoms personnels de la première et de la deuxième personne qui ne remplacent que des humains. Les pronoms de la troisième personne ont alors une classe de référence beaucoup plus vaste que ceux de même catégorie en français classique et en français moderne. Ils ont la propriété de référer à un antécédent qui peut être un groupe nominal (humain ou chose), un groupe verbal, un adjectif, une proposition, un énoncé.

En ancien et en moyen français les emplois étaient plus libres qu'en français classique. En effet, c'est à cette période que les grammairiens ont établi des règles qui sélectionnaient, pour chacune des formes du pronom personnel de la troisième personne, une classe de référents possible. Cette classification référentielle, faite à cette période est celle qui prévaut jusque dans la norme du français moderne.

Bien qu'ils partagent la même valeur de représentant dans le texte, les pronoms il (s), elle (s), on, le, la, les, lui, leur, eux, se, soi, en et y sont différenciés les uns les autres par la catégorisation de leur référence. Cependant, en dehors du pronom indéfini on à valeur générale, ces pronoms ont une propriété qu'ils partagent tous, ces celle d'anaphoriser un groupe nominal (déterminant + nom).

I. La représentation d'un groupe nominal, d'un adjectif, d'un verbe ou d'un énoncé :

A l'exception des pronoms adverbiaux en et y et du pronom neutre le, en français moderne, tous les pronoms personnels de la troisième personne sont spécifiquement réservés à la représentation d'un groupe nominal ou d'un nom propre. Cette norme qui date de l'époque classique n'a pas toujours été adoptée par l'usage. Nous allons ainsi étudier les capacités référentielles du pronom personnel et plus particulièrement les emplois qui différencient l'usage de ces pronoms en français classique par rapport en français moderne.

1.1. Les pronoms sujets il et elle :

D'après la spécialisation qui s'est effectuée sur la référence des pronoms en français classique, il (s) et elle (s) servent désormais exclusivement à la représentation d'un groupe nominal ou d'un nom propre.

« Et si vos yeux sur moi le pouvaient ramasser

Ils prendraient aisément le soin de se baisser »

(Molière, Fem. sav. V.193-4)

Les anaphorise vos yeux.

« Mme de Clèves s'était bien doutée que ce prince s'était aperçu de la sensibilité qu'elle avait eue pour lui et ses paroles lui firent voir qu'elle ne s'était pas trompée. »

(La Fayette, Pr. de Clèves, p.209)

« Elle (la vie) fut charmante, grâce à la beauté de leur jeunesse Deslauriers, n'ayant parlé d'aucune convention pécuniaire, Frédéric n'en parla pas.

Il subvenait à toutes les dépenses. »

(Flaubert, Educ.sent. p.63)

Il reprend Frédéric.

« Non ! rien ! rien ! balbutia le jeune homme, cherchant un prétexte à sa visite. Enfin il dit qu'il était venu savoir de ses nouvelles, car il le croyait en Allemagne »

(Id. ib. p. 75)

Ces exemples du français classique et du français moderne rendent compte de la classification dans l'emploi des pronoms il et elle. Ils ne peuvent anaphoriser un énoncé que lorsque celui-ci sert à paraphraser un groupe nominal.

« De répondre à l'amour que l'on vous fait paraître

Sans le congé de ceux qui vous ont donné l'être.

Sachez... qu'ils ont sur votre coeur l'autorité suprême. »

(Molière, Fem. sav v.163-4-7)

En dépit de cette classification, on remarque dans la langue classique l'emploi du pronom personnel il référent à un énoncé, à la manière des pronoms démonstratifs neutres ce, ceci, cela qui ont généralement une valeur résumante.

1-1-1- Le pronom il anaphorisant un énoncé :

Les emplois du pronom il neutre résumant un énoncé précédent sont récurrents dans le texte des Femmes savantes. Dans ces cas, il accompagne souvent le verbe impersonnel qui n'avait pas de sujet dans l'ancienne langue.

Ariste : «- Parlons à votre femme, et voyons à la rendre favorable...

Chrysale : - Il suffit je l'accepte pour gendre. »

(Molière, Fem. sav v.407-8)

Au lieu de dire cela ou ça suffit comme il convient en français moderne, le pronom il est employé pour résumer l'idée de la phrase précédente. Il en est de même dans :

« -ce n'est pas mon fait que les choses d'esprit

-il n'importe. »

(Id. ib. v.730-1)

« Et, pourvu que j'obtienne un bonheur si charmant

Pourvu que je vous aie, il n'importe comment. »

(Id. ib. v.1535-6)

Il reprend le fait exprimé dans la proposition précédente dans ces exemples.

Ces tournures ne sont plus admises en français moderne où le pronom démonstratif neutre a pris la place du il dans ces emplois. Cependant la concurrence du pronom il et les démonstratif subsistent dans l'usage, en français classique et dans certains emplois jusque dans la langue actuelle.

1-1-2- Le pronom il impersonnel en concurrence avec le démonstratif ce :

Employés comme sujet du verbe être + un adjectif, le pronom il a représenté une proposition. Au XVIIe siècle, les grammairiens ont commencé à fixer des règles dans son emploi. Brunot qui étudie ce cas à travers les emplois en français classique, trouve que le pronom il convient lorsqu'un adjectif suit le verbe comme dans l'expression il est bon de, ou encore lorsqu'un nom de temps suit le verbe être comme dans il est temps.

Cependant il émet quelques réserves quant à cette règle et expose ainsi l'incertitude de certains grammairiens classiques. En effet, il écrit à propos de il devant le verbe être et un adjectif que : «Furetière se demande s'il est mieux de dire il ou cela devant le verbe être : «Est-il vray que cet homme fait tant de dépenses ?

Faut-il répondre : il est vray ou cela est vray ? » Il croit que les deux expressions sont bonnes. »59 Cette incertitude dans l'emploi de ces deux pronoms de classes différentes ne répond pas au principe de netteté qui prévalait dans la norme du français classique. La règle reste imprécise et dans la plupart des cas les grammairiens préfèrent les pronoms neutres ce et cela à la place de il. En effet dans la norme des restrictions sont faites dans l'emploi de il + verbe être + adjectif. L'Académie propose le pronom ce ou cela à la place de il lorsque l'antécédent est antéposé. Cependant, l'usage des écrivains de cette époque n'a pas tenu compte de cette règle. Et on peut ainsi relever dans nos textes classiques divers emplois qui ont gardé l'usage de il résumant un énoncé précédent :

« Vous moquez vous ? Il n'est pas nécessaire. »

(Molière, Fem. sav v.411)

« -De ma douceur elle a trop profité

-Il est vrai. »

(Id. ib. v.701-2)

« Madame, et cet hymen dont je vois qu'on m'honore.

Me met ... Tout beau, monsieur il n'est pas fait encore. »

(Id. ib. V.1081)

« Vous m'étonnez, reprit Mme de Clèves, et je vous ai ouï dire plusieurs fois qu'il n'y avait point de femme à la cour que vous estimassiez davantage. 

-Il est vrai, répondit-il, » 

(La Fayette, Pr. de Clèves, p.174)

(59) Brunot (F), Histoire de langue française. T. IV, Paris, Armand Colin, 1966. p. 859

« Je souffre en apparence sans peine, l'attachement du roi pour la duchesse de Valentinois ; mais il m'est insupportable. »

(Id. ib. p.221)

Dans ces exemples, le pronom il suit l'énoncé qui lui sert d'antécédent. Ces emplois ne sont pas en accord avec la règle en français classique, et ils ne sont pas admis en français moderne où il serait remplacé par les pronoms ce ou cela. En effet Haase soutient que « le pronom neutre il inconnu à la plus ancienne période de la langue, gagne de plus en plus du terrain et tient souvent la place du démonstratif cela et ce, tandis que le français moderne ne l'emploi que dans les incises comme : il est vrai »60

Le pronom il n'a donc survécu en français moderne dans les tournures de ce genre qu'avec quelques expressions qui servent à introduire une proposition infinitive ou une complétive. Et dans ces cas le pronom il a son antécédent postposé car dans le cas contraire il convient de mettre le démonstratif neutre.

Il est vrai qu'il doit partir.

Il doit partir, c'est vrai.

Pour toutes ces raisons les emplois du il neutre, anaphorisant un énoncé, sont plus fréquents dans la langue classique que dans la langue moderne où on ne le retrouve plus que dans les expressions comme : il est temps, il est mieux, il est bon, il est nécessaire, il est possible, il est probable, il est + adjectif etc....introduisant une complétive ou une proposition infinitive.

« Il était impossible de la connaître, de savoir,

par exemple, si elle aimait Arnoux, »

(Flaubert, Educ. sent. p. 175)

(60) Haase (A), Syntaxe française du XVIIe siècle, éd. traduite et remaniée par Monsieur Obert, Paris, Delagrave,1971 p.2.

« Il serait temps, peut être, d'aller instruire les populations. »

(Id. ib p.343)

L'emploi du pronom il dans ces exemples convient parfaitement à la syntaxe du français moderne. Alors que la plupart des emplois du français classique sont aujourd'hui incorrects.

« Sachez que le devoir vous soumet à leurs lois,

Qu'il ne vous est permis d'aimer que par leur

Qu'ils ont sur votre coeur l'autorité suprême,

Et qu'il est criminel d'en disposer vous-même.»

(Molière, Fem. sav. v.165-8)

L'Académie française s'en est pris à cet exemple, et signale qu'  « il est criminel » pour dire c'est une chose criminelle a été blâmé par plusieurs »61. En effet la règle exigeait que l'on emploie le pronom neutre ce à la place de il lorsque le verbe être était suivi d'un groupe nominal au lieu d'un adjectif.

« Ce lui était une grande douleur de voir qu'elle n'était plus maîtresse de cacher ses sentiments et de les avoir laissés paraître au chevalier de Guise. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.209)

Cependant malgré la distinction faite par la norme, en français classique l'usage a parfois enfreint cette règle en employant il à la place de ce.

«  J'ai laissé tomber cette lettre dont je parlais hier ; il m'est d'une conséquence extrême que personne ne sache qu'elle s'adresse à moi. »

(Id. ib. p.216)

(61) Brunot (F), Histoire de la langue française, T VI éd. Paris Armand Colin 1966 p 1644

« Depuis qu'elle l'aimait, il ne s'était point passé de jour qu'elle n'eût craint ou espéré de le rencontrer et elle trouva une grande peine à penser qu'il n'était plus au pouvoir du hasard de faire qu'elle le rencontrât. »

(Id. ib. p.278)

Ces emplois irréguliers montrent l'écart qu'il y a entre d'une part l'usage et d'autre part la norme en cours, surtout en ce qui concerne cette règle. En effet, même les grammairiens ont été, pour la plupart, indécis dans leurs suggestions pour l'emploi du pronom neutre il ou du démonstratif résumant suivi du verbe être et d'un adjectif. C'est pourquoi, les écrivains classiques ont gardé les tournures qui étaient d'usage dans le siècle précédent.

1-2- Les pronoms personnels compléments :

Les pronoms compléments le, la, les représentent un groupe nominal ou un nom propre en français classique et en français moderne.

« Et je le (Trissotin) connaissais avant que l'avoir vu »

(Molière, Fem. sav. v.250)

« Parlons à votre femme, et voyons à la rendre favorable »

(Id. ib v.407-8)

Il en est de même pour les autres pronoms personnels compléments lui, leur, eux ainsi que se et soi (qui assurent la réflexion des pronoms sujets il et elle ou un groupe nominal équivalent)

Cependant, le pronom personnel le neutre (ou l' lorsqu'il est élidé devant une voyelle) a des capacités de référence plus grandes car il peut anaphoriser un adjectif, un verbe, une idée ou un énoncé en français classique et moderne.

1-2-1- Le pronom le référant à une idée, un énoncé ou un groupe verbal :

« Croyez-vous pour vos yeux sa passion bien forte,

Et qu'en son coeur pour moi toute flamme soit morte

-Il me le dit, ma soeur, et, pour moi, je le croi.»

(Molière, Fem.sav. V.111-3)

Le refére dans cet exemple à une idée, celle de la réponse d'Henriette qui n'est pas textuellement formulée : le = que sa passion est bien forte et qu'en son coeur pour toi toute flamme est morte.

« (...) le maréchal de Saint-André, quoique audacieux et soutenu de la faveur du roi, était touché de sa beauté, sans oser le lui faire paraître que par des soins et des devoirs. »

(La Fayette, Pr. de Clèves, p.152)

Le pronom le anaphorise dans cet exemple l'énoncé précédent. Il a alors une valeur d'anaphore résumante.

« Et faites le contrat ainsi que je l'ai dit. »

(Molière, Fem. sav. V. 1778)

Le pronom le reprend le verbe faire : faites le contrat ainsi que j'ai dit de faire

1-2-2- Le pronom le représentant un adjectif ou ayant la fonction d'un attribut :

« Ma tante, et bel esprit, il ne l'est pas qui veut. »

(Id. ib V.822)

« Que peu philosophe est ce qu'il vient de faire

Je ne me vante point de l'être, mais enfin »

(Id. ib. V.1728-9)

« - L'on ne peut être plus surprise que je le suis, dit alors Mme de Clèves, et je croyais Mme de Tournon incapable d'amour et de tromperie. »

(La Fayette, Pr. de Clèves, p.186)

« Elle était si belle, ce jour-là, qu'il en serait devenu amoureux quand il ne l'aurait pas été. » 

(Id. ib. p.202)

Le (l') anaphorise dans ces exemples un adjectif ou un nom qui a la valeur d'un adjectif. L'a la fonction d'un attribut parce qu'il accompagne le verbe être.

Dans ces emplois le pronom le est neutre, et selon la norme établie en français classique, il ne peut pas varier en genre et en nombre, ni lorsqu'il reprend une idée ou un énoncé, ni lorsqu'il reprend un verbe. Cependant le, employé en fonction attributive, n'a commencé à devenir invariable qu'à partir du français classique.

1-2-3- Les pronoms la, les à la place du pronom neutre le :

Avant la période classique, le attribut prenait la marque du féminin la et

du pluriel les suivant que le sujet qu'il déterminait était du genre féminin ou du nombre pluriel.

Au XVIIe siècle, Vaugelas condamne l'accord dans l'exemple « Etes-vous malade, Madame ? Je la suis » et assimile l'emploi du pronom la à  « cette faute que font presque toutes les femmes et de Paris et de la cour. »62

Mais malgré l'interdiction, l'emploi de la et les à la place du pronom le neutre continue chez les écrivains. En effet, Haase trouve que « le pronom le, attribut du verbe être, s'accorde avec son sujet au XVIIe siècle et les formes la, les remplacent le neutre le dans la langue actuelle. »63 Et il nous donne ces quelques exemples pris dans des textes de Corneille et de Molière.

«Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas »

(Corneille, Pompée v.2)

« Infidèles terrain du feu mal allumé, soyez les de ma honte »

(Id., Galeries. du Palais. III, 10)

«Je veux être mère parce que je la suis et ce serait en vain que je ne voudrais pas être »

(Molière, Les amants magnifiques I, 2)

Ces emplois n'existent plus dans l'usage en français moderne où l'on n'emploie que le pronom neutre dans ces cas, que ce soit avec un sujet féminin ou pluriel. En effet, dans la langue moderne, les pronoms compléments variables comme la, les, lui etc. ne peuvent pas anaphoriser un adjectif ou autre chose qu'un groupe nominal déterminé.

(62) Vaugelas (C. Fabre de) 1647, Remarques sur la langue française, Paris, Ed. Champs Libres 1987 

(63) Haase (A), Syntaxe française du XVIIe siècle, éd. traduite et remaniée par Monsieur Obert, Paris, Delagrave, 1971. p 11

En dehors du pronom neutre le, seuls les pronoms en et y peuvent représenter en plus du groupe nominal, d'autres termes qui composent l'énoncé.

1-2-4- Les pronoms adverbiaux en et y :

En et y ont des emplois plus libres que les autres pronoms personnels de la troisième personne. Ils peuvent représenter un groupe nominal en le faisant précéder de la proposition de (en) et à (y).

*Avec en :

« Le défaut des auteurs dans leurs productions

C'est d'en tyranniser les conversations »

(Molière, Fem. sav v. 955-6)

Le pronom en anaphorise leurs productions : c'est de tyranniser les conversation de leurs productions.

« (...) elle avait été élevée à la cour de France, elle en avait pris toute la politesse, et elle était née avec tant de dispositions pour toutes les belles choses que, malgré sa grande jeunesse, elle les aimait et s'y connaissait mieux que personne. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.130)

En représente la cour

*Avec y :

« Ces paroles firent rougir Mme de Clèves, et elle y trouva un certain rapport avec l'état où elle était,... »

(Id. ib. p.181)

Y refére à ces paroles

« C'et obligeant amour a de quoi me confondre

Et j'ai regret, monsieur, de n'y pouvoir répondre »

Y = à cet obligeant amour

En français classique ces pronoms ont eu différentes valeurs qui ont pour la plupart survécu dans la langue moderne. Et tout comme le pronom neutre le, les adverbiaux en et y, ont la possibilité d'anaphoriser un énoncé, un groupe verbal ou de reprendre une idée en français classique et en français moderne.

*Avec y :

« Faites-vous sur mes voeux un pouvoir légitime

Et ne donnez moyen de vous aimer sans crime

-J'y vais de tous mes soins travailler hautement »

(Molière, Fem. sav. v.175-7)

« (...) Mme de Chartres lui dit qu'il y avait tant de grandeur et de bonnes qualités dans M. de Clèves et qu'il faisait paraître tant de sagesse pour son âge que, si elle sentait son inclination portée à l'épouser, elle y consentirait avec joie. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.130)

Dans ces exemples le pronom y résume l'idée de la proposition précédente et peut être remplacé par à cela.

*Avec en :

« Par un prompt désespoir souvent on se marie

Qu'on s'en reprend après tout le temps de sa vie »

(Id. ib v.1775-6)

En anaphorise le groupe verbal se marie : Qu'on se reprend de s'être marié.

De même :

« (...) elle avait fait une forte résolution de s'empêcher de le voir et d'en éviter toutes les occasions qui dépendrait d'elle. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.174)

En reprenant un énoncé le pronom en peut marquer la cause.

« Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y a plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, »

(Id. ib. p.130)

« Ce prince vit bien qu'elle le fuyait, et en fut sensiblement touché. »

(Id. ib. p.195)

« Le corps avec l'esprit fait figure, mon frère

Mais, si vous en croyez tout le monde savant, »

(Id. ib v.544-5)

Le pronom en a dans ces exemples la valeur sémantique de à cause de cela.

De même en français moderne :

« Son amitié pour Frédéric était morte, et il en éprouvait de la joie »

(Flaubert, Educ.sent. p. 216-7)

Les pronoms adverbiaux en et y ont eu des emplois très libres en français classique et la plupart de ceux là ont été conservés dans la syntaxe du français moderne.

Cependant, le pronom en a des emplois qui le particularisent par rapport aux autres pronoms de la troisième personne. Il peut en effet dans la représentation anaphorique, modifier la charge sémantique de son antécédent.

II. La représentation non coréférentiel d'un nom ou d'un groupe nominal par le pronom personnel de la troisième personne

2-1- L'anaphore non coréférentielle d'un nom à déterminant zéro en français classique :

En français classique, il et ses variantes allomorphiques sont classifiés pour représenter un groupe nominal qu'ils reproduisent fidèlement. En français, cette règle demeure toujours et ces pronoms ne peuvent pratiquer une anaphore non coréférentielle c'est-à-dire dans laquelle le mot représenté et le pronom représentant, ne désigne pas la même chose. C'est pour cette raison, que les pronoms personnels de la troisième personne qui servent à reprendre un nom déterminé à l'aide d'un article ou d'un équivalent, ne peuvent plus représenter un nom à déterminant zéro, sauf si celui-ci est en emploi extensionnel comme les noms propres. En effet, si un pronom personnel reprend un nom à déterminant zéro en emploi intentionnel comme ceux qui se trouvent dans les locutions verbales du genre : prendre soin, rendre justice, tenir rigueur, prendre partie etc., il dote ce dernier d'une extension. Cette extension n'est rien d'autre que la détermination qui donne au mot sa valeur référentielle. Mais, il arrive aussi qu'il maintienne l'emploi intentionnel et dans ce cas le nom n'est anaphorisé que pour ses propriétés sémantiques.

Ce changement qui s'opère dans la représentation, crée un décalage entre le mot représenté et le pronom. Ce genre d'anaphore non coréférentielle était encore présent dans la langue classique malgré l'intervention des remarqueurs comme Vaugelas qui s'y opposait.

« Il serait beau vraiment qu'on le vit aujourd'hui

Prendre loi de qui doit la recevoir de lui » 64

(Molière, L'école des femmes. v 1690-1)

« J'offenserais le Roi qui m'a promis justice.

Vous savez qu'elle marche avec tant de langueur »65 (Corneille, Cid 882.3)

Les pronoms la et elle dans ces exemples reprennent respectivement les mots loi et justice qui n'ont de sens dans leurs emplois que lorsqu'ils sont accompagnés de leur noyau verbal que sont successivement prendre et promettre (a promis). En faisant reprendre les termes non accompagnés de déterminants que sont ici les mots loi et justice par les pronoms la et elle, on crée un décalage entre le sens des antécédents et celui de la représentation qu'en font les pronoms. En effet, ces antécédents, dans les locutions verbales prendre loi et a promis justice expriment l'acte, le fait. Ils différent ainsi de la signification que leur donne le mot accompagné de déterminant dans la loi et la justice qui ici sont référentiels, représentant des institutions.

De même, le pronom personnel ne peut pas reprendre en français moderne un groupe nominal déterminé en en ôtant son extension, il y aurait alors anaphore non coréférentiels.

64-65 Exemples citée par Spillebout (G), Grammaire de la langue française du XVIIe siècle, Paris, Picard 1985. p 142

« De son bon goût, monsieur, nous voyons des effets

-où voyez-vous, monsieur, qu'elle l'ait si mauvais. »

(Molière, Fem. sav. v. 1347-8)

Dans cet exemple, le mot goût dans le groupe nominal son bon goût est repris dans le second vers par le pronom personnel élidé l' pour rendre l'expression verbale avoir mauvais goût dans laquelle le mot goût n'est pas déterminé.

Avec la classification qui opérée sur les pronoms personnels à l'époque classique, ces emplois non coréférentiels ont été condamnés par les grammairiens. Et par conséquent, ils n'ont pas survécu en français moderne. En ce sens, Brunot explique qu'  « en f .m, un nom pour être représenté, a besoin d'être accompagné de l'article ou d'un de ses équivalents. Cela veut dire qu'une expression verbale ou nominale une fois composée, on ne peut en détacher un élément, pour porter sur lui la pensée. »66

L'anaphore d'un nom à déterminant zéro est cependant restée un emploi fréquent dans la langue classique mais on le retrouve surtout avec les pronoms en et y qui ont de grandes capacités référentielles aussi bien en français classique qu'en français moderne.

« Ayez pitié de moi, Madame, lui dit-il, j'en suis digne ... »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.241)

« - Au nom de Dieu, lui dit-elle, laissez-moi en repos !

- Hélas Madame, répondit-il, je ne vous y laisse que trop ; de quoi pouvez-vous vous plaindre ?

(Id. ib. p.250)

(66) Brunot (F), La pensée et la langue, Paris Masson et Cie 3ème éd. 1936. P 173

Dans ces exemples les pronoms en et y anaphorisent des noms à déterminant zéro de manière coréférentielle en référant à un mot sans déterminant tout en le maintenant en emploi intentionnel dans une expression verbale : je ne vous y lisse que trop = je ne vous laisse que trop en repos. Il y a donc une saisie purement notionnelle du mot repos qui n'est pris que pour ses propriétés sémantiques et non pour une quelconque valeur référentielle.

Cependant le pronom en est aussi apte à faire une anaphore non coréférentielle sur un groupe nominal lorsqu'il reprend un nom déterminé en ôtant sa détermination ou lorsqu'il reprend un nom à déterminant zéro en le dotant d'une extension.

« (...) il feignit une grande passion pour la chasse et il en faisait des parties les mêmes jours qu'il y avait des assemblées chez les reines. »

(Id. ib. p.194)

Le pronom en refére au groupe nominal la chasse en ôtant l'extension du mot dans l'expression : parties de chasse.

« Si j'avais le courroux dont on veut m'accuser,

Je trouverais assez de quoi l'autoriser.

Vous en seriez trop digne, »

(Molière, Fem. sav. v.1167-9)

En reprend le courroux en ôtant son extension dans la locution adjectivale digne de courroux. Il en est de même en français moderne

« Vous m'avez l'air d'un fameux garde national ! (...)_ Je n'en suis pas ! »

(Flaubert, Educ. sent. p.63)

En reprend garde national sans la détermination.

Dans ces exemples il y a anaphore non coréférentielle. Il en est ainsi dans cet autre exemple

« Enfin une partie de la nuit était passée devant que M. de Nemours songeât à le laisser en repos.

Mme de Clèves n'était pas en état d'en trouver... »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.310)

Le pronom en reprend le mot repos employé dans une locution verbale en le dotant d'une extension à l'aide du partitif du (Madame de Clèves n'était pas en état de trouver du repos)

Le pronom en peut également en français classique comme en français moderne anaphoriser un groupe nominal en modifiant sa détermination.

2-2- L'anaphore non coréférentielle d'un nom déterminé par le pronom en en français classique et moderne.

Lorsque le pronom adverbial en représente un nom déterminé, il a la capacité d'en changer la détermination en passant du général au particulier en changeant le nombre du déterminant ou en passant d'un déterminant massif à un déterminant comptable et vice versa. Et dans ces cas l'antécédent et le pronom anaphorique ne représentent plus la même chose : Ils sont non coréférentiels

2-2-1 Le passage du général au particulier :

On obtient en général cet emploi lorsque le pronom en suivi de l'article un, reprend un groupe nominal.

« Il me tarde de voir notre assemblée ouverte

Et de nous signaler par quelque découverte

(...) pour moi sans me flatter, j'en ai déjà fait une ».

(Molière, Fem.sav.v.885-9)

Dans cet exemple en représente quelque découverte. Si on se limite à cela, on constate que le pronom est coréférentiel à l'antécédent. Cependant avec l'adjonction de l'article une, la détermination change et la représentation devient non coréférentielle.

Il en est de même :

« Quel malheur

Digne de nous troubler pourrait-on nous écrire ?

Cette lettre en contient un que vous pouvez lire »

(Id. ib. v. 1692-4)

« Mme de Chartres admirait la sincérité de sa fille, et elle l'admirait avec raison, car jamais personne n'en eu une si grande et si naturelle. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.150)

« Un jour, entre autre, on se mit à parler de la confiance. Je dis qu'il n'y avait personne en qui j'en eusse une entière; »

(Id. ib. p.217)

2.2.2 Le passage du singulier au pluriel :

Lorsque le pronom en reprend un groupe nominal singulier en ajoutant à sa suite un déterminant massif ou pluriel, on obtient également une représentation non coréférentielle.

« Le moindre solécisme en parlant vous irrite

Mais vous en faites vous, d'étranges en conduite »

(Molière, Fem. sav. v.553-60)

Dans cet exemple, en reprend le mot solécisme en changeant son article le singulier par de, article indéfini pluriel que l'on emploie devant un adjectif + nom à la place de l'article des.

« Il me tarde de voire notre assemblée ouverte

Et de nous signaler par quelque découverte

On en attend beaucoup de vos vives clartés »

(Molière, Fem. sav. v. 885-7)

Ici le pronom indéfini massif beaucoup s'ajoute au pronom représentant en pour modifier la détermination de l'antécédent quelque découverte. Et ainsi d'un nom singulier on passe à un nom pluriel.

De même en français moderne :

« Tu as une bonne tête, ma parole !

-Elle en a fait tourner quelques unes, repris le jeune magistrat, d'un air à la fois convaincu et vexé ».

(Flaubert, Ed. sent. p.191)

En anaphorise le mot tête en changeant l'article une qui l'accompagne en adjectif indéfini pluriel quelques-unes. Il opère alors une représentation non coréférentielle sur l'antécédent.

2.2.3 - Le passage du pluriel au singulier :

De la même manière que le pronom en peut faire d'un nom singulier une représentation plurielle, il peut aussi reprendre un nom pluriel par un groupe nominal singulier comme en témoigne l'usage en français classique comme en français moderne dans ces exemples.

«  Ce prince n'avait pas une fidélité exacte pour ses maîtresses ; il y en avait toujours une qui avait le titre et les honneurs ;

mais les dames que l'on appelait de la petite bande le partageaient tour à tour.

(La fayette, Pr. de Clèves, p.158)

Le pronom en refére à ses maîtresses en changeant la détermination en une.

« Elle interpella Frédéric pour savoir quelles jeunes personnes lui avaient plu. Il n'en avait remarqué aucune, et préférait, d'ailleurs, les femmes de trente ans. »

(Flaubert, Ed. sent. p.130)

Dans cette anaphore non coréférentielle du mot personnes par le pronom en, le déterminant singulier aucune ne se substitue au déterminant pluriel quelles.

Ces emplois non coréférentiels du pronom en sont très nombreux dans l'usage en français moderne où ce pronom bénéficie d'une très grande liberté par rapport aux autres pronoms personnels de la troisième personne. En effet, à partir du français classique, ces derniers ont commencé à connaître des emplois plus restreints.

Outre leur classification dans l'anaphore d'un nom, d'un adjectif ou d'un énoncé, les pronoms personnels sont aussi catégorisés dans leur aptitude à représenter soit un nom de personne ou de chose.

III. La représentation des personnes et des choses par le pronom personnel de la troisième personne :

Le pronom personnel il et ses variantes allomorphiques sont essentiellement employés pour représenter un nom de personne ou un animé. Cependant, ils sont aussi aptes à anaphoriser des noms de chose. En français moderne, on peut les classer en trois catégories suivant leur aptitude à reprendre ces noms de personne ou de chose.

* Les pronoms il(s), elle(s) ainsi que les compléments le, la, les, leur, se, soi et le pronom lui en position atone peuvent, selon leur emploi, représenter des humains ou des objets.

* Les pronoms accentués lui, elle et eux appuyés sur une préposition sont spécialisés dans la représentation humaine. Il en est de même lorsqu'ils sont en emploi emphatique. En ce sens, Brunot affirme, en parlant du pronom personnel elle, que selon Bouhours « au nominatif, elle convient aux personnes et aux choses, aux cas obliques, il n'en est pas de même, on dit pas d'un homme qui aime la philosophie : il s'attache à elle. »67 Cette restriction concerne également les pronoms lui et eux.

* La troisième catégorie que composent les pronoms en et y fait spécifiquement référence aux choses et aux animaux. Ils sont employés là où ces derniers ne peuvent être repris par le pronom lui, elle, eux précédés d'une préposition.

(67) Brunot (F.), Histoire de la langue française, T. IV, Paris, Armand Colin, 1966.p.880

« Mon coeur sur vos leçons veut régler sa conduite »

Et pour vous faire voir ma soeur, que j'en profite.

Clitandre, prenez soin d'appuyer votre amour... »

(Molière Fem. sav. v.171-3)

Le pronom en fait référence à vos leçons qui ne peut être repris par le pronom lui (de lui).

Ce classement rigoureux en français moderne a un peu diminué les capacités référentielles du pronom personnel de la troisième personne. En effet, en français classique, bien que ces spécialisations aient étés déjà recommandés par les grammairiens et les remarqueurs, ces pronoms personnels ont été employés de manière beaucoup plus libre. C'est pourquoi en étudiant la langue classique à travers les textes des écrivains de cette période, on a pu remarquer des emplois où des pronoms à référent humain se rapportaient à des antécédents non humains et vice versa.

3-1. Les pronoms soi, en et y représentant des noms de personnes :

En français classique comme en français moderne, le problème ne se pose pas avec les pronoms atones, il, elle, le, la, les, se, leur qui peuvent anaphoriser aussi bien les noms de personne que des noms de chose.

Quant aux pronoms personnels lui, elle, eux, soi précédés d'une préposition et les pronoms adverbiaux en et y, ils sont à l'origine de certains écarts dans l'emploi entre la langue classique et la langue moderne.

3-1-1 - Le pronom soi à la place de lui :

Le pronom soi était employé en ancien français pour assurer la réflexion du pronom personnel sujet de la troisième personne ou d'un groupe nominal équivalent. Il a servi dans beaucoup de cas où l'on trouve aujourd'hui le pronom réfléchi atone se comme en témoigne l'expression figée soi disant.

En moyen français, l'emploi de soi est petit à petit concurrencé par celui des pronoms.

Au début de la période classique, la spécialisation s'est faite dans son emploi. Il continue à être employé cependant pour la représentation des personnes et des objets mais de manière plus restreinte. En effet, le pronom soi est désormais, majoritairement réservé aux noms de chose et il continue à faire référence aux humains seulement dans les cas où l'antécédent est un pronom indéfini (on, chacun, nul, quiconque...) ou un groupe nominal indéfini.

-Soi référant à une chose 

« Qu'à donc le mariage en soi qui vous oblige ? »

(Molière, Fem. sav. V.7)

« Le savoir garde en soi son mérite imminent »

(Id. ib. v.1303)

-Soi référant à une personne

« Qu'est ce qu'à mon âge on a de mieux à faire

Que d'attacher à soi, par le titre d'époux

Un homme qui vous aime et soit armé de vous »

(Id. ib. V.20-1)

Le pronom soi qui a connu des restrictions dans la référence humaine à partir du XVIIe siècle, reprend dans cet exemple le pronom indéfini on.

Dans les cas où l'antécédent humain est défini, ce sont les pronoms lui, elle, eux (précédé d'une préposition) qui assurent la réflexion du mot.

« Il (le sage) se met au dessus de ces sortes d'affaires

Et n'a garde de prendre aucune ombre d'ennui

De tout ce qui n'est pas pour dépendre de lui»

(Id. ib. V.1546-8)

« L'on ne peut exprimer la douleur qu'elle sentit de connaître, par ce que lui venait de dire sa mère, l'intérêt qu'elle prenait à M. de Nemours : elle n'avait encore osé se l'avouer à elle même. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.169)

« Il était debout dans sa chambre, avec le visage furieux, marchant et s'arrêtant comme s'il eût été hors de lui-même. »

(Id. ib. p.182)

Les pronoms personnels fortes lui et elle sont ici employés pour assurer la réflexion des sujets déterminés à référence humaine

A ce propos, Brunot confirme l'emploi restreint de soi en émettant ces remarques : « Au pluriel d'abord, dès le commencement du XVIIe siècle, soi est hors d'usage. Au singulier avec un nom de personne, quand cette personne est indéterminée, la langue classique penche peu à peu vers le personnel : cet homme pense à lui plutôt que cet homme pense à soi. »68

(68) Brunot (F) La pensée et la langue, Paris, Masson et Cie1936. p.329

De même Bouhours remarque : « soi s'emploie en parlant de personnes, quand on parle d'une manière générale sans marquer une personne qui soit le nominatif du verbe. »69 Ce cas se justifie dans les exemples :

« Ce sont choses de soi qui sont belles et bonnes. »

(Molière, Fem. sav. V. 1278)

« (...) mais elle lui faisait voir combien il était difficile de conserver cette vertu que par une extrême défiance de soi-même. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.169)

Ici le pronom soi n'identifie aucun sujet comme étant son antécédent. Cependant, malgré les restrictions faites sur l'emploi de ce pronom réfléchi, on constate que dans les textes classiques, l'emploi de soi est resté, en concurrence avec celui des pronoms lui et elle qui, comme le font les pronoms de la première et de la deuxième personne moi et toi, assurent la réflexion de l'antécédent humain.

« Cet indolent état de confiance extrême

Qui le (Trissotin) rend en tout temps si content de soi-même »

(Id. ib. V. 255-7)

Soi renvoie ici à un référent humain bien déterminé, là où le pronom personnel lui est plus indiqué selon la règle de cette époque.

De même :

« Il n'est pour le vrai sage aucun revers funeste ;

Et, perdant toute chose, à soi même il se reste. »

(Molière, Fem. sav. V.1707-8)

(69) Bouhours (Père Dominique) Remarques sur la langue française p287-8, cf. Brunot (F), Histoire de la langue française, T.IV, Paris, Armand Colin, 1966.  p 861

Le pronom soi dans cet exemple serait aussi remplacé en français moderne par lui qui s'applique régulièrement à la représentation humaine dans des emplois de ce genre.

Cependant, si la règle en français, classique et en français moderne ne tolère pas l'usage du réfléchi soi à la place des personnels lui et elle, elle le recommande par ailleurs dans les cas où, selon Bouhours70, il pourrait y avoir équivoque.

En français moderne, soi est obligatoire « pour renvoyer à un sujet défini (...) toutes les fois que la forme non réfléchie serait équivoque : un homme de bien ne saurait empêcher par toute sa modestie qu'on ne dise de lui ce qu'un malhonnête sait dire de soi (La Bruyère). »71 En effet, ici, l'emploi de deux pronoms lui successifs non coréférentiels créerait une ambiguïté.

En dehors du pronom réfléchi soi qui reprend mal en français classique un antécédent défini humain, les pronoms adverbiaux en et y, que nous avons classé comme étant de préférence réservés aux objets et aux animaux en français moderne, ont eu une capacité de référence beaucoup plus élargie dans l'usage aux XVIIe siècle. Ils ont, eux aussi, malgré leur catégorisation, concurrencé avec les pronoms lui et elle dans la représentation des noms de personnes.

3-1-2- Les pronoms en et y avec un référent humain

Dans l'ancienne langue, les pronoms adverbiaux s'employaient pour les humains et les objets. Au XVIIe siècle, la spécialisation les a réduits à la représentation des choses, des animaux. Ce qui conduit les grammairiens et remarqueurs à blâmer les anciens emplois.

(70) Bouhours, Remarques, cf. Brunot (F) Histoire de la langue française, T.IV, Paris, Armand Colin, 1966. p. 862 

(71) Wagner (R.L.) et Pinchon (J). Grammaire du français classique .et moderne,. Paris édition Hachette 1962 p183

Selon la règle établie, à ce sujet, le pronom lui doit être pour les personnes et les adverbiaux en, y pour les choses : Cet homme est dangereux, il faut vous éloigner de lui ; mais ; ce terrain est dangereux, il faut vous en éloigner, il ne faut jamais y jouer.

Cependant, à cet époque, les emplois de en et y avec une référence humaine restent présents dans les textes de tous auteurs classiques.

* Le pronom en :

En français classique, ce pronom s'est référé à un antécédent humain pour exprimer la possession.

 « Et je lui veux faire aujourd'hui connaître

Que ma fille est ma fille, et que j'en suis le maître »

(Molière, Fem. sav. V. 703-4)

Le pronom en anaphorise le groupe nominal humain ma fille (je suis le maître de ma fille). Cette tournure n'est plus admise dans la syntaxe du français moderne où la représentation d'appartenance se fait au moyen des pronoms possessifs. Haase rapporte en ce sens que « Bouhours, qui seul se prononce sur ce point, exige son etc., lorsqu'il s'agit de personnes, et en lorsqu'il s'agit de choses. »72 C'est le cas dans :

« Je soutiens qu'on ne peut en faire de meilleur ;

Et ma grande raison, c'est que j'en suis l'auteur. »

(Molière, Fem. sav. V. 999-1000)

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