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Agriculture et croissance économique au Cameroun


par Hervé BELLA
Institut Sous-régional de Statistique et d'Economie Appliquée (ISSEA) - Ingénieur d'Application de la Statistique 2009
Dans la categorie: Economie et Finance
   
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CHAPITRE II : SITUATION DU SECTEUR AGRICOLE CAMEROUNAIS DEPUIS 1960

La politique économique au Cameroun depuis son indépendance en 1960, a toujours accordé une place particulière au secteur agricole. Les autorités camerounaises se sont depuis rendues à l'évidence que la voie du développement économique passe par le développement de l'agriculture. Ceci parce que cette activité a toujours été la principale en milieu rural, milieu qui reste le plus concerné par le faible niveau des revenus ainsi que la précarité des conditions de vie. Toute politique d'amélioration des conditions de vie de la population passe par l'augmentation de la productivité agricole. Ce secteur a occupé depuis 1960, plus de 40 % de la population active.

L'élaboration de la politique économique au Cameroun n'a pas toujours été homogène depuis son accès à l'indépendance, elle a connu un certain nombre d'étapes :

· une phase de planification allant de 1960 jusqu'au milieu des années 1980. Durant cette phase, des plans quinquennaux étaient exécutés. Au total six plans quinquennaux ont été mis en oeuvre dont cinq sont arrivés à terme, le sixième ayant été interrompu par la crise économique du milieu des années 1980. Cette période de l'histoire du Cameroun fut marquée par une prépondérance de l'État dans le déroulement de l'activité économique ;

· la phase de la libéralisation. Suite à la crise économique, le gouvernement, conjointement avec le Fond Monétaire International (FMI) a mis en place les Programmes d'Ajustement Structurels (PAS). L'État camerounais a du se désengager de l'activité économique afin de laisser les règles du marché la réguler. Quelques années après le début de l'exécution des PAS, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a prôné le libre échange et l'ouverture des frontières. Des restrictions quantitatives (RQ) sur certains produits étrangers ont été levées.

· Dans le prolongement des PAS, le Cameroun a atteint le point de décision de l'Initiative Pays Pauvre Très Endettés (IPPTE) en 2000 dont le point d'achèvement a été atteint en avril 2006. Avec cette initiative, une nouvelle orientation a été donnée à la politique économique avec notamment la rédaction en 2003 du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP).

La politique agricole a logiquement connu des changements durant ces différentes phases de l'évolution institutionnelle du Cameroun. D'abord marquée par la forte présence de l'État en amont et en aval de l'activité agricole durant la phase de planification, elle a connu un démantèlement de l'activité étatique avec les PAS et la Nouvelle Politique Agricole (NPA) mise en place dès 1990.

Il sera présenté dans ce chapitre les différents traits marquants de la politique agricole au cours de ces périodes.

2.1 Plans quinquennaux et politique agricole camerounaise

Cinq plans quinquennaux ont été complètement exécutés au Cameroun depuis 1960. Les périodes d'exécution de ces plans ont été les suivantes :

· de 1960 à 1965 : premier plan quinquennal dont l'objectif était de doubler le PIB par tête en 20 ans ;

· de 1966 à 1971 : deuxième plan quinquennal avec un accent sur l'amélioration du niveau de vie de la population des zones rurales ;

· de 1971 à 1976 : troisième plan quinquennal dont l'objectif principal était l'accroissement de la production et de la productivité agricole. À cet effet, plus de la moitié des investissements avaient été destinés aux projets agricoles directement productifs;

· de 1976 à 1981 : quatrième plan quinquennal dont l'objectif majeur était l'accroissement du taux de croissance du PIB par tête d'au moins 5 %. Durant ce plan, la majeure partie des investissements a été consacrée à l'infrastructure rurale, à l'économie rurale et à l'énergie ;

· le cinquième plan quinquennal a été mis en oeuvre durant la période allant de 1981 à 1986. Il visait également l'augmentation du revenu réel par habitant afin de donner un nouveau visage au Cameroun des années 2000. Une place de choix était également accordée au secteur agricole ;

· Le sixième plan quinquennal a été un mort né. Son interruption a été provoquée par la crise économique survenue en 1987 au Cameroun et le début en 1988 de l'exécution des PAS sous l'aide du FMI et la BM.

Le contexte économique de cette période imposait l'agriculture comme un pilier du développement de l'économie camerounaise. En effet, l'agriculture exige pour son expansion, relativement moins de moyens que le secteur industriel par exemple. De plus, le matériel dont ont besoin les paysans pour pratiquer des activités agricoles est facilement mobilisable sur place. Ainsi, au lendemain de son indépendance l'activité agricole possédait pour le gouvernement camerounais un avantage comparatif sur les autres secteurs dans la mise en place d'une politique économique de développement. Car elle restait pratiquée par une grande partie de la population et l'incidence d'une amélioration de la situation de cette activité aurait des effets plus marquants sur la population.

Dans chacun de ces plans quinquennaux donc, l'agriculture ressort comme un des principaux éléments sur lequel devait se baser le développement économique. Les objectifs de ces plans seront centrés sur le secteur agricole ainsi que les stratégies de développement rural. Le deuxième plan quinquennal a même été baptisé "plan du paysan". Les buts visés ont été globalement les mêmes durant les quatre premiers plans quinquennaux. Ils peuvent se résumer par les éléments suivants :

· l'augmentation de la production agricole tant vivrière qu'industrielle ;

· l'amélioration de la productivité dans le secteur agricole ;

· l'amélioration des revenus du monde rural ;

· le développement des structures de transformation locale ;

L'analyse de la politique agricole au Cameroun au cours de cette période de planification se fera en examinant les différents acteurs du secteur agricole et leurs rôles respectifs, le mode par lequel s'est opéré le financement de l'activité agricole ainsi que la politique commerciale, l'accès aux intrants et le volet formation et recherche.

2.1.1 Les acteurs du secteur agricole

Plusieurs acteurs aux rôles divers intervenaient dans le secteur agricole camerounais avant la phase de libéralisation à savoir l'État, les sociétés de développement, les missions de développement, les organismes coopératifs, les organismes financiers.

2.1.1.1 L'État

La politique agricole s'inscrivait dans le plan global de développement de l'économie camerounaise. Les administrations sectorielles, dont celles traitant des problèmes agricoles, préparaient des documents qui étaient consolidés par une commission nationale de planification qui en assurait la cohérence et élaborait le plan. Deux départements ministériels étaient impliqués dans l'élaboration de la politique agricole :

· un ministère en charge des questions relatives à la production végétale : le ministère de l'agriculture ;

· un ministère en charge des questions liées au développement des productions animales: le Ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries Animales.

Durant cette période des plans quinquennaux, l'État est fortement impliqué dans l'élaboration et la mise en oeuvre de la politique agricole. Il est présent dans les différentes phases de l'exécution de celle-ci. Il s'engage dans les opérations de production, de distribution, de commercialisation, et la recherche. Son souci était d'assurer l'encadrement gratuit des agriculteurs de la production à la commercialisation, y compris le financement. Pour la commercialisation, les prix d'achat aux producteurs pour certaines productions étaient administrés par l'État. L'État s'était ainsi constitué maître d'ouvrage et maître d'oeuvre comme le relève ONDOA (2006). Les destinataires des différentes mesures de politique agricole en l'occurrence les agriculteurs avaient une marge de manoeuvre très réduite pour influencer la conception de la politique. La politique agricole impliquait beaucoup plus les fonctionnaires que les producteurs. Et même lorsque l'État mettait en place des coopératives pour accompagner les paysans, le rôle de ces associations de paysans était d'aider les fonctionnaires à mieux gérer leurs activités.

Les ministères de l'agriculture et de l'élevage disposaient de structures déconcentrées qui fournissaient un encadrement aux paysans : distribution gratuite des intrants, centres de stockage, centre de conseils et de vulgarisation.

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