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Expérience d'art-thérapie aux dominantes écriture et arts plastiques auprès de la personne à¢gée dépendante souffrant d'exclusion sociale

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par Marie NOà‹L
Université François Rabelais - faculté de médecine de Tours - Diplôme universitaire d'art- thérapie 2010
  

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3) La prise en charge art-thérapeutique s'est déroulée sur 5 séances.

Comme convenu, l'art-thérapeute stagiaire est venue chercher Mme B pour se rendre a la cafétéria et commencer la séance. Mme B s'est souvenue l'avoir effectivement vue la veille, mais ne se souvenait ni de son nom, ni de ce dont elles avaient discuté. L'étudiante le lui a brièvement rappelé, et la patiente semblait bien décidée a la suivre. < Alors, on va travailler... », disait Mme B sur le chemin.

Arrivées sur place, la patiente a trouvé l'endroit très joli et agréable. Les deux personnes se sont installées, et ont laissé la porte d'entrée du local entrouverte, a cause d'un problème technique du chauffage des radiateurs, qui rendait la chaleur de la pièce insoutenable. Mme B et la stagiaire s'étaient assises a une grande table ronde, presque côte a côte. Devant elles était posé le matériel nécessaire a cette séance, a savoir des planches de carton, de la peinture, des pinceaux, des crayons, des ciseaux, de la colle, des papiers colorés. Mme B regardait silencieusement tous les matériaux.

< Alors, on commence la confection du chat en carton ? » a demandé l'art-thérapeute stagiaire, < À moins que vous ayez envie de faire autre chose ? ». Mais Mme B ne voulait pas changer d'idée, le chat lui convenait très bien. Elle a en revanche demandé a ce qu'on lui explique comment faire, car elle n'avait jamais fait ce genre d'activité auparavant. L'étudiante lui a donc expliqué en créant devant elle un modèle ; on traçait une silhouette simple du corps du chat sur une des planches de carton, qu'on découpait ensuite, puis, au choix, que l'on coloriait ou peignait, en mettant certains détails comme les yeux et la bouche. Mme B a froncé les sourcils, puis a souri a l'art-thérapeute stagiaire. < Pendant que vous faites le vôtre, Mme B, je vais en faire un aussi. Et si vous coincez sur quelque chose, n'hésitez pas a me demander. » Ce qui n'a pas du tout tardé, car Mme B regardait la planche de carton, et le modèle, d'un air fort évocateur de perplexité. L'étudiante lui a demandé ce qui n'allait pas, et Mme B lui a répondu qu'elle était tout a fait incapable de dessiner la forme d'un chat, aussi simple soit-elle supposée. L'art-thérapeute stagiaire a alors proposé de ne dessiner que la forme de la tête d'un chat sur le carton. Elle a demandé a Mme B les éléments principaux qui permettaient de reconnaître un chat parmi les autres animaux. Elle a évoqué les oreilles, les longues moustaches, les yeux, puis les poils. Mais le fait de devoir dessiner quelque chose rebutait Mme B, l'art-thérapeute stagiaire n'a donc pas insisté, et a tracé, puis découpé la

figure à sa place. En revanche, elle souhaitait réellement << donner de la couleur à ce petit chat ». Après les encouragements de l'étudiante envers Mme B pour ne pas hésiter à toucher et manipuler le matériel dont elle disposait, cette dernière a versé un peu de peinture acrylique noire sur les restes de la planche en carton, transformé ainsi en palette, a saisi un pinceau à la brosse assez épaisse, puis à commencer à peindre la figure. Pour ne pas mettre Mme B dans une situation inconfortable, l'art-thérapeute stagiaire a aussi tracé puis découpé une tête, puis la peignait au même rythme que sa voisine. Mme B était très concentrée sur sa tâche, et ne disait mot. Elle faisait régulièrement des pauses de quelques secondes, où elle regardait sa figure, et cherchait les zones restantes à peindre. Quand elle a fini de peindre la figure en noir, elle a choisi (toujours après des encouragements) de prendre de la peinture blanche pour faire les yeux, les moustaches et la bouche. Tout de suite, la difficulté s'est corsée ; Mme B n'arrivait pas à savoir où les peindre sur la figure. L'art-thérapeute stagiaire lui a lancé quelques indices pour stimuler au maximum son autonomie, mais sans succès. L'étudiante a donc peint la moitié droite de la figure (un oeil, les moustaches et une partie de la bouche), et a demandé à Mme B de faire l'autre moitié. Après quelques hésitations, Mme B y est parvenue. La figure faisait une douzaine de centimètres de longueur pour près de dix en largeur, et il a fallu près de 45 minutes pour terminer la peinture. Mme B a bien apprécié l'activité mais est déçue de son travail, et ne souhaite pas conserver la production.

<< Voulez-vous poursuivre avec autre chose, ou bien préférez-vous vous arrêter là pour aujourd'hui ? », a demandé l'art-thérapeute stagiaire. Mme B a préféré en rester là. Elles ont rangé le matériel ensemble dans les sacs et les placards de la cafétéria, puis sont tranquillement reparties vers la chambre de la patiente. Arrivée devant l'entrée, Mme B s'est arrêtée brutalement, les sourcils nettement froncés, et la tête qui se secouait. << C'est ma chambre, là ? » L'étudiante a acquiescé et lui a tenu le bras jusqu'à ce qu'elle soit devant son fauteuil, qu'elle a aussitôt reconnu, apaisant sa nervosité. L'art-thérapeute stagiaire a ensuite proposé à Mme B de se revoir la semaine suivante, le même jour, au même horaire et lieu, ce qu'elle a accepté.

À la deuxième séance, Mme B était très accueillante, et assez énergique. Bien qu'elle soit autonome dans ses déplacements, ses troubles spatiotemporels sont tels qu'elle ne pourrait pas retrouver son chemin, et même oublier où elle doit se rendre ; l'art-thérapeute stagiaire l'accompagne donc pour chaque aller et chaque retour de l'atelier d'art-thérapie.

Mme B était d'accord pour essayer à nouveau de réaliser un chat en carton. Mais il était toujours impossible de la convaincre d'essayer de dessiner la silhouette, même si elle pouvait recommencer autant de fois qu'elle le souhaitait. L'art-thérapeute stagiaire a donc tracé la forme d'un corps de chat complet, ayant la tête de face et le corps dressé de profil. En revanche, Mme B était d'accord pour découper elle-même la figure. Elle s'est bien débrouillée, elle a juste demandé un peu d'aide pour terminer le découpage de la queue.

Avec les encouragements de l'étudiante, Mme B a saisi le matériel qu'elle désirait, et l'a utilisé avec application. Elle était de temps en temps aiguillée par l'art-thérapeute stagiaire sur les zones à peindre, le choix des couleurs et comment s'y prendre << sans faire de bêtises » ; en tous cas, pour ce qui concernait la gestuelle, Mme B était parfaitement autonome. La séance s'est déroulée dans le calme, la patiente restait toujours aussi concentrée dans ses actions.

Au bout d'une 1h10 de séance, Mme B a terminé son chat en carton, qu'elle a qualifié << de très mignon ». L'art-thérapeute stagiaire lui a demandé si elle souhaitait le conserver, et l'emmener dans sa chambre. << Oui », a répondu Mme B avec un léger sourire, << je pourrais le montrer à ma voisine comme ça ». Ces paroles ont rappelé à l'étudiante que Mme B avait eu depuis peu une nouvelle voisine de chambre, cela était l'occasion de la rencontrer et d'en savoir un peu plus sur les liens qu'elles entretiennent toutes les deux.

Mme B restait pensive en regardant sa production. Après un petit silence, elle a émis le regret de ne pas avoir pu faire ce genre de choses avec ses enfants, qu'elle n'en avait pas le temps. Suite à cela son visage s'est fermé, ses yeux devenus tristes. L'art-thérapeute lui a demandé combien d'enfants elle avait, mais Mme B restait mutique. Ce n'est qu'une fois rentrée dans sa chambre que son visage s'est détendu, et qu'elle a salué l'étudiante, en lui donnant son accord pour continuer le travail la semaine prochaine. Mais avant de quitter la chambre, l'art-thérapeute stagiaire a profité de la présence de sa voisine pour engager la conversation. C'était une dame tout à fait charmante, qui était dans le service à cause d'une fracture du bras et de l'épaule. << Oui, je suis arrivée avant-hier, ou bien c'était il y a trois jours, je ne sais plus. J'ai pu faire la connaissance de ma voisine, et on s'entend bien, on parle un peu de tout et de rien. >> La voisine était très curieuse de savoir ce qu'avait fait Mme B, et cette dernière lui a timidement montré le chat noir à queue blanche qu'elle avait faite. << Oh ! Mais qu'il est mignon, avec sa petite queue blanche et ses yeux verts ! Ah les chats, qu'est-ce que c'est beau ! >> Mme B a acquiescé en riant doucement, puis une joyeuse discussion autour de l'univers des félins a germé pendant un petit quart d'heure. L'art-thérapeute stagiaire a demandé aux deux résidentes si elle pouvait utiliser une des chaises présentes pour s'asseoir auprès d'elles, ce qui a été bien sûr autorisé. Se sont enchaînés de petites anecdotes de vie de chacune, les problèmes de la société, quelques recettes de cuisine, le quotidien à l'hôpital... Mme B, qui jusque là ne parlait que peu et sur des thématiques récurrentes, s'est mise à participer activement à la discussion. Toutefois, l'arrivée de la kinésithérapeute, qui avait rendez-vous avec Mme B, a mis fin au débat. Chacune s'est quittée avec le sourire. Il était bon de savoir que Mme B nouait doucement une relation avec sa voisine, ce qui n'avait jamais été le cas auparavant.

Lors de la troisième séance, Mme B a demandé à l'art-thérapeute stagiaire ce qu'elles allaient faire. L'étudiante lui a répondu qu'elle était ouverte à toute suggestion, mais Mme B n'avait pas d'idée particulière. << Aimez-vous les poupées ? >> Mme B a acquiescé ; l'artthérapeute stagiaire lui a alors proposé une activité de confection de poupées avec divers matériaux de récupération. << Ah oui tiens, pourquoi pas ? C'est du travail, ça. >>.

Une fois installées dans la cafétéria, l'atelier a débuté. Mme B a toujours besoin d'un coup de pouce pour démarrer sa production, notamment dans le choix des matières et des couleurs. Les silhouettes de poupées, toujours en carton, ont été préalablement définies et découpées par l'art-thérapeute stagiaire. Quand une étape de la confection était terminée, Mme B ne lançait pas d'elle-même la suite du travail, c'était toujours l'étudiante qui la guidait dans la marche à suivre. Mais au fil de la séance, Mme B demandait de moins en moins l'avis de l'étudiante, et travaillait de plus en plus sereinement ; elle choisissait elle-même les matières pour représenter les cheveux de la poupée, ses vêtements, ses parures, son maquillage. L'atelier a duré près d'une heure, et Mme B a eu le temps de créer deux poupées, rebaptisées << princesses >> d'un commun accord ; les figures étaient très adultes, très féminines.

Lorsque la séance s'est terminée, Marie-Agnès, l'une des deux animatrices de la structure, est entrée dans la cafétéria pour voir comment ça se passait. À la vue des productions, l'animatrice a présenté ses compliments à Mme B, qui l'a remerciée. MarieAgnès a profité de la situation pour demander à Mme B de << partager ses talents >> avec d'autres résidents lors des activités d'animation, et a souligné l'intérêt que cela pourrait avoir pour elle comme pour les autres. << Ça vous permettrait aussi de vous familiariser avec la structure, et de prendre de nouveaux repères. >> Mme B ne répondait pas, elle souriait, mais les secousses nerveuses reprenaient. L'animatrice lui a alors proposé un << essai >> : elle lui a demandé de venir participer à l'activité de revue de presse qui allait avoir lieu l'après-midi même. C'est une activité où l'animatrice passe en revue le journal local auprès d'un petit

groupe de résidents, et que les informations sont ensuite discutées et débattues dans la bonne humeur et autour d'un bon café. Mme B a laissé échapper un petit rire discret, puis lui a donné son accord. L'art-thérapeute stagiaire a ensuite raccompagné Mme B dans sa chambre. Elle a voulu laisser une des << princesses >> dans la cafétéria, et a pris l'autre pour l'offrir à sa voisine ; ce qui a beaucoup touché cette dernière. << Oh, ça me fera un petit souvenir de vous et de l'Ermitage, car je pars lundi prochain >>, a chaleureusement lancé la voisine. Mme B lui a rétorqué que la coïncidence était de taille, car elle rentrait aussi à son domicile lundi (ce qui était, dans la réalité, malheureusement incorrect). L'art-thérapeute ne lui a donc pas donné de rendez-vous pour la semaine suivante, mais reviendra cependant la voir le jeudi suivant.

Après avoir salué les deux résidentes, l'art-thérapeute stagiaire est allée à la rencontre de l'une des infirmières de l'étage, et lui a demandé s'il y avait une raison au fait que Mme B évoquait souvent son retour prochain au domicile. << Oui, mais tu sais, c'est délicat avec Mme B. Elle demande parfois aux filles combien de temps son séjour ici va durer, et comme personne ne le sait, ça l'angoisse, alors certaines filles lui disent simplement qu'elle va << rentrer bientôt >>, pour la détendre. Parfois, elle s'en souvient, et parfois elle oublie. >> L'artthérapeute stagiaire a alors demandé, le jour où elle est sensée quitter l'établissement, comment elle vivait cette incompréhension. << Souvent oui elle est triste, on vient la réconforter, on lui dit qu'on va prendre soin d'elle encore un petit peu, qu'il n'y a pas à s'inquiéter, mais c'est délicat comme situation. >> En effet, pour quelqu'un qui a du mal à se repérer dans le temps et dans l'espace, sa situation sociale et financière n'arrange guère son état. Cela redonne d'autant plus d'intérêt au fait de l'insérer dans la collectivité de l'établissement ; les liens qu'elle se forge avec autrui et les projets que le groupe met en place l'inscrivent dans un repère spatio-temporel solide.

Concernant Mme B, elle s'est effectivement rendue à la revue de presse l'après-midi, et selon l'animatrice, elle s'est progressivement ouverte à la discussion, et a apprécié l'activité ; elle s'est dite prête à revenir pour la prochaine fois.

La quatrième séance n'a eu lieu que deux semaines plus tard. L'assistante sociale avait prévenu l'art-thérapeute stagiaire qu'un événement très contraignant était arrivé dans l'histoire de Mme B, et que cela l'avait complètement démoralisée. L'étudiante était donc allée la voir le jour prévu, mais Mme B restait prisonnière de son chagrin. Elle avait des tics nerveux dans le cou et sur les bras, et ne parlait pas. L'art-thérapeute stagiaire n'a donc pas insisté, et a promis de revenir la voir bientôt pour prendre de ses nouvelles. Son état s'est progressivement amélioré au fil des jours, et le jeudi suivant, elle était d'accord pour faire des activités manuelles à la cafétéria.

Cette fois, l'art-thérapeute stagiaire lui a proposé de faire du scrapbooking. C'est une technique artistique originaire des États-Unis d'Amérique, qui consiste à mettre en page les photos et les images grâce à différentes matières (papiers, tissus, boutons, paillettes...). Depuis quelques années, cette technique est à la mode en France, et passionne autant les enfants que les adultes. L'objectif de l'activité consistait à mettre en valeur une photo d'un chien récupéré sur un ancien calendrier. Mme B aimait beaucoup les animaux, et c'est elle qui a choisi cette photo parmi les autres proposées. L'art-thérapeute stagiaire et Mme B faisaient chacune leur décoration, mais l'étudiante restait toujours disponible si Mme B avait besoin d'aide.

Toutefois, au bout d'un quart d'heure d'activité, une résidente de l'établissement, que nous nommerons Mme C, qui faisait également l'objet d'une prise en charge art-thérapeutique, a observé le travail à travers l'une des baies vitrées, et est entrée pour << voir de plus près >>. L'art-thérapeute stagiaire allait cordialement lui expliquer que le présent atelier se réalisait en binôme, mais Mme B a prié Mme C de se joindre à elles. La situation était très intéressante et montrait l'évolution qu'il y avait entre les débuts timides et silencieux de la patiente, et ce

qu'elle était aujourd'hui. Mme C est donc venue s'asseoir près de Mme B, et très rapidement elles se sont mises à travailler ensemble, sur la proposition de Mme B. Les deux résidentes ne se connaissaient pas, et pourtant elles se sont aisément liées pendant la séance.

Quelques aides-soignantes qui passaient par là sont également entrées dans le local pour les féliciter de leur travail et de les encourager à faire encore mieux. L'une d'entre elles leur a fait remarquer « qu'elle ignorait qu'il y avait de si grandes artistes au sein de l'hôpital », ce qui a beaucoup amusé les deux dames. L'intérêt de cette séance s'en retrouvait doublée car elle permettait de mettre deux patientes en situation de groupe et d'observer le déroulement des événements. Au bout d'1h20, la production a été déclarée achevée d'un accord commun entre Mme B et Mme C. Elles étaient fières du résultat, et l'art-thérapeute stagiaire les en a félicitées. Mme B a voulu offrir la production à Mme C, mais elle a refusé, en jugeant que ce travail méritait davantage d'être conservé par la personne qui l'avait commencée. Mais Mme B ne souhaitait pas garder sa production ; l'art-thérapeute stagiaire a donc proposé de conserver la production à la cafétéria, afin de pouvoir être vu par les visiteurs et les clients. Mme B a timidement donné son accord, et Mme C trouvait l'initiative très bonne. « C'est le début de la gloire », a-t-elle dit en riant.

Les deux dames ont rangé le matériel avec l'étudiante, puis se sont dit au revoir, tout en manifestant leur ravissement quant à leur rencontre. L'art-thérapeute stagiaire a raccompagné Mme B dans sa chambre, et lui a proposé de faire de la création de bijoux pour la prochaine fois, mais dans un groupe d'au moins quatre personnes. « Oui, ça peut être bien ! » Cette prochaine séance a comme objectif thérapeutique de s'assurer que Mme B peut être à l'aise dans un groupe et prendre du plaisir au sein de l'activité.

Pour la cinquième séance, Mme B hésitait à venir. Elle ne se souvenait plus de ce qui était prévu, mais sa curiosité et son énergie habituelles étaient à peine détectables. L'artthérapeute stagiaire l'a encouragée à venir, au moins pour voir comment ça se passerait, et si la patiente n'était pas emballée par l'activité, elle prendrait fin aussitôt. Avec ce genre de compromis, Mme B s'est finalement accordée un essai. L'art-thérapeute avait remarqué qu'elle avait une nouvelle voisine de chambre, mais qui ne parlait pas du tout le français, peut-être que cela avait influencé son moral, car elle aimait beaucoup l'ancienne voisine.

Mme B était la deuxième personne à arriver dans la cafétéria pour l'activité. Une autre résidente de son étage était là (on l'appellera Mme D), mais elles ne s'étaient jamais vues. Les deux autres résidents du premier étage invités à participer sont arrivés peu après (et Mme C en faisait partie). Tout le monde s'est poliment salué. L'art-thérapeute stagiaire a ensuite expliqué le principe de l'activité : chacun a un long morceau de fil élastique dans lequel ils vont enfiler des perles de leur choix parmi les variétés qui leur sont proposées. La réalisation sera soit un bracelet, soit un collier (voire les deux si certains souhaitent en faire d'autres) ; chacun a le droit de conserver pour soi une de leurs créations, les autres seront destinées à être vendues, et dont les bénéfices seront reversés à l'association interne de l'établissement (Les Amis de l'Ermitage), qui permet de financer des spectacles et des sorties pour les résidents. Tout le monde était d'accord avec la consigne, et chacun s'est mis au travail. Mme B a pris un petit tas de perles, puis a commencé à trier celles qu'elle souhaitait utiliser pour son bracelet. Chacun travaillait d'abord en silence, puis, au fil du temps, des discussions sur l'activité ont germé, on regardait le travail de l'autre, on se donnait des conseils, on s'encourageait, on s'entraidait. Durant cette séance, l'art-thérapeute stagiaire est allée aider les autres plus souvent qu'elle ne l'a fait pour Mme B. Cependant, c'était aussi la plus lente dans la cadence de travail, mais elle ne s'est pas découragée, au contraire. Au bout de 45 minutes, l'art-thérapeute stagiaire a proposé une pause « bien méritée » à l'ensemble du groupe, qui s'est lancé dans des discussions « arrosées », accusant gaiement l'art-thérapeute stagiaire de ne pas offrir de verre de vin pour les récompenser de leur dur labeur. Puis on a parlé de la

famille, de la vie quotidienne, de la ville de Tours, et d'un tas d'autres choses, et qui ont continué d'être abordés quand tout le monde s'est remis à la confection de bijoux. L'ambiance était chaleureuse, et Mme B riait beaucoup. La séance a duré un total de deux heures, et le groupe ne cachait pas sa fatigue sur les dernières minutes de l'activité. Chacun a eu le temps de réaliser deux bijoux (deux bracelets sauf pour l'un des résidents qui avait fait un collier et un bracelet), Mme B a tenu à ce qu'ils soient vendus tous les deux. << Je ne suis pas vraiment bijoux, moi, vous savez », a-t-elle dit à l'étudiante. Chacun a donné du sien pour ranger le matériel et les chaises, puis est reparti dans leur chambre. L'art-thérapeute stagiaire a raccompagné Mme B et Mme D en même temps, comme elles étaient au même étage. Mme D a fait part à Mme B du bonheur qu'elle a éprouvé suite à leur rencontre, ce qui a ému Mme B. Arrivées dans la chambre de Mme D, sa voisine d'étage lui a promis de lui rendre visite régulièrement, comme elle n'était qu'à quelques mètres de chez elle, elle se sentait capable de retrouver ses repères. Les deux dames se sont saluées, puis, cette fois, Mme B a accompagné l'art-thérapeute stagiaire jusqu'à l'ascenseur. << Ne vous inquiétez pas pour moi, » a dit Mme B avec le sourire, << Je sais où est ma chambre maintenant. » L'étudiante a acquiescé, et lui a annonçait la fin de la prise en charge ; et que désormais, elle compte sur Mme B pour participer aux activités d'animation. << Maintenant que vous avez votre fan-club, Mme B, il ne va pas falloir rater vos rendez-vous ! ». La résidente s'est mise à rire, et a souhaité une bonne continuation à l'étudiante.

Celle-ci s'est aussitôt rendue auprès du personnel soignant pour leur signaler que la prise en charge était terminée. L'infirmière a félicité l'art-thérapeute stagiaire de son travail, mais cette dernière a modestement souligné l'importance du travail d'équipe qui avait permis ce résultat. << En tous cas, ça nous ravit tous de la voir sortir de sa chambre et de se faire des amis. », a dit l'une des aides-soignantes.

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984