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La difficile percée d'une modèle alternatif dans les rapports Nord-Sud: Le cas de Songha


par Sophie Lavigne
Université du Québec à Montréal - Maîtrise 2005
Dans la categorie: Economie et Finance
   
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5.2 La troisième voie

La mission de Songhaï s'inscrit dans un modèle de développement particulier qui se formule comme suit dans sa charte :

Songhaï est une organisation destinée à créer un vivier socio-économique viable et son action porte sur le développement des capacités intérieures de l'Homme dans toutes ses dimensions culturelle, sociale, technique, organisationnelle, économique... pour que chacun retrouve une identité culturelle propre, afin de devenir acteur à part entière. Le développement de l'entrepreneuriat basé sur l'agriculture, en relation étroite avec un développement plus large touchant l'Industrie et le Commerce (Charte de Songhaï).

La mission de Songhaï parvient à se mettre en pratique d'après une définition du développement qui passe elle-même par un processus de prise en main que le fondateur exprime par le développement de la « troisième voie ».

Troisième voie, c'est notre voie. Elle commence à même un terrain que tu maîtrises avec la préoccupation de la population, mais sans fermer la fenêtre à des gens comme vous, des collaborateurs du Nord que l'on fait venir pour apporter la technique parce qu'il y a plusieurs paramètres. Mais cela doit se refaire à la seule condition que sur le terrain, les gens, les Africains soient déjà dans une logique de promotion... sinon ce serait l'érosion. Si la communauté n'est pas dans une logique de vision, de promotion, elle ne sera pas en marche et tous les apports extérieurs ne serviront à rien. Moi je sais ça (Entrevue Nzamujo, 2004).

La «troisième voie» dont Nzamujo nous parle s'inscrit dans le modèle de solidarité internationale où l'organisation des localités et la mise en place de structures communautaires et coopératives se font à même les collectivités et de leurs propres initiatives, avec l'aide de partenariats au Nord et au Sud. (Favreau, Larose et Fall, 2004, p. 17). Toutefois, la « troisième voie » de Songhaï emprunte aussi au modèle de coopération internationale en faisant appel aux expertises des professionnels du Nord afin de développer une technologie adaptée aux conditions et aux besoins des communautés. De plus, la « troisième voie » ne ferme pas la porte au réseau sectoriel gouvernemental, elle s'en accommode, car tous les appuis sont bons s'ils servent la cause de Songhaï.

On retrouve dans la charte de Songhaï cette même idée de « troisième voie » ou le modèle de développement solidaire :

SONGHAÏ valorise toutes les ressources en:

· puisant dans l'héritage culturel et de l'Afrique

· empruntant au monde occidental ses ressources

· combinant les deux pour inventer de nouvelles valeurs convenant à l'Afrique

· en développant une vision de l'avenir et en renforçant ses propres capacités pour générer des ressources à articuler avec le reste du monde, pour être connecté à la force productrice mondiale (Charte de Songhaï).

La « troisième voie», celle favorisée par le mouvement Songhaï représente à la fois une définition unique de la façon de faire du développement et la « philosophie » de Songhaï, son modèle de développement. C'est donc le point central de ce projet et il se définit sous plusieurs aspects. À l'intérieur même de Songhaï, il s'apparente au processus d'empowerment, d'entrepreneuriat, de réseautage et d'absorption sélective. L'absorption sélective serait de faire un tri, de sélectionner des techniques ou des programmes qui répondent aux besoins de l'Afrique et dans ce cas, au projet Songhaï, aux fermiers et aux populations qui sont dans un processus d'autopromotion. On prend ce qui est à l'extérieur et on le transforme pour qu'il soit adapté aux réalités locales.

La durabilité consiste en une communauté déjà en marche et qui a une capacité d'absorption sélective. C'est-à-dire, absorber à l'extérieur, mais sélectivement. Absorber des idées, mais sélectivement en fonction des programmes. Ça c'est important et c'est crucial... Donc, voilà ce que nous faisons, Songhaï fait ce qu'on appelle la troisième voie, la voie où tout le monde se rencontre sur un nouveau terrain, qui n'est ni l'Europe, ni l'Amérique, mais plutôt un terrain des Africains qui cherchent une nouvelle vie. Un terrain basé sur les réalités africaines ( Entrevue Nzamujo, 2004).

La « troisième voie » s'oppose à d'autres voies dont se distingue Songhaï.

Beaucoup de gens fréquentent et savent tout ce que les bailleurs de fonds, font en aval... tout est bien, on n'est rien, c'est vous, on va vous suivre sur vos projets. Donc, on n'a plus de repères nous même. J'appelle ça de la politique de pâturage. Pâturage comme des moutons... On va pâturer c'est le propriétaire de moutons qui dit : « Va pâturer là-bas ». C'est le pâturage du projet de cyber, du projet de femmes, du projet contre la pauvreté. On court après les projets pour avoir de l'argent. C'est ça qui est le plus fort et qui me dérange. Projet sectoriel Voilà (Entrevue Nzamujo, 2004)!

Cette autre définition du développement contribue à dresser le portrait de Songhaï, à nous faire saisir son modèle de développement et sa perception du développement. Songhaï se démarque par sa volonté de faire du développement à partir des besoins de ses populations. Lors de notre discussion avec le chercheur M. Dalohoun, il en est ressorti un exemple. Des organismes, comme OXFAM-Québec, demandent d'intégrer les femmes aux différents projets et Songhaï avait par le passé sélectionné plusieurs femmes pour la formation agricole. Malheureusement, ces femmes abandonnaient les cours après quelques semaines. Elles n'étaient pas intéressées à travailler aux champs ou à élever des animaux pour différentes raisons. Songhaï, suite à cette expérience, a introduit la transformation des aliments (biscuits, jus, confitures...) ce qui répondait plus adéquatement aux aspirations et aux réalités des femmes.

Les gens à la formation une année ils ont fait ça... c'est comme s'ils allaient dans les campagnes et dire aux filles venez, venez... et ils ne prennent pas en compte qu'une femme qui fait la formation, si elle ne trouve pas un mari agriculteur ou fermier comme elle, eh bien, après sa formation elle n'exercera pas. Il y a aussi ça, parce qu'après, si elle prend un mari qui est un agent de l'état un fonctionnaire, il va vivre en ville. Et le mari lui dit : « Tu veux faire ça ou tu me suis ». Donc, toutes les femmes, si elles n'épousent pas un fermier elles n'exercent pas, sauf un ou deux cas exceptionnels. Par ailleurs, il n'y a pas que le travail de la houe, il y a la transformation. Donc, Songhaï a dit pour cela nous allons vous orienter sauf si vous ne voulez pas, vers la transformation, car en ville vous pouvez faire la transformation. Ainsi, bien que les femmes doivent recevoir la formation de base, elles peuvent s'orienter dans la transformation, la fabrication des biscuits, des jus, et ainsi de suite (Entrevue Daniel Dalohoun, 2004).

Aujourd'hui les femmes sont plus nombreuses à Songhaï, que ce soit pour la transformation des produits, la restauration ou les télécommunications. Elles trouvent leurs places, mais elles ne représentent pas encore la moitié des élèves du Centre. Songhaï s'est associé au Projet de Promotion des Activités Économiques des Femmes dans le Département de l'Ouémé (PAEFO), un projet pilote initié par le gouvernement de la République du Bénin avec le soutien financier du Fonds africain de Développement. Songhaï participe donc à un projet sectoriel qui s'inscrit dans les politiques gouvernementales du Bénin et fait partie d'un plan de réduction de la pauvreté. Songhaï s'ajuste ainsi aux réalités de la coopération internationale ainsi qu'à celles des femmes et intègre différentes façons de les aider, en utilisant tous les leviers de financement et de réseautage existant. C'est un exemple concret d'absorption sélective qui prend les ressources là où elles sont, tout en les adaptant aux besoins.

D'une durée de trois mois pour les filles et d'un mois pour les femmes adultes en régime d'internat, cette formation, sanctionnée par une attestation de fin de formation, s'est tenue au Centre Songhaï dans la période allant d'avril 2001 à janvier 2002. Elle a permis de former 220 femmes et filles dont 45 jeunes filles et 175 dames dans les domaines de l'artisanat (Élevage de poulets locaux, de poules pondeuses, de dindons, de canards et d'escargots,) de la transformation agro-industrielle (pâtisserie, transformation de manioc en gari, transformation de noix de palme en huile, fabrication de sirop, de jus de fruits, de yaourt, de lait à base de soja, de confiture de fruits et bien d'autres boissons (L'Aigle de Songhaï, femmes, 2002, no 49).

La situation des femmes et des jeunes déscolarisés est précaire, car ces personnes représentent une grande portion de la population, souvent en situation de pauvreté. Le Centre, que ce soit par les projets de transformation agro-industrielle ou par une formation « sur le tas » adaptée aux jeunes, veut permettre à ces personnes non seulement d'améliorer leur situation, mais aussi de participer à la revitalisation de leur société et économie. Ce que vise Songhaï est la prise en main de la population, l'empowerment individuel et collectif est un facteur qui participe au déploiement du mouvement.

5.2.1 Le rôle de l'empowerment dans la «troisième voie»

Pour Nzamujo, le Fondateur de Songhaï, la population doit s'approprier son travail, son milieu et ses façons de faire. Le développement vient de l'intérieur et il va chercher à l'extérieur, de façon sélective, les techniques et les savoir-faire qui sont adéquats aux milieux et aux réalités des populations.

Donc, il faut que la population s'approprie... D'abord, il faut qu'elle commence à bouger et à voir qu'elle peut rencontrer des limites, limites techniques, limites organisationnelles, et là, la population fait un appel. Mais, elle fait ce qu'on appelle une absorption sélective (Entrevue Nzamujo, 2004).

Un article de L'Aigle de Songhaï va dans le même sens et démontre qu'il y a une réflexion sur le sujet, que le processus d'appropriation passe par un regard sur soi afin de transformer sa réalité.

Cette phase se traduit aussi par un mode de gestion, assez spécifique et original, érigé en règle d'or : « l'empowerment » (qui se traduit si mal en français « monté en capacité humaine »), qui met un accent beaucoup plus sur la responsabilisation, le sens du devoir, la culture du travail bien fait, la rigueur dans la discipline et l'épanouissement de tous. Cela a permis de créer un vivier de volontaires, déterminés à dépasser les contraintes sociales afin de les transformer en ressources pour apporter une solution à l'amélioration progressive des conditions de vie. C'est ce cadre normalement non institutionnel qui est à la base de la dynamique interne du système Songhaï (L'Aigle de Songhaï, administration, 2000, no 40-41).

Les bailleurs de fonds rejoignent la définition du concept d'empowerment de Songhaï et appuient la démarche. L'approche principale d'OXFAM-Québec dans le développement international est d'accroître l'empowerment des individus et des collectivités afin que le développement des communautés ou des localités soit durable.

Dans la promotion du droit à la dignité humaine à l'époque de la mondialisation, notre approche est centrée sur l'« empowerment » des gens qui vivent dans la pauvreté. Notre approche repose sur le principe que les gens sont responsables d'assurer leurs droits et les droits des autres, et qu'ils doivent s'affranchir des effets d'une mondialisation qui leur est étrangère. Nous considérons que la valeur éthique qui doit servir de fondement à la citoyenneté mondiale est inscrite dans l'idée contemporaine que la prospérité des uns ne peut pas avoir pour cause la pauvreté des autres et selon laquelle nul ne peut être libre sans l'autre (http://www.oxfam.qc.ca).

USAID dans l'un de ses accords signés avec Songhaï avait comme objectif la création d'une formation qui permettrait d'accroître l'empowerment.

Create a formation of a cadre of elite, ambitious, motivated practical people, who have a clear vision for the socio-economic development of society, who will be called to serve as catalysts in the heart of the decentralized communities. ln addition to having mastered the technical knowledge, these leaders will also be able to mobilize people and bring them together in the process of producing wealth. Put in place infrastructures, organizations and the extension support to create an enabling and empowering environment (i.e., an arena that is meant to generate not just knowledge but transfer it into action that will produce wealth (Centre Songhaï-USAID, 2002).

L'empowerment est un des fers de lance du développement de Songhaï qui est appuyé par les bailleurs de fonds internationaux. De plus, l'empowerment façonne la mission de Songhaï qui est de changer les mentalités parce qu'il contribue à former des leaders qui assureront un développement durable. Un autre facteur important va favoriser l'autopromotion individuelle et sociale, c'est l'entrepreneuriat.

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