|
VALLEE Maxime
Année : 2010/2011

Master 1 Recherche Civilisation, Histoire et Patrimoine
Université des Sciences Humaines et Arts de
POITIERS
Jury : MM. BOURGEOIS Guillaume et GREVY
Jérôme



La scène alternative de
Poitiers
1984 - 1994


Sous la direction de :
M. BOURGEOIS Guillaume
Remerciements
Je remercie Guillaume Bourgeois pour l'intérêt
qu'il a manifesté vis-à-vis de mon objet d'étude et mon
travail de recherche. L'attention qu'il a portée à
l'élaboration de mon mémoire et la qualité de ses conseils
m'ont été d'un précieux secours et ont su me guider lors
de la rédaction.
Je tiens également à exprimer ma profonde
reconnaissance à toutes les personnes ayant construit et fait vivre la
scène alternative de Poitiers, qui ont accepté de m'accorder du
temps et qui se sont prêtés au jeu de l'entretien. Leur
témoignage m'a beaucoup apporté. J'adresse ainsi de
sincères remerciements à Luc Bonet et Gil Delisse - qui m'ont
offert les éléments nécessaires à l'analyse du
fonctionnement du label On a faim ! - ainsi qu'à Marie Bourgoin et
Gilles Benèche - sans qui mon étude de la Fanzinothèque de
Poitiers aurait été incomplète. Je n'oublie pas l'ensemble
de l'équipe du Confort Moderne et notamment Emma Reverseau - qui m'ont
permis d'accéder aux archives du centre culturel - ni celle de la
Fanzinothèque, qui s'est toujours tenue à ma disposition pour
trouver des réponses à mes questions. Je tiens à leur
exprimer ma gratitude la plus profonde.
Mes remerciements s'adressent aussi à mes proches et
à mes amis qui ont su trouver les mots pour m'encourager et qui m'ont
épaulé tout au long de cette aventure.
INTRODUCTION
« Faire qu'il se passe quelque chose dans notre
région et d'abord faire tourner les musiciens actuels, qui brassent, qui
touillent, qui se défendent pratiquement seuls, sans le soutien des
grands médias. [...] Contribuer à liquider les
préjugés tenaces dont sont victimes les créateurs
locaux ; trouver une alternance au centralisme qui sévit partout en
matière de diffusion et de création. Faire reculer le
sous-développement et la dépendance culturels de la province
à l'égard de Paris. Prendre l'initiative. La
décentralisation à l'épreuve du concert
international. »1(*)
Ce manifeste, cette profession de foi, ici prononcé par
l'association L'oreille est hardie de Poitiers, témoigne bien de la
situation du paysage culturel français du début des années
1980, déchiré entre deux conceptions différentes de la
culture. Cette vision semble prolonger l'état d'esprit d'une
« « scène » qui, depuis la fin des
années 70, réclam[e], en province comme à Paris, sans
bruit mais avec obstination, un autre style, une
légitimité. »2(*) On voit bien ici qu'il ne s'agit pas de
réclamer, mais de proclamer une action culturelle pour satisfaire cette
demande croissante d'un autre style, en dehors du cadre culturel traditionnel
qui reste sourd aux aspirations nouvelles de la jeunesse. C'est donc cette
scène autoproclamée, qui s'affirme contre le centralisme, le
sous-développement et la dépendance culturels qui va guider notre
recherche, à l'échelle de Poitiers, entre 1984 et 1994.
Pour comprendre la construction de cette scène, il
faut d'abord appréhender le fonctionnement du circuit traditionnel de la
musique en France, tel qu'il fut mis en place dès l'après-seconde
guerre mondiale. Déjà prépondérant dans
l'entre-deux guerres, le show-business, ou music-hall, comme
on l'appelle, devient alors hégémonique et exerce son emprise sur
toutes les composantes de la musique hexagonale, qu'il s'agisse de la
sélection, de la production et de la diffusion des artistes :
« Les majors maîtrisent, sur un réseau international et
un axe vertical, toutes les étapes de production de la
musique. »3(*)
C'est pourquoi un musicien voulant être reconnu du grand public avant les
années 1980 doit obligatoirement emprunter ce circuit. Cela signifie
qu'il lui faut dans un premier temps être repéré parmi un
vivier d'amateurs qui font leurs premiers pas dans les petits cabarets ou
dancings. Ce repérage peut revêtir différents
aspects : il s'agit d'auditions convoquées par les directeurs
artistiques de grandes maisons de disques (aussi appelées majors), de
tremplins organisés dans les quelques grandes salles parisiennes tenues
par des promoteurs privés, ou par des radio-crochets qui voient la
collaboration entre ces mêmes salles et des radios
périphériques comme Europe1 ou RTL. L'artiste
repéré entre alors dans l'industrie du disque, exclusivement
dominée par les majors qui détiennent le monopole des circuits de
fabrication et de distribution des albums qu'ils produisent. Il ne reste alors
qu'à diffuser ces productions musicales, diffusion assurée par
les concerts organisés par les promoteurs privés dans les grandes
salles parisiennes (de type Olympia ou Bobino), ou par les radios qui
« matraquent »4(*) les titres issus des majors. Le circuit traditionnel
du show-business d'après-guerre forge donc une culture uniforme
de masse calquée sur les modes musicales importées des pays
anglo-saxons, où les artistes qui ont la possibilité d'y
pénétrer sont choisis pour leur capacité potentielle
à vendre un nombre important de disques. Ce type de fonctionnement
exclut donc de fait un nombre important de musiciens amateurs, qui se voient
condamnés à une existence artistique
éphémère, c'est-à-dire à quelques
représentations confidentielles dans des cabarets à faible
capacité d'accueil et donc d'audience.
La première rupture avec ce cadre dominant survient
dans l'Angleterre du milieu des années 1970. Aujourd'hui plus reconnu
pour les scandales médiatiques qu'il engendra, le mouvement
punk5(*), par les
pratiques nouvelles qu'il employa, permit au vivier d'amateurs mentionné
plus de voir leurs productions exposées au grand public en contournant
les rouages du show-business. Profitant d'un accès
facilité aux technologies d'enregistrement, ces artistes méconnus
purent eux-mêmes fixer leurs créations musicales sur bande. Des
éditeurs indépendants et autoproclamés se chargeaient
alors de la production des disques, qui étaient ensuite
distribués par de petits disquaires, eux-mêmes
indépendants.6(*) On
voit donc qu'à partir du moment où la possibilité
d'enregistrer de la musique fut déverrouillée et n'était
alors plus seulement l'apanage des majors, un réseau d'acteurs, amateurs
eux-aussi, et parfois novices, s'est structuré pour remplacer - à
échelle plus modeste - les autres branches du circuit musical. Ces
acteurs (musiciens, petits labels, disquaires indépendants) qui ont fait
du mouvement punk une étape importante de l'histoire des
musiques populaires, ont ainsi réussi à construire un circuit
parallèle à celui de l'industrie musicale traditionnelle en
prenant eux-mêmes les choses en main. Ils ont créé
par-là une pratique culturelle autogestionnaire nouvelle: le Do
It Yourself (souvent abrégé par le sigle D.I.Y.,
littéralement « Fais Le Toi-Même ») qui rend
compte d'une réelle volonté de substituer à la politique
élitiste et commerciale des majors, des méthodes de productions
musicales volontaristes et indépendantes. Cela implique le fait que,
dans le circuit alternatif, ce sont l'engagement et l'implication des acteurs
qui semblent garantir la sortie d'un disque et la diffusion d'une
création musicale, tandis qu'on privilégie davantage dans le
circuit traditionnel une relation entre considérations
esthétiques et rentabilité financière du projet comme
vectrices d'aboutissement de ce dernier. Ces pratiques autonomes du circuit
punk ont également exclu de fait toute censure (sinon les
limites imposées par l'artiste lui-même, ou par le réseau
-souvent affinitaire - auquel il appartenait) et ont permis d'introduire des
codes esthétiques et des sujets nouveaux dans le paysage musical
(notamment le politique, dont il était relativement exclu et qui
était largement favorisé par la crise sociale anglaise des
années 70), faisant de ce mouvement une véritable avant-garde.
Ce large détour par le mouvement punk
britannique est important, dans le sens où il permet de comprendre
comment le mouvement alternatif s'est installé et structuré en
France. Apparaissant en France vers 1976, la scène punk
hexagonale s'est essentiellement manifestée à Paris, au travers
de quelques groupes emblématiques. Si certaines pratiques culturelles
dont nous avons parlé plus haut furent empruntées à la
version anglaise du mouvement, il faut toutefois remarquer que les
punks français reprirent surtout les caractéristiques
les plus médiatisées du mouvement britannique et
l'envisagèrent donc plus comme une mode musicale ou vestimentaire que
comme un moyen de créer un circuit culturel indépendant de celui
des majors. En effet, même si les médias de l'époque
portaient toujours un regard d'incompréhension au mieux, ou
négatif au pire sur le coté provocant spectaculaire des adeptes
de cette nouvelle scène, les grandes maisons de disques avaient bien
compris l'intérêt financier qu'il y avait à travailler avec
ces nouveaux artistes, qui possédaient un potentiel de ventes important,
notamment auprès des jeunes. C'est ainsi qu'on s'aperçut, en
Angleterre d'abord, que l'autoproduction ne constituait finalement qu'un
tremplin vers les contrats avec les majors et n'était pas une fin en
soi.7(*) Ainsi
relayées par les circuits traditionnels, les productions du mouvement,
d'abord marginal, se sont ainsi assez diffusées pour faire du
punk une mode qui, même si elle choquait encore,
commençait à entrer dans les moeurs. C'est ainsi que l'on vit se
développer en France une scène punk, qui comme n'importe
quelle mode de masse, reprenait les mêmes codes que son homologue
anglo-saxonne (vêtements savamment déchirés et
barrés de slogans et d'images provocateurs, chant en anglais). On a donc
pu observer en France un mouvement relativement calqué sur la version
anglaise du punk, qui, même s'il avait déjà un
pied dans le monde du show-business, a tout de même pu
poser certains jalons constituant les prémices d'un circuit musical
indépendant.
Car si le mouvement punk a été
détourné de son fonctionnement alternatif initial au profit d'un
genre musical de masse, il est important de prendre en compte le fait que
certaines structures indépendantes se sont tout de même
montées un peu partout en France dès la fin des années
1970 dans l'optique initiale du mouvement culturel britannique : celle de
produire et diffuser soi-même des oeuvres musicales exclues des circuits
traditionnels du disque - sans vocation à intégrer le
show-business - et de créer quelques îlots
d'indépendance artistique. Or, « la construction
d'alternatives à une économie de la musique centralisée et
unidirectionnelle (telle qu'elle existait auparavant) doit beaucoup à
l'ancrage territorial de scènes locales. »8(*) Ce sont donc ces
premières bases qui ont permis à la scène alternative de
pouvoir réellement exploser au début des années 1980 et
qui lui ont donné sa forme : une juxtaposition de toutes ces
scènes locales, qui constitue ce qu'on appelle désormais le
mouvement alternatif. Ce schéma succinct implique d'ores et
déjà une difficulté concernant une définition plus
exhaustive de la scène alternative dans son ensemble : les
différences qui distinguent les structures locales entre elles, qu'il
s'agisse de leur période d'existence, de leur fonctionnement, de leur
nature, ou de leurs acteurs permettent seulement l'élaboration de
concepts très globaux, n'incluant que les traits communs que partagent
ces différentes scènes, et mettant de coté les
particularités de chacune d'entre elles.
Nous reprendrons donc, pour donner une base à la
définition de notre sujet, la typologie d'une scène locale
construite indépendamment des circuits musicaux traditionnels, telle
qu'elle est énoncée par Gérôme Guibert :
« Un noyau d'acteurs passionnés, musiciens ou mélomanes
[qui] s'implique à des degrés divers pour défendre les
groupes qu'ils aiment, qu'ils connaissent ou dont ils font
partie »9(*) en
tant que disquaires indépendants, producteurs également
indépendants, organisateurs de concerts dans des lieux
spécifiques (comme les bars ou les Maisons de la Jeunesse et de la
Culture), rédacteurs de journaux alternatifs ou animateurs
d'émissions de radios libres, qui font vivre la scène et
créent des connexions avec d'autres villes. Cette définition, qui
reste volontairement très large, permet tout de même d'esquisser
assez justement le schéma habituel d'une scène locale. Mais c'est
l'étude approfondie de chacune de ces scènes (qui n'est que peu
effectuée aujourd'hui) qui permettra de pouvoir forger des concepts plus
pointus concernant la réelle teneur du mouvement alternatif.
Nous rejoindrons, dans l'optique de combler ces carences, le
point de vue d'Antoine Hennion, plaidant pour des études de cas10(*), qui seraient plus à
même de restituer fidèlement les caractéristiques de la
culture alternative en France dans les années 1980. Pourtant, au sein de
la faible quantité d'ouvrages traitant de ce mouvement, ce sont bel et
bien des études qui l'apprécient de manière globale qui
dominent, même s'il est important de distinguer les différents
types de productions constituant l'historiographie de la scène
alternative. La majorité de celles-ci se compose de contributions non
scientifiques, souvent destinées à un public large. Il est donc
important de les utiliser avec précaution dans le cadre d'un travail
universitaire et de porter un regard critique sur ces écrits et leurs
auteurs : « Dans un style qui balance entre le nouveau journalisme,
l'érudition sourcilleuse et la prose post-moderne, ce sont pour
l'instant essentiellement d'anciens critiques de
rock. »11(*) Nous partageons ce point de vue, même s'il nous
semble nécessaire de le nuancer en invoquant l'existence d'ouvrages
réalisés par d'anciens acteurs12(*) du mouvement alternatif qui réaniment leurs
réseaux d'alors, pour livrer des compilations de témoignages
bruts très exploitables. Celles-ci contrastent avec les productions de
critiques rock dont parle Philippe Teillet, qui se proposent
d'établir un panorama de la musique rock en France à
cette période, sans faire de distinction entre scène
show-business et scène alternative, ce qui montre leur faible
niveau d'analyse. À l'opposé de ce type de littérature,
nous trouvons une très faible quantité de travaux scientifiques,
de différentes natures, mais nous allons le voir pas sans lien. Si
quelques thèses universitaires s'essaient dès le début des
années 1990 à la définition de cette scène
alternative13(*), c'est
« à une nouvelle génération d'universitaires
français que l'on doit aujourd'hui un effort de production et de
publication de travaux de recherches en sciences sociales concernant ces
musiques. »14(*) On
assiste en effet depuis quelques années dans la communauté
scientifique, à un intérêt soudain pour ce qu'on appelle
aujourd'hui les musiques actuelles, ou plus justement musiques
amplifiées, qui se développent avec l'expérimentation de
l'amplification. Ce terme, « qui représente un outil
fédérateur regroupant des univers qui peuvent être
très contrastés : certaines formes des musiques de chansons
dites de variétés, certains types de jazz et de musiques
dites du monde, de fusion ; le jazz-rock, le
rock'n'roll, le hard-rock, le reggae, le
rap, la techno, la house music, la musique industrielle, le
funk, la dance-musique... »15(*), englobe des musiques qui se sont
développées au sein de la scène alternative. Cela a donc
poussé ces jeunes universitaires à étudier ce mouvement et
à apporter le regard scientifique qui manquait à
l'historiographie le concernant. On retrouve donc un certain nombre de
productions, qu'il s'agisse de monographies ou d'articles de revue, traitant -
directement ou indirectement - rigoureusement et méthodiquement de la
scène alternative. On remarquera que la plupart de ces auteurs gravitent
autour des éditions Mélanie Séteun, qui éditent de
nombreux ouvrages ainsi que la revue « Volume ! »
(fonctionnant sur le principe du Do It Yourself, alliant ainsi rigueur
universitaire et indépendance financière) traitant des musiques
amplifiées. On remarquera toutefois que c'est l'étude
sociologique qui est privilégiée au sein de cette école et
que l'approche historique du mouvement alternatif reste encore à
explorer, même si certains spécialistes des musiques
amplifiées adoptent parfois une démarche socio-historique. Ce
sont d'ailleurs certainement les méthodes de la sociologie qui ont
donné lieu à la formulation de définitions globales
basées sur des enquêtes de terrains réalisées dans
des espaces locaux16(*),
ce qui rejoint l'idée d'une multiplication d'études de cas pour
appréhender un phénomène global.
Cette historiographie parcellaire et les affirmations
qu'elle avance vont donc construire notre questionnement. Nous avons par
exemple vu que le mouvement alternatif s'était appuyé sur des
structures héritées du mouvement punk et qu'il
fonctionnait également selon les principes du Do It Yourself,
ce qui l'a amené à être facilement associé au
punk ou accolé à un autre genre pour donner le
« rock alternatif »17(*). Ce premier postulat va donc
nous amener à nous demander si cette relation fut réelle, si la
scène alternative est restée intimement liée à la
mouvance rock, ou si elle s'est au contraire ouverte à de
nouveaux horizons culturels. Notre étude va également se poser la
question de la datation du mouvement : on retrouve communément au
sein de la documentation portant sur le rock alternatif un cadre
temporel qui part généralement du début des années
1980 (où l'influence du premier mandat de François Mitterrand
légalisant les radios libres et du ministère Lang est
fréquemment évoquée) pour s'achever en 1989, date
symbolique du concert d'adieu d'un des groupes alternatifs les plus influents
de la scène : Bérurier Noir. Cette date, qui semble
marquer une rupture pour les auteurs ayant écrit sur le mouvement nous
parait intéressante et nous a poussés à déterminer
les bornes chronologiques de notre étude. La fin d'un groupe, aussi
emblématique fusse-t-il, a-t-elle pu compromettre en une soirée
le déroulement d'un mouvement culturel en plein essor? Les structures
qui se sont montées au coeur des années 1980 ne devaient-elles
leur salut qu'à des groupes qui drainaient un large public et
commençaient à obtenir une audience médiatique tels
les Bérurier Noir? Nous allons tenter de voir si cette mort du
mouvement a réellement eu lieu et si la date fatidique de 1989 a
effectivement eu une influence notoire sur l'activité de la scène
alternative. Pour cela, nous avons choisi d'établir des bornes
chronologiques couvrant cinq ans de part et d'autre de l'année 1989, et
qui nous donnent donc un cadre temporel s'étalant de 1984 à 1994.
Nous nous sommes ainsi refusés à calquer notre analyse de la
scène locale poitevine sur les dates symboliques
généralement employées pour évoquer la naissance et
la mort du mouvement à l'échelle nationale,
préférant porter notre étude sur l'évolution locale
des structures indépendantes face aux retombées provoquées
par cet événement apparemment très significatif. Ce cadre
nous amènera d'ailleurs à observer l'évolution de l'action
des pouvoirs publics vis-à-vis de cette scène, qui s'est
manifestée à travers les deux septennats de François
Mitterrand, et qu'on considère beaucoup dans l'historiographie comme un
élément déterminant dans la naissance et le fonctionnement
du mouvement. L'étude des structures poitevines va nous amener à
considérer l'influence d'un pouvoir socialiste sur la marche de ces
dernières. Notre travail se basera sur trois d'entre elles : Le
Confort Moderne, la Fanzinothèque et le label « On a
faim ! ». Conscient qu'il serait réducteur de
réduire la scène poitevine à ces seules trois
entités, précisons que c'est sur leurs critères
d'audience, de longévité et d'originalité que nous avons
déterminé ce choix. Ce travail ciblé ne nous
empêchera néanmoins pas de croiser les quelques autres acteurs qui
ont contribué à développer la scène de Poitiers, de
façon plus confidentielle.
Nous nous appuierons pour réaliser ce mémoire
sur les archives du Confort Moderne, qui détient une revue de presse
très complète depuis la création en 1977 de l'association
qui gère le lieu : L'oreille est hardie. L'exhaustivité de
cette compilation d'articles éclairera notre travail concernant le
regard porté à l'époque sur l'action culturelle de
l'association. Par ailleurs, nous avons également pu disposer des
archives administratives de cet établissement, qui, malgré leur
caractère incomplet, nous ont tout de même renseigné sur le
fonctionnement interne de la structure, grâce des comptes-rendus de
réunions, des arrêtés de subventions, des conventions et
autres documents internes de différentes natures. Les archives de la
Direction régionale des affaires culturelles et de la
municipalité nous ont quant à elles donné des informations
complétant parfois les manques du fonds du Confort Moderne et offert le
regard porté par les instances officielles sur les composantes de la
scène de Poitiers, notamment le Confort Moderne et la
Fanzinothèque. Concernant cette dernière et le label On a
faim !, la quasi-absence d'archives papier nous a conduit à
rencontrer directement les acteurs qui ont fait, ou font toujours (pour le cas
de la Fanzinothèque) vivre ces deux structures, afin de comprendre
comment elles se sont créées, agencées et ont pu perdurer.
Nous nous sommes donc entretenus avec eux en les considérant non
seulement comme des Poitevins actifs dans la vie culturelle de leur ville, mais
également comme des témoins directs d'un mouvement national,
auquel ils ont contribué en ajoutant leur pierre à
l'édifice. On remarque donc que nous avons pu nous appuyer sur une
documentation, même si elle reste parfois partielle, beaucoup plus
prolifique lorsqu'il s'agit du Confort Moderne. Notre difficulté
consistera donc à restituer l'histoire du label On a faim ! et de
la Fanzinothèque de façon aussi objective que pour le Confort
Moderne, avec une documentation beaucoup moins fournie et surtout avec des
sources relayant quasi-exclusivement le point de vue interne de ces structures.
Nous essaierons toutefois de garder en ligne de mire notre
principale question qui consistera à nous demander comment la
scène alternative poitevine a évolué en dépit de la
date apparemment fatidique de 1989. Nous n'entendons donc pas restituer la
génèse, la naissance de la scène locale poitevine,
même si nous nous verrons obligés d'y faire allusion, mais
chercherons plutôt à appréhender la réalité
ou non de la fin du mouvement à Poitiers annoncée par
l'historiographie. Cette question nous permettra ainsi de décrire et
analyser de manière précise l'évolution du Confort
Moderne, de la Fanzinothèque et du label On a faim !.
Nous adopterons, afin d'articuler notre développement,
un découpage chronologique qui nous permettra de délimiter les
temps forts ayant rythmé la vie culturelle alternative de Poitiers entre
le milieu des années 1980 et celui des années 1990. Notre
première partie nous conduira ainsi à constater
l'évolution difficile et pleine de doutes de LOH, conduisant à la
création et la mise en place du Confort Moderne entre 1984 et 1989.
Notre second chapitre débutera en 1989 et s'achèvera en 1992. Il
nous permettra de constater si la prétendue fin du mouvement alternatif
national a réellement eu les conséquences que nous avons
entrevues sur les composantes structurant cette scène en marge des
canaux traditionnels du monde de la musique. Nous y constaterons et
étudierons la naissance de nos deux autres sujets d'étude :
la Fanzinothèque et le label On a faim !. Enfin, notre
troisième partie englobera la période de l'année 1992
à 1994, et nous montrera les changements de cap opérés par
nos trois exemples de structures alternatives, à une heure où le
mouvement alternatif est considéré comme disparu et où la
politique culturelle française en matière culturelle revoie
quelque peu les positions adoptées dans les années 1980.
PREMIÈRE PARTIE -
1984-1989 : DE L'ENTERREMENT À L'ENRACINEMENT DE L'OREILLE EST
HARDIE
Cette première partie va nous permettre de voir comment
l'association L'oreille est hardie, aujourd'hui très bien
implantée dans le tissu culturel poitevin, a construit son ascension -
qui ne s'est pas déroulée sans embûche - jusqu'à la
fameuse date clé de 1989.
I. 1984 : MORT DÉFINITIVE OU
SIMPLE GESTATION ?
L'année 1984 semble être, à la vue des
différents fonds d'archives, une année creuse en termes
d'activité culturelle alternative à Poitiers. On retient comme
seul fait marquant l'organisation à l'amphithéâtre
Descartes par l'AMP (Association musicale poitevine) d'un concert de
Bérurier Noir le 9 juin.18(*) Marquant non par le fait qu'il s'agisse du groupe
censé avoir fait imploser le mouvement alternatif à lui tout
seul, mais plutôt par celui qui a consisté à le faire venir
dans la province poitevine à une époque où il ne
bénéficiait pas encore de toute l'audience qu'on lui connait
aujourd'hui (ce qui a d'ailleurs conduit à un fiasco du
concert). Outre cet événement, les sources concernant notre sujet
d'étude semble cruellement faire défaut. Comment
interpréter ce manque d'informations concernant le milieu associatif
musical poitevin, qui peut laisser planer le doute concernant la pertinence du
choix de nos bornes chronologiques ? Ce milieu n'est-il pas encore
né, ou très peu actif ? Est-ce une année
creuse ? Une période charnière ? Afin de
répondre à ce questionnement et de comprendre la situation de
1984, il va nous falloir étudier les événements de
l'année précédente, qui permettront alors de donner des
perspectives à notre travail.
A/ Le Meeting : pleins
feux sur Poitiers
Le mois de juin 1983 reste symbolique dans l'histoire
culturelle de Poitiers. Un mois marqué par le déroulement du
festival intitulé « Le Meeting ». Organisé
dans plusieurs lieux de Poitiers (au Théâtre situé Place du
Maréchal Leclerc, ou sous un chapiteau implanté en face de
l'ancien lycée des Feuillants, boulevard Lattre de Tassigny) le festival
accueille de nombreux groupes dont la renommée actuelle n'est plus
à faire. L'orchestre de Glenn Branca ouvre ainsi les festivités
le 4 juin et sa venue ne laisse pas la presse indifférente.
Considéré comme « la tête de file du mouvement
musical le plus important depuis les minimalistes »19(*), l'artiste new-yorkais joue
son seul concert en France pour cette année à Poitiers et
amène avec lui d'autres artistes, presqu'anonymes pour l'époque,
mais aujourd'hui mondialement reconnus. C'est ainsi que le groupe Sonic
Youth, un groupe majeur de la scène rock internationale,
effectue sous le chapiteau poitevin son premier concert en Europe le 26 juin
1983. Les mystérieux Américains The Residents, eux-aussi
très avant-gardistes et très réputés, passent par
le Meeting pour un de leurs très rares concerts. L'éclectisme du
reste de la programmation s'exprime à travers la présence
mêlée de grands noms de la scène rock à
réputation mondiale comme Orchestre Rouge ou Killing
Joke et de musiciens traditionnels égyptiens : les
Musiciens du Nil.
Derrière ce festival ayant obtenu un large écho
à travers la presse nationale, notamment dans les colonnes de
Libération qui consacre un article à chacune des
soirées du Meeting - écrit par un journaliste
dépêché pour l'occasion - on retrouve l'association
L'oreille est hardie. Fondée en 1977 avec comme premier nom
L'oeil écoute, L'oreille est hardie, ou LOH, organise
et promeut dès le départ des spectacles favorisant
« l'ouverture et le décloisonnement : Musiques actuelles
et traditionnelles (sacrées et populaires), culture
rock, jazz et inclassables [en direction de] publics jeunes et moins
jeunes, jonction avec l'immigration. »20(*) Cependant, bien au-delà
de la volonté de mettre en avant un style musical, une esthétique
particulière, c'est l'envie de faire partager des sonorités, des
ambiances nouvelles qui animent l'association. LOH « s'est toujours
sentie mal à l'aise dans la contemplation de valeurs culturelles
sûres. »21(*) Les objectifs fixés par l'association sont
donc très clairs : il s'agit de confronter des artistes peu ou pas
reconnus, et donc pas relayés par les canaux traditionnels du spectacle
(publics ou privés), à des publics visiblement demandeurs si l'on
en croit le succès acquis au fil des années, permettant à
la structure d'organiser de plus en plus de manifestations (de six en 1977, LOH
est passé à la mise en place de vingt-trois manifestations trois
ans plus tard22(*)).
Cette volonté de faire se produire à Poitiers de
nouveaux artistes a conduit LOH à s'inscrire dans des réseaux
dépassant les limites de l'Hexagone. La programmation établie par
l'association montre bien que les membres de LOH créent dès leurs
débuts des liens avec des groupes ou des structures - alternatifs ou non
- étrangers, et pas seulement européens. C'est d'ailleurs
probablement cette capacité à faire jouer de grands artistes en
devenir qui a donné à LOH, et par extension à Poitiers,
l'image d'une place culturelle importante, qu'elle conserve encore aujourd'hui
à travers cette histoire. Dès 1981, la presse locale
considère déjà que « L'oreille est
hardie a fait de Poitiers l'une des quatre ou cinq plaques tournantes de
la musique non-européenne en France. »23(*) Cette affirmation se justifie
par l'éclectisme musical international installé par LOH à
Poitiers : qu'il s'agisse de musique traditionnelle indienne ou arabe, de
blues ou de jazz américain ou encore de rock
alternatif anglais, l'association poitevine a toujours essayé de
dénicher des talents en gestation à travers le monde - quelque
qu'en soit le « genre » musical - et dont la venue en
France était impossible par le biais des structures traditionnelles de
l'industrie musicale. Les Poitevins ont souvent été visionnaires,
puisqu'ils ont fait venir à Poitiers de futurs grands noms à
maintes reprises. Ce fut par exemple le cas de The Cure, groupe
catalogué « new wave » (se traduisant par
« nouvelle vague »), qui se produisit deux fois
à Poitiers, à l'amphithéâtre Descartes, le 27
octobre 1980 et le 8 octobre 1981.24(*) On remarque une nette différence entre les
deux concerts : on ne trouve aucune trace dans la presse de celui de 1980,
alors que celui de 1981 est annoncé dans les quotidiens locaux comme un
événement, et un compte-rendu est même publié
quelques jours plus tard. En un an, le groupe anglais a tout simplement
percé. C'est-à-dire que LOH fait jouer en 1980 un groupe
quasiment inconnu en France, qui n'attire pas les foules, et participe ainsi
à l'acquisition de sa notoriété ; ce qui lui permet
d'organiser le même concert un an plus tard devant une salle comble.
Permettre à des groupes inconnus et exclus des circuits de l'industrie
musicale d'atteindre la notoriété et la reconnaissance fait donc
partie des objectifs de l'association dès le début :
« Face à l'industrie privée du
spectacle (« le show bizz ») qui n'a jamais
créé de musique novatrice et se contente d'exploiter des valeurs
sûres, il n'y eut jusque là qu'un réseau d'associations
plus ou moins éphémères pour soutenir les musiques
créatives, pour programmer les groupes et leur permettre de trouver un
public. [...] Et c'est souvent dans de tels réseaux fragiles que les
vedettes d'aujourd'hui ont trouvé leurs premiers partenaires, ceux qui
leur ont permis de tenir jusqu'à la reconnaissance
médiatique. »25(*)
C'est ce genre de pratiques qui confère aujourd'hui
encore à LOH la réputation de remarquables découvreurs de
talents à l'échelle internationale, même si cette image a
souvent été acquise à retardement.
En effet, faire découvrir de nouvelles
expériences musicales constitue un risque certain pour l'association,
qui s'est souvent heurtée à l'incompréhension du public.
Les premiers pas de LOH ne se font d'ailleurs pas sans difficulté :
on retrouve par exemple dans la revue de presse du Confort Moderne de 1979 un
article dont l'origine et la date précise ne sont pas
spécifiées, dressant un bilan de l'action de LOH au bout de deux
ans. Il en ressort beaucoup d'incompréhension de la part du journaliste,
qui oppose le point de vue de l'association déplorant un public trop
fermé d'esprit, au sien et à celui d'une partie du public,
critiquant l'élitisme de la structure. Ce manque de
réceptivité transparaît beaucoup à travers la presse
d'époque, qui n'hésite parfois pas à tirer à
boulets rouges sur certaines manifestations organisées par LOH. Ainsi,
les quotidiens locaux ne sont pas tendres lorsqu'ils relatent le manque
d'ambiance au concert de 12°5 organisé par LOH à la
MJC d'Aliénor d'Aquitaine. Si les journalistes mettent un peu l'accent
sur la démarche éthique du groupe qui « ne sont pas des
requins tristes reconvertis un peu démago ou des jeunes cadres aux dents
longues du rock business »26(*) et revendiquent par là une démarche
alternative, c'est d'un « bide », d'un groupe qui
« s'est ramassé » dont le même journal parle
quatre jours plus tard. Pourquoi retient-on alors aujourd'hui ce genre
d'événement si décrié ? Parce que le
journaliste n'a perçu qu'un groupe jouant une musique à laquelle
il n'était pas très réceptif, devant un public
clairsemé, ce qui équivalait pour lui à un échec.
Or, ce que l'on garde aujourd'hui, et qui a d'ailleurs été
compris il y a longtemps par les contemporains de cette époque, c'est
que LOH a fait jouer à Poitiers - et ainsi contribué à sa
renommée - un grand nom de la musique amplifiée française,
qui a collaboré avec de nombreux artistes de la musique populaire
hexagonale, comme Jacques Higelin ou Bernard Lavilliers. Ce
« flair », cette capacité à faire
décoller des artistes de talent - français ou non - est donc
devenue en quelque sorte la marque de fabrique de LOH et lui a donné une
réputation à l'échelle nationale.
Pourtant, malgré l'image de marque, les succès
indéniables accumulés jusqu'en 1983 et « plus de 200
groupes, orchestres ou solistes produits à Poitiers sans concession
à la mode, sans se soucier des habitudes de consommations
culturelles »27(*), LOH décide de mettre un terme à ses
activités en organisant un dernier événement à la
hauteur de l'empreinte que la structure a laissé dans le paysage
culturel poitevin : le Meeting. Véritable « manifeste
politique, qui a rendu fou Santrot28(*) »29(*) selon Francis Falceto,30(*) ce festival s'installe au
coeur de Poitiers durant presqu'un mois et offre le « plateau le plus
prestigieux et le plus mégalo de « Juin à
Poitiers.» »31(*) Cette manifestation consacre les pratiques et les
liens dans lesquels LOH s'est inscrite depuis sa fondation : l'axe
Poitiers - New-York atteint son sommet avec la venue de Glenn Branca et de
Sonic Youth, les liens avec le rock anglais s'expriment
à travers Killing Joke, et la musique traditionnelle du monde
entier trouve également sa place avec les Musiciens du Nil. Ce
sabordage retentissant sonne donc comme le dernier coup d'éclat de
l'association poitevine, qui fait l'objet d'une large campagne de soutien
à travers la presse nationale, poussant LOH à continuer son
action culturelle. Voyons à travers tous ces articles, les raisons qui
ont poussé les jeunes Poitevins à abandonner leur activité
de programmateurs artistiques.
B/ La Ville de Poitiers et
L'oreille est hardie : une politique de l'effort insuffisante
La lecture de l'ensemble de la revue de presse concernant
l'autodissolution de LOH traduit plusieurs faits. Tout d'abord, il est
important de constater que la campagne de soutien qu'engendre la disparition de
la structure poitevine est presque plus importante dans des journaux
extérieurs à la ville de Poitiers que dans les quotidiens locaux.
Le journal Libération suit ainsi les jeunes Pictaviens depuis
le début des années 1980, séduit par une
association qui « a habitué un public substantiel aux
dérives sonores les plus inhabituelles »32(*), et consacre plusieurs
articles consécutifs à l'annonce du jubilé de LOH en ce
mois de juin 1983. Un envoyé spécial est même
dépêché à Poitiers pour raconter le Meeting au jour
le jour, ce qui témoigne de l'ampleur de l'événement.
À l'échelle nationale, LOH est donc devenue très
réputée et la campagne de presse militant pour sa sauvegarde
laisse même transparaitre une nette admiration, voire finalement de
l'envie : « Vive Poitiers ! Qui est capable à Paris
de proposer un tel programme? »33(*) interroge-t-on dans Le Matin de Paris. Cette
admiration est d'ailleurs amplifiée par l'image que ces titres nationaux
se font de Poitiers. Si la capitale poitevine reflète déjà
par le biais de son campus universitaire l'image d'une ville
étudiante, c'est celle d'une « ville bourgeoise
endormie »34(*)
qui prévaut chez eux et qui force le mérite de LOH : celui
d'instaurer une effervescence culturelle dans une localité qui ne s'y
prête a priori pas. Ce ressenti est d'ailleurs partagé
par certains membres de l'association : Falceto se plaint ainsi que
« Poitiers est encore une ville endormie, c'est toujours la foire
d'empoignes avec des rivalités féodales. »35(*) Ce membre de l'association
fait donc deux ans avant l'annonce de la cessation d'activité de LOH, le
constat de relations difficiles avec les institutions poitevines.
Pourtant, le contexte politique de Poitiers et son volet
culturel semblent à première vue adaptés au
développement d'activités musicales - entre autres -
diversifiées. « En 1977, la nouvelle majorité
socialiste conduite par J. Santrot entreprend une politique de
développement culturel, modèle de l'action culturelle locale des
municipalités de gauche de 1970 à 1980. »36(*) Libération
fait le même constat en observant une municipalité qui
« a multiplié par six le budget de la culture [et] a choisi le
fédéralisme, contre la centralisation-bunkérisation type
Maison de la Culture. »37(*) On se trouve donc en présence d'une
municipalité « passée à gauche » en
1977, adoptant une ligne culturelle forte qui favorise les associations -
à l'image de beaucoup d'autres agglomérations de plus de
30 000 habitants ayant élu une majorité socialiste cette
même année - en contradiction avec celle du gouvernement
giscardien et son « désengagement financier [...] qui laisse
aux municipalités de très lourdes charges. »38(*) C'est finalement cet ensemble
de politiques locales qui a préfiguré le volet culturel de la
politique nationale du premier septennat de François Mitterrand, qui
« aboutit notamment à la reconnaissance du jazz, du
rock, du rap »39(*), des styles musicaux nouveaux, largement
défendus par LOH. La municipalité a donc tenté de
favoriser économiquement les associations poitevines, ce qui s'est
traduit par une augmentation progressive des subventions attribuées
à LOH entre 1977 et 1983, censées soutenir le budget de
l'association, comme en témoigne ce graphique réalisé
à partir de divers documents (dossier de demande de subventions et
quelques articles de presse) :
Evolution des subventions municipales et du budget
de L'oreille est hardie
(1977-1983)
Ce graphique traduit toutefois bien le décalage entre
les aspirations de l'association - matérialisées par le budget -
et le soutien apporté par la Ville, malgré ses efforts
financiers. Les désaccords entre LOH et la municipalité sont
anciens et prennent différentes formes. Ceux-ci sont consécutifs
aux changements de conception des membres concernant le fonctionnement de leur
association. Falceto explique ainsi :
« Il y a quatre ans, on regardait avec suspicion les
subventions municipales. C'est tout juste si on a accepté les 1000
francs qu'on nous a alloués. Notre point de vue a heureusement
changé et on ne crache pas sur les 120 000 francs reçus
cette année. Au contraire, on estime que ce n'est pas
assez. »40(*)
Cette demande de subventions croissante non satisfaite
s'accompagne par ailleurs d'un manque de compréhension de la part de la
municipalité. Même si les efforts financiers
déployés pour aider les associations poitevines sont
réels, bien qu'insuffisants, la Ville adopte une politique de gestion
des structures qui semble inadaptée. Pour le technicien culturel local,
« il faut que les 13 associations que nous aidons aient des relations
entre elles »41(*) afin de mettre leurs moyens en commun : il
s'agit du principe fédéraliste mis en place par le conseil
municipal pour gérer les associations. Il parait toutefois techniquement
difficile de faire mener à bien des projets artistiques communs à
des associations labellisées - ayant des buts clairement
éloignés - surtout dans le cas de LOH qui propose des spectacles
peu conventionnels. Ce fonctionnement anti-centraliste vise à impliquer
le milieu associatif dans une logique de rentabilité et de gestion
globale de la ville. Il se matérialise à travers « la
SDAC (structure décentralisée d'action culturelle) ; cette
grosse structure qui n'a pas encore de statut juridique [qui] possède de
fait le monopole de l'animation culturelle sur la ville »42(*), dans laquelle LOH ne trouve
finalement pas sa place et a donc le sentiment de ne plus pouvoir aller
jusqu'au bout de ses projets.
Le manque de moyens conjugué à une mauvaise
conception des réelles ambitions de la structure par la
municipalité pousse donc LOH à sonner le glas de ses
activités au mois de juin 1983. Cela a pour effet d'attiser les
critiques envers la municipalité, qui est accusée de laisser
tomber une association réellement active, donnant un souffle nouveau
à la vie culturelle de Poitiers. « Oh hé de la mairie,
réveillez-vous, avant que les Poitevins n'aient plus le choix qu'entre
Sardou et les tournées Karsenty »43(*) interpelle ainsi le journal
Libération. LOH se trouvant dans l'impasse, il va maintenant
nous falloir analyser les solutions s'offrant à l'association lui
permettant d'envisager un avenir moins sombre que l'autodissolution pure et
simple, et une alternative à un fonctionnement la rendant trop
dépendante du bon vouloir des pouvoirs locaux. Le constat qui
découlera de cette prochaine partie nous permettra ainsi de comprendre
le virage pris par LOH et le manque d'activité culturelle alternative en
1984.
C/ Muter ou mourir :
quelles solutions pour la survie de L'oreille est hardie ?
Additionnées à ces dissensions avec la
municipalité, il convient également d'analyser un certain nombre
de pratiques, propres au milieu associatif, qui condamnent souvent ce type de
structures à de courtes durées de vie, notamment lorsqu'elles
font le choix d'un fonctionnement alternatif, avec une forte
indépendance. Ces codes communs sont d'ailleurs à mettre en
relation avec les divergences entretenues avec les institutions en
matière d'action culturelle. Ainsi, LOH « met en avant des
cycles courts de production accompagnés d'une organisation du travail
souple »44(*)
qu'il faut opposer au fonctionnement administratif plus lent de la
municipalité, qui entrave les capacités rapides d'organisation
d'événements de l'association. Dépendre des
infrastructures municipales et donc de la lenteur des décisions de
l'administration constitue donc un obstacle et peut constituer un facteur de
frustration chez les membres débouchant naturellement sur un sentiment
de lassitude. Un sentiment de lassitude qui peut aisément être
relié à la nature même de l'activité des membres.
L'organisation du travail souple évoquée plus haut se conjugue
avec les statuts des acteurs culturels qui constituent les forces vives de
l'association. Ils « sont étudiants, exercent
déjà une activité professionnelle ou sont sans emploi et
n'ont pas de projet précis pour leur avenir. »45(*) Les programmateurs de LOH
exercent donc cette activité associative en tant que
bénévoles, à l'exception de « 3 salariés
seulement (1 poste et 2 demi) »46(*) touchant des salaires autofinancés. Il faut
donc comprendre la précarité qu'implique ce mode de
fonctionnement se fondant sur un bénévolat passionné. Dans
une région où les seuls tourneurs de musiques amplifiées
ou traditionnelles sont des bénévoles qui portent à
eux-seuls le poids d'une demande croissante - de la jeunesse notamment - dans
ce domaine, il est évident que la pérennité de
l'association n'est que relative. « Forcément, au bout d'un
moment, les gens ils s'épuisent, ils cherchent du travail, ils s'en vont
et puis voilà : les choses se plantent. »47(*) Ce témoignage d'une des
membres de la Fanzinothèque de Poitiers traduit donc bien le sentiment
de fatigue qui peut-être perçu par des bénévoles,
d'autant plus lorsqu'ils se heurtent à une municipalité qui ne
répond pas à leurs attentes. La survie de l'association n'est
donc plus garantie que si la passion et l'envie des membres sont plus fortes
que les entraves municipales. Or, en 1983, il semble bien que le formalisme
administratif de la Ville soit venu à bout des ardeurs de LOH.
Cette base associative de bénévoles conduit
d'ailleurs à une conséquence évidente, très
liée au caractère passionné de l'activité de
LOH : une vision à très court terme. Celle-ci se
concrétise par une spontanéité affirmée de leur
action, engendrée par les goûts et les envies des membres.
L'expérience associative alternative, notamment celle des débuts
de LOH, est une aventure du moment, immédiate. Les membres mettent tout
en oeuvre pour faire venir à Poitiers les artistes qu'ils souhaitent
voir évoluer, sans trop se soucier des retombées
économiques ou de la viabilité du projet, puisque leur regard se
focalise sur l'instant et non sur le long terme. L'échec temporaire est
donc permis, puisqu'il n'a qu'une faible incidence sur la survie de la
structure et ne remet en cause - pour le cas de LOH - qu'un faible nombre de
salariés, eux-mêmes conscients de leur précarité. La
spontanéité est donc au centre de l'activité de
l'association, qui se focalise uniquement sur l'organisation pragmatique des
manifestations culturelles, et ne s'inscrit pas sur la durée - en
témoigne la non-conservation de leurs archives administratives, par
exemple. Ce bénévolat passionné est significatif du
caractère aventureux, expérimental de LOH et implique une
cessation d'activité facilitée. La structure étant
animée par l'engagement de ses membres et peu soumise à des
impératifs financiers, il est aisé de se saborder lorsque l'envie
fait défaut. C'est une des facilités permises par
l'indépendance des composantes du mouvement alternatif et l'absence de
comptes à rendre. On remarque d'ailleurs que cette indépendance
devient de plus en plus difficile à garantir étant donnée
l'augmentation - même insuffisante - des subventions, et les rapports
impératifs - même conflictuels - devant être entretenus avec
les structures municipales pour pouvoir organiser des manifestations. Les
membres de LOH « n'ont pas toujours réussi leur
intégration. C'est du reste à ce prix qu'ils ont pu
préserver cette indépendance... qui leur coûte cher
aujourd'hui. »48(*) L'association a donc des ambitions en 1983 qui ne
correspondent plus à son fonctionnement. Même si celui-ci tend
à se formaliser avec la création d'emplois même
précaires, l'organisation d'événements de plus en plus
nombreux et de plus en plus importants en termes d'audience, ne peut plus se
conjuguer avec l'absence de réponses de la part de la Ville.
L'association décide donc de mettre un terme à ses
activités en juin 1983.
Le manque d'activité culturelle alternative en 1984
s'explique donc aisément par la dissolution de l'association motrice de
cette scène à Poitiers. Pourtant, il convient
d'appréhender ce sabordage comme un message fort aux institutions qui ne
répondent pas à ses besoins, plutôt que comme une mort pure
et simple. Les membres de l'association entrent finalement dans une
période de réflexion concernant leur fonctionnement et il
semblerait que le festival censé marquer la fin de LOH soit finalement
le point de départ d'une nouvelle aventure culturelle à
Poitiers.
II. LE CONFORT
MODERNE : DE NOUVELLES BASES POUR UN NOUVEAU DÉPART
Le 20 mai 1985 ouvre sur les flancs de la vallée du
Clain, au coeur du faubourg du Pont-Neuf (au n° 185), le lieu
baptisé par LOH « le Confort Moderne ». Presque
deux ans après son jubilé et ses adieux festifs, l'association
poitevine refait surface dans la vie culturelle et, à l'image de
l'ensemble de sa carrière, réapparait en grande pompe, de
façon éclatante. Une semaine entière de spectacles en tous
genres (vidéo, théâtre, « musique
inclassable mais appréciable »49(*), rock etc.) dans un espace culturel flambant
neuf marque le renouveau de LOH, et le début d'une nouvelle ère
pour la culture alternative à Poitiers, qui dispose désormais
d'un point d'ancrage. Cette partie va nous permettre de comprendre en quoi ce
lieu a permis de répondre aux problèmes rencontrés par
l'association au début des années 1980, et également de
mettre en lumière les spécificités de ce centre culturel
très novateur et précurseur en France.
A/ Un lieu pour L'oreille est
hardie : de la friche industrielle au centre culturel
Ouvrir un lieu totalement à leur disposition a
constitué pour les membres de LOH une solution viable aux
problèmes rencontrés jusqu'en 1983. Permettant à
l'association de conserver son indépendance vis-à-vis de la
programmation artistique, le Confort Moderne règle les soucis
d'inadaptation des infrastructures municipales ou privées aux spectacles
proposés par l'association. Même si le manque d'espace
dédié a permis aux membres de l'association de laisser libre
cours à leurs envies - ce qui a débouché sur des
manifestations insolites comme une série de « concerts dans
les arbres » en 1978, 1980 et 198250(*), ou un concert subaquatique organisé à
la piscine de Bellejouane, où les spectateurs devaient se baigner pour
écouter la musique51(*) - cela a surtout constitué un frein à
l'organisation de spectacles, et ce à plusieurs niveaux. Tout d'abord,
être dépendant des structures culturelles de la Ville était
en inadéquation avec la rapidité d'exécution de LOH pour
mettre sur pied une manifestation. Fazette Bordage52(*) explique ainsi :
« Avoir une salle rapidement pour organiser une
soirée concert, c'était impossible. Il fallait faire les demandes
des semaines à l'avance. Parfois, nous voulions organiser des concerts
pour le soir même, mais avec les salles municipales, il fallait s'y
prendre au moins deux semaines à l'avance. »53(*)
Le Confort Moderne étant à la totale disposition
de l'association, il lui permet de réaliser des projets émanant
des cycles courts de production évoqués plus haut. Par ailleurs,
c'est un lieu qui a été préalablement
façonné, aménagé durant plusieurs mois par les
membres de la structure et qui est ainsi plus adapté aux types de
spectacles proposés que les locaux délivrés par la
municipalité ou les institutions : lors du concert de The
Cure en 1981, le journaliste remarque ainsi que « l'amphi
[Descartes] s'avérait trop petit »54(*), ou en 1979, LOH est
obligé de reprogrammer à la dernière minute le concert de
12°5 devant l'inadaptation des locaux du Musée Sainte
Croix. Il est bien sûr évident que l'organisation de concerts de
type rock ou dérivés pose un certain nombre de
problèmes dans l'enceinte de salles qui ne sont pas
équipées pour la sonorisation des artistes ou pour l'accueil du
public, lorsque la fosse est remplie de sièges et ne permet pas aux
spectateurs d'exprimer l'énergie dégagée lors de ce types
d'événements. Yorrick Benoist55(*) déclare par exemple « on en a marre
de voir des concerts de rock assis dans des sièges en
mousseline. »56(*) Par ailleurs, même si une salle comme les
Arènes de Poitiers aurait constitué un cadre adapté
à des concerts de musiques amplifiées, il est évident que
la capacité d'accueil élevée et le coût de location
qui y est lié n'auraient pas permis à LOH d'y organiser des
manifestations. Le Confort Moderne constitue en cela le résultat des
« mouvements musicaux de la fin des années 1970 et du
début des années 1980 [...] qui ont posé de façon
plus sensible la question du sous-équipement de nombreuses villes en
salles de répétitions et de concerts. »57(*) On remarque qu'à
Poitiers, c'est par des pratiques radicales, fidèles aux principes
Do It Yourself que les membres de LOH répondent au manque de
réponses de la Ville concernant à la mise à disposition de
locaux aptes à recevoir des concerts de musiques amplifiées, ou
des spectacles vidéos.
Prenant acte de ce dialogue de sourds, l'association prend
elle-même ses dispositions et décide d'ouvrir un lieu qu'elle
pourrait pleinement exploiter. En 1984, les membres de LOH, motivés par
le succès du Meeting de juin 1983, repèrent ainsi
« d'anciens entrepôts abandonnés par l'entreprise
d'électroménager Confort 2000, situés Faubourg du Pont
Neuf. Ils contactent le propriétaire qui accepte de leur louer le
site. »58(*) Le
bail est signé le 13 septembre 1984 entre les propriétaires,
Marcel Breuil et son fils Roger, entrepreneur dans le bâtiment d'une
soixantaine d'années, et le président de LOH Pascal
Delaunay.59(*) Le document
stipule la location pour une durée de neuf ans à compter du
1er septembre 1984, et pour la somme de 13 500 francs H.T. par
mois, d' « un logement en entrant avec un rez-de-chaussée
surmonté d'un étage, 18 garages à droite, 3 garages
à gauche, un ensemble de locaux situés de part et d'autre d'une
cour centrale »60(*)
et la possibilité d'y faire tous les travaux nécessaires au
développement d'une activité culturelle. Le propriétaire,
qui s'est pris d'affection pour « ces petits jeunes qui en
veulent »61(*),
laisse donc la possibilité à LOH de façonner le lieu pour
qu'il s'approche le plus possible de leurs attentes. On voit tout de même
que ce genre de pratiques se distingue de celles employées à
Paris notamment, au début des années 1980, qui consistaient dans
certains cas à investir des lieux désaffectés de
manière illégale, à les « squatter »,
pour offrir au public de véritables alternatives culturelles.
Gérard Biot, raconte le départ de « Rock à
l'Usine » (un squat situé à Montreuil diffusant des
concerts de 1983 à 1986) qui découle du constat suivant :
« [...] tous les groupes [évoqués]
plus tard, avaient beaucoup de mal à se produire... Sur Paris,
très peu de salles laissaient de la place à ces
groupes-là, même les M.J.C., le milieu socioculturel était
très aseptisé... Rock à l'Usine est parti de ce constat.
Il y a plein de lieux désaffectés, qui ne servent à rien,
des espaces énormes, pourquoi ne pas s'emparer d'un lieu comme ça
et faire, comme certains squats intra-muros, mais à une plus grande
échelle ? »62(*)
LOH conserve donc l'idée de redonner vie à des
friches industrielles laissées à l'abandon, mais s'inscrit dans
une forme de légalité qui lui permet d'échapper à
la précarité et aux menaces d'expulsion. Par ailleurs, cette
légalité permet à l'association d'être aidée
dans la rénovation des bâtiments qui devaient voir de simples
entrepôts devenir un complexe multimédia comprenant un bar, un
espace de concert et une galerie d'exposition. Le Confort Moderne
bénéficie ainsi d'une aide de 700 000 francs de la part de
la Direction Départementale de la Culture qui lui permet de financer la
moitié des travaux d'aménagement, le reste étant
comblé par un emprunt,63(*) et l'équipement du lieu est assuré par
une série de subventions de diverses provenances atteignant plus d'un
million de francs :
Provenance des subventions d'équipements du
Confort Moderne
(montants en francs)64(*)
On remarquera ici l'engagement important de l'État
derrière ce projet, puisqu'hormis la Ville de Poitiers et le conseil
Régional, les autres institutions sont toutes des organes
gouvernementaux, décentralisés ou non. Cet ensemble d'instances
majoritairement rattachées au ministère de la Culture et leur
engagement financier auprès de projets culturels originaux montrent bien
le revirement de la politique culturelle française depuis la fin du
mandat de Valéry Giscard d'Estaing. Cette collaboration avec les
institutions semble préfigurer un fonctionnement plus stable de LOH. Il
va maintenant nous falloir analyser celui-ci.
B/ La professionnalisation et
l'aide à l'emploi comme vecteur de durabilité
Ce nouveau départ de LOH semble montrer un état
d'esprit qui semble beaucoup plus tourné vers l'avenir que lors des
débuts de l'association. Ce changement de conception s'explique
aisément par le poids que représente la gestion d'un lieu comme
le Confort Moderne, dans lequel les membres se sont largement, personnellement
investis et qui a été soutenu de façon importante par les
institutions municipales et gouvernementales. LOH a donc obligatoirement
dû formaliser ses méthodes de travail, afin d'assurer au centre
culturel une durée de vie sur le temps long. Cela s'est traduit par une
professionnalisation du personnel, avec notamment la création de quatre
emplois pour les quatre personnes à l'origine du projet, financés
à hauteur de 200 000 francs par la Direction des Actions de
l'État (40 000 francs)65(*) et par la Direction Départementale du Travail
et de l'Emploi (160 000 francs).66(*) Le même courrier de cet organisme
témoigne d'ailleurs de la précision des rôles au sein de la
structure, qui définit un administrateur, un directeur technique, une
responsable de l'information et un responsable de la programmation, tous
à plein temps, ce qui contraste avec l'unique contrat à plein
temps et les deux emplois à mi-temps de LOH jusqu'en 1983. Cette
situation semble confirmer les écrits de Philippe Teillet, qui constate
chez les acteurs du milieu associatif une « professionnalisation qui
se manifeste à travers l'évolution de leurs statuts sociaux, du
bénévolat militant à l'application des conventions
collectives du secteur. » et une volonté « de voir
leurs compétences particulières reconnues par les
administrations. »67(*) On remarque donc que les membres
« leaders », qui ont porté le projet
Confort Moderne, à savoir Fazette Bordage, Francis Falceto, Yorrick
Benoist et Philippe Auvin ont stabilisé leur situation pour passer d'une
activité parallèle, couteuse et chronophage, à un emploi
rémunéré qui constitue leur activité exclusive.
Par ailleurs, nous avons précédemment
évoqué la base de bénévoles que comptait LOH pour
son assurer son fonctionnement, notamment lors de soirs de manifestations. Leur
activité se traduit donc par des rôles vacants, qui vont de
l'accueil du public (billetterie etc.) à celui des artistes, en passant
par la restauration etc. Même si le Confort Moderne et LOH, l'association
qui gère le lieu, continuent bien sûr à recevoir l'aide des
adhérents, le lieu emploie dès 1985 des Travailleurs
d'utilité collective, ou TUC. Ceux-ci faisaient l'objet d'un contrat
aidé, financé par l'État : ces Travaux
d'Utilité Collective, les TUC (ancêtre des Contrats emploi
solidarité, CES, instaurés en 1990) s'effectuaient depuis 1984
sous forme d'un stage à mi-temps effectué sur une durée
maximum de six mois dans divers établissements publics. Les
employés sous ce type de contrat - handicapés, ou, dans le cas du
Confort Moderne, des jeunes chômeurs ou des détenus en voie
d'insertion (ce qui peut s'expliquer par la proximité du lieu avec la
prison de la Pierre Levée et « la connivence qui
[s'installait] entre les prisonniers et le Confort Moderne »68(*) les soirs de concert) -
étaient rémunérés par une indemnité
inférieure au SMIC. Celle-ci ne comptant pas comme un salaire, les
titulaires d'un TUC ne pouvaient donc pas la faire valoir pour l'obtention
d'une allocation chômage, ou pour leur retraite.69(*) Ces travailleurs sous contrat
d'insertion ont donc contribué à l'avancée des travaux
d'aménagement des anciens locaux de Confort 2000 dans le courant de
l'année 1984 et ont par la suite oeuvré au fonctionnement du
centre culturel. L'emploi de travailleurs aidés par le Confort Moderne
montre donc la dimension sociale acquise par le lieu, qui associe un rôle
de diffusion culturelle en faveur de tous les publics et qui
« accueille sans sectarisme ni préjugé tout le monde,
de l'étudiant au SDF »70(*), « de l'ex-détenu au jeune
« BCBG »71(*) à celui d'insertion professionnelle et sociale
pour des personnes en difficulté. Cependant, de nombreuses critiques ont
été portées concernant la présence des TUC pour
faire fonctionner la structure. Même d'autres acteurs du mouvement
alternatif local, comme Luc Bonet72(*) ont été « très
critiques, parce qu'il y'avait une armée de ce qu'on appelle aujourd'hui
des contrats aidés (c'étaient des TUC à l'époque il
me semble). »73(*) Une manifestation à l'initiative des Jeunesses
Communistes de la Vienne a même été organisée pour
l'ouverture de la saison culturelle 1985-1986, le 12 novembre 1985. Ce
même soir, la manifestation intitulée « TUC en
fête » se tenant dans les locaux du Confort Moderne, mais dont
l'organisation revenait à la municipalité, se déroulait en
présence du secrétaire d'État auprès du Premier
Ministre chargé de l'Economie Sociale, Jean Gatel. Cette soirée
fut l'occasion pour les militants poitevins de réclamer « un
vrai salaire pour les TUC »74(*) et de dénoncer la précarité de
ce type de contrat, qui semble inadapté à une insertion
professionnelle sûre.
On voit donc que la structure culturelle s'inscrit dans une
dynamique durable, avec la professionnalisation des membres moteurs de LOH et
l'emploi de TUC, qui donne une dimension sociale au Confort Moderne, en plus de
lui offrir une base d'employés qui assurent son fonctionnement. Ce
changement de fonctionnement pousse toutefois la structure à s'inscrire
dans une politique globale de la culture, mais aussi du social, qui entre dans
le cadre d'une gestion de la jeunesse. Le mouvement alternatif et la dynamique
qu'il a engendrée a constitué pour l'État et les
collectivités locales un fort potentiel de créations d'emplois et
d'insertion pour les jeunes. Cette assimilation à des objectifs
politiques a donc pu placer le Confort Moderne en porte-à-faux
vis-à-vis de certains acteurs locaux de la scène alternative ou
d'une certaine frange de la vie politique, qui, non sans saluer l'action de LOH
et se réjouir de l'ouverture d'un tel lieu culturel, ont
déploré le changement de rôle d'une structure qui a
toujours su se développer en restant à l'écart de toutes
volontés politiques étrangères aux siennes, pour
s'inscrire dans des dynamiques plus institutionnelles. On retrouve ce genre de
critiques également dans la communauté scientifique,
exprimées de façon plus approfondie. Antoine Hennion s'interroge
ainsi longuement sur cet engagement des pouvoirs publics et ce qui en
découle pour les associations dans le domaine des musiques
amplifiées :
« [...] ne pervertit-il pas l'évolution
normale de mouvements qui se trouvent déséquilibrés par
l'attrait d'avantages distribués sans grand discernement, selon des
critères éloignés de ceux qui importent sur place,
favorisant un opportunisme généralisé des milieux ainsi
« récupérés » (à travers la
formation, l'absorption par le rôle social ou éducatif imparti
à ces pratiques musicales assistées, et la tentation du
fonctionnariat, la professionnalisation, la médiatisation politique,
etc.)... »75(*)
C/ La cristallisation
d'activités diversifiées créatrices d'emplois
Il convient désormais d'observer comment,
au-delà de l'opportunisme politique évoqué plus haut, le
Confort Moderne est parvenu à exprimer ses rôles culturel et
social à sa façon. Celui-ci s'est caractérisé par
une polarisation de différentes composantes, gérées de
façons distinctes. On constate donc que le « 185, Faubourg du
Pont-Neuf » ne se réduit pas à un seul espace de
concert, ou à une galerie d'art contemporain, ouverts uniquement lors
des manifestations, mais constitue un ensemble de structures
diversifiées, ce qui est toujours le cas. Comme le souhaitait Falceto,
« il ne [fallait] pas que ce soit un lieu de diffusion culturelle
supplémentaire. »76(*) Ainsi, les fondateurs du lieu exprimèrent
dès le début leur volonté de dépasser le cadre
culturel du lieu pour en faire un espace de sociabilité au-delà
des soirées musicales. « On a voulu cet endroit comme un lieu
ouvert, [...] faire que les gens se côtoient, que les gens discutent.
»77(*) Le Confort
Moderne a donc fait en sorte qu'à son rôle de diffusion et
d'assistance à la création culturelle s'ajoute une dimension
sociale, qui dépasse l'aide à l'insertion professionnelle par le
biais des contrats aidés. C'est pourquoi les gérants de
d'établissement ont essayé d'ouvrir le lieu le plus de temps
possible dans la journée, afin d'en faire un lieu vivant, jour et nuit.
Pour ce faire, LOH a conçu le lieu de façon à ce qu'une
activité constante puisse y avoir cours toute la journée. Outre
la galerie d'art contemporain ouverte la journée lors des expositions,
un « bar de 400 m² ouvert à tout le monde de midi
à deux heures du matin, avec podium amovible pour les concerts
(tous azimuts), une cabine D.J., des jeux, des images
vidéos »78(*), ainsi que des locaux de répétitions et
des ateliers pour les plasticiens, font vivre le lieu durant toute la
journée. Ces locaux de répétitions et de création
allient donc de façon marquante les préoccupations de LOH, qui
permet aux artistes locaux de pouvoir répéter et composer dans de
bonnes conditions, dans des locaux adaptés et équipés,
mais aussi de pouvoir se rencontrer et de nouer des relations. L'association et
le lieu qu'elle a ouvert répondent donc encore une fois au manque
d'infrastructures proposées par la municipalité en se substituant
eux-mêmes aux pouvoirs publics locaux afin d'encourager et de rendre
fertile la création artistique locale. Le Confort Moderne permet ainsi
aux créateurs régionaux de faire mûrir leurs projets
artistiques (un groupe de musique loue ainsi un local de
répétition durant vingt-trois mois pour 430 francs par
mois79(*)) sans passer par
des réclamations qui ne sont pas entendues par la municipalité,
tout en les faisant se rencontrer dans des espaces de
sociabilité :
« Avec le Confort Moderne, l'OH prend en compte
d'une part les nécessités d'une action adéquate en
direction des jeunes et de leur culture, d'autre part l'absence de lieux de
rencontre, de communication et d'échange adaptés aux nouvelles
formes de socialisation. »80(*)
Au-delà des activités développées
par elle-même, LOH permet également à d'autres structures
de s'implanter au 185, Faubourg du Pont-Neuf et d'en louer certains locaux pour
pouvoir développer d'autres activités susceptibles, encore une
fois, de faire vivre le lieu et de créer du lien social. Ainsi, un
restaurant (le « Patatorium »), une entreprise de
fabrication de jouets, un atelier de batterie, une pépinière
d'entreprise et une entreprise de création de mobilier et luminaire
ouvrent durant l'année 1986 dans la cour du Confort Moderne.81(*) Toutes ces structures
indépendantes de LOH et du Confort Moderne donnent donc un poids
économique à ce dernier, qui peut louer les locaux qu'il n'occupe
pas, mais dont le loyer est quand même versé au
propriétaire. L'association choisit donc de se servir de ce potentiel
foncier pour aider de jeunes travailleurs à créer leur
entreprise, ce qui est largement profitable pour les deux parties. Le Confort
Moderne lui-même et les possibilités qu'il offre aux jeunes
entrepreneurs sont donc à l'origine de nombreuses créations
d'emplois. Le lieu acquiert par là un poids économique et social
important pour la Ville de Poitiers. On constate même que l'emploi des
TUC, si critiqué en raison de la précarité de ce statut et
de la faible rémunération, a débouché sur la
titularisation de deux d'entre eux au sein du Confort Moderne et deux autres
sont à l'initiative de l'entreprise de création de mobilier et
luminaire évoquée plus haut.82(*) On voit donc bien que la structure n'envisage pas les
TUC comme des employés permettant de faire fonctionner le lieu à
moindre coût, mais participe réellement à leur insertion
professionnelle et s'y implique largement. Le 185, Faubourg du Pont-Neuf
devient donc un bassin d'emplois et de professionnalisation pour la jeunesse.
Il convient toutefois de nuancer cet aspect idéaliste,
qui verrait le Confort Moderne comme génératrice de nombreux
emplois stables et bien rémunérés. En effet, on constate
que l'équipe qui gère le lieu (on ne s'intéressera qu'au
Confort Moderne en lui-même, pas des autres entreprises qui
siègent dans la cour) est soumise à des conditions de
précarité relativement importantes : « c'est
grâce à l'alternance entre période salariée et
période de chômage que le personnel peut poursuivre ses actions au
sein de L'oreille est hardie. »83(*) Ainsi, lors de la
réalisation de cet audit dont la citation est extraite - durant
l'année 1988 - seuls le directeur et un secrétaire étaient
salariés, les comptables et chercheurs de sponsors percevant le
chômage depuis quelques mois. De plus, selon cette même source, les
revenus des personnes employées étaient relativement
faibles : le directeur touchait ainsi 5 000 francs (ce qui
équivaut à 1 100 euros actuels, salaire inférieur au
SMIC) et un des secrétaires percevait la somme de 4 700 francs,
soit 1034 euros actuels.84(*) Malgré des subventions qui deviennent
importantes (on constate 319 000 francs d'aide au fonctionnement85(*), sans compter les subventions
exceptionnelles), l'association ne parvient pas à stabiliser la
situation des employés et se voit contrainte de faire tourner les
postes. Même si « c'est sa situation en marge des institutions
traditionnelles qui lui donne sa force de création »86(*), on remarque que LOH continue,
comme depuis de nombreuses années, à se plaindre du manque de
moyens qui lui sont offerts par les pouvoir publics : on retrouve
régulièrement ces plaintes dans la presse locale87(*). Et comme « trouver
des moyens financiers, c'est aussi un moyen de survie
personnelle »88(*), l'association se voit ainsi dans l'obligation de
faire appel à la participation de supports privés, comme
Kanterbraü, célèbre marque de bière89(*), qui soutient le Confort
Moderne avant même son ouverture en 1985.
Cependant, malgré ces difficultés
financières, le 185 Faubourg du Pont-Neuf concentre progressivement de
nombreuses activités, jusqu'à devenir un espace de
sociabilité important pour la jeunesse. Le 5 mars 1988, l'ouverture dans
un des garages de la cour du Confort Moderne de « la Nuit
Noire », boutique de disque associative « qui tire pour la
première fois son rideau de fer le soir du concert des
Bérurier Noir »90(*) participe de cette concentration des activités
dans le lieu. Gérée par l'AMP, également active dans le
milieu associatif de Poitiers, proche de LOH (l'AMP a organisé un
concert dans l'enceinte du Confort Moderne peu après son
ouverture91(*)) et
étant relativement ancrée dans le milieu du
« rock alternatif », la boutique participe d'une
part à l'accès facilité aux supports des musiques
amplifiées mais aussi à la réputation de Poitiers dans le
milieu culturel alternatif hexagonal :
« Avant la NN [« la Nuit
Noire », nda] pour choper un disque, il fallait sérieusement
s'accrocher devant le prix [...] ou ne pas rechigner à partir à
l'étranger et ramener des tonnes de disques, de zines, de docs à
tout le monde. [...] La Nuit Noire a permis d'amener en 87-88 une
diversité musicale qui n'existait pas ou plus [...] en France à
l'époque. [...] Diversité musicale, disques, k7, videos, tshirts,
fanzines, etc. Il y avait pas de mal de monde qui descendait d'un peu partout
pour venir y faire ses achats. Et la Nuit Noire rivalisait largement avec des
trucs comme Reconstruction à NY [New York, nda] par exemple 5 ans
après. »92(*)
Conformément à ce qu'a toujours fait LOH, ce
magasin de disques fait donc découvrir de nouvelles musiques aux
Poitevins, qui sont habituellement difficilement accessibles en province, voire
en France, ce qui attire beaucoup de monde à Poitiers et en fait un
pôle culturel important de l'hexagone. On remarque donc bien que le
Confort Moderne, les structures qu'il héberge et le
décloisonnement des activités qu'il cristallise, jouent un
rôle social important, puisqu'il permet aux jeunes Poitevins d'avoir un
lieu où passer du temps, se cultiver et côtoyer des gens de toute
la France. Stéphane Brunet se souvient qu'on y « rencontrait
des punkoïdes de Rennes, de Bordeaux... Poitiers semblait
beaucoup moins fermée. »93(*) Ce rôle, renforcé par le fonctionnement
du lieu que nous avons analysé et également par l'organisation de
soirées en collaboration avec des associations impliquées dans le
domaine social comme les Restos du Coeur94(*), ou Amnesty International, la LDH et SOS Racisme
(soirée qui marque l'un des premiers concerts de Johnny Clegg en Europe,
alors qu'il n'est encore que très peu connu)95(*) s'additionne donc à la
dimension culturelle du Confort Moderne. La multiplicité des terrains
sur lesquels la structure s'implique se retrouve dans la provenance des
subventions qui émanent des institutions rattachées aux
ministères de la Culture, de la Jeunesse et des Sports et des Affaires
Sociales.96(*) Toutes ces
particularités contribuent donc à faire du Confort Moderne un
pôle culturel reconnu à l'échelle nationale. Cette
idée de « capitale du rock français dans
toutes ses tendances »97(*) deviendra par la suite, nous le verrons, un enjeu
particulier dans l'évolution du lieu.
On a donc pu constater que face aux réponses
inadaptées de la Ville et aux difficultés à organiser des
concerts et autres manifestations dans de bonnes conditions, LOH avait investi
-légalement - une friche industrielle qu'elle a elle-même
rénovée pour correspondre à ses attentes. Formalisant son
fonctionnement par la professionnalisation de certains membres et l'emploi de
personnes sous contrat d'insertion professionnelle, le Confort Moderne est tout
de même resté, à l'image de l'association qui le
gère, un lieu atypique de découverte artistique, cumulant en plus
de cela un rôle d'espace de socialisation pour la jeunesse, proposant
différents services et favorisant le contact entre des catégories
de population qui n'avaient généralement pas de lieu pour se
rencontrer et partager leurs intérêts. Il convient
désormais d'observer les différents niveaux d'enracinement du
Confort Moderne jusqu'à la fameuse date de 1989.
III. L'ANCRAGE DU CONFORT MODERNE À PLUSIEURS
ÉCHELLES
Le Confort Moderne étant semble-t-il bien lancé,
il va maintenant nous falloir analyser les sphères dans lesquelles la
structure s'est inscrite. On va pour cela distinguer trois niveaux
différents, pour étudier les réseaux internationaux,
locaux et nationaux auxquels elle appartient.
A/ Des contacts internationaux
anciens
Nous l'avons déjà souligné, LOH,
dès ses débuts en 1977, entretient des liens étroits avec
les groupes appartenant aux scènes alternatives
étrangères, notamment américaine et anglaise. Nous avons
pu constater que le fruit de ces réseaux déboucha sur la
programmation exceptionnelle présentée lors du Meeting de 1983.
Il est donc naturel que l'on retrouve le même type de relations
dès l'ouverture du lieu en 1985 et tout au long du développement
du centre culturel poitevin. Dès le festival « Rock Hexagonal
Tendancieux » ou RHT, troisième du nom en mars 1986 (LOH a
déjà organisé les deux premières éditions en
1982 et 1983 dans différents lieux de Poitiers comme la MJC
Aliénor d'Aquitaine ou la Blaiserie98(*)), ces connexions internationales sont mises à
l'honneur par le biais du groupe New-Yorkais, Live Skull, et celui de
Chicago, The Pharaohs. Sonic Youth, déjà
programmé pour le Meeting en 1983 et qui a forgé la
réputation de ce festival, rend honneur à LOH en jouant au
Confort Moderne le 3 juin 1986.99(*)
Cependant, on remarque également lors des
premières années le développement de relations
privilégiées avec des groupes de musiques africaines, qui
débouchent sur la venue à Poitiers de nombreuses formations de ce
continent. On a déjà pu constater que LOH avait tenu à
mettre les musiques traditionnelles du monde à l'affiche lors de son
sabordage en 1983 en programmant les Musiciens du Nil. Ce même
groupe est à nouveau invité le 5 février 1986100(*) et on pourra noter à
titres d'exemples la venue de Ghetto Blaster (groupe réunissant des
musiciens de toute l'Afrique) le 20 mars 1987101(*), ou encore celle de Johnny Clegg et de son groupe
Savuka le 17 avril 1987.102(*) Ce concert reste aujourd'hui comme un
véritable événement à Poitiers et montre encore le
caractère visionnaire de LOH, qui a une fois de plus réussi
à programmer un futur grand nom de la musique africaine, qui remplit
aujourd'hui des stades entiers. Ce lien particulier avec la musique africaine
(traditionnelle ou non), dont le développement est prévu dans les
objectifs de LOH - qui souhaite développer les musiques actuelles au
même titre que les musiques traditionnelles, quelles que soient leurs
origines - s'explique aussi par les intérêts et les
affinités esthétiques personnelles de certains membres du Confort
Moderne, qui s'impliquent largement dans ce style de musique, en
témoignent leurs trajectoires professionnelles après qu'il aient
quitté le lieu : Francis Falceto est actuellement
spécialiste en musiques éthiopiennes et Yorrick Benoist a
fondé une agence promouvant les musiques traditionnelles : Run
Prod103(*).
Et plus encore que le maintien des relations avec
l'Amérique ou le renforcement de celles entretenues avec l'Afrique et le
monde, c'est la reconnaissance du Confort Moderne à l'échelle
européenne et son activité dans les réseaux de ce
continent qu'il va être le plus intéressant d'analyser pour cette
tranche chronologique. En effet, l'année 1987 marque une étape
importante dans le développement de LOH et du Confort Moderne sur le
plan européen. On constate ainsi, malgré le développement
des activités du centre culturel et l'acquisition de sa
notoriété, des difficultés concernant la gestion de la
comptabilité. Largement souligné dans l'audit financier
réalisé durant la saison 1988 par la société Argos,
« un manque significatif de rigueur dans la tenue des
comptes »104(*), est relayé dans la presse dès la fin
de l'année 1986 et le début de l'année 1987, où la
fermeture du lieu est même envisagée.105(*) Ces difficultés de
gestion s'expliquent aisément :
« Le renouvellement des personnels permet que
s'acquiert dans l'institution le savoir faire minimum, mais non les
compétences optimum pour que ne se répètent pas
les erreurs inhérentes à la jeunesse d'une organisation. Les
lacunes observées en comptabilité/gestion sont sans doute
imputables à cette spécificité de fonctionnement du
CONFORT MODERNE. »106(*)
On remarque donc que les efforts d'institutionnalisation du
Confort Moderne ne sont finalement pas forcément suffisants et que la
mobilité du personnel est difficilement compatible avec la gestion des
comptes d'un pôle culturel qui prend de l'importance. En plein doute face
à ces difficultés, une des responsables leaders du
Confort Moderne, Fazette Bordage, qui a largement participé à la
fondation du lieu, trouve dans des sphères bien extérieures
à Poitiers et la France des perspectives qui pourraient aider la
structure, qui semble menacée. Fabrice Raffin, un sociologue
français qui s'est beaucoup intéressé aux friches
industrielles européennes remaniées en centres culturels dans ses
recherches, relate longuement à travers des témoignages de
l'intéressée comment le Confort Moderne, via Fazette
Bordage, est entré en contact avec le réseau européen
Trans Europe Halles (TEH). Preuve de la réputation acquise
depuis 1977 par LOH, puis par le lieu que l'association a aménagé
et qu'elle gère depuis 1985, c'est par voie de presse qu'un des
responsables des Halles de Schaerbeek (un centre culturel qui s'est
installé au milieu des années 1970 dans un ancien marché
couvert de la ville de Bruxelles107(*)) entend parler du Confort Moderne et décide
de contacter ses gérants en août 1986, au même titre que
d'autres lieux similaires en Europe (en Allemagne, en Suisse ou en Hollande)
dans le cadre de l'association montée par les bruxellois et cinq autres
structures en 1983 : Trans Europe Halles. Selon ses statuts,
celle-ci vise à générer « les échanges et
la coopération internationale relatifs aux développements
nouveaux dans toutes les formes de la création et de la production
culturelle. »108(*) Elle semble adaptée au « spectacle
vivant lié à l'émergence de nouvelles pratiques
contemporaines difficilement compatibles avec les structures (de type
théâtre) mises en place à grand frais pas les villes et les
États. »109(*) Le Confort Moderne devient donc le
représentant français des friches industrielles
réaffectées au sein de TEH. Il succède à l'Usine
parisienne de Pali-Kao, dont on se souvient aujourd'hui comme d'un haut lieu du
rock alternatif français, rattaché à des noms
tels que Bérurier Noir. L'entrée dans cette association
transnationale marque donc l'appartenance de LOH à un ensemble de
structures adoptant des pratiques similaires à celles des
Poitevins : la réhabilitation de friches industrielles devant le
manque de lieux en capacité d'accueillir des manifestations culturelles
novatrices, tout en gardant une indépendance vis-à-vis des
pouvoirs publics. TEH regroupe en effet uniquement - selon la plaquette de
présentation - des centres culturels s'étant
réappropriés les « architectures témoins d'une
époque marchande ou industrielle [respectant le principe de] non
interventionnisme des pouvoirs publics tant dans l'administration que dans la
programmation. »110(*) Bien plus que de trouver à travers cette
organisation un renouveau pour la programmation, c'est avant tout du soutien,
des conseils et des exemples que LOH reçoit au sein de TEH. Même
si le volet artistique est important dans les liens entre les différents
membres et permet d'organiser chaque année dans les villes du
réseau à tour de rôle des festivals « Trans
Europe Halles »111(*), il est important de comprendre que c'est le fait
d'entretenir des contacts avec des structures similaires par le biais de
réunions régulières qui a présenté un grand
intérêt pour le Confort Moderne. Avec des lieux qui ont connu ou
connaissaient à la même époque les mêmes
soucis : précarité des emplois, mobilité des postes,
autisme des municipalités etc. Alors que la structure se sentait
marginalisée, elle a pu trouver écho auprès de nombreuses
personnes du réseau : « Lors des rencontres de leurs
membres, ce sont aussi des savoir-faire qui sont
échangés »112(*) , elle y trouve « une boulimie
d'échanges qui finalement [les] a énormément
rapproché (beaucoup de problèmes communs, les expériences
les plus avancées donne des idées aux
autres). »113(*)
De plus, en intégrant le réseau TEH, le Confort
Moderne réaffirme son indépendance et l'aspect alternatif de son
action. Même dans la difficulté, c'est auprès d'un
réseau d'entraide formé par des structures soeurs que le centre
culturel trouve des solutions et non auprès des pouvoirs publics, qui
semblent une nouvelle fois fermer les yeux sur les difficultés qu'il
rencontre. On mettra cet aspect en contradiction avec le fait
qu' « en avril 1988, le Conseil de l'Europe a reconnu les
initiatives artistiques et humaines du Confort Moderne en le nommant Centre
Culturel Européen »114(*) et intègre un réseau de salles
européennes chapeauté par le Conseil. On remarque donc la
dualité qui s'opère, voyant une structure qui semble
marginalisée par les instances décisionnelles locales et
nationales mais reconnue par les organismes gouvernementaux européens.
Le Confort Moderne, à partir de 1987 fait donc partie intégrante
des dynamiques culturelles alternatives ou non européennes, mais
paraît connaître des difficultés à une échelle
plus grande.
B/ Le Confort Moderne et
Poitiers : des doutes à l'enracinement
Nous venons de le voir, le Confort Moderne semble entretenir
des relations difficiles avec la municipalité poitevine, ce qui
transparaît à travers les dossiers de subventions. En 1986, la
Ville délivre - en plus des 295 000 francs consacrés
à l'équipement de la salle de concerts - 100 00 francs pour la
structure et précise :
« Dans le contexte de rigueur
budgétaire et de difficultés économiques que nous
connaissons, cette actualisation représente un effort réel de
notre Municipalité, qui reconnait ainsi l'apport important de votre
association dans la vie culturelle de notre ville. »115(*)
Cependant, en 1987, on constate seulement une subvention de
160 000 francs116(*) et aucune de la Direction Régionale des
Affaires Culturelles, qui aide LOH depuis 1980117(*) et subventionne le Confort
Moderne de façon importante (cette institution d'État
décentralisée offre ainsi 295 000 francs au Confort Moderne
l'année de son ouverture pour son équipement et 100 000 francs
pour son fonctionnement, soit la même chose que la Ville118(*)). Les pouvoirs publics
locaux - municipalité et organismes d'État
décentralisés, le plus souvent rattachés au
ministère de la Culture et de la Communication : Fonds
d'Intervention Culturel, Fonds Régional d'Art Contemporain par exemple -
ont donc largement soutenu le projet Confort Moderne lors de sa
création, mais semblent d'en détacher une fois l'ouverture et le
lancement du lieu acté. Si le désengagement des organes
d'État (comme la DRAC) vis-à-vis de projets aussi atypiques que
celui de LOH peut se justifier par le changement de gouvernement survenu en
1986 après la victoire de la droite aux élections
législatives - qui voit l'arrivée de François
Léotard au sein du ministère de la Culture et de la Communication
avec Philippe de Villiers comme ministre délégué, deux
hommes qui « ont peu d'idées personnelles
développées en matière culturelle, peu de relations
organisées dans les milieux des arts »119(*) - la position de la Ville de
Poitiers semble plus complexe, sachant que la municipalité socialiste
conserve un volet culturel important, mais paraît se détacher du
Confort Moderne.
C'est finalement en 1988 qu'un réel tournant est
opéré et montre l'engagement de la municipalité pour le
centre culturel alternatif. Une réunion organisée dès la
fin de l'année 1987, en novembre, et présidée par
l'adjoint à la culture de la Ville de Poitiers Jean-Marc Bordier, permet
aux « jeunes rockers » d'exprimer les
problèmes rencontrés pour développer leurs
activités (notamment les répétitions) mais
également pour avoir accès aux spectacles des groupes
émanant de cette scène, malgré la présence du
Confort Moderne. C'est lors de cette réunion que germe l'idée de
faire d' « un espace de 600 m² jouxtant le bar [...] une
salle de spectacles parfaitement insonorisée »120(*), d'une capacité de
800 places.121(*)
L'emprunt de 800 000 francs nécessaire aux travaux est garanti par
la Ville122(*), qui
finance également le processus d'insonorisation d'une valeur de
35 000 francs.123(*) La salle est donc inaugurée le 19 mars 1988
et donne un nouveau souffle au Confort Moderne, qui peut « programmer
des groupes plus connus, ce qui [leur] permettra de rentabiliser les autres,
inconnus du grand public »124(*). Il adopte par là une politique de
rationalisation de la gestion du budget et finit la saison avec de nouvelles
perspectives pour la suivante, comme celle - tenant compte des plaintes des
jeunes musiciens poitevins évoquées plus haut - de
développer les espaces de création au sein du Confort Moderne,
notamment les boxes de répétition, « façon de
répondre à une demande toujours plus pressante des artistes de
Poitiers [...] de plus en plus demandeurs d'espaces de travail et de
matériels. »125(*) Le paroxysme de l'engagement de la Ville de
Poitiers, mais aussi de la DRAC, auprès du Confort Moderne est atteint
quelques mois plus tard et s'exprime à la suite du différend qui
oppose LOH au propriétaire des locaux du 185, Faubourg du Pont-Neuf.
Depuis la fin de l'année 1987, LOH a du mal à régler les
factures qu'elle doit à Marcel Breuil et se voit contrainte de
délivrer des chèques sans provision.126(*) En 1988, devant les retards
de paiement, « le propriétaire [demande] au tribunal
d'expulser le locataire, »127(*) et c'est finalement la municipalité qui
rachète l'ensemble des locaux pour en confier la gestion à LOH.
Si la situation paraît assez simple, il convient d'analyser les tenants
et les aboutissants de cet événement pour finalement nuancer
l'image de « sauveteur » revêtue par la
municipalité, même s'il reste évident que sans ce rachat,
le Confort Moderne n'aurait jamais pu subsister. Par ailleurs, il est important
d'expliciter le rôle du Directeur régional des affaires
culturelles du Poitou-Charentes, Raymond Lachat, en poste de 1985 à
1997, qui a agi en coulisses. Selon la presse locale, c'est lui qui a
suggéré au conseil municipal « d'intervenir pour
engager une procédure par le biais d'une déclaration
d'utilité publique »128(*) et c'est aussi lui, selon son témoignage, qui
a par le biais de la DRAC réglé les loyers de retards afin de
faire baisser le prix des locaux. Il explique :
« Il était évident que si le
propriétaire virait les locataires, et qu'il nous vendait le
bâtiment après, il allait être en droit de nous vendre le
bâtiment beaucoup plus cher. Si le bâtiment est libre d'occupation,
il se vend 10 ou 20% plus cher que s'il est
occupé. »129(*)
Lachat réussit donc à éviter l'expulsion
de LOH, ce qui motive la municipalité à racheter les locaux
anciennement loués par l'association et à opérer la
transaction de 1,7 millions de francs130(*) en quelques semaines (après le rachat, un
contentieux opposera tout de même LOH et Marcel Breuil au sujet d'une
facture d'eau de décembre 1988 non réglée jusqu'en
1991131(*), ce qui
contraste largement avec les rapports cordiaux des débuts entre les deux
parties). La DRAC a donc oeuvré pour pousser la municipalité
à sauver le lieu, ce qui montre son attachement et les liens entretenus
par l'État avec le Confort Moderne, qui est finalement un enfant de la
décentralisation (en témoigne la présence des ministres
pour les inaugurations). Néanmoins, si la Ville de Poitiers ne tarde pas
à racheter le 185, Faubourg du Pont-Neuf, il est important de noter que
ce choix est réfléchi et ne constitue pas pour la
municipalité une prise de risque majeure dans le but de sauver le
Confort Moderne. C'est encore Lachat qui nous éclaire sur les
modalités qui ont conduit à cette décision
municipale :
« La position du maire à l'époque,
c'était de dire « on achète mais de toute façon
je suis à peu près sûr qu'on ne pourra pas vous laisser
là. On fera autre chose du terrain dans quelques années et puis
vous, on vous mettra ailleurs. » [...] De toute façon, si un
jour le CM [Confort Moderne, nda] devait disparaître, on restait
propriétaires de bâtiments et on pouvait très bien les
réutiliser pour des constructions de logements sociaux [...] c'est une
relativement bonne opération en termes de foncier. »132(*)
Ce témoignage du Directeur Régional des Affaires
Culturelles est éclairant sur plusieurs points. Tout d'abord il montre
bien que la Ville, en devenant propriétaire des bâtiments
occupés par le Confort Moderne, peut disposer de l'avenir du lieu comme
elle l'entend, ce qui n'est pas sans constituer une menace en sachant qu'elle
envisage dès le départ le replacement du centre culturel, sans se
soucier de la dénaturation de celui-ci - ce qui remet largement en
question le statut d'indépendance du lieu, même s'il le conserve
dans les faits. Cette hypothèse émise par le maire s'explique par
les plaintes régulières des voisins du Confort Moderne qui
dénoncent les nuisances et les dégradations commises les soirs de
concerts et publient des pétitions.133(*) Par ailleurs, si ce rachat passe pour un
véritable sauvetage et une prise de risque de la part de la
municipalité, il semblerait bien que toutes les possibilités de
réhabilitation du lieu soient envisagées sans la participation de
LOH avant la transaction. La municipalité ne croit donc pas à la
viabilité du Confort Moderne et ne parie pas sur sa survie. Elle porte
un regard qui ne tient pas compte de la passion et de l'attachement des membres
de l'association faisant vivre ce lieu.
Cependant, même si l'idée fut
évoquée en coulisses, la relocalisation ne fût pas mise
à l'ordre du jour. Le Confort Moderne était sans doute
suffisamment implanté dans le tissu culturel poitevin pour qu'on modifie
son emplacement. Si nous avons vu précédemment que LOH a eu du
mal à se coordonner avec les autres associations poitevines,
l'association parvient tout de même en juin 1988 à organiser, en
collaboration avec l'Agora et le Puits de la Caille, deux petits centres
culturels de diffusion artistique de Poitiers, le premier festival
« Eat Some Rock » : une série de concerts se
déroulant sur deux jours dans chaque lieu à tour de
rôle.134(*) C'est
aussi l'image d'un lieu réputé à l'échelle
nationale qui prévaut et qui incite peut-être les pouvoirs publics
à ne rien faire qui puisse mettre en péril le fonctionnement du
Confort Moderne.
C/ Une place importante de la
scène alternative hexagonale
En effet, depuis son ouverture, le Confort Moderne s'est
imposé sur la scène alternative hexagonale comme un lieu
important. Cette scène s'est largement développée
grâce à un système de solidarités, de
réseaux, dans lequel le centre culturel poitevin s'est beaucoup
impliqué. La programmation de soirées individuelles ou de
manifestations plus importantes témoigne de cet attachement à la
promotion des artistes français, résolument tournés vers
le rock, comme le laissent transparaître le nom de quelques
événements : « Rock Hexagonal
Tendancieux » en 1986, le « Challenge Hexagonal
Rock » de 1987 et « Rock en France » en 1989. Ces
festivals sont l'occasion pour LOH de mettre en valeur les talents des artistes
français, connus ou non, mais aussi de faire reconnaître la
« culture rock » qui ne se résume pas
à des musiciens, mais englobe un ensemble de composantes
interdépendantes : labels, disquaires, fanzines (médias
indépendants réalisés par des amateurs passionnés
qui chroniquent et relaient des groupes et des informations exclus de la presse
traditionnelle), graphistes etc. Tous ces acteurs sont
régulièrement mis à l'honneur au Confort Moderne, qui
programme des soirées consacrées à certains labels - par
exemple - ce qui constitue une occasion de promouvoir les artistes que ceux-ci
produisent. Une soirée « Gougnaf Mouvement », label
indépendant datant de 1983 et originaire de Juvisy dans
l'Essonne135(*) a par
exemple lieu en novembre 1988.136(*) Néanmoins, le Confort Moderne ne se contente
pas de faire tourner des groupes qui ont déjà une petite
renommée à l'échelle nationale dans le milieu
rock, mais cherche également à faire émerger des
talents tout à fait neufs. C'est le but du « Challenge
Hexagonal Rock », dont le principe réside dans le fait de
faire jouer des groupes totalement amateurs, novices (25 pour la région
Grand-Ouest) sous forme d'une sorte de concours, de tremplin pour leur
permettre d'acquérir un peu de notoriété. La finale de
l'édition 1987 permet à six groupes sélectionnés
parmi les 25 de se produire sur la scène du Confort Moderne le 23
octobre137(*), qui
continue par là à entretenir sa réputation de
découvreur de talents.
Le genre et la culture rock partagent donc la
programmation du Confort Moderne - et celle de LOH avant lui - avec, nous
l'avons vu, les musique traditionnelles, le jazz et les musiques
expérimentales. Ce brassage des genres, ce décloisonnement (y
compris dans la nature de diffusion culturelle : le Confort Moderne est
aussi impliqué dans le domaine de l'art contemporain) permet comme le
souhaite l'association, de faire se rencontrer des publics diversifiés,
ne répondant pas aux mêmes codes, « qui se lookaient
différemment »138(*), ce qui implique aussi la rencontre entre des gens
originaires de milieux sociaux différents. Loin de se cantonner à
une identité très stricte, qui renvoie à une image
uniforme rattachée à une scène spécifique, le
Confort Moderne fonde plutôt sa démarche sur l'innovation à
tout prix et ne défend aucun style plus qu'un autre : LOH organise
ainsi, avec les Jeunesses Musicales de France, un concert de l'orchestre
régional du Poitou-Charentes en février 1986139(*), un mois tout juste avant le
début du festival « Rock Hexagonal Tendancieux n°
3 ». Cette manifestation, qui a mis « Poitiers à
l'avant-scène du rock français »140(*), a présenté
aux Poitevins « pendant une semaine, une sélection
représentative des dernières tendances de la culture
rock (made in France) du moment »141(*) conjuguée à la
représentation de quelques valeurs sûres de cette scène
(comme les parisiens Bérurier Noir, en pleine ascension, ou
les Thugs d'Angers, qui commencent à se faire un nom jusqu'aux
États-Unis, repérés par Jello Biafra, leader d'un
des groupes phares de la scène alternative américaine :
Dead Kennedys) confirmant le Confort Moderne dans son rôle de
pôle culturel alternatif d'influence. LOH a tenu lors de cette
manifestation à associer Poitiers dans son ensemble et la région
alentour (pour « travailler pour une vraie décentralisation
régionale avec les associations sur place, permettant le relai et le
suivi de l'animation »142(*)) au rayonnement du lieu qu'elle gère. Le
festival s'est donc déroulé dans divers lieux de Poitiers et de
la région. Le lycée des Feuillants et l'amphi J du campus ont
alors été mis à contribution et ont permis à LOH de
venir au plus près de leur public de prédilection : les
jeunes, et l'association parthenaisienne Diff'Art (qui compte
d'anciens membres de LOH) a accueilli quelques représentations au coeur
de la Gâtine deux sévrienne. L'association a donc montré
qu'elle savait se détacher du Confort Moderne pour offrir un
accès facilité à la culture au public (qui est bien
sûr à conjuguer avec la politique de prix des places : entre
35 et 50 francs par concert), que ce soit dans la capitale régionale, ou
dans sa campagne environnante, mais aussi pour « faire de Poitiers et
sa région, durant une semaine, la capitale du rock
français. »143(*)
On voit donc que le Confort Moderne se trouve au coeur de la
frange alternative du rock français, ce qui se manifeste par la
profusion d'articles faisant l'éloge du lieu dans la presse
spécialisée d'une part, mais aussi dans la petite presse
amatrice, les fanzines, qui constituent un élément important au
sein de ce courant. La salle poitevine s'inscrit donc pleinement dans la
dynamique de ce mouvement et participe pleinement à sa structuration en
proposant un lieu d'expression aux artistes qui le composent et le popularisent
jusqu'en 1989.
Cette première partie nous a donc permis de constater
que l'activité culturelle alternative à Poitiers s'est
progressivement structurée entre 1984 et 1989 et s'est principalement
exprimée à travers l'action de l'association L'oreille est
hardie, d'abord seule, puis au sein du Confort Moderne, centre de
diffusion qui a permis d'amplifier cette action, de lui donner
différentes formes (à travers la galerie d'art contemporain mais
aussi grâce aux compagnons de route qui se sont installés dans la
cour, faisant du Confort Moderne un véritable pôle culturel
alternatif) et de l'implanter profondément dans l'agenda culturel de la
Ville. Précurseurs dans la programmation qu'ils ont offerte à la
population de Poitiers, les membres de LOH l'ont aussi été
à travers l'ouverture de ce lieu en 1985. De nos jours, le Confort
Moderne s'inscrit dans un large panel de salles diffusant des musiques
amplifiées, mais lors de sa création, celui-ci était
relativement en avance sur son temps et se trouvait par-là même un
peu isolé. Il a fallu attendre la fin des années 1980 pour voir
se développer des structures délivrant des manifestations du
même type, bien que ne bénéficiant pas des mêmes
spécificités dans leur création. Gérôme
Guibert nous l'explique très bien :
« A côté des figures traditionnelles
d'entreprises culturelles incarnées par les modèles
idéal-typiques de « l'entrepreneur privé » et du «
théâtre public », apparaît à compter de la fin
des années 1980 un nouveau type d'acteur à l'économie
hybride, en parti autofinancé et en parti subventionné, mais
où persiste aussi une part d'économie non monétaire
basée sur la réciprocité et le don/contre don (ne
serait-ce que par l'importance du
bénévolat). »144(*)
Dès 1985, nous avons donc vu que le Confort Moderne
répond à ces critères, le bar et les recettes des
manifestations finançant une partie du budget, le reste étant
tant bien que mal assumé par les aides des différentes
institutions municipales ou de l'État - avec qui les relations
entretenues ont pu être difficiles. À mi-chemin entre une
institutionnalisation complète et l'absence de formalisme, voire
l'illégalité, le Confort Moderne correspond parfaitement au
schéma général de ce que Guibert définit comme une
scène locale, en reprenant les préceptes du Do It Yourself,
tout en s'inscrivant dans la politique culturelle de la Ville :

Le secteur des musiques amplifiées.
Topographie socio-économique145(*)
Le Confort Moderne a donc réussi à se placer de
manière novatrice dans les dynamiques artistiques à
différentes échelles, en réussissant à faire de
l'action culturelle un rempart à l'exclusion, un vecteur d'insertion,
sans que cette portée sociale ne prenne le pas sur la dimension
artistique du lieu. Le centre culturel a donc pu favoriser et accompagner la
montée en puissance de courants musicaux nouveaux, notamment en France
avec l'explosion du rock alternatif, qui devait s'éteindre en
1989. Notre deuxième partie va donc essayer de voir si la
prétendue mort du mouvement alternatif devait avoir une incidence sur la
survie du Confort Moderne et la vie culturelle alternative poitevine en
général.
DEUXIÈME PARTIE -
1989-1992 : ENTRE MORT NATIONALE ET EXPLOSION LOCALE ?
A-t-on pu assister ou non à Poitiers à
l'apogée puis au brusque essoufflement du mouvement alternatif ?
Fut-ce la fin des structures constituant la scène locale poitevine,
à l'image de la situation globale en France et si l'on en croit les
thèses relayées par l'historiographie concernant ce sujet ?
Les bornes chronologiques de ce chapitre vont nous permettre d'envisager cette
montée en puissance de la scène, en constatant notamment
l'émergence de nouveaux acteurs importants au sein de cette
scène, tout en ayant un recul temporel nécessaire pour
appréhender leur évolution et ainsi donner écho ou non aux
idées reçues relayées par les écrits relatifs
à notre thème de recherche.
I. LA FONDATION DE LA
FANZINOTHÈQUE DE POITIERS : LA PRESSE ALTERNATIVE COMME
COMPLÉMENT DE LA SCÈNE POITEVINE PRÉEXISTANTE
La Fanzinothèque ouvre ses portes pour la
première en fois en novembre 1989, à l'occasion du festival
« Trans Europe Halles » organisé par le Confort
Moderne, dans les murs duquel le petit local trouve sa place.146(*) « Première
bibliothèque du genre en Europe »147(*), voire au monde, par sa
longévité et par la richesse de son fonds, nous allons au cours
de cette partie essayer d'analyser l'origine, la nature et le fonctionnement de
ce lieu hors du commun ainsi que son inscription dans les dynamiques
alternatives à différentes échelles.
A/ Poitiers : un espace
propice à la création de la Fanzinothèque
Comme nous venons de le signifier, la Fanzinothèque est
un lieu unique, qu'on ne trouve qu'à Poitiers. La définition
préalable de son action va nous permettre de mettre en lumière
les facteurs propices à l'implantation d'une telle structure
précisément dans la ville de Poitiers. Son nom,
déjà peu commun, donne assez facilement une idée de son
activité. Il se découpe en deux pour donner
« fanzine » - « othèque », ce
qui laisse deviner « un lieu d'archivage, de stockage, de
conservation, de consultation et de lecture des fanzines. »148(*) Relativement marginal, ce
type de production demande une définition précise pour comprendre
l'intérêt d'un tel lieu :
« A côté des magazines professionnels,
les fanzines constituent une source alternative d'informations et de promotion
du champ musical. Ce média se distingue fondamentalement de la presse
dominante par trois caractéristiques essentielles : un manque de capital
économique, une absence de professionnalisation et des réseaux de
distribution non institutionnels. »149(*)
Ce type de presse répond parfaitement aux
préceptes Do It Yourself, puisqu'il a émergé au
moment où les formations musicales ne trouvaient pas de lieux pour se
produire sur scène et ne trouvaient aucun écho au sein de la
presse traditionnelle. Ce sont donc les amateurs de ces nouvelles musiques qui
se sont improvisés rédacteurs en chef de leur propre
« magazine de fanatique » (fanzine est en fait la
contraction du terme « fanatique » et
« magazine ») pour les soutenir et les promouvoir. Il est
donc tout naturel que cette presse amateur ait largement contribué
à l'émergence du mouvement alternatif tout en y étant
largement associée en tant que composante essentielle. Accompagnant
l'ascension de celui-ci, le nombre de titres a largement augmenté durant
les années 1980, notamment pendant la fin de cette décennie et le
début des années 1990, car « les fanzines arrivent
après la musique. »150(*) Cependant, ce type de presse underground
« [faite] par des amateurs pour des amateurs »151(*) est souvent resté de
ce fait réservé à un cercle restreint d'initiés,
assez impliqués dans la vie de la scène pour échapper aux
contraintes liées aux faibles tirages et aux réseaux de
distributions parallèles rendant difficile l'accès aux fanzines.
L'un des objectifs principaux de la Fanzinothèque a donc
été de « faire connaître la culture
zine »152(*)
comme l'explique Didier Bourgoin153(*), membre fondateur du lieu, et de vulgariser un type
de documentation peu reconnu.
Dans ce but, l'implantation d'une structure propre à
concrétiser cet objectif semblait appropriée dans la ville de
Poitiers, qui entretenait des rapports particuliers avec le monde des fanzines
et constituait une place importante de la petite presse parallèle dans
les années 1980. En effet, tout d'abord en terme de production de
fanzines, la capitale régionale a été le berceau de
nombreux titres dès la fin des années 1970. Témoin de
l'intérêt de certains Poitevins pour la presse alternative, un
premier organe de distribution éphémère est monté
de façon spontanée par « Alain Bobant, inventeur du mot
« fanzinothèque » en 1972. »154(*) Celui-ci s'était
constitué un petit stand facilement amovible qu'il plaçait devant
le cinéma qui se trouvait au 94, avenue de la Libération,
où siège actuellement le magasin de meubles « Groupe
Anti Gaspi. » Ce premier kiosque de presse alternative - qui a
certainement inspiré les créateurs de la Fanzinothèque
pour le choix du nom - et la date de sa création sont significatifs de
l'attrait précoce de certains Poitevins pour la presse parallèle,
qui n'en est vraiment à l'époque qu'à ses balbutiements,
et reste très confidentielle. Cet engouement s'est retrouvé
dès le début des années 1980 par la production, et non
plus seulement par la diffusion, de quelques titres accompagnant l'explosion du
mouvement punk et ses retombées en France. « Il y a
eu des fanzines depuis vachement longtemps sur Poitiers. Tant Qu'il y Aura
du Rock, des mecs qui ont commencé à 13
ans »155(*) et
dont l'un d'entre eux, David Dufresne, est aujourd'hui un journaliste
indépendant reconnu ayant travaillé pour le quotidien
Libération ou la chaîne d'information
i-Télé. Poitiers constitue donc un terreau propice
à l'édition de fanzines, avec des auteurs de talent, et on ne
peut exclure comme facteur de profusion l'action de LOH qui donne de la
matière aux rédacteurs. Didier Bourgoin explique ainsi :
« Quand je faisais des fanzines, ça répondait au nombre
de concerts dans ma ville. [...] C'était en fonction des concerts que
L'oreille est hardie faisait venir. »156(*) Ces propos sont
confirmés par Marie Bourgoin157(*) : « il y'avait le Confort Moderne qui
a vachement boosté aussi quand même, c'était cool
d'avoir un truc culturel, alors ça te donne envie de faire un fanzine,
de raconter des trucs. »158(*) Les manifestations organisées dans le
début des années 1980 par LOH - et notamment le Meeting de 1983-
ont donc donné du grain à moudre aux rédacteurs de fanzine
qui pouvaient ainsi relayer des informations sur des groupes nouveaux et
importants : Didier Bourgoin réalise ainsi le premier interview du
groupe Sonic Youth dans un fanzine français.
A ces fanzines accompagnant l'ascension des musiques
amplifiées relayées par LOH, il convient d'ajouter un autre type
de presse amateur (qui reste tout de même liée aux fanzines
rock), très implantée à Poitiers et qui joua un
rôle important dans l'ouverture de la Fanzinothèque : la
presse lycéenne. Se développant dans le courant des années
1980 dans les lycées Victor Hugo, Camille Guérin et
Aliénor d'Aquitaine159(*), les fanzines lycéens abordent des sujets
plus vastes que les fanzines musicaux ou politiques tout en reprenant certains
des mêmes thèmes :
« Le journal lycéen c'est soit pour, soit
contre le bahut. Ca parle que du bahut, soit c'est pour les profs, soit c'est
contre les profs. Ca n'a pas à voir vraiment avec les fanzines, mais
ça peut déboucher sur quelque chose comme
ça. »160(*)
La presse lycéenne est donc quelque peu
décriée par le milieu des fanzines rock ou bande
dessinée, mais elle est aussi dans certains cas beaucoup plus
médiatisée et mise en valeur. Le cas de Poitiers a
été significatif dans cette médiatisation, notamment
à travers l'organisation dès 1988 du festival « Scoop
en Stock ». La première édition se tient à la
Maison de la Culture et des Loisirs en mars 1988 et la deuxième a lieu
l'année suivante au lycée du Bois d'Amour, avec un battage
médiatique relativement important, facilité par la
présence de journalistes du Monde, de
Télérama et par le soutien des institutions
lycéennes et municipales. Cette manifestation fait de Poitiers selon la
presse locale, la « capitale du Fanzine »161(*), ce qui n'est pas sans
rappeler les articles qualifiant cette même ville de capitale du
rock pour évoquer l'action de LOH. La capitale du
Poitou-Charentes semble donc décidément à l'avant-garde de
la culture alternative française.
On remarque donc que la presse alternative, que ce soient les
fanzines underground réservés aux initiés ou les
journaux lycéens, plus soutenus par les institutions, sont
implantés et foisonnent à Poitiers. Découlant des rapports
chaleureux entretenus entre la municipalité et les rédacteurs de
journaux lycéens, l'idée de créer une Fanzinothèque
fixe germe dès le début de l'année 1988, lors de la
deuxième réunion du Conseil communal des jeunes, ou CCJ.
Correspondant à la politique de gestion de la jeunesse qu'on a vu
transparaître au sein du Confort Moderne, la ville de Poitiers a mis en
place dès octobre 1987 un Conseil Communal des Jeunes censé
répondre aux attentes de cette catégorie de population. Ainsi,
lors de la seconde réunion de l'institution le 9 janvier, « un
mec branché de Camille Guérin, Nicolas Auzanneau a
présenté un projet de
« fanzine-othèque » au Confort Moderne. On pourrait
y lire tous les journaux écrits par des amateurs. »162(*) Cette proposition va donc
dans le sens d'un lieu de consultation de la presse produite dans les
lycées. Conformément au vote effectué lors de cette
séance du CCJ, le projet est examiné par la mairie qui
débourse 287 000 F.163(*) pour aménager un lieu « de
stockage, d'archivage et de consultation »164(*) au sein du Confort Moderne
(qui semblait tout naturellement désigné pour accueillir ce type
de structure renforçant son rôle de pôle culturel
alternatif), et prévoit d'employer une personne pour faire fonctionner
le lieu de façon permanente. La Fanzinothèque n'est donc pas une
structure qui a été créée par les acteurs qui la
font vivre, mais elle est née d'une volonté municipale
motivée par les aspirations de la jeunesse poitevine à avoir un
lieu où stocker et consulter la presse qu'elle produisait. Didier
Bourgoin, le premier employé qui a dirigé la Fanzinothèque
ne s'en cache pas :
« En fait c'est pas mon idée. Moi je faisais
des fanzines, j'avais un magasin de disques qu'on avait avec une association
[« La Nuit Noire » gérée par l'AMP nda], on
était assez anti-subventions, on faisait des concerts. Et on vient me
trouver, un jeune mec, ça s'appelait le CCJ. Ils voulaient une
fanzinothèque parce que dans leurs bahuts, ils faisaient tous des
journaux lycéens. »165(*)
Une fois les aménagements effectués dans le
petit local donnant sur le bar du Confort Moderne et Didier Bourgoin
engagé par la mairie, la Fanzinothèque ouvre ses portes à
l'occasion du festival « Trans Europe Halles »
organisé en novembre 1989 par le Confort Moderne. Il va désormais
nous falloir voir comment la structure, tout en étant née des
décisions municipales, a réussi à se faire une place au
sein du mouvement alternatif français.
B/ Du lieu de stockage de la
presse lycéenne au temple du fanzinat français :
l'appropriation du lieu par ses acteurs
Nous venons de le voir, la Fanzinothèque a
été créée sur une décision de la
municipalité de Poitiers, à la demande du CCJ, afin de stocker et
de consulter la presse amateur émanant principalement des lycées.
Même les statuts de l'association n'ont pas été
rédigés avec les acteurs du lieu : ils ont été
pensés par les institutions municipales et lycéennes
représentées par Mireille Barriet (qui présidait le CCJ
à l'origine de la décision) et par Pascal Famery, ainsi que par
Fazette Bordage du Confort Moderne (qui ne faisait qu'accueillir le lieu, sans
avoir de prise sur le fonctionnement de la Fanzinothèque). Cela a donc
donné des statuts très stricts avec des directives
précises quant au fonctionnement interne de l'association, régi
par non moins de 17 articles fixant les modalités de votes,
d'éligibilité etc.166(*) Qu'il s'agisse du mode de création, ou de la
nature des documents archivés - bien que certains se démarquent
des journaux purement axés sur la vie de l'établissement scolaire
- on voit donc bien que la Fanzinothèque n'a pas au premier abord les
caractéristiques des structures alternatives telles que nous les avons
déjà envisagées, dans le sens ou ce ne sont pas les
acteurs du lieu, ceux qui l'ont fait vivre, qui ont investi un lieu
par-eux-mêmes pour ensuite mettre les pouvoirs publics devant le fait
accompli. Il faut toutefois noter la réputation acquise par la structure
dans le mouvement alternatif, qui trouve un large écho à travers
toute la France. Alors que les rédacteurs de fanzines auraient pu
aisément tourner le dos à un tel établissement
émanant directement des pouvoirs publics, et censée
répertorier une presse issue des lycées - ce qui se
démarque de l'éthique indépendante des fanzines
alternatifs - la Fanzinothèque s'est rapidement constituée un
fonds conséquent de productions écrites portant sur
différents sujets (musique, politique, bande dessinée,
science-fiction etc.) venant « des quatre coins de la France et de
l'Europe. »167(*) Pour comprendre cette inscription quasi-directe de
la structure au sein des dynamiques de la presse underground difficile
d'accès, il convient d'expliciter le choix pertinent ayant
été fait par le CCJ pour la personne devant diriger et tenir le
lieu. Comme nous l'avons déjà mentionné, c'est Didier
Bourgoin qui fut salarié par la mairie dès le début,
même si cet emploi a pu poser quelques problèmes de conscience
à l'intéressé, « anti-subvention »
comme il se définissait lui-même dans une citation
mentionnée plus haut :
« Derrière, c'était une volonté
municipale. La mairie en créant la Fanzino mettait des moyens
financiers, non seulement des moyens financiers mais aussi salarier la
personne, en l'occurrence moi. Ça, déjà
intellectuellement, ça me gênait. »168(*)
C'est finalement l'alliance entre une activité
enrichissante personnellement et un apport financier non négligeable qui
a poussé Didier Bourgoin à accepter le poste :
« on avait déjà 3 enfants, j'avais plus de boulot
depuis que j'étais plus pion, j'avais passé tous les exams, pour
être conservateur de musée tout ça, mais ça me
plaisait pas. »169(*) Cette proposition d'emploi arrivait donc à
point nommé et lui permettait de s'impliquer de façon
professionnelle dans un domaine qui le passionnait depuis plusieurs
années : les fanzines et la culture rock en
général. C'est donc sous son impulsion que la
Fanzinothèque est très vite passée d'un simple lieu de
stockage pour journaux lycéens à un fonds répertoriant un
grand nombre des titres issus du fanzinat français et européen.
« En fait, comme Didier était déjà disquaire, il
avait déjà des fanzines dans la cour, [...] on a
dévié assez facilement sur les rockzines, et puis
c'était en pleine explosion, il y'en avait plein, c'était
vraiment la période d'or. »170(*) Détournant, ou plus justement
dépassant en quelque sorte les volontés municipales, ou
plutôt celles du CCJ - la mairie ayant seulement financé la
création de la structure - Didier Bourgoin a créé un lieu
bien plus riche qu'un entrepôt de journaux lycéens, en profitant
du manque d'intérêt de la mairie pour ce lieu d'un genre
nouveau : « il se trouve que la ville n'a pas tiqué plus
que ça, enfin elle n'est pas venue voir non plus ce qui se passait dans
les contenus, donc liberté, quoi. On a dévié un peu sur le
rock. »171(*)
Ayant désormais mis en lumière les moyens par
lesquels Didier Bourgoin avait réussi à donner à la
Fanzinothèque une image détachée de celle d'un lieu
institutionnel, il va désormais nous falloir expliquer les raisons qui
ont pu permettre la constitution d'un fonds aussi riche et diversifié.
Tout d'abord, nous l'avons déjà souligné, mettre Didier
Bourgoin à la tête de ce lieu était déjà
très pertinent. Très impliqué dans le milieu alternatif
français, c'est lui qui tenait la boutique « La Nuit
Noire » située dans la cour du Confort Moderne, dont nous
avons auparavant montré la renommée nationale voire
internationale à travers le témoignage de Fabrice Tigan. En
outre, cette même boutique était, rappelons-le gérée
par l'AMP, dont Didier Bourgoin faisait partie dès le début, et
qui a contribué à faire venir à Poitiers de nombreux
groupes alternatifs, dont Bérurier Noir en 1984. Didier
Bourgoin se constitue donc à travers cette association un ensemble de
contacts qui lui ont permis de faire de « la Nuit Noire »
une boutique de disques très bien fournie, que ce soit en supports
vinyles, mais aussi en fanzines, pour lesquels le disquaire se passionne.
Dès le début, la Fanzinothèque bénéficie
donc de « sa collection personnelle, histoire de gonfler les
rayons »172(*)
mais aussi des contacts accumulés durant toute son activité au
sein du milieu associatif alternatif et dans le milieu du fanzinat. Didier
Bourgoin a en effet contribué à la rédaction de quelques
fanzines : très lié à l'AMP, dont les deux auteurs
sont les « chevilles ouvrières »173(*), « Arsenal
Sommaire Poitiers » est un fanzine d'informations relatives au
rock régional. Didier Bourgoin cumule donc un certain nombre
d'activités, notamment au sein de l'AMP, à l'image de nombreux
producteurs de fanzines, ce qui lui fournit un nombre conséquent de
relations :
« L'implication des acteurs d'un fanzine se limite
rarement à la seule édition de celui-ci. Nombre d'entre eux
jouent dans un groupe, animent en parallèle des émissions de
radio, organisent des concerts, produisent des compilations K7, vinyles ou CD,
animent un réseau de distribution de disques, K7 et d'autres
fanzines. »174(*)
L'attrait du fanzinat national lié à la
scène alternative pour la Fanzinothèque s'est donc
développé tout naturellement, et son patron l'explique
simplement : « Moi je connaissais déjà tous les
fanzines qui existaient. On correspondait. »175(*) Marie Bourgoin, qui
rédigeait Laocoon (très orienté vers le
rock) avec Didier Bourgoin, détaille un peu plus ce
processus :
« On faisait des fanzines avant que la Fanzino
existe, on avait déjà tout un réseau : on
correspondait, par courrier a l'époque, on se baladait dans la France,
on connaissait déjà le réseau des fanzines... Donc
après, on a fonctionné exactement de la même
manière. [...] C'est pour ça que c'est bien passé
d'ailleurs auprès des fanzines. Parce que ça aurait pu être
perçu comme un truc institutionnel, et puis non pas du
tout. »176(*)
Dès le départ, la renommée de Didier
Bourgoin et de son entourage proche, qui oeuvrait de façon
bénévole mais très impliquée au fonctionnement de
la Fanzinothèque, a permis au fonds de s'enrichir grâce à
l'envoi spontané des productions de nombreux auteurs de fanzines, qui
voyaient en elle la formidable entreprise d'archivage et de communication d'une
presse théoriquement condamnée à une existence non
seulement confidentielle mais aussi éphémère. Par
ailleurs, l'équipe de la Fanzinothèque, Didier et les
bénévoles, ont tout fait pour se décloisonner des locaux
du Confort Moderne dans le but de faire connaître son action, au plus
près des rédacteurs de fanzines, mais aussi des lecteurs. Cela
s'est traduit par la présence de stands sur de nombreuses manifestations
culturelles françaises, dont le festival de la Bande Dessinée
d'Angoulême. Didier Bourgoin a ainsi dépassé son rôle
de salarié qui aurait pu rester cantonné dans son local à
classer les fanzines, pour sillonner les routes et faire connaître la
structure ; la passion et le militantisme culturel ayant pris le pas sur
la simple activité professionnelle. Le Fanzinothécaire se
souvient :
« En 1990 on allait partout quoi. On était
sur tous les fronts. Je partais avec ma voiture avec des caisses de fanzines,
et j'allais me faire voir parce que les gens demandaient :
« C'est quoi une Fanzinothèque ? Qu'est ce qu'ils
veulent ? » Donc de visu ce sera mieux. »177(*)
La Fanzinothèque ne se résume donc pas à
un local de stockage et de consultation, à un simple lieu, mais marque
son action par l'organisation d'événements de grande
ampleur : le festival « Trans Zines en Halles » de
1990, associé au « Trans Europe Halles » du Confort
Moderne a presqu'éclipsé ce dernier, si l'on en croit la presse
locale qui titre alors « Fanzines et rock =
mariage. »178(*) Elle reste très associée au milieu
associatif, en témoigne son fonctionnement qui reste simpliste
malgré les contraintes précises exprimées dans les
statuts: « il y'a une association avec un C.A., avec des
adhérents qui viennent emprunter. Le C.A. a un bureau et après il
y'a 5 salariés »179(*) (un en 1989, puis deux en 1993, pour arriver
à cinq de nos jours). Cet attachement à ce milieu à donc
permis de fédérer beaucoup de personnes autour des
événements organisés par la Fanzinothèque. Voyons
désormais comment l'événementiel - entre autres - a pu
constituer un élément déterminant dans la durée de
vie de la structure.
C/
L'événementiel professionnalisant et un matériau
inépuisable comme facteurs de durabilité
Ce sont finalement les moyens amenant au développement
d'une activité événementielle régulière qui
vont nous intéresser pour mettre en lumière les aspects qui ont
permis à la Fanzinothèque de se maintenir dans le temps. Ces
moyens sont explicités par Didier Bourgoin :
« J'ai embauché des personnes assez proches
de moi, que je connaissais, qui faisaient du bénévolat. [...]
J'ai utilisé tous les dispositifs d'aide à l'emploi, pour
constituer une équipe. Je me suis dit : « il faut que
cette structure dure, pour cette mémoire. » Et c'est pour
ça que je me suis mis assez vite à organiser de
l'événementiel. » 180(*)
A l'image du Confort Moderne qui a aussi constitué,
nous l'avons vu, un moyen de créer des emplois pour la jeunesse, la
Fanzinothèque revêt également cette fonction qui semble
largement déterminante pour la survie du lieu, ce qui a bien
été compris par Didier Bourgoin qui associe directement
durée et professionnalisation. Marie Bourgoin fait également ce
parallèle et prend également pour appuyer cette thèse
l'exemple d'autres villes en France :
« Il y'a eu des tas de gens qui ont
créé des Fanzinothèques, des coins... des choses...
Seulement, ça a toujours fonctionné sur du
bénévolat. Forcément au bout d'un moment, les gens ils
s'épuisent, ils cherchent du travail, ils s'en vont et puis
voilà, les choses se plantent quoi. Et ici, c'est pourquoi ça
dure depuis 20 ans, c'est parce qu'il y'a des salariés quoi. Avec une
subvention assez... assez importante pour faire des
actions. »181(*)
Comme nous l'avons déjà vu pour le cas de LOH,
le bénévolat est encore une fois bien montré comme une
source d'épuisement qui condamne les structures à
l'épuisement et souvent à la dissolution (à l'image des
tentatives de créer des fanzinothèques ailleurs dans l'hexagone).
De plus, cette fois-ci, un élément est à prendre en compte
et à mettre en parallèle directe avec cette
professionnalisation : il s'agit de la volonté, du soutien et de
l'attitude de la mairie, qui a semble-t-il largement favorisé la
longévité de la Fanzinothèque. Si les subventions en
elles-mêmes sont évoquées, il faut aussi expliciter le
rôle de certains membres du conseil municipal, et plus
précisément celui de Mireille Barriet, qui présidait le
CCJ de 1988 et qui « avait défendu la culture crade contre la
culture clean. C'est une prise de position assez courageuse et pas si
fréquente que ça. »182(*) Certains membres des instances municipales ont donc
largement soutenu ce type d'initiatives, même si cela peut contraster
avec le fait que la mairie ne s'est également que peu
intéressée aux activités de la Fanzinothèque. Ce
désintérêt - finalement un peu synonyme
d'indépendance - a eu l'effet bénéfique de laisser les
mains libres à l'équipe gérant le lieu, qui aurait pu
être contrainte de mieux respecter les objectifs initiaux
(c'est-à-dire se contenter de répertorier des journaux
lycéens) ou même censurée, comme ce fut le cas lors d'un
des rares contacts directs entre des membres de la mairie et les fanzines
lorsqu'un numéro de « Canicule » avait fortement
déplu à Jacques Santrot, qui avait porté plainte contre le
journal, le condamnant ainsi à la cessation d'activité.
« S'ils avaient dû venir lire les contenus, euh je crois que la
Fanzinothèque aurait dû fermer direct. Ca c'est
clair. »183(*)
L'attitude de la mairie de Poitiers a donc permis au lieu de se
développer en toute indépendance de ton, un trop fort
contrôle des contenus ayant sûrement pu déboucher sur la fin
de la Fanzinothèque.
L'autre facteur tient à la nature des documents qu'elle
répertorie. Comme nous l'avons dit, les membres de la structure sont
suffisamment impliqués dans le monde des fanzines et du mouvement
alternatif pour recevoir de façon régulière des
productions des quatre coins de la France (la Fanzinothèque continue par
exemple à recevoir entre 50 et 100 fanzines par mois), ce qui leur
fournit une charge de travail assez importante pour classer et archiver tous
ces fanzines durant plusieurs mois, voire plusieurs années. De plus,
l'autre fonction de la Fanzinothèque est également de conserver
des archives passées. Rappelons que l'une des caractéristiques
principales du fanzine est sa durée de vie très courte, son
faible nombre de numéros, qui sont dus à la
précarité du statut de ses auteurs. La Fanzinothèque
regorge donc de revues amateurs dont les parutions sont achevées depuis
bien longtemps, mais qu'elle conserve et communique au public. La structure
joue donc le double rôle de répertorier la presse actuelle et de
conserver les anciens titres. Donc même si le genre du fanzine, si la
presse alternative était condamnée à disparaître
définitivement, ce qui n'est pas à l'ordre du jour, les membres
de la Fanzinothèque continueraient tout de même leurs
activités de conservateurs de ce type d'archives atypiques. Le lieu
cumule finalement les fonctions de fonds documentaire, mais aussi quelque part
de musée, dans le sens où une part du travail effectué
tient à la constitution d'un fonds regroupant des documents de
même type, mais également parce que la nature même de ces
documents - pour lesquels la dimension esthétique joue un grand
rôle - implique une mise en valeur différente de celle de
productions écrites traditionnelles (d'autant plus lorsque les fanzines
témoignent d'une époque révolue). Oscillant sans cesse
entre ces deux caractéristiques, « le fanzine s'éloigne
du média de production massive, pour se rapprocher de la création
artistique. »184(*) Ces fonctions interdépendantes et sa
situation privilégiée et reconnue au sein de la presse
alternative française permettent donc à la Fanzinothèque
d'envisager un avenir lointain.
Nous avons donc pu voir que si la Fanzinothèque
était née d'une décision municipale, les acteurs la
faisant vivre l'avait très vite inscrite au sein des dynamiques
alternatives hexagonales, dans lesquelles ils s'étaient
déjà largement impliqués. Plusieurs facteurs ayant
favorisé sa longévité, la Fanzinothèque est
très vite devenue un autre pilier poitevin faisant de la ville une place
forte de la scène alternative nationale. En 1989 également, la
naissance d'un autre acteur allait également y contribuer.
II. LA FONDATION DU
LABEL ON A FAIM ! : LE MILITANTISME COMME MOYEN DE PROMOTION DE LA
MUSIQUE ET DES VALEURS ALTERNATIVES
La fin des années 1980 et le début des
années 1990 étant marquée par l'émergence de
plusieurs formations musicales poitevines influentes à l'échelle
locale voire nationale, à l'instar de Seven Hate ou Un
Dolor, la capitale régionale devait naturellement devenir
témoin de la naissance de labels musicaux afin de soutenir, de
promouvoir et de diffuser cette scène en pleine expansion. C'est ainsi
que « Weird Records », « installé dans un
garage de la cour du Confort Moderne, ex-boutique Nuit
Noire »185(*)
et « On a faim ! » voient le jour à cette
période. Particulièrement impliquée dans la vie de la
scène alternative nationale, et pas seulement musicale, c'est cette
dernière structure qui fera l'objet de cette partie, bien que les
solidarités et les rapports existant dans ce milieu nous
amèneront forcément à reparler de Weird Records.
A/ Une naissance au sein de
relations fortes et prédéfinies
Dès le début de ses activités, il faut
comprendre que le label On a faim !, ou OAF !, n'a guère eu
besoin de se constituer un carnet d'adresses de toutes pièces et n'a pas
connu l'isolement. Le contexte de sa naissance et les origines du label
expliquent aisément les contacts immédiats accumulés par
la structure. Pour comprendre cela, il faut expliquer d'où est issu le
label. Comme l'explique Luc Bonet, à l'origine de son lancement,
« le label On a faim!, c'est la fin des années 80, et il vient
du fanzine On a faim!, qui était donc assez connu dans le milieu
rock alternatif et puis dans le milieu anar. »186(*) C'est donc l'affiliation
avec ce fanzine créé par Jean-Pierre Levaray187(*), paraissant environ deux
fois par an, qui semble donner ses lettres de noblesses au label dès ses
débuts. Outre le fait « que le label soit
déconnecté du zine »,188(*), il faut tout de même comprendre qu'il a pu
bénéficier de son aura, de sa réputation et de ses
connexions. Effectivement, à l'époque, et peut-être
même encore aujourd'hui, « On a faim !, c'est d'abord le
célèbre fanzine de Rouen, né en 84 [...], qui a
porté toute la vague alternative avec une rare constance et une rigueur
irréprochable. »189(*) Créé à une date relativement
précoce pour un fanzine lié au mouvement alternatif
français (bien que le contenu s'ouvre peu à peu pour
s'intéresser à terme à l'alternatif international),
OAF ! - Fanzine se trouve être une des rares revues alternatives
hexagonales à soutenir cette nouvelle scène dès ses
débuts et bénéficie peut-être par là de
contacts facilités avec les groupes musicaux, certainement heureux d'y
trouver un moyen d'exposer au grand jour leurs créations, exclues des
organes de presse traditionnels. L'engagement et la passion poussant les
rédacteurs du fanzine à se déplacer sur les lieux de
concerts, des contacts se créent progressivement et permettent à
l'équipe rédactionnelle de s'étoffer de plus en plus en
s'étalant géographiquement : de cinq à dix
contributeurs au milieu des années 1980, un numéro était
réalisé par une quinzaine de personnes dix ans plus tard.
« Il y'aura assez rapidement un réseau autour [du fanzine]
pour l'écriture de chroniques, d'infos diverses et surtout pour la
distribution sur plusieurs villes. »190(*) Ce nombre de
rédacteurs s'est naturellement répercuté sur le fond et la
forme de la revue, dont l'épaisseur n'a cessé d'augmenter :
passant d'un quinzaine de pages de format A4 photocopiées et
agrafées, avec des textes de taille modeste espacés pour le
premier numéro de 1984, le fanzine rouennais est devenu une revue
d'aspect traditionnel, avec une couverture de papier glacé et contenant
cent pages bien fournies pour le dix-huitième numéro en 1994. Ce
nombre de contacts grandissant a également permis à OAF ! de
s'implanter ailleurs qu'à Rouen et de quadriller ainsi le territoire
français tout en cumulant des activités différentes de la
rédaction du fanzine, mais en en gardant tout de même les canons
esthétiques : « la boutique et lieu de rencontres (et
concerts) »191(*) de Bordeaux ouvre en 1989 et celle de Lyon en 1991.
La fondation du label à Poitiers entre celles de ces deux
succursales - si l'on peut parler en ces termes - participe donc de
l'évolution qualitative et de l'extension des activités du
fanzine OAF !, qui devient peu à peu une structure musicale
complète, rassemblant progressivement l'ensemble des canaux de
production de la musique : édition par le label, distribution par
le biais des boutiques de Bordeaux et Lyon, diffusion par les concerts
organisés par l'antenne de Bordeaux et promotion dans le fanzine.
La création de toutes ces structures soeurs
témoigne de l'importance prise par le réseau OAF ! dans le
mouvement alternatif hexagonal et de l'image de marque qu'il véhicule.
Etant l'un des meilleurs fanzines de France, c'est naturellement une couverture
du n° 15 d'OAF ! - Fanzine que l'on retrouve pour illustrer un
article portant sur la Fanzinotèque de Poitiers.192(*) La marque de fabrique du
fanzine a donc forcément marqué les groupes alternatifs
français et facilité le travail du label poitevin : bien que
« chaque structure était autonome » OAF ! -
Label bénéficiait de la volonté de ces formations
d'être associées à ce titre, ce qui rentrait parfaitement
dans le cadre de leur type de sélection des groupes. « De
fait, le fanzine recevait donc des cassettes de groupes. [...] Le fanzine
recevait des choses intéressantes dedans, le fanzine en parlait et donc
nous on avait des groupes pour les compilations On a
faim!. »193(*)
Bien avant la création du label à Poitiers, le fanzine avait
déjà commencé à développer une
activité de distribution ou d'édition musicale, en joignant
parfois aux revues des cassettes ou disques au format 45T
réalisés par des groupes promus par le réseau.
« OAF ! produit des K7 ! La première sort en
même temps que ce n° [le n°3, nda], c'est la K7 de Rosa
Crux »194(*),
c'est-à-dire en 1985, soit presque six ans avant la création du
label. Notons également la double cassette regroupant près de
trente groupes ayant pour certains marqué la scène culturelle
alternative, voire la scène rock française
intitulée « Le soleil n'est pas pour nous » produite
en octobre 1986195(*),
et des cassettes de concerts de groupes à forte audience comme Ludwig
Von 88 ou de The Brigades (vraisemblablement enregistrés lors de
soirées organisées par OAF !).196(*) On remarque
déjà qu'OAF ! entretient des rapports avec de nombreux
groupes, ce qui laisse présager un fameux carnet d'adresses facilitant
ses activités.
Cette implication dans le milieu alternatif français a
également permis à OAF ! de dépasser les
collaborations directes avec les groupes, pour s'associer avec d'autres
structures de promotion musicale, afin de diffuser des supports musicaux de
meilleure qualité et à plus petite échelle :
« La coopération, ça passait surtout
par Jean-Pierre et par le fanzine, et ça se situait plutôt en
termes de publicité encore une fois au bon sens du terme.
C'est-à-dire, on croisait entre les productions V.I.S.A. et les
productions On a faim!, et puis quelques plans on va dire
techniques. »197(*)
La première compilation ayant
bénéficié d'un tirage important - ce qui a
débouché sur un large succès en termes de ventes et
d'audience - voit ainsi le jour au début de l'année 1989 et
marque les aspirations d'OAF ! à ajouter un volet label à
ses activités : « après l'expérience
réussie de co-production avec VISA de la compilation « A bas
toutes les armées » [...] voici le label proprement
dit. »198(*)
Ce disque au format 33T devenu pièce de collection sur les sites
internet d'enchères199(*) est né, nous venons de le signaler, de la
coopération entre OAF ! et « VISA ». Visuel,
Info, Son, Archives, pour « VISA » était
« un label de K7 peu ordinaire [...] éclectique,
présentant des groupes à « contenu », ou
d'autres à la musique originale et personnelle »200(*), actif de 1983 à
1989. Ayant a priori les mêmes aspirations artistiques
qu'OAF !, la collaboration entre les deux structures semblait
évidente. Luc Bonet l'explique aussi par un autre argument :
« Il y'avait deux types de réseaux : il
y'avait le réseau lui-même, qui lui était donc en crise
forte et puis après, il y'avait le réseau anar. Dans le
réseau anar, y'avait un autre label qui est arrivé à
survivre, qui était un label historique qui s'appelait
VISA. »201(*)
On voit donc que cette coopération fut également
permise par des affinités politiques fortes. Or, nous allons pouvoir
constater dans une seconde partie que le label OAF !, comme l'ensemble des
composantes de ce réseau, étaient particulièrement
imprégnés politiquement.
B/ Un label marqué par
le sceau de la culture politique libertaire
Le discours politique est en effet quasi-omniprésent
dans les productions écrites ou musicales issues du réseau
OAF !. Dès le troisième numéro du fanzine, paru un an
après le début des activités de Jean-Pierre Levaray en
1984, le titre On a faim ! s'étoffe du sous-titre
« Anarchy & Music » qui traduit bien les aspirations de
la rédaction, celles d'associer des chroniques portant sur la vie de la
scène alternative et les groupes que la rédaction soutient,
à différents articles reprenant des thèmes de
société en y associant un discours critique fortement
marqué politiquement. :
« Dans le fanzine, il est question de politique,
parce qu'on ne peut pas rester neutre et que pour nous, l'Anarchie est la seule
réponse face à la crise des mondes industriels. Parce que fanzine
On a faim ! parle surtout de musik et donne la parole, questionne les
groupes réellement alternatifs. »202(*)
L'ambigüité n'est donc pas cultivée et le
discours est clair : le fanzine OAF !, à l'image de l'ensemble
du réseau se veut résolument porteur des idées
libertaires. La date de création de la revue à Rouen n'est
d'ailleurs pas anodine :
« Pour situer l'année de naissance du
fanzine, ça remonte à la grande grève des mineurs
britanniques qui a duré un an à peu près. Donc il y'avait
plein d'actions, de concerts, de trucs, et sur la région rouennaise
justement, Jean-Pierre Levaray, comme il était vraiment investi
là-dedans, pendant qu'il y est, il est parti sur un fanzine quoi. [...]
Le fanzine est né plus de la grève des mineurs que du mouvement
alternatif musical. »203(*)
C'est donc dans le sillage de mouvements sociaux
internationaux que le fanzine OAF !, point de départ d'un
réseau national, débute. Laissant transparaître les
intérêts de son fondateur, le contenu des articles s'est
naturellement orienté vers la musique, en association avec le fond
politique, ce qui, nous le verrons, n'a jamais été
réellement indissociable. Cet attachement à la dimension
politique se retrouve également à travers l'appartenance d'un
grand nombre des membres du réseau à la même organisation
politique: « tous les vétérans d'OAF ! se sont
rencontrés à la Fédération Anarchiste au
début des années 1980, où nous militions dans nos villes
respectives : Rouen, Paris, Bordeaux... »204(*) Poitiers ne déroge
pas à la règle c'est donc un militant de la
Fédération Anarchiste, Luc Bonet, qui fonde la partie label
d'OAF ! : « il y avait une opportunité à
Poitiers, c'est qu'on avait des sous parce qu'on venait de vendre le
bâtiment servant à la FA [Fédération Anarchiste,
nda] en faisant une plus-value, et donc j'ai contacté Jean-Pierre pour
lui proposer de faire un label. »205(*) L'affiliation du label et du réseau
OAF ! en général semble donc évidente et influe
forcément sur les contenus du fanzine, mais aussi des supports musicaux
émanant de la structure, ce que le fondateur d'OAF ! - Label
revendique : « pour moi c'est un acte politique. Comme je
militais à ce moment-là à la Fédération
Anarchiste. Donc c'est du militantisme avec un côté un peu
artistique. »206(*) La dimension éthique joue en effet un
rôle important dans la politique de sélection et de diffusion des
groupes. Ces deux niveaux de la production musicale chez le label poitevin sont
en effet imprégnés de l'esprit militant libertaire, bien qu'il
faille exclure le sectarisme idéologique lié aux choix des
groupes. Entendons-nous bien, les formations musicales produites par OAF !
ne devaient pas appartenir au groupe politique dont la majorité des
membres du label étaient issus, ou obligatoirement relayer des
idées politiques dans leurs paroles. Néanmoins, ces groupes
étaient choisis sur la base de pratiques culturelles répondant
à une éthique irréprochable :
« Il y'a deux aspects, il y'a le message politique
[...] mais après il y'avait une forme de démarche qui, elle, est
politique. Il y avait une démarche qui était vers quelque chose
qui se déroule en dehors du système, pas forcément contre
le système, mais toujours en dehors. Et donc ça, moi, comme
militant libertaire, c'est ce qui m'intéresse. Pas que les gens soient
tous anars, mais qu'ils construisent des choses sur leurs propres
capacités. »207(*)
« C'était à la limite pas tant le
discours politique des groupes qui nous intéressait, mais leurs
pratiques, tu vois. Ce qui fait qu'on a produit et des compilations de fait
politiques avec des groupes très militants et engagés, et puis
des albums de groupes qui sont pas du tout des militants, mais qui par contre
au niveau de leurs pratiques, du business, par rapport au public
étaient dix fois plus alternatifs que des gens qui ont des grandes
gueules avec marqué
« anarchiste ». »208(*)
On voit donc bien que la sélection des groupes musicaux
promus par OAF ! - Label dépassait le stade de la simple
écoute des cassettes de démonstration reçues et la
promotion exclusive de ceux propageant le discours le plus approprié, ou
le plus vendeur, pour l'audience habituelle d'OAF !. Ce type de
fonctionnement basé sur l'éthique pratique des musiciens
amène donc naturellement à faire découvrir des
sonorités nouvelles, qui rompent avec le type de productions
habituellement écoutées par l'auditoire d'OAF !, ce qui se
rapproche en cela des pratiques de LOH et du Confort Moderne : le
réseau a « toujours voulu casser les frontières,
qu'elles soient géographiques ou musicales. Ce qui [leur] importe, c'est
que la musique [leur] plaise et que l'attitude du groupe soit
bonne. »209(*)
Evidemment, cette forte imprégnation politique s'est également
retrouvée dans la nature des productions du label, indissociables des
pratiques militantes et revêtant le plus souvent les avatars du mouvement
libertaire. La compilation « Cette machine sert à tuer tous
les fascistes », sortie en 1990 comporte ainsi un livret
intérieur composé de textes réalisés par divers
collectifs antifascistes tels « REFLEXes » ou
« Article 31 », et celle de 1992, commémorant la
date historique 1492, où « les indiens découvraient
Christophe Colomb »210(*) est associé au « Collectif
Guatemala », qui soutient les luttes indiennes contemporaines. Il
faut donc constater que si le contenu musical de ces compilations
n'était pas nécessairement explicitement politique, l'objet de
celles-ci était obligatoirement orienté vers les combats
menés par le mouvement libertaire (anticolonialisme, antifascisme,
anticléricalisme, pour ne citer qu'eux) et correspondait à une
politique de rationalisation financière du label : « on
jonglait en produisant des compilations qui assumeraient suffisamment de
rentrées, pour prendre le risque ensuite de sortir des trucs qu'on avait
envie de sortir en sachant que commercialement, ça ne marcherait pas
forcément. »211(*) C'est-à-dire qu'en plus de reverser des fonds
à des associations luttant sur les mêmes champs d'action
qu'OAF ! (les bénéfices de la compilation « A bas
toutes les armées » étaient ainsi reversés
à des associations antimilitaristes soutenant les déserteurs),
les compilations fortement teintées d'idéaux politiques
permettaient des rentrées d'argent servant à financer des albums
de groupes presqu'inconnus du grand public, pour lesquels la dimension
esthétique était privilégiée. Ce principe de
pragmatisme économique était d'autant plus difficile à
tenir si l'on tient compte de la politique de prix des disques mise en place
par le label, qui permettait l'accès de la culture au plus grand nombre,
conformément aux idées libertaires. Cette prise de position
s'inscrivait logiquement dans un contexte de combat réellement politique
consistant à dénoncer les pratiques mercantilistes liées
à la diffusion de la culture de masse, telles les tarifications abusives
pratiquées par les maisons de disques traditionnelles. OAF ! -
Label se revendiquait donc aisément comme une alternative à la
musique distribuée de façon jugée trop onéreuse par
les grands labels et le signifiait habituellement par le pictogramme figurant
sur les pochettes de leurs disques : « Rock Against Majors -
Support the movement » soit « rock contre les
majors - Supportez le mouvement »212(*), qui confirme bien le rapport de force établi
par la scène alternative face à l'industrie du disque.

Pictogramme visible sur les productions
On a faim ! - Label213(*)
C'est finalement la lutte contre l'industrie musicale qui a
d'ailleurs poussé les membres du réseau OAF !
présents à Poitiers à prendre la décision de monter
un label avec une existence propre. Il s'est encore une fois agi d'une
décision avec un caractère politique fort :
« C'est parce qu'il y'avait crise qu'il y'a eu
l'idée de créer le label. Voilà on ne voulait pas
bouleverser la donne, mais on se disait : « quelque chose est
monté, qui concerne beaucoup de gens, donc ce serait trop bête que
tout retombe ». Parce qu'effectivement, on savait bien ce que
ça voulait dire que tout retombait : c'est que tout retombait aux
mains du business. Donc après tout, comme souvent dans le
milieu libertaire, créer un peu d'ilots de résistance et
d'autonomie, c'était un minimum. »214(*)
La crise de 1989 au sein du mouvement alternatif semble donc
bien réelle, et OAF ! - Fanzine en est bien conscient, en
témoigne les articles-débats intitulés « Cherche
rock alternatif désespérément ! »
des n° 13 et 14 de l'année 1989. C'est justement pour
perpétuer les espoirs soulevés par ce mouvement en termes de
perspectives concernant une autre façon de produire et de diffuser de la
musique, par le biais d'un circuit indépendant fort, qu'OAF ! -
Label fut créé. Fidèle à son éthique souvent
jugée irréprochable, OAF ! montre une fois de plus son
attachement aux valeurs alternatives, à une époque ou tout une
scène est en proie à la récupération, ou à
la fin de ses activités.
OAF ! -Label, comme l'ensemble du réseau auquel il
appartient a donc réussi à allier des pratiques
indépendantes que nous avons déjà pu analyser, à un
discours politique radical englobant des problématiques
sociétales plus étendues qu'une simple critique de la situation
culturelle française. Un positionnement politique qui a parfois pu
être critiqué au sein du milieu associatif local : Fabrice
Tigan, impliqué dans l'association « Nahda »,
organisateur de concerts à tendance punk hardcore (style
musical largement défendu par OAF !) s'est senti
méprisé avec les autres membres de sa structure par le label
poitevin « parce qu'[ils n'étaient] pas des
« anarchistes d'État. » »215(*) Dans un autre registre, des
critiques ont aussi été émises à l'intérieur
même du label, par les équipes successives. Ainsi, Gil
Delisse216(*),
succédant à l'équipe formée par Luc Bonet au
début des années 1990, a cherché à se
démarquer de cette prépondérance du propos politique dans
les activités d'OAF ! :
« C'était une autre conception de
l'équipe qui s'est constituée après Luc et les autres. Il
faut revenir à l'origine du truc : au départ c'était
un label qui a été monté entièrement par des gens
qui étaient à la FA, dont moi j'ai fait partie il y'a une
vingtaine d'années aussi. [...] Ensuite, moi j'étais pas du tout
pour rattacher un label de disques à une organisation, connaissant en
plus le milieu libertaire qui est quand même assez compliqué. On
voulait faire un truc bien plus simple que ça. »217(*)
Cette oscillation entre admiration pour la rigueur
éthique de la structure et critiques concernant son aspect politique
trop prégnant nous laisse entrevoir l'image d'un label
marginalisé à Poitiers, mais reconnu dans des sphères plus
étendues.
C/ Entre isolement local et
reconnaissance nationale
Par marginalité, il faut bien sûr comprendre que
le label OAF ! se trouvait quelque peu en marge du mouvement alternatif
local, notamment lors du démarrage de ses activités. Le fondateur
le reconnaît d'ailleurs volontiers et l'explique facilement:
« Nous, on faisait pas partie du milieu on va dire
musical poitevin. Moi, je connais rien en musique. Voilà je ne suis pas
musicien, j'ai une oreille disons mais je suis militant politique avant tout.
J'allais au Confort, il y avait la boutique de disques, les concerts et un
milieu où les gens se lookaient
différemment. »218(*)
Cet isolement peut donc s'expliquer par deux
éléments déterminants : tout d'abord par les
objectifs spécifiques du label - qui se démarquaient de ceux des
autres structures poitevines, tendant plus vers des aspirations purement
culturelles - s'orientant vers une forme de militantisme politique porté
par des canaux musicaux et comportant un discours radical qui se
démarquait de la relative neutralité politique des autres
structures poitevines - en tout cas en termes de communication. Cet aspect fut
ensuite nuancé par la seconde équipe du label, portée par
Gil Delisse qui semble avoir insufflé certaines exigences
esthétiques plus en adéquation avec des structures comme le
Confort Moderne, par exemple. Les activités de ce dernier, dessinateur,
notamment et naturellement auprès du fanzine OAF !, ont
également permis le développement d'affinités avec la
Fanzinothèque de Poitiers, très tournée vers l'art
graphique. Ce changement d'équipe eut donc pour effet d'ouvrir quelque
peu l'activité d'OAF ! - Label aux autres composantes de la
scène alternative poitevine.
La deuxième raison de cet isolement local peut aussi
s'expliquer par l'inscription déjà mentionnée du label au
sein d'un réseau à échelle nationale. OAF ! - Label
était déjà solidement ancré dans un tissu de
solidarités hexagonal, au sein du réseau OAF ! mais aussi du
réseau alternatif dans sa globalité, et n'avait donc pas besoin
de s'appuyer ou simplement de s'intégrer à la scène
poitevine. À l'image de la collaboration avec les parisiens de VISA pour
la première compilation important d'OAF !, c'est vers le
distributeur New Rose, que le label se tourne pour diffuser ses
productions : structure multiforme parisienne créée en 1980,
New Rose débute par une boutique underground
rapidement devenue le label « le plus important des
indépendants français »219(*), puis organe de distribution
à échelle internationale deux ans plus tard, «
à un moment décisif parce que des acteurs des nouvelles
scènes DIY peuvent s'autosuffire, de la conception
jusqu'à la commercialisation des disques. »220(*) Intégrant le
réseau de distribution New Rose sept ans après ses
débuts, en 1989, on peut facilement imaginer la renommée acquise
par les parisiens à cette date. La réputation du fanzine
rouennais associée à celle du distributeur parisien a donc
favorisé la diffusion importante des productions d'OAF ! sans que
le label ait besoin de s'appuyer sur les structures poitevines pour
acquérir une audience régionale puis nationale.
Il convient également de mentionner le fonctionnement
complètement indépendant du label poitevin et sa vision à
court terme, qui rappelle forcément certains aspects des débuts
de LOH, à quelques détails près. Tout d'abord,
conformément aux idées libertaires portées par la
structure, et ce qui montre bien la rigueur éthique de la structure,
OAF ! - Label avait un positionnement clair concernant les subventions,
« n'en a jamais demandé [et] n'en voulait pas »,
rejetant toute entente avec les pouvoirs publics, qu'il dénigrait. Par
contre, on retrouve chez ce label des caractéristiques communes aux
structures formées de façon alternative : l'importance du
bénévolat traduisant un engagement culturel fort et
passionné ainsi que la vision à court terme, qui ne sont jamais
réellement sans lien. Bien que le label fasse preuve d'un certain
pragmatisme économique pour financer ses productions (avec de fortes
rentrées d'argent sur les compilations politiques avec des groupes
reconnus, permettant le financement d'albums de formations plus confidentielles
et débutantes), la base de bénévoles et l'autofinancement
engendrant l'absence de salariés et de comptes à rendre, a permis
aux membres d'OAF ! - Label d'exercer cette activité avec
relâchement et avant tout pour leur plaisir, afin que ça ne
devienne pas une contrainte : « quand il y'avait des sous [ils
faisaient] des choses, et quand il n'y en avait pas, [ils ne faisaient]
rien. »221(*)
Ce fonctionnement détaché contraste donc forcément avec
celui plus sérieux des structures subventionnées devant
répondre de leurs financements à leurs partenaires.
OAF ! - Label se démarque donc largement des
structures alternatives poitevines par son discours politique explicite et
radical et par son fonctionnement très indépendant. Le label,
bénéficiant déjà de relations
préétablies s'est donc plus facilement inscrit dans des
dynamiques hexagonales sans avoir eu besoin de s'implanter localement.
L'évolution de la structure dans le temps nous forcera pourtant à
nuancer ce propos, sur lequel nous reviendrons dans notre dernière
grande partie, portant sur une tranche chronologique différente.
Fondé en 1989, et totalement conscient de la
déconfiture du mouvement alternatif en réaction à laquelle
il s'est construit, le label OAF ! a participé à la
construction à Poitiers d'une scène locale relativement
complète et impliquée à l'échelle nationale.
L'étant certainement plus que les autres structures, le label s'est tout
de même retrouvé isolé à Poitiers, presque
volontairement, n'entretenant par exemple dans ses premières
années presqu'aucun rapport - en dehors de contacts en tant que
spectateurs individuels - avec le Confort Moderne.
III. LE CONFORT MODERNE : DANS L'AIR DU TEMPS SUR DEUX
TABLEAUX
Comme nous venons de le voir la crise semblait donc
réelle au sein du mouvement alternatif français, tout en
épargnant Poitiers, comme peuvent en témoigner la formation de
deux structures majeures : la Fanzinothèque et le label On a
faim !. Une crise caractérisée chez les créateurs
d'une part par l'affiliation au marché du disque de masse, ou par
l'implosion de certains groupes moteurs peinant à associer
reconnaissance nationale et fonctionnement alternatif ; et chez les
structures organisationnelles d'autre part par une prise en compte de la
culture rock émergente par les pouvoirs publics -
rebaptisée plus pompeusement « musiques
actuelles »222(*) - récupérant une partie de la
scène pour l'aseptiser. On observait donc « deux tendances
naissantes des scènes françaises, une tendance institutionnelle,
et une tendance « bordélique » de
l'instant. »223(*) En partant de ce constat, il va être
intéressant d'observer la position du Confort Moderne, qui semble
osciller entre ces deux directions.
A/ Un témoin
intéressant de la situation de la scène alternative nationale
Dès le début de l'année 1989, le Confort
Moderne se positionne comme à son habitude au coeur de la scène
indépendante hexagonale : le festival « Rock en
France » débute le 27 janvier et rassemble les formations
musicales françaises les plus reconnues en dehors de l'industrie du
disque. L'explosion médiatique du mouvement semble déjà
avoir opéré et, selon le journaliste, à la question
« mouvement alternatif ou Top 50 ? Le public du Confort a fait
son choix. »224(*) Le rapport de force opposant deux façons
différentes d'envisager la production de la culture semble donc avoir
été acté dans la presse généraliste, qui
commence à expliciter cet affrontement. Un intérêt tardif -
si l'on considère que le mouvement alternatif a depuis longtemps pris
ses quartiers à Poitiers à travers LOH et le Confort Moderne
notamment - et tâtonnant : « il paraît que ce genre
de groupes est farouchement opposé à une reconnaissance par la
télévision et les médias. »225(*) Un courant culturel
visiblement mal compris, puisque qu'il ne s'est jamais opposé à
la reconnaissance, qu'il a atteint à la fin de la décennie, mais
s'est plutôt souvent montré critique vis-à-vis des moyens
pour y parvenir, c'est-à-dire des médias de masse et des canaux
traditionnels, trop marqués par l'économie de marché. Le
centre culturel confirme son attachement à ce pan
« résistant » de la scène, qui tente de
continuer un mouvement sur les bases qui ont forgé son identité
et son succès, en organisant dès la fin de la même
année la seconde édition du festival « Eat Some
Rock ». Se déroulant successivement au Confort Moderne,
à l'Agora et au Puits de la Caille, la manifestation a pour habitude de
relayer les grands noms de la scène indépendante en associant
différentes places culturelles associatives de Poitiers : Les
Satellites et Les Wampas - pour ne citer qu'eux - lors de
l'édition de 1988226(*) et Les VRP et Warum Joe entre
autres en 1989.227(*)
Dans le même temps, la salle poitevine entretient aussi
des liens relativement étroits avec l'autre pendant de la scène,
très critiqué au sein même du mouvement, qui finit au
début des années 1990 par s'intégrer au marché du
disque traditionnel. Le Confort Moderne reçoit ainsi les groupes et
labels les plus controversés de la scène : La Mano
Negra, groupe formé par le très médiatique Manu Chao,
signé sur la major Virgin dès 1988, effectue un passage
remarqué au Confort Moderne le 2 mars 1989 avec leur « nouveau
morceau taillé pour faire un hit ».228(*) Concernant l'entourage de ce
groupe né dans l'underground parisien et très vite
rattaché au monde du show-business, le Confort Moderne a
également accueilli dans la continuité de sa politique de soutien
et de relais des structures indépendantes - comme lors de la
soirée « Gougnaf Mouvement » mentionnée plus
haut) - le label « Boucherie Production », qui produisait
La Mano Negra, avant que le groupe soit signé sur Virgin. Bien
que ce label soit indépendant, ses objectifs semblent privilégier
à tout prix la reconnaissance par le grand public des groupes qu'il
produit, plutôt que la simple édition de créations exclues
des circuits traditionnels. Ces buts ont naturellement conduit Boucherie
Production à adopter la « stratégie promotionnelle la
plus efficace possible, tournée vers les médias rock,
mais aussi les supports traditionnels »229(*) ce qui se démarque
clairement de l'éthique alternative, qui cherche justement par
définition à se démarquer de ces supports. Cette
politique, partagée par certaines autres formations ou structures, a
largement fait débat au sein de la scène alternative et a conduit
les membres de Boucherie Production à être qualifiés de
« bouchers aux dents longues. »230(*) Le Confort Moderne constitue
donc un témoin fidèle de la situation de la scène
alternative coupée en deux, qui connaît des
« problèmes essentiellement
économiques »231(*), liés à la gestion d'une audience de
plus en plus importante, impliquant de plus en plus d'argent, rendant difficile
la conservation d'une éthique Do It Yourself. Conscientes des
occasions offertes par ces difficultés et des nouveaux marchés
à conquérir, « les majors vont revoir leur politique de
production envers les musiques amplifiées. »232(*)
« Les années 1990 seront celles d'une
réaction des majors, qui, tout en conservant une mainmise globale sur
les produits les plus vendeurs, vont investir dans les nouveaux courants
musicaux en adoptant des procédés de sous-traitance
généralisée de la production et, si nécessaire, de
la promotion tout en contrôlant les processus de
distribution. »233(*)
Cela s'est traduit concrètement par une vraie campagne
de séduction de la part des grandes maisons de disques, qui cherchaient
à reprendre à leur compte un mouvement culturel en crise,
comprenant certains éléments qui voyaient dans ces majors une
solution pour obtenir des moyens financiers capables de répondre aux
exigences financières liées à une audience de plus en plus
importante. La plupart des grands labels se sont donc dotés de vitrines
censées attirer les groupes issus de la mouvance alternative, par le
biais de filiales soit disant indépendantes, mais rattachées aux
majors : « Sony Music » crée ainsi le label
« Squatt », qui porte un nom camouflant à peine les
intentions d'attirer des formations issues d'un mouvement qui a mûri au
sein des squats. À coté de cela, en plus de signer des groupes
individuellement, les majors et leurs filiales ont également
tenté d'assimiler directement les structures existantes, que ce soient
les labels avec l'ensemble de leurs catalogues, ou les fanzines qui
constituaient un outil de publicité touchant des publics qui
n'étaient pas atteints par les majors. OAF ! - Fanzine a ainsi
été approché par ces majors qui ne cachent pas leurs
intentions de faire rentrer les canaux de la scène alternative dans des
logiques commerciales : « On a vu que grâce au
réseau des fanzines et des associations, certains groupes ont pu vendre
énormément de disques. »234(*)
On ne peut pas parler de cette récupération de
la scène sans évoquer le rôle de l'État et de la
politique culturelle mise en place lors des mandats exercés par Jack
Lang en tant que ministre de la Culture. Le Centre d'information rock (CIR) est
l'exemple le plus marquant de cette politique ayant permis cette intrusion du
show-business dans le milieu indépendant. Créé en
1986 grâce à une subvention de 600 000 F. du ministère
de la Culture, « le centre avait d'abord pour but de mieux faire
circuler l'information. Cet organisme édite alors
« « L'Officiel du rock » [...] où figurent
les contacts des acteurs des musiques actuelles (artistes, disques,
scènes, médias...). »235(*) Ce qui a été reproché au CIR et
à son journal, c'est qu'il n'y fut « presque jamais question
de musique, on ne parle que de fric, de subvention, de sponsoring.
À vous en dégouter... »236(*) Finalement, cette
institution et le répertoire qu'elle a créé, au lieu de
desservir les acteurs de la scène en les connectant entre eux, a
facilité l'intrusion des majors qui n'a plus eu qu'à draguer dans
ce vivier pour trouver des artistes correspondant aux nouveaux marchés.
Cette mesure est donc allée dans le sens de la politique mise en place
par l'État qui a largement favorisé l'institutionnalisation
globale du mouvement, en témoigne la mesure d'aide financière
accordée aux labels indépendants, à condition que ceux-ci
soient constitués en SARL - donc de taille importante - laissant de
côté les petites associations à but non lucratif.
Le Confort Moderne est donc implanté dans une
scène qui se trouve au centre d'enjeux nationaux, qui semblent devoir
déterminer l'issue de la crise dans laquelle elle est engluée.
Pourtant, le centre culturel poitevin ne semble, entre 1989 et 1992, ne pas se
positionner sur l'échiquier national (nous verrons s'il en est de
même pour son fonctionnement), dans cet affrontement entre scène
résistante et scène en voie d'institutionnalisation et/ou
d'accession au show-business. Ne prenant pas parti, LOH continue donc
de programmer à la fois des talents émergents et des valeurs
sûres de la scène française. Toujours à
l'avant-garde de l'innovation dans le champ musical, il faut aussi remarquer
qu'une nouvelle culture, finalement dans la continuité de la
scène rock - car également issue des couches sociales
les moins favorisée, une culture urbaine, underground -
s'invite à l'affiche du Confort Moderne : le Hip-hop commence ainsi
à être programmé dans le centre culturel de Poitiers. Une
fois de plus, l'association poitevine fait preuve de flair en programmant des
artistes majeurs issus de cette scène : NTM y effectue
ainsi son premier concert en province en 1990237(*) et IAM est à l'affiche en mai
1991.238(*) On peut donc
dire que conformément à leur habitude, LOH et le Confort Moderne
semblent continuer dans la voie empruntée depuis leurs origines.
B/ Une ligne qui conserve ses
caractéristiques et s'enrichit : vers un pôle culturel de
grande envergure ?
Nous l'avons vu dans notre première partie, le Confort
Moderne adopte dès ses débuts plusieurs caractéristiques
faisant de lui un centre culturel important, revêtant divers rôles
déjà explicités. Entre 1989 et 1992, on constate que la
structure conserve ses bases anciennes, qui ont fait son succès. Du
côté de son rôle culturel, nous venons de montrer que le
lieu se trouvait sur une ligne qui se voulait au coeur de la scène
alternative française en programmant à la fois les valeurs
sûres issues du mouvement alternatif et les nouveaux courants musicaux
émergeant au sein même des musiques amplifiées
(marqués notamment par l'emploi des nouvelles technologies
électroniques). Le Confort Moderne conserve donc son rôle de
défricheur culturel et continue à offrir aux Poitevins une
programmation éclectique et peu conventionnelle, rompant avec l'offre
culturelle de masse ou institutionnelle. Son aura lui permet ainsi de faire
découvrir au public d'autres lieux associatifs de diffusion artistique
à Poitiers, en s'associant par exemple à l'Agora et au Puits de
la Caille pour l'organisation du festival « Eat Some
Rock ». Le lieu s'affirme finalement comme le catalyseur d'un tissu
associatif en expansion à Poitiers et le nombre et la qualité des
structures hébergées au 185, Faubourg du Pont-Neuf
témoigne du caractère moteur du Confort Moderne. La cour reste en
effet active durant notre tranche chronologique, avec la présence du
restaurant et celle de « la Nuit Noire », boutique de
disque très influente localement et plus encore, et dans le fond du bar
s'ouvre en 1989 le petit local hébergeant la Fanzinothèque. Le
Confort Moderne continue donc à cristalliser des activités
diverses, mais indépendante de LOH, au sein des locaux que l'association
gère mais n'occupe pas. On remarque également que ces
activités sont de plus en plus reconnues : la boutique de disques
par le choix qu'elle propose, « tout ce qui n'est pas le Top
50 »239(*) et
par l'éthique qu'elle adopte - « les membres d'AMP qui
gèrent « la Nuit Noire » veulent
« créer un autre rapport, sans faire de concurrence aux
disquaires »240(*) - attire un public nombreux, et la
Fanzinothèque conserve ce caractère. Le Confort Moderne reste
donc attaché à la dimension sociale qu'il revêtait
dès ses débuts. Le centre culturel reste un lieu
d'échanges et de contacts qui ne se limite pas à offrir des
spectacles quelques soirs par semaine.
Cette capacité à créer du lien social a
été renforcée à cette période par divers
événements, permettant le contact à différents
niveaux. Ainsi, s'inscrivant dans son rôle de gestion de la jeunesse et
donnant écho aux volontés gouvernementales qui attitra cette
responsabilité aux structures constituant les scènes locales, une
discussion entre le député Jean-Yves Chamard241(*) et la jeunesse poitevine se
tient en 1990, afin d'aborder les thèmes de l'emploi et de la
société.242(*) Une réunion similaire avait
déjà eu lieu un an plus tôt avec cette fois-ci la
présence du Président de l'Assemblée Nationale de
l'époque, Laurent Fabius.243(*) On remarque donc que le Confort Moderne met ses
locaux à contribution afin de créer des liens entre la jeunesse
et les politiques, à condition que ces contacts donnent des perspectives
d'insertion professionnelle et sociale aux participants. Une autre
manifestation organisée au Confort Moderne témoigne de la
volonté de créer du lien social et est également
significative du climat régnant au sein du quartier du Pont-Neuf. En
février 1990 se tient en effet dans la cour du centre culturel un
marché aux puces, où tout le monde a la possibilité de
participer.244(*) Cette
modeste brocante se déroule de fait à une époque où
le Confort Moderne est largement décrié par les riverains, qui se
plaignent depuis plusieurs années des sorties de concerts où ceux
qu'ils qualifient de « jeunes marginaux, ivres, insoucieux du respect
d'autrui »245(*) sont la cause de nuisances sonores et de vandalisme.
Cette manifestation conviviale et familiale montre donc la volonté des
membres du Confort Moderne d'apaiser ces tensions grandissantes et de
s'intégrer au tissu urbain, au contact des riverains.
On remarque donc que le lieu doit gérer des
problèmes très locaux alors qu'il s'inscrit de plus en plus dans
des dynamiques internationales. Pour exemple, on peut constater que le Confort
Moderne s'enracine de plus en plus dans le réseau Trans Europe
Halles, jusqu'à faire évoquer à la presse locale un
« axe Poitiers-Amsterdam ».246(*) L'édition de 1990 du
festival lié au réseau semble avoir participé à cet
enracinement, avec un large succès de l'étape poitevine. Enrichi
par l'action de la Fanzinothèque qui organisa en parallèle le
festival Trans Zines en Halles, le festival « Trans Europe
Halles » a réuni non seulement des artistes talentueux venus
de toute l'Europe, mais aussi, conformément aux raisons qui ont
poussé le Confort Moderne à adhérer au réseau, des
intervenants membres des différentes structures soeurs
accompagnés de divers représentants des scènes auxquelles
ils appartiennent. Au final, le festival regroupa des formations musicales
d'Allemagne et de Hollande notamment et permit à des groupes de Poitiers
de créer des liens avec ces scènes étrangères. De
plus, regroupant une soixantaine de stands, le Confort Moderne est devenu le
temps du festival un véritable forum de la culture alternative
européenne, proposant au public un large panorama de cette scène,
mais aussi des débats permettant de réfléchir aux
perspectives d'avenir et de développement de cette dernière. Le
fait de faire jouer des musiciens poitevins dans des pays européens
s'est certainement inscrit dans ces perspectives, qui ont sûrement
poussé Les Petits Fiers à jouer à Budapest
dès 1989 sous l'impulsion de Fazette Bordage, en profitant du
démantèlement du rideau de fer hongrois pour ouvrir les pays de
l'Est à de nouveaux horizons culturels. Le centre culturel s'inscrit
donc toujours et de plus en plus profondément dans des dynamiques
internationales, et européennes notamment.
De plus, on remarque également durant le début
des années 1990 un attachement privilégié du lieu avec la
scène alternative américaine, s'expliquant par la vitalité
de celle-ci, qui « persistait, et ne se trouvait pas prisonnier du
business apparemment comme chez nous »247(*) et guidée par des
personnages meneurs importants (Jello Biafra, leader du groupe
Dead Kennedys, fonda par la suite le label « Alternative
Tentacles », très reconnu et produisant des artistes dont
quelques-uns sont passés par le Confort Moderne). Très
liée au genre punk hardcore, très radical, cette
scène a trouvé écho à Poitiers, notamment chez
certains membres de l'AMP et de « la Nuit Noire », qui
fondèrent par la suite l'association « Nahda »,
vouée à la programmation de ce style musical dont les artistes
majeurs étaient américains. Cet ensemble d'amateurs a ainsi
influé sur la programmation du Confort Moderne, qui, plus qu'en se
contentant de donner une réponse à ces aspirations, a
tissé de réels liens avec la scène alternative radicale
américaine, en faisant venir à Poitiers des groupes comme
Fugazi248(*)
(qui reste comme un événement majeur de la vie du Confort
Moderne) ou le très influent Henry Rollins, malmené par la presse
locale qui n'avait pas compris sa musique, ni d'ailleurs son nom,
orthographié « Henry Rolling ».249(*) Ces liens perdurent encore
aujourd'hui encore et le concert de NoMeansNo - groupe qui effectue
des passages réguliers à Poitiers depuis 1989 - du 20 novembre
2010 a attiré un public nombreux mais aussi remarquable par la moyenne
d'âge relativement élevée, inhabituelle au Confort Moderne,
témoignant de l'attachement du public poitevin à cette
scène américaine.
Enfin, en complément de cette activité musicale
déjà extrêmement riche, la fin des années 1980 a vu
le développement important des arts plastiques au sein du Confort
Moderne. Déjà prévue par l'aménagement d'une grande
galerie d'exposition et d'une mezzanine permettant de petites expositions
temporaires, la partie art contemporain du centre culturel poitevin prend
réellement de l'envergure en 1989 avec l'exposition « Jardin
Théâtre Bestiarum ». Il s'agit en effet de la
première manifestation d'art contemporain de cette ampleur au Confort
Moderne, en témoigne le subventionnement important dont elle a fait
l'objet, qui atteint la somme de 320 000 F. provenant majoritairement du
Centre National des Arts.250(*) La renommée de cette exposition est
également une première pour le pôle poitevin, puisque
l'oeuvre a été exposée à New York et à
Séville avant d'être montrée à Poitiers, puis
rachetée par l'État en 1990.251(*) Ce succès a donc poussé
l'équipe du Confort Moderne à développer l'activité
de galerie d'art, qui nous le verrons, joua un rôle important dans la
continuation du lieu.
Le Confort Moderne semble donc continuer à cristalliser
des activités dont elle développe la qualité et des
relations de plus en plus étroites avec la scène alternative
internationale, ce qui lui confère l'image d'un pôle culturel
d'envergure. Cette image paraît difficilement dissociable des pouvoirs
publics, qui y voient de réels enjeux locaux, voire nationaux. C'est
pourquoi nous allons étudier dans cette dernière partie la
position du Confort Moderne face à ces institutions.
C/ Une institutionnalisation
à deux vitesses : des premières compromissions non sans
accrocs
Comme nous venons de le constater, le Confort Moderne
débute la dernière décennie du XXe
siècle en ayant fait du 185, Faubourg du Pont-Neuf un centre culturel
à part entière, d'abord par ses propres activités, mais
aussi par celles qu'il héberge. Or, malgré son attachement
à la scène alternative, dont le lieu reste tout de même un
relais privilégié à l'échelle de la France, des
liens de plus en plus réguliers avec les institutions ont du être
développés. Ceux-ci semblent avoir été
indispensables pour donner de l'ampleur au Confort Moderne. Une ampleur qui
semble toutefois se démarquer des aspirations des créateurs de la
scène poitevine. En effet, si le Confort Moderne continue de programmer
des artistes reconnus et des talents émergents, honorant ainsi son
rôle de diffusion culturelle, les groupes locaux, par voie de
presse,252(*) se
plaignent des manques de moyens mis à leur disposition, comme notamment
les lieux de répétitions jugés trop onéreux. Par
ailleurs, des aménagements comme la création de la salle de 800
places effectuée en 1988 grâce au soutien important des pouvoirs
publics semblent inutiles pour les jeunes artistes, qui reprochent au Confort
Moderne de voir trop grand. Cette salle de moyenne capacité a permis au
lieu d'accueillir des artistes plus importants et également de
rentabiliser son activité en la louant à d'autres
associations ; mais elle a aussi exclu les petites formations locales, qui
n'avaient plus l'audience nécessaire pour pouvoir remplir le Confort
Moderne. Celles-ci préféraient donc la disposition initiale de
l'espace de concert qui se tenait au sein même du bar, se rapprochant
ainsi de leurs aspirations, allant vers un système de pub rock
anglo-saxon. Elles tirent donc un constat amer : « Quand on
veut jouer, on est obligés d'organiser nous-mêmes les
concerts. »253(*) LOH, qui reste malgré tout attachée
à la scène alternative, semble toutefois orienter sa
programmation vers des groupes de plus grande envergure, en laissant de
coté les formations amatrices qu'elle était censée
défendre. L'association semble en effet privilégier des artistes
expérimentés - bien qu'en dehors des cadres traditionnels - en se
démarquant des groupes toujours au stade des méthodes Do It
Yourself les plus basiques. Pour illustrer ce changement de nature du
Confort Moderne, en lien avec un partenariat avec les institutions, on peut
prendre les « Fiches moi l'Rock » pour exemple. Ces fiches
pratiques éditées en 1990 par la municipalité, la
préfecture, la Société des auteurs, compositeurs et
éditeurs de musiques (la SACEM) et le Confort Moderne254(*) avaient pour but d'expliquer
aux jeunes musiciens comment monter et faire durer un groupe de musique. Outre
le fait que ce genre de fiches donne des cadres à la conduite d'une
formation musicale, ce qui va à l'encontre des préceptes Do
It Yourself et à l'autogestion des groupes, le type de partenaires
avec lesquels elles sont éditées laisse à penser que ces
indications vont être très rigides et institutionnelles, sans
laisser entrevoir les possibilités hors des sentiers battus s'offrant
aux musiciens. La participation de la SACEM, organe appliquant des
règles très strictes concernant la propriété
intellectuelle, laisse présager le caractère très
conventionnel du contenu de ce petit guide. Cette institution
contrôlée par l'État a été vivement
critiquée par une large partie de la scène alternative, estimant
qu'elle « rackette les jeunes groupes plus qu'elle ne les
aide »255(*)
en les obligeant à payer des droits pour diffuser leur musique, voire
même en leur retirant la propriété de leurs propres
oeuvres.
Le Confort Moderne semble donc s'éloigner des petits
groupes débutants pour devenir « une écurie de
course »256(*)
et se rapproche nécessairement pour cela des institutions. Ce
rapprochement se matérialise à travers une intensification du
partenariat entre le Confort Moderne et les pouvoirs publics, s'expliquant par
le fait que « le ministère de la Culture, de la Communication, des
Grands Travaux et du Bicentenaire, compte-tenu des orientations de la politique
gouvernementale, entend instaurer de nouvelles relations avec les associations
qui oeuvrent dans son secteur d'activité. »257(*) Ce revirement de la
politique culturelle se traduit à l'échelle municipale comme
gouvernementale par une augmentation conséquente des subventions,
« non pour assurer une sécurité à l'association,
mais pour constituer le substrat indispensable »258(*), comme en témoigne le
graphique suivant, réalisé à partie de plusieurs documents
(dossier de subventions, correspondance entre la DRAC et le Confort Moderne,
conventions) :
Evolution des subventions municipales et
gouvernementales
accordées à L'oreille est hardie
(1987-1988)
La rupture en 1989 est donc significative et marque un
engagement soudain des partenaires financiers dans le subventionnement du
Confort Moderne. Ce rapprochement entre le centre culturel et le
ministère de la Culture se traduit également en 1989 par la
formalisation de leurs relations à travers la signature d'une convention
entre les deux parties. Ce document, faisant office de contrat entre les deux
parties et tenant chacune d'entre elles à des obligations mutuelles
(versement de subvention, transparence des comptes) est significatif du
tournant opéré par la politique culturelle française dans
les derniers temps des années 1980, qui voit s'intensifier la
collaboration des institutions avec les structures nées de l'essor du
mouvement alternatif français. Un protocole d'accord datant de 1990,
émanant conjointement des ministères de la Justice et de la
Culture régit juridiquement les cadres de la rédaction de ces
conventions et en fixe les buts. Or, il est intéressant de voir que
ceux-ci rendent officiels des aspects que nous avons déjà
rencontrés à travers l'étude de l'histoire de LOH :
ce document émanant directement des deux ministres Jack Lang et Pierre
Arpaillange259(*) vise
à « territorialiser » les partenariats entre les
structures et les institutions gouvernementales, à
« professionnaliser » les personnels gérant ces
structures afin de garantir leur insertion sociale mais aussi des
détenus en voie de réinsertion et à
« programmer » une action culturelle en lien avec d'autres
structures locales de même type.260(*) Ce protocole d'accord, applicable à
l'ensemble des structures aidées par l'État, semble donc arriver
tardivement pour formaliser des caractéristiques ayant
déjà cours au Confort Moderne, et rend ce type de structures
prisonnières de celles-ci, substituant presque la fonction sociale
à la fonction culturelle initiale de ce type de lieux.
Un autre point important soulevé par le protocole
d'accord est la nécessité d'évaluer ces structures
subventionnées. C'est-à-dire qu'en plus de les confiner à
des fonctions strictes dont elles semblent ne plus pouvoir se détacher,
les pouvoirs publics souhaitent désormais avoir un droit de regard sur
leurs comptes et leurs finances. C'est précisément ce point qui a
dégradé les relations entre le Confort Moderne et ses
partenaires, dont les membres ont de plus en plus de mal à gérer
des subventions devenues conséquentes. Cette clause est présente
dans la convention de 1989 (il est prévu, notamment, que l'association
doive « faciliter le contrôle par le Ministère [...] de
la réalisation des objectifs, notamment l'accès aux documents
administratifs et comptables »261(*)) et les premiers doutes concernant la gestion de
l'établissement se font sentir. Des audits financiers sont alors
réalisés dès 1989 sous l'impulsion des deux parties et
traduisent plusieurs disfonctionnements dans la comptabilité du Confort
Moderne, dont le principal consiste en « un déficit
d'exploitation cumulé de 550 000 francs au 31 décembre
1989. »262(*)
Ces rapports comptables mettent en lumière le décalage existant
entre le fonctionnement administratif de l'établissement que nous avons
auparavant étudié (basé sur une rotation des postes
salariés, sur la mobilité des employés, provoquant leur
manque de formation) qui, sans paraître approprié à la
gestion du lieu, peut créer des carences comptables pouvant
« être corrigées par un plan de formation et de
qualification »263(*) du personnel, étant donné les
objectifs traditionnels du Confort Moderne. Seulement, les ambitions
grandissantes de la structure pourraient ne plus correspondre à ce type
de fonctionnement.
Le Confort Moderne semble donc se démarquer de sa ligne
de conduite originelle en se rapprochant des institutions tout en
s'éloignant des petits artistes qu'il était censé
promouvoir, afin d'envisager des actions de plus grande envergure.
Vraisemblablement engluée dans le jeu des subventions et des rapports
trop étroits avec les institutions - à une époque
où celles-ci prennent les devants pour institutionnaliser le milieu
alternatif en crise profonde - la structure semble viser trop haut et
être prise au piège d'un fonctionnement qui n'est adapté ni
à ses ambitions, ni aux attentes des pouvoirs publics à qui elle
doit désormais rendre des comptes : en témoigne ces mots du
maire, Jacques Santrot :
« Je souhaiterais que des procédures de suivi
et de conseil soient élaborées entre vous-même, la
Direction des Affaires Culturelles, et les services financiers afin
d'éviter, d'une part que des bruits et des rumeurs viennent
interférer dans notre relation contractuelle, et afin que
d'éventuels dérapages financiers ne mettent en péril
l'existence même de votre établissement. »264(*)
Nous avons donc pu voir que la scène alternative
poitevine n'avait pas été touchée par l'essoufflement de
la scène alternative nationale, et que paradoxalement, l'année
1989 marquait même un réel renouveau des structures
indépendantes de Poitiers. Des structures qui se font très vite
une place dans le paysage culturel national et contribue à la
réputation de place forte de la culture alternative hexagonale acquise
par la capitale régionale. Néanmoins, on remarque que ce milieu
local reste hétérogène et que les structures ne forment
pas un réseau de solidarité à l'échelle de
Poitiers, mais s'inscrivent dans des dynamiques extérieures : la
Fanzinothèque, bien que située dans l'enceinte du Confort Moderne
reste très indépendante du centre culturel et cherche en s'en
décloisonner pour publiciser son action ; le label OAF ! est
implanté dans la frange la plus politisée de la scène
alternative et intègre les réseaux qui y correspondent,
malgré la participation de quelques groupes poitevins fréquemment
programmés au Confort Moderne (comme Les Petits Fiers) pour ses
compilations.
On remarque également que les pouvoirs publics se font
de plus en plus présents dans cette scène : ce sont eux qui
sont à l'origine de la création de la Fanzinothèque - qui
parvient tout de même à rester totalement indépendante de
leurs directives - et le Confort Moderne, de plus en plus gourmand en
subventions, semble ne plus pouvoir les empêcher de s'immiscer dans son
fonctionnement, ce qui compromet fortement son indépendance. La salle de
concert se trouve pour débuter les années 1990 dans une situation
financière plutôt critique, qui interpelle les institutions et
pourrait bien constituer pour elles une façon d'aseptiser ce centre
culturel atypique.
TROISIÈME PARTIE -
1992-1994 : MISE AU PAS ET CONTINUITÉ, MISE À L'ÉCART
ET RAPPROCHEMENT
La scène alternative de Poitiers semble donc active
malgré la crise que subit le mouvement dans sa globalité. Elle
parvient à rester en dehors des tentatives de séduction des
majors tout en évitant une collaboration trop forte avec les pouvoirs
publics, qui pourraient nuire à son indépendance et à son
identité, en tentant d'aseptiser ces structures afin d'en faire des
lieux plus en accord avec le paysage culturel mis en place par la
municipalité. Cependant, nous l'avons vu, le Confort Moderne parvient de
moins en moins à maîtriser les interventions des institutions dans
son fonctionnement interne. Jusqu'en 1992, nous avons constaté que ce
droit de regard des partenaires n'avait eu pour seule conséquence que de
remettre en cause la comptabilité du centre culturel, sans porter de
regard sur son projet artistique. Des audits financiers avaient donc
été effectués et devaient constituer une solution à
ces disfonctionnement. Comment cet interventionnisme institutionnel devait-il
évoluer ? Etait-il dénué de toute intention
récupératrice ? Le Confort Moderne a-t-il pu continuer
à compter sur ses partenaires tout en gardant la même ligne de
conduite ? La situation en 1992 semble bien nous montrer le contraire.
I. L'AVENIR DU CONFORT MODERNE EN
SUSPENS
L'année 1992 commence en effet de la façon la
pire qui soit pour le Confort Moderne. La nouvelle qui fait les titres de la
presse locale le 17 janvier est sans appel : « L'État et
la ville suspendent le financement. »265(*) Par un communiqué
commun adressé à la presse la veille au soir, les institutions
semblent largement compromettre l'avenir du Confort Moderne. Une analyse
approfondie de ce seul mois de janvier 1992 nous permettra de dégager
les tenants et les aboutissants de cette crise aigüe, qui met en
lumière des enjeux bien plus complexes que l'analyse qu'en fait la
presse locale.
A/ La rentrée de
1992 : stupeur médiatique et bras de fer en coulisses
Ce que nous allons tenter de montrer dans cette
première partie, c'est le décalage existant entre la
présentation de la crise telle qu'elle apparaît dans la presse au
moment où elle éclate - la partie publique,
médiatisée - et la façon dont celle-ci se met en place en
coulisses, à travers les archives des acteurs concernés. À
travers cette méthodologie, nous espérons pouvoir montrer au
mieux ce qui s'est réellement joué pendant cette crise, dont les
issues n'étaient pas aussi évidentes que celles que l'on peut
imaginer.

Déclaration commune de l'État et la
ville de Poitiers relative au Confort Moderne
et à l'association L'oreille est
hardie266(*)
Même si dans leur communiqué, les institutions
prennent bien la précaution de mettre en évidence le fait que
cette décision ne doit avoir qu'un effet temporaire sur l'arrêt de
l'action du Confort Moderne, la presse est plus alarmiste et dresse un tableau
des plus noirs : « la nouvelle est tombée hier en
soirée. Brutale. L'annonce de la suspension du financement de la part de
la ville et de l'État [...] signifie quasiment la fermeture du
lieu. »267(*)
Cette phrase résumant à elle seule l'analyse qui pourrait
être faite de cette situation, va nous servir de point de départ
pour montrer que justement, cette crise naissante est bien plus complexe qu'il
n'y paraît.
Le premier constat qui transparaît est la
brutalité de l'annonce. Si la presse se « doutait que quelque
chose se tramait » elle se demandait également :
« mais quoi au juste ? »268(*) Ainsi, même si la
stupéfaction demeure, ce qui est légitime, il faut
également comprendre que le conflit couvait depuis quelque temps en
coulisses. Nous l'avons vu, dès 1989, les pouvoirs publics commencent
à intervenir dans le fonctionnement du Confort Moderne et se font de
plus en plus pressants afin qu'il soigne sa gestion, bien que la situation ne
soit pas encore critique. Le problème a finalement été que
durant deux ans, les deux parties se sont accordées pour constater que
le fonctionnement du Confort Moderne ne convenait plus à son budget. Un
constat permis par la rédaction des audits financiers que nous avons
déjà évoqués. La situation diffère en 1991
et la parution d'un nouvel audit comptable se veut plus alarmiste. Alors qu'en
1989, c'est le fonctionnement administratif qui était mis en cause -
notamment le manque de formation de l'équipe gestionnaire, et la
mauvaise utilisation des subventions, avec lesquelles les membres jonglaient
pour essayer de combler les déficits, alors que ce n'était pas
leur destination - l'audit financier réalisé en septembre 1991
par l'Exco-Poitiers met en lumière d'autres facteurs expliquant un
déficit grandissant, atteignant 600 000 francs.269(*) C'est ce rapport indiquant
que « la situation financière est
catastrophique »270(*) qui met en doute, au-delà du fonctionnement
administratif du lieu, son projet artistique, en incriminant une manifestation
majeure ayant eu lieu au Confort Moderne : l'exposition « Heavy
Water » de James Turrell. Nous l'avions annoncé, l'art
contemporain allait jouer un rôle important dans l'histoire du Confort
Moderne et il semblerait bien que ce soit ce projet qui ait mis le centre
culturel dans une mauvaise posture. Cette oeuvre d'une grande renommée
semble donc être responsable d'une perte de 500 000 F. dans l'audit
réalisé par l'Exco-Poitiers, ce qui n'est pas acceptable dans une
comptabilité déjà déficitaire. Pourtant, les
élus annoncent dans la presse que cette « opération a
été équilibrée »271(*) - certainement par le rachat
de l'oeuvre par l'État 272(*), ce qui témoigne de son
« succès national, qui a fait briller la ville et la
région tout un été »273(*) - et qu'elle n'est donc pas
responsable de l'arrêt des subventions. Or, s'il est vrai que le
coût l'oeuvre a été amorti, le déficit de la
structure n'est plus que de 100 000 F. et peut facilement être
comblé.
Ainsi, pour comprendre les raisons qui ont conduit à la
décision radicale des pouvoirs publics, il faut se plonger encore plus
profondément dans les mécanismes relationnels qui se sont mis en
place durant l'année 1991. Ce retour aux sources nous conduit au mois de
mai de la même année. Un audit financier, encore un,
réalisé par l'agence Premier'Acte à la demande de la
Délégation au développement et aux formations274(*) ou DDF (organe
rattaché au ministère de la Culture qui « gère
des programmes d'intervention relatifs à la dimension culturelle de
politique ville »275(*)) diagnostiquait un déficit de 1,3 millions de
francs dans les caisses du Confort Moderne. Il semble que ce soit ce rapport
qui ait réellement déclenché un conflit entre le centre
culturel et ses partenaires, qu'on ne limite d'ailleurs plus à la
municipalité et à la DRAC puisqu'il faut noter l'apparition de la
DDF - un organe d'État centralisé - à la table des
négociations. Les deux camps sont alors clairement définis,
puisque les institutions commencent désormais à prendre leurs
décisions sans concertation avec le Confort Moderne, qu'elles soumettent
à un contrôle financier de plus en plus étroit. Le rapport
de l'agence Premier'Acte et les signaux alarmants qu'il émet semblent
faire sortir le Confort Moderne de sa réserve. La directrice du Confort
Moderne, Fazette Bordage demande un « vrai
dialogue »276(*) à la DDF dans une lettre enflammée,
tout en demandant si c'est réellement la gestion du lieu qui pose
problème, ou l'intérêt qu'il représente. Une
réunion réunissant l'ensemble des acteurs de ce conflit (Confort
Moderne, DRAC, Ville de Poitiers, DDF) est donc organisée le 26 juin
1991 à Paris pour donner réponse à cette demande de
dialogue. De cette entrevue débouchent plusieurs points importants pour
le Confort Moderne :
« Le gel des toutes ses activités de
septembre à décembre 1991 [pour] assainir la situation
financière, mettre en oeuvre une comptabilité analytique mieux
adaptée, et définir des modalités de gestion qui associent
l'innovation et la rigueur. » 277(*)
Etant donné le déficit important accumulé
par la structure, cette première décision semble légitime.
Néanmoins, un second point attire un peu plus notre attention :
« La relance du « Confort
Moderne » en janvier 1992 se fera [...] sur la base d'un projet
rénové qui associera la recherche de nouveaux publics, la
valorisation optimale des activités et un équilibre
budgétaire strictement respecté. » 278(*)
Ce point est significatif et montre explicitement les
nouvelles prérogatives que s'octroient les pouvoirs publics dans le
cadre de l'assainissement financier du Confort Moderne. Alors que les reproches
faits à la structure jusque là ne concernaient que le
fonctionnement administratif jugé trop précaire pour gérer
les subventions obtenues, celles-ci se portent désormais sur le projet
artistique et sur les publics touchés par le centre culturel. Le type
d'action culturelle proposé par LOH, initialement fondé sur la
découverte et l'anticonformisme, qui ne peut en cela n'être
développé que de manière indépendante, est donc sur
le point d'être remodelé par les institutions, ce qui constitue
une des conditions à la réouverture du lieu. Dans un langage
où le public est considéré comme un consommateur et
où la programmation culturelle devient une valeur marchande, les
pouvoirs publics semblent vouloir reprendre le projet artistique du Confort
Moderne à leur compte pour le faire entrer dans une logique de
rentabilité, alors que seul son fonctionnement administratif
était concerné par cette volonté ; tout cela dans le
but d'éponger les dettes accumulées.
Or, si nous revenons à la fin de l'année 1991,
le déficit du Confort Moderne n'est plus que de 600 000 F. selon le
rapport Argos, et de 100 000 F. si l'exposition de James Turrell a
été équilibrée, donc « la situation est
considérablement assainie. »279(*) De plus, cette sévérité
concernant la comptabilité du Confort Moderne semble réellement
soudaine et crée une rupture dans les rapports entre le centre culturel
et ses partenaires. En effet, si les institutions semblent accorder une
importance capitale à la viabilité financière du Confort
Moderne, il semble que cela n'ait pas toujours été le cas, comme
l'explique la directrice du lieu :
« Dès le départ, encouragements,
compliments, voire émerveillement des partenaires publics ont fait que
les années 88/89 ont été décisives et expliquent
beaucoup de choses puisque nous avons alors choisi de continuer sans en avoir
les moyens financiers. [...] Fin 87, non seulement nous n'avions pas les
moyens de continuer, mais en plus nous avons continué à
développer les activités du Confort Moderne pour
démontrer, le plus loin possible, la force de son concept et sa raison
d'être... [...] Tout le monde était au courant de ces aléas
dès le départ. » 280(*)
Le Confort Moderne s'est donc toujours appuyé sur le
soutien des pouvoirs publics qui ont toujours encouragé
financièrement l'aventure culturelle que le lieu représentait.
Comment interpréter ce revirement - d'autant plus que la situation
comptable était en voie d'assainissement ? L'hypothèse selon
laquelle les institutions ont pu gagner la confiance de LOH en faisant preuve
d'un subventionnement a priori aveugle - dont l'association se rendait
elle-même prisonnière - afin de pouvoir au moment opportun couper
les vivres pour alors exercer une véritable emprise sur le centre
culturel ne nous semble pas inappropriée pour expliquer le coup de
théâtre de janvier 1992. Les correspondances entre la
municipalité, la DRAC et la DDF à la fin de l'année 1991
semblent d'ailleurs aller dans ce sens. Une lettre de l'adjoint à la
Culture de la ville de Poitiers, Jean-Marie Bordier, adressée à
la DRAC envisage ainsi dès le mois de novembre et sans concertation avec
LOH les différentes directions à donner au Confort Moderne, qui
vont de quelques modifications structurelles avec la mise en place d'un conseil
de tutelle, à l' « urbanisation du
site »281(*)
en passant par le dépôt de bilan et le placement de la structure
sous le contrôle du centre culturel de Beaulieu, ou du
Théâtre national. Le sort du Confort Moderne se joue donc en
coulisses, dans son dos, et les pouvoirs publics travaillent une position
commune en donnant « aux courriers [qu'ils échangent] la
discrétion que la situation actuelle de l'établissement
impose. »282(*) Ces pourparlers préliminaires incluent
également une lettre adressée à la DDF de la part de la
DRAC où l'expéditeur souligne le fait que « la ville et
l'État doivent parler de concert dans cette
affaire. »283(*) Ces cinq pages marquent le règlement discret
du sort du Confort Moderne. Motivé par la situation financière de
l'établissement et par l'avis de l'expert-comptable qui
« préconise un dépôt de
bilan »284(*),
celui-ci s'explique aussi selon les pouvoirs locaux par les
« positions maximalistes »285(*) de l'équipe
dirigeante qui ne bénéficie plus de la confiance des
institutions, et encore une fois par le fait qu'elles
« s'[interrogent] sur le projet artistique, les publics et
l'articulation des activités musicales/arts plastiques qui ont
transformé l'image et le projet initial du Confort
Moderne. »286(*) Le projet artistique est une fois de plus
réapproprié par les institutions qui ne respectent donc plus le
principe d'indépendance du centre culturel et le font analyser par leurs
propres services. Quels que soient leurs statuts, les partenaires semblent donc
avoir pris l'avenir du Confort Moderne en mains pour en faire un lieu culturel
aseptisé et plus conforme aux structures institutionnelles, en faisant
fi du fait qu'ils n'ont pas participé à sa création et
à son déroulement, mais s'adjugent un droit d'influence en
légitimant ce fait par leur participation financière. Les
financeurs auraient effectivement tout à fait pu interrompre leur
subventionnement et condamner la structure à la dissolution, mais leur
décision, appuyée par des études et des
négociations réfléchies, est une pure et simple
récupération du lieu.
Pris au piège d'une dépendance financière
et de volontés récupératrices institutionnelles, voyons la
réaction du Confort Moderne face à ce coup de
théâtre bien prévisible.
B/ La réaction du
Confort Moderne : du dépit à la radicalité
Le communiqué de l'État et de la Ville de
Poitiers publié dans la presse locale le 17 janvier 1991
déclenche un véritable feuilleton dans Centre Presse et
La Nouvelle République. Témoignant de la
difficulté de dialogue entre le Confort Moderne et ses partenaires, les
réponses se font par voie de presse. Dès le lendemain, les
journalistes se tournent donc naturellement vers le centre culturel
menacé et les articles relatent la situation de crise faisant
naturellement suite à la fin du financement par les institutions. C'est
la consternation qui prime chez les gestionnaires du lieu :
« l'équipe de L'OH est en état de choc. [...] L'annonce
de l'arrêt des subventions a été brutale et a fait
très mal. »287(*) Visiblement, s'il est évident qu'une
décision devait être prise par ses partenaires dès le
début de l'année 1992 tant les conflits étaient latents en
coulisses, les membres du Confort Moderne ne s'attendaient pas à une
telle radicalité. Il faut d'ailleurs voir que si la presse apprend la
nouvelle le 16 janvier, la direction du Confort Moderne en a été
informée de façon bien plus brutale : quatre jours plus
tôt, le Confort Moderne était en effet invité à
présenter son budget à ses partenaires au siège de la
DRAC. Sans avoir eu le temps de parler, c'est à cette occasion que
l'équipe a été informée de la décision de
leurs financeurs. Faisant écho à la supposée
période de réflexion lancée par la Ville et l'État
dans leur communiqué, le Confort Moderne continue tant bien que mal ses
activités en envisageant également son avenir, mais avec crainte,
étant donné que seuls les pouvoirs publics pourront
décider de l'éventuelle renaissance du lieu. Une renaissance
quasi-assurée puisque « la Ville de Poitiers (adjoint à
la culture) est réticente à un dépôt de bilan pour
des raisons politiques »288(*) - qui nuiraient à son image de ville jeune et
dynamique - mais sous quelle forme ? « La gestion, nullement
mise en cause, pas plus que la programmation »289(*) ne semblent poser de
problème à l'adjoint de la Culture, alors que ces deux aspects du
Confort Moderne sont largement incriminés dans les correspondances entre
les financeurs. Cette apparente stratégie d'apaisement ne rassure pas
les membres de LOH, qui sont « d'accord pour la réflexion,
à condition que l'on ne touche pas au concept du projet. Sinon c'en sera
fini du Confort Moderne. »290(*) A travers cette position, l'association revendique
l'indépendance de son action culturelle et préfère y
mettre un terme plutôt que de la voir appropriée et
dénaturée par l'intervention des pouvoirs publics. Ce principe
fondamental avait d'ailleurs déjà été
annoncé dans les correspondances ayant préalablement mis en place
le conflit. Le Confort Moderne annonçait ainsi :
« Surtout, n'oubliez pas que nous sommes une association
indépendante, et que vous ne serez pas en charge de nos galères
financières si vous ne le souhaitez pas. »291(*) Le centre culturel, en
conformité avec ses valeurs indépendantes, ne compte donc pas
faire de concessions sur le plan artistique. On retrouve donc ici le même
esprit intransigeant qui avait conduit LOH à se saborder en 1983 suite
à un manque évident de concertation. À la
différence près qu'à cette époque, il ne s'agissait
pas de la disparition d'un centre culturel de renommée internationale,
mais de celle d'une simple association organisatrice de concerts.
Cependant, la situation est bien différente en 1992,
puisque ce manque de communication entre LOH et les institutions n'est pas
désintéressé comme en 1983 mais est marqué par une
volonté de réappropriation de la part des partenaires, qui
souhaitent inscrire le Confort Moderne dans le réseau formé par
les autres structures culturelles municipales de Poitiers. Finalement, trois
jours après la parution du communiqué de la Ville et de
l'État, la réponse du centre culturel paraît dans la presse
locale. Le conflit continue de se répandre dans les journaux pictaviens
qui ne passent pas un jour sans publier un article sur la crise. Le 20 janvier
1992, les résultats des premiers pourparlers engageant la période
de réflexion voulue par les institutions sont clairs :
« le Confort Moderne ferme ses portes. »292(*)
« Désolé, mais le Confort Moderne a
décidé de fermer ses portes le 27 janviers 1992. L'État et
la Ville de Poitiers ont suspendu leurs financements. Leurs propositions de
restructuration du Confort Moderne sont inacceptables. Elles conduiraient
à banaliser le lieu et le concept que nous avons inventés.
D'où la perte de notre confiance envers nos financeurs publics
Que tous les artistes, publics et partenaires qui ont cru
en cette belle aventure et participé à son développement
sachent que l'équipe du Confort Moderne préfère,
sereinement, mettre un terme à son action culturelle
indépendante. Hors de question pour nous de brader les acquis d'une
telle expérience, de la large reconnaissance et du capital artistique
constitués de 1977 à 1992. Au regard de ces acquis, la remise en
cause de nos compétences et de nos projets nous semble
déplacée.
Rappelons que le Confort Moderne s'est créé
en 1985 et développé dans des conditions précaires qui
n'ont guère ému les pouvoirs publics. Nous ne voulons pas perdre
notre âme.
Pour l'honneur et pour finir en beauté, place aux
artistes. Le Confort Moderne prépare un bouquet final, en
musique. »293(*)
C'est donc par ce communiqué que le centre culturel
annonce la fin de ses activités, suite à la crise ayant
éclaté le 17 janvier 1992, mais couvant réellement depuis
environ une année. Ce texte met clairement l'accent sur le
caractère artistique indépendant de l'action de LOH et montre la
volonté de la structure de garder sa trajectoire éthique pour ne
pas devenir un espace culturel comme un autre. Les membres du Confort Moderne
semblent donc avoir pris la mesure des volontés institutionnelles, qui
tentent d'inclure le centre alternatif dans leur ensemble d'infrastructures
culturelles et donc d'en faire un lieu beaucoup plus aseptisé tant sur
le fond, avec une programmation beaucoup plus conventionnelle, que sur la
forme, avec une équipe dirigeante que les partenaires n'excluent pas de
renouveler. Il est donc peu étonnant que l'équipe de 1992 se
sente trahie par des partenaires qui souhaitent les destituer de la gestion du
centre culturel qu'ils ont, pour certains, fondé et fait vivre pour les
autres. Ne souhaitant donc pas voir leur échapper un concept artistique
qu'ils ont porté, au profit d'intérêts politiques, les
membres du Confort Moderne préfèrent donc cesser leurs
activités.
Le centre culturel est donc allé au bout de la
difficile conciliation entre une programmation culturelle indépendante
et un fonctionnement subventionné, et n'a pas su trouver
l'équilibre « entre la nécessaire rigueur de gestion et
le tout aussi nécessaire « décalage » de ces
lieux, décalage qui en fait la raison d'être, la force et
l'attrait. »294(*) Les membres de l'association deux-sévrienne
« Diff'Art » - liée au Confort Moderne par la
présence d'anciens Poitevins dans ses effectifs et par l'organisation de
concerts communs - l'ont bien compris et le font savoir dans le fanzine qu'ils
rédigent : « quand on dépend à ce point des
subventions des élus, on dépend aussi, ne soyons pas naïfs,
des aléas de la politique, fut-elle politicienne. »295(*) Or, ces aléas en 1992
à Poitiers, semblent aller dans le sens d'une volonté de reprise
en main de la structure, notamment par la municipalité. Dès
l'annonce de la fin des subventions, la presse envisageait cette
décision comme un moyen qui « permettrait de ramener le calme
dans le quartier... Et cela permettrait peut-être au maire de
récupérer 300 voix pour les
élections. »296(*) Ce que l'on constate à l'annonce de la fin
des activités du Confort Moderne, c'est que la Ville de Poitiers tente
le coup double électoral : le conseil municipal suivant cette
décision annonce effectivement « qu'il verrait bien le
transfert du « Confort Moderne » dans la future Maison de
l'Etudiant, sur le campus. »297(*) Il s'agit là d'une stratégie
avantageuse pour la municipalité poitevine en place, qui pouvait ainsi
du même coup contenter les riverains du quartier du Pont-Neuf
ligués contre le centre culturel trop bruyant, mais aussi conserver en
partie l'image de ville jeune, active et créatrice en matière de
culture, que le Confort Moderne lui avait donné. On voit donc bien ici
comment cette crise s'est inscrite dans des enjeux clairement politiques :
la Ville de Poitiers en concertation avec l'État, tout en
réussissant à évincer les gestionnaires du lieu, a
réussi à reprendre l'image de marque du Confort Moderne à
son compte pour satisfaire un électorat relativement âgé
tout en ne se mettant pas l'intégralité de la jeunesse à
dos. Néanmoins, ces enjeux politiques n'ont pas été
réduits à cette simple stratégie électorale, et la
prochaine partie va nous permettre de voir l'importance de la nature et de la
provenance des soutiens au Confort Moderne dans le déroulement de la
crise de ce mois de janvier 1992.
C/ La mise en place des
soutiens : entre militantisme culturel et enjeux électoraux
L'annonce de la fin des activités du Confort Moderne et
celle de la municipalité d'envisager l'action du lieu à travers
d'autres modalités ne semble pas du tout entériner sa situation
future. Bien loin de clore la crise, la succession d'événements
ayant conduit à l'apparente mainmise des institutions sur le devenir du
centre culturel alternatif a permis aux réseaux ayant un
intérêt à lui manifester leur soutien de se
déclarer.
L'équipe du Confort Moderne déjà, tout en
annonçant la fin de ses activités, a largement encouragé
ses usagers, ses sympathisants à protester contre l'attitude des
pouvoirs publics. Ainsi, en même temps que la structure publiait son
ultime communiqué, elle demandait également à son public
à manifester son indignation par le biais d'une lettre ouverte
destinée au ministère de la Culture et à la Ville de
Poitiers. Cette lettre, mettant en avant le fait que les financeurs
« condamnent l'action artistique et culturelle indépendante du
Confort Moderne »298(*) s'inscrit donc dans le tournant politique pris au
cours de la crise et installe un rapport de force entre les décisions
institutionnelles et les positions du milieu alternatif. Elle diffère
également des habitudes du Confort Moderne qui, tout en ayant
déjà organisé des événements culturels en
lien avec des organismes impliqués dans le domaine social et donc en
lien avec les thèmes de société de fait politiques, ne
s'est jamais positionné dans le champ politique, à la
différence de beaucoup d'autres structures - y compris à Poitiers
- impliquées sur ce terrain. Ainsi, de nombreuses lettres et
fax parviennent à Poitiers de toute la France et même de
l'Europe entière. Parallèlement, ces mêmes soutiens
internationaux envoient « plus de mille lettres de soutien [qui] sont
venues submerger la mezzanine du Confort »299(*), qui donnent la mesure de
l'aura acquise par delà les frontières. Par ailleurs, le
centre culturel souhaite fêter dignement sa fermeture en offrant des
spectacles de qualité à ses habitués qui le suivent et le
soutiennent dans ces temps difficiles. La programmation annoncée pour
ces derniers événements donne également une idée du
caractère international des liens tissés par le Confort Moderne,
puisque de nombreux artistes européens se sont montrés
disponibles et motivés pour venir défendre le lieu face à
l'attitude des institutions. Le groupe hollandais d'envergure internationale
Urban Dance Squad, qui, « la veille sur Canal+
avait dédié l'une de ses chansons au Confort, lieu de ses
premières armes »300(*) donne ainsi un concert pour la soirée d'adieu
du lieu le 26 janvier. Le Confort Moderne, tout en annonçant sa fin,
mobilise donc ses réseaux dans un premier temps, qui sont les premiers
à se manifester.
En second lieu, ce sont les politiques locaux qui affichent
leur soutien au centre culturel, et notamment l'opposition à la
majorité socialiste menée par le maire Jacques Santrot. Les Verts
sont les premiers à monter au créneau et déplorent le fait
que « le budget de fonctionnement du Confort Moderne est très
faible si on le compare à certaines structures culturelles municipales
ou régionales de Poitiers ou d'ailleurs, qui n'offrent pas la même
richesse de création. »301(*) Vient ensuite la position d'Union Pour Poitiers -
groupe politique mené par le conseiller régional et municipal
Jean-Pierre Raffarin302(*) - qui réunit l'opposition poitevine de
droite. Celle-ci se traduit par de vives critiques adressées à la
majorité socialiste en place. Insistant sur l'« échec
culturel pour Poitiers »303(*) que représente la décision conjointe
de la Ville et de l'État, le communiqué tente de trouver des
solutions à la crise avec en toile de fond et de manière
récurrente la volonté de donner « à Poitiers une
réputation d'une capitale régionale et
universitaire. »304(*) Ce communiqué semble contradictoire avec la
position habituelle de la droite locale qui a souvent critiqué le
soutien apporté au centre culturel par la Ville et « [ose] se
lamenter sur l'avenir de ce lieu. »305(*) Le débat concernant le Confort Moderne prend
donc une tournure très politique et permet à l'opposition de
fustiger la majorité. La municipalité se doit de répondre
à ces attaques : l'adjoint à la culture fait donc savoir par
voie de presse qu'il n'accepte pas « le mauvais procès qui est
fait à l'État et à la Ville de vouloir intervenir dans le
projet et de porter atteinte à la liberté de l'action
artistique. »306(*) Ce débat se prolonge en séance du
conseil municipal et est l'occasion pour les élus de s'escrimer sur la
question du Confort Moderne, débattue lors des questions diverses. On
voit donc bien que l'avenir du centre culturel se joue au coeur de ces rapports
de force politiques et que celui-ci ne saurait être dissociable des
décisions émanant du conseil municipal.
Si l'État et son porte-voix, la DRAC, semblent pour le
moment absent de ce rapport de force et gardent le silence depuis la
publication du communiqué commun avec la Ville de Poitiers, de nouveaux
acteurs y prennent part quelques jours après l'annonce de la fin des
activités du Confort Moderne. En effet, le 23 janvier 1992, des concerts
sauvages spontanés ont lieu dans la rue Gambetta, principale voie de
passage de Poitiers, dans le but de soutenir le Confort Moderne face à
la décision des institutions. Le message ornant la banderole servant de
fond à la scène improvisée est sans
ambigüité : « Poitiers, numéro un au Top 50
de la misère culturelle ! En fermant le Confort Moderne, vous nous
envoyez dans la rue. Merci M. Santrot, merci M. Lang. »307(*) Ce « baroud
d'honneur des rockeurs avant qu'ils perdent ce qui les
réunissait »308(*) est significatif de la place occupée par le
Confort Moderne en terme d'action culturelle mais aussi sociale. C'est aussi
révélateur de l'attachement de la scène alternative au
centre culturel, malgré les critiques émises par les acteurs
locaux du mouvement indépendant que nous avons évoquées au
chapitre précédent. Les groupes poitevins représentatifs
de la scène comme Les Petits Fiers ou Tambour'Yeah qui
collaborent parallèlement avec le label On a faim ! investissent
donc spontanément la rue pour afficher leur soutien au Confort Moderne,
dénoncer les institutions et essayer de faire que ces dernières
changent d'avis.
On voit donc que différents composants s'impliquent
pour afficher leur soutien au Confort Moderne, qu'ils soient acteurs,
spectateurs ou politiques. Quoi qu'il en soit, ce qu'il faut voir, c'est que la
crise prend un tournant où seules les institutions peuvent
décider du renouveau à donner au centre culturel.
Découlant de ce fait, les soutiens prennent forcément une
coloration très politique, et on voit que la municipalité de
Poitiers n'est pas ménagée.
Nous avons montré que la crise qui apparaît
médiatiquement au mois de janvier 1992 a débuté bien
avant, en 1991, et correspond à un lent processus institutionnel visant
à inclure le Confort Moderne dans le réseau culturel municipal.
Prétextant une gestion inappropriée du lieu, les pouvoirs publics
lui ont coupé les vivres et pouvaient ainsi définir les
conditions à un nouveau subventionnement, incluant la perte
d'indépendance artistique du projet. Prisonnière de ce
financement, l'équipe du Confort Moderne n'a eu d'autre choix que de
démissionner devant la menace de dénaturation du centre culturel,
alors qu'elle était pourtant largement soutenue.
II. RÉSOLUTION
ET SORTIE DE CRISE : À QUEL PRIX ?
Nous l'avons vu, le Confort Moderne aborde l'année 1992
de la pire manière. La fin des subventions et les conditions pour y
avoir à nouveau droit ont conduit le lieu à fermer ses portes.
Alors que le centre culture semble vivre ses derniers instants en fanfare, la
situation semble prendre un nouveau virage.
A/ Réveil de la DRAC et
reprise du dialogue
« L'État ne s'était pas exprimé
sur la situation du Confort Moderne depuis la parution du communiqué
écrit conjointement avec la ville, et annonçant la suspension des
financements. »309(*) Finalement, une semaine après
l'éclatement de la crise du Confort Moderne et juste avant le dernier
concert du Confort Moderne, la DRAC, lors d'une conférence de presse
largement suivie par les journalistes locaux, lance un vif appel dans le but de
relancer un dialogue vraisemblablement définitivement rompu entre les
financeurs et le centre culturel. Les quotidiens locaux semblent une nouvelle
fois être les seuls canaux de communications entre les deux parties. La
seule chose qui diffère avec la position de la Ville de Poitiers, c'est
justement l'appel au dialogue. Alors que la décision des dirigeants du
Confort Moderne annonçant la fin de leur action culturelle n'avait pas
ému la municipalité qui s'était tout de suite mise
à « la recherche d'une nouvelle équipe capable de mener
un projet authentique »310(*), la DRAC souhaite plutôt renouer le dialogue
avec l'équipe en place afin de repartir sur des bases saines. Tandis que
la municipalité semblait adopter une position de fermeté et
comptait maintenir le cap, quoiqu'il arrive, la DRAC insuffle un peu de
souplesse dans ce conflit. Néanmoins, on retrouve dans les propos de
l'État les mêmes raisons qui ont conduit à la suspension
des subventions (la situation financière apparemment désastreuse)
et les mêmes conditions qui permettraient leur retour. Les pouvoirs
publics réussissent donc dans cette affaire à parler,
conformément à leurs objectifs, d'une voix unie, sans se
contredire. Les contradictions se trouvent plutôt à
l'intérieur même de ce discours commun : une fois de plus, on
retrouve le dédouanement des institutions concernant la modification du
projet artistique du Confort Moderne. C'est même l'un des premiers points
abordés lors de la conférence. À nouveau pourtant, l'une
des conditions sine qua non pour retoucher les subventions, c'est
« évaluer le projet musical [et] le rapport entre le contenu
artistique d'un projet et les publics concernés. »311(*)
Par ailleurs, l'État souhaite formaliser le
fonctionnement du Confort Moderne et « professionnaliser
l'équipe. »312(*) Cette formalisation passe par une
« direction clairement identifiée avec un administrateur qui
ne soit pas seulement comptable des dépenses. »313(*) Les conditions posées
par les institutions pour rouvrir le lieu s'inscrivent donc dans une logique
d'aseptisation de la programmation mais aussi du fonctionnement. Alors que la
gestion du Confort Moderne était effectuée de manière
précaire, avec une forte rotation des postes salariés entre les
membres de l'équipe, la DRAC aurait pu donner les moyens
nécessaires à LOH afin de stabiliser une équipe,
réduire la mobilité des salariés et leur permettre de se
former eux-mêmes. Or, si la proposition de la DRAC semble aller dans le
sens de la formation, le fait que celle-ci soit assurée sous l'impulsion
de l'État, conjugué avec la volonté d'aseptiser la
programmation laisse présager une professionnalisation qui conduirait
à formater l'équipe de façon à ce que ses pratiques
soient en accord avec le fonctionnement d'une structure
institutionnalisée. Alors que les postes étaient fluctuants au
sein du Confort Moderne, les pouvoirs publics semblent vouloir fixer une
équipe et confiner chaque membre à un poste défini, comme
dans n'importe quelle entreprise. Cette opération conduirait à
dénaturer une fois de plus l'essence même du Confort Moderne dont
l'action artistique dépendait pour une bonne part de l'engagement et le
ressenti de l'équipe envers certaines formations musicales qu'elle
souhaitait défendre et diffuser. Or, la professionnalisation de
l'équipe par l'État déboucherait logiquement sur une
programmation fondée sur la rentabilité avant tout - surtout
lorsqu'on voit la situation financière du lieu - et non plus sur la
découverte et l'innovation artistique.
Finalement, on peut envisager l'intervention tardive de
l'État et sa vision des choses comme ayant un caractère
relativement paternaliste. La DRAC laisse en effet le conflit s'envenimer
pendant une semaine en laissant le mauvais rôle à la Ville de
Poitiers, qui assume seule les nombreuses critiques émanant des
différents acteurs précédemment cités. L'instance
d'État arrive alors tardivement et revêt l'image d'un organe
supérieur qui intervient pour calmer les tensions et rétablir le
dialogue entre les parties en conflit, tout en tenant fermement la position
institutionnelle et les conditions qui vont avec. Celles-ci vont d'ailleurs
dans ce sens et la volonté de rationnaliser le fonctionnement du Confort
Moderne apparaît comme la reprise en main d'une jeunesse qui
s'égare et prend trop de libertés. L'intervention des pouvoirs
publics et la fermeté de celle-ci semble sonner la fin de la
récréation et de « la crise de
maturité »314(*) dans laquelle le Confort Moderne s'était
engluée. Des termes qui sont tout de même très
infantilisants pour qualifier la menace de fermeture d'un lieu culturel
alternatif ayant obtenu une reconnaissance mondiale.
B/ Le revirement du Confort
Moderne
Alors que la situation semblait
désespérée pour le Confort Moderne, un dialogue s'ouvre
sous l'impulsion de la DRAC et estompe quelque peu les positions
arrêtées des acteurs de la crise. Il faut toutefois noter que
c'est essentiellement du coté du centre culturel que les concessions les
plus importantes sont faites et permettent de maintenir le lieu ouvert ;
mais à quel prix ? L'accord signé entre la Ville et la DRAC
et le Confort Moderne le 27 janvier 1992 - soit le lendemain du supposé
concert d'adieu d'Urban Dance Squad - donne un large écho aux
exigences énoncées par les pouvoirs publics afin d'à
nouveau verser les subventions :
« Cinq directions de travail ont été
acceptées : expertise précise de la situation
financière, évaluation prospective du projet dans toutes ses
dimensions, réflexion sur la réformes des structures (association
ou SARL par exemple), dispositions transitoires pour la préservation du
lieu, la recherche de financements au démarrage des activités, en
particulier dans le cadre d'un partenariat public si possible
élargi. »315(*)
On voit donc bien que les clauses de ce contrat laissent la
part belle aux conditions posées par la municipalité et
l'État. Que ce soit le redressement financier - mutuellement consenti -
l'évaluation du projet, la réforme des structures et
l'intensification du partenariat public, toutes ces dispositions entrent dans
le cadre d'une institutionnalisation du fonctionnement du Confort Moderne. La
seule garantie réclamée et obtenue par le Confort Moderne est
donc le maintien du centre culturel au 185, Faubourg du Pont-Neuf, et
uniquement grâce à des modifications de la structure qui ne sont
pas explicitées dans l'article. Outre cette petite victoire pour
l'équipe du centre culturel, les pouvoirs publics ont réussi
à obtenir l'ensemble de ce qu'ils demandaient et bien plus encore. Ils
obtiennent un droit de regard sur la programmation artistique - qui devient
désormais complètement soumise aux logiques de rentabilité
- qui est évaluée par une personne rattachée au
ministère de la Culture, André Cayot, chargé de mission
par le Département de la musique et de la danse (DMD). Quant à
l'évaluation et au redressement financier et structurel, c'est une
nouvelle fois une personne très liée à la culture
institutionnalisée qui est mandatée, puisque que c'est
Jean-Claude Sénéchal, administrateur de la Cité
internationale de la bande dessinée et de l'image (CNBDI) située
à Angoulême qui est chargé de donner au Confort Moderne
l'exemple d'une structure culturelle réellement viable
économiquement. On ne peut que s'interroger sur la pertinence de ce
choix étant donnée la différence existant entre un lieu
comme la CNBDI - qui abrite un musée, une médiathèque, et
un centre d'imagerie numérique - créée sous l'impulsion de
l'État dans le cadre des grands travaux du premier septennat de
François Mitterrand et le Confort Moderne qui est né de l'essor
du milieu associatif alternatif poitevin. Le fait de voir le rapprochement
entre ces deux structures de natures très éloignées motive
l'idée selon laquelle les institutions tentent fortement de faire
adopter au Confort Moderne un fonctionnement conforme aux infrastructures
culturelles d'État. Cette hypothèse est d'ailleurs appuyée
par le fait qu'une réforme structurelle, qui n'avait pas
été évoquée jusque là, est envisagée
par cet accord. En voulant faire du Confort Moderne une SARL, et non plus une
association, on crée une véritable entreprise culturelle soumise
à des impératifs juridiques stricts, bien plus restrictifs qu'une
simple association. Cette réforme, certainement envisagée dans le
cadre d'une meilleure formation de l'équipe et d'une gestion plus
rigoureuse, dépasse la simple idée d'une professionnalisation et
tend à modifier l'essence même du Confort Moderne, afin de le
faire rentrer dans un cadre juridique beaucoup plus exigeant et professionnel.
Finalement, c'est l'assimilation du pôle culturel poitevin au sein de
l'ensemble des structures culturelles d'État qui est envisagée
par ces mesures. La volonté d'accentuer le partenariat public dans le
financement du lieu montre bien ce souhait de lier de plus en plus
étroitement le Confort Moderne aux pouvoirs publics.
Dans la lignée de cet accord, l'équipe du centre
culturel rédige un communiqué envoyé en réponse
à tous ceux qui leur ont envoyé des messages de soutien durant la
courte, mais très médiatique crise. La teneur de ce texte
censé définir ce qu'est vraiment « le Confort Moderne
dans sa globalité, tel qu'il devra demeurer en cas de
réouverture, et ce, en accord avec la Ville de Poitiers et l'État
»316(*) est
significative du tournant que le lieu est en train de vivre. D'une part, le
fait que l'accord des pouvoirs publics soit nécessaire pour que le
centre culturel puisse rouvrir est le signal d'une grosse perte
d'indépendance. D'autre part, certains points abordés dans cette
définition du Confort Moderne semblent différer de l'essence
originelle du lieu. Dès les premières lignes, le
communiqué insiste sur une action culturelle dirigée vers les
15-25 ans en priorité et ce depuis l'ouverture du lieu en 1985. Le
Confort Moderne ne se définissait-il pourtant pas comme un lieu de
brassage, tant sur le plan des classes sociales que sur celui des
générations ? Ce ciblage d'une tranche d'âge en
particulier - énoncé par une équipe dont la plupart des
membres n'étaient pas présent aux origines du centre culturel -
traduit bien le développement d'une politique de programmation
confinée à un type de public spécifique, largement
différente de la simple volonté d'offrir de nouvelles
expériences artistiques à un auditoire varié. Par
ailleurs, le texte explique l'intention de professionnaliser les artistes
défendus par le Confort Moderne, alors que la priorité a toujours
été d'offrir un lieu de représentation et de
répétition à des formations exclues des canaux de
diffusion traditionnels, et non de sélectionner des groupes parmi un
vivier dans le but de leur ouvrir les portes du marché du disque.
Consécutivement à ces deux caractéristiques, l'exemple de
la perte d'indépendance du Confort Moderne s'exprime le plus clairement
dans les dernières lignes du communiqué :
« Cela implique pour l'ensemble de
l'équipe : de conserver un vrai rôle d'intermédiaire
entre les publics et les artistes ; une totale liberté
artistique ; une totale liberté d'organisation, de mise en oeuvre
du projet global et de recrutement après accord avec ses
partenaires. »317(*)
Cette phrase qui semble revendiquer le caractère
indépendant immuable du Confort Moderne est lourde de contradiction.
Comment revendiquer une liberté complète - que ce soit sur le
plan artistique ou organisationnel - alors que chaque décision
dépend du bon vouloir des pouvoirs publics ? Malgré la
réaffirmation d'un principe cher à l'histoire du Confort Moderne,
ce communiqué semble acter définitivement du tournant pris par le
centre culturel à l'issue de la crise l'ayant opposé aux
institutions.
Ces dernières semblent donc avoir réussi
à reprendre l'action du lieu à leur compte en exerçant une
emprise forte non seulement sur la gestion financière - qui devait
initialement être le seul terrain d'intervention des pouvoirs publics -
mais sur l'ensemble du projet, comme peut en témoigner la convention
signée pour l'année 1992, qui diffère largement des
précédentes.318(*) Tout d'abord on peut remarquer que celle-ci compte
deux pages de plus qu'habituellement, pour atteindre une longueur de cinq pages
bien remplies. Le contenu est lui aussi différent. Les signataires sont
ainsi plus nombreux qu'à l'accoutumée : alors que les
conventions précédentes liaient la Ville, l'État et
l'association L'oreille est hardie, l'exemplaire de 1992 inclut, en plus de
cette dernière, la SARL L'oreille est hardie et la SARL Confort Moderne.
Par ailleurs, alors que les objectifs du centre culturel étaient
auparavant proposés par l'équipe et validés par les
partenaires, en 1992, c'est la convention qui les fixe, et on voit une fois de
plus la marque de l'intervention des pouvoirs publics à travers les
domaines d'intervention stricts et les termes qui les désignent :
« Le Confort Moderne est un lieu professionnel consacré
prioritairement aux musiques « actuelles » et à
l'art contemporain. »319(*) De nouveau, on retrouve la contradiction
récurrente liée à la revendication de la liberté
d'action du lieu, résumée en une phrase : « Le
projet Confort Moderne est défini et mené par son équipe
en toute indépendance tant dans ses choix artistiques que dans ses modes
de fonctionnement, sauf à observer les modalités contenues dans
les autres articles de cette convention. »320(*) Ces modalités portent
évidemment la marque des volontés institutionnelles
énoncées lors de la crise, et le projet du centre culturel,
malgré la liberté de mise en oeuvre qui le caractérise,
est régi par des cadres stricts et doit répondre à une
cohérence financière empiétant sur l'audace culturelle
dont LOH a fait preuve dès ses débuts : cibler les publics,
professionnaliser les artistes pour les intégrer au milieu du disques et
collaborer de manière obligatoire avec les autres infrastructures
culturelles de la Ville et de la région. Ce dernier point est
énormément souligné dans cette convention, qui
« fait constamment référence à la
nécessité d'ouverture et de partenariats exigés du CM
[Confort Moderne nda] »321(*), ce qui montre bien que les institutions souhaitent
réellement reprendre le lieu à leur compte et s'en servir comme
n'importe quelle autre structure culturelle officielle : « Le
Confort Moderne fait partie du réseau des établissements
culturels municipaux. [...] Le Confort Moderne travaillera, autant que faire se
peut, en partenariat avec les établissements culturels et les
équipements socio-culturels de Poitiers. »322(*) Enfin, les modalités
de contrôle font l'objet d'une partie très
détaillée, et concernent la gestion et le projet du centre
culturel. D'une part, les comptes doivent être présentés
chaque trimestre aux partenaires (un expert comptable l'Exco-Poitou est
même chargé de « s'assurer de la sincérité
de ces documents »323(*)), d'autre part, le projet est soumis à
l'évaluation et l'acceptation d'un groupe permanent d'évaluation
comprenant - comme l'exigeaient les pouvoirs publics - des membres issus des
institutions culturelles officielles comme André Cayot (DMD) et
Jean-Claude Sénéchal (CNBDI). C'est donc un contrôle
étroit de la gestion et du projet qui est mis en place, et qui oblige le
Confort Moderne à adopter un fonctionnement très institutionnel,
calqué sur une programmation orientée vers des styles musicaux
cloisonnés aux musiques dites « actuelles ».
On voit donc bien que le centre culturel, après avoir
repris le dialogue avec ses partenaires, semble adopter une position qui se
démarque largement de l'éthique dont il a pu faire preuve depuis
ses débuts. Cédant aux volontés institutionnelles, on
remarque que le déficit dans lequel le Confort Moderne était
plongé l'a condamné à sacrifier son indépendance
pour pouvoir continuer à exister, sous une forme beaucoup plus
conventionnelle.
C/ Le Confort Moderne,
deuxième acte : la mise en place du nouveau fonctionnement
Alors que nous venons de voir à quelles conditions le
Confort Moderne avait pu subsister, il va désormais nous falloir
analyser concrètement comment les nouvelles caractéristiques du
lieu - qui s'éloignent de plus en plus d'un fonctionnement et d'un
esprit alternatif - furent exploitées. Tout d'abord, et malgré
l'acceptation des exigences institutionnelles, le centre culturel ne rouvre que
six mois après la fin de la crise. Un temps nécessaire pour
réaliser la restructuration demandée par les partenaires
financiers. Parallèlement, l'équipe du Confort Moderne reste
active sur le terrain culturel et continue d'organiser des
événements sur différentes scènes poitevines. Le
mois de juin voit par exemple le succès d'un concert important à
la Blaiserie, réunissant Dirty District (une formation
parisienne impliquée dans le mouvement alternatif français) et
surtout Fugazi, groupe américain moteur de la scène
indépendante, dont le leader Ian MacKaye, à la
tête de son label « Dischord » fait perdurer une
éthique Do It Yourself irréprochable.324(*) Une soirée
placée sous le signe de l'alternatif qui montre certainement
l'attachement de LOH à cette scène, malgré les changements
structurels du lieu qu'elle gère. Les premiers concerts marquant la
réouverture du Confort Moderne sont pour leur part organisés le
17 septembre 1992, avec l'accord des partenaires financiers, et notamment du
comité d'évaluation, pour qui « les deux saisons
1992-1993 seront difficiles. »325(*) Les pouvoirs publics prennent tout de même le
risque de relancer le centre culturel qui, de l'aveu même de la presse,
« repart sur de nouvelles bases, avec malgré tout une
épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête.
À la fin de l'année, on lui demandera des
comptes. »326(*) La menace est donc bien présente, et c'est
à ce prix que les institutions contraignent le Confort Moderne à
employer des méthodes de gestion rigoureuses et une programmation
soumise aux lois de la rentabilité.
Pourtant, lors de cette réouverture, l'équipe
fait tout pour revendiquer à nouveau le fait que « le Confort
Moderne conserve la même éthique: le mélange des gens et
des genres, l'accès à la culture pour tous les
jeunes »327(*), malgré une fermeture de six mois pour
restructuration. Cette déclaration de la nouvelle directrice Isabelle
Chaigne ne parvient pas à masquer les nouvelles méthodes de
ciblage du public. À l'image d'une entreprise qui emploie des
stratégies de marketing, « les dirigeants ont
travaillé l'approche et la clientèle
estudiantine. »328(*) Ces objectifs visant à rentabiliser le projet
du Confort Moderne prennent donc le pas sur la spontanéité qui a
toujours été la marque de fabrique du centre culturel poitevin,
et lui a permis - tout en n'étant pas forcément regardant sur les
retombées financières - de découvrir de jeunes talents
devenus célèbres. Plus que dans le texte, le ciblage d'un public
cohérent avec la programmation devient réellement une
priorité durant toute l'année 1992. Alors que dès le mois
de mars, une membre de l'équipe, Fabienne, s'inscrit auprès de la
DRAC pour un « stage de communication sur l'élargissement des
publics »329(*), une enquête de public est
réalisée gracieusement par des étudiants de l'école
de commerce330(*) et
celle-ci établit des statistiques concernant la popularité du
lieu. Une autre enquête est réalisée la même
année et établit le profil du spectateur type venant au Confort
Moderne,331(*)
conformément aux volontés du comité d'évaluation
permanent : « le public fréquentant le Confort Moderne
devra faire l'objet d'enquête par sondage afin de préciser quel
est ce public. Le questionnaire et les modalités d'enquête seront
mis au point entre le Confort Moderne et la Direction des Affaires
Culturelles. »332(*) Par ailleurs, le Confort Moderne commence à
développer une publicité qui se rapproche des méthodes
promotionnelles traditionnelles, et ne s'appuie plus sur le réseau
propre au milieu alternatif, à savoir les fanzines et radios
associatives. L'équipe du Confort Moderne prévoit ainsi de
produire des casquettes à l'effigie du nom du lieu333(*) et d'aller faire sa
promotion sur des lieux ciblés, comme par exemple le salon de
l'étudiant.334(*)
On voit donc bien que la recherche et l'élargissement d'un public
ciblé en lien avec la programmation du Confort Moderne devient une
priorité et prend le pas sur l'innovation artistique qui a fait la
réputation du lieu.
Cependant, on peut tout de même remarquer que la
diffusion proposée par le centre culturel poitevin conserve certains
aspects que l'on a déjà pu aborder précédemment.
L'attachement à la scène alternative hexagonale reste ainsi fort,
et le Confort Moderne reste un lieu privilégié de cette frange de
la musique populaire française. Dès la réouverture en
septembre 1992, certains noms ayant marqué le mouvement - n'ayant alors
plus la reconnaissance médiatique qui a fait ses beaux jours durant les
années 1980 - sont à l'affiche comme les VRP.
Néanmoins, on remarque que les groupes issus de cette scène
programmés dans la salle poitevine sont ceux qui ont obtenu une large
reconnaissance : les VRP ont ainsi rempli l'Olympia de Paris
quelques mois avant de revenir jouer à Poitiers.335(*) La diffusion de cette
scène auparavant très structurée ne se fait donc plus lors
de grandes manifestations comme le festival « Rock Hexagonal
Tendancieux » qui voyaient des formations reconnues côtoyer des
petits groupes émergents ou par des soirées consacrées
à des labels. Les réseaux semblent s'être effrités
et la programmation prend la forme de soirées concerts isolées.
Une large part de celle-ci reste consacrée à des artistes peu
reconnus, développant des styles musicaux nouveaux, conformément
à tout ce qu'a toujours fait LOH. On remarque toutefois que dans le
cadre de la rentabilisation financière des locaux du Confort Moderne,
une stratégie nouvelle est adoptée concernant l'utilisation de la
salle de concert de 800 places ouverte en 1988. Celle-ci est louée
à des associations, qui peuvent ainsi organiser des concerts sans avoir
de locaux leur appartenant. Seulement, alors que les gérants auraient pu
se tourner vers de petites associations sans moyens relayant des petits groupes
méconnus, c'est une association niortaise, Aloha Productions, qui occupe
le plus souvent l'espace de concerts du Confort Moderne. Or, la nature des
artistes programmés par cette association tranche nettement avec celle
de ceux habituellement diffusés par LOH. Ceux-ci
« collectionnent les disques d'or »336(*), leurs titres sont
« fredonnée[s] sur toutes les ondes [et sont] 44e
au Top 50. »337(*) Aloha Productions met ainsi à l'affiche des
artistes issus de l'industrie du disque comme Keziah Jones, ou
Jean-Louis Aubert, beaucoup plus reconnus et conventionnels que les
groupes programmés habituellement. Cette diffusion beaucoup plus grand
public influe forcément sur les prix des places qui, une fois encore
tranchent largement avec la politique d'accès à la culture mise
en place depuis le départ par le Confort Moderne. Alors que les tarifs
des manifestations proposées par LOH gravitent autour de trente-cinq ou
cinquante francs, les concerts d'Aloha Productions atteignent quatre-vingt,
cent, voire cent-vingt francs. Même si ces prix ne correspondent pas
à l'éthique habituelle du centre culturel poitevin, il faut
comprendre que ces concerts et l'argent que « rapportent les
locations à Aloha [sont] déterminant pour [le] bon
fonctionnement »338(*) du Confort Moderne. Paradoxalement, ils sacrifient
le rôle initial de défricheur culturel du lieu et d'espace
culturel accessible, tout en permettant de combler les pertes
financières liées à ces concerts faiblement
fréquentés.
Si la dimension culturelle atypique du Confort Moderne a
quelque peu été écornée par les nouvelles clauses
de la convention, on peut remarquer que le rôle social du lieu a
été conservé, et ce pour une raison précise :
les pouvoirs publics ont en effet vu dans ce centre culturel un moyen
d'intégrer socialement des catégories de population qu'eux
même n'arrivaient pas à atteindre. La convention signée en
1992 assigne donc un rôle social fort au Confort Moderne qui est
obligé de « traiter, avec les moyens spécifiques d'un
établissement culturel accueillant un public jeune, les problèmes
posés par la marginalisation et l'exclusion
sociale. »339(*) Dans cette lignée, une soirée gay est
organisée en octobre 1992 ; elle accueille parallèlement aux
concerts des associations de prévention du VIH et milite contre les
discriminations.340(*)
C'est peut-être même cette dimension qui a le plus
intéressé les partenaires, voyant plus dans ce lieu un espace de
socialisation de populations jugées difficiles, qu'un espace culturel.
Cependant, cette socialisation ne se fait pas librement et le Confort Moderne,
dans le cadre de son aseptisation, est obligée de faire appel aux
services d'une entreprise de sécurité, qui est habilitée
à employer des méthodes inhabituelles pour le lieu :
« le personnel décide de l'opportunité d'user de la
force si cela est nécessaire »341(*), et peut interdire
l'accès à « tout client présentant des troubles
de comportement laissant à penser qu'il est manifestement
ivre », ce qui contrevient à l'esprit du Confort Moderne
où « la préoccupation festive devient
secondaire. »342(*) Il convient néanmoins de noter que la Ville
de Poitiers a su également trouver un intérêt dans certains
services artistiques proposés par le Confort Moderne :
« jeunes créateurs, artistes, musiciens ne manquent pas
à Poitiers. Pour les aider, la Ville met à disposition des locaux
de répétition. »343(*) On constate donc que le centre culturel,
conformément à ce qu'on a pu voir dans les débats qui
animaient les conseils municipaux pendant la crise du Confort Moderne, devient
un véritable enjeu politique pour la municipalité, qui y voit une
façon de se donner une image jeune et dynamique. La teneur de cet
article est significative de ce fait, puisqu'on a l'impression que la Ville a
fait un effort pour dégager des locaux permettant aux groupes locaux de
créer, alors que ceux-ci ont été aménagés
par le Confort Moderne dès son ouverture, et son nom n'apparaît
même pas lors de l'évocation des boxes de
répétition.
Cela est donc révélateur du changement de nature
du Confort Moderne qui est réellement intégré au
réseau des structures culturelles publiques de la Ville de Poitiers,
mais aussi de l'État. En conséquence, le centre culturel a
dû obéir aux exigences institutionnelles, ce qui a provoqué
de larges changements au sein de la structure, que ce soit sur le plan de la
gestion, ou du projet. Finalement, l'action du Confort Moderne s'est
apparentée dès sa réouverture à une mission de
service public, ce qui l'a conduit à proposer une programmation beaucoup
plus consensuelle et à revêtir un rôle social important et
préétabli - alors qu'auparavant, cette dimension était
entretenue de fait plus que par convention.
Cette seconde partie nous a donc permis d'analyser l'issue de
la crise débutée le 17 janvier 1992, à l'annonce de la fin
du subventionnement du Confort Moderne par les pouvoirs publics. Sous
l'impulsion de la DRAC, le dialogue ayant repris a conduit l'équipe du
lieu à capituler devant les clauses fixées par ses partenaires,
et à signer un accord dix jours après le début du conflit.
Ces dix jours ont été capitaux dans l'histoire du Confort Moderne
et ont montré à quel point la structure était soumise aux
volontés de ses financeurs, à partir du moment où ceux-ci
manifestaient un désaccord. En théorie, le rachat des
bâtiments par la Ville en 1988 avait signé la réelle fin de
l'indépendance du lieu. De fait, celle-ci arrive en 1992, avec
l'énonciation des exigences institutionnelles, contre lesquelles le
Confort Moderne n'a rien pu faire, et a hésité un temps entre la
fermeture définitive et les concessions avant de choisir cette
dernière option. Nous avons donc tenté ici de dégager les
aspects originels que la deuxième formule du Confort Moderne avait
tenté de conserver tout en montrant comment ceux-ci étaient
néanmoins sous le contrôle total des partenaires publics. De la
gestion au projet, le centre culturel poitevin semble être totalement
sorti du circuit alternatif, pour intégrer le réseau des
structures culturelles publiques.
III. L'ÉVOLUTION DE LA SCÈNE ALTERNATIVE DE
POITIERS : DES CHANGEMENTS DANS DES TRAJECTOIRES DIVERSES
Nous venons de le voir, le Confort Moderne, dès la
rentrée de 1992 a connu une crise l'ayant conduit à adopter de
nombreux changements concernant son fonctionnement et son projet artistique,
marqueurs d'une institutionnalisation forte. Si cette structure semble
être sortie de la scène alternative pour devenir un espace
culturel officiel dédié aux musiques dites actuelles et notamment
au rock (indépendant ou non), il convient de voir comment les
autres membres de cette scène évoluent jusqu'en 1994. Nous
commencerons donc par envisager la suite de l'institutionnalisation du Confort
Moderne jusqu'à cette date, puis reviendrons sur la Fanzinothèque
de Poitiers et le label On a faim !.
A/ Le Confort Moderne en voie
d'institutionnalisation définitive
Alors que nous avons déjà vu que le centre
culturel poitevin avait dû se plier aux exigences des pouvoirs publics
afin de pouvoir rouvrir en septembre 1992, nous allons désormais pouvoir
essayer d'envisager le déroulement de l'histoire du Confort Moderne
après la stabilisation de sa situation durant la fin de cette
année. Cette partie va donc nous permettre de nous demander si le
Confort Moderne a choisi d'entretenir malgré tout les relations
existant avant le conflit, ou si au contraire, il s'est orienté vers des
directions plus institutionnelles. La première chose que nous allons
pouvoir constater, c'est que les liens avec le réseau Trans Europe
Halles, qui faisaient du Confort Moderne un centre culturel
réputé à l'échelle européenne sont
conservés. La structure envoie ainsi des groupes jouer dans
différentes villes d'Europe en 1993 et reçoit le festival TEH les
11, 12, 13 et 14 novembre de la même année, qui obtient un
succès mitigé.344(*) Une fois encore, on voit l'intrusion d'artistes
issus de l'industrie du disque comme le belge Arno dans une
programmation où l'on trouve aussi des groupes indépendants comme
Lofofora. On constate donc d'une part que le Confort Moderne,
malgré sa perte d'indépendance vis-à-vis des institutions
reste au sein du réseau TEH qui rejette pourtant l'influence des
institutions sur le fonctionnement des lieux qu'il labellise, et d'autre part
que la programmation du festival organisé par cette association commence
à inclure des artistes liés au monde du show-business.
On retrouve de nouveau ce type d'artistes grand public dans le projet du
Confort Moderne à travers, comme nous l'avons vu
précédemment, la location de la salle à des associations
comme Aloha Productions. Cependant, on remarque également que LOH
commence à louer l'espace de concert à des associations plus
confidentielles et alternatives, qui proposent des concerts en cohérence
avec la programmation habituelle du Confort Moderne. L'une de celle-ci -
à laquelle nous avons déjà fait référence
précédemment puisqu'il s'agit de Nahda - diffuse ainsi des
groupes liés au milieu du hardcore, dans lequel le centre
culturel s'est déjà impliqué en faisant par exemple passer
des artistes gravitant autour du label Alternative Tentacles345(*). Cette association s'est
donc plus fondue dans le projet du Confort Moderne, même si l'entente
entre les deux structures était relative :
« On doit rien au modèle de
développement du CM [Confort Moderne, nda]. Rien : un peu de soutien et
beaucoup de coups bas. Là encore et comme pour l'AMP et la
Fédération, le CM avait rien compris et voulait surtout pas que
quelque chose arrive de différent. [...] Dans leur ensemble, les gens du
CM ont vraiment pas été sympas. »346(*)
On voit donc à travers ce témoignage que le
Confort Moderne entretenait des rapports difficiles avec le milieu associatif
local, et notamment indépendant. On remarque toutefois à travers
les sources que ces rapports tendus ne concernent pas seulement Nahda.
Concernant Aloha Productions, une partie de l'équipe « a peur
qu'ils [leur] « volent » du public ».347(*) Que ce soit pour une petite
association diffusant des groupes relativement méconnus telle Nahda ou
pour une plus grosse comme Aloha Productions, on voit donc bien que le Confort
Moderne, tout en essayant de se positionner sur les deux tableaux - alternatif
et show-business - a du mal à accepter que d'autres structures
viennent empiéter dans leur champ d'action. On remarque que c'est sur ce
problème récurrent du public que le bât blesse, puisque
l'équipe craint finalement de voir des spectateurs potentiels leur
faire défaut au profit d'autres structures.
Par ailleurs, la dissociation du Confort Moderne avec le
milieu associatif s'explique également par la nature de ce qu'il est
devenu, c'est-à-dire un lieu institutionnel aux objectifs bien plus
stricts et ambitieux qu'une simple association. Le lieu connaissait
déjà, nous l'avons vu, quelques divergences avec ce milieu avant
la crise, mais le nouveau fonctionnement a certainement dû mettre encore
plus de distance entre le centre culturel et les associations alternatives de
Poitiers. Ainsi, le premier marqueur que l'on peut hypothétiquement
imputer au tournant pris par le Confort Moderne (mais qui tient aussi de
facteurs économiques) est la fermeture de la boutique de disques
« la Nuit Noire » dans la cour du 185, Faubourg du
Pont-Neuf, qui baisse son rideau de fer à la rentrée de septembre
1992.348(*) Par
ailleurs, alors que l'équipe essaie de développer des liens avec
une association relativement jeune - la Pont'Ach Rock, montée
entre autres par Gilles Benèche349(*), « excédé par le manque de
disponibilités offertes sur la scène
poitevine »350(*) - elle se rend compte que son fondateur
« n'a pas l'air plus motivé que ça. En fait, ça
n'avance pas du tout. »351(*) Ce désintérêt traduit finalement
l'inadaptation du Confort Moderne à ce type d'associations qui
recherchent des petits lieux permettant à des groupes relativement
modestes de se produire devant un public forcément restreint - Gilles
Benèche se plaint ainsi « qu'à Poitiers, il manque un
vrai bar rock352(*). La volonté émise par l'équipe
du Confort Moderne de développer cette association n'est en plus pas
intéressante pour la Pont'Ach Rock qui souhaite rester à
une échelle modeste, peut-être pour ne pas justement tomber dans
les travers qu'a connus le centre culturel largement institutionnalisé.
Or, justement, cette institutionnalisation et les rapports
étroits avec les pouvoirs publics qu'elle implique, ont posé un
certain nombre de contraintes au Confort Moderne, et notamment sur le plan de
la gestion. Ainsi, alors que la mobilité des personnels était
l'une des caractéristiques notoires de la première version de la
structure poitevine, des organigrammes sont régulièrement
édités et font un recensement précis des postes
occupés, et assignent chaque personne à une tâche
spécifique : en 1994, l'équipe comptait alors trente-sept
emplois dont six salariés à plein temps, dix-neuf intermittents
et quelques contrats aidés et objecteurs de conscience353(*), ce qui en fait une
entreprise relativement importante. Les comptes de la structure sont
constamment contrôlés et un bilan est présenté aux
partenaires à chaque trimestre, ce qui exige une gestion et un travail
très lourds pour l'équipe, constamment sous pression :
l'épée de Damoclès évoquée par la presse
locale lors de la réouverture du centre culturel est toujours au dessus
de la tête de la structure. En effet, même s'il a
adopté un fonctionnement rigoureux, « la situation du
Confort est critique »354(*), même quelques mois après sa
réouverture, et ce n'est pas la seule structure de ce type en France
à connaître ces difficultés. En effet, dès janvier
1994, la presse locale fait état de l'entrée du Confort Moderne
dans un réseau de salles répondant aux mêmes
caractéristiques : les Clubs Rock.355(*) Si les objectifs de ce
réseau restent flous, la suite est éclairante : en mars de
la même année, le réseau Fédurok est
créé et intègre le centre culturel poitevin. Cette
association a « pour but l'étude et la défense des
intérêts matériels et moraux des membres, la
réalisation de spectacles de qualité à des prix
abordables, ainsi que la défense du patrimoine et de la culture
rock. »356(*) « Initialement fondée par des
structures essentiellement centrées sur l'activité de diffusion,
elle s'est progressivement développée autour d'objectifs
partagés de structuration du secteur et de reconnaissance
institutionnelle. »357(*) Réunissant des salles de toute la France, qui
ont été de hauts lieux du mouvement alternatif, comme l'Ubu de
Rennes, ou l'Aéronef de Lille, ce réseau a donc pour objectif de
structurer un ensemble de salles de concerts de musiques dites actuelles en
professionnalisant un peu plus leurs personnels et en établissant des
liens toujours plus étroits avec les institutions. Ce qu'il convient de
remarquer, c'est que ce type d'initiatives s'inscrit dans la lignée d'un
organe institutionnel que nous avons déjà
évoqué : le Centre d'information rock (CIR)
créé à l'initiative de l'État en 1985, qui tentait
pour sa part de regrouper l'ensemble des composantes du circuit musical. La
Fédurok concrétise donc à petite échelle ce qui a
pu se passer à Poitiers lors de la crise du Confort Moderne et cherche
à établir des partenariats forts entre les structures et les
institutions. Le centre culturel a donc été une fois de plus
précurseur sur la situation de 1994 et l'issue du conflit, qui a pu
être perçue à Poitiers comme un constat d'échec, a
été vue ailleurs comme une chance :
« l'idée pourrait faire tâche d'huile : l'Ubu
à Rennes est demandeur de ce type d'état des
lieux. »358(*)
On voit donc que le milieu des années 1990 est marqué par la
volonté des structures elles-mêmes de se professionnaliser et
d'entrer dans le champ d'influence des pouvoirs publics, ne pouvant plus
continuer à fonctionner de façon indépendante.
Nous avons donc pu voir que même s'il continuait tant
bien que mal à réactiver certains de ses vieux réseaux
alternatifs (notamment américains), le Confort Moderne tendait
inexorablement à adopter un fonctionnement de plus en plus
institutionnalisé, sous le contrôle toujours étroit des
pouvoirs publics, ayant réussi à faire d'un des pôles du
mouvement alternatif hexagonal, un lieu relativement aseptisé avec une
programmation spécifique lui étant assignée. Cette
dynamique, nous l'avons vu, n'est pas propre à Poitiers et rejoint un
courant national, qui se structure en réseau de salles
dédiées aux musique dites actuelles, et correspond finalement
à un cloisonnement du projet artistique, ce qui avait été
largement combattu par la première version du Confort Moderne, qui
souhaitait ouvrir sa programmation à n'importe quel style musical,
pourvu que celui-ci soit novateur et atypique.
B/ On a faim ! : des
changements dans la continuité
Alors que nous venons de voir que le Confort Moderne prenait
le chemin d'une institutionnalisation forte, nous allons pouvoir constater que
le label OAF !, qui avait adopté une éthique beaucoup plus
politique et radicale, va tout en gardant cette voie, opérer divers
changements. Le Confort Moderne intègre donc en 1994 le réseau
Fédurok, qui s'inscrit dans la continuité des initiatives
étatiques comme le CIR, qui voulaient professionnaliser et
institutionnaliser le milieu rock. Or, le positionnement du
réseau OAF ! vis-à-vis de ces deux organes a
été très clair. Dans notre chapitre
précédent, nous avons déjà mis en lumière
les critiques que celui-ci portait à l'égard du CIR. Dans les
années 1990, on peut remarquer que cette hostilité se dirige
contre le réseau Fédurok et reste manifeste. Elle se traduit par
des articles incendiaires dans le fanzine OAF ! : un article
intitulé « Fédurok : magicienne ou
sorcière ? » paraît au premier trimestre de
l'année 1998 et, à la différence de ce qui a
été fait dans les années 1980, ne remet « pas en
cause l'essence de l'action étatique mais la bureaucratisation des
institutions, la perte de contact avec la base, notamment du point de vue des
salles de spectacles. »359(*) Ainsi l'article met l'accent sur le changement de
nature des lieux comme le Confort Moderne, qui « sont devenus
PROFESSIONNELS, voyez, ils sont même gérés par des
« professionnels de la profession » [...] Ces
gens-là DECIDENT en fonction des modes, des médias. [...] Ce qui
est triste, c'est de voir que ces salles, qui sont à l'origine des
« acquis » des rockers, qui n'existent que parce
qu'il y'a des groupes, puissent les traiter ainsi. »360(*) On remarque donc que si le
label poitevin OAF ! se trouvait déjà en marge des
structures alternatives préexistantes à Poitiers, le tournant
pris par la plus importante de celles-ci n'a fait que maintenir voire amplifier
cette distance.
Pourtant, le changement d'équipe opéré
aux alentours de l'année 1992, qui a vu Luc Bonet céder sa place
à Gil Delisse notamment, a fait d'OAF ! - Label, nous l'avons
déjà souligné, une structure moins politisée, avec
d'autres ambitions, car « Gil était un dessinateur, donc il
avait certaines exigences esthétiques. »361(*) Ce petit tournant, a fait du
label poitevin une structure moins isolée, et plus
intégrée au milieu culturel poitevin. Par ailleurs, la profession
de dessinateur de Gil Delisse et son implication dans le fanzine auquel
était rattaché le label, l'a naturellement conduit à
tisser des liens avec la Fanzinothèque de Poitiers, qui était
évidemment impliquée dans le milieu des arts graphiques. Or,
c'est à partir de ce type de relations affinitaires que des productions
OAF ! ont pu voir le jour. Si le groupe très lié au Confort
Moderne Les Petits Fiers figure sur la compilation « Pogo
avec les loups », produite lorsque Luc Bonet faisait encore partie du
label, La collaboration d'OAF ! - Label avec le groupe Un Dolor
est la première avec un groupe poitevin. « Il y' a eu
l'album d'Un Dolor qui a été coproduit avec Weird, parce
que bon justement c'étaient de bons potes. »362(*) Ce type de rapport entre le
label et les formations qu'il produit est représentatif des conditions
qui permettaient à un groupe de collaborer avec OAF ! -
Label : « ce n'était que de l'affinitaire. [Ils n'ont]
quasiment jamais sélectionné un groupe a partir d'une
démo. À part sur les compilations, mais c'étaient des
groupes [qu'ils ont] croisés sur plein d'autres choses que la
musique. » Alors que nous avons vu que Luc Bonet s'appuyait beaucoup
sur l'influence du fanzine et les cassettes qu'il recevait pour
sélectionner les groupes labellisés, on peut constater que la
seconde équipe se fonde beaucoup plus sur les affinités
personnelles pour produire des artistes. L'exemple de l'album d'Un Dolor,
« Muddy Brains » est particulièrement
significatif de ce fait, puisqu'il résulte des contacts entre Gil
Delisse d'OAF ! - Label et Gilles Benèche - salarié de la
Fanzinothèque de Poitiers et bassiste du groupe - qui a certainement
influé pour que le disque soit coproduit par Weird Records, avec qui il
entretenait des rapports facilités étant donné que le
siège de cet autre label poitevin se situait dans le garage qui abritait
auparavant la boutique « la Nuit Noire », soit dans la cour
du Confort Moderne. On voit donc que les productions effectuées par la
deuxième équipe sont plus nés de rapports affinitaires
rapprochés qui l'ont connectée à d'autres structures
locales, que la première qui s'appuyait sur les réseaux
nationaux. Cependant, même s'il est devenu moins central après le
départ de Luc Bonet, le discours politique n'en restait pas moins
présent dans les productions OAF !, et les compilations
revêtaient toujours les avatars du mouvement libertaire, en
témoigne celle intitulée « Ni Jah Ni
Maître ». Cette compilation témoigne d'ailleurs des
évolutions du label, qui semble se décloisonner du genre
punk ou hardcore : « La nouvelle équipe
du label, a choisi un positionnement moins militant, qui était aussi un
positionnement musical spécifique (plus dub/reggae que
rock). »363(*)
Pourtant, même si le discours politique est moins
évident, il n'en reste pas moins que le label continue à
s'inscrire dans la frange la plus alternative du milieu rock
français. Pour exemple, la nouvelle équipe est confrontée
à un problème de taille peu de temps après son
arrivée : « [Ils étaient] distribué[s] par
New Rose, au début. Et puis un jour ils ont dit « Bon !
On arrête de distribuer des petits labels » parce que ce n'est
pas rentable du tout, quand ils ont commencé à avoir des
problématiques de rentabilité. [...] Donc ils [les] ont
virés et [ils se sont] retrouvé[s] sans
distributeur. »364(*) Cet événement marque une fois de plus
la crise des structures ayant grossi avec le mouvement alternatif et se
trouvant dans l'impasse au début des années 1990.
« Là-dessus, il y'a Mélodie où Duduche bossait,
et il [leur] a dit : « moi je peux m'en
occuper. » »365(*) OAF ! - Label ne tarde donc pas à
retrouver un distributeur indépendant par le biais d'une connaissance
appartenant au milieu musical, mais aussi politique. L'identité de cette
personne est en effet révélatrice du fait que la structure ne
change pas d'éthique malgré la crise du mouvement
alternatif : nous l'avons dit, l'année 1985 voit la création
CIR, dans le but de structurer sous l'égide de l'État la
nébuleuse d'organes constituant les scènes locales
autoproclamées. Or, voyant d'un mauvais oeil cette intrusion
institutionnelle, « Duduche » crée en
réaction et en accord avec les acteurs du mouvement eux-mêmes,
donc par la base, le Centre autonome du rock (CAR). C'est « une
initiative underground qui provient de militants qui animent aussi une
émission sur Radio Libertaire. »366(*) « Le CAR se veut
avant tout proche des acteurs du rock, convivial, et si ses moyens
sont limités, ses actions et sa présence sur le terrain ne sont
plus à démontrer (tables de fanzines dans les concerts,
organisation de rencontres, débats, festivals, vidéo, travail
commun avec la Fanzinothèque. »367(*) On remarque donc
qu'OAF ! - Label reste dans des réseaux qui perpétuent les
pratiques développées par le mouvement alternatif. Ainsi,
même si Mélodie est un distributeur plus important que New Rose et
distribue les productions OAF ! dans des structures faisant partie des
canaux de l'industrie du disque comme la FNAC ou Virgin, le fait que ce soit
« Duduche » qui gère la partie rock du
distributeur a permis de conserver une éthique propre au milieu
indépendant :
« Il a créé le département
rock à l'intérieur de Mélodie et puis en fait, il
gérait sa petite cuisine, ce qui nous a permis même de faire des
disques assez improbables en distribution nationale.[...] Duduche passait son
temps à jongler pour se battre à la fois avec sa boite, parce que
quand tu vends des disques il faut quand même que ça rapporte, et
puis de l'autre coté justement faire en sorte que ça rapporte le
moins possible à sa boite pour que les prix restent le plus bas
possible. »368(*)
Malgré la disparition des organes indépendants
qui structuraient le mouvement alternatif, OAF ! - Label parvient
néanmoins, par ses contacts, à préserver des pratiques
fidèles à leur politique d'accès à la culture pour
tous.
Finalement, dans tous les domaines - de la sélection
des groupes à la diffusion des disques en passant par le regard critique
porté sur le monde du show-business - le label OAF ! a su
garder sa ligne directrice malgré un changement d'équipe qui
n'eut pour effet que quelques changements minimes sur le plan de
l'esthétique et de la prédominance du discours politique, qui
n'ont en rien modifié les pratiques politiques de la structure. La crise
nationale connue par le mouvement alternatif a même eu l'effet de
rapprocher le label des structures locales présentes à Poitiers,
ce qui montre bien le fait que ce type de fonctionnement alternatif ne peut
exister que par l'existence de réseaux de solidarités,
d'affinités, quels qu'en soient l'échelle. La
Fanzinothèque, fait partie intégrante de ceux-ci, et reste proche
d'organes comme OAF ! ou le CAR.
C/ La
Fanzinothèque : une ligne directrice immuable
L'année 1994 est l'occasion pour la
Fanzinothèque de fêter ces cinq années d'existence, et pour
la presse locale de revenir sur l'histoire de cet établissement hors du
commun et d'envisager ses perspectives. Avant tout, il convient tout d'abord de
replacer la Fanzinothèque dans un contexte bien particulier. Nous nous
trouvons presque au milieu des années 1990, et comme nous l'avons vu, le
mouvement alternatif qui avait connu son essor dans la deuxième
moitié des années 1980 est retourné à l'anonymat.
Il n'existe plus du solide réseau que celui-ci avait contribué
à construire que quelques bribes, reliés par de forts liens
affinitaires et militants. Le mouvement rock, qui avait impulsé
une dynamique puissante dans le fanzinat français et européen
semble s'essouffler et la jeunesse qui en était à l'origine
commence à s'orienter vers les styles musicaux émergents,
nés des technologies numériques, c'est-à-dire le
rap et le hip-hop ainsi que les musiques
électroniques. Si l'on ajoute à ce facteur l'arrivée
d'internet qui permet aux rédacteurs de fanzines de publier
eux-mêmes leurs créations sans passer par la partie édition
- qui comprend la création de l'objet, avec les moyens du bord (ciseaux,
colles etc.) et les photocopies - on pourrait penser la Fanzinothèque en
danger, à court de fanzines à récolter. Pourtant, il n'en
est rien : « le fanzinat se porte bien. »369(*) Comme l'explique Didier
Bourgoin, la structure reçoit toujours une soixantaine de productions
par mois, ce qui assure une quantité suffisante de travail au personnel
qui gère le petit établissement. Les premières
années ont permis à la Fanzinothèque de se faire un nom
à travers la France et de créer des contacts
supplémentaires, en plus de ceux qui existaient avant son ouverture.
Comme l'explique le directeur, « ce premier quinquennat
représente pour les responsables de l'endroit une première phase,
celle « de la mise en place, du lancement, ou de la
découverte » »370(*), et force est de constater que « la
reconnaissance est acquise, et pas seulement auprès des
initiés. »371(*) Cette première phase dépassée,
le public étant familiarisé avec ce lieu insolite qu'est la
Fanzinothèque, son personnel a ainsi pu se consacrer à d'autres
activités, qui mettent l'accent sur la valeur patrimoniale que
représentent les fanzines. Cette deuxième phase pour
l'équipe de fanzinothécaires consiste à remplir l'objectif
« de référencer, et de recenser toutes les informations
contenues dans les fanzines et d'informatiser le tout pour créer une
banque de données sur la musique. »372(*) Comme nous l'avions entrevu
dans notre précédente partie concernant la Fanzinothèque,
on voit donc que le rôle du lieu ne se limite pas à un lieu de
stockage ou de simple communication des productions reçues. En partant
du principe que les fanzines ont joué un rôle moteur dans
l'autostructuration du mouvement alternatif, on voit que la
Fanzinothèque dépasse la perception habituelle qu'on peut se
faire de ce type de revues, c'est-à-dire l'objet-même, pour aller
au contenu précis de ces dernières et créer un outil
donnant accès à des ressources permettant de se documenter sur
les acteurs qui ont contribué à faire de la scène
alternative un mouvement culturel créatif à plusieurs niveaux
(musique mais aussi graphisme, vidéo etc.) de grande envergure.
La Fanzinothèque se dote donc en 1994 d'un outil de
recherche documentaire et ne se cantonne pas au classement et à la
communication des fanzines. Si l'on ajoute à cela la politique de mise
en valeur de la presse alternative en tant qu'objet unique, aux codes
esthétiques aussi particuliers que multiples qui fait du lieu un
véritable musée, et les manifestations organisées par
l'équipe - que ce soient des rencontres, des concerts etc. - on prend
aisément conscience de la vivacité d'une telle structure, qui
revêt une utilité culturelle énorme.
Particulièrement impliquée dans le milieu musical, comme nous
venons de le souligner, la Fanzinothèque développe, en plus des
fanzines qu'elle publie - Arsenal Sommaire Poitiers, initialement
édité par l'AMP, est repris en charge dès 1992 par la
Fanzinothèque, et continue d'annoncer toutes les manifestations rock
rayonnant autour de Poitiers - un espace dédié à la
création, ce qui lui permet d'ajouter une corde à son arc, qui en
compté déjà beaucoup : le laboratoire de
sérigraphie. Cette nouvelle composante de la Fanzinothèque, qui
voit le jour en 1994, met réellement l'accent sur les
intérêts artistiques défendus par la structure, et
s'implique une fois de plus, et de façon différente, dans le
milieu musical, encore plus près des artistes eux-mêmes. En effet,
l'atelier de sérigraphie « réalise des travaux
d'impression, d'édition et de création, comme par exemple des
pochettes de disques pour des groupes. »373(*) La Fanzinothèque
montre avec cette diversification de ses activités qu'elle s'ancre de
plus en plus dans le monde des arts graphiques et dans le milieu musical.
Nous avons donc pu voir que loin d'être menacée
par l'essoufflement du mouvement alternatif qui avait permis sa
création, la Fanzinothèque de Poitiers continuait son chemin sans
être inquiétée et restait active sur différents
tableaux. Loin de restée cloisonnée dans le petit local du 185,
Faubourg du Pont-Neuf, la structure diversifiait de plus en plus ses
activités pour devenir un véritable pôle documentaire,
artistique et créatif lié au monde du rock et des arts
graphiques. Elle fête donc son cinquième anniversaire sereinement
en 1994 et montre une fois de plus qu'elle a largement dépassé sa
fonction initiale, qui était, rappelons-le, de répertorier la
petite presse issue des lycées de Poitiers.
On a donc pu voir dans cette dernière partie que la
scène alternative de Poitiers devenait plus
hétérogène qu'auparavant : alors que le Confort
Moderne achève son institutionnalisation et se démarque des
autres structures poitevines pour s'insérer dans des dynamiques
nationales qui tendent vers un partenariat étroit avec les pouvoirs
publics, le label OAF ! et la Fanzinothèque conservent leurs lignes
directrices. La fin de la structuration nationale des réseaux
indépendants entraine néanmoins la focalisation des relations
entre composantes sur des espaces plus locaux. Il est ainsi plaisant de
constater que la Fanzinothèque de Poitiers fête ses cinq
années d'existence par une soirée concert dans la salle du
Confort Moderne, réunissant des groupes produits par Weird Records et
OAF ! - Label, dont Un Dolor.374(*)
Ce dernier chapitre nous a donc montré que la
scène alternative de Poitiers avait connu dès les premiers mois
de 1992 un tournant majeur. On a pu constater qu'en dix jours, le Confort
Moderne avait montré les limites que constituait un fonctionnement trop
appuyé sur l'aide financière des pouvoirs publics, qui avaient
profité des problèmes de gestion du centre culturel pour
intervenir sur son fonctionnement administratif mais aussi sur son projet, afin
de l'intégrer dans un réseau d'infrastructures culturelles
institutionnelles en leur assignant un rôle de service public qui
incluait un cahier des charges strict dans le domaine du social et de la
culture. Une fois de plus, le Confort Moderne a montré son
caractère novateur puisque - même si celui-ci est né d'une
crise où les rapports entre l'équipe et ses partenaires se sont
tendus - son nouveau fonctionnement a servi de modèle aux salles de
spectacles de même type : Poitiers fut encore une fois le
laboratoire qui a permis à l'État et aux collectivités
d'expérimenter sur une échelle plus large une nouvelle forme de
gestion de ces espaces culturels, où ceux-ci auraient plus de prise, de
contrôle. Or, c'est finalement ce tournant et ce partenariat
étroit avec les pouvoirs publics qui ont de fait mis le Confort Moderne
à l'écart de la scène alternative, n'ayant plus
l'indépendance qui le caractérisait à ses débuts,
et qui lui permettait d'être en lien direct avec la scène
underground. La scène alternative se morcèle donc, et on
peut remarquer que les structures qui subsistent se mettent alors à
coopérer plus facilement qu'auparavant - où les réseaux
s'étendaient à l'échelle hexagonale - tout en gardant une
éthique indépendante forte.
CONCLUSION
« On présente toujours le truc comme :
tu as eu le mouvement alternatif, et puis l'apogée ce serait en 1989
avec la fin des Bérurier Noir, et après il n'y aurait
plus rien. Mais c'est complètement faux. Regarde le nombre de groupes
qui existaient, le nombre de fanzines qui existaient, et qui continuaient
d'ailleurs, surtout ici, ça s'est pas arrêté comme
ça, à date fixe [...] ça continuait, ça
n'arrêtait pas. En sous-terrain, ça n'a jamais
arrêté. »375(*)
Ce constat établi par un des membres du label
OAF ! semble bien résumer la situation de la scène
alternative de Poitiers. On a pu montrer au cours de notre étude de la
scène indépendante poitevine que l'année 1989 avait certes
marqué l'apogée des structures locales issues ou
intégrées au mouvement alternatif, mais qu'elle constituait aussi
le point de départ d'une structuration durable de certaines de ses
composantes. Nous avons pu découvrir que l'association L'oreille est
hardie - qui s'est créée en 1977 - avait placé
Poitiers au centre de dynamiques internationales, et avait installé dans
la capitale régionale un cadre propice à l'expansion de nouvelles
composantes se greffant sur cette structure préexistante. Prenant acte
de l'inadaptation des infrastructures mises à disposition par la
municipalité pour organiser des concerts de musiques amplifiées
et du désintérêt des pouvoirs publics vis-à-vis de
l'action culturelle développée par LOH, l'association ouvre
d'elle-même en 1985 le centre culturel du Confort Moderne dans de vieux
entrepôts désaffectés et diversifie ses activités
pour prendre une place réellement importante dans la vie culturelle de
Poitiers et interpeller les institutions, tout en fédérant une
jeunesse impliquée dans un large mouvement se déroulant en dehors
des rouages traditionnels de l'industrie musicale. Renforçant son
rôle de terreau favorable au développement d'une scène
musicale complète à Poitiers, le Confort Moderne a permis de voir
apparaître dans les années 1980 de multiples entités
créatives intéressantes à soutenir. Pour exemple, on a pu
mettre en lumière le foisonnement de la presse alternative et
lycéenne poitevine, ayant conduit à la création de la
Fanzinothèque, qui tout en dépassant les volontés
municipales a su s'implanter au coeur du fanzinat national. Par ailleurs, on a
également pu voir que la formation de nombreux groupes à Poitiers
et ailleurs avait pu encourager à fonder des labels destinés
à produire ces artistes et à les aider à diffuser leur
musique.
Le mouvement alternatif entre ombre et
lumière : un enterrement médiatique
Ce qu'il est important de voir dans les composantes que nous
avons analysées, c'est l'inscription de celles-ci dans des
réseaux à différentes échelles, et ce quel que soit
le type de relations (affinitaires, politiques, artistiques). L'idée de
réseaux de solidarité prédomine dans le mouvement
alternatif et dans le mouvement Do It Yourself en
général : il s'agit de structures diversifiées
indépendantes mais aussi interdépendantes, reliées par des
intérêts multiples, qui se soutiennent les unes les autres, pour
créer un mouvement structuré. Nous l'avons vu au cours de notre
étude, la scène poitevine s'est toujours impliquée dans ce
type de fonctionnement, et loin de se refermer sur elle-même, elle a su
très tôt s'inscrire dans des sphères plus larges qui lui
ont rapidement apporté une reconnaissance indéniable. Dès
lors, comment envisager le positionnement de la scène poitevine face
à la crise qui touche ce mouvement organisé, au moment même
où les structures qui y sont liées se créent
paradoxalement à Poitiers ? Pour répondre à cette
question, nous reprendrons simplement la citation de Gil Delisse placée
au tout début de cette conclusion, en y apportant quelques
éléments complémentaires. Ce qu'il nous semble important
de noter dans un premier temps, c'est l'audience médiatique qu'avait
pris ce mouvement, et notamment les groupes moteurs de cette scène, qui
l'ont amené à la reconnaissance des médias de masse (pour
exemple, on peut citer une émission-débat « Ciel mon
mardi ! » diffusée en septembre 1989 à une heure
de grande écoute sur TF1, portant sur le rock
alternatif, avec la présence de responsables de majors et, entre autres,
des Bérurier Noir). Dès l'instant où ces groupes
moteurs ont disparu ou ont intégré l'industrie du disque - qui
s'était entre-temps adaptée à ces nouveaux marchés
- la mort du mouvement dans son ensemble a été actée, sans
se soucier du fait qu'une intense activité culturelle alternative
existait encore hors du champ des caméras. S'il est vrai que le
mouvement s'est scindé en deux conceptions différentes des
composantes créées de façon alternative dans les
années 1980 - d'une part ceux qui ont pu l'envisager comme un tremplin
permettant d'atteindre les sphères les plus commerciales du milieu
musical et d'autre part ceux qui y virent le moyen de créer, diffuser,
promouvoir la musique en dehors des systèmes institutionnels et/ou
marchands traditionnels - il serait inexact de penser que ce mouvement culturel
et les structures qui l'ont fait vivre aient toutes disparu en quelques mois.
Ce qu'il faut comprendre c'est que cette activité est sortie de la
lumière, est retournée à l'underground
d'où elle était issue, mais perdurait, même si les
médias et l'historiographie n'en font pas mention. Nous ne nierons pas
le fait que certaines structures alternatives aient périclité
où aient été récupérées par
l'industrie du disque ou les institutions, mais il faut nuancer ce fait en
expliquant que la culture alternative a toujours su se maintenir en s'appuyant
sur de nouvelles structures émergentes (on a pu le constater pour le
label On a faim ! lorsque son distributeur indépendant New Rose
s'est séparé de lui).
Le Confort Moderne comme prototype culturel : mise en
parallèle avec l'Aéronef de Lille
Il ne faut en effet pas négliger le rôle de
l'industrie du disque et des institutions qui en donnant une audience à
la frange la plus tournée vers la professionnalisation et la
reconnaissance du grand public, a du même coup fermé la porte
à la partie la plus authentique du mouvement, souhaitant continuer
à exister indépendamment, hors du champ d'influence des pouvoirs
publics ou du show-business. Nous l'avons clairement vu pour le cas du
Confort Moderne, seule structure de nos trois objets d'étude à
avoir eu des contacts étroits et suivis avec les institutions, dont le
fonctionnement s'est largement vu modifié par l'intervention de ses
partenaires publics. L'exemple de cette structure novatrice, qui a souvent
été en avance sur son temps, nous a permis d'étudier un
véritable laboratoire de la politique culturelle française des
années 1980 et du début des années 1990. À travers
les caractéristiques propres au Confort Moderne, nous avons en effet pu
entrevoir les priorités données par les pouvoirs publics dans
leur partenariat avec les structures liées à ce qu'ils
désignèrent par la suite par « musiques
actuelles. » Nous avons par exemple pu mettre en lumière la
dimension sociale du lieu, qui a permis dès le départ
d'intégrer des personnes victimes d'exclusion par son action culturelle,
or c'est justement un des points essentiels de « « la
politique du rock » [qui] forme d'abord le prolongement
d'une politique sociale destinée à la
jeunesse. »376(*) Par ailleurs, on a constaté que le
fonctionnement adopté par le Confort Moderne après la
restructuration découlant de la crise ayant opposé les
gestionnaires du lieu et les pouvoirs publics avait inspiré les salles
de spectacles ayant soutenu le mouvement alternatif, désireuses de
professionnaliser leurs équipes et d'intensifier leur partenariat avec
les institutions.
Nous le voyons donc, le Confort Moderne demeure finalement
comme un terrain d'expérimentation pour les pouvoirs publics, et si nous
envisageons son histoire avec du recul, nous pouvons y voir l'annonce de
certaines situations similaires dans d'autres centres culturels
français. L'étude du cas de l'Aéronef de Lille par
exemple, nous montre à quel point la situation du Confort Moderne a pu
se répéter, avec des similarités presque troublantes.
Sophie Patrice nous relate ainsi l'évolution de cette salle lilloise
à travers les crises qu'elle a pu connaître.377(*) La méthode
employée par cette consultante en marketing (la profession
exercée par cette spécialiste des politiques locales en
matière de musique populaire laisse deviner les champs d'intervention
auxquels est de nos jours soumis le monde de la musique) pour envisager ces
crises diffère quelque peu de celle que nous avons mise en place pour le
cas du Confort Moderne, puisqu'elle s'est uniquement appuyée sur la
revue de presse concernant la salle de concert nordiste. Alors que nous avons
largement utilisé celle du Confort Moderne pour ce même travail,
nous nous sommes également servi des archives de la DRAC et de la
municipalité, qui nous donnaient un point de vue plus interne pour
traiter de la crise du Confort Moderne. Avant d'entrer dans les détails,
il est d'abord nécessaire de signaler que l'Aéronef se distingue
du Confort Moderne dans le sens où ce sont les pouvoirs publics qui ont
impulsé sa création en 1989, et non comme à Poitiers une
association qui s'est d'elle-même engagée pour ouvrir un lieu
dédié aux musiques amplifiées, et bien plus encore. Ce
fait est intéressant dans le sens où les institutions se sont
impliquées avant même l'ouverture du lieu dans son fonctionnement,
puisque ce sont elles qui en sont à l'origine. Dès lors, il va
être intéressant de voir que rien de ce qui a pu se passer au
Confort Moderne n'a été anticipé, et que les mêmes
erreurs ont semblé se renouveler. Tout d'abord, le lieu choisi,
même s'il ne s'agit pas d'une friche industrielle, témoigne de la
volonté, à l'image du Confort Moderne, de réhabiliter des
bâtiments inoccupés afin de leur redonner vie. Un vieux
théâtre à l'italienne est donc investi et loué au
collège lillois qui en est propriétaire pour héberger les
concerts de l'Aéronef. Si l'idée de réinvestir des lieux
inoccupés comme celui-ci est importante pour les pouvoirs publics
locaux, car ils permettent de « réanimer des espaces locaux
dont la dégradation progressive nuit à la qualité du
milieu »378(*), il est étonnant de voir que les institutions
n'ont pas pris la mesure des inconvénients que l'occupation de tels
lieux occasionne : alors qu'à Poitiers, le Confort Moderne et la
municipalité qui le soutient doivent faire face à la
colère des riverains se plaignant du bruit des concerts eux-mêmes
et des sorties trop bruyantes du public depuis 1987, les institutions lilloises
n'ont pas songé, deux ans plus tard, à insonoriser les locaux et
doivent elles aussi affronter les critiques du voisinage ainsi que du
collège qui menace de ne pas renouveler le bail locatif. Alors qu'on
assiste en réaction à ces critiques à Poitiers à
des travaux d'insonorisation puis au rachat des locaux financés par la
Ville, la salle lilloise opte pour l'activation de ses réseaux en
lançant une contre-pétition et en organisant un concert de
soutien (auquel participent les partenaires), qui se solde par le financement
des travaux d'insonorisation par les pouvoirs publics et la prolongation du
bail. À Poitiers comme à Lille, c'est donc l'attachement des
politiques qui permet aux salles de concert de subsister, même si des
reproches similaires sont adressés à ces derniers, accusés
d'afficher un soutien de façade destiné à se donner une
image propice à l'obtention de voix supplémentaires pour les
élections. Cependant, à la différence de Poitiers, les
institutions lilloises n'hésitent pas dès 1995 à reloger
le centre culturel au coeur d'Euralille - énorme quartier d'affaire de
la capitale nordiste - au détriment de l'identité acquise par le
lieu dans le vieux théâtre. Le déplacement de la salle de
concert d'un vieux théâtre abandonné au coeur vers un
quartier économique futuriste est significatif de l'intégration
du milieu culturel dans le monde économique. Comme on a pu le voir en
1992 au Confort Moderne, la culture se voit envisagée comme une valeur
marchande qui se consomme comme n'importe quel autre produit. Le replacement de
l'Aéronef dans Euralille trois ans plus tard marque donc bien cette
évolution et suit la direction prise par la politique culturelle
française qu'on avait déjà observée à
Poitiers. Ce déménagement s'inscrit tellement bien dans ces
logiques de rationnalisation que les nouveaux locaux comptent deux salles de
concert de différentes jauges, qui permettent de faire venir de plus ou
moins grosses formations musicales. Si le Confort Moderne ne compte qu'une
seule salle, on a également pu voir qu'après 1992, le centre
culturel poitevin avait adopté cette politique d'équilibrage du
budget par la diffusion de concerts plus rentables que d'autres, qu'on ne
retrouve à Lille que trois ans plus tard. On observe par ailleurs dans
cette nouvelle salle des caractéristiques que l'on a déjà
rencontrées au Confort Moderne, qu'elles soient positives, ou
négative. Ainsi, un bar est ouvert toute la journée afin que
l'Aéronef soit plus seulement un simple lieu de diffusion culturelle,
mais un véritable espace de socialisation, de rencontres entre les
publics brassés. Quant à la gestion du lieu, on retrouve à
Lille une situation quasiment similaire à celle de Poitiers, avec six
ans de décalage. Alors que la salle de concert semble entretenir des
rapports plus que cordiaux avec les pouvoirs publics, qui ont jusque là
largement soutenu le lieu, l'année 1998 voit naître une crise
semblable à celle qu'a connue le Confort Moderne en 1992. La gestion de
l'Aéronef, qui connaît un déficit de 1.5 millions de
francs, est en effet remise en cause et les pouvoirs publics proposent à
l'équipe gestionnaire une restructuration et une rationalisation du
projet artistique qui se rapprochent de ce qu'on a pu observer à
Poitiers - on observe notamment la volonté de louer les locaux à
des tourneurs privés, à l'image d'Aloha Productions dans le cas
du Confort Moderne, et de réduire les concerts peu rentables qui ont
pourtant l'avantage de faire connaître des artistes de l'ombre. On note
toutefois qu'à la différence de Poitiers, le directeur en place
n'accepte pas ces modalités et préfère quitter
l'équipe.
L'histoire de l'Aéronef, nous venons de le voir, s'est
donc calquée de façon fidèle et assez troublante sur celle
du Confort Moderne de Poitiers, avec quelques années de décalage
pour chaque événement. Pourtant, nous avons pu constater que ce
centre culturel, ce qui se démarque du cas du Confort Moderne,
était né des volontés institutionnelles. Dès lors,
comment expliquer que la salle lilloise ait connu les mêmes travers que
le lieu poitevin, alors que les pouvoirs publics, qui avaient dès le
départ la mainmise sur son fonctionnement, disposaient d'un exemple
concret permettant d'éviter les écarts de gestion liées
à une aventure culturelle de ce genre ? Alors que l'on a pu voir
que les hautes sphères de l'État avaient publiquement
affiché leur soutien au Confort Moderne dans les années 1980 par
le biais de certains ministres, on remarque que les représentants
directs de l'État s'en écartent dès les premières
crises aux alentours de 1990, pour déléguer l'image du soutien
public à la DRAC. Finalement, on retrouve le même schéma
pour l'Aéronef : si les personnalités politiques
s'impliquent ostensiblement dans le soutien de la salle dès le
début, on remarque que les crises et les modifications structurelles qui
en résultent font s'effacer ces personnages publics au profit de
fonctionnaires moins médiatiques. On peut à partir de cela se
demander si les pouvoirs publics ne cherchent finalement pas à travers
ces mises en scène pompeuses, à trouver des vitrines culturelles
qui donneraient l'image d'un soutien étatique en direction d'aventures
culturelles originales, jusqu'à ce que celles-ci connaissent de
réelles difficultés conduisant à l'adoption de
fonctionnements beaucoup plus stricts et tournés vers la culture plus
marchande. Alors que les institutions savaient pertinemment que le
fonctionnement mis en place à l'Aéronef était
difficilement compatible avec leur vision d'une structure viable
économiquement - ils en avaient déjà l'exemple avec ce
qu'avait connu le Confort Moderne quelques années auparavant - elles
n'en ont pas tenu compte et ont opté pour un subventionnement qui sert
à combler les déficits, plutôt que de directement imposer
un programmation rentable en direction de publics ciblés et non plus
tous azimuts. On peut dès lors se demander si la permission et le
soutien apparent de tels lieux, avec une telle gestion ne sont pas des vitrines
pour l'image de marque de la politique culturelle française, dont les
représentants s'éloignent lorsque leur situation atteint un seuil
d'instabilité trop critique. C'est l'hypothèse qui pourrait selon
nous expliquer l'attachement successif de l'État à des structures
comme le Confort Moderne ou l'Aéronef, qui ont pourtant adopté
des fonctionnements ayant mené à des crises semblables les
opposant justement aux pouvoirs publics.
Le rôle de la décentralisation dans les
évolutions successives de la scène alternative
On a donc pu voir que le Confort Moderne avait servi de
terrain d'expérimentation pour les institutions, qui avaient quasiment
entièrement reproduit à l'identique - pour l'exemple de
l'Aéronef - ce que LOH puis les pouvoirs locaux avaient fait du centre
culturel poitevin entre 1985 et 1992. Nous avons vu que le rôle des
municipalités avaient été important dans le processus
évolutif de ces structures, et l'action de celle de Poitiers a donc
évidemment été importante dans cette
expérimentation de la politique culturelle. On peut remarquer que si
celle-ci a réussi, avec la DRAC à intervenir largement dans le
fonctionnement du Confort Moderne, pratique largement reprise à
l'échelle nationale, elle a aussi adopté des méthodes
allant plus dans le sens de l'indépendance revendiquée par les
structures liées à la scène alternative. Ainsi, une
initiative intéressante mise en place par la Ville de Poitiers a permis
à un lieu atypique en Europe comme la Fanzinothèque de se
créer et de perdurer avec une réelle indépendance, qui
peut sembler paradoxale. Le Conseil communal des jeunes a ainsi permis aux
volontés de certains Poitevins de s'exprimer et de trouver des fonds
pour réaliser des projets, qui ailleurs ont échoué, faute
de moyens. On voit donc que la Ville de Poitiers s'est impliquée
à différents niveaux pour soutenir la scène alternative,
puisqu'elle a permis à la Fanzinothèque d'exister sans intervenir
dans son fonctionnement, tandis que sa participation financière au
Confort Moderne a irrémédiablement tendu vers une
institutionnalisation croissante de sa gestion, de son projet, bref du lieu
dans son ensemble.
Ce genre de mutations des structures alternatives tient donc
beaucoup à l'orientation choisie par les instances locales de
décision issues de la décentralisation, qui
s'accélère largement avec les lois de 1982 et 1983 et
l'arrivée de Jack Lang au ministère de la Culture en 1981. Dans
le cas de la scène de Poitiers, on a vu que les structures qui la
formaient avaient essentiellement eu affaire à la municipalité
ainsi qu'à la DRAC (même si d'autres organes
décentralisés comme la Direction Régionale de la Jeunesse
et des Sports ont participé au financement de certaines d'entre elles,
ils n'ont pas eu de pouvoir de décision). Nous avons vu à travers
nos trois études de cas qu'outre le label OAF !, le
déroulement de l'histoire du Confort Moderne et de la
Fanzinothèque avait été influencé par les
directions données par les pouvoirs locaux. Ainsi, nous avons pu
constater que la Fanzinothèque était née du choix de la
municipalité de donner écho aux aspirations de la jeunesse
poitevine par le biais du CCJ. Or, la création de cet organe local est
la marque de cette politique de décentralisation, qui permet de
déléguer des pouvoirs aux instances locales, ce qui a pour effet
d'aller au plus près des volontés de la population. On voit que
pour le cas du CCJ, la préoccupation culturelle est importante, puisque
l'une des premières décisions de cet organe dépendant de
la Ville de Poitiers est la création d'un lieu dédié
à la presse alternative. Pour le cas du Confort Moderne, nous avons pu
remarquer que son histoire a été marquée par des rapports
déterminants avec les organes décentralisés. Alors que le
centre culturel aurait pu s'éteindre en 1988 après seulement
trois ans d'activité, c'est l'intervention de la DRAC et de la
municipalité qui a permis au lieu de subsister, grâce au rachat
des locaux et à leur mise à disposition de LOH. À
l'inverse, la crise de 1992 qui a vu la suspension des subventions par les
pouvoirs publics est le témoin d'une position beaucoup plus
sévère. Car s'il est vrai que la décentralisation permet
des contacts plus étroits entre les partenaires publics et les
structures qu'ils soutiennent - en témoigne l'attachement personnel du
Directeur régional des affaires culturelles Raymond Lachat au Confort
Moderne - les organes décentralisés n'en restent pas moins les
relais de la politique culturelle gouvernementale. Or, si l'on assiste dans les
années 1980 à une politique musicale relativement laxiste, qui
encourage la pratique musicale sous toutes ses formes, la musique est
envisagée dès la décennie suivante comme un objet
économique important, qui oriente les directives gouvernementales vers
des logiques de professionnalisation et d'institutionnalisation tournées
vers le marché du disque. On voit donc que l'évolution et
parfois la survie de certaines structures des scènes locales
dépendent à la fois des rapports entretenus humainement avec
certains décideurs locaux - Raymond Lachat avec le Confort Moderne, mais
on peut en dire autant de l'action de Mireille Barriet qui a permis la
fondation de la Fanzinothèque - mais aussi de la politique culturelle
nationale qui sert de toile de fond aux organes décentralisés.
Nous avons également pu voir dans notre introduction
que le mouvement alternatif avait largement été rattaché -
que ce soit dans l'historiographie ou dans la perception des médias et
des institutions - au rock. Notre analyse des composantes de la
scène de Poitiers nous a permis de contester fermement cet aspect
du mouvement, bien plus ouvert que ce qu'on a pu laisser croire. Ainsi, on
a pu démontrer que la Fanzinothèque s'était
impliquée dans des milieux autres que celui de la musique, et notamment
dans la bande dessinée, et que le Confort Moderne, et plus
généralement LOH avaient pour objectif de développer une
diffusion de musiques traditionnelles et expérimentales en plus du
rock. C'est d'ailleurs ce qui a fait de Poitiers et du 185, Faubourg
du Pont-Neuf un véritable lieu de brassage des genres, mettant en
contact des gens dont il aurait été difficile d'imaginer la
rencontre. Par ailleurs, nous avons également pu constater que
l'apparition de courants musicaux nouveaux issus des nouvelles technologies
numériques n'avait en rien affecté et mis en péril les
structures poitevines nées du mouvement alternatif : le Confort
Moderne, tout en restant très éclectique, a progressivement
dévié vers les musiques électroniques - pour rester dans
ce ciblage de la jeunesse qui n'avait plus les mêmes exigences
esthétiques que dans les années 1980 - la Fanzinothèque
restait impliquée dans le milieu de la presse parallèle qui a
continué à évoluer bien après la prétendue
mort du mouvement alternatif, et le label OAF ! a continué dans la
même logique qu'à ses débuts, jusqu'à arrêter
ses activités en 1998 alors que ses membres se dirigeaient vers leurs
activités artistiques respectives, qui les poussent aujourd'hui à
se retrouver régulièrement, sans exclure de reprendre leur
activité d'édition musicale un jour si l'envie leur en prend. La
scène poitevine nous a donc montré qu'elle ne s'est pas
confinée à une identité esthétique stricte, et a
privilégié l'éclectisme et la multiformité comme
vecteur de durabilité, conformément aux envies et à la
passion des acteurs qui l'ont, et la font vivre.
La scène alternative poitevine : entre
persistance et désillusions perpétuelles
Et même si certaines de ses composantes ont pu muter
pour s'institutionnaliser ou ont disparu, jamais la scène alternative de
Poitiers ne s'est éteinte ; elle a toujours été
portée par des acteurs de différentes natures : les groupes
poitevins n'ont jamais cessé de jouer, et d'être reconnus
nationalement - Seven Hate et Un Dolor pour ne citer qu'eux -
diffusés par des locaux de différentes natures : le Confort
Moderne bien sûr, mais aussi le Garage à Vélo (situé
sur le campus) ou même la salle de concert du Centre d'animation de
Poitiers Sud (CAPSUD) dont le programmateur a été très
attaché au milieu rock poitevin. Les années 2000 ont
également vu l'émergence de nouvelles composantes formant cette
scène alternative, sans forcément éclipser les
anciennes : du côté des groupes diffusant leur musique par le
biais de labels indépendants, on peut citer Klone qui
s'illustre particulièrement sur la scène métal nationale
voire internationale en ayant même longtemps été
autoproduits. Quant aux lieux d'expression offerts à ces groupes, ils
restent relativement nombreux à Poitiers, mais sont aussi
menacés. À l'image du Confort Moderne, largement aseptisé
depuis 1992, les pouvoirs locaux semblent vouloir faire taire les lieux de
concert diffusant des formations amatrices. Les bars se trouvent ainsi sous le
coup de nombreuses restrictions - allant même jusqu'à des
fermetures temporaires - et ne peuvent parfois plus programmer de musiques
amplifiées. Même si ce n'est par leur rôle initial, ces
établissements permettaient de faire se produire
régulièrement des petits groupes, en dehors des circuits
culturels à proprement parler, et parallèlement de créer
des moments festifs et vivants au sein d'espaces conviviaux - comme
c'était finalement le cas dans les premières années du
Confort Moderne, avant l'aménagement de la grande salle de concert qui
lui donnait déjà un caractère plus professionnel. Quant
aux établissements culturels eux-mêmes alternatifs, on ne peut que
se pencher sur le cas du Numéro 23, qui rejoint à de nombreux
égards ce que fut le Confort Moderne. Situé dans une ancienne
usine réaménagée en salle de concert, salle d'exposition,
studio vidéo, local de répétition, bar, disposés
sur trois étages, le Numéro 23 est géré par quatre
associations (le Collectif 23, Aux arts etc., Studio Grenouille et les
Théatros) qui organisent depuis 2007 diverses manifestations culturelles
dans la friche industrielle qu'elles louent à un particulier.
Véritable relais de nombreux groupes et d'artistes amateurs de la France
entière, le Numéro 23 représente, malgré les
rapports qu'il entretient avec d'autres structures associatives de Poitiers (la
Maison des trois quartiers, ou encore - et est-ce vraiment un hasard ? -
avec la Fanzinothèque) une place culturelle à part,
éloignée des codes relativement aseptisés des autres
structures poitevines. Le Numéro 23 remet finalement au goût du
jour le caractère festif et spontané que le Confort Moderne a
perdu au profit d'une institutionnalisation qui lui a en contrepartie offert
une stabilité qu'il n'avait pas. Or, c'est aujourd'hui la
stabilité du Numéro 23 qui est menacée, car l'avenir du
lieu est aujourd'hui même sérieusement compromis. Reprenant le
schéma habituel de l'attitude adoptée face aux structures
alternatives, les pouvoirs publics, et notamment la municipalité,
semblent vouloir se pencher un peu plus sur l'électron libre que
représente le centre culturel alternatif. Alors que la structure
semblait évoluer sous l'oeil à la fois bienveillant et
indifférent de la municipalité, qu'il ne semble pas y avoir de
campagne de riverains contre le lieu, et que les occupants ont
d'eux-mêmes entrepris des travaux visant à sécuriser de
plus en plus les locaux qui n'étaient pas destinés à
recevoir du public, la Ville de Poitiers commence au début de
l'année 2011 à faire entendre sa voix, et la commission du
conseil municipal déléguée à
l'accessibilité, au handicap et à la sécurité des
établissements recevant du public met en avant le fait que le lieu ne
respecte pas les normes de sécurité mais aussi la
législation : il est permis de fumer à l'intérieur
des locaux, l'établissement vend de l'alcool sans avoir de licence etc.
La municipalité a donc proposé au Numéro 23 de financer
les travaux de mise aux normes afin d'éviter la fermeture du lieu et de
lui permettre de continuer son activité en toute légalité.
Seulement, à la différence du Confort Moderne, qui s'est toujours
montré ouvert à des interventions de ce type de la part de la
municipalité - ce qui a contribué à le faire prisonnier en
quelque sorte de son champ d'influence - l'équipe du Numéro 23 se
pose aujourd'hui la question d'accepter ou non cette offre. Alors que la Ville,
de façon astucieuse une fois de plus, sanctionne le lieu pour son manque
de rigueur juridique mais lui propose d'y remédier elle-même - ce
qui revient à poser un ultimatum au centre culturel - les
membres de la structure ne semblent pas vouloir accepter une mesure qui d'une
part remettrait en cause le réel espace de liberté
développé sans incident depuis maintenant quatre ans dans cette
friche culturelle, et d'autre part commencerait à placer le lieu sous la
coupe de la municipalité, à qui ils devraient rendre des comptes.
Il n'y a plus eu de manifestations culturelles dans l'enceinte du Numéro
23 depuis le 27 mai dernier, et il semblerait que cette date marque la fin de
l'ouverture du lieu au public, et la concentration de son équipe sur un
travail exclusif de création artistique et non plus de diffusion.
Le contraste existant entre ce qui a pu se passer au Confort
Moderne et au Numéro 23 montre donc bien les différentes
conceptions qui peuvent exister vis-à-vis des rapports entre des
structures culturelles alternatives et les pouvoirs publics, dans le but de
garantir l'indépendance qui les caractérise. Alors que le Confort
Moderne a finalement gagné en stabilité pour perdre en
liberté artistique et en spontanéité, les acteurs du
Numéro 23 ont conservé leur indépendance en sacrifiant
leur rôle de diffuseur culturel. On voit donc que la
pérennité de structures alternatives réellement
indépendantes ne sera permise que lorsqu'elles pourront
bénéficier d'un soutien financier institutionnel sans
arrière-pensées (si demande d'aide financière publique il
y a), ou lorsque les pouvoirs publics laisseront s'épanouir les
initiatives qui souhaitent volontairement rester en marge des espaces culturels
subventionnés. Finalement, une structure hybride adoptant
l'intransigeante indépendance du Numéro 23 et
bénéficiant du soutien apporté par les institutions
à un lieu comme le Confort Moderne pourrait constituer la recette d'un
véritable espace alternatif viable. Seulement, les impératifs
économiques liés à de tels lieux - surtout à une
époque où la politique culturelle, notamment en matière de
musique, est énormément orientée vers la protection du
marché du disque et de la culture de masse comme peuvent en
témoigner les lois comme Hadopi - ne semblent pas jouer en la faveur
d'espaces culturels indépendants des financeurs. Les programmateurs
souhaitant réellement rester alternatifs semblent donc condamnés
plus que jamais à se débrouiller par eux-mêmes dans les
marges de la légalité, remettant peut-être même plus
encore qu'auparavant les vieux préceptes Do It Yourself au
goût du jour. À la différence de l'enregistrement, de la
production et de la promotion musicale qui sont des pans de la production
musicale qui ont trouvé sur internet un véritable espace de
liberté pour partager de la musique sans passer par les rouages
traditionnels du show-business, l'ouverture et la gestion de lieux
comme des salles de concert indépendantes se fonderont de plus en plus
sur la passion et le militantisme culturel des acteurs qui les feront vivre.
ANNEXES
Entretien avec Gilles Benèche et Marie
Bourgoin - La Fanzinothèque de Poitiers - 31 janvier 2011
Pour commencer, est-ce que vous pourriez me donner
votre définition d'un fanzine ?
Marie Bourgoin: Un fanzine, c'est une revue amateur. Ca
n'a pas changé, le sens n'a pas changé, même si maintenant
c'est plus classe, parce qu'il y'a plus de facilité pour accéder
à une imprimante, la couleur et tout, mais ça reste et ça
restera toujours une revue amateur, faite par des amateurs pour des amateurs.
C'est vraiment la définition de fan. C'est pour ça qu'on
n'appelle pas un fanzine un truc qui est très généraliste,
qui va parler de je ne sais pas moi... de la société en
général. Normalement, il y'a quand même dans la notion de
fanzine, la notion de fan. On est fan de musique, classiquement de musique, de
BD... Principalement, parce que notre fond c'est quand même musique/BD,
en gros. Donc voilà, la définition, je ne pense pas qu'elle ait
évolué.
Donc il y a quand même une différence
notoire entre ce qu'on appelle la presse alternative et la presse
traditionnelle ?
MB : La différence, c'est évidemment que la
presse traditionnelle, c'est quelque chose de commercial, avec des
salariés... Ca peut aussi parler de choses très
intéressantes, hein, ça n'empêche pas,
« Auto-Moto Magazine », (sourire) ce genre de
bêtises... Mais voilà, le truc c'est que les amateurs, enfin un
fanzine, c'est fait par des amateurs qui ne sont pas payés pour
ça, ce qui te donne une grande liberté de ton, parce que tu n'es
pas soumis aux impératifs commerciaux etc.
Gilles Benèche: Et puis ça reste des petits
tirages, ce qui n'est pas possible dans la presse nationale.
Comment est-on passé concrètement de la
décision du Conseil Communal des Jeunes de créer un lieu pour
stocker la presse lycéenne de l'époque, à la
création effective de la Fanzinothèque ?
MB : Effectivement la Fanzino avait été
conçue par le CCJ. Ça aurait du être un truc de presse
lycéenne : ça correspondait avec le festival
« Scoop En Stock ». Leur idée à eux,
c'était de récupérer plutôt ce genre de journaux
lycéens. Et en fait, comme Didier était déjà
disquaire, il avait déjà des fanzines dans la cour, là-bas
ou il y'a Lionel [à l'emplacement de l'actuelle boutique
« Transat », anciennement « la Nuit
Noire », nda], on a dévié assez facilement sur les
rockzines, et puis c'était en pleine explosion, il y'en avait
plein, c'était vraiment la période d'or. Et puis, il se trouve
que la ville n'a pas tiqué plus que ça, enfin elle n'est pas
venue voir non plus ce qui se passait dans les contenus, donc liberté
quoi. On a dévié un peu sur le rock.
Alors justement, quels ont été les
rapports entretenus avec les institutions telles que la Mairie ou la
DRAC ?
MB : La DRAC, dans les premières années, je
pense qu'on n'était pas trop... Je pense qu'on était beaucoup,
beaucoup plus alternatifs, dans le sens où on se débrouillait
tous seuls, je pense. Voilà, dans le Do It Yourself, avec
des petits concerts, donc on se débrouillait tous seuls. Je ne pense
pas, enfin, dès le début de toute façon, il y'a eu un
salarié, embauché par la ville donc le directeur, il rendait
compte a la ville de ses activités. Bon il y'a eu une seule personne
pendant quatre ans, après il y'a Gilou qui est arrivé. Je crois
qu'on ne demandait pas trop trop de sous, et puis on n'était pas trop
embêtant. C'était un peu la politique de Didier.
Et donc quel est le fonctionnement de la
Fanzinothèque ? Il y a une association qui gère et des
employés ? Quels sont les rapports qu'ils
entretiennent ?
GB : Il y'a une association avec un C.A., avec des
adhérents qui viennent emprunter. Le C.A. a un bureau et après il
y'a cinq salariés.
Que pensez-vous de la place que Poitiers a prise dans
le monde du fanzine (avec l'organisation de Scoop En Stock, la
Fanzino...) ?
GB : Il y'a la Fanzino qui est a Poitiers, donc... oui elle a
une place. Après je pense qu'il y a eu « Scoop en
stock » quoi, toute la presse jeune.
MB : Oui et puis il y a eu des fanzines depuis vachement
longtemps sur Poitiers. Tant Qu'Il Y Aura Du Rock, des gens qui
ont commencé à 13 ans... Et puis il y'avait le Confort Moderne
qui a vachement boosté aussi quand même, c'était cool
d'avoir un truc culturel, alors ça te donne envie de faire un fanzine,
de raconter des trucs etc. Après il y'avait un peu la radio : en
81/82, ça commençait plus par la radio, et puis, je ne sais pas,
il y'avait des gens qui écrivaient depuis super longtemps.
Pourquoi ? Ça je ne saurais pas te dire.
Comment expliquer qu'il n'y a qu'à Poitiers
qu'une telle structure existe, et que ce ne soit pas le cas dans certaines
villes ayant été motrices dans le mouvement alternatif comme
Paris, mais aussi Rouen, Le Havre, Montpellier... ?
MB : C'est simplement une volonté municipale. Parce
qu'il y'a eu des tas de gens qui ont créé des
Fanzinothèques, des coins... des choses... Seulement, ça a
toujours fonctionné sur du bénévolat. Forcément au
bout d'un moment, les gens ils s'épuisent, ils cherchent du travail, ils
s'en vont et puis voilà, les choses se plantent quoi. Et ici, c'est
pourquoi ça dure depuis vingt ans, c'est parce qu'il y'a des
salariés. Avec une subvention assez importante pour faire des actions.
Sinon, sinon malheureusement, ça ne peut pas tenir. Enfin le
bénévolat, si tu n'as pas une volonté derrière,
politique, et des moyens, c'est pas du tout facile, hein. Ça s'explique
par ça moi je pense. Simplement que la ville euh... je sais que Mireille
Barriet avait défendu la culture crade contre la culture
clean. C'est une prise de position assez courageuse et pas si
fréquente que ça. On a une ville de gauche... Ça joue.
La Fanzinothèque vient donc contrecarrer le
caractère éphémère du fanzine.
MB : Alors, Didier sur le coup, ce n'est pas lui qui a
créé le mot « Fanzinothèque »,
ça doit venir du CCJ. Ca semblait totalement une hérésie
de mettre ce mot « fanzino » et
« thèque ». Oui, c'est paradoxal quoi. Et, oui pour
des trucs éphémères, underground, cachés, d'un seul
coup les révéler comme ça au grand jour, bref
c'était un peu bizarre. Mais bon, on s'y est habitué.
Alors justement, Didier Bourgoin indique lors de la
création de la Fanzinothèque vouloir « faire
connaître la culture zine » : comment la
définiriez-vous ?
MB : Effectivement, on appellerait ça, moi
j'appellerais ça « culture populaire ». Parce que
vraiment c'est des gens de la base, ce ne sont pas des professionnels, qui
s'expriment, qui veulent soutenir une scène. Parce que je pense que le
fanzinat, c'est quelque chose de local. Même si tu parles de concerts qui
se passent partout en France, ou New York et tout, c'est souvent le
désir de soutenir une scène, ou des artistes de proximité,
qui sont dessinateurs, ou des implications politiques sur le terrain. C'est
souvent assez comme ça, tu vois ? Ça part d'un groupe de
copains, ça part vraiment du terrain. Donc moi j'appellerais plus
ça des cultures populaires. C'est underground et puis
effectivement si, maintenant, si tu veux chercher les prémices d'un
groupe de rock, les premières interviews du truc, ce
sera dans les fanzines. C'est moins vrai maintenant avec internet, qui permet a
tout le monde de diffuser à toute vitesse n'importe quoi : un
groupe qui a fait un morceau : hop ! on le retrouve sur internet.
Mais il y'a 20 ans, il y'avait que les fanzines qui parlaient... je sais pas
les Thugs, des tas de groupes... Les fanzines en parlent, les fanzines
en parlent et puis après la grande presse s'en empare, mais
après. C'est vraiment un travail de défricheurs quoi.
On a vu certains fanzines approchés par des
labels, voyant en eux un moyen peu onéreux de promouvoir leurs artistes,
ou par des magazines spécialisés, d'autant plus que les
rédacteurs avaient parfois besoin d'argent pour pérenniser leur
rédaction. Est-ce que la Fanzinothèque a été
approchée par l'industrie du disque ou des médias plus importants
à des fins lucratives ?
MB : Il y'a eu plein de newsletters qu'ont fait les labels. Il
y'avait le label News, il y'avait Tripsichord, je ne sais plus quoi. Enfin en
plus, c'était la mode, déjà parce que oui, il n'y avait
pas internet, c'est toujours pareil, si tu voulais communiquer, il n'y avait
pas mieux que la newsletter. Ça coute pas cher, tu en mets
partout, tu en envoies... Et voilà on a eu plein de labels qui nous ont
appelé, nous appelaient pour avoir des listes de fanzines pour faire
leur promo. Nous on faisait des listings avec le genre musical :
« c'est un label de ska ? » Hé bien comme
ça, paf ! On a fait ça vachement longtemps. Maintenant,
ça n'existe plus, puisque tout se fait par internet. Mais oui, on avait
vachement...D'ailleurs, les labels étaient assez souvent
désagréables, parce qu'ils disaient « ouais il faut les
listes tout de suite », enfin comme si on était à leurs
ordres, comme ça peut fonctionner. Enfin nous, on a toujours filé
les infos qu'ils voulaient, parce que c'est aussi une manière de
favoriser, malgré tout, la reconnaissance du fanzinat, peu importent les
moyens.
Alors que ce soit label type petits
indépendants ou même des gros... ?
MB : Oui, enfin, on est toujours resté dans les labels
euh... de rock quand même. Tripsichord, c'était quand
même des petits labels hein... Et puis rock, hardcore,
machin... On n'a jamais bossé avec Virgin euh... enfin ce n'est pas
qu'ils nous demandaient pas des trucs, mais... Qu'est ce qu'il y'a d'autre
comme gros label ? Sony etc. ils ont d'autres ... Eux ils sont à un
autre niveau, hein.
Alors au niveau de la sélection de ce que vous
diffusez, est ce que vous consultez de manière un peu draconienne les
contenus pour pouvoir sélectionner, ou est-ce que ce que vous choisissez
de diffuser doit avoir une ligne éditoriale
spécifique ?
MB : On ne peut pas. Parce que si tu veux, les fanzines,
déjà c'est une presse des débuts et des fois, tu as des
trucs qui ne sont vraiment pas biens du tout. Et puis tu vas retrouver cinq ou
dix ans après, je te jure qu'il y'a des dessinateurs, ils ont la honte.
Ils veulent surtout pas retrouver leurs premiers trucs, donc voilà... On
ne peut pas faire ce tri là, sinon on enlève 80% de ce qu'il y'a
ici quoi. On m'a déjà posé cette question en parlant des
prozines et tout ça. J'ai dit « mais attends il faut
bien qu'ils commencent les fanzines ». Au début tu reconnais,
ça n'est pas terrible. Donc nous on accepte tout, sauf les trucs fachos,
voilà. C'est le seul truc, on n'est pas dans ce réseau là,
quoi. En même temps, on n'est pas tellement contactés
(sourire).
Avez-vous, avant ou pendant la Fanzinothèque,
mais indépendamment de votre activité en son sein, tenu votre
propre fanzine ?
MB : Oui...
Est-ce que ça a influé sur votre
façon de tenir la Fanzino ?
MB : Oui, parce qu'on faisait des fanzines avant que la
Fanzino existe, on avait déjà tout un réseau : on
correspondait, par courrier a l'époque, on se baladait dans la France,
on connaissait déjà le réseau des fanzines... Donc
après, on a fonctionné exactement de la même
manière. C'est quand un réseau, un petit réseau d'amis en
général, donc des gens qui ont des affinités, on a
continué tout pareil quoi. C'est pour ça que c'est bien
passé d'ailleurs auprès des fanzines. Parce que ça pouvait
être, ça aurait pu être perçu comme un truc
institutionnel, et puis non pas du tout.
L'idée qui prédomine au niveau national,
c'est celle d'un vrai réseau, d'une toile qui constitue le mouvement
alternatif. À l'échelle de Poitiers, est-ce qu'on retrouve un
réseau qui lie les différentes structures
alternatives ?
MB : Oui, et puis c'est un peu... Dans toutes les villes, il
y'a le fanzine, l'émission de radio, l'association de concerts, les
groupes... Qu'est ce qu'il y'a d'autres ? Les dessinateurs. Enfin dans
toutes les villes, je pense que dans toutes les villes, ça a
été le même truc. Et puis c'est une culture de
génération. Les gens entre seize et vingt-deux/vingt-trois ans
qui se retrouvaient ensemble à faire la fête, enfin, voilà,
surtout dans des villes moyennes comme Poitiers, c'était assez
soudé quand même. Après sur les vingt ans, il y'a des
périodes différentes mais... C'est vrai que c'est un
réseau quoi.
Pensez-vous que l'Oreille est Hardie et le Confort
Moderne, qui ont été précurseurs dans la promotion et la
diffusion de la culture alternative aient provoqué une certaine
émulation à Poitiers qui a poussé des gens à
créer des groupes, des associations, ou cela venait-il d'ailleurs
(contexte, relations avec la mairie comme vous l'avez
dit...) ?
MB : Euh, je ne sais pas, parce que le Confort Moderne
c'était quand même, enfin le Confort, L'oreille est hardie,
c'était quand même des trucs plus jazz,
expérimental, et ce n'était pas du tout un truc de
punks. Et nous on faisait des concerts à part, parce que ce
qu'ils faisaient ce n'était pas ce qu'on voulait voir. C'était
bien, mais ce n'était pas suffisant.
GB : Oh il y'en avait quand même, on participait,
même si ce n'était pas le mouvement alternatif,
indépendant...
MB : Ce n'était pas trop leur trip ça. Mais bon
Sonic Youth... ils ont été précurseurs c'est
vrai. Il y'a plein de gens à Poitiers qui ont fait des groupes, ou des
fanzines ... à cause de ça, qui se sont pris des super claques
ici. Plein de concerts, ça a vachement porté, parce que,
ça on l'a toujours dit, mais les fanzines, ils arrivent après la
musique. C'est dans cet ordre là hein, ce ne sont pas les fanzines qui
sont précurseurs. Et il y'a des gens qui ont pris, qui se sont
mangés des super claques ici en concert, ça les a
« boum », vachement motivés quoi.
Est-ce que la Fanzino a eu ce même impact, qui a
poussé des gens à créer leur fanzine ?
MB : Non je n'ai pas connaissance que la Fanzino ait... Je
crois que ça existait déjà les fanzines à Poitiers,
il y'en avait. Mais est ce que la Fanzino était directement
euh... ?
GB : Oh oui. Oui ça arrivait oui. C'est arrivé
qu'ils fassent un fanzine à Angoulême après avoir fait un
atelier, une initiation à la sérigraphie. Après ils
avaient fait la raclette... Après sur Poitiers, oui, ça a pu
contribuer à certains fanzines. Forcément ils sont passés
par là. Pour une aide quelconque, des fanzines qui sont venus ici, faire
leurs photocopies ici.
Vous venez de dire que le fanzine suivait la musique,
et justement en 1989, l'idée est que le mouvement s'essouffle :
est-ce que cette soi-disant fin a eu une incidence sur le monde du fanzine, qui
n'avait plus vocation à relayer d'infos sur cette
scène ?
MB : Peut être que les fanzines rock indépendant
se sont arrêtés. Et puis il y'a eu d'autres mouvement musicaux qui
sont arrivés, plus excitants, comme la techno, je ne sais pas moi, le
rap, tout ça. Et donc ils se sont tournés vers autre
chose. C'est vrai que le rock indépendant en 1989, c'est
presqu'une insulte. (sourire).
GB : Oui il n'y en a plus tant eu, autant. Enfin moins de
musicaux, parce que ça s'est calmé avec l'arrivée
d'internet, sinon il y'en avait autant.
Mais le fanzinat a plus été
rattaché au mouvement dit « rock », que
« rap » par exemple ?
GB : Ah oui ! Parce que c'est arrivé avec
ça. En fait avant, c'est avant ça qu'il y'en avait pas beaucoup.
Donc c'est arrivé avec ça, mais après, il en est
resté autant...
MB : Oui et puis, classiquement, la culture
hip-hop et la culture techno, ce n'est pas du tout du papier
hein. C'est forcément... c'est numérique, donc très peu...
Il y'en a eu un petit peu au début des fanzines techno, ou hip
hop, mais très peu, quoi.
Pour parler de la nature même du fanzine, est ce
que la Fanzinothèque serait plus une bibliothèque ou un
musée, si on devait la mettre dans une case ?
MB : Bibliothèque normalement... une
bibliothèque, c'est quelque chose d'encyclopédique. Voilà,
donc on n'est pas une bibliothèque, c'est clair. Si tu veux venir
chercher quelque chose sur les sciences humaines, ou sur l'histoire, ou si tu
cherches un bouquin sur Clemenceau, il ne sera pas là quoi. C'est un
centre de documentation. Ça veut dire que c'est un truc
spécialisé. Alors on fait fonction de bibliothèque parce
que les adhérents peuvent emprunter, cet aspect là comptera, mais
c'est plutôt un centre de documentation quoi, qu'une
bibliothèque.
Pour la dimension de musée, j'entendais le
caractère unique d'un fanzine.
GB : Oui tu as des pièces uniques, oui.
Le caractère esthétique joue
beaucoup.
MB : Mais on ne peut pas dire musée, parce que
ça veut dire quelque chose qui est figé, qui est fini. Mais c'est
un peu l'idée quand même. Enfin c'est un fonds d'archives, on
essaie de conserver des documents qui auraient complètement disparu,
d'en avoir un maximum ici.
Le fait de recevoir des productions de toute la France
et même d'ailleurs vous a-t-il permis d'être associés
à des manifestations à l'extérieur de
Poitiers ?
GB : Oh oui, régulièrement.
MB : Des festivals de musique, des festivals de BD, on a fait
des stands, voilà. Surtout au début où la Fanzino
n'était pas connue, où il fallait absolument bouger de là,
sinon... enfin : « qu'est ce que c'est que ce
truc ? » C'est vrai qu'au début on a pas mal
bougé.
Le mouvement alternatif mêlait largement
politique et culture, j'imagine qu'on le retrouve beaucoup au sein des fanzines
également ?
MB : Les fanzines sont classiquement de gauche, voire
d'extrême gauche.
GB : Pas forcément dans la BD, mais bon tout ce qui
touche à la musique, oui.
MB : C'est quand même ce qu'on appelle une
contre-culture hein, c'est quand même l'idée. Un petit peu
anarchiste, etc... Après c'est aussi beaucoup de choses qui sont des
naïvetés parce que c'est aussi des gens qui écrivent, qui
ont dix-huit ans, qui sont dans le genre « aaah ! À bas
le capitalisme, tatata », des trucs, un peu caricaturaux quoi. Donc
c'est bien, ils s'expriment !
Et vis-à-vis de cela, vous n'avez jamais eu de
problèmes avec la mairie, ou d'autres partenaires, quant à des
propos qui auraient pu être tenus dans certains
fanzines ?
MB : Il y'a bien l'histoire de
« Canicule » mais c'est bien le seul truc ... Et puis
d'abord la mairie ne venait pas ici, voir ce qu'il y'avait dans les fanzines.
Mais bon ils savaient ce que c'était. Ils savaient bien que dedans, il
y'avait des tas de gros mots, et des filles nues et bon, ils savaient quand
même grosso modo ce que c'était. S'ils avaient du venir
lire les contenus, euh je crois que la Fanzinothèque aurait du fermer
direct. Ça c'est clair. Après oui, il y'a eu cette histoire de
Canicule, bon, une censure établie par le maire, enfin le maire a
porté plainte contre euh ?
GB : Contre le journal qui a dû arrêter
après, parce qu'il pouvait plus...
MB : Interdit de publicité dans les kiosques, et
donc c'est vrai que, parce qu'il y'avait dedans euh « jeune
maastrichien... »
GB : Non c'était un numéro
« spécial drogue ».
MB : Spécial drogue. Et ça, c'est quand on
était à l'extérieur, on était au Local, et
c'était un truc du CCJ d'ailleurs...
GB : Oui.
MB : Oui, et donc il y'avait plein d'élus qui sont
venus feuilleter et puis là... Sinon ici, ils ne sont pas venus
éplucher nos trucs. Après je vois, quand je propose des trucs
à la médiathèque, je regarde bien qu'il y ait pas une
paire de seins qui se balade ou des propos trop...
Oui donc c'est quand même...
MB : Oui mais la médiathèque, c'est pour tout
public alors bon. Sinon ils nous embêtent pas ici, dans nos murs, on
n'est pas embêtés sur les contenus, c'est sûr.
GB : Ca pourrait arriver hein, on reçoit
régulièrement des visites d'écoles, ou quoi...
MB : En général, on interdit aux gamins d'aller
là-bas, parce que c'est toujours là-bas qu'ils se
précipitent évidemment, mais ce n'est pas trop pour les
enfants.
Entretien avec Gil Delisse - On a faim ! - 7 mars
2011
Alors pour commencer, explique-moi d'où vient
le label On a faim !
Gil Delisse : Alors, le label On a faim ! vient du
fanzine On a faim !, qui est né en 1984 à Rouen. Pour situer
l'année de naissance du fanzine, ça remonte à la grande
grève des mineurs britanniques qui a duré un an a peu
près, donc il y avait plein d'actions, de concerts, de trucs, et sur la
région rouennaise justement, Jean-Pierre Levaray, comme il était
vraiment investi là-dedans, du même coup il est parti sur un
fanzine. Qu'il a arrêté en 2001 ou 2002 je crois.
Donc le label a débuté en 1989, et
comment es-tu arrivé dedans ?
GD : Moi j'ai quitté la Région Parisienne,
donc je suis arrivé ici en 1990. Moi j'étais déjà
investi dans le fanzine depuis le début et puis dans les prémices
du label, puisque la toute première compilation qui avait
été faite, c'était si je me souviens bien
« Cette machine sert à tuer tous les fascistes », ou
non c'est « A bas toutes les armées », qui remonte
encore avant, quand on était avec VISA. Ça, ça se faisait
à moitié à Paris, à moitié à
Poitiers, donc j'étais déjà dans le truc. Donc tout
naturellement, j'ai rejoint l'équipe qu'il y avait.
Justement, avec cette idée de
coopération avec VISA, est-ce qu'il y'en a eu d'autres et comment
ça se passait ?
GD : Après oui il y'en a eu beaucoup. Il y'en a eu
avec REFLEXes, forcément, avec le réseau No Pasaran, avec la
Réplik (on a coproduit leur disque), avec le comité de
soutien aux indiens d'Amérique. Si tu veux, le principe, c'était
que pour les compilations à thèmes militants, il y'ait une partie
des rentrées qui soient reversées à des associations.
A l'échelle de Poitiers, y'a-t-il eu des
coopérations avec des structures locales ?
GD : Sur Poitiers, il y'a eu l'album de Un Dolor
qui a été coproduit avec Weird parce que bon justement
c'étaient de bons potes. Mais sinon localement je ne m'en rappelle pas.
Non parce que c'était surtout au niveau national. Localement, pas de
disques etc., non.
Avez-vous pu rencontrer des difficultés
particulières au développement du label ?
GD : Non parce que, si tu veux le principe
c'était : tout le monde étant bénévole, on
n'était pas tenu à produire des trucs qui étaient
rentables ou quoi, donc on jonglait en produisant des compilations qui
assumeraient suffisamment de rentrées, pour prendre le risque ensuite de
sortir des trucs qu'on avait envie de sortir en sachant que commercialement,
ça ne marcherait pas forcément. Mais on s'en fichait parce que
ça impliquait pas de problèmes ou autre de salaires pour les uns
et les autres. Donc quand il y'avait des sous on faisait des choses, et quand
il n'y en avait pas, on faisait rien.
En termes de ventes, On a faim!, c'est un label qu'on
retrouve facilement en s'intéressant au mouvement alternatif
français, et paradoxalement, ces ventes ne correspondent pas
forcément à l'audience du label.
GD : Ce n'était pas lié, si tu veux On a
faim !, c'est une réputation que... On a tout le temps
été, comment expliquer ? Moi c'était une autre
conception de l'équipe qui s'est constitué après Luc et
les autres. Il faut revenir à l'origine du truc : au départ
c'était un label qui a été monté entièrement
par des gens qui étaient à la Fédération
anarchiste, dont moi j'ai fait partie il y'a une vingtaine d'années
aussi. Et tout, que ce soit le fanzine ou le label ensuite, c'était
vraiment... Ensuite, moi je n'étais pas du tout pour rattacher un label
de disques à une organisation politique, connaissant en plus le milieu
libertaire qui est quand même assez compliqué, on voulait faire un
truc bien plus simple que ça. C'était à la limite pas tant
le discours politique des groupes qui nous intéressait, mais leurs
pratiques. Ce qui fait qu'on a produit et des compilations de fait politiques
avec des groupes très militants et engagés, et puis des albums de
groupes qui ne sont pas du tout des militants, mais qui par contre au niveau de
leurs pratiques, du business, par rapport au public, étaient
dix fois plus alternatifs que des gens qui ont des grandes gueules avec
marqué « anarchiste » dessus. C'est plus la
démarche des gens qui nous intéressait, ce qui fait qu'On a
faim ! au départ produisait essentiellement du punk
rock. Après c'est parti tous azimuts, dans le reggae,
dans le ska, le blues, le hip hop, tu
trouvais des groupes qui avaient des pratiques qui nous convenaient
parfaitement, et c'était plus un courant musical, voilà,
c'était des gens.
C'est donc comme ça que se faisait le choix des
groupes ?
GD : Ce n'est que de l'affinitaire. On n'a quasiment
jamais sélectionné un groupe a partir d'une démo. À
part sur les compilations, mais c'étaient des groupes qu'on a
croisés sur plein d'autres choses que la musique. Le seul groupe qu'on a
pris à partir d'une démo, c'était les Kargols. On
avait reçu une démo au moment ou on faisait une compil
« Ni Jah Ni Maître », mais avant même de mettre
le truc on a voulu les rencontrer, et puis là c'était parti.
En termes de pratiques justement, comment ça se
passe à Poitiers pour faire un disque, avec la production
etc.
GD : Nous, au départ c'était fait à
Poitiers. Le master était fait à Poitiers. Surtout les
compilations. Il y'avait un studio, je ne sais pas si ça existe encore,
et puis après ça s'est fait... Le matériel a
évolué aussi, donc les dernières années, tu
recevais un truc quasiment terminé. Nous on s'occupait de la pochette,
c'était notre graphisme, mais le disque lui-même arrivait, les
groupes étaient de Toulouse, ou de Perpignan, ils avaient un studio
à Perpignan, donc on recevait le truc c'était fini quoi.
Localement, il y'a eu quelques compilations qui ont été
fabriquées vraiment à Poitiers, mais pas tant que ça en
fait. Suivant ou étaient les groupes, le disque était fait sur
place.
Que penses-tu de la période où tu
es arrivé dans le label, c'est à dire au début des
années 1990, où l'idée qui prévaut aujourd'hui,
c'est que le mouvement est en train de mourir ?
GD : Nous, on ne s'est jamais situé dans le
mouvement alternatif. Nous on s'en fichait. Même avant les
Bérurier Noir, avant tout ça, parce que mouvement
alternatif ça ne veut pas dire grand-chose, c'est une étiquette,
concrètement, vendre de la musique dans des petites boites en plastique,
si c'est ça l'alternatif, par rapport à d'autres c'est... Nous on
n'était pas trop dans ce truc-là, on n'a pas une image d'avoir
défendu un truc, on faisait ce qu'on avait envie de faire. Maintenant
les critères alternatifs, vu qu'ils étaient posés
essentiellement sur Paris, le mouvement alternatif c'est une histoire
parisienne beaucoup. On n'était pas trop là-dedans, ce
n'était pas une problématique qui nous intéressait de
trop. Compte tenu de ce que c'est devenu quoi. Aujourd'hui rock
alternatif c'est juste une étiquette de plus dans les bacs a disques
à la FNAC.
Au niveau de ce qui était en train de se
passer, il y avait quand une autre façon d'envisager la musique, sa
diffusion, sa production etc...
GD : On présente toujours le truc comme : tu
as eu le mouvement alternatif et puis l'apogée ce serait en 1989 avec la
fin des Bérurier Noir, et après il n'y aurait plus rien.
Mais c'est complètement faux. Regarde le nombre de groupes qui
existaient, le nombre de fanzines qui existaient, et qui continuaient
d'ailleurs, surtout ici, ça ne s'est pas arrêté comme
ça, à date fixe, je sais plus quand, en novembre 1989, quand
Loran [guitariste des Bérurier Noir, nda] a posé
sa guitare. Il y a eu plein d'autres trucs après, ça a
continué. Alors si tu veux, les Bérurier Noir ont
été le moteur, c'est évident. On n'aurait peut-être
pas fondé On a faim ! s'il n'y avait pas eu tout ça avant.
Mais le fanzine est né plus de la grève des mineurs que du
mouvement alternatif musical.
Et est-ce que vous avez justement ressenti la fin d'un
moteur, qui aurait influé ?
GD : Moi non en tout cas. Parce que ça continuait,
ça n'arrêtait pas. En sous-terrain, ça n'a jamais
arrêté. Et ça a même été plus vite
parce que il y'avait du matériel de plus en plus pratique. Pour un
fanzine c'est plus simple aujourd'hui que de le faire à la photocopieuse
et a l'agrafeuse.
En parlant de ça, on remarque sur le fanzine le
caractère sommaire de l'objet (des feuilles agrafées) du
début, alors qu'à la fin, le résultat était
beaucoup plus professionnel
GD : C'est justement grâce à des logiciels
de mise en page.
Et est-ce que ces améliorations se sont
retrouvées dans le label ?
GD : Oui. On a appris à s'en servir aussi. Les
premières lettres d'information qu'on faisait, c'était à
la va-vite forcément, mais oui on avait du matériel beaucoup
mieux c'est tout.
A Paris, le mouvement alternatif a beaucoup
été lié aux squats, est-ce qu'on retrouve ça
à Poitiers ?
GD : C'est plus compliqué que ça. Si tu
veux, tu as eu le mouvement autonome dans les années 1970 qui a ouvert
les squats. Et dans ces squats, tu as eu les prémices de concerts qui
ont commencé à se faire. Et le temps est passé, et vingt
ans après, on demandait à des groupes comme les
Bérurier Noir de porter, à la limite d'être moteur
d'un mouvement, alors qu'au départ ce rock venait du mouvement
des squats. Après on a fait l'inverse : on demandait à des
musiciens de lancer un mouvement social, alors que vingt ans avant, tu avais un
mouvement social et des musiciens en sortaient. Il y'a une espèce de
boucle et si on compte sur des artistes pour changer le monde t'es pas rendu
là (rires). C'est que des haut-parleurs c'est tout.
Quel regard portiez-vous sur les
subventions ?
GD : On n'en a jamais demandé. On n'en voulait
pas. Le principe c'était : On a faim ! existe parce que les
gens y trouvent leur compte, ils achètent des disques, ils
achètent des fanzines, et si les gens n'achètent pas, c'est que
le truc n'a pas lieu d'être. C'était ça le principe.
Quelle était la finalité du label :
amener les groupes à la reconnaissance ou... ?
GD : La finalité c'était Anarchie et
Musique, c'était vraiment ce qui était marqué. Alors
anarchie au sens plus large après. J'ai fait partie d'un truc
monté par des militants de la Fédération anarchiste,
à la fin, il y'avait des copains qui étaient militants au Parti
Communiste, il y'en avait qui étaient au Nouveau Parti Anticapitaliste,
il y'avait des libertaires ; c'était plus aussi homogène
qu'avant. Mais le principe était toujours le même :
c'était relier les luttes sociales à la ou les musiques qu'on
aime bien, de lier ça sans arrêt. Sans faire du
prêchi-prêcha non plus, sans, justement, au départ il
y'avait un coté un peu - même si ce n'était pas voulu -
c'était quand même le truc de la Fédération
Anarchiste. C'était un peu ramener des jeunes à la
Fédération Anarchiste. Mais nous, après,
c'était : « on a des opinions, on les exprime et puis si
les gens ne sont pas contents tant pis, si ça leur plait tant
mieux », mais voilà c'est tout.
On remarque qu'à Poitiers, on retrouve les
composantes d'une scène locale active (labels, fanzines, salle de
concerts, disquaire). Est-ce que vous vous êtes servis de tout ça
dans le cadre de votre activité ?
GD : Les liens avec la Fanzinothèque allaient de
soi. On a faim! c'est un fanzine au départ. Après, la salle, oui,
on a fait une fois ou deux fois des concerts en commun avec Weird, parce que
Weird avait son local qui était juste en face sur le parking.
Donc des groupes des deux labels ont joué deux fois ici puisque il n'y a
pas eu de... Sur Poitiers on n'a pas fait... On a fait plus de trucs à
Cap Sud, il y'a eu au Local, il y'a eu des concerts la bas, des
Kargols par exemple, ça se faisait plus là-bas.
Et les liens avec ces structures, ils étaient
affinitaires ? Musicaux ?
GD : Affinitaires, donc ça englobe le reste.
Vraiment la base du truc c'est ça. C'est plutôt le fruit de
rencontres, de hasards qui ont engendré ou un disque ou un article dans
le fanzine.
Ce que je peux te dire d'autre c'est donc que le label a
arrêté en même temps que le fanzine quasiment, aux alentours
de 2000, de la même façon que ce qu'on a toujours fait,
c'est-à-dire, sans l'annoncer, sur la pointe des pieds. Et rien ne dit
qu'un jour ou l'autre quelque chose ne redémarre d'ailleurs. On a
arrêté parce qu'on avait tous d'autres activités donc
à un moment donné, on a été bouffé par
ça. Tous les gens qui étaient dans le truc ont tous maintenant
des activités qui font qu'on se voit tout le temps. Il n'y a pas
beaucoup de différences entre le moment où on le faisait et le
moment où on ne le fait pas. Il y'en a qui sont dans la vidéo,
dans le dessin, il y'en a un qui continue dans la musique, Jean-Pierre Levaray
écrit, Fernando peint... Tout le monde est parti sur d'autres trucs,
mais personne n'est parti bosser chez Darty si tu veux.
Ah oui, on n'a pas parlé du distributeur aussi. Donc,
avant on était distribué par New Rose, au début. Et puis
un jour ils ont dit : « Bon. On arrête de distribuer des
petits labels » parce que ce n'est pas rentable du tout, quand ils
ont commencé à avoir des problématiques de
rentabilité. Un truc ou tu vends 400 disques, ce n'est pas
intéressant du tout. Donc ils nous ont virés et on s'est
retrouvé sans distributeur. Là-dessus, il y'a Mélodie
où Duduche bossait, et il nous a dit : « moi je peux m'en
occuper. » Lui il était dans le mileu rock,
actuellement il fait un énorme site internet qui s'appelle
« vidéorock » je crois. Il met des archives de
concerts de 1980 à 1990, entre autres tous les concerts qu'il y'a eu au
Fahrenheit à Paris. Donc il a créé le département
rock à l'intérieur de Mélodie et puis en fait, il
gérait sa petite cuisine, ce qui nous a permis même de faire des
disques assez improbables en distribution nationale. Donc il nous distribuait,
Weird, Esan Ozenki (le label de Negu Gorriak) ; et sans vraiment
avoir de contrat parce que lui c'est un vrai militant de la musique ce mec
là. Donc là, on a eu une distribution beaucoup plus large. Et
donc on a pu avoir une distribution nationale, parce qu'il y'avait Duduche qui
bossait chez Mélodie. Sinon, on se serait retrouvé sans
distributeur. Du coup, on aurait touché moins de monde aussi. Encore que
le gros des ventes, c'est quand même ce qui se vendait en vente par
correspondance, c'était vraiment énorme. C'est pour ça que
j'ai arrêté, parce que tu bosses huit heures par jour et tu n'es
pas payé. Tous les jours tu devais emmener des cagettes à la
Poste. Ça tournait vraiment bien. C'est pareil, il fallait batailler
pour que ce ne soit pas venu trop cher. À l'époque c'était
quatre-vingt-dix francs, maximum. Dès que tu pars en
distribution, tout le monde fait sa marge, donc tu arrives à 120/130
francs, à l'époque. Alors ce n'est pas possible. Donc Duduche
passait son temps à jongler pour se battre a la fois avec sa boite,
parce que quand tu vends des disques il faut quand même que ça
rapporte, et puis de l'autre coté justement faire en sorte que ça
rapporte le moins possible à sa boite pour que les prix restent le plus
bas possible. On s'amusait bien à cette époque. Et dans
l'ensemble ça a été respecté, parce que les disques
n'ont jamais été vendus trop chers, même en FNAC etc. on
surveillait ça de près.
Ah, vous étiez même distribués en
FNAC ?
GD : Ah oui, en FNAC, dans les Virgin etc. C'est
ça qui devenait énorme aussi, c'était un boulot à
plein temps, et nous on avait quand même d'autres choses à faire.
C'est ce qui a permis de faire des compil qui se sont vendues, surtout
« Ni Jah Ni Maître ». Là par contre, c'est
plus parti sur le fait que ce soit en magasin, ça assurait des
rentrées d'argent qui permettaient de financer des disques où tu
savais d'avance que tu allais droit dans le mur.
Entretien avec Luc Bonet - On a faim ! - 14 janvier
2011
Explique-moi d'où vient le label On a
faim!.
Luc Bonet : Alors le label On a faim! c'est la fin des
années 80, et il vient du fanzine On a faim!, qui était donc
assez connu dans le milieu rock alternatif, et puis dans le milieu
anar. Moi j'étais militant anarchiste, j'étais en relation avec
Jean-Pierre Levaray, qui était donc l'animateur principal du fanzine et
l'idée à cette période là, c'est « tout
partait un peu en sucette, donc compliqué, donc l'idée
générale, c'était de dire, à la limite comme une
maison d'édition, « pourquoi on ne ferait pas un
label ? » Pour préserver un certain nombre de choses qui
nous semblaient importantes dans le rock alternatif, et puis il y
avait une opportunité à Poitiers, c'est qu'on avait des sous, et
donc j'ai contacté Jean-Pierre pour lui proposer de faire un label. Il y
avait une activité régulière du fanzine, des articles sur
la production de la scène mais aussi des cassettes et des disques. Je
crois que la compilation « Cette machine sert à tuer tous les
fascistes » était déjà sortie. Et puis il
y'avait des groupes qui étaient un peu soutenus par le fanzine donc il
y'avait un vivier. L'idée c'était de faire quelque chose de
très modeste mais continuer à faire des compilations de
manière un peu régulière. La compilation sur des sujets
politiques avaient deux aspects intéressants : c'était que
d'un coté on parlait politique, donc d'un certain milieu, et d'autre
part, une compilation ça voulait dire qu'on contactait les groupes et
donc qu'on mouillait un peu les groupes dans une démarche politique. Et
puis ensuite, il y'a des groupes qui font des choses intéressantes, qui
ne trouvent pas... donc encore une fois, c'était une période de
crise, donc pourquoi on ne les produirait pas ?
Et donc justement, au niveau des groupes, comment se
faisait la sélection ?
LB : Alors la sélection, c'était en fait
par des cassettes. De fait, le fanzine recevait donc des cassettes de groupes.
Il faut rappeler que dans cette période, il faut se remettre on va dire
fin des années 1980, le CD émerge à peine et c'est un
problème commercial. Et donc ce qui marchait très bien, on est
avant internet, c'est la distribution de cassettes et voilà. Donc
voilà, le fanzine recevait des choses intéressantes dedans, le
fanzine en parlait et donc nous on avait des groupes pour les compilations On a
faim!. Donc nous, quand on a commencé, alors je vais employer le
« je », parce que c'est quand même essentiellement
moi au début du label, ce qui m'a paru important c'est que le label soit
déconnecté du fanzine. C'est à dire qu'on avait le
même titre, mais chaque structure était autonome. Donc la
sélection c'était ce que j'aimais (rire), donc très
subjectif quoi. Donc évidemment c'était la qualité
musicale et puis la qualité des textes quoi.
D'accord. Pour partir complètement ailleurs,
est-ce qu'il y'avait à Poitiers des rapports entre les structures dites
« alternatives » ?
LB : Non, enfin, nous on ne faisait pas partie du milieu
on va dire musical poitevin. Moi je n'y connais rien en musique. Voilà,
je ne suis pas musicien, j'ai une oreille disons mais je suis militant
politique avant tout. J'allais au Confort Moderne, il y avait la boutique de
disques, les concerts et un milieu où les gens se lookaient
différemment, etc. Mais non, on ne peut pas parler de liens ayant
donné lieu à des projets etc. C'était vraiment une
démarche complètement autonome, à coté.
Et donc, comme tu viens de le dire, on peut parler
selon toi d'un mouvement vraiment politique pour le rock alternatif,
à l'échelle nationale et à Poitiers ?
LB : Oui, alors c'est un peu, enfin, oui
complètement politique, on va dire que les groupes qui étaient
écoutés à ce moment là avaient tous une
démarche politique. Mais enfin il y'a deux aspects, il y'a le message
politique, on va dire plus ou moins clair avec, bon on peut le critiquer, ce
n'est pas forcément terrible, mais après il y'avait une forme de
démarche qui, elle, est politique. Il y avait une démarche qui
était vers quelque chose qui se déroule en dehors du
système, pas forcément contre le système, mais toujours en
dehors. Et donc ça, moi, comme militant libertaire, c'est ce qui
m'intéresse. Pas que les gens soient tous anars, mais qu'ils
construisent des choses sur leurs propres capacités. Et ça
c'était quand même l'aspect global qui était quand
même intéressant là-dedans. Et à chaque fois qu'il y
a eu des ruptures, avec le phénomène des Garçons
Bouchers, ou Mano Negra, ou d'autres, la rupture, elle se faisait
là-dessus. C'est à dire des groupes qui allaient
spontanément vers le business, et puis les groupes qui
restaient sur une volonté de construire quelque chose d'autre. Donc
ça, c'était vraiment le point important.
Souvent, le mouvement alternatif est souvent
lié, et notamment à Paris, au mouvement squat. Est-ce que
c'était le cas à Poitiers ?
LB : Non je n'ai pas connaissance de squats à
cette période-là.
Quelles difficultés (s'il y'en a eu) ont pu se
poser à la création et au développement du
label ?
LB : Les difficultés, c'est d'abord que moi, je
n'y connaissais rien (rires). C'est quand même assez gonflé de
faire venir un groupe du Jura comme Désert Culturel, leur
proposer un studio, etc. et d'ailleurs le studio et le producteur
n'étaient pas adapté au son qu'ils voulaient.... En fait si on
sortait du circuit simplement cassettes, donc distribué par le fanzine,
il fallait une distribution à l'extérieur, donc « qui
contacter pour la distribution ? » En fait, voilà
c'étaient des questions comme ça, donc j'ai eu des contacts avec
New Rose et donc New Rose a été notre distributeur.
Démarche super volontariste basée sur rien. Après les
difficultés en fait, c'étaient finalement, les mêmes que
pour d'autres structures. C'est-à-dire à quel moment on faisait
la part entre démarche militante et puis une démarche finalement
où les groupes voulaient quand même être reconnus. Par
exemple pour les discussions avec New Rose, ils s'en foutaient un petit peu de
ce qu'on voulait être, par contre ils ne voulaient pas passer à
côté d'une opportunité. Donc il y'avait un travail qui
était pas très sérieux au niveau de la distribution, mais
ils le faisaient parce que...voilà. C'était vraiment une
période charnière : « qu'est ce qui allait se
passer ? » etc. Moi je me rappelle d'une discussion avec les
mecs de New Rose où ils se posaient la question « est-ce que
le rap allait bouffer le rock ? », ils
naviguaient à vue, business.
Est-ce qu'à Poitiers, comme au niveau national,
on peut parler d'un réseau qui se serait tissé ?
LB : Oui alors, enfin à Poitiers encore une fois,
moi j'étais un peu en dehors. Le réseau c'était certaines
salles, et certains libraires, libraires et disquaires indépendants,
c'étaient les radios hein, ce qu'on appelait les radios libres, avec la
création de Radio Béton à Tours. Mais c'est vrai
qu'à Poitiers, moi, les rapports que j'avais, c'était vraiment
d'aller voir des choses de moi-même au Confort Moderne. Le Confort
Moderne était quand même important parce que tu te retrouvais dans
une ville moyenne, assez peu active enfin voilà, et quelque chose
d'assez connu comme le Confort Moderne c'était quand même assez
extraordinaire.
Tu en as déjà un peu parlé, mais
qu'est ce que tu penses de la période où s'est créé
le label ?
LB : C'était une période de crise. Je ne me
souviens pas très bien si les Bérurier Noir
étaient déjà en procès avec Bondage, etc. Il
y'avait le phénomène aussi de la scène alternative plus ou
moins récupérée, on en a parlé :
Garçons Bouchers, Mano Negra... Donc c'était
une période de crise au sens ou quelque chose était monté
et puis là, visiblement redescendait, sur des problèmes que le
mouvement, je parle de manière très très
générale, mais que le mouvement n'était pas capable de
résoudre. Problèmes essentiellement économiques, c'est
parce qu'il y'avait crise qu'il y'a eu l'idée de créer le label.
Voilà on ne voulait pas bouleverser la donne, mais on se disait :
« quelque chose est monté, qui concerne beaucoup de gens, donc
ce serait trop bête que tout retombe ». Parce qu'effectivement,
on savait bien ce que ça voulait dire que tout retombait : c'est
que tout retombait aux mains du business. Donc après tout,
comme souvent dans le milieu libertaire, créer un peu d'ilots de
résistance et d'autonomie, c'était un minimum. Donc
c'était vraiment une période de crise.
Quel regard portiez-vous sur les subventions publiques
ou privées ?
LB : À ce moment là, on ne se posait
même pas la question. On ne se posait même pas la question parce
qu'on avait cette autonomie financière de départ. Après
voilà, il y'a vingt ans, je sais très bien dans quel état
d'esprit j'étais à ce moment là, l'état d'esprit
aujourd'hui, ce serait « on peut y mettre un peu les doigts, il faut
garantir notre autonomie ». Aujourd'hui j'ai un certain nombre
d'expériences qui font que je pense que manoeuvrer avec ces choses
là, en étant prudent, on peut manoeuvrer. On ne s'est pas
posé la question vraiment, la question qui taraudait à ce moment
là tout ce milieu, c'était la question du business pur
quoi, c'est-à-dire : il y'avait des groupes qui avaient de
l'audience, cette audience ça voulait dire des gens qui viennent aux
concerts, des gens qui achètent des disques, derrière des radios
qui diffusaient des morceaux. Toute cette audience, elle a forcément un
caractère économique, et, à partir de cette audience, est
ce qu'on peut faire vivre une scène de manière autonome ?
Donc voilà, on n'était pas dans le cadre de subventions quoi. Il
est évident que par exemple, le Confort Moderne, quand il s'est
créé, nous on était très critiques, parce qu'il
y'avait une armée de ce qu'on appelle aujourd'hui des contrats
aidés (c'étaient des TUC à l'époque il me semble),
et donc nous on était très critiques là-dessus.
Objectivement, le Confort Moderne n'aurait certainement pas pu se monter sans
ça, et c'est quand même bien que le Confort existe... Mais nous,
ce n'était pas notre préoccupation. Notre préoccupation
c'était comment faire par rapport au business, vraiment les
subventions, c'est quelque chose qui est quand même très
lié à toute production qui demande pas mal de capital. Le Confort
Moderne c'est quand même une salle, c'est énorme hein, donc on
bâtit, il y'a des personnes derrière. C'est un lieu artistique et
pas commercial, comme peut l'être un distributeur de disques, ou un
organisateur de concerts, donc forcément la gestion économique et
l'autonomie financière va être compliquée, il faut des
recettes extérieures au lieu lui-même, après on
n'était pas dupe sur l'avenir mais on n'avait pas de réponse par
rapport à ça. On n'était pas dupe des efforts de Jack Lang
pour organiser, pour créer des festivals à droite à
gauche, c'était une manière de se positionner positivement par
rapport à la jeunesse. C'est comme ce que tu disais par rapport aux
squats : en quoi ils étaient importants ? C'étaient des
lieux où il se passait des choses, et sans que personne ne puisse avoir
un regard dessus. Après les squats avaient leurs propres limites, y
compris financières... Pour le label, les problèmes qui
étaient importants, c'était l'organisation de concerts, le
tournage, la distribution des skeuds [disques, nda] ce qui pouvait se
faire autour de la publicité au bon sens du terme, de rendre public, de
faire connaitre, tout cela était hors du champ des subventions.
De manière pragmatique, comment ça se
passe à Poitiers en 1989 pour produire un disque du début
à la fin ?
LB : Euh, le problème, c'est l'enregistrement,
c'est-à-dire la production de manière générale. Et
ensuite c'étaient les circuits qui étaient assez connus
déjà, puisque, le fanzine avait lui même produit
déjà des disques. On travaillait avec New Rose, donc les
skeuds [disques, nda] étaient un petit peu dans les bacs des
disquaires. On était déjà dans le réseau fanzine,
on se posait des questions par rapport aux radios (comment les contacter, se
faire connaitre). Toutes ces questions là, on était quand
même très novices là-dedans quoi.
La finalité du label, n'était pas comme
celle d'un label traditionnel, de promouvoir des groupes et de les amener
jusqu'à...
LB : Non ce n'était pas ça, c'était
vraiment établir une espèce de, comment dire, encore une fois un
peu de résistance, permettre à des groupes qui, quand la machine
business se met en place, n'auront pas leur place. Et ensuite
voilà, le contrat moral entre guillemet, était : on vous
permet de faire un album, on essaie de le faire un peu connaitre, et
après pour les concerts on avait quelques contacts, on pouvait
évidemment filer quelques tuyaux, mais le groupe se débrouillait,
et puis on n'était pas dupe, si les groupes marchent et ont une
certaines audience, ils auraient continué sans nous. Donc c'était
plus vraiment parce qu'on sentait que la scène était
coupée entre les gens, on va dire à la base qui jouaient dans
leur garage, qui faisaient leur truc, et puis l'audience qu'avait permis le
rock alternatif et entrainait vers du formatage.
Tu l'as dit tout à l'heure, quand tu as
débuté dans le label, tu étais complètement novice.
On voit au niveau du fanzine que tant au niveau du contenu que de la forme,
qu'au fil du temps et des numéros, on a une production
quasi-professionnelle. Est-ce qu'on a retrouvé ça au niveau du
label ?
LB : Euh, enfin moi, je n'ai pas eu le temps de voir
cette progression, parce que j'ai quitté le label assez vite. Mais le
label On A Faim! a continué après avec une nouvelle équipe
mais il y'avait cette volonté là. C'est-à-dire qu'en fait,
par exemple dans la nouvelle équipe, est arrivé un couple
parisien. Gil était un dessinateur, donc il avait certaines exigences
esthétiques, Martine était plus au fait des choses
administratives, donc quelque chose d'un peu plus pro qui se mettait en place.
Donc après, il faudrait voir la suite du label lui-même quoi.
Mais, enfin, il n'y avait pas de raison pour qu'on ne fasse pas quelque chose
qui ne soit pas agréable ou un peu pro. Ça veut pas dire
grand-chose agréable et un peu pro, mais tu peux avoir des choses qui
soient faites de manière foutraque, parce que c'est comme ça et
il y'a des choses qui sont faites de manières foutraque parce que c'est
une esthétique voulue. Nous on a fait un petit fanzine, il y'avait un
coté foutraque, mais il était voulu, donc voilà, c'est une
question esthétique. Je pense que la démarche du zine (au
départ je rappelle que c'est avant les ordinateurs etc,) donc on tape
à la machine, on fait des découpages aux ciseaux, on colle, donc
voilà, il faut imaginer l'esthétique punk, elle
correspond aussi à certains état d'esprit imaginatif. Entre le
zine de Poitiers, vu par 30 personnes et le zine national vu par 500 ou 1000,
il y a une différence ! Il y'a une logique interne et donc encore
une fois, même chose pour le rock alternatif. Industriel au bon
sens du terme, c'est-à-dire qu' il y'a des métiers qui se mettent
en place.
Et toi quand tu fondes le label, est ce que tu as dans
l'optique d'en faire ton métier, en quelque sorte de travailler pour
ça ?
LB : Pas du tout, c'est-à-dire pour moi c'est un
acte politique. Comme je militais à ce moment là à la
Fédération Anarchiste. Donc c'est du militantisme avec un
coté un peu artistique, voilà, parce que j'aimais la musique que
j'écoutais, quelque chose qui n'était pas strictement militant.
Alors plus tard dans le label, je ne sais pas très bien, ce n'est pas
toujours très clair comme ça, mais bon je pense que les copains
qui après ont repris le label n'étaient quand même pas dans
cette démarche là, mais ils y pensaient peut-être en se
rasant le matin....
Penses-tu que ce qui s'est passé en termes de
mouvement alternatif aux États-Unis puisse être mis en lien avec
ce que vous avez fait chez On a faim! , y'a-t-il eu des
passerelles ?
LB : Des passerelles non. Je ne pense pas qu'il y ait eu
des passerelles. D'abord avec les États-Unis c'est compliqué,
c'est-à-dire que, dans un milieu militant, les passerelles, elles se
font par des connaissances un peu plus précises. Donc notre contexte, il
restait européen, alors c'est vrai qu'en Europe c'était quand
même l'exemple italien, avec les centres sociaux qui commençaient
à émerger, s'organiser Aussi, je me souviens avoir visité
des squats berlinois très organisés, ça, ça nous
inspirait. Mais les États-Unis, pas directement, je crois qu'il y a des
différences de culture, et puis de taille. Un groupe connu aux
States c'est en nombre de « fans » quelque chose
d'énorme par rapport à l'Europe. Ce qu'on voyait c'était
que ce milieu persistait, et ne se trouvait pas prisonnier du business
apparemment comme chez nous. Une vraie scène alternative, c'est quand
même ce qui manquait particulièrement en France. Et c'est ce que
des groupes comme les Bérurier Noir n'ont pas réussi
à faire, ce n'est pas une critique, mais on peut voir que ce n'est pas
une fatalité. Des groupes comme The Ex, NoMeansNo,
existent encore dans une démarche alternative.
Alors justement, en terme de vente, est-ce que les
productions On a faim! ont trouvé un écho auprès du
public ?
LB : Les compilations se vendaient relativement bien,
alors moi les chiffres... je te disais, je ne sais pas, alors relativement bien
ça va être autour des 1000, quoi. En fait, de mon temps, on a
assez fait peu de choses à part les compilations, donc c'était
Désert Culturel, des choses comme ça, et là
c'était quand même beaucoup plus modeste, quoi, c'était
quelques centaines.
La politique de prix des disques, j'imagine qu'elle
était en adéquation avec vos idées
politiques ?
LB : Oui, on essayait de faire les choses le moins cher
possible. Alors après c'est toute la difficulté d'édition.
La distribution prend sa marge, etc. Et puis on devait éditer sur
plusieurs supports (cassettes, vinyles, CD), c'était quand même
compliqué...
Et dans le cadre de cette crise, est-ce qu'il a pu
exister des coopérations entre le label On a faim! et d'autres
labels ?
LB : Des coopérations, ce serait un grand mot,
disons qu'il y'avait deux types de réseaux : il y'avait le
réseau lui-même, qui lui était donc en crise forte et puis
après, il y'avait le réseau anar. Dans le réseau anar,
y'avait un autre label qui est arrivé à survivre, qui
était un label historique qui s'appelait VISA. Donc la
coopération, ça passait surtout par Jean-Pierre et par le
fanzine, et ça se situait plutôt en termes de publicité
encore une fois au bon sens du terme. C'est-à-dire, on croisait entre
les productions VISA et les productions On a faim!, et puis quelques plans on
va dire techniques etc.
Et donc ce réseau de publicité
(fanzines, radios libres etc.), est ce qu'il a été efficace pour
l'activité d'On a faim! ?
LB : Hum, oui... oui et non. Enfin, parce que ce
réseau là, si tu veux, il y'avait la partie très pratique,
donc lui était efficace. Mais en termes de pub, c'était quand
même très limité. C'était une période un peu
charnière, on sentait bien qu'on était à la queue de la
comète. C'était moins le problème de notre réseau
qu'en fait, derrière, un réseau qui était
déjà orienté vers quelque chose qui était beaucoup
plus commercial. La nouvelle équipe du label, a choisi un positionnement
moins militant, qui était aussi un positionnement musical
spécifique (plus dub/reggae que rock).
Le label était un outil de propagande :
donc a-t-il réussi à rallier des gens à la cause
libertaire ?
LB : Ce n'était pas le but, on voulait participer
à maintenir une scène alternative, et à l'intérieur
de cette scène une référence anar. On a
échoué me semble-t-il mais parce que la scène alternative,
du moins telle qu'on l'imaginait alors, a échoué.
Quel bilan tires-tu de ton action au sein de On a
faim !?
LB : Je me suis bien amusé et j'ai vécu
beaucoup d'angoisse, voilà. Non c'est vrai que le label sur cette
période là (encore une fois, le label a continué
après moi, c'est quand même en grande partie on va dire une
aventure personnelle, beaucoup d'angoisse). Je pense qu'après, j'ai
aussi eu une ouverture sur du réel, c'est-à-dire pas seulement
être dans la propagande anar par exemple, participer a des manifs, faire
des communiqués de presse, ces choses quoi, le goût de construire
on dira...

Historique de L'oreille est hardie
ADV : 1256 W 175 - 1987 - DRAC - Musique et
Danse - LOH Poitiers -
Dossier promotionnel du Confort Moderne - saison
1986-1987

Article de presse concernant l'ouverture du Confort
Moderne
ACM : « Press Book de l'Oreille est
Hardie » (septembre 1985-juillet 1986)
Libération du 18 novembre
1985.

Récapitulatif des productions On a
faim !
AFP : On a faim !, mai 1990
(n° 14).

Article de presse concernant la
Fanzinothèque
ACM : « Press Book de l'Oreille est
Hardie » (septembre 1990-juillet 1991)
Calades de mai 1991.
SOURCES
- Archives départementales de la
Vienne :
1256 W 175 - 1987 - DRAC - Musique et Danse - LOH Poitiers.
1256 W 127 - 1988-1989 - DRAC - Musique et Danse - LOH
Poitiers.
1666 W 1 - 1976-1984 - DRAC - Manifestations culturelles.
1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC - Manifestations culturelles.
1880 W 1 - DRAC - 1993 - Services du livre et de la
lecture.
- Archives municipales de Poitiers :
Liasse 4588 - 1983-1988 - L'oreille est hardie.
Liasse 12246 - 1991-1996 - Le Confort Moderne.
- Archives du Confort Moderne (liste des cartons et des
classeurs exploités) :
Subventions
Baux
Conventions
Comptes-rendus de réunions
Divers (1986)
Bilans, projets, évaluations (1992)
Bilans, projets, évaluations (1993)
Bilans, projets, évaluations (1994)
Press Book de L'oreille est hardie - 1977-1978
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1978-juillet
1979
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1979-juillet
1980
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1980-juillet
1981
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1981-juillet
1982
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1982-juillet
1983
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1985-juillet
1986
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1986-juillet
1987
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1987-juillet
1988
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1988-juillet
1989
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1989-juillet
1990
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1990-juillet
1991
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1991-juillet
1992
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1992-juillet
1993
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1993-juillet
1994
Press Book de L'oreille est hardie - septembre 1994-juillet
1995
- Sources audio et audio-visuelles :
Radio Libertaire, « Le Fanzine »,
dans Offensive Sonore du 14 octobre 2010.
MOUILLE Thierry : Le Confort Moderne, 1985-2005,
Poitiers, L'Oreille est Hardie, 2005.
France 3, « Poitiers : Confort
Moderne », actualités régionales, 5 juin 1985,
http://www.ina.fr/video/RXC04050462/poitiers-confort-moderne.fr.html,
consulté le 2 juin 2011.
France 3, « Poitiers : Impact du rock
sur le public », actualités régionales, 4 mai
1983,
http://www.ina.fr/art-et-culture/musique/video/RXC04043604/poitiers-impact-du-rock-sur-le-public.fr.html,
consulté le 15 mai 2011.
- Archives de la Fanzinothèque de
Poitiers :
Revue de presse de l'AMP
On a faim ! - Fanzine, 1984 (n° 1)
On a faim ! - Fanzine, 1985 (n° 2)
On a faim ! - Fanzine, 1985 (n° 3)
On a faim ! - Fanzine, 1986 (n° 4)
On a faim ! - Fanzine, septembre 1986 (n°
5)
On a faim ! - Fanzine, janvier 1987 (n°
6)
On a faim ! - Fanzine, mai 1987 (n° 7)
On a faim ! - Fanzine, octobre 1987 (n°
8)
On a faim ! - Fanzine, mars 1988 (n°
9/10)
On a faim ! - Fanzine, octobre 1988 (n°
11)
On a faim ! - Fanzine, avril 1989 (n°
12)
On a faim ! - Fanzine, octobre 1989 (n°
13)
On a faim ! - Fanzine, mai 1990 (n° 14)
On a faim ! - Fanzine, novembre 1990 (n°
15)
On a faim ! - Fanzine, septembre 1991 (n°
16)
On a faim ! - Fanzine, septembre 1992 (n°
17)
On a faim ! - Fanzine, hiver 1994 (n°
18)
On a faim ! - Newsletter du label, 1992 -
1994
Positive Rage, 1995 (n° 5)
- Sites internet consultés :
www.confort-moderne.fr :
site du Confort Moderne
www.fanzino.org : site de la
Fanzinothèque
www.ina.fr
www.la-fedurok.org : site
de la Fédurok
www.poitiersbruits.bbconcept.net :
forum dédié aux musiques amplifiées à
Poitiers
www.diplomatie.gouv.fr :
site de France Diplomatie, relatif à la DDF
www.cnap.culture.gouv.fr :
site du Centre national des arts plastiques
www.halles.be : site des Halles
de Schaerbeek
www.priceminister.com :
site de vente en ligne relatif aux prix actuels des productions On a
faim !.
www.euthanasie.records.free.fr : site répertoriant les
productions liées au rock français, dont celles du label
On a faim ! et d'autres labels poitevins comme Weird Records.
BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire :
DE WARESQUIEL Emmanuel (dir.), Dictionnaire des politiques
culturelles de la France depuis 1959, Paris, Larousse / CNRS Editions,
2001, 657 p.
- Ouvrages généraux:
GUIBERT Gérôme, La production de la culture,
le cas des musiques amplifiées en France, St Amand Tallende,
Mélanie Séteun et Irma éditions, 2006, 558 p.
POIRRIER Philippe, Société et culture en
France depuis 1945, Paris, Editions du Seuil, 1998, 94 p.
- Ouvrages spécialisés relatifs à
la musique :
HENNION Antoine, Les professionnels du disque, Paris,
A.M. Métailié, 1981, 257 p.
HENNION Antoine et MIGNON Patrick, Rock, de l'histoire au
mythe, Paris, Anthropos, 1991, 283 p.
RAFFIN Fabrice, Friches industrielles, un monde culturel
européen en mutation, Paris, L'Harmattan, 2007, 306 p.
- Ouvrages spécialisés relatifs aux
politiques culturelles :
BELIT Marc, Fragments d'un discours culturel,
Paris, Séguier, 2003, 465 p.
Ministère de la Culture et de la Communication, Une
politique de la musique pour la France, Paris, Actualités
Documents, 1981, 43 p.
POIRRIER Philippe (dir.), Les Collectivités locales
et la culture, les formes de l'institutionnalisation,
XIXe-XXe siècle, Paris, Comité
d'Histoire du ministère de la Culture - Fondation Maison des sciences de
l'Homme, 2002, 431 p.
SAEZ Guy (dir.), Institutions et vie culturelles,
Paris, Documentation Française, 2004, 172 p.
URFALINO Philippe, L'invention de la politique
culturelle, Paris, Comité d'Histoire du ministère de la
Culture, 1996, 363 p.
- Articles :
ETIENNE Samuel, « First & Last & Always
» : les valeurs de l'éphémère dans la presse musicale
alternative », dans Volume !, 2003 (n° 1).
GUIBERT Gérôme, « Les musiques
amplifiées en France, phénomènes de surface et dynamiques
invisibles », dans Réseaux, 2/2007 (n°
141-142).
LEBRUN Barbara « Majors et labels indépendants
», dans Vingtième Siècle, Revue d'histoire, 4/2006
(no 92).
TEILLET Philippe, « Replacer le Rock dans des
dynamiques socio-historiques » dans « A propos des musiques
populaires : le Rock », sous la dir. d'Emmanuel Brandl, dans
Mouvements, 5/2006 (no 47-48).
URFALINO Philippe, « De l'anti-impérialisme
américain à la dissolution de la politique
culturelle », dans Revue Française de Science
Politique, octobre 1993 (n° 5).
- Mémoires universitaires :
BIDOU Fabienne, La scène alternatives des
années 80,
mémoire
de
maîtrise
d'
Animation
culturelle
et
sociale,
sous la dir. de Jean Duvignaud,
Université
de
Paris
7,
1989,
226 p.
FOLCO Alain, Le mouvement rock alternatif,
thèse d'Etudes Politiques et Sociales sous la dir. de M. Benoist, IEP de
l'Université de Droit d'Economies et des Sciences d'Aix-Marseille, 1990,
252 p.
MEUNIER Alexandre, Du rififi chez les indépendants,
un état des lieux du mouvement indépendant français,
mémoire de licence en IUP Ingénierie documentaire,
Université Toulouse-Le Mirail, 1998, 114 p.
HUMEAU Pierig, Le punk indépendant comme mouvement
contre culturel, entre influences et affirmations identitaires,
mémoire de master II recherche mention Sociologie :
« Savoirs et Sociétés » sous la direction de
Bertrand Geay, Université de Poitiers, 2005, 138 p.
- Ouvrages généraux non
scientifiques :
COUTURIER Brice, Une scène jeunesse, Paris,
Autrement, coll. « À ciel ouvert », 1983, 220 p.
PEPIN Rémi, Une histoire de rock alternatif,
Paris, Hugo Doc, 2007, 263 p.
RUDEBOY Arno, Nyark Nyark, Paris, La
Découverte, 2007, 260 p.
WELL Max et POULAIN François, Scènes de rock
en France, Paris, Syros Alternatives, 1993, 157 p.
MBC, L'année du disque 2001, Paris, MBC,
2002.
- Ouvrages spécialisés non
scientifiques :
Le Confort Moderne, 10 ans de Confort Moderne :
1985-1995, 1995, 134 p.
Fanzinothèque de Poitiers, 30 ans de fanzines
à Poitiers, octobre 2009, 71 p.
* 1
Prospectus de l'association « L'Oreille
Est Hardie » - 1983.
* 2
COUTURIER Brice, Une scène
jeunesse, Paris, Autrement, coll. « A ciel ouvert »,
1983, 4e de couverture.
* 3 LEBRUN Barbara «
Majors et labels indépendants », dans Vingtième
Siècle. Revue d'histoire, 4/2006 (no 92), p. 34.
* 4
Lucien Morisse, directeur des programmes
d'Europe1dans les années 50 met au point le
« matraquage », qui « consiste à avantager
-voire à imposer - sur les ondes le chanteur ou la chanson qui nous
plait et dont nous ménageons parfois
l'exclusivité» : MILLET François, « On
connaît la chanson », in MBC, L'année du
disque 2001, Paris, MBC, 2002, p. 3.
* 5
On parlera ici de mouvement punk
(au sens de mouvement culturel lié à certaines pratiques et
caractéristiques d'ordre non-seulement culturels mais aussi social,
économique ou politique qui lui sont propres) et non de genre musical
punk (qui découle d'une critique esthétique
subjective) dont ce n'est pas le propos.
* 6
Citons comme exemple le label britannique Rough
Trade, d'abord simple boutique en 1976, puis label indépendant en 1978,
fondés par Geoff Travis, qui souhaitait « promouvoir une
musique marginale, non distribuée par les majors » :
LEBRUN Barbara op. cit., p. 38.
* 7
Clode Panik, chanteur d'un des groupes
punk français les plus influents a ainsi mis un terme à
l'activité de « Métal Urbain » à cause
des « maisons de disques françaises, qui ont toutes
refusé de signer Métal Urbain » et de « la presse
rock (?) et leurs journalistes encensant les vieilles pop stars sur le
déclin » : RUDEBOY Arno, Nyark Nyark, Paris, La
Découverte, 2007, p. 17.
* 8
GUIBERT Gérôme, « Les
musiques amplifiées en France, phénomènes de surface et
dynamiques invisibles », dans Réseaux, 2/2007
(n° 141-142), pp. 306-307.
* 9
GUIBERT Gérôme, La production de
la culture, le cas des musiques amplifiées en France, St Amand
Tallende, Mélanie Séteun et Irma éditions, 2006, p.
240.
* 10
HENNION Antoine, « La musique, le Ville
et l'État. Plaidoyer pour des études de cas » dans
Les Collectivités locales et la culture, les formes de
l'institutionnalisation, XIXe-XXe siècle,
sous la dir. de Philippe Poirrier, Paris, Comité d'Histoire du
ministère de la Culture - Fondation Maison des sciences de l'Homme,
2002, p. 315.
* 11
TEILLET Philippe, « Replacer le Rock
dans des dynamiques socio-historiques » dans « A propos des
musiques populaires : le Rock », sous la dir. d'Emmanuel Brandl,
dans Mouvements, 5/2006 (no 47-48), p. 221.
* 12
Rémi Pépin est notamment connu pour
avoir officié au sein du groupe parisien
« Guernica », et Arno RudeBoy fut membre de
« Bolchoï ».
* 13
FOLCO Alain, Le mouvement rock
alternatif, Thèse d'Etudes Politiques et Sociales sous la dir. de
M. Benoist, IEP de l'Université de Droit d'Economies et des Sciences
d'Aix-Marseille, 1990.
* 14
TEILLET Philippe, op. cit., p. 221.
* 15
TOUCHE Marc, « Musique, vous avez dit
musiques ? » in Les rencontres du grand Zebrock. A propos
des musiques actuelles, sous la dir. de Pierre Quay-Thévenon,
Noisy-Le-Sec, Chroma, 1998, p.15.
* 16
Fabien Hein réalise une enquête de
terrain en Lorraine dans son ouvrage Le Monde du Rock, ethnographie du
réel, St Amand Tallende, Mélanie Séteun et Irma
éditions, 2006 ; tandis que Gérôme Guibert en
réalise une autre en Vendée dans La production de la culture,
le cas des musiques amplifiées en France, St Amand Tallende,
Mélanie Séteun et Irma éditions, 2006.
* 17
Arno Rudeboy choisit ainsi comme sous-titre de
son ouvrage Nyark, Nyark, Paris, La Découverte, 2007 :
« Fragments de scènes Punk et Rock Alternatif ».
* 18
Archives de la Fanzinotèque de Poitiers
(AFP), « Revue de presse de l'AMP ».
* 19
Archives du Confort Moderne (ACM) :
« Press Book de l'Oreille est Hardie » (septembre 1982-juin
1983), Centre Presse du 1er juin 1983.
* 20
Archives Départementales de la Vienne
(ADV) : 1256 W 175 - 1987- DRAC - Musique et Danse - LOH Poitiers -
Dossier promotionnel du Confort Moderne - saison 1986-1987, p. 3.
* 21
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), La Nouvelle
République du 20 juin 1983.
* 22
ADV : 1666 W 1- 1976-1984 - DRAC -
Manifestations culturelles - Historique de l'association l'Oreille est Hardie
- 1981.
* 23
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1980-juillet 1981), Centre Presse du
25 avril 1981.
* 24
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1980-juillet 1981), Centre Presse du
10 octobre 1981.
* 25
ADV : 1666 W 1- 1976-1984 - DRAC -
Manifestations culturelles - Historique de l'association l'Oreille est Hardie
- 1981.
* 26
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1980-juillet 1981), Centre
Presse du 3 octobre 1980.
* 27
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), Nouvelle
République du 20 juin 1983.
* 28
Maire de Poitiers de 1977 à 2008, Jacques
Santrot fut conseiller général de la Vienne de 1973 à 1988
et député de 1978 à 1988.
* 29
MOUILLE Thierry : Le Confort Moderne,
1985-2005, Poitiers, L'Oreille est Hardie, 2005 (source
audio-visuelle).
* 30
Membre de L'oreille est hardie, Francis Falceto
fut l'un des quatre piliers ayant fondé le Confort Moderne. Il est
aujourd'hui spécialiste des musiques éthiopiennes.
* 31
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), La Nouvelle
République du 20 juin 1983.
* 32
ACM : « Press Book de
l'Oreille est Hardie » (septembre 1981-juillet 1982),
Libération du 12 mai 1982.
* 33
ACM : « Press Book de
l'Oreille est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), Le
Matin de Paris du 25 juin 1983.
* 34
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1978-juillet 1979),
Libération du 19 juin 1979.
* 35
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1981-juillet 1982), La
Nouvelle République du 23 septembre 1982.
* 36
RAFFIN Fabrice, Friches industrielles, un
monde culturel européen en mutation, Paris, L'Harmattan, 2007, p.
36.
* 37
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1981-juillet 1982),
Libération du 12 mai 1982.
* 38
URFALINO Philippe, « De
l'anti-impérialisme américain à la dissolution de la
politique culturelle », dans Revue Française de Science
Politique, octobre 1993 (n° 5), p. 830.
* 39
POIRRIER Philippe, Société et
culture en France depuis 1945, Paris, Editions du Seuil, 1998, pp.
80-81.
* 40
ACM : « Press Book de l'Oreille est
Hardie » (septembre 1981-juillet 1982), Libération du
12 mai 1982.
* 41
Ibidem.
* 42
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), La
Nouvelle République du 20 juin 1983.
* 43
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983),
Libération du 24 juin 1983.
* 44
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 37.
* 45
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 36.
* 46
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), La
Nouvelle République du 20 juin 1983.
* 47
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 48
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), La
Nouvelle République du 22 juin 1983.
* 49
Archives en ligne du Confort Moderne :
http://www.confort-moderne.fr/layout.php?r=152&sr=153&id_intrazik=24074
, La Charente Libre du 25 mai 1985, consulté le 18 avril
2011.
* 50
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1981-juillet 1982), La Nouvelle
République du 6 juin 1982.
* 51
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), La
Nouvelle République du 21 octobre 1982.
* 52
Membre de l'Oreille est Hardie, Fazette Bordage
est l'un des quatre piliers ayant fondé le Confort Moderne.
Coordinatrice du réseau européen de salles de concerts Trans
Europe Halles de 1994 à 2000, elle investit un nouveau lieu
dédié à la recherche artistique en 2001 et intègre
la même année une mission interministérielle sur les
nouveaux territoires de l'art. Elle continue depuis 2010 ce même travail
de valorisation à titre indépendant.
* 53
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 37.
* 54
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1981-juillet 1982), Centre
Presse du 10 octobre 1981.
* 55
Membre de l'Oreille est Hardie, Yorrick Benoist
est l'un des quatre piliers ayant fondé le Confort Moderne. Il est
aujourd'hui directeur d'une agence de production de musiques
traditionnelles : Run Productions.
* 56
MOUILLE Thierry, op. cit. (source
audio-visuelle).
* 57
TEILLET Philippe, « Eléments
pour une histoire des politiques publiques en faveur des « musiques
amplifiées » » in Les
Collectivités locales et la culture, les formes de
l'institutionnalisation, XIXe-XXe siècle,
sous la dir. de Philippe Poirrier, Paris, Comité d'Histoire du
ministère de la Culture - Fondation Maison des sciences de l'Homme,
2002, p. 368.
* 58
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 66.
* 59
ACM : « Baux », Bail
locatif du 185, Faubourg du Pont Neuf entre MM. Breuil et L'Oreille est
Hardie, 13 septembre 1984.
* 60
Ibidem.
* 61
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Elle du 18
novembre 1985.
* 62
RUDEBOY Arno, op. cit., p. 132.
* 63
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Elle du 18
novembre 1985.
* 64
ACM :
« Subventions », Dossier de subventions
(1984-1985).
* 65
ACM :
« Subventions », Lettre de la Direction des Actions de
l'État, 20 mars 1986.
* 66
ACM :
« Subventions », Lettre de la Direction
Départementale du Travail et de l'Emploi, 13 octobre 1986.
* 67
TEILLET Philippe, op. cit., p. 385.
* 68
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1988-juillet 1989), Le
Nouvel Observateur du 24 novembre 1988.
* 69
Journal Officiel de la République
Française : Décret n°84-919 du 16 octobre 1984 919
portant application du livre IX du code du travail aux travaux d'utilité
collective *TUC*, 17 octobre 1984 (n° 243), pp.
3253-3254.
* 70
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1990-juillet 1991), Tête
d'Epingle de juin 1991.
* 71
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989- DRAC - Musique
et Danse - LOH Poitiers - Audit financier et comptable de l'entreprise
« Le Confort Moderne », « L'Oreille est
Hardie » réalisé par Argos, février 1989, p.
12.
* 72
Fondateur du label musical On a faim !,
Luc Bonet est aujourd'hui technicien en météorologie, et est
impliqué dans le milieu syndical au sein de la CNT.
* 73
Entretien avec Luc Bonet du label « On
A Faim ! », propos recueillis le 14 janvier 2011.
* 74
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 13 novembre 1985.
* 75
HENNION Antoine, « La musique, la
ville, l'État. Plaidoyer pour des études de cas. »
in Les Collectivités locales et la culture, les formes de
l'institutionnalisation, XIXe-XXe siècle,
sous la dir. de Philippe Poirrier, Paris, Comité d'Histoire du
ministère de la Culture - Fondation Maison des sciences de l'Homme,
2002, p. 316.
* 76
MOUILLE Thierry, op. cit. (source
audio-visuelle).
* 77
Ibidem.
* 78
ADV : 1256 W 175 - 1987- DRAC - Musique et
Danse - LOH Poitiers - Dossier promotionnel du Confort Moderne - saison
1986-1987, p. 4.
* 79
ACM : « Baux »,
Bail locatif d'un local de répétition entre LOH et Edouard
Gelusseau, 1er novembre 1987.
* 80
ADV : 1256 W 175 - 1987- DRAC - Musique et
Danse - LOH Poitiers - Dossier promotionnel du Confort Moderne - saison
1986-1987, p. 6.
* 81
ADV : 1256 W 175 - 1987- DRAC - Musique et
Danse - LOH Poitiers - Dossier promotionnel du Confort Moderne - saison
1986-1987, p. 8.
* 82
Ibidem.
* 83
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989- DRAC - Musique
et Danse - LOH Poitiers - Audit financier et comptable de l'entreprise
« Le Confort Moderne », « L'Oreille est
Hardie » réalisé par Argos, février 1989, p.
8.
* 84
Ibidem.
* 85
ACM :
« Subventions », Dossier de subventions, 1988.
* 86
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989- DRAC - Musique
et Danse - LOH Poitiers - Audit financier et comptable de l'entreprise
« Le Confort Moderne », « L'Oreille est
Hardie » réalisé par Argos, février 1989, p.
9.
* 87
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 22 octobre 1986 et « Press Book de l'Oreille est
Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), La lettre des
élus de décembre 1986.
* 88
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 135.
* 89
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986),
Libération du 18 novembre 1985.
* 90
Fanzinothèque de Poitiers, 30 ans de
fanzines à Poitiers, octobre 2009, p. 31.
* 91
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 20 novembre 1985.
* 92
TIGAN Fabrice, « Poitiers Über
Alles », sur le Forum Poitiers Bruits,
http://poitiersbruits.bbconcept.net/t34-poitou-uber-alles-par-fab-tigan,
consulté le 28 avril 2011.
* 93
MOUILLE Thierry, op. cit. (source
audio-visuelle).
* 94
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1986-juillet 1987), Centre
Presse du 18 février 1987.
* 95
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1986-juillet 1987), Centre
Presse du 15 avril 1987.
* 96
ACM :
« Subventions », Dossier de subventions
(1985-1986), (1988).
* 97
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 12 mars 1986.
* 98
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1982-juillet 1983), La
Nouvelle République du 22 avril 1983.
* 99
ACM : « Press Book de
l'Oreille est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 3 juin 1986.
* 100
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986) »,
Centre Presse du 4 février 1986.
* 101
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1986-juillet 1987), Centre
Presse du 18 mars 1987.
* 102
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1986-juillet 1987), Centre
Presse du 15 avril 1987.
* 103
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1990-juillet 1991), Centre
Presse du 29 juillet 1991.
* 104
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989- DRAC - Musique
et Danse - LOH Poitiers - Audit financier et comptable de l'entreprise
« Le Confort Moderne », « L'Oreille est
Hardie » réalisé par Argos, février 1989, p.
22.
* 105
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1986-juillet 1987), La
Nouvelle République du 14 janvier 1987.
* 106
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989- DRAC - Musique
et Danse - LOH Poitiers - Audit financier et comptable de l'entreprise
« Le Confort Moderne », « L'Oreille est
Hardie » réalisé par Argos, février 1989, p.
9.
* 107
Les Halles de Schaerbeek, « Histoire du
projet »,
http://www.halles.be/page.php?id=57,
consulté le 29 avril 2011.
* 108
Le Confort Moderne, 10 ans de Confort
Moderne : 1985-1995, 1995, p. 25.
* 109
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1986-juillet 1987), La
Nouvelle République du 15 mai 1987.
* 110
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 264.
* 111
L'étape de ce festival a lieu pour la
première fois en 1989 : ACM : « Press Book de
l'Oreille est Hardie » (septembre 1989-juillet 1990), Le
Monde du 9 novembre 1989.
* 112
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 261.
* 113
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989 - DRAC -
Musique et Danse - LOH Poitiers - Dossier promotionnel de l'Oreille est Hardie,
saison 1988-1989, p. 8.
* 114
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989 - DRAC -
Musique et Danse - LOH Poitiers - Dossier promotionnel de l'Oreille est Hardie,
saison 1988-1989, p. 1.
* 115
ACM : « Subventions »,
Dossier de subventions (1985-1986), 1er janvier 1986.
* 116
Archives Municipales de Poitiers (AMP) :
Liasse 4588 - 1983-1988 - L'oreille est hardie - Courrier de la
municipalité au Confort Moderne - 28 septembre 1987.
* 117
ADV : 1666 W 1- 1976-1984 - DRAC -
Manifestations culturelles - Historique de l'association l'Oreille est Hardie
-1981.
* 118
ACM : « Subventions »,
Récapitulatif des subventions accordées à l'Oreille
est Hardie, 1989.
* 119 DE WARESQUIEL Emmanuel
(dir.), Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959,
Paris, Larousse / CNRS Editions, 2001, p. 368.
* 120
ADV : 1256 W 175 - 1987- DRAC - Musique et
Danse - LOH Poitiers - Dossier promotionnel du Confort Moderne - saison
1986-1987, p. 12.
* 121
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), Centre
Presse du 26 novembre 1987.
* 122
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), La
Charente Libre du 24 mars 1988.
* 123
ACM :
« Subventions », Courrier de la municipalité de
Poitiers, 28 juin 1988.
* 124
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), Centre
Presse du 18 mars 1988.
* 125
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989 - DRAC -
Musique et Danse - LOH Poitiers - Dossier promotionnel de l'Oreille est Hardie,
saison 1988-1989, p. 3.
* 126
ACM : « Baux »,
courrier de Marcel Breuil, 21 octobre 1987.
* 127
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), Centre
Presse du 28 juin 1988.
* 128
Ibidem.
* 129
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 240.
* 130
AMP : Liasse 4588 - 1983-1988 - L'oreille
est hardie - Compte-rendu de la réunion au sujet du rachat de l'Hotel du
185, Faubourg du Pont-Neuf, entre Mr Breuil et Mme Bertrand - 1er
février 1988.
* 131
ACM : « Baux »,
courriers de Marcel Breuil, 21 décembre 1988, 30 mai 1989, 17
septembre 1990 et 27 février 1991.
* 132
RAFFIN Fabrice, op. cit., pp.
240-241.
* 133
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La
Nouvelle République du septembre 1988.
* 134
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), Centre
Presse du 9 juin 1988.
* 135
RUDEBOY Arno, op. cit., p. 167.
* 136
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La
Charente Libre du 9 novembre 1988.
* 137
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), Centre
Presse du 15 octobre 1987.
* 138
Entretien avec Luc Bonet du label « On
A Faim ! », propos recueillis le 14 janvier 2011.
* 139
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 13 février 1986.
* 140
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 3 mars 1986.
* 141
ACM : « Divers »,
Pré-projet de Rock Hexagonal Tendancieux n° 3, 1986, p.
1.
* 142
ACM : « Divers »,
Pré-projet de Rock Hexagonal Tendancieux n° 3, 1986, p.
3.
* 143
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1985-juillet 1986), Centre
Presse du 12 mars 1986.
* 144
GUIBERT Gérôme, « Les
musiques amplifiées en France, phénomènes de surface et
dynamiques invisibles », dans Réseaux, 2/2007
(n° 141-142), p. 302.
* 145
GUIBERT Gérôme, op. cit.,
p. 303.
* 146
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1989-juillet 1990), La Nouvelle
République du 15 novembre 1990.
* 147
ADV - 1880 W 1 - DRAC - 1993 - Services du livre
et de la lecture - Article paru dans Ecouter Voir, été
1991 (n° 8).
* 148
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La Nouvelle
République du 22 avril 1989.
* 149
ETIENNE Samuel, « First & Last
& Always » : les valeurs de l'éphémère dans la
presse musicale alternative », dans Volume !, 2003
(n° 1), p. 5.
* 150
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 151
Ibidem.
* 152
MOUILLE Thierry, op. cit. (source
audio-visuelle).
* 153
Premier « directeur » de la
Fanzinothèque de Poitiers, Didier Bourgoin a largement oeuvré au
sein de la scène alternative de Poitiers, notamment au sein de l'AMP et
de la boutique de disques que cette association gérait : la Nuit
Noire.
* 154
Fanzinothèque de Poitiers, 30 ans de
fanzines à Poitiers, octobre 2009, p. 1.
* 155
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 156
Radio Libertaire, « Le
Fanzine », dans Offensive Sonore du 14 octobre 2010.
* 157
Faisant partie de l'AMP, Marie Bourgoin a
accompagné les débuts de la Fanzinothèque. Elle fait
aujourd'hui partie des 5 salarié gérant le lieu, et s'occupe de
la partie documentation.
* 158
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 159
Fanzinothèque de Poitiers, 30 ans de
fanzines à Poitiers, octobre 2009, p. 3.
* 160
Ibidem.
* 161
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La Nouvelle
République du 5 avril 1989.
* 162
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), La Nouvelle
République du 10 janvier 1988.
* 163
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1987-juillet 1988), Centre Presse du
26 mai 1988.
* 164
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1988-juillet 1989), Poitiers
Magazine d'avril 1989.
* 165
Radio Libertaire, « Le
Fanzine », dans Offensive Sonore du 14 octobre 2010.
* 166
ADV - 1880 W 1 - DRAC - 1993 - Services du livre
et de la lecture - Statuts de l'association de gestion de la
Fanzinothèque.
* 167
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1989-juillet 1990), La Nouvelle
République du 15 novembre 1989.
* 168
Radio Libertaire, « Le
Fanzine », dans Offensive Sonore du 14 octobre 2010.
* 169
Ibidem.
* 170
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 171
Ibidem.
* 172
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1989-juillet 1990), La Nouvelle
République du 15 novembre 1989.
* 173
Fanzinothèque de Poitiers, 30 ans de
fanzines à Poitiers, octobre 2009, p. 12.
* 174
ETIENNE Samuel, op. cit., p. 25.
* 175
Radio Libertaire, « Le
Fanzine », dans Offensive Sonore du 14 octobre 2010.
* 176
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 177
Radio Libertaire, « Le
Fanzine », dans Offensive Sonore du 14 octobre 2010.
* 178
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1990-juillet 1991), La Nouvelle
République du 13 novembre 1990.
* 179
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 180
Radio Libertaire, « Le
Fanzine », dans Offensive Sonore du 14 octobre 2010.
* 181
Entretien avec Gilles et Marie de la
Fanzinothèque, propos recueillis le 31 janvier 2011.
* 182
Ibidem.
* 183
Ibidem.
* 184
ETIENNE Samuel, op. cit., p. 17.
* 185
Fanzinothèque de Poitiers, 30 ans de
fanzines à Poitiers, octobre 2009, p. 30.
* 186
Entretien avec Luc Bonet du label musical On a
faim !, propos recueillis le 14 janvier 2011.
* 187
Fondateur du fanzine « On a
faim ! » alors qu'il était ouvrier, Jean-Pierre Levaray
est aujourd'hui reconnu dans le milieu libertaire en tant
qu'écrivain : il est notamment l'auteur de Putain d'usine
ou de Tue ton patron.
* 188
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 189
Fanzinothèque de Poitiers, 30 ans de
fanzines à Poitiers, octobre 2009, p. 30.
* 190
RUDEBOY Arno, op. cit., p.146.
* 191
AFP, Positive Rage, 1995 (n° 5), p.
12.
* 192
ADV - 1880 W 1 - DRAC - 1993 - Services du livre
et de la lecture - Article paru dans Ecouter Voir, été
1991 (n°8).
* 193
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 194
AFP, On a faim !, hiver 1985
(n° 3), p. 1.
* 195
AFP, On a faim !, septembre 1986
(n° 5), p. 1.
* 196
AFP, On a faim !, mai 1990 (n°
14), p. 51.
* 197
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 198
AFP, On a faim !, mai 1990 (n°
14), p. 51.
* 199
Vente du vinyle « A Bas Toutes Les
Armées » sur le site d'enchères en ligne Price
Minister,
http://www.priceminister.com/offer/buy/17700109/Compilation-A-Bas-Toutes-Les-Armees-33-Tours.html,
consulté le 16 mai 2011.
* 200
RUDEBOY Arno, op. cit., p. 151.
* 201
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 202
RUDEBOY Arno, op. cit., p. 146.
* 203
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 204
RUDEBOY Arno, op. cit., p. 146.
* 205
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 206
Ibidem.
* 207
Ibidem.
* 208
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 209
AFP, On a faim !, mai 1990 (n°
14), p. 24.
* 210
Livret de la compilation Pogo avec les loups,
On a faim ! - Label, 1992.
* 211
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 212
Pochette de la compilation Cette machine sert
à tuer tous les fascistes, On A Faim ! - Label, 1990.
* 213
Ibidem.
* 214
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 215
TIGAN Fabrice, « Poitiers Über
Alles », sur le Forum Poitiers Bruits,
http://poitiersbruits.bbconcept.net/t34-poitou-uber-alles-par-fab-tigan,
consulté le 28 avril 2011.
* 216
Membre du label musical « On a
faim ! » à la suite du départ de Luc Bonet, Gil
Delisse est aujourd'hui illustrateur, activité qu'il exerça
notamment au sein du fanzine du même nom.
* 217
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 218
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 219
GUIBERT Gérôme, La production de
la culture, le cas des musiques amplifiées en France, St Amand
Tallende, Mélanie Séteun et Irma éditions, 2006, p.
248.
* 220
Ibidem.
* 221
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 222
On en retrouve les traces dans les
« Pôles régionaux de musiques actuelles » ou
le Centre d'information et de ressources pour les musiques
actuelles » (IRMA).
* 223
TIGAN Fabrice, « Poitiers Über
Alles », sur le Forum Poitiers Bruits,
http://poitiersbruits.bbconcept.net/t34-poitou-uber-alles-par-fab-tigan,
consulté le 28 avril 2011.
* 224
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1989-juillet 1990), La Nouvelle
République du 15 novembre 1989.
* 225
Ibidem.
* 226
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1987-juillet 1988), Centre Presse du
9 juin 1988.
* 227
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La Nouvelle
République du 6 juin 1989.
* 228
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La Charente
Libre du 1er mars 1989.
* 229
AFP, On A Faim !, mai 1990 (n°
14), p. 10.
* 230
Ibidem.
* 231
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 232
GUIBERT Gérôme, op. cit.,
p. 281.
* 233
GUIBERT Gérôme, op. cit.,
p. 280.
* 234
AFP, On a faim !, mai 1990 (n°
14), p. 17.
* 235
GUIBERT Gérôme, op. cit.,
p. 273.
* 236
AFP, On a faim !, mai 1990 (n°
14), p. 17.
* 237
MOUILLE Thierry, op. cit., (source
audio-visuelle).
* 238
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1990-juillet 1991), Majuscules du
1er mai 1991.
* 239
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La Nouvelle
République du 15 février 1989.
* 240
Ibidem.
* 241
Maître de conférences à
l'Université de Poitiers, Jean-Yves Chamard fut député de
la Vienne de 1988 à 1997 et de 2002 à 2007 dans le groupe
parlementaire RPR puis UMP.
* 242
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1989-juillet 1990), Centre Presse du
3 mai 1990.
* 243
Membre éminent du Parti Socialiste,
Laurent Fabius fut notamment Premier Ministre de 1984 à 1986, lors du
premier mandat de François Mitterrand.
* 244
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1989-juillet 1990), La Nouvelle
République du 12 février 1990.
* 245
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1988-juillet 1989), Centre Presse du
22 septembre 1988.
* 246
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1988-juillet 1989), La Nouvelle
République du 28 avril 1989.
* 247
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 248
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1990-juillet 1991), La Nouvelle
République du 31 août 1990.
* 249
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1988-juillet 1989), Centre Presse du
22 septembre 1989.
* 250
ACM : « Subventions »,
Dossier de subventions de l'exposition Jardin Théâtre
Bestiarum, 1989.
* 251
Centre National des Arts Plastiques, Jardin
Théâtre Bestiarum,
http://www.cnap.culture.gouv.fr/index.php?page=presentation&rep=listeAnnuaire&type=detail&idInstitution=1464&idEvenement=20400&evenement=jardin-thtre-bestiarium,
consulté le 23 mais 2011.
* 252
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1989-juillet 1990), La Nouvelle
République du 17octobre 1989.
* 253
Ibidem.
* 254
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1989-juillet 1990), La Nouvelle
République du 15 septembre 1990.
* 255
AFP, On a faim !, novembre 1990
(n° 15), p. 25.
* 256
ACM : « Press Book de L'oreille
est hardie » (septembre 1988-juillet 1989), Le Nouvel
Observateur du 30 novembre 1988.
* 257
ACM : « Conventions »,
Convention au titre de l'année 1989 entre le ministère de la
Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire et
l'association « L'oreille est hardie », 11 mai
1989.
* 258
ADV : 1256 W 127- 1988-1989 - DRAC - Musique
et Danse - Note de présentation de L'oreille est hardie - 12 septembre
1989.
* 259
Garde des Sceaux de 1988 à 1990, Pierre
Arpaillange fut également Premier président de la Cour des
Comptes de 1990 à 1993.
* 260
ADV : 1666 W 19- 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Protocole d'accord entre le ministère de la
Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire et le
ministère de la Justice - 1990.
* 261
ACM : « Conventions »,
Convention au titre de l'année 1989 entre le ministère de la
Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire et
l'association « L'oreille est hardie », 11 mai
1989.
* 262
ACM : « Subventions »,
Proposition de mission effectuée par l'ARSEC, octobre
1989, p. 3.
* 263
ADV : 1256 W 127 - 1988-1989- DRAC - Musique
et Danse - LOH Poitiers - Audit financier et comptable de l'entreprise
« Le Confort Moderne », « L'Oreille est
Hardie » réalisé par Argos, février 1989, p.
55.
* 264
ADV : 1666 W 19- 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre de Jacques Santrot à la directrice
du Confort Moderne - 8 Janvier 1990.
* 265
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
17 janvier 1992.
* 266
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 17 janvier 1992.
* 267
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
17 janvier 1992.
* 268
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 17 janvier 1992.
* 269
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Analyse de situation du Confort Moderne
demandé par la Ville de Poitiers réalisé par la SARL
Exco-Poitiers- Septembre 1991.
* 270
Ibidem.
* 271
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 17 janvier 1992.
* 272
Ibidem.
* 273
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
18 janvier 1992.
* 274
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre de Dominique Chavigny pour la DRAC au
député-maire de Poitiers - 13 mars 1991.
* 275
France Diplomatie, Délégation
au développement et aux formations,
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/documentaire_1045/diffusion-non-commerciale_5378/collections-video_5374/societe_8874/ville_10302/partenaires_11156/delegation-au-developpement-aux-formations_21023.html,
consulté le 25 mai 2011.
* 276
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre de Fazette Bordage à la DDF - 21 mai
1991.
* 277
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre de Raymond Lachat au président de
L'oreille est hardie - 26 juillet 1991.
* 278
Ibidem.
* 279
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre de Fazette Bordage au Directeur
régional des affaires culturelles, Raymond Lachat - 26 novembre
1991.
* 280
Ibidem.
* 281
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre de Jean-Marie Bordier à la DRAC -
28 novembre 1991.
* 282
Ibidem.
* 283
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre du Directeur régional des affaires
culturelles à la DDF - 5 décembre 1991.
* 284
Ibidem.
* 285
Ibidem.
* 286
Ibidem.
* 287
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 18 janvier 1992.
* 288
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre du Directeur régional des affaires
culturelles à la DDF - 5 décembre 1991.
* 289
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 18 janvier 1992.
* 290
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
18 janvier 1992.
* 291
ADV : 1666 W 19 - 1977-1992 - DRAC -
Manifestations culturelles - Lettre de Fazette Bordage au Directeur
régional des affaires culturelles, Raymond Lachat - 26 novembre
1991.
* 292
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
20 janvier 1992.
* 293
Ibidem.
* 294
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Carnets, de
février-mars 1992 (n° 5).
* 295
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Bebopalula Or Not
de janvier 1992 (n° 9).
* 296
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
18 janvier 1992.
* 297
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 20 janvier 1992.
* 298
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 21 janvier 1992.
* 299
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 1er février 1992.
* 300
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
28 janvier 1992.
* 301
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
18 janvier 1992.
* 302
Ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin fut
également Président du Conseil régional du
Poitou-Charentes de 1988 à 2002 et conseiller municipal de Poitiers de
1977 à 1995, sous l'étiquette Parti Républicain, puis
UMP.
* 303
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
22 janvier 1992.
* 304
Ibidem.
* 305
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 25 janvier 1992.
* 306
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 21 janvier 1992.
* 307
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 21 janvier 1992.
* 308
Ibidem.
* 309
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
25 janvier 1992.
* 310
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 21 janvier 1992.
* 311
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 25 janvier 1992.
* 312
Ibidem.
* 313
Ibidem.
* 314
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
28 janvier 1992.
* 315
Ibidem.
* 316
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
30 janvier 1992.
* 317
Ibidem.
* 318
ACM : « Conventions »,
Convention de développement culturel, 11 août 1992.
* 319
Ibidem.
* 320
Ibidem.
* 321
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 229.
* 322
ACM : « Conventions »,
Convention de développement culturel, 11 août 1992.
* 323
Ibidem.
* 324
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), Centre Presse du
4 juin 1992.
* 325
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1991-juillet 1992), La Nouvelle
République du 24 juillet 1992.
* 326
Ibidem.
* 327
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), La Nouvelle
République du 11septembre 1992.
* 328
Ibidem.
* 329
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 10 mars 1992.
* 330
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 14 avril 1992.
* 331
ACM : « Bilans, projets,
évaluations » (1992), Enquête de public
réalisée par S. Debiais, N. Deschamps, L. Durand, I. Farge, C.
Marchand et C. Robert.
* 332
ACM : « Bilans, projets,
évaluations » (1992), Groupe permanent d'évaluation
- Réunion du 17 septembre 1992 à la DRAC, 17 septembre
1992.
* 333
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 4 mai 1992.
* 334
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 10 mars 1992.
* 335
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), La Nouvelle
République du 6 novembre 1992.
* 336
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), Centre Presse du
24 novembre 1992.
* 337
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), Centre Presse du
19 septembre 1992.
* 338
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 10 février
1993.
* 339
ACM : « Conventions »,
Convention de développement culturel, 11 août 1992.
* 340
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), Centre Presse du
13 octobre 1992.
* 341
ACM : « Conventions »,
Convention entre le Confort Moderne et la société A.R.
IFNIKI, 3 novembre 1992.
* 342
RAFFIN Fabrice, op. cit., p. 230.
* 343
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), Poitiers Magazine
d'août 1992.
* 344
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1993-juillet 1994), Centre Presse du
15 novembre 1993.
* 345
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), Centre Presse du
1er décembre 1992.
* 346
TIGAN Fabrice, « Poitiers Über
Alles », sur le Forum Poitiers Bruits,
http://poitiersbruits.bbconcept.net/t34-poitou-uber-alles-par-fab-tigan,
consulté le 28 avril 2011.
* 347
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 10 février
1993.
* 348
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 4 mai 1992.
* 349
Salarié à la Fanzinothèque
de Poitiers, Gilles Benèche, est co-fondateur de l'association la
Pont'Ach Rock et joue au sein du groupe Un Dolor.
* 350
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), La Nouvelle
République du 16 décembre 1992.
* 351
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 30 mars 1992.
* 352
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1992-juillet 1993), La Nouvelle
République du 16 décembre 1992.
* 353
ADV : 1681 W 13- 1993-1997 - DRAC -
Association le Confort Moderne : évaluations, rapports, comptes,
bilans, conventions - Organigramme de l'association le Confort Moderne - 25
mai 1994.
* 354
ACM : « Comptes-rendus de
réunions », Réunion du 10 février
1993.
* 355
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1993-juillet 1994), La Nouvelle
République du 10 janvier 1994.
* 356
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1993-juillet 1994), L'Inédit,
mensuel de la scène Rock de mars 1994.
* 357
Fédurok : Historique,
http://www.la-fedurok.org/rubrique.php?id_rubrique=106&id_sous_rubrique=169,
consulté le 5 juin 2011.
* 358
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1993-juillet 1994), Show Magazine de
décembre 1993.
* 359
GUIBERT Gérôme, op. cit.,
p. 276.
* 360
AFP, On a faim !, mai 1998 p. 4.
* 361
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 362
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 363
Entretien avec Luc Bonet du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 14 janvier
2011.
* 364
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 365
Ibidem.
* 366
GUIBERT Gérôme, op. cit.,
p. 275.
* 367
WELL Max et POULAIN François,
Scènes de rock en France, Paris, Syros Alternatives, 1993, p.
138.
* 368
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 369
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1994-juillet 1995), Centre Presse du
4 novembre 1994.
* 370
Ibidem.
* 371
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1994-juillet 1995), Centre Presse du
5 novembre 1994.
* 372
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1994-juillet 1995), Centre Presse du
4 novembre 1994.
* 373
La Fanzinothèque de Poitiers, Le labo,
http://www.fanzino.org/serigraphie/labo.html,
consulté le 4 juin 2011.
* 374
ACM : « Press Book de l'Oreille
est Hardie » (septembre 1994-juillet 1995), Centre Presse du
2 novembre 1994.
* 375
Entretien avec Gil Delisse du label musical
« On a faim ! », propos recueillis le 7 mars 2011.
* 376
DE WARESQUIEL Emmanuel (dir.), op. cit.,
p. 556.
* 377
PATRICE Sophie, « l'Aéronef et
la presse : mise en pages d'une salle à Lille »,
in Les Collectivités locales et la culture, les formes de
l'institutionnalisation, XIXe-XXe siècle,
sous la dir. de Philippe Poirrier, Paris, Comité d'Histoire du
ministère de la Culture - Fondation Maison des sciences de l'Homme,
2002.
* 378
SAEZ Guy (dir.), Institutions et vie
culturelles, Paris, Documentation Française, 2004, p. 60.
|