WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

Rôle des langues dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants

( Télécharger le fichier original )
par Sylvie ROBERT
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 1 Français Langue Etrangère 2009
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
  

précédent sommaire suivant

B- Le sentiment d'être étranger en France comme en Italie

Le fait de quitter son pays est presque toujours un déchirement. Jusqu'en 1960, les Italiens qui ont quitté l'Italie, l'ont fait par nécessité. Beaucoup rêvaient d'économiser pendant quelques années en France puis de regagner leur pays. Or, à leur arrivée, ils n'ont pas trouvé la vie meilleure et plus facile qu'ils imaginaient. Mais malgré les difficultés et les sacrifices, en France, il y avait du travail pour eux. Les sentiments qu'ils nourrissent à l'égard de leur terre natale sont donc ambivalents : la souffrance de l'exil les amène parfois à haïr leur patrie ou, au contraire, à en conserver un souvenir nostalgique dans les moments difficiles.

Beaucoup d'immigrés arrivés en France au début du XXème siècle sont retournés en Italie suite aux violences xénophobes ou parce qu'ils ont été expulsés au moment de la 1ère guerre mondiale. Le retour au pays ne s'est pas toujours bien passé, comme en témoigne une dame interviewée par Guy Girard :

" -1 la guerre de 14, ils ont été expulsés en Italie et maman elle disait toujours qu'ils avaient

été très mal reçus, parce qu'ils disaient « Vous venez manger notre pain, retournez en France !»

Ce témoignage ne suffit pas pour affirmer que les retours dans la mère-patrie se sont toujours mal passés, mais il est intéressant parce que nous notons que le reproche adressé aux parents de cette dame est exactement le même que celui que les Français faisaient aux immigrés italiens en période de crise. Ceux qui se sont sentis

rejetés en France, puis en Italie, dans leur propre pays, se sont sentis apatrides, indésirables où qu'ils aillent.

Dans les années 60, l'amélioration du niveau de vie des ouvriers permet aux immigrés de retourner dans leur village natal au moins une fois par an.

Ils effectuent souvent le voyage en voiture, symbole de leur réussite dans le pays d'accueil. Après la souffrance de l'exil forcé et les sacrifices qu'ils ont faits pour faire vivre leur famille et envoyer un peu d'argent en Italie, ils éprouvent le besoin d'une reconnaissance de leur réussite.

Mais le retour au pays s'accompagne souvent de la prise de conscience que rien n'est plus comme avant. En vivant en France et en s'efforçant de s'intégrer à la société française, les immigrés se sont ouverts à une nouvelle culture, ils portent à présent un autre regard sur les choses qui les entourent, ils ont adopté un autre mode de vie, une autre façon de penser. L'éducation donnée aux enfants par exemple est souvent moins traditionaliste, moins rigide. Ils ont alors conscience de n'être plus tout à fait les mêmes, se sentent différents de leurs parents et amis.

Les signes extérieurs de leur réussite (certains ont réussi à se construire une maison, possèdent une automobile, leurs enfants font des études plus longues) suscitent des jalousies et des réflexions désagréables :

"Adesso sei ricco, sei un Signore"67

La modernisation et l'industrialisation n'ayant pas touché le Sud de l'Italie, ils ont l'impression de replonger dans le passé. Les enfants sont encore plus sensibles à la différence, ils se sentent souvent étrangers à ce monde si éloigné de leur univers quotidien, d'autant plus s'ils n'y ont jamais vécu ou trop peu pour s'en souvenir.

Le témoignage de Salvatore Maggiore nous donne le point de vue d'un enfant de retour en Sicile avec ses parents pour les vacances :

"Au cours de ce même été, les parents instituèrent cette espèce de longue transhumance, le retour au pays pour les congés payés. Ces voyages entrepris chaque année se transformaient en véritables expéditions. Dans des trains bondés, surchargés de bagages, ils passaient la quasi-totalité du trajet debout ou couchés dans le couloir. Ces séjours ne coûtaient presque que le prix des billets, à tarif réduit du reste, et quelques kilogrammes de sucre, de café et plaques de chocolat, en échange de l'hospitalité familiale. Le gamin en garda un mauvais souvenir et une très grande aversion pour les voyages en train.

Il s'ennuyait à mourir dans ce pays qui n'était plus le sien, où les seules occupations consistaient à rendre visite à la famille et aux amis"68.

67 Maintenant tu es riche, tu es un Monsieur?

L'attitude des habitants du village envers les anciens enfants du pays, partis travailler ailleurs, accentue parfois leur sentiment d'étrangeté. Il arrive en effet qu'ils les désignent par leur nouvelle nationalité "Voilà, les Américains, les Suisses, les Français !" ou qu'ils leur fassent remarquer qu'ils ont oublié leur dialecte natal.

C'est ainsi que les immigrés, après s'être sentis étrangers dans leur pays d'accueil, le deviennent aussi un peu dans le village où ils sont nés.

Néanmoins, la grande majorité des représentants de la 1ère génération que nous avons interrogés considère l'Italie comme son pays.

Aucun d'entre eux ne se sent différent au point d'affirmer que l'Italie est devenue pour eux un pays étranger. Bien qu'ils aient conscience d'avoir changé, de porter un autre regard sur leur ville ou leur village natal, c'est là que se trouvent leurs racines.

68 Salvatore MAGGIORE, Logotomie, paroles d'immigré, deuxième partie, [consultée en ligne], http://ulysse51.over-blog.com/article-29278494.html

II.2. La langue, élément fondateur ou simple constituant de l'identité?

précédent sommaire suivant