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L'analyse de l'opération de rapatriement ou opération baliste pendant la crise israélo-libanaise de 2006.

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par Axel Patinet
IEP de Lille - Master de communication publique 2006
  

Disponible en mode multipage

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Axel Patinet

Séminaire de recherche : nationalismes, identités et conflits

Mémoire

Le drapeau Libanais comprend 3 bandes horizontales rouge (sacrifice), blanche (paix) et rouge, avec un cèdre vert (symbole du Liban) au centre .Ce drapeau a été crée en 1943.

La géographie

La république libanaise se situe en bordure de la Méditerranée, entre l'Etat d'Israël au sud et la République syrienne au nord et s'étend sur 10452 kilomètres carrés. La géographie du territoire est très montagneuse et la plaine côtière, d'environ deux cents kilomètres de long, est étroite et les sommets de la chaine montagneuse côtière atteignent plus de 2500 mètres en certains endroits. Derrière cette chaine, se trouve la plaine fertile de la Bekaa, à 800 mètres d'altitude, bordée à l'est tout au long de la frontière avec la Syrie par la chaine aride de l'Anti-Liban.

La population

En raison des problèmes communautaires, l'Etat, depuis 1932, n'a plus effectué de recensement de la population. Les chiffres qui existent sur la population libanaise et la population étrangère au Liban sont donc tous des estimations. On estime le nombre de Libanais résidant en permanence au Liban à environ trois millions de personnes, soit le même chiffre, qu'en 1975.Le nombre d'étrangers varie lui entre un et deux millions de personnes et on peut penser qu'il y a au moins 250000 Palestiniens et entre 600000 et 700000 Syriens. La population du Liban est fortement urbanisée; avant la guerre, Beyrouth et son agglomération comptaient déjà environ un million de personnes; les troubles de la guerre civile ont entrainé un redéploiement de la population de Beyrouth vers les périphéries.

Le taux d'urbanisation est de 60 %, le taux d'alphabétisation est lui de 80% .L'espérance de vie est en moyenne de 67 ans.

Il existe une importante communauté française au Liban puisque il y a plus de 14500 immatriculés dont 90 % de binationaux.

L'organisation politique et administrative

Le Liban est une république parlementaire dont la Constitution a été établie le 23 mai 1926.Elle s'inspire de la Constitution française de la IIIème république en 1875.Conformément à l'article 95 de la Constitution, les hautes fonctions civiles et militaires dans l'administration sont réparties entre les notables des différentes communautés religieuses. La communauté maronite qui bénéficiait d'une prédominance dans les répartitions communautaires a vu sa situation décliner depuis les accords de Taif en 1989.1Désormais les communautés musulmanes sunnite et chiite ont établie leur prédominance dans la gestion du Liban.

La langue officielle est l'arabe et tous les documents officiels sont obligatoirement rédigés dans la langue nationale. Le français se maintient comme seconde langue bien que fortement concurrencé par l'Anglais.

Le pays est divisé en six grandes préfectures appelé mohafazat et chaque préfecture est elle même subdivisée en arrondissements (qada). (cf. carte administrative annexe 1)

Il n'existe pas de religion d'Etat, mais seuls sont reconnus par l'Etat et protégés les pratiques des communautés religieuses considérées comme « historiques » depuis un arrêté du haut commissaire français en 1936.On dénombre légalement dix sept communautés mais seules sept apparaissent de taille suffisamment importantes pour être significatives politiquement. Il s'agit des communautés maronites, sunnites, chiites, grecques orthodoxes, grecques catholiques, druzes et arméniennes. (cf. carte des communautés annexe 2)Cet ordre communautaire constitue le fondement de l'ordre public au Liban; les registres d'état civil sont tenus par l'Etat mais ils doivent porter mention obligatoirement de l'appartenance à une communauté religieuse. Chaque communauté possède ainsi ses propres tribunaux pour juger des affaires de statut personnel. Les chefs religieux des communautés disposent de plusieurs privilèges de type protocolaire. Depuis Juillet 2005, le premier ministre est Monsieur Fouad Siniora.

Les principales forces politiques du pays

Les principaux partis politiques existants au Liban sont : le Parti Kataëb (principal parti maronite), le Bloc national (Chrétiens), le Parti National Libéral (maronite - Dory Chamoun), le Parti socialiste progressiste (druze, M. Walid Joumblatt), Amal et Hezbollah (partis chiites).

L'analyse de l'opération de rapatriement ou opération Baliste pendant la crise israélo-libanaise de 2006.

Apres les événements dramatiques qu'a connus le Liban de la mi juillet à la mi-aout 2006, j'ai décidé d'étudier plus spécifiquement les conditions de mise en place de l'opération de rapatriement dit opération « Baliste ».Nous avons tout d'abord pensé choisir comme thème de mémoire la politique étrangère de la France durant ce conflit en essayant ainsi de mettre en lumière les relations étroites qui prévalaient entre ces deux pays. Seulement, nous pûmes constater que le thème retenu était beaucoup trop vaste et ainsi quasi impossible à analyser de manière précise et pertinente. Mes recherches se sont donc focalisées sur un seul aspect de la politique étrangère menée par la France : le rapatriement de ses ressortissants encore présent au Liban lors du déclenchement du conflit entre Tsahal1(*) et le Hezbollah.2(*)

L'opération de rapatriement ou d'exfiltration a débuté le 14 juillet 2006 pour s'achever un peu plus d'un mois plus tard le 16 aout 2006.Cette période de temps correspond en fait à la première phase de l'opération dite phase d'urgence ; elle a permis d'effectuer « une assistance au départ volontaire des ressortissants souhaitant quitter le Liban ».La deuxième phase de l'opération Baliste que nous n'aborderons pas dans cet exposé est une phase dite de reconstruction du pays. Pendant cette période, les militaires engagés dans l'opération Baliste ont non seulement aidé la FINUL II à se déployer (transport des éléments du génie, débarquements à Naqoura et à Beyrouth), mais ils ont également participé à la surveillance des approches maritimes du Liban, ont construit des ponts Bailey et lancé une coopération bilatérale avec l'armée libanaise .Nous ne focaliserons ici donc seulement sur la première phase de l'opération Baliste.

Cette opération m'est apparue intéressante à étudier pour un certain nombre de raisons. Sur le plan théorique tout d'abord, l'analyse de l'opération me permettra de mieux comprendre la prise de décision politique, le déroulement et l'application d'une politique publique. Ainsi, je tenterai de mettre en lumière ici la pluralité des acteurs institutionnels et politiques qui ont contribué à l'élaboration d'un programme d'action ainsi que de sa mise en place. L'opération baliste est également digne d'analyse de par son envergure très importante puisqu'il s'agit du plus important rapatriement de civils depuis la seconde guerre mondiale.3(*)Il faudra, par cette analyse rendre compte de la complexité de l'opération et de mettre ainsi en avant ses différents aspects politiques, diplomatiques, économiques, logistiques et sanitaires. Enfin, ce rapatriement mérite car il est le révélateur d'une tradition diplomatique d'un pays, d'une histoire commune. L'opération baliste illustre ainsi la volonté française de préserver son influence sur la scène diplomatique internationale et notamment dans le Proche -Orient et au Liban mais il révèle également les liens profonds qui unissent le pays de Cèdre et la France. L'opération baliste, si elle s'inscrit dans le cadre d'un conflit spécifique, fait également parti d'un processus historique plus large partant du mandat de la France au Liban dans les années 1920 ,à l'indépendance du pays en 1943 jusqu'à la guerre civile qui déchira le pays pendant les années 1980.La particularité de cet état tampon et multicommunautaire qu'est le Liban devra donc constituer la toile de fond d'analyse du mémoire. Si je n'analyserai pas la société libanaise ni les relations privilégiées que ce pays a entretenu avec la France, ces éléments doivent cependant être pris en compte pour mieux comprendre toutes les particularités de l'opération de rapatriement.

Je tenterai d'analyser ici l'opération baliste selon une double approche conceptuelle : à la fois une étude en termes d'analyse de politique publique, toute politique étrangère étant une politique publique ; et une analyse s'appuyant sur les différentes théories des Relations Internationales existantes. En ayant cette double approche, nous espérons mieux rendre compte de la complexité du phénomène décisionnel, des contraintes bureaucratiques et organisationnelles nationales mais aussi de la difficulté d'agir et de décider pour les acteurs institutionnels sur la scène internationale. La problématique centrale sera donc de se demander de quelle manière la théorie des RI, l'analyse en terme de politique publique peut elle nous aider à mieux comprendre la prise de décision politique qui a amené à l'opération de rapatriement dit opération baliste .Comment donc et par qui se sont effectuées ces prises de décision et comment ont-elles été appliquées ?Enfin, existe-t-il une véritable adéquation entre les objectifs définis et ceux réellement atteints dans le cadre de l'opération ?

Il nous faut définir les termes de notre sujet ainsi que les principaux concepts que l'on va évoquer pour mieux établir ainsi les bases de notre raisonnement. Tout d'abord les principaux termes de notre sujet. Qu'est ce qu'une opération de rapatriement ? Un rapatriement correspond à «  un renvoi dans sa patrie par les soins des agents consulaires »4(*)

Il existe plusieurs types de rapatriement ; ici, le rapatriement des ressortissants français correspond à un rapatriement volontaire. Conformément à la convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 aout 1949, le rapatriement volontaire correspond au désir de l'individu ou de son gouvernement alors qu'il peut exister des rapatriements effectués uniquement sur le désir de la puissance détentrice.

Le terme de « politique étrangère » ne figure pas dans l'intitulé du sujet mais il nous faut néanmoins le définir car il est en fait sous entendu ; en effet, l'opération baliste correspond à une facette de la politique étrangère de la France au Liban, politique étrangère qui elle-même appartient au domaine des politiques publiques. On peut définir une politique étrangère comme « l'instrument par lequel un Etat tente de façonner son environnement politique international ».5(*)L'analyse de la politique étrangère occupe ainsi une place très importante dans les divers débats sectoriels existants au sein de la discipline des RI. Autrefois défini comme la « seule partie de l'activité étatique dirigé vers le dehors »6(*),nous devrons désormais situer notre analyse dans une perspective prenant plus en compte l'existence des ONG, des diplomaties infra- étatiques, des politiques étrangères appartenant à la sphère de décision européenne et des organisations internationales tel que l'ONU .

Enfin, il faut replacer dans son contexte l'opération baliste en la situant dans le cadre plus large d'un conflit, celui opposant le Liban à Israël.

Le conflit se situe dans une phase de crise. Comment peut-on définir une crise ? Etymologiquement, une crise signifie « jugement », « décision », puis par extension la phase décisive d'une maladie. Hors du domaine médical, le terme de crise revient à désigner l'idée de trouble, les situations de déséquilibre profond voire de désordre (politique, géopolitique, économique).

Je reviendrai brièvement sur le conflit sans apporter de développement trop long car là n'est pas le sujet de mon mémoire. Cependant, le conflit constitue un élément important car il est l'événement qui motive la décision de l'opération baliste.

La crise israélo libanaise est un conflit armé qui débute le 12 juillet 2006 et qui oppose Israël au Liban, principalement des forces armées comme le Hezbollah de Hassan Nasrallah7(*), et dans une moindre mesure, l' armée libanaise. Une trêve correspondant à la résolution 1701 de l' ONU est intervenue le 14 août, au moment le plus intense des affrontements armés.

Le conflit a été déclenché suite à un accrochage entre le Hezbollah et l' armée israélienne à la frontière, qui a abouti à la capture de deux soldats israéliens en vue de les échanger, comme ce fut le cas plusieurs fois, avec des prisonniers libanais en Israël, et à la mort de huit autres. Cette attaque intervient au 18e jour de l' opération Pluie d'été8(*) menée par les Forces de défense d'Israël contre les activistes du Hamas qui a touché surtout les infrastructures palestiniennes et la population dans la Bande de Gaza. Une tentative de sauvetage des soldats par un commando de Tsahal échoue et conduit à la mort de cinq autres soldats israéliens.

Suite à ces évènements, Israël décide de lancer l'opération «Juste Rétribution» renommée depuis «Changement de Direction», qui s'étend sur tout le Liban hormis le Chouf, fief traditionnel des druzes. Pour Israël, il s'agit d'éradiquer les implantations du Hezbollah au Liban, capables de tirs de missiles, nombreux et de longue portée depuis le retrait israélien de 2000 et qui fait usage de ses roquettes contre le tiers nord du territoire israélien.(cf cartes du conflit en annexe 3,4 et 5)

Les conséquences de cette opération du côté libanais sont: plus de 1000 morts civils dont 30% d'enfants de moins de 12 ans; une majorité des infrastructures du pays détruites de nombreux quartiers résidentiels rasés; une marée noire en Méditerranée; des opérations qualifiées de crimes de guerre par Amnesty International dans les villages du Sud, comme celui de Marwahin. Cet organisme dénonce les dégâts excessifs causés aux civils et à l'infrastructure civile. Israël explique que le Hezbollah a sa part de responsabilité dans ces destructions en se cachant parmi les civils qu'il prend comme bouclier humain.

Du côté israélien, plus de 400 morts ont été recensés et plus de 500000 personnes ont fuit le nord du pays à cause des tirs de roquettes du Hezbollah. Ces munitions n'étant pas guidées, elles ont été dénoncées par Amnesty international comme étant des armes sans discrimination, ce qui constitue un crime de guerre et ce d'autant plus qu'elles étaient conçues pour optimiser les dégâts infligés à la population.

L'armée israélienne annonce avoir tué 320 combattants du Hezbollah . Le Hezbollah annonce lui la perte de 62 combattants . En décembre 2006, plusieurs mois après la fin du conflit, un représentant important du Hezbollah reconnait la mort de 250 combattants présentés fièrement comme des martyrs tandis qu'Israël déplore la mort de 159 Israéliens dont 39 civils en 34 jours de combats. 9(*)

Nous avions souligné dans notre problématique que nous aurions recours principalement à deux sous disciplines de la science politique que sont la théorie des Relations Internationale et l'analyse en termes de politiques publiques.

La définition de la théorie des RI pose tout d'abord problème dans la mesure où il s'agit d'une discipline assez récente. Toute science sociale doit se caractériser par deux traits fondamentaux qui sont une démarche scientifique reconnue et un objet d'étude déterminé. Or, ce double pré requis est sujet à de multiples controverses. Certains auteurs tels que Ferguson et Mansbach 10(*)souligne ainsi les interrogations qui soulève l'adjectif « international » qui, selon eux, ne se définit que négativement par opposition au national. Ils en concluent ainsi à l'impossibilité d'établir une quelconque théorie des relations internationales. Cependant, cette assertion mérite discussion. Il nous faut donc revenir sur la genèse de cette discipline et délimiter son objet d'étude.

L'adjectif international a été créé par le philosophe utilitariste anglais J.Bentham au XVIIIème siècle.11(*)Il a été le premier à prendre conscience de la mutation profonde que constitue l'apparition des Etats -nations et l'augmentation concomitante des transactions et échanges transfrontaliers entre eux. Le mot international se popularisant, il a désormais une autre signification que celle proposée par Bentham. Selon lui, l'Etat est le seul sujet du droit international et international est donc alors synonyme d'interétatique. De nos jours cependant, sa position apparait stato- centré et n'est plus considéré que comme une perspective parmi d'autres au sein des Relations Internationales. On considère désormais en effet que les RI désignent l'ensemble des relations qui se déroulent au delà de l'espace contrôlé par les Etats pris de manière individuelle, quelque soit la nature de l'acteur concerné par lesdites relations et quelque soit la réalité de ces relations (qu'elles soient de nature économiques, diplomatiques, militaires, etc.)12(*)Il existe néanmoins un postulat qui est celui de la structure anarchique de l'environnement international et qui constitue ainsi un critère de délimitation des RI.

La discipline académique apparait en tant que telle aux lendemains de la première guerre mondiale lorsqu'il est apparu véritablement nécessaire de développer une étude scientifique de la politique internationale. Il s'agissait alors de comprendre comment un conflit d'une telle ampleur avait pu éclater et d'éviter, dans le futur, des conflits de même type. Il va alors se développer à l'intérieur de la discipline de nombreux débats inter paradigmatiques entre libéraux, marxistes et réalistes. Il n'y a donc pas une mais des théories des relations internationales. La vocation des Relations Internationales n'est donc pas de fournir une vérité définitive sur l'état du monde mais plus simplement de proposer des concepts, des problématiques permettant de mieux comprendre les grandes tendances du monde contemporain.

L'analyse en terme de politiques publiques s'avère enfin utile dans la mesure où elle permet de mieux comprendre et appréhender le résultat de l'action gouvernementale, ses processus et acteurs. Elle permet également de mettre à jour le processus décisionnel, processus qui nous intéresse particulièrement ici pour analyser la prise de décision de l'opération baliste par les autorités françaises. Une politique publique peut se définir comme « le produit de l'activité d'une autorité investie de puissance publique et de la légitimité gouvernementale ».13(*)Une politique publique comprend cinq caractéristiques principales : un contenu, un programme, une orientation vers des buts énoncés, un facteur de coercition (l'acte public repose sur une coercition qui est celle du monopole de la force) et un ressort social (une politique publique se définissant par son ressort, par les ressortissants dont ses actes vont affecter les comportements, la situation.) Les outils d'analyse de cette discipline permettent également de structurer l'approche que nous allons avoir de l'opération baliste.

Ainsi, on se focalisera successivement sur l'émergence d'un problème public, ici le sort des français au Liban puis la prise de décision publique en soulignant qu'elle constitue une réalité multiple et complexe dépendant à la fois de la rationalité de l'acteur, des contraintes du rôle et des contraintes organisationnelles et du style décisionnel. Enfin, nous étudierons la mise en oeuvre de l'opération baliste en distinguant le processus de la mise en oeuvre avec ses prescriptions et objectifs et la structure de la mise en oeuvre ou système d'action réel.

L'opération baliste étant un événement récent, il n'y pas de productions scientifiques l'analysant. Cependant, une abondante littérature existe concernant l'environnement proche de cette opération. Plusieurs thèmes se dégageant de ce sujet on fait l'objet d'une production savante: la politique étrangère de la France au Proche Orient, le processus décisionnel de l'acteur politique, les théories des politiques publiques expliquant la rationalité de l'acteur, les différentes étapes d'une politique publique(reconnaissance d'un problème, mise sur l'agenda, application, terminaison, etc.) les théories des RI quant à la différence entre politique intérieure et politique étrangère et enfin les analyses socio-historiques sur le Liban.

Celles-ci sont assez nombreuses et l'on peut citer notamment les ouvrages des spécialistes reconnus George Corm et Joseph Chami sur l'histoire du Liban14(*), ceux traitant de la vie politique et constitutionnelle de Antoine Messara15(*)et enfin ceux plus spécifique relatif aux différentes communautés du pays de Pierre Dib.16(*)L'histoire des rapports France -Liban nous servira de mise en perspective historique de l'opération de rapatriement qui ne pourra être traité de manière a-historique.17(*)En effet, il faudra inscrire notre travail sur l'opération de rapatriement en prenant en compte la dimension historique de la diplomatie française au Liban.

Les théories des RI bien que discipline récente présentent aussi une littérature importante. Les ouvrages concernant les différentes théories en présence sont incontournable notamment ceux de Dario Battistela et de Philippe Braillard.18(*)Les débats autour du secteur que constitue la politique étrangère dans le champ des relations internationales sont nombreux également et les oeuvres de Holsti, Allison19(*) constituent des études pionnières dans ce domaine.

L'analyse des politiques publiques comportent elle aussi de nombreux ouvrages. Si ce champ des sciences politiques a été tout d'abord dominé par la pensée d'auteurs américains, il existe un renouveau de la discipline en France depuis les années 70 avec les travaux fondateurs de Mény, Thoenig et de Michel Crozier.20(*)Les analyses établis par Mény et Thoenig nous aideront ainsi à mieux comprendre les processus d'émergence, de formulation, d'adoption, de mise en oeuvre et d'adoption de l'opération baliste par les autorités publiques françaises.

L'analyse que nous allons donc développer ici sera innovante à plusieurs titres. Tout d'abord, de par le fait que l'opération baliste n'a jamais été étudiée et mis en perspective en tant que tel ; de plus, nous adopterons ici une approche pluridisciplinaire en croisant la vision de la théorie des RI et celle plus stato -centrée des politiques publiques. L'apport de notre travail sera ainsi de mettre en valeur les mécanismes de la décision politique dans le cadre difficile du conflit entre Israël et le Liban dans la région du Proche Orient, zone de surcroit, de fortes tensions internationales. Si l'analyse de la prise de décision politique en matière de politique étrangère a déjà été traité, l'innovation de notre approche sera de prendre plus en compte les considérations internationales par le recours à la théorie des RI ainsi que des rapports très spécifiques qu'entretiennent la France et le Liban. Il existe donc une nouveauté du sujet abordé ainsi que de la méthode adoptée.

Les principales sources que nous utiliserons seront les allocutions et discours de M. Douste Blazy, ministre des Affaires Etrangères, de M. Chirac, président de la république et Mme Alliot Marie, ministre de la Défense, M. Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et de M de Villepin, Premier ministre. Nous analyserons ces documents en ayant recours à une théorie du discours diplomatique pour mettre en lumière leur force légitimante et la manière dont ils traduisent la volonté politique française.21(*)Nous aurons également comme source les comptes rendus, rapports officiels émis par les différents ministères concernés dans la décision et la mise en place de l'opération baliste (à savoir, Ministère de la Défense, de la Santé, des Affaires Etrangères, de l'Equipement).A cela, s'ajoutera le recours à l'analyse des travaux des Assemblées (Sénat et Assemblée Nationale) tels que les rapports de la commission des A.E, des groupes d'amitié franco-libanais et des débats parlementaires. L'analyse d'articles de la presse nationale (quotidiens, hebdomadaires) sera également utile pour mieux rendre compte de la retransmission des événements et de la prise de conscience d'une situation problématique.

Plus entretiens............

Dans cette première partie consacrée aux origines de l'opération baliste et à l'identification de la crise, nous analyserons les éléments principaux qui ont amené à une prise de conscience des autorités publiques quant à la nécessité d'un rapatriement. Nous analyserons ainsi le rôle des médias et de l'opinion publique dans la mise sur agenda de cette opération de rapatriement. Puis, nous étudierons l'identification de la crise du point de vue officiel et institutionnel. Il s'agira de garder ici en mémoire l'histoire de la politique étrangère française au Proche Orient et au Liban et de voir comment l'identification de cette crise spécifique peut s'inscrire dans le temps long et donc dans une certaine tradition diplomatique.

Dans la deuxième partie sur la prise de décision politique et l'action diplomatique française, nous développerons une problématique liée à la place du M.A.E22(*) dans le processus décisionnel en matière de politique étrangère. Il faudra ainsi se demander si le M.A.E a été fortement concurrencé dans la prise de décision politique de l'opération Baliste. Même si il existe une pluralité d'acteurs impliqués dans le processus de décision, il faudra souligner dans cette partie l'importance d'un « milieu décisionnel central » selon l'expression de M.C.Kessler.23(*)

Enfin, dans une troisième et dernière partie développant la mise en place de l'opération, nous nous interrogerons sur l'implémentation en opérant une distinction entre l'approche prescriptive et sectorielle de type top-down et l'approche plus systémique et politique24(*).Il s'agira donc de rendre compte de la réalité de la mise en place de l'opération en se focalisant sur deux aspects du rapatriement : la logistique, l'organisation et l'humanitaire.

I) Aux origines de l'opération baliste : identification de la crise

En inscrivant notre analyse sur l'opération baliste dans une optique d'analyse en termes de politique publique, il apparaissait essentiel de commencer notre exposé par l'identification de la crise. Pour quelles raisons et à la suite de quelles conditions le gouvernement français a t'il été conduit à mettre en place l'opération Baliste ? Cette phase correspond à celle définie par Charles O.Jones dans ses travaux sur l'élaboration d'une grille d'analyse séquentielle d'une politique publique.25(*)Cette phase correspond à l'identification d'un problème par le système politique qui exige un traitement spécifique et s'inscrit sur l'agenda d'une autorité publique. Le cadre de référence d'une analyse en termes de politiques publiques ne devra pas être néanmoins appréhendé de manière trop linéaire et rigide ; l'utilité de la grille de Jones est qu'elle correspond à un processus de cycle fonctionnant de manière plus ou moins bouclé sur lui-même.

Nous distinguerons trois types d'acteurs dans la reconnaissance de la crise : les médias, l'opinion publique à travers le rôle joué notamment par les associations libanaises en France et enfin les autorités publiques françaises. La constitution d'un référentiel de crise n'est pas le seul fait du chef de l'Etat puisque la presse, l'opinion publique, les groupes d'intérêt, les experts jouent un rôle significatif dans l'élaboration d'une « matrice cognitive et normative ».26(*)Celle ci permet ainsi une reconnaissance de la crise et par la suite suggèrent des types d'action souhaitables.

A) Reconnaissance d'une situation problématique (celles des ressortissants français au Liban)

Nous allons voir tout d'abord le rôle joué par les médias dans l'identification de la crise au Liban et l'influence qu'ils ont pu avoir sur la mise en place de l'événement sur l'agenda politique. Sous le terme de « médias », nous n'étudierons en fait ici que la presse écrite à travers des articles publiés dans la presse quotidienne nationale ainsi que ceux publiés dans la presse hebdomadaire nationale (L'Express, Le Point, Marianne).

1) Les médias : retransmission des événements et informations sur la situation

Nous aurons recours ici à l'analyse d'articles de journaux de la presse quotidienne nationale française (Le Monde, Le Figaro, L'Humanité) des hebdomadaires français ainsi que du seul journal francophone du Liban : l'Orient, le jour. Il faudra souligner ici les points communs et les divergences qui existent entre ces journaux de tendances politiques différentes.

La presse Française a en fait peu relayé les événements dramatiques qui se sont déroulés au Liban à partir de Juillet 2006 ; les préoccupations d'ordre national apparaissaient alors plus importantes et l'opération baliste en tant que tel avec le rapatriement des français n'a pas été fortement médiatisée. Un tournant dans le traitement de l'information est cependant perceptible après le bombardement de Cana, le 30 juillet 2006 .La souffrance de la population civile libanaise et du sort des rapatriés a été enfin décrite et l'accent sur l'aspect humanitaire déjà mis depuis quelques jours par certains médias français a été renforcé(la une de Libération titrait ainsi le 20 juillet : « le Liban appelle au secours »).La diplomatie française était également présente et analysée dans un processus de reconnaissance de la crise. Ainsi, Libération titrait le 18 juillet « Villepin, opération Beyrouth »et le Monde faisait sa une le même jour sur « Paris affiche sa solidarité avec le Liban ».Mais le problème est que la guerre du Liban et le rapatriement des ressortissants français intervient en plein milieu de l'été et les journaux français n'entendaient pas bouleverser leur couverture estivale. Début d'aout, l'Express sur « vacances de gauche, vacances de droite ».Seule l'hebdomadaire, Marianne a pris le risque de titrer : « Israël, Les conséquences d'une catastrophe. »

Cependant, on peut trouver traces dans les journaux d'informations sur cet événement. Il apparait que dans le recensement des articles de journaux que nous avons effectués, le quotidien Le Monde est celui qui accorde le plus d'articles à la crise israélo-libanaise et aux dangers auxquels sont confrontés les ressortissants français présents au Liban. Cependant, il faut relativiser cette large couverture médiatique par le fait que Le Monde soit le principal quotidien français d'actualité ce qui peut expliquer le plus grand nombre d'articles consacrés au sujet par rapport aux autres quotidiens. ......................

Enfin, nous verrons dans la partie suivante un nouveau traitement de l'actualité par internet avec l'émergence des blogs, articles et forums d'associations de libanais en France. Ceux ci constituent autant de témoignages de citoyens libanais résidant en France qui contribue à la reconnaissance de la crise d'une manière différente et complémentaire de celle donnée par les médias classiques.

2) L'opinion publique : le rôle d'une histoire commune et des organisations libanaises en France.

L'opinion publique joue elle aussi un rôle important dans la mise en place d'un problème sur l'agenda politique. Nous nous éloignerons ici de la perspective de Snyder, Bruck et Sapin qui soulignent le fait que « seuls les détenteurs de responsabilités officielles au sein d'un gouvernement doivent être considérés comme décideurs ou acteurs. »27(*)Ceux-ci émettent une distinction entre les acteurs majeurs (« senior players ») et les acteurs mineurs (« junior players ») qui sont les groupes d'intérêt, l'opinion publique. Pour ces auteurs, seuls les « seniors players »(les autorités publiques légitimes) ont une véritable influence dans la reconnaissance d'une crise. Ce postulat réaliste du non prise en compte de l'opinion publique en politique étrangère est donc à réfuter. Si nous partons de l'hypothèse que les gouvernants souhaitent rester au pouvoir, il apparait qu'ils ne peuvent ignorer l'opinion publique. Les études de K.Gaubatz et de J.Mueller28(*) soulignent le fait que le président doit tenir compte du contexte international mais aussi de l'environnement politique et de son environnement personnel (niveau de soutien de l'opinion publique, image du chef de l'Etat) Cette analyse se vérifie dans la réalité notamment dans le cadre de notre analyse de l'opération baliste. Il apparait, en effet, que les choix de la France à travers principalement les choix de Jacques Chirac et Philippe Douste Blazy ont été influencés orientés par l'opinion publique française.

Comment celle-ci s'est elle structurée ? Celle ci est apparue déterminée en grande partie par deux facteurs : l'histoire mutuelle des deux pays en tant que matrice inconsciente et modelant la reconnaissance de crise (vitesse de réaction, ampleur de celle-ci) et l'organisation de la communauté libanaise en France à travers des associations s'exprimant sur des blogs et des forums. Il faut souligner tout d'abord la spécificité des rapports entre la France et le Liban. Cette spécificité est due à une longue histoire commune et comme le déclarait le général de Gaulle" Les Libanais sont le seul peuple dont jamais, à aucun moment, le coeur n'a cessé de battre au rythme de celui de la France » En effet, les relations entre la France et le Liban sont beaucoup plus que des relations amicales entre deux nations proches culturellement et historiquement. Ce sont des relations quasiment charnelles. Sans même remonter au roi Saint Louis ou même à Napoléon Bonaparte qui accueillit une délégation libanaise en s'exclamant : « Vous êtes Français de temps immémorial », il suffit de rappeler qu'en mai 1940, lors de l'effondrement de l'armée française face au blitzkrieg allemand, les cloches ont retenti à travers le Mont-Liban pour exprimer le chagrin du peuple libanais.

L'opinion publique française a donc de manière générale une tendance à se sentir concerné par les problèmes pouvant survenir au pays du Cèdre. Il existe une réactivité plus grande à l'égard de ce pays si proche de la France. La spécificité de ces rapports peut s'expliquer aussi par l'importance de la communauté libanaise en France. Celle-ci a joué un rôle non négligeable dans la prise de conscience de la crise dans l'opinion publique en France. Selon certaines estimations, la communauté comprendrait entre 200 000 et 250000 membres.29(*)Ce chiffre se fonde sur la prise en compte de la simple immatriculation dans les consulats de Paris et Marseille .Cependant, il est certain que si on inclut de nombreux double nationaux non immatriculés sans compter ceux ayant peut pris quelques distances avec leurs origines, la réalité est sans doute plus proche de l'estimation haute. La majorité de la communauté libanaise (plus de 50%) se concentre dans la région parisienne suivi par la région PACA avec environ 15% puis par la région Rhône -Alpes autour de 10%.La communauté apparait assez structuré de par ses nombreuses associations et a permis ainsi de relayer la voix des libanais de France à propos du conflit et du rapatriement des ressortissants. Il faut garder en mémoire en effet que près de 70 % des personnes rapatriés étaient des binationaux ayant la double nationalité française et libanaise. La voix de la communauté libanaise s'est exprimée principalement à travers plusieurs canaux associatifs. Il faut ainsi citer le Groupement Interprofessionnel Franco-Libanais (GIPFL), l'AULF (Association des Universitaires Libanais en France), l'Association Médicale Franco-Libanaise et le RPL (Rassemblement Pour le Liban) .Le RPL mouvement créé en 2005 se fixe comme engagement notamment de renforcer les liens séculaires entre les deux pays et de soutenir le développement de la francophonie. Cela n'a pas empêché cette association d'être très critique à l'égard du gouvernement français pointant les retards et hésitations Jacques Chirac au début de la crise.

L'association a ainsi souligné a multiples reprises sur ses forums et communiqués « l'urgence de la situation » et la nécessité d'un rapatriement « massif et rapide de tous les français et libanais encore présent sur place et étant en véritable danger »30(*).Le GIPFL abondait lui aussi dans ce sens a travers ses communiqués sur le site BSS(Beyrouth Sur Seine) en rappelant la longue tradition française en matière de politique étrangère dans les pays arabes et en particulier au Liban. Jouant sur l'emphase et le lyrisme, les communiqués du site au début de la crise rappelaient la nécessité d'une intervention française pour préserver « la grandeur millénaire de la France et du Liban. »31(*)

L'AULF a sans doute présenté les critiques les plus vives à l'égard du gouvernement Français. Pour beaucoup de ces étudiants libanais, le gouvernement français a manifesté un trop vif parti pris à l'égard d'Israël en légitimant l'intervention de Tsahal au sud -Liban. Sur les forums de discussion, on accusait ainsi souvent la France de se situer dans le sillage de la politique étrangère de G.W.Bush au Proche Orient. Ce sont surtout les déclarations de Nicolas Sarkozy le 17 juillet 2006 qui ont provoqué la colère de nombre d'internautes sur le forum de l'AULF .Le ministre de l'intérieur avait alors déclaré sur TF1 que dans le conflit entre le Liban et Israël, « il y a un agresseur », ajoutant, « cet agresseur, c'est le Hezbollah qui se comporte de manière invraisemblable ».Cette déclaration avait été comprise alors par beaucoup d'étudiants libanais comme une prise de position claire en faveur d'Israël.

Il apparait intéressant de noter que seule cette association a très peu évoqué le rapatriement des ressortissants français mais s'est en fait plus focalisé sur le conflit Israélo-libanais en lui-même.

De manière générale cependant, la communauté libanaise est apparue assez mobilisée sur la question du rapatriement rappelant sans cesse les liens forts qui prévalaient entre les deux nations. Elle a ainsi profondément influencé la perception de la crise dans l'opinion publique. L'aspect affectif et émotionnel s'est retrouvé dans nombre de discours officiels français. Nous allons analyser plus en détail le contenu de ces discours dans notre troisième point.

3) Les institutions publiques

Les autorités publiques françaises constituent le troisième acteur impliqué dans l'identification d'une situation de crise. Ici aussi, nous tenterons de dépasser le paradigme réaliste tel qu'il peut exister chez Morgenthau32(*) , le père fondateur du courant réaliste moderne. Il postule notamment que les Etat nations s'incarnent dans la figure du chef de l'exécutif. Il existe ainsi chez Morgenthau le présupposé d'un homme d'Etat omniscient. Or, il apparait qu'il existe une pluralité d'acteurs politiques et non politiques (comme nous l'avons vu précédemment) impliqués dans l'identification de la crise.

Nous allons étudier tout d'abord les déclarations officielles du chef de L'Etat puis celles des autres principaux acteurs impliqués dans la reconnaissance de la crise : le Ministre des Affaires Etrangères, le Ministre de la Défense et enfin le Ministre de l'Intérieur.

Dans un discours à la presse au palais de l'Elysée le 19 juillet 200633(*), Jacques Chirac fait le point sur la situation au Liban. Plusieurs axes de son discours apparaissent ici intéressant et s'inscrive dans l'optique d'une reconnaissance de la crise par la plus haute autorité de l'Etat Français.

Il met en avant tout d'abord les conditions essentielles d'un retour à la paix : libération des soldats israéliens retenus par le Hezbollah et rétablissement de la stabilité et de la souveraineté. Le deuxième axe important concerne le volet humanitaire et englobe ainsi le rapatriement des ressortissants français. Jacques Chirac souligne ici la volonté de la France en déclarant : « Dans ce contexte, la situation humanitaire nous préoccupe énormément. C'était l'objet de la réunion de ministres que je viens de tenir ».

Enumérant les problèmes variés d'insécurité, de destruction des infrastructures du pays, le président de la République rappelle publiquement le soutien indéfectible de la France à l'égard du Liban. Il parle ainsi d »un appel à l'aide »auquel la France répondra. Mais son discours se veut également plus précis sur les moyens qui seront mis en oeuvre puisqu'il parle de la mise en place d'un système de rapatriement des français et franco libanais qui souhaitent rentrer. Ce système sera basé par un transport par bateau entre la ville de Larnaka à Chypre et Beyrouth au Liban.

Si le président ne cite pas le nom de l'opération baliste, il l'inscrit dans une optique de trêve humanitaire ainsi que d'une mise en place de corridors humanitaires à l'intérieur du Liban et entre le Liban et l'extérieur. Si ce discours apparait assez sobre sur le plan de la forme se limitant à l'énoncé des actions prévus ,il apparait néanmoins que Jacques Chirac use parfois d'un registre plus sentimental. Ainsi, il répète à deux reprises que la crise actuelle »nous préoccupe énormément », phrase qui tente de contredire ainsi les critiques à l'égard de la lenteur de réaction du gouvernement français à propos de la crise. De plus, il conclue sur une note vibrante en déclarant que la France « y met tous ses moyens et tout son coeur ».

Cette implication quasi personnelle du chef de l'Etat soulignant fréquemment qu'il s'agit d'un problème qui lui tient à coeur et mettant en avant les liens proches de la France et du Liban peuvent nous amener à penser que la politique étrangère de la France à l'égard du Liban relève d'une « relation spéciale »34(*)comme on pu souvent en parler pour décrire les relations anglo -américaines.

Il nous faut maintenant analyser les autres déclarations des acteurs impliqués dans la reconnaissance de la crise.

Il y a tout d'abord les déclarations du ministre des Affaires Etrangères, Philippe Douste Blazy ainsi que les communiqués du porte parole du quai d'Orsay. Le ministère des Affaires Etrangères joue un rôle central dans la reconnaissance de la crise car il a une mission d'information du président de la République et du gouvernement sur l'évolution de la conjoncture internationale et la situation dans divers pays étrangers. Le MAE est donc en première ligne lorsque la sécurité de ses ressortissants est en jeu. Ainsi, dès le 13 juillet 2006, P. Douste-Blazy annonce la mise en place d'une cellule de crise qui sera ouverte le lendemain matin.

Le même jour, le porte parole du quai d'Orsay déclare que les ressortissants souhaitant quitter le pays doivent s'inscrire à l'ambassade de France à Beyrouth. C'est effectivement l'ambassade qui assure la coordination des demandes. Ceci souligne l'implication dans son ensemble du dispositif diplomatique français à travers l'action du M.A.E mais aussi de son ambassade au Liban ainsi que du Consulat général de la France au Liban. La reconnaissance de la crise est donc assurée par l'ensemble des organes du M.A.E pour ainsi mieux mettre en oeuvre l'opération baliste. La communication du M.A.E s'opère ainsi selon une double approche : à la fois recueillir les informations et les diffuser par soucis de transparence et d'information pour les citoyens. Mais cette communication qui existe à travers le rôle des allocutions du ministre ou celles du porte parole du ministère doit également être dirigé vers le gouvernement et au sein même du ministère dans le souci d'une meilleure coopération pour la décision de l'opération baliste. En effet, la structure complexe de l'administration centrale du M.A.E (cf. annexe 6 : organigramme du M.A.E) implique une parfait circulation de l'information à tous les niveaux. La reconnaissance de la crise est ici donc interne (et non plus externe comme on l'a vu auparavant et adressé aux citoyens de manière générale) et s'adresse aux composantes du gouvernement français ainsi qu'aux différentes directions du ministère des Affaires Etrangères.

En effet, un des devoirs les plus importants du M.A.E est de fournir aux autorités, dans les délais les plus brefs une information sure et précise sur les événements internationaux.

Il nous fait ainsi étudier la reconnaissance de crise par la DCI, direction de la communication et de l'information qui est chargé de collecter les diverses dépêches d'agence. Cette information sera par la suite traitée, analysée et critiquée pour pouvoir être utilisée par les diplomates ainsi que les autres composantes du gouvernement français. Une bonne transmission de l'information apparait ici essentielle pour une reconnaissance adéquate de la crise qui prenne en compte tous les aspects du problème lié à la situation des ressortissants français présents au Liban. Il s'agit ainsi de considérer les rapports France-Liban, le fait que le conflit s'inscrive dans une zone déjà soumise à des hautes tensions géopolitiques. La bonne réussite de l'opération dépend donc beaucoup de la manière dont sera traité les informations par le M.A.E et de quel façon ils considéreront et analyserons la crise. Le rôle de la DCI a été ainsi particulièrement important pour la communication de crise en Juillet 2006.Il a ainsi été mis en place un système de permanence-physique 24h /24 au bureau des dépêches, téléphonique 24h/24 pour un adjoint au porte -parole-et d'astreinte pour les metteurs en ligne du site internet du M.A.E.35(*)Elle a du ainsi adapter ses procédures pour ce moment fort de l'actualité ou il existait une réelle menace pour la sécurité physique des ressortissants français.

Apres avoir vu l'identification de la crise par le président Jacques Chirac qui souligne lui le rôle de la France à l'égard d'un pays « ami » et celui du M.A.E au niveau de la transmission d'informations, il nous faut maintenant voir l'apport du ministère de la Défense.

Celui-ci doit a pour responsabilité une autre facette de l'opération baliste qui est celle de la logistique et de la gestion des moyens militaires qui seront mis en oeuvre. La déclaration par une brève du ministère le 18 juillet 2006 fait donc référence à la prise en compte de la situation : « (...) considérant la situation actuelle au Liban et afin d'assurer la sécurité des ressortissants, les moyens militaires suivants, jusqu'à présent sous alerte sont mis en place(...) ».A la suite le communiqué indique l'appareillage du BPC Mistral36(*) et de la frégate anti-aérienne Jean Bart37(*). A ces moyens matériels s'ajoutent des moyens humains puisque la brève indique à la fin que le ministère de la Défense mobilisera 1500 hommes afin d'assurer la sécurité des ressortissants et leur rapatriement dans de bonnes conditions jusqu'en France.

Les différents acteurs impliqués dans cette reconnaissance de la crise développent chacun leur propre approche. Ainsi, si les communiqués du président de la République rappelle avec une certaine émotion les liens forts qui existent entre France et Liban, ceux du M.A.E et du ministère de la Défense apparaissent beaucoup plus lapidaires et se limitant au stricte énoncé des faits. Il n'en reste pas moins que le sentiment d'amitié qui pouvait s'exprimer informellement à travers les associations libanaises en France se retrouve dans une certaine mesure au plus haut niveau de l'Etat preuve que la diplomatie ne peut se départir totalement d'un certain sentimentalisme.

B) Formulation d'une action (étude des solutions possibles)

En nous fondant encore ici sur le cadre conceptuel d'analyse fourni par les travaux de Jones38(*), nous aborderons la deuxième phase dans le processus d'une politique publique ; celle de la formulation des solutions ou les réponses sont étudiées, négociées, élaborées pour établir par la suite un cours d'action par l'autorité publique. Ces tractations aboutiront ainsi à la proposition d'une réponse.

Cette formulation de l'action sera ici appréhendée à travers le rôle de trois acteurs institutionnels français agissant dans le cadre de l'opération baliste: le gouvernement, le président de la république et les assemblées qui regroupent le Sénat et l'Assemblée Nationale.

1) Le gouvernement

L'étude de solutions adaptées à la situation de crise au Liban s'est déroulée le 17 juillet à Matignon suite aux déclarations du président de la république Jacques Chirac. Il y a été tenu une réunion de crise avec les ministres concernés par l'évacuation des français, a savoir M.Douste -Blazy, ministre des Affaires Etrangères et Mme Alliot Marie, ministre de la Défense.M.de Villepin était également présent puisque en tant que chef du gouvernement, il se doit de coordonner l'action des différents ministères impliqués dans l'opération Baliste. A cette date, le Liban était en situation de quasi blocage depuis qu'Israël avait lancé une offensive mercredi après l'enlèvement de deux soldats par le Hezbollah. Il est apparu très tôt la nécessité vitale de rapatrier les français aux yeux du gouvernement français. Sous la demande du chef de l'Etat, M.de Villepin a ainsi opté pour le choix de « l'initiative et de l'action » selon ses propres mots.

Les solutions se présentant ainsi au gouvernement français était limité puisque la seule issue viable et effectivement applicable sur le terrai pour la sécurité des ressortissants est apparu très tôt être le rapatriement des français. Cependant, cette solution s'est inscrite, selon M. De Villepin dans « la recherche constante d'une solution politique crise à la crise, en maintenant un dialogue étroit entre les deux parties »(les deux parties étant ici Israël et le Liban).

Le choix du rapatriement a donc du tenir compte à la fois de l'attente des citoyens français désireux dans leur ensemble que la France défende ses intérêts tout en promouvant son adhésion à une vision d'un ordre nationale juste fondé sur le respect de l'identité et du droit des peuples et d'un dialogue constructif avec les autorités libanaises et israéliennes.

On ne peut ainsi donc réduire le choix du rapatriement à son aspect logistique. Si il apparait que le rapatriement par voie navale puis aérienne était le plus judicieux, cette solution s'inscrit dans une optique plus large de politique étrangère de la France dans la région .La solution adoptée répondant ainsi aux critères français de préservation de son influence au proche orient ,de son prestige international et de la satisfaction des attentes de son opinion publique nationale. La solution de l'opération baliste parait ainsi confirmée l'analyse de Karl Hosti qui avait déterminé que tous les Etats contemporains recherchent les mêmes objectifs de base en matière internationale : la sécurité, l'autonomie, la prospérité et le prestige.39(*)

Chacun de ses objectifs transparaissent ainsi dans les déclarations du premier ministre Français. Ainsi, sécurité concernant le sort des ressortissants français au Liban, autonomie de la France avec ses partenaires de la communauté internationale mettant en avant selon M. De Villepin « ses liens qui unissent la France et le Liban, liens anciens et profonds, nourris par l'histoire et la culture », prestige surtout en présentant l'attachement profond de la France au droit et à la sécurité collective et se situant dans la continuité de la politique étrangère de la France dans le monde arabe.

La solution adoptée répond ainsi à l'idée que la France se fait de sa place, de ses intérêts et de ses devoirs dans le monde. Elle s'inscrit dans « une recherche de rang » (search for rank) selon l'expression de Madicris.40(*) Nous développerons cet aspect de manière plus approfondie dans la deuxième partie de notre exposé.

2) Le président de la République

Dans une lettre adressée le 20 juillet 2006 à M. Marti Vanhanen, premier ministre de la Finlande et alors président en exercice de l'Union Européenne, le président de la république français Jacques Chirac aborde la question de la situation humanitaire au Liban et dans les territoires palestiniens. Il y explique que l'urgence de la situation est telle que la France a opté très rapidement pour le choix du rapatriement volontaire des français résidants au Liban. Il ajoute que ce dispositif de rapatriement constitue « notre premier devoir ».

La solution adoptée par Jacques Chirac apparait conditionnée par deux facteurs principaux : la situation de crise et les expériences précédentes en matière de rapatriement menées par la France. Etant donné le contexte de tensions important et les risques encourus par les ressortissants, il était important d'établir un rapatriement extrêmement rapide. J.Chirac souligne ainsi lors d'une conférence de presse le 21 juillet 2006 que la marine nationale dispose d' « une grande réactivité » ce qui lui permet de mettre en oeuvre des moyens importants dans la résolution de la crise.

De plus la solution du rapatriement a été adoptée car la marine nationale bénéficie en la matière d'une solide expérience. En effet, la marine conduit de manière très régulière des opérations de type « RESEVAC » à savoir d'évacuation rapide par la mer de groupe de ressortissants nombreux et dispose parfois de forces repositionnées à cet effet comme ce fut le cas dans le golfe de Guinée dans le cadre de la mise en place de l'opération Licorne.41(*) Cette compétence particulière été connue du chef de l'Etat qui a opté pour un rapatriement mixte combinant voie navale et aérienne. Le rapatriement par voie navale apparaissait ici plus efficace pour le rapatriement de Beyrouth à Larnaca, zone ou les conflits étaient en fait les plus intenses. L'évacuation aérienne dans cette zone aurait été fortement compromise et aurait pu mettre la vie des ressortissants en danger. De plus, les bâtiments amphibies utilisés dans le cadre de l'opération baliste tels que le BPC type Mistral ou le TCD type Foudre42(*) ont été conçus spécialement pour ses missions spécifiques de rapatriement par mer.

3) Le travail des assemblées : Sénat et Assemblée Nationale

L'élaboration de la politique étrangère française ne se fait pas sous le signe d'un véritable équilibre des pouvoirs. En effet, l'initiative, la reconnaissance de crise se fait sans conteste en faveur du président de la République et du gouvernement. L'analyse de l'opération baliste avalise ce constat d'une faible importance des assemblées. Cependant, il apparaissait intéressant d'analyser le rôle qu'on pu jouer les deux assemblées dans l'étude des solutions possibles. Nous ne nous intéresserons pas ici au contrôle parlementaire a posteriori 43(*)qui concerne les liens entre parlement et engagements internationaux notamment la ratification des traités.

Notre analyse se focalisera ici sur l'étude des travaux de la commission des Affaires Etrangères du Sénat et de l'Assemblée Nationale, sur les questions des parlementaires et sur les comptes rendus des débats parlementaires.

Le poids des commissions au sein des assemblées est de manière générale assez faibles. La commission des Affaires Etrangères fait partie des six commissions permanentes de l'Assemblée Nationale selon l'article 43 de la Constitution de la Cinquième République. Elle est compétente dans le domaine de la politique étrangère, des organismes internationaux et des relations internationales et bilatérales.

Le compte rendu 53 de la commission des A.F du 27 juillet 2006 souligne le caractère difficile de l'opération de rapatriement dans un contexte d'extrêmes tensions entre le Liban et Israël. Dans son audition, M. Douste-Blazy insiste sur la nécessité de l'opération baliste mais souligne en même temps l'importance de la mise en place d'accès sécurisés. Ce système doit se fonder sur trois axes : aérien en assurant en assurant les liaison aériennes entre Larnaca et l'aéroport de Beyrouth, maritime en sécurisant les accès pour Tyr ,Beyrouth et Naqoura, terrestre en permettant un bon acheminement de l'aide humanitaire sur le trajet Beyrouth /Tyr et en facilitant les accès aux villes de Naqoura et Nabatiyé.

Plus largement, il apparait que la commission des Affaires Etrangères accorde une place beaucoup plus large à la crise israélo libanaise qu'au rapatriement à proprement parlé.

Les travaux de la commission des A.F du Sénat présentent elle un nombre plus importants d'analyses portant sur l'opération baliste et l'opportunité de cette solution. Les travaux de la commission des A.F de juillet mettent en avant l'intérêt de l'opération baliste. Selon l'Amiral Oudot de Dainville, cette opération constitue la manière la plus sure de rapatrier les ressortissants. Il ajoute que « le soutien interarmées de cette opération a une valeur ajoutée indéniable. »

A la date du 30 aout 2006, les travaux de la commission abordent longuement la situation au Liban avec l'audition de Mme Alliot-Marie, ministre de la Défense. Elle revient sur les interrogations qui avaient été soulevées lors du choix de l'opération baliste pour répondre à situation dangereuse dans laquelle se trouvaient les ressortissants français. L'envoi de 1700 militaires français pour les incorporer dans une FINUL renforcée avait soulevé des interrogations quant à l'efficacité de l'opération baliste.

Comment ces soldats pourraient réagir face à des éléments armés, quel serait son rôle de surveillance dans les zones de rapatriement ainsi que son action dans la démilitarisation du Sud Liban ? Il apparait ainsi que si la formulation de l'action pour l'opération baliste a connu un certain consensus au niveau national, l'engagement français au Liban a connu certaines réticences de la part de ses partenaires européens qui doutaient de l'efficacité d'une telle opération. Le ministre de la Défense précise ainsi que les critiques portaient sur la dangerosité pour les civils de ce type de rapatriement dans un contexte de conflit armé asymétrique.44(*)

L'étude de la phase de formulation de l'action nous révèle ainsi le consensus assez large de l'opération au niveau national, entre les assemblées, le gouvernement et le président. Les solutions possibles sont apparues ainsi partagées par la majorité des acteurs français impliqués dans la politique étrangère. Le processus d'une recherche de solutions a cependant connu des obstacles avec une certaine opposition des partenaires européens de la France, eux aussi impliqués dans la résolution de la crise israélo-libanaise.

II) La prise de décision : l'action diplomatique française

Nous analyserons dans cette partie le processus de prise de décision politique en matière de politique étrangère. Nous tenterons de mieux comprendre la prise de décision politique de l'opération baliste et d'étudier ainsi l'action diplomatique française dans cette opération. L'étude que nous ferons de la prise de décision de l'opération baliste se situera dans une perspective de politique publique. Dans ce champ scientifique, la décision publique tient une place fondamentale car elle est en haut de la hiérarchie des actes publics. Ainsi, le moment de la décision semble représenter l'apogée du travail politique et administratif. Nous nous interrogerons donc sur l'élaboration de la politique et de la prise de décision (decision making) de l'opération baliste.

La problématique sous tendue par cette partie concerne la place du M.A.E dans le processus décisionnel en matière de politique étrangère. Il faudra ainsi se demander si le M.A.E a été fortement concurrencé dans la prise de décision politique de l'opération baliste. Même si il existe une pluralité d'acteurs impliqués dans le processus de décision, il faudra souligner dans cette partie l'existence d'un « milieu décisionnel central » selon l'expression de M.C.Kessler.45(*) Ce noyau décisionnel fort est constitué par des acteurs détenant des pouvoirs spécifiques conférés par les normes constitutionnelles et législatives, par les structures administratives qui institutionnalisent leurs rôles. Ce sont principalement le président de la République, le Premier Ministre, le ministre et le ministère des Affaires Etrangères. La décision publique sera donc un compromis entre ces multiples acteurs interdépendants.

On aura recours dans cette partie aux théories de R.Jervis et J. De Rivera sur le rôle des facteurs psychologiques biaisant la rationalité de l'acteur ainsi qu'aux analyses en termes de politique publique de Y.Mény et J.C Thoenig concernant le style décisionnel adopté et enfin les travaux de Allison et Halperin sur les contraintes organisationnelles et bureaucratiques subies par le décideur.

Nous verrons tout d'abord le rôle d'initiateur du premier ministre et du président de la république dans la délimitation et les modalités de la prise de décision. Puis, nous analyserons l'action du M.A.E à travers le rôle de ses différents acteurs internes. Nous nous fonderons sur l'analyse des discours et des déclarations officielles. Enfin, nous étudierons les autres acteurs en collaboration avec l'Etat français. Il s'agira de souligner dans ce dernier point une coopération multi-niveaux dans le processus décisionnel et montrer ainsi l'européanisation et l'internationalisation de toute politique publique et donc d'une politique étrangère concernant le rapatriement du Liban dans notre cas spécifique.

Les prises de décisions du premier ministre et du président de la république sont motivées par la poursuite d'objectifs précis. L'opération Baliste a été réalise entièrement sous commandement national. Pendant le conflit, une des préoccupations du président de la république a été de ne pas risquer d'insérer un trop grand nombre de forces supplémentaires dans la FINUL avant que les conditions qu'il avait posées en préalable n'aient été réunies. Il apparaissait donc politiquement plus logique d'affirmer que l'effort de la France n'était pas limité aux deux cents hommes affectés aux forces des Nations Unies mais comportait également l'opération Baliste qui mobilisait environ 1700 hommes.

La volonté d'apporter son aide aux ressortissants français s'inscrit donc dans «  une analyse de la place de la France dans le monde et sur l'observation de l'état des forces en présence. »46(*)De plus, comprendre le rôle d'initiateur du président et du premier ministre implique de définir le style décisionnel adopté.47(*) Celui ci fourni en effet un cadre quant aux modalités de la prise de décision.

Deux paramètres apparaissent essentiels pour mieux comprendre le processus décisionnel ; il s'agit tout d'abord du degré d'accord ou de désaccord qui existent entre les acteurs qui interviennent dans la décision à propos des objectifs et des valeurs. Le deuxième paramètre concerne lui le degré de certitude sur les moyens à mettre en oeuvre, la connaissance des faits. Le croisement de ces deux paramètres peut ainsi être résumé dans un tableau (cf. p.31) qui nous fournit un cadre conceptuel utile pour comprendre les caractéristiques décisionnelles de l'opération baliste.

Schéma du style décisionnel

Degré d'accord sur les objectifs, valeurs.

Degré de certitude sur les moyens et les faits

Elevé Faible

Processus programmé Processus négocié

Routines, automaticités, Débats idéologiques ;recours à l'ex-

Technicisation, bureaucratisation, -périence et la tradition.

Planification. Controverses officielles

Processus pragmatique Processus chaotique

Recours aux experts, empirisme, Evitement,décentralisation,recours à

Recherche de variantes stratégiques l'autorité,homme providentiel.

Elevé

Faible

L'analyse de ce schéma nous permet d'établir le style décisionnel adopté par les autorités françaises pour l'opération d'exfiltration des français hors du Liban .On peut en premier lieu, exclure les processus dit négocié et chaotique.

En effet, le processus négocié présente un faible degré d'accord sur les objectifs et les valeurs, querelle qui n'a pas lieu d'être ici dans le cadre d'un rapatriement ; les objectifs étant partagés par l'ensemble des autorités françaises (retour des ressortissants français) ainsi que les valeurs (respect du droit international, mise en avant des liens historiques entre la France et le Liban). Le processus chaotique lui est encore plus éloigné de la réalité de la prise de décision de l'opération baliste puisqu'il s'articule autour d'un faible degré d'accord sur les valeurs et sur les moyens à employer.

Enfin, le processus programmé ne correspond pas non plus à la réalité de par son aspect trop planifié et bureaucratisé incompatible avec la gestion d'une crise, d'un conflit tel que l'affrontement israélo-libanais de 2006.

Il apparait donc que c'est le processus pragmatique qui correspond le plus au style diplomatique adopté par les autorités françaises et ce, pour plusieurs raisons que nous allons expliciter. Le degré d'accord, dans ce modèle, sur les valeurs est élevé ce qui correspond au style de décision du gouvernement français pour l'opération Baliste. Ce type d'opération n'entraine pas en effet de débats idéologiques sur le fond. Cependant, les controverses peuvent exister quant aux moyens en mettre en oeuvre. Ainsi, le choix d'un rapatriement par voie navale a soulevé certaines critiques notamment de la part des partenaires européens de la France. Le recours à des experts à été un élément central notamment dans le cadre de la MASC (Mission d'Appui de la Sécurité Civile) puisque vingt experts en gestion de crise ont été envoyé par le gouvernement français. Il faut ajouter à ces experts d'autres équipes spécialisés pour un meilleur accompagnement et un soutien des rapatriés ; il s'agissait d'agents du M.A.E et du personnel de la croix rouge. La présence d'expert est un critère qui permet de déterminer si le style décisionnel est pragmatique ; leur présence tend donc à confirmer que la prise de décision de l'opération Baliste s'est faite de manière pragmatique.

Ce pragmatisme est renforcé par l'empirisme de la méthode qui doit tenir compte de la réalité du terrain. L'automatisation, la planification trop rigide sont ici impossibles car c'est la réflexivité des décideurs politiques qui importent .Ainsi, un des problèmes majeurs posés au gouvernement français était de savoir a quel moment précis les personnes allaient décider de partir. Beaucoup de ressortissants ne se trouvaient pas dans la ville de Beyrouth considérée alors comme trop dangereuse mais pouvaient trouver refuge dans la montagne libanaise. La difficulté était donc de savoir ou ils se situaient et quand ils souhaitaient partir. Ainsi, par exemple, au niveau de l'ambassade, lorsque 1 000 personnes étaient présentes sur les quais, le travail préalable avait nécessité 4 000 appels téléphoniques dont plus de 2000 sans réponses. 48(*)Sur les 2000 personnes ayant répondu, seulement la moitié désirait une aide au départ.

Le M.A.E et Philippe Douste-Blazy, ministère du M.A.E ont joué un rôle central dans le processus décisionnel de l'opération Baliste. Les ministres des Affaires Etrangères jouissent la plupart du temps d'un prestige particulier dans la galaxie gouvernementale, ce fut le cas de Talleyrand, Schuman qui ont laissé une empreinte forte dans l'histoire diplomatique française.

Il faudra s'interroger ici sur le poids du ministère et du ministre sur les événements et quelles sont les forces, pressions qui agissent sur le ministre. 49(*)Ces deux questions s'inscrivent en fait dans deux types d'interprétation ; l'une provient des spécialistes de la psychologie sociale et s'inscrit dans une tradition anglo -saxonne alors que l'autre provient des sociologues et politologues et se focalisent plus sur les contraintes administratives et organisationnelles qui entourent la prise de décisions. Nous aurons donc recours tout d'abord aux théories de R.Jervis et J. De Rivera sur la rationalité biaisé de l'acteur. Dans la lignée des analyses de Harold et M.Sprout50(*), ils vont montrer le rôle des « misperceptions » qui viennent biaiser la rationalité du décideur au moment de la prise de décision. Psychologue de formation, Jervis explicite ces perceptions inadéquates, définies comme des perceptions subjectives ne correspondant pas à la réalité objective de la situation, par les processus de dissonance cognitive.51(*)Ce concept appliqué dans le champ de la politique étrangère, suggère que l'acteur est amené à ne percevoir que les événements auxquels il s'attend (concept du « wishful thinking »), à se contenter d'une interprétation connue plutôt que de tenter d'explorer d'autres interprétations possibles, à ignorer des informations en contradiction avec ses croyances.

Il nous faut aborder et définir maintenant la seconde approche sur les contraintes organisationnelles et administratives qui déterminent le comportement de l'acteur en politique étrangère. L'analyse d'Allison52(*) se fondant sur l'étude de la crise des missiles de Cuba aboutit sur la conclusion qu'il existe un modèle organisationnel d'explication de la politique étrangère. Celle ci loin d'être le résultat final d'une décision rationnelle réfléchie de la part de l'acteur n'est qu'un ensemble d'outputs produits par les grandes organisations composant l'administration.

III) L'application de la décision politique : mise en place de l'opération baliste

Nous nous fonderons dans cette dernière partie sur la problématique de l'implémentation ou mise en oeuvre de la décision .La mise en oeuvre désigne en fait cette phase d'une politique publique pendant laquelle des effets et des actes sont générés à partir d'un cadre conceptuel de textes ou de discours. Cette phase est donc celle d'une exécution, d'un passage à l'action concrète. S'intéresser à la mise en oeuvre revient à s'interroger sur le fait qu'une politique publique génère ou non des effets. Notre analyse s'opèrera en distinguant entre une approche prescriptive et sectorielle de type top-down53(*) et une approche plus systémique et politique. Ces deux approches bien que très différentes peuvent néanmoins coexister dans l'analyse d'une même politique publique comme nous le verrons plus loin dans notre étude de la mise en oeuvre de l'opération baliste.

Il faudra, de plus, garder en mémoire et comme cadre de fond le contexte difficile du Liban de par sa position d'Etat tampon, de la tension générale dans le Proche Orient et des rapports difficiles du Liban avec les pays voisins (Syrie, Israël).Tous ces éléments ont constitué autant de facteurs perturbateurs et déstabilisants qui ont représenté des difficultés supplémentaires pour la mise en place efficiente de l'opération baliste.

Il s'agira donc, dans cette partie, de rendre compte de la réalité de la mise en place de l'opération baliste en se focalisant sur deux aspects du rapatriement : la logistique, l'organisation et l'humanitaire. Nous verrons tout d'abord les approches top down et systémiques de la mise en oeuvre pour nous aider à établir un cadre conceptuel à l'analyse. Puis nous étudierons les aspects militaires et logistiques avant d'aborder finalement la dimension plus sanitaire et humanitaire de l'opération baliste.

A) Les deux approches de la mise en oeuvre

Nous analyserons dans cette partie la dimension militaire du rapatriement en étudiant notamment le rôle qu'a pu joué le ministère de la défense en coordination avec le ministère des Affaires Etrangères. Selon l'approche adoptée, top down ou systémique, (cf.p.32, 33) il apparait une sorte de double agenda. Dans l'approche top down, l'accent est justement mis sur ces aspects militaires et logistiques et proposent une vision qui se limitent plus aux grands enjeux de l'opération de rapatriement, à savoir garantir la sécurité physique des ressortissants et leur retour en France. Dans l'autre agenda, des enjeux de pouvoir des différents ministères engagés dans l'opération baliste apparaissent qui naissent en fait du système d'action lui-même. Si tous concourent à un but commun, chaque ministère apparait engagé dans une optique qui lui est propre.

Nous allons détailler grâce aux schémas que nous avons établis les différences qu'introduisent les deux approches en matière d'implémentation.

Tous les deux analysent la même politique publique à savoir l'opération baliste de rapatriement des ressortissants français. Les sites de mise en oeuvre sont donc les mêmes ; à savoir le Liban et surtout Beyrouth, Chypre et enfin l'aéroport de Paris CDG. Analyser la mise en oeuvre apparait donc complexe dès l'instant ou il existe plusieurs lieux d'application. Cependant, dans les schémas ci après, on considèrera plus les personnes à laquelle s'adresse la politique publique qu'est le rapatriement, c'est-à-dire les ressortissants français. Dans une perspective de type administrative top down (cf. p.34), on constate une tripartition au niveau de l'action publique.

En effet, le premier échelon correspond à celui des concepteurs et concernent donc le M.A.E et le ministère de la Défense en coordination avec le ministère de l'intérieur. Le deuxième est celui des metteurs en oeuvre qui appliquent concrètement sur le terrain la politique publique. Le recours à ces metteurs en oeuvre établit une médiation entre le décideur et l'assujetti qui fixe le degré d'intensité de la coercition publique.

Ici, il en existe six différents qui relèvent d'une part d'un dispositif militaire et d'autre part d'un dispositif civil.

Le dispositif civil concerne les vols affrétés par le ministère des Affaires Etrangères pour assurer les liaisons entre Chypre et la France et le rôle joué également par la croix rouge français dans l'accueil des ressortissants et le soutien psychologique nécessaire lors de leur arrivée. Le dispositif militaire comporte lui quatre metteurs en oeuvre qui dépendent du ministère de la défense et plus spécifiquement de l'état major des armées.54(*)

Il ya tout d'abord les 1700 soldats français envoyés dans le cadre de l'opération baliste et incorporés ainsi dans la FINUL.55(*)(cf. annexe 14)Il y a la M.A.S.C (Mission d'appui de la sécurité civile) à laquelle s'est joint vingt spécialistes de la gestion de crise. Cette mission a été organisée et conçue par le ministère de l'intérieur en étroite collaboration avec le ministère de la Défense et le M.A.E. Les deux autres metteurs en oeuvre correspondent aux moyens mis en place par la marine nationale dans le cadre du dispositif naval français en Méditerranée orientale. L'objectif de ces deux metteurs en oeuvre était ici double ; la frégate Jean de Vienne, le TCD Siroco et le BPC Mistral étaient chargés d'assurer le rapatriement par voie navale entre Beyrouth et Larnaca ou Mesin et le Jean Bart, frégate anti aérienne et disposant d'un hélicoptère Panther à son bord ,chargé de la défense et de la gestion de l'espace aérien pour les unités présentes sur la zone.

Le troisième et dernier échelon du schéma est celui des assujettis à la politique publique ; ici, il s'agit des ressortissants français au Liban.

L'approche top down se situe donc dans une perspective tournée vers l'action avec des accents managériaux. Le problème de cette analyse pour l'opération baliste est qu'elle se borne à expliquer l'application de manière linéaire en soulignant le rôle des metteurs en oeuvre tels que les soldats français ou la croix rouge. Cependant, il apparait que la réalité de l'opération baliste ne peut se limiter à l'action de ces metteurs en scène. L'approche top down sous estime ainsi la liberté d'action de type politique qui est essentielle dans la mise en oeuvre .De plus, cette approche trop linéaire ignore la pluralité des acteurs institutionnels impliqués dans la mise en oeuvre de l'opération .La deuxième approche qui est elle, politique, possède une valeur heuristique plus intéressante dans la mesure ou elle fonctionne en tant que système et rend ainsi mieux compte de la réalité du terrain et du rôle de chaque acteur dans la mise en oeuvre de l'opération baliste.

Cinq acteurs institutionnels se dégagent de cette analyse ; ce sont les cinq ministères suivants : le ministère de la Défense, le ministère de la Santé, le ministère de L'Intérieur, le ministère de l'Equipement et enfin le M.A.E en collaboration avec l'ambassade et le consulat de France au Liban. Chacun ont développé dans le cadre de l'opération baliste une politique propre répondant au référentiel 56(*)de leur ministère. Le but ici est donc de réussir la gestion du RGS57(*)pour mener à bien l'implémentation de l'opération baliste. On peut différencier ainsi plusieurs types de référentiels sectoriels correspondant aux différents ministères engagés.

Le référentiel global est celui ici de la préservation de l'influence française par sa politique étrangère au Liban. Il s'agit pour la France de conserver son influence dans la région et dans le pays de cèdre en particulier.

Le RGS s'effectuera donc entre ce référentiel global qui vise à conserver son influence dans un pays traditionnellement et historiquement liés à la France et les référentiels sectoriels. Celui par exemple du ministère de la défense est d'assurer la sécurisation de la zone de rapatriement, celui du ministère de la santé est d'apporter un soutien humanitaire et sanitaire. Il apparait ainsi que chacun de ces référentiels ne sont pas antagonistes mais reflètent différents aspects de l'opération baliste. Chaque ministère s'inscrit ainsi dans un cadre cognitif qui lui est proche. Ainsi, le ministère de la défense va développer une tactique militaire alors que le M.A.E possède un référentiel diplomatique. Cependant, il apparait un certain consensus au niveau de l'encastrement de ces référentiels sectoriels avec le référentiel global puisque il existe un but commun à tous d'assurer le retour sain et sauf et dans les délais les plus brefs délais des ressortissants français.

Mise en application (implémentation) de l'opération Baliste

Approche systémique et politique

Ministère de l'Equipement

Ministère de la Santé

Ministère de l'Intérieur

Ministère des Affaires Etrangères

Ministère de la Défense

Ambassades et consulats

+

Appui militaire (naval et aérien) Coordination de l'opération Renfort pour la sécurité civile Soutien civil, sanitaire Aspects logistiques

et logistique et diplomatie et humanitaire (ponts Bailey)

Etat major des armées <====> Soldats Français <====> Ressortissants Français

Approche Top Down

Ministère de la Défense (en coordination avec ministère de l'intérieur pour la MASC)

Ministère des Affaires Etrangères

Croix Rouge française

1700 soldats français (incorporés dans FINUL)

Dispositif militaire (Etat major des armées)

Dispositif civil

Vols affrétés par M.A.E (36 vols au total) Beyrouth=>Larnaca(Chypre) ou Mersin

Le Jean Bart, frégate anti-aérienne : soutien et sécurisation de la zone de rapatriement.

Liaisons aériennes (Larnaca ,Mersin=>Paris CDG)

M.A.S.C (mission d'appui de la sécurité civile) +20 spécialistes gestion de crise

Liaisons navales (Jean de Vienne, Siroco, Mistral, Ferry Ierra Petra)

Ressortissants français au Liban

La dynamique spécifique de la mise en oeuvre

Effet de rétroaction58(*)

Les assujettis : les ressortissants français présents au Liban lors de l'éclatement du conflit entre le Liban et Israël.

Autres intervenant : la croix rouge française, le SAMU, aéroport Roissy CDG, la préfecture de Seine Saint Denis, du Val d'Oise.

Les prescriptions : conduire une opération de rapatriement volontaire de type RESEVAC ; avoir recours à la fois au rapatriement naval et aérien.

Les objectifs : sécuriser la zone de rapatriement, assurer l'exfiltration dans de bonnes conditions des ressortissants français au Liban.

Metteurs en oeuvre officiels : Etat major des armées, Marine nationale, MASC (mission d'appui de la sécurité civile)

Concepteurs et décideurs : M.A.E, Ministère de la Défense, Ministère de la santé, Ministère de l'Intérieur.

Le processus de la mise en oeuvre de l'opération baliste La structure de la mise oeuvre (système d'action réel)

B) Les aspects militaires et logistiques

Nous aborderons dans cette partie les moyens militaires mis en place et insisterons ainsi surtout sur le rôle joué par le ministère de la défense et le ministère de l'intérieur.

Notre analyse se fondera ici sur les organes principaux du ministère de la défense ; à savoir l'état major des armées en coordination avec le ministère de l'intérieur pour la mise en place de la MASC (mission d'appui de la sécurité civile) et la marine nationale .Cependant, il faudra garder en mémoire que l'implémentation au niveau militaire et logistique a été le fait d'une multiplicité d'acteurs. La force Baliste militaire n étant qu'un échelon de la chaîne.

Les ressortissants ont été de Beyrouth vers Larnaca (Chypre) ou Mersin (Turquie). Ils devaient encore être acheminés ensuite vers Roissy. Plusieurs administrations ont donc participé à ces opérations. Ce travail était assez complexe. Par exemple, l'une des contraintes était l'interdiction de rapatrier des ressortissants sur Roissy le week-end. Il a donc fallu s'adapter. Si les départs avaient été prévus le jeudi ou le vendredi, les personnes évacuées auraient dû rester sur les navires pendant plusieurs jours. Il en résultait une marge de manoeuvre plus réduite. Pour contenter les différents acteurs, il a fallu organiser le transit essentiellement de nuit. Les civils ont donc dû dormir à bord. Sur un bâtiment comme le Mistral, (cf. annexes 8,9) conçu pour recevoir 650 militaires, jusqu'à 1 400 passagers civils ont été accueilli. Ces personnes étaient en état de choc. Il n'était donc pas évident de faire dormir des ressortissants dans des conditions difficiles. Il a fallu développer sur les bateaux un accueil spécifique pour des personnes souvent traumatisées et donc de leur donner le minimum nécessaire vital (notamment leur fournir de la nourriture, de quoi se laver).

L'Etat Major des Armés a eu un rôle essentiel dans la préparation et la conduite de l'opération baliste. Les actions décidées par l'EMA reflètent la philosophie édictée dans le livre blanc sur la défense publié en 1994. Celui-ci mettait en avant les objectifs que se devait de respecter l'armée. Il s'agissait notamment comme le déclarait Jacques Chirac en 1995  « (...) qu'elles (les armées françaises) garantissent la protection de ses intérêts vitaux et qu'elles respectent ses engagements internationaux ».Ces engagements ont donc constitué une ligne directrice de la politique de défense française depuis le milieu des années 90 et s'applique donc dans le cadre de l'opération de rapatriement.

Dès le début de la crise au Liban, l'action de l'Etat Major des Armées(E.M.A) et du Chef d'Etat Major des Armées(C.E.M.A) a été primordiale. L'E.M.A est chargé du commandement des missions et dispose ainsi en son sein du Centre de Planification et de Contrôle des Opérations (CPCO) .Ce centre a été également très important dans la mise en oeuvre de l'opération baliste puisqu'il constitue le centre nerveux de la chaine de commandement opérationnelle française. Il a eu pour mission principale notamment de proposer des options stratégiques militaires en assurant la conduite de l'opération Baliste. Le CPCO constitue un pole d'excellence dans la gestion de ce que l'armée appelle les OPEX 59(*)(opérations extérieures).Le vice -amiral, Jean Pierre Teule60(*) qui commande le CPCO a souligné certains éléments qui lui paraissent essentiels à la réussite de la mise en oeuvre de l'opération baliste. Il importe tout d'abord de procéder à un renforcement des synergies interarmées comme cela peut être possible avec les mutualisations à l'échelle européenne. Cependant, le vice amiral souligne que pour l'opération baliste, « on ne peut pas tout attendre des solutions européennes face aux difficultés ».De plus, il met en avant le fait que c'est la finalité opérationnelle qui doit rester au coeur de toutes les réflexions pour la mise en oeuvre de l'opération. Dans ce but des moyens militaires très importants ont été mis en place ; il s'agit à la fois d'un dispositif aérien et naval.

On peut distinguer trois grands acteurs impliqués dans le dispositif militaire : la Marine Nationale, l'Armée de Terre et l'Armée de l'Air. La Marine Nationale avait en charge tout le dispositif naval .Celui ci comprend deux frégates, le Jean de Vienne arrivé sur zone le 19 juillet et la frégate anti-aérienne Jean Bart arrivée sur zone le 21 juillet. Il comprend également le transport de chalands de débarquement (TCD) Siroco qui est arrivé sur zone le 20 juillet et dispose de capacités de protection, de transport héliporté, médicale et peut accueillir environ 750 personnes à son bord. Enfin il y a le bâtiment de projection et de commandement Mistral qui a rejoint la zone le 22 juillet. Ce navire dispose d'importantes capacités médicales, amphibies, de transport héliporté, de reconnaissance et de protection ; il peut accueillir jusqu'à 2500 personnes à son bord. Au niveau aérien, l'E.M.A a également déployé en lien avec l'Armée de l'Air, 3 hélicoptères Cougar et le groupement de transport opérationnel basé à Akrotiri(Chypre) depuis le 17 juillet qui comporte trois EC 72561(*) et deux avions de transport tactique C160 Transall.62(*)(cf. annexe 13)L'Armée de Terre a elle aussi joué un rôle important dans l'organisation du rapatriement grâce au déploiement d'un Centre de Regroupement et d'évacuation des ressortissants(CRER).Ce centre a développé une logique spécifique en débarquant sur les quais un grand nombre de militaires.

Le système est basé sur une répartition précise des rôles de chaque militaire. Ainsi, un groupe de militaires dispose d'armes pour protéger les personnes à évacuer alors que le deuxième groupe organise et régule les files d'attente destinées à vérifier les identités avant de faire monter les civils à bord des bâtiments. Selon le contre amiral Xavier Magne de la force d'action navale ce dispositif « rassure les civils et leur donne l'impression que leur destin est pris en main et qu'ils ne sont pas complètement perdus ».

L'ensemble de ce dispositif du rapatriement s'est effectué par un système de rotation fréquent. Ainsi, le 27 juillet le TCD a accosté le matin à Larnaca pour y débarquer 180 ressortissants Français et étrangers évacués de Naqoura (situé au sud Liban).Le TCD Siroco (cf. annexes 10, 11,12) avait déjà effectué une première rotation le 21 juillet entre Beyrouth et Larnaca avec 330 ressortissants à bord. Des rotations ont également été effectué quotidiennement entre les mêmes villes afin d'évacuer les ressortissants dont l'état de santé ne permet pas une traversée par voie maritime. Ces rotations par voie aérienne ou navale seront ainsi répétées à intervalles réguliers jusqu'au milieu du mois d'aout. Ainsi le 12 aout, plus de 13600 personnes auront été rapatriés par les autorités françaises dont près de 10500 ressortissants français.

Nous constatons donc que le rapatriement a pu développer des modalités différentes selon les besoins des ressortissants en prenant en compte les plus fragiles physiquement.

De plus, au simple dispositif de transport s'est ajouté un système pour sécuriser les zones de rapatriement qui pouvait subir des dommages collatéraux de Tsahal ou du Hezbollah. Le risque principal évalué par les militaires français étant la possibilité d'une attaque terroriste ainsi que d'une menace missile avérée. Une corvette israélienne a ainsi été touchée par un missile. 63(*)Les autorités israéliennes ont par la suite très peu communiqué sur cet incident. Il apparaissait donc difficile pour les autorités françaises de vérifier l'exactitude de l'information. Par précaution, il a été décidé par les forces françaises de prendre des dispositions pour protéger leurs ressortissants. Ainsi, lorsque les bâtiments quittaient Beyrouth, les civils étaient sur les ponts d'envol pour éviter qu'ils ne soient piégés à l'intérieur des bâtiments au cas où ceux-ci auraient été touchés. Au niveau du dispositif de sécurité, deux bâtiments ont été prévus pour le dispositif de sécurisation de la zone de rapatriement .Il s'agit de la frégate Jean Bart qui assurait la sécurité du Siroco et la frégate Jean de Vienne assurant la sécurité du Mistral.

C) L'aspect sanitaire et humanitaire

Nous avons abordé auparavant les questions d'acheminement et de sécurisation Nous développerons dans cette partie l'aspect sanitaire du rapatriement. Nous évoquerons également mais de manière moins approfondie les missions humanitaires qui, si elles font partie de l'opération Baliste ne sont pas centrales dans le processus.

Nous verrons tout d'abord la mise en place du dispositif pour l'accueil des rapatriés à l'aéroport de Roissy CDG puis nous étudierons les actions du gouvernement pour le recouvrement des frais de santé et le versement des prestations familiales pour les rapatriés. Enfin, nous analyserons les rencontres entre le gouvernement français et libanais sur les problématiques liées à la santé.

Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités met en place dès le 18 juillet 2006, en lien avec Philippe Douste -Blazy, ministre du M.A.E un dispositif d'accueil à l'aéroport de Roissy CDG .A ceci s'ajoute l'envoi de plusieurs équipes médicales pour assurer la médicalisation des avions assurant le rapatriement des ressortissants français et européens vers la France.

Le dispositif de solidarité a été mis en place en lien avec le préfet et la DDASS de Seine -Saint-Denis et se fonde sur trois axes différents. Le premier correspond à un soutien médical ainsi qu'un suivi en cas de besoin à l'arrivée. Cette équipe sera renforcée par une équipe de la CUMP (cellule d'urgence médico-psychologique).

Le deuxième consiste en la mise en place d'un système de garde avec une crèche pour les enfants en bas âge. La DDASS 93 et 95, la croix rouge française, la brigade des mineurs et le Parquet orienteront en cas de besoin les mineurs seuls vers le lieu d'accueil et d'Orientation de Taverny.

Le troisième est fondé sur un guichet unique permettant aux ressortissants français d'avoir des renseignements sur leurs droits sociaux, dont l'ouverture immédiate a été demandée le 18 juillet par le ministre de la Santé et des solidarités aux directions de la CNAMTS64(*) et de la CNAF.65(*)

En conclusion, nous développerons trois points. Nous reviendrons tout d'abord sur l'opération en elle-même en récapitulant les principaux axes de notre exposé. Puis nous établirons une évaluation de cette politique publique. Enfin, nous étudierons la terminaison de l'opération Baliste et ouvrerons notre sujet en abordant les conséquences de la guerre pour le Liban.

Le propos de ce mémoire était de pouvoir mieux comprendre l'opération Baliste et le processus de décision politique ainsi que sa mise en oeuvre par une optique interdisciplinaire comprenant la théorie des RI et l'analyse en termes de politique publique.

En nous fondant sur le schéma d'analyse de C.O.Jones, nous avons pu établir un séquençage en trois étapes : la reconnaissance de la crise, le processus de prise de décision et enfin la mise en oeuvre de l'opération Baliste.

L'identification de la crise s'est opérée en deux temps ; tout d'abord par la reconnaissance d'une situation problématique par les médias, l'opinion publique et les institutions publiques puis par la formulation d'une action avec l'étude des solutions possibles. Il est apparu qu'il existait un certain consensus au niveau du gouvernement français quant à la nécessité et à l'urgence d'une intervention. Ce sentiment existait également dans l'opinion publique que cela se traduise à travers les médias ou les associations libanaises en France.

Le processus de décision a été analysé  en se focalisant sur la multiplicité des acteurs impliqués dans le processus et concurrençant ainsi le poids du M.A.E dans l'action diplomatique française. Il a s'agit notamment de mettre en valeur la coopération multi-niveaux et l'européanisation de la politique publique. Nous avons également établi le style décisionnel adopté qui était celui d'un processus pragmatique qui correspond le plus à la réalité de la prise de décision des autorités françaises.

La mise en oeuvre ou implémentation de l'opération Baliste a été analysée en terme de politique publique en distinguant entre l'approche de type top down administrative et l'approche systémique et politique qui rendait mieux compte de la complexité de l'implémentation. Nous avons donc rendu compte de la réalité de la mise en place de l'opération en se focalisant sur deux aspects principaux du rapatriement : la logistique, l'organisation et l'humanitaire, le sanitaire.

L'évaluation de la politique publique revient à s'interroger sur les résultats de la mise en place de l'opération Baliste. Deux attitudes conceptuelles existent pour évaluer l'opération : soit étudier s'il existe dans le système politique français des associations, des corps de contrôle qui ont consacré leurs efforts à repérer et à expliquer le contenu des résultats générés par l'opération Baliste .L'autre attitude consiste pour l'analyse à bâtir des concepts et des méthodes qui permettent précisément de décrire, d'expliquer et de juger de façon scientifique les résultats de l'action gouvernementale.66(*)

Nous adopterons tout d'abord la première approche d'évaluation qui se fonde sur les corps de contrôle. Il s'agit dans notre cas du contrôle général des armées.

Selon le contre-amiral Xavier Magne, cette mission était profondément interarmées. Initialement, les unités des différentes armées manifestaient une certaine réserve. Cependant, prises dans l'action, elles ont fini par constituer une seule vraie force. En effet, il apparait que l'opération de type interarmées suscite toujours de nombreuses interrogations des doutes et parfois même des arrière-pensées. En effet, il existe une certaine défiance entre les différentes armées que cela soit l'armée de l'Air à l'égard de l'armée de Terre ou la Marine Nationale à l'égard de l'armée de l'Air. Cependant sur le terrain de l'opération baliste, les doutes ne perdurent jamais très longtemps. L'évaluation de l'opération passe donc par un contrôle de l'efficacité des troupes qui dépende en grande partie d'une bonne coopération entre les armées. Malgré des réticences au départ, la réalité de l'interarmées a vite pris le dessus et les militaires investis dans l'opération Baliste ont vite été très sensibles à la notion de communauté de destin, perçue sans doute avec encore plus d'acuité lorsque l'on est sur un bâtiment qui, frappé par un missile, peut entraîner chacun dans la mort.

L'opération française devait en plus prendre en compte l'armée israélienne. Il est apparu que l'intervention de Tsahal est apparue inadaptée à l'agression du Hezbollah. Il nous a semblé que les opérations menées ont été plus longues et plus fatigantes que celles qui avaient été initialement prévues.

Ainsi, lorsque les navires français délivraient du matériel à Naqoura-le poste de commandement de la FINUL étant pris entre deux feux, des hélicoptères israéliens les survolaient parfois et tiraient des roquettes sur des positions du Hezbollah, quelques centaines de mètres plus loin. Des drones passaient parfois à proximité de nos positions. Avec la fatigue et l'énervement, le risque de méprise croit de façon exponentielle. Cela a toujours été un de mes grands soucis. Il s'agissait donc de diffuser l'information aux Israéliens et ainsi les inciter à ne pas survoler les bateaux français, les prévenir également que lorsque leurs appareils entraient dans une zone de deux miles nautiques autour de nos bâtiments, nous les considérions comme menaçants. La situation était donc assez tendue même si au final aucun accident majeur ne s'est produit.

Le contre amiral Magne ajoute que l'intervention depuis la mer, utilisant des moyens amphibies est apparue parfaitement adaptée à cette zone. Les cotes libanaises ne sont pas propices à priori à ce genre de manoeuvres. Elles sont riches en zones rocheuses et il n'y est donc pas très facile d'y débarquer. Les endroits accessibles nous ont permis de transporter les hommes et leur matériel jusqu'aux zones utiles. Le fret humanitaire a ainsi pu être acheminé alors que par la route, la destruction des ponts rendait ces déplacements impossibles.

De plus, le soutien à partir de la mer a été particulièrement utile. La compagnie du génie chargée de construire les ponts Bailey a travaillé dans des conditions délicates en zone d'insécurité .Les Français ont, en particulier, cherché à réduite son empreinte au sol. Il était en effet difficile de connaitre l'attitude des réseaux syriens vis-à-vis des forces de l'opération Baliste. Tout ce qui permettait de limiter le nombre de personnes effectivement déployées sur le territoire libanais était utile. Des voies maritimes et aériennes ont été ouvertes pour leur acheminer un soutien logistique, santé et militaire voire informatique.

Les moyens mis en oeuvre par l'opération Baliste correspondaient donc totalement aux besoins sur le terrain. A ce titre, le contrôle général des armées souligne la réussite de l'opération qui a su prendre en considération à la fois le contexte difficile de conflit et la géographie libanaise peu propice à des débarquements.

La terminaison de l'opération baliste  est une phase du travail gouvernemental que l'on connait peu théoriquement. La fin d'une politique publique n'est pas un fait normal ou naturel. Bien au contraire, elle constitue un phénomène politique spécifique et mérite donc d'être étudier. Quant une politique se termine elle ? Elle prend fin parce que l'autorité publique a placé une limite dans le temps à un programme d'activité en décrétant que celui- ci ferait l'objet d'une allocation financière spéciale pour un mois dans notre cas. La fin de l'opération baliste s'est traduite par la disparition du problème traité ; à savoir le problème des ressortissants qui étaient en danger au Liban. L'opération a donc pris fin quand tous les ressortissants sont rentrés en France mais cependant celle-ci s'inscrit dans un contexte plus large de la mission FINUL. La situation du Liban est toujours critique .La crise qui commence dès 2004, s'est renforcée en février 2005 avec le spectaculaire assassinat de Rafic Hariri, pour connaitre son paroxysme pendant la guerre de l'été 2006.Il s'agit donc d'exposer ici les conséquences majeures de la guerre pour le Liban et les instabilités qu'elle a produite dans le pays.

Après le cessez le feu du 14 aout 2006, le renforcement de la FINUL et le retrait quasi-total de l'armée israélienne du sud du Liban le 1er octobre, le pays hérite non seulement d'un paysage dévasté mais aussi d'une nouvelle donne politique. Le déploiement de l'armée libanaise au Sud répond aux exigences de la communauté internationale, à une revendication d'Israël et au souhait du gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora. Il ne coïncide nullement avec le désarmement du Hezbollah qui est pourtant stipulé dans la résolution 1559 de septembre 2004 mais dont la réalisation est renvoyée à un processus de dialogue interlibanais commencé avant le début de la guerre. Proclamant sa « victoire divine », le Hezbollah semble, quant à lui être sorti politiquement renforcé de cette confrontation en ayant fait la preuve d'importantes capacités de résistance. Selon Franck Mermier67(*), le Hezbollah et son secrétaire général, Hassan Nasrallah «  ont atteint leur zénith parmi les populations arabes, qui ont vécu une bataille et une victoire par procuration », à l'issue de ce que la chaine de télévision Al Jazira a appelé la « sixième guerre israélo-arabe ». Un sentiment qui contraste beaucoup avec les positions initialement hostiles de plusieurs dirigeants arabes condamnant le comportement du Hezbollah mais aussi avec les réactions d'une partie de la population libanaise qui s'est sentie entrainée malgré elle dans ce conflit. Une fois de plus, le thème de la « guerre pour les autres » est réapparu, pour signifier que le Liban constitue la scène privilégiée des règlements de comptes régionaux et internationaux, avec cette fois-ci en arrière plan l'antagonisme opposant les Etats-Unis à l'Iran et la Syrie. Il semble en être une victime récurrente, en temps de guerre comme en temps de paix, puisque les clivages de la classe politique libanaise paraissent reproduire en grande partie les lignes de fracture de la politique internationale sans cependant que cet apparent alignement soit toujours vérifié.

Il en résulte une définition changeante et fluctuante mais surtout contradictoire, de l'ennemi extérieur, Israël ou Syrie, Iran ou Etats-Unis, qui s'incarne en un ennemi intérieur souvent assimilé à un agent de l'étranger. Les frontières symboliques de la société libanaise sont aussi poreuses que ses frontières internationales et la définition de leurs tracés et passages constitue un point de litige permanent entre les différents pôles de sa représentation politique. La guerre de l'été 2006 aura donc accentué les clivages, rigidifié les positions et aggravé une tendance dangereuse à l'anathème politique. Cela s'est ainsi traduit par un usage répété de la référence aux divers événements de la guerre civile dans les discours des différents dirigeants politiques libanais. Ces rappels ont le défaut principal de rappeler la fragmentation de la société libanaise qui est déjà fortement divisé  entre de multiples mémoires partisanes. Le fort mouvement de solidarité qui s'est fait jour durant la guerre pour accueillir les déplacés, en majorité chiites notamment dans les zones à majorité chrétienne, sunnite et druze semble avoir laissé place, après la cessation des combats au renforcement des fractures et des tensions communautaires. Melhem Chaoul68(*)précise également que Beyrouth a connu plusieurs séries d'affrontements entre bandes de jeunes, ceux les plus récurrents opposant des chiites à des chrétiens et d'autres mettant aux prises chiites contre sunnites dans les secteurs ouest de la capitale.

C'est donc un pays entier qui a été bouleversé en profondeur par ce conflit tant sur le plan économique (importantes destructions matérielles69(*)) que politique et sociétal.

* 1 Tsahal (en Hébreu Tsva Haganah Le-Israël : Forces de défense israéliennes, abrégé en français par Tsahal) désigne l'armée israélienne qui fut fondée le 26 mai 1948, en remplacement des organisations armées antérieures, dont la principale était la Haganah(. Haganah signifie « défense » en hébreu. La Haganah se composait de mouvements de résistance de droite comme le groupe Stern. Il s'agit d'une organisation clandestine créée en 1920, comme force de protection pour les juifs ayant émigré en Palestine. Son but originel était de défendre les communautés juives d'éventuelles attaques par les Arabes.)Elle comprend tous les corps d'armée dont l'armée de l'air, l'armée de terre, la marine et des services secrets qui figurent parmi les plus efficaces du monde.

Source : http://www.idf.il

* 2 Le Hezbollah (Hizb Allah) (en arabe ?izba-llâh, « Parti de Dieu ») fondé 1982 est un mouvement politique chiite libanais possédant une branche armée qui est à son origine et qui fut créée en réaction à l'invasion israélienne au Liban en 1982, en s'appuyant sur un financement syrien et iranien. Le Hezbollah est considéré comme un mouvement de résistance par l'Iran, la Syrie et une grande partie de l'opinion publique des pays arabes ou musulmans, et comme organisation terroriste par les États-Unis le Canada, le Royaume-Uni et Israël entre autre. La position de l'Europe est plus contrastée ambigüe. Ainsi, l'union européenne n'a pas inscrit le Hezbollah sur la liste des différentes organisations terroristes dans le monde. Cependant, certains des chefs de ce mouvement tel que le responsable du service des renseignements, Mughniyah, Imad Fayiz sont considérés comme des terroristes internationaux. L'ONU ne classe pas le Hezbollah dans sa liste des organisations terroristes mais le Conseil de sécurité de l'ONU appelle à son désarmement. Source : http://www.republique-des-lettres.fr/hezbollah

* 3 Plus de 14000 personnes rapatriés dont près de 10800 français.

On entendra par français dans notre exposé également les binationaux franco -libanais .Ceux ci représentent 90% de la communauté française au Liban et constituait ainsi également une part importante des rapatriés français pendant l'opération baliste.

Source : www.diplomatie.gouv.fr

* 4 Dictionnaire de l'Académie Française, neuvième édition (1986).

* 5 F.Charillon, introduction dans F. Charillon (dir.) Politique étrangère, Nouveaux regards, Paris, Presses de Sciences Po, 2002.

* 6 Définition de la politique étrangère selon M. Merle, la politique étrangère, Paris, économica, 1984, p.9

* 7 Nasrallah, sollicité par l'Ayatollah Khamenei et par le conseil des sages du parti, devient chef du Hezbollah après la mort d'Abbas Moussaoui le 16 février 1992.

* 8 L'opération pluie d'été correspond au nom de code donné à l'opération militaire lancée par Israël dans la bande de Gaza en Juin 2006 .Source :www.lemonde.fr

* 9 Données statistiques de L'ONG Amnesty International, www.amnesty.fr

* 10 Y. Ferguson et R. Mansbach, The Elusive Quest, Theory and International Relations, Columbia, University of South Carolina Press,1988.

* 11 J.Bentham, Introduction to the principles of Morals and legislation (1789), Lenders, The Athlone Press, 1970.

* 12 M.C.Smouts,Les nouvelles relations internationales. Pratiques et théories, Paris, Presses de Sciences po, 1999.

* 13Y.Meny, J.C.Thoenig, Politiques publiques, Paris, PUF, 1989.

* 14 Parmi ces écrits les plus récents on peut citer : G.Corm,-Le Liban contemporain, histoire et société, Paris éditions La découverte, 2003.

-Le Proche-Orient éclaté 1956-2003, Gallimard, Paris, coll. « Folio/Histoire », 2003.

* 15 A.Messara a publié de nombreux ouvrages en langue traitant des différentes forces politiques libanaises, on peut citer notamment :-A.Messara, Partis et forces politiques au Liban, fondation libanaise pour la paix civile permanente, Beyrouth, 1996.

-Les partis et forces politiques au Liban. Renouvellement et engagement Beyrouth, 1998.

* 16 P. Dib, Histoire des maronites, 3 volumes, libraire orientale, Beyrouth, 2001 ;

* 17 N.Salhab, La France et les maronites, Dar el Machrek éditeurs, Beyrouth, 1997.

* 18 D.Battistella, Théorie des relations internationales, Paris, Presses de sciences po, 2006.

* 19 K.Holsti, Public opinion and foreign policy, International Studies Quaterly,1992.

G.Allison, Essence of Decision. Explaining the Cuban Missile crisis, Boston, Little Brown, 1971.

* 20 Il faut citer ici deux ouvrages incontournables dans le champ des politiques publiques :-Y.Mény, J.C Thoenig, Politiques publiques, Paris, PUF, 1989.

-M. Crozier, E. Friedberg, L'acteur et le système, Paris, Le Seuil, 1977.

* 21 Nous nous fonderons notamment sur les analyses de C.Villar, le discours diplomatique, Paris, Broché, 2006.

* 22 M.A.E : ministère des affaires étrangères, dénomination que nous reprendrons par commodité par la suite.

* 23 M.C.Kessler, La politique étrangère de la France, Paris, Presses de Sciences po, 1999.

* 24 Y.Mény,J.C Thoenig, op.cit.,pp.233,234

* 25 C.O.Jones, An introduction to the Study of Public Policy, Belmont, Duxbury Press.

La grille analytique que propose Jones demeure à ce jour la référence ; en effet elle apparait être la plus facile à manier et constitue l'un des outils heuristiques offerts par la littérature scientifique qui laisse le plus de place à la découverte de faits pertinents.

* 26 P.Muller, Y.Surel, l'analyse des politiques publiques, Montchrestien, coll. Clefs, Paris, 1970 

* 27 R.Snyder, H.Bruck et B.Sapin, Foreign Policy Decision Making. An approach to the Study of International Politics, New York, the Free Press, 1962.

* 28 K.Gaubatz, Elections and war, Stanford, Stanford University Press, 1999.

J.Mueller, War, Presidents and Public Opinion, New York, Wiley, 1973.

* 29 Source :www.libanvision.fr

* 30 Source :www.rplfrance.org

* 31 Source : www.beyrouthsurseine.com

* 32 Les thèses du paradigme réaliste étant essentiellement développées par Morgenthau dans l'ouvrage suivant :

Politics among Nations. The struggle for Power and Peace, New York, Mac Graw-Hill, 1948.

Dans la conception ou paradigme réaliste de Morgenthau, les relations internationales se définissent par des relations entre les États, il s'agit des relations diplomatiques. Dans ce paradigme les États constituent les seuls acteurs auxquels s'ajoutent les organisations internationales

* 33 Source : www.elysee.fr

* 34 Le terme de « relation spéciale » est la première fois théorisée par Winston Churchill, premier ministre anglais dans le célèbre discours de Fulton ou discours du « rideau de fer » le 5 mars 1946.L'utilisation du terme « Relationship » plutôt que de « relation » que l'on trouve normalement lorsqu'il s'agit de relations entre des Etats, soulignait bien la spécificité de cette alliance. Celle ci avait une dimension affective et sentimentale due aux affinités historiques et culturelles des deux pays.

Source :C.J.Bartlett,The special relationship :A political history of Anglo American Relations since 1945 ,Londres,Longman,1992

Si les relations diplomatiques franco-libanaises n'ont pas la même ampleur que celles de la relation spéciale Anglo américaine (notamment au niveau de la coopération militaire), il n'en reste pas moins que les liens d'amitié profonds qui unissent les deux pays rappellent certains aspects de la« special Relationship ».

* 35 Source : www.lemonde.fr

* 36 Construit par DCN (partie arrière) et Alstom / Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire (partie avant), le Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) Mistral est un porte-hélicoptères d'assaut pouvant embarquer jusqu'à 16 hélicoptères NH90 ou Tigre. Grâce à ces capacités amphibies, il peut participer à l'exécution d'une opération aéromobile à partir de la mer, en vue, par exemple, d'une évacuation de ressortissants, ou effectuer le transport et le débarquement d'un escadron de 40 chars Leclerc. C'est aussi un véritable hôpital disposant de plus de 50 lits. Enfin, il peut servir de bâtiment de commandement. Sa disponibilité est d'environ de 350 jours par an, avec un équipage de 165 hommes.

Source : www.netmarine.net

* 37 Le Jean-Bart est le 15e bâtiment de la Marine nationale à porter le nom du corsaire de Dunkerque. Construit par DCN à l'arsenal de Lorient, il est armé pour essais le 21 octobre 1989, et entre en service le 21 septembre 1991. Désigné dans un premier temps "corvette antiaérienne", le Jean Bart prend l'appellation de frégate antiaérienne (FAA) à partir de juin 1988 dans un souci d'harmonisation avec les appellations en vigueur dans les marines étrangères. Sa mission principale est de mener la lutte antiaérienne de zone au profit d'une force navale. IL est basé à Toulon.

Source :www.netmarine.net

* 38 Ch .O. Jones, An introduction to the Study of Public Policy, Belmont, Duxbury Press, 1970.

* 39 K.J.Hosti, International politics, Englewoods Cliffs, Prentice Hall International Inc, 6ème éd, 1992.

* 40 R.Madicris, French Foreign Policy: the quest for Rent, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 6ème éd. 1985

* 41 L'opération Licorne est le nom donnée à la participation des forces armées françaises dans le cadre de l'intervention des Nations Unies en Cote d'Ivoire(ONUCI).L'opération a débuté en septembre 2002 avec l'implication de plus de 4000 hommes. Elle a permit selon les autorités française d'éviter une guerre civile et de nombreux massacres à l'intérieur du pays.

Source : www.lemonde.fr

* 42 Le BPC type mistral est un bâtiment de projection et de commandement ; il est en service depuis janvier 2006.Il permet la mise en oeuvre de moyens importants de projection de force grâce aux chalands de débarquement et d'hélicoptères. Il constitue également un pole santé de premier ordre car il existe à bord un hôpital moderne de plus de 70 lits et de deux blocs opératoires.

Source : www.defense.gouv.fr

Le TCD type foudre Composante de la Force d'Action Navale, le transport de chaland de débarquement (TCD) Foudre est le 475ème navire lancé à l'arsenal de Brest depuis sa création par Colbert en 1661. Mis sur cale le 26 mars 1986, il a été lancé le 19 novembre 1988, et à été admis au service actif le 7 décembre 1990. Sa mission principale est de transporter et de mettre à terre, sur une plage non préparée et en zone d'insécurité, 470 hommes et une centaine de véhicules dont 22 blindés. En dehors des périodes d'activité amphibie, ce bâtiment a pour mission secondaire une participation active au soutien logistique de la flotte.

Source : www.defense.gouv.fr

* 43 Il existe un contrôle parlementaire a priori ou trois cas constitutionnels existent et qui concerne la responsabilité du gouvernement : l'article 49.1ou « question de confiance », l'article 49.2 ou « motion de censure » qui restent très rares en matière de politique étrangère et l'article 49.3 ou « motion de censure provoquée »qui constitue un moyen de pression fort du gouvernement en cas de fronde parlementaire. Cependant, cet article est le plus souvent utilisé par le gouvernement pour des affaires de politique intérieure. Ces trois cas n'ont pas lieu d'être étudié puisque l'opération de rapatriement des ressortissants français a été unanimement approuvée par le Sénat et L'Assemblée nationale.

Source : J.Brouillet, le Parlement Français et la politique étrangère, Le Monde Diplomatique, 26(302), mai 1979.

* 44 Le conflit opposant le Liban à Israël s'apparente à un conflit asymétrique dans la mesure où Tsahal s'oppose principalement à une armée non régulière, le Hezbollah. La riposte de Tsahal renvoie Israël cinquante ans en arrière lors de la guerre de 1948.

Si l'ambition israélienne semblait être, au début, de mener de manière très rapide une guerre aérienne par l'exploitation de sa supériorité technologique et militaire, c'est tout au contraire une guerre asymétrique qui s'est progressivement imposée rendant impossible tout contrôle effectif des opérations par Israël.

Le Hezbollah a donc tenté d'exploiter cette situation asymétrique pour éviter tout affrontement direct et un choc frontal avec Tsahal, tout en exploitant ses faiblesses. « Quand l'adversaire choisit volontairement de contourner cette lutte inégale, en usant de moyens asymétriques la supériorité technique ne permet plus d'assurer un avantage décisif. »

Le concept de Guerre asymétrique est une guerre qui oppose la force armée d'un État à des combattants matériellement moins bien dotés, qui se servent des points faibles de l'adversaire pour parvenir à leur but souvent politique ou religieux. Les guerres asymétriques englobent principalement le terrorisme et se distinguent des guerres de type classique interétatiques.

Sources : www.mondediplomatique .fr

B.Courmont, D.Ribnikar, Les guerres asymétriuqes.Conflits d'hier et d'aujourd'hui, terrorisme et nouvelles menaces, IRIS, Puf, Paris, 2002.

* 45 M.C Kessler,op .cit .,pp.19,20

* 46 M.C.Kessler, op.cit. pp.142,143.

* 47 Y.Mény, J-C Thoenig, op.cit. pp.229,230,231.

* 48 www.ambafrance-lb.org

* 49 L'historien Jean Baptiste Duroselle a consacré plusieurs ouvrages sur l « homme d'Etat ».On peut citer notamment cet ouvrage : Introduction à l'histoire des relations internationales, Paris, Armand Collin, 1946.

* 50 H.Srpout, M.Sprout, Man-Milieu Relationships Hypotheses in the Context of International Politics, Princeton, center for international studies, 1956.

Dans cet ouvrage, les auteurs distinguent le milieu psychologique des décideurs, c'est-à-dire le monde tel qu'il est perçu par les dirigeants politiques et le milieu opérationnel auquel ils sont confrontés, c'est-à-dire le monde réel dans lequel les décisions et actions vont être mis en oeuvre.

* 51 D'un coté et à cause de la complexité du monde à laquelle est confrontée tout individu, il existe des dispositifs cognitifs permettant d'intégrer les informations nouvelles dans un schéma d'interprétation préétablies et de maintenir ce faisant un ensemble relativement simple, stable de convictions et de croyances, de l'autre et à cause du stress psychologiquement inconfortable causé par une information dissonante par rapport à ses croyances, chaque individu s'efforce de réduire toute dissonance et de retrouver de la consonance en évitant les situations susceptibles d'aller à l'encontre de ses convictions les plus profondes .L'individu cherche donc à ne pas être désorienté dans son environnement.

Source: R .Jervis, Perception and Misperception in International Relations, Princeton, Princeton University Press, 1976.

* 52 G .Allison, Essence of Decision. Explaining the Cuban Missile Crisis, Little Brown, 1971.

* 53 Dans l'approche top-down qui existe dans la littérature anglo-saxonne, il existe en fait une séparation claire entre la conception d'une politique et sa mise en oeuvre. Ainsi, « une politique ne s'énonce pas en la faisant sur le terrain, elle préexiste à l'exécution. » Elle consiste en un séquençage de type linéaire partant d'un centre décisionnel vers une périphérie ou existent les assujettis à la politique publique étudiée. Le haut ou centre gouverne en préétablissant des fins à sa politique et en se fondant sur l'autorité dont il dispose. La base ou périphérie applique la politique publique par adhésion au système hiérarchique. (cf. schéma annexe 7)Cependant, cette approche apparait incomplète car se situant dans un schéma focalisé surtout sur le décideur. Une approche alternative nous est fournie par l'analyse dite systémique de l'implémentation. Celle ci propose un processus de mise en oeuvre plus complexe et retranscrivant mieux la réalité. Ainsi, plutôt que d'adopter seulement une vision linéaire, le processus est analysé sous l'angle de la circularité ou les décisions gouvernementales sont médiatisées par un groupe d'acteurs qui interagissent entre eux par tractations et négociations. Source : Y.Meny, J.C Thoenig, op.cit, pp.233 ,234 ,235.

* 54 L'Etat-major des armées (EMA) est l'outil de commandement du Chef d'état-major des armées dans tous les domaines concernant la Défense, que ce soit dans un cadre ministériel, interministériel ou international. Il est dirigé par le major général des armées (MGA), assisté d'un officier général adjoint et de quatre sous-chefs d'état-major adjoints.

Source : www.defense.gouv.fr

* 55 A l'origine, la FINUL a été établie en 1978 par le Conseil de sécurité pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationales et aider le Gouvernement libanais à assurer le rétablissement de son autorité effective dans la région. Après la crise de juillet/août 2006, le Conseil a décidé que la Force devra, en plus de l'exécution de son mandat d'origine, contrôler la cessation des hostilités; accompagner et appuyer les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud; fournir son assistance pour aider à soutenir une aide humanitaire importante aux différentes populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions optimales de sécurité.

Source : www.un.org

* 56 L'élaboration d'une politique publique revient à construire une certaine représentation de la réalité sur laquelle on veut intervenir et aboutir ainsi à des changements substantiels. Les acteurs vont organiser leur perception du système, élaborer des propositions d'action en référence à cette image cognitive que l'on appelle référentiel d'une politique. Il faut distinguer cependant en matière de politique publique deux types de référentiel : le référentiel global et le référentiel sectoriel. Le référentiel global est « une représentation générale autour de laquelle vont s'ordonner et se hiérarchiser les différentes représentations sectorielles ».Le référentiel sectoriel est lui l'image d'un secteur spécifique. Son but premier est d'établir les frontières de ce secteur ; en effet, la configuration d'un secteur comme la santé dépend de la représentation que l'on se fait de la place de la santé dans l'action publique, de son importance pour la société dans son ensemble.

Source : P. Muller, les politiques publiques, Puf, 4ème édition, Paris, 1990.

* 57 La gestion de ces deux types de référentiels : le référentiel global et le référentiel sectoriel s'appelle le RGS (rapport global-sectoriel).Le RGS constitue à la fois la variable centrale qui déterminera les conditions d'élaboration, de mise en oeuvre d'une politique publique et l'objet même des politiques publiques.

P.Muller, op.cit. pp.24, 25.

* 58 La rétroaction ou apprentissage à partir de l'exécution, conduit en fait l'autorité publique à amender le contenu de sa politique initiale sous la pression de la réalité des faits.

* 59 Ces opérations extérieures correspondent aux opérations militaires en dehors du territoire national. Dans un communiqué du conseil des ministres de juillet 2006, il est rappelé que ces opérations « permettent à la France d'être à la hauteur de ses responsabilités, de promouvoir ses valeurs, de réaffirmer constamment son engagement en faveur de la stabilité mondiale et de la paix. »

Source : www.rp-france-otan.org

* 60 Il a pris les fonctions de sous-chef d'état-major " opérations-logistique " de l'état-major de la marine le 1er juillet 2005. Depuis le 1er juillet 2006, il est chef du centre de planification et de conduite des opérations (EMA/CPCO).Source :www.defense.gouv.fr

* 61 L'EC 725 est entré en service opérationnel dans l'armée de l'air en 2005.Cet hélicoptère signé Eurocopter offre à la France une nouvelle capacité d'intervention dans le domaine des opérations spéciales. Source : www.safran.fr

* 62 Le Transall C-160 est un avion de transport militaire bimoteur à moyen rayon d'action. Sa configuration " ailes hautes " et la robustesse de son train d'atterrissage lui confèrent des performances Adac (aptitude au décollage et à l'atterrissage court) sur des pistes sommairement aménagées.

Source : www.defense.gouv.fr

* 63 Le 14 juillet, deux missiles ont été tirés depuis la terre par le Hezbollah sur la corvette lance-missiles israélienne Hanit.Un des missiles a touché sa cible, tuant quatre marins. La corvette a toutefois pu regagner Haïfa.

www.frstrategie.org

* 64 La CNAMTS, assureur solidaire en santé définit les politiques de gestion du risque et négocie les conventions qui déterminent les liens entre l'Assurance Maladie et les professionnels de santé libéraux (médecins, auxiliaires médicaux).

Source : www.cnaf.fr

* 65 Les Allocations familiales forment la "branche Famille" de la Sécurité sociale, à travers le réseau formé par la caisse nationale des Allocations familiales (Cnaf) et l'ensemble des caisses d'Allocations familiales (Caf). Dans l'accompagnement des ses 29,5 millions de bénéficiaires directs et indirects (6,5 bénéficiaires directs pour les prestations familiales et 5 pour les minima sociaux), la branche Famille doit s'adapter à une grande diversité de situations.

Source : www.cnaf.fr

* 66 Les études les plus complètes sur l'évaluation des politiques publiques ont été réalisées par plusieurs auteurs anglo-saxons :

D.J.Palumbo, the politics of program evaluation, London, sage, 1988.

P.H.Rossi, W.Williams, Evaluation Research: An assessment of current theory, Practice and Politics, UNESCO, 1979.

* 67 Franck Mermier, anthropologue et chercheur CNRS et directeur scientifique à l'institut français du Proche -Orient(Beyrouth) a publié récemment un ouvrage intitulé : Liban, une guerre de 33 jour, la découverte, Paris, 2006.

* 68 M.Chaoul est professeur de sociologie à l'université libanaise de Beyrouth, auteur de nombreux articles sur la société libanaise et la guerre civile ainsi que sur la récente guerre israélo-libanaise de 2006.

* 69 La guerre de 2006 a provoqué de nombreuses destructions qui résultent principalement des bombardements de l'aviation et de la marine israéliennes. Ils on entrainé des dommages très lourds, évalués au milieu du mois d'aout 2006 à quelque 3,6 milliards de dollars de dégâts matériels directs dont environ 1,2 milliards de dollars pour les infrastructures et les établissements industriels et 2 ,4 milliards pour les habitations et les commerces.

Source :CDR,17 août 2006

(cité par The Lebanon Weekly Monitor)






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